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04 janvier 2007
La mamie mystère...
Je n’en reviens pas.
Je suis encore sous le choc.
Vous avez déjà entendu parler des secrets de familles.
Il paraît que nous en avons tous.
Dans la mienne, il y en a un gros.
Pendant longtemps, dans ma jeunesse, nous allions voir (mes parents, ma sœur et moi), une vieille dame qui habitait Nice.
Ma grand-mère maternelle.
Une grand-mère que personne n’aimait dans la famille de mon père.
On chuchotait presque en parlant d’elle.
Quand on l’évoquait, les coups de coude, les yeux baissés et les soupirs enveloppaient les repas familiaux.
Je ne comprenais pas.
Elle n’était pas méchante.
Pas non plus la grand-mère idéale mais enfin…
A sa mort, pas d’effusion de tristesse.
Comme une libération pour tous.
Et un jour, je suis tombé sur une conversation secrète entre deux autres membres de ma famille.
Et j’ai compris que ma grand-mère n’était pas ma grand-mère.
Juste une dame qui a recueilli ma maman pendant la deuxième guerre mondiale.
Une dame qui tenait des hôtels à Vichy pendant la deuxième guerre mondiale.
Une dame qui a fait fortune pendant la deuxième guerre mondiale.
Vous me suivez ?
Cette dame avec qui je restais des après-midi entier a traficoté pendant cette période trouble.
Une dame qui a fait de la prison à la libération.
Voilà.
Je ne juge pas.
Chacun menait sa barque comme il le pouvait.
Qu’aurions nous fait nous, si nous étions présent à cette époque là ?
Cette question me hante depuis toujours.
Mais alors, qui est la mère de ma maman à moi ?
Peu avant qu’elle ne choisisse de ne plus vivre, elle m’a tout expliqué.
Elle est le fruit d’une liaison entre un soldat allemand et sa vraie mère.
Une liaison obligée ?
Je ne sais pas.
Quoiqu’il en soit, à sa naissance, ma vraie grand-mère maternelle a donné sa petite fille à la dame qui tenait des hôtels à Vichy.
Le lien entre elle?
Mystère et Boule de Suif.
Voilà, d’où je viens.
J’ai du sang allemand.
Un grand-père soldat allemand.
Je ne juge pas.
J’ai rencontré ma vraie grand-mère maternelle un an avant le départ de ma mère.
Une journée.
J’avais 14 ans.
Plus de nouvelles pendant des années.
Et la semaine dernière, je reçois une petite carte d’elle.
Je l’appelle donc.
Un peu ému et apeuré.
C'était hier.
-Bonjour c’est ton petit-fils.
Elle ne comprend pas ce que je lui dis.
-Qui ça ?
-Ton petit-fils.
Silence.
-Ah !
-Je veux juste entendre ta voix et te souhaiter une bonne année.
-Merci…
Silence.
-Tu sais, ça me touche beaucoup ce que tu fais là. Je pense souvent à toi et à ta sœur. D’ailleurs, vous allez hériter de tout ce que j’ai.
-Je ne t’appelle pas pour ça mamie. Je voulais juste parler avec toi. Essayer de comprendre.
-Je n’y tiens pas.
-Laisse moi venir te voir. Juste une journée.
Silence.
-Non, tu sais, c’est compliqué. Je ne suis pas seule. C’est difficile pour moi d’expliquer que j’ai des petits-enfants à mon compagnon.
Elle cache donc son ancienne vie. Toujours… une cinquantaine d’année après.
-Je respecte ça mamie. Sache que je t’aime quand même.
Silence.
-Moi aussi. Beaucoup. Mais pour vous je serai toujours la mamie mystère…
Je suis sous le choc parce que je voyais dans une rencontre avec elle, une opportunité de comprendre qui je suis vraiment, d’où je viens, et pourquoi ma mère n’a plus supportée de vivre alors que nous menions une vie normale.
Je garde tout ça dans ma besace et je vais continuer ma vie.
Dans mon monde à moi.
Avec la famille que je me compose.
Avec des gens qui font rêver.
Et que je vous propose ici.
Tout est lié au fond.
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Commentaires
mais c'est pas possib' que tu me fasses limite chialer une note sur 2!!!
ah... les secrets de famille, je crois que la vie va me réserver de drôles de surprises...
je t'admire de respecter la pudeur de ta "vraie" grand-mère.
et puis les secrets finissent toujours par percer... un jour...
Ecrit par : Dorothée, membre de la FAPM | 04 janvier 2007
C'est très touchant ce que tu nous livres là. J'en ai gros sur le coeur même tant cela résonne en moi. Il y a comme un chiffon de tissu qui fait une épaisseur au font de ma gorge. Cher petit prince Mandor, je te souhaite de tout coeur le courage et la chance de pouvoir percer ce mystère, ton mystère. Celui de tes racines, de ta généalogie, de tout ce qui est caché. Parceque c'est à la base de notre construction identitaire je crois. J'ai compris cela depuis que je suis maman.
Lorsque cela fait surface un jour, cela peut être très très dur. Il faut faire face à son passé, pour regarder l'avenir. En face. Et debout. Avec tout le courage que cela demande. Mais le plus difficile n'est pas là. L'obstacle, la souffrance, résident dans le silence de celles et ceux qui savent, qui taisent, qui ne veulent pas livrer ce que tu es en droit de savoir.
C'est beau cet amour que tu portes en toi, et cette absence de jugement. Tes yeux cherchent à voir, ton esprit à comprendre mais ton coeur est bien accroché.
Ecrit par : elle | 04 janvier 2007
hmmm... en tant que généalogiste amateur je peux te dire que tu as vraiment du bol que ton secret de famille soit sorti au grand jour... et c'est bien comme ça. peut-être plus difficile à vivre et à assumer mais bien mieux. c'est beau cette pudeur dans les mots, cette retenue pour ne pas brusquer la vieille dame. je pense que tu as trouvé la bonne façon d'aborder la question. merci pour le texte.
Ecrit par : miss katastrof | 04 janvier 2007
J'ai aussi le pourquoi d'un réveillon de Noël il y a 10ans, depuis je cherche en vain. Pour ne pas oublier peut être :)
Incroyable ces pourquoi qui resteront probablement des pourquoi pour toujours et qui reviennent parfois nous hanter.
Finalement tu te livres et en plus c'est beau. Je me répète, mais j'admire ;)
Ecrit par : Tybo | 04 janvier 2007
Mes respects, M'sieur Mandor.
J'espère qu'un jour tu auras droit à une longue lettre à la place d'une carte postale...
A bientôt !
Ecrit par : secondflore | 04 janvier 2007
c du caca ton blog
Ecrit par : renon | 04 janvier 2007
Tu me prends aux tripes cher Mandor. Quelle histoire, quelle retenue de ta part, quelle classe, quelle leçon de vie.
Merci, je la retiens. Et je suis d'accord avec SecondFlore, j'espère que tu auras un jour une belle lettre.
Ecrit par : Benoît, membre de la FAPM | 04 janvier 2007
Quel ce monsieur Renon qui se permet d'écrire un commentaire aussi fin sans laisser de lien vers son blog ?
Moi je dis : c'est intelligent et courageux, ça ressemble à un con majuscule. Ca description est dans tous les films d'Audiard je crois.
Ecrit par : Benoît, membre de la FAPM | 04 janvier 2007
On a toujours envie de commenter sur ce genre de récit. Juste pour montrer qu'on a été touché, même si on a rien à dire.
Tu m'as ému. Très joliment écrit ce texte.
Ecrit par : Larouquine | 05 janvier 2007
A tous: Je vous remercie chaleureusement de ce que vous me dites. Si je ne réponds pas personnellement à chacun, c'est parce qu'aux compliments, je ne sais quoi répondre... En tout cas, si ce que j'écris vous touche, sachez que ce n'était pas le but. Je constate en tout cas que j'ai tendance à m'éloigner un peu de "la thématique" (quel joli mot!) de mon blog. Au départ, il n'était pas fait pour que je m'épenche sur ma petite vie personnelle. Je me laisse un peu envahir par lui...
Comme vampirisé.
BLOG! Sors de mon corps!!!
Je vous embrasse.
Ecrit par : Mandor, de la FAPM (et en plus président) | 05 janvier 2007
C'est fou. Je viens de finir La force de l'age de Simone de Beauvoir, qui raconte sa vie et celle de ses proches pendant la guerre. Je crois qu'aujourd'hui de notre petit univers tranquille, on ne peut pas se figurer le chaos que c'etait. Alors je suis d'accord avec toi, pas de procès d'intention.
Sur la question de qu'aurions nous fait, il est interessant de constater que Beauvoir et Sartre, en bons intellectuels, ne savaient pas franchement par quel bout s'y prendre pour résister, et ont plus ou moins fini par ne rien faire. C'etait pas tellement le genre a faire derailler les trains, et ils n'avaient pas non plus envie de mourir pour avoir distribué des tracts.
Ecrit par : activewoman | 06 janvier 2007
... continue de nous faire rêver et de nous raconter l'histoire de ces peoples, la vraie... Tu sais, des fois à mettre des réponses aux questions qui se posent, ça n'amène pas forcément des solutions à nos vides intérieurs.
... quand mon père nous a quitté, j'ai éprouvé le désir de le revoir à mes 25 ans... j'ai retrouvé un homme qui ne correspondait pas à l'image que je m'en suis faite pendant toutes ces longues années... j'avais construit un personnage à partir des vides et des interrogations que je m'étais posée tout au long de ma vie... résultat : déception ! Il n'a pas reconnu la femme que je suis devenue, je n'ai pas retrouvé le père que j'avais en mémoire. 2 étrangers... vraisemblablement rien en commun en plus, et aucune envie de partager la vie qu'il avait reconstruite de son côté, ni de compter maintenant pour lui... non, il n'avait aucunement le profil d'un père attirant, il était bourrin, une grosse brute épaisse, repoussant ! c'est rarement comme dans les films ou les contes de fées, la personne qu'on veut retrouver est un étranger méprisant, qu'on se le dise. Après tout, il fallait bien s'en douter un peu puisque son acte était une forme d'abandon prémédité et jamais regretté, l'étranger de notre passé est un criminel... il a effacé, pour ainsi dire tué notre passé !!
Je me suis rendue compte que ce que j'étais devenue c'était surtout sans lui et pas grâce à lui, j'étais devenue MOI !
N'oublie pas que c'était pas ton histoire (à ce moment-là), et que parfois, il vaut mieux ne pas trop en savoir... c'est mieux pour l'avenir de nos enfants.
Ecrit par : lOlA2luXe | 06 janvier 2007
@active woman: Logique ce que tu dis. Je l'ai expliqué dans ma note mais je m'interroge souvent sur cette question primordiale. Qu'aurais-je fait moi, dans cette période là.
Courageux? Pleutre? Résitant? Traître?
...
Aucune idée.
Nous ne sommes pas tous des héros...
@lOlA2luXe: Très jolie ta confession Lola. Très. J'avais déjà lu chez toi un texte racontant ton histoire et ça m'avait déjà bien remué...
Je n'oublie pas que je ne suis fautif en rien mais ça fait parti de mon histoire quand même. Le devoir de mémoire, j'y crois beaucoup et je pense qu'il peut construire voire reconstruire les hommes. Savoir, c'est vivre!
Ecrit par : Mandor, de la FAPM (et en plus président) | 07 janvier 2007
Ta note est très poignante et la mamie inconnue mérite bien sa place au milieu des VIP : après tout, par son absence et par son mystère, elle a bien laissé son empreinte ? vivre c'est aussi affronter certaines réalités ou à l'inverse certains mystères, c'est difficile, je trouve ta sérénité émue très méritoire...
Ecrit par : pandore de plus en plus membre de la FAPM | 07 janvier 2007
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