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29 août 2016

Lise Martin : interview pour son double album Déments songes

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Lise Martin occupe une place à part dans la scène française actuelle. Elle écrit, compose et interprète des chansons graves, intelligentes, justes, parfois sombres… et exigeantes. Paradoxalement, elles sont toutes abordables tant les sujets traités concernent tout le monde. « Dans ses chansons », comme l’explique le site Hexagone (qui a fait un sacré dossier sur elle), « elle traque les illusions sur l’amour naissant et qui vont se briser au fur et à mesure… La voix de Lise résonne comme un appel à la liberté, à une libération d’une parole trop longtemps murée dans le silence. Le propos n’est pas d’une gaieté absolue mais le bonheur sied-il à la chanson ? »

lise maartin,déments songes,interview,mandorJudicieuse question.

J’ai rencontré Lise Martin pour la première fois, un beau soir de l’année dernière. J’étais avec mon ami Fabien Martin (je souligne la coïncidence patronymique) aux Trois Baudets,  quand elle s’est présentée à nous. Je suis reparti avec son double album dans les mains. J’ai attendu quelques mois pour la mandoriser. Pourquoi ? Je ne sais pas. Acte manqué.

Le 22 juillet dernier, elle est passée à l’agence et nous avons longuement discuté.

Biographie officielle :

Lise Martin est une jeune auteur-compositeur-interprète, accompagnée de quatre talentueux musiciens.lise maartin,déments songes,interview,mandor

Dans un style folk "à la française", la voix vibrante et singulière de la chanteuse, soutenue par la puissance et la subtilité des instruments à cordes (guitare, violon, violoncelle) et de la percussion, porte des textes particulièrement profonds et poétiques.

Lauréate de la Finale Nationale de la Chanson Francophone 2011 organisée par la CSO, elle fut sélectionnée au Grand Zebrock 2012, puis reçut ex-æquo le Prix spécial du Jury au Tremplin Chanson Reims-Oreille 2013. En juin, elle s’est vu remettre le 1er prix de la catégorie Auteur-Compositeur-Interprète du concours Love Music 2013, et a remporté, lors de la 19e édition du Tremplin Vive la reprise, le Grand Prix du Centre de la Chanson, le Prix du Public, ainsi que les prix Ecoutez-voir (Belgique) et Chanson de Parole (Barjac).

Après un premier EP, Gare des Silences, Lise Martin a sorti son premier album (un double), Déments Songes, en 2014.

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lise maartin,déments songes,interview,mandorInterview :

Tu as évolué, grâce à tes parents dans un univers très chanson française. Ils écoutaient les grands classiques.

J’ai su parler assez tôt. Les mots et le langage me plaisaient. Les chansons m’intéressaient donc, car je comprenais les paroles. Dès que j’ai su lire, j’ai lu les textes de chansons dans les disques. Moustaki, Le Forestier par exemple.

Tu essayais de comprendre ce qu’ils chantaient ?

Oui, et c’est quelque chose que je continue toujours aujourd’hui. Quand j’écoute une chanson pour la première fois, je prends toujours le temps d’en comprendre le sens. Je me pose du début à la fin pour saisir le sens précis. Quand je m’aperçois au final qu’une chanson à des beaux mots, mais qu’elle ne veut rien dire, je suis très triste (rires). Pour moi, c’est important d’analyser ce qui est en train d’entrer dans mon cerveau.

Quand tu écoutes une chanson, tu ne peux donc pas t’abandonner directement ?

Je peux m’abandonner à la musique parce que je suis en train de faire autre chose, du coup mon attention ne peut pas se fixer sur les paroles, mais à un moment, je sais que je vais réécouter la chanson ou chercher les paroles sur Internet.

Mais chez quelqu’un comme Bashung, tu n’as pas toujours une compréhension directe du texte…

Bashung, j’ai lu, relu, rerelu, réécouté… il fait partie des rares artistes qui m’incitent à tirer des histoires personnelles de ses textes. Donc, j’y trouve un sens. Ferré avec « La mémoire et la mer » me procure la même chose. Comme il y a plusieurs lectures possibles, il y a de nombreuses possibilités de s’approprier ces textes-là.

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Quand j’interviewe un artiste, je n’aime pas trop parler de ses textes, même si je le fais parfois… J’aime bien l’idée que les gens découvrent et se les approprient de manière « vierge ».

Moi, je n’aime pas trop parler de mes chansons. Ça me gêne parce que j’ai envie de laisser de l’espace à chaque personne pour qu’il se l’approprie. Une chanson sublime un événement plus ou moins douloureux ou violent qui s’est inscrit dans le quotidien. Je n’ai pas envie de raconter le pourquoi du comment de sa création. J’ai peur que cela la « désacralise », terme que j’emploie avec des gros guillemets.

Certaines de tes chansons parlent clairement de toi. Fais-tu en sorte de « généraliser » l’histoire pour que tout le monde se sente concerné ?

Il y a absolument cette volonté. Je ne veux pas que mes chansons soient marquées dans le temps, parce que les œuvres phares de ma vie sont souvent intemporelles. Mes chansons partent toujours de quelque chose que j’ai vécue, mais je pousse toujours plus loin. Par exemple, après une rupture, je souffre. Je retranscris donc ce que je traverse comme état émotionnel. J’adore décortiquer les sentiments et les émotions. La meilleure manière de le faire est d’écrire une chanson. Mes chansons sont des investigations, donc je peux les partager avec les autres. Il n’y aucune solution dedans, juste des pistes de réflexions. Cela dit, ce n’est jamais complètement ma vie, jamais complètement ce que j’ai vécue. Ce que je vis donne juste le départ, une phrase ou deux. Après, l’idée se déroule jusqu’à la chute. Parfois, une chanson me dépasse, elle peut aller là où je ne m’attendais pas. Les mystères de la création…

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Tu dis à Hexagone que tu chantes « pour faire taire le silence car tu ne l’interprètes pas favorablement ». C’est un tel chaos en toi qu’il faut l’expulser ? 

Je chante pour faire taire le silence, c’est vrai, mais c’est aussi pour attendrir le cri. Je n’aime pas les cris, ni la violence, ni le silence. Quand les mots sont chantés, c’est plus doux que les cris et pourtant, ça sort quand même…

C’est vital pour toi d’écrire alors ?

Si je n’avais pas ça, peut-être que je hurlerais, peut-être que je me tairais, mais aucune de ces deux solutions ne me convient… donc j’écris et je chante ce que j’écris.

C’est une façon de ne pas craquer ?

Il y a tellement de choses que je ne comprends pas dans ce monde. Du coup, je cherche des solutions pour vivre ici et maintenant le mieux possible. J’aime profondément la vie, donc je veux trouver comment je peux faire le plus de bien possible… ou le moins de mal possible.

Tu fais du bien puisque c’est le rôle d’un artiste : divertir l’âme et le cœur des autres.

J’en ai conscience parce que moi aussi je suis auditrice et qu’il y a des chansons qui m’accompagnent, me soignent, me font du bien. La musique des autres à une place prépondérante dans ma vie.

lise maartin,déments songes,interview,mandorNous nous sommes croisés au Festival Pause Guitare d’Albi. Tu es allée voir Joan Baez. Elle fait partie des socles de ta culture musicale ?

Ma mère écoutait aussi Joan Baez, Cat Stevens et léonard Cohen. Ce sont des immenses sources d’inspiration. Musicalement, je pense que je m’inspire plus de la folk anglo-américaine que de la chanson française, dont le point fort est plus souvent le texte que la musique.

Tu tentes de te situer où dans la musique ?

C’est compliqué. J’observe ce qu’il y a autour de moi pour voir où je veux aller. Il y en a qui se compose un personnage et d’autres qui sont comme dans la vie. J’essaie de faire partie de la deuxième catégorie. En voyant Joan Baez sur scène, j’ai pu constater à quel point elle est sincère et elle-même. Une guitare, sa voix… et elle te transporte avec des chansons qui disent des choses importantes.

Il y a eu Sanseverino après Joan Baez. Lui aussi est quelqu’un de sincère.

Je suis d’accord avec toi. Il est dans l’instant. Son spectacle est travaillé, mais tout n’est pas écrit de A à Z. Il y a de la place pour de l’improvisation, pour être dans le présent. C’est un peu ça ma quête : être dans le présent le plus possible dans la vie et sur scène.

Avec le genre de chanson que tu fais, tu sais que tu n’es pas prête de passer à la radio ou à la télé.

Je décèle l’ironie dans ta question… Pour moi, actuellement, il y a un lien qui n’est pas fait entre les artistes et le public. Les médias, notamment la télévision, devrait remplir ce trou, mais ils ne le font pas. Comme nous, à priori, nous ne sommes pas censés rapporter beaucoup d’argent, ça n’a pas d’intérêt de faire de la pub pour notre travail.

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La chanson fait pourtant partie de la vie de tout le monde.

Oui, même si les gens ne s’en rendent pas compte. Si un soir, par hasard, ils se retrouvent à un concert, souvent, ils vont être troublés et ça va provoquer chez eux des émotions qu’à mon avis, Christophe Maé ne provoque pas. Je ne sais pas quel degré de sincérité à ce garçon, mais je ne suis pas du tout touchée par ce qu’il fait.

Je comprends ce que tu me dis, mais Maé, que je connais un peu, est le chanteur le plus lucide et gentil de ce milieu.

Je le cite lui, mais je ne le connais pas. Mais « Il est où le bonheur », vraiment, je ne peux pas. 

Pourtant ça marche et ça touche beaucoup de personnes. Comment peux-tu l’expliquer ?

Il a des mélodies efficaces et on retient facilement ses refrains, qui sont d’ailleurs fait pour ça. Mais en plus, on l’entend à la télé et à la radio toute la journée. Si on proposait aussi d’autres artistes, je suis sûr que les gens aimeraient aussi. Là, je pense à ma copine Garance par exemple. Je suis sûr que si elle était diffusée de temps en temps, ses albums se vendraient beaucoup.

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Garance et Lise Martin au Limonaire, le soir de l'entretien.

La façon dont tu vis ton métier actuellement te convient-elle ?

Je souhaite faire plus de concerts. J’ai vraiment envie de voyager avec la musique. J’ai d’ailleurs un projet avec Garance. Au mois de septembre 2017, nous aimerions partir sur les routes de France pendant un an. On a envie de faire des concerts dans les milieux associatifs, des concerts à domicile aussi. Puisque le relais n’est pas fait entre les artistes et le public, on a décidé d’aller vers les gens nous-mêmes. Après, j’aurais une idée plus précise de pourquoi les choses sont compliquées pour des artistes comme nous.

Quand tu as commencé la chanson, il n’y avait pas beaucoup de chanteuses dans le circuit. Aujourd’hui, vous êtes très nombreuses.  

Dans mes moments de désespoirs (rires), ça pourrait m’embêter, mais quand je suis lucide, je sais bien qu’il y a de la place pour tout le monde. Si on était moins, ça ne marcherait pas forcément plus pour moi.

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Pendant l'interview...

lise maartin,déments songes,interview,mandorTu as fait la une d’Hexagone, tu as de nombreux papiers hyper positifs dans la presse spécialisée… ça t’encourage ?

Ça m’incite à pener que je ne me suis pas trompée de métier et ça me donne du courage pour continuer à me battre. J’ai l’impression que je fais tout ça pour quelque chose. Je détesterais faire quelque chose d’inutile. Quand j’ai des retours de gens qui sont touchés, ça me donne envie de continuer. Si je me retourne en arrière, je vois que je suis dans la progression, même si elle est lente.

As-tu peur de basculer dans l’aigreur si ça ne fonctionne pas plus que cela ?

Aujourd’hui, ça ne pourrait plus m’arriver. J’ai muri et je suis beaucoup plus détendue sur plein de choses, notamment sur la notion d’échec et de réussite. Parfois, je croise des artistes qui sont amers, mais je peux les comprendre. Moi, j’aimerais arrêter avant de le devenir. Il y a tellement de choses qui me passionnent que je pense que cela se ferait tout seul. Je n’ai pas envie de m’accrocher éternellement.

Tu prépares un album que tu espères sortir au printemps 2017.

Depuis mon précédent double album en 2014, j’ai beaucoup évolué et beaucoup de choses se sont passées dans ma vie. Je veux raconter d’autres histoires. Les chansons sont quasiment toutes finies, mais sortir un album est long à mettre en place.

Ce sera un album simple ?

Oui, et il y aura moins de cordes qu’auparavant. Je vais me recentrer sur un disque plus guitare-voix avec un son très travaillé et des chansons plus légères. Je reviens vers quelque chose de sobre et essentiel… et je l’espère, qui devrait toucher.

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Après l'interview, le 22 juillet 2016.

22 août 2016

Festival Pause Guitare 2016 : Bilan, interviews, photos...

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pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorPause Guitare a fêté cette année sa 20e édition, à Albi. C'est le premier événement du Tarn et certainement un des festivals les plus fédérateurs dans le grand sud (ici, vous pourrez lire les valeurs de Pause Guitare). C'est un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. La ville se retrouve aux couleurs du festival, le temps d'une semaine. Précisons que c'est l'association Arpèges et Trémolos, dirigé par Alain Navarro, qui organise cet événement.

Artistes nationaux et internationaux de qualité incontestable, accueil comme j'en ai rarement vu, organisation sans faille, passion et positivisme à tous les coins. Impressionnant!

Elton John, John Baez, Francis Cabrel, Mika, Dionysos, The Avener, Michel Fugain, Dionysos, Louane.... Ils ont été plus de 70 artistes en 2016 à venir à Pause Guitare pour plus de 80 concerts, répartis sur les 7 scènes de l'événement (dont 4 gratuites). Avec 4 artistes par soir sur la grande scène, la programmation a été éclectique et pointue, proposant tantôt des artistes ayant marqué l'Histoire de la musique, tantôt de jeunes pousses prometteuses. Le festival, c'est du rock, de la pop... mais aussi de la chanson, car Pause Guitare, c'est aussi des scènes découvertes avec des artistes internationaux, où le Canada francophone tient la dragée haute ! Accélérateur de talents, le festival albigeois travaille activement à l'émergence et à l'accompagnement de nouveaux artistes. Enfin, avec ses 4 scènes gratuites, dont 1 soirée dans les bars d'Albi, Pause Guitare se voulait être un événement populaire et accessible, avec une programmation néanmoins hypra-qualitative !

Cette année (et ce pour la deuxième fois consécutive, la première est là) je vous raconte "mon" Pause Guitare avec "mon"regard personnel... très subjectif. Ce que j'ai vu, ce que j'ai fait, ceux que j'ai interviewés... le tout enrichi de photos des concerts (merci aux photographes du festival). 

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(Sinon, voilà le compte rendu de Longueur d'Ondes, celui d'Hexagone et tous les articles de La Dépêche sur Pause Guitare 2016)

Zapping du mercredi :

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A peine arrivé, le jeudi 7 juillet, je déjeune notamment avec Barcella, le musicien des mots, le comédien des notes, pour lequel j’ai une grande admiration. La veille, il présentait son premier conte musical pour enfant à l’Athanor, Tournepouce. L’occasion pour moi de lui poser des questions à la fin de nos agapes.

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview :

Pourquoi te lances-tu dans le spectacle pour enfant ?

Il m’a fallu une pause dans mes différentes tournées pour m’octroyer cette jolie parenthèse. J’ai monté beaucoup d’ateliers « chansons » dans ma ville de Reims. Je fabrique des chansons avec des écoles, des collèges, des lycées, parfois avec des prisons, des maisons de retraites… mais les petits ont un imaginaire très fécond, une espèce d’innocence qui me plait par-dessus tout. Avec leur insouciance, ils verront toujours une fabrique à nuages plutôt qu’une centrale nucléaire. La poésie qui est en eux m’a donné envie d’écrire un spectacle qui leur est destiné.

Le thème principal de cette fresque enchanteresse poétique est  la solitude.

Oui, quand on est petit, on a tendance inconsciemment à se refermer sur soi-même. Je raconte l’histoire d’un jeune orphelin qui vit en haut d’une montagne, sur les nuages, et qui fabrique des chapeaux pour protéger ses rêves. Son premier réconfort, son premier refuge puisqu’il est seul, c’est de rêver en se tournant les pouces. Il passe ses journées à somnoler, nourrissant son imaginaire d’épopées fantaisistes pour lutter contre l’ennui. Un jour, sur les conseils du vent (qui fait office de voix intérieure), il va redescendre sous les nuages pour retrouver sa communauté. La communauté des enfants réels. Tout le chemin de ce conte, c’est finalement d’expliquer aux plus petits qu’on ne peut pas vivre seul. Le rêve, cette capacité à inventer le monde dans sa tête, se doit d’être au service de l’humanité. Il va donc franchir la mystérieuse barrière de nuages, et donc s’affranchir de cette seconde peau qui l’étouffe un peu.

Je comprends l’image. Les nuages nous empêchent de voir ce qu’’il y a devant nous.

Exactement ! Devant nous, c’est l’ouverture vers les autres. Tournepouce va donc s’ouvrir et découvrir que ses parents ne l’ont peut-être pas laissé là-haut par hasard. Sortir de son nuage, c’est accepter de grandir, c’est comprendre qu’on ne peut pas avancer seul. Tout ce qu’un enfant sait au fond de lui, mais ne sait pas dire. Les adultes aussi oublient un peu cela. Parce que la société, les rythmes que l’on a nous obligent à construire des couches. On s’éloigne et nous devenons durs avec le temps. En voyant ce spectacle, l’adulte comprend très bien que c’est un chemin que l’on doit réapprendre.

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Ecrit-on différemment pour les enfants que pour les adultes ?

Personnellement, je n’ai pas eu envie d’adapter mon langage. Il y a une adaptation simplement dans la densité du texte. Je ne donne pas trop d’informations. J’ai choisi de faire un spectacle pour les petits qui reste exigeant. J’emploie des mots un peu surannés comme « tarabiscoté », « capilotracté »… J’aime faire vivre ce genre de mots qui sont agréables à la prononciation. L’inconscient des enfants comprend. Même s’ils passent à côté d’une phrase ou deux, entre l’image, les dessins qui viennent servir l’image, ils finissent par saisir le propos. Si un mot les a heurtés, ils arriveront en classe et demanderont à leur professeur ce qu’il veut dire. Plus tard, ils auront une seconde lecture de ce conte, un peu comme on peut nous en avoir de Peter Pan aujourd’hui.

As-tu gardé ton âme d’enfant ?

Je pense que je me nourris encore énormément de mon âme d’enfant, mais je suis complètement adulte. Je ne me sens pas du tout enfant au sens « infantilisé ». Je suis absolument autonome. Mon projet emploie huit personnes, j’ai monté un festival… je suis tout à fait terre à terre par rapport à la vie. Je valorise l’idée de l’entreprise, je suis pour la solidarité et l’entraide, mais l’assistanat systématique est quelque chose qui n’encourage pas l’entreprise. Il faut se lever le matin et se donner les moyens de réaliser ses rêves. Par contre, je me bats pour conserver mon regard d’enfant  sur le monde qui m’entoure, c’est-à-dire à m’émerveiller des choses, parce que c’est là que l’on trouve la poésie. Il faut rester attentif au monde qui nous entoure et l’écouter.

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Comment fais-tu, toi, pour rester attentif au monde ?

Pour moi, ça a commencé avec des choses très simples. Ça fait 10 ans que je n’ai plus de télé. Je marche très souvent en montagne, de ce fait, je rencontre spontanément des gens à qui j’ai envie de parler. Par mon métier aussi, beaucoup de gens viennent vers moi et j’adore les écouter. C’est vrai que les yeux ne voient pas, c’est le cœur qui sent les choses. Pour en revenir à Peter Pan, l’histoire explique qu’il faut accepter de grandir. Il ne s’agit pas du tout d’enterrer l’enfant, mais d’avancer avec en le regardant comme ce qu’il a été et ce qu’il nous aide à être aujourd’hui.

Ta carrière a démarré en 2004. Es-tu content de sa progression et de son cheminement ?

Je sens bien que j’ai la satisfaction de mes pairs. J’ai reçu le 3e prix Barbara du ministère de la Culture et de la Communication, j’ai été récompensé trois fois par l’Académie Charles Cros, mon album La boite à musique a été décerné « album de l’année » par FrancoFans en 2010, le Prix Jacques Brel de Vesoul en 2009… Faire partie de ce paysage de la chanson française et des amoureux des mots, oui, ça me fait très plaisir. La chanson a encore parfois, malheureusement, une image poussiéreuse. On a de moins en moins de créneau pour parler de notre travail. L’émission de Thierry Lecamp sur Europe 1 n’existe plus, sur France Inter n’en parlons pas. Tout se réduit pour nous. La culture anglophone a pris une place très forte.

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De quoi es-tu le plus fier ?

Ma première fierté et d’avoir un public sur quatre générations. Avoir majoritairement des gens de mon âge à mes concerts fait qu’ils viennent avec leurs enfants, voire avec leurs parents. Ca me touche beaucoup. Et je suis fier de rencontrer différentes familles de chansons. Très souvent, on nous classe dans une catégorie de chansons. Moi, je ne suis pas d’une famille, je suis de l’humanité. Aujourd’hui, je vis une aventure avec le collectif 13 comprenant des membres de Tryo, la Rue Kétanou, Le pied de pompe… cette famille de chansons alternatives, je suis ravi d’y appartenir, moi qui vient de la famille de la chanson un peu théâtralisée, comme Emily Loizeau. Parfois, je fais un détour par ma famille pop, urbaine, et par ma famille festive, comme Aldebert, Debout sur le Zinc…  Je croise tous ses artistes assez souvent et j’ai le sentiment d’être de tous ces horizons-là. Pour moi, ça n’a jamais posé de problème, par contre, ça peut en poser à un journaliste spécialisé. On s’abreuve de ce qu’il y a autour de nous, ensuite, il faut construire son chemin. Les médias m’identifie, non pas comme un ovni, mais comme un artiste singulier. Cela me convient totalement.

Rougis-tu en écoutant tes vieux albums ?

Oui. J’ai commencé avec une voix qui n’était pas la mienne, j’avais des costumes en queue de pie… on va dire que je cachais ma pudeur derrière des artifices, mais tant mieux, c’est mon chemin. Aujourd’hui, je commence à trouver ma voix. Elle est beaucoup plus naturelle. Ma voix restera toujours mon complexe. J’écris, je compose, mais j’interprète par défaut. Ma voix ne me fait rien, elle est très commune. Mais ce que je raconte, je sais que cela peut rencontrer la sensibilité des gens au-delà de mon complexe.

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Ce que tu racontes et la façon de raconter sont pour beaucoup dans ton originalité.

Ça vient de ma maman, prof de Lettres. Elle m’a appris à savourer les mots et à ne pas les dire par hasard. Le mot a évidemment une vibration, mais aussi un gout. Je m’emploie à révéler le gout des mots.

Tu travailles beaucoup, à tel point que tu viens de faire un burn-out.

J’écris pour d’autres, je travaille pour des collectifs, j’ai la chanson pour enfants, j’ai mon projet personnel assez piquant et introspectif, j’avais une émission sur France Bleue, j’ai monté mon premier festival L’estival du Charabia à Reims, j’ai une vie de famille … tout cela m’épanouit, mais a fini par me terrasser. Il y a un mois, comme tu viens de le dire, j’ai fait un burn-out. Un burn-out pas moral, mais physique. Mon corps m’a dit « stop ». Je suis en train de m’en remettre doucement, c’est pour cela que je ne bois plus. Au final, je considère que c’était un très bon signal. Ça me dit : « si tu veux continuer à bien voyager, ménage ta monture ». Aujourd’hui, je me recentre.

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Coffee time with Barcella.

Allez, on démarre l'aventure Pause Guitare 2016...

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Soyons franc, je n'ai assisté quasiment qu'aux concert qui se sont tenus sur la Grande Scène de Pratgraussals (à quelques exceptions près que j'évoquerai plus bas).

JainCette graphiste, chanteuse, auteur, compositeur  a sorti son premier album, Zanaka (enfant en malgache) qui contient 10 titres éclectiques qui oscillent entre world music, electro, reggae, soul, hip-hop, indie et pop... Elle a passé son enfance à sillonner l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient pour suivre son père, ses influences musicales s’en ressentent et rendent son style unique. Seule sur scène (mais accompagnée de quelques machines), elle occupe parfaitement l'espace et est très à l'aise avec le public. Franchement, on aimerait la voir avec des musiciens, mais elle a tout de même assuré le show. 

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Louane : Que dire de cette demoiselle? (Personnellement, j'ai déjà tellement tout dit sur elle, que je n'ai plus rien à ajouter). La chanteuse comédienne la plus populaire du moment a fait une prestation quelconque. On sentait qu'elle était fatiguée, il faut dire qu'elle était quasiment à la fin de sa tournée. Les 8-12 ans ont visiblement apprécié. Quant aux autres, je n'ai pas décelé chez eux une ferveur incommensurable. 

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Louise Attaque : Formé en 1994, ce groupe de rock a vendu près de 3 millions de copies de son premier album éponyme. Le 4e album met fin à une pause démarrée en 2007. Gaëtan Roussel (chant, guitare), accompagné d’Arnaud Samuel et Robin Feix ont repris à trois le chemin de la création pour ce disque enregistré entre le sud de la France, Londres et Berlin. Louise Attaque a interprété sur scène quelques morceaux de ce dernier opus, sans oublier tous leurs tubes (nombreux). Prestation exceptionnelle qui m'a fait prendre conscience que j'aimais  vraiment beaucoup l'oeuvre de ce groupe. 

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Il y avait du monde...

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Beaucoup de monde même!

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The AvenerCe DJ compose, mais il déambule aussi dans les allées secrètes de sa mémoire : il reprend Sixto Rodriguez, John Lee Hooker, Mazzy Star, The Be Good Tanyas, Andy Bey, Adam Cohen. Nous sommes ici dans le blues séminal, le folk underground, la pop nocturne, le rock iconique et il rend hommage à quelques artistes oubliés des années 70 et 80… The Avener est le chaînon manquant entre l’émotion harmonique et la pulsion de danse. Voilà pour les compliments. Passons à sa prestation. Je n'ai rien contre l'artiste (comme vous venez certainement de le comprendre), mais voir un type derrière une console gigoter en faisant semblant de pousser ou baisser des cursers, lever les bras, haranguer la foule, alors que tout est préenregistré... j'ai un peu de mal. Le cinéma des DJs me gonfle au plus haut point. A mon avis, ce genre d'artiste n'a rien à faire dans un festival de ce genre. Place aux vrais musiciens qui jouent en live. 

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(Photo : Marylène Eytier)

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(Photo : La Dépêche)

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(Photo : Sylvie Bosc)

Zapping du jeudi.

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Boulevard des Airs:  Avec déjà plus de 60 000 albums vendus, le dernier album de la formation tarbaise est certifié disque d’or depuis déjà un bout de temps. Pour fêter l’événement, il est même ressorti dans une nouvelle édition comprenant 7 titres bonus dont « Emmène-moi » feat. L.E.J, quelques morceaux en live (« Demain de bon matin », « Tu danses et puis tout va »), des remix (« Ce gamin-là » et « Bruxelles ») et deux versions acoustiques (« Bruxelles » et « Cielo ciego »). Le groupe interprète des mélodies solaires, imparables avec une touche de modernité. Boulevard des Airs, parcourt les routes depuis 10 ans, c'est dire s'ils savent maîtriser la scène. Je ne les avais encore jamais vu sur scène, mais alors, ils m'ont bluffé. Quelle pêche! Ces transmetteurs de bonne humeur mettent une ambiance de feu de Dieu!

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Après le concert, je suis allé leur faire un petit coucou dans les coulisses. Mais pas seul. Le maire de Tarbes, Gérard Trémège et son directeur de cabinet, Michel Garnier (dont l'un de ses enfants est membre de Boulevard des Airs), avaient fait le déplacement pour soutenir une nouvelle fois ce groupe tarbais qui devient de plus en plus populaire dans l'Europe entière. Accompagné par la directrice du Pic d'Or, Corinne Labat, nous avons fait une photo souvenir.  

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Bigflo & Oli Florian 23 et Olivier 19 ans, d’origine argentine et algérienne, ont sorti leur premier album l'année dernière. Il en dit long sur le chemin parcouru par ces deux frères toulousains, adeptes d’un rap qui ne se la pète pas. Ce premier opus, enregistré entre Toulouse, Paris et New York, alterne titres sombres et plus légers. Ils ont entièrement écrits les textes des 18 titres et composé tous les instrumentaux. Ils ont ensuite été retravaillés avec Animalsons, un "beatmaker" qui a notamment collaboré avec le rappeur Booba. Drôles et humains, techniques et dotés d’une sacrée écriture, Big Flo & Oli créent la bonne surprise du moment. Leur prestation nous l'ont prouvé, ils ont déjà la force et la puissance des plus grands, et du talent à revendre. Pas de doute, Big Flo & Oli font leur entrée par la grande porte.

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Alain Navarro, le boss de Pause Guitare, m'a permis de jeter un coup d’œil sur le concert directement d'un côté de la scène.  

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Kendji GiracFort du million de ventes de son premier album, Kendji est revenu sans perdre trop de temps avec un second disque bien produit et accrocheur.  L’artiste, qui a conservé son âme gipsy, a une seconde fois cartonné, grâce à ses chansons dans lesquelles ont été intégrées des titres pop et variétés, voire funk et R'n'B​​LE phénomène de l'année 2015 a lui aussi rempli son contrat à Albi. Il n'économise pas son énergie et  joue de la guitare comme personne. Ses musiciens ne sont pas manchots eux non plus. Bref, pas pour moi, mais efficace pour son public, hyper nombreux ce soir-là.

(Je vous invite à lire l'excellent et drôle compte-rendu de Patrice Demailly sur ce concert pour le site d'RFI.)

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Toujours sur la scène, je constate qu'avec Kendji, le festival porte bien son nom : Pause Guitare.

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Mika : Avec des millions d'albums vendus dans le monde, Mika est une star internationale applaudie par des foules de fans pour ses chansons pop, parfois très acidulées. Il est aussi l'un des jurys de The Voice depuis 4 ans, rôle qu'il tient à merveille et qui lui a donné en France un regain de notoriété. Son show est d'une redoutable efficacité. Là encore, en regardant sa prestation, je me suis rendu compte que ce showman emmagasinait des tubes par dizaines et qu'il savait les mettre en valeur. C'est parfois kitsch et excessif, mais force est de constater que le kitsch et l'excessif, en ces temps perturbés, on aime s'y plonger. Plouf!

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Coulisses au clando (lieu tenu secret, hum hum, dans l'espace VIP, par les bénévoles pour les bénévoles, où l'on peut boire pour pas cher et surtout s'amuser avec des jeunes positifs et enthousiastes). Ce soir-là, après les concerts, nous avons formé une équipe d'amis pour participer à un blind test. Le prix : une bouteille de Mojito. Qui a gagné, selon vous?

(Nous étions plus nombreux, mais seuls figurent sur cette photo de gauche à droite, Corinne Labat (présidente du Pic d'Or), Dominique Janin (présidente d'Alors Chante!), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), Florence Cortes (cabinet Vox Scriba et Pic d'Or), moi (Mandor) et notre "trophée".)

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Zapping du vendredi.

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Le samedi 9 juillet, dans l'après-midi, Emilie Marsh a remporté le tremplin de Pause Guitare, les « Découvertes Chanson » dont le principe est simple : cinq artistes issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L’ordre de passage est effectué par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite : les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l’issue des délibérations, chaque jury délivrera sa propre récompense : un accompagnement d’Arpèges et Trémolos de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du Midi et un prix de 1000 euros offert par La Poste pour le vote du public.

Voici les différents concurrents :

Léon : Issu de l’école rock indé Leon nous propose une musique entre Mathias Malzieu et -M-, une alchimie bien dosée de pop à l’anglaise et de textes en français, et nous offre des compositions typées, riches et touchantes, fédératrices et intimes à la fois.

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Simon Daniel : Simon Daniel, auteur-compositeur-interprète, fraye son chemin dans la relève musicale acadienne. Originaire de Dieppe au Nouveau-Brunswick, ce jeune autodidacte se démarque par sa voix puissante et son timbre unique. Son style d’écriture original et éclectique s’inspire du folk, du jazz et du rock progressif.

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Zob : Ne vous y trompez pas : l’univers de zoB’ ne se réduit pas à son pseudonyme. Il y a dans l’apparente provocation une élégante manière de lutter contre le désenchantement, la léthargie et autre politesse totalitaire dont joue ce poète invertébré version Cyrano : «toujours avec panache».

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Sages comme des Sauvages : Ava Carrère et Ismaël Colombani sont Sages Comme des Sauvages, un duo franco-américano-greco-corso-bruxellois. De l’Île de la Réunion à celle de Cythère, ils récoltent des chansons et des instruments qu’ils mêlent à leurs propres compositions. Sages Comme Des Sauvages est lauréat de la biennale de la chanson française de Belgique 2014.

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Emilie Marsh : Poésie dans les mots, rock n’roll dans l’attitude. Sensible et sauvage. Emilie Marsh c’est la douceur d’une voix mêlée à l’énergie scénique d’une GuitarHeroin. Une chanson qui parcourt l’échine comme une décharge électrique et qui sait rendre hommage à ses icônes féminines (Virginia Woolf, Patti Smith...).

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(Photo : Marylène Eytier)

A l'issue de la prestation des artistes, Alain Navarro et Lilian Goldstein (de la Sacem) annoncent les résultats.

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(Photo: Marylène Eytier)

Photo de famille avec la lauréate, Emilie Marsh et aussi Annie Navarro, Alain Navarro, Zob et Dominique Janin (Alors Chante!)

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(Photo : Hexagone)

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview d’Emilie Marsh (au Clando):

Tu viens de gagner le concours « Découverte Chanson ». Bravo !

Je suis toujours surprise de gagner. Pour moi, ce sont surtout des prestations scéniques. Bien sûr que l’on pense à l’enjeu. Je prends cela comme une bonne récompense pour beaucoup de travail. Ce qui est important pour moi quand je fais un tremplin, c’est de montrer ce que je fais aujourd’hui. Je veux montrer mon évolution, car la musique que je joue aujourd’hui n’a rien à voir avec celle que je faisais quand j’ai commencé.

On sait que les artistes doutent beaucoup. Les tremplins, ça sert aussi à se rassurer ?

Je le répète, c’est surtout une reconnaissance du travail effectué, mais c’est aussi une visibilité supplémentaire. Les pros et le public saluent l’évolution de mon projet et j’en suis ravie. Mon principe c’est qu’un artiste doit être toujours en mouvement, alors le fait qu’on me dise que j’évolue fait plaisir à entendre. Je  ne veux surtout pas rester figée.

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Avant tu étais plus dans la chanson française traditionnelle, ces dernières années, tu as pris un virage rock. Pourquoi ?

Parce que c’est ce qui me plait aujourd’hui. Je me sens bien dans ce répertoire-là. Tous les artistes commencent par se chercher et, à un moment donné, ils finissent par se trouver. Moi, j’ai mis un peu de temps à trouver mon chemin, mais là, j’ai vraiment trouvé la couleur et le style de ce que je veux jouer. Il n’en reste pas moins que, pour moi, un artiste est toujours en évolution. C’est du temps, du travail et de la recherche.

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Pourquoi prends-tu autant de temps à sortir ton deuxième album.

Je cherchais l’équipe idéale avec laquelle j’avais envie de faire mon disque. Je l’ai enfin trouvé et donc, la machine est en route. Par contre, comme ce n’est pas signé, je préfère ne pas te donner encore les noms de mes trois réalisateurs. En tout cas, tous les albums qu’ils ont faits m’ont plu. Ils ont un côté efficace, trip-hop et très subtil. Avec eux, je sais que je suis dans la bonne direction. J’ai commencé et je pense qu’il sera terminé à l’automne.

Tu as hâte de l’avoir en main ?

J’ai super hâte. J’ai hâte aussi de continuer les enregistrements. Maintenant je suis prête.

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Après l'interview.

Emilie Marsh (Pic d'Or 2015) en compagnie de K! (Pic d'Argent au Pic d'Or 2014) qui avait été récompensée l'année dernière lors du tremplin 2015, ce qui lui a permis de venir jouer cette année en tant qu'artiste invité. A noter que, visiblement, le Pic d'Or porte chance à ses artistes récompensés car Jesers (présent cette année, mais en tant que spectateur privilégié), le Pic d'Argent et Prix du public 2013 a été, lui aussi, le vainqueur du tremplin "Découverte Chanson" Pause Guitare 2014. Le contraire est aussi exact. Pause Guitare porte chance aux artistes puisque la lauréate de l'année dernière, Barbara Weldens, est la gagnante du Pic d'Or de cette année. Comme quoi!

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Les mêmes avec Corinne Labat (présidente du Pic d'Or).

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Moment de détente avant les premiers concert. De gauche à droite, Éric Kieser (Pic d'Or), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), JB Bullet (chanteur) et Caroline Guaine (Mégaphone Tour).

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Plus tard, dans la soirée, toujours au Clando, Corinne Labat a tenté de réunir les membres du jury du Pic d'Or ainsi que des bénévoles et quelques artistes ayant participé à ce tremplin (en guest, Dominique Janin, la grande prêtresse d'Alors Chante!)

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Vianney : Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick musical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre. Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. Par contre, sur scène, l'homme est seul avec sa guitare. Et ça marche. Le public aime, applaudit et en redemande. Vianney parle à son public, le titille gentiment... et surtout le transporte dans son monde. Vianney est là pour longtemps. (Lire sa mandorisation).

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Francis Cabrel : Après 7 longues années d'absence, la figure incontournable de la chanson française retrouve son fidèle public. "L'encre de tes yeux", "Je l'aime à mourir", "La dame de Haute-Savoie", "Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai", "La corrida", "La cabane du pêcheur"... autant de mélodies et de refrains qui font partie désormais du patrimoine musical hexagonal. D'album en album, Francis Cabrel inspire, enchante et dénonce avec intelligence et finesse les injustices. Ce soir-là, il a chanté quelques chansons de son dernier album In Extremis (lire sa mandorisation ici à propos de ce disque) et ses plus grands tubes (sus cités).

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Joan Baez : Cette artiste légendaire symbolise à elle toute seule une génération d'artistes politiquement engagés. Elle est une icône de la contestation et de la protestation. Joan Baez trouve dans la folk un moyen d'exprimer sa critique sociale. Pendant cinq décennies, en tant que chanteuse, activiste, et ambassadrice de bonne volonté, Joan Baez a chanté avec le même état d'esprit. Sur scène, elle a été lumineuse, généreuse, émouvante. Une vraie claque émotionnelle! Chapeau madame!

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SanseverinoL'année dernière, Sanseverino a dévoilé Papillon sur lequel il revisite en chansons le roman du même nom d’Henri Charrière, vendu à plus d’1 million d’exemplaires. Depuis la sortie de son album Les Sénégalaises en février 2004, l'artiste est sur scène sans discontinuer. Aujourd'hui, le swing est toujours présent, même si les guitares ont laissé place à d’autres instruments : piano, cuivres, xylophone... Une formation de jazz qui illustre l’évolution de l’artiste, vers davantage de musique improvisée. Entouré de musiciens de talent, le guitariste chanteur continue de jouer avec le public, n’hésitant pas à reprendre certains standards de la chanson française.

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Le zapping du samedi (qui n'est pas visible sur YouTube).

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Le dimanche 10 juillet, Zaza Fournier et La Maison Tellier étaient programmés au Grand Théâtre d’Albi. Ayant interviewé récemment Zaza Fournier lors du festival Alors Chante, j’ai préféré aller à la rencontre de La Maison Tellier dont je suis très amateur (et que j’ai déjà mandorisé là en 2014 et ici en avril 2016).

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(Photo : Marylène Eytier)

La Maison Tellier : Dès le premier titre La Maison Tellier donne le ton de ce nouvel album : « Cinq est le numéro parfait ». Cinq musiciens à l’heure de leur cinquième album. Le précédent glorifiait le combat pour la beauté. Celui-ci témoigne d’une quête. Une quête vers la joie. Comme certains sont en quête de la foi. Une quête semée d’embûches, de doutes et d’angoisses

Rendez-vous, tôt le matin, au Grand Théâtre avec Yannick Marais dit Helmut Tellier (chant et guitare) et Sébastien Miel dit Raoul Tellier (guitare, clavier et banjo).

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview :

Le public et les médias ont été beaucoup plus nombreux à vous découvrir grâce à vos deux derniers albums. Vous vous rendez compte que quelque chose a changé depuis Beauté pour tous ?

Raoul Tellier : Oui, bien sûr. Ça a même été assez radical. C’était notre espoir. Chaque nouvel album est le plus important, mais celui-ci était un disque où on s’est révélés, frottés à nous-mêmes. Le disque qui nous intéressait, pas celui qu’on pouvait attendre de nous. On a désormais une image plus positive dans les médias et le public nous perçoit autrement. Je crois que les gens aiment l’idée de cinq mecs qui font de la musique ensemble et qui ne vendent jamais autre chose que cela.

Dans Avalanche, votre dernier album, il y a une chanson, « Cinq est le numéro parfait »  qui vous présente comme cinq chevaliers qui partent à la conquête. Mais à la conquête de quoi ?

Helmut Tellier : A la conquête de la beauté et du futile.

Raoul Tellier : C’est une manière comme une autre de donner un sens à une vie. Il y a des gens à qui ça fait plaisir d’écouter notre musique, et c’est ultra touchant de les entendre nous le dire.

Helmut Tellier : C’est un peu un moyen d’assouvir notre envie d’exister.

Raoul Tellier : Quand on a enregistré Beauté pour tous, c’était aussi un moyen de laver tout un tas de péchés originels.

Helmut Tellier : On a donné à entendre plus clairement ce que des gens percevaient déjà en nous dans nos embryons précédents. On a resserré les boulons et pris des directions plus claires.

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Vous aviez l’impression d’aller dans toutes les directions ?

Helmut Tellier : Au début oui. Sur L’art de la fugue, ça partait vraiment dans tous les sens. Ça manquait d’un gouvernail sérieux.

Raoul Tellier : Ce n’était pas forcément intelligible alors que sur Beauté pour tous, vraiment on a tout fait pour se faire comprendre enfin. Ça s’est traduit par plus de reconnaissances, de notoriétés ou de côtes de sympathie.

La formule que vous avez trouvée pour Beauté pour tous, vous l’avez appliqué pour le suivant, Avalanche ?

Helmut Tellier : Le champ du possible est gigantesque, si on a choisi  un chemin, autant l’emprunter le mieux possible.

Si vous n’êtes pas populaires, au sens large du terme, je trouve que vous avancez lentement, mais sûrement.

Helmut Tellier : Ce projet de vie ne cesse d’avancer à son rythme. La force tranquille que nous avons à un côté rassurant pour nous. C’est limite à contre-courant de l’air du temps.

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Cet après-midi, ce sera la première fois que je vous verrai en concert. J’imagine que les chansons de vos deux derniers albums seront un peu plus rocks sur scène…

Raoul Tellier : Oui. C’est un peu comme quand tu achètes de nouveaux habits. Tu les admires dans la vitrine. Après, tu les portes. Ton habit va s’adapter à ton corps. On a enregistré nos nouvelles chansons il y a pile un an. Il y en avait plein que l’on n’avait jamais joué. Là, on en est à notre quarantième concert et j’ai l’impression que l’on est bien dans nos chaussons. Nos chansons sont différentes puisque maintenant elles sont bien portées.

Vous faites des disques pour faire de la scène ?

Raoul Tellier : Je ne vois pas les choses ainsi. Nous, on a la culture de l’album. On a aimé la musique en écoutant des albums. Personnellement, j’ai le format album inscrit dans mon ADN. Je pense que l’on fait des disques surtout pour exister en tant qu’artiste. Après, pour pouvoir vivre en tant qu’artiste, il faut faire de la scène.

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Qu’est-ce qu’il faudrait pour que tout soit parfait dans votre carrière ?

Raoul Tellier : Moi, ce que j’aimerais, c’est collaborer avec d’autres artistes. J’ai atteint un stade où j’en ai un réel besoin.

Helmut Tellier : On se rend compte que c’est ultra cloisonné de travailler pour les autres. C’est un monde timoré qui a du mal à accepter de changer des règles, un monde qui avance très prudemment. La musique devrait être un champ d’expérimentation musical. Nous, on est à la croisée des chemins du commercial et de l’éthique. On a la réputation d’avoir un son très typé. On ne veut pas non plus se tirer une balle dans le pied. C’est un juste équilibre à trouver.

Raoul, tu as pourtant composé une grande partie des chansons du nouvel album de Clarika.

Raoul Tellier : J’ai adoré faire ça. Je suis allé chercher des trucs que je n’exploite pas dans La Maison Tellier. C’était libérateur et j’ai fortement envie de recommencer.

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Après l'interview dans les loges du Grand Théâtre, avec Raoul et Helmut Tellier. 

Vers midi, je suis allé à la conférence de presse « bilan » de cette 20e édition.

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Voici quelques morceaux choisis du directeur de Pause Guitare d’Alain Navarro :

« La 20e édition est allée bien au-delà de nos espérances et de nos prévisionnelles. C’est le record absolu. On sait que l’équilibre financier est atteint depuis trois semaines. On est autour de 50 000 entrées pour les sites payants. On était à 38 000 l’année dernière.  Concernant le off, il y aurait à peu près 25 000 personnes qui y auraient participé. C’est bien d’être dans cette situation pour l’avenir du festival. Il y aura forcément une 21e et une 22e édition. » 

« Les français ont subi une forme de maltraitance psychique. Je n’ai jamais autant ressenti leur besoin de vivre des moments de soleil autour d’une manifestation comme notre festival. Nous avons vérifié que les gens ont besoin d’être bien dans leur peau. La politique et les médias doivent entendre qu’il y a un ras le bol des français. »

« Il n’y a aucun mépris dans la manière d’aborder la programmation. J’ai vu quelques professionnels qui avaient quelque doutes par rapport à des choix artistiques me dire, une fois qu’ils sont dans le vécu sur le site, « je comprends mieux ta démarche ». C’est presque un acte militant que de faire en sorte que cette magie de rencontres entre tous les publics se fasse. Ça donne envie aux individus d’être dans le partage et la tolérance. »

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Pendant la conférence de presse.

« Ce que je programme n’est pas du tout ce que j’écoute. L’idée n’est pas de me retrouver avec moi-même. Je n’en ai rien à foutre. Si je veux un peu m’enrichir dans la vie, c’est en allant vers les autres, pas en allant vers moi. »

 « Les bénévoles sont l’âme du festival. Quand j’arrive sur le site, j’essaie de faire le maximum de bises tous les jours parce que je ne sais jamais comment remercier toutes ces personnes qui sont là. Sans elles, l’histoire n’existerait pas. On voit bien que le moindre espace est travaillé, le moindre espace est pensé. Il n’est pas pensé par moi. Mon boulot à moi est une somme d’incompétences. Je n’ai pas 20% des qualités de mes collaborateurs. Je ne sais pas faire leur boulot. Je suis admiratif d’eux. »

« On est chaque année selon un sondage du public à 95% de satisfaction et 5% d’insatisfaction. Il faut continuer à travailler pour rester au moins à ce niveau. »

« On s’intègre complètement dans les futurs projets de la ville. Ils vont nous emmener quelques belles perspectives de développement sur les deux ans à venir. 

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Avec mon ami et collègue, Patrice Demailly (Libération, RFI...), on a été sage et attentif (photo : Patricia Téglia).

Jeanne AddedBe Sensational, son premier album a imposé la jeune femme parmi les plus belles révélations musicales de l'année 2015. Auteure, compositrice et interprète, cette native de Reims est passée habilement du jazz, dans lequel elle s'est illustrée pendant quelques années, à un rock électro érudit et excitant à la fois. Sous une chaleur infernale, la chanteuse musicienne n'a rien perdu de sa superbe. 

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Feu! ChattertonLes cinq musiciens parisiens se sont exilés en Suède pour accoucher d’un album riche, envoûtant, complexe, alliant post-rock et musiques électroniques sur des textes littéraires évoquant la poésie française comme le romain noir américain. Feu! Chatterton s’impose aujourd’hui comme la relève moderne et élégante du rock français. Au programme : électricité, romantisme et vertige. 

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Elton John : Figure emblé­ma­tique de la pop inter­na­tio­nale, le chanteur, pianiste et compositeur britannique de génie, Elton John, est un faiseur de tubes depuis près de 50 ans. "Your Song", "I’m Still Standing", "Don’t Go Breaking My Heart", "Sorry Seems To Be The Hardest Word"... Aujourd'hui, il continue ses concerts dans le monde entier et reste une référence et une inspiration pour toute une nouvelle génération d’artistes. Un chouia énervé par son piano, selon lui pas parfaitement accordé, il a eu quelques accès d'humeur. Il a joué beaucoup de titres que le public ne connaissaient pas, du coup, beaucoup ont été déçu. C'est lors du dernier quart du concert qu'il a enfin aligné les tubes. Dommage. Personnellement, j'ai quand même beaucoup apprécié sir Elton John, remarquable musicien, entouré d'autres remarquables musiciens.

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Pour finir, je voudrais remercier tous les bénévoles pour leur gentillesse et leur efficacité, Patricia Téglia et Julie Papaye, les deux attachées de presse du festival, et surtout Alain et Annie Navarro, qui ont œuvré une nouvelle fois pour que cette nouvelle édition de leur festival soit une parfaite réussite humaine et musicale. Annie et Alain, vous êtes formidables (ce ne sont pas vos bénévoles qui diront le contraire).

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09 août 2016

Radio Elvis : interview pour leur premier album

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Un des plaisirs de ce métier est de suivre un artiste que l’on a connu aux prémices de sa carrière et de le voir s’envoler. Il y a deux ans, Pierre Guénard, le leader de Radio Elvis, était venu me voir à l’agence pour une première mandorisation (il y en a eu une seconde l’année dernière). Il avait à l’époque une notoriété toute relative. Très peu de temps après, avec ses deux acolytes Colin Russeil et Manu Ralambo, il a explosé. Deux EP et un album plus tard, Radio Elvis (Pic d'Or 2014) est le groupe pop rock dont tout le monde parle. Le 27 juin dernier, je suis allé à leur rencontre dans un bar parisien. Juste comme ça, pour prendre de leurs nouvelles.

radio elvis,album,interview,pierre guénard,colin russeil,manu ralambo,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Pierre Guénard, auteur chanteur, slameur par le passé, Colin Russeil, batteur et clavier, rencontré au lycée, et Manu Ralambo, guitariste embarqué plus tard, se sont soudés il y a trois ans autour de leur projet Radio Elvis. Après deux EP, ils sortent leur premier album Les Conquêtes, réalisé par Antoine Gaillet (Arman Méliès, Julien Doré). Une bonne centaine de concerts à leur actif, repérés par le FAIR et le printemps de Bourges en 2015. Ils ont composé ensemble, arrangé sur scène, et peaufiné leurs chansons en studio, et ils voient avec émotion ce premier opus arriver dans les bacs. Des sons de guitare puissants et variés qui sont venus à Manu naturellement au gré des mots écrits par Pierre. Une logique pour affirmer une envie frénétique de partir ailleurs. Des guitares pleines de force, de mélodies et d’aspérités. Les tempos ne sont jamais les mêmes. Colin, à la batterie et aux claviers, propose une multitude de contraste comme les lumières changeantes de leurs pays imaginaires. Cet album tient en éveil. Nul repos possible au cours du voyage, mais l’envie perpétuelle de l’écouter sans arrêt. Toutes les chansons sont essentielles. Les conquêtes sont des aventures qui entrainent sur les chemins de l’errance, les sens en alerte, au gré du vent, du sable, du soleil… Métaphores amoureuses, aventureuses, exploration de soi ou quête spirituelle, chacun y trouvera sa propre conquête.

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Interview :

C’est notre premier rendez-vous fixé par une attachée de presse. C’est anecdotique, mais c’est aussi la preuve que le groupe évolue et que vous ne pouvez plus gérer tout seul quoi que ce soit.

Pierre : Nous ne sommes plus maîtres de nos emplois du temps et c’est plutôt agréable. Si nous nous occupions du planning promo, ce serait un sacré bazar, je t’assure.

Colin : Cela dit, nous restons maîtres de ce qui nous intéresse et c’est le principal. A part nous, personne ne touche aux textes et à la musique. Les histoires de planning ne nous passionnent pas forcément, alors il y a désormais des personnes qui s’occupent de ça.

Vous revenez d’une tournée récente aux Etats-Unis et au Canada. Racontez-moi comment cela s’est passé.

Pierre : On a fait une date à New York et après, nous sommes allés au Canada dans la cadre du Festival Franco Ontarien. Nous nous sommes produits à Québec, à Montréal, à Toronto et à Ottawa devant des publics anglophones et francophones selon les régions. C’était une superbe expérience parce que, la plupart du temps, c’était sur de grosses scènes. Nous étions contents car notre musique a bien été accueillie bien que nous chantions en français. Ça nous rassure de constater que nous ne sommes pas qu’un groupe de chansons à textes.

Clip de "Au loin les pyramides".

Je me suis laissé dire qu’il y avait au Québec, un public différent de celui d’ici.

Manu : J’ai l’impression qu’il y a une autre manière de consommer la musique. Le public est plus en mode Entertainment, plus dans le divertissement. Il danse plus facilement par exemple. On a fait la première partie de Louise Attaque. Pendant notre session, il y avait des barmans qui passaient dans le public pour servir des bières. Le public est très vivant, il n’est pas seulement dans l’écoute.

Pierre : A New York, c’était aussi un peu ça. L’ambiance est moins cérémonieuse qu’en France.

Je vous ai vu sur scène plusieurs fois et à chaque concert, j’ai vu dans gens danser.

Pierre : Je persiste à dire qu’en France, le public est plus souvent assis. Les gens sont beaucoup plus dans le silence parce que dans l’écoute. Au Canada, le public est plus dans l’instant, dans le rock. Ils ne sont pas forcément attentifs aux textes. Ils viennent voir un groupe et pas un chanteur qui chantent des textes.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de La Rochelle (photo : Loll Willems).

Au Canada, les journalistes qui vous interviewent vous parlent de quoi ?

Pierre : Dans le métier, j’ai remarqué qu’il ne faut jamais foirer la première interview du pays dans lequel tu vas, car elle est reprise par tout le monde (rires). Les journalistes ont répété tout ce que j’ai raconté lors de mon premier phoner au Québec. J’ai dit qu’on était un groupe de rock symboliste, ils nous l’ont tous ressorti. En revanche, j’ai trouvé qu’ils s’adressaient plus à Colin et Manu pour parler aussi musique, ce qui est moins fréquent chez les journalistes français. Les journalistes québécois sont plus dans la globalité. Ils ne séparent pas le chanteur des musiciens.

Colin et Manu, vous vivez comment le fait d’être mis un peu de côté en France ?

Colin : Je le vis très bien.

Manu : D’abord, je ne trouve pas qu’il y ait un écart si important entre nous, mais c’est le projet de Pierre, je trouve normal qu’il en parle plus que nous. De plus, on n’a pas tous le même répondant en interview. Pierre est le plus doué.

Clip de "Les moissons".

Tu aimes bien les interviews Pierre ?

Pierre : Oui, ça me permet de réfléchir à ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on joue. Cela force la réflexion.

Et si on te demande d’expliquer tel ou tel texte ?

Pierre : Je ne le fais pas. Je peux en parler sans les démystifier. Je parle des textes comme Colin et Manu pourraient parler de la musique. Ce qui me pose problème, c’est que l’on met toujours l’écriture en avant, comme si la musique était un art un peu plus évident. On a l’impression que c’est plus noble d’écrire des textes.  Tu sais, je n’écris que pour Radio Elvis. Sans Radio Elvis, je n’écrirais pas ce que j’écris là. Sans le groupe, mes textes n’auraient rien à voir. La musique que jouent Colin et Manu m’inspirent des mots. C’est une question de rythme, de structure, d’ambiance… C’est vraiment un travail collectif et complémentaire.

Manu : Je crois que pour les journalistes, c’est plus simple de se référer au mot qu’au ressenti de la musique. Une musique c’est hyper personnelle. On ne peut pas dire « vous avez écrit celle mélodie-là en mineur qui monte vers le sol pour exprimer le voyage… » Personne ne va te raconter ça. C’est compliqué d’expliquer ou d’analyser la technique musicale.

Pierre : Je dis toujours que mon texte, c’est mon instrument. Ce n’est pas supérieur à la batterie ou à la guitare. C’est juste ma partie.

Ta voix est aussi un instrument.

Pierre : Quand dans la voix il y a les mots.

Radio Elvis, c’est une fusion de trois personnes ?

Pierre : L’histoire de notre groupe s’écrit en avançant. Plus le temps passe, plus on sent que l’on devient une hydre à trois têtes.

Radio Elvis prend « La Route » en exclusivité pour Figaro TV.

Cet album a été accueilli de manière dithyrambique.

Colin : En tout cas, ceux qui n’aiment pas ne se sont pas exprimés.

Pierre : On ne s’est pas fait tirer dessus, c’est vrai. Nous sommes un groupe dont on parle, mais discrètement, ce qui nous permet d’avancer tranquillement, sûrement et très sereinement. On aimerait parfois que cela aille un peu plus vite, mais en même temps, tout se fait sur des bases saines.

Moi, j’ai l’impression  que les choses vont vite, que vous êtes plutôt bien médiatisés.

Pierre : Nous n’en sommes qu’au début. Il fallait confirmer quelque chose. Non, il fallait affirmer quelque chose plutôt. Après nos EP, tout le monde attendait d’écouter la suite. Entre le premier et le deuxième, il y a une direction inattendue en termes de productions et de compositions. On a bien senti que les gens étaient curieux de voir la tournure qu’allait prendre notre premier album.

Vous vous êtes complètement trouvés ?

Pierre : Non, on se cherche encore beaucoup… et heureusement.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de la Rochelle (photo : Loll Willems)

Vous avez un caractère similaire tous les trois ? Faut-il se ressembler pour s’assembler ?

Manu : On est très différents dans nos vies, dans nos références et dans nos façons de composer, mais à mon avis, c’est pour cela que ça marche.

Pierre : On se complète tous beaucoup. On a tous un rôle que l’on tient, que l’on a plus ou moins compris.

Ce triangle équilatéral permet-il de vivre les événements de manière sereine et de rester raisonnable ?

Les trois, de concert : Faut-il rester raisonnable ?

Manu : Ce serait d‘un ennui terrible.

"Les Moissons", le 17 juillet 2016 aux Francofolies de La Rochelle.

Cet été, lors d'un festival de chanson française, je vous ai vu jouer devant 80 personnes, tandis qu'aux Francofolies de La Rochelle, vous avez joué devant 16 000 personnes C’est curieux de passer de l’un à l’autre ?

Colin: C’est essentiel de ne jamais s’installer dans un confort ou dans la routine. Je détesterais ne faire que des Zéniths dans ma vie.

La notion de danger est-elle essentielle dans une carrière ?

Pierre : Un concert sans danger, c’est souvent un concert chiant. L’année dernière, on a fait 98 dates et on avait toujours l’impression de faire la même setlist, alors que ce n’était pas le cas. On savait que nous devions passer un cap parce que nous étions arrivés au bout d’un truc. On avait l’impression d’être un peu des fonctionnaires.

Comment chasse-t-on la routine ?

Pierre : Nous réfléchissons à changer notre attitude scénique, à modifier notre façon d’aborder la scène… bref, justement, nous prenons des risques. On essaie des choses. On a envie de donner des concerts subversifs, des concerts un peu durs, un peu brutes.

Je comprends le subversif dans le texte, mais pas dans la musique.

Manu : Faire de la musique plus « sale ».

Pierre : Je trouve que la guitare de Manu est transgressive, inédite, osée et inattendue. On essaie de faire en sorte que Radio Elvis soit également tout cela.

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Après l'interview, le 27 juin 2016.

29 juillet 2016

Maissiat : interview pour Grand Amour

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(Photo : Frank Loriou)

Avec ce deuxième album Maissiat devient une artiste incontournable de la grande et belle chanson française. En signant Grand Amour, elle nous propose une pop intelligente et soignée. Maissiat, au remarquable sens de la mélodie, souhaite « parvenir à allier un certain respect du patrimoine de la grande chanson française mais y faire intégrer par petites touches subtiles de vrais traits d'innovation ». Elle y réussit parfaitement.

Le 30 juin dernier, je suis allé la retrouver dans un salon de son label pour une deuxième mandorisation (la première est là).

Biographie officielle (mais très écourtée) :
Il y a trois ans apparaissait sur le devant de la scène la silhouette longiligne d’une jeune femme portant un chapeau, dont la présence magnétique, on l’avait aussitôt compris, allait nous accompagner pour longtemps. Maissiat qui évoquait dès son premier essai les artistes majeurs d’hier était accueillie à bras ouverts par ceux d’aujourd’hui : une véritable révélation.
Depuis elle a ouvert son horizon en grand pour livrer un nouveau disque éblouissant, qui la rend désormais incomparable.

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorGrand Amour est une déclaration poignante livrée du plus profond d’elle-même, un splendide hommage qui l’impose comme une artiste essentielle, chef de file d’une nouvelle pop française. Livré en dix chapitres d'une histoire bouleversante, tous ceux qui connaissent l’amour pourront s'y reconnaître, tous ceux qui ne le connaissent pas encore en guetteront les signes.

Et la musique des origines revient : celle de la grande pop française ambitieuse, de Daho, Sheller, Sanson, celle des Auteurs-Compositeurs-Interprètes, qui font de leurs chansons le journal de bord de leur vie. 

Ces dix portraits de l’amour, ces dix études intimes nées sur le grand piano blanc sont devenues un disque de la main même de Maissiat qui en signe la presque totalité des arrangements et de la production.
Après ce long travail en solitaire, elle s’entoure de compagnons précieux. Au générique : Jean-Louis Piérot, architecte de la Pop française auprès des maîtres Daho ou Bashung pour des sessions instrumentales, Katel (mandorisée récemment là) partenaire inséparable et guide vocal idéal pour donner tout le temps à l’essentiel, le chant, encore une fois sublime, Yann Arnaud, pour sa science du mixage.

Et nos oreilles sont ravies de redevenir, à l’écoute de ces dix nouvelles pépites, le plus sûr chemin vers notre cœur amoureux.

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(Photo : Frank Loriou)

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorInterview :

Il est de notoriété publique que le deuxième album est le plus attendu/difficile d’une carrière naissante. Je trouve que vous avez pris un virage, mais en douceur.

Hier soir, je suis allée chez une fleuriste pour offrir une plante à quelqu’un. Je lui dis : « j’aurais dû prendre un cache pot ». La fleuriste me répond  que,  par contre, elle n’a pas la taille qui correspond à la plante que j’ai choisie. Elle me dit : « Sachez juste que lorsque vous rempotez une plante, il ne faut pas la mettre dans une surface trop grande d’un coup, elle risque d’être déstabilisée. Il faut y aller doucement, étape par étape. » Je la regarde et lui réponds : « comme dans la vie ! »

Je comprends l’image.

Oui, j’ai pris un virage en douceur, parce que j’en étais capable à ce moment-là. J’avais envie de ça. Quand je compose et que j’écris, tout me vient naturellement. Bien sûr, je retravaille les chansons, mais leur arrivée est spontanée. Je touche du bois parce que j’aimerais que cela continue à se passer ainsi.

Vous êtes en train de me dire qu’il n’y a pas de calcul.

Exactement, mes chansons sortent comme ça. Quand j’ai commencé à en maquetter quatre ou cinq, j’ai réécouté et je me suis dit que j’avais presque la moitié de mon disque et que ça parlait beaucoup d’amour. J’ai continué sur cette voie.

Clip de "Avril". Réalisation : wxy (Yann Orhan/ Jérôme Witz). Production : Slo Slo.

Le premier album parlait beaucoup d’amour également.

Oui, on aurait déjà pu l’appeler Grand Amour. Dans ce deuxième album, je suis allée un peu plus loin. Je me suis amusée à aller au bout du geste. J’ai pris un microscope et j’en ai fait un sujet d’étude.

L’amour sous toutes ses formes, mais en changeant d’angle à chaque chanson.

Oui, et des états d’amours différents. Je crois pouvoir dire que chacun peut se reconnaître dans au moins une petite facette de chaque prisme.

Vous n’avez pas travaillé de la même façon pour Grand Amour et Tropiques ?

Pour ce deuxième disque, je suis allée plus loin dans les maquettes. Pour Tropiques, quand j’ai fait écouter les titres à Katel, il y avait eu une étape réelle d’épure des arrangements, de travail sur la voix. Quand nous écoutions des maquettes, nous écoutions des maquettes. Là, quand j’ai fini les 14 chansons et que j’ai fait écouter ça à mon équipe, on entendait un disque presque terminé. Je le répète, cette fois-ci, mes chansons sont venues naturellement et en douceur.

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorSur le premier album, c’est Katel qui vous a fait travailler l’épure. Même si vous n’avez pas travaillé de la même façon sur le deuxième, vous êtes-vous servie de ce qu’elle vous avait appris ?

Oui, bien sûr. Ça s’appelle l’échange avec quelqu’un, l’apprentissage et l’expérience. Je peux avoir les mêmes difficultés pendant des années, par contre, une fois que je pointe l’endroit et que l’on m’apprend comment faire, j’apprends très vite. J’essaie toujours d’évoluer, de passer des étapes, alors je fais très attention à ce que l’on m’inculque. Pour revenir à Katel, c’est quelqu’un avec qui j’échange en permanence. Pour ce deuxième disque, elle a enregistré les voix, beaucoup de chœurs, mais elle a été là tout le temps. Même quand j’étais avec Jean-Louis Piérot, Yann Arnaud et mon éditeur au mix, elle était là.

Chacun donne son avis ?

Pas tout le monde. Pas trop de monde. Mais j’aime bien que l’on me dise ce qui ne va pas. Je choisi les gens avec qui je travaille. Ce sont des gens qui vont pouvoir me faire violence à tel ou tel endroit.

Clip de "La traque". Réalisation : Robi.

Vous avez l’envie d’avoir un peu plus la main mise sur tout ?

Ce n’est pas une envie, je l’ai fait. C’est spontané.  Que les choses se fassent naturellement laissent beaucoup de place à ce qui est important, c’est-à-dire à la musique, aux textes, aux mélodies et aux arrangements.

En le préparant, vous saviez que cet album était très attendu ?

Un peu, parce qu’on n’est pas aveugle. Je travaille avec une équipe, je suis dans une maison de disque. J’ai une manageuse, un tourneur, un éditeur, je sais pourquoi j’ai autant de gens autour de moi et je sais qu’on est tous là à travailler à la construction d’un projet. Mais moi aussi je l’ai attendu ce disque. J’avais même un gros appétit de ce disque. L’appétit est une notion que j’aime à développer en parlant de musique. Ce n’est pas l’urgence d’écrire, même s’il y en a beaucoup (et surtout dans ce disque), mais c’est appétissant. Quand on dit qu’on attend quelqu’un, on a faim, on est en désir de ça.

Vous « pensez » beaucoup un disque avant de le commencer ?

Oui,  mais quand je dis, je le pense, ça ne veut pas dire « je pense à moi en train de faire un disque ».

Il y a une grande nuance.

Pour échanger beaucoup avec des personnes qui font le même métier que moi, ou des dérivés de ce métier, je peux vous dire qu’il y a une grande nuance. Parfois, sur scène on voit des artistes se regarder chanter ou qui chante tout court. Je trouve que le détachement de soi ou se remettre à la bonne place est primordial. Quand on parle de se recentrer, ça ne veut pas dire se regarder le nombril. C’est retrouver un axe, une colonne qui permet que ça circule, que ce soit fluide, qui permet des variations, des mouvements, mais pas de sursoi.

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Maissiat, invité dans une émission de radio par Françoise Hardy, à qui elle est souvent comparée.

Je suis sûr que ce disque deviendra un classique de la chanson française et qu’un jour, on dira La Maissiat comme on disait La Barbara.

C’est gentil. Si je pouvais, j’aimerais faire ce métier toute ma vie. J’aimerais être toujours aussi bien entourée et pouvoir en vivre le plus longtemps possible.

Et devenir une référence ? Non, parce qu’on parle toujours de Brel, Brassens, Ferré, Barbara…

J’ai un immense respect pour tous ces gens, mais il est temps qu’on renouvelle le cheptel (rires). J’ai eu une conversation récente sur ce sujet avec les chanteuses, Robi, Céline Ollivier et Emilie Marsh. C’était une fin de soirée et nous nous demandions pourquoi, en 2016, on ne passe pas à autre chose, pourquoi il n’y a pas de nouveaux référents.

Il y en a chez les hommes par exemple. De jeunes artistes me citent souvent Dominique A comme référence, par exemple.

Toutes les trois, nous nous disions que dès qu’on est en opposition, en position de pouvoir ou de domination, on est dans une virilité. Il n’y a pas d’autre mot pour le dire. Et la virilité nous fait penser au masculin.

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Pendant l'interview...

Dans Grand Amour, il y a des chansons que l’on peut prendre de différentes manières. « Hypnos » maissiat,grand amour,interview,katel,mandorparle de votre grand-mère qui a eu la maladie d’Alzheimer pendant dix ans, alors que je n’avais pas du tout compris cela.

Je suis surpris par les sens que peuvent prendre une expression. On projette sa propre projection dans les mots et dans la personne qui l’interprète. Concernant cette chanson, plusieurs personnes m’ont parlé du mariage pour tous à cause de la phrase « je rêve d’une femme dont je porte le nom ». Cette phrase est liée au fait que je porte le nom de ma grand-mère… mais j’ai bien aimé qu’il y ait cet autre sens-là.

Les artistes sont des machines à rêver. Etes-vous d’accord ?

Je passe beaucoup de mon temps à observer, à être dans un métier de spectatrice. J’observe les gens seuls ou en groupe, les situations. Je note ce que je vois et j’emmagasine tout un tas de scènes. Un des rôles des artistes c’est d’avoir un temps imparti pour cela et de s’en servir de la meilleure façon possible. Je considère qu’une bonne partie de mon temps doit être consacré à cette observation et que ce n’est pas donné à tout le monde. J’essaie d’arriver à dire en musique et en mots, de manière concise, des émotions, souvent fortes, des états d’âmes, des constats. J’essaie de trouver le chemin le plus juste pour viser au plus juste.

Qu’est-ce qui vous touche dans le fait d’être une artiste ?

Au-delà de faire du bien et de procurer des sensations quand les gens viennent me voir sur scène ou quand ils écoutent mes disques, c’est de sentir qu’à un moment, j’ai accompli un geste ou un acte qui m’est propre et d’être au service, d’être dans le don et enfin… d’être d’utilité public.

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A la l'issue de l'interview, le 30 juin 2016.

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27 juillet 2016

Makja : interview pour son premier EP

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(Photo : Philippe Prevost)

12311031_544931389009220_5688007632063953473_n.jpgMakja a eu sa première révélation musicale à l'âge de dix ans en écoutant une cassette de chants grégoriens. Mais un peu plus tard, c'est vers les mots qu'il se tourne. En plein boom du hip-hop, il se lance à quinze ans dans l'écriture de ses premiers textes. Après l'EP Un Camp aux textes forts et aux magnifiques arrangements (sorti en mars), Makja prévoit la sortie de deux autres EP, en parallèle de sa tournée.

J’ai découvert Makja au Pic d’Or de cette année. Avec Thierry Lecamp, je lui ai remis le prix du texte. Il aurait pu tout aussi bien recevoir le prix de l’interprétation. Cet artiste nous tient en équilibre sur un fil. L’intention est forte et les émotions fragiles. Sa musique prend aux tripes et ses textes touchent l’âme. 

La devise de Makja est : « Si tu ne viens pas au maquis, Makja viendra à toi… »  C’est ce qu’il a fait le 29 juillet dernier, à l’agence.

Présentation officielle de Makja :MAKJA_300.jpg

En ces terres arrière, royaume des ronces tenaces où les arômes errent, la plume et la voix de MAKJA se jouent des lois de la gravité.

Pas d’artifice, juste une présence, une parole singulière portée dans la tradition des plus grands interprètes.

Dès la première écoute, tout s’impose comme une invitation incontournable,
comme un appel à l’émotion. MAKJA a tout du buisson ardent : La densité et la révélation.

Dans un kaléidoscope de tableaux sauvages de paysages musicaux aux influences variées, MAKJA nous laisse entrevoir sa soif de multiplicité. Il est de ces rencontres qui nous marquent ; Ses mots touchent et laissent place à l’effet papillon ; d’oreilles à bouches, de rues à places, de caves à pavillons.

Récompenses :

- Prix SACEM du texte au Pic d'or 2016
- Prix Centre des écritures de la chanson 2016
- Médaille de Bronze de la chanson 2016 de Saignelégier (Suisse)

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makja par pierre wetzel.jpgInterview :

Avant cet EP, Makja en tant qu’artiste n’existait pas.

Pour beaucoup, les premiers concerts autour de la sortie de l’EP, c’était la première fois où les gens rencontraient Makja. Avant, mon nom d’artiste était Kalam. Je me suis dit un jour que j’allais travailler avec des musiciens et que l’interprétation de Kalam avec des musiciens deviendrait Kalam Makja.

D’où vient l’artiste que tu es ?

Je viens de l’écriture. J’ai fait 15 ans d’ « action culturelle ». J’accompagnais les prises de paroles artistiques d’enfants, de parents de grands-parents. Je travaillais dans les prisons, avec des traumatisés crâniens, avec des sourds, bref, avec tous types de personnes. J’aime travailler avec des humains qui sont composés de sensibles. Dans l’action culturelle, je stimulais leur sensible pour qu’ils puissent donner vie à une chanson, pour qu’ils puissent être vus dans l’espace public par leur création et non par leur statut d’handicapé ou de prisonnier. J’ai fait ça pendant 15 ans, de 1999 jusqu’à aujourd’hui. J’étais un acteur de la mise en mouvement du potentiel artistique de chacun.

Cette mise en mouvement prenait forme sous un acte artistique ?

L’idée, c’était de permettre à chacun d’être vu sous l’angle de la création et derrière, d’ouvrir une matrice de dialogue. Avec la personne elle-même déjà. Il fallait qu’elle écrive sur une feuille ce qu’elle pense, son point de vue, son doute, ses certitudes et ensuite confronter ce point de vue-là à un tiers. Ça peut être sa famille, son voisin, son éducateur. Le but était aussi de créer des passerelles entre les gens par la création. Reprendre confiance dans sa plume, dans ses mots c’est aussi reprendre confiance dans son corps, dans son image, dans le regard de l’autre.

Ce que tu viens de me raconter me donne une nouvelle approche de ce que tu racontes dans tes textes et m’explique pourquoi je ressentais une telle sensibilité en toi.

J’aime les gens. J’ai eu la chance d’avoir eu des parents qui m’ont fait découvrir la signification du  mot amour. J’ai été élevé dans l’amour, j’ai été bien éduqué, je me suis fait mes propres armes avec le temps pour pouvoir essayer d’exister dans ce monde-là. Gamin, j’ai vu très tôt que les mots avaient un pouvoir. Les mots étaient une clé et plus on avait de clefs  plus on pouvait ouvrir des portes pour se faire comprendre et pour comprendre les autres. Parce que méditerranéen à la base, j’avais un peu de fierté, je voulais écrire mes propres textes pour ne pas que l’on parle à ma place. J’ai écrit mes premières chansons et quand j’ai vu que je pouvais dire ce que je pensais sur feuille, c’était important que chacun puisse dire aussi. Se permettre de faire tomber la carapace le temps d’un rapport avec la feuille, je trouvais cela essentiel. J’ai développé des ateliers d’expression où j’ai appris aussi à accepter l’autre, à découvrir ses angles de vue, comment l’autre va regarder une certaine réalité et va la regarder différemment de mon point de vue.

"Un camp" (live).

Tu t’es nourri de cette richesse et de cette diversité-là ?

Oui. Dans les champs lexicaux, dans les sensibilités, dans les façons d’exprimer les choses, dans la temporalité pour passer aux mots, pour passer du ressenti aux mots. Me nourrissant de cela depuis des années, j’avais besoin artistiquement de réinvestir ces acquis.

C’est-à-dire d’expulser ce que tu emmagasinais depuis des années ?

Je ne dirais pas les choses comme ceci. L’action culturelle en elle-même est nécessaire dans une société et elle est nécessaire pour moi, mais le fait de recevoir toutes ses paroles, artistiquement, j’ai eu un besoin individuel de dire, d’amener ce kaléidoscope de visions, de pensées, dans la société. Au travers de la langue française, c’est mon devoir de donner à voir des tableaux différents.

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Makja continue aujourd'hui les ateliers d'écriture.

C’est presque une mission ?

Oui, je le pense ainsi. C’est peut-être un peu dingue, mais en tout cas, j’ai pris ce chemin-là  pendant ces années. C’est un besoin et un devoir, on peut donc parler de mission.

Abandonner ton statut de directeur de ta structure d’Action Culturelle pour te lancer à fond dans l’aventure Makja, ce  n’est pas un peu risqué ?

Je ne peux pas faire les choses à moitié. Je n’avais pas envie de m’inscrire dans une direction de ressources humaines pour les prochaines années et ma fonction de directeur commençaient à m’y obliger. J’ai envie de secouer les pesanteurs, j’ai envie d’être la caresse et l’épingle, j’ai envie, au sein de la société, de capter l’attention, de livrer des œuvres et de stimuler le sensible chez celui qui le reçoit en disant « vous avez un pouvoir d’agir ». Ouvrir des prismes, des champs de vision qui sont autres.

Clip de "Seule".

Tes premiers textes datent de 1996 et nous sommes en 2016. Tu n’apparais au public que 20 ans après…

Quand j’étais tout gamin, je savais que j’avais un monde intérieur dense et j’avais du mal à connecter ce monde intérieur avec l’extérieur.

Une forme d’autisme ?

Je n’emploierais pas ce mot parce que je l’ai bien vécu. J’étais bien dans cet intérieur, une sorte de bulle dans laquelle je pouvais rester des heures.

Comment arrivent en toi tes premiers textes ?

Adolescent, je déménage. Je pars de la banlieue toulonnaise pour Bordeaux. J’arrive là-bas en pleine culture hip hop, dans les années 95, 96, 97 et là, j’écris mes premiers textes. Je trouvais ça hyper stimulant de se réapproprier la langue française et de dire les choses. Il y avait une certaine minorité qui prenait le micro et donc, il y a avait un rôle entre le mot et la société. J’ai rappé de 1996 jusqu’à 1999.

C’est à ce moment que tu animes tes premiers ateliers d’écritures en tant  qu’animateur de centre social.

J’ai travaillé avec des jeunes de 1999 à 2003. En 2002, j’ai monté une association et en 2003, j’ai monté la structure d’Action Culturelle.

Tu as toujours pratiqué, toujours écrit, dans une culture hip hop jusqu’en 2010.

Ensuite, j’ai commencé à travailler avec des cordes, un violoncelle, ça m’a touché et très ému. J’ai donc décidé de travailler avec des instruments « vivants » et, en 2012, est né Makja.

Tu as pas mal rappé dans des groupes, le solo, ce n’était pas ton truc.

J’ai appris de mes erreurs. Des erreurs de gestion de groupes. J’ai pris la décision de monter mon propre projet. J’ai décidé de m’entourer de celui qui voudra m’accompagner à la musique. J’écris des propos sur feuille et j’ai besoin de les habiller avec des couturiers qui vont essayer de dessiner la tenue. A chaque fois, ce sera une tenue singulière en fonction du morceau. Je n’arrivais pas avec une logique d’esthétique, je venais avec la réflexion de ce qu’il se dit dans une chanson, de quel allait être le propos et comment on allait pouvoir habiller tout ça.

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Makja reçoit le Grand Prix des Voix du Sud 2016 par Francis Cabrel et Elodie Suego.

La confrontation avec le public quand on est seul, c’est dur ?

On aime rencontrer un public accueillant et bienveillant, mais quand on crée, la bienveillance du public, il faut la mériter, elle n’est pas acquise. Je dis les choses parce que  je considère que c’est important que je les dise, mais un morceau peut ne pas passer. Quand on livre une œuvre, on n’est pas dans l’adhésion de fait. On est dans quelque chose qui est exposé. Ça peut questionner, ça peut mettre mal à l’aise. On n’est pas toujours là pour être la caresse.

Tu ne cherche pas à te demander si le public a aimé ou pas.

Quand on joue un jour en collège et le lendemain en prison et après en concert en appartement, on ne va pas avoir le même public et les résonnances ne vont pas être les mêmes. Peut-être que dans un lieu, la rencontre sera belle et que dans un autre, ça ne va pas le faire. On est dans une société qui est morcelé. Doit-on penser ses œuvres en fonction des lieux ? Non. On doit créer.

Il y a des latitudes différentes dans tes chansons.

Oui, c’est pour ça que j’emploie le terme « secouer les pesanteurs ». Il y a parfois des gravités, parfois de la légèreté. Il faut créer des contres points de vue dans cette société. Je n’aime pas la lisibilité immédiate dans une œuvre. J’ai fait le choix de venir sur scène défendre un texte et je viens avec tout ce que je suis. On a besoin des arts pour nous permettre de voir différemment.

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Pendant l'interview...

Depuis que tu te consacres entièrement à ton projet artistique, en apprends-tu plus sur Makja l’artiste ?

Pour moi, je suis un jeune qui vient juste d’arriver. Je braque le présent pour le faire mien, je veux qu’il soit en ma possession. J’en découvre tous les jours un peu plus. Je travaille la voix, le corps, pour ne pas tous les jours ressortir la même chose.

Tu pourrais être un gourou, dis donc !

C’est pour cela que je veux travailler le contre point de vue. Il n’y a pas de parole d’évangile. J’arrive et je dis que moi-même je suis dans les questionnements, dans les errances.

Pour quelle raison participes-tu à des tremplins, comme tu l’as fait au Pic d’Or?

C’est pour braquer. Se montrer. Dire « Makja est là ». Je me considère un peu comme un compagnon du devoir, parce que je fais de l’artisanat. Avec mes musiciens, nous sommes des artisans du sensible et on travaille la matière. Alors, partout où je peux montrer notre travail, j’essaie. J’ai bien prévenu mes musiciens que nous pouvions venir que pour un morceau. Je leur ai dit : « est-ce qu’on y va ou pas ? Moi, j’ai envie d’y aller ! » On est venu et on vous a rencontré pendant un morceau.

Puis pour d’autres morceaux.

J’ai vu beaucoup d’artistes sensationnels, des artistes à voix, à texte, le niveau était très haut. Tu sais que mon slogan est « Si tu ne vas pas au maquis, Makja viendra à toi », le Pic d’Or a été une très bonne opportunité de rencontres.

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Makja reçoit le Prix du texte lors du Pic d'Or 2016.

Tu as reçu le Prix du texte, mais tu aurais mérité aussi celui de l’interprétation. Tu préfères quel prix ?

C’est une histoire de regard. Je vis avec ces deux facettes, l’interprète et l’auteur. Le regard s’est posé sur le prix du texte.

Il y a avait plusieurs regards.

Oui, c’est en tout cas un curseur qui s’est arrêté sur moi et qui aurait pu s’arrêter sur quelqu’un d’autre. Je sais que je suis interprète, mais c’est Flow qui a reçu le prix. Elle me touche beaucoup et c’était plus que mérité. Moi, je veux être reconnu par mon interprétation, mais ce qu’il se passe derrière un tremplin, ça ne me m’appartient plus. Je ne m’arrête plus sur des choses qui ne sont pas dans mes cordes.

recto.jpgSi je te dis que lorsque l’on écoute ton EP, on ressent moins la force de ton interprétation et de tes textes que lorsque l’on te voit sur scène, ça t’embête ?

Non, parce que tu as raison. Makja ça se vit. On est touché ou non, mais sur scène, ça ne laisse personne insensible. Moi, en studio, je suis une petite graine. En  concert, je suis stimulé par ce qu’il s’opère autour. On a réalisé cet EP il y a déjà un an et demi, j’ai déjà beaucoup évolué depuis. J’ai de plus en plus de mélodies, la voix prend de plus en plus de place par rapport aux arrangements. Cet EP, c’est une photographie d’un instant, d’une période de création. Je pense que le deuxième sera très fortement différent. Mon boulot sera de faire vivre ses interprétations aussi en studio. Je pense que ce qui arrive est assez prometteur.

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Après l'interview, le 29 juillet 2016.

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26 juillet 2016

Pauline Croze : interview pour Bossa Nova

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Pauline Croze, Claire Pathé (9).jpgPauline Croze signe son grand retour musical quatre ans après Le Prix de l'Eden. La chanteuse bouleverse ses habitudes dans les onze titres de Bossa Nova. Entourée d'artistes de jazz du monde tels que Flavia Coelho, Marie Navarro, Manda Sissoko et Vinicius Cantuaria, elle s'illustre dans des reprises douces et mélodieuses des chansons les plus mythiques du répertoire brésilien.
On découvre « Voce Abusou », remix franco-portugais de « Fais comme l'oiseau », la réinterprétation de « La Rua Madureira » de Nino Ferrer et celle de « Jardin d'Hiver » signée Henri Salvador, teintée de sonorités reggae. 

Le pari est donc parfaitement réussi : le voile suave de sa voix accompagnée des guitares sèches nous fait traverser l'Atlantique, direction Rio.

Je suis allé prendre un café le 11 mai dernier avec elle. Même si nous n’étions pas à Rio (mais à Paris), c’est toujours très agréable de converser avec Pauline Croze que je suis et interviewe depuis son premier album (première mandorisation , la seconde ici).

Voici le fruit de notre entretien, publié dans Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du juillet-août 2016).

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Quelques vidéos tirées de Bossa Nova :

"Voce Abusou".

"Tu verras".

"Les eaux de Mars", session acoustique.

"La Rua Madureira", session acoustique.

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Après l'interview, le 11 mai 2016.

25 juillet 2016

Quentin Mouron : interview pour L'âge de l'héroïne

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(Photos : Daniella Carbunova)

quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorAmateurs de polars "classiques", de romans noirs ou de thrillers, il est possible que vous soyez un peu déroutés par le style de Quentin Mouron. Dans L’âge de l’héroïne, il y a tout de même un trafic de drogue ayant mal tourné et des rancœurs supposant une vengeance. L'ambiance générale correspond aux critères du bon petit polar dans un décor américain.

Mais, le véritable moteur de l'histoire, c'est le héros, Franck. Un homme hors du temps, ne dédaignant ni une partie de jambes en l’air improvisée (et pas très romantique), ni l'alcool, ni une ligne de coke de temps à autre.

Franck est autant une tête à claque qu’attachant.
Pas de romantisme dans ce pastiche noir. Pas de tendresse gratuite dans ces bas-fonds. Il n’en reste pas moins un roman sulfureux et décapants.

Ceci est ma troisième mandorisation de Quentin Mouron (la première ici et la seconde là), vous vous imaginez donc tout le bien que je pense de cet écrivain suisse, peut-être le plus insolent/turbulent/innovant de sa génération.

Je l’ai reçu à l'agence le jour de mes 49 ans, le 20 juin dernier. Alors que je déprimais d’être sur la pente descendante de ma vie, pourquoi me suis-je infligé le fait de recevoir ce jeune homme fringant, au talent fou, qui a encore toute la vie devant lui ? Je ne sais pas (l’homme ne serait-il pas paradoxal ?) Au fond, peut-être que c’est parce que je l’aime bien. Tout simplement. Et que chacune de nos rencontres me font du bien, voire m’élève.

4e de couverture :quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandor

Franck, dandy sur le retour, détective à ses heures, bibliophile, collectionneur de livres anciens, est chargé de retrouver une cargaison de drogue volée. Son enquête le mène jusqu’à Toponah, petite ville américaine située dans l’État du Nevada. Sur sa route se dresse Léah, adolescente mystérieuse tenant autant de la gueule cassée que de l’héroïne cornélienne. Parmi les existences ployées et amoindries, la jeune femme scintille, détonne ; elle incarne quelque chose que Franck ose enfin nommer la vie.

L’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier naît en 1989 à Lausanne. Il possède la double nationalité suisse et canadienne. Il est très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2013). L’Âge de l’héroïne est son deuxième roman publié en France après Trois gouttes de sang et un nuage de coke (2015) qui vient de sortir en poche chez 10/18.

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quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorInterview:

Ça y est, tu as un héros récurrent. Franck revient dans un second livre.

Je ne sais pas s’il va tenir très longtemps à ce rythme-là (rires). Je précise que Trois gouttes de sang et un nuage de coke et L’âge de l’héroïne se lisent indépendamment et que l’on peut commencer par celui que l’on veut. Je conseillerais presque de commencer par le second, L’âge de l’héroïne. Il est plus direct et va plus à l’essentiel. Il ouvre une belle porte pour découvrir mes livres.

Es-tu plus fier de ce livre, stylistiquement parlant, parce que tu t’améliores de livre en livre?

Oui. J’ai toujours l’impression que le dernier livre est le meilleur. Je crois que dans celui-ci, il y a moins de fioritures.

Pas de phrases, pas de mots inutiles. C’est épuré au maximum.

Ca vient de ma fréquentation avec certains auteurs américains. Souvent, je me dis: “est-ce qu’on a vraiment besoin d’avoir cette scène?” Je trouve qu’il y a dans leurs polars des descriptions dont on pourrait se passer.

En lisant des gens que tu aimes bien, tu te dis qu’il y a quand même des longueurs ?

Il m’arrive de passer des pages et de trouver que le livre redevient brillant. Les descriptions physiques des gens sont toujours trop détaillées. Moi, j’en fais le minimum. Plus généralement, pour ce livre, j’ai suivi le chemin des ellipses.

Léa, ton héroïne, est elle aussi particulière. Elle est serveuse dans un bar au bord d’une route. Il lui quentin mouron,l'âge de l'héroïne,interview,mandorarrive de donner son corps pour de l’argent. Mais elle ne veut sucer que les cas sociaux, pas les hommes normaux.

Il y a chez elle, un esprit du renoncement que l’on peut trouver encore au 17e siècle, chez certaines héroïnes cornéliennes. Léa, elle nie le monde, elle nie la vie. Pour Franck qui l’observe sous son regard à lui, c’est le contraire. Il l’a perçoit comme une affirmation.

Léa amène quand même une certaine lumière, je trouve.

Quand elle fait irruption dans l’histoire, ça modifie les choses. Franck, personnage toujours désabusé, arrive enfin à voir quelque chose de positif dans le monde dans lequel il évolue.

Ce livre est un western moderne.

Je n’y ai pas du tout pensé en l’écrivant. Mes premiers lecteurs m’ont fait remarquer qu’il y avait un côté western déglingué, un peu bizarre. J’ai pourtant tenté de ne pas trop incarner le lieu et le temps.

Pourquoi te sers-tu du polar pour aborder des sujets profonds ?

Ce n’est pas une stratégie commerciale pour donner envie d’acheter. Le prétexte du polar rassure le lecteur et rassure aussi l’auteur. Il y a un cadre, des actions qui sont assez traditionnelles. Il y a un trafic de drogues, ça va vite. Ça permet un point de repère et une mobilité. Dans le polar, les personnages et les situations circulent. On peut aborder des thèmes qui ne sont pas ceux habituellement abordés dans le polar, sans que les lecteurs ne soient perturbés. 

L’intrigue est minimale, pourtant, on ne peut pas lâcher ce livre une fois commencé.

Merci. Ne pas m’étendre sur l’intrigue me permet surtout de mettre mes angoisses d’écrivains ailleurs. Dans le style par exemple, dans les propos, dans la qualité des dialogues…

Il y a deux parties dans ton livre. Une « ouverture baroque » et la « suite classique ».

Mon héroïne appartient presque au théâtre classique. Il y a une unité, pas tout à fait de lieu, pas tout à fait de temps, mais presque. Dans la deuxième partie, l’écriture est moins explosive que dans la première où tout est baroque, mélangé et ou s’imbrique toutes sortes d’informations et d’éléments.

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(Photo : Blaise Kormann pour #L'illustré).

Pour les besoins de la photo, Quentin Mouron a adoré se faire décapiter. Un clin d’œil à son roman.

Est-ce que ton héros récurrent, Franck, a du cœur ?

C’est difficile à dire. Il a beaucoup de choses qui remplacent et qui masquent  le cœur.

Quand il voit la libraire décapitée peu de temps après l’avoir troussé, il n’a pas l’air plus ému que cela.

Oui, tu as raison, il s’en fout un peu. C’est sa rencontre avec Léa qui va le rendre plus humain, qui va lui faire sortir des sentiments. Dans toute la première partie, Franck est un personnage très froid.

Tu en es à ton cinquième livre et les journalistes continuent à te comparer à d’autres auteurs. Pour ce livre, on te situe entre Flaubert et Céline.

Je suis bien calé là.

J’ai lu aussi : « le cynisme d’Oscar Wilde, la beauté de Marlène Dietrich et la violence de Tarantino ».

Il y a pire comme référence. Je suis plus d’accord avec ce triplé qu’avec le premier binôme.

Tu comprends pourquoi on te compare à Céline ?

J’espère que c’est pour le style. Dans mon premier livre, il y avait pas mal d’argots. On retrouve des volumes de textes explosifs dans certains de mes dialogues. Mon côté apocalyptique de certaines visions doit également y être pour quelque chose.

Céline, idéologiquement, ça te convient aussi ?

Ah oui, tout à fait ! (Rires). Evidemment, je m’en éloigne sur certains points.

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Franck, tu vas le garder ou l’abandonner ?

Je me pose la question. Je suis en train de réfléchir dans quelle mesure il peut revenir. Comme j’ai décidé de mettre l’intrigue au second plan, il faut que Franck trouve sa place quelque part.

Un héros récurrent, ça sécurise et donc fidélise le lecteur.

Si je peux explorer une nouvelle dimension à son personnage, s’il apporte quelque chose à l’histoire, si certains thèmes peuvent se greffer par rapport à ce personnage, je pense que je peux le faire revenir. Je l’aime bien.

Tu n’écris jamais le même livre. Je vais plus loin. Tu aimes aller là où on ne t’attend pas.

En Suisse, en ce moment, il y a beaucoup de très bons polars qui fleurissent. Du coup, ça m’incite à aller vers autre chose. Avec L’âge de l’héroïne, j’ai essayé d’écrire autre chose que Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Si on retrouve Franck, ce n’est pas du tout le même ivre, j’insiste sur ce point.

Tu énerves un peu le milieu littéraire, il me semble.

Oui, je crois. Il y a toujours quelques petits agacements.

Il y a chez toi un côté, « je suis sûr de moi ».

Mon meilleur ami m’a fait remarquer que j’étais beaucoup plus sûr de moi devant un micro que dans la vie. C’est une forme d’aliénation.

Ne rentres-tu pas dans le personnage de « l’auteur » ?

Peut-être. Le micro s’est rassurant je trouve. Vous dites ce que vous voulez sans que l’on vous interrompe beaucoup. Un studio, c’est feutré, c’est plus rassurant qu’une table de bistrot où je pourrais boire un café avec une fille.

Quentin Mouron parle de L'âge de l'héroïne pour la librairie Mollat.

A la télé, tu faisais des chroniques dans lesquelles tu cassais le pouvoir en place.

Oui, c’est un bon exercice la chronique. Ça me permet de sortir de mon territoire.

En France, tu n’es pas encore très connu, mais je suis sûr que ça ne va pas pas tarder.

Le précédent livre, Trois gouttes de sang et un nuage de coke avait reçu un bon accueil et avait provoqué pas mal de choses. Il vient de sortir en poche chez 10/18 et il va être traduit dans certains pays. Mon éditeur, La Grande Ourse, fait bien son boulot. Il me pousse le plus loin et le mieux possible. Si j’espère un jour avoir la même notoriété en France qu’en Suisse, pour l’instant, je n’ai pas à me plaindre, ni des ventes, ni de la presse française.

Aimes-tu la notoriété ?

Oui, assez. Ce n’est pas désagréable en tout cas. Cela permet de survivre mieux, car cela permet de créer des opportunités de boulots. Tout est lié.

Tu es un « bon client » dans les médias.

Il parait. Mais tout dépend quel journaliste est en face de moi. Les journalistes ne sont pas les plus cons de la chaîne du livre (merci Quentin !) Je passe souvent de bons moments sur les plateaux.

Est-ce que discuter avec un journaliste te permet de mieux appréhender ton œuvre ?

On produit un discours que l’on ne s’attend pas à produire. Parfois, je sens que j’ai tenu un discours pertinent sur mon propre livre, parfois, au contraire, je me rends compte que j’ai dit d’énormes conneries.

Tu n’es pas un écrivain maudit en tout cas.

Non. Bon, il est vrai qu’en Suisse, au niveau prix, bourses, subventions, je ne suis jamais le grand gagnant.

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Pendant l'interview...

Tu écris tout le temps ?

J’écris souvent, à part quand je suis en promotion.

Ecrire cela n’a d’intérêt que si c’est pour dire des choses importantes ?

On peut écrire aussi des choses belles, des choses amusantes. Cela dit les choses belles et les choses amusantes peuvent être des choses importantes. Il y a un peu d’ironie dans mes livres, mais pas trop de second degré, ni d’humour douteux. On a suffisamment l’occasion d’être futile dans une conversion que nous ne sommes pas obligés de l’être aussi dans les bouquins. Quand j’ouvre un livre, j’aime bien avoir quelque chose de consistant, de profond. Le lecteur, qui a acheté ton livre a le droit à ce qu’on ne se foute pas de sa gueule.

Dans tes livres, quels sont les sujets de prédilections ?

Il y a un thème qui est revenu souvent et qui est  juste en clin d’œil  dans L’âge de l’héroïne, c’est la question du masque, de la manière dont on se ment soi-même et dont on ment aux autres. Dans mon dernier roman, je traite de la notion d’héroïsme, de la notion du langage aussi. A partir de quel moment sa propre langue, sa propre voix, ne porte plus parce qu’il y a trop de parasitages ou personne pour l’entendre. Je n’avais jamais problématisé la question de la parole. Que signifie une parole et à quelle condition elle peut signifier quelque chose ? Ce n’est pas une thèse que je défends, mais par me personnages, j’essaie d’amener une discussion. Le livre sert à provoquer les discussions.

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Après l'interview, le 20 juin 2016.

24 juillet 2016

Lucas Gabriel : interview pour son premier EP

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Lucas Gabriel interprète des textes d’une beauté stupéfiante, enveloppée par le son aérien de sa guitare électrique. Ils nous bercent dans un univers mélancolique, où se mêlent mélodies aux influences anglo-saxonnes et aux paroles en langue française. Il vient de publier un premier EP chic et poignant.

Lucas Gabriel a tout pour réussir. Talentueux, sens évident de la mélodie, voix profonde qui touche au cœur, charismatique et beau garçon. Ce n’est pas cet EP (malgré ses nombreuses qualités) qui le fera exploser et le rendra populaire, mais l’album qui suivra. J’en fais le pari.

Après un premier rendez-vous manqué (à cause de ma légendaire étourderie, qu’il veuille bien me pardonner), le 29 juin dernier, ce jeune artiste parisien de 24 ans est venu à l’agence pour une première mandorisation… qui ne sera pas la dernière.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorBiographie officielle (un chouilla modifié) :

Spleen contemporain. C’est peut-être ce qui caractérise le plus la musique de Lucas Gabriel.
A l’écoute de son premier EP, on situe tout l’intérêt de l’artiste : les arrangements épurés font la part belle au timbre, et à une plume qui ose un lyrisme littéraire. «Comment fait-on pour vivre lorsqu’on se sait moyen ? » scande-t-il, insufflant un souffle singulier avec une verve désabusée. Lucas Gabriel a appris la musique en autodidacte.
Rapidement, il se met à écrire ses propres compositions, sans pour autant avoir l’ambition de faire sortir ses chansons de sa chambre. Néanmoins, presque par accident, il se voit du jour au lendemain propulsé sur le devant de la scène par Benjamin Clementine.

C’est en 2013, lorsqu’ils se retrouvent fortuitement dans le même hôtel pendant des vacances en Italie, que la route des deux hommes se croise pour la première fois. Lucas Gabriel est au piano quand Benjamin Clementine vient lui parler, avant qu’ils ne partent tous les deux dans un jam improvisé. Une amitié était née.

C’est près d’un an après leur rencontre que Benjamin Clémentine écoute pour la première fois les compositions de Lucas. Très vite, il lui a proposé de faire ses premières parties. Un coup de pouce, qui permet à Lucas Gabriel de monter seulement trois mois plus tard sur la scène du Transbordeur pour son premier concert, qu’il enchaîne avec deux Trianon.

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Seul sur scène, accompagné par une voix riche et trainante à la Bashung et une guitare claire façon Jeff Buckley, la réponse du public est immédiate.
Lucas Gabriel s’entoure désormais de deux musiciens, un bassiste et un batteur, venus enrichir le projet, sans rien enlever à l’intensité et à l’intimité avec la salle. Il décide alors d’enregistrer son premier EP, entièrement autoproduit et masterisé par les soins de Chab.
On est saisi par ses ballades intimes, perdues dans l’écho d’une guitare douce. 
Après avoir été sélectionné pour les auditions parisiennes des Inouïs du Printemps de Bourges, Lucas Gabriel a récemment remporté le prix du jury et le prix Beside Label au tremplin Sorbonne Live.

lucas gabriel,ep,interview,mandorL’EP :

Avec « Seul dans le Noir » et « Ni Anges Ni Dieux », Lucas Gabriel affectionne les ambiances de fin de nuit, les mélancolies de derniers verres. « Drifting Away » est une promenade dans un Paris spleenétique, pleine de fulgurances poétiques. Dans « Sentiments En Soute », Lucas Gabriel chante les affres désordonnées des jeunes amours. Çà et là, on entend quelque chose de Léo Ferré, dans son lyrisme à fleur de peau, sa fragilité vocale quasi-exubérante. Bien qu’ayant fait le choix d’écrire et de chanter en français, Lucas Gabriel opère un joli mélange des genres, citant à l’envie aussi bien King Krule ou Ry X que Benjamin Biolay parmi ses influences.
Tout au long de l’enregistrement, c’est une image un rien romantique qu’il dessine, celle d’une jeunesse qui « ne croit plus à son destin » et qui, à défaut de spiritualité, retrouve un peu de mysticisme dans la musique.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la musique ?

J’ai commencé par jouer de la guitare et, assez rapidement, mes propres compositions. C’était à l’époque où il y avait les « baby rockers », comme les BB Brunes. C’est plus tard que j’ai commencé à écrire de vraies chansons.

Tout a commencé en première année de Sciences-Po Lyon, je crois ?

Oui, j’ai rencontré un garçon qui était à fond dans l’espoir de gagner sa vie avec la musique. Il avait trouvé un manager qui lui avait demandé d’écrire des chansons en français et, comme on partageait les mêmes goûts en matière de littérature, il m’a demandé de l’aide. J’ai accepté et je me suis rendu compte qu’écrire commençait à me plaire sérieusement. Comme je lui envoyais les chansons interprétées par moi, il m’a fait remarquer que je chantais bien et il m’a conseillé de persister dans cette voie. Ca été mon déclic pour me lancer sérieusement dans cet art-là.

Tu n’échapperas pas à la question sur ta rencontre avec Benjamin Clementine.

Il y a trois ans, je l’ai vu par hasard en concert en première partie de Sébastien Tellier et j’ai commencé à le suivre sur les réseaux sociaux. Quelques temps plus tard, je suis parti en vacances avec mes parents et mon frère et, coïncidence, Benjamin était au même endroit et dans le même hôtel. Il y avait un piano, avec mon frère ou s’amusait à jouer un peu n’importe quoi. Puis nous nous sommes assis pas très loin. Après nous, Benjamin s’est mis au piano puis il s’est retourné pour me demander si c’était bien moi qui jouais au piano précédemment. Aujourd’hui, nous sommes devenus potes.

Mais, quand tu étais dans cet hôtel lui as-tu dit que tu faisais des chansons ?

Non, je préférais avoir une relation amicale et désintéressée. Mais, un peu plus tard, sous l’insistance de mon frère, j’ai fini par lui dire. C’est là qu’il m’a proposé direct de faire ses premières parties.

La première fois, c’était au Transbordeur de Lyon.

Oui, la scène est immense. J’ai mis un tabouret au milieu, j’ai pris ma guitare et je me suis lancé. C’était super impressionnant, mais je ne me suis pas senti mal à l’aise. J’ai ressenti des sensations extraordinaires et inconnues de moi jusqu’à présent. De plus, les retours du public étaient sympas. J’y suis allé sans savoir à quoi m’attendre. Le but était juste de ne pas faire n’importe quoi pour ne pas décevoir Benjamin.

Clip de "Drifting Away".

Tu as enregistré un EP assez rapidement, je trouve.

J’étais frustré que les gens qui venaient me voir en concert ou qui me découvraient un peu par hasard, au grès de premières parties, ne puissent pas acheter un disque en sortant. Et pire, encore, l’idée qu’ils ne trouvent rien en tapant mon nom sur Google me dérangeait franchement. D’où la décision d’enregistrer très vite 5 chansons. C’est une carte de visite, une trace.

Si tu n’as pas encore beaucoup de presse, ce que je lis sur toi est fort élogieux.

Je me dis que les gens n’écrivent sur quelqu’un que s’ils aiment bien. En tout cas, il faut être indulgent. C’est un premier disque, fait tout seul.

Je le trouve très joli et bien produit. Il n’y a pas de fioritures, tu vas à l’essentiel. De plus je te félicite de chanter en français. Habituellement, ceux qui jouent le genre de musique que tu fais chantent en anglais.

Je veux mettre en avant, la voix, le texte et la musique. C’est important que je puisse être compris à ces trois niveaux. Quitte à écrire en français autant faire un effort sur le style et sur le propos. Je chante en français pour faire vivre la langue française. Je trouve que c’est important.

"Sentiments en soute", live à la Maroquinerie, en janvier 2016 dans le cadre des Inouïs du Printemps de Bourges.

En France, on a tendance à juger un morceau d’abord sur le texte, ensuite sur la musique.

Sans être condescendant, je n’aime pas que l’on me dise que je fais de la chanson française. Je préfère dire que je fais de la chanson en français, parce que le texte n’est pas ce qui définit ma musique.

On te compare à juste titre à Jeff Buckley, il y a pire comme référence.

Je sais que ça permet de situer le genre, mais je ne peux pas décemment dire : « vous avez raison, ma musique rappelle Jeff Buckley ! ». Ce serait prétentieux.

Vocalement, j’ai lu que ta voix se rapprochait de celle de Biolay, moi, elle m’a rappelé parfois celle de Bashung. Pourtant, tu as ta propre identité vocale, je te rassure.

Cela dit, tous ces artistes cités, sont des gens qui font partie de ma culture musicale, même si j’écoute beaucoup de choses. Le seul dont je connais toute l’œuvre par cœur, même les chansons rares, c’est Gainsbourg. Bashung, je ne connais pas plus que ça.

"Comment Fait-on ?" (Live Session)

Penses-tu avoir trouvé ta voix ?

Un peu plus, grâce aux concerts. Chanter, c’est se mettre à nu. Au début, j’avais une voix monocorde, je n’osais pas trop la mettre en avant. Je ne m‘étais jamais défini comme chanteur, aujourd’hui, je commence à comprendre ce que je peux faire avec ma voix !

Es-tu pudique, timide dans la vie ?

Disons que je suis assez réservé. Dans un premier temps, je ne parle pas trop. J’observe. Ensuite, je me décoince petit à petit. Pour ne rien te cacher, en ce moment, je fais des efforts de sociabilité. C’est paradoxale avec ce que nous sommes en train de faire tous les deux, mais par exemple, parler de moi, ce n’est pas quelque chose que j’aime et que je fais facilement. Ca me met mal à l’aise.

Ce métier te permet-il de sortir des choses qui sont en toi ?

Ce qui permet d’exorciser pas mal de trucs, c’est l’écriture. C’est un sacré exutoire. En plus, recevoir des retours de gens que je n’ai jamais vu, qui me disent qu’ils ont été touchés, m’encourage à continuer.

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Pendant l'interview...

Que t’as apporté cet EP ?

Cela m’a permis de rencontrer des gens du métier. D’ailleurs, des choses se précisent… mais je ne peux pas t’en parler.

(En fait si, mais il m’a demandé de garder ça en off. Mais si cela se concrétise, c’est du lourd !)

Dans la génération actuelle d’artistes français, il y a des gens que tu aimes bien ?

Fauve, par exemple. Ils ont eu beaucoup de succès, mais ils ont pris pas mal de coups, de critiques, alors que leur projet était canon. Je les trouve sincère et ils ont décomplexé pas mal d’artistes par rapport à la langue française. J’aime aussi beaucoup Feu ! Chatterton, Radio Elvis ou encore Grand Blanc. Comme moi, ils ont une culture très anglo-saxonne, mais gardent leur culture française.

Pas de femmes ?

Si, j’aime beaucoup Alma Forrer. Clara Luciani aussi. Cette dernière n’est pas encore très connue, mais je suis sûr que dans moins d’un an, tout le monde parlera d’elle. Je fuis les artistes qui sont dans le revival. J’aime ceux qui renouvellent la chanson et qui propose des choses qui n’existent pas encore dans le paysage musical français.

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Après l'interview, le 29 juin 2016, à l'agence.

22 juillet 2016

Nina Morato : interview pour son quatrième album

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13819779_10208568055012360_1382538179_n.jpgNina Morato est enfin de retour ! Tout le monde se souvient en 1993 de son premier single "Maman" tiré de son premier album Je suis la mieux. Suite à cet album, elle recevra en 1994 la Victoire de la Musique de la "Révélation féminine de l'année". Cette même année, elle représentera même la France à l'Eurovision avec "Je suis un vrai garçon". Elle terminera 7ème du concours. Suivront deux albums : L'allumeuse" en 1996 et Moderato en 1999. Suite au décès de sa fille, les choses vont devenir de plus en plus difficile… le théâtre et le cinéma lui permettront de revenir épisodiquement. J’ai toujours aimé les chansons de cette artiste et j’avais hâte qu’elle revienne.

Son disque éponyme est un chef d’œuvre. Une sorte de Christophe au féminin, voilà ce qu’est devenue Nina Morato.

Je suis allé à sa rencontre à l’Hôtel de Sers le 14 juin dernier. La conversation a pris une tournure « particulière »,  je n’ai donc pas tout à fait mon travail habituel. J’ai laissé tomber la promo et j’ai écouté ses confidences. J’ai aimé cette tournure des événements…

L’album :

Né de la collaboration de Nina Morato et de Christophe Van Huffel, l'album sobrement baptisé Nina Morato lève le voile sur le jardin musical de l'Artiste. Éclectique et ambitieux, i1 croise les influences, les styles, les rythmes, les sonorités et les talents. Le projet séduit un label indépendant, AllAvitA-Records. qui accompagne le duo dans la production de l'album.

L'équipe parvient alors à réunir autour d'elle de grands noms de la musique. Notons un duo avec Matthieu Chédid, un autre avec Diego Carrasco. Le vernis final est alors posé avec le mastering de Mandy Parnell du studio Black Saloon, qui a notamment œuvré sur les albums de Björk, Dépêche Mode, Texas, PJ Harvey, Tricky ou Julien Doré... Pour respecter toute la chaleur du son, le mixage et le mastering ont été effectués sur une des cinq dernières consoles analogiques EM1, célèbres pour avoir été utilisées par les Rolling Stones et les Beatles pour leurs plus grands succès.

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IMG_0450c.jpgInterview:

Nous étions nombreux à attendre le retour discographique de Nina Morato.

Même si j’ai vécu en autarcie pendant un certain nombre d’années, j’ai toujours continué à faire des chansons. Elles se manifestent en moi. Parfois, je vais les chercher, parfois je n’y tiens pas parce que c’est souvent douloureux d’écrire une chanson. Par contre, dès qu’une s’impose à moi, je suis le fil, je ne peux pas résister. Mais pour pouvoir poursuivre cette existence sans pouvoir m’exprimer sans chanter, il a fallu que je ravale ma peine. J’ai fait comme si tout cela n’avait pas existé. Quand une chanteuse ne chante pas, elle peut devenir folle vous savez. Curieusement, il y a quelques jours, je suis tombée sur un dossier de presse complet de ma vie de chanteuse, et là j’ai réalisé que j’avais tout ça. C’était bien de moi dont parlaient ces coupures de journaux. J’ai regardé cela comme une spectatrice.

Cela vous est arrivé précisément au moment où vous avez remis la machine en marche.IMG_0449.JPG

Oui, c’est troublant. Cela s’est passé au moment où je retourne vers l’extérieur, après avoir été au fond de mon moi le plus profond, je retombe sur ce qu’a été ma vie d’avant. Il y a deux ans, j’étais devant ma vitre, il pleuvait à l’infini. J’ai regardé cette vitre et cette pluie tomber et j’ai dit tout haut : « putain ! Qu’est-ce que je vais devenir ? ». A croire que lorsque l’on pose des questions à l’univers, il vous répond. Il faut juste être attentif. Il y a le visage d’un homme qui est apparu dans mon esprit, et cet homme-là…

Laissez-moi deviner. C’était Christophe Van Huffel, celui-là même qui a réalisé votre nouvel album.

Exactement, je vous jure que c’est vrai ! Quelques années avant, il n’avait jamais répondu à mes appels. A partir du moment où Christophe Van Huffel est arrivé dans mon esprit, j’ai pris mon téléphone en ayant la certitude qu’il allait me répondre. Il a répondu. Je lui ai expliqué que j’avais des chansons qui n’attendaient que lui.

Clip de "Fanfaron" tiré de son album éponyme.

ob_6bc325_ninamorato1.jpgVous avez vécu la perte d’une de vos filles en 1997. Vous étiez alors en pleine ascension et en pleine négociation de gros contrats. Là, tout le monde vous a laissé tomber.

Ma maison de disque pensait que je n’allais pas pouvoir assumer, alors qu’au contraire, il aurait fallu que je me jette corps et âmes dans le travail. Quand on fait ce métier, cela génère beaucoup d’affinités entre les gens et on a l’impression d’être ami avec la Terre entière. Quand vous vivez un tel drame, d’abord les oiseaux se cachent pour mourir, alors on n’a pas envie de montrer ce visage tellement peiné et plein de chagrin. Et puis, quand on a ce chagrin, c’est comme une maladie contagieuse : les gens flippent, fuient… ils ont peur. J’ai bien compris que c’était le moment pour moi de vivre ce chagrin pleinement dans la solitude et l’isolement. Je ne communiquais qu’avec mon piano. C’était même l’ancre qui m’a permis de ne pas sombrer. Aujourd’hui, ma tête a oublié beaucoup de choses. Mon cerveau a fait airbag. Ce n’est pas une volonté de ma part, mais pour pouvoir survivre, je n’ai plus que des morceaux de mémoire.

Vous êtes tombée de nouveau enceinte à la sortie de votre troisième album Moderato.ob_fe3b29_13174189-10153783338764888-17832675038.jpg

Odyssée est née en 2001 et je me suis consacrée à ce nouvel enfant. Les enfants qui arrivent sur Terre nous font un cadeau. Les enfants qui partent, même si c’est complètement absurde, illogique et que cela procure une insoutenable peine dont il est compliqué de se remettre, c’est aussi une forme de cadeau. Dans tout drame, il y a une raison. Il faut la piger, mais il y a une explication à tout. Depuis le départ de ma première fille, j’ai eu la chance d’avoir affaire à des choses dont j’ignorais l’existence. Malgré mes airs perchés ou lunaires, je n’avais aucune idée de ce qu’il se passe avant la vie, et de ce qu’il se passe après. J’ai eu la chance de recevoir des signes d’elle. Mais bref, je n’en dirai pas plus.

Pour vous en sortir, vous vous êtes aussi adonnée à d’autres activités artistiques.

J’ai fait du théâtre. J’ai joué Le monologue du vagin et dans Don Quichotte contre l’ange bleu de Jérôme Savary. Cela m’a structuré d’avoir un endroit où aller chaque jour. Il y avait quelque chose de rassurant et d’équilibrant pour moi d’avoir des choses fixes. Cela m’a enseigné une certaine discipline, de la rigueur aussi. Un jour, j’allais rentrer sur scène et à une minute de mon entrée, je réponds au téléphone et j’apprends le décès de ma mère. Je suis quand même montée sur scène. Je sais désormais ce que veut dire « the show must go on ».

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Matthieu Chédid fait un duo avec vous sur votre album, « Ah non non non ». Il a commencé sa carrière en jouant pour vous au temps de votre succès. Il vous a même accompagné sur « Je suis un vrai garçon », en 1994, lorsque vous avez représenté la France à l’Eurovision en 1994. 

Un jour, je suis allé voir un medium qui m’annonce que j’avais eu trois filles, dont une a renoncé à sa vie. Elle me dit plus tard : « Et je vois un grand M qui va ressurgir de votre vie passée. Il va apporter beaucoup au projet que vous entreprenez ». Du coup, je me suis débrouillée pour revoir Matthieu à Bercy, dans les coulisses, après un de ses concerts. Il a accepté tout de suite le duo que je lui ai proposé.

La chanson « Fais-moi signe » est celle qui m’a le plus touché.

Là aussi, je vais vous raconter une histoire troublante. Il faut savoir que Christophe Van Huffel a vécu lui aussi un drame. Il a perdu son amoureuse. Pendant l’enregistrement du disque, j’ai été saisi par une très forte fièvre complètement inexpliquée pendant 24h. Christophe Van Huffel voulait qu’on appelle le médecin. Je n’arrivais pas à parler. Trois mois après, je suis allée voir un médium qui m’a annoncé qu’une entité me squattait.  Il m’a dit qu’il avait un message d’une jeune femme décédée il n’y a pas très longtemps et qui est morte en faisant la même chose que vous.  Quand, un autre jour, j’ai chanté « Fais-moi signe », la fièvre est tombée subitement. J’ai appris que c’était l’amoureuse de Christophe, décédée quelques temps avant, qui était entrée en moi. J’ai expliqué à Christophe ce qu’il m’arrivait et il pensait que je perdais totalement la raison. Puis, il m’a avoué qu’il était en train de faire un album avec elle et qu’il lui avait promis qu’il irait jusqu’au bout, ce qu’il n’a pas pu faire. « Maintenant, tu n’as plus rien à craindre » a-t-il fini par me dire.

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Lors de l'interview, le 14 juin 2016.

Bonus : Quelques clips de Nina Morato...

1993 : Clip de "Maman".

1994 : Eurovision "Je suis un vrai garçon" (avec Matthieu Chédid à la guitare).

1996 : Clip de "Seulement la nuit".

1999 : clip de "J'attends".

Et puis, tenez, je ressors ces archives... nous étions à Eurodisney en 1993 (je travaillais alors pour Top Music, radio leader de Strasbourg).

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21 juillet 2016

Lola Baï : interview pour l'EP La lueur et pour The Voice

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(Autoportrait de Lola Baï)


lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrElle a le regard déterminé et la voix claire. Lola Baï (à gauche photo de Frank Loriou), 34 ans, est une professionnelle, grande habituée des scènes. Cela fait quelques années que je connais son existence professionnelle. Cela fait quelques années que je la suis, de loin, discrètement. Elle m’a toujours intéressé, mais je n’ai jamais fait le pas pour concrétiser ma curiosité envers elle. Je ne sais pas pourquoi. Attendre le bon moment, peut-être…

Et puis je l’ai vu dans The Voice. Un peu avant, je ne sais plus exactement pourquoi, nous nous étions contactés sur Facebook. Elle m’a envoyé la première partie de son EP La lueur et il m’a immédiatement conquis.

Bref, il fallait que nous nous rencontrions. Ce qui fut fait le 16 juin 2016, dans un bar du Sentier à Paris.

Quelques dates :

2004 : Premières compositions sur des textes de Thézame Doutreleau… Des concerts accompagnés de musiciens… Une résidence d’artistes loufoques et pluridisciplinaires aux portes de Venise… Des tremplins…Puis une rencontre avec Claude Lemesle qui souhaite suivre son travail.

2007 : Lola remporte  le tremplin « Visa Francophone »  et décroche une première partie à l’Olympia. Elle fait les "rencontres d'Astaffort" où elle croise un artiste québécois qui lui donne des envies d’ailleurs. Elle finance son voyage et part pour la première fois à la découverte du public québécois. A son retour en France, c’est le temps d’une remise en question artistique.

2008 : Elle passe l’année enfermée à écrire. Elle abandonne le côté  « chanson métissée », compose et travaille son piano avec une volonté : celle de s’accompagner seule sur scène. Une nouvelle rencontre d’importance la conduit vers un projet conséquent : celle de Serge Faubert qui lui propose de participer à la création de son premier disque.

2009 : Sortie de Sur la pointe des pieds. L’album, très pop, est composé de 12 titres largement inspirés de lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrsa propre vie. Suivent deux ans de concerts en solo à travers la France, au Québec et en Belgique où elle participe notamment à la version Belge du chantier des Francos.

2010 : Elle est programmée aux Francofolies de Montréal et de Spa (où elle rencontre Alexis HK) et les Francofolies de Spa et continue sa tournée en France en solo.

2012 : Elle s’entoure de musiciens Mickaël Gasche (Bugle/claviers) Éric Doboka (basse) et Alexandre Berton (batterie), ils font ensemble quelques dates en France et en Suisse, mais elle se consacre surtout à l’écriture. Ecriture du second album mais aussi d’une nouvelle page personnelle avec la naissance de sa fille.

2013 : Ecriture, toujours, elle rencontre David Berland (SLC- la comédie musicale, DISCO, et en musique indé : Nameless, Swann…) qui lui propose de travailler avec elle sur les arrangements et la réalisation du second album. Elle lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrmonte en parallèle un nouveau projet  The ShougaShack avec les artistes Clelia Vega et Nadia Simon.

2014 : Lola Baï enchaîne les allers/retours à Paris et enregistre dans le studio Audiotape de David Berland. 12 titres sont enregistrés dont un duo avec Alexis HK sur un texte de ce dernier et 2 chansons de Jérôme Attal. - En parallèle, l’aventure The ShougaShack  prend son envol, une quinzaine de concerts à travers la France réalisés et là aussi un projet d’EP.

2015 : Sortie de la première partie de l’EP 6 titres « La lueur » et sortie de l’EP de The ShougaShack.

2016 : Elle participe à l'émission The Voice et sortie de la 2 ème partie de l’Ep 6 titres « La lueur prévue pour octobre.

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lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrInterview :

J’ai lu dans ta bio que la musique n’était pas très présente dans ton enfance, mais qu’à 5 ans, un vieux clavier Bontempi avait échoué dans ta chambre. Et là, c’est la révélation : « Je serai pianiste classique ».

C’est la pure vérité. Je ne sais toujours pas comment il a atterri dans ma chambre. Mes parents n’en savent rien non plus.  

Il faut interpréter ça comme un signe alors.

Exactement. On n’écoutait pas de musique à la maison. Donc, avec ce Bontempi, j’ai commencé à créer des musiques ou reproduire les petites mélodies que j’entendais à droite à gauche. Ça m’a donné l’envie folle de devenir pianiste. Plus tard, à 10 ans, je suis rentrée au conservatoire pour apprendre le solfège.

Je crois savoir que tu n’as pas trouvé cette expérience géniale.

Ce n’est pas ce que j’apprenais qui ne me plaisait pas, c’est le milieu qui me dégoutait. J’étais plus âgée que les autres et pas très à l’aise dans cette ambiance. J’étais trop jeune pour aller avec les adultes et trop vieille pour rester avec les autres gamins. Ca ne s’est donc pas bien passé. J’ai été victime d’une injustice trois ans plus tard. Ils ne m’ont pas fait passer dans la classe supérieure alors que ma voisine qui avait moins de point que moi si.

Clip de "La douleur", extrait de l'EP La lueur.

Quand as-tu remarqué que tu avais une voix ?lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandr

C’est beaucoup plus tard. A l’adolescence, je n’avais pas du tout la même voix. J’étais tellement sensible, touchée par tout, que ma gorge était complètement nouée. J’ai mis presque 10 ans, jusqu’à mes 26 ans, avant de la dénouer complètement. Aujourd’hui, le timbre de ma voix est le plus naturel possible.

Tu as pris des cours de chants ?

Les profs de chant que j’ai rencontré n’arrivaient pas à m’aider, malgré beaucoup de travail.

Ton cas était désespéré ?

Mais oui (rires). C’était terrible pour moi. Là j’en ris, mais ça ne m’amusait pas du tout à l’époque. Il a fallu que je travaille toute seule. Du coup, quand j’y pense, j’ai tout fait seule, la guitare, le piano, le chant… je crois que la méthode scolaire ne me convenait pas.

Tu es passée par les Rencontres d’Astaffort et par les cours de Claude Lemesle, donc tu as essayé d’apprendre par d’autres biais.

J’ai rencontré Claude lors d’un tremplin. Il a été super gentil avec moi et depuis, nous avons gardé contact. Nous avons un profond respect l’un pour l’autre. Parfois, je lui envoie ce que je fais, il me conseille avec bienveillance. Je suis allée à son cours juste trois fois. J’ai constaté que là non plus, ce n’était pas pour moi. Je n’y arrive pas quand on essaie de m’instaurer des règles. Je me faisais du mal en y allant. Je me trouvais nulle parce que les autres « élèves »  parvenaient à bien travailler.

Clip de "Run Away", extrait de l'EP, La lueur.

lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrTon EP La lueur est bien produit et les chansons sont très efficaces. Je ne comprends pas pourquoi il n’a pas été repéré.

C’est l’éternelle question à laquelle on ne peut pas répondre. Rien n’est rationnel dans ce métier.

Dans cet EP, il y a une chanson de Jérôme Attal, mon auteur préféré.

Il m’a fait deux chansons. Je cherchais des auteurs et quelqu’un m’a conseillé de travailler avec lui. Je suis allée lire ses textes et je suis tombé sur qu’il a écrit pour Mareva Galanter. Je me suis surprise à envier cette écriture, j’ai trouvé ça si beau. Je l’ai contacté et il a accepté tout de suite de collaborer avec moi.

Tu as utilisé Kiss Kiss Bank Bank pour financer ton EP La lueur.

Si je n’étais pas passée par un site participatif, je n’aurais pas pu le sortir. Je n’ai jamais eu de label, ni d’éditeur. Je trouve le système de crowdfounding très intéressant, il permet de rester indépendant. Je ne dois des comptes à personne, hormis à mes souscripteurs.

La lueur (Jérôme Attal/ Lola Baï), capté au Magic Mirror de l'Abbaye de l'Epau, extrait de l'EP La lueur.

lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrParlons de The Voice. Je crois que tu as été repérée par un casteur.

On est venu me chercher l’année dernière pour The Voice de l’année dernière. Certes, ils viennent te chercher, mais à partir du moment où tu acceptes de participer, ils te mettent au même niveau que les autres. Tu dois faire les premières auditions, puis les auditions à l’aveugle etc… tu n’es pas privilégié. Au final, l’année dernière, ils m’ont dit qu’il n’y avait plus de place. Mais tant mieux. Je n’étais pas dans le même état d’esprit.

C’est-à-dire ?

Je comptais beaucoup sur cette émission. J’étais persuadée que ça allait me faire décoller, j’imaginais plein de trucs et ce n’était pas très sain. Cette année, j’étais plus zen, plus lucide. L’équipe de prod ne te fais aucune promesse et est très à l’écoute et respectueuse des artistes. A 35 ans, je savais que je ne pouvais pas aller très loin, mais je savais que je pouvais beaucoup m’amuser. J’avais très envie de vivre ce genre d’expérience au moins une fois dans ma vie.

The Voice 2016: Battle Lola Bai VS Louyena - Encore et Encore (Francis Cabrel)

Ces deux talents de la team Garou s'affrontent lors de la saison 5 de The Voice. Lola Baï est sauvée par son coach. Les Louyena sont éliminés.

C’est flippant de participer à The Voice ?lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandr

Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. J’en ai fait une conjonctivite. Je n’ai jamais fait de conjonctivite de ma vie (rires) ! Paradoxalement, je te dis, je me suis amusée à le faire et j’étais contente d’être là.

Cette expérience t’a apporté quoi ?

Je sais qu’être dans une sphère avec beaucoup de visibilité, ce n’est pas pour moi. Là, je suis arrivée à la limite de ce que je peux supporter en termes de notoriété. Désormais, on me reconnait dans la rue, mais raisonnablement. Quand je vois Slimane, qui est un type que je trouve génial et très généreux, qui est passé quasiment du jour au lendemain à une incroyable notoriété, je ne sais pas comment il gère. On lui en demande beaucoup et dans la rue, il n’est plus du tout tranquille. Ce n’est pas facile d’être toujours heureux et disponible pour les gens tout le temps…

Tous les artistes ont envie d’un succès populaire non ?

Oui, bien sûr. On a tous besoin d’amour et de reconnaissance. Moi, j’étais persuadée que j’avais envie et besoin de ça. Aujourd’hui, plus du tout.

Tu fais aussi partie d’un groupe, The ShougaShack.

Nous sommes en train d’enregistrer notre deuxième EP. Avec The ShougaShack, on a beaucoup de dates cet été. On est trois minettes sur scène et les gens ont l’air d’apprécier notre travail. Avec Clelia Vega et Nadia Simon, nous chantons en anglais. C’est folk, blues…  Nous sommes trois voix lead, donc nous portons l’aventure à trois. C’est très reposant. On vend beaucoup de disques à la fin des concerts. Non, vraiment, avec ce groupe, tout va bien. En plus, toutes les trois nous avons nos projets parallèles, il n’y a aucune rivalité.

The ShougaShack. Le clip de "Sugar Shack".

Tu arrives à vivre de ton métier ?

Ça fait 10 ans que je suis intermittente du spectacle et je gagne à peu près 1500 euros par mois. Tu vois, je te dis toute la vérité.

Mais tu es heureuse chaque matin quand tu te lèves pour faire le travail que tu aimes…

Exactement. Je me rends compte que j’ai une liberté que les autres n’ont pas. Je ne gagne pas beaucoup d’argent, mais je fais ce que j’ai envie de faire. Je n’ai pas de patron, j’ai une petite maison et tout va bien. Je prends conscience de ça depuis deux ans.

Tu es aussi à l’origine d’un jeu musical et visuel inspiré des cadavres exquis, Les Instinctives ?

« Une instinctive » est une œuvre musicale et visuelle de moins de 2 minutes réalisée instinctivement par plusieurs artistes dans un délai très court. Une fois la proposition faite, celle-ci ne peut être modifiée par quiconque (même pas par l’artiste dont elle est issue). Il ne peut plus agir sur la suite des évènements si ce n’est en acceptant ou non les nouvelles propositions dans leur intégralité. Le tout pour arriver à une œuvre commune, finie, instinctive, où chacun a eu la place de s’exprimer pleinement et librement.

LES INSTINCTIVES // 4 - "3 to 5"
Les joueurs sont :
Alexis Bardinet (Mastering) - http://www.globe-audio.com/
Quadrupède ( Musique et mixage) - https://qdrpd.bandcamp.com/
Lola Baï (Musique et vidéo) - http://www.lolabai.com

Tu peux me donner un exemple ?

Je propose une musique, je l’envoie à un autre artiste. Il n’accepte pas ma proposition, je peux la proposer à un autre artiste. Ce dernier l’accepte, il part de ma proposition sans la modifier et ajoute sa patte. Je n’accepte pas sa proposition, nous en restons là, l’œuvre ne sera pas une "instinctive". J’accepte sa proposition,  nous l’envoyons au mixage. L’ingé son n’en veut pas, nous pouvons la proposer à quelqu’un d’autre. L’ingé son l’accepte, il nous envoie sa proposition « finie ». Nous  n’acceptons pas, l’œuvre ne sera pas une "instinctive". Nous l’acceptons, on l’envoie au mastering…..puis à un vidéaste… Jusqu’à obtenir une œuvre complète  diffusée très rapidement sur un temps  très court. Moins d'un mois entre la création et la diffusion. Ça me fait un bien fou de faire ça et je sais que les artistes qui participent aussi. Le plus dur, c’est de convaincre les artistes.

Que fais-tu aujourd’hui ?

Je suis en train de composer de nouvelles chansons pour un nouvel EP que je vais sans doute réaliser, arranger et mixer seule. Ce sera une aventure pour moi de tout gérer de A à Z.

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Après l'interview, le 16 juin 2016.

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20 juillet 2016

Imbert Imbert : interview pour Viande d'amour

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(Photo : Thibaut Derien)

Viande d'amour, le quatrième album d’Imbert Imbert est, de loin, je trouve, son meilleur album. Imbert Imbert a su s’entourer pour échapper à la solitude qui finissait par le faire, je trouve encore, tourner un peu en rond (mais avec un sacré talent tout de même). Ainsi, son acolyte de scène Stephen Harrison (contrebasse, banjo), Grégoire Gensse échappé du Cirque Plume (piano, trompette, chant, guimbarde vietnamienne) et le batteur Denis Charolles (Arthur H et Brigitte Fontaine) ont participé à cette aventure discographique. L’énergie n’est pas feinte, on est proche d’un concert live.
J’applaudis un changement notable dans l’œuvre d’Imbert Imbert. S’il poursuit sa contemplation du déclin de la société et que l’on est souvent proche de l’abîme, il parvient avec brio à se raccrocher aux petits bonheurs de l'existence, voire à nous insuffler quelques notes d’espoir. Oui, oui, vous ne rêvez pas, je parle bien d’Imbert Imbert (mandorisé il y a 9 ans)

Le 1er juin, Imbert Imbert est venu  à ma rencontre à Webedia… ça tombe bien, j’avais beaucoup de choses à lui demander.

500x500.jpgViande d’amour par Imbert Imbert :

La viande, ou ce qu'il reste d'un corps quand on lui retire la vie. L'amour, ou ce qu'il reste de vie quand on lui retire un corps. La viande, ou le muscle de la mort. Et de l'amour aussi. Les mots sont des amis inconnus. Ils ne sont ni tout à fait de mon avis ni tout à fait opposés, ils se livrent avec bienveillance et me surprennent. Je n'ai pas d'arme contre eux. Parfois ils me font un peu mal mais ils le font avec tellement d'innocence que je ne peux pas leur en vouloir. Ils sont mignons tout plein. Ils ont la liberté désordonnée des enfants. Dieu que le désordre est beau ! Diable ! Mais que dire de la liberté ! J'écris ce que je ne sais pas dire. Je donne aux mots la charge de tout ce que je ne sais pas que je suis. Je me divertis de moi-même. Je me confonds à l'homme, à l'humain, celui qui n'est pas une part de I'humanité mais I'humanité elle-même. J'ai les salauds en moi, j'ai les sages et les fous, j'ai les vivants, j'ai les morts, j'ai la matière, j'ai le néant, j'ai l'infini. Putain que c'est bon ! Viande d'Amour, qu’avec la musique qui m'anime, les mots qui se précisent, les chansons qui s'écrivent, la matière se dilue dans le mystère de la vie, les corps se fondent aux âmes et la chair se fait sentimentale. Pour illustrer cette sensibilité crue, j’ai voulu enregistrer cet album de la plus simple des manières, quelques jours de studio seulement, pour prendre le son d'un moment qui passe, avec ses erreurs, ses imprécisions, ses fragilités, pourvu que se perçoive la puissance de ces musiciens qui ne sont que des hommes. Et quels hommes ! Grégoire Gensse, au piano, est un musicien total, compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste, il a la jeunesse bouillonnante. Denis Charolles, à la batterie, est également compositeur, arrangeur, il a la folie fondatrice. Stephen Harrison, à la contrebasse et au banjo, qui m'accompagne sur scène, a un groove inégalable. Tous trois ont ce point en commun : ils jouent avec leur cœur, leur corps, leur viande... d'Amour s'il-vous-plait !

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 (Photo : Thibaut Derien  #sur scène dans une minute – Imbert Ibert avec Stephen Harrison) 


13315728_10153940009484270_166655288463675738_n.jpgInterview :

Sur la pochette de ton nouveau disque (signé Thibaut Derien), on te voit replié sur toi-même. Y a-t-il un message caché ?

Dans la vie, je ne suis pas replié sur moi-même, mais j’ai tendance à la solitude. La plupart des personnes qui écrivent, en général, font un travail d’introspection, au moins à un moment donné. Le travail de l’instrument ou de l’écriture, c’est complètement solitaire.

Un artiste est seul pour créer et très entouré pour jouer sa musique sur scène. Schizophrénie mon amour ?

Tu as raison, il y a sans doute un peu de schizophrénie chez un artiste, je ne m’étais jamais posé cette question. Je passe beaucoup de temps à être seul et j’aime ça. L’introspection que je fais est  une passion. Je réfléchis en permanence sur la vie.

C’est là que tu trouves les sujets de tes chansons.

Peut-être, je ne me rends pas bien compte. En fait, je crois que je fais toujours la même chanson, mais avec un angle de vue différent à chaque fois.

Clip non officiel de "Le cancer des gens soumis", version 2015.

Moi, j’ai écouté l’album de quelqu’un qui n’est pas content de la société dans laquelle il vit et qui, a 12360100_10153594292164270_3209989306479785765_n.jpg
priori, n’aime pas ce que sont les gens. Dans « Le cancer des gens soumis », par exemple, tu vas très loin pour dénoncer la connerie humaine.

J’ai écrit cette chanson après les élections où le FN a fait un score impressionnant. J’étais une fois de plus affligé. Je crois que les gens sont autant vilains que profondément bons. On a tous des choses noires en nous, après on le contrôle plus ou moins bien. Il y a des moments où ils ne contrôlent plus.  Nous avons tous une sale bête en nous.

Tu fais quoi, toi, pour lutter contre cette sale bête ?

Je travaille beaucoup. Je fais en sorte que la sale bête laisse plus de place à la gentille bête.

La chanson est donc un bon moyen pour l’extirper de toi ?

En tout cas, créer des chansons, c’est du bon temps que je prends pour soigner les belles choses que j’ai en moi.

Clip de "A la gorge du temps".

(Photo ci dessous, Stéphane Mommey.)

stephane Mommey.jpgParfois, tes textes sont au premier degré, parfois, il faut un peu plus gratter pour comprendre.

Il y a des moments où les choses que je veux dire sont plus claires dans ma tête que d’autres moments. J’essaie de mettre des mots sur le grand mystère de la vie, mais de temps en temps, ce sont les mots qui me les expliquent. La poésie, ça sert à ça. Je ne comprends pas forcément les choses consciemment.

12 jours de répétitions et 4 jours d’enregistrement studio pour un album joué quasiment live, c’est la première fois que tu procèdes ainsi ?

Oui. On a joué live et c’est une superbe expérience. On entend bien que ce sont des hommes qui sont en train de jouer de la musique… et pas des machines. C’est vivant !

C’était bien de travailler dans l’urgence ?

C’était un plaisir, mais si on avait eu 4 jours de plus, on n’aurait pas dit non (rires).

Parfois, vous êtes parti en free jazz, comme dans « L’ado le sent ».

Oui, je me suis régalé à jouer cette chanson. Je ne pense pas que ce soit celle qui va le plus marquer le grand public (rires). Au départ, j’ai écrit d’abord la ligne de basse, puis la chanson ensuite. Denis Charolle a préféré partir avec de la batterie. Cela a modifié la structure du titre, mais c’était génial. Contrairement à mes trois précédents que j’avais hyper contrôlés, dans cet album, j’avais envie de faire participer les gens. Bien sûr, je suis arrivé avec mes chansons finies, mais ouvertes à toutes possibilités. Ce disque est habité par ces musiciens-là. De plus Grégoire Gensse, le pianiste, est mort depuis. Je suis content d’entendre sa marque puissante.

Tu n’as pas eu peur de trop t’éloigner musicalement de ce que tu faisais avant, au risque de dérouter ton public ?

Non, parce que j’avais une totale confiance en mes musiciens. Le risque, en musique, de toute manière, il est permanent.

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(Photo : Sylvie Bosc)

C’est le quatrième album en 11 ans de carrière.

J’en sors un tous les trois ans. C’est un bon rythme. Pendant les trois ans de battement entre deux albums, c’est une course. La scène, mes autres projets, la création… un artiste n’arrête jamais en fait.

Ensuite, il faut se poser un peu pour écrire de nouvelles chansons.

Oui, c’est un sacré boulot de faire un disque. Ecrire des chansons qui m’aillent, c’est difficile. J’essaie d’écrire en permanence, mais je peux revenir sans cesse sur l’une et y passer trois ans. Une chanson, c’est vivant. On peut ne jamais s’arrêter de l’écrire.

Le titre de ton album, Viande d’amour, est un peu déroutant.

J’ai mis un mot censé ne pas être beau avec un autre mot censé l’être, c’est le Yin en le Yang. C’est un peu la panoplie d’Imbert Imbert. J’écris souvent ainsi sans vraiment le vouloir. Je mets des choses laides dans des textes que j’espère beaux. J’ai envie de faire ressortir les reliefs.

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Pendant l'interview...

Il y a dix ans, j’étais venu te voir au Zèbre de Belleville et tu parlais pas mal entre les chansons. Tub784d3666d6c22ac2d84a0b185de85db.jpg lançais des messages politiques. Je me souviens que tu avais dit : « Si des gens votent Sarkozy, je ne les retiens pas », ou un truc comme ça. Ça m’avait choqué.

Je me souviens avoir dit ça, mais je ne le ferai plus. Aujourd’hui, j’ai changé. Que ceux qui votent Sarkozy viennent me voir, nous allons parler. J’ai plus envie de ça maintenant. Je dis pareil pour les gens qui votent Marine Lepen. Je préfère le dialogue à la fermeture d’esprit.

Tu as changé, dis donc.

Je suis devenu plus tolérant aujourd’hui.

Tu ne t’es quand même pas adouci ?

(Rires) Je ne sais pas.

1654324_10153463636749270_3159288802590093263_n.jpgQuand on vieillit, on devient plus sage ?

Je ne sais pas si c’est de la sagesse. J’ai envie de pardonner aux humains. J’ai envie de les soigner plutôt que de leur mettre des tartes.

Un artiste, ça peut être un médicament, en effet.

La poésie, c’est prendre soin des autres.

Dans tes chansons, avant cet album, je te trouvais un peu trop radical, alors que dans Viande d’amour, l’espoir est là.

Je m’applique depuis 37 ans à vivre et je crois que je commence à apprendre à y arriver un peu mieux. Je fais des progrès tous les jours.

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Après l'interview, le 1er juin 2016.

19 juillet 2016

Maxime Chattam : interview pour Le coma des mortels

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Troisième  mandorisation de Maxime Chattam (la première ici, la deuxième ). Pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté de juillet-août 2016), je l'ai interrogé sur son nouveau livre, Le coma des mortels

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18 juillet 2016

Richard Gaitet : interview pour L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes

richard gaitet,l'aimant,interview,mandorJe lis Richard Gaitet (photo à gauche, Elsa Delula) depuis son premier roman, très introspectif et pas vraiment joyeux, Les heures pâles. Puis, il y a eu un livre, trop court mais complètement  loufoque. Dans Découvrez Mykonos hors-saison, l’auteur racontait les aventures aussi tumultueuses qu’improbables de deux fêtards en goguette à Mykonos.

Je l’avais mandorisé une première fois pour ces deux romans.

Je nourrissais donc beaucoup d’espoir sur le livre qui allait venir. Et bon sang de bois, je ne suis pas déçu. Même complètement fasciné par L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes, ce roman d’aventure maritime délirant, fantastique, absurde, poétique…

On est dans Poe, dans Verne, dans Gaitet, c’est pareil. C’est vif, moderne, efficace, il faut juste se laisser porter par la vague, sans réfléchir. Lire à l’instinct. Une expérience littéraire unique, je vous assure.

Le 27 mai dernier, Richard Gaitet est venu à Webedia pour évoquer ce roman hors norme et essentiel.


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Gabriel est un jeune marin belge, facétieux, fort en gueule mais maladroit. Il veut apprendre à naviguer mais aussi à boire, à se battre et à aimer. Pour sa première traversée transatlantique, le voilà radio sur un cargo, d’Anvers à Buenos Aires. Hélas ! Une escale aux Açores lui révèle qu’une organisation secrète internationale vient de s’accaparer les ressources inespérées d’un recoin du pôle Sud, menaçant l’équilibre géomagnétique mondial…

Saura-t-il conjurer la catastrophe ?

Roman contemporain d’aventures maritimes, récit d’initiation tragi-comique aux accents surnaturels, L’Aimant poursuit l’histoire d’un titre méconnu de Jules Verne, Le Sphinx des glaces, qui reprenait déjà l’intrigue irrésolue de l’unique roman d’Edgar Allan Poe, Aventures d’Arthur Gordon Pym. La conclusion rocambolesque d’un mystère littéraire au long cours.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

L’illustrateur :

Riff Reb’s est né en 1960. Qualifié de « Baron du dessin » par Moebius, il est l’auteur d’une vingtaine d’albums de bande dessinée, dont une remarquée « trilogie maritime » : À bord de l’Étoile Matutine (2009), Le Loup des mers (2012, prix Fnac), Hommes à la mer (2014).

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richard gaitet,l'aimant,interview,mandorInterview :
(vignette de gauche, François Perrin)

Lors de ta première mandorisation, il y a deux ans, tu m’as parlé de ce livre. Tu en étais à la moitié de l’écriture…

Les premiers chapitres remontent à cinq ans, à peu près. J’ai mis au bon coup de collier lors d’une résidence au Diable Vauvert, il y a trois ans. Ça m’a permis de savoir que j’étais prêt à bosser au moins encore deux ans dessus. Il m’a fallu un moment pour boucler l’intrigue. J’avais lancé des pistes dans la narration, elles devaient retomber sur leurs pattes.

C’est quoi ton livre ?

Un roman d’aventures maritimes, même s’il y a de nombreux passages qui se déroulent sur la terre. Ce qui arrive lors des escales est très important. C’est aussi un roman de formation et d’initiation. Le héros à 20 ans et il arrive comme une page blanche. Il a envie d’apprendre à se battre, à tisser de fortes amitiés… il va beaucoup boire, baiser. Je raconte l’histoire d’un garçon ouvert sur le monde qui veut absorber le plus d’aventures possibles.

Je me souviens que tu m’avais dit que tu voulais faire du Jules Verne, mais avec des couilles.Félix_Nadar_1820-1910_portraits_Jules_Verne_(restoration).jpg

Les livres de Jules Verne sont sidérants sur le plan de l’imagination, des connaissances scientifiques, des informations sur les territoires, la topologie, la géologie, la zoologie… mais ses romans n’étaient pas du tout organiques. Ses personnages n’ont jamais faim et n’ont jamais de sens éveillés. C’était complètement asexué. La raison venait du fait qu’il publiait aussi dans des collections pour la jeunesse. Ce n’est pas comme ça que j’envisage les livres. Il faut que les personnages soient vivants, électriques, il faut que je sente ce qui les fait bander, ce qui leur donne de l’appétit... J’ai souhaité remettre au gout du jour tout l’élan vernien : les mystères, les voyages, les rencontres, avec des choses qui n’existent pas dans la réalité. Mais je me suis dit que tout cela devait passer par le corps. Je voulais que celui qui a lu tout Jules Verne soit désarçonné, voire en colère. Jules Verne, pour la France et pour le monde, c’est une statue du Commandeur, intouchable. Il a tellement donné à l’imagination, à l’aventure, aux romans, qu’il en est devenu magnifique. Quand je dis que ça manque d’humour, d’organique, on ne peut pas dire le contraire. On ne lui en veut pas, c’était une question de contexte et d’époque. Tout le reste est tellement foisonnant et brillant sur 50 ans de carrière et 80 romans qu’il force le respect. Aujourd’hui, on ne peut plus faire un Jules Verne au pied de la lettre, sans intégrer des éléments de modernité. J’ai utilisé différents niveaux de langage, de l’humour, de vrais personnages féminins, presque toujours absents de l'univers vernien, du sexe, des beuveries et évoqué beaucoup de thèmes contemporains.

Oui, comme l'amour, la mort, l’amitié, l'hérédité, la condition humaine, la société de consommation, l'anarchie, l'écologie, la politique, la cupidité, l'argent-roi, le besoin d'un retour aux valeurs humaines fondamentales… Ton livre oscille entre l’exactitude des positions géographiques, des faits, des situations et le fantastique, des trucs qui ne peuvent pas se réaliser.

Je considère que pour faire croire à l’invraisemblable il faut être le plus vraisemblable possible. Il faut que le cadre du délire soit rigoureusement exact et colle le plus possible à la réalité.

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richard gaitet,l'aimant,interview,mandorLa vie dans le cargo, c’est comme que tu le racontes ?

J’ai fait des demandes pour passer deux semaines dans un cargo, ça n’a pas abouti, du coup, j’ai lu énormément de récits de personnes qui ont fait des voyages en cargo, qui ont alimenté des blogs extrêmement précis sur leurs sensations…  je voulais que la tapisserie soit fiable. J’ai employé de vrais termes techniques pour que l’on puisse croire à ce que je décrivais et à la réalité de cette fiction. Je me suis beaucoup documenté aussi sur chaque escale que fait le cargo : Dakar, l’Islande, la Patagonie... Je suis parti sur le principe que si tout à l’air vrai, l’extraordinaire peut avoir lieu. Si ma réalité est fragile, on croira moins facilement à l’irréel.

Tu ne t’es jamais donné de limites pour garder une crédibilité maximale à ton histoire ?

Finalement, non. J’ai beaucoup hésité à garder la scène avec le monstre. Je me suis dit qu’à ce niveau-là de l’histoire, si les personnes sont toujours avec moi, ils peuvent accepter l’idée qu’il peut y avoir des créatures extraordinaires. J’ai voulu ouvrir mon imaginaire et accueillir tout ce qui me venait. Dès que j’allais un peu loin, je revenais vite à un cadre terrestre, terrien.

Ton livre est tellement barré que tu as dû te demander jusqu’où tu pouvais te permettre d’aller pour ne pas perdre tes lecteurs, non ?

Complètement. 100% délire, 100% fantaisie, ça n’intéresse qu’une frange microscopique de lecteurs. Personnellement, étant donné le temps que j’ai passé à écrire ce livre, j’ai souhaité qu’il y ait le maximum de lecteurs qui croient aux personnages, à l’intrigue, aux thèmes abordés, à ce que cela peut raconter du monde contemporain. Juste l’imagination, ça ne suffit pas. C’est un roman, genre noble qu’il faut servir comme un page. En travaillant sur la structure, le rythme, le montage, le récit.

Il est beaucoup question d’alcool dans ton livre, comme il en était aussi beaucoup question dans le précédent, Découvrez Mykonos hors-saison.

Je me suis demandé si ce n’était pas un marqueur de mon « œuvre ». En même temps, quel est l’autre moyen de se sociabiliser que les hommes et les femmes ont trouvé pour être ensemble ? Quand les gens sont heureux d'être ensemble, ils boivent. et ce qui leur arrive après un certain nombre de verre est souvent plus drôle, sur le plan romanesque que s’ils étaient restés à boire du thé.

Les illustrations sont signées Riff Reb’s. Comment as-tu eu cette légende du dessin ?Couv_242049.jpg

J’ai souhaité que ce livre soit dans la tradition des livres de Jules Verne, c'est-à-dire avec des illustrations en noir et blanc, légendées, qui accompagnent l'expérience de lecture. Mon éditeur a dit oui tout de suite, il a pris de sacrés risques. J’avais chez moi les deux derniers albums de la trilogie maritime absolument sublime de Riff. Étonnamment, dans ce qui était son dernier album à l’époque, Hommes à la mer, un recueil d’adaptations maritimes, il y avait une double page qui était un très beau dessin tiré du Sphinx des glaces. L’évidence s’est imposée. Je lui ai écrit un mail assez court en lui expliquant je voulais faire la suite du Sphinx, mais modernisée, contemporaine. Il m’a téléphoné deux heures plus tard. J’étais impressionné, il a quand même 25 albums dans les pattes. Il m’a dit que cela faisait des années qu’il attendait ce genre de proposition. Il m’a demandé de lui envoyer le livre. Je n’en avais écrit que 70%, mais ça lui a suffi. Il a accepté après lecture. Il a apprécié que ça parte dans tous les sens et que ce soit rock’n’roll. Je lui ai présenté mon éditeur. Nous avons convenu qu’il fasse 15 dessins pour une somme vraiment modique par rapport à son talent et sa notoriété.

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Comment avez-vous travaillé ensemble ?

De manière fantastique. Je lui envoyais les chapitres au fur et à mesure. Parfois il me faisait des retours en me disant, je suis sûr qu’il va se passer telle et telle chose dans le prochain chapitre. Une fois, ce n’était pas ça, mais son idée était si bonne que je me suis empressé de la noter pour aller dans sa direction et l’ajouter à mon roman (rires).

Ses dessins correspondaient-ils à ce que tu avais dans la tête quand tu as écrit telle ou telle scène ?

Oui, très souvent. En plus, il apporte un trait moderne et nerveux, contrairement aux gravures sérieuses et hyper minutieuses qu’il y avait dans les Jules Verne. Les illustrations vivantes de Riff sont en phase avec l’écriture. Il amène de la chair et c’est ce qu’il fallait. Ça donne de l’incarnation au projet. On était raccord sur la manière d’aborder le genre.

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Ton livre est la suite du Sphinx des glaces de Jules Verne, qui, lui-même, était la suite d’Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe.

J’ai fait une suite moins littérale. Je n’ai pas voulu raccrocher immédiatement les wagons aux deux précédents livres parce que je craignais de perdre tous mes lecteurs. Je ne voulais pas m’adresser uniquement aux fans de Verne et de Poe. Il fallait que ma propre mythologie soit mise en place, que j’ai donné de la chair à mes héros et que j’ai développé mes thématiques et ma dramaturgie. C’est la raison pour laquelle ma « suite » arrive à mi-parcours, quand tout est installé.

Tu pars du principe que tout ce qui est dans les deux livres de Poe et de Verne est vrai.

Oui, donc il existe réellement une créature minéralogique et géologique aux propriétés hallucinante, au pôle sud.

Tu ne connaîtrais pas Richard Gaitet, tu l’inviterais dans ton émission de radio ?

Si je n’étais pas moi, je m’inviterais volontiers, bien sûr (rires).

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Pendant l'interview...

Ce livre barré, il te ressemble ?

Il y a dix ans, Philippe Jaenada a dit au petit groupe d’écrivains que nous formons et que tu connais: « il faut écrire des livres qui vous ressemblent ». Il faut y jeter le plus possible de soi.

Tu l’as écouté pour tes deux premiers romans. Ils étaient des morceaux de ta vie. Là, il n’est pas question de toi.

Détrompe-toi. J’y suis tout entier.

Gabriel aurait pu être toi ?

C’est carrément un alter ego. Sans te dire lesquelles, il y a des choses dans le livre que j’ai vécues. Pour qu’un livre soit vivant, qu’il ait l’air fort et mémorable, pour faire vibrer son histoire, il faut puiser dans ses réserves personnelles, ses poches de vies, sa mémoire émotionnelle, même pour bâtir un territoire de fiction farfelu...

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Le 27 mai 2016 sur une terrasse de Webedia, après l'interview.

13 juillet 2016

Katel : interview pour Elégie

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(photo : Frank Loriou)

katel,élégie,interview,fnac,mandorDéfinition d’élégie : Poème aux sujets variés mais le plus souvent mélancoliques, composé de distiques élégiaques.

Une élégie, c’est aussi une œuvre d'inspiration tendre et mélancolique, où l'amour tient en général une large part. Le nouveau disque de Katel porte donc bien son nom.

Entre le deuil d’une relation et celui d’une mère qui a soudainement décidé de partir, on sent qu’il se joue ici, entre les lignes, entre les notes, des choses extrêmement intimes. Si Élégie  parle d’émotions brutes et d’expériences personnelles terribles, Katel a l’élégance de ne jamais nous les jeter au visage. La classe permanente. Comme l’indique le site Indie Musique, « rarement, un album de chanson française aura semblé aussi proche de la perfection mélodique que de l’expérimentation musicale la plus radicale ».

Le 18 mai dernier, j’ai donné rendez-vous à Katel devant la Fnac de Montparnasse. Du coup, nous sommes montés au rayon « disque »… pour une interview non conventionnelle.

La musique selon Katel… qui n’a pas la langue dans la poche.

(Toutes les photos de Katel sont signés par mon photographe préféré, Frank Loriou)

(Sauf celles à la Fnac... je m'y suis collé.)

Argumentaire officiel de l’album Élégie:katel,élégie,interview,fnac,mandor

« Je cherche avant tout à ce que la musique, au moment où on l’écoute, change notre perception du temps. Je n’aime rien tant que donner la sensation qu’il s’est passé beaucoup de choses alors que le temps écoulé est très court. On dit des rêves qu’ils sont faits ainsi, que les longues et intenses histoires que nous y vivons ne durent dans la réalité que quelques fractions de seconde. »

Des rêves et des cauchemars, Katel semble en avoir traversé beaucoup depuis son dernier album, Decorum (2010). Fruit d’un long processus de maturation et de création largement solitaire, Élégie se traverse comme un songe. Chaque morceau, soigneusement composé, méticuleusement arrangé, invite l’auditeur à une sorte de transe introspective, transportant tous ses sens dans une dimension lointaine et proche, pour en sortir finalement plus présent, plus vivant, plus conscient du temps qui passe.

Si le chant de Katel évoque l’image d’une somnambule qui se promène au bord d’un précipice, on ne peut pas dire qu’elle ait passé ces six dernières années à sommeiller. À la fois en tant que réalisatrice (les albums Tropiques de Maissiat et La Cavale de Robi) et que musicienne (avec les groupes Joy et Fiodor Dream Dog), elle a exploré d’autres univers et enrichi le sien.

katel,élégie,interview,fnac,mandorLes claviers et les chœurs ont ainsi remplacé les guitares fougueuses de ses débuts, avec un travail minutieux sur le son, puisque Katel a cette fois enregistré et mixé son album, de l’intimité de son studio à l’espace d’une église cachée, où elle a entrainé aussi le Chœur qui l’accompagne sur scène (Nathalie Réaux, Diane Sorel, Skye, Claire Joseph).

Sa musique évoluant à chaque album, on peut dire que Katel s’inscrit dans une idée originelle de l’artiste pop, qui cherche à trouver des formes en s’inspirant de toutes les musiques, des plus anciennes au plus pointues, pour les transformer en chansons limpides.

L’écriture de Élégie, plus directe que jamais auparavant, s’est faite à l’ombre d’une séparation amoureuse et surtout de la perte violente d’une mère qui a choisi de partir. Il s’agit donc bien d’un chant de deuil, allant parfois jusqu’au cri de douleur (sur la bouleversante « Cyclones » notamment), mais traversé de brillants rayons lumineux (« Hors-Foule »), avec toujours la détermination de transformer la douleur en force, la laideur en beauté.

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katel,élégie,interview,fnac,mandorInterview :

En haut de l’escalator, nous arrivons au rayon « disque » et nous voyons les « mastodons » du moment réunis, bien en évidence.

Comment expliques-tu que ce sont les plus gros vendeurs que l’on met en avant et non ceux qui ont besoin de visibilité ?

On ne prête qu’aux riches. C’est un système pyramidal, un système hiérarchique qui prévaut dans le monde de la musique. Comme dans les festivals, on s’imagine qu’il faut des locomotives pour tirer le reste au lieu de parier sur le reste en se disant que ça peut tout simplement générer du plaisir, générer l’envie d’écouter des nouveaux. On croit toujours qu’il faut s’accrocher aux valeurs sûres.

Dans les trois que nous voyons ici, il y a Renaud, Christophe Maé et Vianney. As-tu une préférence parmi ses artistes ?

Non. Je préfère ne pas écouter de musique (rires). Sans blague, j’ai aimé Renaud comme ce n’est pas permis. Je l’ai trouvé génial et il a fait des chansons incroyables, mais son nouvel album est juste inaudible. J’ai essayé de l’écouter, je n’ai pas réussi. Ça me fait trop mal.

Christophe Maé ?

Ce n’est pas mon truc. Je passe.

Et Vianney ?

Je reconnais tout à fait ses talents de musiciens. Je vois pourquoi il a une place ici, mais je n’ai pas 16 ans, donc ça ne m’intéresse pas du tout.

Nous nous dirigeons à présent vers son disque.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Ça te fait quoi de voir ton disque en rayon ?

C’est toujours émouvant. Cela m’arrive peu souvent de voir mes disques exposés, car j’ai arrêté d’aller dans ce genre de magasin. Je me procure et j’écoute de la musique autrement. J’essaie d’acheter ou commander ce que je veux chez des petits disquaires. Cela dit, je n’écoute plus beaucoup de disques en CD, hormis dans ma voiture. J’écoute  beaucoup de musique « dématérialisée ».

A deux rangées, nous remarquons le nouveau disque de Maissiat, Grand Amour.

On a remarqué un truc avec Amandine (le prénom de Maissiat), dans les Fnac on a toujours les étiquettes « Prix vert » collées sur nos têtes. Parfois, on se demande si c’est exprès pour gâcher la pochette.

Parle-moi de Maissiat. Tout le monde sait que tu la connais bien et que tu as réalisé son premier disque Tropiques.

J’ai fait des voix sur le second. Je ne l’ai pas réalisé parce que je trouvais que c’était important qu’elle travaille avec d’autres personnes. Il y avait toute une partie de l’album qui était dans une certaine pop française qui n’est pas du tout dans ma culture.

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Retour sur le show case KATEL/ MAISSIAT du samedi 21 mai 2016 à la Fnac Paris Ternes.
Filmé et monté par Robi, avec pour bande-son les deux chansons-titres des deux albums: GRAND AMOUR et ÉLÉGIE.

katel,élégie,interview,fnac,mandorNous nous baladons dans les rayons…

Vers quels artistes tu as envie d’aller là ?

A la Fnac, on vient trouver, on ne vient pas chercher. C’est la différence avec un disquaire. Je ne viens pas fouiner. Si je vais à la Fnac, c’est que j’ai une idée précise. J’ai énormément découvert dans cet établissement. C’est ici que j’ai écouté et acheté immédiatement le premier album de Bjork, le premier Jeff Buckley, le premier Alanis Morissette, le premier Interpol. J’ai découvert ces artistes après les avoir écouter dans le casque. Aujourd’hui, non seulement on met Maé, Renaud et Vianney en avant, mais on les met aussi en écoute. Je ne vois pas l’intérêt, on les entend partout.

On peut quand même écouter des nouveaux. Regarde, là, on peut écouter Radio Elvis.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Oui, c’est vrai. Mais il n’y  a pas beaucoup de bornes « découvertes ». C’est marrant que tu me parles d’eux, parce que j’aime beaucoup Radio Elvis. J’ai d’abord rencontré Pierre (Pierre Guénard, le chanteur et leader du groupe) lors des Rencontres des 40 ans du Printemps de Bourges. Nous avons eu tous les deux le réflexe en rentrant à l’hôtel d’écouter le disque de l’autre. Les Radio Elvis ont vraiment quelque chose d’original. Ils ont un vrai son rock pas emprunté aux anglo-saxons et à la fois des textes lettrés et ludiques. Leurs titres sont dansants et la voix de Pierre est exceptionnelle. Franchement, ils ont tout ! C’est arrangé avec une rare intelligence. J’adore comment les lignes de basses sont conçues par rapport aux batteries. Bref, ça, c’est de la musique !

Quel est le dernier disque que tu as acheté ?

Le dernier PJ Harvey, The Hope Six Demolition Project. J’achète tout de cette artiste. J’avoue que je trouve ce nouvel album moins bon que le précédent, mais l’écouter m’apporte toujours quelque chose.

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(Photo : Frank Loriou)

Je m’arrête devant une compilation de Barbara.

Que penses-tu d’elle ?

Je n’ai pas du tout la culture Barbara, mais à chaque fois que j’écoute, j’apprécie énormément. Je n’ai jamais eu la passion Barbara, contrairement à toutes mes copines chanteuses (rires). Mes parents n’aimaient pas la musique « expressionniste », la musique de l’intime. Il n’y avait pas Barbara, mais il y avait Brassens et Léo Ferré, pas le Ferré pathos, celui qui était acide. Je viens plus de là. Elle me montre un disque de Jimi Hendrix.

katel,élégie,interview,fnac,mandorDe mon côté, je lui présente le disque de Starmania, version 1978, la version originale.

Tu connais ?

Quand j’étais petite, j’avais une passion pour France Gall. J’ai toujours adoré l’écriture de Michel Berger. Il faisait de la musique qui groovait réellement et il avait un art de la mélancolie assez inégalé. Et puis sérieusement, j’aimais bien la voix pseudo candide de France Gall. Je trouve que c’est une chanteuse extraordinaire.

Oui, mais Starmania alors ?

Je trouve complètement dingue le niveau de « glauquitude » qu’il y a dans cet opéra rock. Il était question d’agressions, de violence, de mal de vivre… aujourd’hui, plus personne n’ose aborder ses sujets. Starmania, c’est ce qui n’existe plus en France : de la grande variété, hyper populaire, qui ose aborder des sujets dérangeants. Ca me manque qu’il n’y ait plus aujourd’hui des Balavoine, des Berger-Gall, des Rita Mitsouko…Aujourd’hui, la chanson commerciale ne dit plus rien.

Son regard se pose sur les disques de Kendji Girac et les Fréro Delavega.

On avait aussi nos trucs pourris quand nous étions plus jeunes.

Oui, dans les années 80, nous avions même bien pires.

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(Photo : Frank Loriou)

Je sais que tu aimes bien des artistes comme Bertrand Belin ou Murat par exemple.

Ils ne vendent pas beaucoup, mais ils ont une vie musicale idéale. Ils n’ont pas le prix à payer d’être trop connus, mais ils ne galèrent pas pour autant. Pour son dernier album, Capwaller, je crois que Bertrand va faire ses 200 dates. Pour Murat, c’est pareil. Il n’a pas un tube, ne vend pas, mais fait des concerts souvent et le public suit.

Tout le monde s’accorde à dire de l’album de Bertrand Belin qu’il est aussi classieux qu’exigeant. On katel,élégie,interview,fnac,mandordit la même chose de ton nouvel album, Elégie.

Dans la chanson, on n’est pas obligé de tout comprendre de A à Z. Moi, j’estime cependant que l’on comprend tout dans mes chansons. Je n’ai aucune vocation à être incomprise, Bertrand Belin non plus, d’ailleurs. Nous avons un amour d’une forme de chanson. A ce propos, je veux bien admettre que je ne fais pas de chanson. Dans ce que j’interprète, il n’y a ni couplet, ni refrain…

Tu fais quoi alors, si ce ne sont pas des chansons ?

De la musique qui choisit la langue française. Plus précisément, je fais de la pop qui va chercher d’autres musiques plus savantes. J’écoute beaucoup de musique contemporaine, du jazz, du rock anglais, de la pop anglaise et j’en capture l’essence pour en faire des pièces de 3 ou 4 minutes avec différents mouvements. Je veux faire des disques que les gens vont écouter en entier.

katel,élégie,interview,fnac,mandorTes deux albums étaient plus électriques et là, tu nous proposes presque du piano-voix.

Quand on écoute le premier, Raides à la ville, il y a du rock dans la couleur musicale, mais dans les modulations et la façon d’écrire pas vraiment. Depuis mon premier EP, il y a toujours eu beaucoup  de voix. Là, où j’ai le plus changé, c’est dans l’écriture des textes.

Ta musique est complexe, je trouve très mélancolique, pourtant certains de tes textes sont plus « légers ». « Légers » avec de gros guillemets, car les thèmes ne le sont pas vraiment. C’est un dosage à trouver ?

Quand ma musique était plus brute, j’avais tendance à être dans une écriture très littéraire avec des phrases  longues. C’est en rapport à la scansion, la mélodie et à l’énergie qu’il pouvait y avoir dans ma musique. Il y avait des restes d’amour de la poésie pure. Aujourd’hui, je suis dans une écriture musicale. Ce qui m’intéresse c’est d’aller chercher des textes qui se terminent par la musique. On ne peut pas en saisir l’essence si on n’a pas la musique. C’est la musique qui permet de comprendre le sens du texte.

As-tu déjà fait de fait de la mise en musique de textes.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Jamais. Je considère que pour écrire, il faut des phrases qui me viennent en même temps que la musique. J’ai envie qu’il y ait la nécessité absolue entre un texte et sa musique et que les deux ne puissent pas être séparés.

Le texte, finalement, c’est comme un instrument de musique ?

Tout à fait. C’est de la matière plastique. C’est pour ça que j’aime écrire dans ma langue, parce que j’en connais parfaitement sa plastique. Je ne m’aventurerai jamais sur le terrain de l’anglais, langue pourtant que je parle. Je n’ai pas assez de connaissances profondes de l’esthétique de cette langue. Je ne sais pas comment la tordre, ni comment jouer avec elle, alors que ce sont des aspects primordiaux. Il faut que je sois sur un terrain que je puisse explorer.

Parviens-tu à être objective sur ton propre travail ?

Il me semble que j’ai compris des choses en travaillant avec d’autres. Pour Elégie, du coup, j’ai eu du recul sur ma musique avec  une façon radicale de m’auto-juger en ne louvoyant pas. Je suis très exigeante avec les autres, je le suis d’autant plus avec moi.

Saisons (Katel/Katel) - Extrait de l'album Élégie, filmé par le site Le Cargo.

katel,élégie,interview,fnac,mandorOn continue notre balade. Je m’arrête devant un bac ou nous voyons, Christophe, CharlElie Couture et William Sheller. Elle adore. Par contre, juste à côté, on remarque un disque de Louane.

Tu connais ?

Pas bien. Je sais juste que tu as écrit un livre sur elle (rires). Sérieusement, je n’ai rien contre elle. Un jour, j’ai entendu à la radio un titre d’elle et je me suis fait la réflexion que c’est un type de variété que l’on n’a plus. Pour moi, ce n’est pas de la musique, c’est de l’Entertainment.

C’est sûr que ton disque à toi « ratisse » moins large que celui de Louane. Est-ce pour toi une « mission » d’élever les gens ?

Ce n’est pas tant de les élever que d’appuyer à un endroit qui est déjà là. Ma musique peut toucher tout le monde. Regarde, Sheller, Christophe, Couture, c’est de la musique exigeante et ils vendent quand même. Populaire, ce n’est pas une insulte. C’est juste vendre beaucoup de disques. Non, moi je crois, qu’il y a aussi un travail à faire de la part des médias. Il faut permettre aux gens de savoir que cette musique existe, on n’est pas à l’abri qu’ils soient touchés s’ils ont accès à elle. Il ne faut pas prendre des gens pour des cons.

Radio Elvis,  Maissiat, Bertrand Belin et quelques autres, vous avez pourtant de très beaux papiers dans les Inrocks et Télérama… On vous met un peu dans la case intello, du coup. Ça te gêne ?

 Dans le papier de Télérama sur mon nouveau disque, on ne va pas employer le mot « intelligent », mais « cérébral ». C’est-à-dire qu’il y a derrière un petit ton de reproche, alors que le cerveau, pour moi, c’est très sexy. Aujourd’hui, quand on dit que l’on veut faire quelque chose d’exigeant, on est soupçonné de snobisme.

Etre soupçonné de snobisme par Télérama, excuse-moi, mais ça me fait sourire.

Encore une fois, je pense que ce que je fais est très accessible si on veut bien croire que les gens ne sont pas des cons. Quand je vois Bertrand Belin sur scène, je vois de la musique physique. Je suis certaine que si on le programme dans n’importe quel festival de blues l’été, les gens vont danser. Il y a derrière ces divisions musicales que l’on fait, l’idée que chacun doit rester à sa place. Je suis contre cela. J’ai deux clés dans Télérama, alors que M6 et D17 viennent d’acheter le clip de mon premier single, « Cyclones » et que j’ai fait un Plus vite que la musique, module qu’on ne peut pas taxer d’intello.

Clip de "Cyclones".

katel,élégie,interview,fnac,mandorSoudain, nous tombons sur un disque de Souchon et sur le dernier Stromae

Tu en penses quoi de lui ?

Souchon, c’est la quintessence de la chanson. C’est fou de réussir à écrire de manière aussi simple et aussi efficace. Il a l’art de la simplicité.

Et Stromae ?

Musicalement, ça ne m’intéresse pas, mais ce mec arrive à faire des propositions plastiques dérangeantes, presque sous forme d’art contemporain. Ca montre que les gens sont friands d’intelligence. Ce type un peu bizarre, mi-homme, mi-femme, a tout sur le papier pour ne pas plaire aux gens. Mais c’est qui les gens ? On n’est pas un gens. Je suis donc admirative de son culot.

Soudain, je lui mets entre les mains Bruel chante Barbara et Lambert Wilson chante Yves Montant.

J’imagine que c’est ta tasse de thé.

Oh là là ! C’est la France qui pue, la France du patrimoine, des musées, la France qui croit que c’était mieux avant. Aujourd’hui, quand on chante en Français, on a le choix entre le patrimoine ou de la musique préfabriquée pour passer sur les radios leaders. La chose au milieu, c’est le reste. Ceux qui prennent à bras le corps leur langue pour inventer. Notre langue est faite pour être moderne, pour lui casser la gueule, pour lui tirer les oreilles, sinon elle meurt.

Tiens, le retour de Polnareff, tu en penses quoi ?

Dans les vieux Polnareff, il y a un génie musical incroyable et beaucoup d’audaces. En France, nous sommes truffés d’artistes qui avaient des trucs en eux dérangeants, qui faisaient toujours des choses imprévisibles, imprévues… et le public adorait aller vers les gens singuliers. Aujourd’hui, ceux qui marchent sont des produits aseptisés.

Si tu devais acheter un disque avant de quitter ce lieu, tu choisirais quoi ?

Sans hésiter, Radio Elvis.

Bonus: Plus vite que la musique (évoqué plus haut).

11 juillet 2016

Philippe Claudel : interview pour le Prix Landerneau des lecteurs 2016

Pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de juillet/août 2016), j'ai interviewé l'écrivain Philippe Claudel, qui est le premier président d'un tout nouveau prix littéraire : le Prix Landerneau des lecteurs. Nous en avons profité pour évoquer son dernier livre, superbe et poigant, L'arbre du pays Toraja.

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