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28 décembre 2006

Stéfan Coïc... un Pennac en plus déjanté!

medium_eho_coicp_photo.jpgJ’ai rencontré pour la première fois Stéfan Coïc tout à fait par hasard mais un heureux jour.

Je venais de Mandoriser le chanteur Renaud (voir le résultat là) et je m’apprêtais à quitter La Closerie des Lilas. Sur la terrasse du restaurant, j’entends quelqu’un m’appeler.

-Mandor, Mandor, hé ho !

Pour être tout à fait franc, je ne vous le cache plus, Mandor n’est pas mon vrai prénom.

Oui, je sais, c’est un peu dégueulasse de vous dire ça sans vous prévenir de poser votre popotin quelque part.

Rapport au choc que cela doit vous faire d'apprendre une nouvelle si majeure.

Donc j’entends quelqu’un m’appeler par mon vrai prénom.

-Jules, Jules, hé ho !

Je me retourne et vois un ami de longue date : Eric Genetet. Je l’ai connu à Strasbourg il y a 15 ans. Outre le fait que nous sommes très vite devenus potes, nous avons travaillé aussi dans la même radio. Il a sorti un livre il y a deux ans, Chacun son Foreman (que  j’ai chroniqué en toute objectivité ici mais qui a eu d’autres critiques positives comme celle-ci).

Bref, il est à une table en compagnie de deux autres personnes.

Gilles Cohen-Solal, secrétaire général des éditions Héloïse d’Ormesson (autant dire que c’est le monsieur finance de cette maison qui est entrain de monter, monter…) et un autre homme que je ne connaissais pas.

 

Stéfan Coïc. Il m’est présenté comme un futur auteur maison (tout comme Eric qui devrait sortir un nouveau livre chez eux). Le truculent Gilles Cohen-Solal m’invite à m’asseoir à leur table et m’offre une coupe de champagne, ce qu’évidemment, j’apprécie vivement (car je suis un véritable pique assiette, mes amis vous le diront).medium_15.12.06_Stefan_Coic_4_.JPG

Stéfan m’affole un peu car il me noie de questions sur mon travail. Je n’aime pas parler de mes activités professionnelles en public. J’ai toujours peur de franchir la ligne détestable de la prétention. Je le fais sur mon blog, certes, mais j’ai l’impression de pouvoir maîtriser mes propos.

Donc, là, j’esquive.

Et du coup, c’est moi qui lui pose des questions. Ca, je sais faire.

En fait, Stéfan était entrain de fêter sa signature chez Héloïse d’Ormesson.

Voilà, j’ai rencontré ce type un jour heureux pour lui et j’aime ces sortes de hasards (qui peut-être n’en sont pas…).

Nous échangeons nos mails et numéros de téléphone respectifs.

Son attachée de presse, Anne-Laure, m’envoie quelques jours après les premières épreuves de son roman.

Et là, je prends une espèce de claque.

Un nouveau Pennac, en plus déjanté, est né (voir deux notes plus bas).

medium_eho_coicc_2.jpgLe héros de Contravention s’appelle Adermatt Mac Dermott.

Présentation du personnage selon la maison d’édition :

« Il a la quarantaine immature et descend d’une dynastie de milliardaires excentriques où l’on se suicide de père en fils. À la disparition, dans la pure tradition Mac Dermott, de son géniteur, il est désigné tuteur légal d’un cadet, dont il apprend l’existence à l’occasion. Du haut de ses sept ans trois quarts, le petit Bristol hérite de la fortune familiale, tandis qu’Adermatt, lui, « hérite » des dettes de son frère aîné et des huissiers afférents. Mais ces péripéties l’affectent moins que le départ de Gladys, la femme de sa vie. »

J’ai lu cet « objet littéraire non identifié » goulûment, avec des sentiments mêlés de joie, d’émotion et de réflexion.

Là, je dis chapeau l’artiste ! 

Une histoire haute en couleurs avec tout plein de péripéties et de coups de théâtre parfaitement maîtrisés.

Un truc de dingue, une folie pure.

Les mots folie et pure sont à l’image exacte de ce roman à l’écriture exigeante et populaire.


C’est donc avec joie que je lui donne rendez-vous le vendredi 15 décembre dernier dans un restaurant de luxe de la capitale. Ne lésinons pas sur les moyens.

Hop ! Pizza Pino sur les Champs Elysées.

Je sais, je ne suis pas raisonnable.

Nous prenons deux pizzas et là… seule et unique faute du monsieur.

Désolé Stefan, mais refuser de prendre du Lambrusco pour accompagner un repas frugal (qui plus est, d'origine italienne), je ne sais pas comment on appelle ça.

Quoiqu’il en soit, magnanime, je n’en prends pas ombrage.

Le vin rouge en pichet fera l’affaire.

Je sors mon magnéto et Stéfan me fait la réflexion que, quand même, c’est un drôle d’endroit et une bizarre circonstance pour sa toute première interview.

Vrai.

Et je lui précise qu’à mon avis, si je suis son premier entretien, je ne suis certainement pas le dernier…

Foi de Jules.

Je lui demande de me parler de la tribu qu’il a inventé.

(A côté celle de Benjamin Malaussène fait pâle figure).

-Les membres de cette famille ne sont pas des hurluberlus contrairement à ce que tu sous entends. Ils ont  un point de vue sur la vie qui leur est propre. Leur philosophie est de profiter de la vie. Pour eux, ce n’est qu’un jeu. 

Mais ce roman baroque a ceci de particulier qu’il force à se remettre en question. Je me suis beaucoup interrogé sur ma façon d'envisager mon existence en le lisant.

Stéfan semble satisfait de cette constatation.

-Si tu as décelé la dimension philosophique du livre, je suis ravi. Le thème de mon roman est avant tout la réconciliation avec soi même, avec l’enfant qu’on a été et que l’on est toujours. Pourquoi un jour on ferme la porte, on arrête le jeu et on devient sérieux ? Le monde devient absurde alors que dans celui des enfants, rien ne l’est.

Encore une fois je cherche la part autobiographique de ses écrits. medium_15.12.06_Stefan_Coic_5_.2.JPG

Adermatt Mac Dermott n’a pas grand-chose à voir avec Stéfan Coïc, si ce n’est cette envie de retrouver cette âme d’enfant et un petit grain de folie.

-J’ai trois enfants et les voir évoluer me fascine. Avant de les avoir, je me sentais incompétent et j’avais peur de ne pas m’en sortir, de me tromper. Mon héros Adermatt est pareil. Mais la morale de mon histoire est simple. Si on se fait confiance, on sait tout faire.

Contravention est aussi un roman sur la liberté d’être soi.

Et Stéfan Coïc applique personnellement cette philosophie de vie. Il a tout lâché pour se lancer dans le métier d’écrivain.

Il m’interdit de dire ce qu’il faisait avant (pourtant métier fort honorable et qui explique pourquoi, à la lecture de ce livre, on imagine des images, tout comme dans un film… Je dis ça, je n’ai rien dit.)

-Quand on a envie de faire quelque chose dans sa vie, il faut s’en donner les moyens. Aujourd’hui, je suis plus riche de moi-même. Me lancer dans l’écriture n’a pas de prix pour moi. Je pense que tout ce que l’on nous raconte sur la valeur morale du travail  est du leurre. Un vieux proverbe japonais dit : oser ne coûte qu’un instant d’embarras, ne pas oser, c’est être embarrassé toute la vie.

Il commence à m’ennuyer le Stéfan. Je vais devoir reconsidérer la façon avec laquelle je manie ma vie.

Je ne souhaite pas trop vous parler de ce livre en détail car il faut le découvrir presque « vierge » de tout à priori. Se lancer et se laisser porter par l’imaginaire de ce nouvel auteur dont je pense qu’on n’est pas prêt de ne plus entendre parler.

Il a écrit un roman avec de la vie à l’intérieur.

Ca bouge dans tous les sens, ça remue les tripes parfois et sourire beaucoup.

Très humain.

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Et même si Stéfan Coïc n’aime pas le Lambrusco, ben, il m’a tout l’air d’un mec bien.

Ce qui me permet de constater que j’en rencontre pas mal en ce moment des mecs biens, qui écrivent des romans bourrés d’humanité.

Bref, des mecs qui me touchent et dont je me sens très proche.

Sinon, Contravention sort le 18 janvier prochain.

Faut un peu patienter, je sais.

Mais l'attente en vaut la chandelle.

Bien vivante la chandelle.

 

P.S: La photo du haut est signé par un photographe professionnel : Arnaud Février. Merci à lui!

Les autres photos de l'auteur et de l'intervieweur sont signés d'un photographe du dimanche: Mandor. Merci à moi!

21 décembre 2006

Nadj... chanteuse oniro-électrique!

 
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Quoi sur ce blog ça sent le sucre? Même pas... l'aspartam plutôt. Tout est édulcoré.

Ca dégouline de miel à chaque note. Beurk!

Ca en devient écoeurant.

Ok! Je ne suis pas le plus grand perturbateur de la blogosphère, je sais bien, alors aujourd'hui, je vais faire fort. Je vais vous donner une grande claque musicale dans la gueule!

J'ai reçu il y a près de 6 mois un album 5 titres d'une dénommée Nadj. Je mets le disque dans mon manche disque (quoi???).

Et là, je monte le volume. Ma femme m'engueule.

-T'écoutes quoi là! C'est plus de ton âge Motorhead. Bordel de merde, t'as plus 15 ans!

(Même pas, elle me parle comme ça en vrai!)

medium_982732896_l.jpgJe mets donc le disque dans mon walkman (quoi encore???) et là, mes cages à miel (salut Zégut!) partent en vrille méchamment.

Aïe, ouille!

'tain, ça déménage ce truc là.

Ensuite, j'ai mis mes écoutilles en soins intensifs.

Un bon Vincent Delerm et ça va mieux.

L'est folle cette Nadj!

Puis, il y a quelques jours, je reçois l'album (en entier) et dans la foulée, un appel de son attachée de presse m'invitant vivement à la rencontrer.

J'accepte, évidemment, parce que cette nana (la chanteuse, pas l'attachée de presse) me paraît déjantée, voire medium_816321482_l.jpgborderline (et je l'ai déjà dit ici, j'adore les gens extrêmes!).

Ainsi donc mercredi dernier (le 13 décembre) je me rends chez Warner.

L'attachée de presse et Nadj viennent me chercher à l'accueil pour m'emmener dans une petite salle au sous-sol. Comme d'habitude, nous consacrons les premières minutes à nous observer. Je lui pose des questions simples sur le début de sa carrière.

-Mon choix de faire du rock brut n'est pas calculé. Ca s'est imposé à moi. Entre 20 et 27 ans, j'ai expérimenté plein de choses et de styles différents. A un moment donné, il y a élagage, un tri qui se fait naturellement. Les racines de toi s'imposent. De plus, les gens que je connais m'ont beaucoup encouragé dans le sens que j'ai pris. « Hurle, crie, fait ce que tu veux mais c'est ça ton truc! »

Donc elle hurle, elle crie et elle fait ce qu'elle veut.

Sans concession.

medium_1058404963_l.jpg-Disons que je maintiens mon périmètre. C'est obligatoire de vouloir préserver son identité. Au début, avec ma maison de disque On Music, j'ai appris à mettre des nuances mais jusqu'à un certain point. Ca a été des débats houleux, bref, il a fallu se connaître, se rencontrer. C'est comme une rencontre avec quelqu'un. Il faut apprendre à se polir au contact de l'autre.

Mais, bon, disons le tout net, ce disque est le plus rock, punk, hard de la production française féminine.Ses copines Mademoiselle K, Katel ou Adrienne Pauly, à côté, ce sont des petites chanteuses à la croix de bois.

-Et encore, le disque est plus lisse que ce que je peux produire sur scène. On aurait pu faire un truc cent fois plus fou.

Ah bon! M'étonne-je.

-Les gens qui me connaissent sur scène trouvent que le disque est plus sage et tranquille. On sent qu'il y a du travail de production derrière.

Ah bon? Me rétonne-je.

Après un disque autoproduit et des concerts à gogo (dont des premières parties en solo pour Dominique A, Brigitte medium_1145260249_l.jpgFontaine, Arno ou en trio pour Jean-Louis Murat, Venus, Radio 4, Elysian Fields...), Nadj n'a rien à apprendre de quiconque. Dans le métier depuis 10 ans, ce premier disque « officiel » lui sert juste à accéder à l'échelon supérieur. Point barre.

-Je connais bien l'envers du décor du monde de la musique parce que je l'ai beaucoup pratiqué. Ce n'est pas parce que tu signes dans une maison de disque que tu y es arrivé!

Lucide la demoiselle.

Elle vit sa musique comme un parcours initiatique, une quête de soi.

-Le parcours d'un artiste ne peut se dérouler sans passer par de sérieuses remises en question. On passe sa vie à faire des choix pour un jour comprendre le chemin qu'il faut emprunter.

Un peu comme pour tous les métiers, suis-je tenté de préciser.

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En tout cas, la musique est salvatrice pour Nadj. Sans elle, serait-elle paumée?

-Carrément. C'est la scène qui me permet de me sentir à ma place dans cette société. J'ai mis beaucoup de temps à savoir qui j'étais. J'avais du mal à comprendre ce qu'il se passait autour de moi, ce que je foutais là... J'avais de grandes questions existentielles. Quand j'ai admis que ma place était autour de la musique, les choses ont été beaucoup plus simples pour tout le monde. Ce qui n'est pas simple après, c'est la survie. Ok! Je suis une artiste mais, qu'est-ce que je fais? Comment je vais vivre?

medium_1143350142_l.jpgJe trouve cette chanteuse très charnelle.

-Je suis contente que tu me dises ça. Mes textes ont un rapport avec le corps. Du moment que tu es connecté à ton corps, à ta réalité sensitive, à tes sensations tu ne peux pas être endormi, ni te complaire. C'est un peu le refus de l'intellect. J'ai une trop grande capacité à réflechir, à cogiter. J'ai appris à devenir une sensitive.

Son écriture en est la preuve parfaite.

-Je ne cherche pas à ce que l'on comprenne ce que j'écris. J'ai envie que mon écriture reste instinctive et qu'elle provoque plutôt une sensation qu'une réflexion. J'ai une vision des choses kaléidoscopique et hallucinante, mais (en souriant) je ne prends pas de drogue.

Ah bon??? Pourtant, elle est artiste... (Oui, ben les clichés ont la vie dure!)

-Je pense que je chope des trucs. Je suis très sensible, j'ai des antennes. Ca m'a valu des périodes assez difficiles parce que je captais pas mal de choses autour de moi. J'ai un ressenti et des intuitions très forts en présence d'autres personnes.

A ce moment là, je vois son nez qui gigote de gauche à droite très rapidement.medium_725260717_m.jpg

Mince! Ma sorcière bien aimée devant moi.

J'ai l'air de me moquer mais pas du tout en fait. Cette fille dégage un sacré truc, je vous assure.

Le charisme ça s'appelle et une espèce de folie qui m'attire.

-Il faut accepter la folie qui est en nous. Ne surtout pas l'étouffer. Quand j'ai essayé, ça finissait par ressortir quelque part. Donc maintenant, je chante et je joue de la musique. Ma folie sort par là!

Nadj, une chanteuse enragée alors?

-Enragée, je ne sais pas ce que ça veut dire. Moi, j'arrive à accepter ma puissance, à apprivoiser mes ombres. Je ne veux surtout pas me juger. Je suis plus dans la jouissance que dans la rage. Ma musique est un exhutoire qui n'est ni glauque, ni plombant, ni obscur... c'est une allée pour rejoindre la lumière et la liberté.

Après l'interview, je lui parle de mon blog. Ca l'amuse pas mal mais quand je lui demande de faire les photos nécessaires, je sens que ça la branche moyen moyen.

Mais je ne désarme pas.

Elle me dit que généralement elle s'occupe elle même de ses photos.

Négociations.

Elle accepte enfin.

Ouf!

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medium_art_couvlo37nadjb2.jpgNadj est à découvrir si vous aimez la zic forte, puissante, avec aspérités.
Rien n'est feint chez elle. Dans ce disque, la fureur sonique se mêle à des titres plus intimistes, presque acoustiques.
Comme le dit sa bio officielle: Imprévisible Nadj. Une antie-statue. Le mouvement perpétuel. Une promesse d'après. Une révélation!
Et la reprise de Ace of spades de Motorhead sur son MySpace, ça se laisse écouter aussi.
Tiens ce mois ci, elle est en couv' de Longueurs d'Ondes (ce n'est pas le joural dans lequel je travaille, je précise.)

16 décembre 2006

L'affaire Seznec... Clap de fin!

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 Je suis dégoûté par la justice française.

medium_Denis_seznec02.jpgPauvre Denis Seznec…

Se battre toute sa vie pour la réhabilitation de son grand-père et en arriver là

Vous le savez, ici je ne crache pas ma haine mais quand même.

Denis Seznec, que j’ai rencontré pendant ma période Guyanaise (6 ans), est un écorché vif, un fragile qui a mis toute sa force dans le combat de sa vie…medium_seznec.jpg

Echec total.

J’ai un peu peur de sa réaction aujourd’hui.

Je ne suis pas le seul visiblement

Alors, mes images d’archives de ce samedi sont toutes trouvées.

« Tout petit déjà » vous propose quelques photos du tournage de l’affaire Seznec en Guyane française.

J’ai suivi l’équipe de film pendant la durée de leur séjour pour RFO Guyane (j'étais journaliste animateur producteur là bas de 1988 à 1992).

Là, le 9 octobre 1991, c’est à St Laurent du Maroni dans l’ancien bagne. J’interroge le réalisateur Yves Boisset.

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Et là le scénariste et comédien Alain Scoff (ex compère de Stéphane Collaro).

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Trois jours plus tard… le 12 octobre, nous voici sur l’une des 3 îles du Salut. L’île Royale (où je passais quasi tous mes week-ends d’ailleurs). Christophe Malavoy qui tenait le rôle de Guillaume Seznec répond à mes questions filmées…

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Itou...
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Ici Boisset, Malavoy et Scoff entre deux prises.

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Mandor, habillé en bagnard car il a fini par être figurant…

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Il avait dragué la directrice du casting certainement… Pfff.

Non, Boisset a considéré que plutôt que de traîner dans leurs pattes, je pouvais aussi servir à quelque chose.

Bénévolement, of course.

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Un peu crade là... en fin de journée.
Et hop! Pour finir...
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15 décembre 2006

Ron l'infirmier... A l'écoute du monde.

 

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Voici mon 4eme blogueur écrivain Mandorisé.

Bon, il faut être honnête les amis Aymeric (), Frédéric () et Benoît (là encore), cet homme a une fréquentation quotidienne qui dépasse l’entendement même si (pour une fois) c’est mérité. Il faut être clair, nous quatre réunis on ne lui arrive pas à la cheville au niveau des stats.

Ron l’infirmier n’est pas ce qu’on peut appeler un inconnu dans cette sphère bloguienne. Non, autant le dire, il cartonne du feu de dieu.

Pour ne rien vous cacher, j’avais quelque à priori sur son blog sans l’avoir visité.

Ce qui n’est pas très malin, j’en conviens.

Un infirmier qui raconte sa vie d’infirmier n’était pas un truc qui me faisait franchement délirer (j’ai pourtant une réelle admiration pour les infirmiers. Ils doivent faire preuve d’empathie, ils accompagnent, ils soignent les blessures physiques aussi bien que celles de l’âme.)

Mais voilà, j’ai un problème avec les stars du blog… (Voir cette délicieuse note).

Et puis, étant donné ce que je pense de l’intérêt tout relatif d’un certain Loïc, je mettais un peu tout ce beau monde dans le même panier (Sauf Folie privée, Thomas, Christophe, Vinvin qui a d'ailleurs podcasté Ron et Mry).

Et Ron l’infirmier, donc.

Parce que j’ai fini par m’y rendre sur ce fameux blog.

Et j’ai compris.

Le mec à une plume.

Belle de surcroît.

Une qui frappe vite et bien, dans le sternum, le cœur  ou en pleine gueule, c’est selon.

Humanité, horreur, dérision, second degré, le tout enrobé d’une touche d’humour.

J’ai appris qu’il consignait les évènements de « sa drôle de vie d’infirmier » depuis 1996 « sur un cahier bleu Clairefontaine ». Il était alors assistant sanitaire dans une colonie de vacances en Corrèze. Il venait de sauver la vie d’un petit garçon que tout le monde pensait être un simulateur. Le gamin avait en fait une violente péritonite.

Bref, il note ses souvenirs d’infirmier depuis plus de 10 ans.

medium_ron_livre.jpgApprenant qu’il sortait un recueil de nouvelles (édité par Guy Birenbaum aux éditions Privé) tirées des histoires qu’il écrivait sur son blog, je me suis dit qu’il n’était donc pas inopportun pour moi de le rencontrer.

En début de semaine dernière. Je lui envoie une petite bafouille matinale expliquant sommairement qui j’étais et ce que je souhaitais (en lui laissant un lien sur mes chroniques).

Une heure après, réponse positive.

Il me propose des dates proches.

J’en accepte une.

Souci, je n’ai pas son livre.

Je lui explique que, sans son ouvrage, je ne peux l’interviewer.

Rencontrer un auteur sans avoir lu sa récente prose est un truc inenvisageable pour moi.

Je ne l’ai jamais fait de ma vie.

Il me répond qu’il prévient sa maison d’édition illico.

Le jour de la rencontre approche et toujours pas de La chambre d’Albert Camus et autres nouvelles dans ma boite aux lettres.

Je commence à m’énerver intérieurement.

Je le relance par mail.

Il me rétorque que ça devrait arriver, là, incessamment, puisque le livre est parti mais m’envoie un texte inédit (qui sera sur le prochain…) et un lien vers la seule nouvelle qui reste sur son blog et qui figure également sur le livre.

Je lis et ça me fait presque pleurer.

Le salaud !

Je n’aime pas ça, de bon matin, en prenant mon énième café, être chamboulé intérieurement.

Carrément duraille.

Vraiment intime.

Une des plus intimes selon Ron.

Le jour J arrive donc (mardi dernier… 12 décembre).

J’ai rendez-vous avec lui dans sa maison d’édition.

Et je n’ai pas reçu son livre…

(Note de moi-même : Je l’ai trouvé le lendemain dans mon courrier du jour. Une semaine pour faire Paris/Val d’Oise… Mazette ! Tout ça pour dire que je l’ai lu avant d’écrire cette note. C’est la moindre des choses. Merci !)

La charmante Bob m’accueille en me disant : « Bonjour, c’est moi Bob ! »

Enchanté ! Je me présente sous ma vraie identité.

« Vous venez pour Ron, je suppose ? ». medium_ron_l_infirmier.jpg

Je reste interdit devant cette clairvoyance. Ron m’est présenté et on nous emmène dans un bureau occupé par une demoiselle qui s’active au téléphone.

Donc, nous devons faire l’interview ici devant une tierce personne.

Pas question.

Je l’ai écrit maintes fois ici. Je n’aime pas ce cas de figure.

Il me faut un entretien privé (rien à voir avec le nom de la maison d’édition !)

Je lui suggère de trouver un bar proche.

Ca le gonfle peut-être mais Ron acquiesce.

Nous voilà dans la rue à chercher un bar. Nous passons devant ma voiture, qui est entrain de se prendre une prune.

Ron me dit.

-Ce n’est pas grave, elle ne sera que de 11 euros !

Effectivement, je me dis que pour lui, il y a plus grave dans la vie.

Je sens qu’il me jauge un peu. Pas question de trop en dire pour le moment donc il est poli mais pas prolixe. On trouve enfin un bar honorable.

Je ne sais pas trop comment m’y prendre parce que :

1) Je ne me sens pas assez préparé, n’ayant pas lu ses nouvelles.

2) Il me semble un peu sur la défensive. Pas une défensive agressive, une défensive prudente. Comme s’il se méfiait.

Je suis pourtant un brave garçon qui ne ferait pas de mal à une mouche. A un moustique oui, je le confesse. Ayant habité 6 ans en Guyane, je suis devenu tueur en série d’insectes en tout genre.

Je branche mon magnéto. J’ai devant moi le premier blogueur édité au rayon généraliste, je prends donc le pouls de son enthousiasme.

-Ce qui m’arrive est la cerise sur le gâteau dans ma vie. Je suis déjà très heureux mais je prends cette « aventure » comme un plus.

Je sais qu’il fait tout pour relativiser, pour que toute cette agitation autour de lui ne lui monte pas à la tête.

medium_12.12.06_2_Ron_edited.JPG-J’ai effectivement des sollicitations qui arrivent de tous les côtés. Je trouve ça plaisant mais il faut que je garde le contrôle. Au fond, c’est simple. J’ai un plan B, un métier, un salaire... Si cela devient ingérable, incontrôlable, si je sens dans le regard des gens qui m’aiment et que j’aime qu’il y a une couille dans le potage, que je fais n’importe quoi, je dirai halte à tout. Tu sais, demain, je suis au boulot. A 6h30, je fais des prises de sang. Il faut se calmer. Je ne suis pas le premier ni le dernier à écrire un bouquin.

La question que tout le monde se pose (et qui à tendance à légèrement l’exaspérer) est de savoir si ce qu’il écrit est vrai ou un peu transformé voire complètement.

-Pour rendre le récit plus agréable, il m’arrive d’amoindrir les faits qui sont durs et d’accentuer les traits caricaturaux. Mais j’ai constaté que la réalité dépassait parfois largement la fiction. Mais au fond, qu’est ce qu’on en a à foutre si tout ce que je dis est la pure vérité ? Je raconte une histoire, point barre. Et si je la raconte c’est que j’ai une raison.  

Ron tient à préciser qu’il n’aime pas se mettre en scène dans ses histoires.

-Mon personnage Ron l’infirmier est très neutre, très passif. Dans Tintin c’est le capitaine Haddock ou la Castafiore qui sont intéressants, pas Tintin.

Et là, il m’explique d’où lui vient son pseudo.

-Ron, c’est le meilleur ami d’Harry Potter. Ron Weasley. Il assiste à toute l’aventure mais il est calme, très en retrait le jeune homme. Moi, c’est la même chose.

Je cherche à connaître son vrai prénom parce que ça me gène de l’appeler Ron. Il refuse de me le donner.

-Je ne l’aime pas… Je préfère Ron.

Moi, franchement, je refuse qu’on m’appelle Mandor dans la vraie vie mais lui doit avoir ses bonnes raisons…

Ses lecteurs finissent, du coup, par faire un amalgame entre lui et son personnage.

-Mais je ne m’appelle pas Ron dans la vie ! Dans ce que j’écris, il faut prendre du recul ni tout prendre au premier degré. Mes histoires ne sont que des histoires. Ce ne sont pas des témoignages ni des autofictions. Je suis juste quelqu’un qui témoigne… qui aime transmettre.

Je n’insiste pas. Enfin si, un peu. Je suis parfois un peu tenace (et chiant aussi).

-Bien sûr que je parle aussi un peu de moi mais je choisis exactement ce que je veux raconter. Je choisis l’éclairage, le maquillage, le fond… Il y a dans mes textes uniquement ce que je veux bien montrer de moi. Pas plus.

Ses témoignages en tout cas sont intenses, profonds et font réfléchir.

Je vais vous dire sincèrement les choses. Quand j’ai refermé son livre, je me suis dit que nous étions dans un monde quand même assez pourri.

Ne me prenez pas pour une quiche, je le sais depuis longtemps, évidemment, mais Ron appuie là où c’est fichtrement douloureux, il titille nos émotions et finalement nous permet d’ouvrir nos putains d’œillères.

Je n’aime pas qu’on me prouve que je ne suis qu’un sale égoïste.

Rassurez vous, vous aussi ! (Si je puis me permettre.)

D’ailleurs son livre à pour principal sujet la connerie humaine de chacun.

 

-La connerie humaine me ralentie. Je suis peut-être naïf mais je crois à des valeurs simples. Je crois à l‘amour, au partage et au don. Mais je ne suis pas non plus mère Térésa. J’ai mes côtés relou comme tout le monde mais globalement ça va. C’est pour ça que j’écris.

Je devais faire 30 minutes d’interview, nous sommes restés ensemble 1h30.

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En clair (et pour conclure), je pense que Ron l’infirmier a écrit le livre idéal pour décrire l’inhumanité de l’être humain.

Comme le dit le fameux Albert Camus de son livre : « L’homme, il est trop con. Comprend rien. »

Un autre personnage (madame Pascol) dans une autre nouvelle résume bien tout ça :

« En France, le civisme, hein, le civisme… Le regard sur autrui, l’inconnu qu’on doit aider, la bienséance, l’éducation, ou simplement les valeurs humaines. On se fiche de l’autre. L’autre n’est qu’une nuisance, un moyen ou un objet. L’autre n’est plus rien. »

Ron est réac, mais il assume.

Idéaliste aussi certainement.

Mais ce n’est pas grave. Il est bon parfois de se faire chahuter, bousculer.

Tout le monde devrait lire ce livre, histoire de voir la vie d’un autre œil et d’essayer de porter un autre regard sur son prochain.

Devenir moins con quoi.

Allez ! On the Ron again !

13 décembre 2006

Guillaume Nicloux... Auteur-réalisateur.

 

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Je suis allé voir Le concile de pierre, malgré les critiques négatives lues dans la presse.

medium_concile.jpgJe suis bien placé pour savoir qu’il faut parfois s’en méfier alors j’ai pour habitude de juger par moi-même (qui est un grand garçon).

Vous n’êtes pas sans savoir qu’ici, c’est un peu l’île aux enfants. Je n’aime pas dire du mal. Donc, il y a dans ce film de bien belles images…

Et il est intéressant de découvrir comment est Monica Bellucci au réveil, ce qui, dans la vie, n’est pas un truc qu’il m’est donné l’occasion de juger par moi-même (je suis pourtant un grand garçon, bis repetita).

Et pourtant, j’aime bien Guillaume Nicloux (tout ça pour en arriver là). Je l’ai découvert grâce à ses romans. Zoo city, notamment, est un polar bien ficelé… pour tout dire, j’ai eu ma période Nicloux.

Tout lu.

 

Bref, au cinéma, Une affaire privée, son deuxième film après Le Poulpe, m’avait vraiment intéressé. On y voyait un Thierry Lhermitte transformé en détective privé détruit par la vie et différents excès.

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De 1999 à 2003, j’étais rédacteur en chef d’une web tv (cinema-tv.com) et j’animais sur cette chaîne une émission intitulée Le film à la page. J’y recevais des personnalités qui faisaient le lien entre la littérature et le cinéma. Un auteur adapté au cinéma par exemple, un réalisateur qui tourne un film d’après un livre, un comédien qui sort une biographie et dans le cas présent un auteur qui devient réalisateur. Finalement, le choix était vaste.

Parfois, je me déplaçais sur des tournages.

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Ainsi le 7 juin 2001, Guillaume Nicloux m’a convié sur celui d’Une affaire privée.medium_une_affaire.jpg

L’occasion de discuter avec Robert Hirsch et Lhermitte mais surtout d’interroger pendant une heure le pas facile auteur réalisateur (qui n’est pas précisément un fantaisiste).

Pas mal sur la défensive, il a fini par se dire que ça ne servait à rien de s’énerver devant un type qui semblait connaître son sujet et qui est venu en ami. (On n’est pas tous les jours interviewé par Casimir tout de même !)

Donc, au final, la conversation cinémato-littéraire s’est bien déroulée. Amusant aussi d’être au milieu d’un décor (vu sur grand écran quelques semaines plus tard.)

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Moralité : C’est bien la presse écrite mais je referais bien un peu de télé moi.

Je sais. Ca fait un peu appel du pied.

Pas grave...

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05 décembre 2006

Mabrouck Rachedi... auteur très urbain!

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Le 8 novembre dernier, je reçois un mail sur l’adresse de mon blog. Un dénommé Mabrouck Rachedi me dit être un lecteur de mes chroniques, me précise qu’il est écrivain et qu’éventuellement, nous pourrions nous rencontrer…

Je tape son nom sur Google et constate qu’il y a de nombreuses critiques positives sur son roman Le poids d’une âme. Mais, bon, je reste réticent car, selon les journalistes, malgré tout le bien qu’ils en disent, c’est un roman sur la banlieue…

Je me demande s’il n’est pas souhaitable que je reste sur un bon souvenir avec celui d’Aymeric Patricot qui traitait ce sujet sous un angle original (voir ici ma rencontre avec lui). Et puis, comme je suis un incorrigible curieux, je demande à Mabrouck de m’envoyer son livre. Dès réception, la quatrième de couverture me rassure :

medium_mabrouck_livre_avec_photo.jpg« Sur le mode picaresque, les mésaventures d’un jeune homme de banlieue toujours au mauvais endroit au mauvais moment, et le chassé-croisé des hommes et des femmes qui, contre le système, contre la banlieue, contre leur quotidien, vont tenter de l’aider. »

Il y a donc du positif dans ce roman.

J'ai lu, je me suis régalé (sur un sujet qui au départ, je le rappelle au risque d'être lourd, me laissait froid.)

Hop ! C’est décidé, je prends rendez-vous avec cet écrivain qui a fait l’effort de me contacter.

C’était mardi (28 novembre), vers 19h, dans un café de le rue du capitaine Ferder. J’étais encore avec mon pote la louve. Ca faisait un moment que nous n’avions pas siroté ensemble. Mabrouck est arrivé pile poil à l’heure. Un peu gauche, timide et… pince sans rire. Curieux personnage mais tout de suite attachant. Il se joint à nous et participe à notre conversation de manière curieuse et inédite.

Une phrase = une remarque pertinente.

Pas un mot de trop.

Le bavasseur que je suis est impressionné.

Je demande à la louve de faire les photos Mandoriennes avant qu’il ne nous laisse.

L’auteur s’amuse à prendre la pose comme sur la photo de la jaquette de son livre. Je ne le sens pas très à l’aise avec ce genre de séance.

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Pas très à l’aise non plus quand je sors mon magnéto. Je lui dis de faire comme s’il n’y en avait pas tout en sachant que c’est impossible. Une conversation enregistrée n’aura jamais rien à voir avec une conversation en off. C’est comme ça.

 

Je dis à Mabrouck que, quand même, son héros a une sacrée scoumoune. Lounès, un matin comme les autres arrive en retard au lycée. Quelques heures plus tard, il se retrouve en prison, accusé quasiment de terrorisme et sous la menace d’une expulsion. Mazette ! Il aurait mieux fait de ce casser une jambe. La faute à qui ? A « pas de chance » qui traînait dans le coin. En fait, une succession de petits événements qui, assemblés, vont se transformer en engrenage infernal… « Cette histoire, je la porte depuis longtemps. La question principale est : comment un type pris dans un absurde imbroglio peut parvenir à s’en sortir ? Moi, je n’en sais rien mais j’ai essayé d’inventer. C’est mon travail d’écrivain. ».

Conseil au prochain journaliste qui rencontrera Mabrouck Rachedi, évitez de lui dire qu’il s’agit là d’un énième roman sur la banlieue… il en a un peu ras la cacahouète (quoi, elle n’est pas jolie cette expression ?) d’entendre cette remarque convenue (mais tellement tentante). Parce qu’il décrit des émeutes, une cité qui s’embrase, un bus qui flambe et autres joyeusetés déjà vu en vrai de vrai, genre fin 2005. Mais voilà, Mabrouck a écrit ce livre quelques semaines avant ces « évènements ». Est-ce être visionnaire que de décrire avant l’heure l’escalade d’une banlieue où la misère et l’ennui sont des cocktails explosifs ? Tout au moins, c’est ce qu’on appelle avoir du nez.  « Cette histoire aurait pu aussi bien se dérouler dans le 9eme arrondissement de Paris. Simplement, je raconte un environnement que je connais puisque j’en viens. »

Il n’en reste pas moins qu’on lit ce livre comme un roman policier. Un style virevoltant et haletant. Pas de temps mort, du suspens à chaque fin de ses courts chapitres et des coups de théâtre divers et variés. Malin le Mabrouck.

Bon, au final, qui sont les fautifs des (més)aventures du pauvre Lounès ?

Parce que, figurez-vous, tout le monde en prend pour son grade. A commencer par les médias qui jettent de l’huile sur le feu et cultivent la peur au point de ne pas hésiter à transformer la réalité (les salauds !). Mais la faute aussi à l’autorité parentale absente, à la police et à la justice qui ne tournent pas toujours rond et qui se foutent du respect de l’être humain (ok ! Je schématise un chouïa).

En tout cas, ce livre est plein d’espoir.

Je ne raconte pas la fin, hein ?

Mais bon sang de bonsoir, c’est bon la solidarité ! Quand un chauffeur de bus, une prof de français, un journaliste, un juge, une infirmière et quelques autres personnes désabusés mais finalement volontaires se réunissent pour combattre l’injustice, c’est fichtrement beau.

Et bravo à monsieur Rachedi d’avoir le talent de ne pas faire pleurer dans les chaumières et même de parfois nous faire un peu sourire.

En plus, il nous informe sans nous faire la leçon.

Malin le Mabrouck (bis).

Un peu fou, certes, puisqu’il m’avoue avoir abandonné son travail « officiel » dans la finance pour exercer à temps plein le métier d’écrivain. Voilà ce que dit de lui le site de JC Lattes :

Né en 1976, Mabrouck Rachedi vit à Vigneux-Sur-Seine. Bac C, DEA d'analyse économique, il a travaillé quelques années dans une société de bourse. Lassé des costumes rayés, des cheveux gominés tirés en arrière et des chaussures trop bien cirées, il a regagné sa banlieue pour se consacrer à sa passion, l'écriture.

Je lui dis que c’est un acte courageux. Il me répond qu’il espère que dans quelques années il ne dira pas que c’était un acte suicidaire.

Pour Mabrouck, un livre, un combat ?

Et lui de me citer une phrase formulée par l'écrivain Jean-Marc Parisi : « Ecrire est un acte d’engagement, on se met en première ligne… »

Je m’abstiens de lui chanter « Malbrouck s’en va-t-en guerre mironton, mironton, mirontaine… »

Non, je sais me tenir quand même.

J’arrête mon magnéto. Nous parlons encore quelques minutes puis au moment de lever l’ancre, nous nous promettons de nous revoir bientôt.

J’espère.

Ce qui est certain, c’est que je vais suivre de près l’évolution littéraire de cet écrivain en devenir.

01 décembre 2006

Edouard Baer... et François Rollin!

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Aujourd’hui, focus sur les spectacles d’Edouard Baer.

medium_dvd.jpgVient de sortir en DVD cette semaine La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti.

C’est un spectacle de music-hall. C'est-à-dire qu'il y a de la musique (un grand orchestre de 5 musiciens avec leurs instruments) et beaucoup d’artistes iconoclastes et inventifs sur scène. Du monde qui chante, qui joue la comédie. Luigi Prizzoti c'est Edouard Baer, un maître improvisateur surdoué. Il signe, entre autres, un numéro mémorable d’imitateur pitoyable. Calembours indigestes et gags éculés (comme je les affectionne particulièrement), mais avec classe. Du grand art ! A ses côtés, on retrouve notamment l’immense Jean Rochefort dans un numéro de mime décalé.

Qui est Luigi Prizzoti ? D'où vient-il ? Pourquoi ce nom italien ? En 1h30 de folie, une succession de tableaux joués, chantés, mimés ou pourquoi pas jonglés par Edouard et tout une troupe très hétéroclite, ils vont tenter de répondre à ces questions et raconter le destin d'un homme méconnu et génial. Une délicieuse atmosphère de folie kitsch et baroque habite ce spectacle décidément inclassable.

medium_baer_rollin.jpgCe n’est pas la première fois qu’Edouard Baer monte sur scène pour un spectacle entre impros et numéros absurdes. Pendant longtemps, le dimanche soir au Théâtre du Rond-Point à Paris, se tenait un rendez-vous sacré : Le Grand Mezze, un show chaque fois différent (par ses participants, ses thématiques, sa construction…) et orchestré par Baer et son compère es humour François Rollin (le fameux Professeur Rollin, lui-même !)

A la sortie du DVD, en avril 2004, j’avais rencontré les deux lascars (le 30 mars 2004 à « En Cabine », une boite de production). J’étais un peu traqueur, vous pensez, deux fous fieffés de la sorte…

Mais Baer et Rollin en version promo sont des enfants sages. Enfin presque.

Voici mon article d’alors et la photo Mandorienne réalisée par un photographe pro, venu pour l’occasion.

Le DVD est encore en vente et ça vaut le coup d’œil, croyez-moi.

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« Eludons d’abord la grande question : Un Mezze est un ensemble de hors d’œuvre différents déposés sur une table. Les gens se servent en s’aidant de la pita libanaise. Hum ! Le tout est arrosé d’Arak (vin distillé aromatisé à l’anis). Hips !

medium_le_grandmezze.jpg« Le grand Mezze » version Baer et Rollin, c’est du pareil au même. Une scène, des artistes de sensibilités différentes : poète, fou, déjanté, sexy, décalé, nul, bon, hilarant, triste…Avec chacun son univers. Le DVD est un concentré de 210 minutes de saveurs variés et toujours pimentés composés de ces « mezzeurs ». Chefs d’orchestre : Baer et Rollin, les Marx Brothers moins deux personnes. Bon appétit !

Edouard Baer : Tu veux un Malabar ?

Mandor : Jamais pendant le service.

E B: Tu écoutes Bénabar ?

Mandor : Bon, sérieusement... Ca vous a paru comme une évidence de travailler ensemble ?

E.B : Non parce que nous n’étions pas forcément ami avant. Nous sommes devenus copains en travaillant. Mon amitié pour François est née de l’admiration.

Mandor: Chacun de vous est le souffre douleur de l’autre à un moment. Pas de problème d’ego sur scène ?medium_portrait_rollin_3.jpg

François Rollin : C’est agréable pour moi de travailler avec quelqu’un qui n’a jamais l’idée de tirer la couverture un peu plus fort. On ne se sent jamais menacé l’un par l’autre.

Mandor : vous êtes amoureux ou quoi ?

E.B : On se titille quand même un peu. Il y a une rivalité mais elle est si complice…

Mandor : Vous vous expliquez le carton du « grand Mezze » ?

F.R : Ce qui touche le spectateur, c’est le décloisonnement. Le grand Mezze est ouvert à tous. Tout le monde ne peut pas y aller, mais n’importe qui peut y aller.

E.B : À tous moments, il y a de la surprise. Ca créé de l’énergie, un danger mais aussi un enthousiasme et un bon esprit qui se ressent dans la salle et sur scène.

medium_baer_pensif.jpgMandor : François Rollin, vous pouvez me chanter « les nénés de ma nana, les tétés de ta tata, les lolos de ma Lola… » ?

(Baer est mort de rire, Rollin ne comprend pas.)

E.B : Tu sais au début du DVD, je raconte que je t’ai découvert dans les cabarets dans les années 50 en train de chanter ça ! C‘est vrai que je t’ai sorti du ruisseau.

F.R : (Haussant les épaules) N’importe quoi ! Vous feriez mieux de dire à vos lecteurs que le « Grand Mezze » reviendra bientôt ! »