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22 mars 2008

Habiba Mahany: kiffez son livre!

 

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Habiba Mahany, cela faisait longtemps que j’en avais entendu parler. Il y avait comme un buzz littéraire autour de ce livre aussi mystérieux que jugé excellent. Pour tout dire, Kiffer sa race, je l’attendais avec impatience. Je connais un peu son frère, juste un peu, alors, vous pensez bien, opportuniste que je suis, je me suis mis à genou et j’ai prié pour qu’il me file ses coordonnées.

(Oui, c’est ainsi qu’un journaliste procède pour contacter un auteur. Prêt à toutes les bassesses, c’est bien connu.)

Mabrouck Rachedi a accédé à ma demande, mais m’a prévenu direct : « Je viens avec elle à votre entrevue, je n’ai pas confiance en toi, je préfère surveiller cette rencontre. Pas question de te laisser seul avec ma sœur. On m’en a raconté de belles sur toi ! »*

Ah !

Soit.

C’est ainsi qu’en ce jeudi 6 mars, je me retrouve devant la Gare du Nord à la recherche de Mabrouck Rachedi, le frère de…

Enfin, il arrive.

Habiba doit nous rejoindre.

Elle s’avance vers nous quelques minutes après. Un peu timide, mais résolue. Nous nous installons dans un café et nous démarrons la conversation. Mabrouck m’observe, l’œil malicieux. En fait, j’ai compris pourquoi il est venu. Pour s’amuser, parce que, sachez-le, chers lecteurs, cet écrivain est taquin.

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Habiba et Mabrouck... une belle complicité.

 

Mine  de rien, je suis un rien déstabilisé. Je me concentre sur le livre (que j’ai beaucoup apprécié).

 

L'histoire: Sabrina Asraoui, élève d’une classe de première, raconte sa rentrée scolaire, ses « embrouilles avec un frère qui joue au petit chef » et sa relation avec sa grande sœur qui a changé depuis son retour du bled. Il est aussi question d’amour et d’amitié.

Et de tolérance.

 

Ce roman est bien écrit (comme dirait la critique de Marianne, « Habiba Mahany utilise le langage de Jamel Debouzze et celui de Molière », rien n’est plus vrai). Il m’a touché, car profondément humain, frais, joyeux… même si beaucoup de choses sur la société d’aujourd’hui sont dites clairement.

 

Si l’action de son ouvrage se situe dans une cité d’Argenteuil, Habiba ne souhaite pas que son livre soit catalogué comme un roman de plus sur la vie en banlieue. « C’est juste la vie d’une adolescente… ». Soit, mais elle est maghrébine et habite dans une cité… la confusion est possible.

-Justement, j’étais un peu lassée des livres où l’on représentait la jeune fille maghrébine n’osant pas sortir de chez elle, son frère l’empêchant de sortir et de « fréquenter » des garçons… tous ces clichés, j’ai voulu les tordre.

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Et parce que j’insiste sur le fait que ce que j’aime beaucoup, c’est qu’il n’y a aucun personnage manichéen, Mabrouck me lance, mort de rire: « Dis, tu recycles les questions que tu m’as posées pour les refourguer à ma sœur ? ».

Grrr… il m’agace avec ses plaisanteries.

Habiba regarde son frère me titiller et me répond.

-Je voulais insister sur le fait que la tolérance et l’intolérance existent partout, même dans les minorités. J’écris dans le livre que « les torts sont partagés ». J’ai voulu mettre tout le monde à la même enseigne. De toute manière, que l’on soit noir, blanc ou asiatique, nous sommes tous des êtres humains, c’est ça le principal. C’est ridicule de comparer les races.

Un bémol, cependant. Je n’aime pas le titre… je lui dis que je trouve qu’il n’est pas représentatif du contenu (parfois, oui, je suis prétentieux). Elle s’en explique ainsi dans pas mal d'interviews.

-Kiffer sa race, comme je l’entends dans le livre, c’est s’affranchir des barrières dans les têtes qui séparent. Ce n’est pas utopique. Je crois en l’être humain, au citoyen du monde. Je pense que c’est une question de temps — certes long — pour que cela se matérialise.

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Habiba Mahany, dans ce livre, crie aussi son amour de la culture en général et de la littérature en particulier. Elle affirme que « la littérature, c’est pas un truc de riche, le savoir, c’est pas qu’un domaine réservé… » (Je rappelle que c’est une ado qui s’exprime, hein… je dis ça pour les éventuels grincheux qui critiqueraient le style.)

Là, attention ! Ce n’est pas dans mes habitudes, je vais parler sérieusement.

Mon point de vue est clair. L’éducation nationale devrait s’intéresser à ce roman. Il devrait le lire, puis, éventuellement, le proposer en classe. Je vous assure qu’il pourrait faire réfléchir les jeunes d’aujourd’hui. Il n’y a pas de morale, juste du bon sens et un point de vue sur la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui jamais évoqué.

« Sous de faux airs âpres, cette chronique pleine d’humour et de tendresse brosse le portrait d’une génération fragile et généreuse. » est-il écrit sur la quatrième de couverture. A cela, j'ajoute que Habiba Mahany nous offre une véritable bouffée d’air frais tout en bousculant certaines conventions et considérations sur la jeunesse des cités.

(Elle ne va pas aimer que j’insiste sur ce fait, mais, c’est ce que je pense.)

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Allez, voici quelques autres parenthèses, parce que je ne sais pas où placer ces commentaires et réflexions… Voyez, je suis franc avec vous.

(Vous ne vous demandez pas comment des parents pouvaient engendrer deux écrivains dans une même famille ? Moi oui. Mabrouck m’a apporté la réponse : « Nous sommes 12 enfants… proportionnellement, ce n’est pas si extraordinaire que ça ! ». Non, en effet, d’autant plus qu’un troisième enfant va sortir un livre. Une autre sœur… Tout à fait normal, le truc. D’une banalité affligeante, je dirai.)

(Qui d’Habiba Mahany ou de Mabrouck Rachedi a utilisé un pseudo ? Tiens, pas envie de répondre.)

(Mabrouck Rachedi (dont c’est le vrai patronyme) n’a pas « pistonné » Habiba. D’abord, elle n’est pas dans la même maison d’édition, de plus, contrairement à ce que « certains » pensent, les choses ne sont pas si simples. J’ajoute qu’il ne me semble pas que Mabrouck Rachedi soit un auteur très influent, pour le moment…)

(Evidement, là où il y a ce *… c’est tout à fait faux. Mabrouck n’a jamais rien entendu de négatif sur mon comportement avec les femmes dans mes interviews… (Euh… enfin, je crois.) Il est venu à ma demande, parce que je trouvais la situation amusante. Il m’en faut peu. Je sais.)

(Voici quelques liens (autrement plus sérieux) qui parlent du livre: le blog de Shyankar, le blog d'André Bonet et  le site du quotidien algérien El Watan.)

Commentaires

Je ne connaissais pas, merci pour la découverte, ça donne envie de la lire, cette femme !
Bon week-end Monsieur Mandor.

Écrit par : Nath | 22 mars 2008

Beaucoup aimé ta facon de voir son livre.
Et ce billet.
Si tu fais des stages itw...
(je promets de me tenir très sage).
J'arrete mes delires, je passais juste te souhaiter un bon we,

Écrit par : ecaterina | 22 mars 2008

Merci pour ce compte-rendu !

Écrit par : Tietie007 | 22 mars 2008

@Nath: Merci. A toi aussi.
@ecaterina: Des stages itw... j'en fais parfois.
@Tietie007: De rien, ça me fait plaisir.
;o)
(Bienvenue ici, sinon.)

Écrit par : mandor, président de la FAPM | 23 mars 2008

* La pluie tombe à verse ce jour-là mais il n’est pas là. Mes semelles frappant frénétiquement la chaussée mouillée battent la mesure de mon impatience quand soudain, un bruit de tôle froissée. Je me retourne et je vois un remake du Corniaud avec dans le rôle de Bourvil, Mandor qui essaie de se garer en créneau à proximité de la Gare du Nord.
- Ah ben c'est une catastrophe ! Maintenant elle va marcher beaucoup moins bien forcément
Tu m’étonnes qu’elles marcheront moins bien, les deux berlines que Mandor vient d’emboutir avec son tracteur Caterpillar, mais ça n’a pas l’air de traumatiser l’imperturbable chroniqueur culturo-superficielo-passionnant.
- Bon, on se jette dans un café fissa ?
Bourvil… euh Mandor a oublié que c’est ma sœur qu’il interviewe aujourd’hui. Il faut dire qu’il a la tête ailleurs depuis qu’il fréquente les plateaux de cinéma. Il me parle de Gérard et de Gérard et moi, je pense à Heckel et Jeckel, à mon voisin le boucher et son jumeau boulanger. Jugnot et Lanvin, me précise-t-il avec un rictus vaguement dégoûté me faisant sentir que non, nous ne faisons pas partie du même monde.
Ma sœur arrive au bout de quelques minutes et Mandor lui lance un « j’ai failli attendre » en guise de bonjour. J’avais prévenu Habiba, sans la louve, Mandor ne sait pas se tenir. Ma sœur me regarde avec les yeux écarquillés : Mandor, la louve, au registre des noms chelous (c’est comme ça qu’elle dit Habiba) pourquoi pas Tietie007, Juju le pigiste, secondflore ou je sais pas, moi, Gillou le fou ? Elle ne croit pas si bien dire, Habiba.
Donc voilà, on se retrouve à trois en direction d’un café que nous ne nommerons pas, de peur qu’il devienne un lieu de pèlerinage pour tous les adorateurs de Mandor. Assis de tout son long sur une banquette molletonnée tandis qu’Habiba et moi nous serrons sur un pouf, Mandor sort sa chemise violette étiquetée « Mes questions ». Il commence :
- Héléna Marienské, vous avez écrit un livre qui…
- Euh, non, moi c’est Habiba Mahany.
- Ah oui. Mais bon, Héléna, Habiba, c’est un peu la même chose, non ? Et puis elle va pas m’apprendre mon métier, à moi qui donne des stages d’interviews. Non mais !

Ma sœur me jette un regard interrogatif genre « qu’est-ce que je suis venu faire dans cette galère ? ». Je me noie ma honte dans mon café tandis que Mandor reprend le feu nourri des questions. J’hésite un bon quart d’heure avant de couper la maestro :
- Heu Mandor, tu n’aurais pas oublié un détail ?
- Lire le livre ? Tu sais, j’ai l’habitude de me débrouiller sans…
- Non, l’enregistreur.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Un vrai pro n’a pas besoin de ça, j’ai breveté la méthode depuis l’itw (notez que Mandor prononce I. T. W à l’américaine) avec Héléna. Comme l’a chanté Prince, Sanyo the times.
Fier de son jeu de mot, Mandor part dans un grand éclat de rire. Héléna… heu Habiba et moi nous regardons, perplexes.

Et là, j’ai un flash. Un an et demi plus tôt, je revois Mandor et la louve dans le troquet d’un quartier populaire. Les oiseaux gazouillaient, le soleil chantait, le serveur tournoyait, la vie virevoltait. Mandor demandait : « page 37 ligne 23 de ton livre, tu écris que blabla mais à la page 158, ligne 32, tu te contredis légèrement, en disant que blabli, est-ce que, comme l’a dit Hegel, l’autodéveloppement d’un concept s’aliène dans l’altérité et revient à lui par résolution de ses contradictions ? ». Mandor, il était au top, j’te jure.

Retour à la réalité. Depuis, il y a eu Jamel (Debbouze), Virginie (Elfira) et (Jean) Bono. Ca ne change pas un homme, un homme, ça s’enorgueillit, comme l’a chanté Johnny (Hallyday).

* Vous vous êtes peut-être dits que l’astérisque, au début de ma petite prose, c’était une faute de frappe. Bah non, c’était juste pour dire que tout cela n’est qu’une vaste blague, que Mandor, il n’a pas zanzé (à part une greffe de tête) mais comme on n’attaque pas l’inattaquable, on construit des moulins à vent pour mieux les combattre. Ma sœur ne tarit pas d’éloges (parlantes, hum) sur Mandor alors je déboulonne la statue du commandeur comme je peux.

Écrit par : M | 24 mars 2008

@M: Je n'ai rien compris. Ta soeur, ce n'est pas Héléna Marienské??? Mais qui m'as-tu donc présenté? Je ne comprends plus rien, moi. Toi, si je récapitule, tu n'es pas Mabrouck Marienské alors.
(Sinon, je ne sais pas qui de nous deux est le plus dingue... je vote à l'unanimité de moi même: c'est TOI!)
(T'arrêtes de me faire rire de bon matin, hein, merci!)
(Ta soeur et toi, finalement, vous êtes formidable quand même.)
(Non, je ne sais pas pourquoi j'ai ajouté "quand même"...)

Écrit par : mandor, président de la FAPM | 24 mars 2008

C'est "quand même" toi le plus dingue parce que, comme l'a dit le poète, c'est çui qui dit qui est. Pareil pour le formidable.

Écrit par : Mhabibarienskouck | 25 mars 2008

@Mhabibarienskouck: Ah, tu joues à ce jeu là... et bien, je te rétorque tout de go: "un de plus que toi jusqu'à l'infini..."
Et toc!
(Quoi, ça ne veut rien dire?)

Écrit par : mandor, président de la FAPM | 26 mars 2008

Très bon article, qui parle aussi bien du livre que d'infos que je n'avais pas vu ailleurs... Très intéressant en tout cas.
Bonne continuation !

Écrit par : Shyankar | 13 avril 2008

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