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17 juillet 2010

Bernard Giraudeau : interview pour Les dames de nage

medium_V87_Livres_Bernard_Giraudeau_Photo_2_par_Sylvie_Lancrenan_.JPGAprès lui, l’idée d’aller chez Bernard Giraudeau, dans son appartement parisien jouxtant l’avenue des Champs-Élysées, me plaisait beaucoup. J’ai toujours admiré ce comédien. Celui des années 70 et 80, léger et celui d’après, plus torturé, ambigu, voire dramatique…

(Sa filmographie est ici).

Cet homme m’intrigue, m’impressionne même.

En ce jour de mars 2007, j’avoue que j’ai un peu le trac en montant dans l’ascenseur. Pendant les 6 étages, je croise les doigts pour que l’entretien se passe bien.

Je sonne. Un moment que j’estime long passe et Bernard Giraudeau finit par arriver. Le portable collé à l’oreille.

Un sourire, il me fait signe de le suivre.

Il raccroche rapidement puis s’excuse. Dans son salon, il me demande de m’installer, de faire « comme chez moi »… ce qui, évidemment, est une formule de politesse.

Je sors mon bazar de mon sac. Magnéto, mes fiches et mon exemplaire du livre.

Il me propose un thé, que j’accepte puis me demande si j’ai déjà lu un livre de lui. Je réponds que oui, son tout premier, Le marin à l’ancre, mais pas le second Les Hommes à terre.

-Le problème, monsieur Giraudeau, c'est que je n'ai le temps de lire uniquement des livres que je critique dans mon journal. C’est parfois frustrant, vous savez.

-Ce n’est pas grave, cher monsieur, vous avez de la chance… au moins, vous lisez.

39261_1.jpgJe suis là afin de parler de son nouveau livre Les dames de Nage (qui sort ce jeudi). Sa forme narrative oscille judicieusement entre le roman, le récit et les nouvelles. L’écrivain voyageur multiplie les pistes littéraires pour écrire la recherche de l’amour (et de lui-même) à travers le monde. Pour être franc, il s’est inventé un héros qui lui ressemble un peu (beaucoup ?)… un cinéaste doublé d’un sensationnel aventurier.  

-Je me sers de lui et de son chemin initiatique pour établir un parcours qui, sans être tout a fait similaire, me ressemble un peu. Marc Austère me permet de faire le point sur ma propre vie. Si j’avais écrit une fiction absolue, je m’éloignais de l’essentiel… 

Son enfance à La Rochelle , racontée par petites touches, tel un peintre impressionniste, explique le destin qu’il s’est choisi. Une mère aimante, mais délaissée, un père qui n’a pas su être père, des grands parents pathétiques… Marc Austère n’a trouvé qu’une solution pour fuir cette vie. S’engager dans la marine à l’âge de 15 ans. La fuite du quotidien par l’évasion, l’aventure et le voyage.

-J’ai tout le temps fui l’ordinaire, ce que la vie me proposait et que je ne trouvais pas intéressant. Mon souhait était d’écrire un livre qui interroge. Pourquoi ne prenons-nous pas conscience plus tôt que le bonheur, le plaisir et la vie sont ailleurs et que le sens de la vie, c’est être, tout simplement ? 

Giraudeau raconte ensuite, avec une jubilation communicative, les tribulations épiques et amoureuses de son jumeau fictif en Afrique, à Sarajevo, à Madagascar, au Chili ou encore en Bolivie. Une femme dans chaque port, en quelque sorte. Elles sont attachantes ses Mama, Jo, Ysé, Marcia et autre Camille. Mais il y a surtout Amélie (Ame et lit), l’amour de jeunesse retrouvé puis envolé, fil conducteur de ce roman aux troublants accents de vérité.

Bernard Giraudeau fait dire à Marc Austère : «  Le paradoxe était que je voulais sans cesse peindre plus vite que la nature elle-même. Je voulais à toute force réussir cette harmonie, la dompter, alors qu’il fallait seulement changer le regard et deviner les énergies à rassembler. J’avais trop d’impatience à vivre le bonheur. J’étais déchiré entre le vouloir faire, entre la quête et la paix, entre le désir et l’abandon. J’étais deux ainsi à me battre. »

Je lui dis que cette confession lui ressemble quand même beaucoup. Il sourit.

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Je cite une autre phrase de son héros : « J’épinglais des instants. J’ai aimé faire cela, mais je n’ai regardé le monde que dans l’étroite fenêtre de mon appareil. J’ai aimé tricher avec le vécu, j’ai inventé, recousu, sculpté autrement la réalité. »

Troublant, non, la ressemblance avec la vie qu’a mené Bernard Giraudeau?

Je lui demande si c’est difficile de s’occulter de l’écriture ?

-C’est marrant que vous me posiez cette question aujourd’hui. Je me la suis posé récemment. Sans être prétentieux, j’ai fait tellement de choses dans ma vie que pour en inventer d’autres, il faut que je passe par-dessus tout ça. J’ai supprimé 40 pages dans ce livre, j’avais peur que les situations ne soient pas crédibles…alors qu’elles étaient vraies. Vous savez, je ne suis pas un écrivain. Je suis plutôt un conteur. Je me sers de mon métier d’acteur, de cinéaste, pour visualiser. Je raconte des histoires, donc la vie et donc, je pille ce que la vie m’apprend. Chez moi, chez les autres… 

Quant à sa condition de non-auteur, je lui explique que je le trouve dur avec lui-même. Les gens du métier (qui ne sont pas tous des tendres) reconnaissent en lui une belle plume. Jamais, je n’ai lu qu’il n’est qu’un comédien medium_giraudeau-02.jpgqui écrit…

Il m’avoue en être fier.

Puis il me dit :

-Le bouquin ne vient pas par hasard. Il arrive parce que j’ai cette maladie. Je dois changer mon comportement et j’ai un regard différent sur la vie. J’ai dû abandonner le théâtre, peut-être même devrais-je oublier carrément ce métier. Je ne le fais pas avec souffrance, juste, je me dirige vers une autre vie.

Je ne voulais pas évoquer son combat contre le cancer, mais il en parle spontanément tout seul.

Il cite René Char dans son livre : « Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir » et son héros Marc Austère, de préciser : « peut-être que je m’obstine, moi, à fabriquer des souvenirs pour que cette vie ne s’achève pas. »

L’homme qui est devant moi est bien vivant, positif, plein de projets de voyages et ne se laisse pas aller à l’abattement. Au contraire.

La création est son arme.

L’écriture ses minutions.

Il tire juste.

Dans le mille.

Après l’interview, Bernard Giraudeau se plie avec gentillesse à ma séance de photos Mandoriennes.

Scan10002.JPG
Je ne cesse de vous le dire, cet exercice me gêne toujours un peu. Ensuite, nous discutons encore un moment, mais je constate que cela fait une heure et demie que je suis chez lui.

N’abusons pas.

Dommage, je me sentais bien chez lui.

Vivement son prochain livre !

Que mon âme s’abandonne à ses voyages…

Intérieurs et extérieurs.

Scan10001.JPG

Commentaires

Encore la prem's !!! Ben dis donc !
J'aime bien cet artiste : acteur sympa, écrivain qui nous plonge dans un univers lointain, mec cool, oui, j'aime bien cet artiste. Quel chance de l'avoir rencontré, c'est tout de même un petit monstre de la toile cinématographique ! En tous cas, ce le fut.

Écrit par : Nathalie | 30 avril 2007

Fuir l'ordinaire... C'est le but de tout artiste, dans son cas une facilité inouie à l'aventure !!!! Je ne suis pas fan de beaucoup de gens, mais il pourrait en faire partie !

Écrit par : denis_m | 30 avril 2007

Très, très joli note cher Président. Un brin de nostalgie, une once de vie qui passe, un zeste de rêve inachevé. Le tout autour d'une personne pleine d'âme et de sens.
Merci.

Écrit par : Benoît, membre de la FAPM | 30 avril 2007

Oui, à l'instar de Benoît, je trouve cette note très belle, très émouvante, servie par un style qui l'est lui-même.

Un homme qui s'efforce de faire que le rêve dévore sa vie, avant que la vie ne dévore ses rêves. Une belle et courageuse course à laquelle on a envie de donner un peu de notre souffle...

Merci, itou.

Écrit par : Koryfée | 30 avril 2007

hello,
chouettes perspectives, à en croire le blog it express, au plaisir de te lire...et au 31 mai ! ...se méfier des filles de comptoir....;-)

Écrit par : samuel | 30 avril 2007

Dis moi tu avais interviewé Gregory Lemarchal? Si oui , ce serait pas mal un ptit billet en hommage. C'est triste...

Écrit par : Juju le pigiste | 01 mai 2007

J'avais l'idée d'une base de scénar pour un "Spécialistes 2" avec Giraudeau et Lanvin aujoud'hui...si si ça pourrait être très cool!

Écrit par : Juju le pigiste | 01 mai 2007

@Nathalie : Je mesure ma chance de rencontrer ce genre de personnage… Je le sais que c’est un privilège. Je profite donc toujours du moment, pour qu’il ne soit pas banal.
@denis_m : Giraudeau, c’est vraiment l’homme aux 1000 vies. Impressionnant ! Je comprends ton admiration.
@Benoît, membre de la FAPM : L’âme et le sens… ça te connaît aussi, remarque.
@Koryfée : Merci pour lui. Donner de son souffle… difficile mais l’image est belle.
@Samuel : Ca va toi?
Le 31 mai ? J’ai une absence… que se passe-t-il le 31 mai ?
@Juju le pigiste : Pour Grégory Lemarchal, c’est fait. Je ne suis pas fan de cette variété là, mais la voix et la personnalité de ce jeune homme étaient touchantes.
Quant au scénario qui est dans ta besace, bon courage pour qu’il l’accepte… Le cinéma est lui, ce n’est plus d’actualité. Selon ses dires, il faudrait que ce qu'on lui propose soit "béton" !

Écrit par : Mandor, président de la FAPM | 01 mai 2007

le 31 mai un concert au tryptique tu sais, jerome ...;-)

Écrit par : samuel | 01 mai 2007

@samuel: Jérôme? Connais pas.
;o)
Mais oui, LE Attal, je ne le louperai pas. Je ne connaissais pas la date. Et cette semaine, nouveau focus (je m'adresse à un photographe, doublé d'un auteur, en plus, hein?) sur lui. Nous avons passé un beau moment sur une terrasse la semaine dernière... et je parlerai de son livre "L'amoureux en lambeaux" que J'ADORE!!!!

Écrit par : Mandor, président de la FAPM | 01 mai 2007

Très sympa!
C'est quoi la F.A.P.M?

Écrit par : ecaterina | 04 mai 2007

J'aimerai beaucoup renconter Bernard Giraudeau, mais celà est certes un peu prétentieux de ma part... Mais bon, tampis, je me lance: un jour, le professeur qui me suit pour mon cancer m'a dit que j'avais de la chance! on peut voir ça comme çà!C'est un point de vue, car j'ai déjà survécu à un accident de la route, une hémoragie interne, une erreur médicale, une hépatite C et maintenant un cancer rare...
Alors j'ai de quoi écrire écrire un livre, mais il me manque le talent... Pourtant je suis la preuve vivante qu'on survivre à tout et même au pire et j'aimerai tellement partager celà sans me ridiculiser, alors merci par avance pour le petit coup de pouce...
alicalement,
Et de toute façon, sans rancune si pas de nouvelles.

Écrit par : josiane CORBEAU | 15 mai 2007

j'ai vu l'émission télévision où vous avez parlé d'un livre qui a été déterminant dans votre vie : "La solution intérieure"
J'ai essayé de me le procurer et j'ai appris qu'il était épuisé. Pourriez-vous me dire comment me le procurer. Je souffre d'un grave maladie et j'ai hâte d'en prendre connaissance.
ce serait très sympa de me donner une réponse, une piste pour me procurer ce livre
merci beaucoup

Écrit par : Gitla Szyffer | 23 mai 2007

@ecaterina: Secret d'état farouchement gardé!
@Josiane Corbeau: Je ne connais pas Bernard Giraudeau personnellement. Je ne l'ai rencontré que pour cet interview. Vous pouvez peut-être vous adresser à sa maison d'édition (Métailié). Je ne peux, vous le comprendrez, vous donner son adresse privé...
Amicalement.
@Gitla Szyffer: Ce blog n'est pas le blog de Bernard Giraudeau. Donc, il ne vous lira pas par ce biais. J'en suis désolé. Moi même, je ne sais pas ou vous pourriez vous adresser si ce livre est épuisé.

Écrit par : Mandor, président de la FAPM | 24 mai 2007

Ciao, Bernard !
Que mes plus belles pensées vous escortent jusqu'à la lumière de la sérénité.
Je ne vous pleure pas, car vous êtes toujours vivant, mais combien allez-vous nous manquer sur Terre !
Gloire à votre belle âme.
Bernadette

Écrit par : Bernadette Musset | 17 juillet 2010

Ça ne sert pas même de pleurer dans des moments comme ça. C'est de se dire qu'on le verra plus qui est triste. Il faut le dire, il était humainement bon. Ça transparaissait dans son regard, ses paroles.

Je l'aimais bien...
Reposez donc en paix Monsieur Giraudeau !

Écrit par : Rondevu | 18 juillet 2010

Début de poème à la mémoire de Bernard GIRAUDEAU parti trop tôt...

Se battre jusqu'à la fin du voyage,
Vibrant avec mille et vie en une,
Soif d'aventure sans être sage,
Entre les montagnes et les dunes.

Ecrire avec les mots anti-maux,
Avec tant de carnets de voyages,
Pas pressé d'aller tout là-haut,
Ne pas rester sur la même page.


Avec la poésie les mois sont des chants...

Avec les mots si on y met toute sa sensibilité, la pensée est plus belle et plus forte.

Belle journée à tous.

M. GIRAUDEAU est toujours présent.

Christian
92410 VILLE D'AVRAY

Écrit par : MOREL | 30 juillet 2010

Monsieur Alquier,
Vous êtes un être admirable que j'admire

d

Écrit par : david | 06 septembre 2012

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