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30 janvier 2011

Florent Marchet: interview pour l'album "Courchevel"!

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Florent Marchet 28.09.10 10.JPGFlorent Marchet est un formidable arrangeur et un compositeur surdoué. Il évoque dans son troisième album, Courchevel, la vitrine sociale, l’adulescence, la carrière, la solitude et la mélancolie pot de colle. Il confirme son goût pour le romanesque et les plongées dans les provinces françaises qui lui sont chères. 11 chansons à l'orchestration impeccable, aux mélodies imparables, des fulgurances dans la voix autant que dans les mots. 11 titres, véritables cartes postales pop. Que ceux qui pensent que la chanson française est complaisante, réaliste et bourgeoise, simpliste et molle, revoient leurs préjugés en prenant la piste de Courchevel. Rencontre avec Florent Marchet dans les locaux de MusiqueMag le 28 septembre 2010. Je suis très amateur du monsieur. Je l'avais interviewé en 2004 pour son premier album, Gargilesse, dans un bar en face de Universal. Il débutait en "promo", il était donc timide et réservé. Ce n'est plus le même homme que je vois arriver. Sympa, drôle, avenant et un peu pince sans rire... Bref, très à l'aise. En 6 ans, l'homme a sacrément gagné en assurance.

Sinon, 1000 excuses à Florent Marchet !

5 mois pour mettre en ligne une interview. Le record est battu. (Et pourtant, que j’aime cet album !)

florent marchet,courchevel,interview

Mandor : Tu passes de Barclay/Universal à Pias. Par souci d’indépendance ?

Florent Marchet : En fait, l’amorce de l’indépendance avait commencé avec Frère Animal, un projet que je considère presque comme un troisième album, même si c’est un album collectif. Pour des raisons pratiques, on est parti en indépendance, même si ça a été distribué après par Gallimard. J’ai aimé cette expérience d’être totalement libre dans la création et surtout, arriver avec un projet qui est terminé et abouti. J’ai toujours eu une démarche indépendante, même au sein de Barclay, j’ai toujours été très investi à tous les stades de la production d’un album. Moi, au départ, j’étais parti pour faire l’album en équipe, mais en totale indépendance, pas forcément avec un label. J’avais déjà l’équipe, un manager, la promo, un tourneur… donc on ne se sentait pas totalement seul pour rentrer dans la totale indépendance. C’est Pias qui a écouté l’album et qui nous a contactés. Leurs arguments nous ont convaincus. Je ne regrette pas, je suis même ravi et je trouve bien que ce soit fait dans ce sens-là.

Tu es un artiste curieux des autres formes artistiques… ce qui rend ton œuvre hors format « radiophonique ».

J’écoute de la chanson française, mais pas tant que ça. J’écoute beaucoup de musique du monde, de musique anglo-saxonne, de pop et après, je vais me nourrir dans le milieu de la photo et de la littérature. J’ai l’impression que si je n’écoutais que de la chanson, ce serait une sorte de consanguinité qui ferait que le désir ne serait plus trop présent. J’ai vraiment besoin de puiser dans d’autres disciplines artistiques. J’aime les décloisonner en proposant des formats hors formats, justement. Quand on regarde Philippe Katerine avec des formats particuliers qu’il avait même dans ses premiers albums, on se rend compte finalement que Brigitte Fontaine faisait déjà ça dans les années 60. Tu sais, les tubes parfois, ce sont parfois aussi des ovnis. "Marcia Baila" des Rita Mitsouko ou "La douleur" de Camille, par exemple… on les a beaucoup entendus en radio. Donc, je ne désespère pas qu’il en soit de même pour moi.

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Il y a 11 chansons dans ce nouveau disque. Ce sont des espèces de courts-métrages pop !

J’aime bien les formats courts, ça correspond aussi à ma vie aujourd’hui qui est une vie de cinglé. À Paris, on a très peu de temps. Ça fait très longtemps que je n’ai pas lu un gros roman de 500 pages. Et je m’aperçois que je me dirige vers des formats très courts. Je lis aussi beaucoup de nouvelles. J’adore le cinéma, mais je vais aussi beaucoup vers la photo. Il y a un concentré d’émotion dans la photo qui est immédiat et qui est très rapide au niveau de son accès. Pour moi, cet album est vraiment influencé par des photographes comme Martin Parr, Grégory Coutson qui a une approche très cinématographique de la photo.Anthony Goicolea aussi, qui est un peintre et photographe new-yorkais qui m’a énormément influencé sur cet album. Quand je commençais des « starters » de chanson, j’avais en tête l’atmosphère des photos de Goicolea. Je rêvais de travailler avec lui. Via les réseaux sociaux, je suis rentré en contact avec lui et il a accepté de faire la pochette de l’album.

Tu n’écris que sur des thèmes qui te touchent ?

Je suis condamné à ça. Je ne choisis pas les thèmes de mes chansons, je ne cherche pas à faire plaisir au public spécialement. Je pars en général d’un fait émotionnel qui est tel que j’ai besoin d’écrire là-dessus. C’est une façon de se débarrasser d’une angoisse et d’une douleur.

Tu dis que l’inspiration, ce n’est que du désir…

Pour moi, en tout cas, créer des chansons, ce n’est absolument pas un métier. Même si, avec le temps, on se professionnalise, mais à la base, j’écris et compose pour vivre mieux. Le monde tel qu’il est, sans la création, je ne sais pas si  j’arriverais à le supporter autant que je le supporte aujourd’hui. La vie me paraît plus sereine avec ses créations. Pour moi, la clef du bonheur, c’est le fait d’agir. Pour moi, ça passe par écrire, par composer et ce sont souvent des fulgurances. Tout ceci n’est pas une démarche intellectuelle. Une fois que j’écris une chanson, je me demande toujours si je serai capable d’en écrire une autre. La création d’une chanson est toujours mystérieuse.

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Tu as écrit pour pas mal d’artistes, Clarika, Élodie Frégé, Axelle Red, La fiancée. Tu aimes créer aussi pour les autres ?

C’était une envie première. Quand j’ai commencé à démarcher des éditeurs à mon arrivée à Paris, ce n’était pas en tant qu’interprète, mais en tant qu’auteur compositeur. J’avais envie que mes chansons puissent vivre à travers des interprètes et puis, rien ne s’est fait comme je l’avais prévu. Quand j’ai eu mon premier contact avec un éditeur, il m’a dit que la voix qui chantait les chansons était plutôt pas mal. On a donc trouvé un label qui m’a accepté aussi en tant que chanteur. Je ne dis pas que je n’aime pas chanter, mais mon intérêt pour cette activité est venu petit à petit. Les deux premières années, j’ai détesté être sur scène, j’ai détesté chanter devant un public parce que je ne comprenais pas pourquoi. Aujourd’hui, je sais davantage ce que je fais sur une scène et c’est devenu pour moi essentiel, même aussi important que de composer et d’écrire. A l’époque, je n’avais pas compris qu’il y a une forme de création quand on est sur scène. Écrire pour d’autres est fondamental. Cela me permet d’aborder des sujets que je n’aborderais pas moi. J’ai besoin de connaître la carte émotionnelle de l’interprète pour pouvoir me mettre à sa place et devenir son propre filtre et d’écrire des chansons sur mesure qui me ressemblent.

Voici la version de cette interview pour MusiqueMag.

Cadeau: une session acoustique de sa chanson "Courchevel", rien que pour MusiqueMag.

Voici quelques photos de l'acoustique...

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24 janvier 2011

Cyril Romoli : Interview d'un lion (méconnue) de la chanson française!

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Commençons la présentation de mon invité du jour, Cyril Romoli, avec sa bio rapide (copié/collé à partir de son site officiel) :

« Tour à tour comédien, chanteur et musicien, Cyril Romoli joue sous la direction de Jean-Laurent Cochet , Robert Hossein, Guy Rétoré, Jean Menaud, Marion Bierry... Il chante dans Chance, La guinguette a rouvert ses volets, Ce soir il pleuvra des étoiles, Paradisco et plus récemment dans Le Roi Lion au Théâtre Mogador où pendant deux ans il double les rôles de Scar et Pumbaa. Il compose également de nombreuses musiques de spectacles, travaille avec Laurent Viel, accompagne Néry, chante dans le Bringuebal. Dernièrement il a composé la musique du spectacle de Fellag, C’est à Alger, qu’il l’accompagne sur scène comme pianiste et comédien. »

Le 11 février 2008, j’ai écrit une première note sur Cyril Romoli. Je l’avais Mandorisé avec et sur les bons conseils d’une grande spécialiste de la chanson française, Laurence Goubet (alias Lou Poulain).

 3 ans plus tard, il m’a envoyé son nouveau disque A l’heure où les lionnes apparaissent.

Il chante l’amour, beaucoup, avec des textes ciselés comme rarement. Mais le romantisme apparent laisse souvent la place à la noirceur et l’ironie. Cyril Romoli est tout sauf mièvre… non, il est même diablement subversif. L’homme derrière son piano est un obsédé textuel qui joue si bien ses textes qu’on a l’impression qu’il raconte sa propre vie. Rien n’est plus faux. A l’écoute de ce disque aussi bouleversant que surprenant, une certitude s’impose : Romoli est un digne représentant du métier d’interprète. Il nous fait passer du rire aux larmes, sans transition, mais avec une humanité qui laisse pantois.

Avant qu’il ne se produise au Ciné 13 (1, avenue Junot, 75018 PARIS 18e), dimanche prochain (30 janvier à 21h), je lui ai proposé une deuxième rencontre. En tête à tête cette fois-ci. C’était le 18 janvier 2011 dans un bar à proximité de mon boulot :

Tu n’en as pas marre que l’on dise que pour apprécier ton répertoire, il faut te voir sur scène ?

Je vais te faire une double réponse. D’un côté, oui ça m’embête parce que j’aimerais que mes chansons soient accessibles facilement. Le disque est le moyen le plus pratique. En même temps, je viens de la scène. Je ne peux pas nier cette habitude, ce plaisir et cette évidence que j’ai à interpréter mes chansons en concert. Bon, en plus, comme les gens n’achètent plus de disque, mais vont encore au concert, ça ne me dérange pas trop. Avec A l’heure où les lionnes apparaissent, c’est la première fois que je suis heureux d’avoir fait un disque.

Il reflète bien ce que tu voulais faire au départ ?

Oui, j’avais même minimisé mon envie. Je pensais clore une page avec ce disque et passer à autre chose après. Mais finalement, ce disque m’a ouvert d’autres envies.

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, nous avions évoqué ensemble le fait que tu parlais beaucoup des femmes dans tes chansons. C’est encore le cas dans ce disque. Enfin, comme c’est mélangé avec de l’humour noir, disons que c’est un disque d’amour noir !

La formule est belle. Mais, je tiens à dire une chose importante. Les textes ne sont pas de moi. Ils sont pour la plupart d’Éric Chantelauze, mais aussi de Camille d’Avril et d’Olivier Breitman. Les gens sont persuadés que c’est moi qui écris tout. Ça me rassure, cela veut dire que ses textes m’habillent bien et qu’ils sont donc bien choisis.

Cyril Romoli 18.01.11 4.JPGDu coup, tu fais aussi un travail de comédien. Il faut rentrer dans la peau des personnages…

Quand bien même, j’écrirais les paroles, il faut quand même rentrer dans l’histoire. Pour mon précédent disque, les professionnels de la profession m’ont reproché de ne pas écrire mes textes. Je souligne juste que, par exemple, Julien Clerc n'en écrit pas non plus. Si j’écrivais ma vie, vraiment, je t’assure que ce serait inintéressant. Louis Jouvet disait aux apprentis comédiens : « Ne montre pas tes tripes, c’est vraiment dégueulasse ! ».

Tu passes ta vie à faire croire, finalement.

Ben oui. Évidemment. Mais, en même temps, j’ai l’impression de me montrer tel que je suis en concert et dans mes disques. C’est paradoxal, je sais. On est multiple. Je ne veux pas mentir, mais j’aime bien arriver à parler de quelque chose qui n’est pas encore ce moment-là dans la réalité. J’aime fantasmer les choses.

Tu aimes l’ironie et l’humour noir…

J’ai le droit d’être horrible, méchant, sarcastique, amoureux… C’est un vrai bonheur quand tout à coup, on assassine le héros de la chanson. C’est jouissif parce que l’on sait que l’on va cueillir les gens à un endroit particulier. À la fin d’une chanson, j’adore casser le jeu d’une écoute. Dans la vie, je suis trop bien élevé pour être comme je me représente dans mes chansons. Je ne suis pas quelqu’un qui joue de sur méchanceté, mais l’humour noir est la forme de transgression qui me plait le plus.  J’ai toujours adoré Desproges par exemple. C’est typiquement un auteur dont je me délecte sans me lasser depuis des années.

Tes textes sont quasiment des courtes nouvelles.

Tu n’as pas tort, mais que veux-tu, j’aime raconter des histoires, alors effectivement, les textes sont très longs.

scar.jpgDepuis notre dernière rencontre, tu as joué dans Le Roi Lion pendant deux ans. C’est tellement différent de ton univers musical personnel…

Je doublais deux rôles. Scar, le méchant et Pumbaa, le gros phacochère gentil. En gros, je jouais au moins une fois par semaine, mais j’étais présent au théâtre tous les soirs. C’est un poste très particulier.

Ce n’est pas un peu frustrant d’être doublure ?

Si, ça peut être très frustrant. Chaque rôle à 3 remplaçants. On doit être à niveau à n’importe quel moment pour les différents rôles.

Dans ce genre d’expérience, apprends-tu beaucoup et peux-tu te servir des connaissances acquises dans tes propres concerts ?

Je m’en sers à plusieurs niveaux. Déjà, ce que je fais moi est du jeu chanté, donc il y a une similitude non négligeable dans ces deux exercices. Les personnages que je devais interpréter dans Le Roi Lion étaient des personnages qui avaient des voix très graves, ce qui n’étaient pas ma voix à l’origine. Ma voix est médium « modéré ». J’ai dû travailler pendant deux ans pour construire une voix solide, ça ma permis de gagner du confort et jouer sur des nuances que je n’avais pas encore abordées. Et puis, quand on joue devant 1600 personnes à Mogador presque tous les jours et que l’on revient à ses propres spectacles seul avec son piano, il y a un stress beaucoup plus grand parce qu’on est tout seul, mais tout à coup il y a aussi un confort, un retour aux sources. Ce sont deux facettes de mon métier que j’aime et qui m’amuse. J’ai des plaisirs de comédiens dans chacune d’elle. Je crois que si je ne faisais que de la chanson, je m’ennuierais. Si je ne faisais que du théâtre, il me manquerait quelque chose. J’ai vraiment besoin des deux.

Les gens qui aiment la belle chanson française te connaissent et apprécient ton travail. Malgré tout, tu n’as pas encore une grande notoriété. N’est-ce pas un peu décourageant ?

Oui et non… ça dépendant des moments. Ne pas être signer dans une maison de disque, ne pas être encadré, effectivement, c’est fatiguant parfois, parce qu’on a l’impression de constamment repartir à zéro à chaque album, chaque concert. Il y a des choses dont on aimerait se délester. En même temps, on est entièrement libre. Par exemple, cet album, il ressemble à 100% à ce que je voulais faire. C’est moi qui ai choisi les studios, le photographe, le graphiste, les gens avec lesquels j’avais envie de travailler. La contrainte économique limite le cadre, mais en même temps, tout ce que je réalise seul me ressemble.

Cyril Romoli 18.01.11 3.JPGTes textes, c’est le fruit de conversations avec chacun de tes auteurs ?

Il n’y a aucun texte de commande, en tout cas. Éric Chantelauze me connait bien, Camille d'Avril un petit peu. J’ai demandé à Olivier Breitman de m’écrire un texte, mais il était libre du sujet. Pour moi, il y a le plaisir d’aller chiner et dénicher un texte. C’est là que je revendique le fait que ce n’est pas moi qui écris les chansons, mais c’est moi qui les mets en lumière.

Tu as un frère danseur étoile à l’Opéra de Paris (Wilfried Romoli), à part lui, fais-tu parti d’une famille d’artiste ?

 Non, mais l’art à une place importante chez chacun. Je suis le petit dernier de la famille et j’ai eu la chance d’avoir des parents qui considéraient que ce que je voulais faire était un métier. Je leur en suis reconnaissant tous les jours, car c’est extrêmement rare. Il y a une attention affectueuse sur mon travail, mais sans plus. Dans notre famille, on a plus une considération humaine qu’artistique. Mais, en même temps, l’un ne va pas sans l’autre.

Tu n’es pas uniquement chanteur et comédien…

J'ai assisté des metteurs en scène, je compose des musiques de spectacles. Ce qui m’intéresse, ce sont les histoires, le texte et le spectacle. Là, j’ai fait des musiques pour Fellag, l’humoriste algérien. Je l’accompagne aussi sur scène au piano et je joue quelques personnages. Je me suis retrouvé à tous les endroits à la fois. C'est vraiment ainsi que j'envisage mon métier...

 

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22 janvier 2011

Fergus: point de vue objectif et interview destructurée...

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« Né en banlieue parisienne, Stephane Dorey se découvre musicien à Caen et devient bassiste dans plusieurs formations locales nourries au punk et au cold wave. De retour de son service militaire, il se met à la guitare, rencontre Sylvie Hoarau et fondent Topaze.

La musique de Topaze se mute en pop nerveuse et prend un nouveau virage musical sous le nom de Vendetta. Le groupe signe chez Barclay et travaille avec des artistes et des producteurs comme Arthur H, Calogero, Peter Von Poehl , Clive Martin, Dorian, Jérôme Attal... Vendetta se séparera après deux albums.

Stephane Dorey continue alors en solo sous le nom de Fergus, il écrit un album de 11 chansons dont il est le compositeur et l’interprète en collaboration avec Francis Hutin pour les textes.

Le premier album de Fergus « les règles du je » est sorti le 2 novembre 2010 chez Pias… »

J’ai beaucoup aimé cet album.

Je l’ai d’ailleurs chroniqué dans le Addiction, le mag du mois de janvier 2011.

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J’ai rencontré Fergus le 10 janvier dernier dans un bar de la rue Henri Monnier (Paris).

Je l’ai kidnappé avant qu’il n’aille se faire shooter chez un photographe avec La Fiancée pour je ne sais quel canard.

Merci à son attachée de presse, Carine Chevanche, pour m’avoir concocté ce rendez-vous aux petits oignons.

Fergus, s’il est sympathique et attachant, n’est pas précisément l’artiste le plus facile à interroger.

Il n’aime pas l’exercice. Il ne suit d’ailleurs pas forcément une ligne directrice dans la conversation.
Il faut s’adapter, rebondir sur ce que l’on peut et tenter de mener l’entretien au mieux.

Plutôt que de m’arracher les cheveux en essayant de structurer tout ça, je vous propose quelques phrases glanées ici et là pendant l’interview… mais qui explique bien la personnalité et l’œuvre du bonhomme.

En fond musical de ce bar, il y avait du Britney Spears à fond… pas l’idéal pour se concentrer non plus.

 

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-Moi, je compose, je chante et j’arrange seul. J’ai fonctionné par étapes. J’ai commencé par la basse, ensuite, je me suis mis à la guitare, après au clavier er aujourd’hui, c’est le chant que j’apprivoise peu à peu. Ca ne fait que 4 ans que je chante.

Fergus 10.01.11 4.JPG-Je me suis mis à la guitare, parce que la basse, c’est trop limité pour composer. Après Vendetta, j’ai voulu reproduire la même chose. Trouver une chanteuse pour qu’elle interprète mes compositions. Je n’ai trouvé que des chanteuses entre 25 et 30 ans et moi, je leur demandais de faire un bond de 10 ans. Et je voulais aussi une chanteuse qui trouve des mélodies. C’est rare. Avant de trouver Sacha, je n’ai vu que des psychorigides. Une des premières que j’ai essayées était une chanteuse lyrique. Elle s’offusquait quand je lui demandais de chanter de manière plus sexy. Quelqu’un qui rejette sa sensualité et sa sexualité, ça ne m’intéresse pas. Une interprète qui ne souhaite que joliment chanter, il y en a à la pelle.

-Moi, j’ai un chant un peu neutre dans l’album. Sacha a un timbre clair et je trouve que nous sommes complémentaires.

-Avec mon parolier, Francis Hutin, je suis souvent en conflit. Moi, je ne cherche pas les choses longtemps, je suis un instinctif, ça peut déstabiliser. Les gens avec qui je bosse me demandent des explications sur mes décisions artistiques et je suis incapable d’en donner.

-Francis Hutin a su mettre en mots mes idées. C’est amusant parce qu’on ne se ressemble pas du tout. Lui a 50 fergus_regelesduje.jpgbalais, moi 42. Il a de l’expérience et va à l’essentiel, lui.

-Mon travail me parait indicible. Et c’est pour ça aussi que je fais de la musique. Par exemple, je pense qu’une mélodie explique beaucoup plus de choses que les mots.

-Mes héros sont souvent cocus, ils ne sont pas très bien dans leur peau et n’ont pas la bonne place dans le couple.

-Quand j’écoute un disque, j’écoute d’abord l’ambiance et les mélodies. Mais les paroles, ce n’est pas ce que j’écoute en premier. Les paroles sont là pour souligner les ressentis de la mélodie.

- Plus je vieillis, plus je prends mon temps. Je ne veux plus me précipiter. J’ai compris que le temps était malléable.

-Moi, je ne me focalise pas sur les notes, je suis plus focalisé sur la rythmique.

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Tiens, celle-là, je la laisse... vous comprendrez mieux pourquoi les photos prisent par Mandor sont d'une qualité inégalable (et abolument jamais flou).

(Il paraît que photographe est un métier).

-Je ne suis pas un bon communiquant. Je n’aime pas parler de moi et je ne trouve aucun intérêt à parler de moi-même… je ne suis pas un bon vendeur de moi-même en interview.

-C’est difficile de parler de mon album aujourd’hui. Les chansons datent de plus de 3 ans, je suis passé à autre chose, une autre vie.

-Au moment où j’ai écrit ce disque, je n’avais plus de groupe, je n’avais plus de copine non plus, mais je venais d’avoir un enfant. Donc, j’avais un enfant et plus rien. Au fond, c’était le meilleur moment pour écrire des chansons. Quand je suis dans la déprime, le temps s’efface et je suis plus précis dans la mélodie. Je me suis même posé la question : est-ce que je cherchais à être un peu mal pour parvenir à composer ?

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-Raconter le bonheur dans une chanson, ce n’est pas une bonne idée. Tout le monde s’en fout du bonheur dans une chanson.

-Avec les femmes, on est dans le paradoxe. Elles veulent des hommes qui soient protecteurs, gentils et pas machos. Au final, quand tu es trop gentil, elles n’aiment pas ça. Elles veulent aussi des hommes qui ont des couilles.

-J’ai eu une culture groupe pendant 15 ans. A un moment, j’en ai eu marre du groupe. On passe son temps à faire des compromis. Maintenant, même si je joue avec des musiciens, c’est moi qui dirige tout. C’est une équipe, mais qui est à mon service musical et en me respectant, en plus.

-Si on a trop de matériel, on peut se perdre dans la création. À la maison, dans mon home studio, mon matos est très cheap. J’ai un petit Farfisa, qui est un jouet. Ça permet de faire des sons un peu atypiques, du coup je m’en suis servi pour pas mal de chansons. Je n’utilise pas les nouveaux logiciels qui permettent d’obtenir des sons infinis. À utiliser trop de sons différents, ta musique devient impersonnelle, voire même un peu aseptisée.

 

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Merci à Fergus d'avoir accepté de jouer le jeu avec gentillesse. Répondre aux questions d'un journaliste n'est pas un acte naturel. Je le sais bien.

16 janvier 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (2) : Frédéric Mars pour "Lennon Paradise"

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici le deuxième numéro de Mes livres de l’hiver 2010/2011. Après les frères Fouassier, Eric et Luc Michel pour leurs ouvrages respectifs, Le Traducteur et Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre, voici Frédéric Mars pour son nouvel ouvrage, Lennon Paradise, le roman posthume de John Lennon.

 

9782352884859.jpgPrésentation de l’éditeur :

Je m’appelle John Lennon et je ne suis pas mort le 8 décembre 1980. La preuve : je vous parle de ma vie, de mes années de sursis. Au cours des ces décennies supplémentaires, je ne me suis pas contenté de dérouler mollement le fil de mon succès et de ma célébrité. Lors de l’attentat, j’ai vécu une expérience de mort imminente.

Cela m’a donné envie de revenir sur certains aspects de mon existence précédente pour tenter de les changer : les Beatles et l’effrayante célébrité, les femmes et l’amour, la politique et la paix, la religion, Dieu… et bien évidemment la mort.
Ces pages rassemblent mes réflexions sur ces sujets que je me sens aujourd’hui enfin en mesure d’affronter. Ou presque…

 

Et si John Lennon n’était pas mort ? Il aurait rédigé ce roman philosophique qui éclaire la vie de celui qui se disait « plus célèbre que le Christ ».

 

 

01.jpgL’auteur :

Frédéric Mars (né en 1968 à Paris) est un auteur français de romans dans des genres très divers, et scénariste pour la télévision. Il publie d'autres ouvrages sous diverses identités, y compris en qualité de nègre.

Après plusieurs années passées dans la presse magazine et diverses rédactions « online », Frédéric Mars a quitté le journalisme et la photo pour ne se consacrer qu'à son travail d'auteur de livres. Outre ses romans, il a publié plus d'une quarantaine d'essais, documents et livres illustrés, sous diverses identités.

Thèmes de prédilection : l'odorat, le sommeil, les rêves, la sexualité, les différentes facettes d'une même personnalité et les limites de notre conscience.

Pour ne rien cacher aux éventuels nouveaux lecteurs, c’est ma 5e mandorisation de Frédéric Mars. (Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième). Que voulez-vous, je suis fidèle.

J'ai demandé au prolifique auteur de me rejoindre dans mon restau (d'à côté le Grand Rex)... le 29 décembre dernier.

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Mandor : Tu portais en toi ce roman posthume depuis un moment, je crois…

 

Frédéric Mars : Depuis une dizaine d’années. Quand j’ai eu l’idée d’un roman posthume de cette forme là, j’ai eu l’idée de l’appliquer à John Lennon, précisément. Je ne vais pas te faire le couplet « depuis tout petit », je suis fan des Beatles, mais en l’occurrence, j’ai deux grandes sœurs qui ont 6, 7 ans de plus que moi, qui écoutaient en boucle ce groupe. Franchement, toute mon enfance, j’ai été biberonné aux Beatles, puis aux albums de Lennon. Voilà où ça m’a mené… mais assez tôt dans mon adolescence, j’ai compris que Lennon n’était pas que musicien, qu’il avait eu une influence et une importance phénoménale. Ce n’était pas un porte-parole, mais beaucoup de gens se reconnaissaient dans ce qu’il disait. C’est bizarre, jusqu’à 20 ans, pas grand-chose ne s’est passé dans sa vie, et à partir de 20 ans, c’est une espèce de concentré de ce que tu peux rêver dans une vie. Si tu mets les Beatles à côté de Madonna, Michael Jackson ou Lady Gaga, tu es obligé de constater que personne n’a acquis un tel niveau de notoriété aussi vite.

 

Revenons au concept de ton livre. En fait, tu pars de l’idée que John Lennon n’est pas mort.

 

J’ai juste imaginé que John Lennon avait survécu à sa tentative d’assassinat du 8 décembre 1980, dans le hall de son fameux Dakota Building à New York. Mark Chapman, un déséquilibré, lui a tiré dessus. J’ai basé mon livre sur le constat qu’il en réchappait. Pendant cette expérience extrême qu’est une tentative d’assassinat, Lennon a eu une NDE, c'est-à-dire une expérience de mort imminente. J’ai imaginé que cette expérience de mort imminente traçait se que pouvait être la suite de sa vie. 

 

Peux-tu nous remettre dans le contexte ?

 

En 1980, John Lennon ressort en album. Il reprend du poil de la bête et redevient créatif, mais il sort tout de même de 10 ans de tunnel. En gros depuis qu’il s’est installé au début des années 70 aux États-Unis, rien n’allait vraiment… il végétait. Déjà, il a mis 5 ans à se faire accepter aux États-Unis. Le FBI et les services secrets américains se sont mis dans la tête que c’était un odieux comploteur et qu’il en voulait à l’administration Nixon. Il s’est donc mis à dos toute cette administration. On a cherché à le mouiller dans des histoires pas possibles, on a cherché à le dégager des États-Unis, il a eu procès sur procès et enfin en 1975, il obtient sa carte verte, mais ça a été presque 6 ans de bataille. En 75, il y a son deuxième fils, Sean qui naît et lui sombre dans une espèce de vague à l’âme ou d’un côté, il s’occupe de son fils pendant que Yoko Ono fait fructifier le capital familial en faisant divers investissements qui n’ont rien à voir avec la musique.

 

Il est donc complètement improductif.

 

C’est ça, il n’écrit pas une ligne, pas une chanson. Il se goinfre de lectures ésotériques et de truc un peu fumeux… et il va en vacances aux Bermudes l’été 1980 et, miraculeusement, lui revient une sève musicale qui l’avait quitté depuis presque 10 ans. En même pas 3 semaines, il fait les maquettes de Double Fantaisy, il revient à New York, il boucle l’album et voilà. C’est cette période charnière du début des années 80, il est peut-être reparti pour faire de belles choses…

 

Tu as imaginé qu’à partir de cet évènement qu’est le NDE, il va chercher à corriger ce qu’il estime avoir raté dans sa vie. Tu fais même intervenir Raymond Moody.

 

Oui, c’est la première personne qui a fait de la littérature sur les expériences de mort imminente. Dans mon livre, Lennon est contacté par lui. Il trouve que l’expérience de mort imminente est un shoot incroyable et il veut lui donner un sens. Raymond Moody va l’aider en le suivant les 40 années suivantes en reproduisant artificiellement cette expérience de mort imminente 8 fois afin de régler les problèmes psychologiques de Lennon et à chaque fois de se libérer d’un poids, de se libérer de quelque chose qui le handicape depuis toujours… sa relation aux femmes par exemple, sa mère et Yoko Ono. Yoko a eu une emprise totale sur lui, ce que les fans lui reprocheront toute sa vie. Moi j’imagine que grâce à ses expériences, il finit par se séparer d’elle et je lui fais vivre d’autres histoires d’amour…

 

Tu as essayé de deviner ce qu’il aurait pu faire ses 40 dernières années. Ce n’est pas un peu casse-gueule comme exercice ?

 

Pour rassurer les fans, sachez que les 40 premières années sont rigoureusement exactes. Je ne touche pas au mythe des Beatles. J’ai épluché tout ce qui a été écrit sur Lennon et je me suis mis à imaginer ce qui me semblait semblable et amusant. Je fais des aller-retour constants entre le passé et le futur. Ce que j’ai trouvé extrêmement jubilatoire quand j’écrivais, c’est de mélanger biographie véridique et extrapolation. Il faut démêler le vrai du faux. Les choses sont à la limite du probable. Je n’ai fait que pousser le curser dans la démesure qui était la sienne. La vraie question c’est : que faire quand on s’appelle John Lennon et que l’on a l’impression d’avoir déjà tout fait ? Il est au bout du rouleau par épuisement du possible. Il a 40 ans, il a eu la gloire et le succès universel, les expériences les plus extrêmes qu’on puisse imaginer : drogues, sexualités, vies communautaires, expériences politiques, engagements… il a quand même passé la fin de sa vie à se demander ce qu’il pouvait faire pour se mettre en danger. Il a cherché tous les moyens pour se débarrasser de son étiquette Beatles.

 

Yoko Ono tient un rôle peu reluisant dans ton livre.

 

Peut-être a-t-elle pressé un peu trop le citron Lennon. En fait, ce que je cherche à mettre en perspective, c’est qu’elle était surtout une artiste frustrée. Elle a toujours voulu être musicienne, mais hélas pour elle, elle n’a jamais été très bonne dans ce domaine. Du coup, on disait de sa musique qu’elle était « expérimentale ». Dans les années 60-70, ça passait bien comme ça. Avoir de grandes ambitions musicales, ne pas en avoir les capacités et vivre à côté de quelqu’un considéré comme un génie universel vivant, c’est odieux ! Donc, elle était en permanence dans l’extrême admiration de ce qu’il était, dans l’envie d’attirer à elle une part de son génie et aussi dans une forme de jalousie.

 

John Lennon était-il ton Beatles préféré ? Et que penses-tu de Paul McCartney ?

 

Je pense que John Lennon, même s’il n’a pas tout réussi de ses tentatives multi disciplinaires, il n’a pas été un bon écrivain, ni un grand poète, il avait en tout cas cette envie de toucher à tout et surtout d’aller là où on ne l’attendait pas. Dans un sens, il avait une forme d’ambition qui confinait à la prétention. McCartney, lui, était plus modeste et certainement meilleur musicien. Bien sûr, sa musique était dans une forme plus consensuelle, plus pop, plus ronde, moins rock et surtout sans discours. C’est d’ailleurs ce que lui reprochent les aficionados de Lennon. De ne pas se positionner politiquement et donc d’être un « gentil mou ». Mais c’est un musicien au génie beaucoup plus avéré.

 

Dans ton livre, dans les années imaginées, tu présentes un McCartney assez lâche !


Oui, il est un peu faible et un peu ambivalent. Très souvent, il a pris la tangente, il fuit. Dès qu’une situation est ingérable, il a un peu des rodomontades de matador, bref, ce n’est pas un fighter, quoi !

 

As-tu des retours de certains protagonistes du livre encore vivant?

 

Je l’ai envoyé au « studio One », le bureau officiel de Yoko Ono. Je n’ai pas encore de retour. Ceci étant, le livre n’est pas traduit en anglais. Je ne sais pas vraiment s’il est arrivé entre les mains de Yoko Ono… je ne désespère pas d’avoir une réaction. Je l’ai aussi envoyé à Sean et à Julian, les deux fils de John Lennon. Comme à peu près 150.000 personnes, je suis ami Facebook avec Julian… (rires).

 

Quel est ton nouveau projet littéraire important ?

 

Je bosse sur un thriller contemporain qui implique notamment du terrorisme et de la géopolitique. L’action se situe à New York en septembre 2012, donc 11 ans après le 11 septembre.

 

Comment s’appellera ce livre ?

 

Je sais que tu aimes bien les scoops, mais le titre est provisoire, alors quand même… ce que je peux te dire, c’est qu’il sortira chez Blackmoon. Ce sont eux qui ont sorti en France une saga qui a vaguement marché : Twilight.

12 janvier 2011

Les chroniques de Mandor... le livre (1)

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Ça y est ! On y est.

La version papier de ce blog sort le 15 février chez Laura Mare Éditions.

Je ne sais pas ce qu’il va se passer autour de ce livre.

Peut-être rien.

Peut-être des portes ouvertes à de nouvelles aventures.

Je n’attends rien.

Mais je suis prêt à tout.

Ce qui est certain, c’est que je raconterai ici ma nouvelle vie « d’auteur ».

Le merveilleux, le pas grand-chose, le pathétique, le je ne sais quoi au fond.

Les réactions, les salons du livre (voir plus bas), les critiques (bonnes ou mauvaises, je ne m’épargnerai pas, promis !), mes nouveaux confrères es signatures… bref, mon nouvel environnement provisoire.

 

En attendant, vous pouvez pré-commander mon livre sur le site de mon éditrice.

 

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10 janvier 2011

Sam Neves : romantick'n roll!

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sma neves d'égal à egal.jpgJ’ai découvert Sam Neves en voyant le clip « L’Amour Flou » sur internet (vu 27 000 fois par les internautes). Pas tout de suite convaincu par l’ambiance générale que je jugeais, à tort, un peu mièvre, je suis allé écouter le reste de la production de la jeune femme sur Deezer.

Et là, j’ai découvert un disque plus rock que je ne l’imaginais et des textes moins sages qu’il n’y paraissait. Bref, j’avais juste vérifié une nouvelle fois qu’il ne faut jamais s’arrêter à l’écoute d’un seul titre et à une première impression.

Je ne sais plus par quel hasard, je suis devenu ami Facebook de Frantz Fagot, son compositeur, réalisateur, producteur et par ailleurs ex-guitariste d’un paquet d’artistes (voir plus bas).

Puis de Sam, elle-même.

J’ai suivi leurs activités musicales avec intérêt.

Un jour, je leur ai proposé une mandorisation.

Ce qu’ils ont accepté.

La rencontre entre le binôme et moi s’est déroulée dans un café parisien le 31 décembre dernier. C’était donc ma dernière interview de l’année 2010.

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Sam et moi, prenons la décision de commander des bières (merde, c’est presque le réveillon, là !). Frantz, lui, opte du thé.

(Que sont nos rockeurs devenus ?)

On se marre tout de suite. Elle ne prend pas la posture de la vedette interviewée par le journaliste, je ne prends donc pas celle du journaliste qui se la joue journaliste (ce que je fais peu, en règle générale, de toute façon !)

Je ne lui demande pas de se présenter. J’aurais obtenu un truc du genre : « Sam Neves, née le 30 juin 1976, je suis cancer, dans une petite bourgade du 63… ». Là n’est pas le propos.

Sam_Neves_single.jpgD’ailleurs, voici un extrait de sa bio :

Sam Neves s'inspire dès son plus jeune âge de groupes tels que A-ha, U2, Pink Floyd, Depeche Mode. Adolescente, elle commence à chanter dans le groupe de rock de son lycée.

En 2000 elle devient la chanteuse du groupe Hodakan et participe à de nombreux projets parallèles qui lui forgent une forte personnalité artistique et lui permettent d'acquérir une bonne connaissance du métier.
En 2002 elle devient pour la première fois maman d'un petit garçon. Elle aura par la suite une petite fille.
En 2007 elle rencontre Franz Fagot, compositeur arrangeur et réalisateur qui propose à Sam Neves de devenir sa muse. Il lui produit son premier album. Sa phrase récurrente est Let's do it !

Interview :

Sam Neves 31.12.12 1.jpgMandor : Sam, tu utilises beaucoup Facebook pour te faire connaître. C’est un élément essentiel à la promo des années 2010 ?

Sam : On a plein de plans par ce biais. Des gens souvent super sympas qui sont venus hyper naturellement et simplement. C’est aussi un outil de communication qui me permet d’être proche de mes fans.

Frantz : Oui, c’est important pour nous, vu que nous ne sommes pas en major. La relation artiste/fan est primordiale. On est obligé de se faire une grosse « Fan base » pour faire avancer le projet.

Sam : Ça ne m’empêche pas d’être nature et très franche. Moi, j’ai deux pages officielles et une page personnelle. Sur mes pages « artistes », je prends le temps de répondre à tout le monde. J’aime la communication, mais je ne fais pas semblant. Si je n’ai pas envie de répondre, je ne réponds pas.

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Vous deux, vous vous êtes connus grâce à MySpace, je crois…

Frantz : Par le biais d’un auteur avec qui je travaillais, Bénédict Abalio. On s’était perdu de vue depuis un an et un jour il m’appelle pour me parler de Sam. Ils se sont rencontrés dans une école où Sam travaillait pour asseoir  sa technique vocale. Il leur fallait un compositeur pour que Sam puisse chanter les textes de Bénédict. Je suis allé l’écouter sur son MySpace et j’ai trouvé sa voix très intéressante. On s’est rencontré une première fois. On a essayé un titre et ça a été direct. J’ai pris la guitare, elle a posé sa voix et l’histoire pouvait commencer.

C’est beau ! Toi Frantz, tu étais guitariste pour plein de gens (Johnny Hallyday, Maxime le Forestier, Gino Vanelli, Renaud Hantson, Patricia Kass...).

Frantz : oui, puis je suis devenu compositeur. J’en avais marre de jouer la musique des autres. J’ai travaillé beaucoup pour des médias. J’ai fait des jingles, des génériques, des musiques de pubs, de films et de téléfilms. J’ai eu envie de m’exprimer plus longuement et autrement. Je suis donc retourné aux sources. J’ai composé des chansons et il me fallait une interprète. Et Sam Neves est arrivée…

Peut-on considérer que Sam est ton double au féminin ?

Frantz : Oui, on peut dire ça. On a  beaucoup de points communs, même musicalement. Je ne crois pas au hasard. Cette rencontre devait avoir lieu !

Sam : On est en fusion. Nous sommes très complices.

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Sam, toutes tes chansons sont autobiographiques. Et pourtant, ce n’est pas toi qui écris.

Sam : Moi, j’ai écrit « Untitled » avec Liloo Zillac, et « Rappelle-moi ». J’ai co-composé avec Frantz « Un signe de toi ». Pour les autres textes, c’est le fruit de longues conversations entre les auteurs et moi…

Frantz : Dans son prochain album, Sam en fera beaucoup plus. 

Sam : Oui, on rentrera plus dans mon univers, ma personnalité.

Le clip de "L'amour flou".

 

La première fois que j’ai entendu Sam, c’est avec « L’amour flou ». Bon, je me suis dit que c’était de la variété romantique. Quand j’ai écouté l’album en intégralité, je suis tenté de dire que cette chanson n’est pas du tout son reflet. C’est beaucoup plus pop, rock…

Sam : Je t’aime pour cette parole ! On m’a souvent dit que j’étais une chanteuse romantique et un peu lisse. Ce n’est tellement pas ce que je suis dans la réalité. Je suis au contraire très rock’n’roll. Dans l’album, même si on parle d’amour, il y a un côté « douce violence ». Franchement, pour se premier album, on s’est retenu de lâcher la purée. Des filles qui font du rock, en France, il n’y en a pas beaucoup. Zazie, elle fait de l’electro, les autres font du folk ou de la variété… je vais donc encore plus assumer et mettre en avant ma personnalité un peu « destroy ». J’ai une chanson qui s’appelle « Sage et sauvage ». Elle me correspond tout à fait.

Frantz : Comme on est en France, pour ce premier disque, on a voulu proposer quelque chose qui soit le plus large et ouvert possible. Alors, il y en a qui diront que c’est de la variété, d’autres de la pop… difficile de ne pas avoir d’étiquette déterminée.

Sam : Il y a même des radios qui disent que ce que je fais était trop rock pour elles et d’autres trop variété.

En effet, il vous manque des passages dans une grosse radio nationale.

Frantz : Tu sais comment ça se passe. Si tu n’es pas dans un gros label ou chez Universal, Sony ou Warner…

Sam : En même temps, nous, on est libre. On fait ce qu’on veut. On ne se force de rien. Moi, je n’ai pas envie de tricher. Je ne me crée pas un personnage. Je suis comme je suis. Il faut que mon comportement et mes chansons correspondent à la réalité. Sam Neves n’est pas un pantin.

Frantz : Oui, ça prend juste plus de temps pour ce faire connaître. Je trouve ça plus gratifiant de voir le projet Sam Neves grandir petit à petit… lentement, mais surement. On travaille à l’ancienne, à la roots ! On va au charbon…

Une session acoustique de "A la surface"

Sam, tu as deux grandes qualités. Tu es franche et généreuse.

Sam : Ça peut me porter préjudice parfois… je suis juste très naturelle. Quand je donne ma confiance, il ne faut pas me prendre pour une conne. Je suis portugaise, j’ai un cœur grand ouvert, mais il ne faut pas me faire un bébé dans le dos. Je suis proche des gens. Il ne faut pas qu’on oublie d’où l’on vient, parce que c’est l’amour du public qui nous a portés. J'ai des fans qui sont partout où je vais. Je commence à les connaître. Je les appelle mes chouchous. J’ai même un groupe de fans de Belgique. Ils sont venus à tous mes concerts dans toute la France.

Frantz : La relation fan/artiste directe, c’est quelque chose qui va se développer de plus en plus, j’en suis sûr.

SAM NEVES 13 01 2011.jpgAvant que vous vous rencontriez, Sam, tu as toujours voulu faire ça ?

Sam : Moi, j’ai toujours, toujours voulu faire ce métier. Mon oncle était chanteur d’opéra et mon père jouait de l’accordéon. Je sais, ce n’est pas trop glamour, mais bon, c’est de la musique… Je suis issu d’une famille assez simple. Pour elle, la musique, il ne faut pas en faire professionnellement. On ne gagne pas d’argent avec cette activité. Il fallait que j’aie la sécurité et la certitude de l’emploi, donc j’ai laissé tomber la musique pour y revenir aujourd’hui. J’ai commencé à chanter dans le groupe rock de mon lycée. On chantait notamment du Queen et du U2. Mais, c’est la première fois que les choses prennent une tournure si sérieuse.

Ce disque est une très belle production.

Frantz : C’est presque un peu trop léché pour moi. C’est un super boulot et je suis très fier de cet album, surtout dans les conditions dans lesquelles on la fait. On la composé sur une année à raison d’une séance par semaine. C’était assez long à faire, mais le résultat est très cohérent. Celui-là, on la fait à la maison tous les deux. Le prochain sera fait avec des musiciens.

Vous passez le 13 janvier au Zèbre de Belleville…  

Sam : Ça sera très rock, mais il y aura quelques titres planants. Une heure et demie de concerts où on va tout donner. Il y aura de l’ambiance, je t’assure et la participation de quelques guests.

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Après l’interview, nous sommes restés un long moment à discuter (et boire). Sam Neves est une fille très attachante et talentueuse. Elle mérite qu’on la découvre.

Le Zèbre de Belleville, ce jeudi, donc.

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07 janvier 2011

Grégoire : interview pour l'album "Le même soleil"

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J’ai rencontré Grégoire le 21 décembre 2010, dans les locaux de l’agence pour laquelle je travaille, Mixicom. Il est venu pour participer à l’émission « Star Select » de mes confrères de Jeuxactu.com, en compagnie de Kool Shen (voir l’émission là !)

STOP !

Ceci me permet de préciser que Mixicom possède 3 sites : Filmsactu.com, Jeuxactu.com et MusiqueMag.com (là où j’officie). Et comme il y a une belle synergie de groupe, lorsque des personnalités viennent pour un site, il se peut qu’un autre site en profite… donc Kool Shen et Grégoire, hein, nous n’allions pas les laisser passer.

Allez hop ! Photos avec une moitié d’NTM !

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Grégoire 21.12.10 1.jpgPassons à Grégoire. Ce chanteur a révolutionné l’industrie discographique en devenant le premier artiste à être produit par des internautes. Avec son premier album Toi+moi, il a séduit un million d’auditeurs avec un univers autobiographique et donc très personnel. Le même soleil semble prendre le même chemin, peut-être un peu plus lentement. C’est un deuxième journal intime et il est très proche du premier. De nouveaux hymnes à la fraternité, des chansons d’amour pleines d’espoirs et des ambiances fédératrices et "populaires". Je ne suis pas complètement dingue de son répertoire (que j’estime un peu trop gentil et démagogique), mais le personnage m’intéressait.

Première constatation, Grégoire est très gentil et n’a pas la grosse tête. Il sait la précarité de sa condition. J’apprécie franchement.

Il a répondu à mes questions pour MusiqueMag. Je lui fais parler de ses sources d’inspirations, de sa "banalité" revendiquée (qui le rendrait universel), de sa nouvelle condition de "poids lourd" de la chanson française et enfin de sa collaboration avec Jean-Jacques Goldman.

Voici quelques photos de l’entretien :

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04 janvier 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (1) : Eric Fouassier pour "Le traducteur" et Luc-Michel Fouassier pour "Les hommes à lunettes n'aiment pas se battre"

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici Mes livres de l’hiver 2010/2011. (Le grand fou que je suis est capable de continuer le principe des années et des années, faites gaffe !)

Bref, j’entame donc la une nouvelle série. Et là, je fais d’une pierre deux coups. Après avoir interviewé les frères Fouassier, chacun leur tour, à 77FM (Eric et Luc-Michel ici), j’ai pris l’initiative de les réunir ensemble (pour la première fois mondiale dans le monde de la littérature française. J’aime être novateur). Chacun ayant un nouveau livre, je trouvais l’idée très originale (et surtout conceptuelle comme jamais !).

166192_1616212159467_1061225683_31469222_7295330_n.jpgLuc-Michel Fouassier sort Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre (Quadrature):

4e de couverture :

Pourquoi se battre? Surtout lorsqu’on porte des lunettes. C’est, à coup sûr, dépenser beaucoup d'énergie, se rendre ridicule et surtout prendre le risque de casser ses verres. Alors, à quoi bon?
Voilà qui vous modifie un caractère. Les personnages des seize nouvelles qui composent ce recueil ont décidé́ d'éviter les joutes frontales. Pourtant, ils n’en demeurent pas moins résolus à se faire entendre...


L'auteur : Grand amateur de textes courts, organisateur du salon du livre et de la nouvelle d’Ozoir-la-Ferrière, Luc-Michel Fouassier signe son deuxième recueil aux éditions Quadrature. Par ailleurs, il collabore à la revue Rue Saint Ambroise.
Il est myope et légèrement astigmate.

9782355930911.jpgÉric Fouassier sort Le traducteur (Pascal Galodé éditeurs).

4e de couverture :

Un ouvrage mythique, le Livre de Pao, qui serait un chapitre oublié de la Bible… 

Un peuple mystérieux parlant une langue menacée d’extinction…

Le brouillon d’un poème d’Arthur Rimbaud qui recèlerait un secret demeuré inviolé…

Une étonnante mystification aux dimensions planétaires…

Tels sont les principaux ingrédients de ce beau roman qui commence comme un récit d’aventures pour s’achever en une fable douce amère sur le mensonge, la mémoire et les mirages de la postérité.

Mais Le Traducteur, c’est aussi et surtout, sous le soleil implacable d’Éthiopie ou dans le Paris des années folles, l’histoire d’une étrange fascination entre deux hommes que tout semble pourtant opposer : le narrateur, un jeune rentier naïf, et son mentor, un ancien médecin au passé trouble.

« L’histoire de Gabriel Prometh, je suis le seul à pouvoir la raconter. Car pendant un an, j’ai servi cet homme. J’en fus tour à tour le secrétaire, le valet de chambre, le garde du corps et même le confident. Pourtant, malgré le recul du temps, il m’est impossible de dire si j’ai davantage admiré cet homme qu’il ne m’a inspiré de dégoût. Une seule chose est certaine : jamais, au cours de ma longue existence, je n’ai retrouvé l’exaltation qui fut la mienne durant ces mois que je passai auprès de Gabriel Prometh… toute ma vie fut dans cette unique année. »

L'auteur : Éric Fouassier est né en 1963 en région parisienne. Romancier et nouvelliste, il nous livre avec Le Traducteur une œuvre profonde et singulière, aux multiples résonances.

J’ai donné rendez-vous aux frères Fouassier le 21 décembre dernier à 13h devant le Grand Rex. À 13h05, Luc-Michel m’appelle et me dit gêné : « Ça va François ? Écoute, là, je suis encore dans ma voiture, je suis coincé dans un embouteillage de folie, j’arrive dans pas longtemps ». « Mais tu es où là exactement ? Je te rappelle que je n’ai qu’une heure… ». « Oh, pas loin, je pense arriver dans une demi-heure. »

À sa décharge, c’était peu après les fameuses intempéries et il y avait encore un sacré bordel dans la circulation parisienne. Mais bon…

« Et Éric, il arrive ? ». « Oui, il m’a dit qu’il arrivait dans 5 minutes ».

25 minutes plus tard, Éric Fouassier arrive. Il me trouve raide comme un piquet devant notre lieu de rendez-vous. Son premier travail consiste à me décongeler. Il doit taper avec un marteau la glace qui m’entoure et me statufie. Une fois la bouche libérée, je parviens à lui dire : « A 50 ans, si on n’a pas de montre, on n’a pas réussi sa vie… et on continue à arriver en retard ! ».

Éric ne semble pas comprendre le message. « Mais, je n’ai pas 50 ans !».

L’homme est si sympathique que je laisse tomber les commentaires sur les vertus des horaires respectés.

D’autant qu’il y avait aussi un sacré bordel dans les métros.

(Laissez-moi être de mauvaise foi, merci !)

Nous nous installons à une table de ce qui est désormais ma cantine. Une brasserie chère, mais dont la salade niçoise est honorable. Après avoir commandé deux bières, je lui propose de commencer l’interview sans son frère.

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Mandor : Comment passe-t-on d’un polar à un roman quasi initiatique ?

Éric Fouassier : Tu veux la vérité ? Ce roman a été écrit bien avant Morts thématiques. La première version de ce roman date de 1990, je faisais mon service militaire. Je l’ai retravaillé un nombre incalculable de fois. J’ai rééquilibré les 3 parties. Le lecteur peut s’imaginer au début que c’est un roman d’aventures pur, il comprendra vite que c’est un roman sur la mystification par l’écrit. Je trouvais intéressant de mystifier le lecteur, moi aussi. Le narrateur, Sébastien Violette, au départ est un jeune de 20 ans un peu oisif et sans ambitions pour sa vie future… ce qu’il va vivre avec Gabriel Prometh, va devenir initiatique.

Et l’éditeur, Pascal Galodé, il ne s’est pas interrogé sur le bien fondé d’éditer un tel roman après le polar précédent, qui n’a vraiment rien à voir (hormis un suspense intense) ?

Éric : Si, et c’est pour cela que je lui en suis reconnaissant. Parce qu’il a aimé Le traducteur, il a pris le risque de le sortir quand même. Il est vrai que Morts thématiques a trouvé ses lecteurs et qu’il a été nominé pour quelques prix littéraires… un autre roman de genre, ne fidélise pas forcément…

Tu évoques un livre mythique : le livre de Pao, peut-être un chapitre oublié de la bible. J’ai cherché dans Google. Point de livre de Pao. Tu confirmes décidément que tout écrivain est mystificateur. Tu illustres par le roman ce que tu racontes…

Éric : J’y crois profondément. Un écrivain transfigure la réalité, il se l’approprie, la transforme, la malaxe… tout écrit est quelque part mensonger. Dans mon livre, je me suis amusé à mêler du vrai et du faux. Tout ce que j’écris sur Rimbaud est vrai par exemple. Tout ce que je dis sur les peuples d’Éthiopie sur les mouvements de civilisation est vrai… sauf que le peuple Amodéen n’existe pas. Il faut qu’un écrivain capte le lecteur, une fois qu’il est bien capté, c’est assez jouissif de l’emmener autre part…

Je n’ai pas réussi à comprendre qui est Gabriel Prometh. Un moralisateur sûr de lui capable de sortir des phrases définitives ou un sage ?

Éric : On oscille en permanence entre les deux. Je voulais laisser le soin au lecteur de se faire sa propre opinion… mais surtout, je ne voulais pas qu’il soit manichéen. Il a des côtés vraiment détestables, très cyniques, très acerbes, très irritants, mais d’un autre côté, il poursuit, lui aussi, un idéal, une quête. C’est respectable de partir pour l’absolu.

Fouassier's brothers 21.12.10 2ff.jpgJ’ai senti une fascination sur la période de l’entre-deux-guerres ?

Les années 20, c’était les années folles parce qu’il y avait un besoin de se lâcher après le carnage qu’a été la Première Guerre Mondiale et paradoxalement, ce sont pendant ces années qu’émergent tous les fascistes. Hitler, Mussolini, tous ces gens-là vont monter pendant cette période. Pour ça, je trouve cette période assez fascinante, en effet. En même temps, d’un point de vue artistique, c’est une période qui était très riche.

Dans Le traducteur, Gabriel Prometh a écrit le chef-d'œuvre de la littérature mondiale. Il a désiré les honneurs, puis quand il les a eus, il les a fuis… Toi, tu aimerais les honneurs littéraires ?

Plus que les honneurs, ce sont les lecteurs qui vont avec que j’aimerais. Si j’avais les honneurs sans les lecteurs, ça ne m’intéresserait pas. Par exemple, j’aime beaucoup les salons parce que je trouve cela très agréable de rencontrer les lecteurs. C’est même un des aspects les plus intéressants de l’après écriture d’un livre.

Luc-Michel Fouassier, arrive enfin… 13h40. Il recommence à prétexter le fait de venir de Seine-et-Marne et que la neige, le gel, les bouchons, tout ça, tout ça... Magnanime, je lui permets de s’assoir à notre table (parce que, surtout, j’aimerais bien qu’il me prenne comme animateur pour la troisième fois pour son salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière dont il est le directeur).

(Voir et ici... les bilans des salons Ozoiriens).

On plaisante un peu (je ne suis pas rancunier) et je commence mes questions collégiales. Ce n’est pas tous les jours que je rencontre deux frères qui s’adonnent à la littérature. De mémoire, je n’ai retenu que les frères Bogdanov, Poivre d’Arvor et Goncourt… aujourd’hui, donc les frères Fouassier.

Avant de commencer, Luc-Michel, sort son livre et nous lit sérieusement une de ses nouvelles tirées de son premier recueil, Histoires Jivaro. « Le soir, une fois couché dans mon lit… etc. » Une nouvelle qui raconte l’histoire d’un type désœuvré parce qu’il a changé ses montures de lunettes et qu’aucune des personnes rencontrées dans la journée ne l’a remarqué.

« J’ai changé de lunettes les mecs !», crie-t-il. Ce type est fou, c’est pour ça que je l’aime. Je lui fais remarquer au passage que, lorsque ma propre femme change de coiffure, je le remarque à peine… alors, ce ne sont pas ses changements de montures qui vont me sauter aux yeux.

Bref, je leur pose mes premières questions communes. Ils y répondent joyeusement en se chamaillant sans arrêt.

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Qui a commencé à écrire entre vous deux ?

Éric : C’est moi, parce que, de toute façon, Luc-Michel copie tout sur moi.

Luc-Michel : Mais celui qui a commencé à écrire avec talent, c’est moi.

Éric (qui se marre): J’ai commencé à écrire à l’âge de 15 ans.

Luc-Michel : oui, mais il a 5 ans de plus que moi…

Éric : Nos parents étaient de grands lecteurs. Notre père connaissait beaucoup de choses, mais avec une grande humilité, il n’étalait pas sa science.

Est-ce qu’il n’y a pas un côté chez vous « j’écris des livres pour impressionner papa » ?

Éric : Je pense que quelque part, ça joue, parce qu’effectivement, lui aussi à écrit et peut-être aurait-il voulu être écrivain si on lui en avait donné les moyens à l’époque. Mais, je pense que Luc-Michel et moi, profondément, on a envie d’écrire.

Luc-Michel : Je pense que c’est plus vrai pour moi. Moi, j’ai une écriture qui est beaucoup plus une écriture du ressenti, de choses que je perçois et que je veux transmettre. Éric, il crée des histoires, ce qui ne l’empêche pas de faire passer des choses dedans. Je sais que quand mes parents ne seront plus là, quand j’aurai fini un texte, il y aura un vide, un manque immense. J’aurai moins de joie, il y aura quelque chose qui ne sera pas fini parce que mes parents n’auront pas lu. Mes parents sont mes premiers lecteurs.

Éric : Pas moi. De mon côté, c’est mon épouse. On fait lire à ses proches, au début, pour voir si les textes que l’ont écrit sont bons. Au bout d’un moment, on finit par savoir si ce que l’on a écrit va ou pas.

Et l’avis de l’un sur les écrits de l’autre, c’est important ?

Luc-Michel : Moi oui, au début. Clairement aujourd’hui, je me suis affranchi d’Éric. Nous avons deux écritures tellement différentes que je me suis dégagé de son influence. On n’a pas les mêmes centres d’intérêt, les mêmes démarches dans l’écriture. Finalement, aujourd’hui, son avis, je m’en fous.

(Il rit).

Éric : Quand je lui dis que c’est bien, c’est que c’est très bien. Quand je ne lui pas grand-chose, c’est que c’est peut-être bien, mais il peut mieux faire.

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Y a-t-il de la compétition littéraire entre vous deux ?

Luc-Michel : Moi, pas du tout. Je me réjouis de ce qui peut lui arriver de bon et beau à travers la littérature et l’écriture.

Éric : Ça pourrait, mais il y en a aucune ! Il pourrait y avoir éventuellement de la  jalousie si on écrivait typiquement la même chose, si on était sur le même créneau, s’il se mettait à faire du polar. Luc-Michel est un orfèvre, qui va ciseler sa phrase. Parfois, il me fait rigoler quand il me dit qu’il a bossé pendant trois heures pour faire une demi-page. Moi, si en 3 heures, je ne fais qu’une demi-page, je me flingue.

Écrire des nouvelles ou un roman, ce n’est pas le même travail…

Luc-Michel : Mais, tu sais, je viens de finir un roman. Je suis aussi très lent dans cet exercice. Sur un roman de 140 pages, j’ai mis un an et demi.

Éric : On n’a pas la moindre rivalité, au contraire. On se dit même que tout ça va se potentialiser.

Luc-Michel : Et puis, tous les deux, on gagne notre vie autrement. Ça nous permet d’être plus relax par rapport au succès éventuel.

Fouassier's brothers 21.12.10 2ggg.jpgVous avez commencé tous les deux à publier des nouvelles. C’est plus facile ?

Éric : C’est plus facile parce qu’il y a de nombreuses petites revues, des recueils collectifs. Ton texte, il existe un petit peu. Il n’a pas une grande audience, mais il existe. Par contre, publier des nouvelles en livre, je t’assure que c’est duraille.

Éric, que penses-tu de l’œuvre de Luc-Michel ?

Éric : Ce qu’écrit mon frère est souvent super bien vu et c’est très bien écrit. Juste, aujourd’hui, il mériterait d’être connu comme romancier. Moi, j’ai publié deux recueils de nouvelles avant mon premier roman, donc, je ne doute pas qu’il fasse la même chose. À travers ce qui l’écrit, il peut toucher un lectorat nettement plus important.

Et toi Luc-Michel, que penses-tu de l’œuvre d’Éric ?

Luc-Michel : Je n’ai pas lu, ça ne m’intéresse pas. (Rires) En vrai, je trouve qu’Éric est extrêmement doué. Je ne suis pas épaté parce que lorsque nous étions enfants, nous jouions ensemble, aux petits soldats par exemple, et à chaque fois, il faisait les scénarii. Il construisait déjà beaucoup les histoires. Le traducteur, chez un grand éditeur, c’était un prix littéraire cette année, c’est clair. C’est un grand bouquin, parce qu’il est foisonnant. Éric mérite vraiment d’être présent dans la scène littéraire française. Il n’hésite pas à se lancer dans des choses dans lesquelles les auteurs d’aujourd’hui n’osent plus se lancer. Il a une certaine forme de classicisme dans son style. Mais pas du classicisme chiant.

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Revenons à ton deuxième recueil de nouvelles, Luc-Michel… qu’elle est la plus grande difficulté pour écrire une nouvelle ?

Luc-Michel : J’ai énormément changé ma vision dans la lecture et dans l’écriture de nouvelles. Pour moi, l’archétype de la très bonne nouvelle c’est une nouvelle sans chute appuyée. Jusqu’à présent j’écrivais une chute qui faisait prendre sens à la nouvelle. Maintenant, je pense que ce n’est pas utile. Il faut qu’elle tienne seule sans une fin explicative. Il faut qu’à travers le texte, quelque chose soit dit. La bonne nouvelle, c’est la nouvelle que tu retiens.

Dans ton recueil, il y a beaucoup de nostalgie, voire de mélancolie.

Luc-Michel : Parce que je suis profondément nostalgique, j’ai sans arrêt le blues dans la vie. On se fait une fête des choses et les choses passent tellement vite… l’écriture, c’est peut-être de garder au maximum des choses qui passent trop vite. J’ai 42 ans et j’ai l’impression d’avoir basculé de l’autre côté. Je commence à regarder un maximum derrière moi. Ça se ressent dans mon écriture, en tout cas, dans ce recueil là.

Tu as l’image d’un type gentil, avenant, sensible, poli, alors qu’il y a dans ton recueil des nouvelles très cruelles. Tu montres dans l’écriture ce que tu caches en toi ?

Luc-Michel : C’est une soupape, c’est vrai. Il y a des nouvelles dans lesquelles je me suis lâché. C’est le monde qui veut ça, on enfonce des portes ouvertes en permanence. Aujourd’hui, nous sommes tellement dans le policé, que j’ai ressenti le besoin d’exorciser ce que j’avais en moi.

Éric, arrives-tu à lire les nouvelles de ton frère en toute objectivité.

Éric : Non, quand ce sont des histoires trop proches ? « Royan, marée montante », par exemple, j’étais incapable de dire si c’était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Ça parle de notre grand-père… c’est vraiment trop proche.

Votre père doit être heureux de vous voir écrire des livres ?

Éric : Il m’a fait un beau compliment en me disant qu’en lisant Morts thématiques, il a fallu qu’il réalise que c’était son fils qui avait écrit le roman. Il s’est laissé complètement embarquer par l’histoire.

Luc-Michel : il m’a fait la même remarque…

Et votre mère ?

Éric : Elle montre plus qu’elle est fière. Mon père aussi est fier, mais il a plus de pudeur. En même temps, il a toujours eu peur que les choses s’arrêtent ou que l’on s’emballe trop. Il n’a jamais voulu que l’on se fasse d’illusion. Il a peur que l’on s’enthousiasme trop. Il est plus pudique que maman.

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Merci à Eric et Luc-Michel Fouassier pour leur talent, leur humour et leur sympathie permanente. Belle carrière littéraire à vous deux !

Dernière minute : Le roman d'Eric Fouassier Le Traducteur vient de se voir décerner le premier prix littéraire de l'année (Prix littéraire www.salondulivre.net), dont le vainqueur est proclamé sur Internet le 1er janvier, à la première seconde.