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16 octobre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (3) : Jérôme Alberola pour "Anthologie du rock progressif"

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Troisième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, rencontre avec Jérôme Alberola, le 1er octobre dernier pour Anthologie du rock progressif (chez Camion Blanc). Il est journaliste dans la presse spécialisée sur l’évolution économique et sociologique de l’habitat, mais aussi éditeur du magazine Culture Cuisine et directeur de Stay Free (Presse et conseil en médias). Nous nous sommes rencontrés dans les locaux de MusiqueMag pour évoquer son livre, une mine, une bible, véritable encyclopédie sur le rock progressif. Ce genre musical est considéré à juste titre par le spécialiste Paul Stump comme « le genre le plus consciemment adjectivé de toute l’histoire du rock avec les autres épithètes, art, cosmic, pomp, symphonic, barock… ». Le travail de Jérôme Alberola est considérable, fouillé, pointu, mais accessible à tous. 800 pages impressionnantes !

 

 anthologie2.jpgVoici la 4e de couverture de son Anthologie du rock progressif (voyages en ailleurs) :

 

Né à l’aube des années soixante-dix en réponse musicale aux espoirs soulevés par la croissance socio-économique et la conquête spatiale, le rock progressif est devenu l’un des genres les plus populaires de la planète. Ses figures de proue sont des géants connus de tous, tels Pink Floyd, Genesis, Yes ou King Crimson. Après sa traversée du désert dans les années quatre-vingt, il a connu, sous l’impulsion de Marillion, une expansion sans précédent dans tous les genres musicaux, de Mars Volta à Opeth, en passant par Muse. Pourvoyeur de mélodies raffinées ou emphatiques, et d’expérimentations audacieuses, il est depuis son origine le genre musical qui a le plus inspiré les autres styles, son étiquetage générique devenant caution de qualité. Déjà auteur d’une Anthologie du hard rock saluée par la critique, Jérôme Alberola analyse ce vaste mouvement et commente en détail les 160 disques qui en ont fait l’histoire de 1967 à 2009. Voici l’ouvrage le plus complet jamais réalisé en France, et peut-être ailleurs, « si belle somme », comme le décrit en préface Pierre Bordage, auteur le plus coté de la science-fiction française.

 

Interview (complétée avec l’aide de son ouvrage, pour être au plus proche de la pensée de l’auteur).

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Mandor : Avant cette anthologie du rock progressif, vous avez sorti une anthologie du hard rock. alberola-anthologie.jpgC’est une suite logique ?

 

Jérôme Alberola : La décennie glorieuse du hard rock, ce sont les années 80 et j’ai beaucoup écouté ce genre-là, quasi exclusivement d’ailleurs à cette époque. La meilleure culture musicale, on l’a en achetant des disques, en s’informant. Je lisais Enfer Magazine, Metal Attack, Hard Rock Magazine. C’étaient des magazines qui marchaient bien à l’époque, ils donnaient des données factuelles révélatrices. Mon livre sur le hard, c’est un hommage à cette époque et à cette musique là. Je voulais vraiment partager une passion. Le hard, c’est le premier genre musical au monde dans les années 80, si on cumule de tous les albums de hard vendus. Mon livre sur le rock progressif m’a paru effectivement une suite logique. J’en ai aussi beaucoup écouté et ça m’a permis de m’attacher au fait de la qualité musicale. Le prog, aujourd’hui, est nettement plus marginal, même si elle est super belle, sublime et sophistiquée. Le prog est né dans l’accompagnement, dans la croyance, dans la science triomphante.

 

Mandor : Justement, le rock progressif est arrivé quand ?

 

Jérôme Alberola : Comme tout le reste en ce monde sublunaire, la création musicale est le produit de son environnement. De manière plus générale, le monde des sixties est borné par deux évènements majeurs que sont, d’une part, la crise des missiles de Cuba (année de sortie du premier album des Beatles) et, d’autre part, le premier pas de l’homme sur la lune en 1969, le 21 juillet (soit quelques jours avant l’originel méga-concert hippie de Woodsock et quelques semaines avant la sortie de In the Court of the Crimson King de King Crimason, souvent considéré comme l’acte fondateur du rock progressif). J’explique dans mon livre quelles sont les conséquences de la progression économique enregistrée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la reconstruction qui s’ensuit en Europe (les Trente Glorieuses) sur le mouvement musical qui en est issu.

Mandor : Ecrire cette anthologie à été un travail fastidieux, je suppose.

 

Jérôme Alberola : Chaque chronique de disque fait deux à trois pages et je mettais au minimum six heures à l’écrire. Une heure pour écouter le disque, une heure pour réécouter en prenant des notes, le reste pour rédiger. J’ai commencé ce livre dans ma tête depuis des années.

 

Mandor : C’est quoi, pour vous, la définition du rock progressif ?

 

Jérôme Alberola : Il n’y a pas de définition, car c’est à la fois une musique très complexe, très large qui a cassé complètement les codes du rock, l’architecture dans la longueur des morceaux. Le progressif est spirituel. Sa vocation est de désincarner l’âme, au sens quasi-littéral, de faire sortir le mélomane de son carcan de chair, d’extraire l’homme de ses quotidiennes contingences matérielles pour l’élever au-dessus et l’emmener au-delà, dans des voyages en ailleurs spatio-temporels, afin de récolter les fruits rares des champs de tous les possibles, séjours mythologiques au verger des Hespérides.

 

Mandor : On associe cette musique avec des substances illicites. Les créateurs de ce genre musical et ceux qui les écoutent consommaient pas mal de drogues en tout genre, paraît-il…

 

Jérôme Alberola : Le recours à des substances psychotropes souvent associé au public fan ont conduit à identifier l’écoute planante ou onirique du rock progressif aux voyages astraux des sorties de corps, cosmiques pour les initiés. Il convient de préciser que cette musique constitue les meilleurs vecteurs et viatiques pour les réaliser.

Mandor : Le rock progressif est le seul rock qui n’est pas né, ne s’est pas développé en opposition à un contexte sociétal jugé négatif ?

 

Jérôme Alberola : Au contraire, même. Sa vocation initiale a été de s’inscrire pleinement dans son environnement avec la volonté d’aller plus loin dans la voie engagée, qu’elle soit concrète ou perçue. Certes, les premières formations du genre, issues directement ou inspirées du mouvement psychédélique, entendent proposer des alternatives au monde réel, mais celles-ci sont progressistes, incrémentales, voire sublimant la situation existante, mais non pas en rupture. On rêve alors d’une révolution qui soit la finalité d’une évolution amorcée et non pas la reconstruction après annihilation d’un mauvais système en vigueur. On ne tend pas vers le grand soir, mais vers les beaux jours.

 

Mandor : Pour découvrir le rock pro, vous conseillez quels groupes?

 

Jérôme Alberola : Pour commencer deux albums des Pink Floyd,  Wish You Were Here et Meddle. Les premiers Génésis, période Gabriel dont Foxtrot, un chez d’œuvre. Enfin, Yes avec Close to the Edge… Dans les années 80, il y a eu le renouveau du prog et là, je conseille tous les albums de Marillion. Ce groupe a fait progresser ce genre musical plus que quiconque. Le prog est devenu une pop progressive classieuse sans rien retirer des codes originaux du rock. Marillion est le groupe, tout genre confondu, le plus mélodique de l’histoire du rock. Ils ont eu les deux plus grands chanteurs (Fish et Steve Hogarth). Aujourd’hui, je conseille Opeth, du death metal progressif sublime et Dream Theatre, Birdfish, The Mars Volta et enfin Spock’s  Beard.

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Jérôme Alberola et Mandor, le 1er octobre 2010.

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