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09 octobre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (2) : Pierre-Emmanuel Scherrer pour "Desert Pearl Hotel"

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Deuxième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, c’est Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel (La Table Ronde) qui m’a fait le plaisir de boire un coup avec moi, dans un bar (pas vraiment « hype ») à côté de mon travail… cela faisait un moment que nous envisagions une rencontre. Merci à lui de m’avoir facilité la tâche, ce 4 octobre, parce qu’en ce moment, ça devient duraille d’allier mes activités « rémunératrices » (et néanmoins passionnantes) et mes rencontres pour ce blog.

(Je ne précise d’ailleurs absolument pas que, débordé et ayant mal géré mon emploi du temps du jour, j’ai posé un lapin à Pierre-Emmanuel quelques heures plus tôt… je lui présente toutes mes excuses officielles.)

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Pour commencer, voici la deuxième de couverture : 

portrait Pierre.jpgPour Pandora Petersen, il n’y aura pas de Noël en famille. Doris, sa mère, vient d’être enterrée. Ellroy, son père et Tom, son frère, ont regagné l’Idaho. Dans son appartement de Los Angeles, la jeune femme rumine son chagrin jusqu’à ce qu’elle reçoive une lettre de condoléances glissée dans une gerbe de lys – les fleurs préférées de Doris. Son auteur, un certain Gil Sanders, conseille à Pandora de prendre contact avec Rebecca, une amie de sa mère, qui aurait, laisse-t-il entendre, des révélations à lui faire. Pandora ne supporte pas de se voir dicter sa conduite. Mais elle finit par appeler Rebecca Hamilton, qui l’invite à passer quelques jours chez elle, à Santa Fe. Au volant de sa Honda délabrée, la jeune femme entame un étrange voyage en forme de jeu de piste. Messages sybillins, rencontres tour à tour inquiétantes et cocasses ponctuent sa route. De motels miteux en snacks déserts, de serveurs taciturnes en pompistes tatoués, d’embouteillages urbains en tempêtes de neige, elle se rapproche, sans le savoir, d’un secret bien gardé. 

 

L’auteur :

 

Pierre-Emmanuel Scherrer est né en 1976. Il vit à Toulouse, où il exerce la profession d'avocat. Co-fondateur en  2003 d’Anabase, il part aux États-Unis en 2007 avec son groupe de musique pop pour une traversée d’est en ouest, de New York à San Francisco. Des chansons naissent de ce voyage, puis Desert Pearl Hotel, son premier roman.

Ici, le site de la BO du livre...

 

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Mandor : Musicien, écrivain, avocat. Une triple vie, ça s’organise ?

 

Pierre-Emmanuel Scherrer : C’est comme dans les romans de James Ellroy où les types sont à la fois agent de la CIA et agent de la Mafia. Moi, je fais avec le même sérieux toutes mes activités. Je tente d’être rigoureux dans la musique et la littérature et un peu funky dans le droit. Le droit, c’est mon activité de jour et le reste, ma double vie de la nuit. Dans le cerveau, il faut juste compartimenter tout ça.

 

anabase.jpgM : On se rencontre pour évoquer ton livre, mais il faut préciser que ta passion première est la musique…

 

P-E S : Même si j’ai toujours voulu écrire, j’ai commencé par faire de la musique. J’ai commencé avec Clara, l’aventure d’Anabase en 2003. Anabase, je le précise, est le groupe de musique qui a signé la BO du livre. Ce groupe tourne en indé avec des moyens plus que raisonnables. On est allé voir pas mal de maisons de disque pour développer le projet. Elles étaient assez réceptives, mais avaient du mal à nous mettre dans des cases. Elles ne savaient pas si c’était de la chanson française, de la variété, du rock, de la pop… donc, résultat, nous sommes restés indépendants. Avec notre 2e album, Le bonheur flou, on a fait pas mal de scène…

 

M : Anabase a donc composé la bande originale du livre…

 

P-E S : Au début, on voulait simplement faire un album sur les États-Unis. Clara et moi, on a traversé les États-Unis en 2007, de New York à San Francisco dans le but de rencontrer Clint Eastwood. Si nous sommes allés dans son ranch et avons rencontré son compositeur, nous n'avons pas vu le comédien réalisateur… le personnage est insaisissable. C’est un type qui se cache. Il ne veut répondre à aucune sollicitation, sinon, il ne ferait que cela. On voulait faire un album sur une fille qui avait envie de se perdre dans les grands espaces et en même temps, dans les yeux bleus de Clint Eastwood. En faisant cette traversée, on a créé un personnage qui s’appelle Pandora Peterson. Je photographiais dans les motels Clara déguisée en Pandora. On captait une sorte d’ambiance esthétique pour capter, par ce biais, un univers visuel. Ce disque aurait dû être un concept album avec une fille que l’on retrouve de chanson en chanson, avec une histoire développée dans un livret. Pour des raisons de coûts assez importants, nous avons abandonné l’idée. De plus, l’histoire débordait du cadre initial et a pris plus d’importance que la musique. Au final, le livre est le support principal autour duquel nous avons créé la musique. Actuellement, on continue à écrire la musique, c’est un projet évolutif.

 

clara lit.jpgM : Sur scène, du coup, il y a des lectures du livre…

P-E S : Oui, on a à la fois des lectures proprement dites, des lectures musicales, des chansons classiques et des instrumentaux. Il y a toute une panoplie de possibilité qu’on essaie de développer sur scène. Avec ce concept, on commence à intéresser des libraires et des festivals de littérature. Ca donne une promo un peu décalée au livre et au disque correspondant, en vente sur internet.

 

 M : C’est un road movie. Il y a donc beaucoup de scènes qui se déroulent sur la route (lapalissade !). Il y a beaucoup de neige, de bouchons, de routes dont le décor ne change que très très lentement, de serial killers, en vrai ?

 

Il se marre.

 

 P-E S : Le coup du serial killer, c’est pour pasticher la littérature américaine et le cinéma américain. Dès que tu vois une fille seule dans une voiture dans les films américains, tu as tout de suite une musique angoissante et tous les clichés déboulent. Moi, je me suis amusé à distiller des fausses pistes.

 

M : Y a-t-il dans ce livre des souvenirs qui te sont réellement arrivés ?

 

P-E S : Aucun. Les seuls trucs persos qu’il y a dans ce livre sont certains lieux où on est passé. Notamment au dessus de Santa Fé où il y a toute une région désertique. Ces routes, tu les as tellement vues au cinéma qu’elles peuvent vraiment t’inspirer.

 

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M : Il est question des rapports filles-mères dans ce roman.

 

 P-E S : Au début du livre, Pandora perd sa mère. Avec Clara, on a eu ensemble cette idée, la veille de son accouchement de notre petite fille et nous allions enregistrer notre chanson Stabat Mater. Quand on est sur le point d’avoir un enfant, on a un sentiment très fort de filiation qui se crée. Je pense qu’il n’y avait pas de hasard sur le fait de capter les sentiments qu’avait Pandora vis-à-vis de sa mère.

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M : Comment écris-tu ?

 

P-E S : J’écris sans plan. J’avais envie de me laisser porter par les évènements qui arrivaient à mon héroïne à mesure qu’elle conduisait. Je voulais qu’elle me surprenne moi-même pour parvenir à surprendre moi-même le lecteur.

 

 avocat.jpgM : Tu t'adonnes à cette activité depuis longtemps ?

 

P-E S : J’ai écrit pas mal jusqu’à l’âge de 28 ans et je me suis aperçu que j’écrivais sous perf’. J’étais très inspiré de mes auteurs préférés. Bataille, Houellebecq et pas mal d’auteurs américains. Quand je me suis rendu compte que mon écriture était un peu sous influence, j’ai posé le stylo pour réacquérir mon propre style. Je voulais trouver une impulsion qui venait de moi et pas être dans la répétition de ce qui avait déjà été fait. J’ai recommencé à écrire il y a deux ans avec ce projet là. J’ai essayé d’avoir une voix, un ton particulier dicté par le personnage principal du roman.

 

M : Ton héroïne, Pandora est malheureuse, un peu paumée…

 

P-E S : Elle ne maîtrise plus rien du tout dans l’histoire qu’elle vit. Je n’ai pas voulu la rendre sympathique. Elle a côté mytho, paranoïaque. C’est intéressant de triturer ses personnages, non pas dans la laideur, dans la vérité de l’être humain qui n’est jamais tout beau ou tout laid. Une belle personne peut avoir quelques dévoiements. J’aime rentrer dans les petits travers que l’on a finalement tous.

 

36360_396943782990_600577990_4258567_3172349_n.jpgM : La Maison d’édition La Table Ronde a accueilli comment ton livre ?

 

P-E S : Je l’ai envoyé par la poste et ils m’ont rappelé très rapidement. Mes deux éditrices, Alice et Françoise  ont eu un vrai boulot éditorial et littéraire. Elles m’ont fait retravailler certains passages. Pour autant, ce n’était pas non plus laborieux.

 

M : Ton livre est sorti en pleine rentrée littéraire, qu’en penses-tu ?

 

P-E S : Je suis noyé par les baleines de l’édition. J’ai fait confiance à la maison de disque… je pense que c’était un bon choix. Pour un premier roman, la rentrée littéraire, ça donne un peu le frisson. Bon, j’ai eu un peu de presse. pierre concert.jpg

 

M : Élogieux, les articles, dis donc. Le Monde notamment a eu un vrai coup de cœur.

 

P-E S : Oui, ça me fait plaisir… c’est le genre d’article qui incite à continuer.

 

M : Ma question idiote à laquelle tu n’échapperas pas. Aimerai-tu vivre de ta plume et uniquement ?

 

P-E S : Évidemment, mais à moins d’être best-seller systématique, ce ne doit pas être si confortable que cela. Les écrivains de métier doivent avoir une sacrée pression. Ils doivent connaître la fameuse peur de la page blanche. Avoir un autre métier permet de libérer une soupape. Moi, j’écris de manière quotidienne, mais parcimonieusement.

 

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Pierre-Emmanuel Scherrer et Mandor, le 4 octobre 2010...

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