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18 juin 2018

Eddy la Gooyatsh : interview pour le livre-disque Pull Over

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(Photo : Jean Elliot Senior)

L'artiste nancéen Eddy la Gooyatsh, chanteur à guitare et à texte, réalisateur pour d’autres artistes comme Chet et Camille (entre autres) et créateur de spectacles jeunes publics (M le Méchant, Rio Clap Clap Clap...), vient de sortir un livre-disque comportant 13 titres inédits, Pull Over (LamaO Editions).

Vous pouvez l'écouter ici.

Tendre iconoclaste rêveur, Eddy la Gooyatsh, nous propose des textes animés par une verve habile et délicate. De la pop qui redore le paysage musical français dont la langue française est bien souvent mise de côté au profit de l’anglais plus mélodique.

Le 4 juin dernier, de passage à Paris pour jouer en première partie du groupe Ange au Café de la Danse, je l’ai mandorisé dans un bar à proximité de la salle.

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorArgumentaire officiel (par Olivier Bas), légèrement raccourci :

Quand on cherche un pull-over, on aimerait qu’il soit beau, doux, élégant, chic, rock, original, saillant. Il devrait être de qualité irréprochable et passer au lavage sans rétrécir ni pelucher. On souhaite pouvoir le porter en toute circonstance, qu’il nous tienne chaud les soirs d’hiver et qu’il soit léger les nuits d’été. Qu’il devienne notre pull-over préféré.

Le Pull Over d’Eddy La Gooyatsh est tout ça à la fois ! Doux, élégant, brillant, chaud, original et rock !

Un livre dans lequel on se plonge comme un enfant en s’émerveillant des illustrations et un Album qu’on passe et repasse en boucle, maille après maille, sans s’effilocher.

Eddy La Gooyatsh nous offre avec son 4ème album le pull-over idéal ! 

Ni miaulant, ni rugissant, Eddy la Gooyatsh est le carrefour de ses influences. Des Beatles à Chet Baker en passant par la musique surf, cubaine, hawaiienne, le post-rock ou la noise, cette voix qu’il pensait être un brin n’est pas à mettre au filet, bien au contraire.

Auteur-compositeur-interprète, avec déjà deux livre-disque à son actif pour les enfants, il se dévoile en chanson pour le plaisir des plus grands (mais pas que).

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eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorInterview :

La question originale. Pourquoi ce livre-disque ?

J’en avais déjà fait deux pour les enfants, M le Méchant et Rio clap clap clap, chez LamaO Editions et j’ai bien aimé l’expérience. De plus,  je ne voulais plus faire de disques pour « adultes ». Mon précédent album, Beaurivage, avait été si compliqué à sortir que je n’avais pas le courage de recommencer une telle bataille. Sortir des disques dans des conditions difficiles, je trouve ça un peu vain. C’est donc mon éditrice, Fany Souville, qui m’a suggéré de faire un livre-disque. Au moment où elle m’en a parlé, je n’étais pas sûr d’avoir des choses à dire. Plus tard, nous en avons rediscuté et, à ce moment-là, j’étais en train de perdre quelqu’un de proche. J’avais de nouveau des choses à dire.

Pourquoi as-tu enregistré Pull Over très vite.

Je connaissais les thématiques que je souhaitais aborder, mais je ne voulais pas trop réfléchir à ce que j’allais écrire. Du coup, par soucis d’authenticité, d’honnêteté, de spontanéité et de justesse, j’ai écrit assez vite et on a enregistré dans la foulée dans des conditions live dans une vieille boite de nuit désaffectée.

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L’ambiance du décor est importante pour toi quand tu enregistres ?

Oui. J’ai fait exprès de choisir ce lieu. J’ai un studio chez moi, je pouvais donc très bien rester à la maison. J’ai déplacé mon studio là-bas pour que l’on puisse jouer tous ensemble. J’ai bien fait parce qu’il s’est passé quelque chose entre tous les musiciens.

Il y a dans Pull Over des images, des illustrations, des  collages, des photos…  

J’ai demandé à des artistes que j’aime bien de travailler autour de mes nouvelles chansons. Ensuite, je leur ai proposé de m’envoyer une image pour illustrer celle qu’ils préféraient. J’ai tout gardé, je n’ai rien eu à rediscuter avec quiconque. Pour moi, tout était parfait. J’ai laissé toute liberté à chacun, car j’avais l’impression d’avoir suffisamment donné de moi-même dans chaque chanson.

Dans les studios de France Bleu Lorraine, Eddy La Gooyatsh interprète une version acoustique de " Trompe la mort ", un titre issu de Pull over.

Tu as fait la couverture et quelques dessins à l’intérieur.

(Rires) Je n’ai pas été très courageux. J’en ai fait moins que ce que j’envisageais au départ.

Quand tu étais plus jeune, tu voulais être illustrateur.

Oui, jusqu’à l’âge de 20 ans. A la base, je voulais faire de la bande dessinée. J’ai suivi des études dans un collège spécialisé en art plastique. Finalement, ça ne s’est pas passé comme ça, je suis devenu musicien. Je suis très content de l’être. Cela dit, depuis l’adolescence je faisais aussi de la musique. J’avais des groupes, j’écrivais des chansons. Mais vraiment, je n’avais pas envisagé que musicien devienne mon métier principal.

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Eddy la Gooyatsh au Café de la Danse, une heure après l'interview.

(Photo : Mandor avec son iPhone)

Dans ce livre-disque,  je pensais qu’il y aurait un fil conducteur. En fait, non. Il y a plein de petites histoires indépendantes.

L’album tourne autour du souvenir et de ce que l’on en fait. Plus précisément, que fait-on de la disparition de quelqu’un ? Est-ce que quand les gens ne sont plus là, il n’y a que les bons souvenirs qui restent ? Est-ce qu’au bout d’un moment, cela devient des souvenirs douloureux ? J’ai voulu montrer qu’il faut garder les bons souvenirs comme quelque chose de réconfortant, comme un vêtement qui tient chaud. D’où le nom de l’album, Pull Over.

Il y a évidemment une gravité sous-jacente, mais ce n’est pas un album « grave ».

Je n’ai pas fait des ritournelles pour rigoler, c’est sûr, mais je n’étais pas dans l’état d’esprit de me perdre dans un état de tristesse stérile. Bien sûr, c’est triste de perdre des gens, mais ce que l’on garde, je le répète, il faut que cela soit réconfortant.

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Pendant l'interview... (photo : Fany Souville).

eddy la gooyatsh,pull over,livre-disque,lamao éditions,interview,mandorEcrire, ça aide à supporter les choses ?

Ce livre-disque est ce que j’ai fait de plus personnel depuis le début de ma « carrière ». Ça m’a obligé à réfléchir, à me poser des questions. Concernant l’écriture, je ne pars jamais forcément avec un projet hyper structuré. Je pars toujours en écriture comme je pars me balader, sans trop savoir où je vais. Il m’arrive de découvrir des choses de moi-même par le biais de mes textes.

Tu aimes prendre des risques dans la musique ? Chacun de tes albums est différent.

Disons que j’aime me renouveler. Je ne veux pas refaire éternellement ce que je sais faire et qui fonctionnent. C’est ennuyeux. Je me suis toujours dis que j’allais faire chaque disque comme j’en ai envie, en  ne me souciant pas des conseils des uns et des autres.

Tu es venu à la chanson par le biais de la littérature.

Oui, et pas du tout par celui de la chanson française. Ma culture musicale, c’est la pop, la musique instrumentale de toutes sortes comme le jazz ou la world music… J’ai découvert la chanson française en travaillant avec des chanteurs français. C’est ainsi que je me suis forgé ma culture dans ce domaine. J’ai découvert Brel, Brassens, Ferré, Gainsbourg hyper tard. Pour te dire la vérité, l’influence que j'aurais pu avoir de la chanson francophone, elle aurait pu venir plus de Goldman ou de France Gall, mais il me semble que ça ne s'entend pas dans ma création . Ma mère écoutait ce genre de 45 tours, mais au final, ça ne m'a pas beaucoup influencé.

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(Le 4 juin 2018, à l'issue de l'interview)

(Photo : Fany Souville).

15 juin 2018

Nicom : j'ai écrit la biographie de son premier EP, La route

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nicom,la route,interview,mandorAujourd’hui, je vais vous présenter un nouvel artiste « en devenir », Nicom. Je l’ai d’abord connu comme musicien d’un groupe ayant participé au Pic d’Or 2017. Je me souviens m’être dit qu’il avait beaucoup de charisme. Et un jour, je tombe sur une vidéo de lui en tant que chanteur. Je ne suis pas parvenu immédiatement à le resituer… puis le flash. Je l’ai vu à Tarbes. Les lois des hasards et coïncidences ont fait que sa maison de disque Sony (label Jive/Epic) a fait appel à moi pour écrire l’argumentaire de presse de son premier EP, La route. Nous nous sommes donc vus dans les locaux de chez Sony récemment. Nous avons beaucoup parlé. Voici le fruit de notre entretien. Il est devenu la biographie « officielle » de Nicom :

"Remontons dans le temps, mais ne nous y attardons pas trop tant Nicom représente plutôt le présent… et nicom,la route,interview,mandormême le futur de la pop française. Des débuts normaux : 14 ans, groupe de rock qui joue fort, très fort même, au lycée, puis quelques années plus tard, abandon d’une carrière qui ne collait pas à ce qu’il était intrinsèquement : informaticien dans le secteur recherche et développement d’un grand groupe spécialisé dans l’optique, il y a plus sexy. Il quitte Evreux pour Paris. Quitter sa province pour la capitale, un grand classique. S’ennuyant dans son petit studio, il a commencé à chanter ses chansons. Son but était juste de trouver quelqu’un pour les interpréter. En anglais. Paradoxalement, le jeune homme ressent au fond de lui que la langue de Shakespeare n’est pas ce qui lui allait le mieux. Il persiste tout de même dans ce sens. Par contre, là où l’évidence s’impose, c’est dans les mélodies et les refrains que l’on retient. Ça, Nicom sait faire. Il excelle en la matière. Redoutable même. Arrive l’expérience MyMajorCompany. Il obtient 100 000 euros pour enregistrer son premier album, rien que ça (exceptionnel répondit l’écho !) « J’avais du mal à comprendre comment des gens que je ne connaissais pas sortaient leur carte bleue pour miser sur moi ». En découle un album très organique enregistré par Steve Forward (McCartney, Ray Charles, Stevie Wonder et quelques autres débutants), avec aucun instrument électronique. 

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nicom,la route,interview,mandorPrendre un nouveau virage s’impose. Nicom veut aller plus loin. Enregistrer un nouveau disque qui lui correspond vraiment, qui colle à ce qu’il est et à ce qu’il aime écouter. Ce jeune homme solaire et charismatique, complètement dans l’air du temps, cherche une nouvelle maison de disque et la personne idéale qui l’aideront à aller au bout de ses envies musicales.  Hop ! Direction la Suède. Le pointilleux et exigeant réalisateur Frederik Sonefors (qui cartonne dans toute l’Europe avec « Schould’ve Gone Home » interprété par Mans Zelmerlöw et qui empile les disques d’or dans son studio) accepte de travailler avec Nicom dont il loue la voix aérienne et limpide et le sens de la mélodie. Ils enregistrent « La route », le premier single de l’EP. « Je suis scotché par sa façon de produire le morceau. C’est une manière de travailler étrange, très scientifique. Les suédois ont la science du single. Frederik n’a jamais conçu 4 titres pour un seul artiste. Il ne fait habituellement que des singles ». Le titre est d’une efficacité immédiate. Pour Nicom, l’idée de base est d’adapter le format international à la chanson française.

Clip officiel de "La route".

"La route", version acoustique avec Hoshi.

Il souhaite bénéficier d’une production exceptionnelle et obtenir un son rarement entendu en France dans lanicom,la route,interview,mandor pop. Pari gagné !  Les musiques sont enregistrées à distance : « Je suis retourné en suède uniquement pour enregistrer les voix. Frederick ne comprend pas un mot de français, mais il se concentre sur ce qu’il ressent. C’était intéressant de travailler ainsi.»  Pour les textes, Nicom insiste beaucoup sur les sonorités, plus exactement sur les mots qui sonnent, la difficulté étant d’allier le son et le sens. 

L’amour et le temps qui passe sont ses sujets de prédilections. Dans ses chansons il n’évoque que ce qu’il vit, mais en l’universalisant. « J’ai une pudeur qui m’empêche de déballer toute ma vie de but en blanc avec des phrases très explicites. J’aime bien quand les gens s’approprient mes chansons et les interprètent comme ils le souhaitent. Il faut laisser la place à la pensée des autres. » Les 4 titres de cet EP ont un socle commun : l’histoire d’une banale rupture, mais qui touche, décliné en 4 angles.

Session acoustique de "On se retrouvera", avec Tibz. 

nicom,la route,interview,mandorSelon Nicom, on n’a pas besoin de route, il faut juste regarder devant et avancer. (« La route ») « Je veux simplement dire que l’on n’a pas besoin de calquer nos vies sur celles des autres, de suivre le même chemin tout tracé que tout le monde. » Parfois, la vie qui n’est plus possible avec l’autre n’est pas forcément la souffrance, cela peut-être aussi un nouveau départ (« Je respire encore ») « La vie de musicien n’est pas idéale quand on est en couple. Un jour, j’ai décidé de tout plaquer et de recommencer à zéro, sans rien emporter du passé. Parfois il faut savoir prendre les décisions qui s’imposent pour cheminer vers une meilleure direction. »  Après tout, peu importe ce que l’on a fait dans la vie, peu importe où l’on va, si on doit trouver quelqu’un, on le trouvera (« On se retrouvera ») et peu importe qui elle sera et ce qu’elle fera, il sera possible de construire un nouveau monde à deux… Attention ! Scoop ! Oui, l’amour peu renaitre (« Viens »).  A l’écoute de cet EP, on est séduit par cette tenue pop, intense, rythmée, ces textes précis aux mots évocateurs. Nicom est ce genre d’artiste qui peut devenir très vite populaire. Le genre d’artiste que les gens aimeront entendre à la radio, siffloter sous la douche et reprendre en chœur, quand les lumières s’éteindront et que la musique s’allumera. C’est aujourd’hui, c’est notre époque, c’est jubilatoire. Nicom peut devenir une valeur sûre.  Vivement !"

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Nicom et moi dans les locaux de Sony.

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13 juin 2018

Lucas Rocher et Gérald Dahan : interview pour les concerts au Nez Rouge.

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gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandorPendant encore 3 jours, et ce depuis hier (du 12 au 15 juin 2018, donc), Lucas Rocher et son gang se produiront sur le bateau théâtre amarré face au 13 quai de l’Oise à Paris 19e, Le Nez Rouge, dirigé par l’humoriste et imitateur Gérald Dahan. Ce dernier est aussi le metteur-en-scène-producteur-manager-impresario du Lucas’ Gang.

Je connais Lucas Rocher de réputation (bonne) depuis plusieurs années sans m’y être réellement intéressé. Et puis, un soir, je suis allé voir son show et il m’a bluffé. Drôle, tendre, un peu provocateur et particulièrement charismatique. Tout ça dans un seul homme, c’est rare. Du coup, le 7 juin dernier, j’ai organisé une rencontre avec lui à proximité du Nez Rouge et j’ai demandé à ce que Gérald Dahan nous rejoigne à un moment. Il m’intéressait de savoir pourquoi il misait beaucoup sur ce « poulain-là ».

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(Photo : Steffie Mer)

Présentation officielle du spectacle :gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandor

Lucas’ Gang c’est un peu comme si Tryo avait ses textes écrits par Gaspard Proust et mis en scène par Alexandre Astier.

Ce groupe est du signe « chanson humoristique » ascendant satirique. Entre les Wriggles et South Park

Un spectacle ingénieux pétillant, où les chansons rient de tout, écorchent les hypocrites, scalpent les beaux-parleurs, transcendent les fous furieux,  les héros malgré eux, et d’ambitieux déchus.

Le tout servi par une formation trans-genres où voix, guitares, violon, et harmonicas s’épousent dans une folie novatrice, et tout en finesse.

Mise en scène : Gérald Dahan

Lucas Rocher : chant, guitare Axel Dachet : violon, chœurs Damien Tartamella : harmonica, chœurs

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Gérald Dahan et Lucas Rocher, ensemble sur scène.

gérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandorInterview de Lucas Rocher:

Tu es passé de Lucas Rocher à Lucas et associés et aujourd’hui à Lucas’ Gang. Pourquoi ces changements d’identités ?

J’ai commencé seul en guitare-voix, j’ai ensuite été rejoint par Axel et Damien de manière très ponctuelle. Quand ils sont rentrés officiellement dans le projet, on a ajouté « et associés ». Gérald voulait unifier l’histoire en insistant sur le côté « équipe », tout en restant le leader, car j’écris les textes et la musique, c’est donc devenu Lucas’ Gang… mais je tiens à dire qu’Axel et Damien sont très investis dans l’histoire.

C’est quoi ton parcours ?

J’ai une mère orthophoniste et un père qui s’appelle Thierry Rocher. Il fait depuis des années  la revue de presse de Paris Première. Quand j’étais jeune, j’ai passé beaucoup de temps à voir des auditions d’humoristes, ça m’en a un peu dégouté. Je me suis dit que c’est un métier que je ne ferai jamais. Depuis que je suis dans le spectacle, je n’ai aucune paillette dans les yeux, j’ai trop vu de « galériens » désillusionnés. A l’âge de 16 ans, il m’a fait jouer dans un spectacle avec lui, Patrick Font et Nicolas Bacchus. Grace à ce dernier, j’ai compris que c’était la musique qui m’intéressait. Je suis devenu son musicien pendant 7 ans et c’est lui qui a produit mon premier album.

Et Patrick Font ?

Malgré les sales histoires, il reste pour moi un génie absolu. Il m’a fait jouer dans certaines de ses pièces et j’ai aussi été son guitariste. J’ai beaucoup joué avec Bacchus et Font, cela m’a permis de quitter la banlieue pour m’installer à Paris.

Teaser pour les concerts 2018.

Tu réfutes le fait d’être aussi un humoriste, mais tu ne peux pas nier l’évidence, tu as ça en toi.gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandor

J’ai un peu de cet ADN-là, j’avoue. J’aime bien l’idée de faire rire entre les chansons et de pouvoir improviser. Mais, ce savoir n’est pas essentiel. Certains groupes que j’adore n’ont pas besoin de ça, comme les frères Volo. J’ai quand même dû casser ce que j’avais appris en café-théâtre pour ne pas devenir trop chansonnier. Je préfère que l’on me considère comme un chanteur satirique. 

Tu chantes et évoques la société moderne. Ton spectacle est complètement dans l’air du temps.

Oui, tout en ne voulant pas être moraliste. On a fait une chanson sur l’homophobie. Le type de ma chanson dit « je ne peux pas être homo depuis que je fais du rap ». Le mec, à la force d’aimer les mecs musclés, il a peut-être un rapport bizarre avec ça, c’est ce que je sous-entends. Il y a aussi une chanson dans laquelle je parle de Facebook. Je me moque un peu, mais j’adore Facebook. On peut ironiser sur un sujet et beaucoup l’aimer.

Reportage sur Lucas' Gang sur BFM Paris.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorTu as des goûts musicaux très variés, je crois.

Je peux écouter du jazz hyper pointu comme du Maître Gims. J’ai mis 1000 ans pour comprendre que je n’ai pas besoin de détester quiconque pour savoir qui je suis. Je réfute les cultures autorisées par les ambassadeurs de l’ouverture d’esprit. On a le droit d’aimer Beyonce, Lady Gaga, ça passe, mais par contre M Pokora, on n’a pas le droit. Je ne supporte pas les Ayatollahs du bon gout. Le fait qu’il n’y ait pas de place pour la nuance me rend profondément malheureux.

Tu es passionné par l’écriture de scénario.

Je suis un scénariste raté. J’en ai plein les tiroirs. J’ai lu beaucoup de livres sur la question. La structure, les personnages, la ligne thématique, la trame…

Le format chanson, pour raconter des histoires, c’est compliqué ?

Extrêmement. Je reviens à Volo. Ils m’impressionnent parce qu’il y a une limpidité extraordinaire dans leur format court. Moi, je trouve que c’est plus simple d’avoir 100 pages pour écrire une histoire que d’en avoir une seule.

Il y a une web série qui arrive cet été.gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandor

J’y raconte notre vie professionnelle. En l’occurrence, les deux musiciens sont en train de quitter le groupe parce qu’ils se rendent bien compte qu’on ne fera pas Bercy avec nos chansons. Au moment où ils vont m’annoncer leur départ, je leur dis qu’on a trouvé un producteur qui va nous apporter la gloire. C’est Gérald Dahan qui joue son propre rôle. En fait, c’est un plan que j’ai monté pour garder mes potes. A partir de cela, ils vont partir en vrille. On a plein de guest comme Vincent McDoom et l’humoriste YouTuber Max Bird. Oldelaf, Bruno Solo, devraient être aussi de la partie. Comme j’ai écrit une chanson pour le prochain album de Clara Morgane, on est en pour-parler pour qu’elle nous rejoigne dans l’aventure.

Combien d’épisodes avez-vous tourné ?

Il y a déjà 6 épisodes tournées et montées. Là, on vient de faire la bande son. C’est un gros boulot.

Tu as un double qui est chanteur et qui s’appelle Francis. Peux-tu me le présenter ?

Je travaille énormément la nuit. J’ai une centaine de maquettes de morceaux dont je n’ai rien fait. Il va donc devenir un personnage de la web-série. Je vais vivre une sorte de schizophrénie où la nuit, je deviens Francis.

Tu es un vrai boulimique de travail.

Je suis toujours en train de créer. De plus, je suis prof de guitare dans une école de musique du 11e. J’ai une quinzaine d’élèves qui ont entre 8 et 18 ans. J’aime beaucoup ça, car cela me permet de me cadrer.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorC’est qui ton idole absolu ?

Trey Parker, le cocréateur, réalisateur et principal scénariste de South Park. Ce mec est un génie absolu. Il est aussi le metteur en scène, co-scénariste, co-compositeur et co-parolier de la comédie musicale The Book of Mormon. Il a influencé ma vie, et même, ma philosophie de vie.

Tu es très amateur de comédies musicales.

Je suis extrêmement branché comédies musicales, celles de Broadway notamment. Une trame de comédie musicale est extrêmement difficile à écrire. J’en ai écrit une, mais je ne suis pas satisfait, c’est vraiment très difficile. Gérald me pousse à persister. Je suis un peu sous pression en ce moment.

Ton prochain disque, tu l’as enregistré avec les musiciens de Johnny.

On a déjà enregistré 8 chansons, mais on a décidé de n’en garder que 5 pour lancer un EP. J’avais l’impression d’être en stage. J’étais avec des arrangeurs de folie qui me laissaient prendre des décisions. C’était très agréable d’être écouté et dirigé par rapport à mes souhaits. Grace à Gérald Dahan, on a eu des grosses pointures comme le batteur de Revolver ou le trompettiste de Maceo Parker.

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De gauche à droite, Philippe Almosnino, Jean-Max Méry, Gérald Dahan, Lucas Rocher, Axel Dachet et Damien Tartamella, lors du premier jour de l'enregistrement du disque.

gérald dahan,lucas rocher,lucas'gang,nez rouge,interview,mandorGérald Dahan a tout financé ? 

Oui. Il a financé le spectacle, la web-série et le disque. En tout,  il a investi pour 70 000 euros. Nous sommes très excités par toutes les perspectives de clips, de tournages… on va aussi faire la première partie des Wriggles deux soirs de suite au Café de la Danse au mois de décembre prochain. C’est pile la cible.

Tu commences à y croire ?

Oui, mais après, je ne me fais jamais d’illusion sur rien. Je reste détaché pour ne pas être déçu. 

Comment se passe la relation avec lui ?

Ça n’a pas toujours été facile. Il sait ce qu’il veut et parfois, ça m’a heurté  parce que je n’étais pas d’accord avec ses propositions. Il a fallu que l’on s’apprivoise. On a un bon rapport parce que l’on se respecte. On arrive à se dire les choses.

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Pendant l'interview...

Igérald dahan, lucas rocher, lucas'gang, nez rouge, interview, mandornterview de Gérald Dahan :

Tu as découvert Lucas de quelle manière ?

C’est vraiment un hasard. Lors d’un plateau d’artistes que j’avais monté, l’un d’eux nous a fait faux bond. Alors que le spectacle était déjà commencé, l’humoriste Olivier Perrin m’a proposé d’appeler Lucas et ses musiciens. Je ne les avais jamais auditionnés, donc c’était un risque pour moi. J’ai fait confiance à Olivier. Ils ont déboulé avec leur guitare, leur violon et leur harmonica. Ils ont fait un carton. J’ai trouvé ça très bien. Je leur ai proposé de revenir le lendemain, ils ont accepté. Ils ont refait un carton.

Tu as fini par leur demander de voir leur spectacle entier en audition.

Là, j’ai vu un spectacle étonnant. Ce ne sont pas que des musiciens, mais ce sont aussi des humoristes. Je n’ai pas pu m’empêcher de leur dire que j’avais plein de conseils à leur donner. De fil en aiguille, je suis devenu leur metteur en scène. On a pris le bateau pour partir ailleurs, on a vécu enfermé ensemble du soir au matin et j’ai remis en scène ce spectacle. Entre temps, je suis devenu leur producteur. Tout s’est fait sur le bateau. C’était des moments magiques.

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Gérald Dahan et Lucas Rocher... une bonne entente.

Pourquoi as-tu décidé de devenir producteur du Lucas’ Gang et d’investir beaucoup d’argent ?

Je me suis dit que ce type-là, il ne fallait pas que je le lâche. Je suis persuadé de son talent et je suis persuadé que Lucas va devenir une star. Je le ressens comme ça. C’est un artiste qui a aussi l’étoffe d’une star. Il a un charisme rare. Il dégage quelque chose que l’on ressent assez rarement.

Je le répète, tu as investi beaucoup sur lui.

L’argent investi n’est pas important par rapport au fait de redonner de la confiance à quelqu’un qui doute. Etre artiste, c’est surtout douter de tout et en priorité de soi. Un bon producteur, c’est quelqu’un qui doit rassurer l’artiste et qui doit le convaincre qu’il a bien l’étoffe de star qu’il pense avoir. Ce n’est pas parce qu’il y en a plein d’autres que lui ne va pas sortir du lot.

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Lucas Rocher et Gérald Dahan.

Etre producteur, c’est aussi beaucoup de temps passé avec l’artiste en question, ne rien lui laisser passer…

Comme je suis aussi artiste, je décortique les moindres détails de son spectacle. J’ai un regard extérieur.

Lucas m’a expliqué il n’a pas toujours tout bien pris.

Bien sûr. C’est hyper dur d’être objectif sur son travail et d’être mis en scène par quelqu’un d’autre. Lorsque cela arrive et que ça donne du résultat, c’est que l’on fait une totale confiance à l’autre. C’est un peu comme dans une relation de couple. La confiance, c’est une histoire à long terme. Tout n’est pas acquis et je ne dis pas que je ne me suis jamais trompé.

Rappelons que Gérald Dahan est aussi et avant tout un formidable humoriste/imitateur/maître des canulars.

Lucas n’est-il pas un jeune chien fou qui fait trop de choses ?

Je ne trouve pas. Il faut faire ce à quoi on aspire. Dans une vie, on ne fait pas tout le temps la même chose. Chaque chose est enrichissante. Il y a une synergie dans tout ce que l’on entreprend.

C’est jubilatoire de découvrir des artistes comme Lucas ?

Quand on est producteur artiste, ce qui est satisfaisant, c’est de pouvoir dire :  « tant mieux si je transmets des choses. » J’ai pas mal d’années d’expériences, il y a donc des écueils que j’ai envie de faire éviter. J’aime l’idée de transmettre une expérience.

Je sais que souvent, dans ton bateau théâtre, c’est toi qui fais la lumière des artistes qui se produisent. C’est si symbolique.

Tous les moyens sont bons pour mettre en lumière des artistes talentueux…

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Pendant l'interview (bis), le 7 juin 2018.

11 juin 2018

Pic d'Or 2018 : explications, bilan et photos!

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IMG_3153.JPG« Ces dernières années ce tremplin né à Tarbes il y a plus de trente ans, s’est fait un nom dans le paysage de la musique indépendante en général et de la chanson française en particulier. Le Pic d’Or fait découvrir aux professionnels et au public, des artistes s’exprimant en français sans distinction de genre (acoustique, électro, urbain ou amplifié). Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des principaux tremplins francophones. Des professionnels venus d’horizons divers : presse nationale, programmateurs de festivals, de salles et de radios, s’y retrouvent en quête de nouveaux talents », explique le dossier de presse.

Depuis 2011, une nouvelle équipe a pris la direction du Pic d’Or, présidée par Corinne Labat. Pour l’édition 2018, près de 300 dossiers ont été reçus (100 de plus que l'année dernière) et 23 ont été retenus. Une fois de plus, la sélection révèlent des artistes éclectiques, originaux et modernes (que vous pouvez découvrir ici).

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Cette année le cru était exceptionnel (comment ça j'ai déjà dit ça l'année précédente?):

Alysce (mandorisée), Arash Sarkechik, Baptiste Braman, Benjamin Conte (mandorisé), Centaure, Claire Faravarjoo, Coloris, Esparto, Gervaise, (mandorisée), Lombre, Massy Inc, Nirman, (mandorisé), Thelma, Thibault Eskalt, Julien Estival, Lembe Lokk (mandorisée), Livia (mandorisée), Ravages, Romain Provence, Siau (mandorisé dans une autre vie musicale), Woondor,(mandorisée aussi dans une autre vie musicale, mais comme cette artiste fort talentueuse n'a pas dévoilé sa vraie identité, je respecte cet anonymat,...donc, pas de lien), Zoé Simpson (mandorisée) et The Rodeo (chanteuse qui s'est désistée au dernier moment). 

Voici les lauréats de cette année:

Pic d'Or : Lombre

Pic d'argent : SiAu

Prix du texte : Nirman

Prix de la Musique : Zoé Simpson

Prix d'interprétation et Magazine FrancoFans : Centaure

Prix du public et du Cartel Bigourdan : Gervaise

Prix de la créativité décerné par l'Académie Charles Cros : Lembe Lokk

Je suis membre du jury depuis 7 ans et chaque année, j'écris ma note sur le Pic d'Or (voir làlà, et .) Je vois passer sous mes yeux de formidables artistes, dont beaucoup pourraient devenir ceux qui compteront dans les années à venir tel Radio Elvis, Pic d’Or 2014 et vainqueurs aux Victoires de la Musique 2017 dans la catégorie "Album Révélation" et Caruso, Pic d’argent 2016 qui vient de signer chez Barclay et qui écrit des chansons pour de nombreux artistes comme Louane (dont il fait actuellement la première partie de la tournée des Zenith). Quant à Dani Terreur, Pic d’Argent 2017, il a rejoint le label AT(h)ome en mars 2018 et prépare la sortie son 1er album.

Mais bien d’autres artistes passés par le Pic d’Or ont largement le niveau pour en faire autant. Après, on  peut contester les choix des jurés, un tremplin ne sera jamais totalement juste et sera toujours sujet à controverse. Mais personne ne pourra contester l’intégrité de tous, de l’organisation au jury. Un seul but : choisir avec le cœur et en notre âme et conscience. 

Quelques jours avant le Pic d'Or  (en l'occurrence le 15 mai dernier), il y a la traditionnelle conférence de presse au Théâtre des Nouveautés en présence de l'équipe organisatrice et Gérard Trémège, maire de la ville, qui a salué un "événement qui grandit et qui participe à la notoriété nationale de Tarbes"

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De gauche à droite, Céline Boisseau-Deschouart, adjointe Culture et Musées, Marie Cruzel, Gérard Trémège, maire de Tarbes,  Corinne Labat, présidente du Pic d'or,  Corinne Daunez et Eric Kieser.

Cette année, l'évènement, c'est aussi le parrainage d'un grand monsieur de la chanson française, la bête de scène, Cali

Vendredi 25 mai 2018:

Une partie de l'équipe de Tarbes en scène, (de gauche à droite, Olivier, Jean-Marc, Laurent et Cyrille) qui fait chaque année un travail de dingue pour que la technique soit la plus irréprochable. Chapeau à eux!

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(Photo : Nöt)

Toute la journée du vendredi, les membres du jury assistent aux auditions des candidats sélectionnés. A l’issue des auditions, il y a une première sélection pour la demi-finale du soir et ensuite pour la finale du lendemain soir.

A propos, petite présentation du jury 2018:

Le président Arnold Turboust (compositeur, auteur), Annie et Alain Navarro (Festival Pause Guitare), Dominique Janin (Fédération des festivals de chanson francophone), Patrice Demailly (Libération, RFI Musique), Caroline Guaine (Mégaphone Tour), Thierry Dupin (France Inter), Thierry Lecamp (Agent artistique), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), Jean-Marc Vaudagne (Académie Charles Cros), Olivier Bas (Studio des Variétés), Isabelle Young (France Bleu Béarn) et bibi (Les chroniques de Mandor).

Les jurés... toujours en pleine réflexion dans le foyer Yvette Horner. Au fil des années, nous avons créé des amitiés très fortes et nous avons tous beaucoup de respect les uns envers les autres. Ce qui n'empêche pas quelques séances houleuses (bien vite oubliées), parce que nous sommes tous des passionnés... et les passionnés s'emportent pour ce qui leur importe. 

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Retour sur la scène du Théâtre des Nouveautés pour annoncer les demi-finalistes retenus pour les auditions du soir.

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(Photo : Nöt)

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(Photo: Nöt)

Petite photo souvenir du jury 2018 pour La Nouvelle République des Pyrénées. De gauche à droite : Isabelle Young, Annie Navarro, Jean-Marc Vaudagne, Caroline Guaine, Patrice Demailly, Stéphanie Berrebi, Arnold Turboust, Dominique Janin, Olivier Bas et Thierry Lecamp.

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Voici en photos les demi-finalistes :

Coloris:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Massy Inc: 

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Thelma :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Arash Sarkechik:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

 Siau :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Thibault Eskalt:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Zoé Simpson :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Livia :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Pendant ce temps-là, alors que les demi-finalistes continuent à se produire, ceux-qui sont déjà passés méditent dans les loges. Comme  par exemple Zoé Simpson...

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(Photo : Nöt)

...ainsi que SiAu et Arash Sarkechik.

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(Photo : Nöt)

Ici, SiAu et le turbulent Axel Legrout, chanteur des For The Hackers (Pic d'or 2017).

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(Photo : Nöt)

Les deux Thelma...

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A la sortie des loges, la présidente du Pic d'Or, Corinne Labat, et deux membres très actifs (et éminents) de l'association qui organise le tremplin, Eric Kieser et Marie Cruzel.

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(Photo : Nöt)

A la billetterie, deux bénévoles du Pic d'Or, les souriantes et efficaces Jackie Duflots et Marie-Christine Huin.

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En attendant son tour, Romain Provence (une voix tout à fait étonnante et un charisme qui n'a pas laissé grand monde insensible) pose pour le photographe officiel du Pic d'Or, Nöt (dont vous pouvez admirer le travail ici)

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Continuons avec les artistes en pleine audition...

Nirman:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Alysce:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Romain Provence :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Lembe Lokk:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Gervaise :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Claire Faravarjoo:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Lombre:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Centaure:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Les membres du jury sont allés délibérer une nouvelle fois, celle fois-ci pour décider qui ira en finale le lendemain. (Pas de photos).

Pendant ce temps-là, Centaure a considéré qu'après l'effort s'imposait le réconfort... avec deux For The Hackers (Pic d'or 2017).

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(Photo : Nöt)

En attendant les résultats, Dani Terreur (Pic d'argent 2017) s'est produit pour faire patienter le public et présenter des nouveaux morceaux. Superbe prestation!

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Après délibérations, les 9 finalistes retenus sont : Coloris, SiAu, Zoé Simpson, Dimitri Nirman, Romain Provence, Lembe Lokk, Gervaise, Lombre et Centaure. Bravo aux autres candidats qui n'ont pas démérité. A l'issue de la soirée, petites discussions entre artistes et membres du jury. Ici, Lembe Lokk avec Arnold Turboust.

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(Photo : Nöt)

Alysce avec Alain Navarro (je crois).

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(Photo : Nöt)

Benjamin Conte et moi.

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(Photo : Nöt)

Claire Faravarjoo et David Garnier (des For The Hackers).

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Lombre "cerné" par Thierry Dupin et Patrice Demailly.

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(Photo : Nöt)

 Samedi 26 mai 2018:

Le deuxième jour est plus "tranquille". En attendant la finale du soir, l'organisation du Pic d'Or propose toutes sortes d'activités aux membres du jury, disons en clair qu'il y a un déjeuner qui n'a rien à voir avec le régime Dukan (ceci n'est pas un placement de produit). Nous voici donc cette année à Hautacam. 

Olivier Bas décide de tenter de marcher sur l'eau, tel Jésus devant la foule médusée. 

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Pas de doute, c'est criant de vérité. Bravo Olivier! Impressionnant vu du ciel.

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Tout le jury est là, sans exception.

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Enfin l'heure des agapes (qui n'avaient pas grand chose de religieux, je le confesse). Il paraîtrait que certains jurés, de très bons professionnels, seraient aussi de bons vivants (il paraîtrait).... Olivier Bas (après avoir marché sur l'eau, je le rappelle,) sert la garbure, ce qui n'a rien à voir.

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La garbure, késako? C'est une soupe typique des Pyrénées à base de choux et de pommes de terre, dans laquelle on pourra trouver aussi du confit de canard ou du jarret de porc séché. C’était le repas du pauvre et bien souvent son plat unique. La garbure était l’aliment quotidien des paysans. Elle variait d’une maison à l’autre et suivant le rythme des saisons, avec les ressources du potager et du saloir. Le principe de sa recette consiste à faire cuire longuement un assortiment de légumes et de viandes en général confites. Le secret de la garbure réside en partie dans sa cuisson. En effet, plus la garbure mijote, parfois jusqu’à plusieurs jours, meilleure elle est. Servie en potage ou en plat de résistance, la garbure peut être adaptée aux besoins de chacun. Voilà, il me semblait important de vous informer sur ce plat régional dans une chronique concernant un tremplin de chanson française. De rien.

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A vos marques, prêt, feu!

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Après le repas, Olivier Bas et moi regardons l'horizon, tout à nos réflexions philosophiques sur le sens de la vie. Evidemment.

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On prend l'air/on digère/on papote.

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On s'amuse aussi. Mais que font Annie et Alain Navarro sous l'œil hilare (l'œil hilare?) d'Olivier Bas? Pourquoi Patrice Demailly se cache-t-il derrière la porte des toilettes? Autant de questions auxquelles je n'apporterai aucune réponse ici. Tout ce qu'il se passe à Hautacam reste à Hautacam.

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Bon, c'est pas le tout, mais il faudrait repartir à Tarbes, il y a une finale ce soir...

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Sur la route du retour, quelques poses pour la postérité (qui n'en demande pas tant). Jean-Marc Vaudagne, Arnold Turboust, Stéphanie Berrebi et moi sans paysage, mais avec brouillard insensé. 

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Les mêmes avec paysage. 

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Oui, Stéphanie Berrebi, c'est le paysage, on avait compris.. Merci. 

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Samedi 16h30. Le parrain du Pic d'Or 2018, Cali, arrive enfin à Tarbes (la veille, il était en concert en Suisse). Il commence directement avec une séance de dédicaces de son livre Seuls les enfants savent aimer à l'espace culturel Leclerc de Tarbes (partenaire du Pic d'or). 

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Pratiquement deux heures de signatures, avec un Cali gentil et généreux, passant pas mal de temps avec chaque personne...

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Une foule patiente et heureuse de voir le chanteur si abordable. 

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Pendant ce temps là, au Théâtre des Nouveautés, répétitions générales. Ici, Corinne Daunay dirigeant Corinne Labat et Patrice Demailly qui rendront hommage à la gagnante du Pic d'Or de 2016, Barbara Weldens, cruellement disparue sur scène l'été dernier. 

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A 19h00, un cocktail est organisé pour les partenaires du Pic d'Or au restaurant de la boutique de disques Discobuzz.

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(Photo : Nöt)

Cali discutant avec la présidente du Pic d'Or, Corinne Labat.

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Le chanteur de Boulevard des Airs, Sylvain Duthu, est venu faire un petit coucou. 

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(Photo : Nöt)

Le maire de Tarbes, Gérard Trémège, en pleine discussion avec Cali

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(Photo : mairie de Tarbes)

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Clic clac Kodak! (Comment ça, ça ne se dit plus?)

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20h30: juste avant la finale. Deux For The Hackers parlent avec un Cali

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Top départ! La finale peut commencer. Tout le monde est en place.

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(Photo : Nöt)

La soirée commence donc avec l'hommage à Barbara Weldens par Corinne Labat...

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

... puis suite de l'hommage par Patrice Demailly (qui a écrit la biographie du disque de Barbara Weldens). Il a fait chialer tout le monde.

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Puis une minute d'applaudissement pour la formidable interprète qu'était Barbara Weldens.

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(Photo : Nöt)

Après l'émotion, gorges serrées et larmes versées, la soirée peut commencer. Eric Bentahar, l'animateur du Pic d'Or  interroge le parrain, Cali

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(Photo : Nöt)

Cali explique tout le bien qu'il pense de ce tremplin dont il a entendu parler depuis quelques années en des termes élogieux. Il est ravi de constater sur place et de juger sur pièce. 

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(Photo : Nöt)

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Place aux finalistes. La soirée débute avec Centaure.

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Nirman:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Lembe Lokk:

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Gervaise :

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Gervaise a pour habitude de "titiller" une personne choisie au hasard dans la salle. Sans le savoir, sa "victime" est le maire de Tarbes. Gérard Trémège s'en est bien amusé (à sa gauche, Michel Garnier, son directeur de cabinet, aussi). 

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Dans le public, Cali et certains membres du jury sont très attentifs à ce qu'il se passe sur scène. 

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(Photo : Nöt)

Hop! Encore un peu les coulisses. Axel Legrout (chanteur des For The Hackers) embrasse chaleureusement Romain Provence (pour l'encourager avant sa prestation).

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Zoé Simpson et sa team, Malcolm Crespin et Hipsta.

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Gervaise parle à... Mystère.

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Retour sur scène: Romain Provence.

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Lombre :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Coloris :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Zoé Simpson :

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Big up à Sandra à la lumière! Elle a fourni un sacré travail. Là, elle éclaire Siau.

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SiAu :

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Les prestations sont terminées. Pendant que le jury délibère, les gagnants du Pic d'Or de l'année dernière, les For The Hackers, livre un show qui a fait l'unanimité. 

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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Un bol d'air avant d'aller délibérer une ultime fois.

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(Photo : Nöt)

C'est parti pour 45 minutes de discussions en présence de Cali qui ne s'est pas privé pour argumenter et défendre ses choix... 

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(Photo : Nöt)

Nous nous écoutons les uns après les autres....

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... puis, il y a débat. Et c'est là que cela devient intéressant. 

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Jean-Marc Vaudagne tente de convaincre Cali et Patrice Demailly en fait autant avec moi (ou vice-versa).

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(Photo : Nöt)

Cali s'investit totalement.

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(Photo : Nöt)

Isabelle Young, Arnold Turboust et Olivier Bas, attentifs.

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(Photo : Nöt)

Jean-Marc Vaudagne.

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(Photo : Nöt)

Thierry Lecamp, Caroline Guaine et Alain Navarro.

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(Photo : Nöt)

Patrice Demailly (dit le bogosse).

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(Photo : Nöt)

Cali.

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(Photo : Nöt)

Enfin, les prix sont décernés. Le président du jury, Arnold Turboust, vient féliciter les artistes.

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(Photo : Nöt)

Première récompense, celle décernée par Marc Toujas de l'association du Cartel Bigourdan. Cette association a pour but de promouvoir les musiques actuelles en organisant plusieurs concerts à l'Alamzic et sur le territoire de Bagnères-de-Bigorre ainsi que le Big Bag Festival le 3ème week-end du mois de septembre. En l'occurrence cette année les 22 et 23 septembre prochain. Et cette année, c'est Gervaise qui se produira au Big Bag Festival.

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(Photo : Nöt)

Stéphanie Berrebi (du magazine FrancoFans) a décerné le Prix FrancoFans (ça tombe bien!) à Centaure. Ce qui signifie que ce groupe aura le droit à une interview dans le magazine. 

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(Photo : Nöt)

Jean-Marc Dauvagne, de l'Académie Charles Cros, à attribué le prix de la création à la chanteuse Estonienne, Lembe Lokk.

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(Photo : Nöt)

Patrice Demailly et Olivier Bas remettent le prix d'interprétation à...

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(Photo : Nöt)

Suspense!

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(Photo : Nöt)

A Centaure, remarquable interprète en effet (et sacrée personnalité. Je suis fan.)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Dominique Janin et moi remettons le prix du texte à...

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(Photo : Nöt)

Niman.

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Caroline Guaine et Thierry Lecamp décernent le prix de la musique à...

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(Photo : Nöt)

... Zoé Simpson.

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(Photo : Nöt)

Zoé Simpson et Malcolm Crespin, heureux!

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(Photo : Nöt)

Isabelle Young (formidable animatrice de France Bleu Béarn) et le maire de Tarbes, Gérard Trémège, remettent le prix du public à...

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(Photo : Nöt)

Le résultat a l'air d'amuser tout le monde.

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(Photo : Nöt)

Parce que c'est, justement, celle qui s'est amusée avec le maire pendant le spectacle, Gervaise qui remporte le prix. Le public ne s'y est pas trompé.

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Alain Navarro et Thierry Dupin ont attribué le Pic d'argent à...

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(Photo : Nöt)

SiAu. Bravo à lui parce que ce qu'il a proposé était audacieux et magistral. 

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

Enfin Cali et Arnold Turboust ont annoncé le nom du Pic d'Or 2018...

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(Photo : Nöt)

...qui n'est autre que...

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(Photo : Nöt)

...l'homme que l'on applaudit à tout rompre...

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(Photo : Nöt)

...le rappeur/slameur/chanteur, Lombre. 

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(Photo : Nöt)

Son émotion était palpable (et très largement communicatif).

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(Photo : Nöt)

Le parrain et le président félicitant/consolant le lauréat. 

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

La présidente du Pic d'Or, Corinne Labat, félicitant Lombre

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(Photo : Nöt)

Nirman et Siau, bons camarades, en faisant autant. Le bonheur fait plaisir à voir.

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(Photo : Nöt)

Cali, conquit par cette édition du Pic d'Or, donne le mot de la fin.

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(Photo : Nöt)

La photo finale avec artistes, jurés, organisateurs et les essentiels bénévoles. 

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Après le spectacle,  dernières félicitations... Cali avec SiAu. Je ne vous cache pas que le parrain de ce Pic d'Or a été très impressionné par sa prestation.

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(Photo : Nöt)

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(Photo : Nöt)

La présidente, des jurés, un parrain...

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(Photo : Nöt)

Lombre dans les bras de la nounou (très appréciée) des candidats, Florence Cortès.

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Lombre avec Mathieu, son agent.

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(Photo : Nöt)

Ultime prestation de Lombre pour finir la soirée en beauté.

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(Photo : Nöt)

Enfin, Lombre dans les bras de son père devant sa maman, très émue. 

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(Photo : Nöt)

Fierté des parents et fierté de l'enfant. Très touchant.

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Fin de ce bilan. Encore une fois, merci pour tout à l'équipe organisatrice du Pic d'Or et à ses bénévoles. Un sans faute... comme d'habitude.

07 juin 2018

Richard Gaitet : interview pour Tête en l'air

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(Photo : René Ghilini)

richard gaitet,tête en l'air,paulsen,interview,mandorLes Editions Paulsen publient Tête en l'air, un récit rocambolesque d'initiation à l'alpinisme, du point de vue d'un novice. Le journaliste et facétieux écrivain, Richard Gaitet, est donc le héros de sa propre histoire.

D’une plume habile et maligne, pleine de poésie et d’humour, l’animateur de l’émission culte, la Nova Book Box, juke box littéraire de Radio Nova, raconte une aventure complètement dingue (gravir le mont Blanc, rien que ça), semée d’embuches et de rebondissements. On rit (de lui) autant qu’on frémit (pour lui). Un travail d’orfèvre.

Le 20 mai dernier, sous un soleil éclatant, Richard Gaitet est venu à ma rencontre dans un bar situé à deux pas de chez lui pour une troisième mandorisation (les deux autres, voir à : L’auteur)

4e de couverture :richard gaitet,tête en l'air,paulsen,interview,mandor

Il a survécu à l’aiguille du Midi par l’intervention d’une providentielle main au cul, hurlé de peur dans la vallée d’Aoste, gravi cinq fois de suite en courant les deux premiers étages de la tour Eiffel, descendu sans corde des échelles d’acier sur 250 mètres, découvert les joies de la tomme de Savoie au petit-déjeuner, relu Tolkien, Lionel Terray, Mary Shelley et les mangas d’Akira Toriyama, et surtout… appris le maniement du piolet afin d’aller danser sur des arêtes sommitales de 40 centimètres de large, avec 2 000 mètres de vide de chaque côté, par - 8 °C et le visage battu par des vents de 50 km/h…

Plutôt branché bouquins que bouquetins, Richard Gaitet n’avait, avant cette épopée, aucune expérience de la montagne. Novice attentif à la parole du guide le plus romanesque qui soit, René Ghilini – vainqueur de l’Annapurna et chasseur de cristaux –, il livre l’authentique et drôlissime récit d’une première ascension du mont Blanc par un blond à lunettes inexpérimenté qui, au cours de son voyage, réapprit à marcher.

L’auteur :

Né à Lyon en 1981 par une journée d’automne étincelante, Richard Gaitet est journaliste et écrivain. Depuis 2011, il anime et produit l’émission Nova Book Box de Radio Nova. Parallèlement, il est l’auteur de trois romans publiés aux éditions Intervalles : Les Heures pâles (2013), Découvrez Mykonos hors saison (2014) (mandorisé une première fois ici pour ces deux livres) et L’Aimant (2016, avec les dessins de Riff Reb’s) (mandorisé une seconde fois pour celui-ci).

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(Photo : Richard Gaitet)

richard gaitet,tête en l'air,paulsen,interview,mandorInterview :

Avant de partir conquérir le mont Blanc, il y a eu beaucoup d’entraînements ?

D’abord, à Paris : chaque week-end, de la course à pied, puis monter et descendre des escaliers, pendant environ une heure et demie – avec, une fois, lors d’un dimanche improbable, toutes les marches de la Tour Eiffel gravies cinq fois de suite en courant. Puis, à Chamonix : dix jours d’entraînement extrêmement scrupuleux sous la vigilance de René Ghilini, guide de haute montagne, avec des randonnées tous les jours en augmentant petit à petit le dénivelé, la durée, la difficulté, et de la via ferrata, de la marche sur glace, pratique du piolet et des crampons, nuit en altitude… En fait, j’ai l’impression d’avoir fait le minimum. Dans le chapitre où René m’explique ce que je dois faire, tu vois bien que je n’ai pas suivi strictement le programme. J’ai pleine conscience que ce que j’ai fait, à Paris, j’aurais dû le faire deux fois par semaine.

L’été dernier, quand tu t’es lancé pour de bon dans cette ascension, il y a eu cinq fois plus de morts sur  la voie dite royale ou normale d’accès au mont Blanc.

Depuis 1990, on déplore en moyenne trois morts et huit blessés sur cette voie parcourue chaque année par environ vingt mille personnes. Là, quinze personnes ont perdu la vie, pour des raisons très variées : manque d’équipement ou d’expérience, malchance, chute de pierres... J’insiste sur le fait que chacun est libre à 200% de vivre sa vie comme il l’entend et de prendre les risques qu’il souhaite, néanmoins, il est fortement conseillé d’y aller très entraîné ou encadré par quelqu’un qui sera en mesure de fournir les enseignements nécessaires pour parvenir à aller jusqu’au bout de l’expérience.

Interview très intéressante de l'extraordinaire guide de haute montagne, René Ghilini, au sujet de Richard Gaitet et de ce livre. 

Dans ton livre, tu ne prétends pas que tout le monde peut gravir le Mont Blanc.

Non, moi j’ai été encadré par le meilleur des meilleurs des guides, René Ghilini. Il a gravi les montagnes parmi les plus périlleuses du monde. A 60 ans, c’est encore un sacré athlète avec une philosophie et un caractère pédagogique très affirmé. Il a su transmettre son savoir à un branque comme moi. C’est parce que l’on s’est bien entendu, tous les deux, que j’ai eu confiance, que j’ai réussi à me dépasser. Il a su me motiver.

C’est un personnage de film, ce type-là !

Tout à fait. Il a 1000 vies. Très grand alpiniste, chasseur de pierres précieuses, un des concepteurs des parcs Accrobranches en France, photographe, qui a aussi été chargé de veiller sur Gérard Depardieu quand il avait 19 ans, lors d’un tournage... Contrairement à la majorité des guides de haute montagne qui sont plutôt des gens taiseux, René est un homme joueur, espiègle, bavard, charmeur… Quand on y  pense, la maison d’édition a envoyé un citadin comme moi dans les pattes de ce cow-boy. Sa nature a nourri le livre d’un sentiment de vitalité qui est extraordinaire.

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Richard Gaitet (au premier plan) et René Ghilini (photo : Richard Gaitet)

Il t’a jugé/jaugé en quelques secondes.

Il a tout compris de moi en trois minutes. Je vais te faire une confidence. Lors de notre première rencontre, j’ai fait quelque chose que j’ai déjà observé chez un certain François Alquier : poser les bonnes questions. Faire de bonnes interviews, ça permet aux gens de se rencontrer. Le premier chapitre le concernant est le fruit d’une interview de trois heures  qu’il m’a accordé chez lui. J’avais cinq pages de questions. A la fin des trois heures d’entretien, il s’est dit : « je ne sais pas ce qu’il vaut sur une montagne, en tout cas, je vois qu’on peut se parler et qu’il est attentif ». Le lendemain, il m’a emmené faire un « kilomètre vertical » : mille mètres de dénivelé, bien raides, pour voir si je parvenais à trouver mon chemin sans indication particulière. Il a considéré que je me débrouillais pas mal sur une pente, que mon rythme n’était pas mauvais. Et s’est dit qu’il pouvait tenter de me faire vivre cette aventure.

As-tu souvent douté du bien-fondé de ce projet ?

J’ai douté à fond de mes capacités et de mes possibilités de réussir jusqu’à la veille de l’ascension. Mais, au fur et à mesure, après une première tentative qui a dû être annulée à cause d’une météo très capricieuse et d’un risque élevé de chutes de pierres sur la voie, mes compétences ont légèrement augmentées, sur la glace je me cassais moins la gueule, je pouvais enquiller le dénivelé sans être exténué… Dans le regard de René, j’ai vu qu’il y croyait de plus en plus. Je me dis que ce n’est pas sans risque, mais que je pouvais m’en sortir.

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René Ghilini (photo : Richard Gaitet)

Mais si ça ne l’avait pas fait, tu aurais réagi comment ?

J’aurais été très déçu parce que le livre n’aurait pas eu la même gueule. Le récit d’une aventure qui ne marche pas, c’est moins enthousiasmant… Mais pas forcément moins intéressant sur le plan littéraire et introspectif, ceci dit.

La maison d’édition avait envisagée cette possibilité ?

A demi-mot. En tout cas, il n’était pas question, je crois, que j’y retourne une troisième fois.

Le fait qu’il y ait un livre au bout de cette expérience, ça doit beaucoup aider à trouver la force de parvenir au but.

Ça change tout. Ça aide le mental, c’est sûr. Tu es en train de vivre quelque chose que tu vas devoir consigner et que tu sais que ça va sortir dans une maison d’édition sérieuse et réputée. Ce n’est pas juste toi qui tente de te dépasser, il y a un contrat qui est signé et il faut aller jusqu’au bout.

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(Photo : Richard Gaitet)

Quand il se passe des choses pas faciles, tu peux te consoler en te disant que ce seront de bonnes pages dans ton livre.

Toutes les emmerdes donnent du relief au livre, tu as raison. Il n’a jamais été question de ne pas parler de la première fois qui n’a pas marché parce que cela fait partie intégrante de l’aventure. Ça permet d’expliquer que, quoi qu’il arrive, c’est la montagne qui décide. C’est elle qui dit « Non, là, il fait trop chaud, il y a des pierres qui tombent, il y a des blessés, c’est une saison pourrie, si tu veux continuer à tenter ton aventure, tu reviens la saison prochaine. » Le livre a pris un an de retard, mais ce n’est pas grave.

Que représente René Ghilini pour toi ?

Nous avons eu un rapport de maître à disciple. J’ai suivi avec humilité son enseignement. Ma vie était entre ses mains.

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René Ghilini (photo : Richard Gaitet)

Tu as beaucoup souffert?

Oui, mais jamais de manière insurmontable.

Quel est le moment où tu as le plus peur ?

C’est la scène d’ouverture du livre. La perte d’équilibre sur l’arête de l’aiguille du Midi. René m’a imposé cela pour voir comment je réagis au vertige, au vide et à l’effort soutenu. 

Il y a dans ton livre beaucoup de références à des écrivains qui ont écrit sur l’alpinisme. Tu as lu ces livres avant de partir vivre cette aventure ?

J’ai beaucoup lu avant et pendant. Après aussi. J’ai écrit mon livre en neuf mois. J’ai continué à lire des ouvrages de montagne ou des récits d’alpinistes pour rester dans le bain. Je voulais que mon livre soit aussi agréable à lire pour des gens qui ne connaissent rien à la montagne que pour des gens qui sont professionnels ou familiers de cette activité.

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Richard Gaitet en plein effort dans un décor somptueux (Photo : René Ghilini)

Tu es revenu changé ?

J’ai découvert que je pouvais aussi envisager des aventures physiques. J’entreprends beaucoup de choses, j’ai toujours plusieurs projets sur le feu, je suis assez actif, mais ce sont des choses qui sont plutôt intellectuelles. Là, je sais que je peux mettre en jeu mon corps. Je sais que j’ai une certaine résistance physique. Je suis moins peureux que ce que j’imaginais, donc j’ai plutôt envie d’intégrer ça à d’autres livres. J’ai découvert une extension de mes possibilités. Tu peux être généreux, voire exigeant sur la langue, travailler le style, faire des recherches et s’appuyer sur une expérience du corps extrêmement intense. Utiliser la tête et les jambes, c’est un endroit de littérature qui est magnifique.

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Richard Gaitet (photo : René Ghilini)

Aujourd’hui, tu continues le sport ?

Je pensais que j’allais parvenir à maintenir une certaine hygiène de vie, mais en toute franchise, je n’y parviens pas. J’essaie de courir toutes les trois semaines, mais c’est un peu laborieux. J’ai la flemme de m’y remettre. Ma malédiction, c’est que j’aime beaucoup trop la bière et le jambon. Je suis un bon vivant.

René Ghilini a-t-il lu le livre ?

Après mes éditrices, il a été mon premier lecteur. Son avis était le plus important pour moi. Il l’a lu hyper attentivement. Il m’a appelé un soir et il m’a dit : « Ça roule ma poule ». Il était très content. Il m’a juste fait quelques remarques hyper précises. J’ai parlé de calcaire à propos d’une paroi, il m’a dit que c’était du granit, des trucs dans ce genre… il m’a précisé qu’il y a des choses qu’il n’aurait pas racontées comme moi, mais il n’y a aucune erreur technique, ni erreur factuelle.

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Richard Gaitet au sommet du Mont Blanc. Mission accomplie! (Photo : René Ghilini)

richard gaitet,tête en l'air,paulsen,interview,mandorQuel est ton prochain projet ?

Début juillet, avec quelques amis écrivains (dont la plupart sont certainement dans cette mandorisation), nous allons refaire intégralement, à pied, la seconde fugue d’Arthur Rimbaud.

Rappelons qu’au début d’octobre 1870, alors qu’il va sur ses 16 ans, Rimbaud fuit sa ville de Charleville et une mère étouffante et prend la direction de Charleroi, en Belgique, à travers la forêt des Ardennes. Seul !

Voilà. Nous, on part de la maison de Rimbaud le 2 juillet et on a pour objectif de marcher 111 kilomètres pour aboutir à Charleroi en longeant la Meuse et en suivant au plus près le trajet de cette fugue. Ce serait beau d’écrire un livre collectif sur cette promenade. Il y aura aussi avec nous cinq personnes de Radio Nova pour prendre un maximum de son. L’idée est d’en faire un feuilleton radiophonique qui sera diffusé pour la reprise de la Book Box en septembre. L’aventure est ouverte aux auditeurs. Si vous n’avez rien de mieux à faire du 2 au 7 juillet, venez marcher avec nous !

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Le 20 mai 2018, après l'interview. #soleildanslesyeux #mercifrançois

03 juin 2018

Vilain Coeur : interview pour l'EP eponyme.

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vilain coeur,sofy,cris,mandor,interviewSofi et Cris, nous les avions connus au sein du groupe Glasgow. Aujourd’hui, ils effacent tout et ils recommencent sous l’étrange identité de Vilain Cœur. Leur premier EP vient de sortir (produit par Paul Reeve et mixé par Ian Caple, excusez du peu !)

Vilain Cœur… Comme l’explique le dossier de presse, « rapprocher ces deux mots relève presque de l’oxymore. C’est suggérer que la nature humaine contient autant de beauté que de laideur, qu’elle est force et faiblesse à la fois. Les deux ventricules qui forment ce Vilain Cœur ne pouvaient trouver meilleur qualificatif pour baptiser leur projet musical ». Car leurs chansons, recentrées sur leur tandem, ont cette particularité de raconter nos fêlures sur des mélodies irrésistibles et légères.

Leur premier single « A quoi tu joues » a fait près de 140 000 vues et est diffusé sur NRJ Hits, TV5 Monde, CStar et MCM.

Le 20 mai dernier, je leur ai demandé de me rejoindre à l’agence pour m’expliquer notamment ce changement de trajectoire musicale.

Photos (sauf à l'agence): Éric Soudan et Christian Juillard.

Longue interview de Vilain Cœur sur le site Idoles Mag.

Site officiel : https://www.vilaincoeur.com/
Facebook :
https://www.facebook.com/vilaincoeurmusic
Intagram :
https://www.instagram.com/vilaincoeur/
Twitter :
https://twitter.com/VilainCoeur
Youtube :
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Biographie (officielle) :vilain coeur,sofy,cris,mandor,interview

L’anatomie de ce duo atypique bouscule tous les clichés : Sofi compose et arrange, Cris manie les mots et les interprète. Sur scène, elle est bouillonnante et énergique. Il est sensible et émouvant. Tous deux se complètent pour ne former qu’une seule entité et faire battre ce Vilain Cœur.

Peut-être les avez-vous connus dans une vie musicale antérieure ? Sous un autre nom, ils ont écumé les salles de concert et sorti plusieurs albums. Puis, ils ont souhaité s’affranchir de la vie de groupe et revenir à l’essentiel. De ce renouveau artistique est né un premier EP tout en contrastes et en nuances. Car avec Vilain Cœur, il est interdit de s’interdire... Pourvu que le résultat soit authentique !

vilain coeur,sofy,cris,mandor,interviewLe disque (argumentaire officiel) :

Sofi et Cris ont produit, trituré et joué avec les sons et les textures. Il émerge de cette liberté des ritournelles décomplexées qui font la part belle aux sons organiques tout autant qu’aux expérimentations électroniques. Pas surprenant donc que ce Vilain Cœur ait fait palpiter celui de Paul Reeve (Muse, Razorlight, Supergrass…) et de Ian Caple (Tindersticks, Tricky, Bashung…) qui se sont impliqués, l’un dans la réalisation et l’autre dans le mixage de ce projet.

Ces cinq morceaux racontent les travers de l’humain sans jamais tomber dans le pathos, transformant des situations de la vie en chansons subtiles et exaltantes. De “Mon absence”, où l’intime d’une disparition s’adresse à chacun d’entre nous, au “Zèbre”, qui croque notre instinct animal : il n’y a jamais de jugement, mais de l’autodérision et beaucoup de lucidité.

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vilain coeur,sofy,cris,mandor,interviewInterview :

Vous vous êtes rencontrés avec Glasgow ?

Sofi : Nous sommes originaires de Lyon, mais j’ai vécu à Glasgow ou j’ai fait pas mal de musique très rock. En rentrant à Lyon, j’ai cherché à jouer au sein d’une formation. Je suis tombé sur l’annonce de Cris qui avait un groupe appelé Glasgow, j’y ai vu un signe.

Cris : Moi, je voulais absolument travailler avec une fille guitariste. Je me lassais de jouer uniquement avec des mecs. Mon souhait s’est exhaussé.

Ca a « matché » immédiatement ?

Oui, mais juste entre nous deux. Pas avec la totalité du groupe (rires). Les deux autres musiciens du début sont partis, alors, on en a cherché d’autres. Ça fait un moment que nous sommes complices Sofi et moi…

Peut-on affirmer aujord’hui que c’est la fin de Glasgow ? vilain coeur,sofy,cris,mandor,interview

Cris : On n’a pas l’habitude de courir plusieurs lièvres en même temps. Sans l’affirmer de manière ferme et définitive, aujourd’hui, je crois quand même que Glasgow, c’est fini.

Sofi : Le fait de nous être recentrés sur notre duo nous a permis de créer beaucoup plus de chansons qu’à l’accoutumée. On n’a plus besoin de convaincre les autres en palabrant pendant des heures et on ne fait plus du tout de compromis. C’est agréable et libérateur.

Cris : A deux, c’est plus facile d’être disponible qu’à quatre. On a la même motivation pour Vilain Cœur que l’on a eu pour Glasgow, sauf qu’on a plus la contrainte de dépendre d’éléments extérieurs. Pour être très clair, le fait de travailler tous les deux est parti d’un constat très simple. Le batteur que nous avions à l’époque a décidé de vivre de nouvelles aventures, à partir de là, on s’est dit que l’on ferait sans. On a tellement changé de musiciens qu’on en a eus un peu marre. Comme j’ai toujours donné les indications des parties rythmiques aux batteurs, j’ai décidé de m’y coller moi-même Les compositions et les arrangements étaient déjà ceux de Sofi. L’évidence s’est imposé : nous n’avions pas besoin d’autres musiciens.

Clip du "A quoi tu joues?"

Avec Vilain Cœur, vous avez l’impression de redémarrer à zéro ?

Sofi : Oui, très clairement. Il y a une fraicheur qui nous stimule et nous ravie.

Cris : Avec Glasgow, on a fait presque 300 concerts. Les dernières années, on avait l’impression d’être vieillissants. On n’évoluait plus. Devenir un vrai duo, ça nous titillait depuis un moment, mais nous n’étions pas sûre d’en être capable.

Sofi : La décision n’a pas été cash et immédiate. Cela s’est fait petit à petit. On a commencé à rentrer dans les programmations, dans les arrangements électroniques et on s’est rendu compte qu’on y parvenait. C’est là que l’on a pris la décision de faire ce disque à deux.

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Sofi compose et Cris écrit les textes. C’est comme ça que Vilain Cœur fonctionne ?

Cris : Après, rien ne nous empêche d’aller sur le terrain de l’autre discrètement. On parle, on échange, on partage.

Sofi : On se titille même (rires). Parfois, je lui demande d’élaguer un texte, sinon la chanson ferait 10 minutes.

Cris : Il m’arrive d’avoir tendance à écrire des textes un peu alambiqués. Ce nouveau projet m’incite à être plus clair, plus simple, moins dans l’image. C’est la chanson « Le zèbre » qui a initié ce changement et qui m’a libéré dans l’écriture. J’ai senti soudainement que je n’avais plus de contraintes. 

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Glasgow était plus rock que Vilain Cœur. Là, vous êtes plus dans la pop électronique.

Sofi : C’est la forme que nous voulions. C’est la ligne directrice qui nous plait et nous parle… et je crois que l’on peut dire que nous n’avons jamais été aussi sincère dans notre démarche artistique.

Cris : C’est un projet hyper positif et il m’a donné un regain d’énergie. A un moment, très franchement, j’ai pensé abandonner la musique. Tu te frottes à un métier qui est difficile, surchargé, avec des gens qui ne sont pas toujours agréables. Parfois, j’ai été affecté humainement, alors, je n’avais plus envie de continuer. Je le répète, Vilain Cœur m’a reboosté. Il m’a redonné les sensations de mes débuts. Là, on a envie d'être présent pour longtemps.

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Le 20 mai 2018, après l'interview.

29 mai 2018

Flor del Fango : interview de Marucha Castillo et Napo Romero pour Hekatombeando

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(Photo : Raphael Rinaldi)

Fflor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandorormé à la fin des années 90, Flor Del Fango est composé de membres issus de la scène rock alternative des années 80. Ils sont réunis autour d'un projet musical latino rock psychédélique (Espagne, Mexique, Pérou) engagé aux côtés des Zapatistes et des minorités en lutte. 

Avec un seul album sorti en 2000, ce groupe n’avait pas vocation à renaitre un jour, et pourtant, Flor del Fango revient bel et bien pour une série de concerts et ce deuxième album, Hekatombeando. Douze nouvelles chansons qui respirent le soleil et les rythmes festifs. Elles évoquent des amours contrariés, des luttes collectives et des désirs de justice. On y retrouve vraiment l’esprit du premier album éponyme, dont on avait gardé un souvenir déjà plein de chaleur et de bonnes vibrations. Le groupe s’amuse, les rythmes changent d’une mesure à une autre et la chanteuse alterne entre l’espagnol et le français. C’est cette dernière, Marucha Castillo et l’un des membres éminents du groupe, Napo Romero (déjà mandorisé là pour parler d’un projet concernant Mano Solo) que j’ai rencontré en terrasse d’une brasserie parisienne le 16 mai dernier. 

Le disque (argumentaire de presse officiel) :flor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandor

Flor del Fango revient dans un style évidemment latino mais repousse les limites du genre en explorant des hybridités musicales surprenantes. Le groupe s’amuse, les rythmes changent d’une mesure à une autre et la chanteuse alterne entre l’espagnol et le français. Les chœurs lui répondent aussi bien que les guitares. Flor del Fango nous offre un voyage où toutes les composantes de la musique s’entremêlent. En ressort une musique fantaisiste et festive, construite avec le souci du détail. On se laisse facilement surprendre par l’inventivité et la virtuosité des musiciens. Chaque chanson est semblable à une peinture surréaliste, des couleurs et des émotions inattendues, jusque dans leur nom : « Hekatombeando », « Melancolia sideral » ou « La punta del iceberg ».

Line Up :

Composé de musiciens de Manu Chao, Mano Negra, Parabellum, Chihuahua, Mano Solo, Frères Misères, Melissmell... tous réunis autour d'un projet musical rock latino! Marucha Castillo (chant lead), Napo Romero (guitares charango), Daniel Jamet (guitares), Madjid Fahem (guitares), Philippe Teboul (batteries percussions), Alejandro Marassi (basse), chant, Patrick Lemarchand (batteries percussions), F.R.Matuzenski (claviers).

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(Photo : Raphael Rinaldi)

flor del fango,marucha castillo,napo napero,hekatombeando,interview,mandorInterview :

Après 20 ans d’absence, le public semble ravi de vous retrouver.

Marucha : Ils sont contents comme nous le sommes nous.

Napo : Il faut relativiser, nous n’avons pas eu le même succès que la Mano Negra, mais l’accueil que l’on nous fait pour notre retour est super sympa. En Amérique du Sud, l’effervescence est grande. Notre premier disque avait bien marché là-bas.

Pourquoi revenez-vous ?

Napo : Le truc c’est qu’on ne s’est jamais séparés. On a arrêté par la force des choses, mais on n’a jamais annoncé la fin officielle du groupe. C’était juste une longue pause. A l’époque, on avait 24 morceaux jamais sortis, mais enregistrés, mixés et masterisés. L’année dernière, un copain du label Sabor Discos nous a appelés pour  nous dire qu’ils allaient casser la tirelire pour sortir ces chansons qui datent de 2003, 2004 et 2005. Il a fallu recontacter tout le monde et tout le monde a accepté de revenir. C’est bien parce qu’on était tous bien occupés.

Marucha : J’étais frustrée de savoir ces merveilles dans un tiroir. Je suis heureuse qu’enfin, le public puisse en profiter.

Napo : On ne pouvait pas ne pas les partager. Ce sont des chansons qu’on aime et qu’on écoute souvent.

Il manque à l’appel le guitariste d’origine, Sven Polhammer, qui n’est plus.

Napo : Il était un membre fondateur et c’est lui qui avait trouvé le nom du groupe, Flor del Fango. Il est irremplaçable aujourd’hui et il nous manque énormément.

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(Photo : Raphael Rinaldi)

Il n’y a que des potes dans cette formation.

Napo : On se connait tous depuis 1981. On a une relation qui va au-delà de la musique. De toute manière, je ne peux pas travailler avec des gens avec lesquels je n’ai pas de feeling. Là, c’est du bonheur. Parfois, on parle ou on se marre tellement que l’on a du mal à jouer.

Flor del Fango à quoi de particulier par rapport à vos autres projets ?

Napo : Ce projet latino est notre petit port de pêche, un coin à nous qu’on aime bien, qui nous fait plaisir au-delà du commerce ou de la pression du business.

Marucha : C’est notre projet le plus engagé. On a donné notre premier concert lors d’une soirée de soutien à la cause des indiens du Chiapas et aux Zapatistes qui s’est tenue au Zénith à Paris en novembre 1997. Nous sommes des enfants d’une génération qui a souffert du franquisme ou des dictatures latino-américaines. On a grandi au son de Victor Jara, Atahualpa Yupanqui, Chavela Vargas, Violeta Parra, Camaron, Pata Negra mais aussi de Chuck Berry, Gene Vincent, Ry Cooder ou Santana. Personnellement, ça me réjouit d’être utile socialement.

Napo : On est tous issus du mouvement alternatif créé par nous-mêmes. Beaucoup des membres du groupe ont été formés dans la rue, dans des squats anarchistes, ça a beaucoup marqué notre parcours. Dans un mois, on sort un single sur la guerre d’Espagne. Demain, on parlera d’autre chose. Du jeune de 24 ans qui est devenu clochard et qui est dans la merde absolue. On est dans un monde super dur, on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. On s’engage dans un combat révolutionnaire et républicain pour ce pays. Nous sommes autant habités par la poésie que la politique. Comme disait Mano Solo, nous autres les artistes, nous sommes les journalistes de notre temps.

"Hekatombeando" (audio).

Le fond est grave, mais la musique festive.

Napo : On  ne fait  pas que des chansons revendicatives. C’est même loin d’être la majorité de notre travail. Si on prenait au premier degré les revendications dans la musique, ce serait super chiant en fait. 

Marucha : C’est rigolo parce que parfois, les gens dansent sur des textes qu’ils ne comprennent pas, mais qui veulent dire beaucoup.

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(Photo : fb-photographe)

Musicalement, c’est quoi Flor del Fango ?

Napo : Sven a apporté son influence chilienne, mais il y a aussi l’Argentine, l’Espagne, le Mexique et bien d’autres pays. C’est un mélange de notre culture latine qui est hyper large. Et le rock s’immisce dans toutes ses influences.

Marucha : Il y a la personnalité musicale de chaque membre du groupe. C’est quand même bien barré ! Il y a une putain d’énergie et ça, ça vient de l’entente, de l’amour et du respect  que nous avons les uns pour les autres.

Napo : Si tu fouilles, il y a tout un monde dans  notre  musique.

Cantina Esperanza de FLOR DEL FANGO. C'est le regretté Sven Pohlhammer, guitariste du groupe, qui avait écrit ce morceau d'anthologie.

Il faut gratter ou se laisser aller ?

Napo : Les deux. Il faut écouter puis réécouter. C’est super vivant… une véritable fourmilière. De par notre parcours, on ne peut pas faire un disque moyen, il faut rester inventif et explosif. On n’a pas envie que l’on dise que nous sommes trop vieux, donc fatigués.

Marucha : L’ambition que nous avons va au-delà de nous-même.

Marucha, tu es la seule femme du groupe. Il y a 7 garçons et toi… ça se passe bien ?

Marucha : On est pote depuis toujours, il n’y a aucun problème de cette nature-là.

Napo : Au départ du groupe, il y a avait aussi Ana. C’était un duo vocal féminin donc pas un groupe de mec. De toute façon, nous sommes tous respectueux des femmes. On aime Marucha et on la soutient à fond.

Marucha : Ils me  soutiennent pour la musique et leur attitude envers moi est irréprochable. Je comprends que tu poses la question en ce moment,  mais ça ne touche pas le groupe.

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Marucha Castillo et Napo Romero pendant l'interview...

Vous n’êtes plus beaucoup à jouer cette musique aujourd’hui, alors que dans les années 90, des groupes comme le votre pullulaient. As-tu une explication à cela ?  

Napo : Il y a deux explications. Aujourd’hui, la musique est faite avec des machines, des DJs. Tourner à 8 aujourd’hui, c’est un truc de fou absolument pas raisonnable. En plus, nous nous battons pour que  nos places de concert ne soient pas chères… ce n’est pas comme ça que l’on gagne beaucoup d’argent. Les jeunes d’aujourd’hui sont conditionnés par le pognon, donc notre façon de faire ne leur donne pas envie.

La deuxième explication ?

Napo : C’est que pour beaucoup de gens, la révolution, c’est foutu. Nous, la révolution, on la poursuit contre vents et marées dans ce monde hyper nombriliste. On essaie de partager quelque chose sans faire semblant. La Flor nous tire vers le haut. Quand on a cette relation-là dans un groupe, on s’oblige à être bon, valeureux, amical, à laisser à la porte nos soucis, tout le bad que l’on trimballe.

Marucha : Pour nous, c’est super important d’agir avec justesse et justice. On ne laisse pas l’ego rentrer. Ce qui nous importe, ce sont les autres.

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Après l'interview, le 16 mai 2018.

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24 mai 2018

Sting et Shaggy : interview pour l'album 44/876

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sting, shaggy, 44/876, interview, mandor, ragga, reggaeJ'avoue, interviewer deux stars mondiales en même temps, j'aime bien. Surtout quand on est fan de l'une depuis tout gosse (non, mais le chanteur de Police, quoi!). Pour un journal à très fort tirage, le 13 avril dernier, je me suis retrouvé dans un palace parisien pour rencontrer Sting et Shaggy. En effet, Sting renoue avec les sonorités reggae pop et caraïbéennes qui ont fait le succès de certains de ses tubes comme « So Lonely ». Ce nouvel opus, intitulé 44/876 (en référence aux indicatifs téléphoniques de l’Angleterre et de la Jamaïque) est donc un album collaboratif avec la star jamaïcaine Shaggy. L’album reflète l’amour partagé des deux chanteurs pour la Jamaïque, sa musique, l’âme de son peuple et le dynamisme de sa culture.

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Interview :

Sting, vous jouiez déjà du reggae avec Police. Qu’aimez-vous dans ce genre musical ?

Sting : Le reggae est avec le rock, la musique la plus révolutionnaire. Il y a des messages d’espoir et des messages spirituels que n’ont pas le rock. Le rythme du reggae et le message véhiculé par lui me parle, me touche profondément. Le reggae est ancré en moi depuis toujours.

Shaggy, comme Sting, vous êtes fan de Bob Marley. Que représente-t-il pour vous ?

Shaggy : Pour moi, c’est la personne la plus importante de la culture jamaïcaine et de la musique mondiale. Il a influencé le monde avec ses messages de paix et il m’a influencé personnellement pour mes chansons.

Sting : C’est une icône pour moi aussi.

Clip de "Don't Make Me Wait".

Dans votre album, il y a beaucoup de messages de paix. Avez-vous essayez d’être à la hauteur de Bobsting,shaggy,44876,interview,mandor,ragga,reggae Marley ?

Sting : (rires) Ce serait prétentieux de dire que nous avons atteint son niveau. On a essayé, mais il est inégalable.

Peut-on dire que c’est un album de reggae ?

Sting : Non. La base musicale, c’est de la pop, mais le reggae est ce qui nous relie avec  Shaggy.  Si le reggae est présent, c’est dans différents genres. On l’a mélangé à la pop, au rock, au jazz…

Shaggy et Sting, que vous êtes-vous apporté mutuellement ?

Shaggy : Nous avions chacun notre style, notre univers. Nous avons échangé nos connaissances. Nous avons chacun une voix très particulière, mais nous avons remarqué que quand on chantait ensemble, ça donnait quelque chose de magique.

Sting : Nous avons collaboré de manière complètement naturelle. Si on a appris quelque chose l’un de l’autre, c’est inconscient. A partir du moment où un artiste respecte un autre artiste, il n’y a personne qui mène le jeu. On s’apporte des choses mutuellement.

 

Sting et Shaggy clôturent le Festival de Cannes de cette année.

sting,shaggy,44876,interview,mandor,ragga,reggaeY a-t-il eu de l’improvisation dans votre façon de travailler ?

Sting : Oui. Tout a été spontané. Nous nous sommes rencontrés, nous avons commencé à jouer et tout s’est passé comme si nous nous produisions ensemble depuis des années. Nous nous sommes très bien entendus. Ce n’était que de la joie pendant les 6 mois d’enregistrement. 

Vous avez-voulu vous épater mutuellement ?

Shaggy : S’il y a eu une compétition, elle a été très amicale. Bien sûr, nous ne voulions pas décevoir l’autre. C’est normal. Je ne le connaissais pas, j’étais juste fan de sa musique, de son son. C’est un artiste unique. J’ai l’impression d’avoir grandi en ayant travaillé avec Sting.

Sting : Je le répète, tout a été si naturel entre nous que je ne me suis jamais posé ce genre de question.

Pub (très second degré!)

Sting, vous avez cette volonté de ne jamais faire deux fois le même album. Pourquoi ?

Sting : Parce que les surprises, c’est ce qu’il y a de plus beau.

Vous avez hâte de savoir ce que le public va penser de votre disque en commun ?

Sting : Oui. On espère que ce sera une belle surprise pour ceux qui écouteront notre disque. Cette connexion avec Shaggy parait très curieuse pour tout le monde, alors on a hâte de savoir si le public va aimer cette association. 

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Avec Sting et Shaggy, après l'interview le 13 avril 2018.

23 mai 2018

Lucien Chéenne : interview pour Pied Tendre

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lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockLucien Chéenne, nous l’avons découvert au sein de son groupe Chéenne de vie, puis avec deux EPs solo dont l'inspiration allait de Johnny Cash à Félix Leclerc en passant par Caussimon, Desjardins et Dylan. Aujourd’hui, avec son nouvel album Pied Tendre, Chéenne chante la vie et l’amour (souvent avec ironie), en folk, en blues et country, parfois taquiné par des cuivres diablement efficaces. Bref, j’aime beaucoup. Une mandorisation s’imposait donc.

Le 15 mai dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar de la place de la République.

Biographie officielle :

Il y a les voyages qui forment la jeunesse. Il y a ceux qui ouvrent de nouveaux horizons. La boucle par Tadoussac, trésor caché du Québec où le souffle des baleines envahit le fleuve Saint-Laurent, a eu raison de ses certitudes. Choc émotionnel, humain et artistique. Remise en question, en 2014, à la sortie de ce précieux festival de chanson dans lequel il était invité à participer aux chemins d'écriture. Lucien Chéenne envoie alors valser le rock twist-surf des années 50, la batterie - excepté sur disque - et les textes à tiroirs. Une trajectoire comme un destin. Et surtout une volonté manifeste de professionnalisme. Donc Lucien Chéenne, trentenaire bavard, volubile et qui a le goût des autres. Tombé dans la marmite chanson à l'âge de seize ans sous l'influence d'un ami de la famille. Les premiers élans se passent sur la côte bretonne. Il fait la manche là-bas puis retourne dans sa Sarthe natale. Au sein de son premier groupe Chéenne de vie, il détale déjà devant la conformité de masse et s'affiche comme un fidèle allié de la langue française. Cinq ans en collectif et c'est l'échappée belle solo.

Lucien Chéenne a l'originalité qui déborde. Mais une originalité d'historien de la musique populaire. Johnny Cash, Bob Dylan, Hank Williams d'un côté. Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Félix Leclerc, de l'autre. Et l'amour sans limite de ses aïeuls folk aussi : Michel Corringe, Jean-Roger Caussimon, Michel Tonnerre.

Le disque (argumentaire officiel):lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rock

Enregistré au Garage Hermétique à Nantes par Nicolas Moreau (Pete Doherty, Raoul Petite, Dominique A) s'intitule Pied Tendre. Entendre par là : le nom donnée par les Amérindiens aux colons blancs qui refusaient de marcher pieds nus par snobisme. C'est un disque chaleureux et accueillant d'un chanteur en liberté. Lucien Chéenne a le profil du type qui ne se la raconte pas. Il enfourche autant le vieux canasson country-folk que la bécane vrombissante d'un blues-rock brut de décoffrage. Il peut se le permettre puisque il chante à cœur ouvert. Des chansons tissées à partir de souvenirs à la fois respirés et observés. Des chansons injectant du kérosène au réalisme des situations. Des chansons jamais contraintes par la norme et l'époque. On pense à Dylan et son illustre opus Highway 61. Il se dit même que Lucien Chéenne a failli appeler l'album Desolation row.

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lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockInterview :

Avant la création de ton groupe Chéenne de vie, tu faisais déjà de la musique ?

J’ai commencé cette activité tout seul à 8 ans. J’avais un tout petit piano ridicule et je faisais de la batterie sur des sceaux. C’était la pleine époque du hard FM. J’avais envie de faire du hard avec des permanentes (rires). Sinon, j’écoutais les Guns N’ Roses, mais aussi les Frères Jacques. J’ai des parents très anciens qui m’ont appris beaucoup de choses vraiment « old school ».

Tu comprenais quoi au hard rock à 8 ans ?

Rien, mais c’était un exutoire. J’adorais voir les mecs qui pétaient des câbles. Il y en avait plein et vraiment, ça m’a donné envie de faire pareil.

A quelle âge as-tu écris tes premières chansons ?

A 16 ans. Je composais et j’écrivais les textes, ensuite, j’allais les chanter dans les rues en Bretagne. Je chantais tout en Français parce que c’est ma langue.  

Le public dans la rue était réceptif ?

Je voyais que les gens s’arrêtaient et écoutaient. On me disait que j’avais une voix.

Clip de "Tout pris".

Je crois que tu étais « punk » à l’époque.

Oui, j’avais une crête et tout. Mon groupe Chéene de vie, que j’ai monté à 18 ans, était presque un groupe punk, même si on chantait des chansons. Mais avant cette formation, j’ai joué dans plein d’autres. Je cherchais où était ma place et ce que je voulais faire exactement. J’ai appris à grandir et à m’émanciper dans cette jungle avec toute cette faune-là.

Jungle ?

C’était la petite jungle dans la grosse jungle. C’est ça qui est bien avec l’alternatif. Il faut toujours se battre et éviter les dangers.

lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockUn jour, tu montes donc Chéenne de vie ?

Je ne comprenais rien aux « musiques actuelles », à ce qui se faisait de très « hype » et très contemporain. J’avais donc besoin d’être entouré et d’être dans cette musique et culture indépendantes. On a bien tourné sur les scènes alternatives. Chéene de vie, ça a été une grosse aventure… très formatrice.

Pourquoi as-tu arrêté le groupe?

A un moment donné, j’en ai eu ras le bol. Quand on dit qu’un groupe, c’est comme une famille, c’est de la poudre aux yeux. On est très seul, même si on est accompagné. Par la force des choses, c’est un peu « chacun pour sa gueule ». Si t’es trop gentil, tu te fais bouffer, si tu es trop méchant, tu restes tout seul. J’ai préféré me prendre en main sans l’aide des autres.

Tu as étudié la musique de l’intérieur.

Grace à la musique, et au travers d'elle, j'ai pu faire de la sociologie, recouper, tester, apprendre sur moi et sur les autres. La musique est une véritable loupe qui permet de mieux comprendre le monde, son histoire, ses répétitions; ses erreurs. Grâce à elle, on peut apercevoir un tas de trucs qui nous parlent tout de suite. La génération qui chantait pour la paix a été remplacée par celle qui chantait le pognon. Aujourd'hui, quels sont les messages?

Teaser de l'album Pied Tendre.

lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rockJe te trouve engagé quand tu me parles, mais tes chansons ne le sont pas.

Avec Chéenne de vie, on était engagés, avec mon projet personnel, je voulais l’être moins, sortir de cette ornière-là. J’estime que mon engagement ne regarde que moi. Le rôle du musicien ou de celui qui écrit des chansons, ce n’est pas de faire la morale aux autres. A un moment, Bob Dylan a fait la bascule. Il s’est transformé en moraliste. A partir de là, on a commencé à le siffler en concert. Quand on bascule dans la morale, ça n’intéresse plus personne. Ce n’est pas ce qu’on a envie d’entendre. Ce qui nous intéresse, c’est éventuellement un réveil des consciences, une piqure de rappel, pas que l’on nous récite un dogme. On est au XXIe siècle, les grandes aventures sociales sont finies, les quêtes humaines aussi. La quête individuelle semble être celle qui a le plus de sens, même si cela reste largement discutable

Tu as surtout la volonté de divertir ?

Oui, complètement.

Tu pratiques pas mal l’autodérision dans tes chansons ?

C’est une de mes forces, une marque de fabrique.

Musicalement, ton disque donne aussi envie de danser.lucien chéenne,pied tendre,interview,mandor,country,rock

Dans ma musique, il y a une grosse influence Johnny Cash. Je peux dire que je fais du country rock en français.

Ce n’est pas un peu désuet en France ?

Sûrement. Mais comme la musique électronique. Je te signale que Pierre Henry a inventé ça dans les années 60. La mode, c’est vulgaire. L’intéressant, c’est justement le désuet.

Quel est l’artiste dont tu aimerais avoir une carrière similaire ?

Serge Gainsbourg. C’est la classe internationale ! Quand il faisait un disque, il pensait déjà aux deux suivants. Il a toujours eu des coups d’avance et ses textes sont purs et limpides. Gainsbourg indique toujours un futur. Aujourd’hui, les jeunes sont très  influencés par lui. « La carte postale » de Juliette Armanet, c’est du Gainsbourg. Julien Doré, il ne fait pas du Gainsbourg période L’homme à la tête de chou ? Non, vraiment, il est présent aujourd’hui chez plein de gens.

Mais il ne t’a pas influencé toi ?

Tu plaisantes ? Serge Gainsbourg a de superbes morceaux de country. « Un violon, un jambon », par exemple.

"Un violon, un jambon" par Serge Gainsbourg (réalisé par Jean Bacque le 20/11/65).

Tu es plus exigeant en musique ou en textes ?

Les deux mon général ! Un peu d’exigence, un peu de compassion et beaucoup d’écoute. On a le droit de faire des erreurs. Parfois, les erreurs ont un sens.

Tu travailles déjà sur un nouveau disque ?

Oui. Et comme Gainsbourg, ce qui m’intéresse, c’est de travailler sur un contre-pied.

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Pendant l'interview...

Quelle tournure aimerais-tu que ta « carrière » prenne ?

Je n’ai pas envie de devenir Johnny Hallyday non plus, d’ailleurs, de ce côté-là, il n’y a pas de risques. Mais, il ne faut pas se leurrer, à partir du moment où on fait un métier sur scène, un métier où on se fait voir et où on cherche la lumière, il y a forcément une volonté d’aller toujours plus loin et d’être reconnu par le plus grand nombre. Si je ne suis pas plus connu que je ne le suis aujourd’hui, ce n’est pas grave. La vie que je mène aujourd’hui est déjà exceptionnelle pour moi.

C’est long de construire une carrière ?

Très long. Il y en a qui vont très vite, je ne sais pas comment ils font.

Doutes-tu souvent ?

Oui. Si je ne doutais pas, je n’aurais pas fait musicien, mais trader (rires).

Pour finir, je vais demander à ton tourneur, JB ce qu’il pense de toi (il était à nos côtés lors de l’interview) ?

JB : Pour aborder mon métier, je choisis l’humain plutôt que l’industrie Avec Lucien, on se connaît depuis le lycée. J’ai toujours aimé son univers. Je le suis depuis Chéenne de vie. J’ai envie de le  mettre dans la lumière parce que son discours et sa musique sont vraiment intéressants. Il y a un chemin à faire avec lui et si je peux apporter la pierre à l’édifice en le poussant loin, j’en serais très heureux.

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Après l'interview, le 15 mai 2018.

21 mai 2018

Franck Thilliez : interview pour Le manuscrit inachevé

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franck thilliez,le manuscrit inachevé,fleuve noir,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandorAvis aux amateurs d’énigmes et de thrillers habilement ficelés, le nouveau Franck Thilliez est sorti. Quoi de plus mystérieux qu’un roman dont on vous annonce dès les premières pages qu’il n’a pas de fin ? Dans son 17e thriller, Thilliez se joue du livre, des lecteurs et s’amuse avec les mots et les énigmes tout en nous proposant une intrigue de haut-vol. 

Pour Le magazine des loisirs culturel Auchan (daté des mois d'avril et mai 2018), j'ai rencontré l'auteur dans un café parisien, el 26 mars dernier. Voici le fruit de notre heure passée ensemble + le bonus mandorien. 

(Ici, sa première mandorisation en 2011).

4e de couverture :franck thilliez,le manuscrit inachevé,fleuve noir,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandor

Une enquête sans corps. Une défunte sans visage. Un thriller sans fin.

Aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans le coffre, le corps d’une femme. A la station-service où a été vu le conducteur pour la dernière fois, la vidéosurveillance est claire : l’homme n’est pas le propriétaire du véhicule. Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète. Sa vie ? Un mariage dont il ne reste rien sauf un lien, l’Inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale, et le traumatisme de l’enlèvement de sa fille Sarah. L’agression soudaine de son mari va faire resurgir le pire des quatre années écoulées.   Dans le vent, le sable et le brouillard, une question parmi d’autres se pose : vers qui, vers quoi se tourner, quand l’unique vérité est que tout vous devient étranger.

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franck thilliez,le manuscrit inachevé,fleuve noir,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandorBonus mandorien :

En n’évoquant dans tes livres que des gens dont l’âme humaine n’est pas reluisante, les vois-tu de manière très sombre ?

On a tous une partie sombre au fond de nous. Tous les gens qui sont dans ce café avec nous ont ça en eux. Ils ne vont pas l’exprimer devant nous, mais ils vont l’exprimer d’une manière ou d’une autre ailleurs, à un certain moment de leur existence. Je ne dis pas que tout le monde est pourri et que tous les gens sont mauvais. Ceux qui le sont ne sont pas forcément des gens que l’on trouve dans les bas-fonds, ils peuvent faire partie des hautes sphères politiques, de la haute hiérarchie d’une entreprise. J'ai lu qu'il y a 10% de psychopathes chez les grands patrons,  c’est hallucinant. Et ils font beaucoup de dégâts.

Parallèlement à la sortie du Manuscrit inachevé, Sharko vient de ressortir en poche. franck thilliez,le manuscrit inachevé,fleuve noir,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandor

Quand j’ai rendu le manuscrit, je pensais ne jamais écrire un livre mieux que celui-ci. Lucie Henebelle et Franck Sharko, mes deux flics du 36 quai des Orfèvres, unis à la ville comme à la scène, ont fortement déconné. En dehors de toute procédure légale, dans une cave perdue en banlieue sud de Paris, Lucie a tué un homme. Pour la protéger, Franck a maquillé la scène de crime. Une scène désormais digne d’être confiée au 36, car l’homme abattu n’avait rien d’un citoyen ordinaire. Il a fallu lui inventer une mort à sa mesure. Lucie, Franck et leur équipe vont donc récupérer l’enquête et s’enfoncer dans les brumes de plus en plus épaisses de la noirceur humaine.

Reprendre un personnage récurent est compliqué ?

Oui, parce qu’il faut être à la hauteur des livres précédents.

Pourquoi tes livres sont volumineux ?

Comme il y a beaucoup d’intrigues tordues, complexes, qu’il y a toujours deux points de vue, j’ai besoin d’au moins 500 pages. Il faut trouver des rebondissements à chacune d’elle pour que le lecteur ait envie de continuer  à lire.

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Pendant l'interview...

Tu es considéré comme le maitre du polar français. Tu le vis comment ?

Je le prends avec beaucoup de recul. Tous les jours, quand je suis devant mon bureau, je me dis que c’est une chance incroyable. Depuis La chambre des morts, les choses sont allées au fur et à mesure. Maintenant, je sais que les gens achètent le nom, pas forcément le livre. C’est bien d’en arriver là. C’est un sacré gage de confiance, mais si les gens sont déçus par l’histoire que je leur raconte, ils sont déçus par moi, pas par le livre. Ça change la donne.

Pourquoi sors-tu un livre tous les ans, à la même période.

C’est mon rythme. Je travaille tous les jours de 8 heures à 17h, sauf le week-end, comme la plupart d’entre nous. J’adore écrire, mais j’aimerais bien ne pas le faire un certain temps. Le rendez-vous annuel est parfait pour être là, pour exister. La complexité est dans l’épuisement des idées. A peine je termine un livre, je dois enchainer avec le suivant… et des idées neuves. Pour cela, mon cerveau est perpétuellement en éveil. J’ai la passion de l’écriture, quand je ne l’aurai plus, je ne suis pas certain de pouvoir continuer. Pour le moment, en tout cas, je suis toujours très motivé.

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Après l'interview, le 26 mars 2018.

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20 mai 2018

Benjamin Conte : interview pour son premier album La bougeotte

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(Photo : Badrou Bedji)

benjamin conte,la bougeotte,intrview,mandorBenjamin Conte est un  nouveau venu dans le monde de la chanson. Il sort un premier album que je qualifierais de très intéressant, de "il y a un sacré potentiel chez cet artiste", La bougeotte (à écouter en intégralité ici. A mon sens, "Mademoiselle Covoiturage" est un tube en puissance). Malgré une voix pas encore tout à fait assurée et assumée, j’ai eu  un coup de cœur immédiat. Il possède un sens de la mélodie impressionnant et sait écrire des textes très efficaces. J’ai souhaité rencontrer Benjamin Conte pour comprendre qui se cachait derrière cet album. Ainsi fut fait le 14 avril dernier dans les locaux de l'agence.

Mini bio :benjamin conte,la bougeotte,intrview,mandor

Benjamin Conte est originaire de Montpellier et tombe amoureux de la chanson française à la suite de plusieurs concerts auxquels il assiste à Magny-le-Hongre, près de Disneyland Paris où il travaille. Il y incarne les personnages de la parade à l'âge de 20 ans, puis multiplie les expériences professionnelles desquelles naîtront ses premières chansons. C'est en Norvège, son pays adoptif, qu'il commence à écrire alors qu’il est guide touristique. En 2016 et 2017, il travaille sur son premier album La Bougeotte, et se produit entre autres en première partie de Philippe Katerine, Pauline Croze et Ben Mazué. Ce premier opus de 9 titres est disponible depuis le 11 décembre dernier.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

benjamin conte,la bougeotte,intrview,mandorInterview :

Tu es né à Montpellier, mais tu as eu la bougeotte (le titre de l’album) très vite.

J’ai vécu  20 ans à la Paillade, un quartier très difficile. J’ai 5 frères et sœurs et autant te dire que nous ne vivions pas dans l’opulence, même si nos parents faisaient tout pour nous faire plaisir. C’est la première cause de ma bougeotte. Dès ma majorité, j’ai voulu vivre des aventures à l’extérieur.

Très vite, tu as travaillé à Disneyland à Marne-la-Vallée.

Pendant deux ans, j’ai fait les personnages de la parade. J’étais dans les personnages grands et costauds comme Baloo, Jafar et Dingo. Mais mon personnage préféré était Sulli de Monstres et Cie parce que le costume était extrêmement volumineux, à l’intérieur, tu avais beaucoup d’espace.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Artistiquement, cette expérience t’a apporté quelque chose ?

Il y a de tout à Disneyland. Des chanteurs, des danseurs, des rappeurs, des slameurs … j’ai rencontré beaucoup de vrais artistes. Certes, ce boulot n’avait rien à voir avec le chanteur que je voulais devenir… il fallait donc que je le quitte un jour.

C’est dans une salle à proximité de Disneyland, à Magny-le-Hongre, le File 7, que tu as vu tes premiers concerts de chanson française.

Cette salle était à 8 minutes à pied de chez moi. C’est là que j’ai découvert Cali. Ça a été un vrai choc. J’ai vu aussi Miossec, le groupe Dolly, Dominique A. J’ai pris conscience que la chanson française était un univers auquel je pourrais éventuellement avoir accès.

En 2007, tu es parti en Norvège.

Je me suis installé là-bas comme guide touristique. Je le suis toujours. Je passe la moitié du temps en France et l’autre en Norvège.

Clip officiel de "Je disparais".

Le clip de « Je disparais » a été tourné là-bas.

Je ne pouvais pas le tourner ailleurs. J’ai eu la confiance d’une équipe qui a travaillé avec Florent Pagny, Jenifer, Julien Doré et plusieurs autres artistes de variété pour beaucoup moins cher qu’habituellement car je connais tous les endroits et les gens qui pouvaient nous aider étaient nombreux là-bas.

En 2013, suite à une rupture sentimentale, tu prends la décision de chanter en français, donc tu quittes la Norvège pour revenir en France.

Je me suis retrouvé a chanter dans des endroits tout petits, des pubs, des bars, des restaurants…Parallèlement c'est cette année-là que j'ai trouvé un réel équilibre sur le plan professionnel en travaillant pour le tour opérateur Terra Nova. Par leur confiance et leur rémunération, sans rien faire, ils ont agi comme mon premier label.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Aujourd’hui, tu  chantes dans des salles plus importantes.

Je suis déjà fier du travail accompli. Tant qu’il y a une progression dans ce que tu fais, quel que soit le domaine, que tu ne stagnes pas, tu te dis que ça ne fait qu’avancer.

Tu as fait 3 fois, la première partie de Philippe Katerine.

Je crois savoir que j’étais le seul artiste autoproduit à faire des dates sur sa tournée. En plus, la première a eu lieu dans mon quartier de la Paillade. C’était sacrément symbolique. De tous les artistes que j’ai rencontré jusqu’à présent, c’est Philippe Katerine qui m’a fait la plus forte impression. Il y a toujours une distance qui s’installe entre tête d’affiche et première partie, ce qui est normal. Elle a, elle aussi, beaucoup de pressions. C’est la tête d’affiche qui remplit la salle. Philippe Katerine a pris le temps de poser des questions, de savoir qui j’étais, de sourire. Il a tiré le rideau de scène avec moi tout en espionnant le public. Il m’a pris dans ses bras avant que je me produise.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Je suis étonné par la qualité de production de ton premier disque.

J’ai commencé la musique à 30 ans, là j’en ai 34. Je suis arrivé en studio en sachant ce que je voulais et en étant bien préparé. Combien de fois j’ai « pourri » le technicien ? On a fini tous les deux exténués, mais on a produit un album tel que je le voulais. Ma grande force dans ce métier, c’est mon objectivité par rapport à ce que je fais. Il a fallu presque deux ans de travail pour que j’arrive à comprendre que cet album est de niveau acceptable et que son univers se tient.

J’ai l’impression que tu as pris la décision de devenir chanteur du jour au lendemain. Mais, on ne devient pas artiste comme ça, juste en décidant de le devenir…

J’ai « bouffé » énormément de chansons françaises, particulièrement dans les 6 années avant 2013. J’ai écouté en boucle toute la discographie de chanteurs comme Alain Souchon ou Dominique A. Après, à la guitare, j’ai tenté de reproduire, puis d’inventer. D’ailleurs, je trouve qu’on invente rien en musique, je sais juste que je suis capable de trouver des mélodies et de m’appliquer à écrire des textes.

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Tout ça, sans avoir appris la musique.

Je me dis que le type qui a passé 10 ans au conservatoire qui voit arriver un type comme moi surgit de nulle part, il peut ne pas comprendre. On reproche aux musiciens qui ont appris officiellement les bases d’être trop techniques. Moi, je les envie d’avoir cette rigueur technique.

Si je comprends bien, tu as appris en écoutant les autres ?

Oui. Ça permet de se formater, d’apprendre à structurer une chanson.

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Toi, tu as de l’inspiration facilement ?

Oui, c’est vraiment spontané. Une chanson, c’est une idée, une fulgurance. Il faut la travailler tout de suite. C’est ainsi que je procède.

De toute manière, il n’y a pas de règle en musique.

Tu as raison, c’est comme en amour. Un jour, Florent Marchet m’a demandé : « ne pensez-vous pas qu’il faille tout abandonner pour arriver à vos fins dans la musique ? » Je pense exactement tout l’inverse. J’ai beaucoup d’admiration pour cet artiste, alors ça m’a quand même bien fait réfléchir. Je me suis demandé s’il avait raison ou tort et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’y a pas de règles. Chacun son parcours.  

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(Photo : Nicolas D'Andreano)

Te sens-tu légitime dans ce métier? benjamin conte,la bougeotte,intrview,mandor

Ce qui est légitime, c’est de faire ce métier-là. Tu en découds avec toi-même.

Je vais t’expliquer pourquoi tu vas réussir. Tu as eu une enfance un peu violente, tu es guide touristique en Norvège, c’est très physique comme métier... bref, il faut du mental. Je trouve que tu abordes ce métier de chanteur comme un sportif de haut niveau.

C’est marrant que tu me dises cela parce que quand j’entends des interviews de sportifs de haut niveau, je me dis souvent que je pourrais avoir le même discours. Je fais le même parallèle que toi car cela demande beaucoup de discipline.

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Après l'interview le 14 avril 2018.

19 mai 2018

Thomas Chaline : interview pour Alain Souchon, la vie en vrai et Indochine, la véritable histoire

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Thomas Chaline fait partie d’une nouvelle génération de biographe. Il est jeune et écrit aussi bien sur des nouveaux artistes comme Tal et Zaz (je l’avais d’ailleurs mandorisé pour cette biographie) que sur des « monstres » de la chanson française comme Souchon et Indochine (les deux chez City Editions). C’est d’ailleurs ces deux derniers qui nous intéressent aujourd’hui. Pour en parler, j’ai reçu l’auteur le 12 avril dernier chez moi.

Les livres :

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorAlain Souchon, la vie en vrai :

Éternel adolescent, rebelle tranquille et nostalgique… Alain Souchon promène sa silhouette dégingandée sur les scènes françaises depuis plus de quarante ans, enchantant des générations de fans avec des tubes inoubliables, de J’ai dix ans à La ballade de Jim ou Allo maman bobo. Qui aurait deviné que cet homme fragile, doutant toujours de son talent, ferait une carrière aussi exceptionnelle ? Obscur chanteur de la Rive gauche parisienne, Alain Souchon lui-même ne croyait pas en sa bonne étoile. Il aura fallu dix ans de galère et la rencontre décisive avec son alter ego Laurent Voulzy pour que tout change. L’auteur de cette biographie est parti sur les traces d’un artiste unique. Un homme secret qui, dans ses chansons, raconte nos vies pour mieux dissimuler la sienne. Un homme authentique, simple et sensible. Vrai.

Alain Souchon intime : la biographie d’un artiste authentique.

Indochine, la véritable histoire : thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandor

Bientôt quarante ans... Indochine est le seul groupe de rock français à avoir su traverser les époques et les modes en touchant de nouvelles générations de fans. Des débuts confidentiels au Rose Bonbon jusqu’aux gigantesques concerts du Stade de France, Indochine a tout vécu. Adulé dans les années 80, détesté dans les années 90, avant de renaître triomphalement dans les années 2000, Indochine a un parcours incroyable, unique. Grâce à un homme: Nicola Sirkis, dont l’envie et l’énergie n’ont jamais faibli, malgré les difficultés, les doutes, les trahisons et les tragédies. C’est cette exceptionnelle saga musicale que l’auteur nous fait vivre, notamment à travers des entretiens inédits. L’histoire d’un groupe entré dans la légende et qui n’a pas fini de faire parler de lui…

De L’Aventurier à 13: dans l’intimité du groupe culte.

Interview :

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Première partie : Alain Souchon.

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorAlain Souchon, tu l’aimais bien à la base ?

J’adorais quand j’étais ado, entre 15 et 18 ans. Après il s’est absenté pas mal d’années, de 1999 avec l’album Au ras des pâquerettes à 2005 et La vie Théodore, donc je suis passé à d’autres artistes entre temps.

Avant d’enquêter sur lui, j’imagine que tu te disais qu’il était un personnage intéressant…

Pour sortir des textes comme les siens, forcément, il faut avoir du fond derrière et une histoire. Il y a une grande sensibilité chez Souchon. Quand on regarde son parcours, on se dit qu’il revient de loin. Son enfance n’a pas été facile.

Tu racontes l’accident de voiture dont il a été victime. Il a perdu son père et sa mère et son frère ont été grièvement blessés… c’est atroce.

On est en 1959. L’ambulance part avec sa famille et lui il rentre en stop. C’est vraiment du Zola. Aujourd’hui, au moindre accident, il y a une cellule psychologique et c’est tant mieux. Lui, à l’époque, à 13 ans, on le laisse seul. Il a été évidemment marqué par cet évènement.

Tu expliques dans le livre qu’il lui a fallu bien du temps pour être sûr de son talent. Il était dans le doute permanent.

C’est un anxieux de nature. Michel Cœuriot, son réalisateur et arrangeur, m’a confié qu’en studio, Souchon n’est jamais confiant, mais qu’il assure en une prise de voix ce qu’il a à faire. Il connait de jeunes artistes imbus d’eux-mêmes et trop sûrs d’eux avec lesquels c’est la croix et la bannière pour travailler.

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En 1985 à Nostalgie Montpellier.

Alain Souchon a toujours cru que le succès n’allait pas durer.

Comme il avait mal démarré dans la vie, il se disait qu’il n’aurait jamais de chance. Pendant très longtemps, il a considéré qu’il était à la mode à un  moment donné, mais que ça allait s’arrêter.

Et aujourd’hui, il pense quoi de sa carrière ?

Il est toujours aussi humble. Il prend tout ça avec beaucoup d’humilité. Il a en tête ses maîtres comme Brassens ou Ferré. Pour lui, il n’a jamais atteint ce niveau-là. Je ne sais pas s’il a conscience de l’importance qu’il a dans la chanson aujourd’hui.

En écrivant cette biographie, tu as appris des choses que tu ne savais pas ?

Je soupçonnais ce côté très anxieux qu’il a sous son éternel allure d’enfant perdu sous sa bulle, mais pas à ce point. J’ai aussi compris que pour exorciser ou oublier un peu les drames qu’il a vécus, il s’est réfugié dans la poésie, la littérature et la création. Ça l’a sauvé. 

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Parle-moi de l’amitié Souchon-Voulzy.

Ils sont copains, mais sans plus. Ils ont toujours eu besoin l’un de l’autre professionnellement, mais c’est tout. Voulzy a quand même déclaré après leur tournée commune il y a deux ans que ça ne les avait pas rapprochés. Ils se sont rendu compte de leurs différences. Ils n’avaient pas la même vision artistique. Voulzy voulait faire les Zénith, Souchon les théâtres. Souchon voulait une formation réduite, Voulzy voulait sortir la grosse artillerie. Finalement, contrairement à ce que prétend la légende, ils ne se voyaient pas beaucoup sauf pendant les périodes de travail. Ils partaient en Bretagne ou sur la côte d’azur trois semaines et ils bossaient. Ils savent ce qu’ils se doivent l’un et l’autre, ils ont ce lien très fort, au-delà de ça, ce ne sont pas les prétendus meilleurs amis du monde. 

Quand tu écris un livre sur Souchon, tu écoutes du Souchon ?

Tout à fait. J’ai besoin d’être dans son univers. Quand on connait sa vie, ça lève le voile sur beaucoup de textes. Il sait traduire la faiblesse et la sensibilité des hommes comme personne.

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Charles (Ours), Alain et Pierre Souchon.

J’ai l’impression qu’actuellement, il met en avant ses enfants, comme s’il voulait passer le relais.

Il a 74 ans cette année, ses enfants ont la quarantaine. Il a toujours dit qu’il ne voulait pas que le public le vire, mais qu’il préférait partir de lui-même. Alors, c’est vrai qu’en ce moment, avec notamment le troisième volet du Soldat Rose signé Alain, Charles (Ours) et Pierre Souchon, il les porte plus qu’à l’accoutumée. Ces enfants ont beaucoup de talents, c’est indéniable, et je trouve que c’est bien qu’il agisse ainsi. Je crois qu’il passe le relais tranquillement. 

C’est un mec bien Alain Souchon ?

J’en suis convaincu. Il a comme nous tous ses défauts, il ne faut pas non plus l’idéaliser. Même si il a un petit ego, il vit très tranquillement et normalement.

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En juillet 2005, à l'hôtel Régina (Paris)

Comment expliques-tu son succès ?

Les blessures amoureuses, les amours platoniques, les regrets, le mal être… ce sont des choses que tout le monde vit. Il a le courage de mettre tous ces thèmes en chansons. De plus, ses mots sont bien portés par la musique de Voulzy et la réalisation de Michel Cœuriot. Sa popularité vient aussi du fait qu’il parait très léger. Il arrive sur un plateau comme s’il arrivait dans sa cuisine. On dirait que rien ne l’effraie alors que c’est tout l’inverse.

Il est peut-être plus zen aujourd’hui ?

Oui, je l’espère.

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En mars 2010, chez EMI.

Il aime son côté Pierrot lunaire ?

Non. Il ne s’aime pas tellement et regrette sa nature. Il est souvent dans la lune avec les choses du quotidien. Beaucoup de choses lui échappent. Il est dans une bulle.

Ton livre se vend bien, tu es surpris ?

Souchon est populaire. Personne ne le déteste. Au maximum, on s’en fout. Les gens ont voulu aller au-delà du chanteur pour essayer de comprendre qui il est, connaitre sa vie et les dessous de ses albums.

Il n’a pas interdit la sortie de ce livre ?

Il est au courant, mais je crois qu’il s’en fout un peu. A son âge, il a d’autres préoccupations.

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2eme partie : Indochine

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorPourquoi un livre sur ce groupe ?

Je suis un grand fan. Tout à l’heure je te disais que j’étais très amateur de Souchon entre 15 et 18 ans, c’est Indochine qui a pris le relais. J’ai découvert ce groupe avec « J’ai demandé à la lune ». Après l’écoute de ce titre, je me suis intéressé à ce qu’ils avaient fait avant et j’ai adhéré à l’œuvre dans son ensemble. Je suis moins amateur de la fin des années 80, mais j’adore la période suivante. Il y a deux albums dont j’étais fou, c’est en 1993, Un jour dans notre vie et en 1996, Wax.

Là, pour le coup, il y a eu beaucoup de livres sur Indochine. Qu’apportes-tu de nouveau ?

Chaque auteur à sa patte et sa façon d’aborder le sujet.

Mais l’histoire reste la même. Un fan qui va acheter trois biographies d’Indochine, je pense qu’il a fait le tour de la question, non ?

Je mets en avant une période et des chansons qui m’ont plus touché, parfois même des chansons cachées. Le public ne les connait pas forcément. Je préfère les mettre plus en avant que « L’aventurier », « Canary Bay » ou « Trois nuits par semaine ».

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Avec Dimitri Bodianski (saxophone, synthétiseur, 1981-1989) et Nicola Sirkis en 1985 à Montpellier.

Les fans de Nicola Sirkis n’aiment pas qu’on touche à lui et à son œuvre. thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandor

Indochine, c’est aujourd’hui une machine très protégée, très ficelée. Et bien, curieusement, les avis sur mon livre sur les réseaux sociaux et sur Amazon sont très positifs. J’ai même eu deux avis d’ultra fans qui étaient très sceptiques sur ma démarche, qui ont reconnu que mon travail était d’une bonne qualité. Je ne me suis pas fait allumer.

Tu as réussi à obtenir beaucoup de témoignages ?

Quelques-uns dont un très important pour moi, Alexandre Azaria, le co-compositeur et co-réalisateur de Wax dont Nicola Sirkis dit que c’est l’album qui marque la première pierre du nouvel Indochine. On y entend les prémices de ce que va devenir Indochine. Il y avait des rumeurs pas très reluisantes à son sujet qu’il a pu démentir. On le disait fâché avec son binôme Jean-Pierre Pilot alors que pas du tout. Au contraire, à 25 ans, il ne sentait pas de réaliser seul un disque d’un groupe qui avait autant d’années d’existence. Il se disait aussi que ça s’était mal passé avec Nicola Sirkis, qu’il s’était quitté fâché, alors que pas du tout. C’est bien de rétablir quelques vérités.

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorComment expliques-tu la longévité de la carrière d’Indochine ?

Nicola Sirkis a le don de bien savoir s’entourer. Il a un côté intuitif qui lui réussit bien. Indochine, c’est le rôle de sa vie, sa flamme. Artistiquement, depuis 15 ans, il y a OLi dE SaT qui est guitariste compositeur et réalisateur des albums. C’est lui qui a donné le nouveau son d’Indochine. Le succès qui perdure vient aussi des paroles qui sont hyper simples, faciles à retenir, avec pas mal de métaphores dedans, mais d’une redoutable efficacité. Nicola Sirkis a créé sa patte et son univers et il n’a jamais dévié de trajectoire... tout en évoluant.

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Pendant l'interview...

Nicola Sirkis me parait proche de ses fans.

Il l’est. Il s’est toujours senti redevable du public. Indochine et son public, c’est une histoire commune. Un jour, il a reçu une Victoire de la Musique et il l’a remis à un fan qui était assis devant lui. Il sait que c’est le public qui décide. Il se souvient que dans les années 90 les albums ne se vendaient pas, mais que les concerts étaient pleins à craquer. Les fans ont toujours fait en sorte que Nicola Sirkis ne lâche jamais.

Contrairement à Alain Souchon, Nicola Sirkis fait attention à son image. Il n’aurait pas le syndrome de Peter Pan ?

C’est ce que l’on dit toujours. Après, il y a les gènes qui font qu’il ne s’en sort pas trop mal (rires). Passé la vingtaine, il a eu une sérieuse hygiène de vie. Je ne suis pas certain qu’il ait beaucoup touché aux drogues et à l’alcool. Il y a deux ans, pour le retour de Renaud, il avait déclaré dans une émission de Drucker : « prendre soin de soi, c’est respecter son public ». Ce n’était pas forcément une pique contre Renaud, mais il voulait expliquer que le public attend l’artiste qu’il aime, qu’il soutient, il ne peut pas le décevoir.

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Le 12 avril 2018 après l'interview.

15 mai 2018

Arnaud Dudek : interview pour Tant bien que mal.

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arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandorEvidemment, quand on lit le nouveau roman d’Arnaud Dudek (photo à gauche: Molly Benn), une des fines plumes françaises actuelles, on se demande s’il raconte son histoire. Evidemment, quand je me suis trouvé devant lui pour cette mandorisation, j’avais envie de lui demander si le petit garçon de sept ans abusé par un adulte dans une voiture, c’était lui.

Je ne suis pas toujours délicat, certes, mais je me suis abstenu. Dudek, lui, en a eu à revendre de la délicatesse pour raconter cette histoire. Le récit est toujours sur le fil. On craint la dégringolade. Non, l’équilibre est parfait. Jamais un mot de trop, pas de pathos. Ceux qui connaissent son œuvre savent que la résilience fait partie des thèmes de l’auteur, ce livre là est le puis puissant sur la question.

Une nouvelle rencontre s’imposait, car ce livre est important. Très court, mais si intense.

J’ai déjà mandorisé Arnaud Dudek en 2013 pour son deuxième livre Les Fuyants et en 2015 pour son troisième, Une plage au pôle Nord. Pour joindre l’utile à l’agréable, le 13 avril dernier, nous avons déjeuné dans un restaurant (délicieux) de Montparnasse et je lui ai posé quelques questions sur ce roman qui ne laissera personne indifférent.

A propos du livre :

Un petit garçon rentre de l’école. Un homme portant une boucle d’oreille lui demande s’il peut l’aider à retrouver son chat. Il conduit une Ford Mondeo. La forêt est toute proche.

Le petit garçon de sept ans est mort en partie ce soir-là et n’en dira rien à personne.

Délicatement, Arnaud Dudek monte sur le ring. Il raconte comment vit et grandit un enfant violé. Comment il devient adulte, père. Et ce qu’il fait lorsque, vingt-trois ans après les faits, il reconnaît l’homme à sa voix.

A propos de l’auteur : arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandor(Photo à droite : France 2)

Arnaud Dudek vit et travaille à Paris. Selon des sources concordantes, ce garçon discret serait né à Nancy, en 1979. Dans ses nouvelles (pour la revue littéraire Les Refusés ou pour Décapage) et dans ses romans (tous publiés chez Alma), il raconte les gens ordinaires avec humour et tendresse. Son premier roman, Rester sage (2012) a fait partie de la sélection finale du Goncourt du premier roman et a été adapté au théâtre par la Compagnie Oculus. Le second, Les fuyants (2013), a été sélectionné pour le prix des lycéens et apprentis de Bourgogne. Le troisième, Une plage au pôle Nord (2015) est traduit en allemand. Les vérités provisoires (2017) est son quatrième roman. Tant bien que mal (2018), son dernier ouvrage est un texte épuré, un concentré brut des thèmes qui lui sont chers : l’enfance, l’identité, la fuite.

Il est par ailleurs co-organisateur des rencontres littéraires AlternaLivres, dont la dernière édition s’est tenue en octobre 2015 à Messey-sur- Grosne en Saône-et- Loire (et que j’ai animée).

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(Photo : Mandor)

arnaud dudek,tant bien que mal,roman,interview,mandorInterview :

Ce livre-là n’était pas franchement attendu. Je crois que tu étais sur un projet de livre politique.

Oui, depuis près d’un an. Un livre plus politisé et beaucoup plus long que les précédents. Il est presque terminé, mais il m’a demandé un travail différent. J’ai dû mener une enquête, beaucoup me documenter, faire quelques interviews pour maitriser au mieux mon sujet. J’interroge sur le sens de la politique, j’ai donc rencontré des élus de différents partis, de différents niveaux, pour affiner ce roman autour d’un jeune homme politique trentenaire qui découvre ce milieu. Ce projet, ne me satisfait pas encore, alors je l’ai laissé de côté pour le moment. J’ai écrit Tant bien que mal en décembre 2017. Ça fait un moment, que je tourne autour de l’histoire de ce petit garçon, mais je trouvais le sujet très lourd, donc je repoussais son écriture.

Comment est né ce projet de livre ?

Quand ma compagne est tombée enceinte. Quasiment, au même moment, il y a eu ce fait divers atroce d’une petite fille enlevée, torturée et qui a réussi à s’échapper de son tortionnaire. En tant que futur papa, j’ai peut-être aussi voulu conjurer le mauvais sort…

Tu t’es dit que si tu écrivais sur ce thème, ça ne pourra pas arriver à ton enfant ?

C’est ça. C’est un peu ridicule. C’est avec un recul de six mois que je me le suis avoué.

Y-a-t-il aussi des choses un peu plus personnelles qui t’ont incité à réfléchir sur ce thème ?

Oui, mais pas directement. En tout cas, ça m’intéressait de tenter de répondre à ces questions : Qu’est-ce qu’un enfant fait après ? Comment il vit ? 

Les réactions de l’enfant, le déni… c’est comme ça que réagit un enfant qui se fait violer ?

Je n’en ai aucune idée et je n’ai pas cherché à intellectualiser ses réactions. Ma sensibilité, mon côté éponge ont dû les inspirer. Je me suis peut-être juste demandé ce que j’aurais fait si ça m’était arrivé, comment je l’aurais vécu et comment j’aurais réagi. Tel que j’étais enfant, je pense que je n’aurais rien dit.

Les parents ont quand même bien fermés les yeux devant le changement comportemental du jeune garçon. Ils sont passés outre sans creuser.

Peut-on se rendre compte de certaines choses ? Quels signaux peut-on voir et ne pas voir ? On peut très bien passer à côté du mal être de son enfant.

La scène de viol n’existe pas. Tout est suggéré.

Il était hors de question que je décrive cette scène. L’idée était d’en faire un cheminement universel. On a nos blessures d’enfance, plus ou moins profondes, plus ou moins guéries… L’enfant aurait pu être victime de violences ou de harcèlement scolaire, ce que, sans doute, beaucoup d’entre nous ont vécu sans mettre de mots derrière. Ce traumatisme à sept ans aurait pu être aussi familial. Comment on réagit ? Comment et pourquoi on tait les choses et comment on revient à la vie ? C’est l’éternel thème de la résilience.

Tu as lu des livres sur la question ?

Je n’ai pas voulu. Je ne voulais pas tomber dans la théorie, je préférais que l’on soit dans l’affect. J’ai écrit à l’instinct, ce qui ne me ressemble pas forcément, mais c’était nécessaire pour ce thème.

Tu savais où tu allais en commençant à écrire ?

J’avais en tête le premier chapitre, je savais comment je voulais démarrer. Aller dans le polar, c’était hors de question, ça ne pouvait être que du fond. Une fois que c’était clair, j’ai mis trois jours à écrire le livre.

Tu l’as écrit en 3 jours ?

Oui, alors que d’habitude, pour mes autres livres, il y a au moins six mois de rédaction. Bon, il n’y a que 90 pages dans celui-ci…

Quelle a été la plus grosse décision à prendre avant de commencer le livre ?

Est-ce que j’écris à la première personne du singulier ou pas ? J’ai choisi de dire « je ».

En employant le « je », ça fait sacrément questionner le lecteur… « C’est lui ou pas ? » 

Dans un premier temps, je n’ai pas forcément anticipé. Ce qui est clair, c’est que, pour donner du poids au personnage, pour qu’il tienne bien debout, il fallait que je mette de moi. Pas frontalement, mais dans mon parcours d’adolescent et dans mon parcours de vie.

Tu n’as pas eu peur que ta famille, tes amis, tes proches se demandent si tu as vraiment vécu cela ?

J’y ai pensé, mais pas forcément immédiatement. Je me suis dit que s’il fallait des « warnings » pour les vrais proches, il y aura. Après lecture, il y a eu la pudeur de certains. Quant à mes parents, on n’en a pas parlé. Je les ai prévenus. Ils savent ce qui est vrai dans le texte, car ils me connaissent suffisamment bien. Ce que je n’avais pas mesuré, c’est le degré supérieur comme les amis de mes parents ou des gens que je connais un peu…

Il fallait que tu sortes ce que tu avais en toi une bonne fois ?

Le fait que ce sujet soit aussi important pour moi maintenant vient peut-être de quelque chose de profond que je n’ai pas encore décelé.

Le titre du livre est bien choisi. L’enfant avance « tant bien que mal », mais il avance. Il n’a pas laissé son drame submerger sa vie.

Malgré ses tocs, son incapacité à prendre des décisions, il a su se construire une vie sociale. Il a des amis, il s’est épanouit dans une première vie de prof, puis d’écrivain. Il a soigné ses maux par des mots, c’est un grand classique.

J’étais habitué à des pointes d’humour dans tes livres précédents…

Là, ce n’était pas possible. Pour laisser respirer les gens, il y a des pages blanches (sourire). Mais, si tu regardes bien, mes romans précédents ne sont pas très gais non plus. Dans Rester sage, je parle d’une mère qui emmène son fils en vacances dans la cave. Dans Les fuyants, il est question d’un père qui se suicide sans donner d’explications à son fils. Dans le troisième, c’est une veuve dont le mari s’est suicidé en allant cambrioler un casino… Ça n’a jamais été très léger, mais, effectivement, jusqu’à présent, j’avais ajouté une pincée d’humour.

Se cache-t-on derrière l’humour ?

Sans doute. C’est de la mise en distance facile, mais je pense que je continuerai dans cette voie-là dans mes prochains projets. Sur un sujet comme celui de Tant bien que mal, exceptionnellement, je ne voulais rien maquiller.

Tu as peur des  réactions des gens qui ont vécu ce qu’a vécu A. (c’est ainsi qu’est nommé l’enfant) ?

Je commence à avoir des réactions. Il y en a qui me remercient d’avoir su trouver les mots.

Ta promo sera compliquée, car il va falloir que tu te justifies tout le temps. A. est-il Arnaud ?

Je sais bien, mais j’espère que le côté littéraire de l’exercice ne sera pas mis de côté.

Est-ce que l’Arnaud Dudek que j’ai rencontré en 2013 est le même que celui d’aujourd’hui.

Sans doute pas. Il y a l’expérience engrangée, la vie qui passe avec ses joies et ses épreuves. Le fait d’être papa, le fait aussi d’être publié régulièrement. Même si je ne suis pas Marc Lévy, j’ai mon petit lectorat (enfin j’espère).

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Après l'interview, le 13 avril 2018.

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14 mai 2018

Lembe Lokk : interview pour l'EP Comment te traduire

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Qui n’a pas rencontré la chanteuse estonienne Lembe Lokk ne peut pas comprendre ce personnage aux 1000 vies. Il a été d’ailleurs extrêmement compliqué pour moi de résumer son parcours au maximum afin qu'on le comprenne.

« Elle interprète des chansons libres, dans un français qui se questionne et qui s’exulte. On y retrouve des textes sur l’exil et l’amour, sur l’autre qu’on essaie de comprendre. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme » est-il indiqué dans une biographie.

Le 24 mars dernier, nous nous sommes retrouvés une heure en terrasse d’un café des Grands Boulevards.

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorBiographie officielle :

D’origine estonienne, Lembe Lokk est une chanteuse et comédienne versatile, poétesse publiée et performeuse dans l’espace publique. Un éclectisme assumé qui donne toutes ses couleurs à ses chansons, à sa voix, aux histoires qu’elle raconte.

L’univers de cette chanteuse et musicienne est à la fois très charnel et poétique. Sa voix navigue avec sincérité entre le simple parler-chanter, une étendue lyrique et la force d’une rockeuse. Elle évoque tour à tour la sensibilité d’une Barbara, l’étrangeté d’une Laurie Anderson ou encore de Diamanda Calas ou bien la force et le magnétisme d’une Annie Lennox. Sa présence est simple et profonde, elle laisse volontiers voir sa fragilité d’humain et partage avec générosité sa poésie. Un étonnant mélange d’intimité et d’expressionisme.

Le disque (argumentaire officiel):lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandor

Comment te traduire est un EP de 6 titres en français, écrit et composé par Lembe Lokk. Un enregistrement studio live avec le violoncelliste Karsten Hochapfel, volontairement épuré et acoustique pour rendre hommage à une belle série de concerts (semi)acoustiques que l’artiste a effectuée depuis un an et pour donner un aperçu de son univers. Des « chansons en liberté » selon les uns, des textes qui ouvrent de nouvelles portes sur la langue française, selon d'autres.

Habituellement, l’écriture de Lembe Lokk se fait tour à tour dans trois langues : le français, l’estonien, l’anglais. Dans son EP, elle a pourtant choisi de se concentrer sur la langue française pour mieux creuser sa poésie et les questions qu’elle fait surgir. Ainsi dans ces chansons, elle questionne sa place entre lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorses origines estoniennes et sa culture d’adoption, la compréhension (im)possible entre deux êtres, l’absence, la distance, la présence à soi-même. Elle joue également de la langue française comme d’un instrument, avec l’acuité et le décalage d’une étrangère qui en fait une musique autant qu’un récit.

Sur ce disque, il s’agit bien de la chanson, mais nous sommes loin des structures habituelles et des formules. D’une balade transe à une chanson fleuve chantée-parlée avec maîtrise et sensualité on passe par des envolées vocales et mélodies inattendues. Un timbre de voix personnel et agréable, des arrangements simples qui font ressortir toute la beauté des chansons. Un dialogue entre deux musiciens extraordinairement sensibles et à l’écoute l’un de l’autre.

Musiques et paroles de Lembe Lokk
Réalisé par Malcolm Crespin
Enregistrement "live" & mixage par Ambroise Boret @ BKLEX Studio (Montreuil)
Mastering : Raphaël Jonin

Lembe Lokk : chant, guitare (sauf sur « tiens »), chœurs
Karsten Hochapfel : guitare portugaise, guitares, violoncelle, chœurs

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lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorInterview :

Tu as commencé ta vie d’artiste en France ou en Estonie ?

J’ai commencé ici. J’écrivais depuis toujours, mais c’est une part de moi que j’avais oublié pour d’obscures raisons. Après le bac, je rêvais de devenir comédienne, mais je ne suis pas allée au bout de ce rêve dans mon pays. J’ai fait toutes sortes de choses très différentes. De la céramique et du dessin, mais je n’ai pas osé faire les Beaux-Arts. J’avais l’impression que ce n’était pas pour moi. J’ai fait aussi un peu de théâtre et j’ai chanté dans une chorale pendant 10 ans. Mais je n’avais pas l’impression d’avoir une vie artistique. J’ai fait beaucoup de choses : secrétaire de nuit du président d’Estonie pendant un an, assistante réalisatrice, journaliste pigiste. L’Estonie est un petit pays, je sentais qu’il fallait que j’aille voir ailleurs.

En France, tu as « bourlingué » avant de devenir artiste.

Je suis arrivée le 27 décembre 1997. En arrivant, j’ai gardé des enfants, j’ai vendu des glaces, je distribuais de flyer…

Mais pourquoi es-tu venue en France ?

Pour étudier les cultures africaines. Je t’explique sans trop rentrer dans les détails, car c’est assez compliqué. En Estonie, j’ai étudié la philologie russe, pendant ce temps-là, un grand chagrin d’amour m’a frappé. J’ai vu une petite annonce à l’université qui disait en substance : « cherche étudiant d’échange pour aller vivre au fin fond de la Russie ». Comme j’étais perdue, j’ai postulé et je suis partie. Là-bas, j’ai rencontré des africains qui m’ont donné envie de partir en Afrique. De retour en Estonie, je me suis retrouvée dans une soirée où se trouvait aussi l’attachée culturelle française. Je lui ai expliqué que j’avais comme projet d’étudier les cultures francophones africaines. Elle m’a répondu qu’elle avait justement une bourse pour cela que personne n’a demandée. Elle m’a donc proposé d’étudier ça à Paris trois mois après. C’est ainsi que je suis arrivée dans la capitale française.

Une nouvelle série en coordination entre Only French et Mandolino : Chanson Voyage.

Le ministère de la culture estonien t’a récompensé pour ton travail sur la culture à Paris. Pour quelles raisons ?

J’ai créé une école estonienne à Paris en 2008. Quand j’ai eu ma première fille, j’ai constaté que toutes les théories sur le bilinguisme s’avéraient complètement fausses. Je lui parlais en estonien, elle me répondait toujours en français. Un jour, elle m’a dit : « si tu ne veux pas que je te parle en français, j’attends que papa rentre et je lui parlerai (rires). Du coup, j’ai souhaité qu’elle voit d’autres enfants estoniens et j’ai créé cette école. Je chantais aussi avec un groupe estonien en estonien et j’ai participé à l’organisation de la saison culturelle estonienne de l’Institut Français en 2011. On a donc jugé que je devais être récompensé pour tout ça.

Et un jour tu décides de devenir chanteuse…

Un mercredi soir, à 20h, j’ai décidé de devenir chanteuse. Je me souviens de ce moment précisément. Je m’étais tellement cachée ce désir que mon corps s’est battu contre sa réalisation. Quand j’ai pris la décision de devenir chanteuse, mes poumons se sont remplis de ganglions et mon corps à gonflé. J’ai été hospitalisé et j’ai été sous cortisone pendant des années. Pour la médecine française, j’aurais dû rester comme ça. J’avais 25 ans, je marchais comme une mémé… Aujourd’hui je suis complètement guérie. 

Making of de l'EP Comment te traduire.

Parlons de cet EP. Les chansons du disque te sont arrivées rapidement ?

Il a fallu que je m’instaure une discipline. Je me suis trouvée un endroit pour travailler au calme. J’ai fait comme si j’allais au bureau tous les matins. Je me mettais devant mon clavier et à ma guitare et j’écrivais ou composais mes chansons.

Les chansons « Comment te traduire » et « T’inquiète pas » viennent de textes que tu as présentés à un festival de poésie, c’est ça ?

Oui. Mais je trouvais que ces textes méritaient de devenir des chansons. J’ai fait en sorte qu’elles le deviennent un an plus tard.

Dans ce disque, tu chantes, tu parles, il y a des envolées lyriques. C’est très déstructuré… tu te rends compte que tu casses les codes de la chanson ?

Non. Ce n’est pas volontaire en tout cas. Je ferai attention pour le prochain album (rires).

Je ne dis pas ça dans un sens négatif, au contraire. C’est ce qui fait ton style et ton originalité. Tu devrais continuer comme tu as commencé.

En fait, je doute de moi. Dès que l’on me dit quelque chose sur mon travail, je ne sais pas si c’est bien ou pas.

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Le 2 mars 2018, Lembe Lokk au  TEDx de Tallina Vangla en Estonie, dans la prison de Tallinn Magasini. dans le pris

Tu es d’origine estonienne, mais tu maîtrises parfaitement notre langue.

On m’a dit que j’avais une écriture surprenante. Ce doit être parce que pour les français, la langue française est une routine. Moi, je ne connais pas cette routine, alors j’écris autrement. Je dois la maîtriser le mieux possible, alors je fais attention à chaque mot.

Peut-on dire que c’est un disque aux textes graves ?

Tu trouves que c’est grave ? Je n’ai pas l’impression tant que ça. Pour moi, c’est poétique. Les histoires « lourdes » que je raconte, j’ai l’impression de les tourner de façon à ne pas plomber l’ambiance.

On sent une profondeur dans ta poésie…

Je n’essaie pas de cacher ma fragilité, ni mes émotions, du coup ça libère les gens dans leur fragilité. Ca les autorise à être fragile également. Les gens pleurent parfois sur mes textes. Mais c’est souvent sur mes chansons en estonien. Je crée peut-être des vibrations qui font vibrer les gens, je ne sais pas.

"Il est si tard", version audio.

Tu es auteure, compositrice, interprète, mais aussi comédienne, performeuse… peut-on dire que tu es artiste et point barre.

Je pense que c’est la solution. Je me pose la question régulièrement : est-ce bon de partir dans tous les sens ? Aujourd’hui, je laisse plus de place à la chanson, parce que je reconnais que j’aimerais que mon travail de chanteuse trouve son public. Je commence à voir ce que mes chansons provoquent sur les gens, du coup, j’ai envie qu’il y en ait encore plus qui traversent les émotions que je propose.

Mais chassez le naturel, il revient au galop ?

Tu as raison. Je ne peux pas m’empêcher d’écrire des textes qui ne deviendront pas des chansons et j’ai plein d’idées de performances que je n’ai pas encore réalisées. Si je veux que « l’autre » m’entende, il faut que je me rende compréhensible, d’une manière ou d’une autre. Mais au fond, il y a une logique et une cohérence à ce que je fasse toutes ses choses.

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(Photos extraites du spectacle M.A.MA.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion).

lembe lokk,comment te traduire,ep,interview,estonie,estonienne,chanteuse,artiste,mandorOui, là par exemple, tu joues dans une pièce de théâtre. Tu as été engagée parce que tu es chanteuse.

Je joue dans une pièce de Nadège Prugnard,  M.A.M.A.E, meurtre artistique, munitions, action, explosion. J’y fais aussi une sorte de performance. J’adore m’adonner à des trucs excentriques, bizarres…

(Pour en savoir plus sur toutes ses expériences, lire ici, à la rubrique : Autrement…)

Parle-moi du clip de « Comment te traduire » dont l’animation est signée Barbara Creutz et qui a été déjà sélectionné à TMFF à Glasgow (Ecosse) et Simply Shorts Film Festival à Brisbane (Australie).

C’est une artiste qui a fait le clip de mon premier groupe Rouge Madame, « Kaua », mais surtout, elle fait des vidéos pour des opéras du monde entier. Elle a aussi réalisé des films d’animation. Avec elle, on a estimé qu’il fallait créer toute une imagerie. Comme un couple, on a traversé des moments pas évidents et on a fini par sortir quelque chose qui m’a convaincu à 100%.

Clip officiel de "Comment te traduire" de Lembe Lokk par Barbara Creutz.

Il y a aussi un joli livret avec tes textes et ses dessins. Par contre il est plus grand que l’EP.

Il s’agit d’un EP, donc ce n’était pas cohérent de faire une énorme dépense de livret. Du coup, on a voulu que ce livret soit quelque chose que l’on conserve indépendamment du disque. Nous étions frustrées de ne pas pouvoir publier, Barbara ses dessins et moi mes textes. La personne qui a fait la mise en page du disque et du livre m’a proposé de faire un livret de la taille d’un 45 tours. Ça reste un format musical, mais qui n’a rien à voir avec un EP.

Tu les vends à la fin de tes concerts.

Oui et sur la boutique de mon site.

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Après l'interview, le 24 mars 2018.

10 mai 2018

iAROSS : interview pour Le cri des fourmis

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Avec la sortie du nouveau disque de iAROSS, Le Cri des fourmis, plus de doute sur la question : il va falloir sérieusement compter sur ce trio montpelliérain, au cœur de la chanson française. 13 textes profonds qui ne laissent pas indifférent et qui osent répondre à la folie du monde. Chacun interroge bien plus qu’il ne dénonce. Entre rock, jazz et chanson (pas question d’entrer dans une case), ce disque à la rage contenue est aussi brillant musicalement que textuellement. J’ai rencontré le leader du groupe, Nicolas Iarossi, dans un café des Grands Boulevards, le 23 mars 2018.

Biographie officielle (par Stéphanie Berrebi) :

C’est la rencontre de trois styles, un son fluide, limpide, évident, reflétant des influences multiples. Le trio, issu du conservatoire,  fusionne jazz, rock, chanson française et slam. C’est avec ce mélange très particulier que les montpelliérains se sont déjà fait remarquer avec leur deuxième album Renverser, Coup de cœur de l’Académie Charles Cros.

Pendant les trois années qui séparent les deux disques, iAROSS a pris le large, se nourrissant de ses voyages (Japon, La Réunion, …) et revient avec cette envie d’aller encore plus loin dans la recherche de sa sonorité propre.

Les morceaux sont nés autour des textes, le groupe voulait en respecter l’ossature et éviter le superflu. L’équilibre est trouvé, entre l’épure et les envolées aussi puissantes que planantes, avec les guitares et claviers de Colin Vincent, le violoncelle de Nicolas Iarossi et la batterie de Germain Lebot (c'est désormais Julien Grégoire qui le remplace sur scène).

C’est un album tout en relief, à l’image de la vie, avec ses moments calmes et ses moments de rage, de folie.

Et de la rage, il y en a. Le titre « Le Cri des Fourmis » exprime cette révolte des petites gens, notre impuissance et notre désarroi.

Inspiré par les auteurs précurseurs du surréalisme tels Rimbaud ou Lautréamont, et le cinéma poétique des années 50, de Pasolini ou Bertolucci, le chanteur, slameur, poète à la voix rauque, use de la métaphore, d’images fortes et parlantes pour exprimer ses ressentis, de la rupture amoureuse aux problèmes de société.

On retrouve chez iAROSS l’empreinte du « Théâtre de la cruauté » d’Antonin Artaud, cette souffrance d’exister, cette idée que le “monde glisse et se suicide sans s’en apercevoir”.

Le disque par Patrice Demailly (extrait du journal Libération du 10 mars 2018):iaross,nicolas iarossi,le cri des fourmis,mandor,interview

Le groupe montpelliérain, à qui on souhaite vivement une visibilité plus marquée, a passé un sérieux cap avec son troisième disque, Le Cri des fourmis. Sa musique a gagné en grandeur et en discipline, sans rompre avec ses diversions climatiques menaçantes et ses longues divagations instrumentales. Entre chanson, incursions jazz et velléités rock progressif, Iaross n’a pas choisi son camp. Un souffle panoramique sous couvert de tempête grondante et d’un désenchantement verbal. Le chanteur-violoncelliste Nicolas Iarossi assume ses élans anars : «On enverra tout paître / Des images à brider / Des reflets sans reflets / Des ravages effrénés / Des rouages étalés.» Le texte de cette chanson, « Chiens de garde », prend son impulsion du côté de l’auteur anti-capitaliste Paul Nizan. Iaross, indocile et mordant, avant l’embrasement.

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iaross,nicolas iarossi,le cri des fourmis,mandor,interviewInterview :

Quand as-tu commencé la musique ?

Très tôt. Je devais avoir trois ans quand j’ai suivi une initiation à la musique. Jusqu’à 7 ans, j’ai appris une méthode américaine par l’oralité, ensuite je suis rentré au conservatoire. J’ai commencé le violoncelle à ce moment-là.

Peux-tu m’en dire plus sur cette méthode américaine ?

Tu vas directement à la pratique. Bien sûr, il y a la théorie, mais ce qui est vraiment important, c’est le jeu. On s’amuse en apprenant. D’ailleurs, dans le travail que l’on fait avec iAROSS, on fait ça aussi. On n’analyse rien, on est dans l’instantanéité. C’est très instinctif.

Tu as fait des études de musicologie, tout comme tes deux acolytes. On y apprend quoi ?

On apprend l’histoire de la musique classique du moyen âge jusqu’à la musique contemporaine.

Au fond, ça sert à quoi ses études-là quand on est musicien?

C’est avant tout un bagage culturel. Quand j’écris une chanson, je lis un livre. Ce livre va peut-être m’amener des idées. C’est pareil pour les études de musicologie. Quelque part, beaucoup de choses apprises m’ont inspiré dans ma musique, sans savoir quoi exactement. C’est de la nourriture pour l’écriture.

Clip de "Traces".

Ce bagage culturel n’est-il pas trop encombrant ?

Il faut le digérer. Il faut savoir quel propos on a envie de donner. Avec ce disque, il me semble que c’est la première fois que nous y parvenons. Je dirige beaucoup plus, je sais où je veux aller.

Tu veux aller où ?

On a changé de batteur il y a deux mois. Ça change énormément de choses. Il est plus dans l’influence musique contemporaine/electro jazz, ça nous dirige vers d’autres portes.

Mais tu gardes le côté hip-hop ?

Oui, parce que le hip-hop, le rap d’origine, celui qui est social, politique et pas lisse, m’intéresse beaucoup.

Clip de "Chiens de garde".

Est-ce que l’album Le cri des fourmis est un disque politique ?

Oui, mais ce n’est pas de la politique politicienne. Tu ne peux pas monter sur une scène pour ne rien raconter. Ça n’a aucun intérêt. Un artiste doit être un passeur qui proposent des messages politiques. Le rôle de l’artiste, c’est aussi de tenter de changer les choses. Dans le prochain disque, il y a la volonté de livrer des messages toujours aussi imagés, mais plus clairs dans le propos.

Tu vas donc freiner tes ardeurs de poète ?

Comme je viens de te le dire, j’ai envie d’être plus direct sans casser le côté poétique. C’est hyper difficile. J’aimerais arriver à écrire des chansons comme « Avec le temps » et « La mémoire et la mer » de Léo Ferré. Elles sont magnifiques, poétiques et elles t’arrivent directement au cœur et à l’âme.

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Le 9 mars 2017, avec Colin Vincent (guitares et claviers de iAROSS) et Nicolas Iarossi (chanteur/slameur et violoncelliste de iAROSS) sur la terrasse de la Scène du Canal à Paris lors d'une première mandorisation. Elle ne verra jamais le jour, car l'interview était sur mon iPhone. Celui-ci m'a été dérobé dans le métro quelques jours plus tard... Dommage car nous avions aussi parlé du groupe Volin, dont Colin est le leader.

(Photo : Sissi Kessaï, l'attachée de presse du groupe.)

Tu écris comment ?

Très souvent je compose, puis j’écris sur la musique. C’est à l’instinct. Il faut que l’écriture soit musicale, qu’elle rentre dans l’émotion, qu’elle coule... Le texte, c’est comme une partition de musique. C’est même rythmique. Le rythme, c’est la base de la musique. Suivent ensuite l’harmonie et la mélodie.

"Comment marcher droit" en sextet avec Trio Zephyr le 22 novembre 2017 au Théâtre Gérard Philipe de Montpellier.

Tu n’aimes donc pas trop les artistes de divertissement?

Heureusement que ça existe, mais au regard de ces deux façons d’envisager la musique, il y a une visibilité plus accrue dans un sens que dans un autre. Parce qu’il y en a un qui dérange et l’autre pas. Je ne crache pas sur le divertissement, ça fait du bien aux gens, mais je rappelle qu’au 16e siècle, il a été utilisé par le cardinal Mazarin pour avilir les foules. Je pense qu’aujourd’hui, il y a aussi un peu de ça.

Tu es un chanteur qui dit des choses… tu penses quoi de la société actuelle ?

Il faudrait une bonne petite révolution pour que les choses changent. Il y a un nivellement par le bas dans tout. Les intellectuels ne parlent plus. Tout se passe sur les réseaux sociaux où tout le monde y va de son petit commentaire sans fond. Plus personne ne se regarde dans les yeux pour dire les choses.

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Pendant l'interview...

Considères-tu faire de la « chanson française » ?

A partir du moment où tu mets un texte sur de la musique, ça devient une chanson. Tous les songwriters des années 70 comme Bob Dylan ou Leonard Cohen faisaient des chansons. Si on doit nous mettre dans une catégorie, celle-là ne nous déplait pas, même si on a l’esprit rock.

Comme Higelin (qui n’était pas encore décédé le jour de cette interview), dont vous avez fait la première partie un jour…

Nous sommes comme lui. On adore que le public soit près de nous. On adore quand il y a de l’intimité parce que ça donne l’impression que nos propos passent 100 fois plus. Alors qu’il jouait sa chanson « Champagne », Higelin s’est arrêté parce qu’il en avait marre de cette distance énorme qu’il y avait avec le public. Il a dit : « Bon, maintenant ça suffit ! Vous vous rapprochez tous de moi. Vous vous levez et vous venez. Je me fais chier tout seul ». J’aime cet état d’esprit.

"14/14" en live à Mourèze.

Il est clair que vous n’êtes pas reconnu à votre juste valeur. Vous souffrez du manque de notoriété ?

Non, parce que l’on sait d’où l’on vient. On fait un chemin qui nous permet d’avoir un regard critique sur les choses et de garder les pieds sur Terre. Nous sommes dans le réel et pas dans le bling bling. Mais, effectivement, on aimerait avoir un peu plus de visibilité, juste pour que notre message soit entendu par plus de monde.

Vous êtes bien dans ce milieu ?

Oui. Il faut être bien entouré avec des gens de confiance. Notre tourneur qui est aussi notre producteur sur cet album, notre éditeur, notre attachée de presse… sont des gens de confiance, c’est le principal.

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Avec Nicolas Iarossi, après l'interview, le 23 mars 2018.