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17 juin 2009

Kaoutar Harchi, auteure choc!

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harchi.jpgFrançaise d’origine marocaine, née à Strasbourg, Kaoutar Harchi à 23 ans. L’année dernière, elle s’est installée à Paris pour préparer une thèse sur le poète Kateb Yacine. La jeune fille a des velléités d’écriture depuis toujours… et une envie de raconter une histoire la taraudait. « Tout sauf celle d’un nombril : une histoire de béton. Contre lui, surtout », précise-t-elle.

 

Dans ses références, on peut distinguer : Tassadit Imache, Evgueni Grichkovets, Paul Celan, Abdelhak Serhane, Eugène Guillevic, Malika Mokkedem, Georges Perec, Vasko Popa, Yves Bonnefoy, Frantz Fanon, Heiner Muller, Nabile Farès, James Sacré, Fabrice Melquiot, Kateb Yacine, Maimouna Gueye.

(Je vous avoue humblement que je ne les connais pas tous).

 

La lecture de son premier roman : « Zone Cinglée » (aux éditions Sarbacane) m’a renversé.

Une écriture choc et une histoire originale.

Peu communes.

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Voici le résumé (source Evene) :

« Zone cinglée est cet endroit qui existe au-delà de la frontière de la ville-centre : un au-delà inquiétant, menaçant, un no man’s land dont personne ne s'échappe ou alors, pour ceux qui ont voulu vivre dans la lumière, le retour au pays se solde par un suicide.
Dans cette cité perdue, les mères sont devenues folles et dangereuses, nourrissent les rangs de la haine et de l'inceste en donnant naissance à une armée d’enfants-monstres. Au milieu de ce chaos, Tâarouk, le narrateur, qui veut vivre l’amour, l'amour interdit avec les hommes, l'amour fraternel avec Feyi et l'amitié avec Izare, souhaite quitter cette banlieue mortifère pour vivre enfin ses désirs naissants. A l'issue de ce qui s'avère être un véritable chemin de croix, Tâarouk va trouver sa voie parmi les hommes et sortir de l'ombre pour exister au plus près de lui-même et des autres, de ceux qui sont partis
, de ceux qu'il va aimer. »

 

J’ai demandé à Kaoutar Harchi de me rejoindre à Meaux pour me parler de son livre.

Un jour de pluie battante.

Drue l'averse.

Je vais de ce pas et sans détour éviter les clichés du genre: "elle est apparue devant la gare de Meaux, tel un rayon de soleil..."

Pas digne de Mandor.

 

-Présentez-moi cette « Zone Cinglée ».

 

-Les premiers mots qui me viennent à l’esprit, ce sont « syncrétisme » ou  « hybridation ».  Dans mon parcours personnel, je suis passé par différentes structures et différentes tendances. Dans mon roman, ça se retrouve un peu. Ce mélange entre quelque chose de très noir et de très précis qu’on peut rattacher à certaines dimensions de la réalité, d’autre part, des choses plus imaginaires, plus inventives, qui touchent à l’extrapolation d’un évènement réel à part entière.

 

-C’est un roman hybride. À la fois un conte mythologique, un roman de Science Fiction ou même un journal intime d’un ado très tourmenté.

 

-Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire jusqu’à ce que mon roman soit définitivement fini. A la base Tâarouk était là, ensuite, tout ce qui relève de la cité, des mères, « la cause », du frère et des parents de Tâarouk, ce sont des éléments qui sont venus au fur et à mesure du travail avec mon éditeur. Je ne voulais pas que ce livre tourne autour d’une forme auto-fictionnelle ou intimiste. Je voulais construire un univers qui soit autre chose que la réalité. Un univers qui ne soit pas qu’une simple copie de ce qui se passe au quotidien dans nos vies respectives.

 

-Vous avez choisi un narrateur (Tâarouk) pour raconter cette « Zone Cinglée ». Vous vous êtes donc mis dans la peau d’un homme pour écrire…

 

-Curieusement, j’ai plus de facilité à écrire en utilisant un « je » masculin qu’un « je » féminin  parce que du côté du monde des filles, je n’aurais pas grand-chose à dire. Je connais mal le monde des garçons, c’est ce qui m’a intéressé. C’est plus agréable, plus fertile et plus fécond de m’éloigner de ce que je tente de créer comme proximité, comme dimension saisissable à travers le roman.

 

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Adjani's attitude...

-Dans votre roman, les femmes n’ont pas le beau rôle. Ni les jeunes, ni les mères qui deviennent complètement folles.

 

-J’ai commencé mes études en apprenant l’anthropologie. A ce titre, je suis très sensible aux questions relatives aux rituels, aux mythes et aux différentes structures que les gens mettent en œuvre  pour tenter de canaliser ou maîtriser leur peur. Je me suis demandé, dans ce livre, comment on faisait pour gérer la mort. J’ai mis en scène des mères ne supportant plus le deuil de leurs fils, tous suicidés, et qui décident de s’installer au cimetière pour rester proche d’eux. J’ai voulu aussi montrer mon point de vue sur ce qu’il se passe quand des évènements individuels deviennent collectifs. Que se passe-t-il quand la folie continue, quand, à aucun moment, il n’est possible de revenir en arrière ou de trouver une porte de sortie. J’ai raconté plusieurs folies. Celle du narrateur, de sa famille et celle de la cité.

 

-Y a-t-il une morale dans votre livre ?

 

-Les livres à moral ou à une quelconque pédagogie, c’est quelque chose que j’admire dès lors que ce sont les autres qui le font. Moi, j’ai de la difficulté à assumer ce genre de dessein. Il n’y a rien que je veux faire passer comme étant un message ou quoi que ce soit à comprendre ou à retenir. Dans « Zone Cinglée », je ne mets en avant que mes impressions et sensations personnelles d’une difficulté à gérer ses rêves.

 

-On peut penser en regardant la couverture et en lisant le résumé de l’histoire, que c’est encore un roman sur une cité de banlieue… et pourtant, ce n’est pas la réalité du contenu de votre roman.

 

-La question de la littérature de banlieue est très compliquée parce que ça met en œuvre à la fois l’ambition d’un individu à être reconnu comme un écrivain et, à la fois, les difficultés qui se posent à lui à partir du moment où il évoque un territoire particulier. Un roman de banlieue, c’est réducteur et c’est créer un sous-genre qui de manière formelle ou stylistique, n’existe pas.

 

-Je sais que vous êtes une passionnée de rap et de slam. Est-ce la raison pour laquelle vos phrases sont courtes, incisives, précises et percutantes ?P1000476.JPG

 

-J’ai écouté énormément de rap français. C’est un mouvement dans lequel je me reconnais, mais je suis juste une auditrice régulière, je ne me suis jamais impliquée dans le mouvement. Si je devais citer quelqu’un, au niveau du style, de l’écriture et de la capacité à mettre en rythme les mots, ce serait Oxmo Puccino. Il a une écriture et une facilité à créer des images qui m’ont toujours frappé et attiré. En tout cas, les phrases courtes, le caractère parfois rapide et haletant me convenaient bien parce que l’histoire est comme ça. Mes personnages sont habités par le désir, la folie, l’amour et, finalement, il y a une correspondance entre la forme et le fond.

 

-Pour finir, Kaoutar Harchi, aviez-vous l’ardent désir d’être publiée ?

 

-Je trouve ça très difficile d’écrire et de ranger ses mots et ses histoires dans son tiroir et de les ressortir le lendemain comme si de rien n’était. Il y a toute la dimension du partage qui n’existe pas. Quand un éditeur vous prend au sérieux et qu’il accepte de travailler avec vous, c’est un gage de confiance qui a été nécessaire…

 

-Vous avez eu du mal à trouver un éditeur ?

 

-J’ai eu du mal au début, mais simplement parce que ce que je proposais était d’une qualité très faible. Les gens me renvoyaient à moi-même en me disant de travailler encore et encore. Un jour, j’ai compris ce que je voulais écrire et j’ai vite trouvé un éditeur. Il m’a d’ailleurs beaucoup aidé sur bien des points.

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Interview diffusée sur 77FM à écouter là.

Commentaires

bonjour

Écrit par : harchi | 09 mars 2012

Vu dans "ce soir (ou jamais!)", une tête bien faite dans une tête pleine ;-)

Écrit par : richard | 04 avril 2012

je te remercie frédérique de nous faire connaître des jeunes talents aussi prometteurs.Kaoutar m'a impressionnée par la clarté de ses interventions,l'intelligence de ses propos.La perspicacité de cette auteur est étonnante eu égard à son jeune âge.Sa simplicité , point commun des personnes brillantes,ainsi que sa fraîcheur ont largement contribué à la réussite de ton émission d'hier que j'ai savourée avec un plaisir intense.Quant à toi Qaoutar, je te souhaite bonne route ,qu'elle soit longue et bordée de beaux succès qui seront j'en suis sûre bien mérités.

Écrit par : hynd | 05 avril 2012

je te remercie frédérique de nous faire connaître des jeunes talents aussi prometteurs.Kaoutar m'a impressionnée par la clarté de ses interventions,l'intelligence de ses propos.La perspicacité de cette auteur est étonnante eu égard à son jeune âge.Sa simplicité , point commun des personnes brillantes,ainsi que sa fraîcheur ont largement contribué à la réussite de ton émission d'hier que j'ai savourée avec un plaisir intense.Quant à toi Qaoutar, je te souhaite bonne route ,qu'elle soit longue et bordée de beaux succès qui seront j'en suis sûre bien mérités.

Écrit par : hynd | 05 avril 2012

j'ai fait connaissance avec kaoutar harchi hier lors de l'emission de Tadei que je ne rate pour ri en au monde. cette jeune fille m'a emballée par la justesse de ses propos,la clarté de ses idées qu'elle partage avec une facilité étonnante et une perspicacité rare pour une jeune femme de son age.elle a apporté à cette émission déjà passionnante une dose supplémentaire d'intelligence et de fraîcheur qui nous a régalés.merci frédéric pour le choix de tes invités merci de ce moment d'intelligence hebdomadaire que tu nous offres si généreusement.longue vie à ton émission!quant à toi kaoutar bravo et bonne route qui sera j'en suis sûre jalonnée de succès.

Écrit par : hynd | 06 avril 2012

La mort ne se gère qu'à travers la vie. On croit vivre, mais nous ne faisons que de jouer avec les ombres d'autrui et de nous même. On vit mieux en pensant n'être qu'une transition entre la lumière et la pénombre. En y regardant de près la limite ombre lumière a toujours une épaisseur. La difficulté de la vie est de rester dans cette zone. L'écriture est un privilège de ce point de vue. D'où la nécessité d'enseigner. Bon vent à ton talent et bravo pour cette vision de la vie dans l'émission de F Taddéï, où l'interpénétration du bien et du mal, permet de justifier tout et n'importe quoi, puisque derrière le n'importe quoi, il y a malgré tout toujours cette idée d'inter dépendance, d'intermédiaire , d'intercession, d'une curiosité qui fait que la vie sur terre doit bien correspondre à quelque chose dont nous n'avons pas vraiment l'autorisation de définir. 8 avril 2012 23:51

Écrit par : Miloche Robert | 08 avril 2012

Merci à cette auteur authentique, qui nous fait à nouveau espérer dans la littérature, la vraie. Une écrivaine est née.

Écrit par : Beryl | 14 janvier 2015

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