18 août 2014

Pic d'or 2014 : la recette du succès !

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Membre du jury du Pic d’Or depuis maintenant 3 ans, je suis obligé de constater que ce tremplin tarbais est sans nul doute le plus important et le plus exigeant qu’il m’ait été donné de fréquenter. Par rapport aux artistes sélectionnés et par son organisation sans faille. En tant que professionnel du monde de la musique depuis des lustres, j’ai trainé mes guêtres un peu partout et j’avoue être très impressionné par ce concours musical-là.

Dans ce bilan 2014, que je dresse avec beaucoup de retard (pardon à tous!), je vais faire comme les deux années précédentes (voir là et ).

Pas de compte rendu stricto sensu (mais de nombreuses photos légendées et quelques vidéos).

En parlant, de photo, toutes celles du concert sont signées par l'excellentissime Nöt Pixbynot (aussi humble que performant, c'est assez rare pour être signalé). Et vous pouvez voir une très large sélection de photos de la finale, ici.

Quant aux vidéos des lauréats, nous les devons à Via communication Tarbes.

Ne vous étonnez pas que je ne donne pas mon opinion personnelle sur les artistes qui ont participé à ce tremplin. Je ne sais pas critiquer négativement et, surtout, je n'en ai pas envie. J'ai aimé la plupart des chanteurs et chanteuses présents (dont certains ont été mandorisés), mais pas tous à la même échelle (évidemment). Mandor défend les artistes, il déteste les allumer. On peut me le reprocher, je m'en fous... d'autres s'y emploient très bien ailleurs. Le Pic d'Or est une manifestation musicale dont les valeurs sont positives, restons donc positif.

J'ai décidé cette année de vous donner la recette pour fabriquer un bon Pic d’Or (ou, comment tenter d'être original).

Il faut d’abord une bonne poignée d'éclats d’artistes à placer délicatement dans un beau récipient (un théâtre somptueux, par exemple. Le théâtre des Nouveautés me parait idéal).

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Qu'il est beau ce théâtre... qui allie décor somptueux et acoustique idéal.

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Les artistes, donc. En voici quelques uns...

Les BachibouSouk.

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(Photo : mairie de Tarbes)

Le duo From & Ziel (mais, là, on en voit qu'un.)

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Le Coz.

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Marius.

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K!

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Simon Autain.

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Quessada, le premier régional de l'étape.

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Roocky, l'autre régional de l'étape.

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Cyril Adda.

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Virgule.

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Gaëlle Vigneaux.

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Radio Elvis.

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Davy Kilembé.

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Quentin Bécogné.

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Les Cahiers d'Auré.

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Orlando.

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L'idéal serait d'envelopper tout ce beau monde dans un papier pour le garder intact.

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Il faut ensuite, une pincée de juré. Mélangez avec harmonie artistes, musiciens, journalistes, professeur agrégée de musique, organisateur de festival et directeurs de salle.

IMG_4769.JPGCette année, le jury, est présidé par Arnold Turboust (compositeur, auteur, chanteur, musicien, producteur de disques) et parrainé par Michael Jones (guitariste-chanteur gallois et ex membre du duo Frédericks-Goldman-Jones). Il est composé de Stéphanie Berrebi (journaliste pour le magazine FrancoFans), Alain Navarro (créateur et directeur artistique de l'association Arpèges et Trémolos, organisateur du festival Pause Guitare à Albi), Thierry Cadet (animateur à Melody TV, rédacteur presse écrite, biographe, interprète, co-fondateur du Prix Moustaki), Jean-Pierre Pasqualini (rédacteur en chef du magazine Platine, Directeur des programmes sur Mélody TV, écrivain), Pierre Domengès (directeur artistique de La Gespe et romancier), Stéphane Rigot (directeur de "Tarbes En Scènes" et du Théâtre des Nouveautés), Anne Toujas-Marchand (Responsable du jury de préselection, professeur agrégée d'éducation musicale, 1er prix de solfège spécialisé au Conservatoire national de Musique de Paris, prix d'écriture, 1er prix d'analyse, prix de piano du Conservatoire de Bayonne) et moi.

Une petite séance photo avant de commencer les délibérations...

Sur cette photo, il y a tous les membres du jury masculins. Stéphanie Berrebi prend la photo (et Anne Toujas-Marchand était excusée).

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Sur celle-ci, manque Jean-Pierre Pasqualini qui prend la photo pour que Stéphanie soit sur la photo. Classe le monsieur!

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Plan serré sur (de gauche à droite) Alain Navarro, Michaël Jones, moi, Thierry Cadet et, au premier rang, Jean-Pierre Pasqualini.

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Quand les juges délibèrent,
Si j'fais mal ou j'fais bien,
Si j'suis vraiment sincère,
Moi j'sais même plus très bien...

("Peur de rien blues" par Frédéricks, Goldman, Jones)

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Le parrain de cette année, Michaël Jones.

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Le président du jury, le dandy classieux, Arnold Turboust (que j'affectionne beaucoup).

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Stéphanie Berrebi, la petite nouvelle de cette année, en pleine réflexion.

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Alain Navarro, l'humilité et l'efficacité dans toute sa splendeur. J'ai beaucoup de respect pour ce monsieur.

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Nous écoutons Michaël Jones qui, comme Arnold Turboust, a une sacrée belle carrière de musicien.

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D'autres photos des délibérations...

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Non, mais pour parler, il faut lever le doigt. Ça ne déconne pas, quoi! (En vrai, nous votons.)

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Anne Toujas-Marchand, c'est elle (puisqu'elle n'était pas sur les photos de groupe, je voulais vous la présenter).

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Alain Navarro est parfois vindicatif.

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Après les délibérations, les membres du jury sont évidemment éreintés d'avoir tout donné, d'avoir défendu leurs artistes préférés, d'avoir argumenté et de s'être battus à mains nues pour arriver à imposer leurs préférences. (Quoi, j'exagère?)

Laissez les reposer quelques minutes, entre eux... ils n'en seront que plus tendres à la dégustation.

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C'est l'histoire d'un col de chemise qui est très attiré par une veste de chanteur guitariste.

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-Je vous jure! J'ai connu Gloria Lasso en vrai!

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Bon, à l'issu de ce temps de repos (qui ne doit pas excéder le quart d'heure), il faut donc mélanger les artistes et les jurés avec délicatesse.

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Arnold Turboust et Michaël Jones annoncent ceux et celles qui ont été sélectionnés. (Des carrières se jouent et eux, ils sont là, tranquillos, comme si de rien n'était...Pfff...)

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(Ouais, Jean-Pierre Pasqualini, fais pas le malin!)

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Quand Arnold Turboust fait parler Stéphanie Berrebi, Pierre Domengès, bibi et Michaël Jones applaudissent la performance.

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Les membres du jury et l'animateur du Pic d'Or, le truculent Eric Bentahar.

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Interlude: Je me permets de préciser que lorsqu'un être humain à de telles responsabilités professionnelles et humaines (décider si un artiste est meilleur qu'un autre, décider qui renvoyer au bercail et qui continue l'aventure... etc.) il faut évidemment reprendre des forces. Donc, oui, les membres du jury se sustentent et boivent un peu. Il faut donc les imbiber quelques heures dans les produits locaux.

A ce niveau là, l'organisation du Pic d'Or sait nous gâter...

N'est ce pas Jean-Pierre, Thierry (qui fait semblant de bosser même à table) et Stéphanie?

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Tandis que nous, nous sommes sérieux. A l'eau quoi! (Et un peu au rosé et au rouge).

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Et quand les membres du jury ont fait trop d'excès, on les emmène derechef prendre l'air en altitude. A la montagne, à Cauterets et à la Fruitière (1371 mètres).

(C'est à ce moment là que je remercie Florence Cortes et Eric Kieser.)

Pour faire du sport? Euh... oui, oui, faire du sport. Hum...

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Selfie with Stéphanie and Thierry.

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Le seul qui fait réellement du sport, c'est Alain Navarro.

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Et nous l'accueillons en star. L'homme est impressionnant.

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Ce restaurant n'est pas du tout un endroit où nous sommes venus pour nous en mettre plein la panse. Pas du tout.

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Parmi les membres du jury non tarbais en villégiature, manque Michaël Jones qui, lui, donnait une master class de guitare ouverte au public (nombreux, en plus).

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Puisqu'on en parle, voici un moment de la master class guitare de Michaël Jones...

Michaël Jones - Master class guitare (filmé par Via communication Tarbes)

J'aimerais préciser qu'il y a eu également un atelier de coaching vocal dirigé par le remarquable Henri Gonzales. Parce que, disons le tout net, le Pic d'Or n'est pas juste un concours ou un tremplin, c'est aussi un lieu qui permet à des artistes ou des anonymes de rencontrer des professionnels compétents dans un domaine précis (atelier d'écriture, Masterclass, coaching vocal...) afin de se perfectionner et d'être conseillés. Sacré valeur ajouté!

Atelier de coaching vocal avec Henri Gonzalez au lycée Marie Curie de Tarbes.

Revenons aux artistes participants au Pic d'Or (ce sont eux les plus importants dans cette histoire, quand même!) Quelques heures plus tard, eux aussi, doivent se reposer avant la finale. Mais, certains mijotent en coulisse quelques heures...

Orlando.

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Radio Elvis.

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Radio Elvis (bis).

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Simon Autain.

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From & Ziel.

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Orlando (bis).

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Gaëlle Vigneaux.

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K!

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Selfie entre Cyril Adda, K! et Gaëlle Vignaux.

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 Bon, il est temps de passer au plat principal. La finale (et tous ses résultats). Fort digeste, vous allez voir!

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(Photo : Mairie de Tarbes).

 Thierry Cadet et Stéphane Rigot annonce le prix d'interprétation...

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...et il est attribué à From &Ziel.

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From & Ziel - Prix d'interprétation (filmé par Via communication Tarbes).

Pierre Domengès et Anne Toujas-Marchand annoncent le Prix SACEM pour la musique...

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...que le groupe Orlando remporte (avec joie, visiblement).

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Orlando - Prix SACEM pour la musique (filmé par Via communication Tarbes)

Stéphanie Berrebi et moi même annonçons le prix du texte...

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...et c'est Simon Autain (dont vous savez ici tout le bien que je pense de lui depuis deux ans) qui l'emporte.

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-Hé ho! Tu me le donnes ce papier et tu arrêtes de parler!

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(Photo : mairie de Tarbes)

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Simon Autain - Prix du texte (filmé par Via communication Tarbes)

Monsieur le maire, Gérard Trémège, est venu nous saluer...

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...et remettre, avec la présidente du Pic d'Or, Corinne Labat, le prix du jury à...

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...Orlando (dont les membres du groupe sont très démonstratifs).

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Orlando - Prix du public (filmé par Via communication Tarbes).

Quant à Alain Navarro et Jean-Pierre Pasqualini, ils remettent le Pic d'Argent à...

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...celle qui, pour moi, a été l'artiste féminine la plus intéressante de cette édition, K!

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K! - Pic d'Argent (Filmée par Via communication Tarbes)

Enfin, Michaël Jones et Arnold Turboust vont attribuer le prix le plus important de la soirée: le Pic d'Or 2014.

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...et c'est l'excellent et charismatique Radio Elvis qui reçoit la récompense suprême.

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(Mairie de Tarbes).

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(Mairie de Tarbes).

Radio Elvis, coïncidence, je l'avais mandorisé quelques jours avant.

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Radio Elvis - Pic d'Or 2014 (filmé par Via communication Tarbes).

Le final...

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(Mairie de Tarbes).

...et rideau.

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Puis buffet d'adieu...

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...et petite photo souvenir avec Stéphanie Berrebi et deux de mes chouchous, Simon Autain et le grand gagnant, Pierre Guénard, leader et chanteur de Radio Elvis.

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Pour presque conclure ce bilan 2014 du Pic d'Or, voici celui de Michaël Jones, le parrain de cette année. Il répond à Thierry Cadet pour HorScène.

Je tiens ici à remercier toute l'équipe du Pic d'Or, de sa présidente, Corinne Labat, à TOUS les bénévoles aussi sympathiques qu'efficaces.

Comme l'année dernière, en guise de conclusion, je vous propose l'article d'un autre membre du jury, Jean-Pierre Pasqualini. Il a été publié dans le n°200 de son journal, Platine.

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16 août 2014

André Fernandez : interview pour l'album Les doutes

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(Photo: Nathalie Tiennot)

André Fernandez est un peu ovniesque dans le paysage musical français. Il vient de sortir un premier album, Les doutes, mélange de pop rock des 70's et de textes souvent magnifiques et... malins. Le premier degré de ses chansons se métamorphose en subtil second degré. Je suis très étonné, car aucun confrère ne parle de ce disque pourtant très original. Il n’y a encore aucune critique, positive ou négative, un peu comme si ce disque n’existait pas. Or, il existe bel et bien. Je trouve très injuste que cet album soit ignoré de tous, car il est très original et intéressant sur bien des points (bien plus que certains albums de certains artistes qui ont pignon sur rue). J’ai donc décidé de recevoir cet artiste généreux à l’agence. C’était le 8 juillet dernier.

Photo 2 Nathalie Tiennot.jpgBiographie officielle :

Auteur-compositeur-interprète, ancien élève du cours Florent à Paris, batteur puis guitariste-chanteur de plusieurs groupes de rock. (Big Baang, Colère in Corti, Superstars).

En 2004 il écrit et compose « Voici mon pays » pour le 1er album de Jean-Sébastien Lavoie, Je me souviendrai (SonyBMG 2004).

Dès lors, il collabore à différents projets pour les éditions VK Production avec les paroliers Éric Chemouny, Sophie Gascon, Varda Kakon, puis à partir de 2006 avec les éditions Passport Songs Music et les paroliers Julien Melville, Hakan Lindgren, Axenn Raeyan et le compositeur Richard Jullien ?

En 2007 il cosigne avec Richard Jullien la musique de « Garder le feu », le 1er single inédit1383838_10151735985635835_593197720_n.jpg du double Best of de Roch Voisine, sur un texte de Julien Melville et Roch Voisine (SonyBMG-RV International 2007)

Parallèlement, André Fernandez planche sur des projets entre pop, rock et chanson française et se produit régulièrement sur la scène des bars parisiens.

En février 2013 débute l'enregistrement de son 1er album intitulé Les doutes en collaboration avec le guitariste Norbert Galo (Deep Forest, Jean-Louis Murat, Josh Groban...)

Le cd est disponible sur www.andre-fernandez.com

Je remercie Nathalie Tiennot pour toutes les superbes photos d'André Fernandez en concert.

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Interview :

Ton parcours est curieux. Plus jeune, tu te destinais à devenir comédien…

Oui, j’étais dans ce trip-là. Ou comédien ou metteur en scène. Cela m’intéressait beaucoup. Avant de faire les Cours Florent à Paris, je faisais déjà du théâtre à Marseille, mais c’était plus du théâtre de rue et du théâtre d’impro. Arrivé à Paris, j’ai découvert les grands classiques. Mais les textes de ces grands auteurs, avec mon accent, ça posait quelques problèmes. Pour jouer du Racine, ce n’était pas évident. Un peu comme dans Madame sans gène, on m’a fait faire des exercices pour que je perde cet accent, mais rien n’y a fait.

Cela dit, avoir lu beaucoup de « classiques » enrichis toujours, surtout quand on écrit soi-même des textes, non ?

Je n’ai jamais pensé que j’avais perdu du temps. Il y a les classiques, en effet, qui m’ont appris beaucoup de choses, mais aussi la belle chanson française, celle qui est bien écrite et engagée, comme savait bien le faire Georges Moustaki ou Jean Ferrat. Toutes ces lectures et ces écoutes m’ont donné envie d’écrire moi-même.

Photo 3 Nathalie Tiennot .jpgQuand la musique est-elle arrivée dans ta vie sérieusement ?

Tout petit déjà, je chantais sur les 45 tours des artistes que j’écoutais. À cette époque-là, c’était surtout de la variété, comme Mireille Mathieu, Claude François et Patrick Juvet.

Tu reviens de loin dis donc ! C’était assez « paillettes » ce que tu écoutais.

Ce sont mes sœurs qui m’ont remis dans le droit chemin musical. Sans renier mes premiers amours musicaux, elles sont revenues de colo avec des chansons de Moustaki et Fugain, par exemple, et je me suis dit qu’il y avait autre chose.

Tu as réalisé qu’il y avait des chansons qui avaient du sens ?

Absolument !  Mais, je ne me suis jamais dit qu’il fallait que je choisisse entre la variété et la chanson à texte. J’ai toujours aimé l’un et l’autre et je l’assume parfaitement.

Le rock s’est pointé quand dans ton existence ?

Dans les années 80. J’ai découvert Kiss. Ça a été une révélation. Avec ce groupe, c’était le spectacle total. Des flammes et des explosions partout… ça me fascinait. On ne les appelait pas les Las Vegas du rock pour rien. Ils étaient les seuls à faire des shows si explosifs.

Ensuite, tu t’es intéressé au rock progressif.

J’ai découvert les Pink Floyd, Ange, Genesis, Magma, Gong… tout à un tas de groupe expérimental. Ça m’a ouvert un nouvel horizon et d’autres perspectives musicales.

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(Photo: Nathalie Tiennot)

Ton album Les doutes, musicalement,  c’est quel genre ? Moi, je dirais pop rock seventies. Es-tu d’accord ?

Ce premier album est sûrement la synthèse de tout ce que j’ai aimé et écouté dans ma vie. J’ai mélangé le rock des années 70 avec des chansons à texte.  Les doutes m’a permis de boucler la boucle. Peut-être que je vais passer à autre chose à présent. M’ouvrir à d’autres styles musicaux.

Quand as-tu décidé de faire de la musique ton métier ?

À la fin des années 90. J’ai passé trois ans au Cours Florent. Pour le spectacle de fin d’année, je me suis lancé. Une copine m’a fortement incité à chanter avec ma guitare. J’ai donc interprété « Retiens la nuit », initialement interprété par Johnny Hallyday. Ce soir-là, j’ai compris que chanter était la meilleure chose que j’avais à faire.

Ensuite, qu’as-tu fait ?andré fernandez,les doutes,interview

J’ai commencé à écrire des chansons et j’ai poussé un peu mon apprentissage de la guitare. J’ai joué du Cabrel, des choses comme ça, et puis rapidement, je me suis dit qu’il fallait que je fasse mes propres chansons. J’ai décidé de m’occuper de moi. Je me suis perfectionné. Je me suis acheté du matériel pour pouvoir m’enregistrer. De fil en aiguille, j’ai commencé à avoir quelques chansons qui tenaient la route.

Tu en as fait quoi de ces chansons ?

Je les ai gardées pour moi. J’ai envoyé quelques maquettes à des maisons de disque. En gros, tout le monde me répondait que ce n’était pas encore prêt… et c’était vrai. Il fallait que je perfectionne le chant et la construction des morceaux. Pour devenir un chanteur crédible, l’apprentissage est long.

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(Photo: Nathalie Tiennot)

Ton premier « coup », c’est un texte pour le québécois Jean-Sébastien LaVoie.

Oui, j’ai écrit paroles et musique de « Voici mon pays ». Je connaissais Jean-Sébastien depuis le début des années 2000, bien avant sa participation remarquée dans A la recherche de la Nouvelle Star. On s’est connu sur un forum de musiciens, lui au Québec, moi à Paris. De mail en mail, ça a collé entre nous.

Ça fait quoi d’entendre une de ses chansons chantées par un autre artiste ?

C’est très étrange. Quand on écrit une chanson, on a une vision personnelle de son interprétation. C’était différent de ce que j’imaginais, mais franchement, c’était une bonne surprise. J’étais même très content du résultat.

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(Photo: Nathalie Tiennot)

Après, il y a la rencontre avec Varda Kakon.

C’est à ce moment que les collaborations vont commencer sérieusement. Varda m’a proposé de mettre en musique des textes qu’elle avait dans ses tiroirs. J’ai très vite travaillé sur des textes de Varda elle-même, d’Éric Chemouny et d’autres auteurs. C’est à partir de là que j’ai appris à construire une chanson carrée et efficace. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres éditeurs, notamment Thierry Perrier de Passport Songs Music. Là, avec Richard Jullien, on a écrit une chanson, « Garder le feu ». Roch Voisine l’a écouté. Il a flashé et l’a mise sur son best of. On peut dire que c’est la Québec Connection qui m’a fait démarrer (rires).

Tu as pris ton temps pour enregistrer ton premier album.

Je pense qu’il fallait que je me libère de ce côté « standard » que j’avais acquis. Je ne dis pas qu’il n’y a pas des chansons « traditionnelles » ou « formatées », mais j’ai essayé de m’en éloigner le plus possible. Je ne voulais pas d’un disque trop conventionnel. Je voulais faire appel à mes convictions musicales, à mes envies et à mes goûts plus qu’à mes habitudes de création pour les autres.

Clip de "Mater les gonzesses".

Ce que j’aime beaucoup dans tes textes, ce sont les doubles sens. « Mater les gonzesses » est une chanson sur l’homosexualité, comme le titre ne l’indique pas, par exemple.

J’ai failli changer de titre à un moment. J’avais peur qu’il rebute pas mal de gens. Je craignais qu’on la prenne pour une chanson légère, fun, rigolote et qu’on n’écoute pas le texte.

Je trouve que la chanson « Des mots pour des maux » est une des chansons les plus importantes de ton disque. Elle explique pourquoi tu écris. C’est vraiment une forme de thérapie ?

Oui, un peu. J’écris rarement quand je suis super content, j’ai autre chose à faire (rires). J’écris toujours quand j’ai des doutes, quand j’ai besoin de mettre à plat ma vie, de dresser un ou des bilans. Je trouve que cette chanson allait parfaitement bien pour introduire l’album.

1559428_647455041984952_670602198_o.jpgIl est beaucoup question de doutes dans ton disque, comme le titre en témoigne d’ailleurs.

Moi, je suis quelqu’un qui doute beaucoup. Est-ce qu’on est vraiment fait pour vivre la vie que l’on vit ? Est-ce que l’on est vraiment fait pour vivre avec la personne avec qui on vit ? Est-on vraiment hétéro ou homo ? Est-on bien là où on est ? Est-on vraiment qui on voudrait être ? Est-on mieux dans l’ombre que dans la lumière ? Personnellement, je me cherche en permanence. À mon avis, les gens qui n’ont que des certitudes doivent s’ennuyer un peu.

Qu’attends-tu de ce métier ?

Je souhaiterais pouvoir en vivre, tout simplement. J’aimerais ne pouvoir faire que ça. La scène et les disques.

Serais-tu à l’aise avec le vedettariat ?

Je ne suis pas certain. J’aime la discrétion.

Ah bon ? Pourtant ton clip de « Mater les gonzesses » est très kitsch.

Oui, c’est vrai. Mais, les êtres humains sont tous paradoxaux.

"Hispanie", extrait de l'album Les doutes.

Tu t’appelles Fernandez. Tu es donc d’origine hispanique.

Oui, d’origine andalouse par mon papa et d’origine corse par ma maman. Je suis né dans le sud de la France, donc, je peux dire que je suis méditerranéen. Avec le mauvais caractère qui va avec. J'ai écrit une chanson qui est une sorte de clin d’œil à mes origines, "Hispanie"...

Concernant cet album, je suppose que tu es déçu du silence qu’il y a autour.

Disons que je trouve, en effet, que les choses ne vont pas vite. Je n’ai ni les codes, ni les clefs pour débloquer certains rouages. Mais, je suis patient et je continue d’y croire.

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Avec André Fernandez, après l'interview, le 8 juillet 2014.

15 août 2014

Mascarade : interview de JNEB pour l'EP "Rien n'à foot"

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Mascarade est un groupe autoproclamé "Hip-hop de Rockers" réunissant  JNEB ("artisan" pluridisciplinaire: musique, écriture, animation 2D) et JB (guitariste de Marcel et son orchestre). Leur "hip-hop de rockers" penche sérieusement du côté rock, voire hard et punk/rock...

J’ai lu quelque part que Mascarade était « le mariage contre nature de Trust et NTM avec comme témoins Les Inconnus et comme prêtre Lemmy Kilmister... ». Pas faux.

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorCe qui m’a attiré chez eux, c’est d’abord la qualité des textes, signés JNEB. Une vraie "plume", pleine d'humour et d'une totale autodérision. Ensuite, le son. Gratte saturée en avant, lourds riffs heavy, avec des touches electro, mais raisonnablement.

Juste avant la Coupe de Monde les deux compères de Mascarade ont sorti un Ep dédié au football et à ses travers, Rien n'à foot. Et le résultat n’est pas du tout politiquement correct. JNEB chante des chroniques décalées sur les faits et gestes des adeptes du foot.

J’ai rencontré l’artiste lillois, JNEB, en terrasse d’un bar parisien, alors qu’il était de passage dans la capitale, autant dire que j’ai rencontré un phénomène.

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Interview :

Nous sommes dans un pays où on ne peut pas mélanger les genres, or, toi, tu as plusieurs activités artistiques…

Pour Mascarade, je compose tous les titres, j’appréhende tous les instruments, je fais les arrangements et les textes. Ensuite, je réalise les clips entièrement seul. Je prends la caméra, je fais les plans, les éclairages, je joue dedans et, quand je rentre chez moi, je m’attelle au montage. Je me débrouille aussi en animation 2D. Pour le groupe, je fais aussi le boulot d’attaché de presse, je m’occupe des réseaux sociaux et des comptes. Il n’y a que le booking que je ne fais pas.

Quand as-tu commencé la musique ?

A l’âge de 14 ans. Je suis autodidacte en tout, je n’ai jamais pris un cours en rien. J’ai toujours voulu apprendre moi-même, même si j‘ai quelques amis qui m’ont donné quelques coups de main et conseils. Je viens des Ardennes, je suis originaire de Charleville-Mézières. J’ai travaillé pendant neuf ans dans un groupe de rock « hétérocklite », Guerka, avec plein de gens qui se sont succédé. Il aura fallu 35 ans pour que je trouve une sorte d’alter ego. J’ai toujours fait de la musique avec un grand M. J’aime tout. La musique du monde, le rock, le punk, le ska, la variété, la musique classique…

Clip de "L'envers du décor".

Pourtant, Mascarade est estampillé groupe de hip-hop.

Nous nous sommes autoétiquetés « hip-hop de rockers ». On s’est filé une étiquette avant qu’on nous en file une qui ne nous corresponde pas vraiment. On s’est tiré une balle dans le pied parce qu’on vient du rock. C’est pour ça qu’on s’appelle Mascarade, parce que les gens qui viennent du rock pourront se dire « c’est quoi cette mascarade ? »

Tu as évidemment fait des projets solos avant Mascarade.

Oui, en 2007, j’ai élaboré un projet qui m’a pris 4 ans. Il s’appelait Idéaux et ébats. C’était un triptyque multimédia (un film, un roman et la BO du film) qui a été diffusé jusqu’en Amérique latine et en Espagne. C’était un projet qui prônait le port du préservatif. La base, c’était religion et sexe. Un an après, je suis revenu avec un album qui s’appelait Tout n’est pas rose, en 2008, sous le pseudo de JNEB, qui est le diminutif de Benjamin, mon prénom.

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Tu es quelqu’un qui aime le « conceptuel ».

C’est ce qui m’a toujours causé du tort quelque part. Mon leitmotiv a toujours été d’être là où on ne m’attend pas.

Qu’est-ce qui t’anime ?

Créer et composer. J’aime bien être chez moi,  je suis assez casanier. Aujourd’hui, j’ai envie que ça marche un peu, c’est pour ça que je suis retourné faire un peu de scène. Et puis ça m’a resociabilisé. Je suis un peu autiste.

En 2010, tu as sorti un album qui était l’antithèse de celui de 2008.

En 2008, c’était un album très arrangé et plus chiadé. En 2010, l’album était beaucoup plus minimaliste. Même dans la composition, il y a des morceaux que j’ai écrits et composés en trente minutes. L’objectif était de composer dans l’urgence et de ne pas y revenir.

Clip de "Allumez la télé ou j'tue l'chien"

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorTa rencontre avec JB s’est passée comment ?

On se connait depuis plus de quinze ans maintenant. J’ai failli être chanteur de Marcel et son Orchestre à l’époque où ils auditionnaient des gens. Avec JB, j’avais de grandes affinités humaines et musicales.

Votre nouveau disque est sorti avant la Coupe du Monde 2014… forcément, je me suis dit que c’était un disque opportuniste. Et j’ai découvert vos clips qui étaient très second degré et intelligents, ce qui m’a donné envie d’écouter l’EP en intégralité.

C’est une bonne chose, alors. Pour moi, les clips ne doivent pas être un pâle succédané des textes. Il faut que ça donne du supplément, voire une complémentarité. Les clips servent à donner une autre vision des choses, d’appuyer ton propos et même de l’étoffer.

Quand tu chantes, on ne peut pas prendre trois mots à la volée, il faut t’écouter en intégralité, sinon, il peut se créer quelques confusions de sens.

Par rapport aux textes, si les gens ne vont pas plus loin que le premier degré, ils pourraient même envisager la possibilité que l’on soit racistes et/ou misogynes, alors que c’est exactement le contraire.

Clip de "Le football c'est violand (feat Ribéry)

Excuse-moi, je reviens sur ce que je te disais tout à l’heure. Est-ce que sortir ce disque mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandoravant la Coupe du Monde n’était pas un brin opportuniste ?

Si, c’est clair. On a voulu surfer sur le ballon, je ne te le cache pas. On s’est donné un coup de main, parce que personne ne nous a aidés. Par contre, nous n’avons pas été opportunistes complètement, sinon, nous aurions sorti juste un one-shot, un hymne pour les bleus, pas un EP avec sept titres. Notre disque n’est ni pro, ni anti foot, c’est les deux parce que les deux ouvertures nous permettaient de prendre des pans humoristiques. On en a trouvé sept.

Tu te situes où dans ce métier ?

J’ai du mal à répondre à ça. Je suis multi-instrumentiste, je compose, j’écris, je réalise, je suis cadreur, monteur, dessinateur…Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds artisan multidisciplinaire en essayant d’être là où on ne m’attend pas.

J’ai l’impression que tu as envie de foutre un gros coup de pied dans la fourmilière.

C’est un peu ça. D’ailleurs, je suis content parce que les chroniques que je lis sur nos disques vont dans ce sens. Les journalistes disent que l’on veut sortir des codes et que nous ne sommes surtout pas dans les paillettes. On est dans l’antithèse de la hype. Je vais même plus loin, je veux fournir de la contre-culture.

Clip de "J'aime bien le foot".

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorIl y a trois ans, je sais que vous avez été contacté par une grosse maison de disque et que vous n’avez pas voulu vous plier à leurs souhaits. Pourquoi ?

Parce qu’une fois dans leurs locaux, le directeur artistique se disait intéressé, mais nous reprochait de dire beaucoup de gros mots, nous expliquait qu’il y avait trop de grumeaux et que les guitares étaient trop saturées. Il nous demandait de nous calmer et de rentrer un peu dans les rangs. Je n’ai pas envie de porter une barbe, ni de chanter en anglais parce qu’en ce moment, c’est ça qui marche. Nous avons refusé. Je lui ai dit qu’il était hors de question que l’on change. Il cherchait du mainstream, alors que nous sommes alternatifs.

Tu as un avantage, tu as un métier et tu n’attends pas la musique pour vivre.

C’est ce qui fait ma force. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu faire, même si je suis rarement content de ce que je fais. Avec JB, c’est la première fois que je suis à peu près satisfait de ce que je produis. L’objectif est de me surprendre moi-même. Si ça plait aux gens, tant mieux ! Je ne te cache pas que je préfèrerais que ça plaise, sinon, je ne serais pas là avec toi pour avoir un peu plus d’expositions (rires).

La Coupe du Monde est terminée, le soufflé est retombé. Qu’advient-il de cet EP footballistique de Mascarade ?

Mais tu n’es pas sans savoir que le football existe toujours. Les différents championnats recommencent. Le foot, il y en a tout le temps.  

"Il paraitrait" en live (juillet 2014).

Vous allez continuer les concerts ?

Tant qu’on nous le demande, bien sûr. Sinon, je t’annonce que l’on a quasiment un album de bouclé. Celui-ci, on va essayer de travailler différemment. Le premier album et l’EP, on les a enregistrés dans l’urgence. Cette fois-ci, on laisse reposer des titres déjà composés il y a quelques mois. On y reviendra plus tard. Avec JB, pour le moment, on a la chance d’être prolifique et de ne pas tourner en rond. Musicalement, il y aura du reggae dance hall, du punk-rock,  du disco… des musiques comme ça. On va essayer de s’entourer un peu plus, parce que l’on sait que nous sommes arrivés à nos limites. Il faut que nous montions d’un cran. Même si je n’attends pas la musique pour vivre, j’aimerais bien que ça marche un peu.

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Avec JNEB, après l'interview, le 7 juillet 2014.

09 août 2014

Guillaume Jan : interview pour Traîne-savane, vingt jours avec David Livingstone

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(© Gwenn Dubourthoumieu) 

Cela faisait des années que mes amis Bertrand Guillot et François Perrin me demandaient si je connaissais Guillaume Jan, sous le prétexte que nous avions transité tous les deux, un moment, en Guyane. Moi, six ans, lui, un peu moins. Mais bref, je ne connaissais pas cet écrivain que l’on me qualifiait d’« aventurier » ou, au minimum, de « voyageur ». Et donc, un jour, j’ai reçu de sa part Le Cartographe. J’avais parcouru avec passion ce livre de Guillaume Jan, mais comme il était sorti il y avait un moment, j’avais reporté la mandorisation au prochain roman.

Trois ans plus tard, Traîne-Savane est arrivé (publié, lui aussi, dans la très séduisante maison d'édition Intervalles). Joie. L’occasion était belle, le 8 juillet dernier, de le recevoir à l’agence.

J’adore ce genre de type « bourlingueur » avec l’air de ne pas y toucher. À 41 ans, l’homme a déjà cherché de l’or en Guyane (voilà donc ce qu’il faisait là-bas !) et, d’après ce que j’ai lu sur le site de Nova Planet.com, « a essayé d’apprendre la boxe à Cuba ou fut éjecté à coups de pied aux fesses d'un camp d'entraînement pour enfants soldats en Côte d'Ivoire. Un Breton qui a traversé l’Afrique d’est en ouest, en claquettes, en moto ou en pirogue, descendant seul le fleuve Congo (sujet de son premier livre. Qui s'est beaucoup promené en Europe de l’Est. »

Traîne-Savane, est le récit de deux déclarations d’amour à l’Afrique. D’abord la sienne, au fil d’un périple épique qui va l'amener à se marier au Congo, chez les Pygmées, avec une Kinoise rencontrée lors d’un précédent reportage. En parallèle, il retrace l’histoire du Docteur Livingstone, cet explorateur victorien qui cherchait les sources du Nil et s’engageait dans la jungle de manière aléatoire, tout en rêvant à l’émancipation du peuple noir. Un livre exaltant, passionnant et superbement écrit. Chapeau bas !

guillaume jan,traîne-savane,interview mandor4e de couverture :

Deux amoureux se perdent dans la jungle et rêvent de se marier au prochain village pygmée : Traîne-Savane raconte l’histoire (vraie) de ce mariage romanesque décidé sur un coup de tête, au bout d’une longue errance au cœur de la forêt congolaise. Cent cinquante ans plus tôt, le zélé missionnaire David Livingstone déambulait le long des fleuves d’Afrique centrale, à la recherche d’une terre promise, d’une autoroute du commerce ou de sources miraculeuses. Fantasque et têtu, rêveur et maladroit, l’explorateur menait vaillamment ses combats impossibles jusqu’à ce que Stanley le retrouve sur les berges du lac Tanganyika et lui lance son mythique : « Doctor Livingstone, I presume... » En tressant ces deux parcours picaresques, Guillaume Jan relie le destin de ces Don Quichotte qui, chacun à leur manière, donnent leur cœur au continent noir. Curieusement, aucune biographie solide du Docteur Livingstone n’avait été jusqu’ici établie en langue française.

L’auteur :guillaume jan,traîne-savane,interview mandor

Guillaume Jan est né en 1973. Il a été palefrenier, barman, chercheur d’or, auto-stoppeur, libraire et grand reporter. Il vit aujourd’hui à Paris. Il a publié le récit d’un aventureux vagabondage sur le fleuve Congo (Le Baobab de Stanley, éditions François Bourin, 2009) et un roman de flâneries chaotiques à travers les Balkans (Le Cartographe, Intervalles, 2011). Le 23 avril 2014 : Traîne-Savane figure parmi les finalistes du Prix Nicolas Bouvier 2014.

Quelques critiques :

Jean-Claude Perrier (Livres Hebdo) : « Un roman hélicoïdal, plein d’humour et de fraternité... par l’un des plus brillants écrivains de son genre et de sa génération. »

David Fontaine (Le Canard enchaîné) : « Éclairé par des descriptions souvent enchanteresses, émaillé de scènes drôles qui résument si justement le pays, un récit qui est à la démesure du Congo. »

Julien Blanc-Gras (Magazine A/R) : « Ce livre musarde sur les chemins de la passion et éclaire ce Congo déglingué et envoûtant, drôle et désespérant. Le tout est porté par une plume tendre et ciselée, précise sans être précieuse, dénuée de misérabilisme comme de condescendance. Ce n’est pas un ouvrage sur l’Afrique terni par les habituels clichés du genre. C’est une pépite polie en Afrique par quelqu’un qui lui a donné son cœur. »

François Perrin (TGV Magazine) : « Deux retours pour un aller simple. Deux histoires d’aventures contrariées et de cœurs offerts, nattées, ici, l’une à l’autre dans une alternance de chapitres d’une tendresse revendiquée. »

Grégoire Delacourt : « Dans un style à la fois riche et simple, Guillaume Jan nous embarque dans sa quête. On en ressort plus fort, émerveillé d’avoir essayé d’attraper, le temps d’un livre, un peu de l’ivresse du voyage, de cette troublante nostalgie qui nous fait regretter une époque que l’on n’a pas connue, un peu de cette passion, enfin, qui anime l’écrivain-voyageur. »

Grégoire Leménager (Le Nouvel Observateur) : « Le récit de cette noce insolite aurait suffi à faire un livre sympathique, d’autant que son auteur a l’humour qu’il faut... Mais son Traîne-Savane est aussi une terrible photo du Congo postcolonial... C’est enfin... l’épopée grandiose et pathétique de David Livingstone, le "missionnaire aux semelles de vent" qui arpenta le continent noir en zigzags avec l’espoir d’abolir l’esclavage. Un Don Quichotte en bras de chemise comme on en croise chez Patrick Deville. »

guillaume jan,traîne-savane,interview mandorInterview :

Tous tes voyages se transforment quasiment en livre…

Comme je suis journaliste, la plupart de mes voyages, je les ai faits pour bosser. Mes premiers, ils ne se transformaient pas en livre, mais en reportage écrit pour des magazines.

Tu fais un peu comme Julien Blanc-Gras, finalement (voir sa dernière mandorisation ici) ?

Il a commencé plus tôt que moi. On aime tous les deux voyager, écrire et on n’en revient toujours pas de pouvoir concilier les deux en même temps. Être payé pour le faire et sortir des livres, c’est aussi inattendu que jubilatoire. Le problème des livres, c’est qu’il faut trouver le temps de les écrire.

Vous n’écrivez pas tout à fait de la même façon, Julien et toi. Lui s’amuse un peu plus de ses « aventures ». On est plus dans l’anecdotique.

Julien a un point de vue assez ironique, mais ce qui est impressionnant chez lui, c’est qu’il sait le faire avec douceur. J’aimerais bien faire ça, mais, pour le moment,  j’en suis incapable. J’ai plutôt tendance à avoir tout de suite beaucoup d’empathie envers les gens avec lesquels je traîne.

J’ai quand même l’impression que tu ne t’embarques pas dans des aventures qui ne t’intéressent pas, encore moins avec des gens que tu ne « sens » pas.

Absolument. Du coup, j’ai du mal à avoir de la moquerie parce que je vais vers des gens qui m’attirent. Je ne m’étais jamais formulé la chose comme ça, mais c’est vrai, j’ai tendance à faire uniquement ce qui me plait. Bon, ce n’est pas totalement vrai parce que pour gagner ma  vie, je fais des choses qui ne me plaisent pas forcément. Cela dit, après réflexion,  pas tant que ça. Là, je sors d’un hiver où j’ai galéré financièrement, mais visiblement, j’ai préféré galérer financièrement plutôt que de faire des boulots qui ne me plaisaient pas. C’est risqué parce que j’ai une fille et j’ai l’honneur de t’annoncer que Belange est de nouveau enceinte. Bon, autant te dire que maintenant, c’est fini la rigolade !

Tu parles de Belange. C’est elle l’héroïne de Traîne-Savane puisque tu racontes ton mariage avec elle dans la forêt congolaise, chez les pygmées. C’est un livre d’amour pour ta femme et pour le Congo. Pourquoi avoir pris la décision de vous marier là, alors que ce n’était pas prévu à la base.

À l’origine, je suis parti pour les Inrockuptibles faire un reportage sur un orchestre symphonique à Kinshasa et je suis rentré marié. Le trajet dans la forêt était si compliqué, il y avait tellement d’obstacles à surmonter qu’on a estimé que ça devenait de plus en plus absurde d’aller simplement saluer les pygmées, les prendre en photo et repartir. Il fallait que l’on justifie notre arrivée d’une manière forte et originale. On était deux jeunes gens qui s’aimaient et, comme je le dis dans le livre, je crois que je ne sais pas faire grand-chose d’autre que d’aimer. On n’a donc pas su faire autre chose qu’une preuve d’amour.

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Guillaume Jan et Belange... et un militaire congolais.

Il y a beaucoup de détails passionnants sur le Congo dans ton livre. Quand tu voyages, prends-tu des notes systématiquement ?

Oui,  parce que depuis que je suis journaliste, j’ai pris ce travers. Et puis le Congo est tellement riche en histoires et en anecdotes que je n’ai pas pu m’empêcher de prendre des notes. Certaines choses écrites dans le livre n’ont pas été trouvées sur cette route là, mais elles ont été vécues ou vues à d’autres moments. J’ai voulu les insérer parce que c’était très représentatif de l’inventivité, de l’énergie et de la créativité du Congo.

guillaume jan,traîne-savane,interview mandorTraîne-Savane raconte une deuxième histoire, celle de David Livingstone. Je me suis rendu compte en lisant ton livre que je ne connaissais rien de sa vie.

Comme la plupart des Français. Même moi, je le connaissais mal. Stanley en a fait un héros de la recherche des sources du Nil quand il est rentré de sa rencontre avec Livingstone. À la mort de Livingstone, pas mal de missionnaires ont utilisé sa biographie pour en faire un modèle de l’homme blanc victorieux. Ils ont gommé tout ce qui ne leur convenait pas chez lui dans sa biographie. J’ai l’impression que c’est cette image qui a perduré. Mais, en vrai, comme tout le monde, il avait une face sombre. Il était plein de contradictions.

Du coup, tu as découvert sa vraie face de quelle manière ?

Lors d’un précédent voyage en Afrique, j’étais parti avec une vraie biographie de Livingstone. Je lisais des choses que j’avais du mal à croire, donc j’ai fait quelques recherches plus sérieuses pour découvrir qu’effectivement, il était sans doute mal à l’aise avec la vie. Il n’était bien qu’en Afrique. Il ne savait pas trouver sa place avec les autres blancs, par contre il a su assez bien la trouver avec les indigènes. En fait, il est admirable, mais pas pour les choses auxquelles on pense.

Il avait notamment de gros soucis relationnels avec sa famille proche.

Sa femme meurt alcoolique, il n’a pas vu ses enfants grandir… on ne peut pas dire qu’il était un mari et un père exemplaire.

Tu ne le rends pas très sympathique quand même.guillaume jan,traîne-savane,interview mandor

Je ne voulais pas le rendre antipathique, mais je ne voulais pas faire une biographie où je l’admirais trop. J’ai essayé d’être entre la critique négative et le respect. Je croyais y parvenir à 50 – 50. Toi, tu as l’impression qu’il n’était qu’antipathique ?

Il a été très dur avec sa famille et avec les gens avec lesquels il partait explorer.

Oui, c’est ça. Sinon, il était assez lunaire. Mais, tu sais, il était très dur avec lui aussi. Les blancs qui l’accompagnaient dans ses explorations ne courraient pas derrière la gloire, comme Livingstone. Ils n’avaient pas envie d’endurer les mêmes choses, ils se sont donc parfois révoltés pour le ramener à une certaine réalité. Livingstone, c’était un perfectionniste à l’extrême.

Revenons à toi. Comment as-tu fait le parallèle entre ta vie et celle de Livingstone ?

C’était une lubie. Il n’y a pas de raison précise, si ce n’est qu’on a donné notre cœur à l’Afrique et que nous sommes un peu des Don Quichotte. Si j’ai mis Livingstone dans mon histoire, c’est que j’avais peur d’ennuyer tout le monde en ne parlant que de moi. Je me disais que si la vie de Livingstone me passionnait, elle pouvait passionner d’autres personnes. 

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En quoi es-tu un Don Quichotte ?

Je suis un idéaliste. Encore à 41 ans, j’ai une certaine forme de naïveté et je suis prêt à continuer à faire beaucoup de choses inutiles du moment que cela m’intéresse.

Et Livingstone ?

Livingstone résistait contre la pensée de son époque. Lui, par exemple, il a cru qu’il pouvait s’opposer à la traite négrière. De son vivant il n’a pas fait grand-chose, mais il a posé des fondations énormes, notamment pour la suppression de cette traite.

Dans tous tes livres, tu racontes ta vie, tes aventures. Est-ce pour laisser une trace écrite de ton passage sur Terre ?

Je pense que dans 200 ans, ce que j’ai écrit n’existera plus. Je crois que je ne sais pas faire autrement et comme ça me plait d’écrire, je le fais. Pour Traîne-Savane, je me suis beaucoup amusé à l’écrire. Je crois que ce qui m’a permis de tenir un rythme assez soutenu, c’est que j’ai alterné un chapitre sur deux mon aventure personnelle et la vie de Livingstone. J’ai écrit dans l’ordre du livre. J’arrivais plus ou moins à tenir le rythme d’une semaine par chapitre. Une semaine je parlais de moi, une semaine je parlais de Livingstone.

Il occupe encore ta pensée ?

Oui. J’ai passé deux mois à enquêter avant l’écriture du livre, parce que je voulais être sûr qu’il y ait de la matière. En cours d’écriture, j’ai continué à apprendre beaucoup de choses. J’ai vraiment appris à l’aimer ce Livingstone.

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De gauche à droite : François Perrin, Bertrand Guillot, Richard Gaitet, Julien Blanc-Gras et Guillaume Jan. (© Marie Planeille).

Tu as beaucoup de potes écrivains, Julien Blanc-Gras, François Perrin, Bertrand Guillot, Richard Gaitet (voir photo ci-dessus), qui forment d’ailleurs une nouvelle école d’écriture, je trouve. Je ne parle même pas de mon idole, Philippe Jaenada, que tu fréquentes aussi. Ils ont lu le livre, j’imagine. Cela te met-il une pression de côtoyer de si brillants auteurs ?

Cette question tombe à point nommé parce que je viens de lire les nouveaux livres de Bertrand Guillot, Sous les couvertures, et de Richard Gaitet, Découvrez Mykonos hors saison, et je les trouve réellement exceptionnels. Le livre de François Perrin, Bois sans soif, m’a aussi épaté. Philippe Jaenada et Julien Blanc-Gras, c’est déjà un cran au-dessus parce que, non seulement on aime leurs livres, mais ils ont une reconnaissance médiatique et populaire qui n’est plus à prouver. Je n’en reviens pas d’avoir ses amis que j’aime en tant qu’amis, mais que j’admire de plus en plus en tant qu’écrivains. Leurs œuvres me placent la barre très haute. C’est une super émulation en fait. Je suis convaincu que l’on va garder cette amitié et que l’on va continuer à s’entraîner les uns les autres à aller vers le mieux.

As-tu une ambition littéraire ?

Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir en vivre, étant donné que c’est beaucoup de travail. J’aimerais bien pouvoir rendre à ma famille le temps que je passe à écrire en leur permettant d’avoir une vie normale. Encore une fois, je préfère aimer ce que je fais qu’avoir du succès, que les choses soient claires. Sinon, ma vraie ambition littéraire est affligeante de banalité : faire passer un bon moment à ceux qui me lisent.

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Avec Guillaume Jan, à l'issue de l'interview, le 8 juillet 2014.

06 août 2014

Julien Jouanneau : interview pour L'effet postillon et autres poisons quotidiens

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Dans son nouveau livre, L'effet postillon et autres poisons quotidiens (chez Rivages), Julien Jouanneau liste les (petits) tracas et autres poisons qui gangrènent son quotidien. Et la liste est très longue (voir plus bas, dans l’interview).
Vous l'aurez compris, Julien Jouanneau est un râleur. Un vrai de vrai. Je connais cet énergumène depuis des années, je ne suis donc pas surpris qu’il écrive un tel ouvrage.

Et en bon râleur, il force le trait à la moindre occasion, considérant que la source de ses emmerdements vient forcément d'autrui. Si on se dit que certains des « enfers ordinaires » présentés sont observés avec justesse, on ne peut s'empêcher de déceler (souvent) beaucoup de mauvaise foi dans les arguments avancés. Et la mauvaise foi, nous sommes nombreux à la pratiquer et à l’apprécier à sa juste valeur. N’est-ce pas ?

julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandor4e de couverture :

La vie est belle. Enfin ça, c'était avant. Avant que le Diable ne déclenche l'effet postillon sur Terre. Qui n'a jamais reçu en pleine assiette cette satanée gouttelette de salive, projetée par un voisin de table ? Qui n'a jamais vu ses narines crispées par l'haleine gaz moutarde d'un collègue de bureau ? Qui n'a jamais essayé de retenir le gargouillis inconvenant né d'un repas trop nourri ? Difficile alors pour Dieu de faire avaler au commun des mortels la possibilité du bonheur, tant le chaos habite les détails du quotidien. L'heure est venue de crucifier tous les bâtons mis dans les roues, tous les tracas et poisons du jour, qui ont depuis des lustres réussi à faire en sorte que plus personne ne les remarque. Les repérer et les démasquer, à travers des récits singuliers de désillusions cocasses, s'avère la meilleure manière de les combattre. Pour au final se rassurer : que celui qui n'a jamais été ennuyé, agacé, désabusé, jette la première pierre. Voici l'Évangile selon Saint-Râleur, pèlerinage au royaume des gênes éternelles.

L’auteur :julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandor

Julien Jouanneau est né en 1980. Passionné de cinéma et télévision, il est actuellement chef des infos du site de L'Express. Il a publié quatre livres, dont son premier roman aux éditions du Cygne en 2008, Confessions d'un pigiste.

La revue de presse :

Marine de Tilly - Le Point du 26 juin 2014

Chacun ses tocs, ses manies, ses petits et gros sujets d'énervement et/ou d'écœurement. Dans un réjouissant "emmerdarium" littéraire, Julien Jouanneau lâche les chevaux, c'est le grand déballage. Avec grâce, philosophie, et une sophistication jouissive, il les liste et les dissèque, tous ces trucs qui nous rendent nerveux, pour ne pas dire hystériques, il s'énerve à notre place. Son livre, c'est du Delerm renversé. Après La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, voici "Le premier pas pied nu dans le bac de la piscine et autres poisons majuscules". Tout y est. Tout...
À qui l'offrir ? Aux maniaques, aux psychopathes, aux hypocondriaques. Et aux fans de Stéphane De Groodt, Jouanneau en est un digne disciple.

Roger-Pol Droit - Le Monde du 29 mai 2014

Il y dissèque les catastrophes intimes que déclenchent, dans son quotidien, les négligences foisonnantes des autres, leurs goujateries répétées, leurs kyrielles de sécrétions crasses et d'effluves offensants. À table, il y a toujours un autre pour balancer un postillon dans son Tartare. Dans le métro, quantité d'autres ont mauvaise haleine, fortes aisselles et cheveux gras...
Cette irritation est entretenue par quantité de pièges, habilement dissimulés un peu partout dans le quotidien le plus banal. Cet apéritif paraît innocent et paisible, ce n'est qu'un leurre : les olives dissimulent des noyaux dont on ne sait que faire, une fois évité, de justesse, de s'y casser les dents. Les tomates cerises giclent au-delà de toute attente...
Bref, le monde, selon Jouanneau, est une cascade d'emmerdements dont les autres, et eux seuls sont la cause. Cet enfer des détails qui tuent est assez loin de Dante, on s'en doute. Il fait plutôt songer à quelque ronchonnement schopenhauerien, revu par Groucho Marx et mâtiné de Supercondriaque.

Christophe Barbier - L'Express, mai 2014

Le livre de Julien Jouanneau part avec humour, philosophie et exigence littéraire, à la rencontre des tracas de la vie quotidienne, qui nous énervent tous...
L'enfer, on le sait, c'est les autres. Mais on est toujours l'autre de quelqu'un et, parfois, de soi-même. Ainsi, ceux qui ont "une haleine de caribou ivrogne" ne s'en rendent jamais compte. Ne reculant devant aucune expérience extrême, Julien Jouanneau part à la rencontre des tracas et fracas de la vie en société, jusqu'à en débusquer la forge infernale : le centre de recherches sur l'énervement maximal.

julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandorInterview :

L’effet postillon et autres poisons quotidiens est déjà ton 5e livre. Cela commence à constituer une petite œuvre. Mais chaque livre et aux antipodes du précédent. Comment expliques-tu cela?

J’aime écrire des choses différentes à chaque fois. Je n’ai pas de ligne directrice. Pour moi, la littérature, c’est la variété. Je vais toujours vers là où on ne m’attend pas.

Moi qui te connais un peu, je trouve que ce livre te va comme un gant. J’ai l’image de toi d’un éternel bougon. Un vrai râleur même.

Je ne voulais pas faire un livre autobiographique, mais quelque part, il doit l’être pas mal. Des livres sur ce qui fait râler, je ne suis pas le premier à en écrire. En revanche, pour me dissocier des autres, je voulais qu’il soit très littéraire. Je voulais que ce soit de belles petites nouvelles, joliment écrites. Stylistiquement, je crois qu’il est d’un meilleur niveau que mes autres livres. Il y a des figures de styles, des jeux de mots, des textes qui pourraient se chanter… bref, je me suis amusé à l’écrire, mais en étant vigilant et exigeant sur ma prose.

Pour écrire ce livre, comment as-tu procédé ?

J’ai observé tout ce qui m’agaçait au quotidien. J’y ai passé de nombreuses heures. Et ça a continué après. Mais on ne sait jamais, il y aura peut-être un tome 2. À partir du moment où j’étais dans la conception du livre, j’ai eu un petit côté autiste. Je scrutais constamment chaque détail de ce qui m’ennuyait.

On se reconnait pas mal dans plein de situations parce que sont des agacements julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandoruniversels.

On vit tous plus ou moins la même chose, alors je suppose que nos agacements sont similaires. Les déjections flottantes  humaines qui voguent paisiblement, la photocopieuse qui ne se laisse pas maîtriser, les olives non dénoyautées, la fragrance de sandwich au poulet industriel dans la climatisation du TGV… j’en passe et des meilleurs. Non, j’en passe et des moins bons.

Tu évoques aussi la pendaison de crémaillère (« un gang bang d'emmerdements »), la bronzette à la plage, les notices de médicament, le convive assis en face de vous au restaurant qui postillonne dans votre assiette, les toilettes publiques, les jours de pluie où il faut éviter les baleines de parapluie pour ne pas finir éborgné, les cheveux gras, les gargouillis gastriques, les supermarchés, les livres de bibliothèque crades et bourrés de bactéries, les mouches, les chocolats visuellement engageants qui cachent en leur sein un alcool au goût immonde… et la piscine.

Oui, parlons en de la piscine, ses vestiaires saturés de l'odeur froide et mouillée de Moon Boots fraîchement retirées, ses types body-buildés plus "luisants que du parquet poncé, bronzé et garni d'un slip léopard interdit de port depuis les années 1980", et qui nagent le crawl, alors que, vous, vous nagez une brasse approximative, ces maîtres-nageurs qui font toujours des gestes indéchiffrables à on ne sait qui dans le bassin… tu vois, la liste est longue.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que tu n’es pas un homme très zen.

C’est le moins que l’on puisse dire, mais j’étais pire avant. Aujourd’hui, je me dis qu’il y a des cas plus désespérés que le mien.

Roger-Pol Droit dit dans Le monde des Livres en évoquant ton livre « le monde est une cascade d’emmerdements dont les autres et eux seuls sont la cause ».

Les autres, ce sont les êtres humains et les objets. Je suis un citoyen de l’emmerde.

Tu ne vois que ça toute la journée ?

Oui. Je vois le verre, même pas à moitié vide, mais complètement vide. Ce qui est bien quand tu es comme ça, c’est que tu es toujours surpris de manière positive. Par contre, quand tout va bien, je me demande quand va arriver la prochaine emmerde. Chez moi, le bien-être n’est pas normal. J’admire les gens optimistes. Je suis plus à l’aise pour râler que pour être dans la positive attitude.

On te compare à Stéphane De Groodt. Ça te plait ou ça t’irrite ?

Je ne vois pas en quoi. Il y a quelques jeux de mots, certes, mais j'aimerais davantage arriver au petit orteil de Jean Yanne ou Desproges.

julien jouanneau,l'effet postillon et autres poisons quotidiens,interview,mandorPatrice Leconte a fait la préface.

Je le connais parce que je l’ai interviewé souvent et le contact est bien passé. Il avait rigolé à mon premier livre, donc je lui ai soumis celui-là. Et très généreusement, gratuitement, il a accepté d’en faire la préface.

Tu travailles sur un nouveau livre ?

Oui, j’écris un roman positif pour faire plaisir à ma fiancée. Elle trouve que je suis trop négatif. Et aussi, j’avoue que j’ai envie d’en vendre plein à un moment donné pour voir ce que cela fait. Écrire des livres confidentiels n’est pas ma vocation.

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Avec Julien Jouanneau, le 9 juillet 2014, après l'interview.

20 juillet 2014

Ernest : interview pour Les Contes Défaits

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(Photo : Henri Gander)

Le Strasbourgeois Ernest vient de sortir Les Contes défaits, un premier album envoûtant et plaisant qui nous embarque dans un monde fantasmé où se croisent Andersen, Jules Verne et Tim Burton. Le personnage Ernest incarne le romantisme d’antan, chantre de l’évasion pour mieux s’exprimer dans le rêve et le sublime. Il exalte le mystère et le fantastique.

Le 12 juin dernier, j’ai reçu à l’agence celui qui incarne le personnage : Julien Grayer.

Explication officielle de qui est/sont Ernest ?ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandor

Ernest et ses complices n’ont pas la prétention d’inventer. C’est sûrement parce que leurs influences majeures sont Andersen et Gainsbourg qu’ils se plaisent à faire cohabiter cynisme et onirisme dans une « chanson française d’autrefois » remise au goût du jour.

Un vieux banjo, un piano désaccordé, quelques instruments de bois sombres, des percussions et des samples se font les ambassadeurs d’un bastringue groovy, grinçant, grincheux, mais aussi raffiné. Tantôt tendre et râleur, tantôt cynique hurleur, Ernest cherche à établir dans ses chansons un dialogue entre les doux épouvantails d’antan et ceux qui hantent les histoires d’aujourd’hui.

Ernest est avant tout le projet musical de deux musiciens-compositeurs strasbourgeois, Patrick Wetterer et Julien Grayer, qui, régulièrement amenés à travailler ensemble ont décidé d’élaborer un répertoire de chansons destiné à leur propre interprétation.

(Note de Mandor: toutes les photos publiées dans cette chronique sont signées Henri Gander, sauf celles prises à l'agence. Merci à lui!)

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandorInterview :

Est-ce vrai que tu as commencé la musique à l’âge de 10 ans?

Suite à une histoire un peu rigolote, j’ai monté mon premier groupe. Quand j’étais gamin, j’avais les cheveux longs et ça ne plaisait pas aux gens du village. Un jour, en 1991, chez mon voisin, j’ai piqué un disque de Guns N’ Roses, Use Your Illusion 1. Je ne connaissais pas du tout, mais je me suis aperçu que ces types avaient également les cheveux longs. Je me suis donc dit que c’était de là que je venais. J’ai appelé mon ami d’enfance, Henri, qui est aujourd’hui le réalisateur de mes clips, et je lui ai annoncé que nous allions créer un groupe de hard rock.

C’est curieux comme transition, parce que tu as été aussi chef de chœurs dans des chorales alsaciennes.

Ca, c’était dix ans plus tard. J’avais vingt ans. Entre temps, je suis passé du hard au rock plus classique, puis au grunge en jouant du Nirvana, Pearl Jam, enfin, les groupes des années 90. Après, au lycée, je suis passé directement au reggae. J’étais très fan de Bob Marley. C’est à vingt-trois ans que je me suis retrouvé à faire de la chanson française.

Toutes ces musiques sont « populaires » et simples à jouer.ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandor

Ce sont des musiques qui fonctionnent en très peu d’accord. Je pense qu’en général, quand on est adolescent et qu’on débute la musique, on est intrigué, intéressé et très réceptif aux sonorités et aux harmonies que l’on entend dans les constructions des mélodies des groupes de rock. Après, on commence à faire le tour de la question, donc on développe le côté rythme. Ensuite, on en vient à considérer le texte et le champ devient alors beaucoup plus large. Pour ma part, dès que j’ai compris ce que la mélodie pouvait me procurer, je me suis intéressé aux paroles. Là, je suis passé de l’anglais que je ne maitrisais pas du tout, au français, que je maitrise un peu plus.

Tu es fils d’un père pianiste, ça aide ?

Oui, parce qu’il y avait un piano qui trainait chez nous. Très tôt, j’ai donc appris les rudiments. Quand, à douze ans, je suis rentré dans une école de musique, j’ai demandé à mon père quel instrument il fallait que j’apprenne, il m’a répondu qu’il avait besoin d’un saxophoniste. J’ai donc appris sérieusement cet instrument. Et puis après, je suis devenu chanteur un peu par la force des choses. Il n’y en avait pas dans les groupes dans lesquels je jouais.

Avec le groupe Color, tu jouais de la chanson française dite « impressionniste ». Là, tu commençais à te rapprocher de ce que fait aujourd’hui Ernest.

C’est en tout cas le projet que j’ai eu qui ressemble le plus à Ernest. Entre Color et Ernest, j’ai fait des groupes de chansons françaises plus satiriques, délurées et amusantes.

Clip officiel de "L'épouvantail".

Avec Ernest, on sent bien que l’harmonie est primordiale pour toi.

Je travaille souvent avec des jazzeux. Ces musiciens ont bouffé de l’harmonie et du solfège toute leur vie. Cela explique que nos chansons soient arrangées correctement, avec des petites surprises, des trouvailles qui interpellent l’oreille. Les musiciens qui jouent avec Patrick et moi sont pour la plupart de vieux amis. Ce sont des gens de la musique strasbourgeoise.

Ernest est-il ton double schizophrénique ?

Ernest est mon vrai troisième prénom. Je ne suis pas un artiste qui fait cavalier seul. Je travaille avec une bande de potes avec lesquels je suis tout le temps. C’est une vraie équipe, chacun bosse. Ernest, c’est donc un groupe et le nom du personnage.

Personnage que tu incarnes toi. Donc, Ernest, c’est toi.

C’est une partie de moi. C’est moi fantasmé.

Mais, en règle générale, un artiste est de toute manière schizophrène, non ?

Monter sur scène est un métier. Donc déjà, on joue un rôle. Je me permets de faire ou de dire des choses que je ne me permettrais pas dans la vie. Sur scène, je suis capable de me moquer gentiment et de provoquer. Dans la vie, je suis très pudique et respectueux. Ernest, lui, a un côté fleur bleue contrebalancé par une dose de cynisme et d’agressivité.

Ernest en live à l'Illiade en 2012.

(La chanson "Ernest" dans laquelle Julien Grayer explique qui est le personnage qu'il incarne. Lui, donc.)

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandorDans les chansons d’Ernest, on ressent évidemment le cynisme et l’ironie dont tu me parles, mais jamais de la méchanceté.

Non, la méchanceté, c’est une volonté de nuire. Moi, je veux juste heurter le public, le provoquer, pas le faire fuir en le blessant.

Tu t’inspires des contes de Hans Christian Andersen pour écrire tes chansons. As-tu tout lu de lui ?

Oui, dans La Pléiade, s’il te plait. Ses histoires, mais aussi ça vie m’intéressent. Il avait l’air étourdi et mystérieux, un peu comme Érik Satie qui trimballait ses biens dans tout Paris dans une brouette.

Tu te sers de ces contes et tu les transposes dans la réalité d’aujourd’hui, c’est ça ?

C’est ça pour certains titres comme « La petite aux allumettes » et « Les cygnes sauvages ». Curieusement, ces histoires font référence à quelques éléments de ma vie. Mais ils sont bien dissimulés, bien masqués dans le texte.

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(Photo : Henri Gander)

Il y a différentes strates dans tes chansons. Il faut gratter un peu pour te découvrir ?

Il y a toujours une base de vérité, quelque chose de personnel, dans mes chansons. Des évènements qui me sont arrivés ou des faits qui me turlupinent. Après, je colle des couches dessus. J’ajoute une histoire qui n’a rien à voir avec moi, agrémenté d’humour et de cynisme.

Je vais te poser une question très clichée, mais fais-tu revivre la part d’enfance qui est en toi, voire même en nous tous ?

Ce n’est pas un but, mais une nécessité. On cherche tous l’enfant que l’on était. Quand on est jeune, on cherche à tout découvrir et on considère que tout est magique. L’onirisme, ça va bien avec l’enfance, parce que la féérie est en nous à cette période-là.

Un artiste, un chanteur, c’est souvent un grand enfant, non ?

Un chanteur reste un enfant, parce qu’il n’a pas compris qu’on ne pouvait pas vivre de la musique (rires). Les chanteurs mettent leur tête sur leurs albums, ils sont égoïstes, mégalos… de vrais gamins quoi !

ernest,les contes défaits,julien grayer,interview,mandorAutre question clichée. Être dans l’imaginaire à un tel niveau, n’est-ce pas une fuite de la réalité ?

Tu as raison. Je fuis souvent la réalité. Je passe beaucoup de temps dans ma tête. Je passe même beaucoup temps à refaire la réalité. Étant notoirement à moitié autiste, je pense que je retranscris ce qu’il passe par ma tête pour en faire des chansons.

Quand tu dis que tu es à moitié autiste, tu parles au premier degré ?

Je parle au premier degré virgule cinq. La chanson, c’est idéal pour que j’en parle, pour soigner certaines choses, pour traduire des éléments qu’on ne comprend pas soi-même, pour prendre le dessus sur certaines situations.

Quand  tu écris, est-ce de l’écriture automatique ?

Non, c’est exactement l’inverse. Tout est très travaillé. C’est difficile de fixer une idée. Une idée, ce n’est pas quelque chose de précis, c’est même souvent quelque chose de très vaste. Chez moi, c’est souvent un sentiment, et il n’y a pas de mot pour décrire un sentiment. J’essaie de construire des histoires en tentant de ne pas trop perdre ce que j’avais dans le ventre quand j’ai ressenti ces choses. Je ne sais pas comment t’expliquer, c’est assez compliqué.

Quand un texte est terminé, le sais-tu immédiatement ?

J’ai l’impression qu’ils ne sont jamais terminés. Il y en a qui sortent d’un coup et je n’ai pas trop envie d’y toucher. Il y en a aussi dont je changerais bien un quatrain toutes les semaines.

Coup de cœur de BFM TV.

Comment travaillez-vous avec Patrick Wetterer ?

Notre fonctionnement est assez sain et cadré. Moi, j’écris des chansons guitare-voix. J’écris une mélodie et des brides de textes. Une fois que j’ai fait deux ou trois chansons, je vais au studio chez Patrick. On commence par maquetter, puis tout enregistrer et après, on retravaille les arrangements et tout ce qui fourmille autour du squelette de la chanson.

Ernest est-il un projet et un personnage fait pour durer ?

Oui, parce que c’est mon projet le plus personnel. J’y raconte des choses qui me touchent profondément. De toute façon, je ne sais rien faire d’autre. Je ne pourrais pas faire un autre métier. Aujourd’hui, il faut que je mange avec la musique. Je vais continuer à m’exprimer en tant qu’artiste.et à écrire des chansons. Ernest, c’est un peu moi. C’est comme ça que mes copains m’appelaient quand j’étais petit. Donc Ernest va continuer à écrire des chansons et à les chanter.

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A l'issue de l'interview, le 12 juin 2014, à l'agence.

15 juillet 2014

Eric Briones : interview pour La génération Y et le luxe

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Éric Briones, alias "Darkplanneur", est actuellement le Directeur du Planning Stratégique de l’agence Publicis EtNous (élue Agence de communication Luxe de l’année 2013) et le curateur des événements « Rencontre du Luxe » de M Publicité (régie publicitaire du journal Le Monde). Il est également connu sur la toile, pour être le créateur du blog Darkplanneur (blog référant dans le domaine des tendances et du planning stratégique, depuis 2005). Professeur en communication (chez MBA MCI et Moda Domani Institute), après avoir écrit un ouvrage intitulé Buzz Marketing en 2002, il continue à témoigner de son intérêt pour les thèmes propres à la génération Y, en tenant régulièrement une chronique média, Media Reboot sur Melty, le média référent sur la génération à laquelle il consacre aujourd’hui ce livre.

Voilà pour la version officielle. Pour ma part, Éric Briones est un ami. Je vais répéter ce queeric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casper j’expliquais déjà dans ma première mandorisation du monsieur (pour son émission Le cabinet des curiosités) : « Éric Briones est un garçon dont j’apprécie le travail et avec lequel nous nous retrouvons depuis des années à déjeuner. On évoque nos métiers respectifs. Notamment. Nous avons une amitié discrète (dans le sens où nous ne passons pas nos soirées ensemble) et constructive (dans le sens où l’échange et les conseils sont permanents). »

Bref, je crois pouvoir dire que nous nous aimons bien et que le respect l’un pour l’autre est là.

Le 17 juin dernier, Éric Briones est venu à l’agence me parler de son nouveau livre, La génération Y et le luxe, coécrit avec Grégory Casper (conception-rédaction de 8 ans dans les grandes agences parisiennes (missions pour LVMH, PPR, Renault, Lancôme, Henessy, etc.), chroniqueur sur Influencia et intervenant à l'ISCOM Paris).

eric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casperNote de l’éditeur :

« 83 % des 18-30 ans ne trouvent pas choquant d’acheter un produit de luxe en période de crise » selon une étude Meltygroup de 2013.
Déjouant tous les a priori, la génération Y aime et achète du luxe. Mais en retour, elle exige que le luxe se transforme et s’adapte à elle.
Compulsifs et économes, fans et rebelles, classiques, mais aussi modernes, ces nouveaux consommateurs sont cruciaux dans l’avenir des secteurs du luxe, de la mode et de la beauté.
Mais comment les comprendre, les conquérir, les fidéliser ?
Répondre à cette question est tout le projet de ce livre qui s’adresse aux professionnels du luxe, de la mode, de la beauté et aux étudiants.
Chacun y trouvera :

-Un cahier de tendances illustré par de nombreuses études de cas ;
-22 outils stratégiques dédiés ;
-Des résultats d’études exclusives ;
-Une synthèse de 100 interviews.

eric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casperInterview :

Ce livre est le fruit de combien d’années de travail ?

Trois ans… avec le sens du collectif. Pour être vraiment connecté, au-delà des études, je me suis doté d’un groupe de vingt Y (Note de Mandor : un Y est un jeune entre 18 et 35 ans). Ce groupe Y a été un gueuloir. Flaubert avait une salle où il gueulait ses phrases et si elles sonnaient juste, il les écrivait. Avec Grégory, nous gueulions nos concepts auprès de ses 20 Y. Si c’était bien, parfait, si c’était nul, ils nous les renvoyaient dans la gueule. Il y a dans ce livre, un sens aigu d’échanges et de participations. À tel point que la troisième partie est un cahier de tendances et que chaque tendance est introduite par un texte signé par les Y. Ce n’est pas un élément marketing, c’était la condition sine qua non pour que l’on soit juste.

Comment est composé ce livre ?

Il y a une première partie qui est une « enquête sociétale ». J’ai mené énormément d’interviews. Il en résulte qu’à chaque fois, les Y ne se retrouvent pas dans les portraits médiatiques que l’on fait d’eux. Ils ne sont pas d’accord avec l’idée qu’ils sont victimes de la crise. Ils ne sont victimes de rien et sont acteurs de tout. Il y a une méfiance de cette génération dès qu’on parle d’elle. Si la génération Y est caricaturée, nous, on la décarécaturise. Les jeunes de cette génération sont des rebelles. Des rebelles avec une cause. Ils rentrent dans le système pour essayer de le détourner à leur propre effet. Il y a un tel désir d’action chez eux qu’ils n’ont aucun problème à créer leur entreprise dans l’univers luxe, mode et beauté. Ils n’attendent plus de travailler chez l’Oréal pour qu’on leur donne tranquillement la place qu’ils méritent, ils vont directement au combat en osant créer leur start-up.  Leur désir d’action est remarquable.

Dans ce livre, j’ai l’impression que tu brosses dans le sens du poil cette génération.

Parce que je les aime. Les concernant, je suis dans un positivisme pratiquement béat et total. Dans la dernière partie du livre, je leur demande presque de prendre le pouvoir dans les maisons de luxe.

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Eric Briones au côté notamment d'Alexandre Malsh et de Grégory Casper lors d'une conférence le 23 avril 2014 au Palais de Tokyo pour présenter le livre. 

Un garçon comme Alexandre Malsh (qui offre une page sur Melty.fr à ce livre), entrepreneur français cofondateur et directeur général du groupe média MeltyNetwork, est représentatif de cette génération.

Il y a 4 ans, il n’était pas grand-chose, aujourd’hui, il est à la tête d’un empire et devient l’égal de certains puissants économiques. Il ne se la raconte pas. C’est fondamental  pour  la génération Y. Maintenant, est-ce de l’humilité ou la peur d’un bashing ? Cette génération à la crainte du bashing intégré en eux et ils développent des anticorps qui sont extrêmement intéressants.

Revenons aux interviews, il y en a beaucoup dans ce livre ?

Énormément. Des Y, des pas Y, Jacques Séguéla aussi et plein d’autres. Les interviews  m’ont plus appris que n’importe quelle étude sur la question. Cette génération nous dit : « vous nous caricaturez !». En même temps, elle ne fait rien pour qu’on ne la caricature pas. Ce concept d’invisibilité est subit, mais construit.

Darketing S05E06- "La génération Y et le luxe" avec Eric Briones et Grégory Casper.

Avec Grégory Casper, vous vouliez démontrer quoi en faisant ce livre ?

Nous voulions lever et casser les a priori et les caricatures liés à cette génération. On a démontré que les Y adoraient le luxe.

80 % des Y interrogés pensent qu’il n’est pas choquant d’acheter du luxe, même en période de crise.

Ils n’ont absolument pas ce bon vieux réflexe judéo-chrétien qui honnirait le luxe. Il y a un rapport fusionnel entre le luxe et cette génération. Le luxe ne s’achète pas à crédit. C’est la médaille de cette génération.

La génération Y a une très grande culture générale par rapport à la mode et au luxe.

Autant ils aiment les objets de luxe, autant le mot luxe est devenu un mot marketing qui a perdu de son sens, qui a été détruit par tout ce qu’on a vu dans les années 2000, le luxe bon marché alias la masstige (Note de Mandor : né de la contraction de "mass market" et "prestige", le mot "masstige" désigne une association commerciale entre une enseigne de grande distribution et un nom prestigieux. Appliqué à la mode, ce concept évoque la collaboration d’un créateur avec une marque de prêt-à-porter de grande diffusion.) C’est une véritable arnaque. On a vendu des choses qui n’étaient pas luxe au prix du luxe. Aujourd’hui, cette génération demande au luxe de justifier son prix. On n’est plus dans le mystère. La génération Y remet presque en cause le fait que le luxe doit être cher. Ça met à mal les maisons de luxe.

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Eric Briones avec la pornstar Anna Polina.

Tu fais chier le monde du luxe avec ce livre ?

Je ne sais pas si je fais chier le monde du luxe, mais en tout cas, les maisons en redemandent. J’en suis à la deuxième conférence dans un grand groupe. J’en déduis qu’il y a une énorme prise de conscience de leur part. En fait, derrière tout ça, la génération Y aime le luxe, mais ils veulent un nouveau luxe. Un luxe qui a une vision beaucoup plus saine de son prix, un prix moins cher, et une dimension de développement durable qui est fondamentale. Les jeunes d’aujourd’hui veulent associer l’acte d’achat luxe avec quelque chose de très concret : connecter l’achat à un mini projet. C’est un luxe qui devient généreux et qui pourrait éventuellement changer le monde.

La génération Y ne croit absolument pas aux politiques pour changer le monde.

Pour changer le monde, on enlève les politiques de sa vie et on mise sur la carte bleue. C’est effrayant. Du coup les marques doivent sortir du bois, ne plus se planquer et se mettre devant.

C’est donc du marketing.

Le marketing, c’est du bon sens. On va dire que c’est une nouvelle générosité.

Il y a une vidéo inspirée de tes conclusions et tes recherches pour ce livre.

C’est une vidéo collaborative à laquelle j’ai participé. J’ai bien compris que dans la promotion d’un livre comme celui que l’on sort, le marketing est un ghetto. C’est très difficile d’en sortir. Un bouquin marketing est difficile à placer dans les médias, donc, il faut trouver d’autres solutions pour qu’en en parle.

YDOLL, portrait d'une femme Y.

Doll, une jeune artiste, présente ses oeuvres à l’occasion de sa première exposition. Face caméra, des membres de son entourage dressent tour à tour son portrait : la meilleure amie (Kenza Sadoun El Glaoui), le boss (Oxmo Puccino), le psy (Ariel Wizman), le boyfriend (Aurélien Wiik), le pygmalion (Fabrice Brovelli) et le frère (Andrea Picci). Sur ce format de plus de cinq minutes en noir & blanc écrit par Stéphanie Edwards, l'ego prédomine. Seule cette jeune femme permet à son entourage d'exister.

eric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casperPour ce film, tu as travaillé notamment avec ta muse, Anaïs Duquesne, qui est la jeune femme que l’on voit sur la couverture du livre.

J’ai eu l’idée de psychanalyser une jeune femme de sa génération, sans tomber dans des stéréotypes classiques. Je n’ai pas écrit le scénario, j’ai juste placé des éléments. Par contre, j’ai travaillé énormément sur le casting. Il y a beaucoup d’amis de Darkplanneur : Ariel Wisman, dans le rôle du psy qui incarne complètement les autres générations qui ne comprennent rien aux Y. Oxmo Puccino joue aussi un contre rôle. Celui d’un patron un peu con qui ne comprend pas grand-chose non plus. Ceeric briones,la génération y et le luxe,interview,grégory casper que j’aime dans ce court-métrage drôle et sarcastique, c’est qu’il est ouvert. Il n’est ni putassier, ni marketing. Concrètement, ce n’est pas viral. 

Quelle sera  la prochaine étape ?

Une bande dessinée. Je veux faire comprendre cette génération par un bouquin marketing, un film, une bande dessinée… finalement par tous les moyens artistiques.

Comment se passe l’accueil du bouquin ?

De manière excellente. Je m’attendais à recevoir des critiques négatives, alors qu’il y  réellement un accueil bienveillant.

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Après l'interview, le 17 juin 2014, dans la cour de l'agence.

06 juillet 2014

Moran : interview pour l'album Sans abri

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Ce qui m’a touché illico, chez Moran, c’est sa voix. Rauque, chaude, extrêmement présente et légèrement écorchée. 

Cet artiste québécois que je ne connaissais pas m’a impressionné. Il utilise la langue française avec une habileté et une poésie dignes des plus grands auteurs. Ses textes sont sensibles et sa musique a des sonorités particulières. Dans son troisième album, Sans abri, il est beaucoup question d’amour, celui pour sa douce et tendre (Catherine Major, mandorisées, là) et celui pour ses enfants ; mais pas seulement. Moran est un auteur qui mêle sentiment et réflexion. Des sujets parfois difficiles sont abordés : la schizophrénie, le Darfour, les sans-abris… Là où certains en seraient à donner des leçons, Moran ne fait que suggérer des impressions sur ce qui l’anime ou ce qui le trouble, avec pudeur et tact. C’est toute la subtilité et l’intelligence littéraire de Moran. Côté musique, l’album oscille ente folk et chanson ; entre rusticité et délicatesse.

Moran et ses deux musiciens, Thomas Carbou et Sylvain Coulombe, de passage express à Paris, on fait une petite halte à l’agence le 20 mars dernier. Il faisait tellement beau que nous avons fait l'interview dans la cour de l'agence. À la cool...

moran,sans abri,interview,mandorBiographie officielle, un peu raccourcie :

Moran nait en 1974 au Canada dans une campagne profonde. À la maison, la télé et la radio débitent de l’anglais, mais à table, on parle français. Aucun instrument de musique à l’horizon... 18 ans plus tard, il  quitte le nid familial pour la grande ville (Montréal). Le jeune Jean-François Moran se lance dans le théâtre d’impro et toutes sortes de petits boulots, dans la mode, les décors de cinéma, videur de boite de nuit…

Les mots sont depuis toujours la matière première de Moran, grand fan de Léo Ferré et de Bob Dylan qui caresse volontiers l’idée d’un mariage entre le folk américain et la chanson.

En 2000, Il rencontre la rockeuse Angel Forest. Elle lui demande de traduire des chansons en français. Le producteur, André Gagné, est tellement conquis par son écriture et son sens de la musicalité qu’il demande à Moran de réaliser l’album de la jeune chanteuse.

Pour son trentième anniversaire, ses amis lui offrent une guitare. Moran s’enferme une année entière pour apprendre à jouer, chanter, enregistrer. Et en 2005, il gagne son premier concours: « Ma première place des arts ». Un an plus tard, André Gagné produit son premier album  Tabac et Moran se taille rapidement une place de choix sur la scène musicale québécoise (prix Gilles-Vigneault, prix de l’Agence Québec Wallonie Bruxelles pour la Jeunesse, « Coup de foudre » de l’Académie Charles Cros…). Acteur aussi, il tient le premier rôle de « Victoria », un film écrit et réalisé par Anna Karina.

moran,sans abri,interview,mandorArgumentaire de l’album Sans abri :

2 ans après la sortie de Mammifères primé par l’Académie Charles Cros, le songwriter canadien prolonge sa lune de miel entre folk et chanson poétique. Moran, c’est d’abord une voix profonde, des guitares et percussions entêtantes qui servent de canevas à des textes ciselés presque sous le sceau de la confidence, où l’auteur arpente les paysages sombres et accidentés de la vie, de l’amour ou du désir avec une émotion qui touche parfois à l’incandescence. Ce troisième album est le résultat d’un travail de groupe : Moran a composé tous les titres avec Carbou (guitare) et Coulombe (batterie) à l’exception de "Sans Abri" et "Ourse" qui sont l’œuvre de sa compagne Catherine Major. Cet album vous emportera loin, très loin du train-train quotidien.

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Interview :

Moran, c’est un groupe où c’est toi tout seul ?

C’est un processus qui s’est fait naturellement en créant l’album Sans abri, un peu religieusement. On a décrété finalement qu’on était un « band ». Nous sommes déjà en train de travailler le prochain album tous les trois.

Justement, tu es venu avec tes musiciens. C’est rassurant d’avoir avec soi  ses amis qui sont aussi ses musiciens?

Je n’ai jamais eu d’autres ambitions que de bien faire mon travail, sans aucun compromis. Je me suis toujours juré de ne jamais être aveuglé par la popularité. Le fait de travailler avec de vrais amis facilite les choses et me permet de garder les pieds sur terre. On se retrouve à trois à créer, à porter le matériel, à être dans les mêmes joies ou les mêmes galères. Plus encore, nous sommes devenus nos propres filtres. Ça m’arrive de débarquer avec des idées que je trouvais géniales et d’être vite remis à ma place, avec diplomatie, par les deux autres.

C’est devenu un mode de vie plus qu’un métier, non ?

Voilà, tout à fait ! On est dans le même bateau et on s’en va vers la même direction. Nous sommes peinards, heureux, quoi qu’il arrive.

Vous écoutez énormément de musique, je suppose, quand vous êtes sur la route.

Oui, ça nous ouvre beaucoup musicalement. Sylvain vient du rock-blues, Thomas du jazz world et moi de la chanson. Du coup, chacun se réinvente en fonction des idées des autres. Cela nous permet d’aller plus loin ou d’aller ailleurs.

Extrait de l'album Sans abri : "Donne".

Le climat de ce nouvel album est plutôt calme, par rapport à Mammifères.

En ce moment, nous sommes fondamentalement zens, cela se transpose dans notre musique.

Dans ce nouvel album, Sans abri, les textes sont moins imagés que dans les précédents.

Ça a été long pour moi de trouver cette espèce de langage qui me permet aujourd’hui de ne fixer dans le temps aucune chanson. Même s’il y a des thèmes précis reconnaissables, ça reste « impressionniste ».

Le texte parfait n’existe pas ?

Il y en a quelques-uns quand même qui frisent la perfection. Un de mes préférés, c’est celui d’Aragon : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ». Il y a de tout. Le premier degré, et le centième aussi. « La mémoire et la mer » de Ferré est aussi un chef d’œuvre. Il est difficile de passer après des textes comme ça. Ce sont mes références parce que c’est ce qui m’allume et qui me fait plaisir à lire. Je ne vais pas essayer de faire moins beau. Je ne parviendrais peut-être jamais à ce niveau de texte, mais il faut placer la barre haute et être exigeant envers soi-même.

Tu n’écoutes que des textes « pointus » ?

Non, heureusement. J’aimerais d’ailleurs être capable d’être plus simple, plus premier degré, moi-même. Par exemple, il y a des titres de Noir Désir absolument géniaux. L’album Des visages, des figures est un bijou subtil aux textes parfaits.

Extrait de l'album Sans abri : "Crazy".

Ton disque est un disque qui s’écoute. On ne peut pas se contenter de « l’entendre »…

Dans le processus d’écriture, j’essaie de plus en plus de ramener des passages à un niveau de langage direct. Par rapport aux chansons de l’album Mammifères, j’ai déjà évolué. C’est moins imagé, moins poétique. J’aimerais que mes chansons deviennent des standards de la chanson « comestible ». Je ne veux plus être considéré comme underground. J’essaie de trouver des façons de m’adresser directement aux gens sans négliger la poésie et le style.

Quand on chante des chansons aussi profondes, puissantes et intenses que les tiennes, ça demande beaucoup d’énergie de les interpréter sur scène ?

Oui, mais c’est le but. Cela dit, récemment, pour Radio Canada, j’ai rendu  hommage à Léo Ferré. J’ai interprété quatorze de ses chansons. Quatorze chansons de Léo Ferré, c’est beaucoup plus épuisant que vingt-deux chansons de Moran. J’ai trouvé finalement qu’à côté de lui, j’étais soft.

Extrait de l'album Sans abri : "Mêmes animaux".

Est-on objectif sur son propre travail ?

Je ne pense pas. Tu es un journaliste averti, tu sais que depuis plusieurs années, il y a beaucoup plus de chansons inutiles que de chansons « pratiques ». Il y a énormément de variété. Comme ce n’est pas du tout dans mon tempérament d’aimer la variété et d’avoir envie d’en faire, j’écris des chansons un peu exigeantes en réaction à tout ça. Moi, je prends la parole. Je prétends avoir quelque chose à dire. Il est hors de question que je monte sur scène pour dire que je préfère les voisins aux voisines. La chanson, il faut que ça aille plus loin que ça.

Moi, je pense qu’il faut les deux. Si on ne pouvait écouter que des chansons de Ferré et de Moran, ce serait quand même un peu triste, non ?

Je suis d’accord avec toi. Mais, je te rassure, sur scène, je fais aussi rigoler le public. Il y a souvent des moments de détente et d’humour pour rendre mes chansons comestibles.

J’ai souvent lu que vos concerts, toujours improvisés, étaient extraordinaires.

On travaille les chansons, mais nous ne les fixons jamais. Il n’y a rien d’écrit à l’avance. Je monte sur scène, je discute avec les gens, comme je le fais avec toi actuellement. Ça peut faire une soirée exceptionnelle, comme une soirée merdique. Tout dépend de la réaction des gens et de comment nous, nous sommes sur scène.

Extrait de l'album "Sans abri": Darfour.

Es-tu d’accord, si je dis qu’un artiste est pudique dans la vie et devient complètement impudique sur scène. Il se déshabille complètement.

En tout cas, quand je monte sur scène, je ne joue pas de jeu. Je suis vrai et authentique. De toute façon, je ne pourrais pas tricher parce que mes deux meilleurs amis sont avec moi. Avec eux, il est impossible que je frime.

C’est quoi chanter sur scène pour toi ?

C’est un moyen d’être honnête par rapport à ce qu’on est, par rapport au parcours que l’on a eu. Si tous les soirs, un chanteur raconte la même chose entre les chansons, ça m’emmerde. Ce n’est pas honnête. Il faut faire du théâtre à la place.

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À quel autre art pourrais-tu comparer la scène ?

Sans hésitation au cinéma. Quand je regarde un film, ce qui me fait plaisir, c’est que les acteurs soient honnêtes. J’aime bien rire, pleurer, ressentir des émotions, être surpris. J’aime que cela prenne son temps et que soudain, le rythme s’accélère. Et enfin, j’aime que la musique soit bonne. Tous les trois, c’est ce que nous essayons de procurer comme plaisir aux gens qui viennent nous voir.

Une question plus personnelle pour terminer. Tu vis avec Catherine Major, qui est une artiste que j’adore. Quand on est un couple d’artistes, est-ce qu’on essaie d’impressionner son conjoint ?

Sur son dernier disque, Le désert de solitude, je lui ai écrit cinq textes. Sur son prochain, il y en aura cinq autres. Comme elle est ma femme, à chaque fois que je fais un texte pour elle, je n’ai pas envie qu’elle me dise que ça ne lui parle pas. Quand elle m’écrit des musiques, comme elle l’a fait sur l’album Sans abri, je suppose que c’est la même chose pour elle. Je crois pouvoir affirmer que nous sommes très complémentaires.

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Pendant l'interview, le 20 mars 2014. Avec Moran, Thomas Carbou et Sylvain Coulombe. 

03 juillet 2014

Jean-François Zygel : interview pour le double DVD La leçon de musique Mozart et La musique classique expliquée aux enfants

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ZYGEL_PRESSE2.jpgFormidable pédagogue, Jean-François Zygel est avant tout pianiste et compositeur.

Entré très jeune au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, il remporte dix premiers prix dans dix catégories différentes et entre rapidement comme pianiste soliste à Radio-France.

Grand spécialiste de l'accompagnement en ciné-concert de films muets, Zygel est très connu pour ses leçons de musique, prodiguées autour de la musique classique, au Théâtre du Châtelet, il s'est aussi attaqué aux musiques improvisées avec un brio inégalé.

Il a animé sur France 2 l'émission La Boîte à musique, qui se concentrait sur une œuvre, un genre musical ou un artiste, pendant plus d'une heure. Le succès de ces leçons en a permis une diffusion en DVD. Je l’ai interviewé récemment pour Le magazine des espaces culturels Leclerc(daté des mois de juillet et août 2014), justement à l’occasion de la sortie d’un coffret 2CD+DVD exclusivement réservé pour cet enseigne.

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Et pour finir un extrait du DVD La musique classique expliquée aux enfants.

01 juillet 2014

Jean-Pierre Pasqualini : interview pour Platine, 100 tubes variété française

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Jean-Pierre Pasqualini est une grande figure du journalisme musical en France. Il est le « Monsieur variété française ». Une sorte d’encyclopédie vivante consultée en permanence par les médias en quête d’un spécialiste de ce genre musical. Moi qui ne suis pas le dernier à apprécier la variété française, je m’incline devant lui et son savoir. Depuis quelques années, je le croise, le côtoie même (nous sommes tous les deux membres du jury du Prix Georges Moustaki et du Pic d’Or) et c’est toujours un réel plaisir de partager nos savoirs et opinions respectifs. J’ai un profond respect pour cet homme passionné.

Jean-Pierre Pasqualini est le créateur et rédacteur en chef du magazine Platine (la revue référence en matière de variété d'hier et d'aujourd'hui). Il officie aussi à Télé Melody en tant que présentateur, producteur et responsable des programmes en charge des contenus.

Je le reçois ici pour évoquer une compilation : Platine 100 tubes variété française (vendu à 8000 exemplaires et qui va être relancé cet automne avec un nouveau tirage conséquent).

jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandorLa compilation :

Platine, fondé en 1992 par le spécialiste et passionné Jean-Pierre Pasqualini, est devenu en 20 ans le magazine n°1 de la variété française. Pour la première fois, et à l'occasion de ses 20 ans d'existence, Platine sort son premier coffret! Puisant au fond de sa mémoire et de ses connaissances Jean-Pierre Pasqualini vous offre une sélection de titres inédits des origines de la variété française, d'Édith Piaf à Françoise Hardy, de Jacques Brel à Claude François, en passant par Serge Gainsbourg, Sheila ou Gilbert Bécaud.

Vous pourrez retrouver ou (re)découvrir des chansons telles que "Les boutons dorés", "Le tourbillon de la vie", "Méditerranée", "Salade de fruits", "Domino", "J'attendrai", "Étoile des neiges", "Ne me quitte pas", "La ballade irlandaise", "Les comédiens", "Cigarettes, whisky et p'tites pépées"... pas toujours interprétées par leurs créateurs.

jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandorInterview :

Qui t’a proposé de sortir cette compilation ?

Depuis des mois, Wagram voulait sortir un projet avec le magazine Platine. De mon côté, je ne voulais pas faire une compilation comme les autres. Je ne souhaitais pas réunir des tubes évidents,  placés là dans le seul souci de vendre beaucoup d’exemplaires. Il a fallu beaucoup de temps pour que le label me dise : « tu fais ce que tu veux !» J’ai donc conçu un coffret, non pas de titres inconnus, mais de tubes oubliés, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

C’était de vrais tubes à l’époque, mais ils n’ont pas affronté les années. C’est ça ?

J’en ai parlé récemment à un ex de Nostalgie, Stéphane Bosc, qui est aujourd’hui directeur des programmes à Lagardère Active Radio International. Il m’a expliqué pourquoi à l’époque, il ne passait pas sur Nostalgie tous les tubes dont je parlais. Simplement parce que ces artistes étaient sur de petits labels qui ne les ont pas réédités en CD. S’ils ne sont pas en CD, ils ne sont pas numérisés. Voilà comment un tube ne rentre pas sur cette radio et passe à la trappe des souvenirs. Dans cette compilation, il y a par exemple des chansons de Mireille et de Jean Nohain que chante Sophie Darel. On n’avait pas de CD, on est donc parti des vinyles. Il y a dans ces cinq disques, pleins de chansons qui n’existaient pas en CD.

Tu rétablis des vérités sur le succès ou non de tel ou tel tube.

Oui,  par exemple, en 1958, sortait « Le poinçonneur des Lilas » de Gainsbourg. Tout le monde est persuadé que ça a été un succès parce que Gainsbourg a eu la chance de traverser le temps et le talent de créer une œuvre remarquable. Mais ce titre n’a pas marché du tout à l’époque de sa sortie. Les Frères Jacques et Jean-Claude Pascal ont donné une première vie à cette chanson. Si tout le monde pense que la version de Gainsbourg a été un succès, c’est que l’histoire l’a magnifié. Il y a plein d’artistes oubliés des années 50 qui, malheureusement, n’ont pas franchi la barre des yéyés, mais qui ont fait des énormes tubes avant cette période musicale.

Si je comprends bien, tu veux les réhabiliter aujourd’hui?

Je pense qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise chanson, il y a des chansons pour chaque moment de la vie. Après, dans chaque style musical, il y a de la merde.  Il y a des chansons pour faire la fête au mariage de la cousine. On peut danser sur « La chenille » de La bande à Basile et quand on a le blues, on peut écouter Léo Ferré. Dans ce disque, il y a des chansons pour toutes les situations.

Le style, la faconde Pasqualini, sur Télé Mélody, c'est ça!

Comment expliques-tu qu’un artiste parvienne à franchir les années et plaire à plusieurs générations et d’autres, pas du tout ?

Il y a des gens qui sont en avance sur leur temps, comme Gainsbourg. Quand tu es en avance sur ton temps, tu as donc un peu de marge parce que le temps te rattrapera moins vite. Il était auteur compositeur à une époque où ce n’était pas essentiel. C’est après mai 68 qu’on a considéré qu’il fallait écrire ses œuvres. Un interprète pur et simple, ce n’était plus crédible. Dans le cinéma, on ne demande pas aux acteurs d’écrire leur film. Je trouve cela injuste.

Dans cette compilation, il y a cinq CD et 100 chansons. Comment as-tu fait la sélection ?

C’est comme Platine, c’est un mélange de passion et de marketing. Je sais que si je fais la couverture avec Olivia Ruiz, ça va mieux marcher que si je fais la couverture avec Lucienne Delyle, pourtant, je préfère Lucienne Delyle.  Là, c’est pareil, je me dis Wagram, il leur faut un minimum de tubes donc je place Nougaro qui chante « Le cinéma » et une autre chanson de Nougaro, « Le jazz et la java », mais interprété par Yves Montand, une version moins connue. Aujourd’hui, dans la nostalgie, on a tendance à prendre la version du créateur, alors que parfois, ce sont les versions chantées par d’autres qui ont mieux marché. En tout cas, il n’y a pas une seule chanson dans ces cinq CD où tu ne connais pas au moins le titre ou l’interprète.

Il n’y a pas deux fois le même artiste ?

Non, sauf s’il est en duo. Je ne voulais pas deux fois la même chanson, ni deux fois le même interprète. Quand l’interprète était un peu « faible » en notoriété, comme Simone Langlois, je choisis une chanson très forte, comme « Ne me quitte pas » qu’elle a interprétée un mois avant Brel. Historiquement, c’est elle la créatrice de cette chanson, Brel le reconnaissait.

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Pour Platine (et la Sacem), Monsieur Variété Française organise aussi des interviews croisées d'artistes de la scène française (ici Jeanne Cherhal et Emily Loizeau).

Tu aimes susciter la curiosité. C’est une grande partie de ton travail.

Ce qui est certain, c’est que je n’aime pas enfoncer les portes ouvertes. Quand j’ai créé Platine, j’ai souhaité créer un nouveau titre de presse avec un concept qui n’existait pas. Un journal intelligent sur la variétoche.

Ce que j’aime beaucoup chez toi, c’est que tu assumes tout. Notamment, aimer ce qui pourrait passer pour être ringard.

Je me fous totalement de ce que pensent les autres. J’aime provoquer. J’étais au collège entre 1970 et 1974. C’était les grandes années post-soixante-huitardes. Il ne fallait pas aimer Cloclo. Moi j’adorais et je le disais. Avec mon physique de petit gros, il fallait que je me distingue par quelque chose. Il fallait que j’existe aux yeux des autres pour qu’on arrête de m’appeler Babar. Comme je fais de la psychanalyse aux artistes que j’interviewe, de temps en temps, il est bon de faire la sienne soi-même (rires).

jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandorDans Platine, je suis impressionné par la longueur de tes interviews d’artistes. C’est très rare dans un journal de « faire » si long.

Je ne vois pas pourquoi je n’écrirais pas tout ce qui est intéressant. C’est complètement kamikaze dans un magazine, j’en ai pleine conscience, mais je m’en moque. J’ai la chance d’avoir quelques milliers de lecteurs qui suivent, qui sont super fidèles, beaucoup sont abonnés. Ils me permettent de continuer le journal à ma guise. À part chez Mandor, les interviews longues, ce n’est pas la tendance sur Internet ou dans les magazines.

Pourquoi as-tu créé Platine ?

A l’époque, j’étais dans le tourisme. J’ai passé beaucoup d’années à ramener des disques français des pays dans lesquels j’allais. J’en ai trouvé dans le monde entier. J’ai eu l’idée de faire un magazine de discographie comme Juke Box magazine, mais en montrant les carrières des Français à l’étranger. Les interviews, c’est ce que je faisais en plus en pensant que ça n’intéresserait personne. Et finalement, tout le monde ne me parlait presque plus que de ça. Les gens n’en avaient rien à foutre des discographies. Les interviews ont pris le dessus sur le reste.

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Tu es très franc avec les artistes que tu interviewes. Tu n’hésites pas à les bousculer.

J’ai de la franchise, mais avec beaucoup de tendresse.

Mais quand dans Platine, tu évoques avec Zaz sa supposée homosexualité, ne franchis-tu pas la limite ?jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandor

Pour moi, le sexe fait partie de la vie. Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant.

Tu te permets tout.

Je ne sais pas si je peux, mais je veux tout me permettre. Il y a des gens avec lesquels ça ne s’est pas bien passé. Je pense par exemple à François Feldman. Je lui ai demandé comment il vivait le fait d’avoir été une énorme star pendant quatre ans et être retombé dans l’anonymat,  voire même être considéré comme ringard.

Ce n’est quand même pas très diplomate. Personnellement, je n’aurais pas demandé cela de la même façon.

Je ne suis pas diplomate, je suis psychologue. J’ai aussi une heure de cartonnage sur une cassette avec CharlElie Couture. Il n’a pas du tout aimé mes questions et il m’a répondu violemment. Au bout d’un moment, il m’a mis dehors. C’est vrai que quand tu es un personnage et que tu veux le rester, il n’est pas évident de s’entendre poser des questions un peu indiscrètes. J’ai voulu creuser pour voir ce qu’il y avait derrière, il n’avait pas du tout envie. Il faut que les réponses correspondent au personnage. Dave, par exemple, ressemble à son personnage, je préfère nettement cela.

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Dès qu'il faut parler d'un chanteur de variété, Jean-Pierre Pasqualini est au combat.

Quand tu fais une interview, considères-tu que c’est un travail de psy et est-ce que c’est pour ça que tu fais de longs entretiens ?

Je suis comme ça dans mes rapports humains dans n’importe quelle circonstance de ma vie. Je cherche toujours à en savoir plus que ce que l’on me dit. Depuis longtemps, j’ai le défaut de ne pas savoir faire des conversations de salon.

Tu attaques directement. Moi, contrairement à toi, j’ai tendance à « endormir » un peu les artistes avant d’aller là où je veux aller. Ce sont deux méthodes. Toi, tu es plus frontal.

Je suis frontal dans tout ce que je fais. La vie est courte. Nous sommes des poussières dans l’histoire du monde et on a intérêt à ne pas perdre de temps et à prendre du plaisir dans tout ce que l’on fait. C’est un peu handicapant d’être comme ça dans la vie, parce que beaucoup considèrent que je suis inquisiteur, que je fouille trop, que je me mêle de ce qui ne me concerne pas... Pas que dans les interviews, dans la vie aussi.

Croisière Rivages du Monde et Télé Mélody, du 18 au 26 septembre 2014, avec Jean-Pierre Pasqualini.

jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandorAimes-tu la notoriété ? On voit pas mal ton visage dans Platine, on le voit aussi au dos du disque…

J’ai deux réponses. La première, c’est qu’à la base, je faisais de la radio libre. J’adorais ma voix à la radio. Par contre, quand j’ai commencé la télé, j’ai détesté me voir. Mais, j’ai travaillé avec Karine Le Marchand sur France 3, dans une émission qui s’appelait « Music Musique »,  il y a 15 ans. Un jour, elle m’a dit : « Tu es rédacteur en chef de l’émission, moi je suis présentatrice, mais il faut que tu montres ta gueule, sinon, tu ne seras jamais considéré comme Monsieur Chanson Française. Il y a Sevran, si un jour tu veux exister, il faut que tu sortes du bois. » Je lui ai répondu que je me trouvais gros, que je n’aimais pas mon image et que je n’étais pas fait pour la télé. Elle m’a fait chier longtemps, tant et si bien qu’elle m’a même imposé de faire une rubrique à la fin de l’émission, « J’assume, j’assume pas ». C’est comme ça que j’ai commencé à me montrer.

Mais, j’insiste un peu, dans Platine, on voit beaucoup ton image.

Au début, je ne me suis pas posé la question de savoir si ça me faisait bander ou pas de mettre des photos de moi avec des artistes. Mais si le but était uniquement de frimer, je mettrais uniquement ma gueule avec Michael Bublé, pas forcément mes photos avec Gloria Lasso.

Quand tu es dans une soirée, aimes-tu que l’on te reconnaisse, que l’on vienne vers toi ?

C’est encore plus prétentieux que ça. Ça fait vingt ans que j’essaie de dire que la variété française n’est pas ringarde et quand on me reconnait dans une soirée et qu’on me place bien dans un concert, je me dis que, quelque part, on respecte un peu plus la variété française. Comme personne dans les médias n'a jamais voulu prendre cette place de "Robin des Bois" de la chanson populaire, de porte-parole de la variété française, j'ai pensé que je devais le faire.

Jean-Pierre Pasqualini, seul contre tous (Christophe Conte (Les Inrocks), Marc-Olivier Fogiel et Guy Carlier) pour défendre la tournée "Age Tendre et tête de bois". Pour ça aussi, je l'admire.

En 2014, la variété française est-elle bien représentée ?

Non. Pas du tout. Pour moi, il n’y a pas une bonne nouvelle chanson dans l’année, ni chez les vieux, ni chez les jeunes. C’est quand même catastrophique, une année comme ça.

On dit du bien des nouveaux Obispo et Pagny

Non, non, non. Le dernier Obispo est catastrophique, alors que j’avais adoré « Comment veux-tu que je t’aime » qui était l’inédit de la compilation. Le Pagny, tu as raison, il est pas mal. Moi, cette année, le seul que j’adore est belge. C’est Stromae. Ce n’est pas très original, je sais. Ça, c’est de la bonne variété, parfaitement fédératrice.

D’où te vient ce goût pour la variété française ?

J’ai eu mon premier pickup en 1966, j’avais huit ans. On m’a offert trois 45 tours avec. Un de Cloclo, « Le jouet extraordinaire », un de Monty et un de Nino Ferrer, « Mirza ». Je me souviens que pour moi, le monde a basculé. J’ai immédiatement regardé les pochettes dans tous les sens pour voir qui écrivait les chansons. J’ai toujours aimé les gens de l’ombre.

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As-tu un côté midinette avec les artistes que tu rencontres ?jean-pierre pasqualini,platine 100 tubes variété française,interview,mandor

Midinette, je ne sais pas, mais fan, sûrement. Je suis un peu triste que les artistes ne le sentent pas.

C’est de ta faute, tu ne le montres pas.

Je dois dégager un truc très sérieux, très cassant, très ours. Aujourd’hui, j’en suis beaucoup plus conscient qu’avant. Quand Platine est né, je voyais que les attachées de presse se foutaient de ma gueule parce que je faisais un magazine de variété. En 1992, elles se demandaient quel était ce gros ringard qui voulait leur faire croire que la variété était mieux que le rock. Je me suis construit une armure et je n’ai rien voulu montrer de mon côté fan. Fan de metal, à la limite, mais fan de variété, ça faisait double peine (rire). Avec mon magazine, je ne voulais pas passer pour un petit rigolo, un petit fan de chanteuse ringard. J’ai joué à l’homme sérieux. Du coup, on me prend pour un journaliste très distant, qui analyse sans cesse, sans jamais lâcher prise.

C’est quoi pour toi, une bonne chanson ?

J’ai beau être auteur, je rejoins ce que dit Goldman : « On vient à une chanson pour la mélodie, on y reste pour le texte. » Moi, s’il n’y a pas une mélodie, je n’écouterais pas un bon texte. Dans les jeunes artistes d’aujourd’hui, il y en a qui ne savent pas ce qui peut les convenir. Une bonne chanson ne l’est pas pour tout le monde. Certains chanteurs peuvent la porter, la sublimer et d’autres non. Une bonne chanson, ce n’est pas interchangeable, elle doit coller à un interprète.

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21 juin 2014

Thierry de Cara : interview pour The Little Home Tour

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(Photo : JC Marmara/Le Figaro)

Quelle initiative originale que ce The Little Home Tour ! Trois ans après un premier ­album, Une vie entière, produit par My Major Company, le chanteur Thierry de Cara crée un concept qui consiste à se produire gratuitement chez les gens. Une ville, un sac à dos avec une barre de fer d'un mètre de long munie d’une minicaméra dirigée vers son visage et une autre dirigée vers le public. Ensuite, il aborde les gens pour être invité le soir même chez l'un des passants où il donnera gratuitement un concert.

thierry de cara,my little home tour,interview,mandorThierre de Cara est venu à l’agence le 3 décembre dernier pour me parler de ce projet qui en était à son balbutiement. C’était il y a six mois, juste après avoir tourné les deux premiers numéros à Arras et à Lille. Il était convenu que je mette en ligne cette mandorisation, quand lui-même aura mis son premier numéro de The little Home Tour. Voilà qui est fait.

Concept :

The Little Home Tour est une web-série dans laquelle un chanteur-auteur-compositeur, Thierry de Cara, parcourt les villes de France et propose, au hasard de ses rencontres, des home-concerts « chez l’habitant ».

Équipé de ses caméras, ce multi-instrumentiste arrive le matin dans une ville de France et se doit de trouver au cours de sa journée un ou des habitant(s) qui accepteront de l’accueillir à leur domicile pour une soirée. C’est d’un exceptionnel concert privé et improvisé dont fera profiter le jeune chanteur-auteur-compositeur- à ses accueillants.

Biographie officielle de Thierry de Cara :

Né à Marseille, Thierry de Cara est initié au piano classique dès son plus jeune âge. Il thierry de cara,my little home tour,interview,mandors’intéresse très vite à l’écriture de chansons et c’est vers l’âge de 15 ans qu’il s’y essaie pour la première fois.

En 2002, il est sélectionné pour participer à un tremplin d’auteurs-compositeurs-interprètes à l’Olympia, la Rose d’Or, qu’il remporte. A la suite, Mireille Darc lui consacre un portrait d’une vingtaine de minutes lors d’un reportage France 2 intitulé « De l’ombre à la lumière ».

Après un premier single produit par Charles Talar (Cabrel, « Notre-Dame de Paris »…), il signe chez My Major Company et devient le deuxième artiste produit par les internautes en France. Son premier album, enregistré à Londres par le producteur Martin Terefe (Jason Mraz, Cat Stevens, Zaz), sort chez Warner quelques mois plus tard. Ce premier disque est soutenu par les radios (NRJ, Chérie FM). Thierry de Cara devient même l’une des « révélations de la chanson francophone France Bleu ».

Depuis quelques mois, il prépare son deuxième album et a repris le chemin de la scène. Partout, sa pop fraîche et tendre, ses textes pleins d’humour et profonds à la fois sur ses mélodies imparables, enflamment le public.

Voici le teaser de The Little Home Tour.

thierry de cara,my little home tour,interview,mandorInterview :

Si je comprends bien, la base de ce projet est : « que puis-je inventer d’original pour me faire remarquer ? »

Je ne me suis pas levé un matin en me disant ça. Ça s’est fait un peu de fil en aiguille. Il y a deux ans, un  ami s’est marié. J’étais témoin et il a fallu que quelqu’un fasse un petit film. Comme je suis l’artiste de la bande, je me suis proposé. Pour ce film de mariage, j’ai commencé à faire du montage vidéo. J’en ai bavé pendant un mois et demi, mais le film a plu et moi, j’ai aimé m’en occuper presque de A à Z. Du coup, ça m’a incité à  réaliser le clip de ma chanson « C’est pas mal déjà ». Autour de ce clip, j’ai eu envie de faire des concerts. J’ai donc décidé d’organiser un jeu autour du clip. Le but était de trouver une énigme. Le gagnant remportait un concert de moi chez lui. J’ai fait deux home concerts et j’ai très vite voulu récidiver. Le projet The Little Home Tour est lié à tout ça.

Ce genre d’initiative remonte-t-il le moral quand son premier disque n’a pas marché ?

Oui, c’est certain. Mais si mon disque n’a pas marché, j’ai eu de jolis résultats radios. J’ai quand même fait des choses sympas autour de ce premier album. Mais, bon, je n’ai pas effectué de tournée. C’était mon rêve d’enfant de parvenir à faire mon métier dans les meilleures conditions. Il n’y a pas eu de signature de deuxième album, donc, j’ai dû tout recommencer de zéro. La création, j’adore ça, mais à un moment donné, on a envie de capter l’énergie des gens.

Ton dixième home concert s’est déroulé à Lille et c’est là que l’idée de ce projet à germé dans ta tête.thierry de cara,my little home tour,interview,mandor

Oui, le lendemain de ma prestation, je me balade dans la grande place de Lille. Des jeunes étudiantes avec une caméra sont venues me poser des questions, souvent saugrenues, voire même complètement barrées. J’ai répondu de manière décalée. Après leur départ, j’ai eu la certitude qu’il fallait que je fasse des choses avec la vidéo. J’ai pensé au concept d’Antoine de Maximy, J’irai dormir chez vous. De fil en aiguille, j’ai regardé sur internet et j’ai acheté le matériel adéquat immédiatement. Il y a eu pas mal d’investissement, mais je savais que le jeu en valait la chandelle. Quand on a une idée dans la vie, il faut foncer.

Ensuite, tu as bossé sur le visuel.

Tout est parti de là pour mon imaginaire. C’est la première fois de ma vie qu’une idée germe et éclot aussi rapidement. Je suis en ce moment dans une espèce d’énergie super positive. Je suis ravi de cette expérience.

Comment as-tu vécu ce premier épisode à Arras ?

C’était deux jours exceptionnels. Je ne pensais pas que ça allait être aussi bien. Il me tarde de repartir. C’est une aventure humaine extraordinaire.

Voici le premier épisode de The Little Home tour (tourné à Arras).

Comme tu es compositeur, évidemment, tu as composé toi-même le générique de The Little Home Tour.

C’est ça qui me plait dans ce projet et qui en fait sa force. Je tout fais moi-même, de A à Z. Tournage, montage, générique…. Le côté « home made » me plait vraiment.

Tu bosses seul, mais par contre, tu vois plein de gens.

J’arrive en solitaire dans les villes et je repars avec plein d’amis le lendemain. Que te dire à part que c’est merveilleux.

Tu ne vas pas échapper aux comparaisons avec Antoine de Maximy.

Je le sais bien, mais ça ne me gêne pas. Je l’aime beaucoup. À la base, j’arrive dans les villes. Je sors de ma voiture, je mets mes caméras, je commence à marcher et je vais où le vent me mène. Je rencontre des gens, je parle de mon projet, je leur montre mon premier album pour les rassurer sur le fait que je suis bien chanteur. À la différence d’Antoine de Maximy, mon but à moi, c’est de faire un concert chez les gens, pas de dormir chez eux. Même si ça m’arrive de le faire quand ils me le proposent, mais ce n’est pas le but.

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La trame, c’est la musique, mais il se passe plein d’autres choses.

À Arras, par exemple, j’ai visité le beffroi à 80 mètres de hauteur et je suis allé dans les Boves (réseau de galeries s’étendant sous toute la ville qui a servi d’abri et de lieu de rassemblement aux troupes alliées, en 1917, dans l’attente d’une offensive décisive : "la Bataille d’Arras") pour visiter les souterrains. À partir du moment où j’ai trouvé l’endroit où je vais faire le concert le soir, j’ai le temps de visiter la ville. Tout cela est filmé et est visible dans le premier épisode.

Au niveau du concert en lui-même, tu chantes combien de temps ?

Une heure, mais on en voit que quelques minutes par épisode. Dans celui d’Arras, on en entend juste une en quasi intégralité.

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A l'agence, il y a des gens mystérieux...

En profites-tu pour vendre tes deux albums ?

Ça m’arrive, mais ce n’est l’endroit pour cela. Si des personnes présentes m’en réclament, évidemment, je leur en vends. Pour moi, c’est déjà un cadeau que les gens m’ouvrent leur porte. C’est énorme d’ouvrir sa porte à quelqu’un, de trouver du public et de se mouiller pour remplir son salon en une après-midi.

Comment se comporte le public présent ?

Ça dépend des soirs. À Arras et à Lille, par exemple, le public était complètement différent. Ils n’avaient pas le même âge et venaient d’univers qui n’avaient rien à voir. Des jeunes ne réagissent pas de la même façon que des cinquantenaires. Ce que je relève, c’est qu’ils sont tous surpris quand je monte la scène. Les gens s’imaginent voir débouler un chanteur avec sa guitare acoustique et point barre. Il y a en fait une vraie scène, un kakemono de deux mètres avec le logo, des néons, un clavier, trois micros sur pied, une grande table de mixage, des guitares… ça devient rapidement une vraie salle de concert chez l’habitant.

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Et quand tu joues, ça se passe comment ?

Ils sont toujours agréablement surpris parce que je donne autant d’énergie là que j’en donnerais dans une vraie salle.

Finis-tu par oublier que tu es dans un appartement ?

Oui. Mais tu sais, un concert dans un appartement est plus difficile que dans une vraie salle. Il faut savoir gérer cette proximité immédiate. Au début, les gens sont dans leur salon en train de me regarder avec curiosité et très vite tout le monde se détend. Ils finissent par oublier ce détail et moi aussi. J’aime que mes concerts soient un évènement où que je me produise. J’ai envie que le public vive un vrai moment, alors je donne tout, même s’il n’y a que huit personnes.

C’est un concept qui te ressemble ?

Oui. Je suis un garçon qui aime beaucoup le contact et parler. Se balader dans la rue, trouver des gens qui veuillent bien accueillir mes concerts chez eux, c’est un vrai challenge, mais ce n’est pas impossible. Je suis quelqu’un qui aime prendre des risques et qui me lance dans ce genre d’initiative sans crainte particulière. C’est vraiment un concept qui me colle à la peau.

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Pendant l'interview.

Tu as eu pas mal de presse alors que personne n’a encore vu le résultat. Tu l’expliques comment ?

Je ne l’explique pas. Ça arrive peu de fois dans une vie de sentir qu’un projet est le bon. Ça me permet de rester cool et de ne pas paniquer. Depuis que j’ai commencé les tournages, je reprends confiance en l’humain. Je sais que je vais continuer à rencontrer des gens incroyables et qu’il va se passer encore des choses dingues.

Crois-tu en ta bonne étoile ?

Tu veux dire, si je crois que quelque chose me protège et veille sur moi pour m’emmener au bon endroit ?

Par exemple.

Je crois surtout en ma passion pour ce métier. Il faut être obsessionnel pour être un artiste. Ce métier, c’est toute ma vie, toutes mes pensées, depuis toujours.

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Avec Thierry de Cara, le 3 décembre 2013, après l'interview.

20 juin 2014

Michel Bussi: interview pour N'oublier jamais

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(Photo : Bruno Charoy-Pasco)

Michel Bussi est professeur de géographie et directeur du laboratoire de modélisation et traitements graphiques en géographie. Il fait partie du Top 10 des écrivains français les plus lus (près de 480 000 livres vendus en 2013). Son avant-dernier livre Un avion sans elle a été  récompensé par de nombreux prix, dont celui de « meilleur polar francophone 2012 ». Cet expert en faux-semblants et en manipulation qui excelle dans l’intrigue psychologique  revient avec un nouveau roman N’oublier jamais.

Le 28 mars dernier, je suis allé l’interviewer dans un bar parisien pour un des journaux pour lequel je travaille (Contact) et donc, aussi, pour le site correspondant.

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Interview :

Vous avez l’art du retournement de situation. Prenez-vous un malin plaisir à piéger le lecteur ?

Les gens croient que je piège le lecteur, mais en fait, c’est l’inverse. Je me suis piégé tout seul parce qu’en commençant avec cette marque de fabrique qui est de se dire qu’il faut un twist final, voire un double ou triple twist, finalement, je me condamne à écrire ça. Il faut que les gens sortent de mes romans avec l’impression d’avoir été mis dans une machine à laver.

Au bout d’un moment, ne faut-il pas aller à l’encontre de ce qu’attendent les lecteurs ?

À partir du moment où on rentre dans une convention ou un contrat avec le lecteur qui oblige à se situer dans un roman policier à rebondissement avec plein de faux-semblants, il faut s’y tenir. C’est la moindre des choses. Je veux que le lecteur soit scotché et que le livre lui tombe des mains d’étonnement. J’adore quand il se dit : « mais comment je n’ai pas vu ça ! ». Vous savez, quand on écrit un roman policier de ce type, on est toujours inquiet que le lecteur trouve la solution avant la fin.

michel bussi,n'oublier jamais,ne lâche pas ma main,interview,mandorDans « N’oublier jamais », vous racontez l’histoire de Jamal, un sportif de haut niveau unijambiste qui part s’entraîner sur la plus haute falaise d’Europe, en Normandie. Pendant sa course, il voit une femme seule prête à sauter dans le vide. Jamal lui tend une écharpe trouvée quelques secondes avant, mais la femme bascule. L’intrigue peut paraître mince, mais le roman est foisonnant.

Ce que j’aime, c’est qu’à la page une, la fille saute et meurt, et qu’à la page trente, la police suspecte Jamal de l’avoir poussée. Ensuite, on remonte le fil par du passé et du présent. J’inflige des accélérations, des évènements et de la pression constante. J’aime bien que le lecteur ressente un rythme haletant et qu’il ait la sensation de ne pas pouvoir reprendre son souffle.

Tous vos bouquins trouvent de plus en plus de lecteurs. Vous y pensez quand vous écrivez ?

Il ne faut pas se le cacher. Avoir eu du succès avec ses précédents bouquins met l’auteur dans une situation beaucoup plus confortable que s’il sortait d’un livre qui n’avait pas marché. Je prends le succès comme il vient et je ne boude pas mon plaisir.

Cette année, vous êtes dans le top 10 des auteurs les plus lus en France et pourtant, vous n’êtes pas encore très connu…

C’est le paradoxe. Quand on a sorti Un avion sans aile chez Pocket, on a tablé sur 100 000 michel bussi,n'oublier jamais,ne lâche pas ma main,interview,mandorexemplaires. Je ne croyais pas qu’on allait les atteindre. Puis, on est monté à 200 000, le livre continuait à se vendre. Ensuite, on est allé jusqu’à 300 000 et aujourd’hui, on va atteindre les 500 000. À un moment donné, on ne maîtrise plus le flux. J’imagine que je ne vais pas retomber de ce chiffre à 10 000 soudainement, c’est rassurant. Ce qui me fait presque plus plaisir que d’être dans le Top 10, c’est qu’un public nombreux et qui semble fidèle se constitue autour de mes livres.

michel bussi,n'oublier jamais,ne lâche pas ma main,interview,mandorVotre précédent roman Ne lâche pas ma main sort en même temps en version Pocket. Ce livre-là n’a pas la même mécanique que N’oublier jamais.

J’essaie toujours d’avoir des atmosphères et des mécaniques différentes. Le moteur de Ne lâche pas ma main était d’emmener les lecteurs à La Réunion. Je souhaitais que ce soit un vrai roman d’évasion. Il y a l’hôtel, la piscine, les palmiers, le lagon, une disparition, des faux semblants, des jeux de miroirs, le tout dans un endroit paradisiaque. Un couple de touristes avec leur fille passent des vacances dans l’île et tout va se détraquer. La femme disparait, le mari est accusé. Il part en cavale avec sa fille de six ans. Le lecteur pense qu’il a tué sa femme, mais a priori, ce n’est pas aussi clair que ça. Dans ce roman, tous les personnages sont très atypiques. J’ai voulu que ce livre soit un roman plaisir où les gens apprennent beaucoup de choses sur la Réunion. Au-delà du côté littéraire et intrigue, je voulais que le lecteur soit ailleurs que dans son quotidien.

Écrire pour vous, c’est quoi ?

J’ai ma particularité. Je suis encore enseignant à l’université, je suis prof de fac et je dirige un labo au CNRS. Mon métier de base, c’est l’évaluation scientifique et la recherche en science sociale. Je suis quelqu’un de sérieux au quotidien qui fait des choses sérieuses avec des chiffres et des statistiques. Dans mes romans, je n’éprouve donc pas le besoin de refaire le monde parce que ça, je le fais par mon métier. Quand je suis écrivain, ma première règle d’or est de ne surtout pas ennuyer le lecteur avec mes cours et mes recherches.

Les romans, c’est un peu votre récréation ?

Oui. Une récréation qui peut être sérieuse, émouvante ou drôle.  Et une récréation que je fais sérieusement.

Vous avez deux vies ?

Encore plus.

Si vous étiez libraire, quels auteurs de polars conseilleriez-vous ?

Il y a plein d’auteurs de polars francophones qui sont géniaux. Je dirais, dans ceux qui ne sont pas très connus, mais que j’adore, Bernard Minier, par exemple. Paul Colize, aussi. Un jour, il va faire le livre qui va le rendre très populaire, vous verrez. Un long moment de silence et Back Up sont déjà des chefs-d’œuvre. J’aime aussi beaucoup Élisa Vix. Elle écrit magnifiquement et elle est très caustique et décalée. Dans les connus, j’ai beaucoup d’admiration pour l’ensemble de l’œuvre de Nadine Monfils. Elle est complètement déjantée et j’aime les gens qui ont un grain de folie.

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Le 28 mars 2014, après l'interview.

19 juin 2014

Jérôme Attal : interview pour Presque la mer

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jérôme attal,presque la mer,interview,mandorJ'ai déjà tout dit (ou presque) sur Jérôme Attal. Cet entretien est le dixième que je lui consacre sur mon blog, mais c'est toujours un réel plaisir d'échanger avec lui. Je pense que l'on peut considérer que je suis très attaché à son œuvre, mais aussi à sa personnalité.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres et enfin pour Le voyage près de chez moi.)

Notre dernière rencontre date du 16 mai dernier. Je l'ai interviewé pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté de l'été 2014). Notre entretien est donc un peu plus plus court et "formel" que d'habitude...

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Le 16 mai dernier, après l'interview, dans la cour de l'agence.

16 juin 2014

Roland Brival : interview pour Circonstances aggravantes

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J’ai rencontré Roland Brival pour la première fois en 1992. Pour RFO Guyane télé, je suis allé l’interviewer lors d’un stage de théâtre et de fabrication de marionnettes (si ma mémoire est bonne) qu’il animait. J’ai un grand respect pour cet artiste martiniquais majeur. Romancier, plasticien, photographe, metteur en scène, auteur-compositeur, interprète. Notamment.

Roland Brival, je le place à côté d’un CharlElie Couture. Même trempe. Un type qui a décidé de ne se donner aucune limite artistique. Barrières explosées. Toujours avec passion et sourire.

Ce que j’aime surtout chez Roland Brival, c’est qu’il maîtrise la valeur du langage, et du mot juste. Chaque phrase, quelle que soit la langue employée, français, créole ou anglais, trouve harmonieusement sa place et son intonation.
 
roland brival,circonstances aggravantes,interview,mandorLes chansons de son nouvel album, Circonstances aggravantes mêlent subtilement le jazz et des rythmiques Caribéennes dans une forme de kréyol jazz qui est sa marque de fabrique. Le tout soutenu par d’excellents musiciens (Rémy Decormeille au piano, Manuel Marches à la contrebasse et Julien Charlet à la batterie). Brival chante la vie, l’amour, la déprime, New York...

Il sera en concert au Sunside, le 19 juin 2014 (vous pouvez réserver dès maintenant, via www.sunset-sunside et bénéficier d'un tarif préférentiel)

J’ai rencontré Roland Brival dans un bar parisien le 29 avril dernier. Passionnant et riche entretien.

Mini bio officielle :

Roland Brival est un artiste polyvalent. Écrivain, plasticien, musicien (chanteur, auteur-compositeur)

Né en Martinique, il a vécu à Londres, New York et à Paris où il a désormais posé ses valises.

15 romans publiés à ce jour chez divers éditeurs parisiens.

6 albums de musique dont le dernier vient de sortir, Circonstances aggravantes.

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roland brival,circonstances aggravantes,interview,mandorInterview :

Circonstances aggravantes est un disque de jazz avec des influences antillaises. Peut-être un peu moins que dans vos précédents.

Les projets naissent d’eux-mêmes. Je fonctionne par rapport à ce qui m’entoure. Aujourd’hui, je vis à Paris. J’ai une relation avec la langue française qui ne cesse de s’approfondir. Du coup, j’ai eu envie de plonger là et de regarder où tout cela m’emmenait. Je suis aussi surpris du résultat que l’auditeur lambda qui va l’écouter.

Pour ce disque, vous avez collaboré de nouveau avec Julien Birot (leader du groupe Wise).

Julien Birot est un producteur artistique avec lequel je travaille depuis quatre albums. Cette fois-ci, je lui ai parlé de mon envie de travailler avec un trio. Je voulais aller plus loin dans la référence d’un travail de trio. Nous avions commencé avec mon précédent album Vol de nuit, mais nous nous étions contentés de frôler les frontières de la pop music tout en restant dans le créneau jazz. Julien m’a proposé de rencontrer un pianiste que je ne connaissais pas, Rémy Decormeille. Quand j’ai écouté les choses qu’il faisait, je me suis aperçu que c’était formidable et que cela correspondait bien à la sensibilité qui était la mienne. On a donc commencé à travailler ensemble.

Vous êtes plasticien, écrivain, musicien, auteur… c’est difficile de définir vos activités et je crois que vous aimez bien ça. Que fait Roland Brival dans la vie ?

C’est un homme qui marche (rires).

Et qui ne regarde jamais en arrière ?

En réalité, les choses de l’arrière, je les mets en avant. Pour moi, le passé c’est l’avenir. J’aime bien inverser le rapport des choses dans le fonctionnement que l’on a avec le temps. Je suis constamment dans l’instant présent. Cela veut dire qu’un projet sur lequel je travaille depuis une année entière peut se retrouver d’une seconde à l’autre complètement modifié parce que l’instant présent m’a dicté cette décision.

C’est donc l’instant présent qui prime ?

Oui, parce que c’est là que l’on vit. On ne vit nulle part ailleurs, alors il faut toujours être à l’écoute des messages que l’on envoie et des retours qui nous sont faits. Je crois que les artistes qui sont capables de s’ancrer dans une trajectoire qui perdure sont forcément des personnes qui sont capables de se remettre complètement en question. Quand on prépare un album, il faut savoir anticiper un an à l’avance l’endroit où les choses vont nous amener. Ce n’est pas toujours évident. Il peut arriver qu’en cours de route, brusquement, se produisent des accidents, parfois même des erreurs. Moi, ça ne me dérange pas. On apprend beaucoup de ses erreurs et de ses accidents de parcours, parce qu’ils nous déstabilisent et nous offrent des solutions auxquelles nous n’aurions jamais pensé avant.

Est-ce que l’on peut dire que vous défendez la tradition de votre pays en la modernisant ?

Oui, bien sûr. Avec mes différentes casquettes, je suis un cas un peu particulier. Je connais un certain nombre d’écrivains qui ne se posent pas la question des traditions musicales. Moi, je suis polyvalent, donc, tout cela m’intéresse. Je pense que le secret de l’écriture est aussi bien derrière un stylo, une bonne concentration et une feuille de papier blanc que derrière les mains d’un tambouyé qui est en train de jouer à la campagne quelque chose qui soudain secoue et vous atteint au plus profond de vous-même. La source d’inspiration est partout et la tradition est un bon pied d’appel.

Clip de "Les mots qui dansent" (extrait de l'album Circonstances aggravantes).

Votre premier single et clip tiré de cet album est « les mots qui dansent ». Ce titre vous va bien, vous qui avez consacré une bonne partie de votre vie aux mots. Vous avez écrit une quinzaine de livres. L’écriture est-elle l’aspect de votre vie artistique le plus important pour vous ?

Les mots, c’est la trajectoire artistique la plus difficile. La musique, même quand on ne sait pas jouer du piano, il suffit que l’on pose ses doigts sur un clavier, il se produit un son et dans le son il y a déjà une émotion. En peinture, si on n’y connait rien, on trace un rouge sur une toile, on la badigeonne, quelque chose déjà se dégage qu’il faut ou non assumer. Mais l’écriture, ça n’a rien à voir. L’écriture n’a aucune générosité dans le processus de communication. Si on ne sait pas lire, on n’a rien. Et pouvoir déclencher des émotions à partir de petits signes inscrits sur une feuille et faire en sorte que quelqu’un se mette à rire ou à pleurer, c’est la plus haute altitude possible dans la trajectoire d’un artiste. Les mots me paraissent fondamentaux. Ils sont le pivot de toute ma démarche.

roland brival,circonstances aggravantes,interview,mandorEn 1976, vous avez fondé le groupe pluridisciplinaire Bwa Bwa, sorte de laboratoire théâtral dans lequel se mêlaient toutes les disciplines artistiques (théâtre, marionnettes, musique, écriture, peinture…). La troupe a tourné à travers le monde pendant quelques années et à même sorti un album, Voltyijé voltijé mwin ! rencontre musicale entre l'Afrique, la Caraïbe et le blues américain.

On va dire que j’ai monté un laboratoire.

Ce que je veux dire par là, c’est que vous avez passé de nombreuses années à partager. Aujourd’hui, vous me paraissez plus solitaire.

Je viens de la mise en scène du théâtre. C’est quelque chose qui vous emmène dans le compagnonnage. On transmet, on donne, on partage. Ce laboratoire de marionnettes et d’art plastique, je l’avais créé lors d’une période de retour aux Antilles. Je m’y suis installé pendant sept ans. À l’époque, je produisais des pièces où je créais des œuvres d’art. C’était un travail haut de gamme reconnu dans différentes parties du monde et quand je suis arrivé aux Antilles avec ça, j’ai compris que ce n’était ni le lieu, ni l’endroit, ni le rendez-vous.

Il a fallu que vous repreniez tout à zéro ?

Je crois qu’un artiste, ce n’est pas quelqu’un qui se balade avec des fantasmes personnels. C’est quelqu’un qui sert de rencontre et de carrefour entre un peuple et une culture. À partir de là, on écoute ce que les gens ont à dire et ce dont ils ont besoin. On se remplit de ce besoin et on va chercher une réponse dans les endroits où personne n’a l’habitude d’aller, sauf vous. J’ai remis toute ma vision, toute mon expérience professionnelle à zéro et j’ai décidé de partir en compagnie des gens qui m’entouraient  pour créer les bases d’une esthétique et d’un théâtre qui pouvaient correspondre à cette culture caribéenne qui était la mienne. Il a fallu la réinventer.

Ce cycle a duré 7 ans.

Au bout de ce cycle d’un voyage perpétuel à travers le monde est venu le besoin de se replier sur moi-même pour passer à d’autres niveaux de travail. Notamment l’écriture. L’écriture exige un acte solitaire. Elle demande de se replier sur soi-même. C’était pour moi une démarche logique qui correspondait au stade de l’inspiration et de l’expiration. Dans le yoga, quand on fait une chose, il faut aussi faire son contraire pour équilibrer un peu les formes. Donc je suis parti dans une intériorisation des choses et j’essaie maintenant de me déplacer sur un terrain où cette lutte et cette démarche sont plus écoutées, plus entendues.

Clip de "Dear Lili" (extrait de l'album Circonstances aggravantes).

Là, je vous reçois en tant que jazzman, mais vous continuez à travailler d’autres arts, chez vous ?

Pour moi, c’est l’invention du travail à la chaîne dans les usines Ford aux États-Unis qui a produit une forme de sélection et de distribution qui s’est installée dans tous les tissus économiques, mais qui s’est installé aussi au niveau de l’art. Du coup, nous, les artistes, on nous demande d’être au bout d’une chaîne et de serrer le boulon 15 si on a choisi le boulon 15 dès le départ et de passer le reste de sa vie à ne serrer que ce boulon. Moi, je crois que la démarche doit être un peu plus proche de ce que ressent l’individu de manière personnelle. L’autre chose c’est que, quand je vous parle, en même temps je vous écoute, en même temps, je vous vois, donc le cerveau fonctionne dans cette simultanéité. Pourquoi commencer à découper des tranches et commencer à dire : « je ne travaille que dans la musique, donc, je ne fais qu’entendre ». On a appris à fonctionner dans ce registre de spécialisation, notamment en occident, et je pense que c’est une erreur.

Grâce à Internet, c’est clairement en train de bouger.

Oui, et c’est rassurant. Le monde d’Internet et de la nouvelle technologie produisent des artistes polyvalents. Des gens qui se lancent dans la musique sans rien n’y connaître, qui partent dans un délire sur les arts plastiques avec un écran et un crayon sur une programmation. Ça nous ramène à cet essentiel de la polyvalence qui est loin d’être du dilettantisme. C’est au contraire une façon organique d’aborder l’art, une façon de faire en sorte que l’art ne s’écarte jamais de ce qui est sa véritable cause, c'est-à-dire l’homme. Lorsqu’il s’agit de produire une œuvre qui vous ressemble et qui est formatée sur un créneau précis, c'est-à-dire le boulon 15, je crois que là, on s’écarte de ce que l’art doit transmettre et de ce que l’art doit produire dans celui qui est en train d’actionner cette manivelle.

Vous êtes dans un état de jubilation quand vous créez ?

C’est cela que l’on cherche. L’artiste jubile et s’émerveille. La jubilation et l’émerveillement  sont les choses les plus contagieuses au monde, à condition d’avoir reçu ses deux états au départ, soi-même, pour pouvoir transmettre la même chose. L’émerveillement et la jubilation, c’est juste une question d’attitude. Ça n’a rien de très compliqué. Il suffit de faire un pas de côté, par rapport à nos perceptions habituelles quotidiennes et tout devient merveilleux. Dans l’émerveillement, tout ce que je redécouvre m’amène un rapport neuf à la réalité. L’art est supposé servir à ça.

Clip de "New-York Song" (extrait de l'album Circonstances aggravantes).

C’est quoi pour vous le véritable message de l’art ?

C’est qu’il n’y a pas de message. On marche sur un chemin, tout notre équilibre et notre déséquilibre autour de cette marche, c’est le processus de la réponse et c’est cela qui nous alimente.

Vous n’êtes pas un chanteur à message, ce qui ne vous empêche pas de parler de l’état du monde en des termes peu optimistes sur l’avenir. Dans « Ma chère cousine », notamment.

Dans cette chanson, par exemple, il y a quand même de l’humour. Dans « Ma chère cousine », je tourne tout ça en dérision. Je n’ai pas voulu plomber l’ambiance, mais relever les choses et que l’on s’amuse de cette histoire.

Vous êtes un artiste exigeant.

Je cherche à toucher les gens, mais je ne cherche pas à modifier ma démarche artistique pour ça. Un artiste n’est pas là pour faire du merchandising. On essaie juste de faire en sorte de rester disponible, à la portée des gens. Le plus difficile, c’est de pratiquer une forme d’art sans concession, rigoureuse et exigeante et qui, en même temps, garde une trace populaire.

Je reviens aux livres. Que doit provoquer la lecture d’un de vos ouvrages aux lecteurs ?

Quand un lecteur ouvre les pages d’un roman, il se met dans un état de silence. C’est un silence qui correspond à un état de non-bruit. Au moment où il lit la dernière ligne, là, il doit rentrer dans un moment de silence total. Le silence où je l’ai emmené n’a rien à voir avec le silence de départ. C’est un silence qui correspond tout à coup à une chute libre dans la profondeur de soi-même et ou, tout à coup, on s’aperçoit qu’on est beaucoup plus loin que l’on l’imaginait.

Et pour la musique ?

C’est pareil.

roland brival,circonstances aggravantes,interview,mandorDans cet album, il y a des chansons qui parlent d’amour. C’est difficile d’être original quand on écrit une chanson de cette nature-là ?

Oui. Je crois même que ce sont les chansons les plus compliquées. Comment ne pas tomber dans le romantisme à deux balles ? Il faut constamment renouveler son regard sur la chose. À la limite, une bonne chanson d’amour devrait commencer par « je ne t’aime pas » pour en arriver à l’endroit où on a quelque chose à se dire.

Vous utilisez votre voix parfois même comme un crooner…

Sur un disque, les chansons accompagnent la vie quotidienne des gens. Il faut essayer de penser que, quelque part, ce que l’on dit doit pouvoir se murmurer, doit pouvoir séduire, même au premier degré, doit pouvoir être là dans un rapport affectif. Quand on est chanteur, on murmure à l’oreille des gens. J’aime bien quitter ma voix qui claironne pour, soudain, arriver à un message intime, parce que dans la vie, les moments se succèdent ainsi. Un album qui ne comporterait pas toutes ces altitudes, tous ces paysages émotionnels serait forcément incomplet.

Est-ce facile de travailler avec Roland Brival ?

Les nouveaux qui travaillent avec moi, quand je les repère, je sais qu’ils ont la capacité de cœur. S’ils n’ont pas la technique, ils ont l’attitude. C’est d’abord l’attitude qui m’intéresse. De l’attitude découleront tout le fonctionnement et le processus créatifs.

Votre monde personnel me paraît très secret. On ne sait rien sur vous.

Très peu de gens passent la porte de mon monde. Parce que j’ai besoin d’un espace personnel où je peux gérer tout ça. Mais il n’empêche que les portes sont là. Elles ne sont pas fermées, elles sont visibles.

Voulez-vous dire que vous n’avez pas beaucoup d’amis parce que vous ne laissez pas grand monde s’approcher de votre espace vital ?

Je suis obligé de le reconnaître. Je fonctionne sur un registre qui n’a rien à voir avec celui de la plupart des gens. C’est très particulier. J’ai des codes, des façons d’être et de réfléchir. Quand les gens pleurent, moi je ris. Je suis codé d’une façon qui n’a rien à voir l’éducation d’un individu normal. Je ne peux donc pas laisser entrer n’importe qui chez moi dans ce contexte-là. Quand quelqu’un rentre chez moi, je préfère prévenir qu’il arrive dans un autre univers. Si vous voulez venir, entrez libre. Je dis bien entrez avec EZ à la fin.  

Pour finir avec un énorme cliché… le dernier album est-il toujours le meilleur ?

Je vais vous répondre avec un énorme cliché, moi aussi alors. Le meilleur album, c’est toujours celui que l’on n’a pas fait (rires).

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Le 29 avril 2014, dans un bar parisien, à l'issue de l'interview.

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12 juin 2014

Fabien Martin : interview pour l'EP Littoral

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(Photo : Armande Chollat-Namy)

C’est bien simple, pour moi, Fabien Martin est l’un des chanteurs les plus importants de la scène française. Un type qui, mine de rien, dit beaucoup de choses importantes sur la société et sur les tourments intérieurs de chacun. Avec sa douce révolte, ses chansons polies disent des choses lucides et intenses. Fabien Martin est un artiste délicieusement subversif.

Je suis fan de Fabien Martin. C’est une expression que je n’emploie que très rarement. Avant, j’étais fan de Daniel Balavoine, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel et Alain Souchon, aujourd’hui je suis fan de Fabien Martin, Pierre Lapointe, Alexis HK et Babx.

Et Fabien Martin, après six ans de silence, sort un nouveau disque. Une merveilleuse mise en bouche. Un EP que tout amateur de bonne chanson française se doit de posséder.

Hier, à l’agence, il est passé m’en parler. Et ça m’a rendu heureux.

fabien martin,littoral,interview,mandorBiographie officielle (à peine raccourcie) :

Fabien Martin nous revient, après deux premiers disques, Ever Everest et Comme un seul homme, qui exploraient la chanson française sur des airs de poésie et de cinéma. Six ans qu’on n’avait pas entendu sa voix ni sa musique. Pendant ces quelques années, il a fait d’autres choses, il a gouté d’autres chemins. Il a voyagé, beaucoup, il a fait du cinéma, des rencontres, des enfants. Mais surtout, il a écrit des chansons.
Heureusement, parce que Fabien Martin écrit joli. Il possède sa propre grammaire, sa signature. Une écriture soignée, mais précise, ciselée, mais essentielle. Et heureusement, enfin, parce que Fabien Martin chante bien.

Littoral, l’EP qui vient de sortir, est une sélection, en instantané, de ses dernières productions.fabien martin,littoral,interview,mandor Six titres qui parlent de la vie qui passe, mais pas toujours comme on voudrait. Avec un humour un peu revêche, avec une distance un peu mélancolique, et une mélancolie généreuse, mais pas seulement. Derrière la pudeur se cache une joie fondamentale. Une force, un espoir. Si Fabien a enregistré un peu partout avec ses amis musiciens (dont Mathieu Boogaerts à la batterie), au gré de ses pérégrinations, entre vieux synthés dénichés sur le net, guitares folk et boîtes à rythmes triturées comme il faut, il a ensuite posé ses plates bandes une semaine au mythique studio Davout entre les mains d’Aymeric Letoquart, le mixeur de Murat.

Fabien Martin aime joindre les deux bouts de sa culture - la poésie de Jacques Prévert et les productions de Danger Mouse -, naviguer entre deux eaux, marier les inattendus. Et surtout varier les rythmes ; en effet, après la sortie de ce six titres et une série de concerts, Fabien proposera un prochain album inédit début 2015.

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(Photo : Armande Chollat-Namy)

fabien martin,littoral,interview,mandorInterview :

Avant-hier, tu as fait ton premier concert en appartement. Ça s’est bien passé ?

C’était un moment très particulier. Les gens avaient l’air ému et plutôt content. Moi aussi j’étais content, car c’était le premier concert avec cette équipe et ce n’était pas simple.  On a joué dans un endroit intime, mais avec un vrai son et pas mal de matériel. Nous avions batterie, claviers, plein de guitares, une séquence, une sono, un ingénieur du son… bref, nous étions dans les mêmes conditions électriques d’un concert. Ce qui est bizarre, c’est la promiscuité avec le public. Il était à 20 cm de nous. C’était plus flippant que je ne me l’imaginais. J’ai mis deux chansons à me détendre, mais j’espère que personne ne l’a remarqué. On a fait des chansons de l’EP, des anciens albums et même du prochain album. On va récidiver dans les mêmes conditions, tellement c’était bien.

Note de Mandor : Prochain concert appartement, le 2 juillet prochain dans un loft du 17e arrondissement de Paris à 20h. Tous les renseignements sur le site de l'artiste : http://www.fabienmartin.fr/ Mais, je vous le dis, il faut réserver obligatoirement, il donne l'adresse exacte + le code dès qu'il reçoit la résa. Tarif : 10€ ou pack place + EP à 15€.

Les nouvelles chansons ont-elles été bien accueillies ?

Je pense qu’il y avait pas mal de personnes du public qui avaient déjà l’EP. J’ai l’impression qu’ils ont saisi ce que j’ai voulu dire dans mes chansons.  Ils ont compris la légèreté et l’humour que je peux apporter à des choses qui peuvent me heurter, m’affecter ou m’énerver. J’aime bien quand les gens qui m’écoutent relèvent la deuxième couche que j’essaie d’intégrer dans mes chansons.

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Le 10 juin 2014, concert privé en appartement (photo : Annaïk Debono)

Dans ce nouvel EP, il y a six titres qui évoquent, notamment, la vie qui passe. Il y a toujours une distance mélancolique dans tes chansons et une certaine ironie. Te sens-tu désabusé dans ce monde ?

« Désabusé » n’est pas du tout un mot que j’aime. Je ne suis pas un vieux qui a tout vécu et qui n’attend plus rien de la vie. Hier, je parlais avec un copain. Il me disait qu’il était un optimiste malheureux. Moi, c’est l’inverse. Je suis un pessimiste heureux. J’ai beaucoup de joies dans ma vie. Ces dernières années, j’ai vécu beaucoup d’évènements forts. J’ai perdu des gens que j’aimais et j’ai vu des petits bouts naitre et arriver dans ma vie. Je suis passé par plein d’extrêmes comme ça. Cela m’a éveillé totalement. Je suis dans la pleine présence et conscience des choses que je traverse dans ma vie. J’essaie toujours d’avoir l’émerveillement dans les yeux et dans l’âme en regardant les choses autour de moi. Vraiment, je suis tout sauf désabusé.

Extrait de "La croisière s'emmerde".

Je me fais volontairement l’avocat du diable, mais dans «La croisière s’emmerde » etfabien martin,littoral,interview,mandor « J’aime pas », il y a de l’ironie, voire du cynisme, non ?

Je suis désolé de te contredire, mais il faudrait trouver le mot juste. L’époque est cynique et moi, j’essaie de ne pas l’être. Je tente juste d’être sincère et frontal. Je suis premier degré, mais avec des images. Cela dit, je ne vis pas tout ce que je raconte en permanence. Je peux être traversé par des moments que je n’aime pas et ça donne une chanson qui s’appelle « J’aime pas ». Parfois, j’ai la sensation que la vie me dépasse ou qu’elle me laisse un peu de côté, mais ça ne veut pas dire que je passe toute ma journée à ne pas aimer la vie.

Tu chantes l’ironie de l’histoire, de la société et de la vie.

Ce qui m’intéresse ce sont les choses dont on rêvait quand on était enfant, adolescent et finalement la réalité qui s’installe. Des choses belles ou moins belles qu’on n’attendait pas forcément. Dans mes chansons, il faut percer à jour la mélancolie des êtres et les choses qui nous échappent. Je chante le rapport aux autres. Dans la chanson de Trenet, « Y a de la joie », il n’y a justement pas que de la joie.

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Tu manies à la perfection l’humour noir. Là, j’espère que tu es d’accord.

Oui. Autant rire des choses dures et tragiques. C’est de famille, ça. Cela doit venir de mes origines slaves.

Dans « J’aime pas », tu dis : « non, je n’aime pas mon histoire, je ne sais plus où m’assoir ».

C’est le cas de plein de gens. C’est difficile de trouver sa place, dans la relation avec ses amis, ses parents, ses enfants, son amoureux ou son amoureuse.

Clip de "Le phare".

Tu parles de toi, pour mieux parler des autres ?

J’espère. Je n’ai pas une vie exceptionnelle, j’ai une vie comme tout le monde. En allant au plus profond de moi, j’espère toucher les gens de manière universelle. Je crois que les gens, quand ils sont tristes, les chansons tristes leur font du bien. Ils se disent : « Ça va, je ne suis pas tout seul. C’est cool. »

Justement, quand tu écris une chanson, penses-tu aux gens qui vont l’écouter ?

Ce serait l’idéal. Mais se demander si une chanson peut devenir universelle, se demander comment faire pour que sa chanson touche tout le monde, c’est le meilleur moyen pour qu’elle ne touche personne. Cela dit, je n’ai pas de tubes ou de chansons immortelles à mon actif, je me sens donc mal placé pour donner des conseils ou ériger des règles.

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Tu dis que tu fais de la « variété mal rasée ».

C’est une musique et des textes qui se veulent accessibles et populaires si possible, mais avec des déstructurations, des éléments inattendus  ou des choses qui ne tournent pas forcément rond. Je fais comme ça et je ne sais pas faire autrement. Mon centre d’intérêt reste la mélodie et ça depuis mon premier album. J’aime quand mes chansons restent dans la tête des gens.

Cela faisait six ans que tu n’avais pas sorti de disque. As-tu l’impression d’avoir évolué depuis ?

En fait, je n’ai jamais arrêté d’écrire et de composer. Juste, je ne faisais rien écouter. Je n’étais pas forcément content du résultat. Entre le deuxième album et l’EP qui vient de sortir, tu as loupé l’évolution progressive.

Dans les textes, par exemple, il me semble que tu es plus dans l’économie des mots.

Tu as raison. Je deviens moins bavard, je synthétise un peu plus les choses.

Clip de "Pas une mouche".

Es-tu un solitaire dans la création ?

Pour l’écriture oui, mais pour la musique, de moins en moins. Il y aura irrémédiablement un moment où je vais vouloir partager. Le moment n’est jamais immédiat. Il faut que cela murisse.

Comment vis-tu la période de ton retour ?

Je suis content, mais je ne suis pas particulièrement rassuré. Je crois beaucoup en ces titres-là que j’ai créés il y a un an et demi. Je trouve que tous les morceaux tiennent la route. Certains titres passent en radio et les critiques semblent, pour le moment, positives. Pour un indépendant comme moi, ça fait chaud au cœur.

Pourquoi sortir un EP au lieu d’un album ?

Avec un EP, on peut très bien raconter une histoire. C’est un vrai support aujourd’hui. Six titres c’est bien, pour des gens qui écoutent ça dans leur voiture ou chez eux. Se taper quarante-cinq minutes d’un même chanteur, je ne sais pas si c’est encore ce qu’on a envie de faire. En vingt minutes, comme un court métrage, on peut bâtir une histoire, un état du lieu de l’histoire. C’est fini l’album de douze titres tous les deux ans. Il faut arrêter avec ça.

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