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09 août 2019

Jérôme Minière : interview pour Une clairière

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(Photo : Dan Popa)

Exilé au Québec depuis 25 ans, Jérôme Minière y a construit une belle carrière mais le revoici en France avec Une clairière, signé sur le label monté par Rémy « Chevalrex » Poncet (qui a réalisé ce nouvel album), Objet Disque. « On y retrouve la poésie rare des sons et des mots, abrupte mais lumineuse, d’un des artistes les plus attachants et singuliers de ce côté ou l’autre de l’océan », dixit sa biographie. « Perles pop entêtantes, groove foutraque ou longue balade en clair-obscur, entrer dans Une clairière va donner envie de redécouvrir toute une œuvre synthétisée ici avec brio ».

Comme le rappel très justement le site de Longueur d'Ondes, "Jérôme Minière fut l’un des premiers bedroom producers pop à travailler à la maison en mélangeant hip-hop, lo-fi, séquenceurs, boîtes à rythmes et textes intimes. En redéfinissant ainsi son espace intérieur en territoire pop, il préfigura d’une certaine façon ce qui aujourd’hui est devenu la norme, chacun depuis sa chambre peut produire des chansons."

J’ai déjà mandorisé Jérôme Minière en 2012 pour la sortie de son album Le vrai le faux, nous avions donc abordé son début de carrière et les raisons qui l’ont poussé à s’exiler au Canada… nous n’y revenons pas cette fois-ci. L’homme qui hybride la « French touch » avec la chanson a un beau et sincère discours, comme j'ai pu une nouvelle fois en juger le 9 juillet dernier.

L8M7BaeQ.jpeg.jpgMini bio (officielle) :

Originaire d’Orléans mais installé à Montréal depuis plus de 20 ans, c’est bien malgré nous que l’œuvre complètement unique de Louis Minière s’est progressivement éloignée de la France, ses albums étant très rarement distribués ici. Nous passerons sur la dizaine de très bons disques parus qui, tous à leurs manières, n’ont fait que creuser le sillon ouvert à ses débuts. Nous passerons également vite sur les prix qu’il a obtenu là-bas, notamment ses Felix (équivalents des Victoires de la musique à Québec) en 2002, 2003 ou 2013 comme « Auteur-compositeur de l’année » ou encore « Meilleur album électronique », pour nous concentrer sur son nouvel album, le premier qui sortira réellement en France depuis 1998.

Le disque (argumentaire de presse) :JeromeMiniere_UneClairière_cover.jpg

Une clairière se présente comme l’un des disques de Jérôme Minière les plus cohérents, homogènes et ramassés. On y retrouve la poésie qui a toujours traversé ses titres, ses motifs de prédilections, mais tout se déploie ici dans un clair / obscur qu’on lui aura rarement connu sur l’ensemble d’un disque. Cet album a aussi la particularité de former un diptyque avec Dans la forêt numérique, paru en décembre 2018 au Canada. Une clairière en est le versant le plus abrupt mais reste complètement lumineux. Là où les chansons de Dans la forêt numérique nous conduisaient en douceur de chemins ombragés en sommets plus solaires, Une clairière nous donne à entendre les titres les plus inquiets et émouvants que son auteur ait écrits. Comment ne pas être frappé par la force de certaines images : « J’apprivoise la mélancolie parce que je travaille pour une boîte et pas pour l’horizon» (« Vaste ») ? Le point de jonction de ces deux volets (pourtant complètement autonomes) du diptyque réside dans le morceau d’ouverture, « La vérité est une espèce menacée », présent sur les deux disques mais ici orchestré avec des cordes spectrales. Cette clairière se découvre dès lors comme le disque qui relie le plus intimement Jérôme Minière à ses origines et ses deux albums inauguraux. Le morceau de bravoure de 9 minutes 25, « La beauté », qui ouvre la face B résonne comme un véritable manifeste et nous donne sûrement une clé de lecture de l’ensemble de l’œuvre de Jérôme Minière. À travers ce souci permanent d’équilibre et de justesse, c’est un regard intime et politique sur le monde qui se révèle, qui documente plus qu’il ne commente. C’est de la place d’un auteur en plein cœur d’une époque mais également complètement à part dont il est question : la musique et l’écriture comme terrain de jeux et espace de résistance. Ce sont sûrement ses mots qui mettent le mieux en lumière ce qu’il interroge : « Aujourd’hui la beauté ça n’a pas changé, ça prend toujours l’éternité » (« La beauté »).  

Vous pouvez écouter La clairière ici et Dans la forêt numérique .

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(Photo : Dan Popa)

IMG_2864 (2).jpgInterview :

La première fois que nous nous sommes rencontrés en France, c’était en 2012. Tu n’es plus jamais revenu ici depuis. Pourquoi ?

J’ai eu un point de rupture dans ma vie à ce moment-là qui a fait que j’ai décidé de ne plus bouger du Québec. Il fallait que je sois là pour ma famille. Professionnellement, je me suis plus orienté vers la production. En 2016, j’ai quitté mon label québécois, La Tribu, avec lequel j’étais depuis 15 ans. Ensuite, j’ai réfléchi à la manière de continuer ce métier parce que je ne me sentais plus en adéquation avec l’industrie de la musique actuelle. Pendant ma réflexion, j’ai notamment été compositeur de 8 pièces de théâtre du même metteur en scène. (Note de Mandor : Sur sa fiche Wikipédia, vous pourrez constater que l’homme n’a pas chômé de 2012 à aujourd’hui).

Le théâtre a-t-il influencé ta façon d’écrire ?

Oui, c’est certain. J’ai toujours eu un souci d’éclectisme. Le théâtre a été une forme d’école qui m’a permis d’aller au-delà de mes limites. J’ai dû chanter du Kurt Weill en allemand, reprendre une pièce de Schubert, alors que je ne suis pas super à l’aise pour lire et écrire des partitions. Ça a été de sacrés défis qui ont enrichi mon univers. Ça m’a donné une conscience plus grande de mes limites et de mes qualités, si j’en ai, et de mes défauts.

Clip de "Cascades". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

Finalement, tu as fait le choix de l’autoproduction.

C’est aussi un choix me permettant de gagner un peu mieux ma vie. J’ai réalisé que je pouvais devenir un vrai artisan qui contrôle plus ce qu’il fait et qui récupère l’ensemble de ses billes… même dans le monde numérique. Au Québec, il n’y a pas d’intermittence, mais par contre il y a un efficace système de bourse. Comme je suis établi là-bas depuis longtemps, j’en ai obtenu une pour écrire. Ça m’a permis de vivre pendant 6 mois sans prendre trop de contrats externes. J’ai écrit beaucoup de chansons, sans me limiter.

jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interviewC’est là qu’intervient Rémy « Chevalrex » Poncet.

Il m’a contacté pour un remix d’une de mes chansons. On a tout de suite sympathisé sur WhatsApp. L’été dernier, je lui ai dit à que j’étais en train de préparer un album, mais que j’avais trop de chansons. Je lui ai demandé s’il voulait bien écouter des morceaux pour qu’il me donne des conseils.

Il te connaissait bien ?

On doit avoir 10 ans d’écart, mais il écoutait les artistes du label Lithium quand il était ado, à la fin des années 90. Il en avait gardé des souvenirs très précis. Le travail que l’on a fait sur Une clairière, c’est la rencontre improbable de quelqu’un qui m‘avait écouté à mes débuts et qui est lui-même artiste et moi. On a créé un album à mi-chemin entre le rêve de Rémy et le mien. Il avait plus un travail d’éclairage et de choix par rapport à des choses qui étaient déjà là. Tous ses conseils étaient judicieux. Par exemple, je suis souvent dans la prolifération, mais là, il n’y a que 8 titres, c’est donc un de mes disques les plus condensés… grâce à Rémy.

Clip de "La vérité est une espèce menacée", version de l'album "Dans la forêt numérique". 

La Clairière fait résonnance à l’album québécois de l’année dernière, Dans la forêt numérique.jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interview

Je considère ces disques faisant partie d’un diptyque parce que les chansons ont été écrites au même moment. La chanson « La vérité est une espèce menacée » figure dans les deux albums, mais pas avec les mêmes arrangements.

J’aime le fait que tu casses les codes. Par exemple, plus personne ne fait de chansons de plus de 10 minutes, comme « La beauté »…

Je ne me l’étais encore jamais autorisé, mais cette fois-ci, je voulais rendre compte d’un certain présent. Le présent que je vis aujourd’hui est très paradoxal, très complexe et insaisissable. Il me fallait beaucoup de mots pour l’exprimer. Et encore une fois, Rémy a trouvé que c’était suffisamment intéressant pour qu’on l’intègre au disque. De mon côté, j’hésitais. C’est lui qui m’a permis d’oser la placer.

Clip de "La beauté". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

Dans la chanson « Le beau vide », tu parles de cette facilité que nous avons à mettre notre vie en scène sur les réseaux sociaux ou sur YouTube ?

J’ai peur qu’il y ait des malentendus sur ce que je voulais exprimer. Malgré certains passages qui pourrait le faire penser, ce n’est pas une chanson qui fait la morale et qui juge. C’est comme si je réglais un compte, mais en l’écrivant, je me suis rendu compte que peut-être je me trompais. Tu sais, je ne suis pas toujours d’accord avec ce que je raconte (rires).

Audio de "Le beau vide". Extrait de l'album "Une clairière".
℗ & © 2019 Jérôme Minière under exclusive licence to Objet Disque.

jérôme minière,une clairière,dans la forêt numérique,objet disque,chevalrex,interviewTu parles aussi des réseaux sociaux dans « Une clairière ». On est tous plus sur nos écrans que dans la vie réelle.

Aujourd’hui, il y a moins d’interactions qu’avant. Là non plus, je ne juge pas parce que je fais la même chose, mais quand même, je trouve que l’on se « machinise » à grande vitesse. Je ne sais pas bien si c’est bien ou mal, mais ça a été très très rapide. Ça fait un peu peur.

Tu écris même : « Ça faisait du bien quand on était attentif plutôt que productif, que l’on donnait du temps plutôt que des données ».

C’est marrant que tu cites cette phrase parce que c’est l’une de mes préférées (rires).

J’ai remarqué que tu emploies le « je » souvent dans tes chansons.

C’est dangereux d’utiliser le « je » parce que ça peut très vite être pris comme du nombrilisme… pourtant, je l’utilise juste pour assumer mes points de vue.

Clip de "De vives voix", extrait de l'album Dans la forêt numérique.

Considères-tu faire des chansons sociétales ?

Jusqu’à un certain point oui, mais sans le vouloir. Il y a aussi un coté plus poétique ou abstrait qui se mélange.

Tu es très intéressé par les questions environnementales, mais il n’y a pas de chansons sur ce sujet dans tes disques.

J’ai essayé d’écrire sur ça, mais je tombais chaque fois dans le prêchi-prêcha. En prenant de l’âge, je suis de plus en plus méfiant par rapport au fait de faire la morale. Plus je vieillis, moins je suis dans les certitudes, je suis plutôt dans le doute.

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Pendant l'interview...

En tant qu’auteur et compositeur de chansons, aujourd’hui, es-tu sûr de ton art ?

Non. Je doute plus qu’avant. Je suis aussi plus dur et exigeant avec moi-même... moins complaisant. Je ne peux pas nier que j’ai acquis beaucoup d’expérience et un certain savoir-faire, j’ai travaillé dans plein de domaines en musique, mais le danger serait de m’assoir là-dessus. Il ne faut pas s’auto stériliser.

Après 25 ans de carrière, qu’est-ce qui te fais continuer le métier ?

J’ai désormais une patte, un style et j’ai encore des choses à proposer. Bien sûr, je ne peux pas jouer sur la nouveauté, la jeunesse, la fraîcheur, la beauté… mais je veux rester le plus honnête possible. J’ai toujours été dans la fragilité, mais aujourd’hui je l’endosse en l’assumant. Je n’ai pas honte, c’est comme ça que je suis et je vais essayer de faire quelque chose de beau avec. C’est ce que je raconte dans « Haut bas fragile » dans l’album Dans la forêt numérique.

Clip de "Haut bas fragile", extrait de l'album Dans la forêt numérique.

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Avec Chevalrex et Jérôme Minière, le 9 juillet 2019.

08 août 2019

Théophile : interview pour son futur premier EP

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(Photos : Morgan Roudaut)

ob_9c25cc_theophile-morganroudaut-0975c.jpgNous sommes au début du mois d’août. J’en profite pour vous parler de Théophile. A seulement 26 ans, ce jeune homme originaire d'Angers va beaucoup faire parler de lui à la rentrée. Il a sorti coup sur coup, trois clips, « Face Caché », « Andy » et « Laisse-moi » tiré d'un premier EP (à paraitre cet automne). Sa voix profonde et ses textes ciselés me touchent beaucoup… et je suis certain que je ne vais pas être le seul à apprécier ce nouveau venu dans la pop/chanson française. Naissance d’un futur grand.

Le 3 juillet dernier, en terrasse devant deux citronnades, nous avons fait connaissance... et ce jeune artiste m’a beaucoup plu humainement et intellectuellement.

Mini biographie (officielle) :
Le projet solo de Théophile a séduit d’emblée : textes à l’ambitieuse poésie, sens de la mélodie qui vous reste en tête, production exigeante et décomplexée.  
Aussitôt, il a enchaîné les premières parties d’Arthur H, Gaël Faye, Ibeyi, Gauvain Sers ou Juliette, les scènes aux Francofolies et d’autres festivals...
Il retisse le lien entre la guitare et la poésie de l’instant, sans doute parce qu’il a vécu successivement plusieurs passions fondatrices : la guitare classique assez longtemps pour se dégoûter des leçons de musique, puis les poèmes adolescents avant de naviguer dans Bashung, Thiéfaine… et Logic Audio – dans cet ordre-là. Aujourd’hui, le voici initiateur d’une nouvelle mue de la pop francophone.

Son premier EP:Copie de EP_Theopile_1440x1440RGB_300DPI.jpg
Théophile se voit en « compositeur de chanson française aux sonorités nouvelles ». On imagine volontiers Brassens avec une MPC.
Son EP révèle à la fois son souci du sentiment juste, son aspiration à l’envol pop et l’acidité de son regard sur la société. Avec un lyrisme contenu à la Dominique A ou à la Bertrand Belin, des arrangements panoramiques à la Woodkid et une production travaillée avec Nino Vella (notamment quart de Babel), Théophile se dévoile, aussi profond dans l’introspection qu’acéré dans son regard sur l’époque.
 Un chanteur militant ? Pas exactement, mais il aurait choisi un métier d’engagement et d’attention aux autres s’il n’avait pas été musicien. Après tout, il a grandi à Rablay-sur-Layon, où un solide réseau associatif a piloté la mue culturelle et écologique du village. Ses chansons ressemblent à ses convictions : rien n’est jamais seulement noir ou blanc, tout est affaire de nuances, de petits pas patients vers la vérité, de compréhension profonde de l’humain. On a rarement l’occasion d’entendre un chanteur qui écoute autant autour de lui.

Ils en parlent déjà :

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Elle (26 avril 2019)

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(Photo : Morgan Roudaut)

IMG_2660.jpgInterview :

A 6 ans, directement, on t’a mis une guitare entre les mains.

Oui, mais j’ai toujours voulu faire de la musique. A la base, j’avais choisi le violon, ma mère a préféré que je joue de la guitare. Je m’y suis donc mis jusqu’à l’adolescence, période pendant laquelle j’ai fait une pause parce que j’avais autre chose en tête. J’ai recommencé à faire des chansons à 15 ans.

Avant de te lancer en solo, tu as monté un duo acoustique, Gram Astram, avec Hugo Séchet.

C’était une expérience très intéressante commencée au lycée et qui a duré 6 ans. On a joué dans plein de bars et cafés associatifs. C’est ce duo qui m’a lancé dans la musique.

Pourquoi vous êtes-vous séparés ?

Hugo est parti étudier dans une école de cinéma sur Nantes, nous n’avions donc plus trop le temps de nous voir… et puis, je pense qu’on avait fait le tour du projet. Il a monté le sien. On se suit toujours, mais chacun de notre côté.

Ce que vous faisiez à deux ne correspondait plus à tes ambitions?

J’avais surtout besoin de me construire seul.

Clip de "Laisse moi", réalisé par Baptiste Chevalier.

Tu as fait une école de son à Nantes. théophile,ep,interview,mandor

J’aime la musique, mais j’aime aussi la technique. Aujourd’hui, je suis technicien son.

Très vite, tu as su que tu allais faire ce métier ?

Je ne sais pas encore totalement si « chanteur » va être mon métier, car je continue aujourd’hui à faire de la technique. Pour le moment, je cumule ces deux activités. Je sens que les choses évoluent pour moi dans la musique, mais très doucement, alors je reste prudent. Ce qui est certain, c’est que je voulais prendre mon temps pour sortir un premier EP qui soit présentable de A à Z.

théophile,ep,interview,mandorTu as travaillé sur cet EP avec l’excellent réalisateur Nino Vella.

Nous sommes de la même région. On a commencé à travailler ensemble à Cholet, puis il a déménagé à Paris… on continue ici. Il a une oreille et une sensibilité hors du commun. Tous les deux, nous sommes tellement sur la même longueur d’onde qu’on est capable de faire une chanson par jour. C’est ce qu’il s’est passé avec les chansons de l’EP.

J’ai vu dans la bio qui te concerne que tu aimes Bashung. Il y a deux chansons dans laquelle tu dis le mot « Bijou », « Andy » et « Face cachée ». Clin d’œil à « Bijou bijou » ?

Bien joué, c’est la première fois que l’on me fait cette remarque, mais c’est vrai. C’était conscient dans « Andy », pas dans « Face cachée ».

Chez les français, tu aimes qui ?

J’écoute vraiment de tout. Ce sont surtout les paroles qui me touchent. Brel, Brassens, Thiéfaine étaient exceptionnels. Mais, au niveau du son, je suis très inspiré par ce qui est moderne. Je tente de mélanger les beaux textes et la musique d’aujourd’hui.

Tu as beaucoup aimé Noir Désir, aussi. théophile,ep,interview,mandor

Je les ai beaucoup écouté, en effet. Très souvent, on me disait que ma voix et ma façon d’écrire étaient proches de celles de Bertrand Cantat. J’ai gommé cela, je crois. Il est difficile d’extirper de soi ses influences, mais c’est possible. Je crois que ce que je fais aujourd’hui me ressemble.

Tes textes sont poétiques, mais parfaitement compréhensibles.

Je ne veux pas écrire de textes trop hermétiques. Quand j’écoute une chanson, j’aime bien qu’elle soit poétique, mais il faut également que je comprenne le sens sans être obligé de l’écouter 50 fois. Après, cela n’empêche pas que l’on puisse y ajouter des doubles ou triples sens.

C’est amusant de penser à un sujet et de le rendre poétique pour en faire une chanson ?

C’est ce que j’adore faire. Cela donne une toute autre dimension à ce que l’on vit ou aux sentiments qu’on a envie de transmettre à quelqu’un. J’ai fait une chanson pour mon frère intitulée « Oiseau » et je lui dis des choses que je lui ai déjà dites, mais avec une toute autre ampleur. L’émotion est décuplée.

Enregistré en condition live, dans le hall de la salle 'La Vapeur' en novembre 2018.

théophile,ep,interview,mandorTu t’es fait connaître grâce à tes trois clips.

C’est comme ça que l’on procède aujourd’hui. La vidéo est très importante. Les gens regardent la vidéo avant d’aller écouter un titre… si la vidéo est mauvaise, ça donne une mauvaise connotation.

C’est quoi ta musique ?

De la pop un peu electro chantée en français.

Il y a de l’émotion dans ce que tu fais et un sens prononcé de la mélodie.

J’essaie de caler les bons mots sur la bonne mélodie.

Clip de "Face cachée" réalisé par Simon Junot-Pixel Procced.

Dans « Face cachée », tu parles de poète maudit. Tu ne te sens pas ainsi ?

Pas du tout. Pas déjà en tout cas (rires). Dans cette chanson, je veux dire que tout le monde porte un masque.

Tes chansons sont au départ assez noires, mais finissent avec de l’espoir.

Je n’écris pas pour me plaindre et faire des constats de choses qui me rendent tristes. J’essaie d’emmener une lueur d’espoir, voire une solution. Dans la vie, je suis très positif. Avant, j’étais assez torturé, maintenant, je le suis moins, même si je continue à me poser beaucoup de questions.

Tu te connais mieux, peut-être ?

C’est exactement ça. A la vingtaine, nous sommes toujours face à des paradoxes. Nous sommes tiraillés par plein de choses. On a des convictions qu’on ne peut pas toujours assumer… Quand on prend de l’âge, on prend du recul sur tout ça. On apprend à se connaître et on fait ce que l’on a envie de faire. Depuis deux ans, je suis devenu plus positif.

Clip de "Andy" réalisé par Hugo Séchet.

Parlons de la chanson « Andy ». Lors d’un concert dans la maison d’arrêt d’Angers organisé par théophile,ep,interview,mandorl’association Le Genepi, tu as eu l’occasion de jouer et de discuter avec des résidents pendant 2h, sans la présence de gardien. Andy a été le plus à l’aise pour parler de ses conditions de détention, de sa réalité face aux incarcérations. (Photo de droite : Richard Vella)

Ce moment était riche et touchant, or, j’écris sur les sentiments que j’éprouve à un moment donné. Cette rencontre devait être racontée par mon moyen de prédilection, la musique. J’ai vécu ce moment avec Hugo, du coup, il a fait le clip. J’ai posé plein de questions à Andy. « Est-ce que les conditions de détentions sont comme dans les films ? » par exemple. Le milieu carcéral est tellement mystérieux pour moi. Ce qui est fou, c’est qu’il s’était rangé depuis 7 ans et avait même créé une famille… mais il a été rattrapé par une histoire antérieure.

Tu lui dis dans la chanson que tu vas l’aider à « s’évader »… par l’esprit évidemment. Pour toi, les personnes emprisonnées ne sont pas que des prisonniers.

Quand on me demande « qui est Andy ? », je ne réponds pas que c’est un prisonnier. Son statut n’est pas « prisonnier », c’est un homme avant tout, qui a fait des conneries, et qui est détenu dans une prison. La nuance est importante.

Il sait qu’il y a une chanson sur lui ?

Je ne crois pas. Si jamais il l’entend et qu’il me contacte, j’en serai heureux, mais je ne ferai rien de mon côté pour qu’il le sache.

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Le 24 juin 2019, en  première partie de Vanessa Paradis, à l'Olympia. (Photo : Sébastien Hoog).

théophile,ep,interview,mandorJe sens que le côté humain est important chez toi. Tu ne joues pas à l’artiste.

Je n’aime pas le décalage entre artistes et les autres corps de ce métier. Tout le monde doit être au même niveau. On se parle tous de la même façon.

Ce genre de discours, on le tient quand on n’est pas encore très connu. Le succès peut faire changer de comportement un artiste. Depuis 30 ans que je fais ce métier, je l’ai vu 1000 fois.

Ça dépend aussi du milieu dans lequel tu évolues. Je n’habite pas Paris et je ne fréquente pas d’autres musiciens. Je ne suis pas du tout showbiz. Quand je suis chez moi, sur Angers et Tours, je ne parle quasiment jamais de musique. Je ne traine qu’avec des éducateurs spécialisés.

Pourquoi avec des éducateurs spécialisés ?

Parce que ma copine l’est et que si je n’avais pas été musicien, je l’aurais été aussi.

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Pendant l'interview...

Tu fais aussi de la technique, ça doit te faire relativiser.

Oui, parce que je connais tous les rouages du métier. Je n’ai pas l’impression qu’un jour, je prendrai la grosse tête. Tu me le diras si tu trouves que si (rires).

Pour toi, l’évolution de ta carrière est encore un peu abstraite ?

On se projette et on a toujours des rêves, mais moi je vis vraiment le truc au jour le jour pour le moment. Je suis très heureux comme je suis aujourd’hui. Si ça évolue, c’est génial, mais je n’ai pas d’aspiration particulière. Je n’ai pas un profond désir de devenir une star. Je pense que si on a ce profond désir, on peut changer et devenir mauvais.

Tu te fais du bien quand tu écris ?

Bien sûr. C’est classique ce que je vais te dire, mais l’écriture est une thérapie. Tu sors les mots de ta tête et ça te fait évoluer.

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Le 3 juillet 2019, après l'interview, au Sylon de Montmartre.

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Concert de sortie d'EP au Chabada à Angers. 

02 août 2019

Saint Hilaire : interview de Fabien Tourrel pour Has Been

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saint hilaire,fabien tourrel,interview mandorAprès un album éponyme (en juin 2016), le groupe rouennais Saint Hilaire a sorti en février 2019 son deuxième disque : Has been (ils ont tous les deux été classés au Top 10 en chansons française sur iTunes à la sortie, 27ème toutes catégories). On y retrouve de la chanson française à texte, bourrée de second degrés, d’humour et d’ironie, le tout, sur des mélodies pop/rock entêtantes.

Saint Hilaire porte le nom d'un quartier de Rouen. Le groupe rassemble uniquement des médecins et anesthésistes de la région. C'est avant tout un groupe d'amis et de musiciens amateurs portés par le plaisir de partager des chansons légères et divertissantes. Après leur premier album, ils se sont fait remarquer par le label Noa Music. Il les a soutenus pour la création de ce deuxième album. Avec ce précieux coup de pouce Saint Hilaire passe de l'amateurisme à une production plus professionnelle.

L'album Has been est écoutable ici.

Le 2 juillet dernier, Fabien Tourrel, le chanteur auteur compositeur du groupe, a eu la gentillesse de faire un aller-retour Caen-Paris pour cette mandorisation. C’est dans un café de la gare Saint Lazare que nous nous sommes posés pour parler de l’histoire originale de Saint Hilaire.

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saint hilaire,fabien tourrel,interview mandorInterview :

Comment as-tu créé Saint Hilaire ?

Ça s’est fait naturellement. J’ai toujours écris des chansons. A un moment donné, j’ai mis en pause mes projets musicaux parce que je travaillais beaucoup en internat. Au bout de quelques années, je me suis remis à chanter dans les bars mes chansons en guitare-chant. Au bout d’un moment, mon entourage professionnel l’a su. Quand j’ai appris que ma collègue anesthésiste-réanimatrice, Elisabeth Surlemont, était violoniste, je lui ai demandé de jouer quelques notes sur mes chansons. Tout s’est greffé petit à petit. Ensuite, c’est Éric Laidoowoo, le batteur, qui nous a rejoints. J’étais son directeur de mémoire et c’est devenu un bon copain.

Il y a eu une rencontre déterminante qui a fait avancer le projet Saint Hilaire.

Oui, c’est avec le seul non médecin du groupe, Raphael Huybrechts. Il a été le déclic du point de vue du développement de Saint Hilaire. Il écrivait pas mal d’arrangements, notamment pour un opéra qu’il était en train de créer, et comme ce n’était pas ma spécialisé, je lui ai proposé de travailler sur une de mes chansons. Il a été emballé par l’idée. Une semaine plus tard, il m’a envoyé ma première chanson arrangée avec notamment des cuivres et des cordes. J’ai trouvé ça dingue. Ca a mis en lumière que l’on pouvait faire quelque chose d’intéressant. On a réalisé le premier album assez rapidement après, avec l’aide de Fabrice Vanvert, compositeur de Keen V.

Clip de "J'ai failli" (avec la participation de Nicole Ferroni), extrait du premier album.

Le fait d’avoir un groupe composé presque uniquement d’anesthésistes-réanimateurs, c’est bon poursaint hilaire,fabien tourrel,interview mandor le marketing ?

On ne s’en cache pas, mais on n’a pas décidé de mettre cet état de fait en avant. Force est de constater que ça a aiguisé la curiosité des gens. Comme on n’a pas de grosse machine de communication avec nous, on a pris ce qui était à prendre pour que l’on parle un peu de nous. Si c’est une porte pour accéder à notre musique, il n’y a pas de problèmes.

Ce deuxième album est drôle et parfois un peu grinçant. Est-ce que c’est parce que vous faites un métier difficile que vous avez besoin d’écrire ce genre de chansons ?

C’est certain. C’est une soupape, un moyen comme un autre de changer d’ambiance et de faire autre chose. Le côté grinçant est peut-être plus lié à ma personnalité.

Clip de "La théorie du complot", extrait du premier album.

saint hilaire,fabien tourrel,interview mandorEn Normandie, vous avez un public fidèle ?

Oui, et c’est grâce à France Bleu Normandie qui nous a pas mal diffusé et qui nous diffuse encore. Par ricochets, nous avons participé à la Fête de la Musique au Mans, en tête d’affiche, sur la scène de France Bleu Maine devant 4000 personnes. Pour l’instant, Saint Hilaire reste encore confidentiel dans le sens ou on n’a pas encore de diffusion nationale hormis quelques radios indépendantes. Intégrer les grosses radios nationales, ce n’est pas simple.

Ce qui est bien, c’est que vous gagnez votre vie avec votre métier, alors j’imagine que vous restez serein sur la suite des évènements.

C’est vrai. Le projet Saint Hilaire, ce n’est que du plaisir. Nous ne nous imposons rien. On le fait parce que ça nous plait. Nous avons tous conscience que c’est un luxe.

Clip de "Je veux du showbiz" (filmé au Zénith de Paris), extrait du premier album.saint hilaire,fabien tourrel,interview mandor

Pour ce deuxième disque, Has Been, vous avez eu plus de moyens que pour le premier.

C’est grâce à Bruno Leroy, l’ancien directeur de France Bleu Normandie. Il nous a fait rencontrer une connaissance à lui, Ari Sebag, qui tient le label Noa Music, à qui il avait fait écouter notre premier disque. Du coup, Ari était partant pour produire notre deuxième disque dans les quatre mois. Le problème c’est que j’écrivais une chanson tous les 6 mois et qu’il me restait à peine 3 chansons sous la pédale. Je n’ai pas eu le temps de dire que c’était un peu chaud que Raphael avait déjà répondu par l’affirmative. Je t’avoue que je ne savais pas si j’allais pouvoir créer 6 chansons en 4 mois. J’ai eu un petit stress, mais on a réussi à le faire. Je suis content parce qu’au final, je suis fier de toutes les chansons.

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Vous avez bénéficié de musiciens de studios, du coup.

Oui, ça change tout. On a découvert une autre manière de travailler. Le premier disque, nous l’avions fait dans un studio informatique avec un gars hyper doué pour arranger. Là, si nous avions besoin de cuivres ou de tout autre instrument, on nous offrait des musiciens adéquats. C’était le luxe. On a travaillé avec des férus de sons.

Tu es pointilleux à l’enregistrement?

J’ai l’oreille qui peut s’arrêter facilement sur des détails. Mais ils me gêneront tant qu’ils ne seront pas corrigés, alors ça peut agacer ceux qui travaillent avec moi.

Clip de "Roméo"  extrait de Has Been.

Dans « Roméo », vous critiquez les garçons trop romantiques.

C’est très second degré… et c’est l’une des chansons les plus légères du disque. On a fait un clip qui a atteint les presque les 340 000 vues.

Dans « C’était mieux avant », tu ironises sur le fait qu’on a toujours dit que le passé était mieux que le présent.

Même si tout n’est pas génial dans le monde d’aujourd’hui, s’il y a des gens qui souffrent, globalement, quand on regarde en arrière, il n’y a pas que du positif non plus. Nous essayons de faire comprendre qu’il faut avancer plutôt que de regarder derrière. En règle générale, toutes les chansons, même celles qui ont des thèmes sérieux, nous avons essayé de les traiter de manière légère. C’est notre patte.

Clip de "C'était mieux avant", extrait de Has Been.

Est-ce qu’il y a un moment où vous pourrez vous dire que vous avez franchi un cap dans ce métier ?

Oui, quand on fera Les Francofolies de la Rochelle (rires). C’est un leitmotiv que nous avons. C’est notre rêve, le Graal absolu.

Votre succès peut arriver du jour au lendemain. Vous avez fait récemment la première partie de Trois cafés gourmands et, pendant longtemps, ils étaient comme vous. Connus dans leur région et c’est tout.

Ce qui est sûr, c’est que je ne lâcherai jamais mon travail. D’une part parce que j’aime ce que je fais et aussi parce que j’ai certaines responsabilités que je souhaite garder. Déjà, je me suis mis à temps partiel, ce qui me permet de continuer à écrire des chansons et de faire des concerts.

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Pendant l'interview...

Ce qui est bien, c’est que vous n’êtes jamais à la recherche de concerts, c’est toujours des organisateurs qui viennent vous chercher.

C’est confortable cette situation.

Vous faites même de temps en temps des concerts caritatifs.

C’est la moindre des choses. Etant donné le métier que l’on fait, nous sommes sensibilisés… nous acceptons à chaque fois que l’on nous sollicite pour une raison valable.

Il y a un troisième album en prévision ?

Oui. Il est déjà écrit. Reste à convaincre notre producteur pour qu’il nous produise de nouveau.

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Avec Fabien Tourrel, après l'interview le 2 juillet 2019.

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01 août 2019

Thomas Fersen : interview pour C'est tout ce qu'il me reste

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Faut-il encore présenter Thomas Fersen ? Je ne crois pas non.

26 ans que ce chanteur-poète accompli joue avec les mots et la musique, s’amusant des doubles sens, tout en jonglant avec des rimes et usant de métaphores avec une dextérité toujours aussi déroutante.

Je l’ai interviewé très souvent (je vous invite à lire la mandorisation de 2013 et celle de 2017) avant de déguster celle qu’il m’a accordée le 25 juin dernier dans un café (Sans Nom) de la capitale). Il y évoque sans langue de bois son nouvel album, C’est tout ce qu’il me reste (qui sort le 27 septembre prochain), sa condition d’artiste, l’industrie du disque, la chanson française d’aujourd’hui, son affection pour Jacques Higelin, la chanson engagé et l’art en général.

IMG_2515.jpgArgumentaire de presse :

Conteur et mélodiste depuis 1993, Thomas Fersen a pris le temps de bâtir une œuvre originale et personnelle qui occupe une place à part dans la chanson française.

Il poursuit avec ce nouvel album les aventures théâtrales de son personnage : celui d’un farfelu se retournant sur sa longue carrière et ses frasques supposées de chaud lapin, son goût du déguisement portant tout naturellement Thomas Fersen à en enfiler la peau.

Élève de troisième, il tente sa chance auprès d’une terminale (« Les vieilles »), l’invite à passer chez lui pour faire des maths (« Mes parents sont pas là »). Mais il refuse avec fièvre de se démunir de son slip (« C’est tout ce qu’il me reste »). Une milliardaire s’éprend de lui (« Le vrai problème »), cependant, il passe l’été tout seul avec le bourdon, (« Envie de ne rien faire »), se souvient dans son bain que sa mère avait toujours peur qu’il tombe dans les eaux troubles (« La mare »), et subjugué par l’intelligence de deux singes qui s’épouillent (« Mange mes poux »), il va voir King Kong au Grand Rex (« Comme moi il aimait les filles »). Poursuivi par cinq zombies qui ne retrouvent pas leurs trous au cimetière, une nuit de pleine lune, il gagne le million à la roue de la fortune (« Les zombies du cimetière »).

Sans rompre le fil du récit, Thomas Fersen bat les cartes, élevant son non-conformisme au rang d'atout majeur. Au son du saz, des guitares, du banjo, du sitar de Pierre Sangrã, du synthétiseur Moog d’Augustin Parsy, de l’accordéon d’Alexandre Barcelona et de la batterie de Remy Kaprielan. Lui-même à la réalisation, aux arrangements, aux harmonies vocales, au piano, ukulélé, guitare, synthétiseurs, et à la réalisation de cet album mixé par Florian Monchatre.

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IMG_2511 (2).JPGInterview :

Deuxième album autoproduit. C’est plus confortable que lorsque tu étais dans un label important ?

Ce qui n’est pas confortable, c’est l’état de l’industrie du disque. J’ai donc des difficultés à discerner mon confort. J’ai tellement connu autre chose que j’ai du mal à avoir une vision objective de ce métier aujourd’hui. Ça ne m’empêche pas de faire des chansons et de m’amuser à faire des disques.

En prenant le même plaisir qu’avant ?

Je dirais même davantage. Avant, je mettais de temps en temps le chapeau gris du compromis, alors qu’aujourd’hui, je fais ce que je veux. Quand je travaille seul et que je suis décisionnaire de tout, je n’ai pas de sentiment d’obstacle.

J’ai du mal à concevoir que tu ne faisais pas ce que tu voulais avant…

Parfois, il fallait aller jusqu’à l’affrontement pour arriver à faire ce que je voulais. Il m’arrivait de travailler dans un sens avec le sentiment que l’autre n’était pas d’accord… ce n’était pas très agréable. J’ai eu des moments difficiles avec mon label… et eux aussi, avec moi. Nous nous sommes parfois pris la tête très violemment. Ça a été traumatisant pour les uns et pour les autres.

C’était quoi le principal problème ?

On ne s’occupait plus correctement de nous. Thomas Fersen n’était plus la priorité. Je suis parti pour cette raison. Comme je te l’ai déjà dit lors de notre précédente interview, je suis parti sans rien. Je n’avais pas de label et aucune solution de secours. Je n’avais ni disque, ni chanson en cours. Rien. Je préférais partir dans ces conditions.

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On te reproche parfois de faire toujours le même genre de chanson.

C’est une vision superficielle des choses de prétendre cela. Je suis auteur-compositeur, j’ai besoin de m’exprimer de cette façon, à ma façon. Malgré ce que l’on peut dire, je suis toujours en recherche de nouvelles perspectives. Je n’ai pas de modèle de chanson que je réutilise. J’essaie d’en créer des assez universelles, intemporelles et humaines.

Tu n’as pas encore dit qui tu étais.

J’ai quand même un personnage qui peu à peu se dessine et évolue. De toute façon, tous mes personnages parlent de moi. Mes chansons sont issues de mon cerveau, de ma conversation, donc les personnages sont peut-être ce que je suis partiellement ou ce que j’aimerais être.

Dans ce nouveau disque et dans le précédent, il me semble comprendre que tu caricatures le chanteur.

Oui, j’en fais un séducteur, un homme à femme, un chaud lapin… même si ce n’est pas vrai, c’est le mythe qui m’intéresse.

Clip officiel de "Les vieilles".

Parles-moi du clip du premier single de cet album, "Les vieilles".

Le personnage du clip est un farfelu qui vit en marge avec ses chats et se ballade en caleçon, redingote, chemise et bonnet de nuit d’une propreté douteuse. Il se retourne sur sa longue carrière et ses frasques supposées de chaud lapin : élève de troisième, il aurait tenté sa chance auprès d’une terminale, qui l’aurait trouvé trop petit. Rêve ou réalité, il prend alors conscience que tout a grandi autour de lui.
C’est Laurent Seroussi qui a eu l’idée de me miniaturiser dans ces charmantes pastilles qu’il a réalisées. De retour de tournée, je suis venu avec mes accessoires, une pipe achetée à Turin, mes longues chaussures et la “garde-robe” de mon spectacle “Mes amitiés à votre mère”.

Dans tes chansons, tu ne t’épanches par sur toi et ne regardes pas ton nombril. Ça devient rare…

Dans la vie, je suis comme ça. Je sais qu’aujourd’hui la chanson, c’est essentiellement de parler de ses états d’âme, de son mal-être, de sa difficulté de vivre, du monde qui va mal…etc. Je ne veux pas grossir la troupe des gens qui se plaignent. Je ne suis pas Chantal Goya, mais je rigole sans me plaindre.

3I01549[1].jpgJ’ai l’impression que tu n’arrives pas à dire complètement les choses. Tu effleures les sujets avec une poésie unique.

Dire complétement, c’est tuer la chanson. Il faut suggérer, faire appel à l’imagination de celui qui écoute. Ceci est valable en littérature, dans le cinéma et dans la peinture. Les toiles de Klein font appel à l’émotion picturale. On y trouve ce qu’on y apporte. Dès que l’on dit les choses telles qu’elles sont, l’art ne sert à rien.

Peut-on faire un parallèle entre la peinture et la chanson ?

Oui. Personnellement, je travaille par petites touches. Une idée en amène une autre. Quand je suis sur un sujet, ça peut durer très longtemps. C’est valable pour les textes, mais aussi pour les arrangements. La chanson qui figure sur ce nouveau disque, « La mare », j’y travaillais depuis 14 ans. J’ai du mal à mettre un point final à une chanson.

En écoutant « Les zombies du cimetière », je me disais que tu parvenais à raconter des histoires, à priori sans queue ni tête, mais qui finissaient par bien se tenir.

J’écris en rimes riches. Parfois, ça me permet de trouver des trucs impossibles juste pour que deux phrases riment. Ça m’amène dans des territoires vers lesquels je n’envisageais pas d’aller. Ça m’amuse beaucoup et c’est complètement anachronique de faire ça aujourd’hui.

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Tout le monde écrit en vers libres aujourd’hui. Tu n’as pas l’impression d’être démodé ?

Je sais que certains trouvent cela ringard. On ne me l’a pas dit, mais je le sais. Je me moque d’être considéré comme démodé parce que j’ai une conception du temps qui n’est pas forcément linéaire.

Pourquoi n’écris-tu pas pour les autres ?

Parce qu’on ne me le demande jamais. Je peux le comprendre parce que j’ai une écriture très typée, très particulière. J’utilise un vocabulaire qu’on ne met jamais dans les chansons. Un chanteur ou une chanteuse ne va pas employer le mot concombre, slip ou champignon. La chanson d’aujourd’hui, et là je n’inclus pas le rap, est extrêmement consensuelle. Il n’y a rien qui dépasse. La chanson n’est plus libre. Tout est très étroit.

Te sens-tu incompris ?

Pas du tout. Je déplore juste que les gens aient une image de moi et qu’ils n’en sortent jamais. Cela dit, ça m’est arrivé aussi d’être comme ça avec d’autres artistes. Par exemple, je suis passé à côté d’écrivains pendant des années sans me rendre compte que j’avais un frère.

Qui par exemple ? 16124167lpaw-16134431-article-jpg_5483058_660x281 (2).jpg

L’écrivain antillais Raphaël Confiant. Il est le doyen de la faculté des lettres et sciences humaines de l'Université des Antilles et de la Guyane. J’adore son langage. C’est d’une richesse. Je lis un livre pour la langue en premier, plus que pour la construction ou l’histoire.

Que penses-tu de la chanson d’aujourd’hui ?

Il y a beaucoup de belles chansons que l’on n’entend pas. Tu es mieux placé que moi pour le savoir. Il y a maintenant des critères sociaux dans la sélection des chansons qui passent ou pas à la radio… que veux-tu que je te dise ? Je n’ai jamais eu l’ambition de changer quoi que ce soit. Je suis quelqu’un d’irresponsable et d’assez superficiel, je ne vais donner de conseils à personne.

Tu ne fais jamais de chansons engagées. Pourquoi ?

Parce que je n’y crois pas. Si je parvenais à faire au moins de la chanson sociale, comme Loïc Lantoine (mandorisé là), ce serait formidable. Lui, il est extraordinaire, il n’y a rien à dire. Moi, par le biais de la farce et la fantaisie, je me contente d’essayer de dire des choses sur la condition humaine.

733839_10151555649188674_1629034087_n.jpgFinalement, un artiste, ça sert à quoi ?

Je me pose la question en ce moment. Mon ambition est d’ouvrir les perspectives pour donner un peu d’espoir et de montrer que quelque chose est possible. Il y a quelqu’un qui l’a fait pour moi quand j’étais gamin, c’était Jacques Higelin (mandorisé là). Il n’était pas comme les autres. Il a ouvert la tête du gamin que j’étais pour m’apprendre qu’il y a des possibles. Mon ciboulot alors s’est mis en route pour chercher mon possible.

As-tu la même conception de ce qu’est un artiste qu’Higelin ?

Non. C’est ce qui nous différencie. Je ne vis pas « artiste ». Je l’incarne au moment où je dois l’être, mais ce n’est pas ma vie quotidienne, contrairement à Jacques.

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Pendant l'interview...

Hors concert, tu es normal et en concert, tu n’es pas normal ?

Non. Je suis normal dans les deux cas.

J’ai pourtant entendu 1000 fois que pendant les répétitions ou en concert par exemple, tu étais dans ta bulle et qu’il ne fallait surtout pas te déranger.

Bon, tu as raison. J’ouvre une petite porte qui est là, au fond de moi. Hop ! Ça devient Alice au pays des merveilles. Quand je suis sur scène, je m’abandonne tellement dans le personnage que je ne sais pas ce que je joue, que je suis obligé de travailler énormément pour jouer, chanter et dire sans penser. Jamais je me dis « là, tu fais un sol mineur ». Il doit sortir à ce moment-là. C’est animal. Je ne peux pas vivre comme ça. Si je vis comme ça, je fais chier tout le monde. Il y a des artistes qui le font et ça m’intrigue parce que je ne sais pas comment ils font.

C’est quoi pour toi le spectacle vivant ?

C’est un endroit dans lequel les règles sont différentes. A la fois les règles morales et les règles de langage. Le temps et l’espace aussi sont différents. C’est tacite, mais c’est admis par les gens qui vont au spectacle. Ils en comprennent les règles.

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Après l'interview, le 25 juin 2019.

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17 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle (10): Interview Flavien Berger

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor« Flavien Berger surprend et interpelle pour finalement nous charmer. En jouant avec les mots pour créer des histoires d’amour, en testant des sons tourbillonnants, le compositeur autodidacte s’est fait rapidement un nom en apportant un vent de fraicheur à la scène française. Flavien Berger, membre du Collectif sin~ travaillant sur l’expérimentation, a toujours été intéressé par le bidouillage de machines pour en sortir des sons. Sur ce point, c’est assez difficile de définir son style : Il va au-delà, mélangeant francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorhabilement les passages effrénés et les longues plages de synthétiseurs. Écouter toutes ses sorties ou le voir jouer sur scène confirme son génie à emmener le public dans une expérience émotionnelle profonde, pleine d’imagination.
Il a joué le 14 juillet prochain sur la scène du Théâtre Verdière. Dans la journée, il est passé à la salle de presse pour me parler de ce concert et de son nouvel album (près d’un an après Contre-Temps, sorti l’année passée), Radio contre-temps, une collection de morceaux issus du processus de création de l’album précédent.

Sa page Facebook.

Tous ses clips ici.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorInterview :

C’est important pour toi ce premier FrancoFolies ?

Je vais te paraître ingrat, mais aucun festival ne me fascine, parce que ce n’est pas du tout ma culture. Avec les Francos, je n’ai pas un rapport très sacré. Après, je découvre ce monde et ce milieu et ça me plait beaucoup parce qu’en effet, quand j’arrive et que je vois des photos de concerts qui ont eu lieu depuis plus de 20 ans, je me dis qu’il s’est passé des choses. De plus, on est fort bien reçus.

Les photos des personnes « mythiques » t’impressionnent?

« Mythiques »… il faut faire attention avec ce terme. Pour moi, aucun homme n’est sacré et

personne ne m’impressionne.

Quand as-tu commencé à faire de la musique ?

Peut-être à partir du moment où j’ai commencé à l’écouter. Et puis, il y a un jour ou ça se développe, ou on se met à produire et à enregistrer. Mon système d’annotation n’était pas par la portée, parce que je ne connais pas le solfège, il a été par le data, la mémoire… j’ai découvert la composition musicale sur ma Playstation 2.

Le fait de ne pas connaître le solfège permet d’aller là où ne vont pas les autres ?

Je ne sais pas. Connaître la musique permet aussi d’aller dans des territoires encore plus précis.

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Quand tu es à pparu en 2015 avec ton premier album Léviathan, tu es devenu francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorimmédiatement l’artiste du moment, un peu à part.

Je m’en foutais un peu. J’étais ravi des retours que l’on me faisait et des mises en avant que j’avais dans certains médias, mais la case de celui qui monte, c’est une case… et les cases me font peur parce qu’une fois qu’on y est, on ne peut qu’en sortir. Je me protège beaucoup d’une possible descente après une ascension. Je crois beaucoup à la racine Huzohide et à l’oscillation. On ne peut pas être dans une croissance et une progression constante. Une carrière, c’est du travail, de la patience, mais je n’ai pas d’attente sur ce métier. Ce n’était d’ailleurs pas un métier que je voulais faire et je ne le ferai certainement pas toute ma vie.

J’ai l’impression que tu as un sérieux détachement sur le milieu musical…

Pour moi, la musique sert plus à rencontrer des gens, à avoir des expériences. Je fais de la musique seul, pour ensuite travailler à plusieurs, que ce soit sur le live et sur la finition de l’album. Ce qui m’arrive, je n’en suis pas détaché, contrairement à ce que tu penses. C’est gratifiant, mais je ne suis pas dans un storytelling de l’artiste qui mène son petit bout de chemin, guitare au dos. Je m’intéresse juste à la création en soi.

francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorJe suppose que tu n’aimes pas trop les interviews.

Si, j’aime bien. J’ai un côté narcissique qui aime bien parler de moi et de mon travail. Je fais juste attention à ne pas mettre mon image en avant. Ça me fait plaisir de parler à des gens qui en ont fait la demande, comme toi. Je ne vois pas pourquoi je refuserais.

Tu viens de sortir un nouvel album, Radio Contre-Temps qui est le pendant du précédent, Contre-Temps.

C’est un disque corollaire à l’album précédent en effet. J’avais une folle envie de sortir un disque en deux semaines. Avec mon label, c’est ce que nous avons fait. Radio Contre-Temps est un disque commenté qui s’adresse à celui qui l’écoute.

Expliquer un disque, ce n’est pas démythifié le truc ?francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandor

J’explique ce que j’aurais aimé qu’il y ait, mais qu’il n’y a pas. J’explique ce que j’aurais aimé faire, mais que je n’ai pas fait. Après, je suis d’accord avec toi, le mystère est hyper important. C’est primordial de ne pas tout donner, de ne pas tout expliquer, de ne pas tout montrer.

On ne peut pas dire que l’on te voit beaucoup dans les médias. On ne sait rien de toi, de ta vie…

Ma vie n’est pas très intéressante. Ce n’est d’ailleurs pas ce que je fais de mieux. Je préfère que l’on creuse les discutions artistiques et culturelles et plus largement politiques.

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francofolies de la rochelle,flavien berger,interview,mandorAux Francos, vous êtes combien sur scène ?

Nous sommes 5… mais je suis le seul humain. Je suis entouré de fantômes. Si tu viens au concert, tu auras l’occasion de les voir tourner. Ce sont des présences que j’ai toujours eu dans la tête, mais qui sont matérialisées aujourd’hui. Je suis le seul à faire de la musique, ils se contentent de tourner et de danser.

Tu as un monde imaginaire intense en toi ?

Oui, et que j’ai l’intention de matérialiser un jour dans l’espace physique. La musique c’est physique. Ce sont des ondes qui percent l’air et qui font bouger les molécules. La musique, c’est de la communication à travers de la matière.

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Après l'interview, le 14 juillet 2019.

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Les Francofolies de La Rochelle (9) : Interview Canine

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandor« Elle chante en français, elle chante en anglais, elle chante surtout une langue étrange, personnelle, d'une voix déterminée et languide : on se demande parfois si Canine est homme, est femme. Le chant de Canine est grave, car on ne peut pas tricher avec la soul qu'elle détourne vers une version très personnelle du genre, qui doit autant au R&B de pointe qu'au vintage Phantom Of The Paradise. La voix de Canine ne fut pourtant pas toujours si grave : dans son adolescence passée entre Nice et Paris, elle coloria ainsi des chansons espiègles, aux limites de la pop et du dancefloor. C'est peu dire qu'on est mordu de Canine. Elle s’est produite au Théâtre Verdière le 13 juillet 2019 ! »

Bon, aujourd’hui, après une phase de mystère de quelques mois (sur scène et en promo, elle ne quittait jamais un imposant masque fait de plumes noires), nous savons désormais que la tête pensante du projet Canine est Magali Cotta. Et c’est à visage découvert, le sourire aux lèvres, que l’artiste pluri disciplinaire est venue, le 13 juillet 2019, dans la salle de presse pour me parler de son groupe.

Son site.

Sa page Facebook.

Toutes ses vidéos.

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francofolies de la rochelle,canine,interview,mandorInterview :

Je sais que la musique est arrivée dans ta vie à l’âge de deux ans.

J’étais dans une école d’éveil. On enfermait pendant une heure et demie des enfants de deux ans avec une personne hyper gentille. On avait le droit de toucher tous les instruments. Ça allait des percussions au piano. Je me souviens d’un joyeux bordel. A 3 ans, j’ai continué, mais c’était encore un peu le bordel. C’est à 4 ans que j’ai commencé à apprendre à lire la musique et à travailler le piano. Je considère que j’ai appris mon métier à cet âge-là. Ça a complètement influé sur le reste de ma vie.

Très vite, tu t’es dirigée vers le jazz. D’ailleurs, on l’entend dans la musique de Canine.

Le jazz m’a appris à la fois une exigence, un travail d’harmonie assez complexe… et une grande liberté. Quand tu es dans un bon jazz, tu es dans un lâcher prise sans nul autre pareil.

Avoir une grande technique permet de sortir des cadres imposés habituellement ?

Tout à fait. C’est le cas pour moi et pour mes musiciennes, chanteuses et instrumentistes. Elles ont toutes une technique imparable. Il y en a qui viennent du jazz, mais pas uniquement. Certaines viennent de la soul, du gospel et même deux qui viennent de la comédie musicale. Elles sont toutes malléables, ouvertes et libres.

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Dans ton show, il y a plusieurs chants.

Oui, d’ailleurs, celles qui m’accompagnent sont contentes d’explorer des choses nouvelles, vocalement, pour elles.

Tu as composé toute la musique du projet. Te considères-tu comme un chef d’orchestre ?

C’est exactement ce que je suis sur les lives, mais je suis aussi metteur en son et metteur en scène. C’est presque ce qui m’intéresse le plus.

Ce projet à 5 ans. Je trouve qu’il évolue très vite.

J’ai désormais une petite équipe autour de moi composée de personnes qui me donnent confiance en moi et qui sont excités par le projet. Nous sommes tous heureux de tous travailler ensemble et de faire évoluer Canine à vitesse grand V.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

J’ai l’impression que tu as du recul par rapport au métier ?

Je ne cours pas derrière le succès à tout prix, en tout cas, sinon, je ferais autre chose. Je suis ravie d’être là, mais ce n’est pas une fin en soi. Je ne me pose pas trop de questions.

Tu ne te demandes pas si scéniquement tu ne vas pas trop loin ?

Non, je ne me bride jamais. Mais parfois, la production me signale que c’est trop cher (rire). Je vois toujours les choses en grand, or, les budgets ne sont pas extensibles. Je n’ai jamais de contraintes artistiques, juste des contraintes financières.

Tes spectacles sont un mélange de danses (sauvages, souvent) et d’expériences vocales.

Au niveau des corps, je voulais qu’ils se reconnectent avec des choses pas du tout cérébrales, mais plutôt animales. Les animaux est un thème qui m’est très cher, autant que notre propre animalité. Dans le chant aussi, nous sommes connectées à nos sensations et à nos corps. C’est un ensemble indissociable.

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Canine aux Francofolies le 13 juillet 2019.

As-tu la volonté de ne rien faire comme les autres ?

Pas du tout, mais c’est une bonne question que je ne me pose pas. Tu es d’ailleurs le premier à m’interroger sur ce sujet. C’est juste un projet que je veux voir, moi. Je suis dans une époque où je suis un peu frustrée avec ce qu’il se passe dans la musique actuellement. Dans la musique mainstream, je ne n’y trouve pas beaucoup mon compte. Il y a des artistes qui ont des projets admirables, mais ils sont méconnus et on n’y a pas accès facilement.

Comme il n’y a que des femmes dans Canine, que tu évoques les femmes de manière non caricaturales, on dit que c’est un projet féministe. Qu’en penses-tu ?

Je voulais montrer un féminin qui a différentes facettes et qui ne soit pas dans les stéréotypes : la vierge, la pute, la maman… En live ou dans les vidéos, je veux mettre en avant des femmes qui peuvent être violentes, douces, agressives, bêtes, intelligentes. Un féminin qui regorge de choses beaucoup plus complexes et intéressantes. Je n’aime pas les sentiers balisés.

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Au début de Canine, tu ne dévoilais pas ton visage et tu ne répondais pas aux sollicitations des journalistes.

Quand j’ai monté ce projet, je souhaitais que l’on s’intéresse aux valeurs que je voulais défendre et je sentais que si je me mettais en avant, j’allais être dans un truc personnel et marketé. Pour être très franche, j’étais aussi très timide. Maintenant, je le suis moins et je suis ravie de rendre ce projet lisible parce que j’ai envie qu’il parle au plus grand nombre.

Ce n’est pas dommage d’expliquer un projet ?

Je donne juste des pistes de compréhension. Je parle des sens qui passent par les voix, la musique, mais aussi par le corps. Je ne rentre pas trop dans les détails.

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Quelles sont les valeurs que tu souhaites véhiculer ?

Le féminisme, le combat pour les animaux et la justice sociale et personnelle. La nature aussi, la mer, la montagne, la forêt.... La nature est pour moi un grand refuge et elle est présente dans quasiment tous mes morceaux.

La musique est un combat ?

La musique est un combat politique. Elle permet de revenir à des choses qui semblent inutiles, sans valeurs marchandes, comme le beau, la poésie et les choses gratuites. J’ai l’impression que si on parvient à faire de l’art pour le collectif, on fait un pas en avant.

Est-ce que Magali Cotta et Canine ?

Canine, c’est beaucoup moi puisque c’est mon projet. C’est plus que moi. C’est plus gros que moi… après j’espère que ce n’est pas que moi.

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Avec Magali Cotta "Canine", le 13 juillet 2019, pendant l'interview.

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16 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (8) : interview Ramo

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(c) Jeronimo Acero

francofolies de la rochelle,interview,ramo,mandor« Qu’aurait bien pu penser le célèbre Douanier Rousseau des mélodies tropicales du jeune Ramo ? – Ramo est davantage un fantasme qu’un simple musicien de plus tentant de suivre ses aînés. Lui a commencé par écrire ses musiques tout seul, puis a attendu que les chansons grandissent, comme des plantes.

C’est cette pop écologique sans colorants qui permet aujourd’hui au Français d’aborder les thèmes qui lui tiennent à cœur : des histoires d’hommes qui, à force de ne plus trouver leur place en ville, reviendraient à la nature, et des comptines aux couleurs inspirées par les plus belles œuvres de Miyazaki. Dans la lignée de Voyou, Myd et François & the Atlas Mountain (qui l’a marqué), Ramo est donc ce Robinson Crusoé rêvant d’un écosystème simple où les refrains seraient chantés au premier degré, et la musique conçue comme un engrais à bonnes vibrations. Ecrit tout seul et produit avec Romain Drogoul, cet EP est donc le premier chapitre d’un livre de la jungle qu’on imagine déjà plus grand. »

Toutes ses vidéos, ici.

Le samedi 13 juillet, Ramo s’est produit sur la scène Jean-Louis Foulquier lors des "Intercales" (interplateau) devant 13 000 personnes et le lendemain, à 15h00 au Théâtre Verdière dans le cadre de Première Francos.

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Ramo, le 13 juillet, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

Interview :

Tu te sens chez toi aux Francofolies ?

Oui, il y a beaucoup d’affects liés à cet endroit. J’ai passé une semaine aux Chantiers des Francos. C’était hyper intense et positif. Ces moments étaient chargés de bonnes ondes et d’excellentes vibrations. Je suis rentré aux Chantiers, je jouais derrière des machines, un peu comme un DJ. Je chantais avec mes petits synthés. Bref, j’ai remis en question beaucoup de mes comportements scéniques. Vu le propos et mes textes, il est apparu qu’il était évident que je devais me contenter de chanter.

Comment ça se passe les Chantiers ?

Il y a trois groupes. La semaine commence par un concert ensuite tu discutes. Les autres du groupe et un coach te font te poser les bonnes questions : Que veux-tu transmettre ? C’est quoi ton propos ? Pourquoi tu fais de la musique ? C’est quoi un concert idéal ? Que veux-tu que les gens retiennent ? Qu’as-tu déjà essayé et qui n’a pas marché ? Qu’est-ce que tu aimerais essayer et que tu n’as pas encore osé ou eu le temps de faire ? Une fois ces questions posées, la discussion s’engage là-dessus. Ce qui est bien, c’est que tu comprends vers où tu dois aller juste en échangeant entre nous.

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Ramo, pendant les Chantiers des Francos en avril 2019.

A la fin des Chantiers, tu dois te produire de nouveau en concert, mais avec ce que tu as appris dans la semaine.

C’est super parce que c’est une grosse bulle de création, mais la veille du concert, j’ai hyper mal dormi. Je me réveillais toutes les heures pour gamberger sur ma prestation. Et le miracle finit par opérer. Tu trouves une formule dans laquelle tu te sens bien et ou tu parviens à transmettre des choses que tu ne parvenais pas à transmettre avant. C’est hyper gratifiant.

Ce soir, c’est toi « l’intercale » sur la scène Jean-Louis Foulquier pour trois morceaux devant 13 000 personnes. Ce sera donc le Ramo nouveau ?

J’ai fait les Chantiers en avril, donc depuis, j’ai eu quelques dates et j’ai eu le temps de roder cette nouvelle formule. Pour moi, symboliquement, c’est émouvant de revenir ici. Revoir les gens avec qui j’ai partagé plein de bons moments, revoir les endroits que j’ai fréquentés… Notre corps garde la mémoire des émotions et des états d’esprit. Je suis très heureux et reconnaissant de pouvoir jouer ici ce soir. Depuis que je fais de la musique, Les Chantiers des Francos est de très loin le dispositif qui m’a le plus apporté.

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Ramo sur scène.

J’aime bien les artistes de ta génération. Ils jouent une pop à la fois plus positive et plus engagée. Toi, tu passes discrètement des messages écologiques, sans que cela soit culpabilisant pour les autres.

Toutes ces thématiques d’hommes, d’animaux, de forêts…etc. sont venues de manière très instinctive.

D’où viennent-elles?

Quand j’étais gamin, j’habitais à Laval, la ville du Douanier Rousseau. On m’emmenait régulièrement au château de la ville qui est transformé en musée des arts naïfs. J’ai découvert l’art pictural par ce biais. Je passais beaucoup de temps devant les toiles du Douanier Rousseau à réfléchir sur ce qu’il s’y passait, ce que cela me faisait ressentir… Tout ce vocabulaire du vivant, du végétal, de l’animal, de l’homme… me permet aujourd’hui d’évoquer dans mes chansons des thèmes de société qui m’interrogent et m’angoissent. Mon rapport à l’environnement, mon rapport à l’autre, aux animaux, aux végétaux…

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pour participer à créer un imaginaire collectif vers lequel nous devrions tendre. Pas uniquement les musiciens, mais aussi les scientifiques, les cinéastes, les cuisiniers et tous spectres de la société. Il y a beaucoup de défis sociétaux devant nous. Notre gestion de notre manière de vivre, des espaces, des inégalités entre les gens… Il faut arriver à créer quelque chose de désirable dans lequel nous allons nous reconnaître.

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Après l'interview, selfie par et avec Ramo, le 13 juillet 2019.

13 juillet 2019

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (7) : interview Alexis HK

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« Alexis HK est un poète funambule : en équilibre, il chante avec humour mais sans cynisme, avec tendresse mais sans fadeur. Une qualité salutaire au milieu de la grisaille. Si des loops lancinants ont remplacé les batteries, sa finesse d’écriture et son humour lui permettent d’aborder des thèmes plus sombres… même si la lumière n’est jamais loin !
Avec Comme un ours, Alexis nous dévoile une nouvelle facette de son talent, toujours tout en élégance et en poésie…
Rendez-vous ce soir à 23h à la Salle Bleue !

Toutes ses vidéos ici.

Alexis HK m'a rejoint le 13 juillet après-midi à mon bureau du service de presse.

(Pour en savoir plus sur son nouveau disque Comme un ours, vous pouvez lire sa récente mandorisation.)

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francofolies de la rochelle,interview,alexis  hk,mandorInterview :

Tu es un habitué des Francofolies.

La première année où j’aurais dû y jouer, il y a 18 ans, il y a eu la grève des intermittents. C’est la première fois que j’ai entendu à la radio une nouvelle qui me concernait directement. Je me préparais à venir. J’ai allumé France Inter, ils ont dit que le festival était annulé… et je suis allé me recoucher. Après, j’ai été très bien suivi par le festival sur la plupart de mes albums. Pour moi, c’est très important d’être ici. Je fais de la chanson française, il n’y a pas beaucoup de festival de chansons comme celui-là. C’est aussi l’occasion de revoir plein de gens qui sont très importants et que je ne recroise pas forcément dans l’année, car nous sommes tous par monts et par vaux.

Je trouve que tu es de plus en plus drôle entre tes chansons lors de tes spectacles.

Comme je fais de la chanson parfois un peu neurasthénique, j’essaie de la contrebalancer en montrant au public qu’il ne faut pas être dupe, que ça reste de la chanson et qu’on est surtout là pour passer un bon moment et relativiser tous nos petits malheurs. J’aime bien l’idée de proposer à la fois de la chanson et en même temps d’utiliser la chanson pour raconter une histoire dans l’histoire. Il y a ainsi une connivence avec le spectateur qui s’installe.

Dans ce monde où on dramatise tout, c’est agréable de détendre l’atmosphère pesante.

On est dans une époque où on n’arrête pas d’envisager la fin du monde, où on nous dit qu’en 2030, nous serons tous morts. Nous sommes dans quelque chose de très anxiogène et en même temps, on profite du moment présent et on essaye de se régaler. La chanson est un vecteur permettant d’avoir de l’ironie sur le malheur.

Tu es présent dans le métier depuis 18 ans. Cela commence à faire…

J’ai conscience de la chance infinie que j’ai dans mon parcours. Comme tu l’as dit, ça fait 18 ans que je fais cela et que je peux continuer à le faire. On sait à quel point ça peut être difficile. J’ai été suivi dans mes envies par des collaborateurs hyper motivés qui m’ont toujours fait confiance. J’ai toujours été convaincu que la chance était un facteur fondamental dans le déroulé d’une carrière. Je vais citer le chanteur Dave : « Ce métier, c’est travail, talent et chance. » S’il manque l’un des trois, ça devient un petit peu compliqué.

Toi tu ne fais que ça. Travailler.

Je suis intégralement mobilisé pour avoir une nouvelle idée de chanson. Ma vie se mélange perpétuellement à mon activité artistique. Je n’ai aucun mérite à ça parce que j’ai tout le temps pour le faire.

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Pendant l'interview...

Tu es sensible aux critiques ? L’article peu élogieux de Valérie Lehoux sur Comme un ours dans Télérama t’as touché je crois.

Ce n’est pas le premier article d’elle que j’ai eu et qui a été critique à mon égard. Certaines fois, je les trouvais assez pertinentes, mais sur ce dernier article, je n’ai pas eu le sentiment que l’album avait été vraiment écouté. Ça m’a fait de la peine. Télérama est un grand journal qui a de l’influence, alors j’aurais préféré qu’on ne parle pas du tout de mon disque plutôt qu’on en parle de cette façon-là. En plus, généralement, elle est toujours la première à écrire et donc ça met tout de suite une ambiance un peu dure autour d’un projet. Le jour où j’aurais un article élogieux de madame Lehoux, je serais aussi très content parce que je respecte son avis. C’est une vraie chroniqueuse et c’est quelqu’un qui connait bien la chanson.

Un concert aux Francos, c’est un concert normal ?

Pas tout à fait. D’abord parce qu’on est au milieu de plein d’autres artistes qui se produisent, il y a donc une énergie qui n’est pas la même que quand on fait un concert plus isolé dans un centre culturel. Ici, le public vient à votre concert, mais il va voir plein d’autres artistes. Je ne vis donc pas les choses de la même façon.

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Après l'interview, le 13 juillet 2019.

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (6) : interview Maud Lübeck

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(Photo : Marie Magnin)

66307946_10156674185548768_8490483885526745088_n (2).jpg« Maud Lubeck écoute ses aîné(e)s, elle les respecte toujours, s’en inspire parfois. Elle ne demande qu’à les croire cependant, pour elle, côté cœur c’est différent : elle refait le chemin, intimement marquée par tout. Par tout. Moins fataliste, moins rieuse. Et tant mieux si elle se consume : les grands tourments forment les grandes chansons. Comme elle, comme d’autres avant elle, Maud Lübeck dit tout et toujours avec pudeur. Son art : sublimer les émotions. »

Elle sera à découvrir en ouverture de la Salle Bleue à 16h, en première partie d’Alain Chamfort (mandorisé là) ! 

Toutes ses vidéos ici.

(Pour en savoir plus, voici la récente mandorisation de Maud Lübeck à l’occasion de son album (vrai bijou), Divine.)

Le 12 juillet 2019, Maud Lübeck m'a rejoint au service de presse pour une mini interview.

Interview :

C’est ta première fois aux Francofolies ?

Oui. Je découvre. Je suis un peu comme un enfant qui débarque dans un monde merveilleux et qui regarde tout (rires). J’ai toujours rêvé de jouer ici. Il se trouve qu’en plus, c’est pour faire la première partie d’Alain Chamfort… c’est beaucoup d’émotion.

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Maud Lübeck et Alain Chamfort (photo : Maÿlis Pioux)

Je suis membre du jury depuis 7 ans et chaque année, j'écris ma note sur le Pic d'Or (voir làlà, et .) Je vois passer sous mes yeux de formidables artistes, dont beaucoup pourraient devenir ceux qui compteront dans les années à venir tel Radio Elvis, Pic d’Or 2014 et vainqueurs aux Victoires de la Musique 2017 dans la catégorie "Album Révélation" et Caruso, Pic d’argent 2016 qui vient de signer chez Barclay et qui écrit des chansons pour de nombreux artistes comme Louane (dont il fait actuellement la première partie de la tournée des Zenith). Quant à Dani Terreur, Pic d’Argent 2017, il a rejoint le label AT(h)ome en mars 2018 et prépare la sortie son 1er album.

Mais bien d’autres artistes passés par le Pic d’Or ont largement le niveau pour en faire autant. Après, on  peut contester les choix des jurés, un tremplin ne sera jamais totalement juste et sera toujours sujet à controverse. Mais personne ne pourra contester l’intégrité de tous, de l’organisation au jury. Un seul but : choisir avec le cœur et en notre âme et conscience. 

Je suis membre du jury depuis 7 ans et chaque année, j'écris ma note sur le Pic d'Or (voir làlà, et .) Je vois passer sous mes yeux de formidables artistes, dont beaucoup pourraient devenir ceux qui compteront dans les années à venir tel Radio Elvis, Pic d’Or 2014 et vainqueurs aux Victoires de la Musique 2017 dans la catégorie "Album Révélation" et Caruso, Pic d’argent 2016 qui vient de signer chez Barclay et qui écrit des chansons pour de nombreux artistes comme Louane (dont il fait actuellement la première partie de la tournée des Zenith). Quant à Dani Terreur, Pic d’Argent 2017, il a rejoint le label AT(h)ome en mars 2018 et prépare la sortie son 1er album.

Mais bien d’autres artistes passés par le Pic d’Or ont largement le niveau pour en faire autant. Après, on  peut contester les choix des jurés, un tremplin ne sera jamais totalement juste et sera toujours sujet à controverse. Mais personne ne pourra contester l’intégrité de tous, de l’organisation au jury. Un seul but : choisir avec le cœur et en notre âme et conscience. 

Alain Chamfort fait partie des artistes que tu aimes beaucoup ?

Oui… et depuis l’enfance. J’adore son travail, à toutes les époques.

Tu as fait un duo avec lui.

L’idée était de sortir un nouveau single, « A deux ». J’étais tellement heureuse de faire cette date avec Alain, qu’il m’est venu l’envie d’interpréter cette chanson avec lui. Il a dit oui tout de suite.

Il connaissait ton album Divine ?

Par les hasards, les connaissances en commun, il avait déjà écouté le disque. Me retrouver avec lui en répétition et pendant l’enregistrement, j’ai trouvé ça complètement fou. Chanter avec une de ses idoles donne une bonne dose d’énergie positive.

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Maud Lübeck en répétition avec Alain Chamfort (photo : Maÿlis Pioux)

Il chantera avec toi sur scène ?

C’est prévu.

Cet après-midi, tu chanteras seule ou accompagné ?

Je serai accompagnée aux chœurs par Amandine Maissiat et Edward Barrow, les deux mêmes qui ont fait les chœurs sur l’album. Il y a aura quelques morceaux de Divine saupoudré d’autres chansons de l’album précédent, Toi non plus.

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Après la mini interview, le 12 juillet 2019.

12 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (5) : interview de Terrenoire

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Terrenoire est un duo composé de deux frères, Théo et Raphäel Herrerias… Quelque part entre la musique électronique, le hip-hop et la chanson française, les machines du petit frère se baladent vers la lumière, se tirent vers les ombres : productions raffinées, poignantes, émouvantes, elles sont les images du film que racontent les textes. Le grand, lui, chante comme un point d’interrogation, des histoires de la grande ville, d’excès, de fuites vers les falaises, la voix clame puis se brise, engueule puis supplie. Découvrez Terrenoire en clôture de la Scène de l’Horloge, à 18h00 ce soir !

Ils sont passés me voir une heure avant leur prestation. 

Toutes les vidéos de Terrenoire à voir ici.

terrenoire,francofolies de la rochelle,interview,mandorInterview :

Comment vivez-vous ce début de notoriété ?

Raphaël : Pour le moment, nous avons sorti 8 chansons. Là, nous sommes en train d’enregistrer notre premier album, donc nous sommes au tout début de quelque chose. Nous avons eu la chance d’avoir eu de supers beaux ambassadeurs de notre musique dont notamment Les Inrocks et Didier Varrod. Nous avons juste franchi le premier passage qui a duré un an. J’ai la sensation que nous avons tout à recommencer pour aller toucher d’autres personnes et pour confirmer auprès de ceux qui ont aimé le premier passage. Tout ne se joue pas dans l’immédiat. Le plus beau c’est de dessiner une relation avec le public et nous avons conscience que ça prend du temps.

Tous les médias sont dithyrambiques à votre encontre.

Raphaël : Ca veut dire que notre duo est encore confidentiel. Si nous avions un fort taux de notoriété, dans le lot, il y aurait des avis négatifs.

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Le 1er EP.

Plus vous écrivez des chansons, plus vous vous améliorez ?

Théo : C’est un travail d’artisanat. En japonais, artiste et artisan, c’est le même mot. Pour moi, écrire et composer une bonne chanson, c’est comme construire un beau portail ou une belle porte selon que l’on soit menuisier ou ferronnier. Nous on joue des heures et des heures tous les jours, histoire de se parfaire.

Est-ce que jouer de la musique est un travail ?

Théo : J’aime à le penser. Je me suis toujours inspiré de modèles comme Frank Zappa ou Damon Albarn. Ce dernier raconte dans les interviews qu’il se lève à 8 heures… à 9 heures, il est au travail et à 18 heures, la journée est finie. Zappa, c’est plutôt de 7 heures jusqu’à minuit.

Vous avez une discipline, une rigueur dans le rythme du travail ?

Théo : Oui. Et ce sera encore plus facile de l’être parce que nous aurons un lieu qui nous sera propre.

Raphaël : On achète un studio, ce qui nous permettra de n’être dépendants de personne. « Comment faire pour créer des territoires qui nous appartiennent ? » est un de nos thèmes récurrents. On l’applique dans la vie en ayant ce studio. On pourra aussi inviter d’autres artistes et partager.

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Pendant l'interview...

Libé a dit de vous : « Chansons électroniques Alien qui s’emparent des codes hip-hop et du r’n’b.

Raphaël : J’aime bien l’idée d’Alien parce que nous n’avons jamais suivi les codes traditionnels de la musique populaire. Nous, on aime les artistes qui ont innové et qui ont une voix singulière. Souvent ça dissone pour l’époque et ce n’est pas toujours bien compris. Il faut prendre ses aises avec l’époque.

Vos textes sont littéraires, modernes et simples à comprendre. Ils se fondent parfaitement dans la musique.

Raphaël : On essaie de polir très longtemps nos productions, les prises de voix et les mélodies pour que cela fasse un film global.

Vous travaillez sur un nouvel album. Vous en êtes où ?

Raphaël : Nous sommes en train de créer tout un nouveau langage pour l’album. Nous avons déjà envie d’aller ailleurs de ce que nous avons déjà proposé. On ne va pas faire du réchauffé de ce qu’on a déjà fait, parce qu’on a l’impression qu’on a déjà perdu ce que l’on voulait dire On a envie de raconter autre chose, d’une autre manière..

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Après l'interview, le 12 juillet 2019.

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (4) : interview Renan Luce

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C'est sur la scène du Grand Théâtre de la Coursive que Renan Luce donnera aux FrancoFolies ce soir, à 20h, la primeur de son nouvel album éponyme, avant une tournée à l’automne. Des chansons puissantes et intimes à la fois (évoquant une séparation amoureuse), aux textes poignants et poétiques, portées par une formation inattendue, en écho aux arrangements orchestraux de la chanson française des années 1960.

Toutes ses vidéos ici.

Le 11 juillet, Renan Luce est venu au service de presse pour parler de ce spectacle et de son nouvel album.

les francofolies de la rochelle,interview,renan luce,mandorInterview :

Il y a eu 5 ans de battements entre ton précédent album et celui-ci.

Les trois premières années, j’ai passé beaucoup de temps sur les routes. Ce n’est qu’à l’issue de cette période que je me suis attelé à l’écriture. Ma vie a fait que des grandes émotions m’ont traversé et m’ont inspiré cet album-là. Les chansons sont arrivées les unes après les autres, très naturellement. Mais bon, je suis aussi lent, il faut bien le reconnaître (rires). Je cherche, je fais, je défais, je construis et déconstruis… J’ai besoin de laisser reposer les choses, ensuite, cela me permet d’être plus objectif sur mon travail.

Tu avais aussi besoin de temps pour que l’inspiration revienne ?

J’avais besoin de temps pour ouvrir d’autres portes que je n’avais pas encore ouvertes. Des portes plus intimes, des thématiques plus personnelles, de nouvelles portes musicales, une nouvelle manière de composer, plus au piano…

Il n’y a que des chansons sur ta séparation d’avec la mère de votre enfant.

Cela s’est imposé sans que je ne puisse rien y faire. Ses sentiments intenses, quand ils vous traversent, ont tendance à recouvrir tout. Il est parfois difficile de regarder ailleurs, il faut un peu de temps. Cet album a été créé sur deux ans et je suis passé par plusieurs états, ce qui m’a permis d’aborder ce thème avec des angles différents.

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Renan Luce sur scène, avec sa nouvelle formation orchestrale.

Tu n’as pas eu peur de lasser les gens qui écoutent le disque avec ce même thème ?

J’ai eu cette crainte un petit peu, mais je n’ai pas pu faire autrement. Je le répète, c’est plusieurs périodes et plusieurs regards sur une séparation et sur ce que je ressens. Tour à tour de la détresse, de la tristesse, puis de l’espoir, de l’inquiétude, des remises en question…

Tes chansons sont très intimes, mais paradoxalement assez pudiques.

Dans mon tempérament, il y a déjà une pudeur qui m’incite à ne jamais aller trop loin. Ensuite, je pense que le prisme de l’écriture, la démarche plus poétique, fait qu’il y a une petite distance. J’essaie de faire quelque chose provoquant de l’émotion brute.

L’orchestration de cet album est superbe. les francofolies de la rochelle,interview,renan luce,mandor

C’est pour moi un retour aux sources musicales de ce que j’écoutais dans mon enfance. Cette chanson orchestrale des années 60 à la Bécaud, Brel ou Aznavour m’a beaucoup marqué. Il y a une telle richesse entre les vents, les cordes et les percussions, que l’on peut passer à quelque chose de très intime, très cotonneux, à quelque chose de très tumultueux. Pour ces chansons très personnelles, j’avais envie de retrouver ma musique de cœur. J’ai l’impression de revenir à mes essentiels. J’avais besoin d’être dans le confort d’une musique qui me correspond bien.

Chantes-tu de la même façon avec cette orchestration.

J’ai un souffle plus posé, plus installé, pour suivre la largesse de l’orchestre.

Ça fait du bien d’écrire des chansons si intimes ?

Bien sûr. Ça donne une distance aux évènements. Fabriquer de l’art avec des sentiments qui remuent le couteau dans la plaie, ça m’a apaisé.

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Pendant l'interview...

La principale intéressée a écouté l’album ?

Evidemment. Elle a écouté les chansons les unes après les autres. On a cette chance d’être des parents, certes séparés, mais très proches, avec beaucoup d’affection et une belle histoire. Avec ce disque, c’est ce que je voulais faire : terminer une belle histoire.

Aux Francos, ce sera quelle formation ?

Je serai avec un orchestre plus réduit que ce qu’il y a dans l’album, mais nous sommes quand même 16 sur scène. On retrouve les textures du disque : les cordes et les vents, un trio jazz, piano, contrebasse, batterie… et beaucoup d’énergie. Il y aura une force nouvelle différente de l’album.

C’est ta 4eme participation aux Francos.

Oui. Je suis venu à chaque album. C’est pour moi un passage incontournable.

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Après l'interview, au service de presse, le 11 juillet 2019.

11 juillet 2019

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (3) : Conférence de presse (express) d'André Manoukian

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Juillet 85, première édition des Francofolies de la Rochelle.

Une idée un peu folle née un soir, très tard, de l’imagination débridée de Jean-Louis Foulquier. Vouloir créer le festival de la scène française aux pieds des tours de la Rochelle son port d’attache.
Juillet 2019, le festival célèbre sa 35ème édition ! Et pour fêter ça, André Manoukian, le pianiste et présentateur de l’émission La vie secrète des chansonssur France 3, vous invite à le retrouver ce soir pour un concert très spécial.
Avec ses amis chanteuses et chanteurs, il revisitera 35 ans de Francofolies à travers les chansons qui ont marqué l’histoire du festival.

Rendez-vous ce soir au Grand Théâtre de la Coursive à 20h00 pour une création inédite !

En collaboration avec la Sacem.

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Voici quelques précisions d’André Manoukian lors de sa conférence de presse de ce matin (et merci au journaliste se voulant spirituel qui pose des questions stupides, sans intérêts pour ses collègues présents... mais qui prennent du temps de réponse sur un temps déjà hyper limité):

Comment avez-vous choisi les chansons ?

Avec le directeur du Festival, Gérard Pont, on a choisi à travers tous les artistes qui sont venus aux FrancoFolies 22 chansons. Après, nous avons fait un casting d’artistes de la nouvelle génération parce qu’il est de notoriété publique que je chante comme un jambon. Ils ont tous une forte personnalité originale et ils amènent tous leur lumière et leur interprétation à cette histoire. Je les accompagnerais au piano avec un quatuor à cordes et je ferai le MC. On a l’impression que chaque chanteur est un invité qui vient s’intégrer dans un son. Du coup, l’homogénéité, elle est dans la musique et le fil conducteur qu’il y a à travers cette jolie histoire.

Ce soir vous raconterez l’histoire des Francos ?

Oui et l’histoire de certaines chansons, mais surtout le rapport des artistes avec les Francofoliesde La Rochelle.

C’est quoi votre souvenir principal des Francos ?

C'est  lorsque l'on s'est retrouvés sur la scène avec Liane Foly, Maurane et d'autres artistes, qui sont venus juste parce que Foulquier avait décroché son téléphone. Quand on est sur la scène du parking Saint-Jean d'Acre, on voit ce public si particulier, qui pogote... mais  sur de la chanson française. C'est  le seul festival qui existe dans notre pays, à ce niveau-là.

Que pensez-vous de la variété française d’aujourd’hui ?

Elle est morte. Aujourd’hui, il y a de la chanson française qui est devenu un genre, le rap et quelques musiques de niche qui sont en train d’arriver. Certains qui viennent du rap ajoutent d’ailleurs de la chanson pure. La grande variété est devenue une musique classique, qu’on peut revisiter. Cela fait partie de l’évolution des choses. Avant, en France, les jeunes artistes se faisaient développer par des majors. Aujourd’hui, tout ça c’est mort, chacun se débrouille dans sa “niche”, puisqu’il faut utiliser des termes de marketing. Du coup, on n’a jamais eu autant de richesses musicales et autant de genres complètement différents. On se trouve dans une autre forme de variété puisqu’on est dans un éclatement de styles et une profusion de créativité de dingue.

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Le 11 juillet 2019, conférence de presse d'André Manoukian.

Edit : Deux photos de la soirée...

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André Manoukian et ses invités, Elodie Frégé, Ben Mazué, Maissiat, Barbara Carlotti et Tim  Dup.

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André Manoukian et ses invités, Elodie Frégé, Ben Mazué, Maissiat, Barbara Carlotti et Tim Dup.

Les Francofolies de la Rochelle 2019 (2) : interview Gainsbourg for Kids

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francofolies de la rochelle,gainsbourg dor kids,françois guernier,ben ricour,cheveu,mandor,interview« À l’image de « Ce petit garçon nommé Charlie » qui se casse la figure à tous les coins de la ville, chanson touchante et pas si désespérée qu’il avait écrite pour le dessin animé Charlie Brown et qu’il avait sans doute perçu comme un miroir de lui-même, Serge Gainsbourg avait aussi sa part d’enfance. Et comme beaucoup d’enfants, il avait le goût des mots qui sonnent, et des « Shebam ! Pow ! Blop ! Wizz ! » qui explosent dans les bulles des comic-strips. De quoi donner l’envie à la dreamteam de Wanted Joe Dassin de fouiller dans le répertoire monumental de Gainsbourg, d’en extraire quelques pépites connues et inconnues, et d’imaginer ce nouveau spectacle destiné aux grands enfants et aux familles. Bienvenue dans le comic-strip des Gainsbourg for Kids ! » Ainsi est présenté officielle ce projet.

Avec : Cheveu, François Guernier, Ben Ricour.

Conception et mise en scène : Olivier Prou
Régie et création son : Stéphane Andrivot
Création lumières : Philippe Arbert

Ce matin, aux Francofolies de La Rochelle, les 3 artistes se sont produits dans la salle bleue dans le cadre des Franco Juniors. Cette scène est spécialement dédiée au jeune public, pour le plaisir des petits, mais des grands aussi !

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De gauche à droite : Ben Ricour, Cheveu et François Guernier.

Interview :

Après Nino Ferrer et Joe Dassin, voici un hommage à Serge Gainsbourg. L’idée est de faire découvrir aux enfants un répertoire qu’on entend plus dans les médias ?

François Guernier : Oui, mais c’est surtout leur faire découvrir un répertoire de 600 chansons vers lequel ils n’ont plus accès. Quel enfant connait Serge Gainsbourg aujourd’hui ? L’idée est que son répertoire devienne un élément fédérateur entre les enfants et les parents. C’est bien qu’ils aient un artiste en commun à partager.

Le répertoire de Gainsbourg est parfois sulfureux. J’imagine que vous avez choisi des chansons comme « L’ami Caouette »…

Cheveu : Il y a plein d’autres chansons qui sont accessibles aux enfants. Je rappelle qu’avant Gainsbarre, il y a eu Gainsbourg.

Ben Ricour : Et on a pioché uniquement dans Gainsbourg. Du début de sa carrière à la période reggae, fin 1970, début des années 1980. Dans des chansons comme « Laetitia », il y a des jeux de mots qui sont hyper accessibles.

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Gainsbourg For Kids aux Francofolies de Rochelle, ce matin.

Vos concerts sont scénarisés.

Ben Ricour : On ne fait pas juste de la reprise de Gainsbourg. Il y a une histoire. Nous sommes trois déménageurs qui livrons un piano au 5 rue de Verneuil, là où habitait Gainsbourg. On sonne, il n’y a personne. Que va-t-on pouvoir faire en attendant que le propriétaire arrive ? On fait des histoires, des devinettes et de la chanson. Après, je n’en dis pas plus par respect pour le public qui viendra.

Il n’y a que des chansons interprétées par lui ?

François Guernier : Non, nous avons puisé aussi dans celles qu’il a écrites pour d’autres, comme « La gadoue » pour Jane Birkin et « Pourquoi un pyjama » pour Régine…

Ben Ricour : Il y en a un peu pour tout le monde. Il y a du connu et des chansons très peu connues. Même les fans de Gainsbourg sont souvent surpris.

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Le choix des chansons a dû être draconien ?

Cheveu : Nous avons été aidés par le metteur en scène Olivier Prou. A la base chacun en avait choisi trois que l’on avait maquetté chez nous. Après, Olivier a pioché dans notre listing commun de 35 chansons. On en a pris 18 pour le spectacle.

François Guernier : Ca a mis en évidence la part d’enfance qu’il y avait chez Gainsbourg.

Et musicalement, il pouvait connecter tous les genres musicaux.

François Guernier : T’aimes le rap, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le funk, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le rock, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes le reggae, tu aimes Gainsbourg. Tu aimes la poésie, tu aimes Gainsbourg. Ils sont peu dans ce cas à être se balader de style en style d’époque en époque.

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Après l'interview, le 10 juillet 2019, en terrasse à La Rochelle.

Les Francofolies de La Rochelle 2019 (1) : Conférence de presse d'Angèle

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(Photo après la conférence de presse: Sébastien Acker)

Les FrancoFolies de La Rochelle 2019, c’est parti ! Pour connaitre la programmation, allez faire un tour ici.

Comme l’année dernière, je vous proposerai au quotidien des interviews d’artistes.

La première, c’est Angèle qui s’est produite hier soir sur la scène Jean-Louis Foulquier. Bon, ce n’est pas une interview en face à face (son succès est tel que les demandes étaient gigantesques), mais une conférence de presse. Un exercice journalistique auquel je n’aime pas m’adonner… sauf quand je n’ai pas le choix. Angèle ne donnera plus d’interviews avant pas mal de temps, elle lève le pied sur la promotion (elle a beaucoup donné depuis un an), il est donc intéressant d’écouter ses propos post silence.

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(Photo après la conférence de presse: Mandor)

Florilège de quelques questions.

Il s’est passé beaucoup de choses pour vous en un an. Comment avez-vous vécu cette année ?

Super bien. Il y a eu plein de rebondissements. Il y a eu la finition de l’album, le mixage, le mastering ensuite l’album est sorti. A la suite de cela il y a eu une grosse phase où j’étais très présente dans les médias et, en parallèle, il y a eu la préparation de la tournée des SMAC et des Zénith. Je n’ai pas arrêté.

Vous êtes une des nouvelles voix de votre génération, comprenez-vous ce qui plait dans vos chansons aux jeunes d’aujourd’hui ?

Peut-être qu’ils se sentent compris ? Comme je parle de moi, je parle de ma génération, donc certaines jeunes se reconnaissent dans mes chansons.

Et personnellement ?

Ça a été très positif et très intense.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier

C’est quoi pour vous, être chanteuse ?

C’est un métier qui demande énormément d’implications à plein de niveau. Ça peut paraitre idiot, mais pour moi, être chanteuse c’est chanter des chansons que j’ai écrites. C’est un réel exutoire de ressentir des choses et de pouvoir ensuite les exprimer en chanson. Dans la vraie vie, j’ai du mal à exprimer ce que je ressens.

L’année dernière vous étiez aux Francos au théâtre Verdière, une salle fermée, cette année c’est la grande scène mythique Jean-Louis Foulquier. Quelle évolution !

Je trouve ça agréable. On parle de mon évolution en me disant « Ça va, tu tiens le coup ? », comme si, vraiment, j’avais un métier très dur. Il ne faut jamais oublier que c’est un métier que j’aime, que j’ai choisi et que je suis très chanceuse d’exercer. Là où ça peut être difficile, c’est la fatigue physique. Elle peut avoir un impact sur la fatigue mentale. Être constamment comme ça, avec des micros autour de moi et des gens qui m’écoutent, ça me donne l’impression de devoir dire uniquement des choses très intelligentes… et je n’ai pas toujours des choses intelligentes à dire. Etre tout le temps sur scène, ça demande d’être tout le temps en forme et je ne suis pas tout le temps en forme. Quand je marche dans la rue, ça impliquerait que je sois tout le temps souriante avec les gens, et je ne le suis pas tout le temps non plus. Le gros succès est un peu déshumanisant. On attend d’un artiste qu’il soit en permanence apte à faire son métier alors qu’on devrait être en représentation uniquement quand on est sur scène.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

Il est compliqué de rester un être humain normal ?

Oui, c’est ça qui est le plus dur à gérer. J’essaie de ne pas m’en plaindre parce que mon succès me fait vivre des moments intenses.

Dans votre chanson « Flou », vous vous interrogez sur la notoriété. Est-ce qu’un an plus tard, c’est toujours aussi flou ?

C’est toujours aussi fou, mais un peu moins flou. Il y a plus d’information à intégrer. Je suis mieux entourée qu’il y a un an. Il n’y a autour de moi que des gens bienveillants et agréables, avec qui je peux partager tous ses moments que je traverse.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier

Malgré le succès phénoménal, continuez-vous à vous sentir illégitime ?

J’avance dans la quête de la légitimité. Je crois que je l’ai trouvé, c’est bon. Si j’en suis arrivée là, c’est que j’ai beaucoup travaillé pour. A force de parler de ma famille, ça m’a fait croire que tout ce qui m’arrivait était dû à leur existence et à leur présence. Je réalise aujourd’hui que ce qui m’a vraiment aidé, c’est d’avoir des parents qui m’ont soutenu psychologiquement. Tout est arrivé tellement vite que je n’ai pas eu le temps d’analyser ce qui me tombait dessus.

Pensez-vous déjà à la suite, à votre prochain album ?

Non, je ne pense pas à un prochain album, mais je ne peux pas m’empêcher d’écrire. Il y a encore des trucs qui se passent dans ma vie dont j’ai besoin de parler. C’est comme ça que je procède. Quand des évènements m’arrivent, positifs ou négatifs, quand des questions s’imposent en moi, en général, ça fini en chansons. Je ne sais pas ce que j’en ferai parce que si c’est trop personnel, peut-être que je ne les partagerai pas.

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Hier soir, sur la scène Jean-Louis Foulquier.

09 juillet 2019

Eric Genetet : interview pour Un bonheur sans pitié

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Le 5e roman d’Éric Genetet est impressionnant. Dans Un bonheur sans pitié, il évoque un sujet difficile avec tact et force, ce qui n’est pas incompatible. On rentre dans le processus vertigineux de la manipulation mentale au sein d’un couple. Evidemment les lecteurs n’en sortent pas indemnes… et peuvent éventuellement réfléchir sur leurs propres comportements.

Le 16 mai dernier, j’ai mandorisé une troisième fois (la première ici, la deuxième ) cet écrivain qui, lentement mais sûrement, construit une belle œuvre.

eric genetet,un bonheur sans pitié,interview,mandor4e de couverture :

« Je n’aurais jamais imaginé devenir cette fille-là. Personne ne peut comprendre pourquoi je ne le quitte pas, je l’ignore moi-même. »
Après quelques mois d’une passion enivrante et sans nuage, Marina sait qu’elle a enfin trouvé le bonheur avec Torsten. Mais un jour, le masque se fissure et il révèle son vrai visage. Emportée par ses sentiments, Marina pardonne inlassablement et s’habitue à l’inacceptable, jusqu’à se perdre et sombrer.
Un bonheur sans pitié est le récit d’un amour insensé, incompréhensible et fatal. Avec justesse et sensibilité, Éric Genetet raconte, sans jamais la juger, l’histoire d’un couple régi par une violence physique et morale qui engloutit leur existence et transforme leur union en prison.

L’auteur :

Né en 1967, Éric Genetet vit entre Strasbourg et Paris. Il est l’auteur de Solo, Le Fiancé de la lune, Et n’attendre personne et Tomber (prix Folire et prix de la Ville de Belfort 2016).

eric genetet,un bonheur sans pitié,interview,mandorInterview :

L’histoire que tu racontes est arrivée à une amie à toi, c’est ça ?

Je me suis inspiré de cette histoire qu’elle m’a racontée il y a 6 ans. J’ai vite compris que bien d’autres femmes avaient vécu des évènements similaires. Elles sont les proies d’hommes qui ne cherchent que leurs bons plaisirs. Pour cela, ils sont prêts à tout, y compris à détruire la personne avec laquelle ils vivent.

Pour dresser une personnalité à ton personnage masculin, Torsten, as-tu puisé un peu en toi ?

Peut-être que dans ma vie j’ai été considéré comme un agresseur. Evidemment, je n’ai pas été jusqu’où Torsten a été lui-même, mais je suis allé chercher des choses en moi que je n’avais pas compris au moment où je les vivais. J’ai mis des morceaux de ma vie et des comportements de gens avec qui j’ai vécu. Dans chaque couple, il y a de la manipulation, même si c’est de la manipulation douce. Je ne suis ni un pervers narcissique, ni un sociopathe, mais il m’est arrivé de ne pas avoir eu de bons comportements. En partant de ça, mais en allant beaucoup plus loin, j’ai construit les personnages de Torsten et de Marina.

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Dans le livre, tu as donné la parole aux deux. Tu t’es glissé dans la peau de la victime et dans celle du bourreau. Cela donne deux visions sur une même histoire.

Quand un couple se sépare, les deux protagonistes ne savent pas toujours pourquoi. En tout cas, il y a toujours un monstre, mais ce n’est jamais le même… et surtout, c’est toujours l’autre. Même si Torsten a un problème pathologique, je voulais qu’il puisse prendre la parole pour qu’il aille au bout de son histoire.

Tu n’utilises jamais le mot pervers narcissique.

Je ne veux pas être dans le jugement. Et puis, comme c’est une pathologie et que je ne suis pas médecin, je préfère m’abstenir. Mais pour être honnête, il s’agit bien de cela.

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Lui-même n’avoue jamais qu’il est manipulateur ou pervers narcissique.

C’est le cas de toutes les personnes qui le sont. Torsten pense qu’il a raison et qu’il est dans son bon droit. Parfois même, il se victimise. Il est dans son propre système de pensée et il ne peut pas en sortir. C’est une maladie.

Marina, elle, est dans le déni total très longtemps.

Elle refuse l’idée qu’elle est avec un tyran. S’il elle avoue qu’elle est dans cette situation de victime, elle s’écroule complètement. Elle pense que ça va finir par s’arranger car elle s’accroche aux six premiers mois qui ont été merveilleux. C’est comme une drogue pour elle. Elle est prête à tout pour retrouver ce bonheur qu’elle a vécu avec lui. Elle est même prête à le sauver lui, alors qu’elle se sacrifie déjà à tous les points de vue.

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La violence est plus morale que physique.

Dans tous les témoignages que j’ai pu recueillir, il y avait plus d’emprises psychologiques que de violences physiques, même s’il y en a aussi toujours un petit peu.

Est-ce que dans tous les couples, il y a de la manipulation ?

Je ne sais pas si c’est de la manipulation, en tout cas, elle n’est pas comparable avec celle que je décris dans le livre. Je pense que pour plaire à l’autre, on est prêt à se mentir à soi-même. C’est déjà une première manipulation.

Tu ne juges personne dans ce livre.

Ce serait mal venu de ma part de juger mes personnages. Je suis très factuel. Je pose et décris les choses pour que le lecteur se débrouille avec ça.

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Pendant l'interview...

Tu racontes cette histoire avec une vraie sensibilité.

Ça me fait plaisir d’entendre ça. J’ai peut-être développé cette sensibilité avec le temps.

C’est un livre sur la violence dans le couple.

Oui, à tel point que je voulais intituler ce livre « Une femme en grand danger ». Il est clair que Marina est en grand danger. Ce livre donne peut-être des clefs pour que les femmes qui vivent la même chose s’en sortent.

Ce livre a trouvé ses lecteurs. Tu es surpris ?

Quand j’écris, je ne me pose aucune question sur le fait de savoir si ça va intéresser des gens. J’écris un sujet parce que j’ai envie de l’écrire, point barre. Je ne suis pas un faiseur de livres, je trace mon sillon littéraire. Quand j’écris, je me sens en harmonie avec le monde. Dans ma jeunesse, l’écriture était tellement loin de moi, aujourd’hui elle est devenue le centre de ma vie. Je suis très fier de cela.

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Après l'interview, le 16 mai dernier.