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22 août 2010

Mes livres de l'été 2010 (8) : Harold Cobert pour "L'entrevue de Saint-Cloud"

Chaque année, sur ce blog, je consacre de nombreuses notes estivales sur mes lectures du moment. En cet été 2010, je ne vais pas faillir à la règle. Je vais vous présenter un choix de livres lus et appréciés quasi en temps réel. Évidemment exhaustif, le choix. Il y aura quelques livres de la nouvelle collection « Nuit Blanche » dirigée par Denis Bouchain chez Plon. Une collection de thriller 100% français. Mais, il n’y aura pas uniquement ce genre littéraire. Au programme aussi, Héroïc Fantaisy, roman épistolaire et roman dit « blanc», donc « normal ».

 Après Thierry Brun pour Surhumain, Samantha Bailly pour Lignes de vie, Laurent Terry pour Usurpé, William Réjault pour Tous ces jours sans toi, Christine Spadaccini pour Le voyage en argentique, Laurent Brard pour Les fils des brûlés, Amédée Mallock pour Le massacre des Innocents, voici mon huitième invité, Harold Cobert pour L’entrevue de Saint-Cloud (Editions Héloïse d’Ormesson).

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couv-entrevue.jpgRésumé du livre :

« Ce roman prend place au cœur de la Révolution, lors de l’entrevue secrète entre Marie-Antoinette et Mirabeau, le 3 juillet 1790. À travers ces deux figures, deux mondes se font face : la révolution et la monarchie, l’avenir de la France et son passé. Cette rencontre apparaît comme la dernière chance pour la royauté de sauver la mise, le dernier espoir pour le pays d’éviter la Terreur. Le prestige et le pouvoir de la reine sont au plus bas, ceux du charismatique tribun n’ont jamais été aussi hauts. Tout devrait les unir et les rassembler, mais l’échange vire à l’affrontement et au règlement de compte personnel. L’Autrichienne ne se laisse pas convaincre par l’éloquence du comte renégat, élu du tiers-état, et refuse l’idée d’utiliser à son profit les bouleversements révolutionnaires. Le livre ne peut que se conclure tragiquement, sur la mort de Mirabeau et l’exécution de la reine.

 

L’auteur :

Harold Cobert est né à Bordeaux en 1974. À la suite de sa thèse, Mirabeau, polygraphe : du pornographe à l’orateur politique, il a publié un essai consacré à Mirabeau, le fantôme du Panthéon et un premier roman, Le Reniement de Patrick Treboc (2007). Un hiver avec Baudelaire, paru chez Eho en 2009, a rencontré un vif succès. Harold Cobert écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision. »

Une fois n'est pas coutume, l'entretien s'est tenu dans la brasserie placée à côté du Grand Rex.

 

 

9782709628600.jpgMandor : Tu te souviens que, même s’il était bien écrit, je n’avais pas trop aimé ton précédent livre Un hiver avec Baudelaire, mais c’était juste parce que le thème abordé m’a sans doute fait peur… par contre, j’avais chroniqué ton génial Reniement de Tréboc.

 

Harold Cobert : Oui, tu l’avais gentiment classé dans ton journal dans « Les incontournables ». Je te remercie d’ailleurs.



 M : Pour en revenir à Un Hiver avec Baudelaire, es-tu étonné du succès qu’il a rencontré ?un-hiver-avec-Baudelaire.jpg

 

 H.C : Ce n’est pas non plus le délire en termes de ventes, mais les critiques dans la presse et surtout celles des lecteurs m’ont fait du bien. Il y a un côté rassurant. En grand format, on en a vendu 6000, à France Loisirs il y a deux mois, on en était à 14.000 et en Allemagne, il est sorti la semaine dernière. 1er tirage 15.000 exemplaires. Les Allemands sont très intéressés par ce livre, je ne comprends pas pourquoi.

 

M :  Ce sont, en tout cas, deux romans contemporains. Que nous vaut cette plongée dans une tranche de vie de l’histoire ?

  

H.C : Mon éditrice Héloïse d’Ormesson dit de ce livre que c’est « un roman en costume ». Il y a une nuance… (sourire)

12.08.10 Harold Cobert 3.JPG

 

M : Pourquoi as-tu choisi de raconter la rencontre entre Marie-Antoinette et Mirabeau ?

 

H.C : Parce que cette entrevue permet de faire le lien avec mes deux romans précédents. J’ai l’impression que les trois livres réunis forment une trilogie. A chaque fois ce sont des histoires de vies et de destins qui basculent complètement. Tréboc devient criminel par accident et de là, il devient une star de la télé… c’est une satire de la société du spectacle. Baudelaire explique le processus de rapide désocialisation et comment on passe de « l’autre côté ». Enfin avec ce nouveau livre, j’ai voulu montrer comment la petite histoire entre deux personnes fait basculer la grande histoire. Là, deux mondes se font face : le passé et l’avenir, l’histoire ancienne et l’histoire en marche, la monarchie et la Révolution. En tout cas, je tente de faire en sorte que mes livres aient toujours une valeur sociale ou sociétale.

 

M : Les thèmes abordés dans ton livre sont très modernes. Ils se juxtaposent parfaitement avec le monde d’aujourd’hui.

 

H.C : De plus, tout ce que Mirabeau écrit à la Reine est véridique. Je n’ai rien transformé. Si ça à l’air moderne, c’est peut-être aussi parce que la Révolution Française est un évènement encore moderne… actuellement, on baigne tout à fait dans cette époque là. Mirabeau, lui, avait parfaitement compris l’importance de l’opinion publique, l’importance de la manipulation par la presse, l’importance pour la première dame de France de suppléer le roi et/ou le président dans l’exercice de proximité. En ce moment, ça ne t’a pas échappé, nous sommes légèrement en crise. Il ne faut pas oublier que la Révolution commence quand les caisses de l’État sont vides. Je dis ça, je dis rien ! A cette époque, les aristocrates sont plus soucieux de jouir de leur droit que d’assumer quoi que ce soit. Ils se paient sur la cassette de l’état en permanence…. J’en passe et des meilleurs. Je trouve donc intéressant d’aller revisiter nos fondamentaux. Ce que j’apprécie dans l’Histoire, c’est quand elle nous apporte un éclairage sur le monde d’aujourd’hui.

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M : Le 18e siècle, c’est aussi la lutte contre l’obscurantisme religieux. Il en est question dans ton livre.

 

H.C : Oui, il s’agissait de séparer l’Église de l’État et que la religion reste dans la sphère privée. Aujourd’hui, la religion fait un retour très inquiétant dans la sphère publique. Il y a des débats ridicules sur notamment la burqa et sur l’identité nationale.

 

M : Comment as-tu « rencontré » Mirabeau ?Mirabeau NB.jpg 

 

H.C : J’avais 22 ans. J’ai fait ma maîtrise, mon DEA et ma thèse sur lui. Je suis très « Sollersien ». Sollers connait parfaitement le 18e siècle, le siècle le plus contemporain et le plus moderne qui soit. Ce qui m’intéresse chez Mirabeau, c’est son côté ultra moderne. La monarchie constitutionnelle qu’il souhaite ressemble beaucoup à la 5e République, avec notamment le pouvoir régalien pour le président. Il avait déjà anticipé tous les risques qu’il y allait avoir avec la 3e et 4e République. Ce qui m’a ému aussi chez lui, c’est que c’est un type avec un destin raté. La révolution était enfin un évènement à sa mesure et quand il va peut-être réussir, il meurt. Pire encore, déclaré traître à la nation, le cadavre de Mirabeau est retiré du Panthéon pour être enterré anonymement dans le cimetière de Clamart. 

 

M : Pourquoi Marie-Antoinette accepte-t-elle ce rendez-vous ?

 

H.C : Mirabeau sollicite une entrevue depuis un an. À ce moment là de l’histoire, Mirabeau est devenu tellement puissant qu’elle n’a pas d’autres choix que d’accepter. Quant à Mirabeau, il veut rencontrer Marie-Antoinette, car il sait que le roi est d’une indécision chronique et qu’elle, en revanche, a un caractère assez trempée. Elle seule peut insuffler quelque volonté au monarque, lui faire prendre de bonnes décisions, des décisions, et le contraindre à s’y tenir. Comme je l’écris, « la Première dame du royaume doit regagner sa popularité en allant à la rencontre du peuple, en se montrant comme le faisait jadis sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse ». S’il arrive à la convaincre, elle persuadera le roi, ainsi la monarchie sera sauvée de la tempête qui menace de l’entraîner dans l’abîme.

12.08.10 Harold Cobert 4.JPG

 

M : Malgré la joute verbale que tu écris entre les deux protagonistes, j’ai ressenti aussi un peu d’admiration réciproque.

 

H.C : Mirabeau est un aristocrate qui a passé sa vie à essayer d’être reconnu pour son talent. Quand il se trouve enfin face à la reine de France dont il peut devenir le conseiller occulte, il a soudain de la fascination pour elle. Elle est belle, intelligente et beaucoup de charisme. Tout le monde tombait sous son charme, même ses détracteurs. En tout cas, Mirabeau pense pouvoir conquérir une nouvelle stature grâce à elle. Quant à Marie-Antoinette, elle déteste Mirabeau. Principalement pour tout ce qui est de l’ordre de l’intime. Auteur d’ouvrages pornos, homme à femmes, rebelle à toute autorité, mis en prison régulièrement, Mirabeau est trop sulfureux. Trop libre, même. Elle avait cristallisé sur lui la rancœur de tout ce que le destin lui avait refusé. Elle n’avait dans Mirabeau  que le reflet comblé de ces propres frustrations. Il faut dire qu’il est profondément laid et qu’il a eu pourtant d’innombrables conquêtes. Je suis sûr qu’elle est jalouse de ce côté-là chez lui. Elle ne peut pas ne pas penser au palmarès d’alcôve de Mirabeau. Tu as raison, je crois qu’entre les deux, il y avait bien une admiration cachée réciproque. Ils avaient souffert des mêmes maux, simplement, ils n’avaient pas réagi de la même façon. Elle avait occulté la réalité, lui, l’avait affronté de face.

 

M : Est-ce que cette rencontre s’est déroulée comme elle est racontée dans ton livre ?

 

H.C : Le seul doute que j’ai, c’est si cette rencontre s’est déroulée entre quatre yeux ou si le roi était avec eux. Les historiens s’engueulent à ce sujet. Mais, au fond, ça n’a pas trop d’importance.

 

M : En parlant des historiens, quand on écrit un livre qui prétend raconter un peu d’histoire de France, on n’a pas peur de la réaction des personnes dont c’est le métier ?

 

H.C : Ça ne me gêne pas le moins du monde, car le 18e est une période que je connais moins mal que les autres et je suis prêt à débattre avec qui veut. Je reste convaincu de manière très immodeste que rien n’est vrai, mais que ça reste vraisemblable. Je me suis beaucoup documenté et j’ai lu beaucoup de livres sur la question.

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M : Quand tu as expliqué à Héloïse d’Ormesson que tu voulais écrire un livre sur cette rencontre, comment a-t-elle réagi ?

 

H.C : Elle m’a dit que ça avait l’air intéressant, mais qu’il fallait que je lui montre ce que ça allait donner. Héloïse ne juge que sur texte, par sur projet. Ce n’est pas le genre de la maison de juger sur synopsis.

 

M : Tu verrais bien ce livre adapté au cinéma ?

 

H.C : Pourquoi pas. En attendant, cet été, j’ai écrit une adaptation théâtrale. Pour avoir un décor unique, j’ai fait venir Mirabeau chez Marie-Antoinette. Un lieu clôt, c’est beaucoup plus inquiétant au théâtre. 

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Si la fragilité des destinées collectives vous intéresse (comme vous le suggère la 4e de couverture de ce livre), plongez-vous dans L’entrevue de Saint-Cloud, un livre passionnant qui vous permettra de pénétrer au cœur de l’ancien Régime et dans la tourmente révolutionnaire.

Commentaires

je déguste d'avance

Écrit par : favre jean luc | 25 août 2010

Lu, et bien aimé.
(oui, ça c'est un commentaire constructif)

(... mais Mandor, pourquoi n'avoir pas fait cette interview dans un parc ? ;-))

Écrit par : secondflore | 26 août 2010

Je connais bien cette brasserie en face du Rex, à l'angle de la rue du Sentier. J'y allais tous les soirs boire l'apéro avec tata Risette et mon oncle Michel (On l'appelait tous Mimich, c'était super drôle) quand j'étais petit. :)

Écrit par : Etienne Darc | 11 septembre 2010

C'est bien la première fois qu'on voit un écrivain boire de l'eau. Bravo monsieur Mandor, un bel exploit dont les jeunes blanc becs de journalistes tout droit sortis de l'école parleront longtemps.

Écrit par : Alcoolique anonyme | 11 septembre 2010

Lu l'entrevue de Saint Cloud.
Bouquin très moyen !

Écrit par : Bresa Brenda | 07 février 2011

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