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10 décembre 2018

Arthur Ely : interview pour l'EP Standard

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MfmDoWIQ.jpeg.jpg« Débarqué de Strasbourg pour tutoyer la gloire, Arthur Ely s’est construit, pièce par pièce, un univers à sa mesure, un monde dont il est fatalement le prince, le roi. Un univers hérissé de guitares électriques et de beats hip-hop; de dictions fantaisies, de variété française aux rimes acérées. » C’est ainsi qu’est présenté Arthur Ely dans un mail à destination des journalistes musicaux pour nous le faire découvrir. J’y ai vu de la malice et de l’autodérision, pas de la prétention. Le mail nous demande de nous « laisser embarquer dans l'univers totalement fantasque et cliché d'Arthur ELY,  jeune artiste "en quête de gloire, parachuté dans un marché de la musique standardisée" ». Soit, faisons ça !

Après écoute de ce premier EP, Standard, j’ai appelé immédiatement l’attaché de presse de l’artiste tant j’ai eu l’impression rare de déceler un énorme potentiel. Il ne faut pas que je passe à côté de ce jeune homme, de toute  évidence, brillant et malin qui a, nous dit-on, « l'ambition de créer une variét' pertinente ».

Le  4 décembre dernier, rendez-vous est pris dans un bar de la capitale. J’ai devant moi un jeune homme moins insolent qu’il en a l’air, mais sûr de lui et loquace.

Le Pitch (officiel) : "... Ambitieux et décomplexé, le strasbourgeois surfe sur les styles musicaux qui l’ont forgé et fait le pari de rénover une musique endormie : la variété française. Nourrie de ses fantasmes, de sa vie quotidienne et de ses prétentions futures, la musique d’Arthur ELY coupe court à la frilosité ambiante pour assumer une identité forte : des riffs de guitare électriques sur des basses sombres, du rap sur des synthés épiques et des refrains lyriques. Voilà ce qui différencie Arthur ELY des autres produits !..."

Le disque (argumentaire officiel) :IMG_7750 (2).JPG

Standard, son premier EP (re) vient de loin: tennisman en devenir, Arthur Ely ne jure que par la raquette jusqu’à ce qu’un mauvais coup mette un terme à son cursus de Sport Etudes en même temps qu’à ses rêves de Grand Chelem. La guitare servira la catharsis: entre colère et déception, les 6 cordes deviennent une obsession. Jamais naïf, comme il le révèle désormais -« J’fais ça pour la thune », chante-t-il semi-ironiquement sur « À Raison ou À Tort » -, il plonge dans la musique, rêve de Miles Davis et écoute Django Reinhardt, obsédé par la soul, le blues et Jimi Hendrix. Jusqu’à ce que surgisse le rap, monolithique, immense et plein comme un soleil noir. Les manières des stars du genre, le home-studio et la MAO deviennent nouvelle religion  au service d’un ego trip qui sert à la perfection ses rêves de gloire et se décline désormais sur ces 5 titres au creux desquels se mêlent les lignes de l’intime, de l’authentique, et celles du fantasme. Mais il y a plus : on ne sait pas bien si Arthur Ely rappe sur une variété française dont il a envoyé promener le beau-parler, MaBZSWJQ.jpeg.jpgla poésie désuète, au profit d’un verbe egocentrique hanté par les rappeurs  français, ou s’il chante de manière neuve sur les beats  abrasifs  du  hip-hop  moderne  ;  le  fil  est  fin,  le  rasoir  aiguisé,  la  diction  singulière,  repeinte  d’un  chant  personnel, d’inflexions discrètes pillées en secret chez une poignée de rappeurs comme chez les grands conteurs de la variété française.

Propulsé par le clip de son single « Le Dernier homme  », il crève désormais les baffles, armé d’une séduisante désinvolture, d’un verbe lourd et chargé de sens,  tour à  tour moqueur, bourré d’ego ou de mépris  rentré. Un  fantasme de petit garçon arrogant où Blanche-Neige est une pute et où les portes s’ouvrent comme par magie. Une mégalomanie de poche, assumée et parfaitement mise en scène. 

Le rêve, le Grand Chelem et la gloire: voici Standard.

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IMG_7748.JPGInterview :

As-tu l’impression d’être différent des autres artistes de ta génération ?

Naturellement, j’ai toujours l’impression d’être super différent de tout le monde, pas que dans la musique d’ailleurs. J’ai la sensation que ma vie est plus forte et que mes émotions sont décuplées par rapport à celles des autres. Dans le métier, je me sens décalé, parce que j’évoque aussi l’Histoire et la mythologie dans mes chansons, mais je sais qu’il y a beaucoup de choses à choper dans l’énergie vivante des gens de ma génération.

Avant cet EP, tu étais plus dans la chanson « poétique ».

Au départ, j’étais simplement guitariste donc je faisais de la musique instrumentale. J’écoutais principalement du hard rock et du jazz. Quand j’ai commencé à écrire seul mes chansons, il est vrai que mon écriture était poétique. L’adolescent que j’étais visait Baudelaire, Rimbaud… c’était le passage obligé. Un jour, l’écriture poétique m’a fatigué parce qu’elle me paraissait désuète, déconnectée et superficielle, je me suis donc mis à écouter du rap. Beaucoup. Cela m’a incité à parler plus frontalement de ce que je vivais, quitte à ce que la poésie qui était encore en moi puisse sortir de manière différente.

Quel est ton rapport à la musique ?

Je suis persuadé, et ce de manière têtue, que je vais faire de la musique mon métier et que j’atteindrai la gloire. J’écris moi-même ma mythologie pour que la prophétie se réalise.

Clip de "Le dernier homme", extrait de l'EP Standard

La plupart de tes chansons évoquent aussi ta musique.XYE2MQLg.jpeg.jpg

J’ai tendance à être fatigué par les artistes qui prétendent que leur création est quelque chose de totalement pure et autonome. Je n’y crois pas. Il y a aussi beaucoup de business derrière. Ca me parait normal et sain, en tant qu’artiste, d’être un peu traversé et perturbé par ces trucs-là. De tout temps, l’art a été contraint par des considérations économiques. Je peux paraitre un peu provocateur sur le monde de la musique, mais je le suis surtout envers moi. Quand je dis « au début, la musique, c’était une passion, maintenant, j’ai l’impression de faire ça pour la thune », je ne dis pas ça pour énerver les gens, c’est quelque chose qui me perturbe vraiment.

Comme chez les rappeurs, il y a beaucoup d’ego trip dans tes chansons.

Quand j’ai commencé à mettre la poésie de côté dans mon écriture, je me suis beaucoup servi de l’ego trip. Ça m’amusait. L’ego trip finalement est plus sincère que tout autre texte poétique et faux modeste… et au final, ça permet de moins se prendre au sérieux et d’être plus direct. C’est aussi une manière de dédramatiser un peu quelque chose que j’ai en moi. Je me choque moi-même de la pulsion que j’ai de vouloir me sentir supérieur aux autres et de vouloir dominer tout le monde. En parler de manière assumée, ça me permet de ne pas être comme ça dans la vie de tous les jours avec ma famille et mes potes… et de ne pas être insupportable.

Je comprends en t’écoutant me parler que tes chansons sont au premier degré, alors que je pensais qu’elles étaient au second.

Tu as raison, il fallait que ça sorte et c’est sorti ainsi. Mais le second degré, je crois l’avoir vis-à-vis de moi-même.

Clip de "A raison ou à tort", extrait de l'EP Standard.

sME_oi5Q.jpeg.jpgEst-ce qu’Arthur Ely est un personnage ?

Ce n’est pas un personnage comme Matthieu Chédid se métamorphose en M par exemple. J’aime juste jouer sur un côté théâtral. Je fais en sorte qu’il y ait plusieurs personnages qui représentent chacune de mes pulsions. Je montre cela dans mes clips.

Es-tu un homme pressé ?ef4newfo.jpeg.jpg

Par rapport au fait d’atteindre la gloire à tout prix, oui. Je suis pressé, mais avec une certaine exigence. Quand je suis arrivé à Paris en guitare-voix, beaucoup me demandaient pourquoi je ne faisais pas The Voice. Je sentais que je n’étais pas encore assez solide et que se presser pour se presser ne servait à rien. Il fallait que je sois plus en accord avec ce que je voulais faire. Oui, je suis pressé, oui, j’ai la dalle, mais en sachant qu’il faut le temps de construire un vrai projet.

Vouloir dominer le monde, c’est bien dans ce métier. Ça permet d’avancer plus vite, sans état d’âme non ?

Ce métier est une grosse compétition quand même. J’ai fait pendant longtemps du sport de compétition, donc j’ai ce truc-là en moi. Il faut croire en soi, c’est le seul moyen d’avancer.

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(Photo : Photograsmique).

Tu sens que l’on s’intéresse à toi de plus en plus, professionnellement. Tu étais la semaine dernière, 3ZGuDdBw.jpeg.jpgl’invité de Didier Varrod dans Foule Sentimentale sur France Inter avec Patrick Bruel et Gringe notamment. Ça te fait bizarre de te retrouver dans ce genre de situation ?

Non, ça ne me fait pas bizarre. Depuis que j’ai commencé la musique, il y a 6 ans, je sais où je veux aller. Ça peut paraître prétentieux, mais je t’assure que ça ne l’est pas. Je ne suis surpris par rien parce que je suis au début de ma carrière et que je continue à construire, alors je n’ai pas le temps d’être subjugué par ce que je traverse. 

Tu es au début de ta période promo. Tu aimes ça ?

Les chansons de l’EP ont été composées entre 6 mois et un an. Je dois défendre des titres alors qu’en termes de création, je suis déjà sur autre chose. Il y a un léger décalage.

Tu sais que tu es un peu clivant ? Tu peux énerver certaines personnes par ton côté un peu arrogant et sûr de toi.

Ça ne me dérange pas. Je ne veux surtout pas être lisse et ne rien provoquer. Je lutte pour ne pas paraître banal. Dans mes chansons, il y a pas mal d’ego trip, je te l’accorde, mais si on écoute bien, il y a aussi beaucoup de sensibilité, de paradoxes. Il y a des jeux contradictoires.

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Tu parles aussi de tes parents. Le père disparu, la maman que tu as envie de gâter pour ne pas qu’elledPYDFzVg.jpeg.jpg ressente la perte de son mari…

Tout est vrai. Ça va avec la prophétie que je me souhaite. La figure de la mère et du père dans les cieux, c’est un peu ma mythologie… j’en ai besoin.

Vocalement, tu varies beaucoup les tonalités de ta voix.

Je me suis aperçu que les chanteurs que j’appréciais étaient ceux qui avaient des modulations différentes. J’essaie de travailler ça. Avoir une voix virile, puis enchaîner avec quelque chose de très rappé, puis plus susurré… je suis à l’étape 10 sur 100 de mon travail vocal, j’en ai conscience.

Te considères-tu comme un produit ?

Oui, et il vaut mieux l’assumer. C’est ce que je fais en appelant mon EP Standard et en mettant en avant une bouteille de parfum. C’est à la fois un produit de luxe et quelque chose que tout le monde peut acheter parce qu’au final, ce n’est pas si cher par rapport à d’autres produits de luxe. Une fois que l’artiste assume que c’est un produit, il est plus libre de créer comme il veut.

C’est dur d’être libre dans ce métier ?

La liberté, il faut savoir où elle est, il faut savoir la préserver, c’est très mouvant. J’essaie d'y penser sans cesse pour me sentir plus libre que je ne le suis. La liberté se construit et doit se maitriser.

Je crois savoir que tu apprécies Daniel Balavoine. Qu’aimes-tu chez lui ?

Le souffle, la voix, la force des paroles et des mélodies. Balavoine, c’est l’idéal que j’essaie d’atteindre.

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A la fin de l'interview, le 4 décembre 2018.

06 décembre 2018

La Pietà : interview pour l'EP Chapitre 5 & 6

La Pietà, chapitre 5 & 6, interview, virginie nourry

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry« Depuis un an La Pietà débarque dans la sphère musicale, à coup de mystères, masques, concerts bruyants, textes énervés, attitude punk, et clips désabusés. La Pietà, c’est décalé, provoc, pluridisciplinaire, actuel… Et en français. Une espèce de Virginie Despentes qui aurait pris un micro, beats electro, guitares noises, punk rap sarcastique et énervant. » C’est ce qu’indique le site de Dessous de Scène (qui fait le booking de l’artiste) et on ne peut mieux dire. La Pietà sort un 3e EP, Chapitre 5 et 6 avant la sortie d’un premier album en octobre 2019. Le projet La Pietà est pluridisciplinaire. Il est lié à la musique, au roman, à l'écriture, à   l'image… Autant vous dire que la rencontrer était pour moi impératif (ce n’était pourtant pas la première fois que j’interviewais celle qui endosse ce personnage, mais elle ne souhaite plus évoquer son autre passé de chanteuse musicienne.)

Elle m’a donné rendez-vous dans les locaux du site participatif Ulule la veille de son concert privé, le 28 novembre dernier, donc.

Présentation de l’artiste (par elle-même) :la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

La Pietà, c'est la mère douloureuse. La femme, la fille, la sœur, la mère, la trainée, la sainte, la folle, la forte, la fragile, la fière, la coup-rageuse, la brisée, la réparée, la cure, la toxique, la douloureuse. Electro-nique, éclectique, électrique, tantôt slameuse, tantôt mélodique, souvent entrainane entraineuse entremetteuse, toujours directe, comme un poing dans la gueule, comme les points sur les i, comme les pointillés qui deviennent horizon. La Pietà n'est pas là pour plaire, mais toujours pour déranger.

" Je ne suis pas devenue une icône, droguée et anorexique, non je ne suis même pas de cette trempe-là. Je suis devenue grosse. C'est moins glamour… je ne suis pas morte, mais pas vraiment en vie. Je la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourrytiens. Pour rien. Je suis de ces fantômes. Je suis la classe moyenne. Le beauf moyen. Le pas très intelligent, mais pas complètement demeuré. Juste assez pour savoir que je ne sais rien. Juste assez pour comprendre que je ne comprends rien. Juste assez pour voir que je ne suis pas comme eux. Juste assez pour voir que le monde fout la gerbe, pas assez pour vomir. Je suis pas vraiment blanche, pas vraiment noire. Je suis pas riche, pas si pauvre. je ne suis ni religieuse, ni athée. Je suis de la pire race, de la pire génération, de ceux qui ne croient en rien, qui ne viennent de nulle part, et qui ne vont nulle part. Je ne suis la fille de personne, mais je ne suis pas abandonnée. Je suis juste moyenne. Je suis la moyenne. A peine." La Moyenne, La pietà.

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(Photo : Brice Bourgeois)

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryInterview :

Je t’ai connu dans un autre projet, mais il est vrai que je trouve que La Pietà te va à ravir.

Mes précédentes expériences musicales n’ont pas été réjouissantes, du coup, il y a 4 ans, j’ai voulu arrêter la musique. J’ai claqué la porte à toute ma vie professionnelle et je suis partie dans le sud. Je pensais ne plus vouloir vivre de ma musique, alors je me suis occupée d’autres artistes en montant mon propre label. Je me suis retrouvée de l’autre côté de la barrière.

En parallèle, tu as commencé à écrire un début de roman, c’est ça ?

Oui et progressivement, je me suis rendu compte que j’avais envie de mettre en musique des extraits de ce roman. A la base, je n’avais pas du tout l’intention de faire écouter le résultat, ce qui m’a permis d’être plus libre artistiquement.

Du coup, tu as abandonné la perspective d’écrire un roman.

Je ne sais pas si c’est un roman. Je ne sais pas comment appeler ça. Ce n’est pas une autobiographie parce que je romance les choses. Même si c’est ma  vision du monde, ce que j’écris est à la fois personnel et à la fois extrapolé.

Pourquoi as-tu décidé de faire écouter tes textes finalement ?

Cela faisait quelques mois qu’un ami m‘obligeait à lui faire écouter. Il a trouvé ça super et m’a proposé de mettre mon travail au propre dans son studio. Ainsi est sorti le titre « La moyenne », dont j’ai réalisé le clip, seule chez moi. Après, il s’est passé beaucoup de choses pour La Pietà, donc je n’ai plus eu de temps du tout pour finir le livre. 

Clip de "Maintenant ou jamais" extrait de l'EP Chapitre 5 & 6.

Le projet La Pietà a vite trouvé la reconnaissance. la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

A la différence de mes précédents projets, j’ai complètement lâché prise. J’ai été plus libre artistiquement, car je n’ai pas cherché à plaire, ni aux gens du métier, ni à personne d’ailleurs. J’ai dit ce que j’avais envie de dire, sans frein. Je pense que les gens ont été intéressés par ma démarche sincère et droite. De plus l’écriture est ce qu’il y a de plus important dans tout mon travail, beaucoup m’ont prouvé une reconnaissance à ce niveau-là, rien ne me fais plus plaisir.

La Pietà est sacrément provocatrice. 

J’avais la hargne par rapport à ce que j’avais vécu avant dans le métier. Le fait de mettre un masque, c’était aussi une manière de faire un pied de nez aux gens du métier. Je ne voulais pas qu’ils aient un préjugé sur ce que je faisais. Le fait qu’on ne sache pas qui j’étais a permis à des gens qui détestaient ce que je faisais de trouver ce projet génial.

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(Photo : Romain Collet)

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryTu es d’accord qu’il peut y avoir un projet qui plaise moins qu’un autre.

Tout à fait. Mais tu sais, ce qui me dérange c’est le fait qu’il y a tellement d’artistes à écouter que les gens du métier ont tendance à se dire : « Cette artiste-là, je sais déjà ce qu’elle a fait avant… » même si on leur dit que c’est un nouveau projet. J’avais envie d’avoir le droit à une page blanche et à aucun préjugé.

En cassant les codes de la chanson, tu mets un bon coup de pied dans la fourmilière.

Je me suis sentie super libre de ne plus m’imposer de devoir vivre de ma musique. Quand on fait ce que l’on veut et que l’on ne dépend pas d’un projet pour vivre, on peut tout faire sans aucune concession. Vous aimez tant mieux, vous n’aimez pas, tant pis.

La Pietà est peut-être ton projet le plus personnel, mais il est déjà en train d’évoluer.

C’est parce que je me suis rendu compte que je m’auto-piégeais. Comme je voulais fuir des cadres que l’on m’imposait dans les maisons de disques, fuir le fait que l’on voulait lisser mon projet, fuir le fait que l’on me colle une étiquette, du coup, j’ai créé mon projet, très sombre, très différent, très énigmatique. Au fur et à mesure que j’avais de plus en plus d’accompagnements, de subventions, de gens autour de moi qui gravitaient, j’étais aussi coincée dans le personnage de La Pietà. Je commençais à entendre des gens me dire que je ne  pouvais pas écrire tel texte car il n’était pas assez sombre, que je ne pouvais pas montrer mon visage parce que La Pietà devait rester énigmatique avec son masque, que je ne pouvais pas ajouter de la couleur… Au printemps dernier, j’ai compris que je m’étais créé moi-même ma propre case. Comme la liberté est justement de ne pas s’enfermer dans un rôle, j’ai fini par casser mes propres codes.

Clip de "La salle d'attente", extrait de l'EP, Chapitre 5 & 6.

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryC’est pour ça que dans ton nouveau clip, La salle d’attente, tu as retiré ton masque ?

Tout à fait. On me voit avec des écritures sur le visage, ça me permet d’enlever le masque progressivement. Des écritures, j’en faisais déjà depuis un moment, notamment sur les bras. J’ai toujours aimé écrire, j’ai toujours aimé les mots. La première fois que je me suis présentée ainsi, c’était au Printemps de Bourges, dans une salle pleine de professionnels qui m’attendaient au tournant.

C’est un soir où ça a cartonné pour toi.

Avant la Pietà, j’avais l’impression d’avoir été jeté de ce métier. On employait des mots très durs envers moi. On me disait qu’on ne comprenait pas que je continue, que je n’avais aucun talent, que j’étais incapable… on avait mis mon estime de moi sous terre. Se relever de tout ça, faire ce projet et que les professionnels et le public y adhèrent assez naturellement, ça a été une bouffée d’air frais. A Bourges, j’ai senti qu’il s’était passé quelque chose. Je suis sortie de scène et j’ai dit à mes musiciens que j’étais satisfaite d’avoir fait ce que je voulais faire. Ca m’a fait me sentir invincible. Je me foutais presque que ça ne plaise pas aux autres, j’étais contente de ce que j’avais donné.

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(Photo : Flora Riffet aux iNOUïS du Printemps de Bourges)

Depuis que tu es devenue La Pietà, es-tu plus heureuse dans ce métier ? la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

J’ai fait la paix avec ce métier. Quand je me suis occupée d’autres artistes, je me suis rendu compte qu’il y avait aussi des gens très bien dans ce métier, des gens passionnés et honnêtes. J’ai compris que j’étais juste tombée sur quelques connards, parce qu’il y en a comme dans tous les métiers. J’ai arrêté de vampiriser les choses.

J’adore ta chanson, « La fille la moins féministe de la Terre ». Tu penses tout ce que tu dis ?

Dans cette chanson, je dis tout et son contraire. Je commence à affirmer quelque chose et je dis l’opposé à la fin. Je m’en amuse, mais en règle générale, dans mes chansons, effectivement,  je pense tout ce que je dis. Par contre, je ne vis pas tout ce que je dis. Beaucoup de gens ont du mal à faire le distinguo entre l’auteure et la narratrice. Cela dit, je le comprends parce que je mets beaucoup de mes émotions dans mon interprétation. L’émotion est vraie, mais les histoires que je raconte, je les multiplie, je les romance, je les mélange avec d’autres histoires que vivent des gens autour de moi. 

Clip de "Je suis la fille la moins féministe de la Terre", extrait de l'EP Chapitre 5 & 6.

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryDans  « Défoncer le cœur », tu emploies des mots très crus et ça passe super bien. Tu es la seule à pouvoir faire ça.

Les gamins adorent cette chanson. Elle parle beaucoup de cul, mais surtout d’amour. C’est juste une histoire d’amour désabusée. Le côté provoc’ de cette chanson, c’était dans un sens humoristique, très second degré. Beaucoup de femmes me remercient d’employer ces mots-là pour une histoire que beaucoup d’entre elles ont vécue.

Es-tu féministe ?

Je préfère me voir comme humaniste que féministe. Le mot « féministe » est devenu un gros mot alors qu’il ne devrait pas l’être. En tout cas, je n’ai pas l’impression d’être une fervente défenseuse des droits des femmes. Je suis juste défenseuse des droits des êtres humains.

Clip de "Manger ta douleur", extrait de l'EP, Chapitre 5 & 6. (Chanson dédiée à son papa, Dominique Gabriel Nourry.)

On dit que ton travail se rapproche de celui de Valérie Despentes. Cela t’agace ou tu prends ?

C’est le côté « femme qui ose utiliser des mots crus ». J’aime beaucoup Virginie Despentes et j’ai lu pas mal de ses livres. Je me considère beaucoup moins trash qu’elle dans ma vision de la vie et dans ma vie à moi. J’ai joué avec elle aux « Femmes s’en mêlent » en mars dernier.

Avant de monter sur scène, tu es comment ?

Je suis une grande stressée, une grande anxieuse.

Tu attends quoi de ce métier ?

Déjà, le terme métier, c’était important pour moi de m’en détacher, même si aujourd’hui, je vis intégralement de La Pietà, je n’ai pas envie de dépendre d'elle. Je n’ai pas envie de devoir m’enfermer dans quelque rôle que ce soit. Depuis cette année, je mène beaucoup d’actions culturelles, des ateliers d’écriture dans un EHPAD, dans un collège… ça me plait parce que c’est un autre rapport à la musique et à l’écriture. Bientôt on va jouer dans une prison. Je préfère le partage et le côté humain que la mise en avant de l’ego… où on se perd facilement.

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

Avec La Pietà, lors de l'interview, le 28 novembre 2018 dans les locaux d'ULULE.

03 décembre 2018

MESS : interview pour Les radiations de Suzanne Ribbes

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbes

(Photo : Pierre Beteille)

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbesMESS, ça veut dire Melodie en sous-sol. Non pour le film mais pour l'esprit de ce titre, explique leur page Facebook. MESS, c’est un duo, disons-le… un couple : Christophe Rymland : Chant / Guitare / Claviers et Megane Fleger-Rymland: Guitare / Claviers.

J’ai rencontré une première fois, Christophe, aux 46e Rencontres d’Astaffort où j’étais invité pour effectuer un reportage (voir là). Je connaissais déjà le duo de réputation (très bonne) et il me tardait de l’interviewer. Ainsi fut fait le 16 novembre dernier dans un bar en face de la Gare du Nord.

(Toutes les photos "studio" sont de Pierre Beteille.)

Biographie officielle :

Sélection FEDECHANSONS 2017, « Coups de Pousses 2017 » du Festival Détours de Chant et repéré par Le Bijou, ils se sont produits sur les off des Francofolies et d’Avignon... Ils ont donné une quarantaine de concerts en à peine une année et demi d’existence. Le groupe est soutenu par Christian Bordarier (Orelsan, Corneille, Pauline Croze) et Virginie Bergier du Bolegason. Christophe Rymland, la moitié masculin du duo, a étémess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbes sélectionnée et a participé aux 46ème Rencontres d’Astaffort en mai 2018 avec Christophe Maé et Francis Cabrel.

Le disque (argumentaire officiel):

Un duo, une femme un homme, des chansons aux sonorités électro aquatiques, une nage synchronisée au sein d’un océan, à la fois légère et perdue dans son immensité... Comment accepter l’autre ? Comment se situer dans la multitude ? Sentiments où se révèlent pêle-mêle l’amour bien sûr, mais aussi la joie, la jalousie, la conquête, la démence ou même la haine.

Chroniques :

 « Il y a longtemps qu’on n’avait pas eu un aussi gros coup de cœur.» Opus

 « Sous les feux lumineux, vivifiants, alternants de blanc, bleu et violet, le public est intéressé́et capté par cette composition made MESS... Un concentré de bonnes surprises !» 2lives.fr

 «Le mélange avec la chanson nous a procuré un effet non escompté. Musique planante, voix posée, textes ciselés. On salue l’entrée de la chanson dans une forme très actuelle de la musique. Tant dans les petits lieux comme le Bijou que sur la belle scène du Bikini, le duo est bien dans ses pompes, on aime ça et on vous invite à le découvrir» Pascal Chauvet, programmateur du Bijou

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbes

(Photo : Pierre Beteille)

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbesInterview :

MESS est votre première collaboration commune ?

Christophe : Ça fait deux ans que MESS existe. Notre premier concert sous cette appellation s’est tenu en avril 2016, mais notre collaboration artistique est antérieure car fin 2012, nous avons joué ensemble dans un groupe rock appelé Caméra.

Vous vous êtes donc rencontrés par le biais de la musique ?

Megane : Oui. Ils cherchaient une bassiste et voilà.

Et vous vous êtes mariés en mai dernier. C’est beau. Revenons à la musique. Avant de vous rencontrer, chacun jouait déjà dans des groupes ?

Christophe : Moi, je jouais dans un groupe de rock francophone. J’ai toujours eu envie de faire sonner du français sur du rock. Il y a eu un moment avant que l’opéra se chante dans une autre langue que l’italien, pour le rock, ça a mis aussi pas mal de temps de sortir de l’anglais.

Tu le prends comme une mission de chanter en français.

Christophe : Oui. Ma langue, c’est le français, je la défends.

Megane : Je le confirme, quand il entend des anglicismes, il n’est pas content. Moi, j’ai commencé la guitare électrique, mon prof me faisait jouer du Téléphone. Ce n’est pas pour rien que l’on reprend « La bombe humaine » dans notre EP.

Christophe : Le texte est vraiment extraordinaire. Très poétique et abrasif.

Clip de "Brouillard sur nos ailleurs".

Vous faites du rock, vous ? mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbes

Christophe : Non, je suis partant pour que l’on dise que l’on fait de la variété.

Il y a quand même pas mal de guitares électriques.

Megane : On vient tous les deux de là, c’est normal qu’il nous en reste quelque chose.

Christophe : J’estime que l’on fait de la musique tous public sans être dans aucune niche musicale. Le terme variété, je l’aime bien parce qu’il y a le mot varié dedans… et notre musique est variée.

En tout cas, ce n’est pas purement « chanson ».

Mégane : Mais si. Pascal Chauvet du  Bijou (salle mythique toulousaine qui défend la chanson française) estime que la chanson, ce n’est pas forcément planplan. Ce sont de beaux textes sur lesquels on met la musique que l’on veut. Et tant mieux si elle est moderne.

Christophe : Nous, on écrit des chansons avec différentes couleurs musicales comme le rock, la pop et beaucoup l’electro.

Quelle est ton rôle, Megane, dans le duo ?

Megane : Je suis claviériste, bassiste et un peu chanteuse. Sur le disque, on m’entend moins que lorsque nous jouons en live. Sur scène, je prends de plus en plus de place parce que le côté duo nous tient à cœur. Le côté electro vient beaucoup de moi.

Teaser live.

mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbesSur scène vous être proche de ce que l’on peut écouter sur l’album ?

Christophe : C’est assez proche, maintenant, on ne s’interdit pas le droit de jouer certains titres de manières différentes et de réarranger certaines orchestrations.

Megane : C’est le cas pour « Le bonheur c’est débile » par exemple. On aime bien varier les plaisirs pour ne pas nous ennuyer nous-mêmes.

Qui écrit les textes et la musique ?

Christophe : C’est moi, mais on travaille beaucoup ensemble.

On sent une exigence tant musicalement que textuellement.

Megane : Christophe est hyper exigeant.

Christophe : Je ne suis pas le seul. La plupart des artistes le sont… ou devraient l’être en tout cas.

Clip de "J'attends". 

On vous sent un peu influencé par Noir Désir, Bashung, Dominique A… Pour les gens qui ne vous mess,christophe rymland,morgane rymland,les radiations de suzanne ribbesconnaissent pas du tout, on pourrait vous comparer à qui ?

Christophe : Quand on nous pose cette question, pour aller vite, je réponds qu’on est un mélange entre Bashung et Björk.  Portishead, Goldfrapp, on aime bien aussi.

Pourquoi chantez-vous ?

Christophe : C’est une question difficile parce qu’on a toujours ce problème de légitimité. Quelle est ma prétention à vouloir faire ce métier ? On aimerait transmettre quelque chose pendant une heure. Ça peut être du bonheur, de la réflexion, un message, un bien-être, qu’il soit sensoriel ou intellectuel.

Megane : Hier, on a entendu  Miossec parler du syndrome de l’imposture. Parfois, on se sent légitimes, parfois moins. On est souvent dans le doute.

Les concerts, c’est ce que vous préférez faire ?

Megane : Oui, on aime partager notre musique. On voit les gens réagir au fruit de notre travail, c’est plaisant.

Christophe : J’aime bien le studio, mais la scène aussi parce que c’est là que tu vois si une chanson marche ou pas.

Cet EP vient juste de sortir, comment voyez-vous la suite ?

Megane : Nous souhaitons sortir un album avec de nouvelles chansons en 2020. On aimerait travailler dans un vrai studio avec plusieurs claviers analogiques et pouvoir trifouiller…

Christophe : On veut travailler encore plus notre univers, notre son, nos arrangements.

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Le 16 novembre 2018, après l'interview.

30 novembre 2018

Vianney : interview pour son album live "Le concert"

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Interview pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de novembre et décembre 2018.

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"La même" (Live) extrait du CD-DVD "Le concert", enregistré à l’AccorHotels Arena.

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"J'm'en fous" (Live) extrait du CD-DVD "Le concert", enregistré à l’AccorHotels Arena.

21 novembre 2018

Sacha Toorop : interview pour Les tourments du ciel

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(Photo : Lara Herbinia)

Le liégeois Sacha Toorop revient avec un nouvel album à mi-chemin entre jazz, chanson française et pop : "Les Tourments du Ciel". Onze titres qui abordent les thèmes universels des voyages, des clivages, des espoirs. Comme à son habitude, ses titres jazzy-pop au style très personnel sont surmontés de sa voix pleine de sensibilité.

Pour être franc, je ne savais de Sacha Toorop pas grand-chose, sauf qu’il était le batteur emblématique de Dominique A (mandorisé là maintes fois). Quand j’ai écouté son nouvel album, j’ai eu la curieuse sensation d’être passé à côté d’un grand artiste. Il fallait rattraper le temps perdu et rencontrer ce curieux et passionnant personnage  (qui sera demain, le 22 novembre 2018 au Studio de l’Ermitage, à Paris). Ainsi fut fait le 14 novembre dernier dans un bar de la Gare du Nord.

Mini biographie officielle:

Entre collaborations fructueuses – Dominique A, Yann Tiersen ou Axelle Red – et projets musicaux personnels, Sacha Toorop crée depuis quinze ans un univers unique, entre rock expérimental, chansons désabusées et jazz enfumés. Autodidacte passionné, multi-instrumentiste chevronné, Sacha Toorop, c’est cette voix insaisissable, cette plume d’orfèvre qui nous guide vers des contrées inexplorées aux frontières du rêve et de la réalité.

Après 5 albums à la tête du groupe Zop Hop Op et un premier opus en langue française, Sacha Toorop revient avec Les Tourments du Ciel, un nouvel album qui dévoile son plaisir à jouer de la langue française et à expérimenter les musiques qui le transportent.

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandorLe disque (argumentaire de presse) :

Les Tourments du Ciel est un album à double teinte, clair et obscur, à l’image de son auteur, voguant entre les zones troubles d’ombre jazz et de lumière pop. De sa voix douce et écorchée, Sacha Toorop dépeint avec naïveté et passion onze tableaux des tourments de la vie d’un homme aux prises avec ses angoisses et joies personnelles qui sont aussi universelles. Onze titres, chacun possédant son essence si particulière. «La Route 69» nous emmène aux surprises d’un amour sur un bitume musical brûlant et entêtant. « Orient Occident » décline, au travers des voix de Françoiz Breut et de Sacha Toorop, les clivages entre les antinomies communes. «Je Te Reviendrai» nous rassure sur les intentions de cet homme croisé et aimé. «Aussi Belle Est Douce » nous enamoure pour cette « sirène qui soulève des montagnes » et nous rappelle aux contradictions des jeux de l’amour. La carrière d’ «Anne » nous heurte tendrement à l’envol de nos enfants, parfois loin de nos espérances.

Le tout est chargé d’épaisses volutes sublimées par le jazz et d’éclaircies soutenues par une musique pop assumée. Une invitation intemporelle à éprouver en solitaire ou rassemblés.

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(Photo : Lara Herbinia)

sacha toorop,les tourments du ciel,interview,mandorInterview :

Tu as commencé quand ta carrière de musicien ?

J’ai commencé en 1991. Mon arrivée en France, je le dois à Dominique A. J’avais fait une cassette avec 4 titres qu’il avait entendu à l’époque où il cherchait quelqu’un pour compléter un groupe qui existait déjà pour sa tournée « La mémoire neuve ». On s’est rencontrés lors d’un concert à Liège.

Tu t’es senti sur la même longueur d’ondes que cet artiste ?

Pas du tout. Quand j’ai rencontré Dominique, ce qui m’a fait rire, c’est qu’il m’avait parlé d’emblée comme si l’affaire était faite, comme si on allait partir en tournée… alors que je ne connaissais pas ce qu’il faisait. C’est moi qui lui ai dit que si ça se trouve, ça n’allait pas marcher entre nous deux. En fait, ça s’est très bien passé. La première année on avait 60 dates de prévue, on a terminé avec 140 dates au compteur. Ça m’a permis de connaître les salles françaises et le réseau musical de chez vous.

Tu t’es pas mal cherché avant de devenir musicien.

Oui, je faisais à la fois du dessin, de la peinture et un peu de musique. Je ne savais pas trop quoi faire.

Tu as commencé à chanter en anglais avec ton groupe Zop Hop Op.

C’était ma culture musicale à cette époque-là. J’étais jeune et j’écoutais beaucoup de musiques anglophones. Mon papa était musicien, j’ai donc écouté beaucoup de musique  quand j’étais petit, du rock’n’roll et de la country… c’était très américain.

Clip de "Je te reviendrai" extrait de l'album Les tourments du ciel.

Ton premier album en français, Au clair de la Terre, est sorti en 2006.

Au préalable, j’avais fait 6 albums en anglais avec Zop Hop Op. Ils ont été édité dans le Benelux et on a pas mal tourné avec, mais plutôt à l’Est comme en Hongrie et en Tchécoslovaquie… C’est resté un peu underground, mais nous avions un certain public qui nous suivait. Au clair de la Terre, je l’ai sorti sous mon vrai nom, Sacha Toorop. Puisque je chantais entièrement en Français, je trouvais que c’était bien de dissocier Zop Hop Op qui était une musique plus expérimentale, plus rock psychédélique, plus progressive, de cette nouvelle aventure qui était plus « classique ». Ce premier disque en Français m’a ouvert plein de portes et d’opportunités, du coup, j’ai mis Zop Hop Op de côté.

La langue française t’a rendu plus « sage » ?

Peut-être. Cet album a cette image-là en tout cas.

C’était un album de belles chansons, je trouve.

Je n’aime pas le terme « chanson ». Il fait très ancien, très daté, très établi et je n’ai pas le sentiment que ce que je crée est comme ça. Je n’ai pas la prétention de faire des chansons d’ailleurs, je fais plutôt des morceaux de musique, des expérimentations musicales et des expérimentations verbales. Je n’ai pas de structures d’écriture et je ne me sens pas auteur particulièrement. Ce que je couche sur papier, ce sont plutôt des flashs, des idées.

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(Photo : Lara Herbinia)

C’est un problème de légitimité ?

Peut-être. J’ai l’impression qu’il y a une structure dans une chanson que je ne respecte pas toujours.

Parfois, c’est bien de mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Je suis le premier à le désirer, mais de là à dire que je le fais, je n’en sais rien.

Tu es modeste.

Non, je ne suis pas quelqu’un de très modeste. Je connais ma valeur plutôt. Je suis juste réaliste. Je suis un grand mélomane et j’écoute beaucoup de musique. Depuis une quinzaine d’année, j’ai comblé mes lacunes en chansons françaises anciennes. J’ai découvert Mouloudji, je me suis plongé dans toute la discographie de Brel, de Léo Ferré et bien d’autres. J’ai une image de la chanson française qui me semble pas tout à fait correspondre à ce que je propose, qui, encore une fois, est plus de l’ordre de l’expérimentation sonores. Ce que je crée n’est jamais très réfléchi. Je suis un spontané et autodidacte. Je découvre les choses en les faisant.

Clip de "Aussi belle est douce" extrait de l'album Les tourments du ciel.

Dans ton nouveau disque Les tourments du ciel, tes morceaux sont très variés et accessibles à toutes les oreilles en tout cas.

De disque en disque, c’est mon grand souhait : être de plus en plus clair, accessible et lisible.

Tu as travaillé avec des gens aussi différents que Dominique A, Axelle Red, Yann Tiersen, Adamo… tu puises quelque chose dans chacun des artistes que tu as accompagnés ?

Au départ, je ne suis fan d’aucun de ces artistes, mais je le suis devenu parce que j’ai rencontré les personnes. Adamo, il le dit lui-même, une grande période de sa vie, on l’a pris pour un ringard. Moi-même j’ai cru ça. Je pensais qu’il avait fait son temps. Avec le temps et la maturité, on redécouvre des choses impressionnantes dans son répertoire. Ce que j’aime bien aussi chez lui, c’est qu’il a gardé sa naïveté après un si long parcours. Ca inspire le respect.

Alors que tu joues aussi de la guitare, de la basse et du clavier, pourquoi es-tu pris uniquement comme batteur quand tu accompagnes d’autres artistes ?

C’est l’instrument derrière lequel je me suis placé spontanément quand j’ai commencé à jouer de la musique. On me demande plus d’être batteur parce que je pense avoir le feeling pour battre la mesure et amener le rythme quelque part. Au fil du temps, ça s’est presque dessiné tout seul et malgré moi. Au départ, quand je suis rentré dans l’équipe de Dominique A, lors de la première tournée que j’ai faite avec lui, j’étais bassiste, percussionniste et un peu claviériste. De répétition en répétition, de balance en balance, j’ai fini derrière la batterie et Dominique a apprécié mon groove. Pour la tournée de l’album Remué, il m’a demandé d’être son batteur. Au fond de moi, je ne me sens ni batteur, ni guitariste, je me sens simplement musicien.

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(Photo : Lara Herbinia)

Côtoyer Dominique A t’a apporté quoi ?

Ça m’a sans doute un peu décomplexé et peut-être aussi un peu rassuré, ce qui m’a permis d’accepter de chanter en français. Il y a 20 ans, pour moi, c’était impensable.

Dans l’argumentaire de presse, j’ai lu «…voguant entre les zones d’ombres du jazz et la lumière pop ».

Tu as raison, c’est peut-être un peu cliché. C’est une bonne remarque. Le jazz, on l’imagine toujours un peu enfumé, un peu sombre et la pop, on l’imagine un peu solaire. Dans le fond  ce sont des termes qui ne veulent pas dire grand-chose.

Ca correspond à ce que tu es : sombre et lumineux ?

Je crois que ça correspond à ce qu’est tout être humain en général. On est tous pareils. C’est dommage qu’on ne s’en rende pas plus compte que cela, ça éviterait les clivages qui existent aujourd’hui. On est tous des êtres sur une même planète et dans le fond, on a tous besoin des mêmes choses : manger, boire, dormir, avoir de l’amour et de l’attention.

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(Photo : Lara Herbinia)

L’être est paradoxal.

Paradoxal et un peu idiot même. Très idiot même. Je ne veux pas faire de philosophie à cinq francs, mais c’est dommage que l’on soit sur un si bel endroit, que nous soyons portés par une magie aussi gigantesque, qu’on soit si petit face à cette grandeur là… et qu’on soit dirigés par de si petits hommes.

A ta façon, tu as des textes engagés ?

Mes mots ne définissent pas un cycle d’histoire de A à Z. Il n’y a pas de fil précis à suivre, mais à travers mes mots qui émettent certaines images, on peut ressentir quelque chose de commun… Ecrire des textes engagés, c’est pourtant mon but, mais pas de façon frontal. Avec une certaine forme de poésie, de beauté et d’humour. Mon but est de fédérer des gens pour que l’on se retrouve en force.

Un artiste est là aussi pour changer le monde ?

Ce serait bien que la marche du monde prenne un autre pli. Si c’est par l’intermédiaire d’un écrivain, d’un chauffeur de taxi, d’un boulanger, d’un restaurateur, d’un camionneur ou d’un chanteur, je suis pour.

Et divertir les gens, c’est déjà pas mal, non ?

Ce serait génial que j’y parvienne. Je ne pense pas que mon style de musique peut divertir. J’ai l’impression que c’est trop sombre et trop compliqué.

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(Photo : Lara Herbinia)

Ce n’est pas du tout ce que j’ai ressenti en écoutant ce disque. Je le trouve presque solaire…

Ça vient de moi, je me demande toujours si ce que je fais n’est pas trop pesant, si des gens vont vouloir écouter ça… Mon disque s’intitule Les tourments du ciel. Cela me semble refléter un état d’esprit commun aux gens que je vois autour de moi. Tout le monde est trop tourmenté, alors que ça pourrait être si simple. Comment on se complique la vie, c’est dingue !

Un chanteur doit-il être politique ?

Nous sommes politiques sans être politicien. Mais, s’adresser à un public et chanter un texte, c’est un acte politique, en effet. Peut-être qu’un chanteur devrait être politicien, tu as raison. Ça pourrait éclaircir plein de choses ou que ça accélèrerait certains processus.

Tu aimes la promo ?

Je n’ai pas fait 1000 disques, donc sortir un album, ça reste un évènement. Je suis très touché par l’intérêt que portent les médias en Belgique et en France aux Tourments du ciel. On me reçoit, on me pose des questions, on me demande d’où je viens, d’expliquer ce que je fais. C’est agréable de voir qu’on s’intéresse à mon travail, qu’on le chronique. C’est autant enrichissant que réjouissant.

Ce n’est pas gênant de parler de son œuvre ?

Non. C’est gratifiant. On a tous besoin qu’on s’intéresse à nous. Moi, je me cherche toujours un peu, je suis pétris de doutes, ça me touche donc beaucoup que l’on me donne la parole et que l’on me demande des explications pour approfondir certaines choses. 

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Le 14 novembre 2018, après l'interview.

20 novembre 2018

ÜGHETT : interview de Diane Villanueva et de Goulwen Courtaux pour l'EP Nectar"

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(Ella Hermë)

Diane Villanueva, Goulwen Courtaux, et Harold Kabalo sont les trois membres du groupe electro pop Üghett. C’est lors des 47e Rencontres d’Astaffort que j’ai rencontré la chanteuse de cette formation. Tout de suite, j’ai remarqué cette jeune femme à la forte personnalité aussi charismatique que sympathique. Nous avons fait connaissance et elle m’a fait découvrir Üghett. Je lui ai promis qu’à notre retour à Paris, je la contacterais pour une mandorisation. Ainsi le 6 novembre dernier, j’ai donné rendez-vous à Diane et Goulwen (Harold étant excusé en Bretagne) dans un bar de la Gare du Nord.

Leur premier EP, Nectar sortant le 23 novembre prochain (dans 3 jours) et leur Release party étant le 28 novembre au Klub,  je publie l’interview aujourd’hui.

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloBiographie officielle :

Ce trio musical aspire l'air du temps et se l'approprie au gré de leurs compositions singulières. Le groupe Üghett fait un remous libérateur et décadent dans l’immense océan de la chanson. Puissant, cocasse et léger à la fois, des vibrations résolument techno et dance promettent de semer un agréable trouble dans les eaux calmes où se reflètent tant de mélodies consensuelles. Voilà un ouragan de bonnes ondes à la rythmique joviale et décomplexée impulsée par la voix de Diane, une diva excentrique au charme électrique, de Goulwen, le geek des synthés et d'Harold, un Dj aux influences électro et tribales. La fusion humaine et artistique est immédiate. Unis par une indéfectible amitié, ils forment un trio idyllique. Le groupe nait d’un délire entre potes où les idées saugrenues jaillissent et se muent en projet sérieux. Üghett fut l’enfant divin qui naquit d’un fruit semé dans ces trois esprits déjantés. Se ranger dans une case ? Pas question. A travers l’identité du groupe, le voyage dans le temps est garanti. Là où la techno underground fait écho, l'influence des Rita Mitsouko prend tantôt le dessus, en passant par la grivoiserie très 60’s de Colette Renard. Tabous au placard, le trio démarre une route artistique sans embûches, se passant de la bienséance et du politiquement correct. Üghett scande une ode au sexe avec une subtilité hilarante. Ajoutez à cela des sets travaillés avec précision, entre sons organiques et voix érotiques.

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(Photo : Ella Hermë)

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloInterview :

Dans quel contexte avez-vous fait connaissance ?

Goulwen : Diane et moi nous sommes rencontrés avant de connaître Harold. J’étais à la recherche d’une chanteuse à cette époque-là pour monter un groupe. MaJiKer, qui a bossé avec Camille et sur le précédent disque de Zaza Fournier, m’a dit qu’il connaissait bien une bonne  chanteuse qui recherchait un projet. Il a considéré que ça pouvait « matcher » entre nous. Nous nous sommes donc retrouvés tous les trois à une terrasse de café pour faire connaissance. C’est amusant, car nous étions très prudents, vraiment en mode observation l’un et l’autre. La semaine d’après, nous nous sommes revus chez moi et on a commencé à parler « prod » ensemble.

Diane : On a commencé ce projet, qui n’était pas Üghett, mais ça ne nous convenait pas encore tout à fait. On voulait un DJ pour ramener cette force electro. On a rencontré Harold, parce que c’était son truc. Il a fait partie d’une des premières vagues de techno française. Avec lui, on a donc construit Üghett il y a deux ans. On est complètement reparti à zéro. Les garçons m’ont poussé à écrire en français, alors qu’avant, je n’écrivais qu’en anglais. Ils m’ont mis en confiance pour que je me jette à l’eau, parce que je ne croyais pas vraiment en mes aptitudes à utiliser notre langue pour écrire des textes.

Vous vous  êtes cherchés un peu pour trouver le style d’Üghett ?

Goulwen : Nous nous sommes cherchés avant Üghett. Nous avons décidé d’aller une semaine chez Harold en Bretagne dans sa maison pour monter un projet tous les trois en nous disant que s’il n’y avait rien de concret pendant ces 7 jours, on allait passer à autre chose. Dès le premier jour, on a créé « Enfin je m’abandonne ». On a compris que c’était bon. C’était comme une évidence de travailler tous les trois.

Clip de "Enfin, je m'abandonne".

Vous vous êtes accordés sur une direction musicale, un style. Lequel ?

Goulwen : Techno, chanson française avec des textes qui correspondent à Diane. C’est une femme qui a un caractère prononcée et une histoire forte. Nous voulions qu’elle porte ce projet avec sa sensibilité et les propos qu’elle a envie de tenir.

Diane : Ensemble, il n’y avait plus de compromis, contrairement à notre ancien projet. Par contre, on a mis longtemps pour créer les autres chansons parce que nous étions pointilleux sur le son, la forme et le sens.

Au moindre détail qui ne plaisait pas à un autre, vous abandonniez la chose ?

Diane : Non. On tournait autour. Nous tentions de trouver la bonne clef en testant les choses, en chamboulant, en restructurant… On a toujours trouvé la solution parce que l’on se connait bien. Pour moi, Goulwen et Harold, ce sont mes deux frères. On s’entend admirablement.

Goulwen : Je ne comprends pas comment on peut travailler dans la douleur, dans la souffrance. Pour faire de la musique, on a besoin d’être bien dans nos vies et bien ensemble.

Diane : C’est pour cela que nous nous sommes isolés chez Harold. Dès 9 heures, nous bossions toute la journée en asseyant d’être assez carrés. Après une session de création, on se faisait des supers bouffes avec de bons produits locaux. C’est idiot, mais ça nous mettais dans un état de kiff total.

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Goulwen, l’argumentaire de presse te présente comme « geek des synthés ».

Goulwen : Je suis passionné par les synthétiseurs. J’aime passer du temps à faire des sons. J’ai une grande connaissance des synthés des années 70 jusqu’à ceux d’aujourd’hui.

Il parait que les premiers synthés étaient les meilleurs. C’est vrai ?

Goulwen : Oui et non. On  parle d’analogique et de numérique. Je compose indifféremment avec les deux. Avec les synthés d’avant, il y avait le charme de l’époque, mais aujourd’hui on réédite les synthés d’il y a 30 ans, mais en mieux, avec des mémoires…

Quand on écoute tes paroles Diane, on comprend vite que c’est un peu provocant, très charnel, sensuel…

Diane : C’est assez drôle parce qu’en fait, elles ne sont pas toutes de cet ordre-là quand tu écoutes l’EP. Dans l’album, il n’y aura pas que des chansons de cul, parce que j’ai beaucoup à dire. Mais pour celles dont tu parles, qui sont des chansons de culs élégantes, elles sont venues un peu comme ça. Il y a d’ailleurs toujours une double lecture. J’aime l’idée d’avoir pensé à quelque chose en écrivant un texte et qu’une autre personne va penser à une autre chose en l’écoutant. Par exemple, j’ai écrit une chanson, « Amour tannique ». Certains qui l’ont écouté pense que je parle d’amour ou de cul, mais pas du tout. Je parle de l’amour du vin. Tout le lexique que j’utilise est celui qui concerne le vin.

C’est ça la magie d’une chanson.

Diane : C’est ça qui me plait en tout cas. J’essaie de laisser une place à l’imaginaire des autres.

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(Photo : Victor Steve)

Ce sont des chansons féministes ?

Diane : C’est compliqué de dire ça parce que j’ai certaines idées, mais je ne veux pas rentrer dans des débats trop poussés ou extrémistes sur la condition de la femme. Je ne suis d’ailleurs pas sûr qu’une féministe apprécie le texte de Colette Renard que nous avons repris, « Les nuits d’une demoiselle ».

« Enfin je m’abandonne » aussi pourrait énerver quelques féministes.

Goulwen : Ceux qui trouvent ces chansons dégradantes pour la femme n’ont rien compris. C’est tout le contraire ! Dans ces deux titres, ce sont des femmes qui parlent, elles ont le droit elles aussi d’aborder ces sujets, d’assumer leurs désirs en les revendiquant. De sortir ces morceaux-là maintenant, nous trouvons que ça a du sens.

D’ailleurs, expliquez-moi pourquoi vous avez repris cette chanson « licencieuse » datant de 1963 ?

Diane : J’écoute cette chanson depuis que je suis pré-ado. Je me souviens que la première fois que je l’ai entendu, j’ai explosé de rire tout en me disant « quelle bijou ! » Quand il y avait du monde chez moi, je la faisais toujours écouter à ceux qui ne la connaissaient pas. Comme on nous a souvent reproché de ne pas faire de reprises et que cela m’énervait, un jour, je suis arrivée avec cette chanson et j’ai demandé à Harold et Goulwen si on pouvait essayer de l’adapter. Ils ont été très motivés. On a réussi à en faire une chanson qui colle bien à notre style. 

Clip de "Les nuits d'une demoiselle".

Ce qu’écrit Diane est facile à mettre en musique ?

Goulwen : Je ne peux pas te répondre parce qu’à 80%, on fait d’abord la musique en partant parfois d’une thématique, après ça inspire des paroles à Diane.

Diane : Je peux avoir des bouts de textes, des idées de chansons, je me dis que je peux les développer parce que ça me parle avec le son qu’Harold et Goulwen me proposent.

Vous travaillez les textes et la musique ensemble ?

Diane : Goulwen et Harold composent les premières idées sans aller trop loin, moi j’écris de la même façon. Ensuite, on va en studio et on développe tout ensemble.

Goulwen : Parfois quand Diane cale sur un mot, elle nous demande de l’aide ou un conseil. C’est vraiment du travail commun.

Diane : Ce tricotage à trois nous permet d’avoir du recul sur ce que l’on fait. 

Quel est le rôle d’Harold, le DJ de la bande?

Goulwen : Il compose comme moi. Sur la musique, on essaie d’être aussi actif l’un que l’autre. On vient d’envoyer une dernière fournée de productions à Diane. On a dû faire cinq compositions chacun. Nous sommes très à cheval sur le fait de travailler autant les uns que les autres.

Diane : Pour la SACEM par exemple, on va jusqu’à déposer nos chansons en divisant en trois.

Goulwen : Les gens de chez BMG, qui nous éditent, nous ont dit que c’était ainsi que l’on évitait la discorde au sein d’un groupe.

Diane : Ils étaient contents que l’on règle le problème de nous-même.

Comment BMG vous a connu ?

Diane : Ça s’est passé aux Studios des Variétés. Au début d’Üghett, on a été en résidence un an chez eux. En 2017, ils ont organisé un speed meeting consacré aux Directeurs Artistiques. C’est ainsi que j’ai rencontré Sylvain Gazaignes, Directeur Artistique chez BMG. On s’est très vite bien entendu. Une semaine après, tous les trois, nous sommes allés le voir dans son bureau. On a signé trois mois après.

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(Photo : Ella Hermë)

Vous trouvez que les choses vont vite pour Üghett ?

Goulwen : Pour Üghett oui, mais ça fait des années que tous les trois nous sommes dans la musique. Il est temps que ça bouge un peu. Avec Üghett, les choses s’enclenchent vite, en effet.

C’est parce que votre projet ne peut pas laisser insensible. Il est insolent et musicalement original et moderne.

Goulwen : On a un côté OVNI. Ce n’était pas calculé, mais avec les premiers morceaux produits, on s’est vite rendu compte qu’on avait quelque chose de singulier. On peut difficilement nous comparer à d’autres groupes.

Diane : En tant que musicienne, j’écoute beaucoup de choses. Ce qui me plait dans les projets, c’est l’originalité et la sincérité. Par contre, professionnellement et médiatiquement, ce ne sont pas les plus simples à travailler. La porte n’est pas toujours ouverte à ce qui n’est pas déjà existant et référencé. Il faut pourtant que le public puisse t’identifier pour qu’il ait envie de venir te voir aux concerts. C’est le problème.

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(Pendant l'interview).

Cet esprit un peu « décadent » que vous avez fait du bien à la chanson. Est-ce que vous considérez que la chanson est un peu tristounette aujourd’hui ?

Diane : Ah ! Tu nous obliges à ouvrir un débat délicat là. Il y a des projets qui sont extraordinaires parce que c’est bien chanté et bien écrit, alors peu importe dans quel style ils sont, parce que c’est subjectif. Moi, je peux être touchée par quelque chose, même si ce n’est pas ce que je vais écouter tous les jours. Il y a tellement de styles et de voix différents qu’on peut se demander ce qu’est la chanson.

Goulwen : J’ai eu beaucoup de mal pendant des années avec la variété française, pas vocalement, ni textuellement, mais principalement à cause de la musique. Aujourd’hui, l’electro s’est vraiment injecté dans la chanson. Même les gros artistes de variété qui sont là depuis 20 ans se sont mis à ajouter de l’electro.

Diane : C’est très bien, parce que je trouve que la variété française avait besoin d’être dépoussiérée.

Goulwen : Notre génération est née avec les synthés, la techno, le rap, elle s’est donc réappropriée tout ça pour l’injecter dans sa production.

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(Photo : Rom Ain)

üghett,diane villanueva,goulwen courteaux,harold kaboloÜghett, sur scène, ça donne quoi ?

Goulwen : On a une certaine facilité de passer des prods au live parce que tout est déjà dans le logiciel que l’on va utiliser sur scène. Je vais reprendre certains des synthés et Diane utilise une petite boite d’effet sur scène. On essaie de coller à ce qu’on a livré dans le disque. Mais nous voulons aller plus loin que ça, notamment dans les transitions. Même s’il y a une belle part en live, on a articulé le set comme un set DJ. On essaie de choper les gens et de ne pas les lâcher. Il n’y a quasiment aucun arrêt.

Diane : Je ne suis pas toujours sur le devant de la scène, parfois, je joue du synthé avec les garçons sans chanter, du coup, ça permet aux gens de pouvoir danser, s’éclater, sans s’occuper de la chanteuse. Si je chante sans cesse, les gens vont être occupés à me regarder, à essayer de comprendre ce que je raconte… donc, on leur offre une respiration pour leur permettre de lâcher prise.  

Le groupe est articulé autour de toi, Diane ?

Diane : Comme il y a deux garçons et une nana et que c’est moi qui chante, il y a un espèce de lead qui se crée inconsciemment.

Goulwen : C’est clair. On est un groupe, mais c’est un projet que l’on fait autour de Diane.

Diane : Ce n’est pas eux qui me font des chansons et ce ne sont pas mes musiciens, c’est un groupe à 100%. Il y a une vraie différence.

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Avec Diane Villanueva et Goulwen Courtaux, le 6 novembre 2018.

19 novembre 2018

Thomas Cogny, Arthur Le Forestier et Bruno Guglielmi : interview pour l'album de STAFF

thomas cogny,bruno guglielmi

« STAFF, c’est la contraction d’Astaffort » explique le dossier de presse. « L’esprit et l’âme de ces rencontres entre créateurs de musiques actuelles, auteurs et compositeurs de chansons, imaginées et créées par Francis Cabrel (mandorisé là) et organisées par l’association Voix du Sud depuis 1994 (dont je parle en détail ici). Le génie de cette initiative : repérer, encourager les talents, et associer les forces d’auteurs compositeurs aux parcours différents. Les allier dans un seul but : provoquer de l’étincelle, de l’inspiration, et constituer un collectif autour de la création d’œuvres musicales. »

Pour la première fois, un album vient donc concrétiser les chansons produites par la parfaite harmonie de l’équipe formée pour les 45èmes rencontres parrainées par Julien Doré (mandorisé là) en septembre 2017. Thomas Cogny a assuré la cohésion musicale en arrangeant et réalisant l’album, secondé par Bruno Guglielmi et Arthur Le Forestier. J’ai rencontré ces trois artistes le 31 octobre dernier dans un café de la capitale.

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L'équipe de STAFF.

Qui est STAFF  (extrait de l’argumentaire de presse officiel)?

Qui sont ces 13 artistes qui composent le groupe ? Fidélité à l’esprit d’Astaffort, ils viennent des quatre coins de la francophonie et développent tous séparément un projet en tant qu’auteur, compositeur ou/et interprète. La plupart ne se connaissaient pas, certains si peu, et les voici réunis dans la même aventure, prêts pour dix jours d’odyssée enchantée : La franco-ontarienne Céleste Lévis, la diva pop Stellia Koumba d’origine gabonaise qui s’est fait remarquer par un spectacle dédié à Édith Piaf, la chanteuse et comédienne Aelle, les deux sœurs d’origine malgache Antsa & Mendrika, le belge Quentin Maquet leader du groupe de country folk Dalton Telegram, le guitariste Cheveu, l’auteur et multi-instrumentiste Bruno Guglielmi qui a notamment écrit plusieurs chansons pour Julien Clerc, le chanteur Arthur Le Forestier, le trublion de l’électro acoustique Ben Michel, le chanteur tarbais Baptiste Braman, le musicien pop à voix haut perchée Valentin, le très bashungien Grimme qui pour la première fois chante en français, et enfin le guitariste Thomas Cogny.

Staff.jpgLe disque (extrait de l’argumentaire de presse officiel) :

L’idéal de l’entreprise est respecté : chacun donne le meilleur de soi dans l’intérêt du collectif. Au gré des créations, les artistes se croisent, les sensibilités se frôlent et s’additionnent, des duos, des trios se composent, les forces se répondent et se multiplient. De ces alliances inédites naissent des textes et des musiques originaux qui ont pour dénominateur commun la joie de créer ensemble. Cette énergie et cet idéal se retrouvent dans les chansons :

Ce qui frappe à l’écoute de ces titres, c’est leur grande diversité et leur belle exigence. En confiance, chacun donne le meilleur de soi. C’est le message des deux chansons citées, mais on pourrait parler aussi de la pureté classique de Les coups de peinture, du surréaliste et trippant : « Victoria », du fédérateur à l’esthétique country : « Dans mes yeux », ou de la fausse légèreté réjouissante de ce constat improbable : « C’est l’heure où toutes les meufs appellent pour dire bonne nuit ». L’humour n’est jamais loin, la volonté de faire des chansons qui restent dans la tête – et dans le temps - omniprésente.

Le STAFF s’est mis au service des chansons, a bénéficié des conditions créées par Francis Cabrel et de la bienveillance experte de Julien Doré.

Un album à la fois éclectique et tenu par la force, la vitalité de faire de la musique ensemble.

Francis Cabrel explique le projet STAFF.

IMG_7206.JPGInterview :

Ce sont les Rencontres d’Astaffort qui vous ont réuni. Pourquoi avez-vous participé à ces « rencontres » ?

Bruno Guglielmi : C’est Anne-Claire Gaslene qui nous a proposé de vivre cette aventure.

Arthur Le Forestier : On me l’avait proposé une première fois quand j’avais 20 ans, mais je ne me sentais pas du tout faire ce genre de chose. Année après année, j’entendais beaucoup de bien de ces Rencontres. A chaque fois que je croisais Anne-Claire ou Francis Cabrel, ils me demandaient quand j’allais venir. La dernière fois que cette proposition m’a été faite, avec Bruno, nous avons accepté.

Bruno Guglielmi : Il y a aussi Benoit Dorémus (mandorisé là) qui m’en avait parlé. Il a achevé de me convaincre. Parce que je suis un animal un peu farouche, ça ne me tentait absolument pas. Il a su trouver le mot pour m’inciter à accepter. Je n’avais pas envie de sortir de chez moi pour frotter mon expérience à celles des autres. Aujourd’hui, je ne regrette pas.

Thomas Cogny : C’est la première fois que je faisais les Rencontres mais cela faisait trois fois que j’allais à Voix du Sud pour les « Répertoires ». En discutant avec Pascal Bagnara et Béatrice Pontens, ils m’ont très fortement conseillé de participer aux 45e Rencontres. Du coup, j’y suis allé avec mon pote Baptiste Braman.

Bruno Guglielmi : Je me souviens qu’avec Arthur, sur la route, on hésitait encore jusqu’au dernier moment. Nous étions fébriles. Arthur s’arrêtait sur chaque station d’autoroute pour faire demi-tour. On se demandait pourquoi on allait s’infliger une peine pareille… et évidemment, dès que nous sommes arrivés, notre angoisse s’est envolée.

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Francis Cabrel et le groupe lors de la présentation de l'album STAFF aux Nuits de Champagne, le 25 octobre 2018.

arthur-le-forestier © Magda Lates.jpgEt comment ça s’est passé ? (Photo à droite : Arthur le Forestier par Magda Lates)

Arthur Le Forestier : Ce qui est rigolo, c’est que nous travaillons beaucoup ensemble dans la vie avec Bruno. A Astaffort, la première semaine, nous n’avons eu aucune collaboration commune. Le premier jour, ça s’est bien passé au niveau de l’écriture. De belles choses sont sorties. Mais le lendemain a été terrifiant.

Bruno Guglielmi : Jérôme Attal (mandorisé là) nous a mis un petite claque. Il nous a dit que ça n’allait pas du tout. Et effectivement, c’était beaucoup moins bien que la veille, alors ça nous a fait du bien d’être « brusqué » un peu.

Arthur Le Forestier : Quand on écrit à plusieurs, il faut mettre son ego au placard.

Bruno Guglielmi : J’ai une technique d’écriture, une méthode bien à moi. Quand un formateur comme Jérôme Attal, pour lequel j’ai un profond respect mais qui n’a pas du tout la même façon d’écrire que moi, te dit « franchement, ça, ce n’est pas bien ! », il faut savoir l’entendre et ravaler sa fierté. Au fond, ça fait même du bien de sortir de ses habitudes, surtout que ces réflexions sont dites avec bienveillances et nous savons que c’est pour le bien du groupe. Ce n’est jamais gratuit.

Le troisième jour, ça s’est mieux déroulé ?

Arthur Le Forestier : Oui, on avait récupéré et à partir de ce moment-là, tout a roulé.

Courts extraits des chansons de STAFF en live.

Au final, Francis Cabrel a trouvé toutes les chansons qui ont été choisies pour le spectacle de fin de thomas-cogny.jpgstage extraordinaires. Et il ne dit pas cela à chaque fois. Vous aviez conscience vous-même que vous teniez là un sacré répertoire ? (Photo à droite : Thomas Cogny)

Thomas Cogny : Il a fallu qu’on nous le dise parce qu’on avait trop le nez dedans.

Bruno Guglielmi : On savait qu’il y avait vraiment quelques chansons intéressantes, comme celle d’Arthur, « Les coups de peinture » ou « Les éoliennes » chanté par Antsa et Mendrika.

Thomas Cogny : J’insiste sur le fait que Francis Cabrel trouvait qu’il y avait surtout une belle cohésion dans le groupe, entre les chansons et les artistes que nous sommes.

Bruno Guglielmi : Il y avait une belle unité, mais en plus Francis Cabrel a vite repéré que Thomas avait des capacités de réalisateur. Il avait déjà fait des petites productions avec son ordi. Bref Francis a dû se dire qu’il y avait des chansons vraiment valables, que le groupe se tenait et qu’il y avait un mec qui pouvait tenir tout ça.

Thomas Cogny : En plus, dans le groupe, il y avait un bassiste, des guitaristes, des pianistes, un batteur… on avait besoin d’aucun élément extérieur. Juste Julien Lebart (intervenant « musiques » des Rencontres d’Astaffort) a participé au clavier et j’ai beaucoup aimé sa façon très moderne d’appréhender les morceaux.

La réalisation de l'album par Thomas Cogny, Bruno Guglielmi et Arthur Le Forestier.

bruno-guglielmi © Magda Lates .jpgComment vous a-t-on annoncé qu’il y aurait un album ? (Photo à gauche : Bruno Guglielmi par Magda Lates)

Thomas Cogny : Toi qui passe parfois à Astaffort, tu sais comment ça se passe en fin de soirée après le spectacle. On est dans l’euphorie… Avec Bruno, on a décidé d’aller voir Francis Cabrel.

Bruno Guglielmi : Excuse-moi, je te coupe, mais il nous avait dit avant : « ça serait bien de faire un CD ». Nous, nous exultions, mais il n’est pas revenu sur la question.

Thomas Cogny : Du coup, on se chauffait tous depuis deux jours pour cette histoire d’éventuel CD. Avec Bruno, nous sommes donc allés lui demander comment ça allait se passer pour ce disque.

Bruno Guglielmi : On savait qu’il fallait saisir cette chance avant qu’il quitte la soirée. On lui a dit qu’on pouvait le faire. L’idée était qu’il fallait qu’il ait confiance en nous et en notre capacité à mener à bien ce projet. Tout de suite, il nous a dit que c’était faisable, que l’on pouvait loger à Voix du Sud, qu’on allait s’arranger pour les repas… bref, on a eu l’impression que dans sa tête, la machine était en route.

Thomas Cogny : On a discuté un quart d’heure sur ce sujet et deux semaines après, on nous a appelés pour nous dire que le projet était accepté officiellement. Ils m’ont nommé réalisateur. Avec Arthur et Bruno on a très vite commencé à travailler sur l’album.

Clip de "Comme en exil".

Cabrel  vous a filé les clefs de son studio ? 14666269_10207794448720937_6764912578973596172_n (2).jpg(Photo à droite : Bibi avec Baptiste Braman et Thomas Cogny.)

Thomas Cogny : D’abord, on a mis tout en place avec Bruno et Arthur. Mise à part le fait d’arranger, nous nous sommes aussi occupés de tout l’aspect logistique. Faire le planning n’a pas été une mince affaire à cause de la disponibilité des uns et des autres. Nous nous sommes fixés d’enregistrer du 7 au 14 janvier 2018.

Bruno Guglielmi : Il fallait définir qui allait jouer quoi. Ensuite, nous avons préparé des maquettes bien ficelées pour que Francis Cabrel soit en confiance. On ne voulait pas le faire flipper en arrivant avec des guitares-voix. Thomas a bien gérer le truc et Arthur et moi étions les aides de camp.

Thomas Cogny : Quand tu dis que Cabrel nous a filé les clefs de son studio, c’est vrai, mais il y avait son ingénieur du son, Sébastien Bramardi, pour nous chapeauter. Il était à 100% avec nous quand il a vu que nous sommes arrivés avec des chansons bien avancées. Au début on devait être au studio à 9h30 et le quitter à 19h. Ce n’est jamais arrivé. On quittait le studio parfois à 4 heures du matin. Une semaine pour faire un album, c’était hyper chaud.

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Quelques membres du groupe.

IMG_20181025_205320.jpgIl a fallu que vous ménagiez la susceptibilité des 10 autres artistes, je présume. Répartir les chansons de manière à ce que personne ne se sente lésée.

Bruno Guglielmi : C’est Francis qui a fait le choix des chansons… c’était toutes celles du spectacle. On a juste enlevé deux titres. Tout le monde a sa chanson et nous nous sommes partagés les instruments. Ça a été plutôt simple.

Et un jour, il faut faire écouter à Francis Cabrel le résultat final. 

Thomas Cogny : Il venait tous les jours au studio, donc il a entendu l’évolution petit à petit.

Bruno Guglielmi : Il donnait son avis, mais discrètement. Il nous a vraiment laissé faire. Il a joué une guitare et des chœurs. Il est hyper cool. A son image. Je me souviens que quand Thomas avait besoin d’un effet, il était là : « Je vais te le chercher cet effet. Il partait chez lui et il revenait avec des effets qui ressortaient super bien. » Il nous a donné accès à toutes ses guitares. Accéder à toutes les guitares de Francis Cabrel, c’est le délire.

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STAFF sur scène.

Ces chansons ont été faites dans l’urgence lors des Rencontres. Avez-vous modifié certains textes pour le disque ?

Thomas Cogny : Ca nous est arrivé de revoir tous les aspects d’un morceau, ses structures, comme dans « New York »… mais très peu les textes. Sur « Sauve-moi », on est reparti de zéro parce que ça ne collait pas. On voulait vraiment que l’album soit parfait, juste et bon, manière aussi de faire honneur à ces Rencontres.

Avant de clore cette interview, pouvez-vous me dire quels sont vos projets respectifs ?

Arthur Le Forestier : Là, je travaille beaucoup sur l’album de mon père (Maxime Le Forestier, mandorisé ici) en tant que guitariste. Je suis un peu mono tâche, donc pour le moment, je ne me concentre qu’à cela.

Bruno Guglielmi : J’ai des chansons que j’ai envie de rassembler pour en faire un album. J’écris aussi pas mal pour d’autres artistes, mais je n’en parle pas tant que ce n’est pas validé. Je suis comme Arthur, je travaille sur un projet, ensuite, je passe au prochain. Là, je suis au stade de réflexion.

Thomas Cogny : Après cette expérience de réalisation et d’arrangement, ça m’a beaucoup plus. Je crois que je vais continuer dans ce domaine. Je fais des arrangements et je compose pour d’autres et aussi pour moi. Là, j’ai fait un arrangement avec pas mal de moyens pour un groupe qui vient de signer chez Universal, « « La dérive ».

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Avec (en haut) : Bruno Guglielmi et bibi. (En bas) Arthur Le Forestier et Thomas Cogny.

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18 novembre 2018

Fabien Lecoeuvre : interview pour 50 tubes de Johnny Hallyday

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Spécialiste de la chanson française, Fabien Lecœuvre est aux côtés de Patrick Sébastien depuis plus de dix ans dans l’émission Les Années Bonheur sur France 2.

Il est auteur de nombreux ouvrages consacrés à la chanson. Ses livres rassemblent d’incroyables histoires et de fabuleuses anecdotes. Des ouvrages référentiels, richement illustré, qui se classent régulièrement dans les meilleures ventes de livres. Le dernier en date s'intitule 50 tubes de Johnny Hallyday racontés par Johnny Hallyday. Interview téléphonique pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de novembre et décembre 2018).

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Quelques tubes inoubliables de Johnny Hallyday (INA.fr).

17 novembre 2018

Naouack : interview de Mc Yacé pour Trop bien mais trop court

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(Photo zOz)

naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand"En réponse à un Hip-hop sérieux fait de clashs et d’égotrips, les Naouack prêchent le faux pour nous mettre face au vrai. En bref, du gros son et des textes ironiques pour  nous permettre de nous agiter… mais avec le sourire.

Leur style musical s’inscrit dans un hip-hop hybride mêlant les phrasés énergiques et ironiques (voire loufoques) d’un rap alternatif, les riffs d’un rock survolté et les rythmes effrénés de l’électro ou de la dubstep. Le tout accompagné d’une bonne dose d’énergie. Les textes sont cash et dénonciateurs, teintés d’humour mais conscients." Voilà… conscients, pas engagés, pas moralisateurs (ce que je déteste par-dessus tout dans la chanson française).

Le 23 octobre dernier dans un bar de la capitale, j’ai rencontré l’un des trois Naouack, Mc Yacé, peut-être le plus turbulent et le plus sage du groupe (mais non ce n'est pas paradoxal) pour parler de ce premier album, Trop bien mais trop court.

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Argumentaire de presse officiel :

L’injonction désuète « Tu fais vraiment NAOUACK ! » prend une toute autre tournure et même un renouveau avec ce groupe « Comédie Rap » s’insurgeant sourire béant en mettant leurs fantaisies au service de la triste réalité. Ils produisent une musique à scander, à danser ou à débattre en faisant entrer le rap dans des contrées ou personne n’avait jamais encore empoigné un micro.

Ces 3 Clermontois ont déjà sillonnés la France, la Belgique et la Suisse avec plus de 280  concerts et 2 EP en 6 ans ! Ils nous reviennent en ayant franchi le cap de la singularité artistique avec ce 1er Album Trop bien mais trop court sorti en Mai 2018.

L’album : naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand

On sent qu’ils ont digérés l’ironie de notre société en la dénonçant sans jamais abaisser leurs mots et même en les ouvrant à l'émotion, à la tendresse, au fantasque jusqu’à la rage dénonciatrice ! Un duo plus présent dans les morceaux avec d’un côté, le timbre guttural d’un nihiliste bienveillant, Mr Vince, et de l’autre, la contestation nasillarde d’un amuseur caustique pour Mc Yacé. Wizz quand à lui pose son flow d’infatigable geek utopiste quand leur message se veut un hymne de leur vision controversé de l’Homme et de ses travers. C’est également lui qui a perfectionné les compositions et les univers sonores aux accents trap, jazzy ou boom-bap, avec l’aide de notre indissociable Maître Gume, leur incompressible technicien du son, compositeur d’un titre et mixeur de cet album.

Ce projet est ancré dans un état d’esprit rap humaniste et résolument « rock’n’rolla » révolté par l’idiocratie et ne ratant aucune occasion de faire la part belle à l’ego-dérision.

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(Photo zOz)

naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrandInterview :

Ainsi, tu es l’amuseur caustique du groupe, si j’en juge l’argumentaire de presse ?

Oui, même si on peut parfois partager les rôles. Rien n’est gravé dans le marbre, mais généralement, je suis celui qui ironise pas mal. On tient chacun le rôle de ce que nous sommes dans la vie. Ce que nous sommes dans nos chansons ou sur scène, ça transpire notre vécu et ce que nous sommes dans la vie de tous les jours.

Vous faites beaucoup de scènes un peu partout en France.

On a un vrai spectacle à proposer. Il y en a pour tous les âges et tous les goûts. Chaque morceau à un univers grâce à des samples cinématographiques. On essaie de donner une puissance aux mots et à la musicalité des mots, ce qui se perd un peu de nos jours, à cause de la technique… Même dans notre façon de rapper, on a décidé de changer. On rappe plus lentement pour que notre propos soit écoutable plus facilement.

Avant, vos flows étaient trop rapides ?naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand

Surtout le mien. Je suis un peu le speed du groupe. J’étais trop rapide et j’avais un côté instantané, même dans l’écriture. Là, on a pris deux ans pour faire cet album comme il le fallait. On a véritablement mis en avant le travail studio, ce que nous avions eu du mal à faire sur les deux EP précédents.

Monter sur scène, c’est comme monter sur un ring ?

Oui. On se met en ligne et on se tatane les fesses. C’est notre rituel pour se donner un coup de fouet. On veut que le public soit satisfait. On ne veut décevoir personne. Qu’ils aiment ou pas nos textes, on ne veut pas entendre dire par les gens dans la salle que nous n’avons pas travaillé. Il y a un aspect théâtral dans notre spectacle très millimétré, notamment avec une fausse bagarre qui dure une minute trente sur scène. Ça nous a demandé 6 jours de 9 heures du matin à 22 heures. On va vraiment au-delà du simple concert musical.

Clip de "Trop  bien".

naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrandDans « Trop bien », vous racontez nos vies qui passent à une vitesse folle.

C’est ça. La nouvelle génération ne pense pas à la retraite, mais pense à l’instant présent. Nous on espère avoir une retraite, mais on ne sait pas trop. Cette chanson explique qu’il faut choisir les petits instants les meilleurs que nous traversons. Avant que l’on ait dit ouf, on est déjà parti, alors profitons de la vie. C’est un peu le message.

Vos chansons racontent vos histoires ?

Les nôtres et celles des gens. C’est pour ça que beaucoup de personnes se retrouvent dans nos chansons. On essaie de saisir les instants de chacun.

"Walking raide", audio.

Vous vous moquez de vous-même aussi dans les chansons. Dans « Walking raide » notamment.naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand

J’ai arrêté de boire il y a 6 ans, donc, là, il ne s’agit pas de moi. Si je n’avais pas arrêté, je serais parti assez vite, je pense. Dans cette chanson, du coup, je joue un rôle. Nous sommes des gens de la nuit, ainsi que les gens qui viennent nous voir. Je sais qu’on s’alcoolise trop et que le lendemain, au réveil, on a l’impression d’être des zombies. Le parallèle avec The Walking Dead était donc logique. Il faut savoir s’arrêter de boire pendant qu’on est encore rigolo, mais pas encore un zombie.

Vous ne faites jamais la morale dans vos chansons ?

C’est hors de question. Nous ne sommes pas moralistes pour un sou. Nous, on a fait des erreurs et on continuera à en faire avec délectation. C’est comme ça que l’on vit. Il y a tellement de choses tristes dans la vie que nous avons pris le parti de faire sourire les gens, même avec des choses parfois morbides.

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naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrandIl y a cette notion de faire sourire dans tous les titres ?

Non.

Dans « Loto papers », effectivement, ce n’est pas très drôle.

C’est inspiré du « Panama paper ». On ne dit pas que réussir est une tare et que ça rend les gens mauvais. On dénonce ceux qui sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui ne pensent pas aux autres malgré les avantages qu’ils ont. Ils ont même tendance à écraser l’autre… et nous, on n’aime pas ceux qui ne pensent pas aux autres, ceux qui ne pensent pas à ceux qui sont en dessous. Coluche disait : « Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur. » C’est navrant de savoir que des gens peuvent aider d’autres personnes, peuvent équilibrer un peu la balance, et qu’ils ne le font pas.

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(Photo : zOz)

Vous faites du rap social et humaniste ? naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrand

On a choisi de dire que nous faisons de la comédie rap, en référence à la comédie humaine. Le terme de comédie est là pour amener à différentes déclinaisons de comédies. Il y a la comédie de mœurs, la comédie dramatique, la comédie burlesque aussi. On est fan de Terry Gilliam et de Wes Anderson. Ils font de la comédie qui n’est pas forcément très drôle quand on comprend le fond. Nous on veut faire pareil : donner à sourire et à réfléchir en même temps. On est les Ken Loach de la chanson (rires).

C’est toi qui écris les textes de Naouack ?

Non. Nous écrivons à trois ou au moins à deux. Nous définissons une thématique, ensuite, l’un a plus d’aisance sur le sujet et commence avec son propre angle d’attaque, ensuite les autres surenchérissent et proposent leurs idées. Ça prend plus de temps que quand on écrit seul, mais c’est beaucoup plus riche. Il y a des débats, des concessions, des compromis… c’est ce qui permet d’avoir une chanson aboutie. Quand on écrit seul, on a tendance à s’auto-satisfaire. Je crois qu’il faut vraiment plusieurs regards sur un texte.

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naouack,mc yacé,interview,trop bien mais trop court,mandor,clermont ferrandLe fait d’avoir un style d’écriture différent, ce n’est pas gênant ?

Si, mais c’est aussi ça notre force. Avoir des tournures de phrases qui ne sont pas forcément les nôtres, ça nous enrichit et ça nous amène vers des directions vers lesquelles nous ne serions jamais allés seuls.

Dans « Rien à branler », il faut comprendre exactement le contraire.

On adore les pieds de nez. On dénonce les futilités qu’il ne faudrait pas que nous ayons. Parfois, on s’intéresse à des choses sans importances par rapport à l’état du monde.

Mais l’Homme a besoin de futilité, non ?

De temps en temps oui. Dans la musique, il y en a tellement qu’on a voulu s’attarder à donner un peu plus de sens. Les albums qui ont marqué nos esprits, c’est plus L’école du micro d’argent d’IAM que les derniers albums de PLK ou de PNL. Je ne dénigre pas sur la forme, mais je reste circonspect sur le fond. Nous, on est de la culture Pierre Desproges, Coluche ou plus récemment Haroun, Nicolas Bedos ou Gaspard Proust. Ils savent faire de la futilité, mais avec des messages porteurs et symptomatiques de ce que l’on a au fond de nous… de vraies valeurs.

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08 novembre 2018

Bertille : interview pour #EP

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(Photo : Vincent Bourdin)

bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandor« Bertille c'est un son, une humeur, une voix singulière, et le sensible comme étendard. L'élégance brute et sans compromis d'une chanson électronique et orchestrée ». C’est ainsi que nous est présentée Bertille dans son dossier de presse. Bien vu. Cela fait quelques temps que je suis cette multi-instrumentiste de formation classique dans ses différents projets. Déjà mandorisée en 2015 pour le duo qu’elle constituait avec Olivier Daguerre et plus récemment en 2017 pour sa participation au groupe Wallace. J’ai toujours apprécié l’artiste qu’elle est, mais aussi cette jeune femme, toujours souriante, un peu timide et d’une désarmante gentillesse.

Dans ce premier EP en solo (qui sort le 16 novembre), elle se livre donc pour la première fois sans se « cacher » derrière quelqu’un. Le dossier de presse l’indique parfaitement : « Un univers féminin, mélangeant le doux au dur, les caresses aux coups de griffes. »

Le 15 octobre dernier, j’ai donné rendez-vous à Bertille Fraisse en terrasse d’un bar parisien pour un troisième entretien… mais cette fois-ci, en tête à tête. C’était sa toute première interview pour ce disque.

Biographie officielle (par Samuel Rozenbaum) :bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandor

Si c’était la bande annonce d’un film, ce serait au début de l’après-midi. Intérieur, jour. Une lumière bleutée envahit le salon. Sur le canapé, de dos, une jeune femme. Gros plan sur sa joue, une larme coule. Avant d’atteindre le menton, l’eau a séché. Seule une légère trace reste sur sa peau, comme en filigrane, invisible si ce n’est au soleil.

La montée des océans ne peut pas être imputée à Bertille. De ses histoires tourmentées, elle ne garde que l’essence, celle qui lui permet d'avancer. Inutile de s’encombrer de la part liquide de la tristesse, elle a confié ses larmes au vent. Peut-être est-ce par pudeur, peut-être par timidité. Quoiqu’il en soit, Bertille se cache moins qu’on ne l’imagine. Nous ne sommes pas en présence d’une éternelle indécise qui bascule de la chanson à l’électro selon la mode du moment. Nous ne sommes pas face à une musicienne qui ne sait que choisir entre son violon et ses claviers. Elle est de ces figures inspirées qui ne font pas la course, qui s’exercent et peaufinent leur art sans savoir qu’elles exercent et peaufinent leur art. Bertille ne fait qu’être. Et voici le moment de la révélation, dans la succession de ses mots, l’évidence de son oreille musicale. Tout est cohérent, tout est aligné. La fréquence de chaque élément qu’elle révèle entre en résonance avec ce qu’elle est. Tout sonne juste. Nous sommes en présence d’un accord parfait.

À n’apercevoir que la légèreté de Bertille, je n’avais pas fait attention à l’épaisseur de son talent. J’ai hâte de découvrir de quelle couleur sera la fin de l’après-midi.

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(Photo : Vincent Bourdin)

bertille,bertille fraisse,#ep,interview,mandorInterview :

Enfin, nous voilà en tête à tête. Jusqu’à présent, je t’ai toujours vu accompagnée d’autres artistes.

C’était pour moi plus facile de ne pas être seule. En termes de création, on est partie prenante, mais on peut doser l’implication, alors que seule, il faut y aller en entier.

Pourquoi as-tu franchi l’étape de l’EP en solo ?

C’est la suite de mon chemin. Je ne suis pas quelqu’un qui se projette. J’avance au jour le jour. Dans mon parcours musical, j’ai toujours fonctionné ainsi : aux rencontres, à l’amitié et à l’intérêt que je porte aux projets qui me sont proposés… C’est ce chemin et les personnes que j’ai rencontré qui m’ont amené là. Le fait de chanter, par exemple, c’est quelque chose que j’ai fait petit à petit, au fil des collaborations, jusqu’à Olivier Daguerre avec qui j’ai fait l’album Daguerre et Bertille où là, j’ai trouvé une vraie place de chanteuse.

A la base tu es sidewoman (accompagnatrice).

Oui, j’ai mis ce que j’avais à proposer au service des projets des autres. J’ai fait ça très longtemps. Etonnamment, c’est l’écriture qui m’a donné envie de concrétiser ce projet solo. Moi, aussi j’ai des choses à dire.

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Bertille est aussi une formidable violoniste.

Tu les couches régulièrement sur papiers ces choses ?

Je n’ai pas encore trouvé mon fonctionnement. Parfois, ça vient d’une idée qui me traverse l’esprit, parfois ça vient d’une mélodie. Mon moteur, c’est l’émotion et le sentiment. Je suis assez novice en écriture, mais pour l’instant mes textes sont souvent ces émotions que je mets en abyme et que j’essaie de décrire le plus honnêtement  possible. Pour le moment, je suis dans ma bulle, mais dorénavant, j’essaierai d’écrire des chansons en arrêtant de regarder mon nombril pour mieux voir ce qu’il se passe autour de moi.

S’il te plait, ne fais pas de chansons engagées.

Je ne sais pas comment font ceux qui y parviennent. Je ne sais pas le faire.

Pour moi, ce n’est pas le rôle de l’artiste. Je préfère qu’il me fasse rêver plutôt qu’ils me donnent l’impression de regarder BFM TV.

Sur ce point-là, c’est très vrai. Je n’irai jamais dans cette direction. Mon engagement est dans ma vie de tous les jours.

Clip de "Je plonge".

Tu as écrit tous les textes de cet EP ?

Non, j’ai demandé à certains artistes que je connais bien et dont je suis admirative de m’accompagner. Cette façon de m’accompagner c’est aussi, de leur part, une façon de me placer sur la route. Olivier Daguerre a écrit « Les rivières" par exemple. « La véranda » est une chanson écrite par Jérôme Pinel de Strange Enquête. C’est quelqu’un que j’ai rencontré aux Rencontres d’Astaffort. Le dernier jour de cette session, il a écrit cette chanson en 24 heures et je me la suis appropriée.

A Astaffort, tu as appris à écrire pour les autres aussi ?

Quand tu écris pour toi, il faut interpréter en assumant le propos. Quand j’ai écrit pour les autres, j’ai eu l’impression de m’être autorisée beaucoup plus de choses. Grâce à Astaffort, au moment de l’écriture, je peux me dissocier de l’interprète. Avant, j’écrivais en m’imaginant interpréter ce que j’écrivais.

Tu écris à quelle fréquence ?

Pour tout t’avouer, je n’écris pas beaucoup. Je trouve que c’est un acte très précieux. Je suis très admirative des gens qui écrivent, du coup je me sens très petite par rapport à l’écriture. D’ailleurs certaines chansons ont eu trois ou quatre versions. Je suis une besogneuse.

Tu es pudique dans la vie ?

Très pudique.

Avec les chansons de cet EP, tu n’as pas eu l’impression de te mettre à nue, de te livrer à tout le monde ?

Je m’en suis rendu compte après la création. Quand j’ai écouté les chansons finies, j’ai été effarée par ce que je racontais sur moi (rires). Même si, quand on écrit une chanson on travestit un peu la réalité, il y a quand même beaucoup de moi dans mes textes.

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(Photo : François Mandor Alquier et iPhone5)

Il parait que tu puises aussi dans tes muses… Qui sont-elles ?

Mes muses, ce sont les gens qui m’ont appris des choses et qui m’ont fait ressentir des choses très fortes, qu’elles soient positives ou plus dures à vivre. Mon amoureux, d’anciens amoureux… parfois, je les mélange et je puise de l’inspiration dedans.

Tu comparerais la musique à quoi ?

A de la peinture par exemple. J’aime les paysages sonores. J’ai été forgée à l’école classique, donc il me faut de belles mélodies, mais j’aime la texture. C’est en cela que ça peut se rapprocher de la peinture. Ce que je trouve fabuleux avec la musique électronique, les synthétiseurs et les cordes, c’est la matière. Au moment de l’écriture, je décris quelque chose plus que je ne l’écris.

Tu pourrais faire des musiques de films ?

J’adorerais. Je suis toujours fascinée quand la musique fonctionne avec l’image.

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Bertille Fraisse et Maëlle Desbrosses.

Comment défends-tu tes nouvelles chansons sur scène ?

Nous sommes deux. Je travaille avec Maëlle Desbrosses, une musicienne magnifique. Elle est violoncelliste, altiste et fait les chœurs aussi. Ce que j’aime, c’est qu’elle vient de la scène jazz contemporain, expérimental même. Moi, j’ai mon ordinateur, mon synthétiseur, mon violon et ma voix. C’est la formule idéale pour mes chansons.

Que pensent Erwann de Wallace et Olivier Daguerre de cet EP? Je le rappelle, ce sont deux des artistes avec lesquels tu as collaboré.

Ils aiment beaucoup, mais c’est vrai qu’ils m’aiment beaucoup…

Tu veux dire par là qu’ils ne sont peut-être pas objectifs ?

Si, ils le sont. Ils sont honnêtes et de bons guides, alors leur avis était important car je leur fais confiance. Ils connaissent ma sensibilité et mes limites. Ce sont deux personnes qui m’ont beaucoup poussé et fait évoluer. Daguerre est à l’origine de cette envie de chanter seule. Il m’a montré que j’en étais capable.

A quelques jours de la sortie du disque, tu te sens comment ?

Je suis très entière, alors je ne peux pas faire comme si j’étais très sure de moi. La façon que j’ai de « survivre », c’est d’avoir été honnête avec ma proposition. Ce que je trouve génial, c’est que l’EP va sortir et je ne le vis pas comme une fin en soi, mais comme un début de quelque chose. Une continuité de mon chemin…

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Après l'interview, le 15 octobre 2018.

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07 novembre 2018

Zaza Fournier : interview pour Le déluge

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(Photo : Raphaël Neal)

Après 3 albums à son actif, Zaza Fournier livre un spectacle musical envoûtant à la croisée des genres. Cette fable poétique commence après le fameux « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Voyez le projet ci-dessous, mais je suis sûr qu’il intéressera autant les hommes que les femmes. La relation à l’autre ne va pas que dans un sens.

Cela fait 10 ans que je suis la carrière de Zaza Fournier (lire ici les mandorisations précédentes) et ce que j’apprécie par-dessus tout, c’est qu’elle évolue d’album en album et qu’elle ne se place jamais où on l’attend.

Respect.

Pour évoquer son nouveau projet, Le déluge, elle m’a donné rendez-vous, le 15 octobre dernier, au Café sans nom à Paris.

Elle sera le 13 novembre au Café de la Danse pour ce  nouveau spectacle.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorLe projet :

Cette histoire est celle du DÉLUGE du dedans, de l'intime. L'histoire de nos tempêtes secrètes.  Le DÉLUGE  qui se déchaîne en chacun de nous. Que nous avons appris à dompter. Nous, dresseurs professionnels de Déluges !  À l'heure où l'on nous demande d'être définissables, nets, lisibles, quand nous sommes des êtres mouvants, changeants, des corps qui bougent.  Cette histoire questionne le couple, le désir, défie la fidélité, interroge notre façon d'être ensemble.  Cette histoire est celle de nos monstres, tendres et féroces.  Elle se raconte en mots mais d'abord en chansons. Des chants qui parlent à la tête et au ventre. Des chants qui remuent. Treize chansons, que Zaza Fournier écrit pour ce spectacle.  Pour les porter, elle s'entoure de deux chanteuses et musiciennes, Diane Villanueva (chant et rythmiques) et Juliette Serrad (Chant et violoncelle). Pour raconter cette histoire, là-bas au fond du bois, où les doutes sont des bêtes qui se tapissent dans l'ombre, les désirs des poissons flottants, et les remèdes des chants qui agitent.

Petites biographies des 3 artistes :

Zaza Fournier pourrait être étiquetée « chanteuse française », et l’est d’ailleurs par un public friand zaza fournier,le déluge,interview,mandord’identité marquée… Elle a un petit rien de la tradition réaliste parisienne et pourtant les mots qu’elle utilise, son jeu de scène, sa recherche de sonorités la place dans une catégorie de jeunes contemporains qui fluctuent entre l’iPod et le vintage.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorDiane Villanueva – Percussions :

Diane a commencé la musique, au conservatoire du 9ème en chant. Elle continuera en horaires aménagés au CNR de Paris puis dans une école pluridisciplinaire (chant, danse et théâtre).

Plus tard elle découvre la percussion corporelle et décide de se perfectionner dans cet art. Elle travaillera avec des artistes comme Camille, Leela Petronio et sa compagnie le " Hip Tap Project ".

Forte de son expérience avec  Squid and the stereo, dont elle était la chanteuse, elle décide de lancer son nouveau projet Üghett, trio house/dance en français avec univers nineties élégant et culture street.

Juliette Serrad – Violoncelle :zaza fournier,le déluge,interview,mandor

Violoncelliste et chanteuse, après une formation de violoncelle classique, Juliette fait entrer dans son univers la soul, le jazz, l'électro. C'est sa rencontre avec Ibrahim Maalouf au Conservatoire de Paris qui la mène à travailler avec d'autres artistes, en mêlant le chant et le violoncelle. Elle a notamment collaboré avec Isabel Sorling, Yael Naim, le Starpop Orchestra, Gino Sitson, LAAKE... 

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(Photo : Raphaël Néal).

zaza fournier,le déluge,interview,mandorInterview :

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu évolues de disque en disque et que tu participes à plein de projets différents. C’est pour ne pas te lasser de ce métier ?

Le résultat, c’est celui-là, mais je ne me pose pas la question ainsi. Je me demande à chaque fois : « que veux-tu faire exactement pour de vrai ? » Ce métier, c’est beaucoup de joie, mais c’est aussi plein de moments de remises en question, de frustrations…. On est sans arrêt à la merci du regard des autres, à la merci du désir des autres aussi, mais moi, j’ai décidé de faire uniquement ce qui m’est nécessaire. Si je commençais à penser à ce qu’on attend de moi, je ne ferais plus ce métier aujourd’hui. Je n’aurais pas tenu. La seule raison de continuer à faire ce métier, c’est de faire ce qui n’est pas négociable en soi.

C’est amusant, parce que finalement, c’est le thème du déluge.

Exactement.

Le déluge parle beaucoup de comment il faudrait être par rapport à ce que les gens attendent de toi, c’est ça ?

Pas que les gens. C’est une injonction que l’on peut se faire à soi-même en fonction des grands schémas qui construisent nos sociétés occidentales. Le mariage, la famille, exister socialement, être adulte c’est gagner de l’argent… Il y a des grandes lois comme ça. Il y a aussi une nécessité de se situer vis-à-vis de ces lois parce que le monde fonctionne ainsi. Moi, je crois qu’il y a un endroit de liberté à ne pas lâcher. Il faut continuer à être proche de sa singularité, de ce qui nous rend unique, voire parfois monstrueux.

Monstrueux ?

Je pense que c’est bien de se faire des amis des monstres que nous avons en nous. Ils sont là, autant que l’on s’entende bien avec eux.

C’est quoi les monstres ?

Ce sont les désirs coupables, les impulsions sauvages, ce que l’on n’assume pas de soi-même. On nous demande souvent d’être très définissables, d’être très clairs sur ce que l’on est, d’être complètement lisibles.

Etre clair sur ce que l’on est… mazette ! C’est compliqué d’être clair avec soi-même.

Tu as raison, c’est impossible. On est en mouvement permanent. L’être humain est une sacrée bestiole. 

L'EPK du projet "Le déluge".

Le poids moral est important en Europe ?zaza fournier,le déluge,interview,mandor

On a plus ou moins de marche de manœuvre selon l’endroit où l’on vit, il faut être honnête. C’est plus facile pour moi, trentenaire à Paris, que pour un jeune garçon qui se découvre homosexuel au fin fond de Nord-Pas-de-Calais dans un village de 200 habitants et qui se rêve femme.

Tu parles de la norme dont la société exige que nous soyons intégrés. Dans ta vraie vie, l’es-tu ?

Aujourd’hui, je ne me pose vraiment plus cette question. Dans mon adolescence, je me sentais complètement à côté de la plaque et donc, pas validée socialement. Je ne me reconnaissais pas dans les désirs des gens autour de moi. Je ne m’habillais pas de la même façon que les filles de mon âge. Je sentais qu’il ne fallait pas sortir des rails pour ne pas prendre le risque d’être visible pour de vrai.

Tu ne te sentais pas visible ?

Si. Je n’avais pas de problèmes avec le fait d’être moi-même. Par contre, je m’en suis plein la gueule d’être ainsi.

Devenir artiste t’a aidé à t’intégrer ?

Le luxe phénoménal que j’ai, c’est qu’en tant qu’artiste, on me demande absolument l’inverse. J’ai le droit d’être qui je veux être et d’être absolument moi-même. On me paye et on paye pour venir voir la personne que je suis moi. Ce sont ma musique et mes mots et ce n’est absolument pas interchangeable.

La Zaza Fournier de la scène est la même que la Zaza Fournier de la vraie vie ?

Maintenant, il n’y a pratiquement plus d’écart. Quand j’ai commencé il y a 10 ans, il y avait un décalage évident. A 23 ans, je me sentais 10 fois plus moi-même sur scène que dans la vie. Allez, je vais plus loin. J’avais l’impression d’être moi puissance 1000.

La première fois que je t’ai interviewé, pour ton premier disque, je t’ai trouvé très timide.

Bien sûr. A 23 ans, j’étais encore une enfant. Tout était nouveau pour moi et je ne me sentais pas légitime.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorEn 2018, quand tu es applaudie sur scène, tu as l’impression d’être le maître du monde ?

Non, il ne s’agit pas de ça. J’ai juste l’impression d’avoir le pouvoir du temps. C’est grisant d’avoir une heure et demie où c’est moi qui malaxe l’espace et l’air.

Tu veux mettre en mouvement les sens des spectateurs ?

Quand ils le permettent. C’est plus que grisant, c’est carrément addictif. Je partage parfois plus avec le public qu’avec les gens qui font partie de mon quotidien.

Le déluge, c’est un spectacle musical ?

Oui, il y a autant de textes que de chansons. Il se passe beaucoup de choses, mais on ne sait jamais ce qu’il va se passer au tableau d’après.

Tes années de comédienne t’ont servi pour ce spectacle ?

Comme j’ai commencé le métier de chanteuse par accident, il a fallu que je travaille sur ce sentiment de légitimité. J’ai mis 10 ans à accepter tous mes endroits. Je fais des chansons depuis toujours, mais je sais que je ne suis pas une grande musicienne. L’écriture est centrale dans mon travail. Ce qui m’intéresse, c’est d’être dans l’incarnation.

Tu aimes transcender le réel ?

Oui, parce que je m’en fous du réel quand je vais au théâtre ou au concert. J’ai besoin d’être surprise. Je ne veux pas voir ce que j’avais prévu de voir.

Le réel, tu l’aimes bien ?

Ça dépend. Je suis très attentive à trouver de la joie dans la vie. C’est presque ma mission. Je pense que je suis fatigante parce que je suis capable de tricher pour inventer un peu de joie. J’essaie de me concentrer sur le sublime du quotidien.

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Zaza Fournier avec ses deux musiciennes, Diane Villanueva et Juliette Serrad.

(Photo : Raphaël Neal)

Un artiste a-t-il une mission ? zaza fournier,le déluge,interview,mandor

L’artiste doit témoigner du monde tel qu’il est. Quand on monte sur scène, nous avons la responsabilité d’avoir un truc à dire. C’est un métier. Les gens payent et prennent de leur temps pour venir te voir.  La mission, c’est d’avoir travaillé.

Le #metoo correspond bien aux propos que tu tiens dans ton spectacle, mais c’est une coïncidence ?

Oui. Mes obsessions sont les mêmes depuis 10 ans, donc, on ne peut pas dire que je suis ce mouvement. Je ne cesse de parler de la tentative de vivre ensemble, de vivre avec l’autre.

Faut-il se laisser aller à son propre désir ?

Qu’est ce que la fidélité ? Nous sommes des êtres en capacité d’être troublés en permanence. Il y a des interactions physiques incontrôlables. Nous sommes tous sujets à ça. Pour lutter contre, certains finissent dans le déni absolu parce que le poids moral est le plus fort. Ma théorie est que c’est une émotion sublime d’être troublée par l’autre. Il y a des gens qui passent leur vie à se taper sur la gueule, il y a des guerres à travers le monde, alors quand je me sens troublée par quelqu’un, je ne pense qu’à l’amour du prochain. Après chacun fait ce qu’il veut de cette émotion-là, mais je la trouve extrêmement précieuse. Je tiens à dire que mon spectacle ne dit pas quoi faire avec cela.

Le teaser du Café de la Danse, le 13 novembre prochain.

zaza fournier,le déluge,interview,mandorTu poses de nombreuses questions dans le spectacle, mais, effectivement, tu ne donnes pas forcément les réponses.

Mes réponses bougent. Tout est une question de contexte dans la vie, c’est pour ça que je ne peux pas faire de généralité. Je ne peux donner que des réponses en rapport à ce que j’ai vécu moi à tel moment de ma vie. Il faut juste se dire qu’il n’y rien d’irréversible. Est-ce qu’être ensemble, ce n’est pas d’abord être avec soi-même? C’est la grande question.

C’est un spectacle très féminin.

C’est normal. Nous sommes trois femmes sur scène. Mais, je pense que mes chansons pourraient toutes être chantées par des hommes. J’ai eu des conversations avec des hommes qui se sentent concernés par ce que je raconte et d’autres qui sont en résistance totale.

Avec Le déluge, tu lâches les chiens ?

C’est génial.

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Pendant l'interview...

Tu te sens apaisée ?

Non, pas spécialement, parce que ce sont des questions que j’ai résolu avant de les évoquer. C’est la première fois de ma vie que je me sens aussi alignée avec ce que je suis aujourd’hui. D’être absolument moi-même, ça me donne une sensation de super pouvoir.

La légitimité dont tu me parlais tout à l’heure, tu l’as maintenant ?

C’est une question que je n’ai pas résolu. Je sais que j’ai une place et j’ai conscience de ce que je sais faire. Mais je ne suis pas dupe sur mes faiblesses et ce n’est pas toujours facile à assumer. Je ne me sentirai jamais une musicienne incroyable, en même temps, je n’ai jamais travaillé pour ça. Je ne me suis jamais enfermée 15 heures par jour pour faire de la musique parce que cela n’est pas ce qui m’intéresse.

Quel rapport as-tu à la langue ?

Je ne m’excuse jamais de ce que j’écris. C’est peut-être l’endroit où je me sens le mieux. Je me sens autrice. Un musicien virtuose n’a pas de problème pour ce définir comme tel, mais il peut devenir baba devant quelqu’un qui fait des chansons simples et qui improvisent parce qu’eux ne parviennent pas à ça.

Avec tes deux musiciennes, vous êtes sur la même longueur d’onde ?

On adore ce spectacle parce qu’il n’est pas confortable.

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Le 15 octobre 2018, après l'interview.

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05 novembre 2018

Liz Van Deuq : Vanités

(c) Stéphane Merveille.jpg

(Photo : Stéphane Merveille)

lizvandeuq-merveille7.jpgL’espiègle Liz Van Deuq n’y va pas toujours de main morte. Écriture subtile, sensible, elle dit beaucoup de choses « mine de rien ». Elle envoie sous son air enjôleur quelques scuds bien sentis sur la vie, sur la sienne et notre jolie société irréprochable (ironie). Sous des airs de pianiste/chanteuse de formation classique, elle se dévoile rapidement en concert comme un personnage à double facette, la diva punk expulsant en une seconde la trop sage diplômée du conservatoire.

Après un premier album très remarqué et une tournée de deux ans, Liz Van Deuq  revient avec un nouvel album, Vanités. La sortie de ce disque est associée à une tournée 2018-2019. Pour ce nouveau projet, elle s'accompagne du label Neômme (Amélie-les-crayons), du distributeur L'Autre Distribution, de la salle Les Bains Douches (Lignières 18) et d'une solide réputation scénique.

(Pour en savoir plus sur cet album, l'excellente critique du siteNos Enchanteurs signé Michel Kemper).

(Toutes les photos professionnelles en studio sont signées Stéphane Merveille.)

J’ai donné rendez-vous à la chanteuse dans un café de Pigalle, le 18 octobre dernier, la veille de la sortie du disque. Le moins que l’on puisse constater, c’est qu’elle n’a pas la langue dans sa poche… et c’est tant mieux.

Biographie officielle :

Pianiste au touché rugissant, Liz Van Deuq est au cœur d’un piano-solo qu’elle mène au doigt et à l’œil. De son tempérament vigoureux et ultra-sensible, l’artiste fait exploser les barrières de la chanson en nous promenant, entre poésie éclairée et humour acidulé. Un spectacle qui manie la dextérité ; autant dans l’écriture des textes que dans son jeu de piano bien personnel.

Anna-Liz est son premier album. Il reçoit en 2015 le Prix Georges Moustaki, le prix de l‘ UNAC-SACEM (Union Nationale des Auteurs Compositeurs) ainsi que le Prix de la Ville du Mans. En 2015, la ville de Nevers attribue aussi à Liz Van Deuq une médaille d‘honneur pour la chanson Nevers with an «S». Un EP - 6 titres piano-voix est sorti en 2016, Musique de chambre. Son deuxième album Vanités est sorti le 19 octobre LizVanDeuq_Vanites_Cover_Square_rvb.jpg2018 chez Neômme / L'Autre Distribution.

Le disque (argumentaire officiel):

Vanités sort avec une couleur musicale plus « British », moderne et pop. C'est le duo de réalisateurs lyonnais JMZ/Sarro qui s'est attelé avec Liz à fabriquer ces textures et ambiances aériennes ou robotiques à coups d'expérimentations, pianos traités, bandes passées à l'envers, et autres alchimies musicales. En ressort un album enveloppant, où les mélodies superbes de la chanteuse sont sublimées par un habillage automne-hiver extrêmement séduisant.

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(Photo : Stéphane Merveille)

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorInterview :

Tu as commencé le piano à l’âge de 7 ans. C’est tôt.

Oui, mais je ne fais pas partie des prodiges non plus. Je ne suis pas une grande technicienne de l’instrument.

Tu as pourtant cette réputation-là dans le métier.

Je ne sais pas d’où ça vient. Peut-être que c’est parce que le piano est mon accompagnateur constant. Il y a sans doute une attente du public pour qu’il y ait quelqu’un de virtuose… mais ce n’est pas moi (rires). En chanson, la place à la virtuosité musicale est moindre. On n’est pas là pour ça, je crois.

L’envie de faire de la chanson est très vite arrivée ?

Disons que j’ai commencé à 24 ans, ce n’est pas si tôt que cela. Avant, j’étais claviériste pour des groupes. Accompagnatrice est d’ailleurs une place que j’aurais envie de reprendre, même aujourd’hui.

Comment as-tu découvert la chanson française ? liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor

J’étais journaliste dans une radio associative. Mais j’étais aussi programmatrice et je passais beaucoup de temps à écouter les disques que nous recevions. J’ai eu de la curiosité plus profondément pour les textes un peu plus tard, mais je me suis quand même rendu compte qu’il y avait une certaine pauvreté dans les paroles des chansons, même si la musique était bonne. Je me suis dit que mes chansons avaient peut-être une place dans ce milieu…

Dans ce que tu recevais à la radio, il n’y avait vraiment pas d’artistes intéressants textuellement ?

Si, bien sûr. Je faisais là une généralité. Il y a 10 ans, j’ai reçu le disque de Claire Diterzi, Tableau de chasse. C’est en tout point une merveille. Cette chanteuse instrumentiste est libre, ses paroles sont originales et elle a une façon de chanter unique. Il y a aussi des artistes comme Agnès Bihl que je trouve formidable. Elle propose de la bonne chanson engagée comme on n’en fait pas si souvent. J’aime aussi beaucoup Jeanne Cherhal. Je me sens proche de son travail.

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En  2015, Liz Van Deuq, la gagnante du Prix Georges Moustaki de cette année-là interviewée par Thierry Cadet et moi-même. (Photo : Marylène Eytier-Aubondeclic.com)

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorJe trouve que tu as un style tout à fait personnel. C’est difficile de s’extraire des influences des artistes que l’on admire ?

Ça se passe un peu malgré nous. Par inconscience, par impression, par mémoire tout simplement. La mémoire inconsciente mémorise beaucoup de choses, il faut donc essayer de ne pas être dans la répétition et le mimétisme. Personnellement, je n’invente rien non plus. Mes harmonies sont assez simples.

Quelles sont les différences entre ton premier album, Anna-Liz, et celui-ci ?

Elles sont plus dans la réalisation, dans la manière d’enregistrer les instruments et la manière d’y aller directement dans les synthés et les boites à rythmes. Harmoniquement, je suis restée sur du conventionnel.

Dans le titre « Le wifi ou dieu », on est carrément sur du slam, là !

Dans cette chanson, ce qui est marrant, c’est qu’on ne sait pas vraiment où on va… On est dans un état émotionnel.

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Liz Van Deuq au Pic d'Or 2016 (photo : Cédrick Nöt).

Que s’est-il passé dans ta tête pour faire une corrélation entre dieu et le wifi ? liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor

C’est débile (rires). J’étais dans un bus, fatiguée, je ne sais pas pourquoi, je me suis dit qu’il y avait plein de points communs entre le wifi et dieu. C’est un peu la même chose, sauf que le wifi, c’est pour les jeunes et dieu, pour les vieux. Chacun son placebo. Il y a une sorte de rite entre les jeunes qui sont derrière leurs écrans et la génération de mes grands-parents qui sont dans le rite d’aller à la messe et de retrouver régulièrement, eux aussi, une communauté. C’est marrant, j’en parlais à quelqu’un qui m’a indiqué qu’il existait une expression : « Google God ». Google est dieu car il sait tout. C’est ça : la connaissance aspirée par le web ou la connaissance par dieu… c’est une théorie qui fonctionne.

(Aparté mandorien : ce matin j’ai appris dans un quotidien qu’un nouveau jeu arrivait sur les écrans. Après Pokémon Go, voici Follow Jesus Christ Go. L’Eglise catholique s’inspire du jeu qui permet de chasser des créatures Pokémon en réalité augmentée, avec cette appli en mode « biblique », où l’on capture dans les rues Jésus, Moïse ou Saint Thomas…)

Il y a des chansons où tu t’amuses vraiment avec les mots. C’est le cas de « Le béguin » par exemple.

Celle-là, j’ai mis deux ans à l’écrire. Je pensais la faire en duo avec un copain, mais en fait, elle marche toute seule. Je ne regrette pas d’y avoir passé autant de temps parce qu’aujourd’hui j’en suis satisfaite.

Clip de "Supporter".

Dans « Supporter », tu te moques de la « beauferie » de certains.

Je comprends cet engouement pour le foot, mais je trouve que c’est une attitude moutonnière un peu vide de sens.

« Disque dort », c’est une pointe d’ironie sur l’industrie du disque ?

Les plateformes d’écoute de disques en streaming et certains réseaux sociaux gagnent beaucoup d’argent sur le dos des auteurs et des compositeurs. A la SACEM, ils disent qu’il y a au moins 15% de ce qui circule sur Internet qui est de la culture. Le titre est payé 0,07 centimes. Pour m’acheter une baguette, il me faut au moins 1000 écoutes. Ça ne nous rapporte rien et ça tue la profession. Ça tue aussi l’entente qu’il y avait entre l’artiste, les producteurs de disques, les managers... beaucoup n’ont plus de boulot à cause de ça. On s’est fait avoir, alors que je suis certaine que les gros groupes savaient ce qui allait nous tomber dessus.

Parfois, tu n’as pas envie de baisser les bras ?

Si. Tous les jours. Je n’ai aucune certitude, je reste lucide, alors je profite de chaque instant que m’apporte ce métier.

Ecrire une chanson, c’est facile pour toi ?

Je suis hyper précautionneuse et laborieuse vis-à-vis des chansons que j’essaie de bâtir. Je peux mettre des années à être convaincue d’une chanson. La plupart de celles qui sont dans ce deuxième album ont eu deux-trois années de taillage, de polissage. Je considère une chanson comme mon bébé, alors je dis à mon équipe d’en faire très attention (rires).

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(Photo : Marisa Winter)

C’est sérieux de faire une chanson ?

Oui, c’est sérieux. Je veux que mes chansons me plaisent et qu’elles aient de l’originalité, que ce soit au niveau de la musique, des textes et de la facture.

Il faut que les chansons soient aussi faites pour la scène.

Le disque est une chose. La scène, c’est comment on assume la fluctuation d’énergie, en fonction des tempos, en fonction de l’enchainement.

Tu as étudié la théorie musicale dans différentes universités.  Ça t’a beaucoup servi pour écrire.

Oui, pour la question du vocabulaire, du côté précieux et sérieux de la chose. La théorie musicale, c’est bien pour pouvoir définir les choses. Moi, je me raconte mes histoires et ma manière de faire des chansons avec cette théorie-là, ce qui ne m’empêche pas de ne pas être très académique.

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorQuand on apprend des théories officielles, a-t-on justement envie d’en sortir ?

On est là pour ça. Aujourd’hui, le gars qui fait des chansons comme Georges Brassens et qui pense que c’est ça la modernité, je pense qu’il se plante. Je ne comprends pas le succès de la plupart des chansons que j’écoute dans les médias. C’est trop glucose pour moi. J’ai l’impression que c’est écrit en français pour les quotas. Dans la catégorie dans laquelle je suis, nous sommes nombreux à faire attention, mais on ne nous entend pas trop en radio.

Il y a des sujets que tu n’aborderas jamais ?

Oui. La politique. Je ne me sens pas prête non plus pour la chanson engagée. L’engagement fort, militant, s’il n’est pas étayé sur le sujet, ça n’a aucun intérêt. C’est comme si on faisait un communiqué de presse pour dire qu’il faut arrêter la pollution, sinon, on est tous morts dans quelques années. S’il n’y a pas des gens qui disent qu’il faut réduire nos déchets et qu’il faut arrêter de rouler comme des cons dans des bagnoles, ça ne sert à rien.

Tu fais beaucoup de concerts, j’ai remarqué.

Oui. Des petites et des moyennes jauges. J’ai la chance de pouvoir vivre de mes spectacles. La sortie de l’album va relancer l’intérêt que l’on peut déjà me porter.

Avec cet album plus pop, plus moderne que le précédent, est-ce que tu vas changer la configuration de tes concerts ?

Je continue à me présenter sur scène souvent seule au piano, mais j’ai une petite machine en plus avec moi…  petite,  mais elle fait pas mal de trucs. Je reste un personnage derrière son piano, absolument pas planqué derrière des synthétiseurs à lancer des trucs qui le dépassent. Cela reste des concerts intimistes.

J’ai lu quelqu’un dire de toi que tu es « moqueuse, tendre, pince-sans-rire et très légèrement dérangée ».

Je suis un peu critique, mais je dis les choses en douceur. Quant à « pince-sans-rire », je l’entends beaucoup parce que c’est vrai. Par contre  « très légèrement dérangée », uniquement sur scène, pas dans la vie. C’est l’effervescence de me présenter devant des gens qui me fait accentuer mon comportement, je pense.

Je t’ai croisé deux fois. La première au Prix Moustaki 2015, que tu as d’ailleurs remporté et laliz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor seconde au Pic d’Or en 2016. J’avais l’image de toi, un peu timide.

Peut-être que c’est parce que je suis quelqu’un qui ne prend pas sa place tout de suite. Moi, je n’aime pas les gens qui parlent fort et très longtemps. Ca me dérange. Je ne m’impose jamais en société.

Ton vrai prénom est Vanessa. Doit-on considérer que Liz est un personnage ?

Oui. C’est un personnage, un habit, une manière d’être. Je ne veux pas que les gens s’ennuient et Vanessa est un peu ennuyeuse, alors je me transforme en Liz. Il y a tellement de constructions et de recherches dans mes chansons et mes spectacles que je ne peux pas y aller en moi simplement. Je veux être libre de dire ce que je pense et que cela rejoigne des gens.

Tu es contente de ce disque ?

Oui. Je suis aussi contente de ne pas l’avoir fait toute seule. J’ai fait les arrangements et il y a eu quatre regards dessus. Les deux arrangeurs, JMZ et Sarro, Bruno Cariou, de mon nouveau label Neômme, et le mien. 

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Le 18 octobre 2018, après l'interview.

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03 novembre 2018

Koutla : interview pour son album Sur les bords

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Après un 1er EP 7 titres (À la vôtre en 2015), Koutla sort un premier album comptant 14 titres, Sur les bords. Première constatation, cet artiste d’origine guadeloupéenne devient de plus en  plus rock, même si certains titres sont encore très intimistes. On le sent à fleur de peau, mais je vous le dis tout net : ce disque engagé, enragé est surtout un concentré d’émotion et de profondeur.

Cela fait 18 ans que Koutla est dans la musique. Il s’est pas mal cherché artistiquement, mais aujourd’hui, incontestablement, il s’est trouvé.

Nous nous étions rapidement croisé au Pic d’Or 2016, mais là, j’ai souhaité le mandoriser. J’avais l’étrange sensation de passer à côté d’un artiste de qualité. Bref, Koutla m’a donné rendez-vous le 12 octobre 2018, dans son fief parisien, un rade que je ne connaissais pas, mais dans lequel j’ai senti de l’énergie positive. Il s'appelle "La liberté".

Biographie officielle (mais raccourcie) :koutla,sur les bords,interview,mandor

Début 2000, Koutla se lance dans la musique. Il intègre l’univers du Dancehall et du reggae. Il écrit alors ses premiers textes. Quelques années plus tard, il rejoint le collectif Bad Side Crew, constitué de compositeurs et de chanteurs. Lors de cette période, il participe à des mixtapes et se produit sur plusieurs scènes. Après deux années d’expériences et d’enrichissement musical, le groupe se dissout. Koutla continue d’écrire et décide de poursuivre la musique en solo : guitare/voix. Le Dancehall disparait peu à peu de son registre. Petit à petit, son univers musical change, en s’influençant de styles musicaux variés qu’il écoute au quotidien : Sizzla, Mano Solo, Renaud, Brassens, NTM… Son morceau intitulé « Grève » (2010) ouvre une nouvelle page dans sa vie artistique. Ce titre marque un nouveau style d’écriture basé sur son expérience personnelle, au travers duquel il dévoile une partie de lui-même. Sa composition en est également changée, et dès lors, il crée son véritable univers musical, qui appartient désormais à la chanson française.

koutla,sur les bords,interview,mandorInterview :  

Tu sors un disque avec 14 titres très variés. Le premier morceau, « Sur les bords », est très rock et il ne me semble pas que ce soit dans tes habitudes.

Ça découle des nombreux live que je faisais avec mes musiciens de l’époque. Après mon premier EP, A la vôtre, on a monté un groupe et on avait tendance à aller vers le rock. Pas pour toutes les chansons, mais quand même.

Ton album est un cri du cœur ?

Toutes mes chansons le sont. La musique ça doit être un cri du cœur.

Comment te viennent les idées de chansons ?

J’ai l’impression que l’on me parle quand j’écris. Les mots viennent à moi. Je ne sais pas expliquer cela.

En tout cas, tu écris beaucoup dans des bars.

Ici, précisément à la table où nous sommes, j’ai écrit quelques morceaux. J’aime bien écouter les gens. Il y a quelques énergumènes qui passent et qui m’inspirent. Les gens m’inspirent. Mes chansons, sont comme de la peinture… des portraits.

Clip de "Geronimo".

 « Geronimo » parle de la désespérance d’un artiste et de sa remise en question.

Oui, notamment. Je me remets en question tout le temps. C’est pour ça que j’ai besoin d’écrire de nouvelles chansons en permanence. Je veux toujours faire mieux que les précédentes. Dans « Geronimo », je laisse sortir mon côté guerrier que j’ai un peu.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pas pour l’argent, sinon, ça fait longtemps que j’aurais arrêté (rires). J’en ai besoin, c’est tout. Evidemment, j’ai envie que mon travail soit reconnu et ça, ça prend beaucoup trop de temps. Je suis un peu pressé. Cet album a mis du temps à sortir parce qu’il y a beaucoup de gens sur le projet. Il y a 14 musiciens, alors tu imagines le boulot.

C’est énorme 14 musiciens !

J’ai voulu que ça joue vraiment. Cela dit, toutes les chansons peuvent être chantées en guitare-voix, mais elles n’ont pas le même impact. Je pense que c’est un bon disque. Un disque qui a des couilles.

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Koutla au Pic d'Or 2016 (photos : Cédrick Nöt)

koutla,sur les bords,interview,mandorTa voix, au Pic d’Or, me rappelait celle de Mano Solo. Ce vibrato que tu avais est atténué dans le disque.

Je n’ai pas appris à chanter comme ça. Ma voix chante ainsi naturellement pour faire passer les émotions. Bien sûr, Mano Solo est un de mes repères, comme Renaud… Parfois, on me dit que ma voix ressemble à celle de Bertrand Cantat. Moi, quand je m’écoute, je ne vois pas le rapprochement.

Tu es d’origine guadeloupéenne,  j’imagine que chez toi, on n’écoutait pas forcément de la chanson française. Pardonne-moi mon énorme cliché.

Mais tu as tellement raison. On écoutait pas mal de zouk. Mes parents ne sont pas mélomanes et je n’ai aucune éducation musicale. Je me suis fait musicien tout seul. J’étais très curieux, alors un jour, je me suis dit que j’allais écouter Brassens, Renaud, Brel et quelques autres. Je n’ai jamais arrêté depuis.

Le truc c’est de faire attention à ne pas trop avoir d’influences marquées?

Il faut savoir devenir soi, c’est certain. Maintenant, ce que tu as beaucoup écouté est là en toi, tu ne peux pas y échapper.

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En 2017, Koutla, une des trois étoiles espoirs du Parisien.

Est-ce que tu te sens dans une famille musicale ?koutla,sur les bords,interview,mandor

Non. A Paris, je suis allé voir beaucoup d’artistes de ma génération sur scène, mais je me suis rendu compte que personne ne venait me voir. En arrivant dans ce milieu-là, je pensais qu’il y aurait du partage entre artistes. Moi, j’ai toujours envie de travailler avec plein de monde. J’aime l’émulation que cela provoque. Tout le monde ne doit pas être dans la même démarche et ce n’est pas grave.

Ne penses-tu pas que le fait que tu sois noir, que tu portes des dreadlocks et que tu chantes de la chanson française à texte puisse perturber ton auditoire ?

Si. C’est l’histoire de ma vie. Je suis déjà arrivé dans des endroits où on n’avait pas écouté mon disque et c’était marqué : Koutla, reggae. En même temps, j’aime bien que les spectateurs soient surpris. 

"A quoi tu mens".

koutla,sur les bords,interview,mandorQue représente la chanson pour toi?

Il n’y a rien de sérieux dans la musique. Quand j’écris, là, oui, c’est sérieux. Je suis limite autiste. Je suis dans ma bulle et je n’en sors pas facilement. Après avoir digéré une chanson, je considère que tout ça n’est qu’une blague. La chanson, c’est du divertissement. Même la chanson triste. Quand tu regardes un film triste, c’est du divertissement.

On a tendance à trop intellectualiser la chanson ?

Oui. A commencer par moi. Cela m’arrive de me surprendre à raconter mes chansons sérieusement. Mais quand je fais le bilan, je rigole.

C’est quoi la thématique principale de ton œuvre ?

Je parle d’amour et de poésie. Quand je dis poésie, c’est ce qu’il me semble être beau. Parfois, je ne comprends pas un de mes textes, ou alors après coup. Sur d’autres, j’ai des lectures différentes. Pour moi, une chanson, ce sont surtout des émotions, du son et des vibrations.

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01 novembre 2018

Françoise Bourdin : interview pour Gran Paradiso

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françoise bourdin,gran paradiso,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorNée à Paris en 1952 de parents chanteurs lyriques, Françoise Bourdin est plongée dès son plus jeune âge dans le monde artistique. Passionnée d'équitation depuis l'adolescence, elle l'est aussi par la littérature. Elle commence, dès quinze ans, à écrire des nouvelles et publie son premier roman, Les Soleils mouillés, à l'âge de vingt ans. Plusieurs grands succès littéraires font d'elle une romancière reconnue. Elle a également signé de grandes sagas télévisées à succès : Un été de canicule et Terre indigo. Mère de deux filles, Françoise Bourdin vit en Normandie. Pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan daté des mois de septembre/octobre 2018, j'ai interviewé à la fin du mois d'août l'auteure pour évoquer son nouveau roman, Gran Paradiso.

 

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Archives:

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Photo datant du 3 juin 1999 à Radio Notre Dame… (donc 19 ans avant cette interview).

31 octobre 2018

Laura Flane : interview pour son premier EP

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(Photo : Justino Esteves)

Bac avec mention très bien et 3 prix au concours de piano de Radio France. Sciences Politiques… Laura Flane suivra-t-elle une carrière toute tracée ?

Non. 30 ans. Congé sabbatique. La musique prend la place centrale. Les concerts s’enchaînent, un premier disque voit le jour. Laura Flane est une artiste qui déborde d'énergie et son EP variété, tendance pop (à écouter ici), m’a emballé dès la première écoute. Le 11 octobre dernier, pour sa première mandorisation, elle m’a donné rendez-vous dans un bar de la capitale…

Mini bio officielle (photo de la pochette : Jeanne Delecluse): 42158440_1138112726340498_7553311382905552896_n.jpg

Laura Flane grandit derrière son piano, avec Liszt et Chopin dans les doigts, des mélodies anglo-saxonnes dans les oreilles et des textes de chansons françaises sur la table de chevet.

Avec ces influences, c’est une pop douce, sensible et féminine qu’elle écrit et compose, dans un premier EP, sorti le 21 septembre 2018.

Ses chansons : des textes subtils et des mélodies qui marquent, avec des thèmes qui sortent des sentiers battus. Sur les pas de William Sheller, Jeanne Cherhal ou encore Zazie, ce premier EP raconte le parcours initiatique d’une jeune femme qui chante tout haut ce qu’elle avait gardé tout bas.

Sur scène, à nouveau derrière son piano, on comprend qu’elle s’est trouvée, et qu’il y a de belles choses à découvrir chez cette jeune femme qui flâne…

IMG_6882.JPGInterview :

J’ai lu dans ta biographie qu’après une formation classique en piano au conservatoire, tu as appris le chant et la guitare en autodidacte. Pourquoi ?

Je voulais prendre mes libertés sur la guitare. Je ne voulais pas d’un enseignement classique de cet instrument. Et j’ai choisi la guitare parce que je ne pouvais pas trimballer mon piano partout dès que j’avais besoin de jouer de la musique. Enfin, au départ, la guitare m’a permis de plus écrire de chansons.

Tes premières chansons étaient donc en anglais et à la guitare.

Oui, et aujourd’hui, je suis revenue vers le piano et la langue française.

Ta famille écoutait quoi ?

Mes parents, principalement de la musique classique. Mon père écoutait aussi beaucoup de pop rock anglo-saxon des années 60 et 70. J’entendais Bob Dylan, Jimi Hendrix  et pas mal de blues. Bref, j’écoutais beaucoup de musique en anglais. J’adorais Ben Harper, les Cranberries…

Le français est venu après j’imagine.

Oui. J’adore Zazie. Elle est un modèle important pour moi. J’ai découvert la chanson française à texte un peu sur le tard : Brel, Barbara, Brassens.

Qu’aimes-tu chez Zazie ?

Beaucoup de choses. Sa façon d’écrire. Elle arrive à mettre des textes intelligents qui ne font pas forcément « chansons à texte » sur des musiques qui sont très pop. En plus, elle fait passer des messages. J’aime la liberté qu’elle prend et sa manière de se renouveler sans cesse. C’est comme Radiohead. Ce groupe n’arrête pas de se renouveler et c’est ce que j’apprécie par-dessus-tout chez un artiste.

Audio "Avec la mer pour horizon".

La première fois que je t’ai croisé, c’était aux 3 Baudets. Je suis reparti avec ton disque en me disantIMG_E6873 (2).JPG que j’allais encore écouter du guitare-voix ou du piano-voix, et moi, je n’en peux plus du guitare-voix ou du piano-voix. On est en 2018, passons à autre chose. Bref, quand j’ai écouté ton disque, je l’ai trouvé bien produit et moderne. Un disque d’aujourd’hui.

Merci. C’est Fred Perriot qui a réalisé l’EP au Studio Little de Fabien Martin qui a d’ailleurs mixé les chansons. Ils se sont bien occupés de moi. Je suis arrivée avec mes mélodies, mes chansons en piano ou guitare-voix… mais ce sont eux qui les ont rendu « vivantes ».

Pourquoi avoir choisi Fred Perriot comme réalisateur?

Nous nous sommes croisés dans les couloirs de l’Atelier de Cédric. J’y ai participé presque un an. C’est amusant parce que je disais à Cédric que je cherchais un réalisateur comme Dominique Blanc-Francard, des gens comme ça. Fred était à coté de nous. Il s’est présenté comme réalisateur. Il a écouté mes chansons et il a saisi immédiatement ce que je voulais comme son. Les orchestrations, ce n’est pas mon truc. Lui a compris que ce devait être pop. Je trouve qu’il a révélé mes chansons musicalement.

Tu as été sélectionnée en 2012-2013 pour suivre le cursus Auteur-Compositeur-Interprète d’ACP - la Manufacture Chanson.

Oui, j’ai été formé là-bas. La Manufacture Chanson est une super école pour le chant. Je venais du monde classique et je débutais dans la « variété ». J’avais mes chansons, mais je ne savais rien du reste du métier. A ce moment-là de mon début de carrière, ce passage-là a été primordial.

Et l’Atelier de Cédric ?

Ça m’a beaucoup aidé pour professionnaliser mon projet et pour penser à tout ce qu’il y autour. On était plus sur l’environnement professionnel et l’image qu’on doit montrer que sur l’artistique. Le fait de rencontrer autant de pros était bénéfique pour moi.

Avant cet EP, il existait un album, il me semble.

Oui, mais je le considère comme une maquette améliorée. Je l’avais réalisé avec très peu de moyens. Depuis ce premier essai, j’ai pris du temps. J’ai beaucoup travaillé pour en arriver à ce premier EP.

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MaMA Festival & Convention 2018. Laura Flane au PHONO Museum Paris -

(Photo : Jalal Aro)

Dans la chanson « Petite femme », tu parles d’une fillette qui joue à la femme plus âgée en se maquillant et en s’habillant comme une grande.

Il y a plein de sens possible, mais au départ, je pensais vraiment à une prostituée. Après, on peut aussi penser à une artiste qui monte sur scène. J’aime bien les doubles, voire les triples sens. Il y a une chanson de Barbara qui s’appelle « Silence » sur son album Soleil Noir. Je l’ai chanté plein de fois et il y a de multiples sens. J’adore ça. L’art existe aussi pour ça : que chacun puisse y donner son sens.

Dans « Je t’écoute », tu évoques bien les problèmes de communication au sein d’un couple ?

J’ai écrit cette chanson alors que je devais garder le silence pendant une semaine parce que j’ai eu un petit souci à la voix. C’était horrible. Je me suis donc mise dans la peau de quelqu’un qui ne pouvait pas parler et qui du coup, se contente d’écouter l’autre.

Il y a une chanson co-composée avec Fred Perriot, « Grandir un jour ».

J’ai écrit cette chanson lors d’un atelier d’écriture d’Éric Guilleton à la Manufacture Chanson. Il y avait une contrainte d’écriture. C’était un exercice de style, mais qui, au final, a donné une belle chanson. Ça parle de l’importance de l’enfance que l’on a pour l’adulte que l’on devient.

Clip officielle de "Ces mots".

Dans « Ces mots », tu parles des changements de vie. Il y a une raison bien précise à cela.

Il faut savoir s’écouter et se mettre en capacité de changer de vie. C’est vraiment un phénomène de société. Tu as plein de gens qui rêvent de pouvoir faire autre chose de leur vie.

Je voulais te faire dire que c’est aussi ton histoire.

Oui. Avant j’étais consultante en management dans l’entreprise. Pendant longtemps, j’ai mené cette vie-là tout en faisant de la musique, mais aujourd’hui, j’ai complètement arrêté. C’est un risque parce que je sais bien qu’aujourd’hui, vivre décemment de sa musique, c’est difficile. Petit à petit, j’essaie de constituer mon équipe. Maintenant, je cherche un éditeur pour me permettre d’écrire pour d’autres et je cherche une maison de disque. Pour cet EP je suis devenue artiste auto-entrepreneuse et c’est beaucoup d’énergie que je n’utilise pas pour la création.

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(Photo : Pan Pieper)

Tu as fait déjà quelques scènes ces dernières années.

Oui, je vais maintenant tenter des tremplins, des concours, des festivals… histoire de me faire connaître un peu.

Je crois que tu es programmée dans un festival en Allemagne.

Oui, grâce à Gerd Heger. Il a une émission sur une radio franco-allemande à Sarrebruck, SR2. Il semblerait qu’il ait adoré mon EP puisqu’il lui arrive de diffuser des morceaux. Du coup, il m’a invité à participer à un festival en juin prochain.

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Pendant l'interview...

Pourquoi veux tu être artiste ?

C’est une question que je me pose tous les jours. Je crois que la réponse est parce que j’en ai besoin. Personnellement, physiquement… j’ai besoin d’écrire des chansons, de jouer de la musique. J’ai fait Sciences-Po Paris en formation, j’ai travaillé en entreprise, mais mon plaisir est dans la musique. Je pense qu’il faut écouter la corde qui vibre en nous.

Es-tu pudique ?

Oui. Et justement, la chanson est un grand moyen pour s’exprimer.

Quel est ton souhait aujourd’hui ?

Pouvoir sortir un album, avec une équipe autour de moi.

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Après l'interview, le 11 octobre 2018.

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