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09 mars 2011

Hubert Mounier: interview pour La maison de pain d'épice (disque et BD)

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Hubert Mounier, je l’ai connu comme beaucoup à l’époque où il se faisait appeler Cleet Boris et qu’il faisait partie du groupe L’affaire Louis’trio. Dans les années 80, 90 et 2000, j’ai suivi son parcours et rencontré parfois l’homme. J’ai une profonde admiration pour l’auteur compositeur. Et aujourd’hui, pour l’homme qu’il est devenu. Avec La maison de pain d’épice, pour la première fois, le musicien et le dessinateur se rejoignent. Entre 2007 et 2010, l’ancien chanteur de L’affaire Louis’Trio, prépare et enregistre un album en solo. Pendant ce temps Cleet Boris tient le journal en images de cette aventure discographique. Rencontre avec un chanteur lumineux, dans un bar parisien.

167241_145605338828815_145423462180336_219719_4862570_n.jpgLa maison de pain d’épice est votre troisième album solo, après Le Grand Huit et Voyager Léger. Vous n’aimez pourtant pas trop travailler seul. 

On est souvent seul dans ce métier, d’où l’intérêt que j’ai eu d’avoir un groupe pendant des années. Une fois que l’on se retrouve seul face à ses chansons, le doute peut nous faire perdre beaucoup de temps, alors je trouve que partager avec quelqu’un permet de mieux voir où l’on en est. Sur ce disque, il y a une chanson, "Triste saison", pour laquelle je peinais à trouver les paroles, je l’ai envoyé à 4 ou 5 de mes amis. Ils m’ont envoyé des textes complets. Le fait de lire ce que cela inspirait aux autres, ça m’a permis de m’affermir sur le fait que je devais faire quelque chose de sentimental.

Votre album parle d’amour. Des histoires pas très positives, mais sur un rythme un peu plus enlevé que dans vos deux autres albums solos. 

Sur les deux précédents, je m’étais trop épanché sur mes pauvres malheurs personnels et surtout sentimentaux, là, le monde n’allait pas mieux, mais moi si. Je me suis dit qu’au moins, musicalement, il fallait que je revienne à ce que j’aime le mieux écouter. Mes précédents disques étaient des disques dans lesquels je me livrais et la musique correspondait à mes états d’âme. Tristes. Dans celui-ci, je me suis interdit la tristesse.

Écrire des chansons tristes sur de la musique triste, n’est-ce pas un pléonasme musical? 

Si. Mais, sur l’album précédent, par exemple, c’était pour aller au bout de la démarche. Sur Voyager Léger, il n’y a quasiment pas de musique rapide. Chaque fois qu’un artiste fait un disque, on s’efforce d’avoir une image globale de l’ensemble terminé. C’est vrai que pour celui-ci, on se rapproche de ce que je faisais avec l’Affaire Louis'Trio où les chansons étaient calibrées pour pouvoir faire de la scène.

Certaines chansons de ce disque me font effectivement penser à ce que vous faisiez à la fin du groupe, l’époque Mobilis in mobile.

Parce que je suis parti du même principe. J’ai fait ma chanson guitare-voix, ensuite, on est rentré en studio pour enregistrer  directement les instruments. Les chansons de cet album sont plus simples que celles de mon œuvre passée. Je me suis interdit d’avoir recours à des harmonies trop complexes. La maison de pain d’épice, c’est un bon vieux rock, il y a trois accords. Pour revenir à Mobilis in mobile, j’ai toujours senti que c’était mon premier album solo. J’avais emmené les choses un peu « clefs en main ».

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Vous prenez 4 ans entre chaque disque. C’est le temps idéal et nécessaire pour se renouveler.

Bizarrement, avant de commencer ce disque ou la BD, dans les années 2004, 2005, 2006, j’ai laissé tourner mon petit magnétophone à chaque fois que je jouais de la guitare. J’ai décidé de réécouter tout ça, ce qui est toujours fastidieux. Et dans le tas, j’ai découvert des tas de bouts de chansons ou des chansons complètes sur lesquelles il suffisait d’écrire des paroles. En fait, le disque s’est retrouvé quasiment prêt avec une douzaine de chansons sans que j’aie eu l’impression de travailler. Après, évidemment, il faut penser aux textes et à la structure.

Les textes ne sont jamais écrits avant la musique. Pour quelqu’un qui écrit ses textes, je trouve ça curieux.

S’il y avait une chose que j’espérais changer avec les années, c’était ça parce que je pense que c’est une chose difficile et aléatoire d’avoir une mélodie terminée et de devoir écrire un texte en Français. Ma première démarche est de n’utiliser que des mots qui sonnent bien. Après, il faut un sens. Souvent, il y a mon subconscient qui me précède et qui fait en sorte que les mots se juxtaposent intelligemment. C’est toujours un casse-tête chinois.

Êtes-vous parfois étonné que le subconscient agisse autant sur votre création ?

Oui, surtout, côté textes. J’ai l’impression que ce n’est pas du tout le même cerveau qui fonctionne quand il s’agit de compositions. La composition, c’est liberté absolue, avec possibilité de ma part de diriger. Dans La maison de pain d’épice, c’est une chanson que j’ai quasi improvisée, j’ai mis un programme de boite à rythmes et je me suis dit que j’allais faire paroles et musiques tel que ça viendra. Le même jour, j’en ai fait sept autres qui ont donné des trucs marrants, mais sans plus. J’ai le goût de l’accident, du hasard un peu forcé. Ca fait partie des vrais plaisirs de la composition. L’écriture, c’est toujours un coup de bol.

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Parlons de votre bande dessinée, La Maison de Pain d’épice, le journal d’un disque, signé Cleet Boris, votre pseudo du temps de l’Affaire Luis Trio.

Le challenge était d’arriver à être authentique pour raconter les choses telles qu’elles se passent. J’ai pris beaucoup de plaisir à le faire, parce que, pour une fois, on laissait un vrai chanteur, auteur, compositeur, raconter sa vérité en mettant les caméras où il voulait pour faire sa bédé-réalité à lui. Après toutes les conneries que j’ai pu voir à la télé, j’ai bien compris que les téléspectateurs considéraient que c’était facile de faire des chansons et de devenir artiste. Ils pensaient qu’il suffisait de passer à la Nouvelle Star ou je ne sais pas quoi. J’ai voulu dire que non, ce n’est pas si facile que ça. On est seul dans son coin, on compte sur ses enfants et sur sa femme pour se faire une idée de l’impact que peut avoir une chanson. Je raconte dans ce bouquin que c’est un peu de l’artisanat. Je raconte aussi les affres de la création et de l’âme humaine. Si je suis artiste, c’est aussi parce que j’ai des petits vices de forme, des petites fêlures ou des cassures remontant assez loin, avec lesquelles on apprend à vivre, qui servent à faire des chansons, qui parfois sont rigolotes d’aspect et qui, si on se penche un peu sur le texte, ne sont pas aussi roses que je l’aurais aimé.

hubert mounier,interview,la maison de pain d'épice

La chanson et cette BD vous servent aussi d’auto-analyse ?

Mon antidépresseur c’était l’alcool et mon traitement, c’était les chansons. Sauf que ça ne soigne pas forcément les maladies et que l’alcool ne fait que grossir les problèmes psychologiques. Moi, j’ai arrêté de boire plus pour des raisons psychologiques que physiques. Donc à la sortie, il faut se retrouver seul face à soi même, sans expédient. Dans la BD, l’alcool, je ne pouvais pas ne pas en parler parce que, quand on a passé des mois en studio avec toujours une bière à la main, une clope au bec, sans parler de mes acolytes qui fumaient des joints toute la journée. Se retrouver sans rien, comme un adulte digne de ce nom en studio, je croyais que ça ne m’arriverait jamais en fait. Finalement, j’y suis arrivé parce que mon amour pour la musique a été plus fort. Le premier à avoir subi le changement, c’est Benjamin Biolay à l’époque du Grand Huit. Je venais d’arrêter de boire, je n’étais pas bien, je ne savais plus comment je m’appelais, ça ne nous a pas empêché de faire un bel album. C’est effectivement une aide que de pouvoir créer et mener à bien ses projets parce qu’on a l’impression d’exister pour autre chose que ses souffrances personnelles. Ou qu’en tout cas, ces souffrances aient du sens pour d’autres et qu’on partage aussi nos souffrances, mais de façon élégante.

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Dans cet album, Benjamin Biolay a moins participé que dans vos deux autres disques solos parce qu’il était en plein succès de son album La superbe. Il est toujours là, à vos côtés, en tout cas.

Sur le dernier album de L’affaire Louis’Trio, Mobilis in mobile, j’étais très fier d’avoir un nouveau collaborateur avec une vision des choses qui était moins classiciste, plus débridé. Nous, on avait tendance à écouter les Weezerou mêm Nirvana, bref, des choses qui étaient un peu plus de guingois que la pop un peu propre de Blur et autres que je pouvais écouter. Dès que j’ai senti que c’était fini avec le groupe, c’est à lui que j’ai pensé pour produire Le Grand Huit, puis Voyager léger. Avec lui, s’est installée une vraie amitié qui faisait que la musique était presque un truc subalterne. Pendant des années, il m’a demandé mon envie, parce qu’il se cherchait, mais je me suis vite rendu compte que, très vite, il n’aurait plus besoin de mes conseils. Il avait cette faculté d’entendre quelque chose, à la digérer et à en faire quelque chose de personnel. Moi, je suis un petit artisan qui travaille toujours le même sillon. Pour mon nouveau disque, le côté « débrouille-toi tout seul » m’a stimulé à me mettre au piano, je pense qua ça a aidé mes compos.

Je reviens à l’amour, sujet n°1 de vos chansons. Amour avec un grand A et fortement décliné.

C’est un peu ce que j’ai trouvé de plus efficace pour supporter la vie. C’est l’amour comme une vraie béquille qui rend la vie possible, en fait.

Pour son disque «L’homme de Mars », Kent, lyonnais lui aussi, a eu la même démarche. Un disque et une BD couplés.

Kent, je l’aime beaucoup. On est de la même ville, c’est mon ainé et je le considère comme mon grand frère. Je trouvais ça admirable qu’il s’occupe des pochettes de ses disques. Quand je l’ai rencontré en 1983, ça m’a ouvert des portes. Il était déjà un professionnel qui avait sorti des albums. C’est en grande partie grâce à lui que je me suis retrouvé chez Barclay. On se voit plus en ami qu’en musicien.

Vous vous trouvez à votre place dans la chanson française actuelle ?

Quand je vois la chanson française telle qu’on la propose aujourd’hui, ça ne m’étonne pas que je ne sois pas au sommet de tout ça.

hubert mounier, interview, la maison de pain d'épice

Il y a des chansons sociétales, ce qui n’est pas dans vos habitudes. 

Je suis d’une génération qui pensait que l’état était là pour aider le peuple. Là, je constate que l’état est là pour niquer le peuple. Point à la ligne. Ça me dérange  profondément. Plus pour mes enfants que pour moi d’ailleurs. Moi, j’ai la chance de vivre de mes droits d’auteurs, donc je ne me plains pas parce que je suis un privilégié. Ça ne me suffit pas à être serein pour autant. Il y a trop d’injustice en fait. Mon disque avait envie de parler de ça, avec mes mots simples et des musiques assez lumineuses pour que ce ne soit pas ennuyeux.

Hubert Mounier 08.02.11 4.JPGLa maison de pain d’épice, ça veut dire qu’on a besoin de douceur dans ce monde de brute…

Mais qu’en même temps, il ne faut pas se laisser hypnotiser par cette gourmandise qu’on nous propose. La maison de pain d’épice, c’est la télé, c’est le truc qu’il vous faut absolument, l’Ipod, l’Ipad, dont on a finalement pas tant besoin. Si je rentre là dedans, c’est un peu mon intelligence que je mets en danger. Mais les gens qui rêvent de cette maison de pain d’épice métaphorique, ce sont des gens qui n’ont pas un avenir et des perspectives très passionnants devant eux, donc ils se résument à des plaisirs rapides et consuméristes.

 Je vous sens plus en confiance avec ce nouvel album qu’avec les deux précédents…

Parce que je vais mieux. J’ai eu du mal à me sortir de plein de trucs, mais il y avait plein de choses qui implosaient ma vie. Voyager léger, c’était déjà une façon de dire : c’est moins lourd que le précédent. Maintenant je voyage au-dessus du sol et je suis bien. Je suis bien dans un monde qui ne va pas bien.

Voici à présent la chronique de sa BD dans publié dans Addiction, le mag daté du mois de mars 2011.

 

hubert mounier, interview, la maison de pain d'épice

Je ne peux vous laisser, sans vous proposer quelques archives mandoriennes concernant Hubert Mounier. Comme je le disais en introduction, je l'ai interviewé très souvent dans les années, 89, 90 et 2000.

En voici quatre.

Le 28 décembre 1988 à RTL dans les coulisses de l'émission Studio 22 :

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Le 26 février 1993 à la FNAC de Strasbourg lors d'une rencontre/show case que j'animais:

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Dans les loges de la Salle des Fêtes de Schiltigheim, le 03 novembre 1993:

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Et pour finir, le 16 juin 2005, chez Warner...

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Commentaires

Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! ;-)

Écrit par : Fred | 09 mars 2011

Incroyables, ces dernières photos!

Écrit par : Camille | 09 mars 2011

Hubert Mounier,
un artiste entier , humble et hyper talentueux,
à la fois rock'n roll et poête

très bel entretien françois !
amitiés

romain

Écrit par : romain | 09 mars 2011

Les commentaires sont fermés.