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30 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (9) : Ingrid Desjours pour "Potens"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, Laurent Brard pour Les fils des brûlés, Amédée Mallock pour Le massacre des Innocents, Harold Cobert pour L’entrevue de Saint-Cloud, voici ma neuvième invitée, Ingrid Desjours pour Potens.

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4e de couverture :

« Trop d’intelligence rendrait-il inhumain ? Potens fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup de sang aussi.
À la suite du meurtre barbare de Charlotte, une de ses membres les plus dépravées, Potens se retrouve dans la ligne de mire de la psycho-criminologue, Garance Hermosa. Club pour ses surdoués, Potens est souvent décrit comme un repaire de génies asociaux et névrosés, parfois décrié et accusé de véhiculer des idéaux eugénistes.
Infiltrée dans le club, la jeune femme défie un assassin aussi habile que manipulateur. Exercice d’autant plus périlleux qu’un évènement tragique la renvoie à un passé qu’elle aurait préféré oublier…
Potens : l’intelligence, c’est d’en sortir. Vivant.

Après Écho, Ingrid Desjours signe un deuxième thriller machiavélique qui vous conduira là où votre imagination n’aurait jamais osé s’aventurer. »

 

Son site officiel va plus loin dans la présentation : Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en sexo-criminologie. Après avoir pratiqué en Belgique auprès de criminels sexuels, elle anime aujourd’hui des conférences sur la psycho-criminologie et la criminalité d’entreprise.

 

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Ingrid Desjours était la quatrième (et dernière) auteur(e) de la collection Nuit Blanche de chez Plon que je n’avais pas encore rencontré cet été… voilà qui est fait. C’était le 24 août dernier dans la brasserie située à côté du Grand Rex. J’avais un peu d’appréhension parce que la demoiselle a un passé professionnel assez impressionnant (enfin, moi, ça m’impressionne) et je l’ai aussi vu plusieurs fois à la télé pour parler de sa condition de surdouée.

 

Une psychologue surdouée… je me suis bêtement dit que cette femme allait me disséquer et me cerner en deux temps, trois mouvements. Il est gênant d’être complètement nu devant une inconnue. Je suis un homme pudique.

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Mais quand nous nous sommes installés à « notre » table, elle m’a immédiatement avoué qu’elle m’avait googlelisé et qu’elle avait du mal à se dire qu’elle allait devoir s’adresser à un poêle à bois et a des chutes d’eau du Machu Picchu. Ça m’a fait sourire. En évoquant mon blog, elle a ajouté en se marrant: « Passer après Clara Morgane, ça met une sacrée pression ! ». Ensuite, nous avons évoqué le régime Dukan que je suis à la lettre depuis 3 mois. Elle me donne des conseils, des précisions non dénuées d’intérêts sur ce régime, comme deux bons vieux amis qui se retrouvent et qui parlent de choses parfaitement futiles. J’ai devant moi une femme souriante et drôle. Si son ancien métier consistait aussi à faire baisser les armes de l’âme aux personnes à qui elle s’adresse, Ingrid Desjours est très forte à ce jeu-là. Très très forte parce que je ne me suis plus vraiment méfié. Je le sais, parce que je fais la même chose quand je dois interviewer quelqu’un. La personne en face de moi doit se sentir à l’aise, dès la poignée de main. J’ai toujours considéré que c’était ainsi qu’on obtenait le meilleur des autres.

 

Allez, magnéto !

 

- C’est déjà ton deuxième polar. Les choses sont allées très rapidement pour toi, non ?

 

- J’ai toujours beaucoup écrit dans ma vie, et ce, depuis ma prime jeunesse. Pour être sincère, j’ai toujours rêvé d’être écrivain, j’ai même commis quelques pièces de théâtre. Un jour, j’ai complètement arrêté d’écrire parce qu’un proche m’avait dit que ce que j’écrivais n’était pas bien, ça m’a cassé les ailes. Et puis, j’ai rencontré mon éditeur Denis Bouchain. Lui était intéressé par mon métier et voulait que je mette en avant une profileuse dans un polar. J’ai étais abasourdie que quelqu’un me fasse confiance à ce point. Il était persuadé que je pouvais arriver jusqu’au bout…Moi, je n’avais jamais lu ce genre littéraire là, mais on ne refuse par une telle proposition ! Qu’une maison d’éditions comme Plon s’intéresse à moi, était une chance inouïe. Je me suis donc lancée dans l’aventure et une semaine plus tard, je lui ai envoyé quelques pages… et nous avons signé. C’était les prémices d’Écho.

 

- Il paraît que tu n’avais jamais lu de polar avant que Denis Bouchain te demande d’en écrire un.

 

- Je ne connaissais pas du tout les codes de ce genre littéraire. Il m’était cependant évident qu’il ne fallait pas pas prendre le lecteur pour un idiot et que j’allais devoir me mettre en danger. En lui donnant, pour cela, la possibilité d’enquêter lui-même grâce à des indices disséminés avec parcimonie. A mon avis, un auteur doit donner au lecteur la possibilité de comprendre avant son enquêteur.

  

echo-thriller-ingrid-desjours.jpg- Dans Écho et Potens, moi, je n’ai pas découvert l’assassin très vite. Tu m’as bien baladé, je te remercie. Parlons des personnages principaux. La psycho-criminologue Garance Hermosa et le commandant Patrik Vivier. Ils sont extrêmement doués dans leur métier respectif, mais très peu pour les relations sociales et les rapports humains.

 

- Ce n’était pas calculé, mais il est vrai que je n’ai rien fait pour qu’ils soient sympathiques ou attachants. Garance, par exemple, les femmes qui m’en parlent la détestent souvent, alors que les hommes l’aiment bien. C’est vrai qu’elle couche avec tout ce qui bouge… Quoi qu’il en soit, les deux personnages se sont imposés à moi pendant l’écriture… au final, je les trouve cohérents avec eux-mêmes… et j’ai beaucoup de tendresse pour eux.

 

 - J’ai lu quelque part que lorsque tu écrivais, tu rentrais dans une espèce de transe.

 

- J’ai en tout cas l’impression d’être dans un état de grâce, de conscience modifiée et que je touche dans ces moments-là ce qu’est la création. Avant même d’écrire, d’ailleurs. L’inspiration me vient très souvent lorsque j’assiste à un concert. J’ai remarqué ce phénomène plusieurs fois, ça me tombe dessus et je n’y peux rien : histoires et personnages s’imposent à moi. Les dernières fois, c’était aux concerts de Pete Doherty, de Benjamin Biolay et de Miossec. C’est limite du chamanisme.

  

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- Tu travailles de quelle manière pour structurer un roman ?

 

- J’ai un squelette, une idée de base, des personnages avec des traits principaux et des caractères que j’affine en me figurant leur enfance et la relation avec leurs parents. J’ai un mode d’apprentissage par imprégnation. Je fonctionne par empathie avec mes personnages. Ils sont  une part de moi et en même temps très différents. Je les place dans un environnement donné et après ils évoluent selon s’ils se rencontrent, selon ce qu’ils vont se dire… ils m’échappent parfois, ils ont leurs propres vies

 

- C’est un peu de l’écriture automatique ?

 

- Oui et non. On n’est jamais dans une totale inconscience non plus, mais j’ai l’impression d’être comme un médium. Je perds la notion du temps et les idées sortent, sortent, sortent et puis à un moment, je deviens comme une voiture qui n’a plus d’essence, ça toussote, ça avance moins vite. C’est comme si la source se tarissait. Jusqu’à la prochaine fois.

  

 

- Garance exerce le métier que tu as exercé. Ton vécu comme psychologue spécialisée en sexo-criminologie t’a donné des idées ?

 

- Pour Écho, je me suis inspirée d’un cas auquel je me suis trouvée confrontée. Alors mon métier m’a certes changée, imprégnée et je m’en servirai toujours d’une façon ou d’une autre, mais pas uniquement. Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le passé, et ce que j’observe au quotidien est une incroyable source d’inspiration. Je préfère m’en servir et m’inscrire dans une écriture plus instinctive, sensitive.

 

- Tu t’intéresses au basculement du bien vers le mal ?potens_1.jpg

- Ce qui m’intéresse c’est à la fois le pourquoi et le comment. Je me pose la question du déterminisme des choses, c’est d’ailleurs en filigrane dans Potens. Est-ce qu’on a un vrai libre arbitre ou est-ce que finalement tout n’est déterminé que par la somme de nos actions et par nos conditionnements. Comme beaucoup de personnes, j’ai à la fois une répulsion et une fascination pour tout ce qui est dans l’excès et dans les moments ou on bascule vers des actes odieux et irrémédiables.

 

- Dans Écho, l’intrigue se déroulait dans le milieu de la télé… enfin, il en était beaucoup question en tout cas. Pourquoi ce milieu ?

 

- En fait, l’univers des apparences m’intéresse par ce qu’il cache. Je ne peux ni ne veux me contenter de ce qu’on nous montre. Le monde de la télévision n’est que contrôle de l’image. J’aime soulever le voile et regarder quand la caméra est éteinte, quand on me montre une autre direction, pour comprendre, avoir les clés.

  

P1030525d.jpg- Garance, en tout cas, est brut de pomme comme femme. Elle ne porte pas de masque.

 

- Elle se dévoile beaucoup, et même quand elle croit se camoufler elle ne fait que crier des choses. Le choix du masque que l’on porte est très révélateur. Garance montre son côté narcissique, son besoin intense de séduire. Il y a une faille quelque part pour qu’elle ait besoin de surjouer, pour qu’elle soit dans la séduction permanente.

 

- Tu es surdouée, Potens évolue dans cet univers, tu en parles à la télé chez Michel Cymes… c’est paradoxal parce que je sais que tu n’aimes pas évoquer cet aspect là de toi.

 

- Je déteste cela tu veux dire. Et pourtant, effectivement, je viens en parler à la télé. Je veux dédramatiser et démystifier surtout. Le terme surdoué ne veut rien dire. Surdoué en quoi ? J’ai fait des tests et mon QI est supérieur à la moyenne. À la bonne heure, j’en fais quoi après ? On ne mesure pas la valeur d’un homme, ni même son intelligence, à son QI.

 

 

 - Y aura-t-il un troisième volet avec les mêmes personnages.

 

- Le 3e est en préparation, mais il sera un peu différent des autres. Pour tout te dire, il y en aura même un quatrième. Garance reviendra, c’est sûr !

 

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Nous avons parlé bien plus du livre Potens, mais après réflexion, j’ai décidé de ne pas trop rentrer dans les détails ici… pour que vous, lecteurs, ne soyez pas trop aiguillés dans un sens qui trahirait l’intrigue.

 

(Ne me remerciez-pas, c’est tout à fait normal !)

 

Il n’en reste pas moins que cette interview placée sous les signes bien distinctifs des gambas, des allergies aux chats, des tueurs en série, de l’explication de texte, de l’écriture, de l’humour et de la franche camaraderie fut bien agréable. Si Ingrid Desjours est impressionnante, elle est aussi fort attachante. Un plaisant mélange qui donne un goût de récidive.

26 août 2010

Morgan Manifacier: le nouveau petit prince de la folk music !

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2849_186138265603_50757545603_6749724_3579900_n.jpgParc M : 16h

-Excusez-moi messieurs dames ! Pouvez-vous me montrer votre autorisation de tournage ?

-Euh… autorisation de tournage… non. Pourquoi, il faut une autorisation de tournage ?

-Oui monsieur. Comme dans tous les parcs.

-Et bien, je n’ai pas d’autorisation de tourner. Que fait-on ?

-Vous filmez quoi et c’est pour quelle chaîne ?

-Nous filmons ce monsieur, là, devant vous, qui tient un micro. C’est un chanteur. Nous faisons parti d’un site internet consacré à la musique et nous faisons des interviews d’artistes, souvent à l’extérieur.

-Ici, c’est interdit monsieur, si vous n’avez pas d’autorisation de la mairie de Paris.

-Bon, OK ! On fait quoi, monsieur ?

-Donnez-moi votre nom, celui de votre société avec l’adresse et votre numéro de téléphone. n50757545603_3383252_8038.jpgEnsuite, vous pourrez continuer.

-Pourquoi faire ?

-Je fais un rapport à mes supérieurs et ils transmettront à la mairie de Paris.

-Et ?

-Et quoi ?

-Bon, je résume. Une fois que le rapport est rédigé, donné à vos supérieurs, transmis à la mairie de Paris, que se passe-t-il ?

- …

l_662901e659054e68a9a923190f63d808.jpg-On risque quoi, je vous demande ?

-Pfff… je n’en sais rien.

-Une amende ?

-Je ne sais pas. 

-Alors, pourquoi vous nous permettez de tourner, si on risque une amende.

-Ben, vous faites ce que vous voulez, moi je fais un rapport.

-Si je comprends bien, vous ne savez pas si on risque une amende ? Dites-moi monsieur, vous avez un joli talkie-walkie. Vous pourriez peut-être vous renseigner…

-Oui. Je vais faire ça.

-Allo, c’est Pierre, là. Il y a des gens qui veulent filmer près du kiosque à musique, mais ils n’ontn50757545603_3383270_1343.jpg pas d’autorisation. C’est pour un site musical.

-bla bla bla bla bla bla…

-Alors ?

-Ben, il ne sait pas. Il se renseigne…

5 minutes plus tard.

-Scriiiinch scrounch scraaach

-Pierre, j’écoute.

-Bla bla bla bla bla bla…

-OK ! Je leur dis. Bon, vous pouvez filmer.

-Ah, super !

20260_290787277579_756142579_3299430_5100798_n.jpg-Je vais juste prendre votre nom, celui de votre société avec l’adresse et votre numéro de téléphone.

-Pourquoi faire?

- Je fais un rapport à mes supérieurs et ils transmettront à la mairie de Paris.

-Ah bon, alors, on revient au même point.

-Nos supérieurs hiérarchiques ne sont pas là, alors, je vais juste prendre votre nom, celui de votre société…

-Avec l’adresse et mon numéro de téléphone, OK ! J’ai compris.

Me tournant vers l’artiste, son attachée de presse et mon caméraman, je dis :l_593911cabadef999c8b933acdee29de0.jpg

-Allez, on décampe !

Ainsi, nous nous retrouvons à la Cité Universitaire. Nous savons qu’il y a là un magnifique jardin.

Nous nous posons enfin, Morgan Manicier garde son sourire, trouvant la situation cocasse…

La caméra quasi enclenchée, nous voyons arriver à la vitesse de la lumière un policier en vélo.

-Hep !

Je regarde tout le monde l’air dépité. « Non ! Cela fait 20 ans que je fais des interviews en extérieur, je n’ai jamais eu de problèmes. Là, en une après-midi, deux fois le même gag. Je vous la fais courte. J’ai dû aller voir la sécurité qui m’a envoyé à l’accueil qui m’a envoyé au service communication qui était en vacances. Donc. Pas de tournage à la Cité Universitaire.

Je prends donc la décision de revenir au Parc M et de faire le tournage en douce.

Ce que nous avons fini par faire…

Je passe les trains qui passent en faisant un bordel insensé juste au moment où nous avons entamé l’interview…

Bien, revenons au sujet principal de cette note.

(Parce que ça va les digressions, bordel !)

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 Petit briefing avant interview (et avant interruption).

C’est notre Sabine nationale, (dite Swann), qui nous a organisé cette rencontre au sommet avec Morgan Manifacier, ce jeune song writer de 20 ans, originaire du sud de la France, mais qui vit en Californie depuis 4 ans. Il est passé en coup de vent dans la capitale, le 18 août dernier. L’occasion pour lui pour évoquer son deuxième album Grande, ainsi que sa conception de la musique. Morgan Manifacier joue une musique douce, mélancolique et nostalgique sur une voix aérienne et des textes sombres et beaux à la fois (ici, son MySpace). Il nous en a d’ailleurs fait la démonstration en nous interprétant un extrait de ce deuxième album. Morgan Manifacier nous a offert  son  morceau The Lines, version « en pleine nature », avec cascade en fond sonore. Une parfaite réussite. Retenez bien son nom : Morgan Manifacier.  Ce musicien et compositeur hors-pair devrait aller très loin. C’est en tout cas, tout le mal que je lui souhaite.

Voilà quelques clichés pris au Parc M. de Paris.

Commençons avec l'interview...

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La session acoustique...
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Au centre, Sabine "Swann", en pleine méditation à l'écoute de la musique de Morgan Manifacier...
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Enfin, la photo finale de circonstance...
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Pour mieux connaître l'univers de Morgan Manifacier...
"If You Have a Violon"
   
 
"Moncale"

                                                                   "My Body"

22 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (8) : Harold Cobert pour "L'entrevue de Saint-Cloud"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, Laurent Brard pour Les fils des brûlés, Amédée Mallock pour Le massacre des Innocents, voici mon huitième invité, Harold Cobert pour L’entrevue de Saint-Cloud (Editions Héloïse d’Ormesson).

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couv-entrevue.jpgRésumé du livre :

« Ce roman prend place au cœur de la Révolution, lors de l’entrevue secrète entre Marie-Antoinette et Mirabeau, le 3 juillet 1790. À travers ces deux figures, deux mondes se font face : la révolution et la monarchie, l’avenir de la France et son passé. Cette rencontre apparaît comme la dernière chance pour la royauté de sauver la mise, le dernier espoir pour le pays d’éviter la Terreur. Le prestige et le pouvoir de la reine sont au plus bas, ceux du charismatique tribun n’ont jamais été aussi hauts. Tout devrait les unir et les rassembler, mais l’échange vire à l’affrontement et au règlement de compte personnel. L’Autrichienne ne se laisse pas convaincre par l’éloquence du comte renégat, élu du tiers-état, et refuse l’idée d’utiliser à son profit les bouleversements révolutionnaires. Le livre ne peut que se conclure tragiquement, sur la mort de Mirabeau et l’exécution de la reine.

 

L’auteur :

Harold Cobert est né à Bordeaux en 1974. À la suite de sa thèse, Mirabeau, polygraphe : du pornographe à l’orateur politique, il a publié un essai consacré à Mirabeau, le fantôme du Panthéon et un premier roman, Le Reniement de Patrick Treboc (2007). Un hiver avec Baudelaire, paru chez Eho en 2009, a rencontré un vif succès. Harold Cobert écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision. »

Une fois n'est pas coutume, l'entretien s'est tenu dans la brasserie placée à côté du Grand Rex.

 

 

9782709628600.jpgMandor : Tu te souviens que, même s’il était bien écrit, je n’avais pas trop aimé ton précédent livre Un hiver avec Baudelaire, mais c’était juste parce que le thème abordé m’a sans doute fait peur… par contre, j’avais chroniqué ton génial Reniement de Tréboc.

 

Harold Cobert : Oui, tu l’avais gentiment classé dans ton journal dans « Les incontournables ». Je te remercie d’ailleurs.



 M : Pour en revenir à Un Hiver avec Baudelaire, es-tu étonné du succès qu’il a rencontré ?un-hiver-avec-Baudelaire.jpg

 

 H.C : Ce n’est pas non plus le délire en termes de ventes, mais les critiques dans la presse et surtout celles des lecteurs m’ont fait du bien. Il y a un côté rassurant. En grand format, on en a vendu 6000, à France Loisirs il y a deux mois, on en était à 14.000 et en Allemagne, il est sorti la semaine dernière. 1er tirage 15.000 exemplaires. Les Allemands sont très intéressés par ce livre, je ne comprends pas pourquoi.

 

M :  Ce sont, en tout cas, deux romans contemporains. Que nous vaut cette plongée dans une tranche de vie de l’histoire ?

  

H.C : Mon éditrice Héloïse d’Ormesson dit de ce livre que c’est « un roman en costume ». Il y a une nuance… (sourire)

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M : Pourquoi as-tu choisi de raconter la rencontre entre Marie-Antoinette et Mirabeau ?

 

H.C : Parce que cette entrevue permet de faire le lien avec mes deux romans précédents. J’ai l’impression que les trois livres réunis forment une trilogie. A chaque fois ce sont des histoires de vies et de destins qui basculent complètement. Tréboc devient criminel par accident et de là, il devient une star de la télé… c’est une satire de la société du spectacle. Baudelaire explique le processus de rapide désocialisation et comment on passe de « l’autre côté ». Enfin avec ce nouveau livre, j’ai voulu montrer comment la petite histoire entre deux personnes fait basculer la grande histoire. Là, deux mondes se font face : le passé et l’avenir, l’histoire ancienne et l’histoire en marche, la monarchie et la Révolution. En tout cas, je tente de faire en sorte que mes livres aient toujours une valeur sociale ou sociétale.

 

M : Les thèmes abordés dans ton livre sont très modernes. Ils se juxtaposent parfaitement avec le monde d’aujourd’hui.

 

H.C : De plus, tout ce que Mirabeau écrit à la Reine est véridique. Je n’ai rien transformé. Si ça à l’air moderne, c’est peut-être aussi parce que la Révolution Française est un évènement encore moderne… actuellement, on baigne tout à fait dans cette époque là. Mirabeau, lui, avait parfaitement compris l’importance de l’opinion publique, l’importance de la manipulation par la presse, l’importance pour la première dame de France de suppléer le roi et/ou le président dans l’exercice de proximité. En ce moment, ça ne t’a pas échappé, nous sommes légèrement en crise. Il ne faut pas oublier que la Révolution commence quand les caisses de l’État sont vides. Je dis ça, je dis rien ! A cette époque, les aristocrates sont plus soucieux de jouir de leur droit que d’assumer quoi que ce soit. Ils se paient sur la cassette de l’état en permanence…. J’en passe et des meilleurs. Je trouve donc intéressant d’aller revisiter nos fondamentaux. Ce que j’apprécie dans l’Histoire, c’est quand elle nous apporte un éclairage sur le monde d’aujourd’hui.

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M : Le 18e siècle, c’est aussi la lutte contre l’obscurantisme religieux. Il en est question dans ton livre.

 

H.C : Oui, il s’agissait de séparer l’Église de l’État et que la religion reste dans la sphère privée. Aujourd’hui, la religion fait un retour très inquiétant dans la sphère publique. Il y a des débats ridicules sur notamment la burqa et sur l’identité nationale.

 

M : Comment as-tu « rencontré » Mirabeau ?Mirabeau NB.jpg 

 

H.C : J’avais 22 ans. J’ai fait ma maîtrise, mon DEA et ma thèse sur lui. Je suis très « Sollersien ». Sollers connait parfaitement le 18e siècle, le siècle le plus contemporain et le plus moderne qui soit. Ce qui m’intéresse chez Mirabeau, c’est son côté ultra moderne. La monarchie constitutionnelle qu’il souhaite ressemble beaucoup à la 5e République, avec notamment le pouvoir régalien pour le président. Il avait déjà anticipé tous les risques qu’il y allait avoir avec la 3e et 4e République. Ce qui m’a ému aussi chez lui, c’est que c’est un type avec un destin raté. La révolution était enfin un évènement à sa mesure et quand il va peut-être réussir, il meurt. Pire encore, déclaré traître à la nation, le cadavre de Mirabeau est retiré du Panthéon pour être enterré anonymement dans le cimetière de Clamart. 

 

M : Pourquoi Marie-Antoinette accepte-t-elle ce rendez-vous ?

 

H.C : Mirabeau sollicite une entrevue depuis un an. À ce moment là de l’histoire, Mirabeau est devenu tellement puissant qu’elle n’a pas d’autres choix que d’accepter. Quant à Mirabeau, il veut rencontrer Marie-Antoinette, car il sait que le roi est d’une indécision chronique et qu’elle, en revanche, a un caractère assez trempée. Elle seule peut insuffler quelque volonté au monarque, lui faire prendre de bonnes décisions, des décisions, et le contraindre à s’y tenir. Comme je l’écris, « la Première dame du royaume doit regagner sa popularité en allant à la rencontre du peuple, en se montrant comme le faisait jadis sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse ». S’il arrive à la convaincre, elle persuadera le roi, ainsi la monarchie sera sauvée de la tempête qui menace de l’entraîner dans l’abîme.

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M : Malgré la joute verbale que tu écris entre les deux protagonistes, j’ai ressenti aussi un peu d’admiration réciproque.

 

H.C : Mirabeau est un aristocrate qui a passé sa vie à essayer d’être reconnu pour son talent. Quand il se trouve enfin face à la reine de France dont il peut devenir le conseiller occulte, il a soudain de la fascination pour elle. Elle est belle, intelligente et beaucoup de charisme. Tout le monde tombait sous son charme, même ses détracteurs. En tout cas, Mirabeau pense pouvoir conquérir une nouvelle stature grâce à elle. Quant à Marie-Antoinette, elle déteste Mirabeau. Principalement pour tout ce qui est de l’ordre de l’intime. Auteur d’ouvrages pornos, homme à femmes, rebelle à toute autorité, mis en prison régulièrement, Mirabeau est trop sulfureux. Trop libre, même. Elle avait cristallisé sur lui la rancœur de tout ce que le destin lui avait refusé. Elle n’avait dans Mirabeau  que le reflet comblé de ces propres frustrations. Il faut dire qu’il est profondément laid et qu’il a eu pourtant d’innombrables conquêtes. Je suis sûr qu’elle est jalouse de ce côté-là chez lui. Elle ne peut pas ne pas penser au palmarès d’alcôve de Mirabeau. Tu as raison, je crois qu’entre les deux, il y avait bien une admiration cachée réciproque. Ils avaient souffert des mêmes maux, simplement, ils n’avaient pas réagi de la même façon. Elle avait occulté la réalité, lui, l’avait affronté de face.

 

M : Est-ce que cette rencontre s’est déroulée comme elle est racontée dans ton livre ?

 

H.C : Le seul doute que j’ai, c’est si cette rencontre s’est déroulée entre quatre yeux ou si le roi était avec eux. Les historiens s’engueulent à ce sujet. Mais, au fond, ça n’a pas trop d’importance.

 

M : En parlant des historiens, quand on écrit un livre qui prétend raconter un peu d’histoire de France, on n’a pas peur de la réaction des personnes dont c’est le métier ?

 

H.C : Ça ne me gêne pas le moins du monde, car le 18e est une période que je connais moins mal que les autres et je suis prêt à débattre avec qui veut. Je reste convaincu de manière très immodeste que rien n’est vrai, mais que ça reste vraisemblable. Je me suis beaucoup documenté et j’ai lu beaucoup de livres sur la question.

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M : Quand tu as expliqué à Héloïse d’Ormesson que tu voulais écrire un livre sur cette rencontre, comment a-t-elle réagi ?

 

H.C : Elle m’a dit que ça avait l’air intéressant, mais qu’il fallait que je lui montre ce que ça allait donner. Héloïse ne juge que sur texte, par sur projet. Ce n’est pas le genre de la maison de juger sur synopsis.

 

M : Tu verrais bien ce livre adapté au cinéma ?

 

H.C : Pourquoi pas. En attendant, cet été, j’ai écrit une adaptation théâtrale. Pour avoir un décor unique, j’ai fait venir Mirabeau chez Marie-Antoinette. Un lieu clôt, c’est beaucoup plus inquiétant au théâtre. 

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Si la fragilité des destinées collectives vous intéresse (comme vous le suggère la 4e de couverture de ce livre), plongez-vous dans L’entrevue de Saint-Cloud, un livre passionnant qui vous permettra de pénétrer au cœur de l’ancien Régime et dans la tourmente révolutionnaire.

18 août 2010

Patrick Cauvin... hommage à un romancier populaire!

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L'écrivain français Patrick Cauvin, auteur du populaire roman E = mc2, mon amour, est décédé ce vendredi à l'âge de 77 ans. C’est son éditeur, Plon, qui l’a annoncé ce soir.

De son vrai nom Claude Klotz, Patrick Cauvin, né le 6 octobre 1932 à Marseille, est l'auteur de plus d'une trentaine de romans signés sous ses deux identités, dont plusieurs polars. Son dernier livre, Une seconde chance, était paru chez Plon fin janvier alors qu'il était déjà atteint d'un cancer.

J’ai rencontré très souvent cet auteur pour lequel j’avais inexplicablement beaucoup d’affection. J’aimais l’interviewer et lui répondait toujours présent…

Pour lui rendre hommage, je publie de nouveau ma note sur notre quatrième et dernier rendez-vous… C’était le 26 avril 2007.

Ensuite, je vous livre quelques archives photographiques des autres tête à tête que j'ai eu en sa compagnie.

 

Ma dernière note sur Patrick Cauvin :

 

Tout avait mal commencé avec Patrick Cauvin.

Mon précédent rendez-vous avec lui, je ne m’y suis pas rendu.

« Trompage » d’horaire oblige.

Confondu le matin et l’après-midi…

Les ravages de l’alcool.

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J’obtiens un autre rendez-vous pour le 26 avril 2007.

Histoire de parler de son dernier roman a suspense, Venge-moi !

Cette fois-ci, je fais gaffe.

D’autant plus que Patrick Cauvin, je l’ai déjà rencontré pour des émissions de télé, de radio, pour d’autres journaux aussi.

Il est ce qu’on appelle un « bon client ».

Sympathique, prolixe et intéressant.

Il m’accueille, ce jour-là, lui-même à l’entrée de chez Albin Michel.

Je me confonds en excuse pour ma bévue.

-Ce n’est pas grave du tout. Mon attachée de presse m’a appelé pour m’annoncer cela, j’étais devant le jardin du Luxembourg en voiture. Je me suis garé et j’ai flâné dans ce lieu que j’aime beaucoup. C’est rare alors, presque, j’ai envie de vous remercier.medium_emc2_20mon_20amour_20couv.jpg

La grande classe ! Il me déculpabilise, en plus.

Quoi ? Qu’entends-je ? Qui est Patrick Cauvin ?

Un auteur qui a écrit plus de 50 livres (parfois sous son vrai nom Claude Klotz)

Le plus connu est sans doute E=MC2 mon amour (l'histoire d'amour entre deux surdoués âgés de onze ans).

Vous l’avez lu étant minot, si, si… en classe, il est conseillé (moi, perso, je n'ai pas eu le choix).

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Patrick Cauvin, n’est pas un grand écrivain, mais il est un merveilleux raconteur d’histoire. Il alterne souvent un livre très noir et une comédie sautillante et joyeuse.

-Je n’ai pas de ligne directrice. Ce doit être pour cette raison que je m’entends si bien avec Patrice medium_Cauvin_n.gifLeconte. Il est capable de réaliser un « Bronzé » puis, tout de suite après, un film sinistre… Nous ne sommes pas « fixés ».

Petite précision : Patrick Cauvin (Claude Klotz) est aussi scénariste. Il a écrit notamment les histoires de Le mari de la coiffeuse, Félix et Lola et L’homme du train, trois films de Patrice Leconte.

-Moi, j’ai toujours été un malade de cinéma et mon père en était un autre. Tout petit, je fréquentais sans cesse les salles obscures. Je pense que je suis imbibé d’influences cinématographiques. Personne ne m’a plus influencé que des gens comme John Ford ou Alfred Hitchcock. J’écris donc en voyant des images…

Et, pour son dernier livre, c’est précisément hitchcockien.

medium_V87_Livres_Patrick_Cauvin_cover_.JPGShakespeare écrivait : « Qui peut dire, je suis au comble du malheur ? ».

Réponse : Simon, le héros du nouveau livre de Patrick Cauvin.

 

Venge-moi ! raconte une enfance et une adolescence à huis clos, avec une mère rescapée de la déportation qui ressasse inlassablement ses terribles souvenirs.

-Leur appartement est d’ailleurs un véritable musée des horreurs. Des photos de déportés, des listes de noms de disparus… Elle inflige à son fils les fantômes de son passé. La dénonciation, l’horreur des camps de concentration et la disparition de son époux chéri.

Sur son lit de mort, la mère de Simon lui avoue le nom de la personne dénonciatrice et lui demande de la venger en la tuant. Le fils se livre alors à une enquête angoissante pour la retrouver.

-J’avais envie de faire un polar aux multiples rebondissements dans lequel il n’y avait ni policier, ni arme, ni bagarre. Il me fallait juste des personnages ténébreux évoluant dans une ambiance suffocante… et jouer avec mes lecteurs. Pour tout vous dire, ce bouquin me fait peur moi-même.

Finalement, c’est un livre sur le questionnement du pardon.medium__Cauvin.jpg

-Je pose des questions simples. Existe-t-il une utilité du châtiment ? Où finit l’acharnement ? Je demande aussi si la vertu du pardon n’est pas la paresse de l’oubli.

Je ne peux pas en dire trop sur ce livre…

Si vous aimez les ambiances angoissantes avec des coups de théâtre à la pelle, ce livre est pour vous.

Ce conteur, qui écrit depuis longtemps, n’est pas pour autant serein à chaque nouvelle sortie.

-Je suis même de plus en plus inquiet. Je crains de ne plus plaire, c’est tout bête. La relève est là et elle est excellente. Je me dis que le public à changé, moi aussi. Est-ce que je vais le retrouver encore une fois ?

À peine s’interroge-t-il sur cette question que la directrice du service de presse de la maison d’édition rentre dans la pièce.

-Voilà, c’est fini! Patrick, il faut y aller ! On a Vol de nuit à enregistrer là. TF1, ce n’est pas à côté.

Je lui demande 3 minutes en plus, qu’elle me refuse puis qu’elle accepte, car j’insiste lourdement.

Il faut bien faire les photos mandoriennes.

Personne ne comprend que j’ai un blog qui doit tourner moi, ou quoi ?

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Nous nous serrons la paluche et il me dit :

-Je sais à peine ce que c’est un blog. Je n’ai même pas d’ordinateur, mais je vous fais confiance.

Merci monsieur Cauvin !

Au prochain roman !

Continuez à faire du « populaire ».

Il faut du talent pour ça.

 

Mes autres interviews avec Patrick Cauvin :

 

Ma première rencontre : le 14 avril 1994 à la librairie Kléber de Strasbourg pour la radio Top Music.

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Ma deuxième rencontre : le 7 juin 1999 à Radio Notre Dame pour un « Bistrot de la vie » consacré à son œuvre.

 

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Ma troisième rencontre : le 13 février 2001 dans mon émission « Le film à la page » sur cinema-tv.com (du groupe Progress-tv, l’une des premières sociétés de web tv en France).

 

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Merci monsieur Klotz/Cauvin de m'avoir fait rêver avec vos livres !

Adieu !

17 août 2010

M Pokora : interview pour son nouvel album "Mise à jour".

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40638_429633732611_6098107611_4821197_610955_n.jpgJ’ai déjà écrit ici sur M Pokora.

Pardon, j’ai déjà écrit à M Pokora ici.

Une lettre personnelle.

En janvier 2007.

Donc, je ne vais pas répéter ce que je pense de lui.

Si, en fait.

En résumant.

Je n’appartiens pas à sa génération et j’adhère plus que moyennement à son œuvre artistique.

Mais, mon métier me permet de m’intéresser à toutes formes de styles musicales et à rencontrer toutes sortes d’artistes.

M Pokora, je l’ai interviewé pour chacun de ses albums et nous nous sommes toujours bien entendus. Ceci étant, j'ai aussi participé à une de ses conférences de presse en février 2008 et je goûte peu cet exercice. Un jeune homme bien sympa avec la tête sur les épaules (ce qui est rassurant pour son état de santé).

J’espère que son nouvel album trouvera son (jeune) public.

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Plus de deux ans après l'album MP3, M Pokora revient donc avec Mise à jour le 23 août prochain. Le premier single, « Juste une photo de toi », fait déjà son petit bout de chemin à la radio et son clip passe en boucle sur les chaînes musicales. J’ai rencontré le performer français pour MusiqueMag dans les jardins de sa maison de disque.

C’était il y a plus de deux mois. Le 4 juin 2010.

M Pokora parle de ce nouvel album, de sa petite traversée du désert et de sa confiance en l’avenir… Dans ce disque, il revient aux mélodies qui se mémorisent et aux vraies chansons "textuelles" plutôt que des beats sans but et du franglais qui ne veut rien dire. De la pop urbaine bien ficelé.

Voici l'interview :

Allez, habituels lecteurs de ces chroniques… ne critiquez pas trop le bonhomme. Il veut aller au bout de ses rêves et s’en donne les moyens.

Terminons avec quelques photos prises pendant et après l'entretien.

 

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(Bien fait de faire mon régime, moi, soit dit en passant. Parce qu'il y a deux mois...)
(Ok! Ok! Je n'en parle plus.)

Quand "Planete Rap" remarque "Les chroniques de Mandor" !

Les fidèles de ce blog le savent bien. « Les chroniques de Mandor » sont consacrées aux musiques urbaines. Point de littérature et de chanson française, ici, il est question exclusivement de rap et d'RnB. Je suis un peu le représentant des Skyblogs dans le monde des blogs « normaux » (en toute humilité, of course !). Aussi, j’ai trouvé tout à fait normal de me faire repérer par le mensuel « Planète Rap ». Merci à la rédaction de ce magazine, en tout cas, pour leur choix pertinent et surtout, parfaitement logique…

N’ésité pa a laché vos coms !

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07:30 Publié dans Auto promo | Lien permanent | Commentaires (3)

16 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (7) : Mallock pour "Le massacre des innocents"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 

Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, Laurent Brard pour Les fils des brûlés, voici mon septième invité, Amédée Mallock pour Le massacre des Innocents (JBZ et Compagnie).

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Résumé de Le Massacre des Innocents :

Premier tome des Chroniques Barbares, le "Massacre des Innocents " est l'histoire d'une épidémie d'un nouveau genre : soudainement, des massacres inexplicables ont lieu partout en France. D'une barbarie atroce, ceux-ci seront de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. Que faire quand la personne à côté de vous peut, sans avertissement, devenir un fou dangereux ? Le commissaire Amédée Mallock, héros de cette Chronique barbare et personnage atypique avec ses visions prémonitoires et sa mélancolie collante, va devoir trouver une explication rationnelle à l'inexplicable. Impuissant, il tente d'aider le gouvernement à mettre en place un couvre-feu. Le pays est en quarantaine. Comment arrêter le "Massacre des Innocents " ?

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Qui est l’auteur Amédée Mallock ?

avatar-blog-1159288230-tmpphp5VcgCS.jpeg«Mallock», alias J-D Bruet-Ferreol, né en 1951, est un fou de mots et de visuels. Depuis l’âge de 11 ans, il écrit, peint et photographie, sans discontinuer. Mallock fait partie, en 1980, des tout premiers photographes primés par le Grand Palais dans le cadre du Salon d’Automne. La même année, Bruet-Ferreol reçoit le Prix Spécial du Jury A2 pour son travail photographique sur «la solitude». Ces clins d’œils du destin seront le point de départ d’une longue et fructueuse carrière d’artiste freelance, DA,P1030374.JPG rédacteur-concepteur et créateur de multiples textes et visuels contemporains, tant dans le domaine de la publicité que dans celui de l’art. En 2000, Bruet-Ferreol expose à nouveau au Grand Palais dans le cadre du Salon de la Figuration Critique des peintures en technique mixte. Il reçoit un Prix Stratégie du Design et sort un roman policier : Les Visages de Dieu aux éditions du Seuil. Depuis, il expose régulièrement son travail photographique qu’il signe maintenant et désormais de son nouveau pseudo : Mallock, en compagnie de son complice Gueritot.

En 2009, il sort un grand livre d’art : MOON, exercice de style sur le derrière féminin. Mallock vit aujourd’hui à Paris et s’apprête à sortir 4 opus : Le Massacre des Innocents, la suite attendue de ses « chroniques barbares », BOOB , le pendant de MOON, puis un grand calendrier « lunaire », et enfin, une nouvelle version revue et allongée (director’s cut) des « Visages de Dieu », sa première Chronique barbare. Pour en savoir plus sur lui, vous pouvez vous connecter sur Mallock.fr ou sur son blog.

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Chez lui, superbe appartement d’un quartier qualifié de « littéraire », c’est un Amédée Mallock bonhomme qui m’accueille. Il me fait rentrer et je tombe nez à museau sur son chat. Palsambleu !  Moi qui suis allergique à l’extrême de ces bêtes !

Je lui dis, tout de go.

le chat qui vient de l espace 01.jpgIl me répond que lui aussi, mais que c’est le seul chat au monde qui ne lui donne aucun symptôme de cette nature. Avec Cyrano (c’est son nom), pas d’éternuement, pas de problème pour respirer, pas les yeux qui piquent, qui pleurent, rien de rien.

Je ne fais pas durer ce suspense insoutenable plus longtemps. Moi, non plus, ce chat ne m’a en aucun cas perturbé, il ne s’est pourtant pas privé de se frotter à moi sans cesse…

Ce chat n’est pas un chat. C’est un extra-terrestre venu étudier le comportement des humains directement chez un spécimen. Et quel spécimen cet Amédée Mallock !

(Notez que je ne suis pas peu fier d’avoir démasqué cet être bizarre venu d’ailleurs).

A la demande générale... voici Cyrano !

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Je fais la connaissance de la souriante épouse de l’auteur. Femme sympathique qui exerce la même profession que moi, mais dans un secteur différent. La médecine…

Elle me prépare un bon café que je demande « avec sucrette », ce qui nous emmène vers une discussion devenue fréquente quand j’arrive quelque part ces dernières semaines.

Mon régime.

Je vous épargne les détails. Ce n’est pas très intéressant de savoir que je fonds à vu d’œil depuis deux mois. Vous savez, je prends ça avec recul et ça ne me perturbe pas plus que ça !

(YOUPIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!)

Hum !

Au moment où Cyrano se glisse dans mon sac posé à mes pieds, j’enclenche mon magnéto.

 

9782755605945.jpg- Tu considères Le massacre des innocents comme un thriller littéraire…

 

-  Mon livre ressemble à un polar, a le goût du polar, mais n’en est pas un. Le problème du polar, je n’ai pas peur de l’affirmer, c’est que c’est souvent moyennement bien écrit. Ma démarche personnelle est de construire une vraie œuvre littéraire. J’ai de hautes ambitions dans tout ce que j’entreprends. Je veux tirer le lecteur vers le haut en lui faisant passer un bon moment, sans respecter pour autant les codes habituels de ce genre littéraire. Je propose des livres hyper travaillés. Cela fait 15 ans que je travaille sur ces romans. Je dois préciser que la série des Chroniques Barbares partage le format de l’Heptologie (ou Septologie). Dès le départ, j’ai conçu un plan général de l’ensemble afin d’obtenir une parfaite cohérence dans l’évolution des personnages et de leurs sentiments, ainsi que dans les moindres détails matériels de leurs vies. En plaçant chaque aventure dans le cadre d’un « grand tout » se déroulant sur une vingtaine d’années, j’ai souhaité également donner plus d’ampleur, de tension dramatique, d’affectivité et de variété à chacun des épisodes. Rassure-toi, chaque histoire reste totalement indépendante de la suivante, afin que l’on puisse lire les différentes enquêtes, à la suite, mais également dans l’ordre du hasard.

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- Cette septologie, c’est l’œuvre d’une vie ?

 

- Oui, je m’y attèle avec acharnement. Il y a quelques années, Éric Orsenna m’a demandé de venir le voir au Ministère des Affaires Etrangères pour me dire ce qu’il pensait d’un de mes premiers romans (non publié) qu’un ami lui avait passé, Le volcan lunatique. Il m’a dit qu’il était, je cite "sur le cul tellement il s’est régalé à le lire". Mais il a ajouté : « Vous ne serez jamais publié avec un livre comme ça. Vous n’êtes pas connu. Votre livre est un mélange de science-fiction, de fantastique, d'érotisme et de polar. Il y a tout, donc vous n’allez rentrer dans aucune collection, vous allez vous casser les dents, vous allez vous démoraliser et ce sera catastrophique… ». Me considérant comme « tellement taré », il m’a conseillé d’aller dans la rue et de prendre l’inspiration là. Pour lui, c’était suffisant. Alors, je me suis mis à construire mon œuvre, à ma façon. J’aime autant lire Voyages au bout de la nuit de Céline que toute la bibliographie d’Albert Cohen, mais j’adore aussi Thomas Harris. Mon ambition était d’écrire un peu comme eux tous. J’ai eu un mal fou à parvenir à un compromis entre un style littéraire et un style plus narratif.

 

- Le Massacre des Innocents est un livre très accessible.

 

- Oui, je pense être parvenu à écrire un  roman « populaire » de bonne tenue.

 

- Ça ne fait pas peur aux éditeurs une septologie ?

 

- Ce leur fait peur et en même temps, ça les rassure sur le phénomène de suivi. Si le premier ne marche pas, peut-être que le deuxième trouvera son public. Par exemple, les deux prochaines aventures du commissaire Mollock et de son équipe devraient paraître en octobre, puis en mai prochain.

 

- Tu signes désormais tes livres Mallock, ton commissaire s’appelle Mallock… ce n’est certainement pas le fruit du hasard. 

 

- Je me suis rendu compte que le personnage de commissaire qui n’avait au début qu’un petit rôle dans un précédent ouvrage est devenu essentiel à mon histoire et surtout, je me suis rendu compte qu’il me ressemblait comme deux gouttes d’eau. Pire encore… que c’était moi. Dans les premières aventures de Mallock, Les visages de dieu (aux éditions Jean-Claude Lattès), j’ai eu un plaisir fou à le mettre en scène. Depuis, il reste et restera mon personnage fétiche et récurrent.

 

- Ton personnage Mallock, il n’est pas seulement intuitif à l’extrême, il est carrément visionnaire.

 

- Il a une capacité exacerbée à prévoir les mauvais coups. Il a d’ailleurs peur de cette capacité là, parce que ça lui rappelle la folie de ses parents. Il y a toujours dans ce livre, des explications aux intuitions de Mallock. Aux lecteurs de les découvrir… j’adore l’idée de jouer avec mes lecteurs.

 

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- Voilà comment tu présentes le commissaire Mallock : « Mallock n’était rien d’autre qu’un brave bougre sentimental avec un caractère de chien, chiant avec des états d’âme. Dur et sensible, violent et pacifique, autoritaire, mais bienveillants, irascible et zen, orgueilleux et simple, Médée était un gros ours paradoxal. ». Le Mallock du livre et le même que le Mallock écrivain ?

 

- Je te le répète, je suis désormais dans l’incapacité de différencier l’un de l’autre. Mon personnage est mon portrait craché.

 

- Son inspiration est facilitée par sa consommation d’alcool, de cigare et d’opium… qu’en est-il pour toi ?

 

- Personnellement, je ne prends pas d’Opium, ni aucune drogue considérée comme illégale, par contre le reste… si j’ai inventé l’opium pour Mallock, c’est pour représenter de manière tangible l’inspiration, c’est tout.

 

- Tu écris à un moment : « Chacun de nous à l’enfer en lui. Juste là, tout prêt, tapi au bord de nos putains de lèvres. » Ce n’est pas rassurant !

 

- Quand je dis l’enfer, c’est à la fois le côté obscur et la folie que chacun à en lui. J’en suis persuadé. Moi, je suis sous anti dépresseur depuis une trentaine d’années. Je suis à la limite de la bipolarité. Je m’en foutais de souffrir, mais quand j’ai compris que je faisais souffrir les gens que j’aime, j’ai décidé de prendre ce problème à bras le corps.

 

- Faire souffrir ta femme et tes enfants, par exemple.

 

-  Cette idée m’est effectivement insupportable. Il y a d’ailleurs un lien avec ce qu’il se passe dans la vie de mon commissaire Mallock. Son fils de 5 ans, Thomas, est mort. C’est pour moi un exutoire de ma peur de perdre un de mes fils. J’ai une peur panique qui leur arrive quelque chose.

 

- Tu dis aussi dans ce roman que le meurtre parfait existe.

 

- C’est une certitude, même si, paradoxalement, on peut dire que le meurtre parfait n’existe pas puisqu’il n’est pas découvert et qu’on n’en parle pas. Un meurtre parfait, c’est comme les petits hommes verts, il n’y a pas de preuves irréfutables, donc, ça n’existe pas. Je suis sûr qu’il y a autant de meurtres parfaits que de meurtres élucidés.

 

(Note de Mandor : Hé hé ! Mallock croit que je n’ai pas compris que son chat venait d’une autre planète… Tsss…)

 

- Quand tu écris un livre, comme un comédien qui vient de finir un film avec un rôle fort, tu as du mal à en sortir ?

 

- Non, parce que je planche immédiatement sur le livre d’après. Je suis même impatient de terminer un roman, puisque le suivant m’appelle déjà. C’est juste mon côté perfectionniste qui fait que j’ai du mal à me dire qu’un livre est vraiment terminé. A chaque relecture, de constantes corrections. À un moment, il faut être raisonnable et s’arrêter. Moi, j’ai un mal fou.

 

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- Tes tableaux, ta musique et tes livres… ces activités sont primordiales et indissociables à ta vie ?

 

- Je suis avant tout écrivain, mais je n’écris pas que des livres. J’écris des images et de la musique. Je suis né avec ces trois enfants. La littérature, la photo et la musique me revitalisent. Dès le matin, il faut que je crée. Si je ne crée pas, je suis très mal. Il faudrait que je double ou triple mes anxiolytiques. 

 

- Quelle est ton ambition littéraire ?

 

- Ce qui me ferait le plus plaisir, c’est que mes lecteurs me disent un jour qu’un de mes livres est un des vingt qu’ils emmèneraient dans une île déserte pour le relire. Je veux marquer les gens qui me lisent… et que ma morale de vie leur plaise. Elle est proche de celle de Cyrano (de Bergerac, pas le chat extra-terrestre !)

Pour être sincère, nous avons conversé très longtemps, j’ai dû tailler à la hache afin que cette interview respecte le format habituel de ce blog. J’espère que Mallock ne m’en voudra pas. Il m’a ensuite fait visiter sa demeure en me faisant l’honneur de me présenter quelques-unes de ses toiles, dont voici des détails (pris avec mon appareil Panasonic Lumix DMC-FS7, c’est dire si la qualité de ses clichés est impressionnante de précision et d’exactitude…).

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Mallock m'a ensuite offert son fameux Moon. Il s'agit tout à la fois d'un livre d’art et d'un recueil de photos érotiques. Mallock et son complice Gueritot ont voulu concevoir la première anthologie de la fesse féminine, sous la forme d'un "beau livre". Il me l'a dédicacé.

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Moon est un superbe ouvrage avec des photos (qui ne laissent pas indifférents tout hétéro normalement constitué) dont voici un échantillon dans ce petit clip. Régalez-vous, c'est de l'art !


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envoyé par A-Mallock. - Films courts et animations.

Nous avons eu du mal à nous séparer, alors que je n’avais qu’une heure à consacrer à cet auteur, je suis resté près de deux heures. Pas envie de partir, sacrément envie de continuer à parler.

Rendez-vous est pris à la rentrée, sans micro, mais avec plus de temps…

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13 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (6) : Laurent Brard pour "Le fils des brûlés"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 

Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, voici mon sixième invité, Laurent Brard pour Les fils des brûlés.

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La quatrième de couverture :

« Sarole. Une petite ville tranquille où il ne se passe jamais rien.
Flic sans ambitions, au placard depuis douze ans pour avoir laissé se commettre le meurtre de la jeune Cécilia, Oscar Bellem est sur le point de mettre un terme à sa carrière. Dans cet endroit retiré, il espère oublier, tirer un trait sur le passé.
Mais derrière son apparence tranquille, Sarole cache un secret. Une ombre se faufile entre les morts.
Cécilia n'a jamais été aussi proche.

Laurent Brad est aussi l'auteur de Cargo, primé par les Ancres Noires du Havre. »

 

Laurent Brard est donc le troisième auteur de la collection « Nuit Blanche » qui a accepté de venir à ma rencontre. Toujours au même endroit. Ce fameux bar jouxtant le Grand Rex…

Laurent Brard, il faut lui faire la ola. Rendez-vous compte, il est venu de loin, de très loin, le bout du monde…juste pour ce blog.

Caen.

Je sais, c’est impressionnant.

Merci à lui !

 

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- Comment as-tu "atterri" dans cette collection, chez Plon ?

 

- C’est en participant à la deuxième édition du concours Blogauteurs, qui finalement ne s’est pas tenue… j’ai été sélectionné dans les 4 ou 5 finalistes. Denis Bouchain m’a contacté et nous avons retravaillé mon roman parce qu’au départ, « Le fils des brûlés » était plus un synopsis de scénario, avec son aide précieuse,  je l’ai transformé en véritable roman.

 

4634467_ddb24a23f9_m.jpg- Un premier livre et déjà une publication dans une grande maison d’édition. C’est rare !

 

- D’autant plus que c’était la première fois que je tentais l’expérience. J’ai eu des critiques et des notes sur des films qui ont été éditées et puis une nouvelle aussi.

 

-Tu as écrit des scénarios pour le cinéma et la télé…

 

- Oui, pour ne rien te cacher, j’ai écrit un scénario destiné à un court métrage pour lequel j’ai eu un contrat qui a finalement capoté. Ca m’a dégouté un petit moment. C’était beaucoup de boulot pour rien. Je tiens à préciser qu’au départ, je suis plus cinéma que littérature. J’ai un Bac 3 de cinéma, j’ai suivi les cours de la cinémathèque française à Paris et j’ai écumé toutes les salles obscures de Saint-Germain.

 

- Ton héros, Oscar Bellem est comme toi. Il n’a pas réussi dans l’écriture pour le cinéma, il a fait un autre métier. Lui flic, toi, éducateur spécialisé dans un centre d’action sociale à Caen.

 

- Il y a un peu de moi dans Oscar, mais pas entièrement, heureusement pour ma famille et ceux que j’aime. En tout cas, l’idée de créer un anti héros me plaisait bien. J’apprécie les choses très marquées, très stéréotypées, alors j’aime bien créer des personnages et des situations un peu décalées. Le personnage principal l’est complètement. Un gars à la Eastwood, genre le cowboy qui passe son temps à tomber de cheval, qui tient droit dans ses bottes, mais qui marche de travers. Oscar Bellem ne se sent jamais à sa place. Humainement, il a plein de failles.

 

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- « Les fils des brûlés », c’est un peu comme un Colombo, on connait l’assassin dès le début de l’histoire.

 

- Ca aussi, c’est volontaire. Je voulais tout livrer au lecteur dès le départ. L’intrigue ne se joue pas là. Ce qui m’intéressait, c’est ce qu’il se passait entre les personnages, toutes les ambiances, les destins qui s’entrecroisent… Je travaille beaucoup sur les interactions entre un environnement et les personnages et sur ce que cela peut provoquer.

 

- Tu situes l’action dans un village qui n’existe pas, mais qui ressemblent à certains. Les habitants y sont très croyants et même, pour bon nombre, pratiquants. Il est difficile de faire la part des choses entre la rumeur, la légende et la vérité… ce n’est pas pratique pour démêler les fils de l’enquête.

 

- Déjà, l’idée d’inventer un lieu me permettait d’être complètement libre, mais je précise qu'il est inspiré de quelques patelins que je connais. Tout ce qui tient des traditions et de la légende m’inspire beaucoup. Généralement, ça nous renvoie à nos propres croyances, nos histoires, à un passé familial que nous ne connaissons pas vraiment. La transmission, ça me fascine complètement.

 

- Ce polar n’est pas tout à fait un polar... enfin, pas seulement. Il y a aussi du fantastique.

 

- La difficulté que j’ai eu, c’est de mettre en parallèle des codes sans complètement les fausser, mais sans complètement tomber dedans non plus. Je navigue entre le réel et le délire. Le fantastique est présent dans la manière dont les gens interprètent ce qu’il y a devant eux. Jouer avec le fantastique, c’est bien si on se rappelle qu’il faut revenir vers le réel. Il faut garder une certaine crédibilité.

 

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- L’ambiance du village de ton roman m’a fait penser à celle du film de Claude Chabrol, Le Boucher. Même si l’histoire n’a aucun rapport, tu es d’accord avec moi ou je viens de dire une grosse bêtise?

 

- L’univers de Chabrol m’influence beaucoup, c’est vrai. Ca fait du bien à l’ego ce que tu me dis, mais, en même temps, je fais gaffe parce que tu parles d’un géant et je ne suis pas du tout à son niveau. Tu évoquais aussi tout à l’heure, en off, de Georges Simenon. Il faut raison garder. En tout cas, tu as choisi le bon film. Oui, Le boucher n’est pas aux antipodes des ambiances de mon livre. Des choses qui fonctionnent en vase clos, les non dits ne me sont pas étrangers. J’aime bien aussi flirter avec la caricature et avec l’absurde. Ca m’amuse.

 

- Il y a aussi de l’amour dans ton roman.

 

- Ca m’a permis d’aérer aussi l’ambiance parfois un peu pesante.

 

- Quel retour as-tu du « Fils des brûlés » ?

 

- Les interprétations de ce qu’on a écrit sont parfois un peu surprenantes. J’ai remarqué que les lecteurs lisent une histoire par rapport à ce qu’ils sont, ça veut dire que les gens s’approprient le livre. C’est très bien ainsi, car je n’ai pas voulu véhiculer un message quelconque.

 

- Il y aura une suite des aventures d’Oscar Bellem ?

 

- Au début, ça me paraissait compliqué et puis, ça y est, j’ai trouvé une issue pour garder Bellem. Je repars avec lui dans une autre ambiance, dans un autre lieu avec une personnalité qui va changer et parfois même se dédoubler. J’ai démarré l’écriture, mais je ne peux évidemment pas t’en dire plus.

 

- L'ambiance générale sera fantastique ?

 

- Oui. Je peux même te dévoiler que ce sera très mystérieux. Encore plus que « Le fils des brûlés ».

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04 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (5) : Christine Spadaccini pour "Le voyage en argentique"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 

Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, voici ma cinquième invité, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique (Laura Mare Editions).

 

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La quatrième de couverture de Le voyage en argentique :

 

« Y a-t-il chose plus terrible que de voir s'effriter la vie d'un être cher ? Quoi de plus monstrueux que de le voir plonger, jour après jour, dans l'oubli de soi, l'oubli des siens, l'oubli de tout, à la merci de cet ennemi aussi insaisissable qu'implacable : Alzheimer.…
Les souvenirs de M'amie s'envolent les uns après les autres. Désespérée, sa petite-fille cherche un moyen de les retenir. Peut-être la clef de cette mémoire prisonnière se trouve-t-elle dans les vieilles photos jaunies que sa grand-mère a éparpillées aux quatre coins de la maison familiale ? Oui, peut-être que de la trame usée de ces clichés, témoins du temps passé, on peut encore tirer et renouer le fil de cette vie qui s’enfuit ! En entreprenant cette drôle de quête pour tenter de garder sa grand-mère auprès d'elle, la narratrice va construire un puzzle de mots et d'images aux couleurs tristes et tendres où les souvenirs enchantés de son enfance semblent remonter au fur et à mesure que ceux de la vieille dame s'effacent inexorablement, comme dans un douloureux effet de vases communicants. Le rappel des beaux instants d'amour partagés saura-t-il adoucir la cruauté des épreuves quotidiennes liées à cette affection ?
Avec pudeur et réalisme, l'auteur nous emporte dans le récit de ce combat inégal entre la maladie et la vie. Un sujet délicat traité avec prouesse et élégance. »

 

Voyage en argentique est le troisième livre de Christine Spadaccini. Pour le précédent, elle avait déjà accepté que je lui pose quelques questions (alors qu'elle exècre cet exercice)…

Cette fois-ci, la rencontre est à l’image de ce roman. Poétique, lumineuse et photographique.

A propos des photos, justement, sachez qu'elle a pioché dans ses réserves... certaines auraient d’ailleurs pu figurer dans le livre puisqu'elles font partie de la même série que cellent qui l'illustrent. Ce sont donc des photos inédites, pour cette interview. 

Et vous ne trouverez pas de clichés "mandoriens", car, comme l’explique l’auteur(e) elle-même : « Nous nous sommes donnés rendez-vous dans la 4ème dimension, dans un lieu magique qui doit rester secret et où, donc, les appareils enregistreurs et photos ne sont pas autorisés… »

 

 

Interview :

 

- Ton roman est une bulle de nostalgie et de mélancolie. On est happé dans tes souvenirs d’enfance. Ton texte oscille entre le passé et le présent. La maladie de ta grand-mère et ce livre… c’est ton devoir de mémoire familial ?

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Je n’ai pas eu la sensation de « devoir » écrire quoi que ce soit, je crois qu’au début c’était plus ma façon de lui dire au revoir, de faire face de manière créative à une situation douloureuse. Et puis, au final, les phrases ainsi alignées (« à lignée » ?) participent quand même à la construction de la mémoire familiale que tu évoques : c’est pour mon neveu et ma nièce, ses arrière-petits-enfants qui l’ont très peu connue, l’occasion de la découvrir et de l’interminable jeu des questions qui font grandir : « C’est M’amie sur cette photo, Tata ? Ah ben dis donc, je la voyais pas si jeune ! » « Mais c’était quand alors ? « Et toi, t’étais où ? » « Et lui, là, c’est qui ? »  « Et il faisait quoi ? » « Et pourquoi ? » « Mais comment ? »…etc…ad lib !

 

- Crois-tu qu’on ne peut correctement gérer sa vie d’aujourd’hui qu’en faisant table rase du passé…en l’immortalisant comme tu le fais par exemple ?

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 « La vie, c’est ce qui t’arrive quand tu es occupé à prévoir autre chose », chantait Lennon. Je suis assez d’accord avec ça. S’il y a gestion, elle est plutôt au jour le jour en ce qui me concerne ! Et, dans ce cas précis, le passé, les souvenirs d’enfance convoqués pour l’écriture de ce texte, m’ont aidée à passer un cap pénible. Ils étaient une ouverture claire, un horizon auquel se raccrocher dans les heures sombres, un rappel des moments joyeux et ils m’ont permis d’avancer. Le passé est ce qu’il est, le présent ce qu’on en fait : au boulot !

 

- Ta grand-mère est morte une semaine après que ton livre soit terminé, comme si la boucle devait être bouclée. As-tu vécu son départ comme ton nouveau départ ?

 

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Départ. Fin

Des parfums qui restent.

Des ombres qui suivent.

On continue sa route…

Non, je n’ai pas vécu sa disparition comme un nouveau départ pour moi mais, avec le recul,  ce livre m’a permis de mieux m’y préparer donc les cahots ont été plus faciles à négocier…

 

- Tu dis que la grand-mère décrite dans ce « voyage en argentique » est ta grand-mère, mais pas tout à fait, et que sa petite-fille est toi, mais pas complètement… C’est de la pudeur ou une façon de brouiller les cartes sur qui tu es vraiment ?

 

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Malgré l’intervention des plus fins limiers et même du grand Sherlock avec sa loupe, l’enquête dans le but d’identifier formellement les protagonistes de cette histoire piétine… (Jokœur !)

 

- Tu expliques que le plus difficile dans la maladie d’Alzheimer, c’est que la personne qui en est victime ne reconnait pas ses proches. En l’occurrence sa descendance… Au fond, c’est ça que tu as trouvé le plus inacceptable ?

 

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Les rapports familiaux sont pétris d’habitudes, de vieux automatismes et de certitudes établies. C’est très difficile de concevoir et se s’habituer au fait que tu puisses ainsi devenir complètement étranger à une personne si proche, avec laquelle tu as partagé tellement de choses, d’autant que, dans les premiers temps de la maladie, ce n’est pas systématique, les souvenirs, les perceptions, ne disparaissent pas d’un coup, ils s’effritent lentement, vont, viennent, et, tant qu’il le peut, le malade essaie de pallier à ses absences, de les dissimuler sous le masque des habitudes, justement. C’est très déstabilisant et épuisant à la longue. Mais tu apprends à intégrer ce facteur, avec le temps, à faire avec et à trouver les réponses, les attitudes qui conviennent même si ce n’est pas évident de faire face à la distance, au brouillard qui s’installent entre le malade et son entourage. Mais, le plus inacceptable, ce n’est pas cela, c’est de voir souffrir celui ou celle que tu aimes, comme dans n’importe quelle autre maladie.

 

- Tu écris : « J’écris ce que je ne peux pas photographier » et « Je photographie ce que je n’ai pas besoin d’écrire ». L’image et les mots couchés sur du papier sont essentiels à ta vie. Ce sont tes meilleurs moyens pour « communiquer » ?

 

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J’adore (me) raconter des histoires et les mots et les photos sont de merveilleux outils pour ça : on prend un (c)rayon et zou, on ouvre une fenêtre où il n’y en avait pas, on s’y penche, on fait coucou aux gens qui passent et zou, c’est parti!

 

- De toutes ces photos « au passé recomposé », tu en sors des mots-clichés, des images-histoires. T’es-tu « emmêlée les pinceaux dans ce mélo-rétro, roman photo de petites histoires sans importance, mais irremplaçables », les tiennes ?

 

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J’ai défait le nœud du ruban qui fermait le grand sac des souvenirs et ils ont tous roulé sur la table de la cuisine : dedans s’y trouvaient tout un tas de babioles, des loupes, des briquets, des pinces, des ciseaux, des cure-dents, des couteaux, des coupe-papier, des livres fripés, des photos jaunies, des lettres oubliées, des listes de courses, des factures, des moignons de crayons, des lames de rasoir, des bigoudis, des boutons dépareillés, de la colle, du scotch, des bons de garantie, des épingles à cheveux, des tickets de cinéma, un dictionnaire Poucet, un ouvre-boîte miniature, des avis d’obsèques découpés dans le journal, un roi de cœur sans sa reine, des fèves en porcelaine, des bouts de recettes, des miettes, des pièces trouées, des fichus en plastique, trois petits cochons en caoutchouc et même des dents en or ! Et chaque chose y est allée de sa petite histoire, déterrant son instant de gloire, versant sa petite larme de temps passé, m’enveloppant d’odeurs rances et de poussière collante. Au début, j’ai essayé de comprendre, de trier, de classer, de noter mais  c’était trop la pagaille ! J’ai mélangé les gens, mélangé les genres, mélangé les dates, mélangé les lieux, je me suis même parfois arrangée avec ma vérité. Et mon tout a fini par faire cette histoire où tout le monde se reconnaît et personne ne se retrouve !

 

- Depuis ton premier livre, tu malaxes les mots, tu t’amuses avec eux. Pour raconter ta réalité, ta forme narrative reste faite de jeux de mots, de fins calembours, d’images poétiques, de dialogues surréalistes. On sent une certaine « jouissance » à jouer avec la langue française…

 

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J’aime bien cette phrase de Boris Vian : « Je crois que je suis en train de jouer avec les mots. Et s’ils étaient faits pour ça ? » Je crois que tu connais ma réponse à cette question ! L’écriture est un cadeau et, oui, je me fais plaisir chaque jour quand je m’installe à mon bureau et que je commence à déballer mes jouets, les mots. J’essaie d’utiliser toutes leurs facettes, leurs couleurs, leurs sonorités, je les tourne et les retourne dans tous les sens, je traque les reflets inattendus…

 

- Il y a des passages parfois drôles, parfois cruels, mais toujours émouvants. On sent un auteur à fleur de peau, toujours sur le fil. Tu as souffert en écrivant ce livre ?

 

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Jean Cocteau se demandait ce qu’il emporterait si sa maison était la proie des flammes. Et il répondait : « j’emporterais le feu ». La disparition de ma grand-mère, c’était un peu comme si un incendie ravageait le château-fort de ses souvenirs, de nos souvenirs. Alors oui, on se crame toujours un peu quand on veut emporter le feu, même le feu follet des souvenirs d’enfance…

 

- Il y a de nombreuses photos « à ta façon » de tes grands-parents et d’autres personnes de ta famille. Une façon de, je te cite de « pénétrer des strates de vies passées où la présence de tes chers fossiles ». Il n’y a pas un risque d’idéaliser ses proches directs ?

 

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Non, pas un risque, une vraie volonté ! A la souffrance, à la déchéance, je voulais opposer du beau et des sourires, de la légèreté, faire en sorte que la lourdeur installée par la maladie dans la vie quotidienne n’étouffe pas les bons moments d’avant, la tendresse passée, leur permettre de rester en surface, conserver des plages de calme pour souffler un peu dans la tempête…On pose un mot lumineux, un rayon malicieux, et y’a soudain ton petit indien-neveu en peintures de sourires qui vient t’épauler dans le combat du jour…

 

- En plongeant dans ce passé familial, as-tu appris sur toi ? Est-ce une forme de psychothérapie.

 

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Que j’avais les gènes d’un plongeur téméraire, mon père sur la photo ! Plus sérieusement, plutôt qu’une forme de psychothérapie, je préfère dire une forme d’évasion. La réalisation de ce livre a été une récréation, une respiration presque. Quelqu’un a dit, je ne sais plus qui, « créer, c’est ne pas mourir »  et, en effet, malgré les circonstances, je me suis beaucoup amusée à prendre les photos qui émaillent le livre, à débusquer les vieux clichés dans leurs cachettes et à les parer d’une nouvelle lumière, à leur redonner vie. Certaines scènes du passé étaient également très drôles à écrire. Quant aux plus cruelles, je les ai collées fermement sur le papier pour qu’elles n’aient pas l’idée de se rejouer. Et tout ça, sous le nez d’Alzheimer, ce sont des souvenirs, bons ou mauvais, que ce bandit ne nous piquera plus et toc ! Son piège n’a pas totalement fonctionné…

 

- Tu racontes avec beaucoup de délicatesse et d’élégance le combat inégal entre la maladie et la vie. Penses-tu que ton livre peut aider des personnes qui connaissent ce genre d’épreuve ?

 

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Je n’en ai aucune idée, c’est un cheminement tellement personnel, chacun réagit de manière différente… Et puis ce livre n’est pas à proprement parler un témoignage sur la maladie d’Alzheimer, même s’il en évoque certaines manifestations douloureuses, notamment près de la fin. La maladie n’est que le point de départ, l’élément déclencheur de ce récit, une balade-refuge dans les souvenirs d’enfance qui viennent ponctuer de leur naïveté, de leur légèreté, la réalité cruelle de la lutte engagée par le malade et ses proches. Il y a des passages très tristes et d’autres colorés, d’un côté le train de la mort qui nous sépare et de l’autre le brin d’amour qui nous répare…

 

- Tu écris un nouveau livre en ce moment ? 

 

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Pas un jour sans une partie de pêche aux lignes !  Et tu vois, aujourd’hui, je te dévoile le nœud de l’intrigue en cours…Chut, je sens que ça mord ! ;-)