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18 décembre 2012

Les amants d'un jour : interview de Sophie Tellier et Jérôme Pradon

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La Fnac est partenaire des Amants d’un jour. Pour ActuFnac (daté du mois de décembre 2012-janvier 2013),  j’ai donc interviewé deux des comédiens-chanteurs-danseurs principaux de cette comédie musicale, Sophie Tellier et Jérôme Pradon.

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"Milord" interprété par Sophie Tellier et la troupe des Amants d'un jour.

Mini clip de "Sous le ciel de Paris" par Jérôme Pradon et la troupe des Amants d'un jour.

14 décembre 2012

Joël Dicker : interview pour La vérité sur l'Affaire Harry Quebert

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© Jeremy Spierer

L'écrivain genevois, Joël Dicker, a séduit le jury du Prix Goncourt des lycéens 2012, composé de centaines de lycéens français avec La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, un roman complexe au souffle américain. Quatre autres auteurs figuraient en finale de ce prix organisé par la Fnac : Gwenaëlle Aubry pour Partages (Mercure de France), Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud), Linda Lê pour Lame de fond (Bourgois) et Joy Sorman pour Comme une bête (Gallimard).

Large favori, le jeune auteur suisse, déjà couronné cet automne par le Grand prix du roman de l'Académie française, a été choisi par 9 voix contre 4 à Joy Sorman par un jury de quatre garçons et neuf filles réunis à Rennes, au terme d'un processus de sélection qui a mobilisé une cinquantaine de lycées et près de 2000 élèves. L'an passé, c'est le livre de Carole Martinez, Du domaine des murmures (Gallimard) qui avait obtenu le prix.

Comme je travaille pour le journal gratuit de la FNAC, j’ai eu pour agréable mission de rencontrer Joël Dicker.Le 21 novembre 2012, rendez-vous est pris dans un hôtel parisien. Malgré le tourbillon médiatique qui le célèbre alors, l’auteur semble détendu. Il arrive souriant et avenant. Et je me rends vite compte qu’il est parfaitement lucide sur ce qui lui arrive. Ça me le rend particulièrement sympathique. Voici le fruit de notre entretien pour ActuFnac (daté du mois de décembre 2012/janvier 2013).

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La remise du Prix Goncourt des lycéens à Joël Dicker.

Interview bonus:

joël dicker,la vérité sur l'affaire harry quebert,interview,mandor,actufnacRevenons sur vos débuts dont on parle peu finalement et qui expliquent pourtant comment vous en êtes venu à écrire La vérité sur l’Affaire Harry Quebert.

J’avais écrit un précédent roman, Le dernier jour de nos pères, qui est sorti dans les librairies en janvier 2012, mais qui existait depuis juin 2009. Cela faisait en fait 3 ans que j’avais terminé ce roman et je n’avais trouvé personne qui voulait le faire paraître. Je me suis senti un peu déçu, un peu triste en recevant les lettres de refus des éditeurs. J’étais réellement triste que le livre ne puisse pas exister au-delà du manuscrit que j’avais écrit. Je me suis dit que c’était dommage de rester sur un sentiment qui soit celui de la déception, de l’erreur. Après tout, la vocation du livre, c’est aussi peut-être simplement quelque chose que tu écris pour toi, quelque chose qui te permette de grandir, de comprendre et d’avancer. Je me suis remis immédiatement au travail et c’est comme ça que j’ai commencé ce livre, La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Je me dis, « écris un livre qui te donne du plaisir, écris un livre qui t’offre du plaisir et qui t’apporte quelque chose à toi de façon à ce que, si par hasard, lorsque tu l’auras terminé personne n’en veut, tu sois quand même heureux et qu’il se soit passé quelque chose en toi ». C’était vraiment le but du livre, ce qui explique au fond pourquoi il est peut-être si gros, pourquoi il y a parfois un tel mélange des genres. C’est qu’il y a eu  un plaisir et un amusement tout au long de son écriture.

En tout cas, toute la presse et les lecteurs louent l’originalité de votre livre… ces différentes strates dont nous parlions plus haut…

Cette originalité, j’avais peur que ce soit la faiblesse du livre. J’avais peur que l’on me reproche que ce livre soit à contre-courant de ce qui se fait, de ce qui se lit. Le monde de l’édition, quand il traverse des moments difficiles, a tendance à vouloir qu’un livre reste dans un certain créneau pour assurer à un livre de marcher plus ou moins. Mon livre, c’était vraiment quitte ou double.

Outre vos deux prix, vous êtes passé à deux doigts du Goncourt. Cela fait de vous un phénomène d’édition. Comment vit-on ce statut ?

On le vit de façon très calme. C’est un bonheur, mais c’est un bonheur qui est très éphémère. En France, on a la chance, entre fin août et fin novembre, d’avoir cette rentrée littéraire, avec ces prix et toutes ces excitations générées autour des livres et qui les mettent très en avant. Quand vous avez la chance et le bonheur d’avoir un livre qui figure dans ces prix, il est particulièrement relayé et très vu et donc, du coup, on parle beaucoup de vous. Au mois de janvier, il y a la deuxième rentrée littéraire qui balaye la première, qui sera balayée par la troisième rentrée, celle d’avril-mai, les romans de l’été, qui eux même seront balayés à leur tour par la rentrée de septembre 2013. Tout ça pour vous dire qu’on est perpétuellement remplacé.

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Vous êtes en train de relativiser ce que vous êtes en train de devenir dans le monde des lettres.

Je relativise parce qu’il faut relativiser. Je reste calme parce que j’ai conscience que c’est un moment très éphémère et que c’est important de le prendre comme ça. Mais, tout ceci me permet de mieux respirer sur ma condition d’écrivain et m’encourage fortement.

Votre livre est aussi une réflexion sur l’acte d’écrire, sur le monde de l’édition et sur la littérature en général. Vous êtes d’ailleurs assez impitoyable. Qu’en pensent vos propres éditeurs ?

Mes éditeurs n’ont rien de commun avec ceux qui figurent dans mon livre, soyez-en certain. C’est marrant, vous êtes le premier à me poser cette question. A priori, ils ne se sont heureusement pas sentis concernés.

Vous avez du mal à rendre votre texte ?

C’est compliqué en effet. Il faut le rendre quand on pense qu’il est aboutit et qu’on ne peut pas faire mieux. À un moment, on sent qu’on ne peut pas aller plus loin, il se passe quelque chose. On a tout fait, on a lu, relu, on sent que c’est terminé. Ensuite, on le soumet à son éditeur. Et puis le temps passe et on se met à réécrire certains passages. On pourrait passer sa vie à réécrire éternellement le même livre et ne jamais en être satisfait. On peut toujours faire mieux, c’est un fait établi. Il faut savoir être raisonnable. Juste, il faut se dire que le prochain sera mieux parce qu’on aura plus d’expérience. C’est important si on veut avoir l’impression d’une évolution dans son  écriture et dans son travail.

Vous êtes serein pour attaquer le prochain roman ?

Vous savez, ce qui me plait le plus, c’est d’écrire. C’est important de faire la promo des livres, mais j’ai peu de temps pour écrire le prochain. Je me réjouis beaucoup de rentrer chez moi pour me remettre au travail. 

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Avec Joël Dicker, le 21 novembre à l'hôtel d'Aubusson, après l'interview.

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15 novembre 2012

Benjamin Biolay : interview pour la sortie de Vengeance

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(Crédit: Claude Gassian)

Après le succès de La Superbe en 2009, deux Victoires de la Musique, et une tournée mondiale à guichets fermés, Benjamin Biolay livre un nouvel album aux influences new wave ou hip- hop amplifiées et totalement assumées.

Pour le magazine gratuit de la FNAC, ActuFnac, qui a élu Vengeance, album du mois, j’ai rencontré Benjamin Biolay sur la terrasse d’un hôtel de la capitale, le 25 octobre dernier. Il en était au tout début de sa promo marathon. Depuis, il l’a arrêté complètement (et subitement). Il s’est rendu compte qu’on le voyait trop… et que ses propos pouvaient devenir source à polémiques. Dans l'interview qu'il m'a livré, il n'a pas non plus la langue dans sa poche... et c'est appréciable.

(Pour l'anecdote, Benjamin Biolay fut l’un de mes tout premiers mandorisés. C'était en juillet 2006, l’occasion en cliquant ici, de se rendre compte que ce blog a quand même un peu évolué).

Vengeance sur iTunes

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Suite de l'interview non publiée...

Je sais que vous écoutez beaucoup de hip-hop.

Oxmo Puccino, Akhenaton, Oreslan, Joey Star, Booba… j’écoute tout le temps du hip-hop en fait. Quand j’écoute cette musique, ça ne me pollue pas du tout, je n’ai pas l’impression de travailler. Je danse, je reprends des punchlines… bon, ça m’influence un tout petit peu, mais j’en suis très satisfait. Par contre, je ne pourrais pas écouter toute la production francophone de mon style. Parfois j’adore. J’ai écouté le dernier disque de Dominique A en boucle, mais j’avais fini le mien.

Vous travaillez avec beaucoup de monde. Vous n’arrêtez jamais, en fait.

Quand je fais un album pour Isabelle Boulay ou pour Vanessa Paradis, je me lance à fond, comme si c’était pour mes propres albums. C’est à chaque fois 5 mois de ma vie.

Pourquoi tant d’investissement ?

Parce que j’aime la musique et je n’aime pas spécialement en faire tout seul dans mon coin. Je donne autant que je reçois. Et puis, je deviens de plus en plus compétent dans le domaine de la réalisation et je travaille souvent avec des gens qui me font une confiance absolue alors la réciprocité est là.

On a le sentiment que vous souhaitez élever la chanson française vers le haut. Inconsciemment ou non, plaire à beaucoup en leur offrant la qualité maximale.

Oui, enfin, vous savez, il y a beaucoup d’artistes français pour lesquels j’ai énormément de respect. Mais j’avoue que quand je commence un disque, je n’écoute absolument personne d’autre. Certainement pas du pays.

Le clip du premier single, "Aime mon amour".

Je trouve que ce n’est pas saugrenu cette comparaison que vous avez faite avec les sportifs en début d’interviews.

Il y a plein de points communs entre un musicien et un sportif. Par exemple en studio, au début, c’est comme une reprise. On n’est pas trop réactif, on se retrouve un petit peu perdu, on n’a pas la maîtrise qu’on finit par avoir au bout de 15 jours de studio. On est super chaud et c’est là qu’on compose des chansons qui arrivent au dernier moment. Il faut maintenir le cap. Il y a vraiment cette rigueur qu’ont les sportifs rigoureux. Là, je sais que je vais commencer les répétitions et je sais qu’après la première répét, je vais rentrer chez moi déprimé. C’est possible que je sois complètement à la ramasse, que j’aie du mal à m’entendre. Pour le live, il faut vraiment s’entraîner comme un sportif.

Revenons aux doubles lectures dans vos chansons. Dans cet album, Vengeance, c’est plus flagrant qu’à l’accoutumée, je trouve.

Tout a toujours été codé et ce le sera tout le temps.

Dans « Confettis » par exemple.

Au début, quand je dis « ça ma va droit au cœur d’avoir votre estime »… je parle au public, puis, ça n’a plus rien à voir avec ça.

On comprend après que c’est un règlement de compte.

Oui, mais gentil. Dans le sucre glace. C’est la magie de l’anaphore. Quand on répète une phrase en boucle comme ça, après, à chaque phrase, on peut prendre un virage différent.

Dans « Sous le lac gelé », vous évoquez des convois de déportés qui passent en Ile-de-France.

Là on est en plein encodage (sourire). Ce titre aurait pu s’appeler Les fantômes dans le placard, sauf que je les imaginais pas loin de la surface. Sur le lac gelé. C’est une chanson sur toutes les choses qui me révulsent et qui me font mal. Chaque fois que j’emmène ma fille à l’école, je passe devant une plaque où il y a écrit : « À la mémoire des 9 enfants juifs déportés… ». Quand j’entends certains cadres de la droite dite nationale refuser que la France fasse des excuses en bonne et due forme, je suis dégouté. Ce n’est pas le régime de Vichy qui a accepté ça, c’était l’état français. Pareil pour les évènements de Charonne, pour plein d’événements qui se sont déroulés pendant la guerre d’Algérie. Tous les républicains reconnaissent que la terreur, c’est la tache de merde absolue sur la Révolution Française. C’est le sommet de la boucherie, de la bêtise humaine. A partir du moment où on reconnait ça, l’acte de repentance est obligatoire. Il y a certaines nations qui le font et avec succès.

Pourquoi ne pas évoquer tout ceci de manière plus frontale ?

Non, je n’ai pas la légitimité politique pour faire la morale plus que ça. On peut être, ce qui est mon cas, un homme engagé et un chanteur et ne pas mélanger les deux. Moi, je dis de manière éthérée et politique. J’ai toujours milité et j’ai toujours fait des chansons. J’ai commencé au même âge ces deux activités, mais j’ai toujours fait le distinguo. J’ai déjà écrit des brulots, mais je ne les ai jamais enregistrés. Ça aurait mal vieilli. C’est pour ça que je ne fais jamais de name dropping dans mes chansons, c’est le moyen idéal pour les dater.


Benjamin Biolay (Marlène déconne) par Immendorff

Comment vivez-vous le fait de parler de son disque à des journalistes ?

C’est périlleux. Un disque se suffit à lui-même. Les gens qui achètent des disques, on ne va pas leur expliquer ce que signifie telle ou telle chanson. Avec vous, c’est intéressant parce que vous vous êtes rendu compte que je codais comme un cochon. (Rires). Ça ouvre un champ de discussion.

Est-ce que vous êtes étonnés de tout ce qui vous arrive ?

Je vous parle très franchement. J’ai un bol de malade. J’ai toujours eu l’instinct de me dire « ne rate pas cette chance, même si ça va être compliqué ». Il ne faut jamais tourner le dos à la chance. Il faut vraiment savoir la saisir. J’en ai eu tellement, que même moi, ça m’impressionne. Je viens de Villefranche-sur-Saône, d’une famille très cultivée, mais de smicard qui ne connaissait personne dans un quelconque milieu artistique. Ça a été un combat et en même temps beaucoup de joie.

Au début de votre carrière, il y avait les pour et les contre.

Il y avait plus souvent les contre.

Et aujourd’hui, on entend plus que des pour.

Je préfère ça que le contraire.

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Le 25 octobre 2012, à l'issue de l'entretien.

13 novembre 2012

Philippe Manoeuvre : interview pour 10 albums cultes des années 60, 70 et 80

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Une interview express de l'ami Manoeuvre à l'occasion de la sortie de sa collection des 10 albums cultes des années 60, 70 et 80 (une exclusivité FNAC). Le 18 octobre dernier, il a donc accepté de me recevoir dans son QG général. Un bar à côté de chez lui... voici le fruit de cet entretien pour ActuFnac (daté du mois de novembre 2012).

(Bon, parfois, il y a des bugs... l'avant dernière question est tirée d'une autre interview. Ce qu'elle fait là? Un grand mystère. Mais, bon, voilà, ça arrive...).

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09 octobre 2012

Oxmo Puccino : interview pour Roi sans carosse

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Le 13 septembre dernier, j’ai reçu dans les locaux de l’agence Oxmo Puccino, à l’occasion de la sortie de son nouvel album Roi sans carrosse.

Vous trouverez ici l’interview publiée dans ActuFnac (daté du mois d’octobre 2012). Il est l’artiste du mois. Et, évidemment, ensuite, la version complète pour Les chroniques de Mandor.

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Bonus mandorien :

Dans la chanson « Parfois », vous dites que la liberté passe par un long chemin… J’ai l’impression que vous êtes le rappeur le plus libre d’entre tous.

Je dois être l’un des plus heureux en tout cas. Je suis conscient de ce que je vis, j’œuvre pour et je profite du moment. Ce bien-être que j’ai par rapport à ça ressort sur ma création. Je n’ai pas le syndrome du stress de monter sur scène, parce que je suis content du rendez-vous, je n’ai pas tellement peur de rentrer en studio parce que je sais que je vais y croiser des musiciens, je n’ai plus tellement peur de sortir un disque parce que je sais ce que je mets dedans. Je suis donc un des rappeurs les plus chanceux, c’est sûr.

Est-ce qu’il faut être toujours en mouvement, ne jamais s’arrêter comme vous le faites ?

C’est le seul moyen que j’ai pour me situer dans mon échelle temporelle. Il faut toujours vivre, toujours exister, c’est ça qui est le plus important. Plus on travaille, plus on a des chances de s’améliorer, de rencontrer et d’avancer. Je n’ai aucune raison d’arrêter parce que c’est par là que je prends le plus de plaisir.

Le plaisir par la diversité ?

Uniquement. Ça ne peut venir que de là. Le mot diversité est pour moi une définition du monde dans lequel on vit. Personne n’est totalement identique à son voisin. La diversité est plus un problème d’esprit cloisonné que de voir le monde autrement. La diversité, c’est la normalité. C’est aussi la nature.

Je ne cesse de vous voir, de vous entendre sur des projets d’artistes connus ou en émergence. Encore récemment avec Scotch & Sofa. Vous aimez transmettre ?

C’est plus une notion de partage que de transmission. La transmission ne va pas que dans un sens comme on pourrait le penser. Pour Scotch & Sofa, par exemple, j’ai accroché tout de suite à leur travail alors qu’ils n’étaient pas encore tout à fait connus. Repérer un bijou avant que tout le monde saute dessus est une grande satisfaction. Le partage est donc bilatéral. On prend tous les deux l’un de l’autre.

Peut-on dire que vous êtes un artiste amoureux des autres artistes ?

Je suis un artiste amoureux du travail des autres artistes, bien sûr. Je dissocie parfois l’artiste et son œuvre, c’est important parce qu’on n’est pas tous responsables de nos créations. Je suis amoureux des artistes parce que ce sont eux qui rendent le monde beau. Quel que soit le prétexte, le moyen de transport utilisé pour faire passer son message, ça rend le monde plus beau, quoi qu’il en soit.

Dans « Artiste », vous parlez de la condition d’un artiste. Vous dites qu’il faut être droit dans ses bottes et avaler des couleuvres… j’ai l’impression que vous, vous vivez une vie d’artiste parfaite.

Ça y ressemble, en effet. Moi, j’étends le mot « artiste » à tous ceux qui déchaînent toute leur énergie pour assouvir leur passion. Ça passe par un travail qui peut déboucher sur un savoir-faire qui dépasse le travail bien fait. Oui, ça demande des sacrifices, des concessions, des décisions à prendre, pas toujours faciles. Mettre son œuvre au centre de sa vie ne se fait pas sans occasionner de dégâts. C’est difficile, mais c’est beau. De toute façon, je pense que rien n’est facile, alors quitte à choisir ses difficultés, je préfère écrire des chansons.

« Les gens de 1972 » est une chanson anti passéiste. Vous vous élevez contre ceux qui trouvent que c’était mieux avant.

Je trouve insupportable que l’on fasse référence au passé en voulant étouffer le présent. C’est inacceptable de vouloir se garder pour soi un secret qui n’est même pas vérifiable et de dénigrer quelque chose que nous partageons tous. Là, nous sommes tous là et c’est ce moment qu’il faut chérir, tout en respectant le passé. Tout rattacher à une période qui est mythique, c’est couper l’herbe sous le pied d’aujourd’hui, et c’est injuste. Dénigrer le présent aujourd’hui va en faire un triste passé.

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« La danse couchée » est un hymne aux bienfaits de l’acte sexuel. Une histoire de mélange des corps.

Je suis plus sur l’importance donnée aux détails dans un rapport qui peut s’apparenter à des préliminaires. En fait, ce sont des choses simples qui sont magnifiées à leur juste valeur.

Il y a le pendant de « La danse couchée », c’est « Pas ce soir ». Là vous abordez le refus du sexe par la femme et le dépit de l’homme qui s’en suit…

C’est la femme qui ne veut pas se donner, mais aussi l’homme. Ce n’est pas une réponse à la réaction féminine, c’est une conséquence. Je pense qu’elle peut s’appliquer à une bonne partie des relations hommes femmes aujourd’hui. Le sexe a longtemps été vu comme une arme, comme un objet de conviction, un pouvoir et je trouve que c’était déplacer le sujet que de le présenter comme ça. Dans cette chanson, je tente de démystifier ce rapport au charnel qui en fait aujourd’hui, correspond plus à un idéal à une sorte de fantasme.

« Le sucre pimenté », c’est presque un egotrip. Vous dites, un peu, « méfiez-vous de l’eau qui dort… je suis là et je vous explose tous ».

J’ai l’habitude dans mes albums d’avoir un morceau de rap traditionnel avec le beat de référence, avec un ego trip où j’affirme que je suis le meilleur rappeur de l’univers et c’est quelque chose que tous les rappeurs font au début pour s’imposer. Ces morceaux me permettent de me raccrocher à la base, peu importe le voyage que j’effectue. Le sucre pimenté, c’est un ego trip, mais en même temps, une sorte de peinture de la diversité dans ses extrêmes.

C’est aussi pour dire que vous êtes encore un rappeur sur lequel il faut compter ?

Je n’ai pas besoin de le rappeler, puisque j’ai fini d’avoir quelque chose à prouver, mais néanmoins, c’est toujours bon de le rappeler.

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31 mars 2012

Dominique A : interview pour "Vers les lueurs"

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(Photo: Julien Mignot)

Voici une rencontre que j’attendais depuis longtemps (même si ce n’était pas ma première avec lui). Dominique A est un maître de la belle chanson française. Beaucoup de jeunes artistes se revendiquent de lui. Il le sait, mais reste humble et détaché par rapport à l’image qu’il véhicule. Fausse ou vraie, cette interview réalisée à l’occasion de la sortie de son nouvel album Vers les lueurs était un bon prétexte pour revenir sur sa réputation et sur son œuvre en général… 

Le 13 mars dernier, nous nous retrouvons en tête à tête dans un bureau de son label (Cinq7). Voici l’interview publiée dans ActuFnac daté du mois d’avril 2012 (dans les magasins FNAC à partir de lundi).

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Voici un avant goût de Vers les lueurs, le premier clip tiré de cet album : "Rendez-nous la lumière".

Un autre extrait de l'album, mais en live... "Par les lueurs".

Bonus mandorien : Avec Dominique A, on a aussi parlé littérature…

Vous n’êtes pas sans savoir que j’anime depuis 3 ans le Salon du Livre de Provins, grâce à David Sottiez et l’association Encres Vives qui me réitèrent leur confiance chaque année. Ce même David a convié l'année dernière Dominique A à chanter à Provins, ville dont il est originaire. Pour l’artiste, c’était un moment unique et troublant… qui lui a donné envie d’écrire un livre. Explications.

Vous sortez  bientôt un livre de souvenirs, principalement lié à votre enfance…  à Provins (en Seine-et-Marne).

Oui, j’ai écrit sur mon rapport à Provins. Un rapport que je qualifierais d’ambivalent. Je n’aurais pas écrit ce livre s’il n’y avait pas eu un problème.

Vous avez eu envie d’écrire ce livre, quand l’année dernière, vous êtes venue à Provins chanter à l’initiative de David Sottiez dans le cadre du festival Encre Vives.

Oui, et cette journée est devenue la dernière partie du livre. Plusieurs fois, je suis revenu à Provins parce qu’il y a quelque chose qui m’attire et en même temps qui me révulse dans la ville et ses environs. Ce que la ville dégage. Cette espèce de solitude, ce truc qui tire vers le bas. Ces vieilles pierres, cette humidité antique. En même temps, j’ai l’impression que cette ambiance correspond à mon état d’esprit vraiment.

Vous vous êtes, je crois, beaucoup interrogé...

Des interrogations sur : Dans quelle mesure un lieu vous modèle ? Quel effet miroir ou non ? Et ce jour-là, le fait de revenir là-bas pour chanter certaines chansons qui étaient en rapport avec Provins, voir la réaction des gens, je vous assure que j’appréhendais beaucoup. Je me suis aperçu que certaines idées que j’avais préconçues sur moi et sur la ville étaient faussées. Cette journée m’a permis de me rendre compte que j’étais dans l’erreur. À la fin, du livre, je suis dans les rues de la ville et je raconte ce que je ressens, ce que je vois et ce que j’en retire. C’est un portrait de la ville peu engageant et, du coup, je ne suis pas sûr que les Provinois apprécieront particulièrement. Je ne pense pas que l’office du tourisme de Provins mettra en avant ce livre. Après je serais ravi de revoir David pour en parler et participer éventuellement au Salon du Livre de l’année prochaine. Il faut voir…

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Avec Dominique A, dans les locaux de sa maison de disque, Cinq7 le 13 mars 2012.

30 mars 2012

Revolver : interview pour "Let Go"

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Le 12 mars dernier, je me suis rendu dans les locaux d’EMI, afin d’aller interviewer les 3 membres du groupe Revolver.  J’aime bien musicalement et humainement ces jeunes hommes particulièrement matures et talentueux. Voici le fruit de notre conversation pour ActuFnac (daté du mois d’avril 2012 et dans les FNAC à partir de lundi).

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Pendant l'interview...

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Après l'interview, avec la participation amicale et discrète de David Robert Jones.

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Pour finir, le premier clip de Revolver tiré de ce deuxième album, Wind Song.

16 mars 2012

Rover : interview d'une future star mondiale !

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Le titre de cette chronique est un brin exagéré et provocateur, mais bon, je ne suis pas loin de le penser. Ce serait, en tout cas, assez logique étant donné le talent immense de la personne concernée…

Le 5 mars dernier, j’ai reçu le très charismatique Rover à MusiqueMag pour une session acoustique et pour une interview. J’ai eu un vrai gros coup de cœur pour son premier et magnifique album. Ses compositions et sa voix m’ont bluffé au plus haut point. Comme très rarement, en fait. J’avais écrit dans le FNAC ACTU daté du mois février 2012 un article pour le moins dithyrambique sur la sortie de son EP. À lire pour comprendre un peu mieux le personnage.

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Les deux sessions acoustiques...

 
Une belle session dans la jungle de MusiqueMag...

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rover,interview,actufnac,mandorInterview :

Vous venez de nous interpréter deux titres en acoustique. Je vous sens habité quand vous chantez…

C’est la première fois que l’on me le fait remarquer, mais personnellement, je sais que c’est indispensable pour interpréter les morceaux de Rover. Inconsciemment, je suis obligé de rentrer dans une émotion qui est la plus vraie possible. Les morceaux ont été écrits avec une émotion assez forte qui j’espère est ressentie à leur écoute. Le plus facile pour bien chanter une chanson, c’est de savoir et comprendre ce qu’on est en train de chanter, pourquoi on a écrit ces paroles et s’appuyer là-dessus. Je fais comme un acteur qui joue son texte au théâtre. Je prends donc votre réflexion comme un compliment.  J’ai une tendance à avoir une relation amoureuse avec la musique. Je la consomme et je la joue de façon passionnelle. J’essaie d’être le plus « dedans » et le plus « avec ».

Il y a des influences évidentes quand on vous entend, Bowie et les Beach Boys par exemple, et pourtant, vous avez votre propre style… c’est difficile de se détacher des gens qu’on a beaucoup écoutés ?

Oui, pour être franc, c’est difficile évidemment. Je suis absolument certain qu’il ne faut jamais renier ses influences, les disques avec lesquels on a grandi… Il faut bien assimiler ses influences, les assimiler, bien les passer dans son filtre. Il faut s’appuyer sur leur travail prémâché et parvenir à mettre ses propres émotions, sa patte, à travers les clés qu’ils nous donnent. Ce sont des alliés, pas des concurrents.  David Bowie en fait partie et c’est un nom qui revient très souvent quand on parle de ma voix. C’est très flatteur, du moins si cela fait écho à la première période de son travail, dont je grand fan. Il fait partie des 5 grands song writers de ses 50 dernières années, alors j’accepte volontiers cette remarque élogieuse.

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rover,interview,actufnac,mandorVous venez d’un groupe punk rock. J’ai remarqué que les artistes qui viennent de ce genre musical  ont besoin d’apaisement et ont tendance à avoir en solo un répertoire calme.  

C’est drôle comme réflexion. Je n’y avais jamais songé, mais c’est fort possible. Les rockeurs sont souvent des gens très doux, tout comme les balèzes, les gens très forts et très grands… en fait, s’ils font peur au premier abord, ils sont très sensibles. Un rockeur, c’est un song writer qui crie juste un peu plus fort pour qu’on l’entende. Moi, je ne fais pas une grande différence entre les catégories de chansons, entre un chanteur de folk, un rockeur ou un rappeur. Ce sont juste des habillages qu’on utilise qui diffère. Que ce soient les influences, les outils, les instruments ou les codes vestimentaires,  tout ça permet de faire passer son message. Mais au fond, peut être que vous avez raison, il y a ce sentiment de prendre une retraite après le rock…

Vous venez parler de message. Quel est le vôtre ?

Il y a une thématique qui rejoint le ressenti que j’ai au moment d’écrire des chansons. Quand je vis mon quotidien, c’est ce temps qui passe. La musique, c’est la raison n° 1 qui me donne la foi au quotidien, pour écrire une chanson, pour prendre ma guitare ou me mettre au piano… j’essaie d’avoir un peu d’emprise sur le temps qui passe, je crois que c’est ce qu’il y a de plus dur à notre époque. Tout est chronométré dans la vie, la musique me permet de me mettre dans une bulle intime ou je peux suspendre le temps. Ce n’est pas une volonté de ne pas vieillir, c’est juste ne pas en être le témoin chaque minute qui passe.

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Quand vous créez, vous êtes un solitaire ?

Plus on met d’éléments, plus ça peut devenir des pollutions potentielles. On est toujours diverti de l’essentiel quand on est plusieurs. La solitude à cela de fantastique qu’on est en relation qu’avec soi même et on apprend à se connaître, du coup, on en sort enrichi.

Quand vous êtes sur scène, vous avez des musiciens. C’est facile pour vous de donner votre musique à d’autres personnes. Les musiciens doivent s’accaparer votre musique.

Non, ce n’est pas facile. Les musiciens qui composent l’équipe qui m’accompagne sur scène sont des gens humains, brillants, fins et intelligents. Ils ont tout de suite compris l’ambiance de l’album et ils ont su se l’approprier avec respect tout en injectant leur « touch ».

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rover,interview,actufnac,mandorPour un musicien, c’est dur de jouer du Rover ?

A mon avis oui. C’est un projet tellement personnel et je suis tellement exigeant avec moi-même au moment d’écrire et d’interpréter les morceaux que je le suis forcément avec les autres. Dans mon répertoire, il  y a une zone de sensibilité très fragile. L’émotion peut très vite devenir pathétique si elle est prise à la légère. Il n’y a rien de pire que de jouer avec les émotions. Il faut qu’elles soient pures, blanches, dans le sens translucides, et sans maquillage. C’est ce que j’aime en musique, c’est ce que j’aime en peinture et chez les gens en général.

Vous venez de parler de peinture. Vous dites qu’elle vous inspire souvent.

Au-delà du support artistique, c’est une façon d’aborder son travail. Je ne suis pas un grand historien de la peinture. Je découvre des toiles, des peintres, mais ce sont les  peintres romantiques du début du 20e siècle qui me fascinent le plus. La peinture, c’est comme la musique, il y a quelque chose d’impossible à toucher idéalement. Quand on y arrive, on se rend compte qu’il faut s’y remettre le lendemain. 

Vous sentez qu’il se passe des choses autour de vous en ce moment ?

Indéniablement. Je perçois une vraie réception des gens qui ont acheté le disque et qui écoutent. C’est toujours angoissant parce que c’est une musique très personnelle. J’ai voulu un disque vrai, sans fioritures et qui ne suit pas les modes. Voir cet engouement autour de lui et de moi, ça me touche réellement.

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Pour finir voici son premier clip officiel...

12 septembre 2011

Delphine de Vigan : interview de la lauréate du Prix du roman FNAC 2011

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Rien ne s’oppose à la nuit est un véritable choc. Je l’avais lu pour le chroniquer dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc. L’idée de la rencontrer m’avait traversé l’esprit… parce que je trouvais dans son livre beaucoup de résonances.

Beaucoup.

Du coup, lorsque j’ai appris que je devais l'interviewer pour ActuFNAC parce qu’elle était la lauréate du Prix du roman FNAC, je me suis dit que : "quand même, la vie..." (ce qui, certes, n'est pas une réflexion d'un grand intérêt, mais on ne choisit pas ce que l'on pense.)

Nous nous sommes donnés rendez-vous le 30 août dernier dans un bar parisien.

Elle m’avait dit 15h, j’ai noté 15h30.

Bien joué!

Je débarque donc avec une demi-heure de retard. Delphine de Vigan, tout sourire, ne m’en a pas tenu rigueur…  (le paradoxe de l'histoire, c'est que je suis arrivé à l'heure prévue, mais m'estimant en avance, j'ai lu sur un banc jusqu'à ce que l'auteure m'appelle pour me demander, avec diplomatie, si j'arrivais bientôt. Être là, mais ne pas l'être, telle est la question.)

L’entretien a duré une heure. En voici la substantifique moelle pour le journal de la FNAC (et un peu plus pour ce blog).

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delphine de vigan,rien ne s'oppose à la nuit,interview,prix du roman fnac 2011Le bonus mandorien (ce que vous ne lirez pas dans ActuFNAC...):

Rien ne s’oppose à la nuit est un livre qui parle à tout le monde.

J’ai l’impression. C’est toujours la question que je me pose quand j’écris. Qui ça va intéresser à part moi ? C’est ma deuxième expérience d’écriture un peu personnelle. On se pose davantage la question dans ce cas que quand on écrit de la fiction. Avec les retours que j’ai sur ce livre, je me rends compte que les thèmes que j’évoque à des degrés divers sont assez universels et trouvent des échos.

Le seul proche que vous n’avez pas interviewé, c’est votre père…

Ça n’était pas possible d’interviewer mon père pour des raisons personnelles. En tout cas, j’ai estimé qu’il ne pouvait pas apporter un regard objectif sur ma mère. Et puis, malgré tout, par loyauté pour lui, je n’ai pas voulu non plus interroger les autres hommes qui ont traversé la vie de ma mère. Si sa vie d’épouse m’aurait intéressée, celle d’amante, pas du tout. Ce n’est pas quelque chose que j’aurais pu traiter.

Il n’y a aucune révélation de ce qu’il se passait quand vous alliez chez votre père, les relations que vous aviez avec lui… vous écrivez juste que ce n’était pas facile, mais sans en expliquer les raisons.

C’est le livre dans le livre. C’est le livre qui ne pouvait pas s’écrire. S’il reste un non-dit, c’est celui-là. Il est de taille, je vous l’accorde, mais je ne pouvais pas l’écrire.

Je n’ai pas beaucoup vu le bonheur familial dans ce livre, plutôt le désastre et le gâchis.

Pour ce livre, les gens sont plus ou mois sensibles à la lumière qu’ils y trouvent. Certains m’ont dit avoir vraiment ri, reconnu des choses de leur propre famille… et j’aime à dire que c’est un livre lumineux parce qu’il est question de famille, mais aussi d’amour. Parce qu’il y a de l’amour dans tout ça !

Parlons de Liane et Georges, les parents de Lucile.

Liane est avant tout une femme de sa génération. Elle a connu l’époque ou une femme n’avait pas le droit d’avoir un compte en banque et pas le droit de vote. Il y a ça aussi dans son histoire. Ma grand-mère avait une très forte personnalité, très forte à sa manière. C’est tout ce paradoxe qu’elle abrite. Elle a su et dû encaisser la mort répétée de certains de ses enfants, mais elle a su garder une vitalité, une gaité, une énergie absolument inattaquable.

Vous avez plus de mal à parler de son mari, Georges. Vous écrivez des choses dont on ne peut pas parler ici, ce serait dévoiler un peu trop l’histoire.

Ma position sur la relation qu’a eue Lucile avec son père entre de manière négative dans sa construction psychique. Ce n’est pas la seule raison. C’est aussi perdre 3 frères. Elle n’a pas bien vécu toute une succession d’évènements malheureux.

Vous vous êtes peut-être délestée d’un poids, mais j’imagine que votre famille aussi se sent plus « légère »… 

C’est difficile pour moi d’en parler parce que je pense que c’est à double tranchant. Je suis tentée de vous dire que, oui, ce livre était nécessaire, que ça remue les choses, en même temps, je ne peux pas nier que c’est compliqué pour eux. Entendre les commentaires que mon livre suscite, ce ne doit pas être évident. Les membres de ma famille font preuve de beaucoup d’intelligence en se disant : « on va y arriver, il faut faire avec ». Ils m’ont même demandé de leur faire savoir ce qu’il se passait autour du livre. Je ne peux que les remercier d’appréhender tout ça de la manière dont ils le font.

A un moment, avez-vous senti le besoin d’abandonner le projet ?

Oui, j’ai eu quelques moments de découragements. C’est surtout quand je me suis rendu compte à quel point je le payais physiquement. J’ai eu mal au cou, mal au dos… Je le décris dans le livre, j’espère avec humour. À un moment, je me suis demandé si j’allais y laisser ma peau.

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Vous demandez vous comment vous êtes sortie de ce contexte/passé difficile ?

La seule raison qui fait que mes frères et sœurs s’en sont sortis, c’est qu’il y avait beaucoup d’amour entre nous. J’ai été quelqu’un d’aimé et c’est la base de tout développement et de tout équilibre. Concernant ma mère, j’ai l’intime conviction qu’elle nous aimait et que nous étions sa raison de vivre. C’est amour-là était parfois maladroit, parfois douloureux, parfois dangereux, mais c’était de l’amour.

Vous avez écrit ce roman aussi pour vos enfants ?

Oui, aussi. Ça fait partie des moteurs qui m’ont permis d’aller au bout. Je suis très heureuse que ce livre existe pour mes enfants. Même si les deux ne l’ont pas lu, c’est déjà un support de dialogue assez important. Ils ont 13 et 16 ans. Ma fille de 16 ans ne veut pas encore le lire, mais je sais qu’elle n’ignore rien de ce qu’il y a à l’intérieur. Je pense qu’elle perçoit très bien le potentiel de bouleversement que ça peut entraîner pour elle.

Et votre sœur ?

C’était la seule personne qui aurait pu m’arrêter, c’est d’ailleurs la seule personne qui a lu le manuscrit. Elle m’a demandé quelques tout petits changements sur des choses qui l’ont heurté, ce que j’ai fait. Je me sens extrêmement liée à elle. S’il est question dans ce livre de ma souffrance, je voulais qu’il soit aussi question de la sienne. Elle a été complètement solidaire de ce projet depuis le début.

La structure narrative de l’histoire, on y pense qu’on écrit une histoire si forte ?

On y pense tout le temps. Il ne fallait pas que cela devienne juste une confession intime. Pourquoi je passe de la première à la troisième personne… tout cela est volontaire et étudié. J’ai travaillé ce livre de manière obsessionnelle et j’ai eu beaucoup de mal à le lâcher. La langue que j’ai trouvée pour écrire ce livre-là, elle est au maximum de ce que je peux en faire. C’est un système qui se met en place pour chaque livre, qui a son propre vocabulaire, son propre rythme. Moi, je suis convaincue que l’on progresse en écrivant.

Avec la promo de ce livre qui vous attend, vous n’avez pas peur de saturer ?

Si, franchement, j’ai peur que ça devienne très lourd pour moi. Je viens de rentrer de vacances, je vous avoue que ce week-end, j’ai eu un moment de panique. J’ai parfois le sentiment, que je ne vais pas y arriver.

Vous êtes déjà sur le prochain livre ?

Je n’enchaîne jamais l’écriture de deux livres. Ça m’est absolument impossible. J’ai besoin de temps de jachère, de reconstruction entre deux romans. Après l’écriture de ce livre, je n’envisage rien. Je laisse passer un peu de temps avant d’attaquer d’autres projets, peut-être un peu plus légers. Je suis d’ailleurs en train d’écrire une comédie pour le cinéma. J’espère que le projet ira jusqu’au bout.

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Merci à Delphine de Vigan d'avoir le joué le jeu... avec gentillesse.

Ici, après l'entretien, le 30 août 2011, aux "3 Passages".

10 septembre 2011

dEUS: interview pour Keep You Close

Pour le magazine ActuFNAC daté du mois de septembre 2011, j’ai interviewé le groupe dEUS. Impossible de les rencontrer à Paris, ils ne sont pas encore en promo. J’ai donc fait ce que je n’aime pas faire, interviewer un artiste par téléphone.

Bon, là, pas le choix. C’est urgent !

Voilà ce qu’à donné mon coup de fil en Belgique au leader et chanteur du groupe, Tom Barman…

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