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10 juillet 2009

Jean-Louis Murat avec un petit goût d'inachevé...

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Ce mardi, mon rendez-vous avec Jean-Louis Murat à l’hôtel Les jardins du Marais, ne commençait pas sous les meilleurs auspices.

Rendez-vous à 10h45 jusqu’à 11h30. Pour parler de son prochain album Le Cours Ordinaires des Choses (sortie le 21 septembre).

Les embouteillages à Pierrefitte, les feux rouges parisiens à foison…etc. ont eu comme conséquence un retard pas conséquent.

Je déteste être en retard !

Je déboule dans le rue Amelot à 10h47.

2 minutes de retard… l’inimaginable pour Mandor.

Pas de place, of course.

Ah si ! Une grosse place spéciale LIVRAISON devant l’hôtel.

C’est bonnard.

Le pied !

Les dieux des journalistes sont avec moi.

 

Je me gare consciencieusement.

Je me dirige vers Carine, l’attachée de presse de chez Polydor/Universal qui gère la journée « interview Murat avec la presse écrite ». Je lui demande de m’excuser pour mon retard impardonnable, me répond que « ces deux minutes-là ne seront pas inscrites dans mon dossier ».

Je lui explique je me suis garé devant l’hôtel. Qu’elle jette un coup d’œil de temps en temps, merci !

Nous allons de concert dans la chambre du chanteur. Murat est avec Philippe Barbot. Journaliste fort respectable spécialisé dans la chanson française (dont je lis les articles depuis des années et son blog depuis quelques mois). C’est lui qui va écrire la petite bio envoyée aux journalistes pour présenter son nouvel opus (que je vais donc recevoir dans quelques jours). Carine me le présente, puis il quitte la suite/chambre. Jean-Louis Murat a toujours été sympathique avec moi (lire ma première mandorisation du monsieur), mais je crois que, plus généralement, il est beaucoup plus conciliant avec les gens de la presse écrite qu’avec les animateurs de télévision. Je lui fais vite remarquer que la dernière fois que nous nous sommes vus, il y avait du vin rouge et qu’aujourd’hui, nous étions à la Vittel. « C’est la crise pour tout le monde, mon bon ami ! » me répond-il.

 

image001.jpgInterview :

 

-Parlons de cet album enregistré à Nashville. Ça vous a apporté beaucoup de changer d’environnement et de rencontrer des musiciens qui sont de grosses pointures ?

 

-Ça m’a apporté de la confiance en moi. Je n’en menais pas large, mais, finalement, je me suis senti comme un poisson dans l’eau. Les musiciens de là-bas sont les antis requins de studios que l’on connait en France. Ils sont extrêmement attentifs, disponibles et gentils.

 

-Ils sont curieux de savoir avec quel chanteur français ils vont jouer ?

 

-A un point que vous ne pouvez pas soupçonner. Sur Internet, ils voulaient même voir où j’habitais, ils me posaient 1000 questions, bref, des gens curieux et normaux. Cela dit, quand je suis arrivé à Nashville, avant les palabres, nous avons joué directement. Je suis arrivé les mains dans les poches, le patron du studio m’a prêté une guitare, les musiciens se sont assis en rond autour de moi et j’ai chanté quelques-uns des morceaux que je voulais enregistrer avec eux. Je savais parfaitement ce que j’avais à faire. Il faut dire que j’ai l’habitude, c’est quand même mon 25e album que je produis, je connais donc tous les rouages de ce métier. Il était évident pour moi, qu’en arrivant, il fallait que je sois super pro parce que j’arrivais dans le monde des pros. Mais, pas dans le sens péjoratif. Je parle de comment les studios sont tenus, la maintenance, le matériel, l’égalité entre le réceptionniste et l’ingénieur du son, tout ça est d’un extrême professionnalisme et d’une extrême gentillesse.

 

-Il y a dans ce disque une ambiance très « Nashvilienne ». Excusez cette saugrenue question, mais, épouse-t-on obligatoirement le style musical du lieu où on enregistre ?

 

-Je ne vois pas les choses comme ça. Avec l’ego que j’ai, je n’allais pas à Nashville pour faire de la musique américaine. Je n’ai d’ailleurs pas laissé beaucoup de latitude aux musiciens pour faire autre chose que ce que j’avais envie de faire. Mes chansons étaient hyper cadrées, il était difficile pour les musiciens d’en sortir. Si ça sonne très « Nashville », ça sonne aussi très « Murat » et très « français » aussi.

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-Ce qu’il y a d’étonnant avec vous, c’est qu’à chacun de vos albums, on ne sait pas ce qui nous attend. Par exemple, même quand vous chantez Baudelaire, le style Murat est là, bien ancré.

 

-Le style fait l’homme. Je tente de poser ma marque sur ce qu’on est et ce qu’on fait.

 

-Vous êtes toujours « maître à bord » quand vous enregistrez et on vous dit très dirigiste.

 

-Je suis très bien dans ce genre de situation. J’aurais été très très bon à la guerre. J’aurais été excellent colonel de cavalerie. J’aime bien avoir une vision et donner des indications à chacun. J’ai une mentalité de chef, ça, c’est sûr. Depuis l’école. Je n’ai jamais joué au foot et au rugby si je n’étais pas capitaine. Je ne sais pas d’où ça vient, mais c’est comme ça.

 

arton1742-54dbf.jpg-Vous avez combien de chansons d’avance ? Vous êtes à ce point prolifique que j’imagine vos tiroirs déborder de chansons non utilisées.

 

-Détrompez-vous. J’écris au fur et à mesure.

 

-Ce qui fait que vous sortez un album par an. À chaque rentrée, son Murat nouveau.

 

-C’est vrai. Après avoir terminé celui-là, je rentre dans une espèce de dépression, quasi géographique et géologique du terme. Je m’emmerde tellement à ne rien faire que les chansons arrivent naturellement.

 

- Le message de votre chanson « Chanter est ma façon d’errer » est que vous n’êtes bien que lorsque vous créez et chantez.

 

-Je me demande si tous mes efforts pour faire des disques, pour avoir une petite place je ne sais où, ce n’est pas uniquement dans le but d’avoir quelques minutes de grande satisfaction d’être sur scène. Dans ce cas de figure, je ne sais plus où je suis, je ne sais plus ce que je fais, j’ai une sorte d’oublie de tout. Mon disque dur est déconnecté. Je ne me souviens jamais de ce qu’il s’est passé après un concert. Ce sont toujours les gens de la technique qui me précisent ce qu’il s’est passé.

 

-Vous êtes en transe ?

 

-Ça ressemble à ça. Le retour à la réalité est super difficile. Tu rebranches le disque dur, tu as toutes les emmerdes qui reviennent. D’ailleurs, ce pauvre Michael Jackson, c’est la réalité de la vie qui l'a tué, pas son job. Les artistes ne peuvent pas passer leur temps dans l’irréalité de leur travail. Il y a une certaine façon de faire le job qui suppose qu’on meurt jeune. Pour rentrer dans la légende, il faut mourir jeune. Quand on vit au ralenti, on vit longtemps. Michael Jackson était l’envers de tout le monde.

 

-Vous ne voulez pas rentrer dans la légende rassurez-moi ?

Il se marre.

-Non, non, c’est foutu, j’ai passé les 50 ans.

 

jean-louis-murat-19749.jpg

-Vous n’avez pas la langue de bois, ça, c’est un fait. C’est parce que vous ne voulez pas perdre votre temps en palabres inutiles.

 

-C’est très couteux, vous savez. La satisfaction que j’ai a laissé aller ma nature, à dire ce que je pense tout à fait franchement à la télévision, c’est amusant, mais ça me coûte cher. Je trouve profondément immoral de parler au nom de la morale. Comme on est dans une époque très morale, être comme je suis, sans concession, est un signe d’idiotie et pas un signe de clairvoyance. J’ai un côté impulsif qu’on a tous dans la famille. Ma mère réagit au garde de tour, mes sœurs, c’est encore pire. Moi, je suis peut-être le moins réactif de toute la famille.

 

-Bonjour les repas familiaux !

 

-Oui, ça chauffe souvent !

 

-Votre chanson Comme un incendie est extrêmement dure envers la société et les gens qui la composent. Et envers vos origines auvergnates.

 

-Il ne faut pas se voiler la face, je suis le fruit de siècles de pochetronneries et de baises entre cousins. Sur moi, ça a produit un certain nombre de comportements incontrôlables et pas toujours justifiés.

 

485.jpg-Dans M le maudit, on comprend que vous parlez de Murat. Vous vous sentez vraiment poète maudit ?

 

-Je vis comme une malédiction d’avoir une telle vie. Je me suis trompé de temps. Je ne vais pas pour cette époque.

 

-Je vous aurais bien vu au temps des croisades…

 

-Toute période de guerre m’aurait plu. J’aurais aimé être chef de guerre.

 

-Vous croyez en la réincarnation. Pensez-vous avoir eu ce genre de vie ?affiche_concerts_09.jpg

 

-Je l’ai toujours pensé. Dans ma première chanson, Suicidez-vous, le peuple est mort, le type qui me produisait avait inventé un slogan pour vendre mon disque : "Avant, j’étais un héros!" Je n’ai jamais dépassé ce truc-là. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir une sous-vie, d’avoir juste la mémoire d’une vie antérieure. Le cours ordinaire des choses (NDLR: titre de son nouvel album) ne me va pas du tout, car j’ai l’impression d’avoir vécu 1000 choses passionnantes avant.

 

-Le combat par les armes est plus important que le combat que vous menez… le combat par les mots ?

 

TOC TOC TOC !

 

Je dis à Murat : « Quoi, déjà, je devais avoir trois quarts d’heure, là, ça fait tout juste 20 minutes ».

Le poète auvergnat se lève pour ouvrir.

 

-François, viens vite, on enlève ta voiture ! Grouille !

 

-Putain ! dit Murat.

 

Il m’ordonne presque de filer au plus vite en éteignant mon magnéto.

En courant, Carine parvient à me préciser qu’elle a demandé à l’homme qui enlève les véhicules des mauvais « gareurs » de m’attendre.

 

En arrivant dans la rue, je vois ma voiture dans le camion d’enlèvement et un conducteur, l’air goguenard, qui attend mes explications.

 

- ‘Tain, pourquoi vous enlevez juste ma voiture à moi ? Regardez, derrière une voiture est garée sur un passage piéton et là et là des voitures garées en double file qui gênent carrément la circulation.

(Et là, je me dis que l’homme n’est qu’un sale délateur.)

 

-Oui, ben, hein, c’est pas moi qui décide, m’sieur ! Regardez.

 

Il me présente une machine sur laquelle sont mentionnés des numéros de plaques d’immatriculation, la mienne en première position.

Il me tend aussi une feuille qui indique que l’enlèvement de ma pauvre Fiat Panda bleu électrique a été demandé à 10h49.

10h49 !!!

Je suis arrivé à 10h47.

A croire que les policiers étaient cachés en m’attendant rien que pour me faire chier.

(Et là, je me dis que l’homme croit que la planète tourne autour de son nombril.)

 

J’explique à mon kidnappeur de voitures, au demeurant pas méchant, que je suis journaliste, que j’avais rendez-vous avec un chanteur, que j’étais très en retard, qu’il n’y avait aucune place à proximité, que bon sang de bonsoir, je ne gène personne ici devant un hôtel, que je suis forcément de passage, que, merde, pourquoi, c’est ma voiture qu’on enlève ?

 

-Calmez-vous monsieur. J’appelle la police, ils viennent, vous faites un chèque de 126 euros et vous repartez avec votre voiture.

 

Ah ! Cool ! Bon, je ne vais pas être obligé de me rendre à la fourrière, c’est déjà ça.

J’accepte sa proposition.

Et nous attendons.

Carine vient aux nouvelles. Je lui dis de faire passer le prochain journaliste, je finirai mon interview après lui.

25 minutes plus tard, j’attends toujours. Carine me rapporte, mon magnéto et mon sac que j’avais laissé dans la chambre. Je suis à deux doigts de péter un câble.

10 minutes plus tard, une policière arrive en scooter.

Gentille.

Mais elle fait son boulot. Je lui signe un chèque de 126 euros. En remerciement, elle me tend un PV de 35 euros. J’hésite à la remercier.

On me rend ma voiture.

Mais, je ne trouve aucune place pour me garer et finir ma conversation avec Murat. Au bout de 20 minutes de recherche, je capitule. Me gare de nouveau devant l’hôtel, file rejoindre Carine et lui annonce que ne trouvant pas de place, je ne terminerai pas l’interview. En quittant l’hôtel, je croise Jean Théfaine, (dont je lis les articles depuis des années et le blog depuis quelques mois). Nous nous saluons, mais je suis trop énervé pour engager une conversation plus poussée.

Je repars chez moi écœuré et ruiné.

161 euros l’interview non terminée de Jean-Louis Murat… qui dit mieux ?

Sinon, Murat est un grand poète, rare et possédé par de beaux esprits.

Je me dis que rencontrer un homme comme ça n’a pas de prix.

La positive attitude…

Commentaires

Dommage que tu ne sois pas venu l'interviewer dans sa cambrousse, on aurait pu aller boire un pot ensuite! ;)

Écrit par : Kiki | 11 juillet 2009

C'était très intéressant à lire, j'ai bien apprécié. Bon par contre pour ta voiture ce n'est vraiment pas cool... Il faut vivre à Paris et région parisienne pour savoir à quel point c'est la galère pour se garer parfois, je compatis ;-)

Écrit par : Marie-Laure | 11 juillet 2009

Ohh punaise, c'est plus cher qu'une place de concert ça !! :(

Écrit par : E | 11 juillet 2009

Et chauffeur de Mandor, c'est bien payé comme job ?... Moi ça m'irait bien comme boulot... En plus, la Panda, je connais bien, ma femme en avait une ! Une 1000 CLX...

Écrit par : luc-michel | 11 juillet 2009

Les commentaires sont fermés.