Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Morgan Manifacier: le nouveau petit prince de la folk music ! | Page d'accueil | Brisa Roché : interview filmée et session acoustique pour "All Right Now" »

30 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (9) : Ingrid Desjours pour "Potens"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, Laurent Brard pour Les fils des brûlés, Amédée Mallock pour Le massacre des Innocents, Harold Cobert pour L’entrevue de Saint-Cloud, voici ma neuvième invitée, Ingrid Desjours pour Potens.

potens.jpg

4e de couverture :

« Trop d’intelligence rendrait-il inhumain ? Potens fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup de sang aussi.
À la suite du meurtre barbare de Charlotte, une de ses membres les plus dépravées, Potens se retrouve dans la ligne de mire de la psycho-criminologue, Garance Hermosa. Club pour ses surdoués, Potens est souvent décrit comme un repaire de génies asociaux et névrosés, parfois décrié et accusé de véhiculer des idéaux eugénistes.
Infiltrée dans le club, la jeune femme défie un assassin aussi habile que manipulateur. Exercice d’autant plus périlleux qu’un évènement tragique la renvoie à un passé qu’elle aurait préféré oublier…
Potens : l’intelligence, c’est d’en sortir. Vivant.

Après Écho, Ingrid Desjours signe un deuxième thriller machiavélique qui vous conduira là où votre imagination n’aurait jamais osé s’aventurer. »

 

Son site officiel va plus loin dans la présentation : Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en sexo-criminologie. Après avoir pratiqué en Belgique auprès de criminels sexuels, elle anime aujourd’hui des conférences sur la psycho-criminologie et la criminalité d’entreprise.

 

136918-une-profileuse-jpg_46799.jpg

 

Ingrid Desjours était la quatrième (et dernière) auteur(e) de la collection Nuit Blanche de chez Plon que je n’avais pas encore rencontré cet été… voilà qui est fait. C’était le 24 août dernier dans la brasserie située à côté du Grand Rex. J’avais un peu d’appréhension parce que la demoiselle a un passé professionnel assez impressionnant (enfin, moi, ça m’impressionne) et je l’ai aussi vu plusieurs fois à la télé pour parler de sa condition de surdouée.

 

Une psychologue surdouée… je me suis bêtement dit que cette femme allait me disséquer et me cerner en deux temps, trois mouvements. Il est gênant d’être complètement nu devant une inconnue. Je suis un homme pudique.

c.jpg

Mais quand nous nous sommes installés à « notre » table, elle m’a immédiatement avoué qu’elle m’avait googlelisé et qu’elle avait du mal à se dire qu’elle allait devoir s’adresser à un poêle à bois et a des chutes d’eau du Machu Picchu. Ça m’a fait sourire. En évoquant mon blog, elle a ajouté en se marrant: « Passer après Clara Morgane, ça met une sacrée pression ! ». Ensuite, nous avons évoqué le régime Dukan que je suis à la lettre depuis 3 mois. Elle me donne des conseils, des précisions non dénuées d’intérêts sur ce régime, comme deux bons vieux amis qui se retrouvent et qui parlent de choses parfaitement futiles. J’ai devant moi une femme souriante et drôle. Si son ancien métier consistait aussi à faire baisser les armes de l’âme aux personnes à qui elle s’adresse, Ingrid Desjours est très forte à ce jeu-là. Très très forte parce que je ne me suis plus vraiment méfié. Je le sais, parce que je fais la même chose quand je dois interviewer quelqu’un. La personne en face de moi doit se sentir à l’aise, dès la poignée de main. J’ai toujours considéré que c’était ainsi qu’on obtenait le meilleur des autres.

 

Allez, magnéto !

 

- C’est déjà ton deuxième polar. Les choses sont allées très rapidement pour toi, non ?

 

- J’ai toujours beaucoup écrit dans ma vie, et ce, depuis ma prime jeunesse. Pour être sincère, j’ai toujours rêvé d’être écrivain, j’ai même commis quelques pièces de théâtre. Un jour, j’ai complètement arrêté d’écrire parce qu’un proche m’avait dit que ce que j’écrivais n’était pas bien, ça m’a cassé les ailes. Et puis, j’ai rencontré mon éditeur Denis Bouchain. Lui était intéressé par mon métier et voulait que je mette en avant une profileuse dans un polar. J’ai étais abasourdie que quelqu’un me fasse confiance à ce point. Il était persuadé que je pouvais arriver jusqu’au bout…Moi, je n’avais jamais lu ce genre littéraire là, mais on ne refuse par une telle proposition ! Qu’une maison d’éditions comme Plon s’intéresse à moi, était une chance inouïe. Je me suis donc lancée dans l’aventure et une semaine plus tard, je lui ai envoyé quelques pages… et nous avons signé. C’était les prémices d’Écho.

 

- Il paraît que tu n’avais jamais lu de polar avant que Denis Bouchain te demande d’en écrire un.

 

- Je ne connaissais pas du tout les codes de ce genre littéraire. Il m’était cependant évident qu’il ne fallait pas pas prendre le lecteur pour un idiot et que j’allais devoir me mettre en danger. En lui donnant, pour cela, la possibilité d’enquêter lui-même grâce à des indices disséminés avec parcimonie. A mon avis, un auteur doit donner au lecteur la possibilité de comprendre avant son enquêteur.

  

echo-thriller-ingrid-desjours.jpg- Dans Écho et Potens, moi, je n’ai pas découvert l’assassin très vite. Tu m’as bien baladé, je te remercie. Parlons des personnages principaux. La psycho-criminologue Garance Hermosa et le commandant Patrik Vivier. Ils sont extrêmement doués dans leur métier respectif, mais très peu pour les relations sociales et les rapports humains.

 

- Ce n’était pas calculé, mais il est vrai que je n’ai rien fait pour qu’ils soient sympathiques ou attachants. Garance, par exemple, les femmes qui m’en parlent la détestent souvent, alors que les hommes l’aiment bien. C’est vrai qu’elle couche avec tout ce qui bouge… Quoi qu’il en soit, les deux personnages se sont imposés à moi pendant l’écriture… au final, je les trouve cohérents avec eux-mêmes… et j’ai beaucoup de tendresse pour eux.

 

 - J’ai lu quelque part que lorsque tu écrivais, tu rentrais dans une espèce de transe.

 

- J’ai en tout cas l’impression d’être dans un état de grâce, de conscience modifiée et que je touche dans ces moments-là ce qu’est la création. Avant même d’écrire, d’ailleurs. L’inspiration me vient très souvent lorsque j’assiste à un concert. J’ai remarqué ce phénomène plusieurs fois, ça me tombe dessus et je n’y peux rien : histoires et personnages s’imposent à moi. Les dernières fois, c’était aux concerts de Pete Doherty, de Benjamin Biolay et de Miossec. C’est limite du chamanisme.

  

P1030531f.jpg

 

- Tu travailles de quelle manière pour structurer un roman ?

 

- J’ai un squelette, une idée de base, des personnages avec des traits principaux et des caractères que j’affine en me figurant leur enfance et la relation avec leurs parents. J’ai un mode d’apprentissage par imprégnation. Je fonctionne par empathie avec mes personnages. Ils sont  une part de moi et en même temps très différents. Je les place dans un environnement donné et après ils évoluent selon s’ils se rencontrent, selon ce qu’ils vont se dire… ils m’échappent parfois, ils ont leurs propres vies

 

- C’est un peu de l’écriture automatique ?

 

- Oui et non. On n’est jamais dans une totale inconscience non plus, mais j’ai l’impression d’être comme un médium. Je perds la notion du temps et les idées sortent, sortent, sortent et puis à un moment, je deviens comme une voiture qui n’a plus d’essence, ça toussote, ça avance moins vite. C’est comme si la source se tarissait. Jusqu’à la prochaine fois.

  

 

- Garance exerce le métier que tu as exercé. Ton vécu comme psychologue spécialisée en sexo-criminologie t’a donné des idées ?

 

- Pour Écho, je me suis inspirée d’un cas auquel je me suis trouvée confrontée. Alors mon métier m’a certes changée, imprégnée et je m’en servirai toujours d’une façon ou d’une autre, mais pas uniquement. Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le passé, et ce que j’observe au quotidien est une incroyable source d’inspiration. Je préfère m’en servir et m’inscrire dans une écriture plus instinctive, sensitive.

 

- Tu t’intéresses au basculement du bien vers le mal ?potens_1.jpg

- Ce qui m’intéresse c’est à la fois le pourquoi et le comment. Je me pose la question du déterminisme des choses, c’est d’ailleurs en filigrane dans Potens. Est-ce qu’on a un vrai libre arbitre ou est-ce que finalement tout n’est déterminé que par la somme de nos actions et par nos conditionnements. Comme beaucoup de personnes, j’ai à la fois une répulsion et une fascination pour tout ce qui est dans l’excès et dans les moments ou on bascule vers des actes odieux et irrémédiables.

 

- Dans Écho, l’intrigue se déroulait dans le milieu de la télé… enfin, il en était beaucoup question en tout cas. Pourquoi ce milieu ?

 

- En fait, l’univers des apparences m’intéresse par ce qu’il cache. Je ne peux ni ne veux me contenter de ce qu’on nous montre. Le monde de la télévision n’est que contrôle de l’image. J’aime soulever le voile et regarder quand la caméra est éteinte, quand on me montre une autre direction, pour comprendre, avoir les clés.

  

P1030525d.jpg- Garance, en tout cas, est brut de pomme comme femme. Elle ne porte pas de masque.

 

- Elle se dévoile beaucoup, et même quand elle croit se camoufler elle ne fait que crier des choses. Le choix du masque que l’on porte est très révélateur. Garance montre son côté narcissique, son besoin intense de séduire. Il y a une faille quelque part pour qu’elle ait besoin de surjouer, pour qu’elle soit dans la séduction permanente.

 

- Tu es surdouée, Potens évolue dans cet univers, tu en parles à la télé chez Michel Cymes… c’est paradoxal parce que je sais que tu n’aimes pas évoquer cet aspect là de toi.

 

- Je déteste cela tu veux dire. Et pourtant, effectivement, je viens en parler à la télé. Je veux dédramatiser et démystifier surtout. Le terme surdoué ne veut rien dire. Surdoué en quoi ? J’ai fait des tests et mon QI est supérieur à la moyenne. À la bonne heure, j’en fais quoi après ? On ne mesure pas la valeur d’un homme, ni même son intelligence, à son QI.

 

 

 - Y aura-t-il un troisième volet avec les mêmes personnages.

 

- Le 3e est en préparation, mais il sera un peu différent des autres. Pour tout te dire, il y en aura même un quatrième. Garance reviendra, c’est sûr !

 

P1030532.JPG

 

Nous avons parlé bien plus du livre Potens, mais après réflexion, j’ai décidé de ne pas trop rentrer dans les détails ici… pour que vous, lecteurs, ne soyez pas trop aiguillés dans un sens qui trahirait l’intrigue.

 

(Ne me remerciez-pas, c’est tout à fait normal !)

 

Il n’en reste pas moins que cette interview placée sous les signes bien distinctifs des gambas, des allergies aux chats, des tueurs en série, de l’explication de texte, de l’écriture, de l’humour et de la franche camaraderie fut bien agréable. Si Ingrid Desjours est impressionnante, elle est aussi fort attachante. Un plaisant mélange qui donne un goût de récidive.

Commentaires

Moi aussi même que j'ai un cui cui d'au moins 130 ! (j'invente pas, ce sont mes neveux qui le disent: "tata Yoyo, dans ta tête y'a des tas d'oiseaux!") ;) Sinon, je vais sûrement pas attendre Desjours pour ajouter ce livre à ma liste, merci Françoua!

Écrit par : Kiki | 30 août 2010

Les commentaires sont fermés.