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07 février 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (4) : Pierre Pelot pour "Maria"

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Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici le quatrième numéro de Mes livres de l’hiver 2010/2011. Après les frères Fouassier, Eric et Luc Michel pour leurs ouvrages respectifs, Le Traducteur et Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre, Frédéric Mars pour Lennon Paradise, le roman posthume de John Lennon, Bertrand Guillot pour b.a.-ba, voici le nouveau livre de mon écrivain préféré, Pierre Pelot, Maria (paru aux éditions Héloïse d’Ormesson).

Présentation de l'éditeur

Les Vosges sous l'occupation nazie. Maria est institutrice. D'une beauté saisissante, elle coule des jours insouciants avec son mari, Jean, patron du bistrot du coin. Lorsque les maquisards viennent la chercher à l'école devant ses élèves, ils promettent de la ramener bientôt, que tout ira bien… Commence alors le calvaire de Maria. Un calvaire qui durera toute sa vie. Car voilà : Jean est un traître, un collabo, et beaucoup sont morts par sa faute. Pour l'avoir aimé, Maria sera battue, torturée puis violée, avec à jamais gravé en elle la disgrâce et la cruauté de ceux que la France élèvera bientôt au rang de héros. Elle n'en parlera à personne. Cinquante ans plus tard, un jeune homme arrive dans cette vallée par une nuit neigeuse. Il vient rendre visite à l'une des pensionnaires de la maison de retraite. La voix fatiguée d'une conteuse sur les ondes d'une radio locale l'accompagne dans son périple nocturne. Pour ses auditeurs, elle évoque l'histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle. Les fantômes du passé planent sur son récit.

Avec Maria, Pierre Pelot revient à sa géographie intime, honorant, dans cette langue percutante et sensible, la mémoire d'une région aussi écorchée que son personnage. Alors que la neige fond et devient boue, visages des résistants et des nazis se confondent. Un roman entre drame intimiste et thriller historique, aux paysages blancs issus d'Un roi sans divertissement de Jean Giono.

 

L’auteur :

Né en 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle où il vit toujours, Pierre Pelot a signé plus d’une centaine de livres, du polar à la SF. Il est l’auteur notamment de L’Été en pente douce, C’est ainsi que les hommes vivent (prix Erckmann-Chatrian), Méchamment dimanche (prix Marcel Pagnol), L’Ombre des voyageuses (prix Amerigo Vespucci) et La Montagne des bœufs sauvages.

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Pour être sincère, je suis un très grand amateur de l’œuvre de Pierre Pelot. Je l’ai rencontré très souvent. (Voir ici ). Le 20 janvier dernier, nous avons déjeuné ensemble dans un restaurant parisien. Il est venu accompagné de sa femme Irma (la reine de la tarte Tatin) et son attachée de presse Audrey Siourd (que je considère plus comme une amie que comme une attachée de presse, elle le sait…). Avant l’entretien en tête à tête avec l’auteur, nous avons passé un très bon moment. Drôle et parfois émouvant. Merci à tous les trois !

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Mandor : Ce n’est pas la première fois que tu évoques cette période-là de l’histoire, mais c’est la première fois que tu as pris le parti de dire que dans aucun des camps, personne n’était tout blanc ou tout noir. En l’occurrence, dans Maria, les résistants ne sont pas exempts de tout reproche.

Pierre Pelot : Si j’avais voulu faire un livre sur la résistance dans les Vosges ou ailleurs, je n’aurais pas choisi cet angle. Ce livre est davantage et avant tout l’histoire de Maria. Il se trouve que pour que son histoire soit son histoire, ça passe par là. Au départ, c’est une histoire vraie. Il y a vraiment eu un salaud qui a dénoncé des maquisards dans un village proche du mien. Ils ont été raflés, embarqués et sur les 60 et quelques, il y en a seulement 20 qui sont revenus… et pas en très bon état. Après cet épisode-là, une deuxième lettre anonyme a dénoncé le type. Il y a une version qui dit que les maquisards l’ont accueilli à la descente du train et l’ont butté. Ils ont embarqué aussi sa femme, qui, au passage, n’était peut-être pas innocente non plus. Elle aurait été violée deux-trois jours avant d’être relâchée. Elle a vécu toute sa vie avec l’opprobre de tous. Elle a eu un fils, elle a tenu un petit café qui faisait épicerie et elle est morte après une vie abominable. C’est tout. Je suis parti de cette histoire réelle pour écrire mon roman.

Portais-tu en toi  cette histoire depuis longtemps?

Je l’avais en tête depuis longtemps, c’est vrai. Mais l’idée de l’écrire a été soudaine. Le déclenchement a eu lieu quand j’écrivais « La montagne des bœufs sauvages ». Dans ce livre il y a plusieurs petites histoires ayant rapport avec les Vosges. Parmi elles, celle de Maria. Des personnes bien avisées ont considéré qu’elle était trop bien, je l’ai donc retiré du livre et je l’ai arrangé pour en faire le roman dont nous parlons ensemble.

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L’opprobre qu’a vécu cette femme a perduré toute sa vie.

Dans ma région, quand on parle de cette histoire, on continue à en parler sous cet angle là. De manière sournoise. Tu sais, il y avait des croix gammées sur sa porte. Elle ne les a jamais effacées. C’est terrible de vivre une vie comme ça. J’ai aussi voulu aussi expliquer qu’à partir du moment où tu te donnes le droit à la justice, forcément ça dérape. Il y a eu plein d’histoires comme ça avec les résistants. Quand eux-mêmes attrapaient des Allemands, ils ne leur faisaient pas de cadeau. Les résistants dont je raconte l’histoire dans Maria, s’ils ont commis ce qu’ils ont commis, je suis à peu près certain que beaucoup d’entre eux, dans la semaine qui a suivi, ont amèrement regretté leurs actes.

Tu penses qu’ils étaient dans une forme d’endoctrinement ?

Je pense qu’il y avait de ça. Certains connaissaient Maria de vu puisqu’ils habitaient pour la plupart dans le même village. Ils n’étaient surement pas des mauvais.

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Ton livre interroge le lecteur sur la possibilité que l’on puisse être tous pourris un jour.

Par la force des choses, je pense que oui.

Dans Maria, tu ne juges jamais les uns ou les autres et tu ne prends pas parti. Te demandes-tu parfois ce que tu aurais fait, toi, pendant cette période trouble de l’histoire ?

Bien sûr. Et je n’ai pas de réponse. Je n’aurais peut-être pas été un héros. Quand tu as la trouille, je crois que l’être humain est capable de faire des tas de choses pas très belles.

Maria a un fils dont on ne sait pas s’il est de son mari ou s’il est issu de son viol collectif. Quoi qu'il en soit, après avoir veillé à ce quelle ne manque de rien et qu’elle s’en sorte financièrement, il l’abandonne.

Oui, mais je trouve qu’il a été un bon fils. Toute sa vie de petit garçon, il a subit ce qu’à subit sa mère. Il a été honnête, bon travailleur et a attendu que sa mère puisse être indépendante pour prendre son indépendance et son envol. S’il n’avait pas rencontré une foraine, donc itinérante, il serait peut-être resté, après tout. À partir de là, en effet, il n’a pas donné beaucoup de nouvelles.

On a l’impression que Maria ne vit pas bien cette séparation, mais qu’elle s’y résout quand même. Elle ne s’appesantit jamais sur elle-même.

C’est pour ça que quelque part elle est digne et admirable. Jamais elle ne geint, mais elle ne perd pas son idée de base.

(Je n’écris pas le reste des propos de Pierre Pelot, car il en dévoile un peu trop sur l’issue de son roman).

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Maria a une passion pour l’histoire et pas seulement pour la Deuxième Guerre mondiale. Elle est devenue l’ « historienne » d’une radio vosgienne. Il fallait que tu trouves un moyen d’expliquer les Vosges et les guerres pour arriver à la Seconde Guerre mondiale et resituer un certain contexte ?

Peut-être au départ oui, peut-être aussi que non. Ce qui lui est arrivé en 44, ça l’a tué en quelque sorte. Le fait de s’être intéressé à l’histoire de sa région, c’est pour elle une façon de retrouver une identité à travers les racines des gens dont elle raconte l’histoire. Il y a un parallèle énorme entre l’histoire des gens et son histoire personnelle. C’est aussi une manière de dire que le bruit et la fureur existent partout depuis toujours.

Dans l’ignominie de toutes ces guerres-là, considères-tu qu’il y en a une plus horrible que l’autre.

Toutes les guerres sont atroces. J’ai décrit dans C’est ainsi que les hommes vivent, la guerre de Trente Ans. Elle ne faisait aucune différence avec la guerre de Bosnie ou celle du Rwanda. J’écrivais ce livre et à la télé je voyais les images… c’était la même chose dans l’ignominie et la sauvagerie. Les premiers camps de concentration, c’était comme la guerre de Sécession. On ne va pas se mettre à faire des échelles dans l’horreur. A partir du moment où les gens se trouvent dans des situations telles, on peut tout attendre d’eux. Aussi bien dans l’héroïsme que dans l’abjecte.

Quand tu étais jeune, entendais-tu des histoires familiales sur cette période-là ?

Mon père n’en parlait pas des masses. Il y avait juste un épisode de sa vie qu’il a raconté une fois ou deux. La façon dont il s’est évadé d’une colonne de types qui étaient embarqués justement pour l’Allemagne. À un endroit très précis, il a sauté au bord du chemin et il s’est évadé avec un autre compagnon d’infortune. Et il n’y a pas très longtemps, j’ai appris qu’il avait participé à la résistance dans la région. Je n’en sais pas plus. Lui ne m’en a jamais parlé. Un jour un type m’a dit : « J’ai quelque chose à te rendre: un révolver que ton père à donné à mon père pendant la résistance ». Comme son père était résistant, j’en ai déduit que le mien l’était aussi. Mon père ne m’en a jamais parlé. Dans la famille, il y avait une espèce de narration généralistique de la chose.

Pierre Pelot 20.01.11 10.JPGLes critiques, les lecteurs sont tous unanimement touchés par cette histoire.

Parce que cette période de l’histoire est encore proche. On côtoie encore des survivants de cette époque-là.  C’est pour cela que certains auteurs se penchent sur l’histoire de leur grand-père, ce que je trouve parfaitement abject.

Alexandre Jardin, si tu nous regardes !

Non, je ne vois vraiment pas l’utilité de la chose. S’il voulait réhabiliter la mémoire de son grand-père, la façon la plus élégante aurait été de ne pas en faire un livre destinée à la vente. En plus, on ne peut pas dire qu’il écrive particulièrement bien.

Tu es quelqu’un de pudique. Tu ne racontes jamais ta vie. Les plus belles histoires que j’ai envie de raconter ne passent pas fatalement par la mienne. Accepterais-tu que quelqu’un écrive une biographie sur toi.

Hé hé, si ça te dit ! Ça peut être marrant, mais est-ce que c’est intéressant ?

Il y a beaucoup de choses à dire sur ton œuvre, sur ta façon d’écrire, sur les langues que tu as inventées, sur le nombre hallucinant de livres que tu as publiés… Il n’y a pas deux Pierre Pelot en France. Pour terminer cet entretien, revenons sur la petitesse de ce roman. Comme tu nous as habitués à des romans-fleuves ces derniers temps, beaucoup s’en étonnent. Tu sens le moment où il ne faut pas en rajouter ?

Oui. Il y a des histoires qui demandent ça. De raconter de manière courte. J’ai éprouvé le sentiment que ce n’était pas nécessaire d’en rajouter. Je ne voulais pas qu’il y ait un mot de trop. Cette histoire s’est racontée à moi-même comme ça.

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 Et merci aussi à Pierre pour ça!

 (Sortie du livre le 15 février. En prévente ici ou ou sur le site du mon éditrice...)

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Important :

Concernant Maria de Pierre Pelot, écoutez cette interview et l'avis du journaliste...

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