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27 octobre 2006

Eric-Emmanuel Schmitt... l'homme multiple!

 

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En ce moment, je suis très Albin Michel comme gars (voir là, récemment). Je vous promets d’être très Flammarion dans les prochains jours.

Eric-Emmanuel Schmitt m’a toujours intrigué. A la fois, dramaturge, essayiste, romancier, scénariste, musicien, cet homme là n’arrête jamais et tout ce qu’il touche se transforme en or. Il n’était pas inintéressant d’aller voir ce monsieur, en vrai, en tête à tête durant une heure.

medium_p_jaketodette-web.jpgLe prétexte : son nouveau livre qui sort le 2 novembre. Un recueil de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires. Huit récits, huit femmes, huit histoires d’amour. « De la petite vendeuse à la milliardaire implacable, de la trentenaire désabusée à une mystérieuse princesse aux pieds nus en passant par des maris ambigus, des amants lâches et des mères en mal de filles, c’est une galerie de personnages inoubliables qu’Eric-Emmanuel Schmitt poursuit avec tendresse dans leur quête du bonheur ». Amen. Le service de presse est efficace.

L’endroit : la maison d’édition.

Le temps : maussade.

L’humeur : comme le temps.

Le jour : mardi 24 octobre.

L’heure : 12h30.

L’auteur est un peu en retard mais l’attachée de presse me fait patienter tant bien que mal. medium_spielplan_2004_schmitt.jpg

Il arrive, souriant et chaleureux. On nous installe dans la pièce « interview » que je connais bien. Entourés de vitres, nous sommes visibles de tous. C’est toujours un problème pour moi car je suis très curieux et je ne peux pas m’empêcher de zieuter dès que quelqu’un sort d’un bureau ou passe dans le couloir… Je vois Amélie Nothomb qui passe devant nous et fait un coucou à mon interviewé. Ils se connaissent très bien et s’apprécient. J’en profite aussi pour la saluer, elle me sourit.

Eric-Emmanuel Schmitt est avenant. Le courant passe immédiatement. Je lui précise que je l’ai vu la veille, tard dans la nuit dans Vol de nuit de PPDA. Il se marre en me racontant qu’il a essayé mais qu’il s’est endormi avant. De toute manière, il n’est pas excité à l’idée se voir à la télé. Il m’explique.

-Je n’aimerais pas m’aimer et je n’aimerais pas ne pas m’aimer donc, je ne regarde pas.

Comprenne qui veut.

medium_SCHMITT.jpgUne des nouvelles de ce recueil s’intitule Odette Toulemonde. C’est aussi le titre du film qu’il vient d’achever (avec Catherine Frot et Albert Dupontel dans les rôles principaux) et qui sort en février 2007. Il s’empresse de raconter son expérience cinématographique car il est fier de cette nouvelle activité. Une nouvelle corde à son art ?

-J’ai vécu cette aventure comme un cadeau que me faisait la vie. On m’a fait confiance alors, je me suis efforcé de mériter cette confiance pendant la préparation et le tournage du film. Tout le monde a dit que le tournage avait été extrêmement serein mais en fait, moi, je bouillonnais. Je ne voulais pas décevoir l’équipe. Je me sentais en dette et c’est un très bon sentiment. Un sentiment dynamique qui m’a obligé à donner le meilleur de moi-même.

Il existe deux films connus tirés de son œuvre et réalisés par d’autres. Eric-Emmanuel Schmitt est mitigé quant aux résultats.

medium_monsieur_20ibrahim.jpg-Je suis très content de  Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran réalisé par François Dupeyron. Il a fait ce film pour de bonnes raisons… pour l’humanité qu’il y avait entre les deux personnages. Omar Sharif m’a emballé dans le rôle de Monsieur Ibrahim. Par contre, je n’ai pas aimé  Le Libertin que Gabriel Aghion a réalisé d’après une de mes pièces. Après, je suis devenu psychorigide, j’ai passé mon temps a refuser ce genre de proposition…

Et donc l’ami Schmitt s’y est mis tout seul.

-A ma grande surprise en plus, j’ai aimé ça. Je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas réalisé de film avant. J’étais comme un poisson dans l’eau.

Je cherche à comprendre comment on s’improvise réalisateur du jour au lendemain.

-J’ai beaucoup travaillé de manière livresque. J’ai dévoré des ouvrages techniques pour acquérir la même langue que les techniciens. Et j’ai aussi lu beaucoup d’entretiens de cinéastes. Fuller, Truffaut, Hitchcock...

D’accord mais je présume que cela ne suffit pas. Il faut une sacrée équipe derrière.medium_schmitt_4.jpg

(Amélie n’arrête pas de nous regarder, comme ça, l’air de rien…)

-Je l’ai eu. Que des pointures et en plus j’avais le choix. J’ai sélectionné  mes collaborateurs pour leur talent mais aussi pour leur caractère. Je voulais des gens avec qui je pouvais passer 6 mois, des gens dont je percevais qu’ils étaient généreux et que ça les excitait beaucoup de faire le premier film d’un écrivain.

Il est comme ça Eric-Emmanuel Schmitt. Puisqu’il est obligé de travailler à plusieurs, autant se sentir en famille.

medium_eeschimtt.jpg-Pour moi, ça a été un vrai bouleversement de découvrir que la création n’était pas forcément solitaire. Habituellement, je crée tout seul. Si j’ai un problème, c’est entre moi et moi. Je m’arrange, il y a des armistices parce qu’il faut bien continuer à vivre.

Il dit cela en souriant. Je sais que la création chez lui passe aussi par la souffrance.

-Quand j’ai envie d’une forme et que je n’arrive pas à la maîtriser, c’est une souffrance énorme mais sous cette souffrance, il y a un rendez-vous possible. Paradoxalement, je suis quelqu’un qui compose très lentement mais qui écris très vite. Je passe des mois avec des personnages, des thèmes et tout se construit dans ma tête… je compose, règle, imagine… un jour, il n’y a plus qu’à coucher cela sur du papier.

Eric-Emmanuel me voit regarder Amélie Nothomb.

-Vous l’aimez bien elle aussi ?

J’acquiesce. Mais je lui explique que ses deux derniers romans m’ont déçu. medium_schmitt_eric.jpg

-C’est vraiment une copine. Nous avons débuté ensemble chez Albin Michel. Nous ne vendions pas encore beaucoup de livres alors notre éditeur nous faisait faire les salons et signatures ensemble. On prenait le train et buvions ensemble… C’était sympa. Du coup, maintenant, nous nous sentons liés.

Nous bavardons si agréablement que c’est son attachée de presse qui vient avec tact le délivrer de moi.

-Vous devez répondre à des interviews par téléphone je crois…

J’ai compris. Je lui demande de nous prendre en photo (vous savez pourquoi). L’auteur joue le jeu avec élégance.

-Ca vous va ? Vous en voulez d’autres.

medium_24.10.06_Eric-Emmanuel_Schmitt_1_edited.JPGJ’ai ce qu’il faut, merci !

Et au revoir.

Très sympathique cet homme là.

Pas déçu.

Du tout.

 

P.S : Sinon, son recueil de nouvelles, je le trouve sensible, intelligent et très agréable à lire. Les chutes sont inattendues et on s’attache aux héroïnes (souvent en souffrance) moins aux hommes (qui n’ont pas le beau rôle : lâche, faible, mesquin et tout et tout)… Mais chez Schmitt, ce n’est pas si simple. Il déteste le manichéisme…

Mon article pour le journal est .

Commentaires

Fan de lui. Vous avez de la chance d'avoir pu le rencontrer.
J'ai lu tous ses livres sauf certains un peu trop philosophiques.
Vous faites un beau métier.

Écrit par : Caro | 28 octobre 2006

@Caro: Oui, je sais, je fais un beau métier... et je ne me lasse pas de rencontrer ce "beau monde".

Écrit par : Mandor | 28 octobre 2006

Brigadier Schmitt (dsl pour la référence) et Notond amis ! C'est le beau et la bête...
Pour ceux qui ne le connaissent pas, je vous conseille l'évangile selon Pilate. Très bon livre ou il arrive à mêler l'histoire, l'imaginaire et la mythologie (une religion qui meurt = mythologie, une secte qui réussit et perdure = religion)...

Écrit par : bout de papier | 28 octobre 2006

Bonsoir MANDOR.
Avez vous déjà essayé de vous enivrer au Chocolat de Sao Tomé ?
Bonsoir
James.

Écrit par : James | 29 octobre 2006

@bout-de-papier: "L'évangile selon Pilate" pour aborder l'oeuvre de Schmitt... oui, bonne idée!
@James et tout le monde:
Oui, tout ça pour dire que James, le monsieur "vannes subtiles" de ce blog, est l'animateur du "salon du chocolat" (http://www.chocoland.com/index2.php)... Si vous y allez et que vous entendez un monsieur parler dans un micro, c'est James. Oui, oui. C'est aussi un ami de longue date.

Écrit par : Mandor | 30 octobre 2006

Mon idole (enfin une de "mes") :) Je l'ai rencontré d'ailleurs... Il vaut la peine de se déplacer :-)

J'ai donc aussi vu ton ami intime... du chocolat...

J'M.

Écrit par : Justine Miso. | 03 novembre 2006

@Justine Miso: Ouah! La Miso ici? Flatté je suis.
Je sais que nous avons un ami commun... (qui change bientôt de blog!) Normal que l'on finisse par s'écrire.

Écrit par : Mandor | 03 novembre 2006

Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j'aime énormément, tout particulièrement en tant que dramaturge. Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Le visiteur, Oscar et la dame Rose, Le Libertin, pour ne citer que ces pièces, sont de vrais petits bijoux. Il émane de cet homme une grande sagesse, quelque chose de viscéralement humain. Le lire, ou même l'écouter (il s'exprime posément, avec une éloquence rare) procure une sérénité contagieuse ! Il est de ces êtres, rares, qui redonnent foi en l'être humain. N'en déplaise à ceux qui trouvent sa prose mièvre ou guimauve. Moi j'aime ses écrits et le revendique :)
Il me tarde de découvrir l'adaptation au cinéma de son dernier opus.
Merci pour cette interview , chanceux que vous êtes de l'avoir rencontré !

Écrit par : Koryfée | 10 février 2007

@Koryfée: Moi aussi j'aime le lire et tout ce que vous dites n'est pas faux. J'aime les gens fragiles dont émanent une blessure-félure qui se transforment en oeuvre bien plus philosophique qu'il n'y paraît...

Écrit par : Mandor, président de la FAPM | 11 février 2007

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