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15 janvier 2007

Jean-Paul Dubois... écrivain solitaire!

 

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J’ai découvert Jean-Paul Dubois en 1999 avec Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, puis je me medium_unevi19200.jpgsuis jeté sur Kennedy et moi. Depuis, je lis tout ce qu’il sort et je dois dire que je me sens en adéquation avec ses écrits. Récemment, il a reçu le prix Fémina pour Une vie française et il a connu un très large succès l’année dernière avec Vous plaisantez, monsieur Tanner. medium_vous-plaisantez_g.jpg

Aujourd’hui, il revient avec un roman magistral sur la bestialité qui est en chaque être humain (Hommes en eux, mon article est là).

Avant de le rencontrer, j’avais une image de lui pas très positive. Humainement, j’entends. Je le croyais sauvage, un rien sarcastique. J’ai rencontré jeudi dernier (11 janvier) un homme, exact contraire de mes préjugés. Satanées conneries de jugement à l’emporte pièce !

J’arrive un peu en avance aux rendez-vous fixé aux éditions de l’Olivier. Je monte et me présente (je m’appelle Henri !). C’est une nouvelle attachée de presse qui, donc, ne me connaît pas. Elle me propose à boire, ce que j’accepte. Il n’y a que de l’eau. Bon, va pour de l’eau ! C’est la big teuf en perspective.

Elle m’installe dans la salle de réunion. Je prépare mon matos puis regarde la bibliothèque dans laquelle il n’y a évidemment que des auteurs maisons. J’ai envie d’en chourer quelques uns mais je me retiens.

Question d’éducation.

L’auteur arrive enfin. Il semble un peu réservé. Pas sur la défensive mais observateur. Il voit que se trouve en face de moi le dossier de presse contenant les critiques déjà écrites sur son dernier livre.

-J’ai de la chance de n’avoir que des critiques positives… si j’en avais des mauvaises, je crois que j’en souffrirais.

Je ne pensais pas ça de lui. Il remarque que je suis étonné.medium_image0.jpg

-Tout dépend du degré de compétence que vous accordez aux critiques. Si vous sentez qu’il y a unanimité intelligente pour vous dire que vous avez fait une merde, c’est quelque chose qui doit être difficile à supporter. Bon, si c’est partagé pour des raisons idéologiques, c’est moins grave.

Et comment explique-t-il le succès considérable de ses livres ces dernières années ?

-J’ai du mal à réaliser que je fais toujours ce métier et que des gens parviennent à apprécier mes écrits. Vous savez, la réalité de ma vie se passe hors du monde de la critique et du monde de l’édition, donc le succès de mes livres me parait irréel. D’ailleurs, je trouve que le succès d’un livre n’est pas normal.

Je lui réponds que, comme moi, ses lecteurs se sentent peut-être proche de ses propos.

-Le décalage entre l’idée que l’on se fait de soi même (pas la plus fausse d’ailleurs) et l’idée que les autres se font de vous (souvent plus avantageuse) est un fossé. Je n’ai pas une formidable estime de ce que je suis. Je pense simplement que j’ai de la chance.

Il y a aussi du talent, quand même, non ?

-C’est très subjectif. Quand vous écrivez des livres depuis 25 ans et que pendant 15 vous vendez à 15.000 exemplaires et soudain, vous passez à 400.000, vous vous demandez  ce qu’il s’est passé à un moment donné. Etes-vous le même ? Vous, vous savez que oui. Vous savez aussi que vous faites quasiment les mêmes livres. Juste, il y a un phénomène que vous ne comprenez pas et que personne ne contrôle qui veut que vous ayez de la chance pendant 5 ou 6 ans. Il n’y a qu’une trentaine d’écrivains qui ont ça dans une génération. C’est peu. Je considère donc que j’ai de la chance.

Je souhaite rester sur ce terrain là. Il tient rarement ce genre de discours.

Ecrivain, c’est un métier ?

-Oui et ça se travaille. Plus vous écrivez, plus vous écrivez facilement. Longtemps et plus souvent vous écrivez, moins vous avez d’angoisse, plus le boulot se fait tranquillement. J’ai commencé l’écriture par le journalisme qui est le truc le plus difficile qui soit à cause des contraintes de temps, d’horaires, de signes, de pagination…etc. Alors que le roman, c’est de la liberté absolue. C’est un univers. Vous êtes créateur d’un monde entier, sans aucune contrainte.

Mais il faut également avoir de l’inspiration… et une sacrée en plus !

-Ce qu’on appelle bêtement l’inspiration n’est que le travail sur sa mémoire, ses peurs, sa présence et son utilité dans le monde.

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Je prétends que dans chacun de ses livres, ses héros lui ressemblent sacrément. Je ne le connais pas dans la vie, c’est donc une énorme bêtise mais pas grave !

-Chaque histoire que j’écris correspond à un moment qui raconte parfois la vie exacte de ce que je vivais à ce moment là…

Ah ! J’avais donc raison. Ca frisouille la psychanalyse.

-C’est quoi la psychanalyse ? C’est d’essayer de voir le bordel qui est en soi. C’est un travail sur sa mémoire… très important la mémoire. Mais aussi l’enfance, la jeunesse, le bonheur, la mort. C’est tout le corpus de la psychanalyse et moi je parle tout le temps de ces choses. C’est peut-être pour ça que les gens aiment mes livres. Ils sont fabriqués avec le même matériau humain qu’eux et moi.

Je lui parle de l’image que j’avais de lui avant de le rencontrer. Son côté ours qu’il ne faut pas emmerder. Son côté, j-habite-dans-une-petite-maison-dans-la-région-de-Toulouse-et-laissez-moi-tranquille-avec-votre-monde- des-lettres-factice !

medium_jean_paul_dubois1.jpg-Vous exagérez un peu jeune homme !  J’aime bien le contact avec les autres parce que je vis seul. Ma compagne vit au Canada. Simplement, je suis extrêmement timide alors je préfère vivre dans le retrait plutôt que l’on s’intéresse à ma personne… Ca me rend mal à l’aise. Je deviens gauche, emprunté, je bafouille, comme je le fais avec vous depuis une heure.

Mais pas du tout. Au contraire.

Il m’avoue qu’il craint avoir fait un peu trop la morale dans ses propos.

-Je n’ai aucune qualité particulière pour expliquer ni la littérature, ni la vie, ni les rapports entre les gens. Mon métier ne repose pas sur une science exacte ni sur la raison...

Voilà, Jean-Paul Dubois tel qu’il est.

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Après l’interview, je range mon magnéto, mon livre, mes notes. « Prenez votre temps, je ne suis pas pressé ». Mon prochain rendez-vous est dans deux heures.

Je me lève, lui sers quand même la paluche et… au final nous restons debout, sur le départ pendant une heure. Ce qu’il me raconte est passionnant mais il m’a fait jurer de ne rien dire. Les coulisses de repas entre auteurs, animateurs et comédiens… Ca vaut son pesant de cacahouète. Je ne regarderai plus miss Angot, et mister Durant et Depardiou tout à fait de la même façon. Je dis ça, j’ai rien dit !

 

Conclusion (dont j’ai affreusement honte. Mince, pourquoi, je me laisse aller ainsi ? Hop ! Ma tête dans le sable telle une autruche pendant un siècle pour me faire oublier à tout jamais…) : Dubois ne me laisse pas de marbre.

No comment !

Commentaires

Bonsoir Henri / Mandor / Président de la célébrissime FAPM... je m'y perds une peu !!!
Vous aussi vous en avez du talent pour rencontrer et partager ce type de moments avec tous ces gens qui ont eu "de la chance" !
C'est ce qui s'appelle "réussir sa vie" non ? Mais pour tout ça, je suis sûre que vous bossez à plein temps !!

Écrit par : bridget | 15 janvier 2007

Sinon, juste en complément du Post-It Express :
ai vu "Azur et Asmar" avec mes filles... très belle réalisation et des messages forts qui passent très facilement auprès de nos chères "têtes blondes" (ou brunes ou rousses d'ailleurs) sur la tolérance. A découvrir aussi...

Écrit par : bridget | 15 janvier 2007

J-7...Par ta faute !

Écrit par : Fishturn | 15 janvier 2007

Et si Jean-Paul Dubois était "soudain passé à 400 000 ex." parce qu'Une vie française est effectivement son meilleur livre - tous ses thèmes récurrents soudain transcendés ?
Ca serait une belle histoire, pour le coup.
(Et sinon, du même auteur, je ne me lasse pas des chroniques américaines, d'abord publiées dans l'Obs puis en recueil à L'Olivier)
Quand je serai grand, moi, j'aimerais bien faire Jean-Paul Dubois.

Écrit par : secondflore | 15 janvier 2007

@Bridget: Ai-je réussi ma vie. Non, pas encore. Le chemin est long et je me trompe souvent de route.
@Fishturn: Le teasing de la mort sur ton blog! Chapeau bas.
@secondflore: Tu seras toi et ce sera peut-être encore mieux...
Moi aussi, j'ai bien aimé ses "chroniques américaines". Je vois que tu connais le lascar.

Écrit par : Mandor, président de la FAPM International | 16 janvier 2007

Les commentaires sont fermés.