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06 février 2007

Tatiana de Rosnay... son devoir de mémoire.

 

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Je l’ai expliqué ici, j’ai reçu une grosse claque en lisant le livre de Tatiana de Rosnay, Elle s’appelait Sarah. Livre magistral et universel sur un sujet qui concerne chacun de nous.

Alors qu’il n’existe que peu de documentations sur cette page noire de notre pays, écrire sur la rafle du Vél d’Hiv’ était un tour de force.

 

Il est difficile de résumer son livre sans trop déflorer l’histoire (que l’on peut d’ailleurs écrire avec un grand H).

medium_AUT00352402.jpgEn 2002, à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv, une journaliste américaine est chargée d’enquêter sur le sujet. Julia Jarmond, alors qu’elle est en pleine crise conjugale, va découvrir le calvaire inimaginable de ces familles juives… les conditions de vies dans le Vél d’Hiv’, les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers dont les trains partaient pour Auschwitz ou Drancy, les séparations des enfants de leurs parents, la police française pleine de zèle, les collabos, les délateurs…

Une horreur.

Il y a eu 11.000 enfants déportés en France.

11.000 !

Pour une raison qu’il serait complètement idiot de dévoiler ici, Julia va s’intéresser plus particulièrement au destin de la petite Sarah…

Je n’en dis pas plus.

Ce n’est donc pas le cœur léger que je pars à la rencontre de Tatiana de Rosnay. La fille du scientifique Joël de Rosnay est auteur, scénariste, journaliste, vice-présidente du Prix Lilas et… blogueuse acharnée (sous le nom de Yansor). Nous nous lisons mutuellement depuis plusieurs mois sans nous connaître « en vrai ». Donc, cette rencontre est toute particulière pour moi.

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Elle m’a donné rendez-vous dans le petit bureau que lui prête son éditrice Héloïse d’Ormesson pour écrire tranquillement. D’ailleurs, lorsque j’arrive au bon étage, Tatiana et Héloïse m’attendent devant la porte de la maison d’édition. On dirait deux sœurs. Même genre de femme. Héloïse d’Ormesson m’explique en plaisantant qu’elle voulait voir à quoi ressemblait Mandor. medium_tatianarosnay.jpg

Tatiana me fait visiter les lieux puis nous nous installons dans son bureau.

-Je viens ici tous les jours de 14 heures à 18 heures pour travailler sur un nouveau livre, pour lire les bouquins dont je vais parler dans Psychologies, pour réfléchir, pour « fuir » mes adolescents et surtout pour fuir Internet. Tu vois, là, sur le bureau, j’ai le vieil ordinateur de ma grand-mère. Je n’ai pas internet. Si je l’avais, je ne travaillerais  pas… je peux passer ma vie là-dessus. C’est affreux et dangereux.

Nous parlons longuement de ses blogs : son MySpace, son blog perso, celui de Sarah, du prix Lilas, des Blogauteurs auquel elle participe…

Tatiana est « blog addict » et elle n’y peut rien.

-Je passe généralement deux heures par jours à visiter les uns, les autres. Pas en ce moment, je n’ai plus le temps.

medium_couverture_sarah_page_1.2.jpgNous finissons par évoquer son roman Elle s’appelait Sarah.  Comment est-il né ?

-En 2002, je termine un livre en français La mémoire des murs chez Plon. J’avais donc fait une recherche sur les lieux dans Paris où ils s’étaient passés des choses abominables. Je te passe la Révolution  Française ou la Saint Barthélémy … je tombe sur la rafle du Vél d’Hiv, rue Nélaton, dans le XVe, à côté de chez moi. Je me suis rendu compte que je ne savais pas grand-chose sur cette rafle. Moi qui étais au lycée en France à la fin des années 70, je n’avais aucun souvenir de ce drame. Je commence à faire des recherches et je tombe des nues sur ce que j’apprends. Je suis à la fois effondrée, triste, choquée et honteuse de cette méconnaissance flagrante. Je finis par emmerder tout le monde dans mon entourage avec cette histoire et je me rends compte qu’ils n’en savent pas plus que moi. C’était pour moi intolérable, il fallait que je comble cette lacune commune. Pas moyen de lutter, pas question de faire autrement.

Elle s’arrête, réfléchit en buvant son eau pétillante.

Du Vichy.

 

Pas drôle.

-Je poursuis mon enquête de manière plus approfondie, j’accumule la documentation, mais je me demande comment je vais m’en sortir avec tout ça. Je ne suis pas historienne. Mon problème majeur est de savoir comment je peux donner à mon récit une signification contemporaine qui parle à toutes les générations.

Je vous assure, chers amis lecteurs, elle a trouvé. Et, il est difficile de s’en remettre. Le lien entre le passé et le présent fait froid dans le dos.

À pleurer.

-J’ai écrit ce livre dans ma langue natale, car j’avais besoin d’une distance pour me lancer dans ce sujet. Il s’agissait pour moi de me protéger et ainsi d’aller au cœur des choses. J’ai pu décrire les événements sans pathos…et Agnès Michaux en a fait une excellente traduction. Merci à elle…

Tatiana de Rosnay me raconte ensuite les difficultés rencontrées pour publier ce livre, les galères pour trouver un bon agent « c’est presque aussi compliqué que trouver un éditeur, sinon plus… », la rencontre avec Héloïse d’Ormesson et Gilles Cohen-Solal (épique la manière dont Gilles a insisté pour obtenir son roman par mail au plus vite et comment ses deux éditeurs ont fini par vendre le roman dans 15 pays).

Il est clair que son livre a un impact international.

-Je sais que tout ce que je vis là est unique. Cela ne va pas se reproduire. Je viens d’écrire le livre de ma vie. Je suis sur un nuage et en même temps, je suis terrorisée. La promo qui m’attend me donne un trac fou !

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Nous devisons en tout une heure et demie.

Pas envie de partir mais il faut laisser l’artiste créer. Je ne lui explique pas pourquoi cette période là de l’histoire me chamboule… mais, je l’ai écrit là.

Bravo à toi, Tatiana, et longue vie à ta Sarah qui vaut toutes les héroïnes du monde!

Commentaires

Cette période de l’histoire me chamboule AUSSI, tout petit un oncle me racontait souvent la guerre 39-45 et sa periode de prisonnier en "STO' Service Travail Obligatoire... puis les privations... Il n'y a rien de plus horible que cette periode de déportation des enfants... l'innocence des petits ne comptait pas, mes pensées vont souvent vers eux et vers celles et ceux qui ne sont pas revenus.

Après la guerre les maisons d'enfants ont accueilli, dès 1944, les gamins sans famille, cachés dans la France profonde puis, dès juin 1945, les enfants déportés, survivants des camps de concentration. Des milliers d'enfants s'y sont reconstruits...

J'ai le souvenir d'un tournage avec Agnès JAOUI pour le film de Richard Dembo "La Maison de Nina " en 2004 , qui parlait de ses années horribles ! Qui n'est pas touché par cette periode sombre de notre histoire, en France aussi...

PLUS JAMAIS CA !

Écrit par : Christophe Devé | 06 février 2007

Et, pourtant, ceux qui parlent de "détails de l'histoire" sont toujours là, parmi les candidats à l'élection présidentielle... Pire, y'en a même beaucoup qui vont voter pour eux. Les livres comme celui-ci nourrissent la mémoire, il en faut beaucoup, plein, toujours, encore, car je la trouve bien fragile cette mémoire bringuebalée dans les vents mauvais. J'aimerais bien écrire désespoir en deux mots mais...

Écrit par : Kiki | 06 février 2007

"Sa vie c'était douceur rêve et nuages blancs, mais d'autres gens en avaient décidé autrement..." la chanson de JJ Goldman est bouleversante, j'imagine que le livre de Tatiana de Rosnay doit l'être encore d'avantage.

Écrit par : Myrthe | 06 février 2007

Arghh mais il n'est pas encore disponible dans le commerce !
C'est le première fois que tu me donnes envie d'en savoir plus et d'acheter.

Du coup, c'est très frustrant de devoir attendre pour découvrir ce livre.

Écrit par : Tybo | 06 février 2007

Mandor, tu vas devoir signer un contrat avec Ikea pour fournir la bibliothèque qui avec tous les livres qui te plaisent et qui indéniablement me touchent aussi!

Cette période me retourne à chaque reportage que je vois ou livre que je lis. Hâte de voir le bouquin commercialisé

Écrit par : Dorothée, executive cheerleader of the International FAPM | 06 février 2007

Je ne sais pourquoi à l'âge de 6, 7 ans j'ai commencé à m'intéresser à cette période. Peut être à partir de cette photo universellement connue d'un enfant accompagné sans doute de sa mère qui lèvent les mains ; un soldat de la Wechmacht à l'arrière.
Pour un enfant d'une nombreuse fratrie élevé avec amour par ses parents, qui croyait naivement que tout se déroulait de la même façon dans toutes les familles, je découvrais à cette occasion un monde sans repères en termes de justice.

Notre Terre a malheureusement connu des horreurs équivalentes, mais peut être parce que ces drames absolus sont arrivés dans le pays où je vis, je peux plus facilement les ressentir.

Cette rencontre de Mandor, me fait me souvenir d'une histoire personnelle.

Il y a deux ans j'ai eu la tristesse d'apprendre la mort d'une dame avec qui j'avais sympathisé.
Non elle n'était pas devenue une amie, juste pendant une heure ou deux, quand je passais dans cet immeuble dont je m'occupais, nous parlions des choses de la vie.
Elle était d'une gentillesse extrême et toujours très effacée.
A son décès, je fais connaissance de son fils revenu de Finlande et il me parle de cet appartement où il a vécu toute son enfance.
Comme je sais que la propriétaire veut le vendre, je lui dit que s'il le souhaite je pourrais m'occuper bénévolement de sa gestion puisqu'il habite très loin, ceci en souvenir de sa maman.
Il me dit qu'il va y réfléchir. En effet, me répond-il si cet appartement a été aussi celui de la vie de mes parents, c'est aussi celui qui a vu disparaitre mes grands parents.
En 1943 on est venu les arrêter et ma mère ne les a plus jamais revus.
C'est juste parce que ceci s'est passé pendant qu'elle était à l'école qu'elle a eu la vie sauve.
Voici donc cette femme avec qui nous avions parlé des sans papiers, de liberté, d'égalité......pudique au point de ne pas parler de son propre drame personnel.

Souvent quand je monte dans cet immeuble, qui n'a rien de particulier, je ne peux m'empêcher de penser qu'un jour la vie d'une famille a basculé.

Pour finir par une autre chanson que je trouve très forte sur ce thème :
J'habite à Drancy (je ne suis plus sûr du titre exact) chantée par Jean Guidoni.


Il existe une vidéo, je ne sais si le lien est exact.

http://www.dailymotion.com/Arcalod/Guidoni/video/xsd1m_jean-guidoni-drancy

Écrit par : Zanzibar | 06 février 2007

Well Mandor...comme j'ai lu aussi Elle s'appelait Sarah, je peux dire aussi l'émotion qui m'a prise à la gorge, les raisonnements intempestifs comme "ça va, tu vas quand même pas pleurer benête" pour tenir la barre et le finir sans larme couler.
Il faut lire Elle s'appelait Sarah avant de se promener dans les rues de Paris et rue de Saintonge se dire..merde, c'était là, les appartements "libérés" par la rafle du vel d'hiv', et chez moi, il en dit quoi le voisin qui habite l'imeuble depuis 75 ans ?

Bon à trop en dire, ça va dégouter ceux qui doivent attendre, mais plus très longtemps, la sortie du livre.
Patience...

Écrit par : Clémentine | 06 février 2007

Hâte de découvrir l'histoire de Sarah et de la faire découvrir à d'autres aussi, devoir de mémoire oblige comme il a été dit (surtout en cette période électorale...), et une pensée pour tous les hommes et femmes qui ont sauvé des milliers de petites Sarah de cette barbarie, au péril de leur propre vie...

Écrit par : bridget | 06 février 2007

Ca fait un moment que je visite le blog de Tatiana (pardon Yansor) et que je me dis que je devrais la lire. merci de m'avoir convaincu.

Écrit par : Benoît, membre de la FAPM | 06 février 2007

Merci pour cette note sur Tatiana de Rosnay, qui effectivement donne envie de creuser le sujet et d'acheter le livre. Je lis ton blog depuis quelques semaines, et d'une manière générale, le récit de tes rencontres est souvent sensible, un peu décalé, et en tous cas suscite de l'interêt pour ton sujet, je continuerai à venir!!!

Écrit par : bégonia | 07 février 2007

Je ne peux que vous suivre dans les éloges que vous faites sur le dernier livre de Tatiana de Rosnay. Je l'ai lu il y a un mois et suis toujours aussi fortement habitée par ses personnages.
Difficile de dire si c'est moi qui ai dévoré ce roman ou l'inverse, voire les deux à la fois, tant je me sens habitée par Sarah. Un bouleversant récit sur cette période sombre de l'histoire qui constitue une mise en accusation de l'oubli, participe avec une émotion à fleur de plume au devoir de se souvenir, de témoigner. Face à la barbarie dont les hommes peuvent être hélas capables - et ce judéocide en est un triste exemple - ce récit invite à garder l'esprit en alerte sur tout risque de dérapage.Plus qu'un témoignage sur le passé, il est donc aussi une invitation à la vigilance au présent. De la première à la dernière ligne, la tension est permanente avec une montée en puissance au fur et à mesure de notre attachement aux personnages. Les faits, l'atmosphère ambiante, l'analyse de la psychologie des individus sont décrits avec une acuité si grande, que l'on se fond dans le récit au point d'en oublier qu'il s'agit d'une fiction. Ce roman ne se lit pas, il se VIT.Déchirant. Poignant. Magnifique. Je l'ai lu en apnée, la gorge nouée et les yeux embués de larmes. Il y a véritablement un avant et un après cette lecture.
Un morceau de bravoure.

Écrit par : Koryfée | 07 février 2007

A tous: Merci de vos messages auxquelles je ne peux rien ajouter et bonjour aux nouvelles venues!

Écrit par : Mandor, président de la FAPM | 07 février 2007

je passe par là et suis tres emue de tous ces commentaires...

et merci pour le lien vers la chanson J'habite a drancy....le clip est remuant...ces images...

merci aussi à toi mandor.
yansor ;)

Écrit par : yansor | 08 février 2007

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