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26 octobre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (4) : Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour "La petite Malika"

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Quatrième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, voici ma rencontre avec Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika (sorti aux éditions JC Lattès). Habiba est la sœur de Mabrouck et pour la première fois, ils ont écrit un livre à quatre mains. Je connais ces deux auteurs depuis longtemps. D’abord Mabrouck Rachedi que je rencontre à chacun de ses nouveaux livres (ici et ) et Habiba Mahany que Mabrouck m’a présenté lors de la sortie de Kiffer sa race ().

9782709635431.jpgPrésentation du livre :

 Dès 5 ans, Malika est repérée pour ses dons exceptionnels. Pour elle qui tient les comptes de la famille, les jeux de maternelle sont… enfantins. Comment s’épanouir dans un milieu sourd et aveugle à ses talents ? Avec une mère persuadée que « précoce » est synonyme de « grossesse précoce » et qui refuse que sa fille saute une classe. Trop mature pour ses copines, trop singulière pour les adultes, Malika cultive sa différence. A 13 ans, son destin bascule, lorsqu’elle se retrouve isolée dans une chambre d’hôpital. Entre la vie et la mort, elle découvre Nietzsche et la philosophie qu’elle expérimente avec un enthousiasme qui déborde parfois. 
Écrit à deux voix par des enfants de la banlieue, La Petite Malika est un roman plein de fraîcheur et de drôlerie qui évoque avec délicatesse la difficulté de grandir.

Présentation des auteurs sur la 4e de couverture :

Habiba Mahany à publié Kiffer sa race (Lattès, 2008). Mabrouck Rachedi, son frère, est notamment l’auteur du Poids d’une âme (2006) et du Petit Malik (2008), tous deux parus aux éditions Lattès.

Nous nous sommes donnés rendez-vous dans un bar de la Gare du Nord, le 8 octobre dernier.

 

33642_139777052735648_100001100610450_181892_5578698_n.jpgMandor : Au-delà des messages qu’il y a dans ce livre, je trouve qu’il y a beaucoup d’humour…

Mabrouck Rachedi : On aime faire les choses à contre-courant. Nous luttons à notre manière contre les clichés et les stéréotypes. Nous montrons aussi qu’on peut être drôle en banlieue. Être léger dans les moments les plus graves, on trouve ça intéressant. Notre angle est de désocioliser. Nous ne sommes pas des sociologues qui allons raconter notre vérité. L’humour fait partie intégrante de nos personnalités et donc forcément, nos héros nous ressemblent parfois. On aime rire, mais en règle plus générale, en banlieue aussi, on aime rire. Souvent dans les journaux, on se focalise sur le côté spectaculaire et dramatique. On veut faire comprendre qu’il n’y a pas que ça.

Mandor : Dans ce livre, on s’attache à tous les personnages. Du coup, je me suis découvert des points communs avec Malika et son entourage.

Mabrouck : Ce que tu dis est fondamental. Ce qu’il y a de formidable dans un livre, c’est que tu peux lire la vie des gens de tous les milieux, de tous âges et de toutes origines et s’identifier à eux. Dans notre cas, c’est peut-être que l’on a bien fait notre travail.

Mandor : Qui a eu l’idée de ce livre à deux ?

Habiba Mahany : C’est Mabrouck. Après son livre, Le Petit Malik, les gens lui demandaient une suite. Comme nous suivions sa vie de 5 à 26 ans, ils demandaient ce qui lui arrivait après… en plus, quand nous faisions des salons ou des interventions ensemble, les gens nous disaient : « C’est marrant, vous êtes frères et sœurs, quand allez vous écrire ensemble ? ». Nous, nous ne voulions pas écrire ensemble pour écrire ensemble, nous voulions un vrai projet. Mabrouck a donc eu l’idée de créer le pendant féminin du petit Malik. Il m’a donc demandé d’écrire avec lui cette histoire.

Mabrouck : Je ne me sentais pas, moi seul, de porter la voix d’une femme. Une fois que j’ai eu l’idée, je n’ai pas eu les moyens de la concrétiser. J’ai donc regardé à ma droite et je suis tombée sur Habiba… quelle coïncidence !

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 Le photographe Pierre Terrasson immortalise Mabrouck Rachedi sous le regard d'Habiba...

Mandor : Ce qui est troublant en lisant ce livre, c’est qu’il est impossible de déceler qui a écrit quoi. Pourtant, pour avoir lu l’ensemble de vos œuvres, je connais bien votre style respectif…

Mabrouck : Rassure-toi, nous non plus on ne sait plus ce que l’on a écrit.

Habiba : On en a tellement parlé pour savoir comment on allait procéder, on a tellement réécrit des passages de l’autre, tellement modifié, re modifié, que tout c’est mélangé !

Mabrouck : On ne compte plus les réécritures… c’était un processus très dynamique. A chaque version, il y avait amélioration, donc ce système d’échanges constants étaient très porteurs. Il y a du coup une unicité dans le style.

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Habiba Mahani sous l'oeil de Pierre Terrasson.

Mandor : Vous réfutez avec véhémence le terme d’ « écrivain de banlieue ». Vous ne voulez pas non plus être le représentant de la cause banlieusarde. Pourtant, vous n’écrivez que des livres dont l’action se situe dans ses citées.

Mabrouck : On veut surtout « être » que de « représenter ». Non, on ne parle pas de banlieue. Ce sont des lieux désincarnés. Nos histoires ont pour cadre des environnements urbains. Certes, on pourrait le faire dans des paysages montagneux…

Mandor : Pourquoi vous ne le faites pas, ça éviterait que les journalistes reviennent là dessus sans cesse ?

Habiba : Là, j’écris mon nouveau livre et je ne parle pas du tout de la banlieue. Mon premier roman se situait dans une citée parce que je me suis inspirée de ce que j’ai vécue plus jeune. Mais pour moi, c’était plus un roman sur l’adolescence que sur la banlieue. Si l’action se situait à Argenteuil, les gens qui habitaient à Perpignan ou à Toulouse s’y sont retrouvés quand même.

Mabrouck : Le danger, c’est d’être trop conformiste, mais aussi d’être anticonformiste. On n’a pas à prouver que l’on sait écrire dans un autre environnement. Tant que le sujet du livre est fort… pour le moment, nous nous sommes dirigés vers ce que nous connaissons le mieux. Comme Habiba, je suis en train d’écrire un livre qui n’a strictement rien à voir avec tout ça. Et puis dans « L’éloge des miséreux », je ne parle de la banlieue nulle part, tu le sais bien.

Mandor : Mais, malgré tout, vous acceptez d’aller faire des conférences sur la littérature de banlieue.

Mabrouck : Cela peut paraître paradoxal, en effet, mais si on les déserte, les autres iront à notre place. Le fait d’aller dans ses débats en disant qu’on ne veut pas être considérés comme des auteurs de banlieue, c’est aussi un moyen de créer le débat, d’enrichir la réflexion. On peut aussi vivre en banlieue, écrire sur la banlieue et ne pas être considéré comme un auteur de banlieue.  Nous sommes porteurs d’un certain message optimiste, apaisé, drôle.

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 Mandor est un sacré portraitiste... hum !

Mandor : Malika fait preuve de résilience par rapport à sa jeunesse, à l’endroit où elle a vécu…

Mabrouck : La résilience, Malika la montre dans son caractère, la façon qu’elle a de supporter toutes les épreuves qu’elle traverse.

Mandor : La fin que je ne peux évidemment pas évoquer ici est maligne…

Habiba : La fin s’est imposée à nous sans qu’on le veuille réellement. Naturellement au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire.

Mandor : Est-ce que vous vous sentez compris par vos lecteurs. Les messages passent-ils comme vous le souhaitez ?

Mabrouck : Nous, on ne se prétend pas être des diseurs de vérité.  Nous sommes justes des romanciers. On raconte des histoires, alors quand on nous raconte l’émotion ressentie, nous sommes les plus heureux du monde…

Mandor : Il y a un vieux papi très touchant dans le livre, j’en avais presque les larmes aux yeux.

Mabrouck : Ce papi est le lien entre le passé de Malika et son envie de transmettre vient de là. C’est aussi un hommage à nos grands-parents et à nos parents qui ont fait le sacrifice de traverser la méditerranée afin d’assurer un avenir meilleur à leurs enfants. Ils ont beaucoup pris sur eux, en silence avec beaucoup de dignité… c’est le minimum des hommages qu’on pouvait leur rendre.

Mandor : Est-ce que ce livre a éveillé en vous quelques souvenirs. A-t-il fait office de psychothérapie ?

Habiba : Dans l’écriture, il y a toujours une part de vraie, même si c’est de l’invention pure. Mabrouck: La famille que l’on a créée, on n’a pas voulu en faire un archétype. J’espère que ce livre peut changer le regard sur certaines personnes, que certains décrivent comme des racailles, des sauvageons, des trucs comme ça…

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Habiba Mahany, Mabrouck Rachedi et Mandor, le 8 octobre dernier.

Voici des extraits du livre par les deux auteurs eux-mêmes :

Mabrouck Rachedi a un blog… il est formidable, jetez-y un coup d’œil…

Commentaires

J'ai eu l'occasion de rencontrer Habiba lors d'un salon littéraire... Elle tout à fait charmante :-) Et puis François je te félicite pour l'énorme travail que tu fais pour permettre à chacun d'exister ;-)

Écrit par : Marie-Laure | 29 octobre 2010

Beau billet ! Et l'internaute attentif n'aura pas manqué de remarquer, au début de la vidéo, un duo de lecteurs très certainement venu au Sézam Café en métro...

Écrit par : Sophielit | 10 avril 2011

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