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01 avril 2020

Acquin : interview pour l'album Bareback

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(Photos : Selena Fontaine)

Acquin-619bySelenaFontaineweb.jpgAprès un premier EP en 2016, Choix Esthétiques, Acquin vient de sortir son premier album, Bareback. Neuf chansons poétiques, tourmentées et profondes réalisées par Frédéric Lo (mandorisé là) aux sonorités pop-rock et aux accents queer. Ce disque-là est mon coup de cœur de ces quatre premiers mois de 2020. Musicalement et textuellement, je me prosterne.

Le 6 mars dernier,  je lui ai donné rendez-vous dans un café de la Gare du Nord.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Bareback.

Interview très intéressante (et complémentaire de celle-ci) pour Idoles Mag.

Biographie officielle :Acquin-617bySelenaFontaineweb.jpg

Chanteur, pianiste, auteur-compositeur C'est d'abord par une formation classique que le petit Acquin, à l'âge de quatre ans, fait ses premiers pas au violon par la méthode Suzuki. Puis il rejoint le conservatoire Gabriel Fauré à Paris à l'âge de 8 ans où il poursuit ses études de solfège et d'instrument avec l'enseignement de Hratchia Haroutunian. Il se produit avec l'orchestre inter-conservatoire dans différentes salles parisiennes dont notamment la salle Gaveau où il accompagne l'altiste soliste Yuri Bashmet. Il poursuit ses études musicales au CNR de Lyon où il se perfectionne en harmonie. En parallèle de cet apprentissage de la musique classique, il s'initie en autodidacte aux rythmes pop/rock…

IMG_5917.JPGArgumentaire de presse :

Loin des chansonniers, Acquin (comme coquin, taquin, parisien, baldaquin, Saint Thomas d’Aquin ?) lorgne plus du côté post-punk eighties et rock du genre, à l’empreinte musicale forte, tourmentée et ciselée. Sous une parure aux élégances rock, il délivre ses chansons sombres et distantes. Leur écoute sera au choix clinique, esthétique ou ironique. C’est selon. A travers une esthétique narrative et distanciée, la trame générale de Bareback dépeint et savoure différentes expériences de vie, de violences, de méandres amoureux, venant occuper l’existence et pallier son inquiétante absurdité. Cet album, continuité d’un premier EP Les Choix Esthétiques, d’une expérience live, et de la rencontre avec Frédéric Lo, s’inscrit dans une filiation avec l’album Crèvecoeur de Daniel Darc.

Des textes sombres et élégants qui collent avec la douce pop proposée.” ROCK & FOLK

Bareback n'affirme rien et préfère au contraire suggérer dans un spoken word déroutant et un bel art du contrepoint. Un disque tendu, bipolaire et caractériel.” MAGIC

Il y a une filiation avec Daniel Darc tout en ayant une singularité et une pertinence dans l’écriture des compos. J’ai aussi trouvé un lien avec Mendelson, le label Lithium, Burger et Biolay. Les textes sont étranges, avec quelque chose d’hors format. On retrouve la culture du musicien classique qui se met à l’écriture de la chanson.FRÉDÉRIC LO

« Jouissives et inhabituelles chansons, en ces temps aseptisés, sachant chanter gaiement le désir et le sexe, les bars de nuits et l’oubli. » TELERAMA (3 clefs).

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(Photo : Selena Fontaine)

IMG_5898 (3).JPGInterview :

Est-ce ce que c’est ton parcours musical « classique » qui t’a permis de sortir des chemins balisés de la pop française ?

C’est dur de répondre à cette question. Il y a un côté « avoir su pour oublier ». Mes connaissances, je ne les utilise pas, mais je ne sais pas si c’est volontaire ou non. L’harmonie dans la musique classique n’a pas bougé depuis Bach,  nous sommes nombreux à tenter de faire évoluer les curseurs.

Avant ton projet Acquin, tu as joué dans des groupes ?

Oui, je faisais de la basse dans un groupe rock avec des potes. A l'époque, je ne chantais pas encore. J’ai mis du temps à m’autoriser à composer des morceaux et à écrire des textes.

Clip de "Gender bender", extrait de l'album Bareback.

Quand as-tu décidé de t’y mettre sérieusement ?

J’étais en colocation avec quelqu’un qui avait un piano, donc je m’y suis mis. Je composais des chansons. Disons que c’était de la chansonnette. Beaucoup de mes premières créations sont restées secrètes jusqu’au moment où une m’a plu, puis une deuxième, puis une troisième… bref, un gars à qui j’ai fait écouter ces chansons me fait connaitre Maxime Lunel qui avait le studio Mastoïd à Pantin. C’est là que j’ai fait mon premier EP, Choix Esthétiques. Avec ce disque, on a fait des petites scènes à Paris.

Comment as-tu contacté Frédéric Lo pour travailler avec lui pour ton premier album?

J’avais tellement aimé son travail sur l’album de Daniel Darc, Crèvecœur, que je rêvais qu’il accepte de réaliser mon album. Je l’ai contacté sur Facebook. Il n’a pas répondu la première fois. J’ai récidivé et il a fini par me demander de lui envoyer des maquettes. Il les a écoutés et les a aimés. A ce moment-là, on a décidé de se rencontrer.

Ça t’a fait quoi de te retrouver avec lui dans son studio ?

C’était émouvant. Etre là où avaient enregistré Daniel Darc et tant d’autres…

Live Session de "Bareback", tiré de l'album Bareback, au Studio Mastoid, à Pantin. Guitare : Olivier Legall. Basse : Stéphane Mugnier. Batterie : Thomas Chalindar.

Acquin-583-bySelenaFontaineweb (2).jpgComment as-tu découvert l’album Crèvecoeur ? (Après la mandorisation d'Acquin, en bonus, mon interview de Daniel Darc en 2004 à l'occasion de la sortie de cet album..)

C’est un pote qui me l’a fait découvrir en 2012 après lui avoir fait écouter des maquettes. Il y trouvait un rapprochement. Après, j’espère qu’il ne m’a trop influencé dans ce que je fais aujourd’hui… On ne se rend jamais bien compte comment on peut être influencé par les autres.

Mélodiquement, tes chansons sont d’une efficacité redoutable.

Merci. Pourtant, j’aime que mes chansons soit sur un fil un peu casse gueule : je cherche toujours la frontière infime entre le kitsch, le raté et le réussi.

Quand tu me parles, tu n’as pas la même voix que quand tu chantes et ta personnalité ne correspond pas à ce que je m’étais imaginé en écoutant tes chansons. C’est très troublant.

On me le dit souvent (rires). Mais je n’ai pas l’impression de mentir. Il y a un côté plus sombre dans mes chansons, alors que je ne suis pas un grand mélancolique dans la vie. Je montre une part noire de moi-même, mais que l’on pourrait éventuellement trouver drôle.

Live session de "Groupe", tiré de l'album Bareback, au Studio Mastoid à Pantin. Guitare: Olivier Legall. Basse: Stéphane Mugnier. Batterie: Thomas Chalindar.

Si je te dis que tu es le Bret Easton Ellis de la chanson ?

(Rires) Je comprends que tu me dises ça, mais je tiens a rassuré tout le monde, je ne découpe personne en morceaux, comme dans American Psycho. Je ne cherche pas le décalage entre mon physique et ce que je chante, mais tant mieux s’il existe. En tout cas, je ne vais pas me créer un personnage parce que je n’ai pas envie de faire faux.

Tu évoques des histoires d’amour un peu borderline et non genrées ?

Oui, et en même temps, je ne cherche pas à être trop explicatif. Quand ça commence à être trop précis, j’aime moins. J’écris comme on fait de la peinture. Quand je crée une chanson, je commence toujours par la musique. Très vite un mot arrive, puis un autre, et la chanson commence à prendre forme. Rien n’est organisé, c’est à l’instinct phonétique que tout démarre.

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Pendant l'interview...

Ce sont des histoires vraies ?

Beaucoup de ce que je raconte vient de situation vue, entendue, racontée et ensuite, j’ai un peu transformé pour universaliser les histoires. Mes chansons sur le désir ne sont pas dans le militantisme.

Tu es content de cet album ?

Ca dépend des jours. Heureusement que j’ai travaillé avec un réalisateur sinon, je n’aurais jamais terminé le disque. Je pourrais modifier des choses à l’infini. Je ne peux pas être entièrement satisfait de cet album, sinon, je ne pourrai rien faire après.

Et qu’en pense Frédéric Lo ?

C’est quelqu’un de très réservé. Il m’a fait penser à mon ancien prof de violon qui lorsqu’il disait que c’était bien, ça voulait dire que c’était bien. Frédéric m’a juste dit : « c’est un beau disque ».

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Après l'interview, le 6 mars 2020.

Bonus: En 2004, j'ai rencontré Daniel Darc à l'occasion de la sortie de son album Crèvecoeur  (dont il est question dans cette mandorisation) pour le magazine L'hebdo (l'hebdomadaire des magasins Virgin). Je n'avais jamais publié cette interview chez Mandor. L'occasion était belle...

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30 mars 2020

Gemma : interview pour son second EP

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(Photo : Léa Tartière)

Gemma est apparue en 2015 avec un premier EP,  Juste après. Remarquée par France Inter et une partie de la profession. Personnellement, j’étais un peu passé à côté, mais à l’écoute de ce deuxième EP éponyme, j'ai été conquis immédiatement. De la pop moderne avec de jolis textes, parfois un peu grinçants, ce n’est pas notre lot quotidien. Sa sensibilité m’a beaucoup parlé.

Nous nous sommes attablés dans un bar de la capitale le 25 février dernier pour une première mandorisation qui, je l’espère, ne sera pas la dernière.

Sa page Facebook officielle. 

Pour écouter l'EP.

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandorArgumentaire de presse :

Gemma aime la pluie, les longues soirées d’hiver, les rendez-vous ratés et les explications inutiles.
Gemma n’aime pas le vide, le bruit, les odeurs d’essence et le mépris.
Gemma aime donner du sens aux aléas, aux détails du quotidien, aux silences entre deux mots, et à la musique des songes.

Gemma a séduit Didier Varrod et Valli sur France Inter, a joué devant Benjamin Biolay et Gaëtan Roussel, Alex Beaupain et Jeanne Cherhal.

Entre la liberté et le carcan sociétal, entre le désir d’être entendue et l’envie de se taire, Gemma écrit, compose et interprète un nouvel EP réalisé par Olivier Lude (Vanessa Paradis, - M-, Catherine Ringer, Johnny Hallyday, Yodelice...), une collaboration née au fil de l’accompagnement fidèle de la Coopérative de Mai, la SMAC de Clermont-Ferrand.

L’EP :gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandor

En six titres étincelants et grinçants, habillés de musiques urbaines et de pop fragile, GEMMA parle du narcissisme maladif de notre société (« Les Autres », single partagé et co-écrit avec le chanteur et comédien Pierre Rochefort), de sentiments contrariés et d’amours inoubliables (« Jamais mieux que toi »), une touchante et désarmante légèreté de l’être traduite également en langue des signes, dans un spectacle pour personnes sourdes et malentendantes. 

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(Photo : Léa Tartière)

gemma,estelle  bruant,ep,interview,mandorInterview :

Quel est ton cursus professionnel ?

J’ai eu une formation en violon et en piano au Conservatoire de musique jusqu’à l’âge de 16 ans. Ensuite, je me suis mise à la guitare et j’ai commencé à composer mes premières chansons vers 20 ans. Parallèlement, j’ai fait des études assez longues, ce qui fait que je ne me suis pas focalisée sur la musique. J’ai un DEUG en Lettres et en art du spectacle. J’ai aussi une maîtrise en science du langage et j’ai suivi les cours Florent. Enfin, j’ai passé un master de médiation culturelle à Clermont-Ferrand. Ça fait cinq ans que je suis devenue plus professionnelle dans le milieu de la musique grâce à un concours de France Inter qui m’a permis de me faire remarquer par des professionnels. Sinon, à côté de ça, je suis prof d’éducation socio-culturelle. Ça reste dans l’artistique.

Tes parents t’ont-ils éduqué musicalement ?

Dans ma famille, à part moi, personne ne fait de la musique. Le Conservatoire, c’est un choix personnel. Mes parents ne m’ont pas incité à le faire. A la maison, ils écoutaient beaucoup de variété comme Souchon ou Goldman. De moi-même, à l’adolescence, je suis allée vers Jacques Brel, Charles Aznavour et Barbara. J’étais aussi très rock, Bob Dylan, Nirvana, Gun’s N Roses… J’aime aussi beaucoup William Sheller, Stephan Eicher et Véronique Sanson. Bref, plus jeune, j’étais rock et chanson française.

"Jamais mieux que toi", tiré du deuxième EP de Gemma. Ceci n'est pas un clip, mais une séquence vidéo expérimentale. 

Je sais qu’aujourd’hui, textuellement, tes préférences vont vers le hip hop.

Les rappeurs sont très doués. Oxmo Puccino et Orelsan ont des textes qui font réfléchir. C’est très riche.

Ce  deuxième EP est extrêmement bien réalisé. Il a un son d’aujourd’hui que j’apprécie beaucoup.

A la base, j’écris en piano-voix, mes chansons sont donc très acoustiques. Pour ce disque, je voulais des arrangements en phase avec ce qu’il se fait aujourd’hui. C’est La Coopérative de mai à Clermont Ferrand qui m’a mis en lien avec Olivier Lude, un ingénieur du son qui  a travaillé avec des artistes majeurs français. Lui-même m’a mis en lien avec d’autres arrangeurs. A trois, ils ont fait les arrangements de mes chansons piano-voix. Si cet EP pop chanson française trouve son public, l’idée est que nous nous retrouvions tous plus tard pour faire un album.

En écoutant les textes, j’ai eu l’image d’une femme qui doute, qui vit des histoires d’amour qui ne sont pas très positives.

Tu as bien cerné le personnage. Dans la vie, je crois que l’on tourne tous autour du même thème. Mon thème de prédilection est la rupture, mais la rupture au sens large du terme. Autant la rupture amoureuse que la rupture avec la société. La rupture de l’être, en fait. Je précise que ce n’est pas lié au fait que j’ai raté mes histoires amoureuses, puisque je vis une histoire qui fonctionne très bien depuis des années. Après, c’est vrai que je suis fragile et que j’ai des doutes. Il n’y a que les cons qui ont des certitudes.

"Déconsidération" (chanson qui ne figure pas sur le 2e EP  de Gemma). Prestation filmée par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes (Studio 3).

C’est rare aujourd’hui, mais ton disque n’est pas foncièrement « féministe ».

Un peu quand même, mais involontairement. A partir du moment où on est une femme, il est évident qu’on est féministe. Parfois je parle des hommes dans mes chansons de manière pas très sympathique, mais j’ai conscience qu’ils ne sont pas tous des cons. Toutes les femmes ne sont pas parfaites non plus.

Tu as fait beaucoup de premières parties. Récemment avec Pomme devant 1500 personnes.

Je n’ai jamais fait un concert comme ça. C’est la première fois que je ressentais à ce point-là la force du public. 1500 personnes qui applaudissent, c’est indescriptible. C’est comme un tsunami. Ça réchauffe l’âme.

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Sur la scène de Trois Baudets, le soir de l'interview, le 25 février 2020.

Tu aimes la scène ?

Oui, même si je suis à la base une fille de l’ombre. Ce que j’aime vraiment, c’est écrire et trouver la musique qui va avec. Pour moi, c’est un peu scientifique. C’est comme une équation que l’on est en train de résoudre et à la fin, on a le résultat de notre travail. Dans le cerveau, le solfège se trouve au même endroit que les mathématiques. Ce n’est pas un hasard.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Pour savoir si mes textes peuvent toucher les gens. Si je vois que c’est le cas, je trouve que c’est utile de continuer à me produire sur scène et de faire des disques.

"Les autres" (audio), tiré du 2e EP de Gemma. 

Sur scène, tu es à l’aise. Tu fais même rire le public.

A l’issue des concerts, il y a des personnes qui me disent que je devrais faire du one-woman-show. Comme je ne suis pas à l’aise d’avoir toute la lumière sur moi parce que je suis timide, je compense par l’humour.

Pourquoi te mets-tu en avant si tu es timide ?

L’être humain est ambivalent. C’est bien de l’admettre, ça peut nous aider. Moi, je suis au paroxysme de mon ambivalence. Je suis timide, j’ai le trac, je me demande pourquoi je fais ça, mais j’ai trouvé la réponse. J’aime ça.

Il y a des gens avec lesquels tu aimerais travailler ?

Albin de la Simone, Vincent Delerm ou Alex Beaupain… je les apprécie beaucoup.

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Après l'interview, le 25 février 2020.

28 mars 2020

Sages Comme Des Sauvages : interview pour Luxe/Misère

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Ava Carrère et Ismaël Colombani. (Photos : Claire Delfino)

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorOn a connu le duo Sages comme des sauvages en 2015 avec un premier album qui se situait déjà entre univers tribaux et urbains, Largue la peau. Ava Carrère (chant, guitare, percussions) et Ismaël Colombani (chant, instruments à cordes), tous deux artistes non-conformistes, proposent des chansons folk sans frontières (calypso, rebetiko ou même country), avec toutefois une influence prononcée par le maloya réunionnais. Pour leur deuxième disque, Luxe/Misère, le duo devient quatuor. Osvaldo Hernandez (percussions afro-latines) et Emilie Alenda (basson, clavier, chant) les ont rejoints. Ils signent tous les quatre les arrangements luxuriants et foisonnants, le tout enregistré par le producteur Jean Lamoot (Alain Bashung, Noir Désir, Raphaël, Dominique A...). 

Le 18 février dernier, j’ai rencontré Ava et Ismaël (et leur bébé) dans les locaux de leur label, Zamora Productions.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

La chronique du programmateur musical de France Inter, Thierry Dupin.

Argumentaire de presse officiel :sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandor
Avec Luxe Misère, Sages Comme Des Sauvages signe un album multiple mais constant, un album vert d’eau et jaune fluorescent à bandes réfléchissantes.

Sages Comme Des Sauvages c’est d’abord un grouple (un couple, qui a fait un groupe). Et un grouple a autre chose à faire qu’à chanter des bluettes. De leur point de vue à deux têtes, les auteurs-compositeurs s’inspirent de la maladresse des hommes (« Garçon »), des 8 mois durant lesquels ils ont accueilli deux jeunes Soudanais en partance pour l’Angleterre (« Inattendu »), du suicide dans tout ce qu’il a d’énigmatique (« Quasiment Parfait), des névroses de fond de tiroirs (« Ah les angoisses ») ou du naufrage européen (« Yassou Evropi »). À l’instar du premier album, chaque titre vient avec sa propre ambiance, et Sages comme des sauvages sait qu’une chanson peut être d’autant plus triste qu’elle est chantée gaiement, ainsi le grouple se permet tous les contrastes, toutes les fantaisies stylistiques. De nouveaux instruments viennent rejoindre leur zoo musical, une dombrah du Kazakhstan, une guitare lionne du Mexique, une guitare malgache…

Ainsi sont nées 12 chansons pour parer à la brutalité du monde, pour prendre le maquis, se cacher dans le feuillage et préparer les révoltes à venir. Les espaces sont neufs, mais sonnent pourtant familier. Le poumon sage et sauvage vient souffler aux oreilles attentives de nouveaux refrains qui sauront se rendre indispensables.

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorInterview :

Avant ce duo, ni l’un ni l’autre ne jouait ce genre de musique ?

Ava : J’ai commencé la musique à l’âge de 26 ans. J’ai fait les beaux-arts, donc en musique, j’étais autodidacte. Avant Sage comme des sauvages, je faisais de la chanson qui pouvait être punk, funk ou plus traditionnel. Je ne savais pas jouer d’instrument donc j’en avais des faux, en carton, et je faisais semblant de les utiliser. J’étais plus dans le cabaret.

Ismaël : Pour ma part, j’ai commencé la musique très tôt. J’ai attaqué le violon classique à sept ans, j’ai donc eu une approche académique, mais très vite, j’ai dévié parce que le classique me saoulait. Je me suis donc dirigé vers l’expérimental. Quand j’avais seize ans, je voulais être compositeur de musique electro acoustique. J’étais attiré par la musique contemporaine, voire bruitiste. Ce qui est sûr, c’est que la chanson ne m’attirait pas du tout. Le point commun que nous avions, Ava et moi, c’est qu’on aimait briser les codes de la musique que l'on jouait.

Et quand vous vous êtes réunis, vous avez créé quelque chose qui a fonctionné.

Ismaël : Nous avons beaucoup négocié, mais nous sommes parvenus à un terrain d’entente.

Ava : La somme de nous deux allait beaucoup plus loin que ce que nous faisions chacun de notre côté.

Ismaël : Il y a une chose primordiale, c’est que nos deux voix se sont collées parfaitement et très vite. Nous avons une tessiture assez proche.

Clip de "Luxe misère" tiré de l'album Luxe/Misère.

Chanter en français était une évidence pour vous ?

Ismaël : Ça a été une ouverture immédiate par rapport à ce que je faisais avant. Le public comprend le propos et s’approprie la chanson, ce qui n’était pas le cas dans la musique que je faisais.

Ava : Notre projet Sages comme des sauvages a touché les familles. Les enfants comme les parents aiment ce que nous faisons. Nous avions des projets underground et là, c’est l’exact opposé.

Ismaël : Nous sommes arrivés dans la chanson par les bords. Et depuis que nous faisons de la vraie chanson, à notre façon, certes, nous parvenons à fédérer.

Vous êtes contents que les enfants aussi adorent votre musique.

Ismaël : Nous en sommes très fiers. Dans nos chansons, on évoque aussi beaucoup l’enfance. C’est notre premier Eden.

Ava : Les yeux d’enfants, ce sont ceux par lesquels tu peux toujours voir l’étrangeté du monde avec une certaine distance.

"Rouge colère" extrait de Luxe/Misère (live aux Studios Ferber).

Ce nouvel album s’est fait à quatre, contrairement au premier où vous étiez seuls. Là, vos comparses de scène, Emilie Alenda (basson, clavier, chant) et Osvaldo Hernandez (percussions afro-latines) vous ont aidé.

Ismaël : A deux, c’était hyper bien, mais nous étions peut-être un peu trop dans le côté chanson. Il nous manquait le côté dansant. A quatre, nous captons le public, mais on le fait aussi se mouvoir.

Ava : Avant, nous étions même assis, par nécessité.

Ismaël : Mais en même temps, nous avions développé la parlotte. On parlait beaucoup  entre les chansons et ça tissait des liens avec les spectateurs. Nous cherchions la convivialité. Aujourd’hui, à quatre, il y a un côté super héros. On a l’impression d’être les quatre fantastiques. Chacun à ses supers pouvoirs avec ses instruments respectifs.

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De gauche à droite, Emilie Alenda, Ava Carrère, Ismaël Colombani et Osvaldo Hernandez.

(Photo : Claire Delfino).

sages comme des sauvages,ava carrère,ismaël colombani,émilie alenda,osvaldo hernandez,luxe misère,interview,mandorC’est Jean Lamoot qui a enregistré et mixé ce deuxième album. Comment cela s’est passé avec lui ?

Ismaël : Ce que je trouve génial chez Jean, c’est qu’il s’adapte très facilement.

Ava : Malgré son énorme réputation de producteur, il respectait totalement notre travail et se contentait juste de nous faire des propositions le plus simplement du monde. Il a un côté très pointu dans son écoute, très sûr, mais il reste gentil et doux tout le temps. C’est un bonheur de travailler avec lui.

Ismaël : Tu sens qu’il met la musique au-dessus de lui-même. Il n’a aucun ego. Ce qui comptait avant tout, c’est qu’ensemble, nous faisions de la bonne musique. J’ajoute que c’est un des rares à comprendre la percussion. Nos deux percussionnistes nous ont dit qu’ils avaient rarement rencontré quelqu’un qui plaçait leur instrument à ce niveau-là.

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Pendant l'interview...

Vos textes évoquent la société de manière pas très positives, mais sur de la musique solaire.

Ismaël : Derrière nos chansons sociétales ou politiques, on essaie de voir le cœur des gens.

Ava : Ce qui amènent nos chansons, ce sont les ritournelles que l’on créé pour se soigner nous-mêmes. C’est presque une lapalissade ce que je vais dire, mais la musique joyeuse contrecarre la tristesse.

Ismaël : C’est comme un exorcisme. D’ailleurs, nous jouons comme des sorciers.

Il y a des participations de deux voix exceptionnelles, celle de Kate Stables dans « De l’eau » et Danyèl Waro dans « Le goût de la fumée ».

Ismaël : Ces deux voix sont magiques, chacune dans leur style. Ce que provoque leur voix nous touchent beaucoup. Il y a un côté mystique dans leur façon de chanter.

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(Photo : Claire Delfino)

Vous vous considérez plus dans la chanson française ou dans la musique du monde ?

Ismaël : On fait de la chanson française parce que nos textes sont en français, mais, c’est vrai que nous avons le cul entre deux ou trois chaises. On essaie de trouver une troisième voie qui ne respecte pas forcément les codes de la chanson française.

Vous être un grouple (groupe/couple). C’est être un binôme particulier ?

Ismaël : Oui. Il y a des thématiques que tu vas traiter différemment. Par exemple, c’est un peu compliqué de chanter une chanson d’amour à l’autre ou de chanter les amours déçus… L’introspection, sujet fort en vogue actuellement dans la chanson, c’est aussi hors de question puisque nous sommes deux. En tout cas, travailler à deux permet de se reposer l’un sur l’autre, ce qui crée une dynamique de force renouvelée intéressante.

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Après l'interview, le 18 février 2020. (Et non, vous ne verrez pas la tête de leur enfant.)

23 mars 2020

Miegeville : interview pour l'album EstOuest

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miegevielle,matthieu miegeville,interview,mandor,estouestMatthieu Miegeville n’est pas un débutant. Il dispense depuis vingt ans ses mots aux quatre coins du globe de Pékin à Los Angeles, de Clisson à Casablanca au sein de projets musicaux toujours ambitieux (Psykup, My Own Private Alaska, Agora Fidelio…) souvent issus des musiques dures (rock et metal). Trois recueils de textes ont d’ailleurs aussi vu le jour (L’Enfant du Silence, Si bleu qu’à sa brisure, Là où convergent les points cardinaux), rassemblant une partie de ses écrits.

Amorcé l’an dernier, sa carrière solo a démarré avec un très bon premier EP, Longue Distance avant que n’arrive cet album huit titres, EstOuest. Un disque qui montre toute l’étendue de son talent. Il passe d’un genre musical à l’autre avec une facilité déconcertante. C’est poétique, esthétique, violent ou doux et surtout… urgent !

Rendez-vous aux Trois Baudets, le 13 février dernier, pour faire connaissance avec cet artiste.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter son album.

Argumentaire de presse (par Arnaud de Vaubicourt) :miegevielle,matthieu miegeville,interview,mandor,estouest

Dans un monde où il faut absolument tout faire rentrer dans des cases, où le besoin impérieux de coller une étiquette règne, Miegeville fait figure d’électron libre. Si c’est pour Toulouse que son cœur bat, au rythme d’une ville en perpétuelle ébullition culturelle, c’est aux quatre coins du monde que Matthieu Miegeville a jadis posé ses flight cases, en officiant pour des groupes de rock, tendance dure. Et comme le talent protéiforme de cet auteur-compositeur-interprète aime vagabonder, il se met ici à nu avec EstOuest, recueil de huit chansons taillées dans le granit pour ce féru de poésie. Ce premier album a été enregistré durant l’été 2019, avec Serge Faubert aux manettes.

miegevielle,matthieu miegeville,interview,mandor,estouestL’album (argumentaire de presse officiel):

Une voix enveloppante, dense et burinée se raconte sans ambages au fil de ces compositions à fleur de peau. « Longue Nuit » ouvre l’album et c’est ici que le voyage commence. Un road trip émotionnel où le sensible côtoie l’âpreté de la vie. Sur EstOuest, la mélancolie ne cède jamais aux injonctions du désespoir, bien au contraire, elle tend à se mouvoir vers une lumière salvatrice qui point au détour de chaque titre. Accompagné par Candice Pellmont (chanteuse du groupe Winnipeg) sur « La Baleine Bleue » et « Acte Manqué », Miegeville donne à entendre des mélodies plus pop, aux refrains imparables que l’on jurerait avoir toujours connues.

Entre poésie chantée et chanson urbaine, Miegeville navigue au plus profond de ses émotions mais jamais en eaux troubles. C’est même plutôt de manière clairvoyante qu’il ressent le monde dans lequel on vit, comme dans « Blanche », faussement désabusé, ou dans le pamphlet « Les Portes », morceau coup de poing où un phrasé hip hop impose une tension palpable. De Jacques Brel à Nick Cave en passant par Dominique A, qui par ailleurs a déjà salué la qualité de ses textes, Miegeville prend un malin plaisir à adresser un clin d’œil habile à ses influences, pour dénouer nos émotions les plus enfouies.

Sous sa voix ténébreuse s’érige un kaléidoscope de sentiments puissants, ceux d’un auteur dont les stigmates et les fêlures se muent peu à peu en un bouquet mélodique aussi délicat qu’engagé.

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miegevielle,matthieu miegeville,interview,mandor,estouestInterview :

Tu viens du metal. C’est marrant comme les gens qui viennent de la musique « dure », comme Kent, sont excellent dans la pure chanson française.

Le parallèle avec Kent, j’aime bien. Pour mon cas personnel, je suis un enfant de la chanson et du rock français. Avec tout l’amour que j’ai pour mes parents, ce ne sont pas eux qui ont fait mon éducation musicale. Mon père était fan de Sardou et on écoutait le Top 50, c’est dire d’où je viens (sourire). Je suis tombé dans la marmite du metal par pur hasard, même si je m’y suis bien épanoui, mais ce n’est pas ma culture de base. Mes dieux étaient Jacques Brel, Reggiani, Ferré..

Avec tes divers projets metal, tu as chanté dans une vingtaine de pays et trois continents. Tu as enregistré un album à Los Angeles avec le producteur de The Cure et de Korn. Sacrée carrière !

Merci. Il y a des gens qui ne me connaissent qu’avec cette partie-là de ma carrière.

En 20 ans de musique, tu as joué au Printemps de Bourges, aux Eurockéennes,  au Hellfest…  et avec cet album, c’est comme si tu étais redevenu débutant. Tu ne trouves pas la situation particulière ?

C’est bien de repartir à zéro. Ça ne me dérange pas que l’on ne sache pas ce que j’ai fait avant ce disque. C’est même normal puisque je viens d’un tout autre univers musical.

"Blanche", extrait de l'album EstOuest.

Le cri est une des composantes du metal. Là, dans EstOuest, tu chantes de manière très « intime ».

Ça me permet de mettre les textes en avant. Dans le milieu du metal, il est vrai que les textes ne sont pas trop écoutés.

Tu étais frustré que les gens se foutent royalement de tes textes ?

Oui, carrément. Quand il y a trop de décibels, ce que tu chantes est noyé dans  la musique. Mon premier EP en tant que Miegeville, cet album et mes trois recueils de poésie m’ont permis de calmer ma frustration.

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Tu es un peu le poète du milieu metal ?

Pendant un temps, c’était honteux de faire de la poésie, mais aujourd'hui, je me suis rendu compte qu’il y a des gens qui appréciaient cela. Aujourd’hui, je l’assume et je suis fier de le revendiquer.

Et ça ne t’empêches surtout pas de continuer le metal ?

Dans le milieu anglo-saxon, les gens se foutent de la pluralité, en France, il faut que l’on soit dans de petites boites. Je suis obligé d’expliquer que je fais de la chanson, mais que je n’ai pas arrêté le metal. Ce n’est pas toujours bien vu dans le milieu de la chanson. Certains ne comprennent pas.

"Longue nuit", extrait de l'album EstOuest.

Musicalement, c’est album est plutôt calme.

Il y a un piano, des guitares en sons clairs et des textures electro qui ne prennent jamais l’avantage. Mais j’assume le fait que ce n’est pas de la musique légère. Des gens comme Dominique A, Miossec ou Bertrand Belin ont mis du temps à s’imposer. Moi, j’ai l’impression que ça va être la même chose. Je me dis qu’avec ce projet, il va falloir que je sois patient. Je suis content d’avancer au fur et à mesure, avec le sentiment du devoir accompli.

C’est quoi ta musique ?

C’est de la chanson moderne. Je dis chanson parce que ce sont des chansons avec refrains, couplets, mélodies, textes qui se tiennent…  Je me plais à croire que je dépoussière la vieille chanson avec des arrangements un peu electro. Et dieu sait que j’aime cette vieille chanson…

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Pourquoi il n’y a que huit titres ?

Parce que je suis très dur et exigeant envers moi-même au niveau des textes. J’aurais pu mettre 13 morceaux, mais j’en ai viré plein parce qu’ils ne me satisfaisaient pas totalement.

Serge Faubert a enregistré et mixé ce disque.

J’ai travaillé avec lui pour d’autres projets et ça colle bien entre nous. Je suis allé vers lui une nouvelle fois, car il a beaucoup de bienveillance envers moi. Il a souvent répondu à mes doutes. Il m’a incité à avoir confiance et à garder le cap.

Il y a des jeunes que tu aimes bien dans la nouvelle génération ?

Baptiste Walker Hamon. Je le trouve très touchant et ses textes sont magnifiques. « Soleil, soleil bleu », « Peut-être que nous serons heureux » et « Quitter l’enfance », à mon avis, on en reparle dans 40 ans. J’aime aussi Govrache. J’admire beaucoup cet artiste. Tous les trois, nous ne faisons pas la même musique, mais nous faisons très attention aux textes.

Je suis en train d'écrire un livre sur Daniel Balavoine, je crois savoir que tu l'apprécies beaucoup.

J’ai un respect énorme pour lui. Il avait une sacrée paire de couilles. Aujourd’hui, les artistes qui marchent sont d’une vacuité et d’une superficialité... Qui parle de quelque chose ? Est-ce que quelqu’un aborde un sujet ? Balavoine abordait dans ses chansons des sujets lourds, importants. Ce genre de mec, il y en a plus !

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Après l'interview, le 13 février 2020.

Bonus :

Matthieu Miegeville participe à l'action socio-culturelle "Transformer le Négatif en Positif". Il s'agit d'intervention Scolaire en partenariat avec l'Agence Régionale de la Santé - Occitanie et le Rectorat (Toulouse) pour la Prévention du Mal-Être et de l'Angoisse chez les Jeunes.

Cette vidéo a été réalisée par Angel FONSECA, assisté de Grégory COURTOIS, avec le soutien de l’ADPS.

18 mars 2020

Tristen : interview pour Les identités remarquables

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(Photo : Jérémy Chaussignand)

Représentant encore trop méconnu d’une chanson française indie pop très actuelle, à la limite d’une variété française aux atours électro et rock, Tristen confirme avec ce 4e album, Les identités remarquables, tout son talent et son potentiel.

Cet album  a été réalisé, enregistré et mixé par lui-même au Studio Harmonium Sauvage. Pour les arrangements, il s’est attribué l’aide de Romain Delorme.

Cette rencontre avec Tristen (déjà mandorisé-là) permet d’en savoir un peu plus sur cet artiste et sur ce brillant album. Pour être tout à fait honnête, j’ai complété certaines réponses sur ses chansons avec des propos qu’il a tenus sur sa page Facebook officielle. Evidemment, avec son accord.

Son site officiel.

Pour écouter l’album.

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Romain Delorme et Tristen (Photo : Jérémy Chaussignand)

Biographie officielle :

Après une décade à œuvrer sur la scène indie rock parisienne comme batteur ou bassiste, Sébastien Pasquet a peu à peu développé son propre universde chansons comme auteur compositeur interprète sous le pseudonyme de Tristen.

Il s’est fait connaitre avec 3 albums parus chez Volvox Music ou La Souterraine, grâce notamment à des mises en avant sur France Inter, FIP, France 2 et Libération, et surtout en accédant aux finales du Prix Moustaki 2014 et du Prix Desinvolt 2015.

C’est à Montpellier où il vit désormais que Tristen a réalisé son 4ème album intitulé Les Identités Remarquables (sortie le 24 janvier 2020 chez Bambino Musique / Inouie Distribution), dans lequel il célèbre le mariage aventureux de la pop indie et de la chanson française chère à son cœur.

tristen,les identités remarquables,interviews,mandorLe disque :

Dans cet album aux tonalités claires obscures, Tristen affirme avec force son goût pour la contemplation et se délecte du simple plaisir du mot en bouche. L’album est tout de même parsemé d’éclats pop : le duo avec La Féline, « Heureux les simples d’esprit », le duo avec sa femme Bénédicte, « Orion va-t-en-guerre », ou encore « A la face du monde ».

Comme pour ses précédents albums, les influences de Tristen sont multiples, puisées dans ses amitiés montpelliéraines (la liberté de Iaross, la flamboyance de Volin, la délicatesse de Fälk), aussi bien que dans la folie douce et l'emphase d’artistes québécois francophones tels Avec Pas d'Casque et Louis-Jean Cormier. Bien sûr, dans les hérauts de la nouvelle scène française aussi (Bastien Lallemant, Bertrand Belin, Albin de la Simone, Arman Melies, Olivier Marguerit). Avec toujours, dans un coin de la tête, le lyrisme sincère et touchant de Véronique Sanson.

Ce qu’ils en pensent :

«TRISTEN promène ses élégances à la Dominique A, Frédéric Lo ou Bertrand Belin. Remarquable » MAGIC RPM

«Une alliance parfaite entre indie pop et chanson française » LONGUEUR D'ONDES
«Tout en sensualité, nous rappelant Gainsbourg. Un album de toute beauté » FRANCOFANS
«Une voix attachante, des mélodies, des textes originaux » NOS ENCHANTEURS
« Très élégant » POP NEWS
« TRISTEN s'approche ici de l'excellence. Un disque fascinant » INDIE POP ROCK
«Remarquable du début à la fin » FROGGY DELIGHT
«La beauté de cet album vient de cette façon de s’approprier la musique, de l’accorder avec des mots » HEBDOBLOG

Interview :

Tu as presque tout fait dans cet album. Tu es guitariste, bassiste, batteur, pianiste…

Oui, mais Romain Delorme m’a beaucoup aidé. C’est un musicien important dans la scène de Montpellier, car il joue dans tous les groupes d’indie pop majeurs, dont dans un de mes groupes préférés, Volin. Il joue avec moi sur scène et sur le disque. Il m’a aidé sur des arrangements et a enregistré de la basse, de la contrebasse et du synthé. Il m’a un peu éloigné de ma zone de confort, car j’avais tendance à tout faire en milieu fermé, de la composition, à l’écriture jusqu’à l’enregistrement. Romain m’a ouvert un peu plus l’esprit et donné de l’oxygène. Pour ce disque, je ne veux pas oublier les participations précieuses sur certains titres de Gilles Yvanez à la guitare, Nicolas Larossi au violoncelle et Guillaume Gardey de Soos au bugle (instrument de musique de la famille des cuivres, plus exactement des saxhorns mis au point par Adolphe Sax au XIXe siècle). 

Ton album est plutôt sombre… à l’image de ce qu’il y a dans ta tête ?

Très certainement. Dans la vie, je suis quelqu’un de souriant et de jovial, mais dans la musique, je dois remuer le noir qui est en moi. Cela dit, si cet album n’est pas jovial, il n’est pas noir foncé. Les thèmes évoqués sont de l’ordre du contemplatif. Ce que je raconte n’est ni noir, ni blanc. Je suis posé et je regarde ce qu’il y a en moi, autour de moi… et je l’écris.

C’est particulièrement le cas dans « A la face du monde ».

Autant le dire, les paroles ont été écrites par un jeu d'associations libres que Lacan n’aurait pas renié. De ce point de départ formel se dégage en fait une description toute personnelle du monde qui m’entoure et qui m’interroge...comme nous tous à quelque degré que ce soit!

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Romain Delorme et Tristen (Photo : Jérémy Chaussignand)

Ton écriture a évolué je trouve. Elle est devenue à la fois poétique et surréaliste.

Sur ce 4e album, j’ai tout écrit alors qu’auparavant on m’aidait beaucoup. On me donnait des bribes de textes, je construisais là-dessus ou au contraire, je donnais quelques mots et on construisait un texte pour moi. Peut-être que je ne savais pas ce que je voulais… Dans Les identités remarquables, en tout cas, j’assume tout, ce qui donne une certaine cohérence.

Le fait d’écrire toi-même désormais, est-ce pour gagner un peu plus en légitimité ?

Non, c’est par envie, besoin et nécessité.

Ce disque est-il l'aboutissement de ce que tu voulais faire dans la musique ?

Il me semble avoir eu la bonne cohésion entre la musique et le texte. C’est conforme à ce que j’avais en tête.

Il y a trois duos avec ta femme Bénédicte. Symboliquement, ça représentait quelque chose de chanter avec ta femme ?

Il lui est arrivée de m’accompagner sur scène, mais depuis que nous sommes revenus à Montpellier, nous avons eu un deuxième enfant et ça devenait compliqué d’être tous les deux en concert, du coup, on a matérialisé notre envie de chanter ensemble dans des duos sur le disque.

Clip de "Heureux les simples d'esprit" feat. La Féline.

Il y a aussi un duo avec la chanteuse philosophe Agnès Gayraud, alias La Féline.

Lors de l'écriture d' « Heureux les simples d’esprit », j’ai tout de suite pensé à elle quand la mélodie est arrivée. Je lui ai demandé si elle voulait bien chanter avec moi et elle a accepté. C’est aussi simple que cela.

Elle te connaissait ?

Oui, c’est pour cela que j’ai osé lui demander. Je savais qu’elle appréciait ce que je faisais auparavant. Pendant mes 13 ans à Paris, nous nous étions déjà rencontrés. Je suis un grand fan de ce qu’elle fait depuis le début. Je trouve qu’il n’y a aucune faute dans sa discographie.

« Heureux les simples d’esprit » renvoie au message christique de l’évangile selon Mathieu : « heureux les pauvres en esprit ».

Je n’ai jamais lu cet évangile et étant totalement athée, il m’est impossible de te dire ni même de comprendre pourquoi il y a tant de références religieuses dans ce que j’écris. Comme souvent dans les chansons de cet album, le texte est parti de la description d’une sensation interne “je me tenais loin devant, là où l’orage s’est levé”. Puis je me suis laissé embarquer dans une histoire qui évoque un être simple d’esprit, à qui l’on a dit de ne pas se tenir sous les arbres un soir d’orage, pour éviter la foudre, mais qui le fait quand même...la foudre tombe et lui fait changer ses perceptions internes. C’est presque une expérience surréaliste en fait.

Live à la maison de "L'Alpha et l'Omega". TRISTEN : chant et guitare. Romain DELORME : tom et choeurs. Colin VINCENT : piano et chœurs. Bénédicte PASQUET : chœurs. Captation réalisée le 13/04/19 à Montpellier par Jérémy Chaussignand.

« L’Alpha et l’Omega », là encore référence religieuse. Cela symbolise l'éternité du Christ comme commencement et fin de tout. 

C’est bel et bien avec cet état d’esprit holistique que j’ai écrit la chanson. Je me souviens avoir commencé soft dans l’écriture “Donnez-moi le visage de la félicité. Je veux être un mirage qui guidera vos pas”, puis avoir peu à peu glissé dans la peau d’un prédicateur fou, avoir lâché les chevaux et avoir aimé ça! Un conseil, ne votez jamais pour moi... La fin de la chanson est amère ou apocalyptique, c’est selon.

Dans « Orion va-t-en guerre », avec ta femme, tu évoques la communication au sein d’un couple…

Impossible de dire pourquoi j’ai choisi ce titre, il m’est venu directement en composant le thème au piano. J’ai enchaîné ensuite sur des paroles en utilisant le gimmick “on s’était dit” et j’ai développé cette histoire de couple qui cherche à se comprendre et se parle sur fond de mélancolie astrale, pour finir par fusionner avec le soleil. Il s’agit d’un voyage interstellaire vers un monde perdu. Les impossibilités voire les absurdités matérielles évoquées dans la chanson collent parfaitement à ma nature mélancolique, qui se décline dans tout l'album.

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Clip de "Orion va-t-en guerre" feat. Bénédicte Pasquet.

Il y a une reprise de la chanson de Desireless, « Voyage voyage » ».

Comme celles du groupe Abba, c’est le genre de chansons que j’écoutais enfant et qui ont laissé une empreinte mélancolique incroyable en moi.

Dans « Contemplations II », tu évoques les feux follets. Pourquoi as-tu choisi de parler de ces petites manifestations naturelles que l’on peut apercevoir au-dessus des étangs ?

Bien qu’ils soient juste le fruit d’une rencontre éphémère de phosphore et de méthane et donc complètement dépourvus de vie, on pourrait presque croire qu’ils sont animés d’intentions, celle de danser notamment. Parler de l’éphémère, de l'inutile, c’est ce que j’ai aimé faire tout au long de cet album.

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Tristen en live.

Dans « Les bougeons de fer », tu parles des villes d’aujourd’hui ?

C’est en revoyant avec mes enfants certains épisodes des Barbapapas que j’ai commencé à écrire ce texte en alexandrins, en résonance avec l’écologisme naïf et manichéen mais si charmant de ce dessin animé des années 70. Il s’agit d’une description poétique de friches urbaines que je trouve à la fois d’une grande laideur et extrêmement fascinantes. Les utopistes des villes nouvelles des années 70 pourraient presque reprendre à leur compte quelques vers de la chanson, si elle n’évoquait pas tant une envie de nature et d’animalité…

C’est une curieuse chanson dans laquelle il y a trois parties musicales.

Le début est un hommage assumé à l’album Third de Portishead. On s’est amusé avec Romain Delorme sur la partie centrale de la chanson, à expérimenter sur nos claviers. Il a improvisé sur un Farfisa une partie floydesque bien acide à la Rick Wright pendant que je tripotais un autre synthé balancé dans du délai. Une seule prise a été faite, et c’est celle qui a été conservée dans la chanson ! Moment magique et garanti sans drogue, car nous sommes des gens comme il faut, mais l’esprit du LSD était bel et bien là je crois. La dernière partie est un moment tripatif, que nous adorons jouer sur scène d’ailleurs. On a commencé par les Barbapapas, on termine par évoquer le LSD, c’est bon on est raccord !

Live à la maison de "Contemplations 1". TRISTEN : chant et guitare. Romain DELORME : contrebasse et chœurs. Gilles YVANEZ : guitare. Guillaume GARDEY DE SOOS : bugle. Captation réalisée le 24/05/19 à Montpellier par Colin VINCENT

Dans « Je suis une  île », tu  évoques un homme et ses envies de sexe. 

Le sexe est un thème qui m’est cher. La chanson évoque donc l’histoire d’un garçon (moi) seul sur une île...enfin pas si seul que ça : des créatures viennent à lui. La suite orgiaque va se révéler être finalement une hallucination...

L’eau est pas mal présente dans ton disque. C’est le cas aussi dans « Le pavillon noir ».

Le court récit “Requin” de Bertrand Belin a été à l’origine de cette chanson. Il y parle de quelqu’un qui se noie et tout le livre est l’histoire de ce moment où l’on voit passer sa vie devant soi. Dans ma chanson, j’ai voulu décrire toutes les perceptions ressenties, sans évoquer aucune des sensations sordides que l’on doit avoir en de tels instants. En fait cette chanson ne parle pas tant de mort que de laisser aller, de mélancolie, d’enfance perdue, celle où l’on jouait aux pirates et aux corsaires (d'où le pavillon noir).

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Pendant l'interview...

Ton disque s’intitule Les identités remarquables. En tant qu’ancien prof de math, c’est une coïncidence ?

En math, les identités remarquables servent en général à accélérer les calculs, à simplifier certaines écritures, à factoriser ou à développer des expressions. Ce sont des petits outils que l’on apprend en 4e ou 5e. J’aime bien la notion d’apprendre des choses à l’école qui, ponctuellement, semblent importantes, alors que dans la vie, on n’en a pas vraiment l’utilité. Les gens en tirent la conclusion erronée qu’apprendre ce genre de choses ne sert à rien. Mais en fait, ces petites connaissances laissent des traces dans le cerveau et le façonnent. L’éducation ne laisse pas toujours des choses concrètes, mais la trace des choses. Pour moi, les mathématiques, c’est la liberté de se tromper, la liberté de créer. Léopold Sédar Senghor disait que « les mathématiques sont la poésie des sciences ». Il y a un aspect poétique et créatif dans les mathématiques dont je me sers tous les jours pour écrire des chansons.

Mais pourquoi ce titre ?

Parce que je suis aussi très fan d’un album de Marie Modiano, en 2013, Espérance Mathématique. C’est une sorte d’hommage.

As-tu déjà songé à arrêter de faire des disques ?

Nous sommes nombreux dans ce positionnement-là. Nous faisons beaucoup d’efforts financiers et temporels et ils ne sont pas toujours récompensés. La vie de famille aussi est parfois un peu sacrifiée. Alors, oui, personnellement, parfois je me dis que je vais arrêter à me donner tout ce mal. Par contre, arrêter de faire de la musique, c’est hors de question ! J’ai besoin de ça pour m’exprimer. Je sais que je continuerais toujours à faire des chansons dans mon home studio.

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Après l'interview.

15 mars 2020

Rodrigue : interview pour l'album A Fuck Toute - A Love Toute

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(Photos : Aliosha)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorComme l’indique son dossier de presse, Rodrigue, c’est « de la pop française sans lipstick mais qui flirte insolemment avec le rock parfois libertaire et insouciant, souvent sombre et engagé. En solo ou en groupe, avec plus de 300 concerts au compteur, huit créations scéniques pro depuis 2006, quatre albums studio, un album live, deux dvds, cinq clips et un public qui suit, le projet, reconnu pour son inventivité, a aujourd’hui atteint, une maturité et une force sans précédent. »

J’aime beaucoup cet artiste qui apporte depuis 12 ans un renouveau à la chanson française. A l’occasion de son quatrième album studio, A Fuck Toute – A Love Toute, (dans lequel il met en musique les relations amoureuses, les émotions et les étapes d’un chemin de vie plein de paradoxes), voici sa troisième mandorisation (la première là en 2011 pour son deuxième album L’Entre-Mondes et la seconde en 2014 pour son troisième, #Spectaculaire Diffus.)

Le 27 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la Gare du Nord.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

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(Photo : Cécile Marcant)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorLe disque A Fuck Toute, A Love Toute(photo de la couverture: Natacha  Kerkhove)  par Rodrigue :

Quand mon réveil sonne, je m'entends souvent dire : “Allez tous vous faire foutre !”
Nihilisme joyeux et désinvolte ou glas de la défaite, déliquescence dans une pulsion de mort ?
Pourtant je sais... la vie. Tout est paradoxe.
Faut-il que tout meure pour se rendre compte de la beauté ?
En prendre conscience...
Petites épiphanies : nager dans la mer, marcher dans les montagnes... y ressentir depuis toujours le divin...
Faut-il que tout meure pour évoluer ? Peut-être oui...
Cet album est ce chemin...
Où la noirceur dans sa folie à aimer, met en lumière tout ce qui fait de nous des êtres sensibles.
Où le refus est fécond et interroge notre pugnacité à espérer.

Un album follement amoureux des désespérés, de ceux et celles qui sont revenus de tout et dont la foi en l’humanité ne tient qu’à un fil.
Un album de résilience, lorsqu'on sent que tout ne va pas se passer comme prévu
et qui nous interroge sur la direction :

À Fuck Toute : comme une banderole au devant d'un cortège

À Love Toute : comme le regard de l'homme qui palpite, change et prend un nouveau souffle

À Fuck Toute : comme le courage devant le Léviathan, malgré toute conséquence et avec une énergie proche du discernement.

À Love Toute : comme une lézarde à travers le mur pour répandre la bonnen ouvelle.

À Fuck Toute ~ À Love Toute : Comme celui qui veut jouir souverainement de tout et se réapproprier sa vie.

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(Photo : Aliosha)

rodrigue,afuck toute a fuck love,interview,mandorInterview :

Entre disques et tournées, depuis 2008 que je te suis, j’ai l’impression que tu n’arrêtes jamais.

Comme je n’ai pas de vraies tournées, je prends toutes les dates qui tombent… et il y en a eu pas mal. Là, je sais que je vais défendre cet album pendant trois ans.

Toutes les chansons de cet album sont nouvelles ?

Je les ai écrites entre 2016 et 2018, mais elles restent d’actualité.

L’album a un titre assez provocateur avec, en plus, un double sens, « A Fuck Toute, A Love Toute ».

C'est un chemin ce disque, c’est ce que je suis. Parfois, je peux ruminer sur des choses qui m’exaspèrent et au bout d’un moment, empathie oblige, comprendre que rien n'est ni blanc, ni noir. Tu sais, c’est un album de cassure et de résilience, donc, il a ce repli sur soi, cette cicatrice, ce premier élan sombre de dire « allez-vous faire foutre ! », mais il fait aussi ce chemin constructif, car aimer c'est faire, et du coup, il s'accompagne en même temps d'un véritable élan d'amour et d'ouverture. Ces deux élans paradoxaux tourbillonnent ensemble. Dans la chanson « À Fuck toute », il y a deux degrés. Je chante une phrase importante : « je veux jouir souverainement de tout ». C’est-à-dire, je veux faire mes propres choix et ne pas céder aux injonctions permanentes. Laissez-nous tranquilles et nous trouverons notre sens à la vie nous-même, avec le temps.

Teaser de A Fuck Toute - A Love Toute.

Dans « Au galop », tu te demandes « comment s’aimer quand ça n’a pas marché ? »

J’aime bien cette phrase parce qu’elle est à double sens. Comment aimer l’autre quand le couple a rompu et comment s’aimer soi-même par rapport à une rupture qui forcément te blesse narcissiquement.

J’aime beaucoup « Atteinte à l’intégrité d’un cadavre ».

Dans cette chanson, j’imagine quelqu’un qui fuit et qui revient de temps en temps faire un bilan. C’est quelqu’un qui cherche du sens à sa vie, mais qui n’en trouve pas.

Toi-même, tu es en quête de sens ?

Je ne suis pas sûr, mais j’ai un besoin d’expérimentation de la vie. Je suis un scientifique de la vie.

Ta chanson « Nous : Somme » est censé être féministe ?

Ecouter cette chanson peut mener à la réflexion à un moment T, elle est ce moment de suspension où on se dit: "Mais pourquoi ça me touche ?". Elle retrace ce chemin là. En fait c’est une chanson en deux parties. Et la deuxième partie, c’est un peu : « mais pourquoi diable j’écris ça !?! C’est une chanson qui parle de féminisme oui, mais en fait, ce n'est pas vraiment le sujet je trouve, et elle serait d'ailleurs plutôt pour les hommes alors. Mais non, en vérité, cette chanson parle avant tout de compréhension, de comprendre pourquoi quelque chose nous blesse pour pouvoir en discuter. C'est tout simple, mais pour moi, ça parle vraiment de ça en fait, nous sommes des élèves qui apprenons de la vie... ensemble.
J’ai écrit cette chanson en me disant qu’elle était juste destinée à la scène. En concert, je voyais bien qu’elle marchait particulièrement bien et qu’elle plaisait autant aux femmes qu’aux hommes. J’ai donc décidé de l’enregistrer pour qu’il en reste une trace.

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(Centre culturel de Lesquin - 2019. Photo : André C)

Aucun de tes albums n’est le même. Tu te renouvelles en permanence.

Je n’aime pas l’idée d’avoir un style et de rester dedans. Je suis toujours à l’écoute des musiques qui sortent aujourd’hui. Quand j’entends un son qui me plait, j’essaie des trucs en studio qui pourraient s’en rapprocher.

Musicalement, ton nouvel album est très varié. Pop, rock, chanson, variété, sons nouveaux…

J’ai retrouvé dans ce disque l’éclectisme que j’avais dans le premier Le jour où je suis devenu fou (2008). Il y a des artistes qui donnent un habillage à un album, moi je donne un habillage à chaque chanson. J’essaie de trouver des couleurs différentes quitte à ne pas respecter l’unité, ce n’est pas si grave. Je suis quelqu’un qui est ouvert à tout, il en est de même pour ma musique.

Sur l’album de 2014, Spectaculaire diffus, tu avais tenté l’unité.

En effet, mais finalement je préfère être éclectique.

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(Photo : André Caré)

Dans ce disque, tu joues avec les musiciens qui t’accompagnent sur scène depuis 2016.

Ce sont des bons potes et ils croient à mon projet. Il y a une très bonne ambiance entre nous. J’ai besoin de bienveillance autour de moi.

Textuellement, il y a des chansons poétiques dont la signification n’est pas évidente, comme dans « L’araignée », et des chansons plus « premier degré ».

Mais j’ai besoin que les gens qui m’écoutent ne soient pas largués. Il y a des chansons de Bashung dont j’ai du mal à comprendre les textes. Je pense être moins opaque que lui. Je me trouve compréhensible et abordable sans difficulté pour quelqu’un qui s’attarde un peu.

Ce disque est mixé par Dominique Ledudal (Les Innocents, Jeanne Cherhal, Tryo, Renaud…).

Ce que j’aime chez lui c’est qu’il travaille super bien les voix. C’est l’album où ma voix est la mieux mise en avant. J’ai fait des expérimentations de voix graves et je trouve cela beau. Je suis vraiment content de la production.

Clip de "Monokini".

Tu es satisfait de ce nouveau disque?

Oui, mais à chaque album, j’ai l’impression que c’est le meilleur. Celui-là est émotif, à fleur de peau. Si quelqu’un est disposé à l’émotion, il pourra être très touché. C’est le but de mes disques et de mes concerts… émouvoir, bousculer les gens.

Toi-même, tu es de plus en plus à fleur de peau ?

Je l’ai toujours été et j’en joue. Sur scène et sur disque. Je me mets totalement dans un moment émotionnel. Quand j’ai écrit en trois jours « Atteinte à l’intégrité d’un cadavre », j’étais dans cet état.

Es-tu content de ton sort dans le métier ?

J’ai coché tous mes rêves professionnels, sauf la tournée. Je n’ai jamais fait une vraie tournée avec un tourneur qui m’accompagne, alors que le live est ce qu’il y a de plus important pour moi.

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Après l'interview, le 27 février 2020.

12 mars 2020

Nirman : interview pour son premier album

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nirman,dimitri nirman,interviewJ’ai connu Nirman en 2017 avec son EP Animal (voir mandorisation-là). Comme il le disait lui-même, « de la chanson française teintée de pop hybride et d’électro organique ». Nous avions été nombreux à remarquer la chanson « Azzam David ». Il y évoque le pouvoir de l’amitié entre deux enfants rattrapés par la haine de leurs ancêtres : belle caisse de résonance dans le contexte actuel. Elle a permis à Nirman de décrocher le prix du texte lors du tremplin du Pic d’Or à Tarbes (pour l’anecdote, remis par Dominique Janin et moi-même le 26 mai 2018). Cette chanson a aussi ému Francis Cabrel au cours d’une résidence de travail à Astaffort. Autant de signaux approbateurs qui ont fini par convaincre son auteur de lui offrir une seconde vie sur l’album qui vient de sortir et réalisé par Da Silva (mandorisé là)

Le 10 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar parisien pour évoquer l’album pop le plus classieux du moment.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse (légèrement écourtée) :nirman,dimitri nirman,interview

Nirman, le nom du père, barde et musicien russe, contraint de se réfugier dans les caves de Saint-Pétersbourg pour faire entendre ses ritournelles engagées, et bifurquant presque par obligation (la contrainte de la langue) vers la composition de musique de films lors de son arrivée à Toulouse. Initiation naturelle, transmission héréditaire et passion commune. Dimitri s’inscrit au Conservatoire, écoute en boucle les Beatles et confesse à 13 ans qu’il sera chanteur.

Inconsciemment, c’est le rêve avorté du père qu’il veut atteindre. Chez lui, de la détermination et de la discipline. D’abord la clarinette en tant qu’instrumentiste, puis la chanson-jazz. L’alliage entre les deux genres est fragile, surtout dans les esprits. Nirman ne joue pas les prolongations. Il revêt alors un habit qui lui sied davantage et conforme à ses aspirations actuelles. Collaboration probante et de longue haleine avec Guillaume Farley. Première carte de visite, il y a deux ans : l’EP Animal.

nirman,dimitri nirman,interviewL’album :

Sous la houlette de Da Silva au prestigieux studio ICP à Bruxelles, Nirman n’a pas cherché ici à courir derrière les modes. C’est un disque intemporel, aux teintes nuancées et dans lequel les mélodies s’insinuent en douceur et avec élégance. Un disque sur lequel des invités investis et de renom se glissent : Thomas de Pourquery au saxophone, Nicolas Fiszman le fidèle bassiste de Benjamin Biolay, Cali pour un duo autour de l’engrenage des errances nocturnes (« Compagnon de lune »).

Il y a la voix feutrée, très en avant, proche de celle d’un Alex Beaupain. Il y a aussi une délicate offrande à son fils (« Je te dirai »), une mue féminine et féministe (« Quand je ne serai plus belle »), l’apprivoisement de l’isolement créatif (« Ma solitude »), une pièce amoureuse en plusieurs actes (« C’est déjà du passé »), une déclaration frontale (« Mon amour »). Il y a là encore une percée dans les eaux plus sombres de la nostalgie (« Elles me rappellent ») et de la tristesse profonde. Celle de l’absence du père, disparu pendant la conception du disque (« Sur le balcon de mon cœur », « Où es-tu »). Des mots ordinaires, touchants de justesse et de simplicité. Comme son interprète.

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nirman,dimitri nirman,interviewInterview :

Comment as-tu contacté Emmanuel Da Silva pour la réalisation de ce disque ?

Un matin de juin 2017, alors que j’étais chez mon beau-père dans les Cévennes, j’allume mon téléphone. Une notification Twitter précise : « Da Silva vous suit ». Comme je le tiens en haute estime, je ne réprime pas mes élans d’enthousiasme. Je lui envoie un message incluant « Azzam David », une proposition de duo et une invitation pour mon concert parisien au Café de la danse. Da Silva répond dans les dix minutes. Indisponible pour le concert, partant pour le duo. Il demande aussi un numéro. Appel dans le quart-heure, causeries musicales et enregistrement en studio le mois suivant.

Pourquoi a-t-il accepté de travailler avec toi ?

Il a estimé qu’il pouvait apporter quelque chose à mes chansons et m’aider à me réaliser musicalement. Ce qu’il a fait. Nous nous sommes retrouvés aux studios ICP pour enregistrer le duo « Highlands ».

Cette première chanson, c’était aussi l’occasion de voir si ça collait suffisamment entre vous pour faire un album entier ensemble ?

Non, parce qu’au départ, il n’en était pas question. Après l’enregistrement du titre, il m’a simplement dit qu’il voulait bien continuer tout l’album si ça m’intéressait. J’ai accepté avec beaucoup de plaisir. C’est quelqu’un que j’admire depuis très longtemps.

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Nirman et Da Silva, lors de l'enregistrement du disque. 

Qu’as-tu appris avec Da Silva ?

Beaucoup de choses. Il m’a appris à chanter les mots. Il m’engueulait parfois pour que je chante plus avec les tripes. Il trouvait aussi que j’avais de jolis graves dans ma voix, mais que je n’exploitais pas. On a un peu travaillé ce côté-là et ça a bien collé.

Vous avez coécrit six chansons et lui en a écrit quatre.

Et les deux autres sont deux chansons de l’EP, dont « Azzam David ». Ecrire avec lui a été aussi très formateur. Il me reprochait souvent d’être trop dans la retenue dans le texte, de ne pas aller au bout des choses. Avant, je ne faisais que suggérer. Lui est plus tranchant que moi dans les mots. Je l’ai beaucoup écouté et observé. Ensemble, on a balayé des sujets, des moments de vie qui me traversent, qu’ils soient heureux ou malheureux, sans me cacher derrière un masque ou un personnage, comme j’avais tendance à le faire avant. J’ai pu évoquer tous mes questionnement sur l’amitié, la solitude, la mort, l’amour…

Clip de "Compagnons de lune".

nirman,dimitri nirman,interviewIl y a un duo avec Cali, que tu as rencontré à Tarbes au Pic d’Or 2018.

Après la finale, tous les candidats fumaient dehors en discutant entre eux. Moi, j’avais dans l’idée de choper Cali. Je suis parti tout seul devant la grande porte d’entrée du Théâtre des Nouveautés. Il est sorti au bout d’une demi-heure, nous avons fait une photo et nous avons parlé quelques minutes. Je lui ai dit que je travaillais avec Da Silva et je lui ai présenté mon projet. Quelques semaines après, je retourne à l’ICP faire mon album avec Emmanuel. On a commencé à chercher une personne pour un autre duo. Je lui suggère Cali. Comme c’est un pote à lui, il lui a envoyé le texte et, l’ayant apprécié, il a accepté de chanter avec moi. Cali est donc venu au studio et quand il m’a vu, il m’a dit qu’il se souvenait très bien de moi au Pic d’Or.

Comment s’est passé l’enregistrement du duo ? nirman,dimitri nirman,interview

Quand il a commencé à chanter, j’ai pris un grand coup de vent. J’ai eu l’impression que j’allais tomber à la renverse. J’étais troublé tant il était dans la chanson. Il était habité par elle au point de laisser couler des larmes en chantant. Inutile de te dire que j’avais une très grosse pression. C’est encore Da Silva qui a su trouver les mots pour me rassurer. Il m’a dit « Ce n’est pas un combat de coq. Quand tu reçois un ami chez toi, tu l’accueilles bien, tu lui fais de la place pour qu’il se sente bien chez toi… Tu fais pareil avec Cali sur ton album!" Du coup, on a trouvé un équilibre.

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Avec Cali et Da Silva, lors d'une pause.

nirman,dimitri nirman,interviewAvoir deux duos avec Da Silva et avec Cali sur son premier album… quel luxe !

Je ne les ai pas choisis au hasard. Ce sont deux personnes que j’admire énormément et avec lesquels je rêvais de travailler.

C’est marrant, je t’aurais plus associé à un artiste comme Alain Chamfort.

Pour « Compagnons de lune », Cali était l’interprète idéal, je t’assure. Dans le registre sombre et triste, il est exceptionnel. Tu n’as qu’à écouter son disque sur Léo Ferré, il est incroyable ! Quand tu lis ses livres, tu le constates, c’est quelqu’un à fleur de peau qui a des plaies encore bien ouvertes.

Clip de "Sur le balcon de mon cœur", tourné à Saint-Pétersbourg (Russie) et réalisé par Stéphane Neville.

Ton deuxième single est la chanson qui ouvre l’album, « Sur le balcon de mon cœur ». Le clip a été tourné chez toi, en Russie.

C’est une chanson qui parle de mon père que j’ai perdu pendant l’enregistrement du disque. Il fallait que les choses soient dites. Quand on a réfléchit à un clip, étant donné mes origines, mon vidéaste, Stéphane Neville, a trouvé logique que nous allions en Russie.

Tu es franco-russe, ça t’a fait quelque chose de te rendre là où sont tes racines ?

Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai retrouvé une partie de moi-même. En revenant en France, ça allait déjà un peu mieux.

La chanson, ça remplace un psy ?

Quelque part, oui.

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(Photo : Stéphane Neville)

Tu as écrit aussi sur ton fils, « Je te dirai » et sur ta femme, « Mon amour ».

Je réfléchissais à écrire une chanson d’amour et je me suis rappelé une interview de Florent Pagny qui expliquait qu’il ne voulait pas qu’on lui propose des chansons d’amour où il serait malheureux parce qu’il est très heureux depuis plus de 15 ans avec la même femme. Moi, je suis dans le même cas puisque je suis avec ma femme depuis 10 ans et que tout se passe bien. J’ai repensé à la chanson « Mon amour » de Kent dans laquelle il se demande comment sa femme et lui ont résisté au temps. J’avais enfin mon angle.

J’aime beaucoup la chanson « Ma solitude ».

J’ai beaucoup souffert de la solitude dans le milieu de la musique, mais depuis trois ans, je l’ai apprivoisé. Je me suis battu au quotidien pour mon projet et j’étais tout seul à travailler. Je n’avais pas de collègues et il y avait beaucoup de concurrence. J’ai aussi souffert que mes amis s’éloignent un peu et ne prennent pas au sérieux mon investissement dans la musique. J’en ai fait une chanson, avec l’aide de Da Silva qui, encore une fois, m’a permis d’aller jusqu’au bout.

Si je te dis que c’est un disque de variété française, tu le prends comment ?

C’est plus un album pop, mais j’ai fait en sorte que tout le monde puisse s’y retrouver, qu’il soit très large. Mais dire que c’est un disque de variété, je vis très bien avec ça.

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Nirman en première partie de Suarez en Belgique.

Tu as fait beaucoup de premières parties de Suarez en Belgique devant 800 à 1000 personnes, parfois plus encore. Je sais que ça c’est hyper bien passé.

Cette aventure, c’est encore grâce à Da Silva. C’est lui qui m’a présenté le chanteur du groupe, Marc Pinilla. On est devenu très copains. Un jour, il m’a proposé de faire ses premières parties en Belgique où ils sont multi disques d’or. Lors de la première date à Liège on a été accueilli comme des rois. J’ai appris que Marc parlait de moi à chaque fois qu’il faisait une télé ou une radio. J’ai halluciné ! Je ne vois pas qui, en France, considère autant sa première partie.

Tu vas continuer à tourner en Belgique, en Suisse (où le duo avec Cali est coup de cœur de l’année par RTS), en France, au Maroc…

Oui, et je suis accompagné par un brillant multi instrumentiste, Sylvain Briat. Il m’a beaucoup aidé à me trouver dans cette formule à deux.

Tu as formé une petite équipe autour de toi qui t’est essentielle.

Mon noyau dur c’est un musicien, Sylvain Briat, un photographe vidéaste, Stéphane Neville et un agent, Jean-Luc Bonaventure. Ces trois personnes m’ont permis d’éclore et aujourd’hui, on y va à fond. J’ai galéré des années pour espérer vivre ça.

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Après l'interview, le 10 février 2020.

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08 mars 2020

Marijosé Alie : interview pour l'album Madanm

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(Photo : Mike Ibrahim)

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorMarijosé Alie sort successivement son troisième disque, Madanm, et son deuxième roman, Une semaine et un jour. Cette artiste martiniquaise est connue musicalement pour avoir écrit et interprété un des plus grands tubes caribéens, le sensuel « Caressé Mwen ». Elle est aussi réputée comme journaliste ayant fait une belle carrière dans le service public à la télévision.

Ayant travaillé quatre ans à RFO Guyane, j’ai croisé la route de Marijosé Alie (voir après l’interview) en tant qu’artiste et en tant que journaliste. Je l’ai toujours considéré comme une sommité antillaise, ou plus simplement, une grande dame pour laquelle j’avais beaucoup de respect. D’ailleurs, le titre de son nouvel album signifie « Madame » en créole martiniquais, mais aussi maîtresse femme. Cela lui va comme un gant.

Quand les deux attachées de presse de Marijosé Alie m’ont fait parvenir son nouvel album dans le but de l’interviewer, j’ai accepté immédiatement. En écoutant ce disque enregistré et réalisé avec Mike Ibrahim, j’ai été immédiatement transporté dans mes années guyano-antillaises. C’est l’effet que me fait sa voix et ses mélodies. Les souvenirs remontent à la surface. Quant à ses textes, ils sont toujours aussi percutants que poétiques, en créole et en anglais. Ici, elle évoque des thèmes essentiels tels que les violences conjugales ou la place des femmes dans la société d’aujourd’hui. Il y a aussi un titre sur l'attentat du Bataclan…

Le 11 février dernier, je suis donc allé chez elle pour une première mandorisation. J’ai retrouvé la Marijosé Alie que j’ai toujours connu, sans aucune langue de bois. Appréciable…

Pour écouter l'album Madanm.

Biographie officielle :marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandor

Vingt ans que Marijosé Alie n’avait pas enregistré de disque à son nom. Pour autant, elle ne s’était pas murée dans le silence. Au cours d’une brillante carrière de journaliste (successivement grand reporter, rédacteur en chef, directrice régionale, elle évolue entre Paris, Dijon et la Martinique jusqu'en 2002, où elle occupe à Paris le poste de directrice de l'international à RFO) qu'elle achève en tant que directrice déléguée aux programmes chargée de la diversité à France Télévision, elle a trouvé le temps d’écrire deux livres, d’enregistrer un album en compagnie de ses filles également musiciennes, et de créer le concept Dom Tom folies qui a permis pendant 7 ans à des artistes des outre-mers de monter sur la grande scène des Francofolies de la Rochelle. Son amour pour la Martinique, son île, l'amène à croiser la route d'illustres écrivains de cette terre antillaise, qu'il s'agisse d'Aimé Césaire (à qui elle consacre un documentaire, Le Chemin de Lumière en 1982) ou d'Édouard Glissant, père de la pensée du tout-monde. Il n’y aurait d’ailleurs point de « tout-monde » sans des « toutes-femmes », ces femmes-rhizomes qui luttent sans relâche pour s'élever en se défaisant des liens pesants qui entravent leur pas. Marijosé Alie s’est justement construite dans ces mangroves-là.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorArgumentaire de presse de l’album :

Cet album, Madanm (Madame, en créole martiniquais mais que l'on pourrait
aussi volontiers traduire par Maîtresse-Femme ou Femme Puissante), vient donc ponctuer une nouvelle étape du parcours de celle qui n’aura jamais cessé de garder le poing levé, un poing debout pour, dit-elle, «accentuer la verticalité de la détermination au féminin». Et bien que l’interprète de l’inoubliable « Caressé Mwen » n’affectionne pas particulièrement le terme «féminisme», les chansons de cet album sont sans ambiguïté des baumes, des miroirs, des interrogations, des clés pour les femmes, en particulier celles qui, du Moyen-Orient à Fort-de-France, de Paris à Harare, essaient de toutes leurs forces de participer à la construction d’un devenir, d’un avenir pour ce monde qui ne serait pas sans elles.

En suggérant les rythmes caribbéens plus qu’en les appuyant (les percussions sont rares) et en construisant l’essentiel de ses chansons sur un piano solitaire, Marijosé Alie élabore en compagnie du producteur Mike Ibrahim une folk créole élégante tout autant qu’elle redessine les contours de la chanson antillaise.

Les chansons :

Qu’elle aborde les violences conjugales dans « Madanm », chanson-titre de l’album, ou s’adresse comme une sœur à celles qui subissent la terreur (« Sista »), la plume de Marijosé Alie est aussi subtile que percutante, impressionniste et réconfortante, comme dans « An Ti Moman », où elle assure que le salut d’un monde à la dérive réside dans la douceur furtive de l’instant.

Même promesse de transcendance avec le très sixties « Missié Byron » dans lequel elle cite le poète Swinburne qui promet que même les rivières les plus lasses trouveront leur chemin jusqu’à la mer.

Comme ces rivières, la songwriteuse ne se perd d’ailleurs jamais. Ainsi, dans « Eva », la musique de Bach rejoint un traditionnel guadeloupéen, dans « Say Yes » un bottleneck très « morriconnien » répond à une guitare aride, dans « Missié Byron » encore, la poésie de 1866 et le créole du nouveau millénaire sont une seule et même voix et c’est dans « Da Me » qu’une pulsation afro-cubaine est traversée de stridences rocks avant de faire un détour reggae-dub.

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(Photo : Mike Ibrahim)

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorInterview :

Avant ce nouveau disque, il y a eu en 2015 l’album Kalenda du trio Elle et elles avec deux de vos trois filles, Frédérique et Sohée. C’était une sorte de « transmission ».

C’était très important pour moi d’enregistrer avec elles. On a eu envie de partager au public les moments de plaisir que l’on se donnait entre nous. Frédérique, mon ainée, et Sohée sont compositrices et auteures. Elles font donc leur propre musique. La première donne dans le latino-caribéen et la deuxième dans le folk, soul, blues. Quant à moi, je suis assise entre la musique classique et la musique traditionnelle, entre Bach et le tambour. Nous avons des accents musicaux qui sont complètement différents, même s’ils plongent dans le même creuset, la Caraïbe.

"Paloma", extrait de l’album Kalenda de Elle et elles, sorti en février 2016, raconte l'histoire d'une jeune femme mariée qui a une aventure avec un autre homme tandis que son mari l'attend à la maison.

Dans votre jeunesse, je sais que vous aimiez autant la musique classique, la musique traditionnelle, vous venez de me le dire, mais aussi le rock’n’roll, comme Santana ou Jimi Hendrix. Il y a d’ailleurs un peu de rock dans votre nouvel album…

Vous avez raison. Quand on écoute « Missie Byron », c’est assez électrique. Il y a dans cet album des rythmes très blues et des musiques qui n’ont rien à voir avec notre univers caribéen tout en ayant tout à voir. Avec Mike Ibrahim, qui a travaillé avec moi sur ce disque, on a dépouillé les morceaux de tous les marqueurs culturels de chez nous. Il n’y a pas beaucoup de tambours, pas beaucoup de basse… C’était un choix d’en mettre peu et de ne pas surligner cette musique-là que nous avons tellement dans notre ADN. Le groove est là, dans la manière de poser le piano et de poser les mots. D’avoir des musiques le plus dépouillée possible m’a permis d’aller au bout de ce que je suis. Parfois, on camoufle, on couvre les imperfections. Là, les imperfections sont nues. Je pense que dans les imperfections et les silences, il y a toujours un message musical qui passe.

Dans le disque, c’est vous qui êtes au piano.

C’est Mike Ibrahim qui m’a forcé. Il a trouvé que les maquettes de mes compositions, que je joue au piano, avaient déjà quelque chose d’intéressant. Pour chaque chanson, j’ai réenregistré le piano, mais les arrangements ont respecté la base.

Clip de "Live Goes On", tiré de l'album Madanm.

Peut-on dire que Madanm est l’album qui vous ressemble le plus ?

C’est en tout cas le disque qui ressemble le plus à ce que je suis aujourd’hui. Avant, j’avais beaucoup de plaisir à inviter d’autres musiciens, les meilleurs de la Caraïbe, à mettre leur patte et leur savoir-faire sur mes morceaux. A mes yeux, ça leur donnait une valeur ajouté. Je n’ai jamais été persuadée que je faisais des musiques qui pouvaient intéresser les gens.

A tort, je trouve. C’est comme votre voix. Je sais que vous, vous ne la trouvez pas exceptionnelle, alors qu'elle véhicule en moi beaucoup d'émotions.  

Je n’ai jamais été chanteuse. J’en connais beaucoup qui m’impressionnent parce qu’elles ont un grain, une personnalité vocale forte. Moi, je chante avec mes pieds (rires), mes tripes et mon cœur, mais pas avec mes cordes vocales. Je ne suis pas une instrumentiste de la voix. Ma voix ne me transporte pas. D’autres me transportent, mais pas la mienne.

Vous vous sentez plus musicienne que chanteuse ?

C’est ça, tout en ayant des choses à dire par le biais de la voix, mais surtout des mélodies. Je sais que suis une mélodiste.

Extrait du passage de Marie-José ALIE, lors du concert des 40 ans du groupe Malavoi au Zenith de Paris, le 1er Décembre 2012.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorVotre chanson « Caressé Mwen », créé en 1983 avec le groupe Malavoi puis réenregistré en solo en 1988, est devenu un standard de la musique caribéenne. Vous avez toujours pensé que le monde a besoin de caresses ?

Complètement. J’ai eu l’idée de cette chanson alors que j'étais journaliste à FR3 Bourgogne, après avoir lu un graffiti sur un mur qui disait : « Alie rentre chez toi ». Je l'ai écrite et composée d'une traite à la guitare, en pensant à mes enfants.

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(Photo : Thierry Joly)

Vous avez travaillé avec les groupes Malavoi, Fal Frett, Ultra Marine… autant dire les meilleurs musiciens caribéens.

Oui, et c’est d’autant plus curieux que je ne l’ai jamais cherché puisque je ne me considérais pas comme une professionnelle de la musique.

C’est amusant parce que, je le répète, la perception que vous avez de vous n’est pas la mienne. Je vous vois plus comme une artiste que comme la journaliste star qui a occupé de hautes fonctions au sein de France Télévisions.

Franchement, la dimension artistique ne m’a jamais quitté dans la relation avec les autres, dans la manière dont j’inventais des programmes, des évènements. Je pense aussi que j’avais des réflexes d’artistes sur beaucoup de sujets, même si j’étais carrée et exigeante. Quand j’étais rédactrice en chef, on m’appelait Cruella, c’est tout dire.

C’était justifié ?

Je ne sais pas, mais ce qui n’avait rien à voir avec la réalité, c’est que les 101 dalmatiens, c’était des innocents. Moi, je peux vous dire que je n’avais pas affaire à des petits innocents (rires).

Et en plus, vous étiez une femme…

J’étais la première rédactrice en chef, la première directrice régionale… ça faisait beaucoup.

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(Photo : Mike Ibrahim)

Est-ce que vos collègues journalistes vous prenaient au sérieux alors que vous faisiez de la scène, qu’on vous voyait chanter à la télé et que vos chansons passaient à la radio ?

Quand je suis venue à la musique, j’avais déjà fait mes preuves journalistiques, donc ma réputation était déjà faite. Mais ce qui m’a été dit c’est : « tu ne peux pas interviewer le président de la République et chanter « Caressé Mwen » ! » Ça ne m’a pas empêché de le faire quand même. Le mélange des genres, dans deux domaines qui n’ont rien n’à voir, les gens n’aiment pas. Si j’ai été extrêmement critiquée, notamment par les politiques, c’était surtout parce que je ne faisais de cadeau à personne.

C’était en 1981 et la droite menait la danse…

Que ce soit outre-mer ou ailleurs, il y avait une sorte de main mise sur l’info. Si on n’était pas dans les clous ou si on ne caressait pas la bête dans le sens du poil, on était considéré comme un immonde gaucho communiste qui devait être cloué au pilori. C’était une époque où personne n’admettait qu’on ait une rigueur professionnelle, que l’on se batte pour être le plus objectif possible et que l’on donne la parole aux uns et aux autres. La résistance du journaliste face au pouvoir, ça n’a pas toujours été facile pour moi.

Et les musiciens, ils pensaient quoi de cette autre vie-là ?

Certains considéraient aussi qu’il n’était pas normal que je sois à la fois journaliste et chanteuse musicienne, c’était avoir deux fois de la lumière sur moi.

Globalement, il y avait beaucoup de jalousie autour de vous.

C’était plus de la perplexité que de la jalousie. Tout le monde se demandait si j’irais au bout de ce que je faisais. N’étais-je pas en touriste dans toutes mes activités ? Pas du tout parce que mon caractère profond m’incite à aller toujours au bout de ce que j’entreprends.

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Mariejosé Alie, Patrice Duhamel, Patrick de Carolis et Aurélie Bambuck, lors de la 11e rencontre avec les téléspectateurs de France Télévision.  

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandor(A gauche, à l'anniversaire de François Mitterrand en 1991Vous parliez du pouvoir des hommes politiques, mais vous-même, vous avez été une journaliste influente et une patronne qui avait aussi beaucoup de pouvoir.

Ce n’était pas du pouvoir, c’était de la responsabilité.

Un petit peu quand même.

Non. D’avoir la possibilité de faire bouger les choses en donnant à voir les évènements au plus près du réel, c’est une forme de pouvoir, mais ce n’est pas un pouvoir qu’on exerce, c’est un pouvoir que l’on met à la disposition des autres. C’est complètement différent.

Mais la frontière est mince, non ?

Non. Elle est énorme. J’estime que je n’étais rien. D’ailleurs si j’écris et si je fais de la musique, c’est pour pouvoir parler à la première personne. Quand on est journaliste, on n’a pas le droit d’avoir une opinion… et moi, j’ai tout le temps des opinions et des convictions. L’art a toujours été une soupape qui m’a permis de ne pas imploser. Mon être profond a pu ainsi s’exprimer.

Clip de "Eva", tiré de l'album Madanm.

Est-ce que Madanm est un disque féministe ?

J’ai beaucoup de respect pour le féminisme du début du siècle dernier. J’ai du respect pour celles qui se sont battues au sens propre du terme, qui ont risqué leur vie, qui sont allées en prison… C’était des combattantes qui se heurtaient à un mur. Le féminisme à cette époque-là, c’était une action physique permanente. Moi, je suis juste une femme qui défend son territoire et par conséquent, celui de toutes les femmes parce qu’on est en complicité de par le monde.

Vous appartenez au parlement des écrivaines francophones.

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Nous sommes 100 et nous venons du monde entier. Il y a des femmes d’Afrique de l’ouest, d’Afrique du Sud, des femmes d’Inde, du Canada... C’est l’écriture en langue francophone qui nous relie. Nous ne sommes pas au même degré de revendication et aux mêmes étapes de combat selon d’où l’on vient, mais nous nous attendons les unes, les autres.

Vous vivez le féminisme d’aujourd’hui comment ?

Je suis femme, solidaire de toutes les femmes et solidaires de tous les combats que l’on peut mener ensemble pour pouvoir avancer. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Les espaces que l’on a conquis ne sont jamais acquis. Il faut rester en vigilance permanente pour que ça ne redescende pas ou que ça ne retourne pas en arrière. Comme dans n’importe quelle bataille, ce qui est conquis n’est pas acquis.

On peut dire tout de même que la parole des femmes s’impose désormais. Le #balancetonporc ou #metoo ont changé la donne. Avez-vous été victime vous-même d’hommes un peu trop prévenants.

A mon époque, on se battait un peu chacune individuellement. Il n’y avait ni cet élan, ni ce partage de la parole. Quand je suis arrivée à Paris parce que l’on ne voulait pas de moi en Martinique (j’étais jugée trop subversive), le big chief de l’époque m’a accueilli dans son bureau pour que l’on discute de ma mutation. Il m’a dit que si je voulais Paris, c’était possible. En gros, c’était : « tu couches, tu as Paris ». Il devait s’imaginer des choses… femme et femme des îles de surcroit, double pénalité. Je précise que je n’ai pas eu à me défendre d’un attouchement quelconque, mais il y avait quelque chose de tellement méprisant et méprisable à me faire très clairement comprendre que pour obtenir Paris, ça ne dépendait que de moi. Résultat, je me suis retrouvée à FR3 Bourgogne, à Dijon. Franchement, je ne le regrette pas. C’est une belle région et c’était une belle période.

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Marijosé Alie, présentatrice du journal télévisé à FR3 Bourgogne – © crédit photo : Droits Réservés

Vous avez eu le droit à des mains qui traînent ?

Non, je suis assez sauvage et capable d’être violente physiquement. Je crois que les hommes le savaient. Je n’ai donc pas eu à me défendre d’agression physique. Par contre, je ne suis pas la seule dans ce cas-là, mais je me suis fait beaucoup rabaisser. Je ne me suis jamais laissé faire, j’ai d’ailleurs la réputation d’avoir le verbe haut. Avec les mots, je suis capable de mettre les gens plus bas que terre … ce qui fait que ma carrière a été difficile et chaotique.

Je la trouve belle, moi, votre carrière.

En tout cas, je ne la dois qu’à moi.

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Marijosé Alie excelle dans ce rôle de marraine de jeunes talents puisqu’elle a été, lorsqu’elle était directrice de RFO, l’ancêtre des réseaux 1ére, à l’origine d’une opération baptisée « Dom-Tom Folies » à la Rochelle qui consistait à faire monter sur la scène des Francofolies un représentant de chaque territoire ultramarin donnant ainsi de la visibilité à des jeunes artistes ultramarins. Autant dire que dans sa carte blanche à l'Olympia, elle a pris un malin plaisir à concocter et à valider une sélection d’artistes de la jeune génération.

Parlons écriture de livres. Vous avez publié deux romans et un recueil de poèmes. Pourquoi ne pas écrire sur votre vie ? Vous avez vécu beaucoup de choses…

Je ne pense pas que ma vie représente un intérêt quelconque. Par contre, j’ai besoin de libérer mon imaginaire. Ce n’est pas avec ma vie que je vais libérer mon imaginaire. Peut-être que pour mes enfants, un jour j’écrirais mes mémoires, parce que ce sont des époques et raconter comment je les ai vécues s’inscrit dans une plus grande histoire.

Dans vos livres, vous ne racontez jamais la Martinique. Vous tournez autour…

Dans mon troisième roman, sur lequel je suis en train de travailler, l’action se situe en Martinique. Ça a été difficile pour moi, car j’ai beaucoup de pudeur par rapport à mon pays. Dans la relation profonde entre les gens et leur endroit, leur espace et eux-mêmes, il y a beaucoup de désarroi, de haine parfois, de rancœurs, de passions positives ou négatives. C’est toujours difficile à restituer sans que cela ne soit manipulable. Je n’ai pas eu le courage de raconter mon endroit, mais ça vient… disons que ça fini par venir.

marijosé ali,madanm,une semaine et un jour,interview,mandorMarijosé Alie s’installe définitivement au premier plan dans le paysage de la littérature francophone. Prix Ivoire 2016 décerné pour son premier roman Le Convoi, elle revient avec un nouveau roman, Une semaine et un jour. En voici le résumé officiel :

Soraya marche dans les rues de Paris ; elle erre comme peuvent errer les gens qui ont tout perdu ou qui se sont perdus eux-mêmes. Elle n'a qu'un sac sur le dos et un vieux cahier qu'elle ne quitte pas. Elle a certainement eu une autre vie avant ; ses manières sont trop belles, son porte-monnaie trop plein. Alors quoi ? Qu'est-ce qui la pousse à vivre dehors, à écumer les chambres d'hôtel minables, à suivre cet homme étrange qui parle aux morts ?
Et pourquoi ce vieux cahier qu'elle ouvre dès qu'elle le peut et qui semble être le seul à pouvoir l'apaiser ? Qui est donc cette Célestine qui a traversé les océans pour arriver à Paris durant l'hiver 1788, alors que le froid sévit et que la Révolution française se prépare ?

Je lui ai posé quelques questions sur le livre en fin d’interview, puis je suis tombé sur cette rencontre enregistrée lors d’une soirée de présentation du roman le mardi 4 février 2020 à la Maison de l’Amérique Latine (Paris). Marijosé Alie répond aux questions de Viktor Lazlo. J’ai donc trouvé plus judicieux de diffuser cette vidéo plutôt que de publier les réponses de l’auteure à mes questions. Cette complicité féminine a indéniablement apporté un plus. Je ne lutte pas. Je vous propose la meilleure façon de vous inciter à lire ce formidable roman.

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Archives!

Comme je vous l'ai indiqué dans l'introduction de cette mandorisation, dans les années 80, j'ai parfois croisé la route de Marijosé Alie. Il m'en reste quelques clichés...

Ici, c'était le 24 août 1988. Elle participait au Grand Méchant Zouk qui s'est tenu au stade Baduel à Cayenne.

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L'année suivante, le 16 décembre 1989, toujours à Cayenne, je l'ai de nouveau interviewé, mais je ne sais plus du tout à quelle occasion. 

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04 mars 2020

Mira Cetii : interview pour Cailloux & Météores

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©Thomas Guerigen

mira cétii,aurore reichert,cailloux & météores,interview,mandorJe ne connaissais pas du tout Mira Cétii, qui pourtant évolue déjà depuis 2014, et j’avoue que l’écoute de son album Cailloux & Météors m’a véritablement charmé. Voix céleste, texte poético-onirique sur une pop entre acoustique, organique et électronique. Vous seriez bien inspirés de ne pas passer à côté.

Moi, en tout cas, je ne le pouvais pas. Il fallait que je mandorise cette auteure-compositrice-interprète surdouée.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Cailloux & Météores.

Biographie officielle :mira cétii,aurore reichert,cailloux & météores,interview,mandor

Mira Cétii c’est le nom d’une étoile.

Avec deux « i » et deux poings sur les hanches, c’est le nom de la chanteuse autrice et compositrice : Aurore Reichert.

Après ses précédents EP portant des noms de constellations et chargés de mythologies célestes, Mira Cétii décide d’atterrir sur le sol (mais est-ce le sol de la Terre ?) avec une douceur fracassante pour son premier album Cailloux & Météores.

De comptines poétiques susurrées au creux de l’oreille, en chansons plus rythmées, ironiques ou revendicatrices, sa voix dépose ses mots doucement ou bien les projette en avant comme pour mieux avancer sur son chemin intérieur. Inspirée par des artistes aux musiques organiques et minimalistes telles Camille et Kate Bush pour le côté expérimental ou comme Alain Bashung pour la poésie, Aurore utilise dans cet album toutes les nuances de sa voix, suspendues entre mélodies diaphanes et refrains plus rocailleux. En solo ce sont ses double voix et le fil de la guitare qui la porte mais il y a aussi ses machines : sur la lignée d’Émilie Simon ou de Björk, Aurore ancre ses morceaux avec des sons électro, sorte de cailloux cubiques qui construisent brique par brique la plupart des rythmiques et des ambiances étranges et lunaires.

Laissez-vous emporter dans l’univers étrange de Mira Cétii tout au long des 11 titres de son premier album aussi onirique que magnétique (avec la participation exceptionnelle de Christian Décamps/Ange sur une chanson).

Mira Cétii cherche peut-être à ne pas se perdre en semant des cailloux… à moins que ce ne soit une invitation à la suivre sur sa planète ?

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©Thomas Guerigen

mira cétii,aurore reichert,cailloux & météores,interview,mandorInterview (photo ©Thomas Guerigen) :

Tu as commencé la musique avec ton père, guitariste et « bidouilleur de son ».

Grâce à lui, je suis rentrée dans le bain de la musique de façon assez naturelle. Il était du genre à nous faire assoir ma mère, ma sœur et moi pour nous proposer des séances d’écoute en commentant le disque en question. Très vite, je me suis rendu compte que jouer de la musique était ce que je voulais faire, mais petite, je ne m’en sentais pas capable parce que j’étais très timide, ou disons, très réservée. La musique, c’était mon secret. Un jour mon père m’a entendu chanter et, du coup, il m’a incité à continuer. Au début, ça m’amusait et, très vite, je me suis prise au jeu et j’ai eu envie d’aller plus loin.

Tu as écumé les petites salles et caf’conc’ de Moselle de 1996 à 2000 avec ton père dans le duo T’Aï. Puis, avec Jean-Pascal Boffo, tu as intégré le groupe pop folk electro Alifair, expérience qui a duré 10 ans.

C’est avec Alifair que je suis vraiment devenue intermittente et semi-professionnelle. Avec Jean-Pascal, on a pu facilement faire des albums de qualité (quatre en tout) sans trop dépenser d’argent parce qu’il avait un studio. De travailler avec des musiciens plus âgés que moi a été une belle école de musique et une aubaine. J’ai appris beaucoup avec Jean-Pascal et j’ai gagné pas mal d’années d’expérience. C’est en le voyant travailler que j’ai découvert mon intérêt pour les ordinateurs et les possibilités qu’ils offraient.

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©Thomas Guerigen

Comme Alifair a commencé à s’essouffler, le groupe s’est séparé. De 2011 à 2014, tu décides de vivre dans la forêt dans une maison avec ton compagnon d’alors. C’est un changement de vie radical.

Alifair est au départ un duo et on ne s'est pas séparé. On a juste ralenti notre travail sous ce nom là, mais Jean-Pascal est toujours très présent. Il m'avait aidé à développer Mira Cétii, et quand l'occasion se présente il fait encore parfois mon son en concert. Nous collaborons également à d'autres projets... En tous les cas, on reste très  proches et il n'est pas exclu que l'on fête dignement les 20 ans d'Alifair en 2021 !

Mira Cétii, c’est un double d’Aurore Reichert ?

Ce n’est pas un autre personnage, c’est plus une robe, une tenue spéciale pour monter sur scène. J’aime l’idée de trouver un look que je n’aurais pas dans ma vie quotidienne pour vivre ma vie d’artiste. Mira Cetii, c’est juste une partie de moi, celle que j’ai envie de mettre en avant.

Tu finis par enregistrer un triptyque d’EP nommé Ce que les étoiles commettent avec Orion en 2015, Persée en 2016 et Cetus en 2018.

Fin 2014, j’ai participé à un appel à projets musicaux. Il m'a permis de jouer en première partie d’Emilie Simon à La Laiterie, à Strasbourg. Je ne suis pas la seule à avoir été sélectionnée puisque c'était pour sa tournée nationale : elle cherchait des groupes par région. Bref, je n’avais pas de chansons prêtes. Mira Cétii n’était pas prête non plus, mais je m’en suis sortie. L’accueil du public a été parfait. Ça m’a incité à foncer. J’ai donc sorti ces 3 EPs assez rapidement.

Clip de "La source" réalisé "à la maison" par shelleygrafx & MiRA CÉTii

En mai 2019, tu fais la première partie du groupe Ange à Nancy. Là, tu rencontres leur producteur, Jean Christophe Boileau, qui te propose d'intégrer leur label, ArtDisto.

Comme il avait apprécié ma prestation, Jean-Christophe Boileau m’a dit qu’il cherchait quelqu’un pour les premières parties de leur tournée. La condition était que je fasse un album pour pouvoir les vendre à l’issue des concerts. Je ne m’y attendais pas, donc je n’avais pas beaucoup de chansons dans ma besace. J’avais neuf mois pour en créer et les enregistrer. Ils m’ont présenté un réalisateur, Laurent Lepagneau. J’ai travaillé sur l’album, avec un musicien additionnel : qsb, avec lequel j’avais déjà bossé sur mes deux précédents EP, car j'adore son travail et son style électro-déglingué. Il m’aide à faire un pas de côté sur mes arrangements pour que mes chansons aient toujours un petit truc original et inattendu. Laurent aussi a apporté beaucoup de sa touche personnelle. Il m'a notamment aidé à élaguer mes excès éventuels, car la liberté apportée par la MAO me pousse souvent à en faire des tonnes ! (rires)

Vous avez partagé le travail comment ?

J’ai composé des chansons que j’ai aussi arrangées. Il y a des chansons que nous avons co-composés et co-arrangés qsb et moi, puis nous avons donné le fruit de notre collaboration au réalisateur. Il y avait une trentaine de chansons ! Laurent Lepagneau en a choisi onze qui lui paraissait les plus cohérentes pour l’album, puis il a également retravaillé certains arrangements.

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©Thomas Guerigen

Qu’est-ce que ça t’a apporté de travailler avec un réalisateur ?

J’ai trouvé ça très intéressant. Au début, j’avais peur d’être dépossédée de mon projet, mais en fait, pas du tout. Il a cerné l’artiste que je suis et il a fait au mieux pour se fondre dans mon univers et m’apporter son savoir pour que le projet parle aux gens. Un regard extérieur est essentiel. Je n’aurais pas cru que cela me facilite autant les choses.

Je crois savoir qu’il t’a aussi conseillé dans ta façon de chanter.

Je considère que ma voix est un instrument. J’adore chanter, donc j’aime le faire de plein de manières différentes. Il m’a demandé de me concentrer sur une seule façon, celle qui correspondait le plus, selon lui, à ma personnalité et aux chansons de l’album. Avec le recul, je trouve qu’il a bien fait, car il m’a aidé à affiner la personnalité de Mira Cétii.

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©Thomas Guerigen

Textuellement, il est question d’amour, de nature, de paysage… on est dans les sensations et la poésie… .

J’aime bien dire que je fais de la poésie pop. La musicalité des mots est très importante, mais j’aime les textes qui restent le plus ouvert possible à l’interprétation. En tant qu’auditrice, j’aime bien interpréter le sens d’une chanson comme je le veux. Dans mes chansons, j’aime donc proposer plusieurs niveaux de compréhension. J’aime aussi créer des combinaisons de mots que l’on n’utilise pas dans la vraie vie. Il m’arrive également de changer le sexe des mots. Et je ne suis pas la seule : une amie chanteuse (Veren Ka)
avec qui j'ai beaucoup travaillé avait écrit un jour une chanson nommée "La soleil », j'avais trouvé cela très beau. Et c'est dans ce genre de prise de liberté que je me retrouve. Je souhaite que mes mots soient créateurs d’émotions et générateurs de beauté, même si celle-ci peut être cruelle parfois. Quoiqu'il en soit, le langage est une force, une arme… j’essaie de l’utiliser le mieux possible.
 

Et musicalement ?

Dans ce disque, j’ai essayer d’utiliser des sons que l’on n’a pas l’habitude d’entendre. J’ai aussi tenté de trouver un équilibre, ou un déséquilibre, entre l’organique et l’électronique.

03 mars 2020

Morgane Imbeaud : Interview pour l'album Amazone

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(®Goledzinowski)

morgane imbeaud,amazone,interview,mandorDans son premier album solo, Morgane Imbeaud se livre sans concession, sans maquillage, à l’image de la photo de la pochette. Comme l’indique le dossier de presse, « il est loin le temps où la jeune fée folk courait ses premières scènes avec le duo Cocoon. Pour ce projet, la compositrice s’est exilée en Norvège, seule, loin des autres, plus proche d’elle. Son constat : malgré une première partie de carrière bien remplie (au sein de Cocoon, Peaks et Orage, nombreuses collaborations avec Jean-Louis Murat, Julien Doré, Elias Dris, sans oublier son conte musical Les Songes de Léo » (pour lequel je l’avais mandorisé une première fois).

Avec ce premier disque en solo, Amazone, la carrière de Morgane Imbeaud va prendre un nouveau chemin, celui de la légitimité mérité. Accueillons-là dans le monde des artistes français qui comptent. De la pop folk délicate, épurée, aux mélodies d’une redoutable efficacité. La voix plus affirmée, sur des textes à la fois légers et profonds (si, c'est possible) interprétés en français et en anglais et une assurance musicale qui fait plaisir à entendre. Elle sera en concert le 12 mars 2020 aux Étoiles (Paris). Une deuxième mandorisation s’imposait.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter son disque, Amazone.

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(®Goledzinowski)

morgane imbeaud,amazone,interview,mandorInterview :

Depuis toutes ces années de carrière, c’est ton premier album solo. Tu te dis enfin ?

A la pause de Cocoon en 2011, on m’a souvent reproché d’avoir eu des projets en duo. Avant de me lancer seule, j’avais besoin de grandir encore un peu et de m’affirmer. C’est un souci que j’avais aussi dans ma vie personnelle. A 32 ans, j’ai des choses à dire et il est tant que j’assume parce que rien n’est grave. Aujourd’hui, je me suis émancipée et affirmée. J’ose être qui je suis. Nous n’avons qu’une vie et elle est très courte, alors à quoi bon se cacher, à quoi bon être angoissée, à quoi bon être mal ? On est dans un monde très anxiogène, autant faire les choses que l’on a envie de faire en essayant de faire du mieux que l’on peut. Advienne que pourra… c’est ça qui rend heureux.

Tu as ôté ton masque ?

J’ai toujours été très angoissée, donc ça a été toujours très compliqué de me montrer tel que j’étais. J’ai toujours eu envie de plaire, pas en mode séduction ou amoureux, mais je n’avais pas envie de décevoir. Aujourd’hui, je crois que je m’en moque. J’ai compris que ça ne rendait pas heureux d’essayer d’être un caméléon. Comme cet album, je sais qu’il y en a qui l’aimeront beaucoup et d’autres qui ne l’aimeront pas… et bien tant pis !

"Gressholmen" (Home session)

Ce que j’ai lu de-çi de-là sur cet album est très positif. morgane imbeaud,amazone,interview,mandor

Ça me fait super plaisir parce que l’on a tenté de faire un album intemporel. On n’est pas dans les sons du moment, dans l’electro. Nous avons essayé de marier la froideur des machines à la chaleur des cordes, les bandes analogiques aux sons électroniques. Dans cette optique, on a enregistré cet album au mythique studio Black Box, à Angers, fondé par Iain Burgess et Peter Deimel. Sur place de l’analogique et des trésors vintage, dont une table de mixage Flickinger de 1969. Des jouets d’un autre temps…c’est justement cela qui a rendu ce disque intemporel. En huit jours, non seulement nous avons enregistré sur bande treize morceaux, mais en plus en live. C’était génial !

L’album est réalisé par Renaud Brustlein de H-Burns. Que t’a-t-il apporté ?

Il m’a aidé à m’assumer, à lâcher-prise, notamment sur la voix. Je n’essaie plus de chanter comme une petite fille. On a trouvé un bon équilibre. Il a su me faire confiance pour que je sorte un peu de mes habitudes passées. J’ai cassé le côté lisse que j’avais avant. Renaud a réussi à m’emmener là où je voulais aller. Je ne savais pas comment y parvenir seule.

A l’image de ta musique, tu as épuré le propos et durci le ton.

Quand on fait un travail sur soi, le but est de revenir à l’essentiel. On m’a souvent reproché ma gentillesse, elle m’a d’ailleurs joué des tours plein de fois. Maintenant, j’en ai un peu marre ! Je pense que tout peut se faire en douceur et de façon affirmée. J’en ai marre que la douceur et la gentillesse soient considérées comme des traits de caractère négatifs. Je ne supporte plus qu’ils soient assimilés à de la faiblesse et de l’idiotie. Avant, j’étais un peu trop timide, aujourd’hui, j’arrive à tout dire. J’ai même du mal à me taire, mais en respectant toujours les gens.

Il y a eu un déclic qui t’a fait prendre conscience de tout ça ?

En me retenant toute ma vie, j’ai accumulé trop de choses en moi. J’en suis la seule responsable. J’avais peur des conflits et je craignais de blesser les autres, mais aujourd’hui, j’en ai marre.

Clip d'"Amazone".

Dans le clip d’ « Amazone », tu te montres comme une femme qui assume aussi sa féminité.

Il y a très longtemps, j’avais un ami qui m’appelait « petite chose ». Cela m’énervait. D’accord, je ne suis pas très grande, je suis menue et j’ai un visage assez juvénile, je le sais, mais je ne suis pas une petite chose fragile qui a besoin d’être protégée. J’y arrive très bien toute seule. Dans ce clip, j’utilise un langage corporel d’une femme désormais forte.

Il y a un duo avec Marina Hands, « Messenger ».

Je voulais absolument un duo avec une femme. Je connaissais Marina parce que nous avons des amis communs. J’ai pensé à elle parce que je trouve qu’elle est la définition parfaite de l’amazone des temps modernes. C’est une femme libre et indépendante. Elle fait ce qu’elle veut et passionnément. Nous avons testé nos voix dans un studio à Paris et ça s’est super bien passé. Marina Hands est décidément douée dans tout. Je la trouve parfaite.

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(®Goledzinowski)

C’est quoi une amazone des temps modernes ?

Les amazones ont des figures de guerrières. Il y a plein de légendes autour de ces femmes-là. Moi, je ne me sens pas guerrière, dans le sens violent, c’est plus une affirmation et le fait d’être une femme libre et indépendante en 2020. Les femmes sont libres depuis pas si longtemps que cela… et il y a encore du boulot.

Tu te sens féministe ?

On devrait tous se sentir comme cela. Ce qui est aberrant, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui n’osent pas le dire, comme si c’était un gros mot. Etre féministe, c’est juste normal. C’est vouloir l’égalité entre les hommes et les femmes. Je ne comprends même pas comment on peut ne pas l’être. Le droit des femmes n’est-il pas celui de chaque être humain avant tout ? Je suis féministe, j’ose espérer qu’on le sera tous un jour, ainsi le mot disparaitra.

Il y a un autre duo. Cette fois-ci avec le New-Yorkais Chris Garneau pour un dialogue cotonneux à l’esthétique glam-rock down tempo, « Je t’en veux ».

Chris, c’est mon chouchou. Il avait fait quelques premières parties, en 2007, quand j’étais la chanteuse de Cocoon. J’avais adoré. J’étais hyper fan de sa voix. Nous sommes restés en contact. Je lui ai proposé cette chanson et elle lui a plu. Je suis super contente parce que j’attendais ce duo depuis des années (rires).

La chanson « Si l’amour est un sport » est écrite par l’ami auvergnat Jean-Louis Murat. Il n’est jamais loin de tes productions…

On bosse ensemble depuis longtemps. Nous avons souvent fait des duos et nous avons quelques scènes en commun. En évoluant avec lui, ça m’a décoincé sur mon jeu de scène et sur ma façon d’écrire en français. Je lui demande souvent de l’aide.

"Je ne vous oublierai jamais" (audio).

Il y a aussi un texte écrit par Mickael Furnon, « Je ne vous oublierai jamais » sur une mélodie easy listening et un peu sixties.

Cette chanson m’a parlé tout de suite, dès la première phrase. Elle correspondait parfaitement à ma façon d’être dans ma vie. « Je ne vous oublierai jamais, même si mon nom ne vous dirait rien… » Quand tu te fous de l’avis des gens, ça change aussi ta façon d’aimer. J’arrive désormais à donner sans rien n’attendre en retour. Ça m’a beaucoup apaisé.

Tu lis ce que les journalistes écrivent sur toi ?

Avant je ne lisais pas trop les articles par peur des mots ou des remarques que j’allais trouver. Maintenant, j’apprends à tout lire parce qu’il faut apprendre à encaisser n’importe quoi. Même les choses positives, j’avais du mal à les recevoir. Aujourd’hui tout va bien.

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27 février 2020

Valentin Vander : interview pour l'album Mon étrangère

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(Photo : Franck Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandor« Valentin Vander est un artiste hors-temps, qui se joue des codes de la chanson française traditionnelle en l’habillant de mille tissus pop et d’ornements électroniques » nous explique l’argumentaire de presse. On ne saurait mieux dire. Réalisé par Nicolas Gueguen, Mon Étrangère s’est fabriqué au studio 129H dans le quartier de Ménilmontant. Il en résulte 10 chansons qui inscrivent Valentin Vander dans la cour des grands auteurs-compositeurs-interprètes français.

C’est la troisième fois que je le mandorise, mais jamais seul (voir/lire les précédentes ici et ). Premier tête à tête avec cet artiste qui ne restera pas méconnu très longtemps. C’était le 6 février dernier dans un bar de la capitale.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter l'album.

Biographie officielle (par Arnaud de Vaubicourt) mais raccourcie :

Le terrain de jeu de Valentin Vander est un véritable champ d’expérimentations entre introspection mélancolique et panache pop. « So frenchy ! », pourraient instantanément s’exclamer les anglo-saxons, à l’écoute de ce deuxième album chatoyant. Mais le cahier des charges musical de Mon Étrangère s’avère plus complexe que cela…

L’auteur compositeur interprète, élevé dans une famille de musiciens, use d’armes de séduction massive tout valentin vander,mon étrangère,interview,mandorau long de ce nouveau chapitre. Entre espièglerie, profondeur et constat éclairé sur les relations sentimentales qui lient les êtres, il insuffle une couleur mélodique qui capte dès la première écoute. On trouve alors, au gré des chansons qui jalonnent l’album, ce petit quelque chose d’unique dans sa personnalité joliment désabusée qui n’oublie jamais d’opter pour la dérision. Ici, les émotions priment et semblent inédites, comme si la mélancolie avait embrassé une forme de légèreté. Quand Valentin Vander ne s’amuse pas dans ses spectacles humoristiques Les Goguettes en trio (mais à quatre), il creuse le sillon d’une chanson pop racée à l’élégance discrète. Cet opus l’atteste sur chacune des dix plages qui racontent les atermoiements de l’amour, subtilement éclairés du halo des enjeux de notre temps. La fidélité, l’exclusivité, le caractère aléatoire des désirs : il caresse à chaque mesure l’espoir de trouver une réponse. Bien sûr, elle ne pointe jamais le bout de son nez. Alors Valentin Vander émet ses hypothèses avec douceur souvent, avec ironie parfois.

Encore plus que sur son premier album, L’Audace ou la Timidité, paru en 2015, la palette du chanteur se teinte ici d’humour et d’une lucidité malicieuse.

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(Photo et Artwork de la pochette : Frank Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorInterview :

Tu viens d’une famille de musiciens ?

Mon père est un excellent pianiste jazz. Je précise que n’est pas Christian Vander. Je l’ai toujours vu jouer du piano, mais aussi composer et écrire des chansons. Il est passionné par la chanson et notamment par Brassens, Brel, Ferré, Bobby Lapointe et les vieux standards de musette. Ça, ça vient de mon grand-père qui était accordéoniste de bal. Malgré moi, dans ma jeunesse, j’en ai ingurgité du standard de musette, de baloche et de yéyé…

Tu as écrit des chansons très tôt, je crois.

J’ai eu mon premier projet à l’âge de 7 ans avec deux voisins qui avaient mon âge. On a enregistré trois chansons avec mon père. J’écrivais des textes naïfs qui prônaient la tolérance et qui étaient contre le racisme.

Clip officiel de "L'écho du bonheur" réalisé et monté par Watcheuz.

Tu as toujours écrit ? valentin vander,mon étrangère,interview,mandor

Oui, des poèmes et des histoires. J’étais fou de littérature fantastique. J’ai commencé à lire avec ce genre. A 10 ans, j’écrivais donc des pastiches du Seigneur des Anneaux ou d’Harry Potter. J’avais un besoin irrépressible d’écrire. J’y passais des heures et des heures. Ca arrangeait bien mes parents, parce que du coup, je leur foutais la paix.

Tu écoutais quoi ado ?

Lors de ma préadolescence, j’ai découvert des groupes comme Tryo, La Rue Kétanou, Les Ogres de Barbacks, les Wriggles… c’était mes premières influences. Encore aujourd’hui, ils restent de vrais modèles et de vrais exemples d’indépendance et de réussite artistico-humaine. Je suis aussi très sensible à leur côté festif. (Je le sens réfléchir…) Ah ! J’oubliais ! J’écoutais aussi Kyo, mais c’est un peu plus inavouable. Je suis encore capable de chanter par cœur « Dernière danse », alors que je l’ai apprise en 5e.

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Au lycée, tu as eu un groupe ?

Oui, d’ailleurs très inspiré de La Rue Kétanou et des Wriggles. Il s’appelait Les Voisins. On a fait deux disques. On a eu notre petit succès local en Basse-Normandie, dans l’Orne. Je dirais, un succès Est-Ornais (rires).

Après, tu as quitté ta Normandie.

Le groupe a splitté, mais j’ai toujours ressenti le besoin de faire des chansons. J’ai fait un premier disque seul, mais que je n’ai ni joué, ni commercialisé. Juste, il fallait que je le fasse.

Tu as fait des études dans le milieu du spectacle.

J’ai été régisseur son et lumière. Un temps, j’ai été donc un peu technicien, un peu comédien, un peu musicien… après j’ai arrêté de faire de la régie, je n’étais plus que comédien et musicien, j’ai monté ma compagnie, j’ai fait des spectacles Jeune Public. L’idée était d’acquérir une certaine indépendance plus financière et professionnelle qu’artistique.

Lyrics de "Elle passe".

Aujourd’hui, tu n’es donc dupe de rien, tu connais tous les rouages du métier.

Oui, mais du coup, j’ai tendance à vouloir m’occuper de trop de choses à la fois, puisque je sais. Je mets mon grain de sel sur les lumières et sur le son dans mes projets personnels, mais aussi avec les Goguettes. Je veux toujours m’assurer qu’il n’y ait aucun souci.

Tu es chiant en fait ?

Oui, je suis chiant. En création collective, je peux même être hyper chiant. Je ne le revendique pas, mais j’en suis conscient. J’essaie de travailler dessus.

En 2011, tu sors un premier EP.

Tout seul encore une fois, mais cette fois-ci je l’ai déclaré et déposé aux différents organismes. C’est mon premier vrai CD officiel distribué. Il n’est plus disponible aujourd’hui et c’est tant mieux car je ne l’assume pas beaucoup.

Clip de "La femme de ma vie", réalisé en stop-motion par Sylvain Cornut. Dessins de Valentin Dahmani. Avec l'apparition de Margaux Astravare.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorLes choses commencent à devenir sérieuses à la sortie de ton premier album solo, L’audace et la timidité, produit par un label.

Celui-ci, je l’assume et l’assumerai encore longtemps.

Deux ans avant ce premier album, tu avais déjà commencé avec les Goguettes (lire la mandorisation là).

Oui, mais on jouait dans de petits lieux. Quand est sorti mon premier album solo, ma carrière perso était plus importante que les Goguettes. C’était juste un délire entre copains dont personne ne parle encore. Ça n’avait rien à voir avec ce qu’est devenu le groupe aujourd’hui. Quand les Goguettes se sont professionnalisées et que l’on commençait à parler de nous à la radio, j’ai décidé de mettre de côté ma carrière solo.

Aujourd’hui, la sortie de ce deuxième album « officiel », Mon étrangère, arrive à point ?

Oui, parce que j’ai parfois l’impression d’être schizophrène. J’ai un moi humoriste qui est assumé par les Goguettes et j’ai un moi qui aime beaucoup les chansons tristes et touchantes. J’aime bien la poésie, les chansons d’amour, les chansons un peu torturées aussi. Il y a des émotions que je ne peux pas approcher avec les Goguettes puisque le but unique de ce groupe est de faire rire. Tout ce qui ne fait pas rire, je le garde pour mes chansons personnelles.

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(Photo : Franck Loriou)

S’il y a une forme de mélancolie, je ne trouve pas ton album triste. Il y a de la dérision et de l’autodérision dans ces chansons qui parlent d’amour qui ne finissent pas toujours bien…

C’est un vrai disque de rupture. Il s’est construit dans la douleur d’une relation amoureuse et il s’est terminé dans la rupture. Mais tant mieux s'il ne donne pas une sensation de tristesse. 

Un artiste fait du beau avec son malheur.

Il est obligé. Ça lui sert à ça d’être artiste ! C’est pour se sauver soi-même. Quand je parviens à écrire une chanson dans laquelle j’arrive à exprimer les émotions qui me traversent, comme un désespoir amoureux, ça me sauve. C’est là-dedans que va mon énergie, mon émotion négative qui pourrait m’emmener à rester enfermé pendant des mois. Je ne sais pas comment font les gens qui n’ont pas cette possibilité. Sur le disque, il y a 10 titres, mais j’en ai fait 45 pour raconter comment j’allais mal (rires).

"Mon étrangère" en version live acoustique. 

A part « Mon étrangère », le titre éponyme, les chansons d’amour ne sont pas si tristes.

Les autres sont plus imagées, moins directes. De toute manière, j’ai un relativisme et un optimisme intégrés qui font que je ne peux pas trop vivre de drame à cause de l’amour.

Tu ne chantes pas que des chansons d’amour…

Je ne sais pas si j’écris des chansons d’amour. Je pense écrire des chansons sur plein de sujets et je me sers de l’amour comme étant un prisme qui permet de zoomer sur le sujet et lui donner un contexte.

Tu évoques d’autres sujets. Dans « Poussez-vous j’arrive », tu évoques les migrants, dans « Il se peut », tu racontes la misère du monde…

Dans cette dernière, c’est une autocritique de moi. Je raconte l’histoire d’un jeune, plutôt bourgeois, qui s’intéresse à des questions d’écologie et de société en général, mais qui globalement, arrive à vivre sa vie confortablement sans être pris par l’urgence des propres causes qu’il défend.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorIl y a duo avec Léopoldine HH, « L’hirondelle ».

C’est moi qui l’ai contacté pour le disque. On ne se connaissait pas personnellement, mais nous nous sommes vite très bien entendus. Elle est particulièrement gentille, drôle et lumineuse, comme elle est sur scène.

Ce que j’aime dans ton album, c’est qu’il est varié. On passe d’une chanson comme « Elle passe » (voir lyrics plus haut), très pop, à une chanson comme « Verlaine », de facture plus classique, piano-voix.

En faisant ce disque, j’ai réalisé que j’en avais marre de la chanson, du jazz, qui était un peu le style de mon premier album, j’ai donc voulu faire de la pop mâtinée d’electro… J’ai trouvé un beat maker en la personne de Nicolas Gueguen qui a réalisé et arrangé tout l’album. Je lui ai dit que j’adorais le groupe L’Impératrice, qui fait de la pop un peu electro disco d’aujourd’hui, avec un bon sens de la mélodie. Je lui ai filé « Elle passe » en version guitare voix et je lui ai demandé d’en faire ce qu’il voulait. J’étais hyper content du résultat. Nous sommes donc parti avec cette ligne directrice-là, mais avec mes autres chansons, nous avons considéré qu’il fallait une palette qui se rapprochait plus de la chanson plus « classique ». La pop electro voulue au départ n’est qu’esquissée pour le moment, mais je pense que mes prochains travaux iront vers là.

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Valentin Vander et Gauvain Sers.

Tu seras en première partie de Gauvain Sers, les 12, 13 et 14mars à Chenôve, Grenoble et Toulouse.

Il est venu me voir en concert, ce qui est cool de sa part, et il m’a proposé quasiment dans la foulée trois premières parties. C’est une nouvelle super réjouissante, enrichissante et gratifiante. Il n’est pas obligé d'aider ses camarades qui n’ont pas autant de succès que lui et il le fait. Je vais chanter seul devant 1500 personnes. Ça ne m’est jamais arrivé et c’est lui qui me le permet. Je lui en suis très reconnaissant.

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Après l'interview, le 6 février 2020.

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24 février 2020

22H22 : interview pour l'EP Tout tremble et rien ne bouge

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(De gauche à droite, Yves et Pierre Le Coz)

pierre le coz,yves le cos,22h22,interview,tout tremble et rien ne bouge,mandorL’un est commissaire de police judiciaire (il a même été chef de la section opérationnelle de la BRI de Paris, la fameuse Brigade de recherche et d'intervention, communément appelée l’antigang), l’autre est prof de gym dans une ZEP (mais un prof à la Pennac, un prof qu’on n'oublie pas, un prof qui fait des films de danses avec ses élèves). Malgré leurs vies trépidantes, les frères Pierre et Yves Le Coz s’adonnent à la musique la nuit. Et pas en dilettante… ils le font sérieusement et passionnément. Ils jouent d’ailleurs très régulièrement au Café Quartier, rue de Charonne, leur fief (on y revient dans l’interview). Après un premier album il y a 6 ans, voici un nouvel EP, Tout tremble et rien ne bouge, contenant 6 titres avec aux arrangements Fred Jacquemin et au mix et à la production, Philippe Avril. De la très bonne variété à l'ancienne, mais moderne (ce qui n'est pas nécessairement paradoxal). Bijou.

Avec les frères Le Coz, nous nous sommes retrouvés dans une brasserie parisienne pour une première mandorisation…

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l’EP.

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Biographie officielle (mais légèrement écourtée) :

L’un compose, écrit et interprète, nourri aux plus grands de la chanson française. Il fait de la scène depuis toujours. Quand il commence un concert en plein air avec vingt copains dans le public, il finit avec trois cent personnes galvanisées. Un mec de scène. L’autre crée des images qui ressemblent à la vie ou plutôt, il crée une vie qui donne de belles images. A eux deux, ils forment le groupe 22H22.

Après des années à s’inspirer mutuellement, ils font se répondre leurs créations qui signent un univers ultra singulier. Le premier a le crâne rasé, l’autre a les cheveux en pétard. Complémentaires on vous a dit. Et frère en plus de ça. Ça ne s’invente pas !

22H22 c’est un concentré de vie, de leurs vies et de celles des autres, de ces vies sans ligne droite. De l’amour, de l’intime, de l’humanité, de la mélancolie et de l’espoir, de la gravité et de la joie. Les créations de 22H22 sont libres et gavées d’amour, leur ton décalé et leur poésie urbaine. Sur scène et dans leurs vidéos, leur énergie et leur sincérité vous explosent à la gueule. Les paroles vous saisissent, les mélodies ne vous lâchent pas. Le terrain de jeux de 22H22 est la scène, la vraie, la généreuse, celle qui vous prend et vous fait tout oublier.

Ils ont suffisamment vécu pour ne faire que ce qu’ils aiment. Leur amour est contagieux et donne envie de rester dans leurs chansons, de vivre dans leurs images.

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pierre le coz,yves le cos,22h22,interview,tout tremble et rien ne bouge,mandorInterview :

Comment votre histoire avec la musique a commencé ?

Pierre : La musique a toujours fait partie de ma vie, depuis tout petit. On a grandi entre le XXe et le XIe arrondissement de Paris. Pour te la faire courte, Yves et moi sommes devenus amis avec deux frangins kabyles qui tiennent un bar, le Café Quartier. On y joue depuis 15 ans avec guitare, basse, batterie.

Mais que fait Yves ?

Pierre : Comme toujours, il apporte des images, il projette des films, il habille la scène avec des lumières. Au départ, c’était mon projet, mais il est vite devenu indissociable de ma musique, tant sur scène que sur disque. C’est également lui qui fait les pochettes de disques, les affiches, les flyers, les clips…

Clip de "Tout tremble et rien ne bouge" filmé par Benoit Grimont.

Vous avez joué dans ce bar avec plein de musiciens différents, mais il y a 6 ans, il y a eu un tournant.

Pierre : Parce qu’il apprécie mon travail, je rencontre Philippe Avril, ingénieur du son du Studio Ferber. Nous avons très vite décidé de travailler ensemble dans la durée. Depuis ce temps, son apport est primordial, d’autant que le studio, ce n’est pas du tout mon truc. Pour moi, une chanson est faite pour être chantée sur scène et faire vibrer le public.

Ce qui est dingue, c’est que grâce à Philippe Avril, vous faites des concerts démentiels dans votre bar du XIe avec un son impeccable et des musiciens qui tournent avec les plus grands chanteurs français… C’est unique !

Pierre : C’est un truc de fou ! On a à la batterie Fred Jacquemin (Lavilliers, Sardou, Fugain, Sanseverino… et des grands noms du jazz), le guitariste Marco Papazian qui vient de finir la tournée de Renaud et le bassiste Vincent Perrot (Laurent Voulzy, Sylvie Vartan et Véronique Sanson…) et bien d’autres du même acabit.

Yves : Tous les gens qui viennent ressortent en ne croyant pas ce qu’ils viennent de voir. C’est le luxe total dans la cave d’un bar qui peut contenir une trentaine de personnes.

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Pourquoi ces grands musiciens acceptent-ils de jouer avec vous ? Vous n’êtes pas connus et vous jouez dans un bar.

Yves : J’espère que c’est parce qu’ils croient au projet. Et puis, ils savent qu’ils jouent entre bons musiciens. Ils se sont donnés le mot. Il y a un endroit bizarre où il faut jouer (rires).

Pierre : Pour nous depuis quelques années, chaque concert, c’est la Coupe du Monde. On joue maintenant en ayant conscience que nous ne sommes pas des imposteurs. Pendant longtemps, nous nous sommes excusés de faire de la musique.

Clip de "Au clair de la lune".

Vous parliez du Studio Ferber tout à l’heure. Dans votre jeunesse, vous habitiez à côté. Et Higelin aussi. Je sais que Pierre l’a rencontré tout minot.

Pierre : Oui, j’avais 10 ans. Un jour j’ai frappé chez lui. Il m’a permis d’entrer. Quatre fois, je lui ai chanté des chansons que j’avais écrites.

Parlons de vos parents. Ils sont très importants par rapport aux choix de vos vies.

Pierre : Nous sommes fils de militants communistes, intellectuels. A la maison, les journaux que l’on trouvait étaient Télérama, Politis… Nos parents sont très élitistes.

Yves : Ils estiment que si tu n’es pas Mozart ou Picasso, il ne faut pas emmerder le monde avec sa vie artistique. Pour eux, ton rôle dans la vie, c’est de changer le monde.

Petite pression quand même, donc…

Yves : Nous avons fait nos métiers respectifs en ayant ça dans la tête, en essayant de les faire évoluer à notre façon. Quant à la musique, on prend notre temps pour y parvenir.

Pierre : Nous, on veut faire le Zénith un jour.

Yves : Je suis fan de musique depuis toujours, entre chansons françaises, un peu de variété et beaucoup de rock. Je sais que les chansons de Pierre sont de très bonnes chansons. Ma mission, c’est de les défendre et de l’accompagner.

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(Pierre Le Coz, à Tarbes, au Pic d'Or 2014. Photo : Not)

Pierre, je t’ai vu au Pic d’Or en 2014, l’année du sacre de Radio Elvis. Tu chantais sous le nom de Le Coz.

Pierre : J’avais signé un premier album chez Discograph sous mon vrai nom. Au Pic d’Or, j’étais en plein divorce et je n’avais pas la tête à faire un tremplin. Je suis arrivé en demi-finale. Je me souviens avoir discuté avec Stéphanie Berrebi de FrancoFans. Je l’avais félicité pour son journal. Ce qu’ils font pour la chanson française me rendait admiratif. L’énergie qu’ils ont à la défendre, c’est du vrai militantisme, du vrai combat politique artistique.

Ce que j’aime dans la musique de 22h22, ce sont les mélodies. Elles sont imparables.

Yves : Pierre en a plein. Il est extrêmement doué pour ça.

Je crois savoir, Pierre, que tu as beaucoup écouté de la variété française.

Pierre : J’ai mon jardin secret : Berger, Sanson et Goldman.

Yves : Avec Pierre, on a en point commun Higelin, Renaud, Souchon, Aubert et Téléphone.

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Pendant l'interview.

Pierre, j’aime beaucoup ta voix. Parfois, elle est un peu raillée. Tu la travailles ?

Pierre : Je prends des cours avec un coach pour masquer tous mes défauts. En live, j’ai tendance à tout envoyer. J’apprends à maîtriser ma voix.

A l’époque où tu étais le chef de la BRI, que pensait ton équipe en te voyant danser et chanter sur des chansons d’amour ?

Pierre : Déjà quand tu arrives en tant que chef dans des services avec des gens aussi pointus et aussi forts, tu as un problème de légitimité. Mais si en plus, des membres de l’équipe t’ont vu dans ta vie d’artiste, ce n’est pas toujours évident (rires).

L’écriture pour toi, Pierre, c’est facile ?

Pierre : De moins en moins. J’arrive à un moment de ma vie où je n’arrive pas à trouver l’angle pour le raconter. Je me suis séparé de la mère de mes enfants. Je me suis remarié et je suis merveilleusement heureux. J’ai désormais une approche beaucoup moins naïve de l’amour, du coup, écrire quelque chose là-dessus, j’ai encore un peu de mal. Je n’ai pas trouvé la bonne dimension…

Yves : Mais quand ça va sortir, ça va faire mal.

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Après l'interview.

09 février 2020

Cyril Adda : interview pour son premier album L'îlot

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(Photo : Benjamin Chauvet)

cyril adda,l'îlot,interview,mandorAprès plusieurs centaines de concerts, 2 EPs et des milliers de kilomètres parcourus, le premier album de Cyril Adda, L'îlot est enfin paru, le 7 février dernier chez InOuïe Distribution.

Cet album a été le fruit de plusieurs et longues années de travail. Désormais, son répertoire est intégralement représenté sur disque, grâce aux talents de ses musiciens Xavier Roumagnac à la batterie et Bertrand Beruard à la basse - contrebasse, sans oublier celui des ingénieurs du son qui ont accompagné son travail.

J’aime beaucoup les chansons, la voix et la sensibilité mélodique de Cyril Adda. Je l’avais déjà reçu il y a deux ans, pour son EP Epreuves. Nous nous sommes donc retrouvés dans une brasserie de la Gare du Nord pour une deuxième mandorisation.

Son site officiel.

Pour écouter le disque L’îlot, c’est ici.

Mini biographie officielle :

En solo, duo ou en trio, soutenu par une section rythmique influente, le jazz accompagne l'écriture des chansons de Cyril Adda jusqu'à la sortie de son premier EP A l'étroit paru en 2014. Un virage s'opère dans ce nouvel album : l'acoustique laisse peu à peu place à l'amplifié, l'humour s'efface au profit d'une chanson plus revendicative et plus sensible. Cyril Adda met en scène des personnages, raconte des histoires, des bouts de chemin de vie dont les protagonistes, témoins de notre époque, vivent et nous livrent une certaine réalité sociale.

Le disque (argumentaire de presse officiel) :cyril adda,l'îlot,interview,mandor

L’îlot est un lieu imaginaire, un endroit rêvé, une sorte d’arche de Noé où nous pourrions nous retrouver en cas de troubles, de catastrophe majeure. Quelles que soient les raisons de nos conflits, politiques, économiques ou climatiques. L’îlot sera notre refuge, celui de toutes les espèces survivantes hommes, plantes et animaux.

L’îlot incarne tout d’abord une terre saine, sauvage et préservée. Mais il représente également la quête du bonheur, cette part de l’être humain qui le pousse à progresser dans l’espoir d’une vie meilleure et à s’accomplir malgré les difficultés.

Lampedusa, Samos, Bornéo, la réalité ne fait que nourrir nos fantasmes, saison après saison. Ainsi, nous nous faisons inexorablement à l’idée que le monde tel que nous l’avons connu est condamné à disparaître. Sans chercher à exposer une vision fataliste ou catastrophique, cet album tente d’exprimer avec humanité les problèmes d’une société à bout de souffle.

Les inégalités sociales, la violence infligée aux plus fragiles et la course aux profits sont autant de sujets abordés, laissant entrevoir les possibles causes du déclin de notre civilisation. Au-delà de l’urgence sociale ou climatique. L’îlot raconte la vie de personnages du quotidien, en proie aux injustices de notre monde moderne.

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cyril adda,l'îlot,interview,mandorInterview :

Raconte-moi un peu tes débuts…

J’ai commencé la pratique de la guitare assez jeune, la guitare tout d’abord, puis le piano. A l’adolescence je me suis aussi intéressé à l’informatique musicale et aux claviers. J’ai d’abord accompagné des groupes de jazz du côté de Montpellier. C’est ma région d’origine et là où j’ai grandi.

Tu as commencé à écrire tes premières chansons au début des années 2000, je crois.

Oui, elles étaient fortement influencées par la nouvelle scène de l’époque : Thomas Fersen, les Têtes Raides, Mano Solo, sous oublier Jean-Louis Murat qui a été une rencontre déterminante.

Parallèlement à la chanson, tu es suivi des études de son puis, des formations dans le domaine de la production de spectacle.

Ces connaissances m’ont aidé à développer mes différents projets, à monter des « assos ». Aujourd’hui, cela me permet d’être 100% indépendant. ABM-All By Myself est la structure que j’ai créée et qui produit mes disques et mes concerts.

Clip de "Oreste".

Depuis ton deuxième EP Epreuves, en 2017, tu es moins jazz qu’au début de ta carrière… 

Je suis passé progressivement du jazz au rock, en abandonnant complètement le côté folk du début.

Il y a une chanson comme « L’ours polaire », qui est carrément electro. Tes arrangements sont de plus en plus modernes en tout cas.

Il n’est pas impossible que le prochain album soit dans cette mouvance. Cela dit, je n’en suis pas encore là. Comme L’îlot reprend les chansons de mon précédent EP, il y a toute mon évolution d’hier à aujourd’hui mixée par Laurent Jais… ce qui permet une certaine homogénéité. Je me suis posé la question de savoir si je gardais les chansons telles qu’elles étaient, si je recommençais tout ou si, carrément, je ne mettais que de nouvelles chansons. Après réflexion, j’ai donc décidé que cet album retrace ma "carrière" depuis le début et j’y ai ajouté six nouveaux titres. Il est représentatif du set complet que l’on fait sur scène. Je vais chanter toutes ces chansons pendant au moins deux ans, peut-être parfois agrémentées de nouvelles, et ensuite, je passerai une bonne fois pour toutes à autre chose.

"La chute", le 06 Octobre 2019, Froggy's Session à La Boule Noire, Paris.

Tes chansons parlent des hommes que nous sommes dans cette société difficile.

C’est dur d’affirmer, de revendiquer, d’écrire des chansons réellement engagées. La génération d’avant savait bien le faire. Moi, pour dire les choses, je prends des chemins de traverse. Je ne veux pas écrire des chansons dont les gens pourraient démonter mes arguments en me disant tout et son contraire. J’ai mes limites dans l’engagement, j’avoue.

Tes chansons sont pourtant bien sociales, tout de même.

Je raconte des bouts de chemins de vie que les protagonistes, témoins de notre époque vivent. A travers leurs histoires, je tente de développer des thèmes sociaux forts. J’aime raconter des choses vraies, de front. Je parle notamment d’un taulard accusé à tort, d’un élève qui subit des du harcèlement, de violences conjugales…

"L'îlot", le 06 Octobre 2019, Froggy's Session, La Boule Noire, Paris.

A part la chanson « L’îlot » qui est un peu plus abstraite, toutes tes chansons sont narratives.

J’aime quand il y a un début, un milieu, une fin et un développement. Je suis un raconteur d’histoire que j’ai envie que l’on comprenne. L’intérêt de mon travail est d’arriver à mettre les textes en avant grâce à la musique. J’insiste sur ce point, c’est vraiment le texte que je tiens à mettre en avant.

Sur scène, c’est qui Cyril Adda ?

Un auteur chanteur qui est bien derrière son piano, qui n’a pas besoin d’en faire trop. Il m’arrive de parler entre les chansons, mais ce sont elles que je privilégie. Je donne quelques anecdotes, mais ça reste soft.

S’il y a du Souchon en toi dans les thèmes abordés et la manière de les mettre en avant, il y a aussi du Michel Berger en toi dans ton sens inné de la mélodie et dans ta manière de jouer.

Et bien merci. Rien ne peut me faire plus plaisir, ce sont de très belles références.

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07 février 2020

Doriand : interview pour l'album Portraits

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(Photo : Xavier Bellanger)

Avec Portraits, il s’agit de peindre le portrait de Doriand, (auteur de l’année 2019 par la CSDEM), mais dont la carrière solo n’a peut-être pas été autant mise en avant qu’elle le méritait. Le quadragénaire girondin affiche déjà une collection de quatre albums solo remarqués par la critique, recélant quelques tubes modestes, comme « Au diable le paradis », « L’âge des saisons » ou « Aucune personnalité ».

Clip de "Au diable le paradis" (1996).

Mais des tubes énormess, il en a écrit pour une pléiade d’autres artistes, de « Toutes les femmes de ta vie » pour L5 à « Non, non, non (écouter Barbara) » pour Camélia Jordana, en passant par Bashung (deux chansons sur le récent, posthume, et “victoirisé” En Amont), Lio, Polnareff (plusieurs chansons d’Enfin !), et puis Mika, Keren Ann, Sylvie Vartan, Julien Doré, Helena Noguerra, Pauline Croze, Emmanuelle Seigner, Robbie Williams, Iggy Pop, David Byrne, Roman Polanski

Le 27 janvier dernier, nous sommes retrouvés à l’Hôtel Idol (Paris) pour évoquer ce disque « bilan ».

La page Facebook officielle de Doriand.

Pour écouter l'album Portraits.

Cover.jpegL’album (argumentaire de presse officiel):

Quand est née cette idée d’un disque re-créatif et récréatif, pour peindre ce portrait de Doriand avant que son scalp ne devienne gray, l’amitié a évidemment pris le pas sur toute autre considération. Les amis se sont donc pressés pour participer à un album d’une facture nouvelle, des relectures par Doriand de chansons qu’il avait écrites pour que d’autres les chantent. Intercalées avec ces reprises de lui-même mais pas tout à fait, on trouve donc la cohorte de complices qui pour leur part font un sort à des chansons que Doriand avait enregistrées sur ses propres albums (tout le monde suit ?). Ainsi, Mika revitalise « Au diable le paradis », Keren Ann et Edith Fambuena, en duo inédit, passent la bague au doigt de « La mariée », Brigitte déguise de grâce « Et va la vie », Peter Von Poehl regarde par dessus son épaule vers l’« Adolescence », Lio obtient « Le pardon du chevreuil », Helena Noguerra transfigure « L’Âge des saisons » et Philippe Katerine donne rendez-vous « Ici ».

De cette relecture avisée et collégiale, il subsiste un doux parfum rafraîchissant, mais certainement pas de synthèse. Portraits est plutôt un courant d’air bienvenu et salvateur, qui dispense des effluves parfumés autant que chaleureux. Quelque chose comme une quintessence de pop française, un peu surannée, mais en même temps effrontée dans son désir capricieux de tourner le dos aux sonorités tendances pour convoquer la grâce et l’harmonie des flûtes, des cordes, des bois, et des voix nues, simples et franches. Ainsi, mélodies fluides et textes ciselés trouvent ici, dans cet aréopage de vocalistes complices, une évidence qui fait du bien. Qui rassure sur la possibilité d’une chanson française sophistiquée, un peu fragile dans sa féminité assumée, et pour tout dire raisonnablement sensuelle. Des chansons comme des caresses, drapées de langueurs, poivrées d’accents mutins. Les chansons de Doriand, quelque chose de joli, quelque chose simple, quelque chose d’utile…

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Quelques artistes participant à Portraits.

83911372_10158423998114665_1855774417058004992_o (2).jpgInterview :

Qui a eu l’idée de ce disque ?

C’est Sylvain Taillet, le directeur artistique depuis 20 ans chez Barclay, label dans lequel je ne suis pas. Il m’a dit un jour qu’il trouvait dommage que je ne sois pas plus connu alors que j’ai écrit tellement de chansons pour les autres que les gens connaissent et d’autres pour moi qui ne disent rien à personne. Il a considéré que mon répertoire méritait d’avoir un nouvel éclairage.

C’est un disque bilan de ta vie musicale ?

C’est un peu ça, mais pas uniquement. J’ai aussi voulu défendre une famille musicale, celle de la pop que j’aime. Ce disque est mon regard sur la pop française depuis 20 ans. Mon travail a toujours été de fuir les chapelles et d’essayer de créer des ponts entre la pop indé et la pop populaire. En travaillant avec des artistes qui sont hyper populaires, j’ai remarqué qu’ils avaient le souhait d’aller vers l’indé et au contraire, les artistes indés avaient envie d’aller vers le plus populaire.

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Les quatre précédents disques de Doriand.

C’est quoi la musique pop ?

C’est un état d’esprit, une attitude et une image. Il faut un équilibre parfait entre une mélodie et un texte qui fait que l’on va croire qu’ils ont été créés ensemble, alors que ce n’est pas toujours le cas. Personnellement, j’ai toujours eu besoin de faire sonner les mots en français sur des mélodies qui pouvaient être anglo-saxonnes. Je ne suis pas tellement dans la chanson française… je ne l’ai même jamais été.

Je crois savoir que tu n’aimes pas trop les « tribute ».

En effet, parce que souvent l’artiste en question invite des gens pour chanter ses chansons, mais ce ne sont pas des gens qui ont une histoire avec lui.

Alors qu’au contraire, ton disque s’est fait avec uniquement la collaboration de tes amis artistes.

Il n’y a que des amis qui peuvent venir me tendre la main sur un projet comme celui-là. C’est un disque ultra sincère, car ce sont des artistes avec lesquels j’ai une histoire ultra forte et qui me suivent depuis 20 ans. Nos chansons deviennent des bagues aux doigts qui nous lient. C’est vraiment le cas pour des personnes comme Keren Ann, Katerine, Marc Collin, Edith Fambuena, Mika, Peter von Poehl … Je les appelle presque tous les jours. Vraiment, avec ce disque, j’ai ouvert la porte de ma maison. Je présente la vie d’un auteur-chanteur entourée d’une famille musicale forte. Ça va au-delà des chansons que l’on écrit ensemble, c’est un accompagnement au quotidien.

Audio de "Elle me dit", initialement interprété par Mika.

Ces morceaux que tu chantes sont réarrangés par Marc Collin.

Marc est celui qui avait réalisé mon premier album Contact. Avec ce nouveau disque, on peut dire que la boucle est bouclée. Pour cet album, avec lui, j’ai refait par exemple “Toutes les femmes de ta vie”. C’est une version un peu décalée, assez produit, avec un son que j’aime depuis toujours, classique dans le sens pop du terme.

L’idée était que les artistes qui viennent chanter tes chansons le fassent sur les productions de l’époque.

J’ai laissé les artistes choisir les chansons qu’ils voulaient. J’ai d’ailleurs souvent été surpris de leur choix. Ce sont souvent mes chansons les plus intimes, les plus mélancoliques, pas nécessairement mes chansons les plus connues et les plus rythmées. On a ressorti les sessions, les bandes, et je les ai fait chanter sur les productions telles qu’elles étaient sur mes albums. On a eu la chance que les tonalités tombent pile à chaque fois. La cohérence du disque se fait plus par le choix des chansons et le regard que chacun a sur elles. C’est à chaque fois un portrait de moi, mais aussi de la personne qui la chante… c’est un échange. C’est une manière de me découvrir aussi, on redécouvre le texte quand d’autres gens que moi le chantent. 

Il y a un inédit.

C’est une chanson écrite aux Abbesses il y a plus de 20 ans avec Katerine, et égarée, puis retrouvée un peu par hasard. Après un déjeuner arrosé, on s’est décidés à l’enregistrer vingt ans après. Je la chante en trio avec Mika et Katerine, ça s’appelle “Danser entre hommes”.

Clip de "Danser entre hommes" feat. Mika et Katerine.

48414022_10156433415008692_2190465163847532544_n (2).jpgC’est quoi une bonne chanson ?

Je ne sais pas, mais ce que je peux dire c’est que c’est plus difficile d’écrire de bonnes chansons que de belles chansons. Il y a des belles chansons qui sont bonnes et d’autres moins. Une bonne chanson est une chanson qui met tout le monde d’accord, qui force un peu la porte et qui rentre chez vous.

Tu travailles avec des chanteurs ou avec des interprètes. Tu fais bien la différence entre les deux.

Un interprète à une vision. Il se voit avec une grande sincérité comme un personnage. C’est le cas par exemple de Camélia Jordana ou Mika. Quand j’écris pour des interprètes, je dois les accompagner dans leurs visions. Là est mon engagement dans mon travail de compositeur, d’auteur ou de co-auteur.

Audio de "Non, non, non (Ecouter Barbara)", initialement interprété par Camélia Jordana. 

Quand tu entends tes textes interprétés par des légendes de la chanson, comme Bashung et Polnareff justement, ça fait bizarre ?

J’ai énormément de chance d’avoir pu collaborer avec ces deux grands artistes. Pour Bashung dans l’album posthume, En amont, je peux te dire que ça m’a ému aux larmes de l’entendre chanter mes mots, d’autant qu’Edith Fambuena a tenu à garder ma voix dans les chœurs…

Tu as écrit des textes pour l’album de Polnareff, Enfin ! Il a été très critiqué négativement. Ça t’a blessé ?

C’est toujours décevant quand un album n’est pas compris. La plupart des albums de Polnareff n’ont jamais été compris à leur sortie. Le temps a toujours fait son œuvre…

En fait, il n’arrivait pas à terminer quatre chansons, c’est ça ?

C’est ça. Il avait essayé avec d’autres auteurs, mais ça ne fonctionnait pas. Je suis parti à Los Angeles et je me suis dit que ce n’était pas pour rien. Même si c’était juste pour lui procurer un déclic pour qu’il finisse ses textes, j’aurais fait mon métier. Je suis resté huit jours chez lui, puis je suis rentré. Une fois à Paris, il m’a envoyé un texto me disant : « vous me manquez ». Je suis donc revenu chez lui et on a continué à faire d’autres chansons.

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On arrive à se détacher de la légende ?

J’ai plus connu Michel que Polnareff. Aux Etats-Unis, il mène une vie normale. Dans la rue, personne ne le connait. Il n’est absolu pas le mégalo que l’on prétend qu’il est. Il a une vie très belle, simple et familiale.

De l’album Encore !, tu as choisi de réinterpréter « Dans ta playlist (c’est ta chanson) » avec Albin de la Simone au piano.

C’est un autre regard sur cette chanson. J’en ai fait une berceuse. Je n’allais pas me mesurer vocalement à Michel Polnareff, j’ai donc choisi quelque chose de plus fredonné. Mes enfants chantent à la fin de la chanson… cela m’a permis de terminer ce disque tout en douceur.

Cet album a été conçu dans une période assez difficile pour toi, je crois.

J’étais dans une période de ma vie un peu compliquée. J’étais dans une phase de séparation, donc de transition. A un moment où je me sentais seul, avoir tous mes amis autour de moi était rassurant et très important. Ce n’est pas un hasard si ce disque est arrivé en plein milieu d’un tsunami dans ma vie personnelle. Ce « bilan » professionnel et amical a été salvateur pour moi.

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Après l'interview, le 27 janvier 2020.

06 février 2020

Blankass... et un peu Marka : interview pour l'album C'est quoi ton nom?

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Johan et Guillaume Ledoux (photo : Stéphane Merveille).

blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorEntre 1995 et 2003, Blankass était l'un des groupes rock phare en France. Originaires d'Issoudun (Indre), les frères Ledoux avaient déjà eu leur heure de gloire au collège avec leur premier groupe punk, Zéro de Conduite, avec lequel ils avaient joué en première partie de leurs héros, The Clash et Gun Club. Blankass et leur formule originale guitare accordéon a fait le bonheur des radios rock, réussi un vrai tube avec « La couleur des blés », composé pour Johnny (« Clémence »).

Ce sixième disque de Blankass arrive cinq ans après Je me souviens de tout, leur double-best of, et quatre ans après Balthazar Tête de bois, le petit garçon qui voulait réussir sa vie, un conte musical sous forme de livre disque narré par Sylvie Testud et interprété par 15 artistes, dont Pierre Perret, Michel Fugain, Cali, Alex Lutz, Hubert Mounier, Ben Mazué et Thomas Fersen.

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Blankass à l'Alhambra le 22 janvier 2020 (photo : Christian Pénin)

Pour cet album, C’est quoi ton nom ? (à mon avis, le meilleur de toute leur carrière, vraie usine à tubes) blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorBlankass sort de tous les codes habituels du groupe pour proposer onze titres pop ultra efficaces. Mélangeant programmations, acoustique et électrique, cela donne des titres entêtants dont deux belles collaborations avec Matthew Caws de Nada Surf et avec le chanteur belge Marka.

Le 22 janvier dernier, Blankass s’est produit à l’Alhambra. Guillaume Ledoux, le chanteur, guitariste et auteur du groupe, m’a reçu dans sa loge… et il n’était pas tout seul. Marka, qui chante en duo avec lui dans l’album, était là lui aussi. Il était l’un des guests de la soirée…

Leur page Facebook officielle.

Leur site officiel.

Pour écouter l'album C'est quoi ton nom?

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blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandorInterview :

Ce disque m’épate. Une chanson, un tube !

Personne ne nous attendait, donc nous n’avions ni pression, ni deadline. Avec Johan, on n’a pas arrêté de faire des chansons et quand nous nous sommes décidés de nous lancer dans un nouveau disque, on a vraiment écrémé et choisi les 11 titres dont nous étions les plus sûrs. Ces 11 titres sont l’essence même du disque.

Deux nouveaux membres vous ont rejoint…

Tu fais bien de le préciser parce que les arrivées de Jérôme à la guitare et d’Alain à la basse m’ont donné l’impression de repartir à zéro. J’avais la sensation d’avoir de nouveau 15 ans et de monter un nouveau groupe dans le garage de mes parents. C’était hyper agréable de sentir cette fraîcheur. Je trouve que ça se sent sur l’album et sur scène.

Votre son est plus pop qu’avant… et d’une belle modernité.

Ce n’est pas une volonté. L’évolution du groupe, c’est de se servir de tout ce que l’on nous propose pour jouer. Les machines ont évolué, donc notre son aussi. Il ne faut jamais chercher à coller à une image, parce qu’on arrive toujours en retard. On a mis dans ces chansons, ce que l’on avait envie d’entendre au moment où on avait envie de l’entendre. Si je peux mettre un mot sur cet album, c’est sincérité absolu.

Clip de "C'est quoi ton nom?" réalisé par Emilie & Sarah Barbault.

Dans ce disque, on danse autant qu’on est ému.

Cette remarque me fait plaisir parce que c’est exactement ce que nous souhaitions. Je pense que la balance fonctionne pas mal. Pendant deux ans, avec Johan, on a travaillé cet équilibre-là.

Ton frère et toi, vous écrivez et composez de manière artisanale.

C’est de la pure composition sans projet. C’est spontané. Il n’y a aucun calcul. Nous sommes des artisans de la musique. Nous remettons toujours l’ouvrage sur le métier. A chaque album, on redémarre à zéro. Nous n’appliquons aucune recette. La chose principale, c’est qu’il faut que l’on se surprenne nous-même d’abord.

Clip de "Avec toi" (avec Corinne Masiero).

Pour annoncer le disque, vous aviez lancé une web-série pleine d’autodérision.

(Vous pouvez voir l'intégralité de la web-série réalisée par les sœurs Barbault, ici)

On a voulu sortir un single, « C’est quoi ton nom ? » pour dire juste « coucou, nous revoilà ! ». On a cherché une idée originale pour présenter la chanson. On a décidé de faire deux ou trois sketchs avec des gens que l’on connaissait, comme François Morel, Professeur Rollin ou Gauvain Sers… et on s’est pris au jeu. Il en existe au total 18. Nous nous sommes marrés parce qu’on a joué les loosers. Avec l’autodérision, on voulait aussi préciser que nous ne jouions pas nos vies sur un retour de Blankass. On a juste envie de s’éclater !

La passion est toujours là chez vous, ça se sent !

Quand elle ne sera plus là, je te jure, on ne fera plus d’album. Avec mon frère, on a la chance d’avoir encore envie de faire des chansons tous les deux et de les chanter sur scène. Pourquoi ne pas en profiter ?

Il y a des duos dans cet album. Le premier avec le leader de Nada Surf, Matthew Caws, dans la chanson, « Regarde-moi tomber ».

Avec Nada Surf, nous nous sommes rencontrés en 2003. Matthew est extrêmement charmant, extrêmement cultivé. Sa maman était professeur de littérature française à New York. Il connait donc très bien la France et la langue française. Nous lui avions déjà demandé de participé à notre conte musical pour enfant, Balthazar Tête de bois, mais cette fois-ci, nous souhaitions qu’il participe à une chanson pour les grands.

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Marka et Guillaume Ledoux, à l'Alhambra le 22 janvier 2020 (photo : Jehanne Saccas)

Marka chante avec toi « Skin ». Ça s’est passé comment ?

Dans ma vie, Marka est le symbole d’une époque bénie pleine de joie et de douceur. C’est Jean-Louis Foulquier, à qui Blankass doit beaucoup, qui nous a présenté. Notre rencontre s’est immédiatement passée sous le signe de l’humour. Récemment, je l’ai eu au téléphone et nous avons constaté que cela faisait 30 ans que nous nous connaissions. Nous en avons conclu qu’il était temps de faire quelque chose ensemble pendant que nous étions encore présentables (rires).

Marka, que représente Blankass pour vous ? blankass,guillaume ledoux,guillaume blankass,marka,c'est quoi ton nom?,inteview,mandor

Marka : C’est pour moi un groupe très bon avec lequel tout se passe toujours parfaitement bien. Je retiens aussi l’extrême gentillesse de Guillaume. C’est la crème des crèmes ce mec-là. Son frère aussi, mais il est plus piquant. Surtout, nous avons un vrai point commun: notre amour pour The Clash. A l’époque de Zéro de Conduite, eux ont joué avec The Clash. C’est dingue ! Moi, si je fais de la musique aujourd’hui, c’est grâce à Joe Strummer. Avant de nous connaitre, nous avions donc déjà ce lien indéfectible.

En studio, j’imagine que vous vous êtes régalés…

Marka : On a vécu de chouettes moments, en effet. On a senti une vraie légitimité à faire ce duo. Il n’y a aucune opportunité dans cette démarche. Cette chanson « Skin » colle autant aux Blankass qu’à moi.

Guillaume : Je ne l’aurais sans doute pas interprété seul. Mais, il y a un truc que je n’aime pas, ce sont les duos arrangés entre artistes qui ne se connaissent pas. Pour moi, il faut qu’il y ait un sens humain et amical.

Marka : Avec cette chanson, je suis sorti de ce que j’avais l’habitude de faire. Ça m’a fait un bien fou. Je suis ravi de laisser cette trace là sur un disque qui ne m’appartient pas. J’ajoute aussi que je suis très flatté qu’ils aient pensé à moi pour ce titre.

Vous vous êtes retrouvés 30 ans après pour faire un featuring.

Marka : Vous avez raison, je fais des featuring, ça veut dire que je ne suis pas encore vieux (rires). J’en ai fait un autre avec les Négresses Vertes. Une nouvelle version de mon seul tube connu en France, « Accouplés » (que vous pouvez voir ).

Précision : Marka est le père d'Angèle et de Roméo Elvis… voici une mini interview sur la question.

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Après l'interview, le 22 janvier 2020, avec Guillaume Ledoux et Marka.