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27 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (7) : Erwan Larher pour "Qu'avez-vous fait de moi?"

Septième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, Vincent Brunner pour Hendrix, electric life, Jérôme Attal pour Folie furieuse, voici mon gros coup de cœur littéraire de cette année, Erwan Larher pour ce qui pourrait bien devenir un jour un livre culte, Qu’avez-vous fait de moi (aux éditions Michalon).

 

couvmichalonsmall.jpg4e de couverture :

Je suis une bombe ... Fragmenté de frustrations. Vous m’avez gavé de savoirs, vous m’avez infiltré de connaissances, puis vous m’avez jeté sur votre marché du travail, lesté de bagages, mais sans rien ni personne pour me guider, avec en guise de boussole un impératif sans cesse instillé par vos médiatiques nervis : réussir. Je me suis perdu, il va de soi. Je ne me suis peut-être même jamais trouvé. Maintenu en dehors de votre monde - à la lisière tout d’abord, puis imperceptiblement de plus en plus loin à la périphérie - , je me suis mis à le haïr. Vous avez fait de moi un rebelle au lieu d’un petit soldat. Je voulais bien jouer le jeu, mais les rôles étaient déjà distribués. Alors, je m’en suis écrit un. S’il n’y a plus de révolutions, j’en inventerai. Je suis une bombe ... Fragmenté de frustrations. Et j’ai rencontré des artificiers.

 

Entre fantasme et réalité, Léopold Fleury découvre un abîme où il va basculer. Pris dans un engrenage infernal, il décide de livrer un combat héroïque. Puis comment démêler le vrai du faux sans laisser de corps au bord du chemin ni plaider coupable ?

 

self-revolutionsmall.jpgL’auteur :

Erwan Larher écrit des pièces de théâtre, des chansons, des scénarios. « Qu’avez-vous fait de moi ? » est son premier roman.

 

Extrait du livre (les premières lignes) :

"Comme la pratique en plein air du badminton, qui ne tolère pas de conditions météorologiques approximatives, mon petit-déjeuner ne supporte pas l’à-peu-près. Que la minuterie ne mette pas la cafetière en marche à l’heure prévue, que la chaîne stéréo ne se déclenche pas simultanément, que j’aie omis de mettre une brique de lait au frais et la mauvaise humeur prend, soudaine, calcinant l’enchevêtrement fragile de ma garrigue intérieure ; je n’enrayerai le sinistre que plusieurs heures plus tard, pour peu que rien ne soit venu l’attiser entre-temps. Mon bol de café chaud m’attend, les enceintes éructent du gros son, environnement familier, je maîtrise mon retour quotidien à la surface du monde, démiurge détendu, quand survient l’incident. Plus de clopes. Pile le matin de mon dernier jour."

 

pepperpapersmall.jpg

Crédits photos (les deux belles avec le lettrage) : Dorothy-Shoes

Les autres, (assez pourraves) sont signés de moi (pourraves techniquement, pas le modèle...).

En lisant son roman, je me suis demandé comment ce putain de bon auteur, Erwan Larher, avait eu l’idée de m’envoyer une demande d’amitié Facebook accompagnée d’un message assez sympathique me demandant d’avoir l’obligeance de m’intéresser à son ouvrage. Ma modestie risque d’en souffrir atrocement, je le sais, en vous avouant ce fait bien réel, mais cela m’arrive régulièrement d’être sollicité pour des lectures post-mandorisations éventuelles. Et selon le cas de figure, j’accepte ou je refuse. En lisant Qu’avez-vous fait de moi ? je n’avais qu’une hâte : rencontrer l’auteur. Et je vais jusqu’à dire qu’il aurait été complètement dingue de ma part de refuser de rencontrer Erwan Larher. Erwan Larher, retenez bien ce nom! Erwan Larher a une forte probabilité de devenir un auteur culte. Peut-être pas avec ce livre (quoique), mais je sens poindre une œuvre essentielle. Erwan Larher est dans l’air du temps et sait en capter les effluves...

 

Le 18 novembre dernier, nous convenons d’une rencontre au Delaville café, près de mon boulot, le soir, après mes heures officielles de travail rémunérateur.

 

Immédiatement, j’apprécie ce type. Il me raconte son amitié avec Bertrand Guillot. Un ami auteur que nous avons en commun. Il me dit que c’est sur ses conseils qu’il m’a envoyé son livre.

 

OK ! Erwan Larher adoubé par Bertrand Guillot, ça me convient parfaitement. C’est même très réjouissant tant j’apprécie l’adoubeur.

 

Un thé pour lui, une bière pour moi (j’emmerde Dukan, ce soir-là…).

Erwan Lahrer 18.11.10 2.JPG

Mandor : Il me semble intéressant de connaître un peu ton parcours professionnel plutôt atypique.

 

Erwan Larher : J’ai commencé dans la musique. J’ai fait mon stage de DESS chez un tourneur, puis je suis devenu roadie, assistant régisseur, régisseur, après, j’ai monté ma boite et j’ai produit des tournées… ensuite, je suis devenu chef de produit chez EMI et Universal. Je me suis occupé notamment de Fugain, Pagny, le spectacle Roméo et Juliette. Ce qui m’éclatait le plus, c’était de m’occuper des petits groupes, comme Tanger.

  

- Je comprends mieux pourquoi tu fais un clin d’œil à ce milieu dans ton livre.

  

 - Oui, à un moment, je fais parler une personne du métier de chef de  produit dans une maison de disque. Ca m’a amusé de glisser ça.

  

- Tu as écrit des chansons aussi…

  

 - Oui. Par exemple pour le groupe Native et pour Erwann Menthéour. Si tout ça fait partie de mon passé, il est question que je récidive avec David Grumel et Marie Espinosa.

  

- Tu as toujours écrit, ai-je lu quelque part.

  

- Oui, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit des histoires. J’écrivais des pièces de théâtre avec mon frère, que je mettais en scène… avant celui-là, j’ai écrit 5 romans.

  

- Que tu as tenté de faire publier ?

  

 - Oui, avec plus ou moins d’intensité.

  

Erwan Lahrer 18.11.10 4.JPG- Dans ton roman, il y a beaucoup de doubles lectures, de superpositions de propos de tes personnages… c’est très malin !

 

 - Je suis un gros lecteur, j’aime lire des histoires, j’aime être embarqué, être complètement pris par ce que je lis. Mais, je considère que quand on écrit, ce ne doit pas être gratuit. Il faut dire quelque chose. Un écrivain, ou n’importe quel artiste d’ailleurs, est forcément engagé, sinon tu fais de l’Entertainment et c’est très bien, je n’ai rien contre, mais c’est autre chose. Pour mon livre, la difficulté était de raconter une histoire du début à la fin, de prendre le lecteur et en même temps, le laisser en intranquillité permanente. J’ai voulu que le lecteur reste en permanence sur le fil. Qu’il continue à suivre l’histoire tout en se posant des questions. Qui parle ? Est-ce l’auteur, est-ce t mon héros Léopold ? Est-ce un autre personnage ?

  

- C’est quoi le point de départ de ce livre ?

  

 - C’est le décalage qu’il y a entre le discours général qu’on finit tous par intérioriser: « il faut faire des études pour réussir sa vie et gagner de l’argent, être entouré de belles filles…etc. ». D’un coup, tu te retrouves dans le monde et tu te rends compte que ça ne marche pas comme ça. Tu tentes quand même de suivre un tel chemin et en même temps, ce n’est pas toi. Si tu ne le fais pas à 100%, comme Léopold, tu restes sur le bord du chemin.

  

- Léopold est pédant, arrogant, lâche, fuyant, mythomane, il a une sacrée soif de reconnaissance et un rapport « bizarre » avec les femmes…

  

 - Oui, mais ce n’est pas de sa faute. Léopold est farci de tout ça, mais ce n’est pas son vrai moi. Par exemple, on lui a inculqué le machisme. J’espère que l’on comprend que mon roman dénonce aussi la domination masculine et cette vision que les mecs ont des femmes.

  

- Léopold a des sursauts de lucidité par moment.

  

 - Ce sont ses échecs qui font qu’il devient lucide. C’est le monde extérieur qui le force à s’interroger. Le patron du café et sa voisine, par exemple, lui font comprendre plein de choses. Je ne voulais pas qu’il soit manichéen, c’est la raison pour laquelle j’ai effectivement ajouté quelques pointes d’ironie et d’autodérision par rapport à lui-même. Les auteurs didactiques me font chier. Quand un auteur m’assène son message à travers des personnages qui représentent le bien, le mal et qui sont noirs ou blancs, ça m’emmerde. Dans la vraie vie, personne n’est parfait, les gens sont même d’une grande complexité. Léopold, tu as envie à la fois de bien l’aimer, de le détester, tu le trouves parfois attachant, puis soudain, tu le trouves d’une connerie affligeante, prétentieux… et en même temps, on peut se poser la question de savoir si nous-mêmes, nous ne sommes pas aussi comme ça.

 

Erwan Lahrer 18.11.10 1dd.jpg- À un moment, tu fais dire à un de tes personnages, Virginie (qui s’adresse à Léopold, jeune homme multi diplômé qui rêve de gloire littéraire) : « on ne s’attache pas au petit con vaniteux et égocentrique qu’est le héros de ce livre… ». Une manière de désamorcer ce genre de commentaire que l’on pourrait faire à propos de Léopold?

 

 (En souriant)

 

- Ah ! Tu as remarqué ? Tu es perspicace.

 

- J’ai noté quelques formules sympas, des phrases définitives, sortes d’aphorismes, telles que : « Les temps sont durs, les gens sont mous ». Plus généralement, ton roman m’a fait réfléchir.

  

 - C’est le plus beau compliment que tu puisses me faire. Je ne veux pas donner mes valeurs à moi, ni transmettre ma vision personnelle du monde, j’ai juste fait en sorte que les lecteurs s’interrogent et se posent des questions. Il se passe dans le monde tellement de choses absurdes, tellement de choses à gerber. Tout pourrait être tellement différent, tellement mieux... posons-nous des questions, soyons dans l’inconfort.

 

- Le regard des autres pour Léopold, c’est important. Pour toi ?

  

 - Ca l’a été pendant très longtemps. Aujourd’hui, le regard des gens que j’aime et pour qui j’ai de l’estime est primordial. Je veux être digne de leur amour, de leur affection et de leur amitié. Je n’ai surtout pas envie de les décevoir et je veux être beau dans leur regard. Pendant très longtemps, comme Léopold, je n’ai existé que dans le regard des autres. J’ai atterri dans le milieu du show bizness et j’ai fini par le fuir quand j’ai enfin compris comment j’étais devenu. J’ai franchement failli me perdre.

 

- En même temps, si tu n’avais pas vécu une période « strass et paillettes », tu n’aurais pas raconté tout ça dans ton livre…

  

 - C’est certain. Moi, je suis à maturation lente. Je suis un garçon qui comprend lentement. J’ai eu de la lucidité sur moi-même un peu tard. J’étais tellement préoccupé à être ce que les gens attendaient que je sois que j’étais sans cesse en représentation, dans un rôle. A un moment tu te réveilles, tu demandes ce que tu es et tu agis en conséquence.

 

- Ton roman est un mélange de satire sociale et de thriller politique.

 

 - Je n’ai pourtant pas voulu écrire ni un thriller ni un roman d’intériorité psychologique. Quand on est un être humain, on est un être social. Qu'est-ce qu’on est sans la société ? Rien. Qu'est-ce qu’on est sans les autres ? Rien. Au fond, c’est le roman d’un type, Léopold, qui se pose un jour des questions sur ce qu’il est lui même comme individu et qui découvre qu’il  y a du monde autour de lui et que ça implique des valeurs et des comportements. Il est difficile de devenir citoyen et donc, d’agir. La partie thriller est un développement logique de Léopold qui, au début, est dans sa bulle et qui se rend compte que ça ne marche pas aussi bien que ça en fait. Le monde autour de soi, ce sont des rapports de force, de violence. Comment faut-il se positionner par rapport à ça ?

 

- Tu évoques une grande entreprise médias qui abrite en son sein une organisation secrète, apolitique, qui s’est donné pour but, je te cite, « de procéder à quelques petits changements dans l’ordre du monde ».  Tu crois, toi, personnellement, qu’il y a des organisations secrètes qui régissent le monde ?

 

- Je ne suis pas non plus pour « la théorie du complot », mais je suis désolé, tout ça est sous nos yeux. Le G8 est sous nos yeux. Les clubs de gens importants politiques, économiques, intellectuels qui font des diners tous les mois, ils existent… les faucons sous l’administration Bush, ils n’étaient pas cachés. Je sais qu’il y a des groupes de gens puissants qui ont des intérêts et qui s’unissent pour que leurs intérêts soient préservés. Ce n’est pas être « complotiste » que d’affirmer cela, tout le monde le sait.

 

- Je ne sais pas comment tu as procédé, parce que, paradoxalement, ton livre n’est pas cynique. C’est à la limite, mais tu ne franchis pas cette ligne pourtant tentante…

  

- J’étais dans un milieu qui le pratiquait à outrance. Je l’ai moi-même pratiqué à outrance. Aujourd’hui, je pense que le cynisme est la mal du siècle.

 

- En parcourant ton blog, j’ai décelé un peu de cynisme, non?

 

 

 - Pour bien combattre l’ennemi, il faut employer ses armes, mais en les détournant. Je ne porte jamais un jugement de valeur sur les gens, que souvent je rencontre pour la première fois, juste, j’aime raconter leurs attitudes qui s’apparentent souvent à des postures. Je suis franc avec de l’humour, pas cynique, ni méchant. Je ne veux plus être méchant. Quand j’étais en maison de disque, j’ai été un vrai connard et des gens ont continué à m’aimer, à être mes amis. Pour moi, c’est une belle preuve d’amitié. Sur mon blog, je sors juste des cartons orange à certaines personnes. Je me demande s’il ne faut pas que j’arrête mon blog, s’il faut que je continue de parler des auteurs que je rencontre, des livres que je lis. Je rentre dans ce milieu, est-il bon que je dénigre les collègues ? Dois-je respecter un code de bonne conduite, sans pour autant cirer des pompes à des gens que je n’aime pas ? Dois-je m’imposer un devoir de réserve ? Je ne chronique pas des livres que je n’ai pas aimés, c’est déjà pas mal, non ?

 

- Dans Qu’avez-vous fait de moi, tu rends hommage plus d’une fois à Denis Robert...

 

  

- Je suis extrêmement admiratif du parcours de ce gars… et de son écriture aussi, car il écrit de très bons romans. Mais surtout, il m’épate par son engagement. Il ne cesse de dénoncer les dysfonctionnements de la société et de payer de sa personne pour aller au bout de ses idées. Il y a vraiment des gens admirables et irréprochables.

Erwan Lahrer 18.11.10 3.JPG

Nous nous sommes quittés assez rapidement après l'entretien. Mon train de 18h24 à la Gare du Nord avait décidé de partir à l’heure. Je le savais. J’ai dû interrompre ce bon moment passé avec Erwan Larher. Et nous nous sommes promis de nous revoir très vite, avec Bertrand Guillot.

 

Sur le chemin du retour, je me suis juste dit que ce gars-là, j’aimerais bien m’en faire un copain.

 

C’est sûr.

 

Larher est humain.

 

21 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (6) : Jérôme Attal pour "Folie furieuse"

Sixième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, Vincent Brunner pour Hendrix, electric life, voici le déjà multimandorisé Jérôme Attal pour son nouveau roman (dont vous êtes l’héroïne, les filles !), Folie Furieuse (chez Stéphane Million Editeur) 

 

Résumé :

 

L'héroïne du roman doit faire le tri dans sa vie et a besoin du lecteur pour décider de ses orientations.

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Quatrième de couverture : 

 

En ouvrant ce livre, ça va barder ! Dès les premières pages, vous aiderez l'héroïne de ce roman à faire les bons choix dans sa vie amoureuse ! Des dingues, des revenants et une pelletée de chevaliers servants et sans cervelle vous attendent au tournant ! Trouver un mec valable, c'est de la Folie Furieuse ! Au cours de vos aventures, vous vous retrouverez sur la scène d'un concert de rock, dans un side-car avec Charles Bukowski, vous vous battrez à mains nues avec une baby-sitter désinvolte, vous aiderez un vampire à déjouer un complot international. Et bien d'autres choses encore, selon vos choix ! Car c'est Vous qui décidez de votre destin. Après Pagaille monstre, Folie furieuse est le roman qui a besoin de Vous comme Personne !

 

L’auteur :

 

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus prisés de la scène musicale française (Pierre Guimard - Florent Pagny - Johnny Hallyday - Eddy Mitchell - Michel Delpech - Jenifer - Mareva Galanter - William Rousseau - Constance Amiot - Marie Amélie Seigner - Chimène Badi ...). Il poursuit également une carrière d’auteur, compositeur, interprète. Folie furieuse est son quatrième roman.

 

Jérôme Attal 09.11.10 3.JPGLe 9 novembre dernier, j’ai donné rendez-vous à Jérôme Attal dans ma nouvelle « cantine » (le restaurant à côté du Grand Rex).

 

Je ne loupe jamais une sortie de livre de Jérôme. Je le tiens comme une des plus belles plumes de la littérature française. Il le sait. Je ne cesse de lui répéter. Je suis lourd avec lui, mais je m’en moque. Il accepte toujours de venir à ma rencontre (lire ou écouter ou voir, selon les cas de figure, les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol et enfin pour Pagaille Monstre.) On commence à se connaître. Je suis moins cérémonieux avec lui et parfois un peu second degré (ce qui n’implique absolument pas un manque de respect, juste une meilleure connaissance du personnage). Voici un long extrait de cette nouvelle rencontre (et pas la dernière).

 

Mandor : Tu as vu, je me modernise, hein ?

 

Très fier de montrer mon nouveau magnéto enregistreur (qui ne m’appartient même pas).

 

Jérome Attal : Oui, il est bien.

 

- J’aimerais que tu sois un peu plus impressionné, s’il te plait !

 

- Non, je vais te dire, je suis plus impressionné par ton physique actuel que par ton matériel ! « Je suis plus impressionné par ton physique que par ton matériel »… je pense que ça peut être un statut facebook impressionnant.

 

- Oui, bon, d’accord, merci. Allez, avant d’évoquer Folie furieuse, on parle de Jenifer img1288776349.jpgd’abord ? Non parce qu’il y a quand même 4 chansons de toi dans cet album (« La vérité », « L’envers du paradis », « Le risque » et « C’est quand qu’on arrive ») et une autre qui sera peut-être dans une nouvelle édition… dis donc, tu dois être pété de thunes !

 

- Ta question est nulle. Je tiens à te le dire. Elle est nulle et ringarde. C’est une méconnaissance gigantesque et totale du terrain et c’est étonnant pour un journaliste spécialisé comme toi.

 

- Mais, bon sang ! Tu écris pour tout le monde !

 

- Je n’écris pas pour tout le monde. Ce n’est pas parce que l’on est Boulevard Rochechouart qu’il faut utiliser de telles métaphores ! On n’est plus dans les années 80. Personne n’achète plus de disque, donc, j’ai peu de droits d’auteur. On gagne bien sa vie quand on a des singles éclatants, ce que je n’ai pas encore eu. En fait, j’adorerais vivre mieux de ma plume… ça viendra, je travaille pour ça. Enfin, pour moi, l’important, c’est qu’au moins je puisse vivre de mon travail. C’est pareil pour la littérature, à moins d’être dans les « happy few », on ne gagne pas sa vie en écrivant des livres. Tu as l’impression que je fais beaucoup de trucs, mais j’aimerais pouvoir exister encore plus sur cette scène des auteurs.

 

- J’ai l’impression que je te vois tout le temps !

 

- Mais, c’est parce qu’on est des copains.

 

- Non à chaque fois que je reçois un disque d’un poids lourd de la chanson actuelle, je lis ton nom dans les crédits.

 

- Parce que je bosse comme un malade. Mais, je t’assure que par rapport à mon volume de travail, on ne me voit pas beaucoup.

 

5954349953_florent-pagny-tout-et-son-contraire.jpg- Jérôme, tu es toi-même chanteur. Un chanteur rock, voire « underground » et tu écris pour des chanteurs de variété. Ce mois-ci, Florent Pagny, Jenifer, mais il y a eu Chimène Badi, Michel Delpech, Eddy Mitchell, Johnny Hallyday… Ça ne te pose pas un problème de conscience ?

 

- Mais pas du tout. Il faut écouter les chansons. J’ai l’impression que je suis fidèle à mon style. Dans la chanson de Pagny, « C’est le soir que je pense ma vie », il y a une phrase qui dit "Je ressasse l'azur sous tes paupières mi-closes". C’est quelque chose que je pourrais chanter moi. Je m’adapte un peu à l’interprète, mais j’essaie de faire en sorte que ce soit aussi mon territoire. Je n’ai pas l’impression du tout de faire des chansons « alimentaires » en écrivant pour des interprètes de variété. Au contraire, j’ai l’envie de faire un tout de mon œuvre. Je ne pense pas que les gens qui lisent mes livres se sentent désorientés quand j’écris pour Jenifer, par exemple. J’installe ma patte partout où je passe.

 

- Alors, vas-tu jusqu’à dire que tu es fier d’être interprété par ces artistes populaires?

 

- Je trouve ça génial parce que j’adore écrire des chansons. C’est aussi une affaire de rencontre. D’abord avec des compositeurs, parce que je fais très peu de musique. Je ne résiste pas à une belle chanson. J’adore écouter comment un de mes textes va être mis en musique ou comment une musique va inspirer un texte. Après, j’adore qu’un interprète se l’approprie. Les deux disques importants qui sortent en ce moment, c’est Florent Pagny et Jenifer… ce sont quand même deux interprètes qui donnent une touche émotionnelle aux textes. Ils ont une attitude et, de nos jours, c’est pratiquement aussi important que le texte et la musique. Jenifer et Pagny, c’est la classe ultime de l’attitude dans deux genres différents. Chez eux, il y a de l’ampleur…

 

- Pour revenir à ta propre carrière de chanteur, tu continues à faire des concerts, de temps en temps…

 

- Oui, je fais d’ailleurs un concert de Noël au Bus Palladium, le 18 décembre prochain. J’aimerais bien demander aux gens d’emmener un cadeau de Noël. Un cadeau à pas plus de deux euros, tu vois, pour l’offrir à son voisin pendant le concert. J’adore l’idée.

 

Jérôme Attal 09.11.10 1dd.jpg- Passons à Folie furieuse, le deuxième et dernier tome des livres dont nous sommes les héros. Dans Pagaille monstre, le premier, c’était le point de vue des hommes sur les femmes, cette fois-ci, c’est le contraire ?

 

- C’est un peu plus compliqué que ça. J’ai une théorie personnelle. J’ai toujours considéré qu’un homme a plus de choix de femmes que le contraire. Il y a plus de femmes pour nous séduire. Une fille tombe quand même sur pas mal d’abrutis. Beaucoup de lourds… et des lâches aussi. Tu as le choix entre Schopenhauer qui dit que « la vie oscille comme un pendule entre le désespoir et l’ennui » et là, la vie amoureuse d’une héroïne peut osciller entre la lourdeur et la lâcheté. L’idée de Folie furieuse, c’est comment une héroïne va pouvoir espérer à une vie sentimentale malgré l’avalanche d’abrutis qu’elle peut rencontrer à chaque coin de rue.

 

- Tu penses connaître assez bien les femmes pour te mettre à leur place ?

 

- Oui.

 

- Tu as passé ta vie à étudier les femmes.

 

- Intelligence avec l’ennemie.  

 

- Comment prennent-elles ton livre Folie furieuse ?

 

- Il y a des femmes qui aiment beaucoup et il y a celles qui sont gênées et qui aimeraient faire d’autres choix que ceux proposés par l’héroïne. Il y a celles que l’héroïne exaspère un petit peu et il y a celles, au contraire, qui adorent parce qu’elles y voient des répercussions avec leur vie actuelle ou leurs souvenirs.

 

- Il faut dire que dès le premier choix, tu mets les femmes dans un embarras immense et Jérôme Attal 09.11.10 4.JPGsymptomatique. Te connaissant, je suis sûr que c’est un fait exprès.

 

- Tout à fait ! Mon héroïne a laissé seul son enfant chez elle pour aller à l‘anniversaire de sa meilleure copine. Le premier choix à faire est donc cornélien : soit elle retourne voir ce qu’il se passe chez elle, soit elle suit ses copines en boîte de nuit. Ce premier choix a tendance à marquer son terrain. Il divise les femmes en deux parties.

 

- Folie furieuse s’adresse à une tranche d’âge particulière ?

 

- J’ai un âge où je peux éventuellement plaire autant aux mères qu’aux filles. Mes livres ont donc cette dimension, malgré moi.

 

- Je reste impressionné par la structure d’un tel livre.

 

- C’est comme le Coca Cola, il y a une recette, mais elle reste secrète. Je regrette juste une chose dans cette aventure passionnante de Pagaille monstre et Folie furieuse, c’est que les gens ont retenu le principe plus que l’aspect littéraire. L’originalité du concept l’a emporté dans l’esprit des gens sur les qualités d’écriture.

 

- Parfois, en faisant mes choix, je me disais que telle phrase était super belle et je trouvais dommage que certains n’ayant pas suivi la même voix ne la verraient pas.

 

- Folie furieuse, l’idéal, c’est de le lire le plus de fois possible. Les chemins s’éclairent et les astuces se révèlent de lecture en lecture.

 

72490_444460385921_654475921_5492791_5879116_n.jpg- C’est utopique, ça, Jérôme. En 2010, les gens ne reviennent pas sur un livre.

 

-Même si, effectivement, les gens manquent de temps pour lire un livre, je t’assure que certains le font.

 

- Quelle différence y a-t-il entre tes deux livres Pagaille monstre et Folie furieuse ?

 

-Dans Pagaille monstre, tu es plus dans la mélancolie du personnage. Dans Folie furieuse, il y

a de l’action tout le temps et c’est beaucoup plus délirant.

 

- Tes deux livres frisent parfois le surnaturel…

 

- Je m’en fous un peu d’être parfaitement crédible. Moi j’écris un peu pour transformer le réel… pour le rendre plus vivable. Plus passionnant de mon point de vue. J’aime quand les auteurs ont un univers amélioré de leur point de vue. Je ne suis pas dans une démarche réaliste parce que j’essaie, déjà dans la vie, de trouver le merveilleux dans les choses ou dans les rencontres.

 

- J’ai entendu dire que L’amour en lambeaux sortait en poche en mars prochain…

 

- Oui. À cette occasion, je vais revoir un peu le texte. Je remercie encore Stéphane Million de me permettre de construire une œuvre.

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19 novembre 2010

Puggy : session acoustique, photos et autres bavardages...

cover-album-PUGGY.jpgBon, aujourd’hui, je ne vais pas en faire des caisses sur Puggy. Non, je me suis déjà occupé de leur cas il y a quelques mois…

Il est toutefois indéniable que ce groupe est mon gros coup de cœur pop-rock de l’année. Donc, je chope toutes les occasions pour les rencontrer quand les opportunités se présentent.

La dernière fois, c’était dans un café huppé de la capitale, le 28 août dernier (preuve magistrale que je suis complètement dans les temps dans mes notes mandoriennes, n’est ce pas !)

 

Pour cette seconde chronique Puggyienne, je vous propose une session acoustique de leur nouveau single « When You Know », tiré, donc, de leur album Something You Might Like.

Cette session tournée pour MusiqueMag a ceci de particulier que nous l’avons tourné avec derrière le groupe, un miroir immense.

On me voit donc photographier les trois artistes, jeter un coup d’œil dans l’œilleton de la caméra, vérifer le son de l'enregistrement, me curer le nez, faire les cent pas et autres activités primordiales à voir quand un groupe se donne à fond en acoustique!

Et hop ! Les fameuses photos de la session…

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Et le cliché mandorien.

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Bien à vous !

16 novembre 2010

Louis Chédid : interview pour "On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime".

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 (Photo : Claude Gassian)

L’une des chansons les plus connues du répertoire de Louis Chedid s’intitule « Ainsi soit-il ». Elle témoigne de cette vie qui, album après album, se déroule devant nous comme un long travelling. Un plan-séquence parfois discret – « mais je suis quelqu’un qui rebondit bien dans ses moments de creux », sourit-il. Il en a eu quelques-uns, des moments creux, certes, mais pas excessivement longs. Louis Chédid est un « contemplatif » assumé, doux rêveur revendiqué au point de faire profession de « faire rêver les autres ». La dernière fois que j’ai rencontré Louis Chédid, c'était le 11 octobre dernier pour la sortie de son nouvel album au titre fleuve, dont l’évidence s’écoule aussi simplement que l’eau du ruisseau : On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime. Comme un écho à ces mots de Victor Hugo : « Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire… ».  

Avant d'aller plus loins, voici ma critique publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc datée du mois de novembre 2010:

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Le lieu de rendez-vous est une ancienne crémerie des années 50 devenue restaurant branché de la capitale. Le 1979. J’arrive avec un cameraman et un photographe. L’équipe « lourde » en somme. Moi, le solitaire, déboule parfois avec « capteurs de souvenirs », quand l’interviewé fait partie de mon panthéon personnel. (Voir ici et , deux précédentes rencontres...)

C’est Voici.fr qui me précède. Discrètement, j’écoute ce que racontent le chanteur et le questionneur, histoire de ne pas prendre le même chemin lors de mon « interrogatoire en douceur ». C’est une technique que j’emploie souvent pour me distinguer de mes prédécesseurs.  

Mandor n’est qu’un tricheur.

 
Quand mon tour arrive, Louis Chédid, me semble un peu las, mais il se reprend dès la poignée de main. Encore une fois, nous sommes en fin de journée et je suis le dernier des journalistes qu’il reçoit. Je ne suis pas inquiet, c’est la quatrième fois que je me retrouve en tête-à-tête pour évoquer un des ses albums.
Voici le résultat pour MusiqueMag:

 

Allons plus loin, avec une mandorisation en règle...

5414939074929.jpgCet album est l’un des plus importants pour Louis Chédid. On l'a compris, il l’a enregistré avec son fils Matthieu (le chanteur -M-).

 

- Il n’y a rien de planifié entre nous. On a un plaisir énorme à travailler ensemble et j’espère que l’on continuera ensemble longtemps parce que les expériences ont toujours été positives. Au fond, ça fait presque 20 ans que l’on bosse ensemble à petites touches. Il est même venu jouer en toutes discrétions sur certaines de mes tournées. D’abord et avant tout, c’est une relation musicale que nous avons, après le côté père-fils, c’est la cerise sur le gâteau. Le fait que l’on se connaisse depuis toujours, ça emmène un truc en plus, mais au départ, c’est vraiment deux musiciens qui bossent ensemble. Sur son album Mister Mystère, c’était la première fois qu’il me demandait de travailler sur un projet à lui. Ça nous a rapprochés encore plus. Pendant les mixages, je lui ai proposé que l’on fasse mon futur disque ensemble. Que l’on joue tous les instruments à deux. Ca l’a séduit parce que lui, son fantasme, c’est de faire un disque tout seul. On s’est retrouvé en studio en janvier 2009, on s’est pris 10 jours et on tout fait pendant ce laps de temps. On a bossé finalement de manière très détendue et en dix jours, nous avions une quinzaine de chansons. C’était fou ! On a enregistré presque deux chansons par jour.

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Évidemment, avant l’enregistrement de ce 16e album, il s’est posé l’éternelle question : « de quoi vais-je bien pouvoir parler ? ».

- A chaque disque, on a peur de lasser. C’est effrayant ! Aujourd’hui, c’est le début… les journalistes entendent le disque depuis quelques jours et le retour est plutôt encourageant et bienveillant, mais il y a un mois, vous m’auriez-vous… j’étais décomposé. Ce disque là, évidemment, c’est mon premier disque. Les 15 disques d’avant, je dirai même que ça me dessert. Il y a des gens qui ont adoré Ainsi soit-il ou Anne, ma sœur Anne, T’as beau pas être beau ou Papillon ou je ne sais quel autre titre et qui vont obligatoirement les comparer à mes nouvelles chansons. Ce n’est pas un « plus » les études comparatives, vous savez. Quand on fait un disque, on a envie d’être actuel et on n’a surtout pas envie de vivre sur un capital. En tout cas, ce n’est pas mon truc du tout. Cet album est donc pour moi, le tout premier. Je commence ma carrière, là.

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Louis Chédid 11.10.10 5.jpgChaleureux, ce nouveau disque offre son lot de chansons intemporelles, tendres, drôles ou déchirantes. Des ritournelles jamais mièvres, capables d’épouser l’amour, osant le déclarer, de le faire encore une fois rimer avec toujours ou avec « rupture », mais sans drame : « L’amour est au cœur de ce qui me fait chanter. Après tout, la plupart d’entre nous ne rêvent que de ça : être heureux en amour… »

Le nouveau Chedid propose aussi ses chansons impliquées, comme autrefois les titres marquants : Anne ma sœur Anne (« elle sort de sa tanière la nazie nostalgie »), T’as beau pas être beau (« y a des colorants pas marrants, du mazout dans les océans… ») ou le Chacha de l’insécurité (« chacha morose, chacha névrose »). Désormais, le chanteur entame À force (« de rêver d’un repas et d’un lit chaud (…) on s’imagine pas un jour sans abri »). Comme Alain Souchon, il est l’un des chanteurs français les plus subversifs, l’air de rien. 

- Il n’y a pas que nous, il y en a d’autres... Après, effectivement, nous avons une façon de concevoir les chansons qui attirent les oreilles. Elles peuvent être graves et profondes, aux messages engagés, mais nous faisons en sorte que la musique ne paraphrase pas le texte. La musique n’est pas dans le même état d’esprit que le texte. Par exemple, quand j’ai fait de la scène avec Anne, ma sœur Anne, je voyais les gens suivre le rythme en tapant des mains. Au début, ça me choquait, je me disais qu’ils ne comprenaient rien à la chanson. Et bien si ! Au contraire. S’ils n’avaient pas tapé dans leurs mains, ils n’auraient peut-être jamais été séduits par le texte. Il faut qu’il y ait quelque chose de spectaculaire dans une chanson, quelque chose qui séduise. Je ne me censure jamais, mais quand j’ai un message d’important à faire passer, je veux que ce soit quelque chose qui fasse bouger les gens.

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L’ami Chédid semble être devenu un espèce de sage. Je lui explique que son album est plus profond que les précédents, il me demande de lui en expliquer les raisons. Je réponds que je ne sais pas. Juste une sensation…

 

- Peut-être que je suis devenu plus profond. C’est l’avantage de l’âge et de l’expérience. (En riant) Soit on n’a rien compris et là, c’est foutu, soit on a vécu des tas de trucs, positifs ou négatifs et ça vous fait relativiser, on est plus sur des choses essentielles. Heureusement qu’on tire des conclusions des expériences de nos vies. Je me rends de plus en plus compte que les choses qui touchent le plus les gens, c’est quand vous êtes sincères et vrais, que vous parlez des choses qui viennent du fond de vous. Les artistes sont souvent touchants dans leurs faiblesses et leurs défauts, pas dans la brillance de soi même.  

 

L’album s’ouvre sur Tu peux compter sur moi, chanson sur l’amitié... l’occasion de lui demander quel genre d’ami il est.


-
Je pense que je suis quelqu’un d’assez affectueux, assez peu égocentrique. Pudique et à la fois mettant à l’aise les gens. Je ne suis pas du tout dans le rapport de force. Je déteste les rapports de pouvoir avec les gens, cela m’horripile. Je trouve que c’est très important de rester normal.

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Pour clore l’entretien, j’évoque la chanson, Maman, maman.  Chanson dédiée à sa mère (l’écrivain et poète Andrée Chédid que j’ai reçu bon nombre de fois dans diverses émissions radiophoniques). Elle est en train de s’éteindre doucement.

- C’est purement émotionnel. Cela vous sort comme cela. Je ne suis pas un cérébral, je suis très instinctif et c’est ma façon à moi d’envoyer un message autrement que par la voie traditionnelle. C’est quelque chose qui vole, va dans un sens ou dans un autre ou… nulle part. C’est comme un mot de tendresse que l’on met sous l’oreiller ou sur un frigidaire. C’est aussi simple que cela. Je ne me demande pas si c’est impudique. J’estime que c’est comme cela qu’il faut que je le fasse. Je préfère ne pas en dire plus.

 

Louis Chédid, homme pudique et sensible.

Chanteur à part.

Mandor aime ce genre d’homme.

Ainsi soit-il !

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Voici l'excellent clip de "Tu peux compter sur moi".


Louis Chedid - Tu peux compter sur moi
envoyé par ATMOSPHERIQUES. - Regardez la dernière sélection musicale. 

Toutes les photos de l'interview sont signées Vincent Nedelec. Merci à lui !

14 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (5) : Vincent Brunner pour "Hendrix, electric life"

Cinquième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, mon invité est un journaliste musical, Vincent Brunner, pour une nouvelle biographie de Jimi Hendrix, intitulé Hendrix, electric life (City Editions).

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4e de couverture :

Il y a quarante ans, Jimi Hendrix quittait brutalement la scène. Pourtant, il n’a jamais disparu. Chaque génération redécouvre ses albums, sans cesse réédités, et il reste LE modèle indétrônable du guitariste rock.

  

Hendrix est devenu un mythe dont les morceaux, torturés et élégants, étaient à l’image de sa vie. Ce hippie flamboyant a fait Woodstock, enchaîné les succès avant de disparaître à seulement 27 ans, entrant dans la légende.

  

Les musiciens d’aujourd’hui, de Ben Harper aux Red Hot Chili Peppers, des jazzmen aux rappeurs, perpétuent l’héritage Hendrix. Celui d’un génie qui s’est trop vite consumé en bouleversant la musique. Une vie où la joie et la liberté ont toujours eu pour contrepartie le drame et la souffrance.
La biographie du plus électrique des guitaristes :
génie, sexe, drogue et rock’n’roll.

  

 Présentation de l’auteur :

  

Vincent Brunner est journaliste et auteur. Il a notamment coécrit l’autobiographie de Miossec (Flammarion) et la bande dessinée Rock Strips.

 

Vincent Brunner, je ne vous le cache pas, est un ancien collègue de journal. On ne se voyait qu’en conférence de rédaction, mais j’appréciais le personnage et ce qu’il écrivait. J’ai donc lu cette biographie et comme elle m’a beaucoup intéressé je lui ai proposé une mandorisation. Rendez-vous est pris dans un bar à côté de mon boulot (comme d’habitude). Ça me fait toujours un peu bizarre d’interviewer un type qui fait le même métier que moi…   

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Mandor : Comment puis-je te présenter professionnellement?

 

Vincent Brunner : Tu peux dire que je suis pigiste régulier pour plusieurs magazines musicaux ou plus généralement culturels et que je travaille aussi dans l’édition en écrivant des biographies d’artistes…

 

- Tu as commencé ta carrière de journaliste musical aux Inrockuptibles

 

- Oui, c’était en 1997 et j’étais critique spécialisé dans la musique électro. À ce moment-là, c’était la musique qui me donnait envie d’écrire. Mais comme j’ai toujours eu une culture rock ou rap, petit à petit, j’ai diversifié mes écrits.

 

EnQuarantaine.jpg- La biographie pour laquelle nous déjeunons ensemble aujourd’hui n’est pas ta première. Tu as aussi écrit un livre avec et sur Miossec…

 

- Miossec, c’est quelqu’un de timide et en même temps très ambitieux. La manière avec laquelle il s’exprimait, avec ses silences, son vocabulaire choisi, ses vannes qui cachent aussi beaucoup de choses m’ont incité à me dire que ce serait super intéressant de parler de la vie de ce mec qui a commencé sa carrière de musicien à 30 ans. Un soir, en buvant un coup avec lui, je lui ai proposé... il n’a pas été contre. Juste, comme il n'avait que 40 ans, il se demandait si c’était raisonnable de déjà écrire un livre sur lui. Je précise que ce n’était pas un livre de commande, mais plutôt un livre fait à l’instinct. En règle générale, les livres que j’écris sont le fruit de coup de cœur et d’occasions.

 

- Tu as été directeur d’ouvrage de Rock Strips. Présente-nous cet ouvrage ?rock brunner.jpg

 

- J’ai proposé à Flammarion ce projet. C’est un livre sur le rock avec des textes de présentation de moi et des planches de dessinateurs de BD sur le même artiste. Il y avait 30 histoires sur 30 groupes de rock. C’était un truc lyrique, drôle et très bordélique. C’est ce qu’il fallait ! Actuellement, je travaille sur le tome 2.

 

- Tu as été aussi chef de rubrique musique de Rolling Stone pendant 3 ans.

 

- C’était une belle expérience jubilatoire. C’est un journal culte pour les amateurs de rock et on était en contact avec le magazine américain… bon, il faut raison garder, nous étions une petite équipe dans la version française, mais nous étions très motivés.

 

9782352884507.jpg- Et donc, ce livre sur Hendrix ?

 

- C’est un projet que j’ai proposé. Bien sûr, ce n’est pas un hasard s’il coïncide avec le 40e anniversaire de sa mort.

 

- Il y a déjà de nombreuses bios sur Hendrix… qu’est-ce qu’on peut apporter de plus aujourd’hui ?

 

- Les premiers ouvrages sur Hendrix par des journalistes qui avaient connu l’artiste datent d’il y a longtemps. Ils sont nourris des nombreuses interviews qu’il a données à eux ou à d’autres. Et dans ce que racontait Hendrix aux journalistes, il y avait vraiment à boire et à manger. Parfois, même, il racontait n’importe quoi. Il a commencé sa carrière un peu clandestine en 1961 et ça devient sérieux pour lui en 66. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il a souvent réécrit son histoire. Il a prétendu avoir joué avec des gens, alors qu’on est sûr qu’il ne l’a pas fait. La vérité autour de lui a toujours été « brumeuse ». Mon livre est certes une bio de plus sur Hendrix, mais j’ai essayé de faire la synthèse pour arriver au plus proche de la réalité des faits.

 

- Tu as tout lu sur lui ?

 

- Oui, obligatoirement. J’ai essayé de voir toutes les contradictions d’une source à l’autre… et il y en a ! Dans le livre, Jimi Hendrix de Benoit Feller qui date de 1976, j’ai la nette impression qu’il s’est fait enfumer par Hendrix et les témoins de sa vie. Je me suis rendu compte qu’autour de lui, il y avait beaucoup d’exagérations et de zones d’ombre. J’ai voulu écrire un livre crédible qui ait un peu de gueule en 2010 sur Le modèle indétrônable du guitariste rock.

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Vincent Brunner 26.10.10 2.JPG- Ton livre est donc la version définitive et exacte de la vie d’Hendrix ?

 

 - Non. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Les biographies sur Hendrix sont souvent excellentes, je dis et répète qu’elles manquent parfois de recul.

 

 

- Tu n’as pas peur de casser le mythe ?

 

- Mais, non. Il est tellement grand ce mythe ! Ce qui est incroyable avec lui, c’est que dans les années 68-69, il donne des concerts marathons, le soir, il va en club, et après avoir joué toute la nuit, il va en studio jammer toute la journée… bref, c’est quand même un surhomme. Il jouait tout le temps, il est un cas unique au monde.

 

- Il n’a enregistré que 3 albums de son vivant. Sa carrière est très courte.

 

- Il n’y a en effet que trois albums studio plus un live. Tout le monde s’accorde à dire qu’il ne serait peut-être pas mort s’il n’y avait pas eu sa dernière tournée européenne. En même temps, c’est la conséquence de son exigence par rapport au studio d’enregistrement qu’il a voulu le plus moderne possible, donc très cher. Pour payer des travaux absolument pas prévus, le manager a dû le faire tourner un maximum pour rentabiliser.

 

- Tu es fan de Jimi Hendrix ?

 

- C’est quelqu’un que j’ai beaucoup écouté dans mon adolescence. Je l’ai gardé dans un coin et je me suis ouvert à d’autres… mais ce livre-là est aussi l’occasion de le redécouvrir.

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- Selon toi, personne ne lui arrive à la cheville ?

 

 

- C’était un génie. Il arrivait à imaginer des solos de guitare à l’envers. Ce qu’il a fait en quelques années reste indépassable parce qu’il avait une imagination folle, rare et délirante. Quand il jouait, on avait l’impression que son cerveau était relié à sa guitare et je ne connais pas d’autres musiciens passés ou actuels capables de donner cette sensation. Ses disciples sont laborieux, ils tentent d’avoir sa technique, mais n’arrivent pas à atteindre la fluidité.

 

 

- On ne parle jamais de ses textes…

 

 

- C’est vraiment dommage. Il ne faut pas oublier que c’est quelqu’un qui a été influencé par Dylan. Déjà au niveau du chant, mais aussi au niveau des paroles. Il y a vraiment beaucoup de points communs entre les deux artistes. Les paroles d’Hendrix sont sensationnelles. Il était très attiré par les planètes, la terre et il avait une vision écolo avant l’heure…

 

- Pour toi, au fond, Hendrix était-il un mec bien ?

 

 - Il me semble qu’il était gentil. On sait qu’il ne savait pas dire non. Il a passé sa vie à donner des guitares à des ados qu’ils rencontraient. Il était très généreux. Il était un jouisseur de la vie.

 

- Quand on a écrit sur Hendrix, on peut écrire sur qui après sans que ça ne paraisse pas fade?

 

- Sur beaucoup, rassure-toi ! Quelqu’un comme Tom Waits m’intéresse, par exemple. Jim Morisson également. Dylan aussi, mais il faudrait que je trouve un angle abordé par personne, ce qui est difficile… Comme je l’avais fait avec Miossec, je me plais enfin à rêver d’un livre d’entretiens avec Jean Rochefort.

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 Pour finir en musique : Purple Haze...

13 novembre 2010

Souad Massi : interview pour la sortie de "Ô Houria"

Pour Musique Mag et pour ici, le 28 octobre dernier, j'ai rencontré Souad Massi dans un hôtel parisien. J'avais une bonne excuse, son nouvel album Ô Houria sortait la semaine suivante. Avant de lire l'interview, je vous propose ma chronique du disque publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc datée du mois de novembre 2010 :

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-Avant de commencer, j’ai besoin d’un bon café… ça ne vous dérange pas. Et puis, je vais faire un effort pour te vouvoyer, parce que je sens que je ne vais pas y arriver.

-Non, mais, tutoyez-moi !

-Tutoie-moi tu veux dire !

-Oui.

-Tu veux un café.

-Oui, je veux bien.

(Les dialogues ne sont pas vraiment de Michel Audiard !)

Souad Massi s’installe à mes côtés. Je lui raconte que mes voisins de l’étage inférieur de mon immeuble sont algériens, que je les adore et qu’à chaque fois qu’elle sort un disque, je leur offre parce qu’ils sont fans d’elles. Ça semble lui faire plaisir…

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saoud-massi.jpgMandor: Pourquoi as-tu choisi de vivre à Paris depuis onze ans ?

Souad Massi : En fait je navigue entre Alger et Paris. J’ai deux enfants qui vont à l’école à Paris et  pour le travail c’est plus pratique je vive ici. Tous mes musiciens y vivent aussi. Mais j’ai besoin d’aller en Algérie régulièrement, toute ma famille habite là-bas.

-Cette rencontre avec Michel Françoise et Francis Cabrel est pour le moins surprenante.

-Francis Cabrel, je l’ai rencontré il y a six ans. J’ai fait partie de son juré des "Rencontres d’Astaffort". Je ne me souviens pas de grand-chose de ce premier rendez-vous avec lui. Ca s’est passé tellement vite ! L’année dernière, j’ai rencontré Michel Françoise parce que nous devions travailler sur un projet commun qui n’a rien à voir avec celui-là. On devait écrire et réaliser un disque pour un autre artiste.

-Qui ça ?

-Non, je ne peux pas te le dire, ça ne s’est pas fait.

-Donc, que s’est-il passé avec Michel Françoise ?

-Dans la voiture, avec mon mari, il nous a fait écouter quelques morceaux et nous a demandé ce que nous en pensions. Il m’a fait comprendre que je pourrai éventuellement les utiliser. Ca tombait bien, j’avais très envie de chanter aussi en français. Je suis totalement tombé sous le charme de deux titres, "Tout ce que j’aime" et "Ô Houria". Après, il m’a fait visiter le studio de Cabrel ce qui est extrêmement rare. J’ai adoré l'endroit. Il y a une ferme, la maison de Cabrel n’est pas loin. C’est la vraie campagne, ce qui oblige les musiciens à vraiment travailler. Ils ne peuvent pas sortir. Tu te rends compte, si on oublie le sel, on est obligé de faire 30 kilomètres pour aller le chercher ! Sans plaisanter, c’est l’endroit idéal, il y a une très belle acoustique. Quand je suis retournée à Paris, Michel Françoise m’a proposé d’enregistrer un album dans le fameux studio de Cabrel. J’ai accepté et ça s’est fait comme ça. Aussi simplement.

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34620_10150234074935727_347885505726_13801639_7180518_n.jpg-Francis Cabrel est un artiste important pour toi ?

-Oui, évidemment. Il faut savoir qu’en Algérie, je ne sais pas pourquoi, nous sommes très francophones. Ma génération et celle d’un peu avant, tout le monde adore Francis Cabrel.

-Tu as un sentiment de fierté de travailler avec lui et Michel Françoise ?

-Plus que ça. Je ne trouve même pas les mots. Je suis contente, honorée et très fière.

-Il paraît qu’il est très pointilleux lors des enregistrements…

-Il est très à cheval sur la prononciation. Il ne lâche rien et nous pouvons rester deux heures sur un seul mot. Je n’ai jamais vu ça !

-Et quand il a dû chanter en arabe pour "Tout reste à faire", j’imagine que tu as eu ta revanche…

-Même pas. C’est ça qui m’a énervé ! Il me reprenait même quand je chantais dans ma langue alors qu’il ne comprenait pas. Il voulait la justesse du chant, le reste n’importait pas. Lui, je lui ai donné la phrase qu’il devait chanter en phonétique et il l’a fait en une seule prise. C’était insensé !

-Ta musique a des échos du Cap Vert ou du Brésil, un parfum de flamenco et différentes influences.

-Tu sais, l’Algérie, c’est le carrefour de toutes les musiques. On est méditerranéen, on est ouvert sur l’occident, on est africain, on est arabe.

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Souad_Massi.jpg-Tu parles beaucoup des femmes dans tes chansons…

-Dans "Samira Meskina", je parle des vieilles filles qui ne peuvent pas sortir, qui sont frustrées, qui ne peuvent pas faire des études. Dans "Nacera", je raconte le quotidien d’une femme divorcée. Elle est très mal vue et n’attend plus rien de la vie.

-Tu es une ardente défenseuse des droits des femmes ?

-Non, je ne l’ai jamais été. Pas officiellement, en tout cas. J’ai même été un parfait garçon manqué. Je n’aimais pas les filles qui pleurnichaient sans cesse sur leur sort. Il faut se battre dans la vie ! Avec l’âge, j’ai enfin compris des choses. J’ai rencontré des personnes qui travaillent dans des associations et j’ai complètement modifié mon point de vue. Quand on a un couple où règne le respect et où il y a de l’amour, les vrais problèmes paraissent loin.

-Ce sont les femmes battues qui te préoccupent le plus aujourd’hui…

-Quand j’étais en Algérie, j’ai rencontré la sœur d’une amie qui a été battue. Elle m'a montré sa tête qui était cousue. Quand son mari était énervé, il prenait sa tête et la cognait sur le mur. Quand elle allait déposer une plainte au poste de police, on lui rétorquait qu’elle avait dû faire quelque chose de mal. Cette histoire m’a mise hors de moi. J’en ai fait une chanson.

-Comment es-tu perçue par ta famille ?

-Comme une rebelle. Je faisais même peur à ma mère. J’ai beaucoup de chance parce que j’ai deux frères qui sont musiciens. Ils m’ont beaucoup soutenu pour que je mène à bien ma carrière… Ce n’est pas commun dans la société maghrébine. Au sein de ma famille, j’ai véhiculé des idées de liberté et de choix d’être différent. Dès mon adolescence, je ne voulais pas être comme les autres.

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MS01001_BIG.jpg-Quel rapport as-tu avec le pouvoir en place ?

-Aucun. Le pouvoir n’a rien à voir ni à dire avec ce que je fais dans mon métier. Je sais que j’ai été censurée à la radio un certain moment, je ne sais pas si c’est à cause de mes textes, mais en tout cas plus maintenant. En Algérie, sans te mentir, je passe sur les ondes du matin au soir. Peut-être qu’avec ce nouvel album, la censure va recommencer,  je n’en sais rien. Dans "Une lettre a… Si H’Med", c’est l’histoire d’un maire corrompu, celui d’Alger, qui a volé de l’argent. Il est aujourd’hui en prison.

-Tu as déjà rencontré des politiciens algériens ?

-Grâce à mon statut d’artiste, il m’est arrivée de m’assoir face à face à des ministres et discuter avec eux. J’ai émis pas mal de critiques et ils m’ont écouté attentivement. Je ne sais pas si, au final, ça sert à quelque chose, mais j’ai eu des débats avec eux plusieurs fois. Les politiciens savent qu’ils ont besoin d’artistes, parce que les artistes ont des personnes qui croient en eux.

-Même s’il ne comprend pas les textes, le public français aime beaucoup tes chansons… Tu l’expliques comment ?

-Je pense que les français viennent à mes concerts parce qu’ils aiment le pop folk. Ils sont nostalgiques de Leonard Cohen ou d’artistes comme Bob Dylan. Dans mes concerts, j’explique systématiquement de quoi parlent mes chansons. Même les Maghrébins de cette génération, ils ne comprennent pas tous l’arabe. Les jeunes algériens, je suis toujours étonnée qu’ils viennent. Ils écoutent du rap, de la variété ou du RnB. Je ne corresponds pas aux goûts de la jeunesse d’aujourd’hui.

-Tu as été élevée au folk ?

-Oui, mais pas seulement. Mes parents adoraient la musique. De James Brown, Jacques Brel, Édith Piaf à des groupes de rock comme AC/DC, Aerosmith, ZZ Top et aussi du flamenco. Bref, ma culture musicale a été large…

-À quand un vrai disque de rock de Souad Massi, toi qui a aussi chanté dans un groupe de hard rock dans ta prime jeunesse ?

-C’est un vrai projet que j’ai avec Michel Françoise, en français en plus. Il faut du rock pour dire plein de choses revendicatives.

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souad massi - o houria.jpg-Tu as peur que ton public soit désarçonné par ce disque ?

-J’avais peur de heurter mes fans. Le fait que je chante quatre titres en français n’est pas bien passé pour tout le monde. Je me suis fait insulter sur mon site.  On m’a reproché de faire comme les autres, de devenir un produit. Quand je sortirai un album tout en français, je me demande comment ils réagiront ?

-Tu es franco-algérienne. Comment te sens-tu en France par rapport à ce qu’il se passe au niveau de l’immigration ?

Moi, je n’ai aucun problème pour en parler. Je me sens bien en France.J’aime ce pays. Les ministres comme Besson ou Hortefeux, qui jouent la carte de l’insécurité pour arriver à des fins politiques, qu’ils sachent qu’ils ne font pas peur aux gens honnêtes qui travaillent, qui ont des devoirs et qui respectent les lois. Moi, je viens d’Algérie. Je suis venue ici à l’âge de 25 ans après mes études et je connais mon histoire. Je n’ai pas de problèmes d’identité. Les jeunes d’ici en ont. Ils n’arrivent pas à se retrouver. On leur donne quoi ? De l’incertitude. On les insulte, on les montre du doigt. Ils n’ont pas besoin de ça, ce sont des Français, ils sont de la 3e génération issue de l’immigration. Ce n’est pas juste pour ces jeunes, ce n’est pas juste non plus pour les gens qui se lèvent tôt et qui vivent de manière irréprochable dans leur comportement et dans l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants.

-On te demande de t’exprimer officiellement sur ces sujets-là ?

On me demande de m’exprimer sur plein de sujets. Comme dans mes chansons, je dénonce pas mal de choses, il ne serait pas normal que j’évite de me prononcer sur ces sujets. J’en parle à cœur ouvert. Je suis citoyenne, j’appartiens à une société et je me sens concernée par ce qu’il se passe autour de moi. La politique, c’est la vie de tous les jours en fait. J’ai l’impression qu’en France, il fallait un sujet pour cacher la crise. Le chômage, les retraites, on les a mis un peu de côté pour parler insécurité. Moi, je suis le contraire des politiciens qui font tout pour séparer les gens. Heureusement que dans la vie, il y a l’art, la musique et l’amitié…

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Petite dédicace pour mes voisins, Souad (aussi) et son mari Kader...

Note de l'auteur : Certaines photos illustrant cette chronique sont "volées" outrageusement du Facebook officiel de Souad Massi. Qu'elle me pardonne ! Celles qui ne sont pas signées sont de moi. Que je me pardonne ! Quant aux photos "champêtres", je remerçie Thomas Lang.

 Pour terminer voici le premier clip tiré de l'album... "Ô Houria".

11 novembre 2010

Yael Naim : première interview pour la sortie de "She was a boy"

Pour MusiqueMag (voir ici) et Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de novembre 2010, j'ai interviewé Yael Naim. Le résultat est là :Scan10005.JPG

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Et voici le clip qu'elle était en train de tourner lors de l'interview: Go to river.


Clip "Go to the River" de Yael Naim
envoyé par totoutard. - Clip, interview et concert.

09 novembre 2010

Kaolin : le nouvel album et une session acoustique de Crois-Moi...

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Le 25 août dernier (ah ouais, quand même !), je suis allé à la rencontre du groupe Kaolin pour l’enregistrement d’une session acoustique à l’agence Ephélide. Avant de la regarder, je vous propose ma critique de leur nouveau disque publiée dans Le magazine des espaces culturels Leclerc daté du mois d’octobre.

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Guillaume Cantillon, le chanteur de Kaolin, j’avais partagé plusieurs bières avec lui un bel après-midi d’octobre 2008 pour parler de son premier album solo, Des Ballons Rouges. Je me souviens d’un échange intéressant, profond et (un peu) alcoolisé. Bref, avec le reste de la formation, ce n’est pas tout à fait pareil. Ce fut un moment sympathique, mais plutôt impersonnel.

Dans une ambiance un peu potache, ils jouent pour MusiqueMag un extrait (à forte connotation, disons... coquine) de cet album éponyme : Crois-moi.

 

Voici quelques photos de la session prises par votre « humble » (enfin, humble...) personne.

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05 novembre 2010

Manu (ex-chanteuse du groupe Dolly): interview et 2 sessions acoustiques

J'avais déjà questionné l'ex-chanteuse du groupe Dolly lors de la sortie de son premier (et pour le moment seul) album solo, Rendez-vous. Manu démarrait alors sa promo et j'en garde le souvenir d'une femme fragile, mais très déterminée...

Deux ans plus tard, MusiqueMag a décidé de la soutenir en étant partenaire de la sortie de son DVD live, Rendez-vous à l'Elysée Montmartre... elle est donc venue dans nos locaux en compagnie de Patrick Giordano de Tekini Records. Deux âmes chaleureuses et disponibles. Au programme, deux titres en acoustique et un petit entretien.

Voici pour commencer mon interview de Manu, publiée dans Addiction, le mag, datée du mois de novembre 2010.

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A présent, je vous propose les deux sessions acoustiques pour MusiqueMag, enregistrées sur place.

Manu interprète en version guitare-voix, la chanson "Goodbye", une chanson de son premier album solo . "Goodbye" est un hommage au bassiste de Dolly, Mickaël Chamberlin, disparu dans un accident de voiture en 2005. 

Et une superbe chanson interprétée pour la toute première fois (vraiment !) en japonais : "Tenki Ame".

 Quelques photos de la session prise par bibi, le 18 octobre 2010 à MusiqueMag...

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La photo avec Mandor...

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Pour clore cette note, et histoire que vous jugiez par vous même l'énergie et l'électricité que génère cette fille, voici deux extraits tirés du DVD live de Manu: "Rendez-vous" et "Dans tes yeux"...

04 novembre 2010

Pourquoi "Les chroniques de Mandor" tournent au ralenti...

En ce moment, j’ai peu de temps à consacrer à cet espace virtuel.

Du coup, j’ai beaucoup de retard et les artistes mandorisés s’accumulent.

Une explication s’impose.

 

C’est sur ce blog que je tiens à annoncer la nouvelle (qui va changer la face du monde, évidemment)…

 

Je travaille depuis quelques semaines sur la relecture et la correction de certaines de ces chroniques (et, pour ne rien vous cacher, j’en écris aussi quelques inédites).

 

logo.jpgEn effet, Laura Mare (des éditions du même nom) m’a proposé de publier une version écrite des « Chroniques de Mandor ». Une compilation améliorée d’une bonne cinquantaine de rencontres (voire plus si affinités), avec parfois, des notes plus personnelles.

Donc, en ce moment, je passe mon temps libre à travailler sur ce projet.

 

Mandor est un double de moi-même (en pire), qui me permet d’avoir du recul sur les évènements et me permet surtout de ne jamais me prendre au sérieux (il ne manquerait plus que cela). Dans ces chroniques, vous le savez certainement, je raconte les coulisses de mes rendez-vous avec les artistes. Ce sont des instantanés à des moments précis. J’ose croire que les lecteurs en apprendront plus sur les personnalités dont il est question ici (et donc dans ce futur livre) que dans les journaux spécialisés… je veux montrer l’indicible, l’anecdote, les petits riens qui disent tout de quelqu’un.

C’est mon ambition première… rien de plus.

 

Laura Mare a su trouver les mots pour que j’accepte ce projet.2045605770.jpg

(Oui, parce que cette tenace éditrice a dû insister au moins pendant cinq minutes !)

Laisser une trace pour ma fille.

Pour qu’elle sache ce que son père fait quand il n’est pas avec elle.

Pour que, plus âgée, finalement, elle comprenne un peu mieux qui est son papounet.

 

(Et je n’omets pas de préciser que mon ego n’est pas dérangé par la perspective d’être lu par d’éventuels nouveaux lecteurs).

 

Le livre, « Les chroniques de Mandor » par François Alquier, aux éditions Laura Mare, sortira fin février 2011.

Dans un peu plus de 3 mois…

 

(La photo de Laura Mare et Mandor a été prise au Salon du Livre de Provins, le 13 février 2010, alors qu'il n'était pas encore question d'une quelconque collaboration littéraire...)