21 novembre 2014

Raùl Paz : interview pour la sortie de Ven Ven

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(Photo : Christophe Berlet)

Raul Paz s’est toujours senti affranchi. C’est cela qui l’avait poussé à quitter son pays, à l’âge de 24 ans, pour le Brésil, d’abord, l’Uruguay, puis la France. Cela aussi qui lui a permis d’éviter tous les clichés, d’ouvrir une voie musicale sans complexe. Peu de jeunes musiciens cubains ont réussi à séduire un aussi large public : en France, Raul Paz a vendu 200 000 disques, et 300 000 à l’international. Il a atteint un niveau de célébrité à l'international auquel peu de jeunes musiciens cubains osent imaginer accéder un jour, et ce n'est certainement pas grâce à du marketing bien ficelé. Je suis allé à sa rencontre le 13 novembre dernier dans un bar de Cuba... euh... non, dans un bar parisien. Pardon.

raul paz,ven ven,interview,mandorCourte biographie :

Après 200.000 albums vendus en France, et 4 ans d'absence, Raul Paz revient en force avec son dixième album studio, Ven Ven. Enregistré à Cuba avec une section de cuivres, puis mixé à Paris par Florent Livet (Phoenix, Bloc Party, Elephanz, Coeur de Pirate...).

Raùl Paz a toujours voulu s'éloigner des clichés de la musique cubaine, et il a su plonger ses racines dans un bain décapant de musiques urbaines, rap, dub, reggae, funk, créant une musique métissée, chaleureuse et originale. Son authenticité, sa vitalité, sa voix exceptionnelle et le choix de musiciens servant impeccablement sa musique font de chaque concert de Raul Paz un événement. C'est ce qui lui a permis au fil des années et de ses cinq précédents albums de se créer un public fidèle et de plus en plus nombreux.

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raul paz,ven ven,interview,mandorInterview :

Vous venez de sortir votre 10e album… ça devient une belle carrière, non ?

Ce qui est amusant, c’est que l’on commence le métier en se disant que l’on fait un album et tout s’enchaîne rapidement. On ne voit pas le temps passer, mais on travaille, on sort des disques et la vie passe à une allure folle. Là, je viens d’ailleurs de finir mon nouveau disque.

Vous êtes cubain, mais vous avez la volonté de montrer que la musique de votre pays a évolué, s’est modernisée. Est-ce que vous trouviez la musique cubaine « désuète » ?

L’idée n’est pas de montrer que je ne fais pas une musique cubaine, mais qu’au contraire, elle est très cubaine, mais très cubaine d’aujourd’hui. Pour moi, c’est un combat qui est presque politique. La seule façon que mon pays sorte de ce sommeil éternel artistique, qu’on a depuis 50 ans, c’est en démontrant au monde entier qu’on existe dans le monde actuel. Nous ne sommes pas figés dans les années 50 même si nous sommes fiers de cette musique. Personnellement, j’ai besoin de dire autre chose et de manière différente.

Clip de "Ven Ven".

Vous appartenez à un petit groupe d’artistes qui habitait à l’étranger et qui a eu envie deraul paz,ven ven,interview,mandor rentrer à Cuba à  partir de 2005.

Oui et ce groupe s’appelle comme mon album précédent, Havanization. Ce sont des artistes de l’art plastique, du théâtre et de la musique qui sont revenus à Cuba pour tenter d’ouvrir des portes. On commence à avoir les armes pour dire « Ok ! Je peux garder des choses, mais j’ai mon mot à dire. »

C'est l’état Cubain qui est venu vous chercher pour que vous reveniez habiter à Cuba.

Il y a à Cuba une nouvelle génération de politiciens qui tente de moderniser l’art. Ils sont nés avec la révolution, mais ils savent qu’ils ont fait des conneries. Ils ont jeté tout le monde, il faut maintenant en récupérer certains.

Vous n’avez pas eu l’impression de vous faire récupérer par l’état cubain?

Je me suis posé la question. Mais après réflexion, je me suis demandé si moi aussi, je pouvais récupérer quelque chose en étant là-bas, ou, au moins, apporter quelque chose à mon pays. Je me suis senti des responsabilités civiques à donner l’exemple.

Teaser de "Chiquita".

raul paz,ven ven,interview,mandorC’était important de revenir à Cuba pour vous ?

Oui, mais j’avais peur. Très vite, j’ai senti que les gens comprenaient ce que je voulais faire et surtout qu’ils l’acceptaient. Je ne nie pas la tradition et je ne veux surtout pas tuer la musique cubaine. De toute façon, Cuba est un carrefour d’influences.

Votre musique était déjà rentrée clandestinement à Cuba.

Et on me disait que j’étais le symbole de la modernité. Ma musique est aussi bien influencée par la musique cubaine que par la musique européenne. Je voulais montrer que notre musique était autre chose qu’une carte postale.

Entre temps, vous êtes devenu français.

Ça m’a enlevé tous mes complexes. La France m’a accueilli, je suis français, maintenant j’appartiens à ce monde-là. J’en ai fini avec la nostalgie basique.

Vous vous sentez français ?

Oui. Comme vous, j’ai une soif illimitée de liberté. Je peux désormais dire ce que je crois et ce que je pense.

Teaser "Nadie Sabe".

Pour cet album Ven Ven, vous avez écrit 40 chansons pour n’en retenir qu’une dizaine… raul paz,ven ven,interview,mandorvous êtes très productif.

Pour moi, il y a deux mondes. Celui du spectacle et celui de la création. Je compose pour moi et pour plein d’autres artistes. A Cuba, je viens de terminer un album qui est la bande originale d’une télénovela. Toutes les chansons sont de moi, mais sont interprétées par d’autres artistes. J’adore écrire pour les autres. Ici, j’ai écrit pour Florent Pagny par exemple. J’écris surtout pour des artistes espagnols et bien sûr des artistes cubains aussi.

Avez-vous peur que cela s’arrête ?

Honnêtement, je ne vois pas comment cela pourrait s’arrêter. Je compose de plus en plus. Je vais faire la mise en scène de la Traviata. Je dirige un festival dédié à la francophonie à Cuba. On me propose plein de projets, je n’arrive pas à tous les accepter. Non, vraiment, tout va bien dans ma vie.

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Après l'interview, le 13 novembre 2014 dans un bar parisien.

17 novembre 2014

Agnès Abécassis : interview pour Assortiment de friandises pour l'esprit...

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1966698_10152791176762520_1426005831302040187_n.jpgAssortiment de friandises pour l’esprit ou l’art de positiver au quotidien est une arme anti-morosité signée de la romancière et scénariste Agnès Abécassis. Elle offre là à ses lecteurs un objet littéraire non identifié, entre vade-mecum zen et traité sur le bonheur, avec en fin de chaque chapitre des exercices qui font appel à nos sens et à notre créativité. Un ouvrage bourré d’humour, cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année.

C’est toujours un réel plaisir de passer un peu de temps avec Agnès Abécassis (déjà mandorisées là). Cette fois-ci, je suis allé à sa rencontre pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de Noël 2014) pour évoquer la sortie du livre cité plus haut et la réédition en version poche spéciale Noël de son plus grand succès, Les tribulations d'une jeune divorcée.

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10658874_10152791121727520_2581570188185422076_o.jpgBonus mandorien :

En France, vous êtes la seule romancière qui publie aussi des bandes dessinées. 

Je ne sais pas si je suis la seule romancière à faire cela… je sais juste que je réalise un rêve d’enfance. Quand j’étais petite, mes proches pensaient tous que j’allais faire du dessin mon métier. Ils ont donc été étonnés de voir qu’en fait, je m’épanouissais dans l’écriture. Ceci étant, quand on m’a proposé de réaliser ma première bande dessinée, j’ai sauté sur l’occasion. Et puis c’est tellement agréable de passer d’un univers à un autre.

Vous vendez beaucoup de livres et vous êtes réputée dans votre domaine. Êtes-vous contente de votre sort littéraire ?

Je crois qu’on est content de son sort quand on prend le temps de se retourner sur son parcours. Moi, pour l’instant, j’ai plutôt la tête dans le guidon ! A chaque sortie d’un nouveau livre, j’ai l’impression que c’est la première fois. Je travaille toujours l’angoisse chevillée au corps. Je suis en permanence poussée par mon envie de bien faire. C’est mon moteur à moi.

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16 novembre 2014

La Maison Tellier : interview d'Helmut Tellier pour Beauté partout

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(Photo : François Berthier)

Que de chemin parcouru depuis la sortie de Beauté pour tous en octobre 2013 pour La Maison Tellier ! Un album unanimement salué par la critique (3 singles playlistés par France Inter, Radio Nova, 4 Clefs Télérama,…), des prestations scéniques remarquées en : France, Etats Unis, Angleterre, Quebec, Belgique et Suisse.

Si vous avez adoré cet album, découvrez maintenant la magie qu'ils dégagent en concert avec Beauté Partout, leur album live. A l'occasion de cette sortie, Beauté pour tous est également réédité en édition deluxe 2 cd (Studio + Live).

Le 8 octobre dernier, Helmut Tellier, le cofondateur et chanteur de la formation normande, est passé me voir à l’agence pour évoquer leur 10 ans de carrière et cet album live… majestueux !

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Argumentaire officiel (écourté) à l’occasion de la sortie de Beauté pour tous:

Lorsqu’en 2010, la Maison Tellier revient pour L’Art De La Fugue, un troisième album en forme d’ode au voyage et à l’errance, on entendait déjà le vent souffler dans les plaines poussiéreuses et le train siffler trois fois tout au loin. Se rappelaient aussi à notre bon souvenir, leurs deux premiers disques (La Maison Tellier et Second Souffle, enregistrés pratiquement à la suite en 2006 et 2007) qui étaient parvenus à réunir les fans de Neil Young, Calexico, Moriarty et les amateurs d’un certain rock français élégant (pensez Dominique A ou Alain Bashung).

la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorLorsqu’il est question de retourner en studio pour un quatrième opus, Helmut et Raoul Tellier veulent insuffler une nouvelle dynamique à leur musique. Pour la première fois, les deux songwriters écrivent toutes les chansons de l’album ensemble… et en langue française. Exit le chant en Anglais, donc. C’est aussi un moyen se défaire un peu de l’étiquette de cowboy acoustique accolée au groupe depuis ses débuts.

Beauté Pour Tous est à nouveau un récit de voyage. Un voyage dans le temps. Un voyage extraordinaire inspiré de steampunk, des films de Georges Meliès, des illustrations d’Alphonse de Neville et d’Edouard Riou (L’Exposition Universelle) ou par Octave Mirbeau (Prison D’Eden).

Malgré sa grâce et son gout pour le verbe délicat, Beauté Pour Tous est un mélange de saveurs vintage et de textures modernes, de pop et de rock, de Vieux Continent et de Nouveau Monde.

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la maison tellier,helmut tellier,beauté pour tous,beauté partout,interview,mandorInterview :

10 ans de carrière… l’heure des bilans a sonné ?

Je ne regarde jamais en arrière. Avec les autres membres du groupe, on se connait vraiment bien et nous savons aller plus vite à l’essentiel quand nous travaillons des nouvelles chansons ou un live. Franchement, j’ai l’impression que tout est allé vite, d’autant que c’est une suite de hasards qui a fait que l’on s’est retrouvé musicien. Nous n’étions pas partis pour devenir ce que nous sommes devenus.

Racontez-nous ce hasard-là.

Avec Raoul, le guitariste avec lequel j’ai fondé le groupe, on était déjà dans la vingtaine bien entamée. Nous avions allégrement commencé des vies de fonctionnaires bien ennuyeuses. Sans le savoir, lui et moi, nous avions ce rêve-là en nous. Lui était un guitariste chevronné qui jouait dans son coin et moi, j’avais très envie d’écrire des chansons. Tout seul, je ne parvenais pas à me dépatouiller. Il est arrivé et il a mis sa patte et de l’ordre dans mon travail. Nous avons fini par faire des petits concerts dans notre ville, Rouen. Un jour, on est tombé sur un promoteur, un gars qui avait un label et une boite d’édition. Il nous a proposé de faire un disque. Ensuite, tout est allé très vite sans que nous l’ayons voulu et sans que l’on y croie particulièrement.

Considérez-vous comme une chance d’être présent dans le monde de la musique et de sortir des disques depuis 10 ans ?

On n’a jamais réfléchi de manière globale. Ce qui est fait est fait. Il y a plein de choses qu'on aimerait modifier sur les disques qu’on a déjà sortis. Aujourd’hui nous sommes tournés vers l’avenir parce que nous voulons faire perdurer notre carrière. On n’a pas du tout envie de revenir à nos vies d’avant. C’est pour cela que l’on veut continuer à enregistrer des disques et qu’ils soient les meilleurs possible.

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Vous avez une très bonne réputation dans le métier et un public qui vous suit depuis le début, mais vous n’êtes pas encore reconnus par un large public.

C’est cliché de dire cela, mais avoir un public fidèle, que l’on croise au fil des concerts, c’est déjà quelque chose de très important pour nous. Me dire que l’on fait partie de la vie de certaines personnes, c’est un truc qui me touche vraiment.

Vous n’avez pas d’ambition de starification, j’ai l’impression.

On est dans une période où l’on se dit que l’on va essayer de rendre nos chansons plus « populaires » avec de gros guillemets, pour toucher plus de monde et continuer à vivre de notre musique. On ne se contente plus de faire de la musique uniquement pour nous.

Faire des chansons qui vous plaisent et qui plaisent aussi au public. Trouver un juste compromis… Est-ce que vous pensez à cela quand vous écrivez des chansons ?

Avec le temps, de plus en plus. On se rend compte qu’il peut y avoir des petites choses qui peuvent faciliter le lien entre nous et le public. Sur le dernier album, Beauté pour tous, nous avons travaillé avec un mixeur renommé qui excelle en la matière. Il sait créer un son qui peut intéresser les radios, sans dénaturer notre travail. C’est un équilibre subtil à trouver. Aujourd’hui, passer en radio est une question de survie. Nous sommes en quête du tube ultime, un titre qui soit exigeant pour nous et qui pourrait plaire à beaucoup de monde. Dans notre dernier album, Beauté pour tous, la chanson « Sur un volcan », nous a permis d’accéder à un public un peu plus large. Il y a des gens qui sont venus à nous par le biais de cette chanson-là et qui y sont restés.

Clip de "Sur un volcan".

Je trouve votre musique addictive. Quand on commence à l’écouter, on a du mal à s’en extirper.

Merci de le dire. Il y a dans le groupe des maniaques de la composition. Les arrangements sont pas mal travaillés, de ce point de vue-là, peut-être y trouvez vous quelque chose.

Vous-même, je trouve que vous avez évolué dans votre façon d’écrire.

Au début, j’avais tendance à écrire des petites histoires, des mini scénarios. Je me suis rendu compte que ce sont des chansons qui s’épuisent assez vite. Aujourd’hui, j’essaie de trouver l’équilibre entre ça et des chansons un peu plus ésotériques, ce que je ne sais pas encore bien maîtriser. J’aime beaucoup Murat, mais parfois, je reste un peu sur ma faim. Pour moi, ses paroles sont trop poétiques.

C’est amusant que vous me disiez ça parce que je l’ai interviewé récemment pour son dernier album, Babel. Quand je lui ai dit que l’on ne comprenait pas toujours le sens de ses chansons, il m'a répondu que ça lui était complètement égal.

C’est une très bonne attitude de sa part. Il fait ce qu’il veut parce que c’est un vrai poète.

Murat écrit beaucoup. Et vous ?

Je n’écris pas beaucoup. Je suis un besogneux. Je n’arrive pas à écrire dix chansons pour en avoir une. Si le groupe et moi pensons que nous sommes dans la bonne direction dans une chanson, je vais passer beaucoup de temps dessus en essayant de la peaufiner au maximum.

Clip de "Un bon français".

J’aimerais revenir sur le nom du groupe, La Maison Tellier. J’ai l’impression que vous aimez jouer avec le public. Vous avez longtemps fait croire que les autres musiciens étaient vos frères. Ils s’appellent tous Tellier.

Inconsciemment, on a considéré au début que c’était bien de créer un truc un peu mystérieux. C’était aussi une manière de ne pas nous mettre en avant directement. Nous sommes des garçons plutôt réservés. Pour nous, c'était un déguisement, un masque. Les gens pensaient que nous étions frères et nous n’avons jamais démenti parce que, La Maison Tellier, c’est comme une entreprise familiale.

Encore aujourd’hui, je sais que des gens y croient ?

Oui, et ça devient un peu embarrassant parce que cela fait des années que l’on s’amuse avec ça. Nous sentons bien que beaucoup ont envie de croire que nous sommes cinq frangins. Je finis par répondre que nous sommes des frères de sons, des frères qui se sont choisis. Peut-être que le prochain album s’appellera Faux frères et que l’on fera tomber les masques une bonne fois pour toute.

La question qui tue : quel est le style de votre musique ?

J’aime bien dire que nous faisons de la variété. Ce terme est devenu galvaudé, mais ce qui est un fait chez nous, c’est que nos influences sont variées. Je sais que l’on traîne la réputation d’être un groupe de folk. Cela dit, on l’a bien cherché (rires). Aujourd’hui, nous avons l’ambition d’approcher le travail de Bashung qui était à la fois exigeant et populaire et qui a mis du temps à y arriver. C’est un vrai exemple pour nous.

Teaser Beauté partout.

Pourquoi sortir un live ?

Très sincèrement, c’est AT(h)OME qui nous l’a proposé. Nous, nous y sommes allés à reculons parce que nous ne voyions pas l’intérêt de la chose. Personnellement, dans ma discographie, je n’ai pas de disque en concert, je ne suis pas très amateur de cela. On doit au label d’avoir insisté et de nous avoir donné les moyens de faire le meilleur album live possible. A l’arrivée, on est super content du résultat. Je pense que ce disque peut intéresser au moins ceux qui nous suivent depuis le début. Nos chansons en ressortent plus énergiques et reflètent plutôt bien notre travail.

Il y a principalement les chansons de Beauté pour tous.

Oui, et deux ou trois chansons de l’album précédent, L’art de la fugue, ainsi que deux inédits. Dans la prochaine tournée, on fera plus une rétrospective de notre carrière. Nous piocherons dans la cinquantaine de morceaux enregistrés.

Avez-vous le sentiment d’avoir progressé depuis 2004 ?

J’espère. En tout cas, au niveau de ma voix, j’ai enfin l’impression de l’avoir trouvé. Au début, je chantais plus instinctivement, aujourd’hui, c’est plus « maîtrisé ».

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Avec Helmut Tellier, le 8 octobre 2014.

14 novembre 2014

Didier Wampas : interview pour Platine "mon rapport avec la variété!"

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didier wampas,platine,variété,interview,mandor,les wampas font la gueuleLes Wampas sont de retour avec un nouvel album qui célèbre leur 31ème année de carrière et la sortie de leur 12ème opus, Les Wampas font la gueule.  En tout, douze nouveaux coups de canif incisifs. Les punks les plus célèbres de France n'ont pas perdu leur énergie et encore moins leur humour acide. Une sorte de pulsion primale les pousse à faire vivre le punk yéyé, encore et encore, avec toujours la même envie. Au Hard Rock Café, le 6 octobre dernier, pour le magazine Platine (n°202), je suis allé à la rencontre du leader du groupe, Didier Wampas, pour lui faire parler de la variété française, tout comme j’avais interrogé Ben l’Oncle Soul précédemment. Didier Wampas est, contre toute attente, un grand fan de ce genre musical là.

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Après l'interview, le 6 octobre 2014, au Hard Rock Café à Paris.

13 novembre 2014

Antoine de Caunes : interview pour les 30 ans de Canal+

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antoine de caunes,30 ans de canal+,interview,mandorLe 4 novembre 1984, une petite révolution s'est produite dans le PAF avec l'arrivée d'une nouvelle chaîne de télévision qui ne manque pas d'ambition: Canal+. Après des débuts difficiles, la première chaîne française privée à péage va peu à peu connaître le succès en rassemblant de plus en plus d'abonnés au fil des années.

Très vite, la «chaîne du foot et du cinéma» se démarque de la concurrence avec son ton résolument plus jeune, transgressif, incisif et audacieux pour l'époque. Pour parler de cet anniversaire, autant s’adresser à un pilier de la chaîne, Antoine de Caunes.

Voici le fruit notre entretien pour OpenMag (mensuel de la Fnac) daté du mois de novembre 2014. Il est suivi d’un bonus mandorien.

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IMG_4046.JPGBonus mandorien:

Quand on a trente ans d’existence, il faut savoir se renouveler tout en gardant son ADN. Changer tout en restant dans une certaine continuité, c’est ça la difficulté ?

On essaie de bouger avec l’époque, à la fois en la reflétant et en l’anticipant un peu. On ne doit pas être dans une avant-garde absconse. On essaie de rester prescripteur. C’est une vigilance au quotidien pour faire en sorte que la ligne ne dévie pas.

Comment faites-vous pour fidéliser vos téléspectateurs tout en attirant les jeunes ?

C’est compliqué parce que, par rapport au démarrage en 1984, le PAF a considérablement changé. Ce n’est ni le même paysage, ni la même manière de consommer la télévision. Il faut tenir compte de tout ce qu’il se passe autour de nous. A l’époque où nous étions les seuls à faire un talk-show à 19h, la question était moins brûlante qu’aujourd’hui. Désormais, nous sommes nombreux à jouer sur le même terrain. Il faut garder son identité et ne pas essayer de changer de cap. Il faut  juste évoluer avec le temps, être souple, attentif à ce qu’il se passe. Il faut faire en sorte qu’à l’intérieur de l’émission, ça bouge en permanence.

Bande promo des animateurs pour les 30 ans de Canal+.

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Vous mettez en avant des jeunes qui ont du talent. Y a-t-il une crainte que les élèves dépassent le maître ?

Vous voulez parler du syndrome « petit scarabée » ? A l’époque, avec Philippe Gildas, je n’avais nullement l’ambition de devenir Philippe à la place de Philippe. C’était le point commun de l’époque de tous les gens qui bossaient sur Nulle Part Ailleurs. Jackie Berroyer, Les Deschiens, José Garcia, Alain Chabat, Edouard Baer sont des gens qui ne se destinaient pas à faire de la télévision. Ils n’avaient absolument pas l’optique de devenir Michel Drucker. L’ironie de l’histoire, c’est que moi, après 15 années où j’ai réalisé des films et des docs, on m’a demandé de prendre la relève… j’ai trouvé ça très sexy et amusant. J’ai accepté avec joie. Ce n’était ni un plan, ni une stratégie. Je ne pense pas que les Jérôme Niel ou les Poulpe soient animés de mauvaises intentions. J’ai l’impression qu’ils ont envie de garder cette liberté. Croyez moi ou pas, mais on n’est pas du tout dans une humeur où tout le monde s’observe avec des jumelles à longue portée ou un fusil à lunettes pour voir lequel va dégommer l’autre pour prendre sa place. Nous ne travaillons pas dans cet esprit-là. C’est ce que je me plais à croire.

Comment choisissez-vous les chroniqueurs ?

Pour moi, ce qui est important dans Le Grand Journal, c’est qu’il y ait un esprit de tribu. Je souhaite que l’on soit tous heureux de travailler ensemble, que tout le monde soit à sa place, que chacun joue son rôle. Si en plus, il y a un vrai lien entre les gens, c’est la cerise sur le gâteau. 

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A l'issu de l'entretien, à l'agence, en octobre 2014.

12 novembre 2014

Jean Guidoni : interview pour Paris-Milan

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(Photo : Marc Journeau/ Media Access)

Depuis les débuts de sa carrière à la fin des années 1970, Jean Guidoni a toujours exploré les marges, les à-côtés, et ceux qui s’exemptent des normes. Costume noir de cabaret, maquillage de clown blanc ou bas résilles, le théâtral Guidoni a fait de la chanson un objet de mise en scène. En cela et bien d’autres choses, je l’apprécie.

En fait, j’ai du mal à dire « Revoilà l’artiste ! » parce que le « prodige » marseillais n'était en fait jamais parti. Il s'était simplement orienté vers un répertoire « à dire », donc moins médiatisé, malgré le suivi d'un public constant. Je l’avais d’ailleurs mandorisé une première fois en avril 2007.

Avec « Paris-Milan », Guidoni sort son 13e opus studio, composé de textes inédits d'Allain Leprest. L’occasion pour moi de partir à sa rencontre, le 2 octobre dernier, pour un long entretien (alors qu’il n’est pas précisément amateur des interviews).

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorJean Guidoni (mini biographie extraite de ce site):
Interprète d'exception, Jean Guidoni vit ses passions et ses révoltes sur scène, sans jamais simuler. Jean Guidoni est à la fois son et images; chant, théâtre et danse réunis dans un même théâtre, en un même moment.
Quiconque n'a pas eu le bonheur de voir Jean Guidoni arpenter une scène ne peut mesurer l'incomparable talent de cet artiste, qui sait faire vibrer le public à chaque instant, en lui insufflant un fulgurant courant d'émotions tour à tour empreint de tendresse, de violence et d'une profonde vérité.
Jean Guidoni a parfois la réputation d'être un chanteur "noir" mais seul son humour l'est parfois. Le rire n'est jamais absent de ses spectacles et il faut absolument voir ses chansons magnifiques portées par son interprétation.

Le disque et le récital  Paris-Milan :jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

30 ans après Crimes passionnels, Jean Guidoni revient avec un nouvel album et un nouveau spectacle, Paris Milan, taillé sur mesure:12 textes inédits d'Allain Leprest habillés par les mélodies imparables de Romain Didier, avec, gourmandise, un duo avec Juliette. L’idée de ce projet est née lors du spectacle : Où vont les chevaux quand ils dorment (hommage à Leprest), il est alors apparu évident que Jean trouvait là un auteur à la  mesure de son talent.

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorInterview :

Ce n’est pas votre premier hommage à Allain Leprest.

J’ai en effet participé à l’album Chez Leprest (volume 1) dans lequel j’avais chanté « J’ai peur » et au spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment avec Romain Didier et Yves Jamait.

Vous vous sentez proche d’Allain Leprest en quoi ?

L’amour des mots, la façon dont il aborde les choses. Tout est paradoxal dans ses textes et j’aime beaucoup les paradoxes. Il y a aussi un fond d’enfance qui nous lie. Nous avons aussi un désarroi artistique commun. Lui était toujours en attente de quelque chose dans ce métier. Il voulait prouver quelque chose. Moi aussi, d’une certaine manière.

Il représente quoi pour vous ?

Un interprète écorché extraordinaire, fantastique. Je ne le connaissais pas beaucoup, même s’il m’est arrivé de le croiser. Si nos brèves rencontres ont été amicales, je ne peux pas dire que nous étions amis. Je n’ai jamais eu de relations proches avec lui, mais cela n’empêche pas que je lui trouvais un talent fou. Il y a quelques années, j’ai même eu une forte envie de travailler avec lui. L’idée de lui demander de m’écrire des chansons m’a traversé l’esprit plus d’une fois… et puis je n’ai finalement pas osé.

Vous étiez intimidé par lui ?jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor

Ce n’est pas ça, mais étant moi-même auteur et interprète, j’ai eu du mal à faire cette démarche. On nous aurait présenté officiellement et on m’aurait proposé une collaboration avec lui, j’aurais accepté immédiatement. J’ai beaucoup de respect pour ce genre de parcours d’homme et d’artiste.

Comment est arrivé ce projet de disque Paris-Milan ?

Un soir de répétition d’Où vont les chevaux quand ils dorment, Didier Pascalis, le producteur d’Allain Leprest, me dit qu’il a trois chansons inédites d’Allain et qu’il aimerait que je les chante sur un album en préparation. J’ai accepté. Le lendemain, il revient me voir pour me proposer finalement d’enregistrer tout un album avec uniquement des inédits d’Allain. J’étais sur un autre projet à ce moment-là, je lui ai donc demandé de patienter le temps de m’organiser avec mon équipe. J’avais quand même très envie de le faire, donc, dès le lendemain, je lui ai dit que j’étais partant.

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Avec Allain Leprest et Romain Didier en novembre 2005 après une interview commune.

Vous aviez déjà travaillé avec Romain Didier, donc vous aviez confiance en la musique qu’il allait vous proposer, je suppose.

Tout à fait. Je sais le talent qu’il a et comment il travaille. De plus, j’ai une manière de travailler un peu spéciale. J’aime bien laisser aux gens qui travaillent avec moi toute la latitude pour qu’ils expriment leur créativité au mieux. Je ne veux pas les enfermer dans des idées que je pourrais avoir. Au début de ma carrière, j’étais un peu dictateur et je peux vous dire que ça ne donne jamais rien de bon (sourire).

Vous avez justement votre propre univers qui est immense et intense. Est-ce facile de rentrer dans un autre univers… tout aussi intense ?

Disons que j’ai l’habitude de m’approprier les chansons. Je fais on sorte qu’on ne sache plus qui a écrit quoi. J’essaie de faire du Guidoni de tout ce que je chante. Je respecte toujours l’auteur que j’interprète, mais je ne le sacralise pas. Je peux même dire que je ne me place pas derrière lui. J’ai l’habitude de travailler avec des auteurs de grands talents, alors c’est devenu un jeu pour moi de m’approprier leurs textes.

Vous avez pensé à Allain Leprest lors de l’enregistrement ?

Oui, mais comme s’il était encore là. Je n’ai pas pensé une seconde qu’il était mort. J’ai fait comme si nous avions discuté ensemble de comment il fallait que j’aborde les chansons.

Extrait de PARIS MILAN from TACET FILMS on Vimeo.

Vous avez choisi uniquement des chansons de lui qui n’étaient pas trop intimes. Pourquoi ?

Il incarnait vraiment ses chansons, au même titre que moi j’incarne les miennes. Donc, quand ce qu’il disait dans les chansons me correspondaient trop profondément, je passais à une autre. J’ai pris des textes qu’il n’avait jamais chantés et dont l’écriture ne m’était pas trop personnelle. Je souhaitais qu’ils soient le plus universels possible. Vous savez, pour moi, Leprest est l’équivalent de Prévert. Il est aussi important.

Beaucoup vous adulent de votre vivant.

Pas tant que ça. Je vois bien que, lorsque je sors de ma tanière pour faire des concerts ou la promo d’un nouveau disque, quelques personnes me disent le bien qu’ils pensent de mes chansons. Ça fait plaisir, évidemment. A la base, j’ai l’impression que personne ne me connait et ne m’aime.

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Jean Guidoni... 1000 personnes debout au Théâtre de la Ville pour un Paris-Milan exceptionnel en octobre 2014. 

jean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandorVous vous êtes senti un peu « artiste maudit », à un moment ?

Mais tout le temps et encore aujourd’hui. Enfin, ça dépend des jours. C’est selon mon moral. Je fais ce métier pour la scène, alors tant que j’en fais, ça va. Je ne suis pas dans une victimisation de ma condition. Depuis que je fais ce métier, je me suis toujours juré de ne jamais être aigri

Il y aurait de quoi ?

On peut devenir aigri si on s’estime en compétition. A mon âge, je ne suis plus en compétition avec personne. De toute manière, je n’ai jamais abordé ce métier ainsi.

Vous savez que vous êtes très important pour les gens qui aiment la chanson française de qualité ?

Je n’ose le croire. On me dit que certains m’attendent entre deux albums, je veux bien le concevoir, mais j’ai du mal à digérer cette information.

Ecrivez-vous beaucoup ?

J’écris quand je le sens, quand j’ai des choses à dire. Je ne suis pas un fana de l’écriture à tout prix. Ça m’est égal si dans un de mes albums, il n’y a pas une chanson de moi. Il y a suffisamment de bons auteurs.

Ce n’est pas la première fois que je vous interviewe et j’ai la sensation d’être devant unejean guidoni,allain leprest,paris-milan,interview,mandor personne un peu timide.

En fait, je ne suis pas si timide que cela, je ne suis pas un dragueur. Ni amicalement, ni amoureusement. Je me demande toujours si j’intéresse les gens qui sont en face de moi. J’ai toujours ce réflexe d’être sur la réserve. Je suis très liant, mais j’observe les gens avant de l’être.

Vous imposez le respect. Quand on vous voit, on n’a pas forcément envie de vous tapez sur l’épaule.

Je le sais (rires).

Sur scène, vous êtes complètement transfiguré.

Je ne me l’explique pas. Je m’en rends compte et je me demande toujours ce qu’il m’arrive. Je vous assure que je n’en joue pas. Ça vient tout seul. Sur une scène, je suis différent. Je me sens différent. C’est peut-être mon vrai moi qui apparaît, je ne sais pas. En tout cas, j’ai toujours envie de donner généreusement.

C’est difficile de durer dans ce métier ?

C’est surtout dur d’être de nouveau naïf à chaque fois. J’ai toujours envie de retrouver une certaine fraîcheur et de me réinventer. Je tente de me remettre en question et en mouvement constamment. Il faut respecter aussi ce que l’on est devenu avec l’âge.

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Avec Denis Péan (leader de Lo'Jo) et Jean Guidoni le 2 octobre dernier au Café des Ondes. Le premier est fan du second et souhaitait le rencontrer sachant que j'allais l'interviewer juste après lui. Les hasards de la vie...

Et n'oubliez pas...

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11 novembre 2014

Valentin Marceau : interview pour "Défendre Alice" et "Sybille Kill"

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La dernière fois que j’ai reçu Jérôme Attal, avant de me quitter, il me demande si je connais le jeune chanteur Valentin Marceau. Je réponds par l’affirmative. Je déballe même ma science infuse en lui ajoutant qu’il était le leader du groupe BoXon avant de se lancer en solo… mais qu’à part ça, je n’en sais pas plus.

Comme Jérôme a écrit pour lui pas mal de chansons pour son album à venir (dont les deux premiers singles, « Défendre Alice » et « Sybille Kill »), j’ai décidé de me pencher sur le cas de ce jeune artiste en devenir.

Ainsi, Valentin Marceau est venu à l’agence le 8 octobre dernier.

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonBiographie officielle (légèrement écourtée) :

L’histoire de Valentin Marceau commence quand il est jeune avec l’inspiration. Celle de Bob Dylan et des grands du rock, qui lui transmettent l’amour du chant et de la guitare et marquent de leur influence folk et rock le paysage musical de Valentin.

Puis vient la passion des instruments alors que Valentin grandit : piano, ukulélé et guitare n’ont à ce jour plus aucun secret pour lui.

Valentin veut quelque chose de beau, de sincère et de vrai. La recherche de la mélodie et de l’harmonie pour la musique, un message à faire passer dans ses textes, Valentin a beaucoup travaillé avec Dominique Blanc-Francard, le réalisateur de son premier album, A nos amours, sorti en juin 2013. Valentin fait voyager et raconte avec poésie et romantisme des histoires auxquelles tout le monde peut s’identifier.

Et l’histoire continue de s’écrire aujourd’hui sur un nouvel album à paraître prochainement. Où rêve et réalité continuent de se mélanger pour conter des histoires. Où Valentin s’épanouit encore et raconte le film de la vie tel qu’il la conçoit aujourd’hui : entre doutes et espoirs, entre joies et peines, empreint du désir irrépressible d’en vivre pleinement chaque instant. Un album concocté entre Lille, Paris, Bruges, Biarritz et la Touraine dans lequel Valentin s’est entouré d’auteurs de talent comme Christian Vié ou Jérôme Attal, le tout réalisé par Tristan Salvati.

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valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonInterview :

Quand et comment as-tu commencé à jouer de la musique ?

Mon père est un vrai mélomane. Ma mère aussi, mais plus discrètement. J’ai donc grandi dans une maison où on écoutait beaucoup de musique, même si on n’en faisait pas. Par contre, mon père est dessinateur et ma mère travaille dans l’événementiel, j’ai donc quand même vécu dans un milieu artistique. Mes parents ont plein d’amis musiciens et un jour, l’un de leur pote a amené une guitare à la maison… c’est comme ça que j’ai commencé.

Très vite, tu t’es dirigé vers le rock.

J’ai même commencé avec le metal, parce que mes grands-cousins en écoutaient. A 11 ans, je chantais du hardcore aigu et j’avais les cheveux longs. Je faisais partie d’un groupe de rockers au collège. C’est un style vers lequel je me suis vite éloigné parce que je me suis rendu compte que ce n’était pas ce qui me plaisait. Très vite, j’ai découvert Nirvana et leur mélodie et leur sensibilité m’ont beaucoup plus parlé que ce que j’écoutais auparavant.

Le groupe auquel tu as appartenu, Boxon, n’était pas très rock, non ?

Ah bon ! Tu trouves ? On était quand même guitare-basse-batterie et on essayait de mettre le feu partout où l’on passait. Je suis d’accord avec toi sur le fait que ce n’était pas du grunge.

Je trouvais ça « pop » énergique.

Oui, ça me va aussi. J’ai toujours défini mon travail comme de la pop folk.

A l’époque de Boxon, écrivais-tu tes textes toi-même ?

Oui. Sur mon premier album, A nos amours, aussi d’ailleurs.

Pour toi, le contenu des propos est-il important ?

Primordial. C’est impossible pour moi de défendre une chanson à laquelle je ne crois pas. Je l’ai déjà fait sur mon premier album et je peux te certifier que ça ne marche pas. Aujourd’hui, on est dans une ère où la pop ne privilégie pas les paroles, je trouve ça dommage. L’essence d’une musique est ce que l’on raconte. Le fond et le style sont importants. C’est pour ça que travailler avec quelqu'un de la trempe de Jérôme Attal est riche d’enseignements.

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Pendant l'interview.

Pourquoi as-tu décidé soudain de laisser le soin à d’autres d’écrire pour toi ?

Ça s’est fait tout seul. Un jour, j’ai moins écrit. Je suis arrivé à une période de ma vie où je n’ai plus eu d’inspiration. J’ai toujours mis plus de temps à écrire un texte qu’une musique. Pour moi, composer est beaucoup plus intuitif. Quand j’ai rencontré Jérôme, j’ai vu sa facilité et son talent, ça m’a calmé (rires).

Vous vous êtes rencontrés comment avec Jérôme ?

Aux Rencontres d’Astaffort. Il m’impressionnait parce qu’il était capable d’écrire plusieurs textes par nuit. Il ne dormait et ne mangeait presque pas. Je considère que Jérôme est une machine de guerre. Ce qui m’a rapproché de lui, c’est que j’ai vite compris que, sans avoir son talent, j’écrivais des textes qui n’étaient pas aux antipodes des siens. J’avais une ambiance d’écriture poétique et de climat, un peu à la Noir Désir ou Bashung. Jérôme à l’art de mélanger ce climat avec quelque chose de plus défini et de plus construit. Il m’a apporté vraiment beaucoup. On travaille ensemble aussi pour d’autres artistes. Vraiment, j’espère que notre collaboration va perdurer. Avec lui, j’ai l’impression d’être un vrai groupe de rock (rires).

Vous n’êtes pourtant pas de la même génération.

Mais Jérôme, c’est un éternel jeune. J'ai l'impression qu'on a le même âge.

Tu vas sortir un album prochainement, la date n’est pas fixée, mais pour le moment, tu sors quelques singles.

J’insiste sur le fait que le but est de sortir l’album au bout. J’ai l’impression que les maisons de disque signent de plus en plus les artistes au single. Je trouve ça dommage, parce que pour découvrir un artiste, il faut aller en profondeur. J’imagine que les labels ne veulent plus prendre de risque en ces temps difficiles.

Clip officiel de "Défendre Alice" (texte de Jérôme Attal).

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxon« Défendre Alice » est un succès radio. C’est encourageant.

Il y a eu beaucoup d’engouement autour de cette chanson. Le clip sur internet a vraiment bien marché (note de Mandor : près de 500 000 vues) et j’ai fait pas mal de concerts et de plateaux grâce à ce titre.

Dans ton album, actuellement en cours d’enregistrement, il y a pas mal de ballades, je crois.

Oui, mais elles ne seront pas sirupeuses. La production qu’il y aura derrière va les booster. C’est un album que nous souhaitons assez rock.

Je sais que tu as déjà ton home studio.

Oui, il me permet de travailler continuellement sans me soucier de l’argent et du temps. Le luxe de la génération à laquelle j’appartiens, c’est que l’on a le MacBook et qu’on peut tout faire avec. Pour le disque qui arrive, j’ai fait toute la pré-production et ensuite, on est passé en studio avec Tristan Salvati qui m’aide à rendre les morceaux plus puissants et efficaces.

J’ai eu l’opportunité d’écouter certains de tes prochains titres. Tes chansons ne sont pas aussi lisses qu’elles en ont l’air. Je décèle derrière elles quelqu’un d’un peu torturé.

Je le suis complètement. Ma vie est une catastrophe, mais ce n’est pas grave, c’est ce qui m’aide à persévérer dans ce métier. J’ai envie de dire et sortir beaucoup de choses qui sont en moi. Je ne suis pas quelqu’un de super bien dans ma peau et en ce moment. Pour tout te dire, je suis en pleine période de doutes intenses. Je remets tout en question sur ce que je fais. Par exemple, hier, je suis resté chez moi, complètement contemplatif. Je n’ai rien fait à part réfléchir sur comment j’allais axer de manière la plus intelligente possible cet album.

Souvent, la chanson aide à sortir la tête de l’eau.valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxon

Ça aide même un peu tout le monde. En cas de malheur, écouter une chanson peut-être une putain de thérapie incroyable. Quand tu écoutes une chanson et que tu as envie de pleurer, c’est une sensation curieusement agréable. Quand je chante, j’ai la même sensation, mais en encore plus fort. Bon, je n’ai pas envie de jouer les artistes maudits, parce que ce n’est pas ce que je suis non plus. J’ai ma vie, j’ai ma famille, j’ai mon entourage avec lesquels je suis bien.

Ce besoin d’être sur scène, c’est pour te prouver des choses ? Et pour prouver des choses aussi à ta famille ?

Il y a quelque chose de cet ordre-là, tu as complètement raison. C’est un métier où tu n’es jamais pris au sérieux, sauf si on te voit beaucoup à la télé. Ce qui n’est pas encore mon cas. C’est débile parce que ça ne change rien à notre qualité d’artiste et à ce que l’on fait, mais c’est comme ça.

Mais tes parents croient en toi ?

J’ai toujours été soutenu par ma famille. J’ai juste envie de leur prouver qu’ils ont eu raison. J’aimerais qu’ils soient fiers de moi. C’est important.

Clip officiel de "Sybille Kill" (texte de Jérôme Attal).

valentin marceau,sybill kill,défendre alice,interview,mandor,boxonJ’ai lu que Grand Corps Malade et Jean-Louis Aubert t’ont aidé à te faire connaître. Peux-tu m’expliquer comment ?

J’ai rencontré Jean-Louis Aubert chez Dominique Blanc-Francard, chez qui je faisais mon premier album. Il faisait le sien dans le studio voisin. Parfois, il venait écouter ce que l’on faisait. Plus tard, j’ai lu qu’il parlait de moi dans une interview comme sa dernière "découverte musicale". Bon, après les médias en ont fait tout un truc du genre « c’est le protégé de Jean-Louis Aubert »… en fait, ce n’est jamais allé si loin. Mais, je pense qu’en disant cela, il savait ce que ça allait engendrer derrière. Alors, je le remercie pour ce coup de pouce là.

Et Grand Corps Malade ?

Je l’ai rencontré comme Jérôme aux Rencontres d’Astaffort. On s’est bien entendu et on a beaucoup échangé. Il a accepté de parler pour mon EPK en disant des choses très sympas sur mon premier album et sur ma musique en général. Ce genre de soutien permet à un jeune artiste d’y croire et de continuer à rêver. C’est motivant, car on commence à percevoir une proximité avec ce milieu qui n’est pas facile d’accès. Bon, après, il ne faut pas se leurrer, l’évolution n’est pas radicale. J’avance petit à petit.

Lentement, mais sûrement, quoi !

 Il y a des artistes comme Zaz et Stromae qui ont fait « boum » sur un titre. Aujourd’hui, on est dans une conjoncture où tout le monde recherche son « boum ». Je trouve dommage qu’on oublie qu’il y a des artistes qui avancent progressivement. Moi, à 23 ans, je ne suis pas un artiste qui fait « boum ».

On ne laisse plus le temps aux jeunes artistes de se développer. Personnellement, je trouve cela déplorable.

J’ai quand même de la chance. J’ai un manager qui croit en moi depuis que j’ai 16 ans et qui ne me lâche pas malgré les hauts et les bas que j’ai traversés. C’est une sacrée chance. Et j’ai une maison de disque, Play On, qui est patiente avec moi. Ils ont sorti mon premier album qui n’a pas bien marché, mais ils ne me lâchent pas non plus. En ce moment, le succès de « Défendre Alice » et de "Sybill Kill" rassure tout le monde. Quant à la suite, personne ne la connait...

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Après l'interview, le 8 octobre 2014.

10 novembre 2014

Lo'Jo: interview pour le coffret 310 Lunes

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(Photo : Bogdan Konopka) 

Lo’Jo, c’est une odyssée musicale itinérante et polymorphe, qui croise les cuivres du jazz et ceux d’Europe Centrale. En matière de projets atypiques, cette formation en connait un rayon. L’essence même de sa démarche échappe à tout formatage, à toute idée de limites, tant sur le plan géographique que sur le plan artistique.

Le collectif angevin dresse donc le bilan de son dernier quart de siècle de la meilleure manière qui soit : avec un livre de photos agrémenté de deux CD.

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Ce livre objet est comme un voyage temporel. Il regroupe la réédition de l’introuvable premier album, The International Courabou, ainsi qu’un nouvel album instrumental, où les musiciens de Lo’Jo ont l’audace de s’absenter, confiant la reprise de neuf de leurs anciennes chansons à un orchestre à vent (sur les arrangements de Renaud-Gabriel Pion). Aucun mot n’est prononcé durant 43 minutes. Seuls les instruments ont la parole. Clarinettes, saxophones, tuba, trompettes, flûte, basson, trombone… l'album fait parler le cuivre et le bois, une fanfare-jazz planante, envoûtante et subtile.

Les deux disques entourent un livre de 70 photos de Bogdan Konopka, qui suit Lo’Jo depuis 1989.

Pour évoquer ce projet (et un peu plus), je suis allé à la rencontre de Denis Péan, le créateur et leader de Lo’Jo, au Cafés des Ondes, le 2 octobre dernier.

10409123_10152285986318045_2779650514104856434_n.jpgLe coffret collector de Lo'Jo :

310 Lunes (Lo’Jo / Harmonia Mundi – World Village).

70 photographies de Lo'Jo par Bogdan Konopka pour conter l'aventure en noir et blanc d'Angers à Tombouktou (25 années de poses à travers le monde).

-Un onirique orchestre à vent qui réinvente sans paroles, « Brûlé la mèche », « L'une des siens », « Venerate child »et autres fantaisies de musiques apatrides de Lo'Jo.(Avec les solistes: Erik Truffaz, Magic Malik, Roswell Rudd, Hasan Yarimdünia.

-Un retour, avec la réédition pour la première fois de The International Courabou (1989), aux toutes premières turbulences sonores de ceux qui virent depuis passer 310 Lunes.

Biographie de Lo’Jo (tiré du site .evous):lo-jo-020.jpg

Lo’Jo a été créé au début des années 1980 par Denis Péan et Richard Bourreau. Après avoir progressivement construit son style pendant une dizaine d’année, la formation travaille avec une compagnie de théâtre de rue intitulée Jo Bithume entre 1988 et 1991. Au sortir de cette expérience, elle décide de se concentrer sur son métier de créateur de musiques chantées, sans jamais rompre son lien avec les arts de la rue et du chapiteau.

Le combo part régulièrement en tournée et enregistre plusieurs opus avec un collectif de musiciens. Le premier opus intitulé Fils de Zamal sort en 1993. Mêlant toutes les influences au gré des rencontres et du cheminement de chacun, son style musical prend des accents de jazz, de reggae, de rock, de sons orientaux ou africains. En 1998, Mojo Radio leur permet d’étendre leur notoriété à l’échelle internationale en donnant un concert au festival WOMAD créé par Peter Gabriel.
Au début des années 2000, le projet Lo’Jo publie l’album Bohême de cristal et s’ancre davantage en Afrique, fait la découverte du Sahara et des musiques rebelles d’outre Méditerranée. Après L’Une des Siens paru en 2002 et un premier live intitulé Ce soir-là en 2003, le groupe continue à recevoir de nombreux éloges de la part des médias spécialisés avec Bazar Savant qui sort en 2006.

Après Cosmophono (2009), le groupe Lo’Jo revient sur le devant de la scène en septembre 2012 avec un huitième album intitulé Cinema el mundo. Avec de disque, il continue sur la lancée de ses précédents opus en offrant à son public un univers et un style musical qui puise encore davantage dans les sons du monde.

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorInterview :

Avec ce coffret, vous fêtez dignement vos 25 ans de carrière discographique…

Pas du tout. Ce n’est pas pour célébrer quoi que ce soit. Les anniversaires ne m’ont jamais intéressé. Il n’y a aucune raison de fêter 26 ans plutôt que 32. La sortie de ce coffret est donc une coïncidence. D’autant que la date de notre naissance est indécise.

Ce n’est pas ce qui est indiqué sur l’argumentaire envoyé avec le coffret. Quoi qu’il en soit, on trouve votre tout premier disque, The International Courabou. Pourquoi le rééditer ?

A l’époque, il a été diffusé confidentiellement. Nous n’avions ni circuit, ni distributeur, ni organisation à proprement parlé. Nous l’avions fabriqué et distribué nous-mêmes. Il n’y a eu que mille exemplaires, dont la plupart ont été vendus en Allemagne. Il n’y a donc que très peu de gens qui le connaissent. Dans ce disque, il y a le germe de ce qu’est devenu Lo’Jo.

Ensuite, les voyages ont fait grandir Lo’Jo.

Les voyages nous éduquent musicalement et humainement. Tout voyage déjoue les préjugés et les prévisions. Nous l’avons vérifié systématiquement et notamment lorsque nous sommes allés en Chine ou aux États-Unis.

Teaser de la sortie du coffret collector "310 lunes".

Expliquez-nous le titre de ce coffret, 310 Lunes. denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandor

C’est le nombre de lunes qui séparent Lo’Jo de ses débuts. Dans le groupe, nous avons une attirance pour les affaires cosmiques. Personnellement, je suis sensible à cela parce que je suis quelqu’un de la terre, alors je sais à quel point l’astralité joue sur la culture.

Quand j’ai reçu le coffret, j’ai écouté le premier CD… et comme je n’avais pas lu l’argumentaire qui l’accompagnait, j’ai attendu votre voix. J’ai attendu longtemps.

C’est le premier disque instrumental que nous sortons. Cela me tenait à cœur. Il y a d’ailleurs une petite provocation en faisant cela. Bien que je sois chanteur et poète, je trouve les chanteurs un peu lassants. J’aime que l’on se passe du guide qui est le chanteur. Je trouve qu’un chanteur souligne le message. J’aime la musique, j’ai été initié à cet art par le jazz. De nos jours, j’ai constaté qu’une œuvre sonore instrumentale n’était pas courante, alors, ce projet s’est imposé à moi.

Ces morceaux ont-ils été compliqués à réaliser, puis à enregistrer ?

J’ai confié le bébé au compositeur et arrangeur Renaud-Gabriel Pion. Il est spécialisé dans les arrangements de ce type d’orchestre uniquement composé d’instruments à vent.

Renaud-Gabriel Pion est un ancien de Lo’Jo.

Il avait donc la connaissance de notre façon de faire, de voir et d’exister en musique. Il a la faculté et la facilité d’écrire pour un groupe d’instruments à vent. On a assemblé nos forces respectives pour écrire un parcours. Notre parcours. Ce disque est la musique du film de notre vie.

Vous aimez provoquer ?

C’est ce qui m’a permis de tenir aussi longtemps en vie musicalement. Quand j’ai commencé le groupe, si je m’étais conformé, je crois qu’il n’existerait plus. Si je n’avais pas mené mon chemin par une nécessité créative absolue et une vocation à choisir plutôt qu’à subir le marché, les goûts, la mode, Lo’Jo n’existerait plus.

Clip officiel de "Au bar des lilas" (feat Erik Truffaz)

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorErik Truffaz est l’un des invités de ce premier CD.

Je suis un grand amateur de trompette. Je trouve que c’est l’instrument le plus sauvage, mystérieux, mystique, imprévisible qui existe. Les grands maîtres de cet instrument peuvent être pris à défaut techniquement et j’adore la trompette pour ça. Quand on était en tournée à New York avec Lo’Jo, on a vu Erik Truffaz dans un club. J’ai vraiment apprécié sa dignité de musicien et son économie de note.

Quand on essaie de définir votre musique, on commence par dire que c’est de la musique tzigane.

C’est une musique sensiblement apatride. On a notre culture fondamentale liée au patrimoine de musique classique européenne, une musique tempérée. Après, je le répète,  le jazz nous a éveillé. On a appris la distorsion et une extrapolation rythmique inédite. Il y a aussi l’Afrique et les pays tziganes qui nous ont beaucoup influencés.

Êtes-vous un musicien pointilleux et exigeant.

D’un certain point de vue, je suis très pointilleux, d’un autre, je peux être désordonné. Je n’ai jamais vraiment beaucoup travaillé. Dans notre musique, tout est fait de bric et de broc et nous fonctionnons de manière anarchique.

"Lo Siempre Jo", extrait audio du Coffret collector "310 Lunes" de Lo'Jo.

denis péan,lo'jo,310 lunes,interview,mandorÊtes-vous satisfait de la tournure de votre carrière ?

Non, pas exactement. J’ai des regrets et des frustrations. J’aimerais encore qu’on me laisse trente ans. J’ai l’impression de commencer, de débuter.

Vous avez un public qui vous suit depuis longtemps.

Oui, et il n’a pas été conquis à coup de grandes promotions et de médiatisations assommantes. Ca été du corps à corps. Chaque personne a été gagnée au forceps. Avec ma musique, je veux aussi mettre en avant la transmission locale, familiale, traditionnelle de la musique.

Parlez-vous du photographe Bogdan Konopka et des photos qui figurent dans ce livre.

En 1988, les membres de Lo’Jo n’avaient jamais bougé de leur coin et n’avaient pas encore de vie professionnelle. Ils ont été embauchés comme musiciens par un cirque. Une compagnie de théâtre de rue, plus précisément. Avec elle, on a traversé l’Europe pendant quatre ans. Le pays le plus extraordinaire pour nous a été la Pologne. A Cracovie, nous avons rencontré Bogdan qui était le photographe officiel du festival. Il est venu s’installer en France deux ans après, et depuis, il n’a cessé de nous photographier ici où là, pendant 25 ans. Le projet est vraiment parti de ses photos. J’avais le désir d’en consigner certaines. On en a regardé des centaines et des centaines avant d’en trouver qui étaient représentatives.

Pourquoi enregistrez-vous des disques ?

Quelquefois j’imagine que c’est par orgueil. C’est important de garder une trace de comment on a consigné l’histoire. C’est un témoignage.

C’est dur de continuer ce métier ?

Ça a toujours été dur de se tenir droit. Continuer à faire et à vivre de la musique est une lutte permanente.

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Après l'interview, le 2 octobre 2014.

Et, n'oubliez pas, ce rendez-vous...

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09 novembre 2014

AndonI Iturrioz : interview pour L'insolitude

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(Photo : Thibaut Derien)

A la question posée maintes fois à AndonI Iturrioz ces derniers jours, « pourquoi avoir repris ton vrai nom ? », l’artiste basque a répondu sur son site par une « lettre explicative quant à l’abandon du nom Je Rigole ».

La voici : "J'en ai marre de "Je rigole.", je m'appelle Andoni Iturrioz ! »

Plus sérieusement, j’ai soutenu ici par deux fois l’œuvre de Je Rigole (voir  en 2012 et en 2010), je continue donc à mettre en avant celle d’AndonI Iturrioz.

J’aime ses chansons. Ses textes et sa musique provoquent en moi une véritable tempête intérieure. Je suis touché par sa poésie, son émotion et son ironie… et par la force qu’il dégage.

L’homme vient de sortir un nouvel album, L’insolitude, et il sera en concert à l’ACP La Manufacture Chanson (espace Christian Dente, 124 Av de la République, 11e), les mercredis 12 novembre, 26 novembre et 10 décembre prochain.Lisa Portelli, Bertrand Louis et Xuan Lindenmeyer seront avec lui sur scène.

AndonI Iturrioz est donc passé à l’agence, le 8 octobre dernier pour une troisième mandorisation.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorArgumentaire de l’album L’insolitude (signé Laurent Bosc) :

Deux ans après son premier album, AndonI Iturrioz (anciennement "Je rigole.") revient avec L'insolitude.

Ici, on dit "chut" en hurlant ! Les rythmes sont barbares et doux, la cacophonie mélodieuse.

On embarque sans rien dire, et on a raison ! Il y a du monde dans tous les coins ! Candides coupables, amoureux cachés, chamanes en exorcisme, tous scrutent les passagers d'Andoni comme un bosquet sur du bitume. On y voit l'homme qui rit d'être habité par ce qui le dépasse, des aurores galopantes et des tempêtes tranquilles. Même la fin du Monde est en nuage...

On se voit dans un rituel initiatique où la beauté ressuscite les vivants. Le mal essore la vie pour en sortir le jus. La transe est entêtante ! On se balade dans les ruines d'un monde plus vivant que le nôtre.

Le voyage d'Andoni n'est pas de la chanson. C'est un témoignage qui nous parle d’ici, une parabole de ce qu'il y a en nous, caché, profond, sombre, intrépide. C'est un plan d'évasion scandé par un poète qui a touché la grâce.

L'insolitude n'est pas un disque. C'est une percée dans la magie du Monde.

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(Photo : Thibaut Derien)

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorInterview :

Revenons une dernière fois sur ton changement de nom.

Ce disque est dans la continuité du premier album de Je Rigole. Nous étions alors vraiment un groupe. Petit à petit, je me suis rendu compte que Je Rigole était devenu mon pseudonyme. On me présentait comme « monsieur Je Rigole ». Être « monsieur Je Rigole » pendant les quinze prochaines années de ma vie, ça ne me tentait pas.

Je comprends. Et puis, ça ne correspond pas vraiment à tes chansons.

On peut rire en m’écoutant, mais c’est un rire noir.

Cet album a été conçu avec Bertrand Louis. Quand je l’ai reçu ici, il était en plein enregistrement de ton album et semblait très enthousiaste. Vous avez deux fortes personnalités, ça a été simple de travailler avec lui ?

Il n’y a eu aucun problème. On s’entend très bien et on se comprend parfaitement. Je l’emmène dans des endroits où il ne va pas d’habitude et lui, il met ses outils et son savoir-faire musical à mon service.

"L'insolitude".

Compositeur : Andoni Iturrioz / Lisa Portelli
Arrangements : Bertrand Louis
Réalisation : Pierre Guenoun
Production : J'ai vécu les étoiles

Ce deuxième album n’est pas aux antipodes du premier. Faut-il toujours préserver une identité musicale forte ?

Il faut préserver sa démarche. J’ai des références et des influences dans différentes musiques et je prends des petites parcelles de chacune pour construire mon univers. Quand je les adapte à mon monde, ça devient autre chose et quand je découvre ce que c’est, ça ressemble à ce que je suis.

Je trouve que cet album est un peu plus chanté que le précédent. Tes textes sont un peu moins scandés.

Je trouve aussi, mais ce qui est drôle, c’est que les avis, à ce sujet, sont très contradictoires. D’autres personnes trouvent que c’est moins chanté que le premier. Je dirais que dans cet album, les voix sont un peu plus posées. Je voulais qu’en m’écoutant, on soit à l’intérieur de soi. Je n’avais pas envie de déclamer. Dans ce disque, il y a des explosions, mais internes.

Il me semble aussi que tes musiques sont plus mélodiques.

Encore une fois, d’autres me disent le contraire. Certains trouvent ce nouvel album plus fermé, plus expérimental. Mais, moi, je suis d’accord avec toi. En tout cas, c’est un disque qui est plus produit et mélodiquement, j’ai essayé d’aller plus loin. Mon premier album était plus en référence à la chanson française « classique ». Avec L’insolitude, on a beaucoup moins de référents. Les textes sont plus personnels, intimistes et très imagés, métaphoriques et poétiques.

C’est ça la magie de ton métier. Tu fais des choses personnelles et chacun le ressent à sa façon.

Je sais juste une chose, et c’est valable pour les deux albums, il faut pouvoir rentrer dans le monde que je propose.

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(Photo : Thibaut Derien)

Dans tes nouvelles chansons, tu parles de la société sans la juger, sans donner de leçons.antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandor

Je ne distribue surtout pas de bons ou de mauvais points. Je vis dans le monde, donc dans la société, alors je la miroirise. La société se reflète dans mes chansons. Dans cet album-là, je suis moins dans un thème social que dans un thème existentiel lié à la condition humaine.

Tu l’aimes cette société ?

(Rires) Il y a des tas de choses dans lesquelles je ne me reconnais pas. De toute façon, je suis assez marginal. Je ne me sens pas chez moi dans cette société. N’empêche que je suis avec les gens et le monde et, du coup, la société, c’est comme un vêtement. Moi, je parle de l’être, plus que du vêtement. Mes chansons sont plus de l’ordre de la poésie-philosophico-spirituelle. Ce qui m’intéresse, je le répète, c’est la condition humaine.

Comme dans la chanson « L’insolitude ».

On dit souvent que l’on peut être seul dans la foule, donc la solitude est une misère. Moi, j’ai constaté l’inverse. On peut être seul et ne pas l’être. C’est « l’insolitude ». C’est une richesse, une harmonie avec le monde. Je sens des échos avec le monde que j’essaie de décrire dans cette chanson. Dans « insolitude », il y a aussi le mot « insolite »… parce qu’on est très étonné de sentir qu’il y a des échos qui nous répondent.

Il y a plusieurs degrés/niveaux dans tes chansons.

Oui, parce que j’ai l’impression qu’il en faut pour tout le monde. Il y a plein de gens qui comprennent autre chose que ce que je dis. C’est normal, puisque je brise les images en concevant une chanson comme une boule à facettes. Du coup, chacun arrive à trouver un reflet, une image qui lui parle. Il y a un thème de fond qui est là, si on pénètre dans le texte, on remarque une cohérence réelle.   

Te sens-tu compris ?

Je ne compte plus les fois où l’on m’a dit « je déteste la chanson française, mais j’adore ce que tu fais », ou, à contrario, « j’adore la chanson française, mais je n’aime pas trop ce que tu fais ». C’est très dur de réunir un large public. Je me demande perpétuellement comment toucher ceux qui ne sont pas encore touchés et qui sont susceptibles de l’être.

J’aime bien ton authenticité. Tu ne fais jamais de concession.

Je n’arriverais pas à faire autrement. Si j’avais les moyens de rester moi-même en étant plus efficace, je pense que je le ferais. Je ne vais pas me mettre à faire une chanson pop sous prétexte que j’ai envie de passer à la radio. De toute manière, le résultat serait nul. Si je veux être bon, il faut que je reste proche de moi. Je n’ai pas le choix.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorDans « Bleu nazi », tu parles de la chanteuse Lisa Portelli, ta compagne. C’est une chanson d’amour, pour le moins original.

Là encore, les avis sont partagés. Il y a des gens qui me disent que c’est une magnifique déclaration d’amour et d’autres qui me disent qu’elle leur fait froid dans le dos. Toi tu connais Lisa, donc ça te choque, mais la Lisa de ma chanson n’est qu’un personnage. Je suis parti d’elle et j’ai développé un personnage. Je me suis amusé à écrire une chanson d’amour avec le champ lexical de l‘horreur.

C’est comme le premier titre de l’album, « Apologie naïve de la haine », ce n’est évidemment pas une apologie de la haine.

Je dis qu’on ne peut pas parler de la beauté du monde en niant le monde. Si tu nies la souffrance et la haine de ce monde, tu ne parles pas de la beauté. Dans cette chanson, je fais rentrer la haine dans l’hémicycle de mon expression. Je pense que la haine n’est pas chez les autres, elle est chez soi. En gros, je dis qu’il faut faire l’amour à la haine. Il faut prendre le monde dans son entièreté et l’aimer. La beauté, tu ne l'atteins pas en écartant la souffrance et la haine, mais en la traversant. Dans « Le monde est magique » aussi, j’évoque cela.

Tu te sens proche de quel artiste dans la chanson française ?

J’aime bien Babx et Loïc Lantoine. Sinon, comme frère d’arme, j’ai Bertrand Louis. On est très différent au niveau du style et de la musique, mais j’aime travailler avec lui. J’aime aussi ce que fais Lisa…

Mais ton identité artistique est proche de la tradition des Brel, Brassens, Ferré et Bashung.

A mon sens, je suis ce que devrait être la chanson française en XXIe siècle.

La chanson, c’est sérieux ?

Rien n’est sérieux. Quand on fait quelque chose, il faut juste décider que cela le soit.

antoni iturrioz,je rigole,l'insolitude,interview,mandorAprès l'interview, le 8 octobre 2014, à l'agence.

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07 novembre 2014

Les Stentors : interview pour Rendez-vous au Cinéma

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Aussi vrai que les stentors de l’Antiquité relayaient les ordres, nos quatre Stentors actuels, bien dans leur époque, transmettent à leur manière notre patrimoine culturel. Outre le plaisir qu’ils nous donnent, ces chanteurs, en authentiques « passeurs », remplissent une importante mission : faire vivre à nouveau des couplets et des refrains qui demeurent au Panthéon de la chanson française. Il semblerait que le public français suivent et apprécient leur démarche. J’ai rencontré Sébastien Lemoine et Vianney Guyonnet, les deux barytons et Mowgli Laps et Mathieu Sempéré, les deux ténors, dans un bar d'un hôtel de la capitale, le 26 septembre dernier pour une interview collégiale sympathique (et un peu dissipée).

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorBiographie (écourtée) :

Les Stentors, sont quatre voix hors du commun, deux barytons et deux ténors qui depuis maintenant deux ans ont conquis par leur talent et leur répertoire un public bien plus vaste qu’une élite férue de culture et de musique classique.
Et c’est bien là le talent de ces quatre garçons dans le vent : avoir osé un temps déserter l’Opéra et ses fresques dorées pour aller toucher le cœur du plus grand nombre.

Sébastien Lemoine, fondateur du quatuor et baryton émérite, s’il connaît « la grande musique », n’en a jamais pour autant oublié son goût pour la variété française. Après avoir chanté avec bonheur les régions de France et l’Histoire de notre pays, dans
Rendez-vous au Cinéma, les Stentors, passionnés tous les quatre de salles obscures et de B.O de films, ont décidé pour ce troisième opus de revisiter et de s’approprier quelques standards du septième art.

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les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorInterview :

Vos deux premiers albums défendaient le répertoire français. C’est même un peu l’ADN des Stentors, non ?

Sébastien Lemoine : Nous sommes nés après des groupes comme Il Divo et nous n’avions pas envie de nous contenter de reprendre des chansons que nous aimions personnellement. Nous voulions un thème fort. Donc, chaque album en possède un que nous avons choisi au préalable tous les quatre avec notre équipe de production.Quand on a fondé le groupe, on a eu envie de rendre hommage aux régions parce que ça n’avait jamais été fait et, comme nous étions des petits nouveaux, on avait envie de frapper fort.  Dans le deuxième album, nous avons souhaité interpréter des chansons qui parlent de l’histoire de France et qui ont marqué la chanson française.

Pour le troisième album, vous avez choisi le 7e art.

Sébastien Lemoine : C’était une évidence. Nous sommes des chanteurs d’opéra, donc notre vie consiste à chanter des histoires imagées sur scène. Et puis, il y a dans le répertoire de musique de films un vivier gigantesque de chansons.

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Quand on est un quatuor comme le vôtre, quelle est la principale difficulté ? Le choix de ce que vous allez interpréter ?

Mowgli Laps : Oui, ce n’est pas le plus simple, en effet. On se réunit avec notre équipe de production et on propose toutes nos idées. Après, il faut choisir les morceaux qui, indéniablement, ont marqué tout le monde sans exception. Il faut trouver des titres universels que l’on va pouvoir défendre avec nos voix lyriques.

Sébastien Lemoine : On veut systématiquement faire revivre des thèmes musicaux qui soient dans l’esprit de tout le monde. Il faut que chacun puisse se retrouver et revoir les images des musiques des films sélectionnées.

Dans ces albums, n’avez-vous pas envie d’intégrer des chansons plus personnelles ?

Vianney Guyonnet : Ce que l’on fait de personnel, c’est notre spectacle. On a écrit des textes, on a fait des mises en scène, on chante les chansons que l’on souhaite… Après, nous sommes tous des artistes indépendants et des créateurs, on a donc tous envie d’intégrer des titres personnels, mais à notre stade, je ne suis pas sûr que ce soit encore une bonne idée.

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Dans vos carrières respectives, Les Stentors, c’est une détente ?

Mathieu Sempéré : C’est beaucoup de travail, beaucoup de temps, beaucoup de sacrifices par rapport à nos vies professionnelles. Nous sommes tous chanteurs d’opéra solistes et on ne peut pas à la fois défendre un album pendant six mois et être sur scène à l’opéra. Les Stentors, c’est un choix que chacun de nous a fait. Ce choix-là me fait plaisir parce qu’il me permet de défendre un répertoire que je n’avais pas l’occasion de défendre.

Mowgli Laps : J’ai toujours été fan de musique de variété, ce projet m’a donc enthousiasmé. D’ailleurs, à la base, j’ai commencé à chanter de la variété avant de me lancer dans l’opéra. Les Stentors, c’est un nouvel univers, une nouvelle technique, une nouvelle façon de chanter avec le micro, mais je ne me sens pas aux antipodes de ce que je fais depuis toujours. Je trouve que c’est très agréable de chanter avec ce groupe. C’est une énergie que j’aime beaucoup.

Vianney Guyonnet : On est tous d’accord que chanter avec les Stentors est un véritable engagement. Aujourd’hui, je reviens à mes envies d’origine qui étaient de faire de la chanson. Appartenir aux Stentors permet d’avoir une vie artistique encore plus riche. L’année dernière, j’étais à l’Opéra Comique pendant six mois. Grâce à mon expérience avec le groupe, j’ai utilisé plein de choses que j’ai développées à titre personnel dans ma voix. Et parallèlement, à l’opéra, j’utilise des choses dont je me ressers chez les Stentors. Ce sont des univers que l’on peut faire coexister et qui peuvent s’enrichir les uns, les autres. Et puis travailler avec quatre potes, c’est génial !

Sébastien Lemoine : Je rebondis sur ce que dit Vianney. Nous passons d’un univers à un autre. Ils ont l’air culturellement différent, mais ils ne le sont pas tant que cela. Quand on raconte une histoire dans un opéra ou dans une chanson, on raconte une histoire, même si on ne l’interprète pas exactement  de la même manière. Quand bien même les genres, les univers, le public, l’exposition médiatique sont différents, on fait le même métier. C’est aussi passionnant de chanter un opéra pour enfant devant 150 personnes à Clermont-Ferrand  que de faire la première partie de Michel Sardou à Bercy. Dans les concerts des Stentors, le public nous manifeste un amour plus fort et spontané que cela peut l’être dans le monde de l’opéra, mais c’est quand même le même métier.

Clip de "Vois sur ton chemin".

les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandorEst-ce que, du coup, le public qui vous connait grâce aux Stentors, vient vous voir dans vos spectacles personnels ?

Sébastien Lemoine : Dans les Stentors, on a ce qu’on appelle une fan base. Des gens qui nous aiment beaucoup et nous suivent indépendamment les uns des autres. Quand j’ai mis en scène l’opéra « Don Giovanni », il y a des fans des Stentors qui se sont manifestés. Je sais que pour Mathieu et son Mariano, certains se sont déplacés. Idem pour le spectacle de Mowgli au Chatelet et pour Vianney à l’Opéra Comique. Ils s’intéressent à ce que l’on fait.

Mowgli Laps : Le pont que nous développons est à double sens. On fait venir des gens de l’opéra vers la chanson française. On leur montre que les textes sont parfois fantastiques et que les musiques, également, valent le coup. Une chanson, c’est un condensé d’opéra en trois minutes.

Sébastien Lemoine : L’image de l’opéra est tellement loin de la réalité. La plupart des gens pensent que c’est un univers inaccessible. Il y a beaucoup de préjugés et nous nous efforçons de les faire sauter un par un. Petit à petit, nous remarquons que nous sommes en train de démocratiser l’opéra.

Vous êtes-vous demandés comment les gens du monde de l’opéra allaient réagir quand vous vous êtes lancés dans l’aventure Stentors ?

 Sébastien Lemoine : Moi, vous savez, j’ai un parcours atypique. Je suis arrivé dans le monde de l’opéra alors que j’étais un ancien aviateur. J’ai fait la guerre, alors, que l’on me juge parce que je passe d’un monde musical à un autre, je m’en moque un peu.

Mowgli Laps : Les trois ténors, Plácido Domingo, José Carreras et Luciano Pavarotti, ont créé une ouverture dans ce domaine, il y a longtemps. Le groupe Il Divo a poursuivi, Roberto Alagna aussi.

Sébastien Lemoine : Roberto Alagna est l’exemple criant. Il s’est fait démonter parce qu’il a sorti des disques où il n’interprétait pas des airs d’opéra. C’est tout de même le plus grand ténor du monde, je pense qu’il a été victime de jalousie. Et il y a une part d’ignorance et d’incompréhension de la part de certains esprits médisants. Nous nous sommes lancés avec passion, amour et authenticité dans l’aventure Stentors, en faisait fi des remarques éventuelles. On ne peut rien nous reprocher, on n’aime ou on n’aime pas, mais on fait ça avec le cœur.

Vous avez eu la grosse artillerie TF1 derrière vous. Ça aide pas mal, non ?les stentors,rendez-vous au cinéma,interview,sébastien lemoine,vianney guyonnet,mowgli laps,mathieu sempéré,mandor

Sébastien Lemoine : Une grosse artillerie derrière soi, c’est bien, mais ça ne suffit pas. Certes, avec le deuxième album, on a refait triple disque de platine, mais on a eu peu de presse sur nos albums, parce que, justement, les médias se sont dit que nous n’avions pas besoin d’eux pour nous faire connaître.

Vianney Guyonnet : TF1, c’est notre force et notre faiblesse. Ils ont des moyens colossaux, mais du coup, on envoie des informations erronées. Beaucoup pensent que nous sommes un produit fabriqué de toutes pièces. Nous voulons lutter contre cette idée-là. Les gens qui viennent nous voir sur scène le comprennent très rapidement. Nous ne sommes pas si policés et markettés qu’on en a l’air.

Sébastien Lemoine : Quand bien même cet album-là ne trouverait pas le même public que pour les deux précédents, ce ne serait pas un échec. On n’a pas d’obligation de résultat.

Mais quand même, la maison de disque est plus apte à continuer avec un artiste en état de marche.

Mowgli Laps : C'est évident. Notre succès vient aussi beaucoup du bouche à oreille. Nos spectacles sont nos meilleurs ambassadeurs. C’est beaucoup plus fort qu’une promotion sur TF1, je vous assure.

Sébastien Lemoine : On n’a aucun souci avec le côté marketing de TF1. Nous, on vend des disques, on fait donc partie d’une industrie. Entre nous, qui refuserait une force de frappe comme celle que possède TF1. Au nom de quoi devrions-nous nous priver d’une telle exposition pour défendre ce que l’on a envie de défendre ?

Mathieu Sempéré : Le plus important, ce n’est pas l’emballage, c’est ce qu’on a mis dedans. Si le papier cadeau est beau et qu’il a des dorures, tant mieux. Nous, nous sommes fiers de ce qu’il y a à l’intérieur. Nous trouvons tous les quatre que ce troisième disque est le condensé de ce qu’il y a de mieux dans les deux précédents. C’est vraiment l’album le plus abouti. On trouve que c’est de mieux en mieux, et c’est notre fierté.

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Faut-il trouver une nouvelle façon de chanter quand on se lance dans la variété ?

Mowgli Laps : Moi, ça a été très difficile au départ. J’ai mis beaucoup de temps avant de sentir comment chanter devant un micro, comment placer ma voix. A l’opéra, on développe la capacité de chanter très puissamment, d’aller très loin… il faut apprendre à se modérer devant un micro.

Mathieu Sempéré : Il a fallu s’adapter, faire des essais et ça c’est très bien passé. D’album en album, on progresse. On se connaissait un peu, on a chanté deux par deux, mais il a fallu créer une certaine osmose pour chanter tous les quatre. A chaque fois que l’on enregistre, à chaque fois que l’on fait un concert, on apprend toujours un peu.  

Vianney Guyonnet : Personnellement, j’ai progressé dans le chant à quatre. Il faut être attentif à ce que chacun ait un espace. Ce qui est difficile, c’est de passer de soliste à un quatuor. Il n’y a aucune individualité possible dans un quatuor. On doit être toujours à l’écoute de ce que font les autres. En cela, aujourd’hui, le groupe a pris une maturité considérable.  

Comment expliquez-vous le succès des Stentors?

Mathieu Sempéré : Je pense que ce que l’on amène vraiment, c’est notre culture, notre lyrisme et notre vécu sur scène. Même quand on chante « variété », on sent derrière toute la couleur de l’opéra. Cette vibration et cette émotion est différente de celle qu’on a l’habitude d’entendre.

Vianney Guyonnet : Le public aime les grandes voix et les grandes chansons.

Mathieu Sempéré : On modifie nos voix pour les rendre pop quand c’est nécessaire, mais on garde notre côté lyrique.

Sébastien Lemoine : Nous sommes des garçons authentiques. Nous ne sommes pas différents de ce que nous prétendons être. Il y a aussi un côté humain dans notre succès. Nous sommes quatre types ordinaires qui vivons une expérience extraordinaire.

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Avec les Stentors après l'interview, le 26 septembre 2014.

06 novembre 2014

Karen Brunon : interview pour La fille idéale

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Karen Brunon est l’une des découvertes musicales de cette année 2014. La violoniste qui accompagne sur scène ou en studio de grands noms de la chanson est pourtant loin d'être une inconnue. Surtout depuis sa participation à l'aventure du groupe Circus au côté de Calogero, Stanislas, Philippe Uminski et Elsa Fourlon. Mais c'est « son » premier album, produit par l'ami de longue date, Benjamin Biolay, que défend aujourd’hui la compositrice et interprète. Rencontre, le 2 octobre dernier, dans un bar « à thé » de la capitale pour une petite conversation.

karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandorBiographie officielle (très écourtée):

Celle qui présente aujourd’hui son premier album Où je vais est tout sauf une débutante. Sa carrière a explosé très tôt, en 1996 déjà, lors d’un concert de Michel Legrand au Carnegie Hall, où elle tient la place de 1er violon.  

Retour en arrière…

À 5 ans, Karen Brunon convainc sa mère de lui offrir cet instrument qui ne la quittera plus. De l’école de musique du Puy, elle rejoint à 11 ans le Conservatoire de Lyon où elle obtient le 1er prix. Là-bas, elle fait une rencontre déterminante, celle de Benjamin Biolay, alors tubiste. À 15 ans elle entre au Conservatoire de Paris et elle y reçoit à nouveau un 1er prix. Elle a 19 ans, elle quitte le Conservatoire.

Karen Brunon devient peu à peu la violoniste référence de la chanson. Elle est le premier violon de Charles Aznavour, Laurent Voulzy, Étienne Daho, Keren Ann, Brian Wilson, Vanessa Paradis, Mika, Woodkid, Gad Elmaleh, Damon Albarn.

Il y a eu aussi un premier projet personnel, en 1999, avec Keren Ann et Benjamin Biolay. Les trois artistes forment le groupe Shelby, dont l’album sortira chez EMI.

S’en suivra une autre rencontre décisive : Calogero. Depuis quelques années, il projette de créer un groupe. Ainsi naquit Circus. Karen en sera la violoniste et y posera aussi sa voix. Plus de cinquante concerts en France, un disque d’or, enchaînement d’émissions de télé et de radio, succès critique et public… Calogero le mentor lui met définitivement le pied à l’étrier dans le monde de la chanson.

Le disque, La fille idéale :karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor

À l’heure de la remise en question artistique et de la prise de risque, c’est à un vieil ami qu’elle fait appel. Benjamin Biolay assurera la réalisation de son premier album solo. Pour les textes, elle fait appel à Élodie Frégé, Marie Bastide, David Verlant, Biolay aussi. Pour les musiques, elle s’adjoint l’aide de Keren Ann, de Stanislas, de Biolay encore.

Pour en faire ressortir le meilleur, c’est l’ingénieur du son Erwin Autrique (Vanessa Paradis, Charles Aznavour, Indochine…) qui mettra la touche finale au disque.

Résultat, un premier album dont Karen Brunon assure les arrangements et l’interprétation des parties de violon. La rythmique est pop, lourde, cadencée. La voix est là, tantôt en avant, tantôt considérée comme un instrument à part entière.

L’album est féminin, romantique, sensuel. La voix est chaleureuse, embrassante, abrasive.
C’est l’album d’une artiste qui a la chance exceptionnelle de ne pas faire de compromis, d’imposer et d’assumer ses choix quoi qu’ils lui en coûtent. C’est également l’album d’une vie bien remplie, où la musique n’est rien d’autre que l’expression du corps et du cœur.

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karen brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandorInterview :

Comment avez-vous décidé de faire du violon ?

Dans ma famille, tout le monde est musicien, j’avais donc, tous les instruments autour de moi. J’ai un cousin qui est violoniste et j’ai vite remarqué que cet instrument me plaisait, me fascinait et qu’il me touchait plus que les autres.

Vous avez fait une école de musique puis le conservatoire. J’ai l’impression que vous n’avez pas eu trop besoin de lutter pour vous faire remarquer.

Je n’ai jamais lutté, en effet. Les choses ont été assez fluides, mais j’étais très exigeante avec moi et j’ai beaucoup travaillé. Quand on étudie un instrument aussi intensément, quand on passe autant d’heures de travail, seule dans sa chambre, qu’on vit les concours (une perpétuelle pression), on apprécie les petites choses qui arrivent et qui te changent de ton quotidien ainsi que les gens qui se penchent sur ton berceau pour travailler avec toi.

Quand on a la base « classique » que vous avez et qu’on se met à travailler avec des chanteurs de variété, est-ce simple ?

Il y a juste plus de pressions et d’angoisses parce que, soudain, il y a ton nom sur la pochette. Quand on accompagne des gens, on n’est pas devant, mais on se met au service de quelqu’un. J’ai la chance, heureusement, de m’adapter à toutes sortes d’univers et de musiques. Passer d’Aznavour, à Pagny, Harry Connick Jr, Michel Legrand ou à Ray Charles, ça ne me pose aucun problème. Je trouve ça même très excitant le challenge de changer radicalement de son ou de vibrato. On ne joue pas de la même façon. Au fond, ce que j’aime dans ce métier, c’est la diversité et les prises de risques.

"Cordelia", en studio avec Gonzales.

Vous avez déjà participé à de nombreux albums, mais peut-on dire que La fille idéale estkaren brunon,la fille idéale,circus,benjamin biolay,interview,mandor le plus important de votre vie ?

Sans doute, parce qu’il sort aujourd’hui et que j’aime bien l’instant présent. Ce sont les autres qui m’ont nourri pour faire celui-ci. Sans les autres, ceux que j’ai faits avec Benjamin Biolay, Karen Ann ou Calogero (Circus), celui-ci serait-il aussi abouti ? Je me suis aussi nourrie des albums auxquels j’ai participé en tant que violoniste. Je considère que j’étais dans un laboratoire pendant toutes ces années.

Observiez-vous tous ces artistes avec la perspective éventuelle de devenir chanteuse ?

Si je suis opportuniste, c’est dans le côté positif. J’ai rarement provoqué les choses, elles sont beaucoup venues à moi. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’elles sont venues tard, parfois (rires).

Mais, vous aviez envie de devenir chanteuse ?

Cette envie-là, je l’avais enfouie en moi depuis longtemps. Je me disais que c’était trop tard et surtout que c’était trop dur aujourd’hui. Le métier est de plus en plus difficile, alors, se lancer dans un métier comme ça…Les opportunités que la vie t’offre peuvent parfois te faire changer d’avis.

Vous êtes instrumentiste et vous travaillez énormément pour les autres. Cela permet-il de ne pas avoir trop de pressions quant à réussir ou non en solo ?

C’est évident. Mais, je ne veux surtout pas arrêter cette activité-là pour me lancer dans la chanson. J’aime mon métier et je n’ai pas du tout envie de l’abandonner. Ces deux manières de faire de la musique sont compatibles. Ce sont juste les emplois du temps qui sont plus difficiles à gérer.

"Rien", en studio avec Benjamin Biolay.

Benjamin Biolay a réalisé cet album. C’est un très bon arrangeur de cordes, mais pour les parties de violons, avait-il son mot à dire ?

Ah oui ! On a fait moitié-moitié sur les arrangements de cordes. Moi, je suis violoniste, mais arrangeur de cordes, c’est encore autre chose. Je l’ai déjà été, mais je n’ai ni son talent, ni son expérience. A ce propos, savez-vous que dans la tournée de Vanessa Paradis, il joue du violon ? Et très bien en plus ! Il sait vraiment tout faire, c’est extraordinaire.

Vous avez composé quelques morceaux vous-même.

J’ai composé « Une aventure », « La fille idéale », « Où je vais », « A fleur de peau » avec Benjamin, « l’amour en cage », « Rien », « Ta muse », « Tu ne sauras pas » et « Voilà » avec Karen Ann.

Par contre, vous n’écrivez pas les textes encore vous-même, il faut donc trouver des gens qui « parlent » en votre nom et qui écrivent bien.

L’album vient de sortir, mais il y a des chansons qui sont écrites depuis des années. Benjamin me connait depuis toujours, donc je n’avais pas de souci sur ce qu’il pouvait écrire pour moi. J’avais aussi envie d’auteure féminine qui parlent des femmes et que ce soit un peu sexy. Elodie Frégé est tombée à pic. J’ai toujours aimé son univers. C’est une auteure incroyable et il serait tant que le métier le comprenne.

Passez-vous du temps avec vos auteurs pour qu’ils vous connaissent un peu plus et saisissent ce que vous êtes ?

On passe beaucoup de temps à parler. Je leur explique les sujets qui me touchent et que je souhaite évoquer.

En studio, le duo Karen Brunon et Keren Ann dans "Le lieu du crime".

Le duo avec Keren Ann, c’était pour boucler une boucle commencée avec le groupe Shelby, que vous formiez avec elle et Benjamin Biolay ?

C’était impossible qu’elle ne soit pas sur mon album. Qu’elle chante avec moi « Le lieu du crime » est un cadeau du ciel. De toute manière, dans cet album, il y a tous les gens que j’aime, tous les gens avec lesquels j’ai commencé la chanson.

Sauf Calogero !

Parce qu’on a écrit nos deux albums en même temps. Il était très occupé. Il n’est pas là, mais il est là quand même. J’ai beaucoup appris de ma participation à Circus. Tous les autres membres du groupe m’ont donné beaucoup de conseils. Mais Calo a une telle expérience qu’on est obligé de l’écouter et de prendre un peu de sa force. Il est d’une rare générosité.

Clip de Circus, "Sur un fil".

Clip de Circus, "Chagrin d'ami".

Comment appelez-vous la musique que vous faites ?

Je ne sais pas. C’est délicat à qualifier. J’ai envie de mettre les mots « élégant », « féminin », mais n’est-ce pas trop présomptueux ?  C’est aussi un disque de variété, dans le sens où il est varié. Je m’en fous des étiquettes.

Votre clip « Où je vais » passe beaucoup à la télé. On vous y voit casser un violon. Y-a-t-il quelque chose de symbolique dans cet acte ?

Non, ce n’est pas pour dire que je casse ma vie passée. J’ai juste trouvé ça rigolo. Je n’ai pas ce côté protecteur par rapport à la musique classique. J’ai voulu dire : « On s’en fout ! Amusons-nous ! » La vie est un peu noire en ce moment, il faut bien que l’on prenne du bon temps et que l’on soit un peu léger et inconscient.

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Certains artistes travaillent beaucoup pour fuir la réalité. Est-ce votre cas ?

A un moment, peut-être, mais aujourd’hui, je pense être bien ancrée dans la réalité.

Après avoir été dans l’ombre de  nombreux artistes pendant longtemps, avez-vous ressenti le besoin d’être désormais « la » vedette ?

Je n’ai pas fait de la musique pour ça. J’ai toujours été bien où j’étais sur scène. J’ai eu une carrière très épanouissante jusqu’à présent, je n’ai donc aucune frustration. J’ai fait le tour du monde et j’ai travaillé avec de très grands artistes. Aujourd’hui, je veux simplement continuer à m’exprimer, mais peut-être en disant des choses plus personnelles.

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Après l'interview, le 2 octobre 2014.

Prochaines dates sur scène...

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05 novembre 2014

Marc Molk : interview pour Plein la vue, la peinture regardée autrement

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Marc Molk (© Lison Nissim)

J’ai beaucoup d’admiration pour le travail de Marc Molk. Autant peintre qu’excellent écrivain, il domine à la perfection ces deux activités artistiques.  

Dans Plein la vue (Editions Wild Project), il « dissèque » à sa manière trente tableaux, pas forcément très connus, mais qui lui parlent. Et donc, qui finissent par nous parler. Il joue à l’amateur qui s’adresse à des amis, alors qu’en fait, il distille de très sérieuses réflexions et en connais un rayon sur le sujet. Ce que raconte Marc Molk est souvent, drôle, impertinent, personnel, malicieux, et toujours rigoureusement malin, instructif… bref, sacrément passionnant !

Pour sa seconde mandorisation (lire la première ici), l’artiste est venu à l’agence le 25 septembre dernier.

PleinLaVue-MarcMolk.jpgNote de l’éditeur sur Plein la vue, La peinture regardée autrement :

30 tableaux de toutes époques admirés librement.

Mêlant critique d'art et autofiction, Marc Molk propose un texte personnel sur l'amour de la peinture. Ce livre est parcouru de femmes, de guerres, de paysages, de fêtes et de larmes. Entre narration et contemplation analytique, Plein la vue esquisse un genre inédit. Impertinent, dandy, sexy, érudit, obsessionnel, classique, inclassable, universel.

Préface de Léonard de Vinci
(Sélection originale d'extraits des manuscrits de Léonard de Vinci)

L’auteur :

Marc Molk, écrivain et peintre, a codirigé en octobre 2014 le colloque La Fabrique de la peinture au Collège de France.

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DSC09449ff.JPGInterview :

Raconte-nous comment ce livre a vu le jour.

C’est assez étrange. J’ai croisé Baptiste Lanaspèze en 2006. Il travaillait chez Autrement. Il avait lu mon premier livre : Perte humaines, qu’il m’avait dit avoir adoré. On a fait connaissance, mais six mois après il est parti s'installer à Marseille. Nous avions bien accroché mais je ne l’ai plus revu après. C'était l'époque encore où l'expression « se perdre de vue » avait un sens fort. On a fini par se recontacter, grâce aux réseaux sociaux, comme tout le monde. Il avait entre temps monté sa propre maison d’édition : Wildproject. Il publie des livres axés principalement sur l’écologie, la philosophie de l’écologie, etc… Quand j’ai sorti mon deuxième roman : La Disparition du monde réel, je le lui ai fait envoyer, par pure estime, parce que nous avions beaucoup parlé et que je savais qu'il était un grand lecteur. C'était aussi un moyen de poursuivre une relation amicale interrompue par la force des choses.

Tu es romancier et tu peins. Soudain, tu écris sur la peinture…

Pendant longtemps, je me le suis interdit. J’avais peur que cette activité s’apparente à de la critique d’art. Je ne voulais pas me faire égorger par ceux dont c’est le vrai métier. J’ai donc commencé par créer une page anonyme sur Facebook, sur laquelle je postais des tableaux agrémentés d’un petit texte de 3000 ou 4500 signes, ce qui équivaut à trois pages. J’ai eu pas mal de fans assez vite sur cette page. Elle s’appelait « Le petit pan de mur jaune ».  Je me suis retrouvé dans une situation grotesque : à ne pas avouer que j’étais l’auteur de ces textes alors que je mourais d’envie de fanfaronner et de dire que c’était moi.

C’était un problème statutaire ?

Complètement. Mais, au fur et à mesure, je me suis aperçu que ce que j’écrivais n’était décidément pas de la critique d’art. C’était littéraire, libre et autofictionnel. Je racontais un peu ma vie et j’expliquais pourquoi tel tableau m’avait plu, comment, quel étaient mes détails préférés, etc... Du coup, j’ai cherché à comprendre ce que j’étais en train de faire. En fait, je partageais juste mon plaisir et mon intérêt pour les œuvres.

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Mais tu avais dans l’idée de publier ces textes un jour ?

Oui, c'était tout de même très écrit, et je pensais que cela finirait par être publié, mais j'ai été surpris de la vitesse à laquelle ces textes se sont transformés en livre. Je pensais que ça allait être beaucoup plus long. Quelques années peut-être.

Comme tout se sait, les gens ont fini par savoir que tu étais l’auteur de cette page Facebook.

Certains avaient deviné et il devenait difficile de nier. Donc, j’ai mis mon nom dans un coin et j’ai continué à poster régulièrement. Au bout d’un an et demi, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de textes.

Qu’aimes-tu sur Facebook ?

La publication suivie de la réaction immédiate. J’aime que les gens « likent », commentent, critiquent, dans le positif ou le négatif. J’aime l’échange direct. Ça casse complètement la solitude de l’écriture.

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Et un jour, Baptiste Lanaspèze t’envoie un message pour prendre de tes nouvelles.

Oui, et il me dit qu’il aime beaucoup ce que je fais sur la page « Le petit pan de mur jaune » et qu’il a envie d’éditer ces textes. Absurdement, au tout début, j'ai essayé de le dissuader d'éditer ce livre, en le prévenant de l’énormité du travail à effectuer.

Et en plus, ça doit coûter cher ce genre de livre… ne serait-ce que pour récupérer les droits de chacun des tableaux.

Il y a trente tableaux, cela veut dire qu’il a fallu contacter trente personnes pour obtenir les droits, avec contrats signés, et les reproductions haute définition. C’est une jeune stagiaire qui était dans la maison d’édition qui a passé ses deux mois de stage à ne s’occuper que de cela. Au final, c’est un très joli petit livre, tout à fait abordable, avec une très bonne qualité de reproduction.  Je voulais que ce soit un objet sensuel.

Le fait d’avoir écrit ces textes sur Facebook a-t-il modifié leurs dynamiques?

Baptiste me disait qu’il adorait la façon que j’avais d’attaquer les textes. Je me suis rendu compte que quand on poste quelque chose sur Facebook, il faut accrocher immédiatement le lecteur, dès la première phrase. Donc, les contraintes pour avoir de l’attention, des likes, des commentaires, ont favorisé un rythme efficace. 

Sur la page internet, il y avait soixante tableaux. Tu en as choisi trente pour le livre.

Allais-je choisir en fonction des textes ou en fonction des tableaux ? Il me paraissait évident que c’était les textes qui étaient le plus important sur ce projet. Donc, j’en ai sélectionné, puis je les ai relus et, évidemment, retravaillés. Il y avait aussi certains tableaux que je voulais dans le livre parce qu’ils me tenaient à cœur, mais dont j’ai estimé finalement qu’ils allaient casser une certaine unité de style. Baptiste avait aussi son mot à dire. Quand le texte n’était pas aussi efficace que cela, je le modifiais très largement. Puis j'ai ajouté plusieurs inédits au livre pour que les fans du « Petit Pan de Mur Jaune » aient des surprises.

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Autre étape : le classement.

C’est un livre à picorer, mais je savais qu'il y avait des lecteurs qui allaient le lire du début à la fin. Il fallait que mon choix de texte et de peinture épouse une certaine logique. J’ai voulu faire quelque chose sur la guerre, le sexe, le drame, le châtiment, la rédemption et la mélancolie. Au final, le livre est une construction qui peut ne pas être évidente à un observateur extérieur. Elle est très ressentie pourtant. Elle va de la timidité que l’on peut avoir vis-à-vis de la peinture jusqu’à la mélancolie qu’elle peut nous procurer en passant par l’excitation et l’intérêt. Du moins je l'espère.

Je crois que tu n’aimes pas que l’on dise que c’est un livre de vulgarisation sur la peinture.

Parce que cela n’en est pas un du tout. Je vais dire quelque chose de très prétentieux, mais je voulais écrire des textes brillants. J’avais envie de quelque chose de décoiffant, d’un peu rock’n’roll et de rafraichissant, dans la discipline statique et silencieuse qu’est la peinture. Je n’ai pas voulu vulgariser, j’étais dans un effort de sincérité. Je veux que les gens se retrouvent dans certaines de mes réflexions sur un tableau. En donnant le témoignage d’une parole intime, je me rends compte que, pour certains lecteurs, il y a une barrière qui a été abattue dans ce domaine de la peinture. Mais, souvent, je n’hésite pas à balancer des références ou des théories tatillonnes sur certains tableaux. C’est aussi un livre exigent, même s’il est écrit pour être lu, pour être accueillant.

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Le culte du style, Marc Molk, 2013, huile et acrylique sur toile.

Tu commentes aussi un tableau de toi.

À un moment, je me suis dit que c’était un exercice intéressant d’expliquer ce que je pense de ma propre peinture et comment je regarde mes propres tableaux. J'écris et je peins toujours pour quelqu’un. En l’occurrence, le tableau qui figure dans le livre, je l’ai fait en pensant à un ami : Jérôme. Alors j'en ai parlé. Dans ma peinture, ce sont les gens qui sont la raison des tableaux. Je trouvais aussi intéressant de jouer avec ma double casquette de peintre et d'écrivain.

Cette fameuse double casquette dont les conséquences te « traumatisent » un peu.

C’est peut-être quelque chose que j’exagère dans ma tête. Ceux qui ne m’aiment pas dans le milieu de l’art disent de moi que je suis « un écrivain qui peint », et ceux qui ne m’aiment pas dans le milieu de l’édition disent que je suis « un peintre qui écrit ». Ce qui est triste au fond, ce n'est pas ce qu'ils disent, mais c'est qu'ils ne m'aiment pas.Heureusement, il y en a aussi tout plein qui m'aiment.

Ne faut-il pas passer outre tout cela ? Tu m’en avais parlé lors de ta première mandorisation.

On peut s’en foutre, mais le souci, c’est qu’il y a des conséquences à toute cette mascarade. Par exemple, telle difficulté à exposer dans un contexte collectif ou des questions de crédibilités soulevées par de mauvaises langues, à l'occasion, dans l’une ou l’autre des deux disciplines que je pratique. Je ne comprends pas pourquoi cela se passe comme ça parce qu’il y a beaucoup de peintres qui ont écrit en parallèle à leur activité de peintre. Je ne me compare pas à ces monstres sacrés mais je veux les citer : le journal de Delacroix, les lettres de Van Gogh, Dubuffet a aussi énormément publié, le douanier Rousseau a écrit beaucoup de pièces de théâtre, etc … Mais, maintenant que tu me rappelles que je t’en ai déjà parlé il y a deux ans, je me rends compte que tu as peut-être raison. Peut-être fais-je du surplace mental ?

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William Bouguereau, la Vague, 1896, Huile sur toile.

Tu as un côté provocateur dans la vie, qui se retrouve dans ce livre.

J'aime le proverbe qui dit : « le clou qui dépasse appelle le marteau ». Je suis né à Marseille, j’ai un petit côté cacou. Je reviens à la vulgarisation dont tu me parlais tout à l’heure. J’ai plutôt l’impression que c’est moi qui suis vulgaire. D’abord, il est vrai que je ne suis pas sorti de la cuisse de Jupiter. Je ne suis pas un héritier. J’ai mis dix ans pour perdre mon accent marseillais, qui était à couper au couteau. J'ai grandi à Belsunce, rue Colbert. Ceux qui connaissent Marseille comprendront. Pour m’en sortir, j'ai eu de la chance et je crois que j’ai fait une sorte de parcours d’adaptation. La distance que j’ai parcourue est immense, mais j’ai fait en sorte qu’elle ne se voit pas. Il reste en moi tout de même un côté teigneux qui me souffle à l'oreille toujours : « Je ne veux pas devenir un bourgeois ». En même temps, ce qu’ils ont, je le veux. Je n’ai plus de famille. Je crois que j'ai longtemps cherché à en avoir une. Mais les gens ne veulent pas que je sois de leur famille. Il y a des  groupes d’affinité, mais à cause de ma personnalité, aucun ne m’accepte. Quand je parviens à me calmer, je fais une dépression. Alors, aujourd’hui, j’ai renoncé. Je me tiens plutôt à distance.

Maintenant, tu prends les gens au détail.

Oui, et les gens qui m’aiment sont souvent aussi seuls que moi.                         

Espères-tu que ce livre fera intéresser les gens à la peinture.

C’est un de mes souhaits les plus chers. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il y ait autant de gens qui aiment la cuisine, qui aiment la musique, qui aiment le cinéma et aussi peu qui aiment la peinture. Imagine un monde où tu serais le seul à savoir que les éclairs au chocolat ou les tartelettes à la framboise, c’est super bon ! C’est difficile parce qu’à un moment, ton propre plaisir, tu veux le partager pour l’augmenter. C’est ce que j’ai tenté de faire avec ce livre.

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Avec Marc Molk, à l'issue de l'interview le 25 septembre 2014.

04 novembre 2014

Laurie Darmon : interview pour l'EP, Mesure première

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(Photo : Zacharie Elia)

Laurie Darmon, 23 ans, est une jeune femme passionnée par la musique depuis sa tendre enfance. Elle se présente aujourd’hui comme « une auteur-compositeur-interprèteque la scène épanouit ». Après dix années de piano, un parcours scolaire studieux, de la guitare, de la batterie, des chansons sur des questionnements d’une fille de son âge, elle peut enfin se consacrer à l’élaboration de son véritable projet musical. En septembre 2013, elle a entamé la réalisation de son premier disque, un EP de 5 titres, Mesure première (sortie le 10 novembre 2014). Quelques neuf mois ont été nécessaires à ce qu’elle décrit comme « un accouchement d’elle-même ».

La jeune chanteuse prometteuse est passée par l’agence le 30 septembre dernier.

laurie darmon,mesure première,interview,mandorL’EP :

Laurie Darmon propose une musique qui balaye plusieurs registres, tels que le jazz, la pop, la bossa nova, la balade, ou encore la chanson française, mais aussi une musique qui mélange les sons, les couleurs et les humeurs, et où les mots viennent battre la mesure dans un élan tantôt chanté, tantôt parlé. Si ses compositions ont eu une première vie au seul son d’un piano, elle a cependant voulu leur donner un second souffle plus mature et s’est entourée de deux réalisateurs, Wladimir Pariente et Martin B. Janssen, et de plusieurs musiciens dont François Villevieille (du groupe Eléphant).

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(Photo : Zacharie Elia)

laurie darmon,mesure première,interview,mandorInterview :

Vous avez commencé très tôt la musique.

Mon père faisait du piano et de la batterie sans prendre de cours. Il s’est mis à jouer très naturellement. Il s’est ensuite construit un home studio qu’il a agrémenté au fur et à mesure.  Quand j’étais petite, mes parents ne m’ont forcé à rien. C’est moi qui étais très volontaire. J’allais pianoter, je dansais aussi sur sa musique. Quand j’avais cinq ans, mon père a fini par me placer un micro dans la main.

Tu chantais par exemple du Christophe, je crois ?

« Les marionnettes » était ma préféré de l’époque, mais j’interprétais aussi « Succès fou », « Senorita » et quelques autres. J’étais fan de Christophe et je connaissais ses chansons par cœur parce que mon père m’avait donné une cassette de lui pour m’endormir le soir.

Tes parents t’ont poussé à faire « L’école des fans ». Celle d’Enrico Macias.

Oui, moi, je ne voulais pas le faire. J’avais peur. A l’époque, je n’étais pas encore dans la démarche de me dire « je veux être chanteuse ». Cette année-là, je voulais être maîtresse d’école, mais je n’ai pas dit ça parce qu’une petite fille l’avait annoncé avant moi, donc, j’ai dit directrice d’école. C’était au-dessus d’elle (rires).

Laurie Darmon à "L'école des fans".

Tu as envisagé de faire de la musique sérieusement à quel âge ?laurie darmon,mesure première,interview,mandor                 

Vers seize ans. Mais avant, j’avais déjà commencé à composer des musiques au piano. Dans mes textes, je racontais des histoires de jeunes filles de mon âge, mais ce n’était jamais ma propre vie. Je racontais des histoires de personnes que je ne connaissais pas vraiment, mais dont je devais certainement fantasmer la vie.

Généralement, quand on commence à écrire des textes, on parle de soi.

C’est deux ans plus tard que j’ai commencé à le faire.

Les chansons qui se trouvent sur l’EP, Mesure première, sont donc personnelles ?

Pas toutes. Il y en a qui ont été écrites quand j’avais seize ans. A l’époque, je n’avais pas connu de rupture, je n’avais pas de copain, donc j’inventais tout. Avec le temps, elles sont devenues personnelles, parce que depuis, j’ai vécu toutes ces choses-là. C’est très curieux ce phénomène.

Tu as fait le conservatoire, donc tu as appris les bases musicales un peu obligatoires. C’était essentiel ?

Oui, parce que c’est ce qui m’a permis de faire du solfège. J’en ai fait quatre ans et j’ai eu mon diplôme. Après ça, je me suis sentie plus libre pour improviser.

C’est amusant de savoir que tu n’as jamais fait de piano au conservatoire, alors que c’est ton instrument de prédilection.

Oui, mais j’en ai beaucoup fait dans un centre culturel. J’ai eu la même prof pendant quinze ans et c’est là que j’ai appris toutes les bases nécessaires pour dominer cet instrument. Et quand tu domines, tu peux te permettre de sortir de ce que tu as appris... et d’improviser.

laurie darmon,mesure première,interview,mandorUne de tes premières expériences scéniques, c’était un spectacle partagé avec Kev Adams.

Kev était dans ma classe, donc nous étions copains. Ils n’osaient pas se lancer et moi j’avais déjà posté mes chansons sur MySpace. Il m’a suggéré de faire un concert, ce que j’ai fait très confidentiellement. Ensuite, Kev est venu me voir et m’a proposé de faire une scène commune dans un bar parisien. Il ne voulait pas jouer tout seul. Cela le rassurait que l’on fasse moitié moitié. C’était l’année de mon bac, c’était un peu compliqué, mais j’ai accepté quand même. On a fait un mois ensemble, ensuite, j’ai arrêté et lui a continué. Aujourd’hui, il est devenu ce qu’il est devenu.

(Les deux photos précédentes de Laurie Darmon sont signées Jessy Zeitoun. Merci à elle!)

Tu le vois encore ?

Oui, mais pas souvent, il est passé à une autre vie.

Ensuite, il y a une autre expérience avec Maureen Angot.

J’ai joué avec Maureen grâce à Brice Conrad. J’avais rencontré ce dernier à une soirée et il voulait que l’on fasse de la musique ensemble. Je n’avais pas accepté parce que j’étais dans mes études et je ne voulais pas me laisser trop me distraire. J’ai fini par accepter de jouer un concert avec lui et Maureen. Depuis, je n’ai plus de nouvelle, mais je vais certainement tenter de la recontacter parce que j’aime beaucoup ce qu’elle fait.

Après, tu as souhaité faire des choses toute seule. Devenir indépendante commençait à te titiller ?

J’ai commencé à jouer seule à 18 ans et j’allais me produire dans un endroit qui s’appelle L’Etage. Mais, c’était toujours à côté de mes études, donc, ce n’était jamais très concret. Quand j’ai terminé mes études, après avoir obtenu ma licence de droit, je me suis plus intéressée aux moyens de m’en sortir dans la musique. J’ai posté des chansons sur YouTube, ce qui m’a permis d’avoir quelques retours. Il y a un an et demi, j’ai été démarchée par My Major Company. C’est à ce moment-là que mon projet s’est concrétisé une bonne fois pour toute avec ce disque.

"Rupture" premier single tiré de l'EP, Mesure première.

Dans cet EP, et principalement dans ta chanson « Rupture », tu as une façon d’interpréter très original. Ce n’est pas du parlé-chanté, mais quelque chose s’en approchant.

Même moi, je ne sais pas trop décrire comment je chante. J’ai une certaine rythmique parce que mes chansons ont beaucoup de mots. Notamment dans le deuxième morceau « Ta voix ». C’est vraiment le rythme qui me plait. Même dans ma façon d’écrire. Pour ça, je suis fan du travail de Michel Berger.

J’ai lu que vous écriviez une chanson en moins d’une heure…

Je ne compose que quand c’est ancré dans ma tête. Ça vient en moi dès que je sais que ce n’est plus possible. En résumé, si j’ai plein de temps devant moi, ça ne vient pas, mais si je suis dans l’urgence, ça vient.

Tu écris beaucoup ?

Oui, mais pas uniquement des chansons. J’écris aussi des nouvelles, des pièces de théâtre et des romans. Tout n’est pas abouti, mais je travaille beaucoup.

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Pendant l'interview...

laurie darmon,mesure première,interview,mandorLa chanson « Rupture » vient de rentrer en play list de France Inter, c’est une sacrée bonne nouvelle pour un jeune artiste, non ?

Le fait d’avoir fini le disque, déjà, je suis contente, mais le fait d’être sur France Inter est un encouragement que j’apprécie à sa juste valeur.

Est-ce long de se faire connaitre ?

Oui, mais ça dépend la démarche que l’on adopte. Moi, je refuse les compromis, donc je sais que ça va moins vite. Quand on accepte pas mal de choses, ça peut-être plus rapide, mais ça peut être aussi éphémère. Je crois qu’il ne faut pas se trahir.

La scène, c’est ce que tu préfères ?

Oui. Pour le moment, je suis seule avec mon piano. Mais, j’aimerais bien être indépendante sur scène. Avoir simplement mon texte à chanter et des musiciens pour m’accompagner. Quand on a juste son corps et sa voix à disposition, on essaie de transmettre autre chose.

Tu crois en ta destinée de chanteuse ?

Je suis toujours positive. Je sais que ça va être très difficile. Pour moi, c’est presque comme un jeu.

Tu es un peu la relève de ton père, puisque la musique était sa passion ?

Oui, lui n’a pas pu aller au bout de sa passion. J’espère y parvenir…

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Après l'interview le 30 septembre 2014.

Premières dates des concerts à venir, à Paris ou ailleurs...

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27 octobre 2014

Le club des cinq : Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin

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Openmag.jpgPour le journal Open Mag (le gratuit offert dans toutes les Fnac de France) daté du mois d’octobre 2014, j’ai voulu rendre hommage à cinq auteurs qui forment un club (sans en former vraiment). Ils s’en défendent, mais j’estime qu’ils pourraient allègrement être à l'origine d'une nouvelle école littéraire.

Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin sont des amis/écrivains aux tons, aux styles et aux sujets originaux et modernes. Je suis ces cinq bons vivants, pour la plupart, depuis le début de leur « carrière » littéraire.

(Et je les aime beaucoup humainement.)

Au passage, voici les dernières mandorisations de Julien, Richard, Bertrand, Guillaume et François (et la participation amicale de Philippe Jaenada.)

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26 octobre 2014

Zsuzsanna : interview pour la sortie de Bánat Vagabond songs

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La première fois que j’ai entendu parler de Zsuzsanna, c’est en des termes élogieux : on disait d’elle qu’elle était la Lhasa hongroise. Rien que ça ! Bánat Vagabond songs est son quatrième album et il confirme la singularité de son blues des plaines d’Europe centrale, à la fois sauvage et mélancolique, abrupt et onirique. Les nouvelles chansons de cette interprète, comédienne et accordéoniste hongroise sont comme un carnet de voyage. Un univers poétique avec guitare folk et violons pleureurs dans lequel les chants traditionnels de ses origines se mélangent à ses propres textes et compositions.

Le 4 septembre, Zsuzsanna est passée à l’agence pour évoquer ce nouveau disque et ses carrières de comédienne et de chanteuse.

1507-1.jpgArgumentaire de l’album Bànat Vagabond songs.

Zsuzsanna Vàrkonyi est née en Hongrie. Chanteuse, comédienne, accordéoniste, elle a voyagé à travers le monde. La liberté ce fut d’être comédienne en plusieurs langues et de pouvoir parcourir le monde, et partager la culture de ses racines en chantant dans les bars, dans la rue... Elle vient de terminer son quatrième album, Bànat Vagabond songs, enregistré et réalisé par Philippe Teissier du Cros. Ce nouvel album est comme un carnet de voyage. Un univers poétique dans lequel les chants traditionnels de ses origines se mélangent à ses propres textes et compositions. Elle écrit et interprète ses chansons en hongrois, en rom, en français ou en anglais. On retrouve dans l’ensemble de l’album une atmosphère de blues d’Europe de L’Est. Les chansons sont arrangées par son groupe de musiciens, Csaba Palotaï (guitares), Frédéric Norel (violon), Jeff Hallam (basse) et Sylvain Lemêtre (percussions), avec qui elle travaille et donne des concerts depuis 5 ans. C’est une musique élégante où le rythme prédomine, et la mélancolie tzigane se mêle à des sonorités plus pop, blues ou rock.

La bio complète et instructivede Zsuzsanna est à lire là. Une vie déjà bien remplie...

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Zsuzsanna lors de l'entretien.

IMG_5793.JPGInterview :

La musique est-elle venue tôt dans votre vie ?

Je viens d’une famille où la musique était omniprésente. Ma mère a fait l’Académie de musique en Hongrie. Elle voulait être chanteuse d’opéra, ce qu’elle n’est pas devenue au final. Je pense qu’elle m’a transmis cet amour de la musique classique. J’ai fait le conservatoire trois fois par semaine et j’ai joué du piano classique. Je n’avais pas le droit d’improviser au piano.

Votre grand-père jouait aussi de la musique.

Oui, c’était un homme formidable, autodidacte. Il a d’abord monté un orchestre de guitares et de mandolines et il est devenu chef d’orchestre de la ville. Durant toute mon  enfance, on écoutait des grands opéras à la maison. A 14 ans, dans ma chambre, discrètement,  j’ai ajouté à ma culture les Pink Floyd par exemple.

A un moment, vous en avez eu marre de la musique classique.1394178_211306305707759_2041508783_n.jpg

C’était une forme de rébellion. J’ai arrêté le piano en pleine adolescence. Je me suis mise à écouter beaucoup de jazz. C’est devenu ma passion. J’ai fait des festivals de jazz.

Ensuite, vous êtes partie de chez vos parents pour entrer dans une université de théâtre, en Italie.

Oui, c’était du théâtre alternatif, corporel et très engagé. Un jour, pour payer cette école, j’ai décidé de faire de la musique dans la rue. J’ai donc acheté un petit accordéon et j’ai appris quinze chansons en deux semaines. Je suis restée deux ans dans cette école de théâtre et tous les week-ends, je chantais dans de différentes villes italiennes.

Avec ce groupe de théâtre alternatif, vous jouiez de la musique ?

On chantait et on travaillait avec de vrais musiciens. Ces deux arts étaient très liés. Aujourd’hui, je continue à faire du théâtre dans lequel la musique tient une place importante. J’utilise tout le temps mon accordéon et le chant.

Un extrait de l'album Bánat Vagabond song: "Vàrtam Jöttöd".

10419476_10152506405662888_7300622073434592838_n.jpgQue vous ont appris vos années à chanter dans la rue ?

C’était une période de ma vie assez libre, mais « à l’arrache ». Une jeune fille, blonde, seule avec son accordéon à jouer dans la rue, ce n’était pas toujours évident. C’était très physique en tout cas. C’était un travail tout en projection. J’ai appris une certaine intimité avec le public et, à la fois, une certaine distance.  Mais j’aimais ça et ça m’a permis de gagner de l’argent.

Pourquoi êtes-vous venue vous installer à Paris ?

Je suis d’abord venue trois mois dans une troupe de gens que je connaissais et que j’appréciais beaucoup. On faisait de la danse, du théâtre et de la musique. Pendant ces trois mois, j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont proposé de participer à des projets. J’ai chanté dans les bars, ensuite, j’ai rencontré le cinéaste autrichien Hubert Sauper. Nous avons fait un film ensemble, Loin du Rwanda. C’était un film dur sur une réalité dure. Après cette expérience, je ne me suis plus demandé si je voulais rester ou pas à Paris. J’avais un réseau d’amitié et professionnel tellement important que cela coulait sous le sens que je reste.

Je vous considère un peu comme une aventurière. Prête à tout, sans mesurer les risques éventuels.

C’est vrai. Jeune, je vivais dans un petit pays aux frontières fermées. Parcourir le monde a été pour moi un rêve d’enfance. J’avais besoin de connaître la planète et de me plonger dans la culture occidentale. Parfois, je me dis que je me suis peut-être trompée de métier. J’aurais dû être reporter, journaliste de guerre… ou travailler pour l’UNICEF. J’adore voyager, connaître de nouvelles personnes, découvrir de nouveaux endroits.

Vous aimeriez écrire des livres ?

Non, je ne m’en sens pas capable. Je préfère raconter des histoires à travers des chansons. Je me vois plus faire un film en tant que réalisatrice et comédienne.  J’aimerais évoquer mon enfance et cette Hongrie des années 80. J’ai grandi dans un système qu’on appelle en France communiste, et que nous, nous appelions « démocratie populaire ». Je pensais que j’allais vivre ainsi toute ma vie. Un jour, tout s’est écroulé. Les frontières se sont ouvertes et tout a changé.  J’aimerais raconter cette histoire d’un peuple qui, du jour au lendemain, souhaite refaire le monde. Bon, on s’est vite rendu compte que ce n’était pas si simple. J’ai des milliers de choses à raconter là-dessus.

Un extrait de l'album Bánat Vagabond song: "Vagabond Song".

1383611_211304745707915_425806204_n.jpgBánat Vagabond songs est votre quatrième album.

Oui. En 1998, j’ai fait un album en France qui s’appelait Je pars. Je l’ai enregistré en deux après-midi pour une toute petite maison de disques. 18 chansons que je ne trouvais pas abouties, mais le disque a cartonné. Il a été en « sélection FIP ». Aujourd’hui, on me demande souvent où se procurer cet album. Après, j’ai fait un disque Yiddish pour les enfants, Ot Azoy, puis, j’ai sorti une autoproduction qui s’appelait Quelque part.  J’y racontais des histoires de déracinements.

Il me semble que Bánat Vagabond songs est le fruit d’une rencontre importante avec vos musiciens et vous.

Csaba Palotaï et Frédéric Norel sont la base de mon travail depuis de longues années. Csaba amène quelque chose de fantastique. C’est un hongrois, on se comprend au-delà des mots et il amène une ouverture musicale incroyable. A la fois underground, à la fois rock, à la fois… aventure. Frédéric amène mon passé : classique, jazz… et aussi aventure, car c’est un très grand improvisateur. Ce sont des musiciens avec lesquels je travaille sur le moment. On ne prépare rien, en fait. Jeff Pallam m’amène le côté indie. Lui aussi, c’est un aventurier de la musique et un esprit très libre. Quant à Sylvain Lemêtre, il est très créatif. C’est une belle équipe qui me convient totalement. Je n’oublie pas Philippe Teissier, qui a réalisé ce disque. Ces prises de son sont magnifiques. Ma rencontre avec lui a été comme une évidence.

Vous aimez l’improvisation dans la création ?

La création, c’est une cuisine. Chaque musicien apporte quelque chose de lui. On n’a pas besoin de penser ou d’imaginer les choses de la même façon. C’est une alchimie qui se crée naturellement.

Valse Yiddish au Studio de l'Ermitage en 2012.

Je ne parle pas hongrois, mais je me suis laissé quand même porté par vos chansons. Ça 1378409_211606345677755_378489288_n.jpgprend aux tripes. J’ai voyagé et vu des images dépaysantes…

Ça me fait plaisir. Les musiques appartiennent aux images et peut-être aux voyages. L’atmosphère, c’est ce qu’il y a de plus important au cinéma. J’aime bien sortir d’un film comme on sort d’un rêve. Parfois, on ne se souvient pas de l’histoire, mais on se souvient des sensations. Inconsciemment, mes musiciens et moi étions tous dans cette démarche-là.

Quand on vous dit que votre disque est un peu triste, vous réagissez comment ?

J’accepte, mais ce n’est pas une fin en soi. J’adore, le blues, les lamentations et le chant. C’est souvent synonyme de désespoir. Je tente de transposer ce désespoir dans une dimension plus spirituelle.

Votre musique, vous la classez dans quelle catégorie ?

Je cherche encore la réponse (rires). Avec Luc, de L’Autre Distribution, on a hésité à mettre ce disque, Bánat Vagabond songs, au rayon « world music » ou « variété internationale ». Bon, comme je chante en hongrois, que je reprends des airs traditionnels et que j’ai des chansons personnelles qui ont le goût d’airs traditionnels, on n’a pas hésité longtemps. C’est de la world music.

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1383086_211607685677621_1220369269_n.jpgToutes les chansons de votre album sont traduites en français. Belle initiative !

Mes chansons parlent d’évasion, d’exil, de lointain, de l’impossibilité de l’amour et je voulais que tout le monde comprenne le sens de ce que j’interprète.

Vos chansons vous ressemblent-elles ?

(Long silence). Oui, je le pense. Je les choisis et elles me ressemblent dans la vraie vérité de l’être. C’est d’ailleurs quand je les chante que je me sens le plus moi-même. Le quotidien est difficile pour moi. Quand je suis sur scène, je deviens quelqu’un d’entier dans un monde qui me convient mieux.

Maintenant que Bánat Vagabond songs est sorti, quelle est la suite de votre aventure musicale ?

J’ai déjà douze chansons en anglais prêtes. Je cherche maintenant les moyens de les enregistrer et je souhaiterais que ce soit avec la même équipe que pour Bánat Vagabond songs.

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Avec Zsuzsanna, à l'issue de l'interview, dans la cour de l'agence.