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03 janvier 2008

Henri Tachan... poète rebelle et éternel.

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« Crier est un remède contre les larmes. Chanter aussi, je pense ! Lorsque Tachan déboule en scène, petit et noir, étincelant comme une cassure d'anthracite, le front buté, le regard pointu, la lèvre en gouttière ; déjà en sueur, déjà écumant, j'ai chaque fois l'impression de voir surgir un tourbillon, fou furieux avant même sa sortie du torril… » (Frédéric Dard)

« D'abord Tachan, il est jamais d'accord ! Il critique tout. Les curetons, il a du mal à les encadrer ! Il fait comme Brel, il raille les bourgeois, il est pas patriote pour deux ronds . . . De là à dire qu'il aime pas la guerre, y a qu'un pas ! Il fait de la provoc systématique, il profère des gros mots, on se demande s'il le fait exprès… » (Pierre Perret)

« J'aime Tachan, insolent, triomphant. Il cogne, il mord, il ravage, il saccage, il taille en pièces, il poignarde en plein cœur… Il aime, je l'aime. » (Serge Reggiani)

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Voilà vers qui je me rends ce 13 décembre 2007.

Vers un homme que ma famille écoutait quand j’étais bambin.

(Souvent, j’aime rencontrer des artistes qui ont hanté mon enfance… celui-ci, avait un goût de "rebelle attitude" qui plaisait à mon père.)

Quarante ans de carrière.

90db84922a6c92f0405580faaaaa7745.jpgAvec une odeur de soufre qui lui colle à la peau.

Celui dont Brel, son parrain dans le métier, disait : « Le fauve est lâché ! » est un grand pourfendeur de la morale bourgeoise, bouffeur de curés jamais rassasié, antimilitariste jusqu'à l'os… il adore provoquer en exhibant ses pensées génitales.

Dans ma voiture, j’ai presque le trac en pensant à cette rencontre. L’homme m’impressionne.

Il n’est pas pro journaliste, non plus, je le sais, il l’a souvent exprimé.

(Les journalistes culturels le lui rendent bien parce qu’au final, aucun média ne parle plus de Tachan.)

Alors qu’il vient de sortir un nouveau disque : De la pluie et du beau temps.

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J’ai rendez-vous à 16 h à l’hôtel Royal Fromentin, dans le 9e arrondissement de Paris.

Il est 15 h 45, je suis bloqué par une manifestation d’Asiatiques qui marchent lentement dans le quartier de Pigalle. Je suis le cortège en pestant. Je déteste être en retard. Je tente de modifier mon chemin pour les dépasser, mais dès que je reviens sur le bon chemin, c’est pour aboutir juste derrière eux. J’arrive avec 15 minutes de retard, mais j'ai pris soin d’appeler l’attachée de presse pour la prévenir de mon problème.

Henri Tachan est assis dans le salon de l’hôtel. Il m’accueille en se foutant de ma gueule.

Genre, le coup de la manif d’Asiatiques, il n’y croit pas des masses.

En enclenchant mon Sanyo, je tremble intérieurement. Franchement, je ne suis pas rassuré.

Je lui demande comment il fait pour continuer à exister sans aucune aide de quiconque, à commencer par celle des médias.

 

-Je travaille comme dans les années 60. De manière artisanale. C’est le bouche à oreille qui prime. Les6b009f38b991f6b2cc722327d0f7f5d5.jpg médias me boudent car nous ne sommes pas tellement d’accord, mais je m’en passe totalement. Je tiens beaucoup à ma liberté. Je l’ai depuis 40 ans. Il y a un prix à payer pour cela. Le combat dans la solitude. Mais, heureusement, j’ai un public très fidèle. Au fil des années, il emmène ses enfants et petits-enfants. Évidemment, j’aimerais qu’il s’élargisse, mais il faudrait que je fasse des concessions et ça, c’est hors de question.

J’insiste un peu pour savoir si on ne finit pas par choper de l’aigreur quand on se sent victime d’injustice :

-Le succès, c’est les clefs du hasard. J’ai été très longtemps joueur. Au poker, aux courses. Ça m’a beaucoup appris. Je suis très bon perdant. Quand je gagne, je suis toujours surpris de gagner.

Dans son nouveau disque, il observe notamment, la société du spectacle d’aujourd’hui, mais il parle aussi d’amour, de la vie et de la mort. Sa plume est moins acérée, plus douce, peut-être.

-J’ai passé 40 ans à chanter « contre ». Aujourd’hui, j’ai envie de chanter « pour ». Je n’ai plus de temps à perdre pour fustiger les choses. J’ai sorti il y a deux ans, une intégrale de toutes mes chansons chez Naïve. Il y a 7 doubles albums, près de 400 chansons. Il y a là tout ce qui m’énerve et me révolte. Je ne veux plus recommencer. Je préfère désormais m’appesantir sur tout ce qui me plait dans la vie. J’ai aussi envie d’évoquer ce qui est futile. La futilité peut devenir de la poésie, je vous assure.

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Je lui pose la question qui fâche. Est-ce la vieillesse qui l’assagit ? (Il a 68 ans).

Il ne sourit plus.

-Ma tête est jeune et mon corps à son âge. On peut avoir mal au corps et avoir toujours le cœur d’un adolescent.

Il réfléchit :

-Par contre, j’ai une certaine fatigue, mais je n’ai pas perdu mon instinct de révolte. Par exemple, je suis révolté contre la vieillesse et la mort. Ça m’a toujours hanté depuis que je suis jeune. C’est mon seul ennemi préféré. La seule chose importante, c’est qu’un jour on disparaît, on perd des amis autour de soi, et que soi-même, on est programmé pour disparaître. C’est mon idée fixe.

Je sors les idées reçues qui traînent sur sa personne. Un peu pour le provoquer.

1) Tachan, chanteur engagé ?

55693af06f3a057d9fe951584abfe052.jpg-Il n’y rien de pire que cette insulte. Les artistes engagés m’emmerdent. C’est une fausse réputation que j’ai. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai écris il y a une trentaine d’année, un texte qui s’appelle « Ni gauche, ni centre, ni droite. » Après, on ne m’a plus fait chier avec ça. Sauf vous, aujourd’hui. Sachez, monsieur, que je suis en révolte permanente contre les conneries de la vie et je suis en tendresse permanente pour les belles choses de la vie. J’essaie juste de faire rêver les gens, de les faire rire parfois.

2) Tachan vit reclus loin de tout, sans personne ?

-Vous le faites exprès là ? Pourquoi dites-vous ça? Ma porte est toujours entrebâillée. Je dis comme Léautaud : on ne vit jamais seul. Je vis avec ma famille et j’ai des amis. Peu du métier certes. À part Pierre Perret et Jean-Claude Vannier.

 

3) Tachan n’aime pas les nouveaux chanteurs français. Delerm, Bénabar…

-Qui ?

-Delerm, Bénabar.

-Qui ?

Idée reçue tout a fait exacte donc. Les seuls qui trouvent grâce à ses yeux, sont Alain Souchon et Thomas Fersen qui ne sont tout de même pas les perdreaux de l’année.

J’aime Henri Tachan, parce qu’il est, avec Aznavour, le dernier des mohicans (mais personne ne le sait).

Autre point commun, ils sont arméniens tous les deux. Enfin, je présume, car le vrai patronyme de Tachan est Tachdjian.

(Et vous savez à quel point cette communauté est importante pour moi aujourd’hui…)

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Henri Tachan me dira après l’interview qu’il s’est bien amusé. Je ne sais pas comment le prendre, mais je suis de bonne humeur, je le prends donc comme un compliment (et ça m’arrange bien… je suis sensible et susceptible.)

Nous devisons encore quelques minutes avant qu’un taxi le récupère. Il s’en va au bout du monde pour un concert le soir même.

A Issy-les-Moulineaux.

Moi, je retrouve ma voiture. Un PV de 33 euros sur le pare-brise.

Youpi ! La vie est belle.

Pas d’Asiatiques sur le chemin du retour.

Je réécoute le disque de Tachan et je me dis qu’il n’est pas si terrible que ça.

Un tendre révolté.

Juste.

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P.S : Voici un documentaire très récent de 10 minutes sur lui. Regardez-le en intégralité pour comprendre le personnage.

 

 

Et , des images d’archives de lui en « tour de chant » en 1972.

Commentaires

Encore un artiste choisi exprès pour faire râler ta nièce?! ;) Remarque, je dois bien avouer que même moi qui suis plus djeuns du tout, je ne le connais pas, enfin, connaissais pas!

Écrit par : Kiki | 03 janvier 2008

J'connais pô.
Et d'abord j'aime que Benabar et Delerm.
C'est nul ce blog élitiste. ;)

Merci pour la découverte.

(Et le fils Dutronc fait d'ailleurs un clin d'oeil à son père dans sa dernière chanson "j'aime plus Paris" : "il est 5 hors, Paris s'endort" glissé dans les paroles)

Écrit par : mesuline | 03 janvier 2008

@Kiki: Tu es enfin revenue... je vais pouvoir attaquer ton livre. Mais tu sais que pour que j'en parle sur mon blog, il faut que j'interviewe l'auteur...
Pfff... obligée de venir à Paname...
;o)
@mesuline: "C'est nul ce blog élitiste". Et ben, tu sais quoi? Cette réflexion m'a fait sourire...
Bises.

Écrit par : Mandor, président de la FAPM | 04 janvier 2008

Attaquer mon livre? Gaffe à toi, c'est un guerillero "armots" jusqu'au dents! Waow, une partie fine à trois bientôt à Parigolo, d'accord! (ben quoi? une fine à l'eau, on sert bien ça dans les troquets encore? Mais bon, c'est vrai que Sanyo, on n'est pas obligés de l'inviter, tu pourrais faire une itw de mémoire, à moitié vécue, à moitié inventée, une petite fiction alcoolisez-moi, quoi, je te donne carte blanche! ;))) Allez, tchin et bientôt donc!

Écrit par : Kiki | 04 janvier 2008

Tachan ? oui, un bon ! un poète, mais rien qu'un homme.. comme un soldat obsédé à tirer, du bout de son fusil et sexe et sur tout. Il est un grand, un très grand.. si on en coupe la moitié ou les 3/4. Trop d'égo, bien trop, il lui faut apprendre l'humilité. Aussi, il n'aide pas à vivre, il pousse à l'eau. Que restera t-il, qu'aura t-il fait de sa jeunesse et de sa vie, pour autrui ? Il est un peu ou beaucoup comme tous ceux qu'il dénonce. Toujours cette obsession du p'tit bout, mais, tous, nous ne sommes pas des gourmands, des gourmands, des gourmands.

Écrit par : charly | 27 juin 2010

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