Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Muzik'Elles (5): Amel Bent. | Page d'accueil | The Olympic Dragons. »

01 juillet 2008

Christophe... légende vivante!

Christophe-cover.jpg

Aimer ce que nous sommes est sorti hier.

Un disque de toute beauté.

De Christophe.

(Ni Maé, ni Willem, je parle de THE Christophe).

La vedette des années 60, 70, 80, devenue icône branchée des années 2000 est de retour après 6 ans d’absence discographique. Il poursuit sa quête du Graal personnel : fabriquer de manière artisanale un univers parallèle fait de sons, d’images et de sensations… le tout porté par sa voix aérienne unique.

C5.jpg

Il fallait que je rencontre Christophe.

Ce n’est pas tous les jours que l’on papote avec une légende de la chanson française.

Avant le moment fatidique, il faut tenter de virer les clichés qui remontent à la surface quand on pense à lui. Vous savez, les grosses bagnoles, les juke-box, les nombreuses conquêtes féminines, les éternels tubes guimauves (pourtant classique indémodable), son côté ours fuyant les médias… mais ce n’est pas facile de se l’imaginer autrement.

Le 16 juin dernier, l’attachée de presse te donne rendez-vous à 22h30 à l’hôtel Costes. Tu acceptes parce que bon, quand même, c’est Christophe.

L’interprète d’Aline, des Marionnettes, des Mots bleus, de Senorita, de Petite fille du soleil, de Succès fou (je continue où j’arrête ?) arrive pile à l’heure (son heure) : 23h45.

C4.jpg

Marie-Pierre Chevalier, sa manageuse et néanmoins parolière de 4 de ses chansons de son nouvel album est là pour me tenir compagnie. Charmante en plus, la compagnie. Il finit par arriver tout timide, s’installe à la table et bredouille un bonjour poli. Il m’explique que ce matin, il s’est levé aux aurores (15h30) pour faire de la promo pour la télé (il a enregistré notamment le CD’aujourd’hui que vous pouvez voir là). Une coupe de champagne pour se réveiller ne lui fera donc aucun mal. (A moi non plus !)

Je lui demande pourquoi il ne boit plus de " piscines " (grand verre de champagne millésimé sur un lit de glaçon rehaussé d’un soupçon de fruit de la passion).

-Mon médecin m’a conseillé d’arrêter ça tout de suite. Les glaçons, ce n’est pas bon pour les intestins…

Je souris. Et je lui fredonne " À cause des glaçons… ".

Il me regarde curieusement.

Il ne doit pas connaître la chanson " À cause des garçons ".

Où alors, ce n’est peut-être pas drôle.

Pendant ce temps là, Marie-Pierre Chevalier nous paparazzine avec un téléphone portable. "J'aime bien prendre les journalistes qui rencontrent Christophe!" a-t-elle ajouté...

Christophe 16.06.08 2.JPG
Christophe 16.06.08 1.JPG

Je lui avoue l’image que j’ai de lui et lui parle de mon étonnement de le voir joué le jeu de la promo (même s'il ne déroge en rien à ses habitudes, puisque ce sont les journalistes qui se mettent à son rythme. Très fort, ça!)

-En ce moment, il fait bon. Pas trop chaud, pas trop froid. Le moment idéal pour faire des rencontres, pour parler de soi. Je me sens bien pour faire des choses… de plus, je suis très sélectif dans mes choix d’interlocuteurs. Si on m’a conseillé d’accepter que vous soyez là, c’est que je présume que ça ira.

Euh… présumons, présumons…

-Vous avez vu l’Aston Martin garé devant le Costes ? Moi, les voitures, ça me rend fou. Je n’ai plus de permis, mais, je vais vous dire, quand je vois des voitures comme ça, ça me tue. J’ai le frisson. Je ne me suis pas soigné à ce niveau là.

Je tente de l’aiguiller sur le chemin que je veux prendre. Pas facile. Il faut être patient.

-Vous avez faim ?

-Non merci.

-Vous avez mangé avant ?

-Oui.

-C’est bien de l’avouer… j’aime bien les gens qui disent la vérité.

Il me tend la carte et me demande de choisir quand même.

-Il faut toujours manger quand on a faim. Moi, là, je ne veux pas rater mon repas. J’ai vraiment la dalle. J’aime le Costes parce que je mange d’habitude vers 2 heures du matin et parce que c’est très bon. Les pâtes sont très bonnes ici et j’adore les pâtes. Comme j’ai la flemme de les faire à la maison, je viens les manger ici.

(Pour les nouveaux venus, je rappelle qu’ici, c’est un blog dans lequel je raconte les coulisses de mes rencontres. Mine de rien, avec des détails jugés " insignifiants ", on en apprend parfois beaucoup sur les gens. Il faut juste lire entre les lignes…)

C1.jpg

Bon, allez, je m’y mets. Je parviens à ce qu’il me raconte, à la façon de Modiano (c'est-à-dire en parlant tout doucement, titubant vocalement et en finissant une phrase sur deux), la genèse de son album commencé en octobre 2006 et terminé seulement il y a quelques jours.

-Tout arrive comme ça… je ne prémédite rien. L’album se construit au milieu de plein de choses qui existent déjà. Moi, je ne prépare pas un disque. Je le fais, presque sans le faire exprès. Simplement avec feeling et avec passion. Je voulais une ouverture et un générique de fin. Isabelle Adjani s’est occupée de la première et Daniel Filipacchi du second.

Il s’arrête de parler, prend une bouchée de sa salade de homard et son regard se fait lointain. Ça y est, il est parti dans son monde. Je me demande, si je l’ai perdu. Non. Il reprend.

-Mon disque est conçu comme un film. Il y a bien des films sans son. Moi, j’ai fait un film sans image. 

Il m’avoue ensuite être dans un état indescriptible lorsqu’il crée.

-Je suis comme un peintre qui peint sa toile (il me cite Basquiat), comme un cinéaste qui tourne un film (il me cite David Lynch), comme un auteur qui écrit son livre (il ne me cite personne), je porte longtemps en moi ma création. C’est lourd long et très dur. Je passe par des souffrances terribles et par des bonheurs fugaces… Tout se mélange et ça me met dans un drôle d’état. Aujourd’hui, heureusement, j’ai fini et ça fait du bien.

Je lui demande pourquoi, entre deux albums, il y a ce silence si assourdissant.

-Je refuse tout ce qu’on me propose. Je veux aller à mon rythme. Je ne veux avoir de compte à rendre à personne, ni avoir le moindre contrat. Je suis dans ma bulle, j’ai ma cadence…

Il s’interrompt à nouveau. Demande de nouvelles coupes de champagne, puis il sourit et se justifie.

-Ce n’est pas une question d’argent. Je suis suffisamment inconscient pour vivre comme si j’étais le roi du pétrole. Mais, je ne suis pas le roi du pétrole, alors, j’ai des hauts et des bas. J’ai pas mal de bas d’ailleurs. Ce qui compte, c’est d’avoir de la ressource, comme sur un ring… d’avoir le deuxième souffle pour mettre KO tout le monde ! 

Allez, une pause. Une version récente des Mots bleus... Je ne m'en lasse pas.

Je lui parle du syndrome de Peter Pan.

-Moi, je vis à 63 ans exactement dans le même état qu’à 18 ans. Plus on vieillit, plus on est nostalgique de la jeunesse. Personnellement, je ne cours plus comme un lapin et ça me fait vraiment chier. Je parle toujours de mes 50 ans parce que c’était ma période préférée. Je me prenais pour un dieu.

Un silence. Puis il ajoute.

-En plus, avec la nouvelle technologie, je préférerais avoir 40 ans que l’âge que j’ai aujourd’hui.

Ce qui me donne l’occasion de lui demander ce qu’il pense de l’Internet.

-Je n’y comprends rien. Je regarde juste les vidéos sur You Tube. Euh… non ! Je regarde les vidéos sur Dailymotion. You Tube, ils m’énervent… ils n’ont pas grand-chose sur Lou Reed. Lou Reed, vous comprenez, c’est mon idole, c’est un killer…

Et je vous jure, à ce moment précis, dans les enceintes du Costes qui ne diffusaient jusqu’à présent que de la musique lounge, on entend le classique de Lou Reed… Walk on the Wilde Side.

Il me regarde et me dit. Ne vous inquiétez pas… ça m’arrive tout le temps.

Re pause... duo Christophe/Sébastien Tellier: La dolce vita.

Le disque de Christophe, Aimer ce que nous sommes, ne peut pas s’expliquer. Juste, comme il se fonde sur l’émotion, il se ressent (ce qui n’est pas pratique à décrire pour un journaliste musical.) Je ne peux que vous conseiller de pénétrer dans cette superproduction hollywoodienne dans laquelle il fait bon se perdre. Les chemins sont sinueux, tortueux, mais majestueux. Ne pas trouver la sortie est une récompense tellement il est plaisant d’évoluer dans le paysage que nous offre cet artiste unique.

-Si je vends mon album, je n’aurai pas honte. Je le mériterais. Si je ne le vends pas, je serai heureux de l’œuvre...

La nuit se poursuit.

J’apprendrai pêle-mêle qu’il n’aime bien son " œuvre " que depuis 1995 et l’album Bevilacqua, qu’il ne se considère pas comme un intellectuel (il ne sait même pas ce que c’est que d’être " intellectuel ", que sa passion pour les femmes est toujours aussi grande, qu’il est un homme libre (qui fait des choix de vie en prenant tous les risques), qu’il n’est pas branché, qu’il aime beaucoup Abd El Malik (qui a fait un disque de " différence ") et toutes sortes de choses qui aliment une conversation.

Christophe 16.06.08 3.JPG

À deux heures du matin, je dois laisser ma place à une certaine Valérie.

Qui est en fait Valéry Zeitoun (patron du label AZ, la maison de disque du chanteur) que Christophe a gaillardement fait patienter une demi-heure pour finir notre conversation et son repas.

La grande classe.

Je résume : Christophe est franc, lucide, un eu écorché vif. Mais il est surtout l’un de nos artistes français les plus originaux et essentiels…

Ici, une interview plus dans les normes sur le nouvel album..., là une chronique bien troussée et pour clore le sujet, un article intellectuellement masturbatoire.

1121498506.jpg

Commentaires

Merde c'est fini ? Qui c'est qui paye l'addition ? Moi !
A un moment je me serais cru au Costes à la place d'un homard tellement cette entrevue est parfaitement bien rendue. Bravo Mandor !

Tu vois, moi je préfère quand tu fais des interviews sans image ! (Private Joke)

Écrit par : merlinbreizh | 01 juillet 2008

Ah bah tu vois quand tu veux!! Tu peux!;)
Magnifique article!!

Écrit par : E | 01 juillet 2008

J'étais au Costes avec ce monstre de sensibilité et de talent (Christophe) et ce narrateur hors pair (Mandor) (t'as aussi du talent et t'es aussi sensible, t'inquiète !)... oui, j'y étais, tellement cet article transmet l'émotion et la vérité de cette belle rencontre !

Et puis, cerise sur le gâteau, tu m'as fait découvrir une reprise toute en sensibilité (décidément) des "Mots bleus" ! Cherchez pas, le talent est là !

Des interviews comme celle-là, je suppose que tu en redemandes; en tout cas, moi oui !

Écrit par : Olivier Goujon | 01 juillet 2008

L'encre de mon dernier commentaire était à peine sèche que je me suis mis en tête et spécialement en oreilles d'écouter "Aimer ce que nous sommes". In extenso. Un album atypique. Vraiment. Une ambiance, des sensations, un univers. Curieusement, les titres s'enchainent sans qu'on ait réellement l'impression de les dissocier. C'est un tout. Comme s'il n'y avait qu'un seul titre. Une sorte de cri de l'âme, teinté à la fois de nostalgie et de cette force indicible que sait procurer la délectation des véritables saveurs d'un présent pleinement capté (euh... ?) ... bref, un album éminemment personnel et sincère ! Bravo et merci, cher Christophe, pour nous avoir distillé tous ces jolis mots bleus !

Écrit par : Olivier Goujon | 02 juillet 2008

@merlinbreizh: Je ne sais mâme pas qui a payé l'addition... je suppose que c'est le label. (J'aime bien répondre sérieusement à une question qui n'était qu'une plaisanterie...)
@E: Merci miss!
@Olivier Goujon: Je suppute le fait que tu aimes le monsieur...

Écrit par : mandor, président de la FAPM | 02 juillet 2008

Tu supputes intelligemment ! Pour tout dire, j'aime les véritables artistes, presque autant que j'abhorre les pseudo artistes qui n'ont comme toute ligne d'horizon que celle de leurs ventes...
Pour moi (j'écris bien "pour moi"), le véritable artiste est "missionné" pour nous révéler cette putain de part d'humanité qui fait que nous sommes ce que nous sommes... l'artiste est un révélateur. Dire l'indicible, montrer l'invisible, nous faire entendre l'inaudible, nous faire sentir l'inodore : telle est le rôle d'un véritable artiste. Nous rapprocher de notre nous-même !!!
Euh..... ???????

Écrit par : Olivier Goujon | 02 juillet 2008

ma (seule) vie "sociale", c'est de lire mandor -PDLFAPM-, et c'est même mieux qu'en vrai (pas obligée de me coucher à point d'heure...)

Écrit par : wictoria | 02 juillet 2008

Un plaisir de te lire, cher président, et de découvrir Christophe.
(Tu es plutôt musicale en ce moment et je suis trop absente). Un gros bisou.

Écrit par : marsha FAPM | 03 juillet 2008

@Olivier Goujon: Je ne change pas un mot de ce que tu as écrit. Je pense tout pareil.
Wictoria: ;o)
@marsha FAPM: Oui, BEAUCOUP trop absente.
Bises!

Écrit par : mandor, président de la FAPM | 08 juillet 2008

Les commentaires sont fermés.