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22 décembre 2008

Jérôme Attal et William Rousseau!

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Jérôme Attal est l’un des auteurs les plus doués de sa génération. Il est parolier pour des artistes aussi différents que Johnny Hallyday, Pierre Guimard, Jane Birkin, Florent Pagny, Constance Amiot, Bertrand Soulier, Vendetta et quelques autres. A son actif : Trois disques, deux romans et un récit. Je l’ai mandorisé fréquemment (par ordre de publication, , ici et encore ...), car je déplore qu’il ne soit pas encore considéré en France comme un très grand. J’ai une réelle admiration pour lui.

William Rousseau, lui est un compositeur hors pair. En 2002, Caroline Molko le signe chez Warner Chappell. Il écrit des musiques pour des artistes comme Florent Pagny, Faudel, Chimène Badi… Il est aussi l’un des compositeurs de l’opéra rock à venir, Mozart (d’Albert Cohen et Dove Attia).
William Rousseau sort fin janvier son premier album intitulé Ton homme en passant.
Son disque est mon coup de cœur de ses 6 derniers mois.
(Et vous connaissez ma totale objectivité ! )

Jérôme Attal a écrit tous les textes de ce disque.

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Là, ils partagent une scène...

Il m’a semblé intéressant de les réunir pour une conversation à bâtons rompus.
Ce que nous avons fait le 3 décembre dernier au Zébra Square
En plein après-midi.

Mandor : J’ai lu que votre rencontre était le pur fruit du hasard. Si je ne m’abuse, c’était un peu provoqué…

Jérôme Attal : Oui, d’autant plus qu’on a déjà fait plusieurs chansons ensemble pour Marie-Amélie Seigner, dont une très jolie : On se regardait. Et puis un tube d’entreprise pour Warner.

Mandor
: ??? C’est quoi un tube d’entreprise ?

Jérôme Attal
: C’est un titre qu’on nous a demandé, qui a été enregistré et qui est sorti sur une compil’ internationale de chez Warner. C’est une jeune fille qui chantait et c’est un disque qui, finalement, n’existe pas. C’est ça que j’appelle un « tube d’entreprise ».

Mandor : Et ça ne vous a pas découragé de bosser de nouveau ensemble.

Jérôme Attal
: Pas du tout. J’adorerais un monde où la valeur de ce que tu fais a une sanction immédiate. On aurait pu faire un truc très médiocre et qu’il cartonne… il n’y a aucune logique.

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De gauche à droite, William Rousseau et Jérôme Attal.

3700187633080.jpgMandor : Bon, pour cet album Ton homme en passant, qui a décidé de travailler avec l’autre.

Jérôme Attal : Comme on s’entend bien et que j’adore les mélodies de William, l’idée était loin de me déplaire. Tu sais que j’aime les Beatles et bien, je trouve que le côté mélodique de William est très Beatles. C’est rare en France de faire de si belles mélodies…

William Rousseau : C’est amusant parce que l’on s’est retrouvé dans un séminaire à l’environnement un peu particulier. Nous étions très esseulés l’un et l’autre. On devait composer des chansons pour des projets virtuels ou à-venir. On n’avait pas le droit de de se mettre avec des gens avec qui on avait l’habitude de travailler. À table Jérôme m’a glissé discrètement un texte. Je me suis enfermé dans une petite pièce tout seul et j’ai commencé à composer sur ce texte. Ça a bien fonctionné.

Jérôme Attal
: Pendant ce temps, moi, je draguais les filles…

William Rousseau
: En fin de journée, j’ai interprété la chanson devant notre éditrice préférée. Je me suis dit à ce moment-là que je pourrais interpréter des chansons moi-même plus souvent. Jérôme m’a un peu poussé à ça. Il m’a incité à faire mon album, tout en me précisant qu’il me ferait tous les textes.

Jérôme Attal
: Oui, en effet. Je pensais que mes mots iraient bien sur ses mélodies.

William Rousseau
: Ensuite, Jérôme m’a envoyé quelques textes sur lesquels j’ai placé ma musique.

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Mandor : Il faut bien se connaître pour écrire pour les gens, Jérôme ?

Jérôme Attal : Très franchement, j’écris pour moi. Il faut que ce soit cohérent avec ce que je fais d’habitude. Ce que j’aime avec William, c’est que j’ai pu faire exactement ce que je voulais.

William Rousseau : Un texte peut diriger une façon de composer un titre, donc, une musique peut inspirer un auteur. Obligatoirement, les choses étaient reliées par l’envie de l’un et de l’autre de faire quelque chose d’assez personnelle.

Jérôme Attal
: Oui, et puis mon écriture est assez ouverte. J’essaie de faire en sorte que chacun puisse se l’approprier. Ce qui était génial, c’est que William m’envoyait des musiques qui m’inspiraient des couleurs et des mots. En plus, travailler pour un nouvel album, c’est excitant. Chaque chanson dépend des autres chansons.

(Le premier clip tiré du disque de William Rousseau.)

William Rousseau : Tu travailles dans un répertoire.

Jérôme Attal
: J'aimerais que mon travail pour mes chansons personnelles et pour celles
que j’écris pour les autres, soit cohérent avec mes romans et mon Journal.
Je crée des liens, je tisse une toile.

William Rousseau
: Dans les chansons de Jérôme, j’ai l’impression que c’est une seule grande et même histoire, avec plusieurs petits scénarios. Il a choisi une thématique qui touche et qui intéresse tout le monde : la relation entre hommes et femmes.

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Mandor : William, tu as testé les chansons sur scène avant de les enregistrer. Il y en avait au départ 16, il n’en reste plus que 11 sur l’album.

(William sur scène...)

William Rousseau : On sent vite quelle chanson fonctionne et quelle chanson fonctionne moins. Bon, il est vrai que le retour public est toujours faussé. C’était plus pour savoir ce qui raisonnait ou pas.

Mandor: Jérôme prétend que tu es un chanteur à femmes. Qu’elles sont pantoises d’admiration quand elles te regardent chanter en concert…

William Rousseau : Je ne peux pas dire ça. Mais, dès qu’un garçon commence à avouer ses faiblesses, ça peut plaire à une catégorie de femmes… On fera le bilan dans quelques mois. Pour le moment, je n’ai pas un public très nombreux. Je suis ce qu’on appelle « en devenir ».

Mandor
: William, as-tu déjà lu des livres de Jérôme ?

William Rousseau : En fait, je n’ai pas encore lu Le garçon qui dessinait des soleils noirs. Je ne me le suis pas encore procuré, je l’avoue. Mais j’ai lu les deux autres.

Mandor
: Que penses-tu de sa manière d’écrire des romans ?

William Rousseau
: J’ai découvert Jérôme par les chansons. Je trouve dans ses livres exactement la même fluidité. On peut lire Jérôme comme on peut découvrir ses chansons… avec facilité. Désormais, je peux me vanter en disant que mon disque fait partie de l’œuvre de Jérôme.

(Le clip du livre Le garçon qui dessinait des soleils noirs...)

Mandor : Jérôme, parlons donc de ton nouveau roman. Dans Le garçon qui dessinait des soleils noirs, tu développes la personnalité de Basile Green, musicien de rock, déjà présent dans L’amoureux en lambeaux. Arrêtons-nous sur ce que tu écris sur le rapport entre un artiste et « le » public.

Jérôme Attal : Ce qui me fait toujours rire, c’est quand les gens parlent du public comme si ce n’était qu’une personne. Basile est un chanteur particulier, dans le sens où il n’a pas envie que des gens qu’il n’aime pas soient son public.

William Rousseau : C’est très toi, ça !

Jérôme Attal : Ce misanthropisme est très difficile à négocier avec l’idée de faire des chansons à succès et d’être populaire.

William Rousseau : Je trouve que c’est un avantage de dire que le public est une seule entité. On ne perçoit plus les gens qu’on n’aime pas.

Jérôme Attal
: Tu as raison. Tu es plus souple que moi !

Mandor : Toi, William, tu acceptes tout le monde ?

William Rousseau : J’accepte surtout les gens dont Jérôme se débarrasse.
(sourires). C’est pour ça que j’ai récupéré beaucoup de filles.

Jérôme Attal : Je vais faire une digression, là. Je tiens à signaler que Mandor nous emmène dans des endroits où les madeleines que l’on sert avec le café, sont un croisement entre la Madeleine et le Financier… c’est assez chic ! Je conseille à tous les chanteurs de se faire interviewer par Mandor, l’après-midi…

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Mandor : Oui, bon, revenons à ton livre… tu esquisses le milieu de l’industrie du disque…

Jérôme Attal : Ce n’est pas le problème principal de mon roman. Un jour, j’aimerais bien publier un livre sur l’industrie du disque. J’ai plein d’anecdotes rigolotes à raconter. Mais, Mandor, mon propos dans la littérature n’est pas d’écrire des anecdotes, tu le sais... c’est aussi de faire des livres comme des gens que j’aime bien… Fitzgerald, Sallinger. En même temps, il est vrai que je fais dire à Basile que ce milieu a "basculé dans la misère et le cynisme".

Mandor : Tu en penses quoi, toi, William ?

William Rousseau : J’ai tendance à dire que j’ai un pied qui avance plus vite que l’autre. Je suis édifié par le manque de compétence qui règne dans les bureaux des maisons de disques. Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de passionnés. Il y en a très très peu. Ceux que l’on croise sont comme des bêtes fauves esseulées. L’argent est utilisé aujourd’hui pour gagner du terrain sur les nouveaux médias, sur la promotion au maximum. Il faut mettre extrêmement en avant tous les artistes pour pouvoir à un moment donné, toucher les gens. Le travail artistique et de développement n’existent plus vraiment. C’est triste.

Jérôme Attal : Je suis d’accord avec toi, sauf que le pouvoir est encore aux artistes. Même si les artistes ne sont pas valorisés par rapport à leur travail, on n’est jamais à l’abri de faire un single qui va cartonner.

Mandor : Ton héros, Basile Green, lui, a eu du succès, puis beaucoup moins.

Jérôme Attal : Il faisait partie de la vague de petits groupes rock parisiens qui ont été montés en épingle par les maisons de disque. Il a eu un succès fulgurant, mais il est tombé dans l’indifférence assez rapidement. En plus, il a eu du succès avec une chanson « moyenne ». Celles qui sont venues après étaient bien meilleures, mais n’ont pas attiré le public. Il est dans ce déséquilibre entre la médiatisation, le goût orienté qu’on veut dire du public et son travail personnel. Derrière tout ça, il y a une histoire d’amour qui le malmène. Il n’a pas de refuge, finalement. Ni dans son travail, ni dans sa vie personnelle. Je vais citer une phrase tirée de l’évangile de Saint Luc : « Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais les fils de l’homme n’ont pas de lieux où ils peuvent reposer leur tête. »

Mandor : Anika, sa petite amie, est fuyante. On retrouve dans ton œuvre toujours ce même schéma.

Jérôme Attal : Quand j’étais adolescent, je n’avais jamais la fille dont j’étais amoureux. Moi, j’étais toujours à courir derrière. J’écrivais des lettres d’amour, maintenant, j’écris des romans. Aujourd’hui, heureusement, j’écris indépendamment de si ma vie est heureuse ou pas. J’ai toujours cette idée de conquête adolescente. Deleuze, que j’adore, dis qu’on écrit ou on crée pour combler un décalage entre la réalité, ce qu’on voit et ce qu’on ressent dans le cœur. Moi, c’est exactement ça.

Mandor : Tu n’as pas l’impression d’écrire toujours le même roman, mais avec un axe différent à chaque fois ?

Jérôme Attal : C’est ce que j’aime en peinture. J’aime les peintres qui peignent toujours la même chose, comme Bacon, Balthus, Modigliani… Un artiste se doit d’être cohérent. Moi, je tente de l’être dans mes chansons et dans mes livres en gardant les mêmes thèmes. Tu crées ton univers, tu crées ton village Play Mobil.

 

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William Rousseau , Jérôme Attal et Mandor, hommes sandwichs!

Mandor : Dernière question : Qu’appréciez-vous, professionnellement, l’un chez l’autre ?

Jérôme Attal : Je trouve que William est le Paul Mc Cartney français, mais tout reste à accomplir pour lui, à la différence de Paul…

William Rousseau
: Ce qui m’impressionne chez lui, c’est cette faculté qu’il a de garder son écriture sur des musiques qui sont différentes des siennes.


(L'EPK du disque de William avec la participation de Jérôme...)

Et comme Jérôme, il est sympa, il vous souhaite un joyeux Noël avant l'heure...


Merci à tous les deux pour leurs disponibilités, quasi immédiates...
MySpace de Jérôme (avec tous ses clips dedans!)

19 décembre 2008

Jean Hartleyb... écrivain fouilleur d'âmes!

Parfois, je trouve que Facebook a de l’intérêt. Disons qu’il peut servir à faire de belles rencontres et à découvrir des livres saisissants.

Un jour Jean Hartleyb, Docteur en sociologie qui vit à Strasbourg, me contacte. Il me parle de son livre Névropolis (sortie aux éditions Bénévent).

 

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Voici la 4eme de couverture :

 

« L’existence de Nathan Wilbe, peintre new-yorkais réputé, ami volage et soupirant désastreux, ressemble à une ville de lendemains d’attentats, battue par des vents violents et n’en finissant plus de trembler sur ses fondations. Cloîtré chez lui, ne sortant que pour se rendre aux rendez-vous fixés par son psychiatre, il vit au milieu de ses toiles inachevées, de ses manies et d’étranges apparitions qui l’éloignent chaque jour un peu plus de sa propre histoire. Intimement convaincu d’avoir eu plusieurs vies, ses toiles sont les réceptacles de ses souvenirs, des bons comme des mauvais, de ses désirs enfouis et de sa folie douce. Sous l’œil d’un ange cynique et glaçant, il cherche dans un univers en ruines à retrouver la voie de la raison avant celle du cœur, reproduisant là une erreur vieille comme le monde… »

 

Poli et un peu curieux de ce qu’il m’en dit, je lui demande de m’envoyer son ouvrage.

Ce qu’il a fait quelques jours plus tard.

Je finis par trouver le temps de le lire, un mois plus tard.

Et là, je reste scotché par ce livre sans complaisance sur notre époque et si ironique sur notre société.

« Ah ouais, quand même ! », me dis-je en refermant la dernière page (ce qui est une analyse et une synthèse tout à fait intéressante pour un journaliste culturel…)

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Je contacte de nouveau Jean Hartleyb pour lui dire le bien de ce que je pense de son livre. Je tiens à le mandoriser. Il accepte. À tel point que pour cela, il est prêt à venir à 77FM.

Non, non, ça ne m’a pas touché qu’il fasse le trajet Strasbourg-Meaux…

Je le récupère le mardi 9 décembre dernier à la gare de Meaux.

Il neige comme vache qui neige.

Limite tempête.

Je lui dis qu’il n’était pas obligé de venir du Bas-Rhin en amenant le climat de là-bas.

Il sourit par politesse. (Hé ho ! Je n’ai pas appris à faire de l’humour avec des sociologues spécialisés en "politique", moi! Je reste nature… spirituel, donc. Ahem !)

 

Je l’emmène déjeuner dans un restau meldois. Nous en profitons pour faire connaissance. L’homme est sympathique, disert, drôle.

Et on papote, comme de vieux amis que nous ne sommes pas (encore).

 

Allez, il est temps d’aller interviewer le monsieur.

Juste une petite photo enneigée au sortir du restaurant.

 

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Voici des extraits de l’entretien :

 

Mandor : Votre premier livre était un essai sur le nazisme

 

Jean Hartleib : C’est une thèse sur le nazisme qui a été publié après ma soutenance. J’avais choisi un angle bien particulier. La situation des Alsaciens pendant la Deuxième Guerre mondiale. Etaient-ils aussi indifférents qu’on la dit ? Il me semblait qu’il y avait un vide au niveau de l’approche de la question dans la région.

 

M : Vous avez une formation d’historien ?

 

J.H : Quand on fait de la sociologie politique, on fait forcément de l’histoire. 

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M : Parlons de Névropolis. Votre héros s’appelle Nathan Wilbe. Il est peintre new-yorkais et surtout il est dans un état mental assez complexe.

J.H : L’état mental est à l’image de la ville après le 11 septembre. Il y a un parallèle qui est fait en permanence entre ce qu’il traverse, ce qu’il vit au quotidien et les conséquences de ce traumatisme historique qu’est la chute de ses deux tours. Névropolis s’applique autant à la situation de New York qu’à la situation de l’un de ses habitants.

M : Nathan Wilbe est maniaco-dépressif…

 

J.H : Oui, il est bi polaire. La bi polarité fait référence à quelque chose de cyclique. On passe d’un état maniaque, d’hyper excitation à des états extrêmement dépressifs. Tout l’art du psychiatre étant de trouver le bon traitement pour avoir une sorte d’équilibre, pour ne pas basculer constamment d’un bord à l’autre.

 

M : Il est borderline ce peintre. À la frontière de la folie…

 

J.H : Tout dépend de la lecture qu’on fait du livre. De mon point de vue d’écrivain, aujourd’hui, je ne sais toujours pas où il se situe exactement. Soit il est bi polaire, soit il est comme vous et moi… je ne sais pas.

 

M : Ce dont je suis sûr, c’est que mon état n’est pas « déphasé dans des fantasmes de grandeurs de décadences cycliques »… c’est ainsi que son psy le décrit.

 

J.H : Il est artiste. Donc, par définition, il exagère des questions que, nous, on se pose au quotidien. Il fonctionne beaucoup dans les superlatifs, les exagérations, dans le grossissement des traits et donc, forcément, il a un délire de grandeur et d’honorabilité. C’est quelqu’un qui veut être connu et aimé pour son art.

 

M : Il est déstabilisant pour son entourage, car Nathan a toujours un bon sens exaspérant. Malgré son maelström intérieur, il est plein de bon sens.

 

J.H : Il est parfaitement logique et ça rejoint ce courant de la fin des années 60 avec Deleuze qui disait que, finalement, il fallait écouter les fous parce que les fous ont quelque chose à dire, parfois même, des évidences qu’on ne voit pas. Un bi polaire n’est pas un fou au sens ancien du terme, mais il dit des vérités à ses proches. Forcément, ils sont appelés à se poser des questions sur eux et sur lui.

 

M : Son psy, Parish, est complètement perturbé par son patient.

 

J.H : Il rentre un peu trop dans son jeu. J’ai voulu le peintre séduisant. Il a de la répartie, de l’humour…

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M : Vous dites de Nathan Wilbe que « le calme et la distance avec lesquels Nathan percevait les désordres fonctionnels du monde imprégnaient la conscience de ses interlocuteurs ». Il pourrait devenir quasiment un gourou…

 

J.H : Sauf qu’il est un solitaire. C’est quelqu’un qui est terrorisé par les autres. Il ne s’engage pas, il est très individualiste. Il nous ressemble en exagérant un peu les traits. C’est un peu nous au quotidien. Il aime l’humanité, mais ce sont les autres qu’il ne supporte pas, comme dirait André Gide.

 

M : Est-ce que ce livre est aussi un moyen de faire réfléchir sur différents points : Qu’est-ce que la folie ? Qu'est-ce que la normalité ?

 

J.H : Oui, il y a de ça. Pour moi, la frontière est poreuse. Chez un bi polaire ou un maniaco-dépressif, il est flagrant qu’on a parfois du mal à se situer par rapport à leur trouble.

 

M : Votre livre évoque la relation entre le patient et son psy.  Ils ont tous les deux « une volonté farouche d’attirer ceux qui leur résistent dans leur toile ». Ils ont une personnalité proche.

 

J.H : Je voulais insister sur le fait que ce n’est pas parce qu’on est détenteur d’un savoir qu’on sait mieux faire les choses.

 

M : Oui, Nathan met son psy, Parish, devant des évidences. Il le fait réfléchir sur sa propre condition.

 

J. H : Il le gêne. Il ne le maîtrise pas dans sa logique, même s’il comprend parfaitement qu’il détient une vérité.

 

M : Nathan, lui, construit son existence sur ses souvenirs de vies antérieures.

 

J.H : Disons que pour son psychiatre, ses troubles relèvent de la bi polarité, pour Nathan, ce ne sont que la conséquence de ses vies antérieures. Il pense un jour avoir rencontré le christ, mais il a du mal a en persuader son entourage. Il y a des évocations de la Deuxième Guerre mondiale, il y a des choses plus oniriques, plus mythologiques. Il est absolument convaincu que ses rêves ont un fondement de réalité.

 

M : Vous êtes proche de Nathan ?

 

J.H : Forcément, même si, fort heureusement, je ne souffre pas des mêmes maux que lui. Il y a évidemment des choses autobiographiques dans le texte. Elles sont maquillées, cachées et ne sont perceptibles que par les gens qui m’entourent et qui me connaissent.

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M : Ce livre est un peu le regard du sociologue que vous êtes sur son monde ?

 

J.H : Oui. Il y a un fond de pessimisme sur l’évolution de ce monde, c’est bien pour cela qu’il y a très souvent, une évocation des anges et la présence d’une idée de Dieu. Tous les personnages de mon roman s’interrogent sur la raison de leur présence sur Terre. Nathan, ça le rassure de penser qu’après cette vie-là, il y en aura encore une autre qui suivra, qu’on a plusieurs vies derrière nous et que les choses continuent.

 

M : C’est rassurant !

 

J.H : Oui, si Dieu existe, il faut s’interroger sur la liberté que l’on a par rapport à sa présence, à son existence… mais, s’il n’existe pas, les choses sont beaucoup plus déprimantes.

 

M : Il y a une phrase dans votre livre qui explique bien le personnage de Nathan : « Il lui était difficile d’admettre que ses immersions dans les univers parallèles pouvaient n’avoir d’autres buts que de prendre la fuite en tournant le dos à une réalité trop anxiogène. »

 

J.H : Il n’a pas le choix. Pour lui, il n’y a rien d’autre. Le traitement qu’il suit ne lui sert à rien. Il n’y a pas de changement d’état. Il vit donc avec ses souvenirs, avec ses images qui lui reviennent en permanence et qu’il exprime à travers ses tableaux.

 

M : Pourquoi avoir écrit ce livre qui n’est pas forcément un exutoire ?

 

J.H : J’ai voulu écrire sur la ville de New York. J’avais envie de parler d’un personnage qui, tout en habitant cette ville, n’a pas voulu voir le 11septembre en direct. Il n’a pas voulu être témoin, il n’a pas voulu ressembler à ses congénères. Il a regardé à la télé et il n’est sorti dans la rue que quand les cendres recouvraient déjà les rues New Yorkaises. Ce personnage me semblait symptomatique de son époque. Si on est très voyeur, on est, malgré tout, très à distance de la souffrance humaine, des maux qui touchent la Terre et l’humanité en permanence.

 

Pour en savoir plus sur Jean Hartleyb:

 

A propos de Névropolis:

http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article5180
http://chatperlipopette.blogspot.com/2008/08/comme-dans-u...
http://www.editions-benevent.com/presse/9782756305523_284.pdf
http://www.editions-benevent.com/presse/9782756305523_580.pdf



Jean est aussi chroniqueur à Transversalles.

 

Et enfin, son blog littéraire: L'écume des livres.

16 décembre 2008

Ce que je n'ai pas dit à Philippe Labro...

 

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... qu'il a été mon patron lors de mes passages à RTL.

(J'ai notamment été monsieur météo pendant un an...)

Que j'ai beaucoup de respect pour sa carrière journalistique, et ce, depuis que j'ai commencé ce métier (1982).

Pas un exemple, mais... presque.

Que son amabilité, sa prévenance et sa courtoisie m'ont rendu un peu gauche.

Que sur ses 19 livres publiés, j'en ai lu la moitié.

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Qu'interviewer un intervieweur hors pair est déroutant.

Je me fais fort de ne jamais avouer à quelqu'un que j'admire, que je l'admire.

Je suis journaliste, merde, il faut savoir rester objectif et neutre.

Mais, quand même, ce matin, j'ai eu le trac en interrogeant Philippe Labro.

J'ai fais comme si non, mais si, en vrai.

Et son compliment sur ma façon de mener une interview, je l'ai bu comme du petit lait.

Peut-être était-il seulement poli et qu'il a essayé de me mettre dans sa poche?

(Parce que, bon, c'est quand même pour une double page d'un "consumer" très lu...)

Philippe Labro l'écrit dans son nouveau roman, Les gens (sortie le 29 janvier), les gens (justement) adorent qu'on les flatte.

(Mais en même temps, je pense que le monsieur a dépassé le stade de ce genre de stratagème qui ne trompe personne.)

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Ce matin, dans le bureau de Philippe Labro (chez Bolloré Média).

Les gens, une fresque, une comédie humaine, "pleines de regards et d'humour sur notre époque, de dialogues, de portraits et observations"... dont je n'ai pas le droit de parler avant sa sortie.

Mais qui mérite le détour.

Détour qui passera par ce blog le moment dit.

 

14 décembre 2008

Agnès Varda... la femme cinéma!

Ici, je parle rarement de cinéma. Je ne m'adonne pas à l'exercice compliqué de critiquer un film (comme je l'observe sur pas mal de blogs), alors que je me rends dans les salles obscures, dans la mesure du possible, une fois par semaine.

Je fais donc exception à la règle, car j'ai vu en avant-première récemment, le nouveau film d'Agnès Varda (sortie le 17 décembre): Les plages d'Agnès.

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Elle représente le cinéma français que j'aime. Dans ce film elle revient sur les plages qui ont marqué sa vie. C'est une forme d'autodocumentaire. La réalisatrice se met en scène au milieu d'extraits de ses films, d'images et de reportages. Elle nous fait partager avec humour et émotion ses débuts de photographe de théâtre puis de cinéaste novatrice dans les années cinquante, sa vie avec Jacques Demy, son engagement féministe, ses voyages à Cuba, en Chine et aux USA, son parcours de productrice indépendante, sa vie de famille et son amour des plages.

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2866421450.jpgJ'ai rencontré il y a 14 ans cette femme libre et curieuse.

(Ce qui me permet de glisser un nouveau Tout petit déjà, comme ça, en passant…)

Elle était venue à la FNAC de Strasbourg évoquer son livre Varda par Agnès (éditions Cahier du cinéma). Un livre touffu et autobiographique... une jubilatoire déclaration d'amour au cinéma, qui mêle anecdotes, souvenirs et analyse des films. C'était le 05 avril 1994.

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Voici son interview... pour la sortie du film.

12 décembre 2008

Je ne vous voyais pas comme ça...

... c'est le nouveau livre de Stéphane Nolhart.

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L'auteur m'a donné l'autorisation de scanner (parfois de travers, comme va parfois la vie...) la préface...
La voici:
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Le blog de Stéphane Nolhart.
Son site officiel.

12:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (8)

09 décembre 2008

Ju'l...

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Demain soir, Ju'l est à l'Etage...

Je republie sa mandorisation (et la complète).

Parce qu'elle le vaut bien...

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Un jour, je reçois un petit mot personnalisé d’une chanteuse avec son disque autoproduit. Elle me demande de l’écouter et de la contacter si j’aime son travail.

Pour tout vous dire, ce n’est pas tout à fait la première fois que ça m’arrive et je rappelle rarement. Enfin si, juste par politesse et pour dire ce que j’en ai pensé (avec diplomatie), mais ça n’a jamais abouti à une rencontre et une mandorisation dans les règles de l’art.

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Là, j’écoute et je suis un peu déçu par la réalisation. Je réécoute et je tombe vite dans l’univers de cette jeune trentenaire appelée Ju’l. Il gomme les défauts d’un premier disque produit sans beaucoup de moyens…

1103320928.jpgC’est du piano/voix, et j’aime beaucoup les disques sans fioritures. L’épure d’artistes comme Sheller ou Barbara ne m’a jamais dérangé…

Comme je pense à Sanson et Barbara en l’écoutant, je me dis qu’elle a largement été influencée par ses deux grandes dames, mais qu’elle parvient à ajouter sa jolie patte.

Vous l’avez compris, j’ai fini par l’appeler.

 

Ainsi, le 15 avril (oui, je sais, je ne suis pas en avance dans certaines de mes notes), nous nous retrouvons au bar du Lutetia. Endroit qu’elle n’a pas choisi au hasard… « J’y ai vécu des choses, j’ai de beaux souvenirs…et ce piano, là, c’est assez symbolique ». Moi, à chaque fois, je dis bien à chaque fois, qu’on me donne rendez-vous là, je pense à ce qu’il s’est passé pendant la Deuxième Guerre mondiale.

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Dans la salle, je remarque Ju’l. Première constatation, elle est plus belle au naturel qu’en photo. Je trouve même qu’elle est lumineuse. Son sourire peut-être. Je lui dis. Elle semble un peu gênée… Je l’interroge sur son passé musical, je suis plus là pour ça que pour parler photogénie.

-Je suis d’une famille d’artistes contrariés. Personne n’est allé au bout de son art… mais j’ai été bercé toute mon enfance par la musique. Mon arrière grand-mère faisait du piano de manière fabuleuse par exemple.

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Le piano étant l’instrument de prédilection de Ju’l. Initialement, c’est une guitare qu’on lui avait mise dans les mains, finalement, elle préférera l’instrument aux touches d’ébène et d’ivoire (c’est poétique un piano…).

-Avant de me lancer complètement dans la musique, il a fallu que je tente un chemin qui rassure tout le monde. J’ai été orthophoniste, puis j’ai arrêté pour faire une école d’infirmière. Là, j’ai complètement déprimé. Je me suis retrouvée en stage en gériatrie et j’étais très mal dans mes pompes. Curieusement, c’est là que j’ai pris mon destin en main. Une vieille dame dont je m’occupais et qui était soi disant « démente » m’a dit droit dans les yeux : « vous n’avez pas l’air heureuse ma petite fille. Vous savez, la vie passe en un clin d’œil. Moi, je me suis retrouvée ici, je n’ai rien vu venir. Soyeux heureuse, faites ce que vous avez à faire ! ». Je te promets, je suis sortie de la chambre, j’ai mis mes affaires dans un sac et j’ai tout quittée pour aller à Paris… J’avais 21 ans, j’en ai 31 aujourd’hui…

J’aime ce genre d’histoire.

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Depuis, Juliette Tourret tente de s’imposer dans le fabuleux monde de la chanson française de qualité. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Il faut du courage pour se lancer dans cette bataille là. Elle semble ne pas en manquer…

-J’ai enregistré mon disque seule et ça n’a pas été facile, mais je voulais faire découvrir ma musique au public et aux professionnels. Je voulais aussi que les directeurs de salles me fassent confiance. Ce qui a été le cas avec le programmateur de La Reine Blanche. Boris Gasiorowski m’a fait passer une audition et m’a permis de jouer dans sa salle. Pour moi, c’est primordial car il faut me découvrir sur scène. Je suis quelqu’un de scène. C’est là que l’on peut se rendre compte de mon travail.

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Ju’l cherche un tourneur, soit dit en passant.
Je lui parle de ses influences, elle les assume parfaitement.

-Je me suis attaquée au répertoire de Barbara parce qu'elle a été aussi un élément déclencheur. Je l’ai vu en 1992 dans la ville dont je suis originaire, Montluçon. J’ai pris une énorme claque et j’ai compris où se situait mon destin.

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Elle a travaillé avec Elzbieta Jeznach -créatrice de marionnettes- (Compagnie Miettes de spectacles) pour laquelle elle a composé une musique sur mesure lors de son dernier spectacle « Alice aux pays des lettres ». En 2006, Olivier Barrot lui a emprunté un de ses thèmes pour une de ses émissions : Volte Face.

Oui, parce que Ju’l est avant tout compositrice et une mélodiste douée.

-Je fais de la chanson, certes, mais aussi de la musique « classique ». J’aime faire parler mon piano. Plus que les mots, la musique est le plus beau moyen d’évasion. On peut tout se permettre dans l’expression de la musique…

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Eclatante de vie!
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Ju’l a participé aux 27eme Rencontres d’Astaffort. Elle m’en avait parlé avant de partir… Il n’est pas impossible que je la recroise bientôt.

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L’album de Ju’l est disponible .

Contact : jul-ici-et-maintenant@hotmail.fr

Son Myspace.

(Les photos sont de Patrick Lazic... sauf celles prises au bar du Lutétia (les 4 dernières) qui sont de moi et ça se voit!)

Ju'l sera en concert demain soir, mercredi 10 décembre à 20h à L'Etage.

07 décembre 2008

Bertrand Soulier... chanteur multiple!

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Le 20 mars 2008, j'ai rencontré Bertrand Soulier. J'ai déjà écrit une note sur cette interview.

Je la réédite et la complète aujourd"hui car cet artiste fort talentueux est à l'Olympia demain soir (lundi 8 décembre).

 

Et puis, autant vous l'avouer tout de suite, Discorama est l'un de mes deux coups de cœur de cette année (avec l'album de William Rousseau, cité dans la note précédente...).

Quand j’ai reçu le premier disque de Bertrand Soulier, j’ai tout de suite accroché. Je n’avais pas lu la bio, je ne comprenais donc pas pourquoi, parfois, il me semblait reconnaître des ambiances, des notes, des arrangements, déjà écoutées chez d’autres. En même temps, je trouvais que l’ensemble était original et qu’il y avait déjà une patte Soulier (si je puis dire !).

Voyez ce petit reportage...

Je lis ensuite le dossier de presse envoyé par l’agence de promotion qui s’occupe du monsieur (dont le site officiel est ici). Et là, je comprends mieux l’étrange sensation de déjà « entendu ». En fait, Discorama est un album concept. « Une fausse compilation 1971-2017 d’un artiste n’ayant jamais existé, mais dont toute ressemblance avec des génies « disque-d’orisés » ne serait pas complètement fortuite ». Il précise même :

-Une compilation d’un chanteur imaginaire qui serait né dans les années 50 et qui nous casserait encore les pieds.

(Que personne ne se sente visé.)

Là, j’adhère complètement… un type qui déboule avec un premier album et qui casse les codes directement, ça me plait beaucoup. A tel point que je finis par avoir rendez-vous avec lui. C’était jeudi dernier, dans les locaux d’Ephélide.

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Je suis encore largement en avance, j’en profite pour tailler la bavette avec les forces en présence. Bertrand Soulier et sa manageuse Karine Saurat arrivent à l’heure pile poil. Nous nous installons dans une pièce « interview ». Je suis moins à l’aise quand une tierce personne reste pour écouter l’entretien… vous savez Ô combien j’aime les têtes à têtes ! Mais z’enfin… je ne me sens pas le cœur à faire mon journaliste star (en plus, elle a l’air très sympathique et une présence féminine ne ma jamais vraiment gêné…).

Bertrand Soulier me raconte un peu ses débuts, ce qui est tout à fait normal, puisque je lui ai demandé de s’allonger sur le sofa pour qu’il se confie à moi… Je ne prends pas cher. 150,00 euros TTC la séance de 30 minutes.

-Adolescent, je me suis lancé dans une étrange aventure : la basse. Je suis devenu musicien de studio, mais il fallait bien vivre, j’ai donc mal fini…

Je lui demande des explications.

-Et bien, je suis devenu journaliste spécialisé dans la musique…

Effectivement, c’est atroce comme revirement. Quel sale boulot ! Pouah ! Ça me dégoûte presque.

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-Je bossais pour Best notamment (je crois aussi pour Actuel, mais Bertrand Soulier ne parlait pas assez fort et mon Sanyo, toujours en service finalement, n’a pas bien capté ses propos…) et puis pour faire plaisir à mes parents, pour Le Point. Ensuite, par la force des choses, je suis devenu directeur de création dans la pub.

(Je ne vois pas bien le rapport entre le journalisme et la pub… quoique… de toute manière, dans la vie, les chemins sont parfois tortueux …)

(Woaw ! Trois points de suspension dans une seule parenthèse… qui dit mieux ?)

Et puis l’album de BashungFantaisie militaire, le réconcilie avec la chanson française. Il en tombe raide dingue amoureux. Il se dit que, finalement, on peut de nouveau faire des disques intéressants en France.

C’est ce qu’il a fait, le lascar. Jamais vu un premier album si abouti.

 

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Il y a du Sheller, du Bénabar, de Berger, du Beatles, du Biolay, du Joseph d’Anvers, du Miossec, du Manu Chao, du Gainsbourg… mais en fait, c’est surtout du Soulier (si vous vous attendez à ce que je m’abaisse à faire un ou des jeux de mots foireux sur ce patronyme, certes tentant, c’est mal me connaître…).

Je ne sais pas comment expliquer cela, ce sont surtout des clins d’oeils parsemés ci et là, mais ses chansons restent personnelles. Je suis confus ? C’est normal, ce phénomène n’est pas simple à expliquer. Ce que je peux affirmer, c’est qu’il a écrit 20 chansons et de façon aléatoire, l’artiste à tenté de les arranger, de les relier chacune aux courants, modes, époques, tendances qui traversèrent la chanson depuis 40 ans. Exercice de style qui m’épate.

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Je lui demande s’il est un génie ou un usurpateur.

-Rien de tout ça. Je fais juste des chansons à la manière de... Toute la gageure du disque était d’arriver à avoir mon propre style tout en emprunter pas mal de références. Je propose plusieurs niveaux de lecture aux gens qui écoutent.

Il sourit, presque content de lui, comme un gamin qui vient de sortir une bonne blague.

-Ce qui me fait marrer, c’est d’arriver dans le monde de la chanson française en prenant le problème à l’envers. Je commence ma carrière directement avec un best of.

Bertrand Soulier, insidieusement, casse les codes de l’industrie du disque et il adore ça.

Et moi aussi. Je lui dis tout le bien que je pense de lui et de son oeuvre. Je suis comme ça, quand j’aime, il faut que ça sorte. J’ai toujours peur d'être considéré comme un horrible flagorneur… mais c’est ainsi.

(Il y a un petit coeur qui bat sous le journaliste professionnel intransigeant que je suis...)

Heureusement, un tel enthousiasme de ma part est rare.

(Si !)

( Tsss…)

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Question: Pourquoi faisons nous la gueule sur ses photos, alors que nous nous sommes plutôt bien entendus?
Mystère de l'immortalisation d'un moment.

Bertrand Soulier est aussi pince sans rires et provoc' que tendre et sensible. Dans Discorama, il y a un « foutage de gueule » revendiqué, mais quand il maîtrisé de si belle manière, je trouve ça jubilatoire.

Perso, j’en redemande.

Ce soir donc, en première partie de Véronique Sanson, à l'Olympia...

Ca pourrait donner des moments comme celui-ci (mais avec une batterie en plus...)

Le MySpace de Bertrand Soulier.

02 décembre 2008

Mathieu Boogaerts...

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Mathieu Boogaerts a longtemps été un énigme pour moi.
Je le croyais réservé, un peu ours, sauvage…
Pas vraiment comme je m’attendais qu’il soit.

Interview, le matin du 17 novembre dernier, aux Pères Populaires, bar du XXe arrondissement de Paris.

Quand je lui explique que je raconte tout sur mon blog, il me dit : « Dites bien que ce n’est pas moi qui ai choisi le lieu… ce n’est pas du tout le type de café que je fréquente ».

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Mandor : Vous avez la réputation d’être décalé, solitaire, perfectionniste, lent dans la conception d’un album… est-ce que tout ça est vrai ?

Mathieu Boogaerts : Je ne savais pas avoir cette réputation, c’est marrant. On n’est très peu conscient de sa  réputation.

M: J’ai lu ça partout. Aucun journaliste ne vous l’a dit !

M.B : Non. On n’est jamais objectif sur soi-même donc, ce que vous me racontez là m’intéresse. Si j’ai cette réputation, je ne la sens pas à l’opposé de ce que je suis. Je veux juste préciser, en ce qui concerne le terme « décalé », que je le fais exprès. Je le suis volontairement. Ce qui m’intéresse c’est de faire ce qui n’a pas déjà été fait.

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M : Vous êtes un des artistes les plus inventifs.

M.B : Pour moi, ça fait partie du postulat. C’est la moindre des choses d’être original. Pour assumer de faire ce métier, assumer de mettre mon nom sur un disque avec ma photo, le vendre 20 euros en disant « achetez moi », il faut que je me sente en phase avec ce que je propose et pour me sentir en phase, il faut ma production musicale évolue.

M : Chaque sortie d’album est une épreuve pour vous? Vous vous demandez s’il va se vendre, si le public va bien l’accueillir… ce genre de chose.

M .B : Si je fais des disques, c’est pour plaire, pour séduire, pour être écouté, pour que des gens me prennent en considération. Je peux adorer écouter quelqu’un qui n’aime pas ce que je fais en me disant pourquoi. Ce que je n’aime pas, quand on a écouté mon album, c’est le silence.

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M : Je ne pensais pas que vous attachiez de l’importance à tout ça ! Je suis surpris.

M.B : Si. J’adorerais vendre 100 millions de disques ! Certains font de la musique pour eux, dans leur chambre de bonne, mais quand on fait la démarche d’enregistrer un disque, avec toutes les joies et contraintes que ça implique, on a envie que toute l’humanité en profite. J’adorerais que Michel Drucker m’invite dans une émission spéciale… dans la mesure ou je ne change pas ce que je fais, ce que je suis.

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M : Ce qu’on est en train de faire en ce moment, la promo, vous aimez ?

M.B : Oui. Ca me grise de parler de mon nouvel album avec quelqu’un qui l’a écouté, qui a lu les textes… aujourd’hui, nous sommes dans un café. Ma maison de disque m’a prévu 8 interviews. Vous, vous êtes le premier de la journée, je suis ravi de vous parler… peut-être qu’à 17 heures, j’en aurais marre.

M : I love you est un album qui frise l’expérimental. Qu’est ce que vos premiers auditeurs en ont pensé ?

M.B : Honnêtement, je ne peux tirer aucune synthèse. Il y a toujours une chanson qui ressort plus que les autres, mais ce n’est jamais la même. Ce disque plaît surtout aux gens qui  ne s’attendent à rien. Pour tous ceux qui s’attendaient à quelque chose de moi, le côté un peu fleur bleue, tendre qu’il y avait sur les précédents albums, ils sont très déroutés, déstabilisés. J’ai eu des gens qui adoraient vraiment et d’autres qui détestaient.

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IMPORTANT:

Pour en savoir plus sur le disque de Mathieu Boogaerts en lui-même, vous pouvez écouter ici le magazine de deux minutes que je lui ai consacré (avec un titre en intégralité !)