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19 décembre 2008

Jean Hartleyb... écrivain fouilleur d'âmes!

Parfois, je trouve que Facebook a de l’intérêt. Disons qu’il peut servir à faire de belles rencontres et à découvrir des livres saisissants.

Un jour Jean Hartleyb, Docteur en sociologie qui vit à Strasbourg, me contacte. Il me parle de son livre Névropolis (sortie aux éditions Bénévent).

 

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Voici la 4eme de couverture :

 

« L’existence de Nathan Wilbe, peintre new-yorkais réputé, ami volage et soupirant désastreux, ressemble à une ville de lendemains d’attentats, battue par des vents violents et n’en finissant plus de trembler sur ses fondations. Cloîtré chez lui, ne sortant que pour se rendre aux rendez-vous fixés par son psychiatre, il vit au milieu de ses toiles inachevées, de ses manies et d’étranges apparitions qui l’éloignent chaque jour un peu plus de sa propre histoire. Intimement convaincu d’avoir eu plusieurs vies, ses toiles sont les réceptacles de ses souvenirs, des bons comme des mauvais, de ses désirs enfouis et de sa folie douce. Sous l’œil d’un ange cynique et glaçant, il cherche dans un univers en ruines à retrouver la voie de la raison avant celle du cœur, reproduisant là une erreur vieille comme le monde… »

 

Poli et un peu curieux de ce qu’il m’en dit, je lui demande de m’envoyer son ouvrage.

Ce qu’il a fait quelques jours plus tard.

Je finis par trouver le temps de le lire, un mois plus tard.

Et là, je reste scotché par ce livre sans complaisance sur notre époque et si ironique sur notre société.

« Ah ouais, quand même ! », me dis-je en refermant la dernière page (ce qui est une analyse et une synthèse tout à fait intéressante pour un journaliste culturel…)

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Je contacte de nouveau Jean Hartleyb pour lui dire le bien de ce que je pense de son livre. Je tiens à le mandoriser. Il accepte. À tel point que pour cela, il est prêt à venir à 77FM.

Non, non, ça ne m’a pas touché qu’il fasse le trajet Strasbourg-Meaux…

Je le récupère le mardi 9 décembre dernier à la gare de Meaux.

Il neige comme vache qui neige.

Limite tempête.

Je lui dis qu’il n’était pas obligé de venir du Bas-Rhin en amenant le climat de là-bas.

Il sourit par politesse. (Hé ho ! Je n’ai pas appris à faire de l’humour avec des sociologues spécialisés en "politique", moi! Je reste nature… spirituel, donc. Ahem !)

 

Je l’emmène déjeuner dans un restau meldois. Nous en profitons pour faire connaissance. L’homme est sympathique, disert, drôle.

Et on papote, comme de vieux amis que nous ne sommes pas (encore).

 

Allez, il est temps d’aller interviewer le monsieur.

Juste une petite photo enneigée au sortir du restaurant.

 

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Voici des extraits de l’entretien :

 

Mandor : Votre premier livre était un essai sur le nazisme

 

Jean Hartleib : C’est une thèse sur le nazisme qui a été publié après ma soutenance. J’avais choisi un angle bien particulier. La situation des Alsaciens pendant la Deuxième Guerre mondiale. Etaient-ils aussi indifférents qu’on la dit ? Il me semblait qu’il y avait un vide au niveau de l’approche de la question dans la région.

 

M : Vous avez une formation d’historien ?

 

J.H : Quand on fait de la sociologie politique, on fait forcément de l’histoire. 

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M : Parlons de Névropolis. Votre héros s’appelle Nathan Wilbe. Il est peintre new-yorkais et surtout il est dans un état mental assez complexe.

J.H : L’état mental est à l’image de la ville après le 11 septembre. Il y a un parallèle qui est fait en permanence entre ce qu’il traverse, ce qu’il vit au quotidien et les conséquences de ce traumatisme historique qu’est la chute de ses deux tours. Névropolis s’applique autant à la situation de New York qu’à la situation de l’un de ses habitants.

M : Nathan Wilbe est maniaco-dépressif…

 

J.H : Oui, il est bi polaire. La bi polarité fait référence à quelque chose de cyclique. On passe d’un état maniaque, d’hyper excitation à des états extrêmement dépressifs. Tout l’art du psychiatre étant de trouver le bon traitement pour avoir une sorte d’équilibre, pour ne pas basculer constamment d’un bord à l’autre.

 

M : Il est borderline ce peintre. À la frontière de la folie…

 

J.H : Tout dépend de la lecture qu’on fait du livre. De mon point de vue d’écrivain, aujourd’hui, je ne sais toujours pas où il se situe exactement. Soit il est bi polaire, soit il est comme vous et moi… je ne sais pas.

 

M : Ce dont je suis sûr, c’est que mon état n’est pas « déphasé dans des fantasmes de grandeurs de décadences cycliques »… c’est ainsi que son psy le décrit.

 

J.H : Il est artiste. Donc, par définition, il exagère des questions que, nous, on se pose au quotidien. Il fonctionne beaucoup dans les superlatifs, les exagérations, dans le grossissement des traits et donc, forcément, il a un délire de grandeur et d’honorabilité. C’est quelqu’un qui veut être connu et aimé pour son art.

 

M : Il est déstabilisant pour son entourage, car Nathan a toujours un bon sens exaspérant. Malgré son maelström intérieur, il est plein de bon sens.

 

J.H : Il est parfaitement logique et ça rejoint ce courant de la fin des années 60 avec Deleuze qui disait que, finalement, il fallait écouter les fous parce que les fous ont quelque chose à dire, parfois même, des évidences qu’on ne voit pas. Un bi polaire n’est pas un fou au sens ancien du terme, mais il dit des vérités à ses proches. Forcément, ils sont appelés à se poser des questions sur eux et sur lui.

 

M : Son psy, Parish, est complètement perturbé par son patient.

 

J.H : Il rentre un peu trop dans son jeu. J’ai voulu le peintre séduisant. Il a de la répartie, de l’humour…

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M : Vous dites de Nathan Wilbe que « le calme et la distance avec lesquels Nathan percevait les désordres fonctionnels du monde imprégnaient la conscience de ses interlocuteurs ». Il pourrait devenir quasiment un gourou…

 

J.H : Sauf qu’il est un solitaire. C’est quelqu’un qui est terrorisé par les autres. Il ne s’engage pas, il est très individualiste. Il nous ressemble en exagérant un peu les traits. C’est un peu nous au quotidien. Il aime l’humanité, mais ce sont les autres qu’il ne supporte pas, comme dirait André Gide.

 

M : Est-ce que ce livre est aussi un moyen de faire réfléchir sur différents points : Qu’est-ce que la folie ? Qu'est-ce que la normalité ?

 

J.H : Oui, il y a de ça. Pour moi, la frontière est poreuse. Chez un bi polaire ou un maniaco-dépressif, il est flagrant qu’on a parfois du mal à se situer par rapport à leur trouble.

 

M : Votre livre évoque la relation entre le patient et son psy.  Ils ont tous les deux « une volonté farouche d’attirer ceux qui leur résistent dans leur toile ». Ils ont une personnalité proche.

 

J.H : Je voulais insister sur le fait que ce n’est pas parce qu’on est détenteur d’un savoir qu’on sait mieux faire les choses.

 

M : Oui, Nathan met son psy, Parish, devant des évidences. Il le fait réfléchir sur sa propre condition.

 

J. H : Il le gêne. Il ne le maîtrise pas dans sa logique, même s’il comprend parfaitement qu’il détient une vérité.

 

M : Nathan, lui, construit son existence sur ses souvenirs de vies antérieures.

 

J.H : Disons que pour son psychiatre, ses troubles relèvent de la bi polarité, pour Nathan, ce ne sont que la conséquence de ses vies antérieures. Il pense un jour avoir rencontré le christ, mais il a du mal a en persuader son entourage. Il y a des évocations de la Deuxième Guerre mondiale, il y a des choses plus oniriques, plus mythologiques. Il est absolument convaincu que ses rêves ont un fondement de réalité.

 

M : Vous êtes proche de Nathan ?

 

J.H : Forcément, même si, fort heureusement, je ne souffre pas des mêmes maux que lui. Il y a évidemment des choses autobiographiques dans le texte. Elles sont maquillées, cachées et ne sont perceptibles que par les gens qui m’entourent et qui me connaissent.

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M : Ce livre est un peu le regard du sociologue que vous êtes sur son monde ?

 

J.H : Oui. Il y a un fond de pessimisme sur l’évolution de ce monde, c’est bien pour cela qu’il y a très souvent, une évocation des anges et la présence d’une idée de Dieu. Tous les personnages de mon roman s’interrogent sur la raison de leur présence sur Terre. Nathan, ça le rassure de penser qu’après cette vie-là, il y en aura encore une autre qui suivra, qu’on a plusieurs vies derrière nous et que les choses continuent.

 

M : C’est rassurant !

 

J.H : Oui, si Dieu existe, il faut s’interroger sur la liberté que l’on a par rapport à sa présence, à son existence… mais, s’il n’existe pas, les choses sont beaucoup plus déprimantes.

 

M : Il y a une phrase dans votre livre qui explique bien le personnage de Nathan : « Il lui était difficile d’admettre que ses immersions dans les univers parallèles pouvaient n’avoir d’autres buts que de prendre la fuite en tournant le dos à une réalité trop anxiogène. »

 

J.H : Il n’a pas le choix. Pour lui, il n’y a rien d’autre. Le traitement qu’il suit ne lui sert à rien. Il n’y a pas de changement d’état. Il vit donc avec ses souvenirs, avec ses images qui lui reviennent en permanence et qu’il exprime à travers ses tableaux.

 

M : Pourquoi avoir écrit ce livre qui n’est pas forcément un exutoire ?

 

J.H : J’ai voulu écrire sur la ville de New York. J’avais envie de parler d’un personnage qui, tout en habitant cette ville, n’a pas voulu voir le 11septembre en direct. Il n’a pas voulu être témoin, il n’a pas voulu ressembler à ses congénères. Il a regardé à la télé et il n’est sorti dans la rue que quand les cendres recouvraient déjà les rues New Yorkaises. Ce personnage me semblait symptomatique de son époque. Si on est très voyeur, on est, malgré tout, très à distance de la souffrance humaine, des maux qui touchent la Terre et l’humanité en permanence.

 

Pour en savoir plus sur Jean Hartleyb:

 

A propos de Névropolis:

http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article5180
http://chatperlipopette.blogspot.com/2008/08/comme-dans-u...
http://www.editions-benevent.com/presse/9782756305523_284.pdf
http://www.editions-benevent.com/presse/9782756305523_580.pdf



Jean est aussi chroniqueur à Transversalles.

 

Et enfin, son blog littéraire: L'écume des livres.

Commentaires

Belle rencontre. Belle interview. Belle trame de livre.
"Belle, belle, belle !" quoi...

Écrit par : Christina | 19 décembre 2008

Ah bah tiens... quelle coïncidence.

Bises François!

Écrit par : E | 19 décembre 2008

@Christina: Tu as raison... bons moments, en tout cas!
@E: Je ne comprends pas ta première phrase. Pourquoi quelle coïncidence?

Écrit par : Mandor | 20 décembre 2008

Parce que nous échangions justement lui et moi hier, avant que je ne sois passé par ici...
J'ai son livre depuis quelques temps à la maison, heureuse que tu le découvres.


Bises et bon WE!!
E

Écrit par : E | 20 décembre 2008

Cela faisait longtemps que tu n'avais pas fait si long, je crois...
Ca ne veut rien dire, on est d'accord. Je vais te raconter l'anecdote qui m'a fait lire ton itw: hier, un type dont le nom ne me dsait rien, m'annonce sur facebook qu'il s'est fait mandoriser. Là, je m'enerve, je venais jsute de voir ton blog, ton dernier article parlait de Philippe Labro: quand même! ils ne vont pas utiliser le même terme que toi! Non, mais! parce que c'est une marque, "etre mandorisé"...! J'etais enervée contre ce type. Ca a duré un moment. Et puis je suis passée à autre chose, ce n'est quand même pas à moi de defendre le néologisme "mandoriser"...
...Et ce type, le voilà aujourd'hui avec toi sous la neige... Tu me l'as même rendu sympathique :) Tu es un magicien, Mandor !

Écrit par : ecaterina | 20 décembre 2008

Comment peux tu te tenir correctement et écouter ton interlocuteur avec une telle table de mixage face à toi. Comment résister à l'envie de faire mumuse avec tous ces petits boutons, ces petits curseurs...ces bidules.

Nevropolis, c'est noté. (Je suppose que c'est celui que tu me préconisais sans le citer).

Écrit par : Fishturn | 21 décembre 2008

@E: Ah d'accord! J'aime bien quand tout le monde comprend les allusions...
@ecaterina: Je suis un magicien! Merci de me le dire, ça fait plaisir.
Mandor/Mandrake
@Fishturn: C'est tout à fait de ce livre dont je te parlais. Je peux te le preter cher ami...

Écrit par : mandor, président de la FAPM | 30 décembre 2008

je ne suis pas sur que tout le monde accroche à la lecture de Nevropolis ,mais il serait dommage de ne pas se laisser prendre par les deux protagonistes Nathan Wilbe et Parish son psy,j'ai beaucoup aimé,merci à toi François et à jean Hartleyb

Écrit par : alain | 25 février 2009

Les commentaires sont fermés.