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27 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (7) : Erwan Larher pour "Qu'avez-vous fait de moi?"

Septième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, Vincent Brunner pour Hendrix, electric life, Jérôme Attal pour Folie furieuse, voici mon gros coup de cœur littéraire de cette année, Erwan Larher pour ce qui pourrait bien devenir un jour un livre culte, Qu’avez-vous fait de moi (aux éditions Michalon).

 

couvmichalonsmall.jpg4e de couverture :

Je suis une bombe ... Fragmenté de frustrations. Vous m’avez gavé de savoirs, vous m’avez infiltré de connaissances, puis vous m’avez jeté sur votre marché du travail, lesté de bagages, mais sans rien ni personne pour me guider, avec en guise de boussole un impératif sans cesse instillé par vos médiatiques nervis : réussir. Je me suis perdu, il va de soi. Je ne me suis peut-être même jamais trouvé. Maintenu en dehors de votre monde - à la lisière tout d’abord, puis imperceptiblement de plus en plus loin à la périphérie - , je me suis mis à le haïr. Vous avez fait de moi un rebelle au lieu d’un petit soldat. Je voulais bien jouer le jeu, mais les rôles étaient déjà distribués. Alors, je m’en suis écrit un. S’il n’y a plus de révolutions, j’en inventerai. Je suis une bombe ... Fragmenté de frustrations. Et j’ai rencontré des artificiers.

 

Entre fantasme et réalité, Léopold Fleury découvre un abîme où il va basculer. Pris dans un engrenage infernal, il décide de livrer un combat héroïque. Puis comment démêler le vrai du faux sans laisser de corps au bord du chemin ni plaider coupable ?

 

self-revolutionsmall.jpgL’auteur :

Erwan Larher écrit des pièces de théâtre, des chansons, des scénarios. « Qu’avez-vous fait de moi ? » est son premier roman.

 

Extrait du livre (les premières lignes) :

"Comme la pratique en plein air du badminton, qui ne tolère pas de conditions météorologiques approximatives, mon petit-déjeuner ne supporte pas l’à-peu-près. Que la minuterie ne mette pas la cafetière en marche à l’heure prévue, que la chaîne stéréo ne se déclenche pas simultanément, que j’aie omis de mettre une brique de lait au frais et la mauvaise humeur prend, soudaine, calcinant l’enchevêtrement fragile de ma garrigue intérieure ; je n’enrayerai le sinistre que plusieurs heures plus tard, pour peu que rien ne soit venu l’attiser entre-temps. Mon bol de café chaud m’attend, les enceintes éructent du gros son, environnement familier, je maîtrise mon retour quotidien à la surface du monde, démiurge détendu, quand survient l’incident. Plus de clopes. Pile le matin de mon dernier jour."

 

pepperpapersmall.jpg

Crédits photos (les deux belles avec le lettrage) : Dorothy-Shoes

Les autres, (assez pourraves) sont signés de moi (pourraves techniquement, pas le modèle...).

En lisant son roman, je me suis demandé comment ce putain de bon auteur, Erwan Larher, avait eu l’idée de m’envoyer une demande d’amitié Facebook accompagnée d’un message assez sympathique me demandant d’avoir l’obligeance de m’intéresser à son ouvrage. Ma modestie risque d’en souffrir atrocement, je le sais, en vous avouant ce fait bien réel, mais cela m’arrive régulièrement d’être sollicité pour des lectures post-mandorisations éventuelles. Et selon le cas de figure, j’accepte ou je refuse. En lisant Qu’avez-vous fait de moi ? je n’avais qu’une hâte : rencontrer l’auteur. Et je vais jusqu’à dire qu’il aurait été complètement dingue de ma part de refuser de rencontrer Erwan Larher. Erwan Larher, retenez bien ce nom! Erwan Larher a une forte probabilité de devenir un auteur culte. Peut-être pas avec ce livre (quoique), mais je sens poindre une œuvre essentielle. Erwan Larher est dans l’air du temps et sait en capter les effluves...

 

Le 18 novembre dernier, nous convenons d’une rencontre au Delaville café, près de mon boulot, le soir, après mes heures officielles de travail rémunérateur.

 

Immédiatement, j’apprécie ce type. Il me raconte son amitié avec Bertrand Guillot. Un ami auteur que nous avons en commun. Il me dit que c’est sur ses conseils qu’il m’a envoyé son livre.

 

OK ! Erwan Larher adoubé par Bertrand Guillot, ça me convient parfaitement. C’est même très réjouissant tant j’apprécie l’adoubeur.

 

Un thé pour lui, une bière pour moi (j’emmerde Dukan, ce soir-là…).

Erwan Lahrer 18.11.10 2.JPG

Mandor : Il me semble intéressant de connaître un peu ton parcours professionnel plutôt atypique.

 

Erwan Larher : J’ai commencé dans la musique. J’ai fait mon stage de DESS chez un tourneur, puis je suis devenu roadie, assistant régisseur, régisseur, après, j’ai monté ma boite et j’ai produit des tournées… ensuite, je suis devenu chef de produit chez EMI et Universal. Je me suis occupé notamment de Fugain, Pagny, le spectacle Roméo et Juliette. Ce qui m’éclatait le plus, c’était de m’occuper des petits groupes, comme Tanger.

  

- Je comprends mieux pourquoi tu fais un clin d’œil à ce milieu dans ton livre.

  

 - Oui, à un moment, je fais parler une personne du métier de chef de  produit dans une maison de disque. Ca m’a amusé de glisser ça.

  

- Tu as écrit des chansons aussi…

  

 - Oui. Par exemple pour le groupe Native et pour Erwann Menthéour. Si tout ça fait partie de mon passé, il est question que je récidive avec David Grumel et Marie Espinosa.

  

- Tu as toujours écrit, ai-je lu quelque part.

  

- Oui, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit des histoires. J’écrivais des pièces de théâtre avec mon frère, que je mettais en scène… avant celui-là, j’ai écrit 5 romans.

  

- Que tu as tenté de faire publier ?

  

 - Oui, avec plus ou moins d’intensité.

  

Erwan Lahrer 18.11.10 4.JPG- Dans ton roman, il y a beaucoup de doubles lectures, de superpositions de propos de tes personnages… c’est très malin !

 

 - Je suis un gros lecteur, j’aime lire des histoires, j’aime être embarqué, être complètement pris par ce que je lis. Mais, je considère que quand on écrit, ce ne doit pas être gratuit. Il faut dire quelque chose. Un écrivain, ou n’importe quel artiste d’ailleurs, est forcément engagé, sinon tu fais de l’Entertainment et c’est très bien, je n’ai rien contre, mais c’est autre chose. Pour mon livre, la difficulté était de raconter une histoire du début à la fin, de prendre le lecteur et en même temps, le laisser en intranquillité permanente. J’ai voulu que le lecteur reste en permanence sur le fil. Qu’il continue à suivre l’histoire tout en se posant des questions. Qui parle ? Est-ce l’auteur, est-ce t mon héros Léopold ? Est-ce un autre personnage ?

  

- C’est quoi le point de départ de ce livre ?

  

 - C’est le décalage qu’il y a entre le discours général qu’on finit tous par intérioriser: « il faut faire des études pour réussir sa vie et gagner de l’argent, être entouré de belles filles…etc. ». D’un coup, tu te retrouves dans le monde et tu te rends compte que ça ne marche pas comme ça. Tu tentes quand même de suivre un tel chemin et en même temps, ce n’est pas toi. Si tu ne le fais pas à 100%, comme Léopold, tu restes sur le bord du chemin.

  

- Léopold est pédant, arrogant, lâche, fuyant, mythomane, il a une sacrée soif de reconnaissance et un rapport « bizarre » avec les femmes…

  

 - Oui, mais ce n’est pas de sa faute. Léopold est farci de tout ça, mais ce n’est pas son vrai moi. Par exemple, on lui a inculqué le machisme. J’espère que l’on comprend que mon roman dénonce aussi la domination masculine et cette vision que les mecs ont des femmes.

  

- Léopold a des sursauts de lucidité par moment.

  

 - Ce sont ses échecs qui font qu’il devient lucide. C’est le monde extérieur qui le force à s’interroger. Le patron du café et sa voisine, par exemple, lui font comprendre plein de choses. Je ne voulais pas qu’il soit manichéen, c’est la raison pour laquelle j’ai effectivement ajouté quelques pointes d’ironie et d’autodérision par rapport à lui-même. Les auteurs didactiques me font chier. Quand un auteur m’assène son message à travers des personnages qui représentent le bien, le mal et qui sont noirs ou blancs, ça m’emmerde. Dans la vraie vie, personne n’est parfait, les gens sont même d’une grande complexité. Léopold, tu as envie à la fois de bien l’aimer, de le détester, tu le trouves parfois attachant, puis soudain, tu le trouves d’une connerie affligeante, prétentieux… et en même temps, on peut se poser la question de savoir si nous-mêmes, nous ne sommes pas aussi comme ça.

 

Erwan Lahrer 18.11.10 1dd.jpg- À un moment, tu fais dire à un de tes personnages, Virginie (qui s’adresse à Léopold, jeune homme multi diplômé qui rêve de gloire littéraire) : « on ne s’attache pas au petit con vaniteux et égocentrique qu’est le héros de ce livre… ». Une manière de désamorcer ce genre de commentaire que l’on pourrait faire à propos de Léopold?

 

 (En souriant)

 

- Ah ! Tu as remarqué ? Tu es perspicace.

 

- J’ai noté quelques formules sympas, des phrases définitives, sortes d’aphorismes, telles que : « Les temps sont durs, les gens sont mous ». Plus généralement, ton roman m’a fait réfléchir.

  

 - C’est le plus beau compliment que tu puisses me faire. Je ne veux pas donner mes valeurs à moi, ni transmettre ma vision personnelle du monde, j’ai juste fait en sorte que les lecteurs s’interrogent et se posent des questions. Il se passe dans le monde tellement de choses absurdes, tellement de choses à gerber. Tout pourrait être tellement différent, tellement mieux... posons-nous des questions, soyons dans l’inconfort.

 

- Le regard des autres pour Léopold, c’est important. Pour toi ?

  

 - Ca l’a été pendant très longtemps. Aujourd’hui, le regard des gens que j’aime et pour qui j’ai de l’estime est primordial. Je veux être digne de leur amour, de leur affection et de leur amitié. Je n’ai surtout pas envie de les décevoir et je veux être beau dans leur regard. Pendant très longtemps, comme Léopold, je n’ai existé que dans le regard des autres. J’ai atterri dans le milieu du show bizness et j’ai fini par le fuir quand j’ai enfin compris comment j’étais devenu. J’ai franchement failli me perdre.

 

- En même temps, si tu n’avais pas vécu une période « strass et paillettes », tu n’aurais pas raconté tout ça dans ton livre…

  

 - C’est certain. Moi, je suis à maturation lente. Je suis un garçon qui comprend lentement. J’ai eu de la lucidité sur moi-même un peu tard. J’étais tellement préoccupé à être ce que les gens attendaient que je sois que j’étais sans cesse en représentation, dans un rôle. A un moment tu te réveilles, tu demandes ce que tu es et tu agis en conséquence.

 

- Ton roman est un mélange de satire sociale et de thriller politique.

 

 - Je n’ai pourtant pas voulu écrire ni un thriller ni un roman d’intériorité psychologique. Quand on est un être humain, on est un être social. Qu'est-ce qu’on est sans la société ? Rien. Qu'est-ce qu’on est sans les autres ? Rien. Au fond, c’est le roman d’un type, Léopold, qui se pose un jour des questions sur ce qu’il est lui même comme individu et qui découvre qu’il  y a du monde autour de lui et que ça implique des valeurs et des comportements. Il est difficile de devenir citoyen et donc, d’agir. La partie thriller est un développement logique de Léopold qui, au début, est dans sa bulle et qui se rend compte que ça ne marche pas aussi bien que ça en fait. Le monde autour de soi, ce sont des rapports de force, de violence. Comment faut-il se positionner par rapport à ça ?

 

- Tu évoques une grande entreprise médias qui abrite en son sein une organisation secrète, apolitique, qui s’est donné pour but, je te cite, « de procéder à quelques petits changements dans l’ordre du monde ».  Tu crois, toi, personnellement, qu’il y a des organisations secrètes qui régissent le monde ?

 

- Je ne suis pas non plus pour « la théorie du complot », mais je suis désolé, tout ça est sous nos yeux. Le G8 est sous nos yeux. Les clubs de gens importants politiques, économiques, intellectuels qui font des diners tous les mois, ils existent… les faucons sous l’administration Bush, ils n’étaient pas cachés. Je sais qu’il y a des groupes de gens puissants qui ont des intérêts et qui s’unissent pour que leurs intérêts soient préservés. Ce n’est pas être « complotiste » que d’affirmer cela, tout le monde le sait.

 

- Je ne sais pas comment tu as procédé, parce que, paradoxalement, ton livre n’est pas cynique. C’est à la limite, mais tu ne franchis pas cette ligne pourtant tentante…

  

- J’étais dans un milieu qui le pratiquait à outrance. Je l’ai moi-même pratiqué à outrance. Aujourd’hui, je pense que le cynisme est la mal du siècle.

 

- En parcourant ton blog, j’ai décelé un peu de cynisme, non?

 

 

 - Pour bien combattre l’ennemi, il faut employer ses armes, mais en les détournant. Je ne porte jamais un jugement de valeur sur les gens, que souvent je rencontre pour la première fois, juste, j’aime raconter leurs attitudes qui s’apparentent souvent à des postures. Je suis franc avec de l’humour, pas cynique, ni méchant. Je ne veux plus être méchant. Quand j’étais en maison de disque, j’ai été un vrai connard et des gens ont continué à m’aimer, à être mes amis. Pour moi, c’est une belle preuve d’amitié. Sur mon blog, je sors juste des cartons orange à certaines personnes. Je me demande s’il ne faut pas que j’arrête mon blog, s’il faut que je continue de parler des auteurs que je rencontre, des livres que je lis. Je rentre dans ce milieu, est-il bon que je dénigre les collègues ? Dois-je respecter un code de bonne conduite, sans pour autant cirer des pompes à des gens que je n’aime pas ? Dois-je m’imposer un devoir de réserve ? Je ne chronique pas des livres que je n’ai pas aimés, c’est déjà pas mal, non ?

 

- Dans Qu’avez-vous fait de moi, tu rends hommage plus d’une fois à Denis Robert...

 

  

- Je suis extrêmement admiratif du parcours de ce gars… et de son écriture aussi, car il écrit de très bons romans. Mais surtout, il m’épate par son engagement. Il ne cesse de dénoncer les dysfonctionnements de la société et de payer de sa personne pour aller au bout de ses idées. Il y a vraiment des gens admirables et irréprochables.

Erwan Lahrer 18.11.10 3.JPG

Nous nous sommes quittés assez rapidement après l'entretien. Mon train de 18h24 à la Gare du Nord avait décidé de partir à l’heure. Je le savais. J’ai dû interrompre ce bon moment passé avec Erwan Larher. Et nous nous sommes promis de nous revoir très vite, avec Bertrand Guillot.

 

Sur le chemin du retour, je me suis juste dit que ce gars-là, j’aimerais bien m’en faire un copain.

 

C’est sûr.

 

Larher est humain.

 

Commentaires

J'suis bien d'accord, cher Mandor. Excellente interview.
(Dis donc, mille excuses, pas venue chez toi depuis un bail, ce qui ne veut pas dire que je t'ai oublié, juré-craché tout ça.)
(Erwan, désolée, on se croise tout le temps sur le ouèbe en ce moment, là j'ai pas fait exprès, juré-craché tout ça.)
...
(Oui, j'adore m'excuser. C'est vrai. Mille excuses.)

Écrit par : Sophie K. | 29 novembre 2010

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