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30 octobre 2006

Aymeric Patricot... l'horreur disséquée.

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 Les médias en font-ils trop avec la banlieue ? C’est la question à la mode en ce moment. La littérature s’y est mise également. Les essais ou les romans déguisés sur la banlieue fleurissent comme des petits pains (Quoi ? Elle n’est pas jolie cette expression ?)

Et bien la semaine dernière, j’ai rencontré par l’intermédiaire involontaire de mon ami prixdeflore2006 (d’ailleurs toi, tu l’ouvres quand ton nouveau blog ? Et je peux me permettre d’être transporté de joie par ta dernière note? Oui, je peux. Félicitations !), un jeune auteur : Aymeric Patricot.

medium_azima_bis.2.jpgCe trentenaire, diplômé d’HEC, ancien attaché culturel à l’ambassade de France au Japon, actuellement prof de français dans un  lycée de banlieue, nous a livré il y a quelques mois un roman subtil, bien écrit et à contre courant sur ce qui se dit, s’écrit, se suppose, se fantasme sur la banlieue. Voici le pitch « officiel » d’Azima la rouge (chez Flammarion) par l’auteur lui même:

« Azima raconte l’histoire d’une jeune femme sensible, vivante, intelligente, vivant en banlieue parisienne et dont le frère se révèle extrêmement possessif. Elle va commettre l’erreur, en début de roman, de croiser le regard d’un jeune homme en présence de ce frère. Elle comprendra très vite que des choses très graves lui seront infligées. Le livre est l’histoire de cette montée de la pression autour de la jeune femme, jusqu’au drame final. »

Initialement, si je n’avais pas reçu un mail d’Eymeric sur mon blog, s’il ne m’était pas paru sympathique, si ses propos ne m’avaient pas intrigués, je n’aurais pas été tenté de lire son livre. Il me l’a envoyé, je l’ai dévoré et j’ai voulu le rencontrer.

Chose faite le jeudi 19 octobre dernier, juste après ma rencontre avec Kad et Olivier (vous vous souvenez ?). medium_19.10.06_Aymeric_Patricot_3_.2.JPGRendez-vous au Virgin Café des Champs Elysées. Nous arrivons quasiment en même temps. J’ai un petit avantage… je l’observe quelques secondes. Il ne connaît pas mon visage (et pour cause !). Je lui fais signe. Il arrive, s’installe et ouf ! Nous sommes sur la même longueur d’ondes. Je dirais même que j’ai l’impression de le connaître depuis longtemps. Il y a des gens comme ça !

Petit bémol tout de même sur le choix du liquide à ingurgiter. Il prend un café allongé (enfin, lui, il reste assis), moi, un verre de Bordeaux. Je prétexte une interview précédente compliquée à gérer du coup « besoin de se détendre ». Oui, je sais… un peu facile. Il n’en reste pas moins que suis un peu déçu de constater que les écrivains ne boivent plus… (Celui qui me rappelle que j’ai raconté sur ce blog ma biture avec Nicolas Rey chez lui, deux bouteilles de rouge à deux pendant une interview (Hemingway, sort de nos corps !!!...) je lui réponds que ce n’est pas joli joli de cafter. Bref, Aymeric Patricot lui se shoote au café. « Le vin, ce n’est que le soir. » (Bukowski, rentre dans son corps !)

Nous commençons sérieusement la conversation parce que, quand même, nous sommes là pour parler littérature. Je demande à Aymeric pourquoi il va à contre courant des écrits habituels sur la banlieue :

medium_aymeric_patricot.3.jpg-D’un point de vue romanesque et dans la vie en général, j’aime bien prendre le contre-pied de ce que les gens pensent. Les clichés ont l’art de me gonfler profondément. Dans le cas présent, je ne voulais pas faire un livre sur la banlieue mais je souhaitais essayer de comprendre ce qu’il se passait dans la tête de gens qui subissent des traumatismes, mais aussi de saisir la pensée des types qui peuvent commettre des trucs infâmes.

Non, parce qu’il faut bien dire une chose, Azima est victime d’une tournante organisée par son frère. Ce qui est choquant dans ce livre (et aussi, ce qui, du coup, est original et intéressant) c’est qu’elle analyse cliniquement la situation.

-Pour supporter le cauchemar qui lui arrive, elle est obligée de prendre une distance complètement dingue. Elle poétise la chose, elle réfléchit… Comme si elle n’était plus dans son propre corps, elle laisse se dérouler les faits. Elle trouve des excuses à son frère, elle fait un effort intellectuel pour comprendre comment il a pu l’amener à faire ça. L’humilier et la faire souffrir de manière si intense.

Ce qui est troublant dans le roman d’Aymeric Patricot, c’est que tous ses personnages sont lucides sur les medium_presse_visu03_Aymeric.2.jpgévènements. Ils savent très bien ce qu’ils font, ce qui ne les empêchent pas, pour la plupart, d’être lâches et faibles… inconséquents aussi.

C’est un livre très « psychologique ». On rentre à l’intérieur du mode de fonctionnement cérébral de chaque protagoniste.

Pourquoi cette manière de traiter l’horreur dans toute sa splendeur (si je puis dire) ?

-Dans ma famille, il y a eu des évènements un peu terribles. Des suicides notamment. Je me suis rendu compte qu’on pouvait refouler le tragique en soi, rester zen malgré tout. C’est un peu ce que fait Azima. Mais pour être franc, la banlieue me sert de décors pour investir des choses personnelles, pour exorciser des angoisses profondes que j’ai en moi. C’est ce que j’appelle « l’exotisme intime ».

Ce qui est brillant dans ce tout premier roman, c’est que l’auteur raconte la même histoire à cinq voix. Ces cinq personnages expriment tour à tour leurs espoirs, leurs fantasmes et leurs peurs face à cette réalité intolérable. Un exercice de style parfaitement maîtrisé. De plus, quand on le lit, des images s’imposent à nous.

-J’ai un imaginaire visuel. J’en ai parlé avec Christine Angot, que j’ai croisé récemment à un cocktail chez Flammarion, elle me disait qu’elle fonctionnait à l’oreille. Moi, c’est tout le contraire, je fonctionne à l’image. C’est pour ça que j’aime les polars américains. La violence est particulièrement visuelle…

Inévitablement, nous finissons notre longue discussion en évoquant les blogs. Le sien est là. Et il est très littéraire. Aymeric hésite à le rendre plus personnel, à être plus incisif (alors que, déjà, il n’est pas toujours tendre). Je me fais d’ailleurs la réflexion que sous son air angélique, délicat, charmant, se cache un diablotin très énervé… un putain de maelström intérieur, je suis sûr.

medium_19.10.06_Aymeric_Patricot_4_.2.JPG-C’est dur d’être très gentil. Je fais notamment des critiques de bouquins et, une fois sur deux, je suis tenté de les descendre. Gide, de Beauvoir n’ont pas mes faveurs par exemple. Pour tout dire, je meurs d’envie de m’attaquer aux auteurs contemporains mais j’ai peur que ce soit mal perçu, que ça fasse prétentieux… un écrivain qui crache sur les autres.

Il commence à écrire aussi des billets dans lesquels il décrit sa vie de classe, il évoque aussi les banlieues, inévitablement.

-J’hésite aujourd’hui à parler politique, je tâte le terrain. En fait, j’aime bien faire de la provoc’.

De ma part, ce serait l’hôpital qui se fouterait de la charité si je lui disais de se lâcher un peu plus, de se laisser aller à écrire ce qu’il pense réellement…

Et bien, moi, qui écris sous anonymat et des choses plutôt positives, je lui dis quand même.

J’ai l’impression qu’il y viendra, qu’il prend son temps...

Vous, sans vous commander, vous feriez bien de prendre un peu de temps pour découvrir ce nouvel auteur. Le jeune homme promet. Et puis, Aymeric et moi, nous risquons bien de nous revoir.Une histoire de rencontre bloguesque littéraire... On en reparle bientôt.

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Aymeric Patricot m’a promis qu’il réagirait à cette note chez lui.

P’t’être il va dire que j’ai mal compris ses propos, p’t’être bien aussi qu’il va comptabiliser les fautes d’orthographe, de syntaxe (en bon prof de  français qui se respecte…etc., p’t’être aussi qu’il sera magnanime ? P’t’être bien, p’t’être pas. J’sais pas.

Commentaires

Du people, du sensible, on commence par trinquer et on finit par un teasing... du beau Mandor ! ;-)
Ne pas boire dans la journée... serait-ce le secret de la finesse d'écriture d'A.P. ?
Je m'associe à ta recommandation, en tout cas.
(... et pour le reste, disons que Merci rime avec Wait & See !! ;-)

Écrit par : prixdeflore2006 | 30 octobre 2006

Moi aussi je ne bois que le soir !!

Écrit par : Frogita | 31 octobre 2006

@Prixdeflore2006: Heureusement que tu n'as pas choisi de t'appeler prixfémina2006... ;o)
@Frogita: Ouais, ouais, je vais demander à ton amie la commissaire aux comptes si c'est bien vrai que tu es raisonnable comme ça...

Écrit par : Mandor | 31 octobre 2006

Utiliser les éléments de l'interview pour la photo mandorienne, je dis qu'il y a de l'idée :D

Écrit par : Tybo | 31 octobre 2006

@Tybo: Oui merci... J'avais déjà inauguré là http://www.mandor.fr/archive/2006/10/03/bernard-werber-le-marathonien.html
et je l'ai refait hier avec un autre écrivain (bientôt sur le blog)
T'as trouvé un Lolito? (private joke, pas si privé car visible là:
http://santabarbablog.free.fr/index.php/2006/10/31/a-quand-un-lolito/
'tain, si je commence à mettre des liens même sur mes réponses, je vais plus m'en sortir.

Écrit par : Mandor | 01 novembre 2006

Si en y repensant il y a l'espagnol dont j'ai oublié le nom, c'est un lolito :D

Écrit par : Tybo | 01 novembre 2006

@tybo: Tu veux parler de lui, http://www.mandor.fr/archive/2006/09/03/miguel-agel-munoz-le-latin-lover-multi-media.html
je suppose?

Écrit par : Mandor | 01 novembre 2006

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