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13 novembre 2007

Sarcloret.. l'helvète underground!

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Quand j’ai reçu ce carton d’invitation, j’ai souri.

Que voulez-vous, j’aime l’humour noir.

Comme le café, quand il est bien fort.

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Moi, le gars Sarclo, je le classe dans la catégorie des Desproges.

Je vous assure, pas moins.

Sarcloret, je devrais dire… oui parce que depuis que nous avons un Sarko qui dirige la France , il a décidé de reprendre le nom qu’il utilisait au début de sa carrière.

Promiscuité que ce suisse ne souhaite pas.

Ouaip.

Bon, avant de continuer, je vous propose de regarder ça.

Pour comprendre un peu le personnage.

 

 Merci !

(Woaw ! Ce blog est carrément interactif !) 

 

9571a0767cab778a64610669ee706810.jpgSarcloret, donc, je l’écoute depuis longtemps.

Allez, disons depuis 10 ans.

Mais il a 25 ans de carrière.

(J’ai eu le temps d’écouter ces premières productions et ce ne sont pas ceux que j’apprécie le moins).

Ce monsieur dont Renaud dit de lui « qu’il est la plus belle invention suisse depuis le trou dans le gruyère » (ce qui pose son homme) a un style original et non conformiste, il dénonce, il balance, ose parler des problèmes sociaux dans leurs grands thèmes, loin des battages médiatiques des Star Academy et autres produits commerciaux (que je célèbre aussi ici parfois).

Il écrit simplement avec des mots de tous les jours, sans concession, égratignant çà et là les institutions avec méchanceté.

Son dossier de presse nous le présente ainsi. Je ne retire aucun mot.

« Sarcloret est un homme tendre et amoureux, un artiste ronchon et corrosif. Le tout donne des chansons qui oscillent entre la poésie et la boule puante, des chansons qui font rire ou pleurer, des chansons remarquables. Une écriture au compas, nette, tendre, pudique et impudique, une plume scandaleusement belle, de vraies chansons avec des morceaux de chansons dedans. »

J’ajoute à cela que son deuxième métier est architecte (c’est vrai.).

Il construit ses chansons comme des maisons.

Bien charpentées, solides et belles. Il y a bien quelques défauts, mais si minimes que je n’ai pas envie de les relever.

(Fastoche, je sais.)
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Tout ça pour dire que je ne me suis donc pas fait tirer l’oreille mercredi dernier pour aller applaudir Sarcloret au théâtre La Reine Blanche.

Sissi, son attachée de presse m’obtient une interview après le concert. Je sais, par expérience que ce ne sont pas les conditions idéales pour échanger, pour se concentrer, pour rencontrer l’autre (j’veux dire par là, pour être en « communion »).

On y reviendra plus tard.

Le concert d’abord.

Une première partie avec un jeune suisse, l’excellent Simon Gerber.

(Je signale au passage qu’il existe un CD-DVD, Quinzaine du blanc chez les 3 Suisses, d’un concert donné en commun entre Gerber, Sarcloret et Bel Hubert).

Pour Sarcloret, on l’a compris, la chanson est une histoire de famille.

Simon Gerber, donc, est un petit gars pétri de talent. Blues, rock, blues, chanson, blues… pendant près d’une heure.

Ça, c’est de la première partie.

J’observe ce type dont on risque de reparler (et qui me fait furieusement penser à Alexandre Astier, le roi Arthur de Kaamelott).

Tenez ! Oui ou bien ?

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Après la prestation d’Arthur, un quart d’heure d’entracte. J’en profite pour goûter le vin blanc suisse qu’a ramené Sarcloret de son fief.

Très franchement, bof !

C’est au tour du « mec avec sa guitare » (comme l’appelle le journal Chorus de l’hiver 2006) de rentrer en scène.

Il est seul avec son instrument et un ordinateur qui projette des photos durant tout son spectacle.6a51eb3ec336b93688270b9e98a31400.jpg

Des épitaphes-maison inscrites sur des pierres tombales.

Tout au long de la soirée on peut y lire des sentences du style : « 60 ans de vin rouge dans des verres à moutarde », « On peut sortir du quotidien, mais pas tous les jours », « Il voyait des nichons partout », ou encore le très subtil « c’est un miracle si on baise ce soir ».

Bon, raconté comme ça, je vous l’accorde, ce n’est pas hilarant, mais dans le contexte, on rit beaucoup.

Vous connaissez le dicton : le rire est la politesse du désespoir.

Sarcloret est très poli.

Il chante quelques anciennes chansons et la majeure partie de son nouvel album :

À tombeau ouvert (chansons posthumes, vol1).

Une heure 30 plus tard, c’est fini.

c40f14bb7e3bf97178a319bc69d3faf2.jpgPas vu le temps passé.

Je le rejoins au bar et je me présente.

-Ah oui, c’est vrai ! Bon, on va faire ça ici !

(Cache ta joie, j’en envie de lui dire.)

Donc, nous nous installons dans ce petit endroit ou 10.000 personnes viennent le saluer.

Peut-être pas 10.000 mais au moins 10, qui ne remarquent pas qu’un magnéto est posé sur la table et que Mandor fait son boulot.

(En tant que président de la FAPM , je souhaiterais un peu plus de respect.)

L’interview est fort décousue d’autant plus que je suis dur de la feuille et qu’on ne s’entend pas parler.

Je parviens à lui poser quelques questions et à obtenir des réponses.

Je lui demande si ne pas être reconnu à sa juste valeur le tue à petit feu. (Je pose des questions en rapport avec la thématique de la soirée, non, mais, dites-moi, il ne faudrait pas s’imaginer que je ne sais pas rester un vrai professionnel, même dans des conditions extrêmes, voyons !)

-On me pose souvent la question. (Et alors ? J’ai bien le droit de ne pas être original.) Je réponds qu’il y a longtemps, je pensais que je faisais des chansons plus belles que les autres et que c’était important ; il y a moins longtemps, je pensais que j’écrivais des chansons moins moches que les autres et que c’était sans importance ; et maintenant je suis juste un vieux mec avec une guitare…

Sarcloret à 56 ans, mais il ne les fait pas.

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Bref, il continue.

-Je ne ferai jamais de gros succès. Les maisons de disques veulent juste faire les poches des gamins. Je n’écris pas des gamineries, j’écris pour adulte consentant.

Comprendre par là que l’artiste aime les différents niveaux de lecture. Chez lui, c’est l’ambivalence entre ces deux aspects qui est intéressante, la tension entre la déconnade et la chose sérieuse.

a906df6df1dcbd8df560e0c0923cf84a.jpgSarcloret est subversif. Il est même le chanteur francophone le plus subversif, sans aucun doute.

-La subversion est toujours un peu noire. La différence entre un produit commercial et un artiste, c’est que l’artiste se préoccupe du monde. Il s’en moque, le bouscule, gratte pour voir ce qu’il y derrière. On peut trouver que Bénabar écrit de belles chansons, mais moi, quand je l’écoute, je m’emmerde. Je m’en tape de ce qu’il y a dans son frigo. Je n’ai rien a y manger parce que le monde est trop contemplé de manière inerte. Je n’aime pas ce qui est aseptisé. Moi, je veux subvertir le regard, relever le grain des choses.

Ceux qu’il aime, ce sont les Céline, les Topor, les Bukowski et autres Bob Dylan.

Et Pierre Desproges.

-Desproges, c’est le gars qui ne beurre pas la tartine des deux côtés.

J’ai l’air, comme ça, mais l’homme est aimable. Je le sens las de répéter ce qu’il a déjà dit 1000 fois. Il en a 4d54fdd27dc0d564d47fe5f97281c08a.gifmarre de se justifier de sa condition d’artiste honni, qui n’aime pas les journalistes.

-Je suis là. J’ai accepté de vous répondre, ça ne me dérange pas du tout. Il y a une image de Sarclo un peu casse-couilles, névropathe et chieur. Je ne le suis pas.

Il se tourne vers Simon Gerber et ses musiciens.

-Hein, je ne le suis pas ?

-Si, un peu, rétorque un des musicos.

Je comprends qu’il plaisante. Mais quand même. Simon Gerber me regarde en souriant. Du coup, je demande à Sarcloret ce qu’il pense de Simon.

-Je suis très jaloux de lui. Parce qu’il est musical, créatif, souple, ouvert… Il fait de la chanson moins racleuse que la mienne, mais il a le talent d’aller chercher les notes, d’aller chercher les instruments. C’est un type qui peut gérer un disque de A à Z.

D’ailleurs, Sarcloret ne s’est pas privé pour « employer » Simon Gerber sur son nouveau disque. Il est à la production artistique, aux guitares, à la basse, au mellotron (???), à l’orgue, aux chœurs, au violon, au violoncelle, aux arrangements et aux « musiques manquantes » (??? bis).

Sans plaisanter, le type vaut vraiment le coup d’œil.

7fa382023ca3304f7160df96d4d2a160.jpgPour finir sur une note joyeuse (alors que le patron du bar ne cesse de remplir nos verres de ce délicieux vin blanc suisse… hum !), je l’interroge sur son obsession du temps qui passe et de la mort.

-Ca me fait plaisir quand Desproges, dédicaçait son livre Vivons heureux en attendant la mort, avec la signature de Patrick Sabatier. On peut rire de la mort, vous savez. La vie une page. Si on écrit dans la page, c’est bien, si on écrit un peu dans la marge, c’est rigolo aussi. La marge, c’est la mort. Si on ne peut pas cochonner dans la marge, c’est triste. Ce disque est pour moi une façon de cautionner la mort de manière jouissive.

Il boit un coup et serre des mains, puis poursuit.

-Dans un monde où l’on est promis à la disparition, où l’idée de Dieu n’a pas à figurer au titre des réconforts et des anti-douleurs, j’ai des anti-douleurs qui sont le vin rouge, les nichons de ma femme, la chanson française de qualité et ma guitare.

Sarcloret est un personnage important de la chanson francophone. Un incorruptible, un sans concession, un vrai de vrai.

Il est donc, tous les mercredis à 20 h au Théâtre de la Reine Blanche jusqu’à la fin du mois.

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Demain, la première partie est de nouveau occupée par Simon Gerber.

C’est dit.

Commentaires

Je découvre un personnage attachant et on ne peut plus "authentique". C'est clair qu'il est atypique. En marge, comme il aime à le dire. Il a échappé au "formatage" et c'est tant mieux ! Je lui souhaite de ne pas avoir une reconnaissance... "posthume" ! Mais je lui souhaite surtout et avant tout d'être heureux ! Tout simplement.
Ps : c'est vrai qu'il ne les fait pas, ses 56 balais !
Ps2 : ton estomac a-t-il bien résisté au petit blanc helvétique ?

Écrit par : Olivier Goujon | 13 novembre 2007

Je ne connaissais pas, comme d'hab, ça devient navrant mais j'aime beaucoup : le perosnnage, le style, la mort et la citation de Renaud ;o) Il a l'air bien ce bonhomme, envie de connaître son univers, sa prose, son style. Merci Mandor, euh François.

Écrit par : Nath | 13 novembre 2007

Encore pour moi une nouvelle découverte musicale.
Un artiste qui a quelque chose d'important à nous dire, c'est interessant ça.
J'aime beaucoup son image du rouleau de PQ qui dévale l'escalier et qu'il faut prendre en photo...c'est tellement vrai !! Il semble avoir beaucoup de recul sur la vie cet homme là.
Mais il a aussi un côté assez triste je trouve, désillusionné peut-être. C'est malheureux comme ces gens qui savent percevoir tant de choses sur la vie et les hommes finissent par en souffrir, de ne rien pouvoir changer.

Écrit par : maud | 13 novembre 2007

T'aurais pas un Mandor mag ? Un journal papier ? Parce que c'est VRAIMENT dur de prendre le temps de tout lire au travail devant l'écran ... (je suis vieillotte). Je n'ai lu que DESPROGES et là j'ai dit "ouh la la à découvrir d'urgence".

Écrit par : Fanny | 13 novembre 2007

les portes du kilimanjaro bientôt vont se referler...

Écrit par : Dieu est mon berger allemand | 13 novembre 2007

L'a taté du "fendant" le Mandor ! Faut s'accrocher à ses p'tits vins pentus ...

Écrit par : boronali | 13 novembre 2007

Moi non plus je ne connaissais pas ! Comme dit Olivier un personnage atypique mais je pense aussi qu'il y a beaucoup de souffrance derrière... Au moins il a mené son chemin comme il l'entendait et c'est déjà beaucoup !

Écrit par : Marie-Laure | 13 novembre 2007

Tu as raison Marie-Laure : c'est important de choisir en conscience son chemin... Peu de personnes le choisissent réellement; la plupart d'entre nous, nous suivons un chemin pris par hasard; chemin qui devient sentier, route, nationale puis autoroute. Une autoroute où nous n'avons souvent pas le temps d'apercevoir les bretelles de sorties tant nous roulons vite, les oeillères bien droites, le cruise control enclanché...

Écrit par : Olivier Goujon | 13 novembre 2007

Je ne connaissais pas non plus ce "personnage"...
"Desproges, c’est le gars qui ne beurre pas la tartine des deux côtés", bon ben adjugé !

Heu, sinon Président, restons sur le tobblerone au prochain dîner voulez-vous ;)

Écrit par : Katy fapmer | 13 novembre 2007

@Olivier Goujon: Le blanc hélvétique a ceci d'intéressant qu'il ne m'incite pas à la surconsommation.
@Nath: Il est bien, je te le confirme. Il y a aussi chez lui beaucoup de second degré et une bonne dose de provocation (pas forcément gratuite, salvatrice, parfois).
@maud: Ton analyse est très juste. J'adhère complètement.
@Fanny: Mon blog n'est pas à lire au travail, il est lire le matin au petit déjeuner avant d'affronter les affres du quotidien.
(Réponse volontairement parfaitement prétentieuse).
@Dieu est mon berger allemand: Monsieur connait ses classiques...
@Boronali: Marsha, au secours! Le monsieur il fait rien qu'à se moquer de moi!!! Cause que je bois n'importe quel vin.
@Marie-Laure: Je ne suis même pas certain qu'il ne soit pas heureux...
@Katy fapmer: (tiens! Ce pseudo me fait sourire).
Pour ta proposition tobbleronienne, je suis OK!
Sinon, "Salines''... bien reçu. Et chapeau!
(Mail perso arrive).

Écrit par : Mandor, président de la FAPM | 14 novembre 2007

Ouais, ok ... alors tu te transformes en miroir passeke moi le matin, au ptit dèj, je suis occupée à me bastonner avec mon sèche-tif pour avoir une tête vivable, à me ravaler la façade à grand renfort de Guerlain et à vider mon armoir sur mon lit pour trouver de quoi vêtir la carcasse grassouillette qui est la mienne.

Ma tasse de café me suit. Mon ordi, pas encore ...

Écrit par : Fanny | 14 novembre 2007

Très jolie note qui fait plaisir !

Cependant, je me dois de rectifier un point important : il n'y a pas de trous dans le Gruyère. C'est l'Emmental qui est troué.

Quant au vin blanc, je confirme, le Fendant est infect. Dommage, alors que le Valais propose une Petite Arvine et autre Malvoisie si délicieuses !

Écrit par : Marie | 14 novembre 2007

Eh beh...
A la lecture de ta note, tu me vois tout déçu de ne m'y être point rendu... mais c'est tant pis pour ma pomme, aussi. Bien fait pour moi.

Écrit par : Franswa P. | 14 novembre 2007

@Fanny: Je plaisantais Fanny, je plaisantais.
@Marie: Oh la bourde. On ne va pas en faire un fromage, hein? (Facile, je sais).
Quant aux vins. Je n'écoute que les remarques et conseils de Marsha. C'est notre spécialiste...
Euh... en fait, tu m'as l'air d'en connaître toi aussi un rayon sur la chose.
@Franswa P.: On se rattrapera ce soir... c'est autre chose, tu verras, mais ce devrait être sympa.

Écrit par : Mandor, président de la FAPM | 15 novembre 2007

Les commentaires sont fermés.