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19 mai 2011

Joseph d'Anvers: interview pour Rouge Fer

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Joseph d’Anvers, cela fait un moment que je me disais qu’il fallait que je me retrouve en tête à tête avec lui. La sortie de Rouge Fer m’en a donné la possibilité. Nous nous sommes donné rendez-vous au Zimmer, restaurant de la place du Châtelet, le 10 mai dernier.

Avant l’interview, voici, pour se remettre dans le contexte mon article publié dans le Actu FNAC daté du mois d’avril 2011.

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Joseph d'Anvers 10.05.11 4.JPGMandor: Rouge Fer a été enregistré en deux semaines et dans des conditions particulières…

Joseph d’Anvers : Je considère cet album comme celui des plans B. Les plans que j'avais choisis au départ n'ont jamais pu se faire. J'aurais aimé travailler avec Mario Caldato Jr (producteur de Björk ou Beck) pour la production, de faire 15 jours de pré-prod à Paris avec les musiciens que j’avais choisis, puis d'aller en enregistrement à Paris et aux États-Unis. Rien ne s’est passé comme prévu. Ce sont des histoires de planning, de concours de circonstances, de gens qui sont partis du label, de musiciens indisponibles, etc. Début février 2010, je me suis retrouvé avec un plan B. Au final, je suis très content du résultat. J'avais quand même passé plusieurs mois chez moi à maquetter, à peaufiner les choses. On a arrangé ensemble toutes les maquettes. On aurait pu très bien se planter, mais au contraire, il y a eu une belle alchimie. On a rit, on a travaillé avec légèreté. Bon, il fallait tout de même que je mène la barque, j'étais donc un peu moins insouciant que les autres. On est parti dans l'idée de faire un titre par jour. On s’y est tenu.

Ce troisième album, c’est un mix des deux premiers ?

Quand j’ai fini les prises de son, je me suis vraiment dit que c’était un mélange des deux, effectivement. Dans le premier je voulais rentrer dans des gammes précises de chansons folks, un peu calmes, mais très vite la vague folk est arrivée en anglo-saxon, donc je n’ai plus voulu prendre ce chemin. Dans le second, je suis vraiment parti dans des expérimentations. Pour commencer, humaines, je suis parti au Brésil, à Los Angeles où j'ai rencontré les Beastie Boys, j’ai fait confiance à une jeune artiste, The Rodeo… Du coup, je suis allé un peu dans tous les sens. Je n’ai plus bossé avec les gens avec lesquels j’avais toujours œuvré jusqu’à présent. Attention, je suis très fier de cet album, mais dans ce troisième, j’avais envie de synthétiser les deux précédents. J’ai formé une équipe composée de personnes ayant participé aux deux albums et aux deux tournées, ce qui m’a permis d’avoir un résultat cohérent.

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Tu fais très attention aux sonorités entre la musique et les mots.

Cet album a failli être en Anglais. J'aurais pu céder aux sirènes de la mode, car j’ai plus de facilité à écrire en anglais. Je voulais vraiment me coller aux références que je citais depuis quatre ans. Je n’arrêtais pas de parler de The Kills, de Gorillaz et moi, je chantais guitare-voix en français. Ma maison de disque m’a conseillé de ne pas faire ça, afin que je garde mon identité. Mes proches aussi m’ont tenu ce même discours. Je me suis remis à l’ouvrage et j’ai pensé très fort aux leçons de Bashung. C’est l’album qui m’a donné le plus de travail au niveau de l’écriture. Les deux premiers, c’était presque de l’écriture spontanée, presque automatique… Dans celui-là, il y a la marque au fer rouge de Bashung. Il faut savoir ce que tu veux dire et après, trouver le mot juste pour le dire. Je suis parti en me disant : si 1000 personnes peuvent dire une idée de telle manière, toi tu peux le dire différemment. De manière poétique ou métaphorique, ou alors carrément très frontale. Tout ce travail sur les mots a été pour moi très délicat. J’avais envie d’y accorder une importance particulière.

Tu as la réputation d’être un des meilleurs auteurs de la nouvelle génération…

Je ne savais même pas que les chansons que j’écrivais aller figurer sur un album. Je les faisais pour moi, comme ça, dans mon coin. Le parti pris était d’écrire des chansons. Une fois le texte terminé, je relisais et s’il me plaisait, je mettais la date, le titre et je n’y touchais plus. En studio, je n’ai rien voulu toucher, je n’ai  pas triché. Le deuxième, j’ai un peu retouché quand même… Je me suis rendu compte que j’accordais beaucoup plus d’importance aux textes que j’écris pour les autres que pour les miens. Mes textes perso sont très honnêtes, jamais dans l’impudeur. En écrivant pour d’autres, j’ai compris qu’il fallait que je mette en avant un style. Je suis plus un littéraire qu’un scientifique, mais en travaillant pour d’autres, je me suis vu une espèce d’abnégation et une force de travail que je n’avais pas pour moi même. Pour Rouge Fer, je me suis imposé d’appliquer pour moi-même ce que j’accorde aux autres.

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Raconte-nous un peu ce que tu as appris d’Alain Bashung pour lequel tu as écrit "Tant de nuits" dans son ultime albumBleu Pétrole.

C’est impressionnant. Avec l’idée qu’il allait prendre les phrases telles qu’elles étaient, je l’ai vu se réapproprier mon texte. La musicalité aussi, il a fait ce qu’il a voulu, des phrases découpées d’une certaine manière, Il n’est pas parti dans la direction vers laquelle je serais parti. Bashung, il est comme les gens du cirque. Il fait le grand écart et il sourit.

Tes textes sont plutôt sombres. Tu chantes les désillusions amoureuses, les aspirations à une vie meilleure…les gens ne sont pas super bien dans leur peau dans tes chansons.

Ce que j'aime lire, c'est la littérature américaine contemporaine. J'aime les auteurs qui parlent des "beautiful loosers", les perdants magnifiques. J’aime ces histoires ordinaires de gens qui ne seront jamais des héros et qui dans la vie se battent pour quelque chose. Les gens dont la vie les emmène au bord d’un précipice dans lequel ils se jettent ou pas. Dans mon album, finalement, je ne parle que de ça. Le premier disque, je chantais des relations amoureuses, le deuxième, j’évoquais les maux de l’âme, l’addiction (la drogue, l’alcool, la vie, l’amour). Celui-là, j’ai voulu faire un constat. Ce qui me passionne, c’est la façade qu’on est tous obligés d’avoir en société. Le masque. Tous ces masques que la société nous impose, tous ces désordres qu’on a tous. On a tous connu des drames et pourtant, on continue à vivre, on continue à avoir ce masque… Pourquoi ?

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Tu as une réputation de chanteur intello. Tu aimes être considéré comme un chanteur textuel ?

Je cherche un peu ces appellations. J’aime bien que l’on prenne mes chansons au sérieux. Il n’y a pas d’humour, il n’y a pas de second degré. Dans la vie, j’aime bien me marrer et je suis plutôt optimiste. Dans mes chansons, il n'y a que la part sombre de moi-même que je suis capable d'exprimer. Je suis sensible, un écorché et cette part d’ombre, je sais qu’elle peut m'emmener très loin, donc je l’exorcise. On est sur Terre pour exprimer quelque chose et on veut tous laisser une petite trace. Moi, j’ai une petite fille, quand je ne serai plus là, elle pourra se replonger dans mes trois albums et dans le roman que j’ai écrit et pourra se dire : "Une part de mon père c’était ça !". L’éphémère me fait peur.

Dans un journal, j’ai écrit (voir plus haut) que tu n’étais pas homme à te placer là où l’on t’attend. Es-tu d’accord avec cette affirmation ?

C’est bien vu. Je fuis même les évidences. J’ai écrit des morceaux qui auraient pu être plus grand public, mais que je n’assumais pas complètement. Après le premier album qui avait bien marché, j’aurais pu enchaîner  avec un deuxième album du même tonneau. Je n’ai pas voulu capitaliser là-dessus. Si j’ai choisi ce métier, c’est pour prendre des risques. Dans dix ans, je veux regarder mes disques et en être fier. J’ai horreur de l’ordre, des pouvoirs, des petits chefs… Dès que quelque chose s’installe, j’essaie de fuir.

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6 jours après cet entretien, Jospeh d'Anvers (qui, ma foi, à de saines lectures) se produisait à la Maroquinerie...

Voici  "Las Végas", extrait de Rouge Fer.

Et une session acoustique d'un autre extrait: "Ma peau va te plaire".


Joseph dAnvers - Ma peau va te plaire (acoustic) par ATMOSPHERIQUES

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