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02 décembre 2016

Batlik : interview pour XI Lieux

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(Photo : Toine)

batlik,11 lieux,interview,mandorBatlik est un artiste sans compromis, authentique au timbre unique, sensible et puissant. 12 ans maintenant qu'il martèle sa guitare et écrit ses textes avec la même énergie, restant fidèle à son art et son indépendance ainsi qu'au public. Après avoir exploré les mauvais sentiments (voir précédente mandorisation de l’artiste) et après avoir pris la casquette de producteur pour Sages Comme des Sauvages, Batlik revient avec un album charmant et profond, XI Lieux.

Le 4 octobre, ce brillant et ténébreux artiste est venu à l’agence m’en parler.

Photo en concert ci-dessus : David Desreumaux/Hexagone.

Celles en studio (qui ornent avec majesté cette chronique): Toine.

Celle à l'agence (tout en bas): Marie Britsch.

Argumentaire (officiel) du disque :

Batlik est devenu musicien à presque 30 ans, sans jamais y avoir songé avant. Est-ce pour rattraper ce batlik,11 lieux,interview,mandorretard qu'il a depuis une décennie enregistré un album par an? 

Suivre son parcours musical revient à feuilleter un album photo. Les thèmes, l'écriture et l'orchestration ont muri avec l'artiste, lentement, pas à pas, mais avec une rare persévérance. La chanson, d'abord réaliste ou militante, soutenue par une voix et un jeu de guitare scandés et percussifs a progressivement cédé la place à une musicalité plus dense, une interprétation plus ample autour de thèmes et d'une écriture toujours plus chargés de poésie. 

Il s'agit de faire de la musique comme on respire, toujours, tout le temps, mais en s'en rendant compte, sans oublier que cela nous fait vivre.

Ce 11ème album, XI LIEUX est l'occasion de revenir à une orchestration épurée guitare/voix, et pour la première fois Batlik s'accompagne de subtiles touches de sample, qui apportent modernité et fraicheur à cet album concept. Batlik a pris en charge l'écriture, la composition, la réalisation, l'enregistrement et le mixage, conférant à ces 11 titres une définition toute particulière.

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(Photo : Toine)

batlik,11 lieux,interview,mandorInterview :

XI Lieux, c’est pour signifier que c’est le 11e disque ?

11 lieux, 11 albums. Et dans chaque morceau, on retrouve un lieu. Parfois, il est vrai que pour voir le rapport avec un lieu, il faut chercher un peu parce que ce ne sont pas que des lieux géographiques. Par contre, chaque titre est un lieu.

J’adore ton écriture et nous sommes nombreux dans ce cas.

Je la maîtrise pourtant de moins en moins. Je pense que la place que je prends par rapport à l’écriture a changé. Pendant longtemps, j’utilisais l’écriture et j’avais l’impression de la maîtriser pour faire passer un discours. Mes premiers textes étaient d’ailleurs de l’ordre d’un discours, un discours d’homme politique ou un discours de marketing.  Et de plus en plus, comme l’écriture est devenue quelque chose d’important au fil des années, je me rends compte que c’est une idée bien prétentieuse que de s’imaginer qu’on va pouvoir maîtriser les mots. En fait, ce sont eux qui te maîtrisent. Aujourd’hui, j’ai un rapport à l’écriture qui est beaucoup plus humble, voire même soumis. La pire des choses que tu puisses faire avec l’écriture, c’est justement de la maîtriser.

Désormais, ton écriture te surprend toi-même ?

C’est absolument ça.  En écrivant un texte, j’ai l’impression de voir un semblant de sens, mais c’est comme si ce n’était pas moi qui l’avait trouvé. C’est l’écriture qui me l’apporte. Maintenant, j’ai beaucoup de mal à écouter des artistes, à lire des auteurs qui utilisent l’écriture pour arriver à discourir avec.  Je trouve ça trop réducteur. Et,  je le répète, je l’ai fait pendant des années. L’espèce d’ouverture que me procure le fait de ne plus utiliser l’écriture, mais de se laisser utiliser par elle, est insondable. Ça ouvre de très nombreuses perspectives nouvelles.

Quand on n’a plus le contrôle, du coup, c’est plus facile d’écrire ?batlik,11 lieux,interview,mandor

La peur par rapport à l’écriture reste la même. Justement parce que tu sais qu’elle te maîtrise et que du coup, tu ne sais pas non plus ce que cela va engendrer. Mais je pense que je suis plus à l’aise dans la place du contrôlé que celle du contrôlant, du soumis que celle du maître. J’ai désormais une certaine candeur.

Que s’est-il passé pour qu’il y ait eu chez toi cette réflexion sur l’écriture ?

C’est grâce à ma femme qui est psy. Elle ne savait pas que j’étais musicien quand nous nous sommes rencontrés et quand elle l’a su, ça ne l’a pas intéressé plus que ça. Un jour, je lui ai demandé de me dire ce qu’elle pensait de mon travail. Elle m’a dit qu’elle n’appréciait guère l’écriture que j’avais.

Ça t’a vexé un peu ?

Bien sûr. Enfin, ça m’a touché. En même temps, je sentais qu’elle mettait le doigt sur quelque chose que je n’avais pas formulé, mais que je savais déjà. Je me suis rendu compte que, pendant très longtemps, je prenais de haut le métier que je faisais. Mon épouse, qui justement utilise le langage, m’a dit qu’on n’utilisait pas le langage. On croit qu’on peut l’utiliser, mais c’est une erreur. Désormais, j’apprécie les artistes qui ne sont pas maîtres de leur art et qui ne s’en servent pas. On doit être au service de son art, mais on ne doit pas l’utiliser. Aujourd’hui, je suis plus heureux parce que les choses se sont inversées, comme dans un miroir. Je suis devenu le reflet du musicien que j’étais avant.

Clip de "Ailleurs", tiré de l'album XI Lieux.

batlik,11 lieux,interview,mandorCe positionnement par rapport à l’écriture te positionne-t-il différemment par rapport à la musique ?

Certainement. J’avais envie de faire une tournée seul et c’est la tournée qui m’a dicté comment faire ce nouveau disque. J’avais envie de faire des chansons en guitare-voix. Finalement, je n’ai pas été si courageux. J’ai ajouté d’autres instruments.

Mais avec parcimonie.

Il n’y a pas la section rythmique, par exemple. J’ai passé beaucoup de temps sur ce disque-là. Je l’ai écrit, enregistré et mixé tout seul. Il n’y a plus de contrainte et qui dit « plus de contrainte » dit « la plus grande de toutes les contraintes ». Il n’y a pas de choix plus terrible que d’avoir tous les choix. C’était un peu comme d’apprendre une autre langue. Au début, je ne comprenais foutrement rien et au bout de 4 mois, j’ai commencé à m’en sortir.

Tu te sentais seul ?

Oui. C’était éprouvant. J’étais de très mauvaise humeur. J’avais vraiment des crises d’angoisse et de panique. A l’arrivée ça donne un disque qui est étrangement mixé, mais il fallait que je fasse comme ça pour envisager les prochains disques. Ça m’a donné une vision sur ce qu’était le travail de mixeur. Pour les prochains albums, j’aurai vraiment acquis ce petit plus de savoir qui me permettra d’emmerder davantage le type qui mixera le disque.

Clip de "Dans le maintenant", tiré de l'album XI Lieux.

Tu as la réputation d’être quelqu’un d’un peu dur quand tu enregistres, t’es-tu radouci ?

Malheureusement pas. Je continue  m’embrouiller systématiquement avec les gens avec lesquels je travaille. Il y a un moment où je perds le contrôle et où je casse la relation. Les seules personnes avec lesquelles ça dure depuis très longtemps, ce sont des personnes qui n’ont pas accès au langage, ceux qui ne parlent pas. Quand je ne connais pas les gens, je suis quelqu’un de très cordial, mais dès qu’il y a un niveau d’intimité qui s’installe, je n’arrive pas à le gérer. Je n’arrive pas à gérer le rapprochement.

Ta femme ne t’explique pas pourquoi ? C’est pourtant son métier…

C’est son métier, mais je ne suis pas son patient. Cela dit, elle mène ce combat-là aussi. Je me rends compte que tous les gens que je côtoie sont confrontés à ça. A un moment, j’ai considéré que la musique pouvait être de l’ordre de la thérapie, mais non. Ça ne fonctionne pas non plus. Il faut que je trouve autre chose. L’Autre m’énerve, car j’ai la sensation qu’il m’envahit.

"Saint-Nazaire" en acoustique avec Sages comme des sauvages (morceau original sur l'album XI Lieux).

Puisque c’est ta femme qui est à l’origine de ton changement d’écriture. Que pense-t-elle du Batlik nouveau ?

Elle aime beaucoup plus ce que je fais aujourd’hui. Comme dans la vie de tous les jours je suis quand même un enfoiré, il faut que je me rattrape sur ce que je fais pour séduire ma femme. Je me rends compte qu’elle m’inspire énormément. Récemment, je regardais les séminaires qu’elle avait faits ses dernières années et les textes que j’avais écrits. Je suis obligé de constater qu’il y a une espèce de calque. Je lui dis souvent qu’un jour, il faudrait faire des choses ensemble. Il faudrait que ses paroles à elle et mes chansons à moi se croisent. J’espère que ça se fera un jour.

Ton épouse est ta muse ?

J’espère bien. C’est la base. Les gens qui écrivent, écrivent tout le temps pour quelqu’un. L’écriture est forcément un rapport à l’autre. Au début, j’ai écouté Duras dire qu’on écrivait par vengeance, à l’époque ça m’avait beaucoup parlé. Je découvre depuis quelques années, que tu peux aussi écrire par séduction. On écrit pour avoir un pouvoir sur l’Autre. Mais l’autre, ça devient moi. Ça ne veut pas dire que ça devient vraiment moi, ça veut dire que j’ai de plus en plus de facilité à faire de moi un autre. Et ça, je crois que ça plait à ma femme (sourire).

"Paradis" en version acoustique (morceau original sur l'album XI Lieux).

Regrettes-tu que certaines anciennes chansons existent ?

Je regrette toutes mes chansons d’avant l’album de 2012, Le poids du superflu. Je crois que j’ai commencé à écrire depuis ce disque-là. Ceux d’avant, je n’écrivais, je discourais. Et comme je te l’ai dit tout à l’heure, discourir n’est pas écrire.

Te moques-tu de ce que l’on pense de toi et de ton œuvre ?

Je ne m’en moque pas. Ça n’a rien à voir avec moi, c’est tout. Il y a des chansons que les gens adorent et que je déteste et vice versa. Il n’y a pas de jugement de valeur à avoir. C’est comme c’est.

Tu as écrit une chanson sur les attentats du 13 novembre en France, « Barbarie ». Tu t’es demandé s’il fallait traiter ce sujet étant donné que beaucoup d’artistes l’ont fait aussi ?

C’est la chanson la plus difficile que j’ai eu à écrire parce qu’effectivement, le discours existait. Alors comment faire quand on veut s’extraire du discours mais que l’idée est déjà là ? J’ai écrit la chanson maintes fois et quand je la relisais, je me voyais parler. A un moment, enfin, le mot barbarie est sorti. Je me suis mis à tourner autour de ce mot-là.

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A l'issue de l'interview, le 4 octobre 2016.

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01 décembre 2016

Jules et son Vilain Orchestra : interview pour l'EP Nos vedettes

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13529094_10154279545018674_7965824980467076651_n.jpgLe 18 novembre dernier, à mon retour du concert de Jules et son Vilain Orchestra au Café de la Danse, en pleine nuit, j’ai écrit une lettre au chanteur. Je l’ai publié sur ma page Facebook. Je me permets de vous la proposer :

« Cher Jules, je t'envoie ce message en privé pour que ta modestie ne soit pas heurtée. Ce soir, au Café de la Danse, j'ai pris une bonne grosse claque comme rarement. Je n'ai pas vu Ferrat, Goldman, Dalida ou un quelconque Goldman (je sais, je l'ai cité deux fois, mais Goldman, on a le droit de le citer autant de fois que l'on veut), j'ai vu un Jules éblouissant, étincelant, éclatant qui m'a beaucoup fait rire, fait parfois pleurer (mais bon, ça je te le dis pas, ch'uis pas une gonzesse). (Ton vilain orchestre, je n'en parle même pas tant ils sont bons et que ça se voit que vous vous aimez). Je vais te dire Jules, j'me suis fait la réflexion en voyant la salle remplie à craquer, debout, applaudir à tout rompre, te faire un triomphe : "mais pourquoi diable, cet artiste n'est pas une star en France?" C'est incompréhensible et absolument incompréhensible (Je sais, je l'ai dit deux fois, mais c'est pour appuyer mon désarroi). Oh non que tu n'es pas qu'un chanteur de variété, terme que tu revendiques pourtant avec force! Tu es un chanteur hors norme avec des mélodies imparables et des textes à faire pâlir de jalousie tout plein d'autres artistes "populaires" (mais que je ne citerai pas, certains sont mon fond de commerce). Je ne te retiens pas plus longtemps, mais sache que je. En toute amitié. François  (On me dit que je me suis trompé. Ce message ne serait pas en privé. Pardon pour ta modestie, donc). »

Vous l’avez compris, j’aime ce garçon. Autant humainement qu’artistiquement (voir sa première mandorisation). Aussi, quand son éditrice et productrice du disque, Danièle Molko (d’Abacaba), m’a proposé de l’interviewer pour l’argumentaire de presse de son nouvel EP, Nos Vedettes, j’ai accepté immédiatement. Et avec enthousiasme (voire fierté). Les journalistes et les programmateurs recevront le CD accompagné de mon interview.

Que voici :

Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de son3700187662110_230.jpg nouvel EP, Nos vedettes, dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité. Le style corrosif de Jules prouve que l’on peut rire de tout si l’on sait y mettre les formes. Véritables hymnes à la vie, à l’humour ou à la dérision, ses performances " live " offrent un grand moment de joie et de rythme saupoudré d’un peu de cynisme. Difficile de ne pas vouloir faire la connaissance de Jules. Le docteur House de la chanson française est arrivé dans ce café  d’Enghien et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre. Attention, ça déménage !

Après avoir travaillé avec les Ogres de Barback, puis épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin, il créé Jules.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très vite. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Dans les 7 nouveaux titres de ton dernier EP , il y a toujours de l’humour et une certaine causticité.

Quand tu dis des choses graves, des choses lourdes de sens, avec le sourire, ça passe toujours mieux. Je me méfie beaucoup du pathos, c’est pour ça que je n’enfonce jamais le clou. Avec ses nouvelles chansons, ce qui est sûr, c’est que je suis plus dans la tendresse.

Tes 7 chansons s’adressent à 7 femmes différentes. Elles sont souvent chiantes, comme dans la chanson « T’es chiante », par exemple.

C’est une coïncidence si je ne parle que de nanas, de leur côté tendre jusqu’au côté les plus obscurs. Dans « T’es chiante », je parle de ma sœur. Mais, en vrai, je n’ai pas de sœur, c’est un rôle de composition complet.

Clip de "T'es chiante".

jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandorPour toi, c’est important le rôle de l’interprète ?

Oui, quand je joue mes chansons, je laisse la possibilité à l’interprète que je suis de recréer la chanson. C’est un vrai travail de création. J’aime raconter des histoires…Quand j’étais petit, je me souviens avoir beaucoup lu les « Alfred Hitchcock présente ». Tout se dénouait à la derrière ligne. Nous étions embarqués dans quelque chose d’assez plaisant, et à la fin, tout le décor et les couleurs changeaient… l’histoire n’avait plus le même sens. J’adore utiliser cette « recette ».

Je trouve que tu es le juste compromis entre la scène française « undergroud » et la bonne variété.

En Angleterre, c’est beaucoup plus simple. Tout le monde fait de la pop. Pour moi, la pop, c’est de la variété. Les Beatles, c’est de la variété. Je revendique bec et ongles ce terme me concernant. Je veux que l’on dise que je fais de la variété, parce que c’est vraiment ce que je fais. C’est ce que j’aime, ce que j’écoute beaucoup, bref c’est ma culture. Il n’y a pas plus noble comme terme que « variété ». Le mot, lui-même est splendide.

Dans « Tu me fais peur », tu évoques Marine Le Pen. En gros, tu dis que, maintenant qu’elle est devenue « fréquentable », la donne a changé.

Elle a réussi son plan de route. Elle est désormais banalisée. Maintenant qu’elle ne fait plus peur, elle me fait peur. Je ne fais jamais de chansons réellement contestataires, mais quand je fais des chansons politiques ou religieuses, je pose un ou des constats. Mais ce n’est pas mon rôle de dire pour qui voter, ce qu’il faut manger ou je ne sais quoi d’autres.

Dans « Ma petite fille de gauche », tu évoques une altermondialiste de gauche catho.

C’est ce que j’appelle une « ouach ouach » ! Ce ne sont pas des filles méchantes. Si elles sont un peu moralisatrices, elles ont des combats nécessaires. J’ai pensé à quelques filles pour écrire cette chanson. Celles qui écoutent les joueurs de djembé à trois heures du matin et qui boivent du café Malongo, tu vois… Quand c’est à l’adolescence que ça se passe, c’est cool, mais quand c’est à l’âge adulte, j’ai envie de leur dire de se reprendre un peu.

« Reste pas toute seule » raconte l’histoire d’une femme comme il y en a plein, ordinaire, banale, ni jules et son vilain orchestra,ep,nos vedettes,interview,mandortrop laide, ni trop belle.

Cette chanson me vient d’une chanson de Nino Ferrer, « L’inexpressible ».  J’aurais aimé l’écrire. Quand j’étais petit, à l’école, je faisais partie de la bande des mecs cools. J’ai toujours eu de l’empathie pour les garçons ou les filles qui n’arrivaient pas à se fondre dans les groupes parce qu’ils ne s’y sentaient pas bien.

Comment tu réagis si une de tes chansons n’est pas comprise comme tu l’imaginais.

J’adore ça. Il faut se foutre de l’auteur. Je préfère parler en tant qu’interprète qu’en tant qu’auteur-compositeur. L’auteur, une fois qu’il a écrit sa chanson, il doit disparaitre. Les chansons appartiennent aux gens et à l’interprète. Si tu chantes ta chanson en tant qu’auteur-compositeur, tu ne la donnes pas aux gens, tu la gardes pour toi. Je l’ai vérifié 100 fois. .

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. Je ne suis pas un grand musicien, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

Je te laisse le mot de la fin.

La musique est hyper importante. Pour moi, c’est un des trucs les plus importants au monde. On se rencontre, on s’embrasse, on baise sur de la musique… il n’y a rien de grave dans la musique. Le verbe de notre métier c’est jouer, il ne faut jamais l’oublier. Jouer en s’amusant. C’est ce que je fais.

Contact : Danièle MOLKO – 06 11 38 30 57 – dmolko@abacaba.net

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Le 24 novembre 2016, Jules et son Vilain Orchestra a reçu le Prix Charles Cros Révélation Scène 2016 (ex-aequo avec Barbara Weldens).

30 novembre 2016

Laurent Kebous : interview pour le premier album du groupe Télégram

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Vous connaissez certainement Les Hurlements d'Léo, le groupe de Laurent Kebous (déjà mandorisé là il y a un an). Télégram est son nouveau projet. Une nouvelle aventure  pour cet artiste qui tourne depuis vingt ans déjà.  Il est accompagné de sa femme Chloé Legrand à la guitare électrique, de Julien Perugini à la contrebasse et aux stomps, de Vincent Serrano aux instruments du monde (oud, kora, saxophone, clavier…).

« Télégram est un jeune groupe sur le fil de l’émotion -stop- qu’elle vienne de l’énergie d’une résistance –stop- de la beauté du sentiment –stop- de la douceur d’une mélodie. Un petit monde ouvert sur le grand –stop- à savourer non-stop. »

Le 18 octobre, c’est un Laurent Kebous essoufflé par la vie parisienne qui m’attend dans un bar pour me parler de ce beau projet.

e9c1cf_1efe157ac0044be6bc98c1e240633b5f.jpgBiographie officielle :

Voix, textes, poésie crue et lucide, c’est ce qu’offre TÉLÉGRAM. TÉLÉGRAM, c’est aussi une rencontre, celle d’une bande de musiciens, tous passionnés, tous différents, aux expériences musicales passées multiples, qui s’accordent pour vous offrir une nouvelle rencontre musicale au fil d’arrangements à la fois dépouillés et sincères, où les climats différents s’enchainent, se heurtent et se rencontrent. Ce mélange est rythmé par les instruments aussi multiples que les atmosphères qu’ils créent, guitare folk, violon, oud, Steel guitare, guitare électrique, contrebasse, stomp, et bien sûr voix donnent aux mots de TÉLÉGRAM une musicalité toute particulière qui charme celui qui l’écoute comme un serpent… Mais rien à craindre, ce charmeur, composé de Laurent Kebous des « Hurlements d’Léo », de son comparse Vincent Serrano, lui aussi « Hurlements d’Léo », Chloé Legrand de « La Cafetera Roja » et Julien Perrugini de « Damage Case », vous veut du bien et vous emmène au fil de ses mélodies nouvelles et inconnues, mais aussi au fil de chansons plus connues qu’ils sauront vous faire redécouvrir comme celles de Mano Solo, de Léonard Cohen ou même de Serge Gainsbourg. Et nul doute que ce « TÉLÉGRAM sera la plus beau de tous les télégrammes que vous recevrez jamais. »

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IMG_1619.JPGInterview :

Tu aimes beaucoup les projets parallèles dis donc !

J’aime beaucoup les projets. Ils ne sont pas parallèles. Sur cet album de Télégram, je me retrouve avec des gens que j’ai croisés lors de mon hommage à Mano Solo. Sans cet album, je ne sais pas si Télégram existerait.

Comment est né Télégram ?

Je donne un concert des Hurlements d’Léo le 12 décembre 2012, donc le 12.12.12. Au lieu de la fin du monde, c’est plutôt la naissance d’une histoire entre un homme et une femme, c’est-à-dire, Chloé Legrand, qui joue dans un groupe domicilié à Barcelone qui s’appelle La Cafetera Roja et moi, Laurent. La Cafetera Roja et les Hurlements d’Léo jouent dans cette ville sur la même scène… et nous tombons amoureux.

Ensuite, Chloé vient habiter en France avec toi, à côté de Bordeaux.

Oui. Et on fait de la musique chez nous. On voulait faire des morceaux folks qui tiennent debout en guitare voix. On commence à avoir quelques chansons et on se dit que ce serait bien si on en faisait quelque chose, donc on les enregistre. J’ai demandé à mes copains de route, Vincent Serrano qui est multi-instrumentiste et Julien Perrugini qui est contrebassiste, de venir nous rejoindre. Télégram commence à voir le jour. On va en studio, on enregistre les morceaux. Je veux faire un duo avec Arno Future, le chanteur des Sales Majestés. Il vient donc avec plaisir et il repart avec les morceaux chez lui. Il fait écouter ça à un directeur d’une maison de disque. Il trouve le projet intéressant donc on se met en relation. Il accepte de sortir notre album. Je parle de ça à mon tourneur et il accepte de me monter une tournée. Les choses se sont faites en un an et demi, c’est donc un projet tout neuf. On a l’impression de recommencer comme au début. On joue dans des clubs, on fait des premières parties. Tout cela s’est fait par enchantement.

"Houmama", avec la participation d'Aurélia CAMPIONE de La Cafetera Roja (voix féminine)

Tu es en tournée avec ta petite amie. C’est bien ?14089234_1165769876827543_8734552721315777193_n.jpg

Ouais (rires). C’est très bien. Ce sont des heureux hasards qui ont fait boule de neige, du coup, on se retrouve à être en tournée aujourd’hui pour un long moment.

Musicalement, ça n’a rien à voir avec ce que tu fais avec Les Hurlements d’Léo.

Pour résumé, c’est un mix de chansons et de musiques du monde. Mais évidemment, ce n’est pas aussi simple que cela.

Il y a des chansons comme « Tainted Love »… j’ai l’impression que vous vous êtes bien amusés à faire ce disque.

Nous nous sommes poilés. C’est super important d’avoir cette soupape-là.

Il y a moins de chansons engagées dans ce groupe, non ?

C’est effectivement beaucoup plus imagé. Mais par exemple « Houmama » est une critique sur la société de consommation dans laquelle on est. Je fais plus attention aux mots que j’utilise pour noyer le poisson. J’ai envie d’avoir une écriture un peu plus poétique et littéraire. « Moins qu’un chien » évoque l’exil, la traversée des frontières, l’accueil sordide qu’on réserve à ceux qui fuient leur pays. On ne peut pas dire que ce soit une chanson légère, même si on peut l’écouter ce cette manière.

"Moins qu'un chien".

Tu chantes aussi en anglais dans ce disque. De ta part, j’ai trouvé ça surprenant.

J’estime avoir correctement servi et défendu la chanson française, je m’autorise des incursions dans cette autre langue. Et puis tu sais, j’ai commencé à chanter en reprenant des standards de Dr Feelgood. Je n’avais pas le bon accent, mais ça n’avait pas d’importance.

Le public qui vient voir Télégram, c’est un peu le public qui te connait, toi et Les Hurlements d’Léo, non ?

Il y a un peu de ça. Comme nous ne sommes pas dans une major avec un budget de plusieurs millions de dollars, ça ne nous dérange pas que les gens sachent qu’il y a derrière ce groupe des artistes qui tournent depuis longtemps. Mais la musique de Télégram, du blues un peu rythmé, est assez loin de ce que l’on peut faire dans nos groupes respectifs.

Ça fait du bien de se diversifier ?

Ça fait du bien de ne pas être identifié qu’à un seul projet. Toi, je sais que tu fais plein de choses, j’imagine que tu n’aimerais pas être catalogué juste « chroniqueur » pour tes magazines… On a tous pleins d’activités qui nous permettent de nous servir de l’art et de la culture pour pouvoir dire des choses et c’est bien comme ça.

Clip officiel de "L'amour à vif".

Tu partages en permanence et tu es toujours à l’origine de multiples projets. Il y a une raison précise à cela ?

J’apprécie beaucoup ça parce que, longtemps, je n’ai pas su comment me placer. Je propose des choses, des gens suivent, d’autres pas. Ceux qui suivent ne sont pas des « suiveurs » au sens péjoratif du terme, ils participent à quelque chose.

Est-ce qu’il t’arrive d’être découragé par ce métier ?

Parfois oui. Je me considère plutôt comme un artisan que comme un artiste, parce qu’il y a un amour du travail bien fait. Mais quand je vois comment on considère les intermittents du spectacle, je suis outré. Nous ne sommes pas des cancrelats. Je suis déçu de la tournure que prennent les choses. J’ai l’impression que nous sommes dans une idiocratie où on tire tout vers le bas. Les artistes qui vont rester, je ne sais pas si ce seront les meilleurs pour notre intellect.

J’imagine que tu apprécies une chanson comme « Belinda » de Claude François reprise par M Pokora.

Claude François était un chanteur de variété très honorable, tout comme Joe Dassin. N’importe qui ne peut pas reprendre n’importe quoi. « Belinda » dans la bouche d’M Pokora, c’est un peu fadasse. Ce que l’on nous vend et ce que l’on nous oblige à écouter, ce n’est pas de la culture de terrain, c’est un peu le carnaval.

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(Photo : Sud Ouest)

Ça doit te faire du bien de savoir que tu es reconnu par tes pairs.

C’est toujours agréable de rencontrer des gens que tu as apprécié, comme Miossec, et de bien s’entendre avec eux. C’est bon de sentir que l’on fait partie de la même famille d’artiste. J’ai passé une semaine à Astaffort avec Jean Fauque, l’un des paroliers de Bashung. Je me suis retrouvé à gratter avec lui. En ce moment, nous sommes en train de co-écrire deux chansons. Je vais te dire un truc. Mon rêve actuel serait d’arriver à écrire des chansons pour d’autres et être moins sur la route.

D’ailleurs, j’ai l’impression que tu passes ta vie sur la route.

Oui, mais j’ai trouvé un équilibre ainsi. Le temps que j’ai pour moi, je le consacre à mes filles de  7 et 10 ans. Du dimanche au jeudi, je suis avec elles, sinon, je suis sur la route. Elles ont toujours été habituées comme ça et je crois même qu’elles ne souhaitent pas que cela change.

Tu as une volonté de laisser une trace derrière toi ?

La trace, je l’ai déjà laissé. J’ai sorti 20 disques.

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Laurent Kebous aux Rencontres d'Astaffort en 2016 avec les autres élèves.

Aux Rencontres d’Astaffort, qu’es-tu allé faire ?

D’abord, je tiens à préciser que j’y suis allé comme stagiaire, pas comme intervenant. Tous les jours, un artiste, même un artiste qui a fait 20 disques, doit se remettre en question. Il doit surprendre et aller là où on ne l’attend pas. Je suis donc allé à la rencontre des jeunes artistes que je ne connaissais absolument pas et qui ne me connaissais pas non plus. J’aurais été con de me priver de cet enrichissement. J’ai par exemple rencontré un auteur fabuleux qui s’appelle Sancho, du coup, on écrit des chansons ensemble en ce moment pour le prochain album des Hurlements d’Léo qui sortira pour nos 20 ans d’existence en janvier 2018. Moi aussi, j’ai besoin de renouveler ce que je dis et la façon dont je le dis.

C’est intéressant cette lucidité de te dire que tu as besoin d’aide.

Ça ne m’a jamais dérangé de tendre la main à quelqu’un pour qu’il la prenne et qu’on avance ensemble.

Pourquoi un artiste est fragile ?

Parce qu’il se met en danger. C’est dangereux de se montrer sur scène, d’avoir des succès, de ne pas en avoir, c’est dangereux d’avoir des déceptions, des échecs, c’est dangereux de recevoir autant d’amour d’un coup, c’est dangereux aussi d’en recevoir beaucoup moins. Ce yoyo permanent peut déstabiliser un homme.

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Le 18 octobre 2016, après l'interview.

29 novembre 2016

K! : interview pour le Fantastik Show

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(Photo : Alain Fretet).

J’ai connu K ! au Pic d’Or en 2014. Elle y a remporté le Pic d’Argent. Depuis, je la suis et vais la voir sur scène régulièrement. Elle y est seule avec son clavier et son ordinateur. Seule ? Non, pas tout à fait. Dans son jardin extraordinaire on y trouve… Non, je préfère me taire. Enfin, au moins un monde envoûtant… à la fois onirique, mystérieux, étrange, parfois déroutant et inquiétant, mais toujours doux et poétique.

Dans le Fantastik Show de K!, les « freaks », c’est chic.

Le 18 novembre dernier, la dame est venue à l’agence répondre à mes questions (et m’assassiner à la fin de l’entretien.) (Et ça, c’est pas chic)

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandorBiographie officielle :

Autodidacte, Karina s'entoure de claviers, tablettes et ordinateur encastrés dans un décor baroque pour donner corps à son univers délirant et décalé. Depuis 2012 le projet a plusieurs fois évolué. Initialement accompagnée d'un guitariste, puis d'un pianiste, elle est aujourd'hui seule sur scène au milieu des machines. Dans la chanson française contemporaine, K ! propose un univers et un son nouveau mâtiné de pop synthétique.

Sa voix puissante, sait, au service de l’interprétation se faire murmure et nous bercer. Son imagination n’a pas de frontières. Sa parole est farouchement authentique surtout s’il s’agit de braver ses propres démons que sont ses émotions de femme. Assurément comédienne, elle prend à bras le corps la scène, comme elle empoigne l’amour pour le tordre, le distordre et lui faire rendre l’âme.

Après quatre années d'existence ponctuées de récompenses et de reconnaissances professionnelles, elle offre aujourd'hui un show « seule en scène ». Un univers singulier peuplé de personnages étranges et fantastiques. Petite cousine inavouée de Tim Burton, maniant un humour - "nonsense" - à la Terry Gilliam, K ! nous invite dans les limbes d'un conte musical pour enfant punk avec le plaisir d'emmener le public au milieu du pays des rêves. A moins qu'il ne s'agisse de celui des cauchemars. Fantastik !

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(Photo : Thomas Bader)

karina duhamel,k!,interview,fantastik show,mandorInterview :

A la base, c’était mal parti pour que tu te lances dans la musique, non ?

Disons que la musique n’était pas un métier pour des gens comme nous. J’habitais à la campagne, mes parents étaient ouvriers. Pour eux, ce domaine appartenait à une intelligentsia qui ne venait pas du fin fond de la Sarthe. Pour eux, devenir musicien était de l’ordre de l’utopie.

Mais, tu as eu envie très tôt de faire de la musique.

Oui, mais on m’avait tellement gavé le crâne que je n’y arriverais pas que je n’y croyais pas vraiment. Du coup, c’est arrivé presque par hasard.

Comment est-ce arrivé alors ?

Il y a 20 ans, j’étais bibliothécaire dans un collège. Mon mari d’alors était tatoueur. Il a tatoué un type qui était musicien. Ce dernier lui dit qu’il a concert dans trois semaines et que le chanteur l’a lâché. Mon ex-mari lui parle de moi et je suis prise à l’essai. Je fais le concert et c’est une catastrophe. On faisait des reprises de morceaux rock. Le bassiste me dit que le groupe de bal dans lequel il joue cherche une chanteuse. Je passe les sélections et je suis prise. En trois mois, je deviens chanteuse professionnelle.

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(Photo : Annie Claire Hilga)

De fil en aiguille, tu chantes dans les bals pendant 15 ans.

C’est une sacrée bonne école, mais il faut en sortir à un moment parce que sinon on est absorbé par ceux que l’on interprète. On devient vite une sous Céline Dion ou une sous qui tu veux.

Et les concerts sont très longs.

Oui, on chante pendant 7 heures. Avec trois ou quatre  heures de montage et autant de démontage.

Ce que je vois sur scène de toi aujourd’hui est expliqué par ce que tu me racontes. Tu as une étendue vocale extraordinaire.

Dans les bals, on est obligé de bosser toutes les tonalités, ça forge les cordes vocales.

On est tenté d’imiter ceux que l’on chante ?

On est plus que tenté. C’est un jeu.

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(Photo : David Didier)

Finalement, tu as réussi à te sortir des bals ?

Parce que j’étais trop rock’n’roll, trop anticonformiste. J’avais des groupes à côté, j’écrivais des textes en anglais. Je préférais aller chanter dans les caves pour 20 personnes bourrées que faire du bal. J’ai commencé à m’absenter, j’ai changé d’orchestre…

Petit à petit, tu t’es éloignée de ça.

Oui, jusqu’à la cassure. Je commençais à comprendre que j’étais en train de me pervertir. Je ne vivais plus pour la musique, mais je faisais de la musique pour vivre.

Que se passe-t-il quand tu arrêtes les bals réellement ?

Je me dis que je vais travailler dans autre chose et que la musique deviendra juste un plaisir.

Ça ne s’est pas passé du tout ainsi.

A l’époque je travaillais avec un guitariste, Elie Gaulin. On a des chansons un peu pop avec des textes en Français. Lui compose. C’est con, mais à la mort de mon père, je prends conscience qu’on va tous mourir un jour. Je ne peux plus attendre. Il y a 7 ans, je monte donc à Paris pour tenter le tout pour le tout. J’ai des entrées dans un studio, je trouve des dates, mais finalement, Elie ne souhaite pas me rejoindre à Paris. Il arrête. Je me retrouve seule dans la capitale. J’habite sur un petit bateau, il n’y a pas d’eau chaude, peu d’électricité, j’ai laissé mes enfants en région centre... Je me dis que j’ai fait tout ça pour rien et c’est la catastrophe.

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(Photo : Alex Monville).

Et que se passe-t-il ?

Un jour, quelqu’un toque sur ma coque de bateau. Je vois un jeune homme qui s’est trompé de quai. En fait, c’est le destin qui frappe ma porte. Je lui raconte mon histoire et, quelques jours plus tard,  je me réveille et j’ai un piano sur le bateau avec un petit mot qui explique que maintenant je n’ai plus le choix. Cet homme va devenir mon mari.

Belle preuve d’amour, en effet. Mais tu savais jouer du piano ?

Non. Je m’enferme et j’apprends. Les premières mélodies et les premières chansons arrivent. En même temps, je continue à faire la serveuse pour gagner ma vie à Montreuil. Là, je rencontre Freddy Cats, un homme qui organise des soirées dans les lofts. Il me propose de chanter. Je n’avais que quatre chansons, mais il m’a permis de les interpréter. Ce soir-là, il y a le frère de Sophie Bellet, Xavier. Sophie travaille au Studio des Variétés et elle est, à l’époque, manageuse de Bertrand Belin. Après l’avoir supplié 15 fois de venir à un concert, elle finit par obtempérer. Là, ça s’enchaîne hyper vite. Je rentre aux studios de Variétés, je fais des formations, je rencontre plein de gens… ça bouge rapidement et des portes s’ouvrent… qui  en ouvrent d’autres.

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(Photo : Annie-Claire Hilga)

Un jour, tu joues dans un endroit improbable : un café Turc.

Oui, et le mec qui me fait le son s’appelle Jérémie Kokot. Il tombe amoureux du projet et on décide de bosser ensemble. Il y a 6 ans, c’est ainsi que naît K ! C’était un duo. Jérémie m‘a emmené vers la musique assistée par ordinateur. Moi, j’avais envie de ça depuis longtemps, mais je n’avais jamais osé franchir le pas.

Ce duo était proche de ce que tu fais aujourd’hui ?

Oui. L’univers était déjà complètement barré. Je n’étais pas encore satisfaite. Ça n’allait pas jusqu’où je voulais aller. J’ai passé deux ans avec Jérémie. J’ai appris plein de choses. J’étais un peu le moteur de ce projet, parfois ça le gavait. Il est ingénieur du son confirmé et aime son travail. Il sent que ça va se bousculer au portillon et qu’il ne pourra plus faire son boulot et le projet comme il le souhaite, donc, en 2014, on décide d’arrêter de bosser ensemble.

Là, tu comprends qu’il faut que tu te prennes en main.

Oui. Ça tombe bien. Je pars seule en tournée avec le Mégaphone Tour, cela me permet de roder la formule en solo.

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(Photo : David Didier)

Ton projet K ! existe depuis plus de deux ans.

C’est un cabaret electro un peu chaotique. Les gens ne sont pas habitués à voir le cabaret sous un format « chansons ». C’est pour ça qu’il ne s’impose pas facilement.

Moi, dès que je t’ai vu la première fois, je suis tombé raide dingue de ta performance. C’était en 2014 au Pic d’Or. Tu as remporté le Pic d’Argent. Je t’ai revu l’année suivante au Prix Georges Moustaki. C’est un passage obligé les tremplins ?

C’est une très belle vitrine, mais il faut choisir ses tremplins. Des gens qui s’occupent de tremplins comme le Mégaphone Tour, le Pic d’Or ou le Prix Georges Moustaki, ce sont plus que des professionnels, ce sont des partenaires. Des gens bienveillants, des gens qui passent beaucoup de temps, de manière gratuite, à soutenir la chanson. Ces tremplins-là n’ont pas la même démarche que Ricard ou Emergenza.

Présente nous le Fantastik Show, ton conte musical pour enfant punk,  que tu présentes sur la Scène du Canal jusqu’en décembre.

Il y a de la magie, des effets spéciaux, de la rêverie, de la poésie. Les chansons que j’interprète ont été écrites sur trois ans, donc elles font partie de mon parcours de vie.

Cela ne t’a pas échappé que l’on compare ton univers à celui de Tim Burton.

J’ai un souvenir mémorable d’Edward aux mains d’argent. C’est la première fois que je voyais un mec faire des films d’horreur pour les mômes. Mais, déjà toute petite, cet univers m’intéressait. J’avais un imaginaire incroyable qui touchait autant à l’enfance qu’à l’adulte.

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(Pendant l'interview).

On ne lâche jamais tous les monstres qu’on a dans notre tête quand on est petit, n'est-ce pas?

On apprend en grandissant que ceux que l’on va rencontrer seront largement pires que ceux dont on avait peur et qui étaient censés être planqués dans nos placards. Cela dit, aujourd’hui encore, quand je m’endors la nuit, s’il y a une chaise avec un manteau, je peux le transformer en vieux monsieur qui essaie de s’accrocher à mon lit.

Et plus généralement, l’imaginaire est-il en danger ?

Je le pense vraiment. Les enfants grandissent trop vite. On ne leur laisse plus le temps d’être des enfants. On est dans une société qui est remplie de désillusions. Quand il n’y a plus d’illusion, il n’y a plus de magie.

Un album arrive au printemps 2017 et tu le feras en indé. Tu es fière d’être indépendante ?

Oui, vraiment beaucoup même. Ce n’est pas facile de l’être, mais c’est une belle famille. Il faut vraiment que les artistes indépendants soient fiers de l’être. Il faut qu’on arrête de pleurer parce qu’on n’a pas de papiers dans Libé ou Télérama. Il faut que nous soyons fiers d’être dans FrancoFans, Hexagone ou chez Mandor. On doit tous se soutenir dans cette famille.

Ce métier t’aide à fuir la réalité ou c’est l’envie que les gens fuient la réalité à travers toi.

J’espère que c’est la dernière partie de ta phrase. Un jour, quelqu’un du métier qui est très importante pour moi m’a demandé pourquoi je voulais faire ce métier. Après une nuit de réflexion, j’ai enfin trouvé la réponse : je veux faire ce métier pour émerveiller les gens.

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A l'issue de l'interview, un indice (discret) me montre que K! était moyennement contente des questions posées...

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22 novembre 2016

Minou : interview pour l'album Vesperal

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Minou est un nouveau duo electro pop. Je l'ai découvert sur scène lors de la dernière édition d’Alors Chante. Sonorité eighties, chant aérien, textes ciselés et sensibles. Sous le charme…

Un peu plus tard, j’ai reçu leur premier disque, Vesperal. Sous le charme (bis)…

Le 21 octobre, je suis allé à la rencontre de Sabine Stenkors et Pierre Simon dans les locaux de leur label, Cinq7 pour essayer de comprendre qui se cachait derrière ce duo.

minou, vesperal, interview, point éphémère, mandorBiographie officielle (un peu écourtée):

Minou est un groupe, un duo qui ne fait qu’un, complice et complexe, qui donne naissance ou renaissance à une chanson pop-électro décomplexée. Tellement décomplexée que cet album, chanté tout en français, n’a rien à envier dans ses sonorités à nos amis Anglo-Saxons. Minou nous rappelle la new wave des années 80, l’indie d’outre-atlantique mais aussi ce que la pop française a de meilleur. Minou s’écoute, Minou se danse. C’est normal car leurs Rolling Stones à eux s’appellent les Daft Punk, première claque reçue, premières envies, émotions. Territoires nouveaux à explorer, la magie d’un monde à réinventer pour une génération qui a grandi et s’est libérée sur les textes de Daho ou la musique de MGMT. Ce nouveau langage, Pierre Simon et Sabine Stenkors le précise depuis leur rencontre au lycée. Plusieurs groupes et bientôt 10 ans plus tard, ce langage est devenu commun, mélange de leurs expériences et collaborations issues de cette période. Un mélange savant aussi bien organique qu’électronique, décoction curieuse et ambitieuse des genres et deux voix qui n’en font qu’une. Sonorités rêveuses, fausse naïveté et refrains tenaces, voilà une partie des éléments qui composent l’élixir de Minou et nous obligent à tomber immédiatement sous leur charme. Minou c’est un vaisseau spatial piloté, mixé, réalisé par Julien Delfaud (Phoenix, Superdiscount, Benjamin Biolay, Woodkid) qui atterrit en douceur sur un volcan synthétique cracheur de riffs, d’amour et d’espoirs. France Inter ne s’y est pas trompé en les sélectionnant pour « La Relève », prix dont Minou furent les heureux gagnants en 2015.

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minou,vesperal,interview,point éphémère,mandorInterview :

Vous venez de familles de musiciens ?

Pierre : On n’a pas de parent musicien, mais il y avait beaucoup de musiques chez moi ou chez Sabine, c’est ce qui a constitué notre culture musicale et notre première approche à la musique. Par contre nous n’avons pas été éduqués musicalement de la même manière. En tout cas, tous les deux, nous avons des parents assez intelligents pour nous avoir laissé persévérer dans ce domaine.

Je ne peux pas ne pas vous demander comment vous vous êtes connus ?

Sabine : Tout simplement au lycée. Il y avait une salle qui était dédiée à la musique et nous y passions beaucoup de temps. Nous avions 16 ans, on écoutait du rock comme les Smashing Pumpkins.

Pierre : Moi, je te filais des CDs de truc zarbis, du rock electro progressif. Soit j’écoutais du punk rock, soit de la new wave ou des musiques expérimentales électroniques. J’ai eu une approche de la musique électronique très jeune. Mes premiers CDs étaient ceux de Queen, Alan Parson Project et Daft Punk. Quand j’étais môme, je les mettais dans mon baladeur et j’allais à l’école en écoutant ça. J’étais en décalage avec mes potes qui, eux, écoutaient tout le mouvement rap et hip-hop de ces années-là.

Clip de "Hélicoptères".

Quand vous vous êtes réunis pour faire de la musique, vous avez commencé par quel genre ?

Pierre : On a pas mal tâtonné. Sabine est bassiste, moi je suis guitariste, en plus, on a commencé avec un batteur, ça faisait plutôt un combo rock. Petit à petit, on a commencé à inclure des synthés… On a appris de nouvelles façons de composer avec de nouveaux outils. Aujourd’hui, on se sert autant de nos instruments de prédilections que des machines. Sur scène, aujourd’hui, je fais moitié clavier, moitié guitare.

Il y a un côté bidouille, sampling dans votre musique.

Pierre : Dans les machines, il y a déjà de la musique. Quand on branche un synthé, on peut avoir immédiatement une atmosphère, on peut inventer plus de choses. Aujourd’hui, pour nos chansons, on part d’une compo d’arrangement de clavier et les guitares arrivent après.

Quel est le rôle de chacun ?

Sabine : Généralement Pierre écrit les textes et nous nous occupons de la musique ensemble.

Pierre : On fonctionne un peu en ping-pong. Sabine peut être plus inspirée sur un titre et moi sur un autre… et quand ça plait à tous les deux, on garde.

Clip de "Alphalove".

Quand avez-vous décidé de vous lancer dans la musique sérieusement ?

Sabine : Je faisais des études de graphisme, mais je ne me voyais pas faire ce métier, passer ma vie dans un bureau devant un ordinateur. J’ai arrêté, puis j’ai fait des petits boulots pour me payer mes premiers instruments.

Pierre : Pour tout jeune artiste, c’est un espèce  de Graal de signer dans un label et d’être accompagné dans l’enregistrement d’un album. Avant Minou, on était déjà dans un groupe, à Tours, avec deux autres personnes. On a fait pas mal de concerts, on a récupéré un peu d’argent et on a enregistré un 6 titres.

Sabine : Ce qui était le plus important pour nous, c’était de faire de la scène. On a beaucoup bossé le live.

Quand vous avez créé Minou, du coup, vous deviez déjà avoir un réseau.

Pierre : Oui, et on l’a bien utilisé. On a pu faire des concerts tout de suite. Dès la première année, on faisait des premières parties dans des Zénith, le lendemain, on se retrouvait dans un bar. Cela dit, parfois, on passe un excellent concert devant 30 personnes qui sont là pour nous et parfois, dans une première partie devant énormément de monde, ça peut être très froid, rien ne se passe. Il n’y a pas de règles. C’est important de continuer à jouer dans les petits lieux. On est là pour donner notre musique, peu importe combien de gens la reçoive.

Live de "Montréal" à la Flèche d'Or.

On apprend en faisant des premières parties ?

Pierre : Beaucoup. C’est un peu comme quand tu fais un show case à Paris devant des pros. On ne peut pas juste prendre et s’imprégner de la musique, il faut aussi analyser ce que l’on fait. On apprend par exemple à gérer une set list le plus intelligemment possible.

Vous êtes chez Cinq7 aujourd’hui. Vous connaissiez ce label ?

Oui, et nous voulions vraiment que ce soit ce label qui nous signe. On adore leurs artistes et on trouve qu’ils les développent super bien.

Ils vous ont repéré comment ?

Pierre : Grâce au concours « La relève » de France Inter. Quand on a gagné ce tremplin, j’ai pleuré. Je n’ai pas pu me contrôler. J’étais persuadé que ce n’était pas pour nous tant les artistes qui étaient présents étaient talentueux.

Sabine : Je crois qu’ils ont aimé notre sens des mélodies et de la ritournelle.

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Si le son est très années 80, il y a derrière une modernité.

Pierre : Le son très moderne provient du travail de Sabine.

Sabine : C’est vrai que si je t’écoutais, nous ferions du 100% années 80 (rires).

Pierre : Je l’assume complètement. Mais c’est aussi pour cela que nous avons choisi Julien Delfaud comme réalisateur. C’est quelqu’un qui a l’habitude de travailler avec « des groupes à synthés », mais de manière très moderne. C’est fou comme il sait tirer la musique vers le haut!

La musique est plutôt « enjouée » et les textes assez sombres.

Pierre : Ce sont des chansons qui peuvent évoquer des choses tristes, mais il y a toujours beaucoup d’espoir. Effectivement, la musique permet d’amoindrir le côté noir du propos

Comment vivez-vous cette période où le public découvre votre disque ?

Sabine : C’est très flippant et excitant. C’est vraiment l’ascenseur émotionnel.

Pierre : Ça fait 12 ans que nous jouons ensemble avec Sabine et on avait toujours en tête de sortir un album. Il est là aujourd’hui. C’est à la fois une sensation bizarre et effrayante. Je suis fier de cet album. Je suis content des chansons, de la manière dont elles sonnent, mais je ne sûr de rien et encore moins de comment l’album va  être accueilli.

J’ai l’impression qu’il y a une nouvelle vague de groupes qui se remettent à faire de la musique pop électronique comme celle des années 80.

Pierre : C’est vrai, mais personne n’essaie de faire du Daho ou du Niagara 2016, car on a digéré ces artistes… et ça ressort d’une autre manière. On aime bien Fishbach et Minuit par exemple. Je trouve qu’il y a une vraie effervescence autour de la pop française.

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Pendant l'interview...

Le concert du 22 novembre prochain au Point Ephémère sera un peu particulier.

Pierre : C’est le concert de présentation de l’album. Nous allons le jouer en intégralité et c’est la première fois. On a préparé des trucs sympas, vous verrez.

Pour finir, Pierre, qu’admires-tu chez Sabine ?

Pierre : J’admire son immédiateté et son sens de l’arrangement. Elle a une vision qui est plus moderne que la mienne et ça me fait du bien de travailler avec elle. Elle est plus courageuse que moi aussi.

Comment cela ?

Pierre : Moi, je suis optimiste et Sabine est courageuse. Dans le doute, elle fonce quand même.

Et toi Sabine, qu’admires-tu chez Pierre ?

Sabine : Sa capacité à écrire des textes rapidement. Cela m’aide à avancer. Je suis pessimiste et il me rassure tout le temps. Il est patient avec moi. Je ne pourrais pas être avec quelqu’un comme moi (rires).

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A la fin de l'interview, le 21 octobre 2016.

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20 novembre 2016

Vincent Scalera : interview pour sa web série, En fait...

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vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandorLéa Camilleri et Vincent Scalera sont les héros d'une toute nouvelle websérie, En Fait. Elle raconte les aléas d'un couple, mais de manière énergique, moderne et décalée. Ils jouent un couple moderne, où amour et passion ne sont pas forcément les maîtres mots. Le couple n’est pas un couple complètement dans la normalité (mais qu’est-ce que la normalité dans un couple ? répondit l’écho). Les personnages sont hauts en couleurs, à l'opposé des clichés des comédies romantiques. J’adore !

Le comédien, scénariste et réalisateur Vincent Scalera, à qui l'on doit ce beau projet, travaille dessus dans les locaux où moi-même je travaille. Donc, je le vois tous les jours. Ayant beaucoup aimé le premier épisode, je ne cesse de l’importuner pour connaître la suite et pour voir les nouveaux épisodes avant tout le monde. L’homme est sympathique, passionné et il bosse comme un fou. C’est simple, je ne l’ai jamais vu ne pas travailler.

Comme j’aime sa série, il y a trois semaines, j’ai soudain ressenti l’irrépressible envie de le mandoriser, ce qu’il a accepté immédiatement.

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Description de la chaîne qui publie En fait…:

Wooshes est une chaine youtube caritative où chacun des nouveaux abonnés seront reversés à une association humanitaire pour la sauvegarde des fabricants de bretzel.

100% des bénéfices faits sur cette chaine seront également déposés sur un compte offshore aux pays bas dans le but d'acheter une villa avec piscine à ma mère.

Sinon à part ça,  vous pouvez regarder la série En Fait... saison 1 : RDV tous les 15 jours : le jeudi (parce que le jeudi j'ai pas sport du coup je peux uploader mes vidéos, sinon ça voudrait dire qu'il faudrait que j'aille au sport le jeudi et non le mardi pour mettre en ligne les nouveaux épisodes le mardi, puis le vendredi c'est pas possible non plus car j'ai souvent mon pote Kaza qui passe chez moi, le lundi je suis trop crevé du Weekend donc j'ai la flemme, et pour finir le mercredi j'oublie toujours ce que je dois faire).

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vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandorInterview :

Tu as commencé ta carrière comme comédien, mais aujourd’hui, tu es devenu un vrai couteau Suisse.

J’écris, je joue, je réalise, je produis. J’aime toucher à tout, mais il est vrai que je me passionne de plus en plus à la réalisation, à la mise en scène et à l’acting.

Comment t’es venu l’idée de devenir comédien un jour ?

Quand j’étais petit, j’étais totalement fan de Jean-Claude Van Damme et de Bruce Lee. Je regardais les films d’action avec une envie forte de faire la même chose, du coup, j’ai fait des arts martiaux. J’espérais que cela me serve un jour…

Vers 20 ans, tu t’es rendu compte qu’il fallait te professionnaliser.

Oui, je sentais que c’était un poids pour moi de ne pas être comédien, mais je  n’arrivais pas à franchir le pas, je ne sais pas trop pourquoi. C’est à 23 ans que j’ai finalement fait mon premier casting. Je l’ai parfaitement foiré.

Après t’être rétamé, que se passe-t-il ?

J’étais un peu perdu. En fait, je ne savais pas par où commencer. J’envoyais des lettres, des CV, je n’obtenais pas de réponse. J’en ai eu marre. Je suis parti à Tahiti, puis en Nouvelle-Zélande, puis en Nouvelle-Calédonie. Curieusement, alors que j’étais parti pour m’éloigner de tout ça, c’est à Nouméa, en 2011, que j’ai été casté pour la série de France 2, Foudre. J’ai eu un petit rôle avec les acteurs principaux. C’est comme ça que j’ai commencé le métier.

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(En 2011, sur le tournage de Foudre pour France 2.)

Tu sympathises avec les gens de l’équipe, dont l’acteur principal David Tournay, le réalisateur et le producteur de la série.

Oui. Comme ils étaient satisfaits de mon travail, ils m’ont conseillé d’aller voir le studio Pygmalion le jour où je me décide de rentrer à Paris. Ce que j’ai fini par faire. J’ai passé des tests, puis ils m’ont intégré. Ils m’ont formé comme comédien.

Que se passe-t-il quand tu sors de là ?

Je fais de la figuration, des silhouettes… mais je trouvais que les choses n’allaient pas assez vite. J’ai créé une boite de production avec des potes. On tournait nos propres courts métrages. Je n’ai jamais aimé attendre que l’on vienne me chercher. Je trouve cette position très inconfortable et elle ne convient pas à mon état d’esprit.

Tu as un profil physique intéressant. Beau et musclé, ça t’a ouvert des portes ?

J’avais des capacités pour la cascade, du coup, ça m’a aidé à décrocher des rôles « physiques » un peu dangereux. J’ai vite tourné dans des séries comme Engrenages ou Braquo. Après on m’a recruté pour faire des films qui montraient par exemple des interventions du GIGN. C’était mon rêve de gosse de faire des films d’action, mais au final, j’estime que je n’avais pas grand-chose à défendre, je voulais des propos, un enjeu…

Demo Vincent Scalera from vincent scalera on Vimeo.

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Aujourd’hui en 2016, tu viens de créer la série En fait… sur YouTube. vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandor

J’ai toujours eu l’habitude de travailler à mon compte, de tout gérer, faute de budget conséquent. Donc, je travaille pour le moment avec une équipe réduite, mais efficace. Je fais tout moi-même, mais à long terme, je ne pourrai continuer ainsi, c’est extrêmement compliqué. Je dirige les comédiens, je réalise, je dois me concentrer aussi sur mon propre jeu…

Raconte-moi ce qu’est ta série.

En fait… met en scène un couple au début de leur histoire. Le terme « En fait », c’est la seconde que l’on prend pour réfléchir avant de donner une réponse dans une situation que l’on gère mal. On peut tous péter un plomb dans la tête, mais ce que l’on pense vraiment ne passe pas la bouche parce que socialement, ça ne se fait pas. Du coup, je métaphorise des émotions. On voit ce qu’il se passe dans la tête du couple, on rentre dans leur monde intérieur… mais ce n’est pas la réalité de ce qu’ils disent au final. Je voulais montrer que dans la vie, on met des masques. On ne dit pas jamais la vérité.

La bande annonce de "En fait..."

Quand je regarde En fait…, ce qui me fascine, c’est que j’ai l’impression de regarder un dessin animé de Tex Avery.

Depuis tout petit, je suis fan de dessins animés. Leurs scénarisations est souvent géniales. Je m’en suis inspiré. Quand je veux raconter une histoire que j’ai dans la tête, les images qui arrivent dans ma tête ressemblent à un dessin animé.

vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandorTu t’inspires aussi de certains réalisateurs de cinéma.

Oui, comme Guy Ritchie. Arnaques, Crimes et Botanique et Snatch, pour moi, ce sont des chefs d’œuvres ! Il a réinventé la façon de réaliser et je m’en inspire aussi beaucoup. Pour moi, c’est un génie. Tarantino aussi m’a inspiré sur différents points comme la violence, mais la violence ridiculisée. Il y a une scène où je tue ma honte et ma honte me tue, c’est très tarantisnesque.

Je trouve que tu révolutionnes les séries sur YouTube. C’est beaucoup plus énergique et moderne.

Sur Internet on peut faire ce que l’on veut. Je n’ai pas la prétention de dire que je vais révolutionner quoi que ce soit ou que je donne un coup de pied dans la fourmilière, j’ai juste eu envie de faire un truc qui me correspond et qui me plait. Je fais cette série avec amour, c’est pour cela que ce projet me ressemble.

Tu te donnes combien de temps pour estimer que ta série marche ?

Je ne me mets pas la pression avec les objectifs. Il faut au moins 6 mois pour qu’une chaîne commence à décoller. Tant mieux si ça arrive plus vite  avec une vidéo tous les 15 jours. Mais puisqu’il faut que je réponde à ta question, je me laisse un an pour voir si les gens accrochent au concept.

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Pendant l'interview...

vvincent scalera,léa camilleri,en fait,websérie,interview,mandorParlons de Léa Camilleri. Comment l’as-tu choisi pour être ton « amoureuse » ?

J’étais auteur pour Le Latte Chaud à l’époque où elle faisait partie de l’équipe. J’ai pu l’observer jouer. Elle a un naturel de jeu que j’apprécie beaucoup. Elle a un côté un peu réservé et drôle en même temps. Dans la série, quand on rentre dans sa tête, il y a un décalage complet entre ce qu’elle est et ce qu’elle joue. Je suis sûr que parfois, quand elle tourne certaines scènes, elle se demande pourquoi elle est là, pourquoi elle a accepté de participer à cette aventure (rires). Depuis qu’elle a dû simuler un orgasme, ça a débloqué beaucoup de choses entre nous. On n’a plus peur de rien.

Comment es-tu sur un plateau ?

J’essaie d’être très cool avec tout le monde et de ne pas transmettre mes angoisses. En tant que chef d’orchestre, il est important de disséminer une bonne ambiance.

Tu t’inspires de ce que tu as vécu toi-même dans cette série ?

Il n’y a pas longtemps, je me suis aperçu que tous mes scénarios étaient des choses qui m’étaient arrivées. J’étais persuadé que c’était juste le fruit de mon imagination… mais non… en fait.

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Avec Vincent Scalera, après l'interview.

Pour terminer, voici les quatre premiers épisodes de En fait...

19 novembre 2016

Fred Rollat (auteur et chanteur de Karpatt) : interview pour Angora

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Malgré leurs 22 années d’existence, les trois membres de Karpatt ont gardé une fougue communicative de partager de la bonne humeur, des bons mots et des explosions d’émotions. Le trio parisien revendique une identité scénique farouche imprégnée de jazz manouche et de chanson française. Leur musique métissée, reggae, java ou rythmes cajuns et leur humour suscitent une énergie et un enthousiasme communicatifs!  Cinq ans après Sur le Quai, les revoici avec Angora. Le 4 octobre dernier, le chanteur du groupe, Fred Rollat, est venu à l’agence pour évoquer ce disque… et un peu plus.

12801400_10153597095024234_5586982112957979125_n.jpgArgumentaire de presse signé Stéphanie Berrebi (un tout petit peu raccourcie, mais pas beaucoup quand même):

Déjà vingt ans que Karpatt sème ses chansons, dans les bars et salles de France mais aussi à travers le monde. Le sixième album s’appelle Angora, titre hautement symbolique pour le trio. L’Angora, c’est le nom du lieu parisien où les chansons de ce disque sont nées.

Depuis les “chansons roots” de l’album À l’Ombre du Ficus, Karpatt aura fait un sacré chemin, de bars en salles de concerts, de Paris à l’Amérique Centrale en passant par l’Europe de l’Est et l’Indonésie. Une route ponctuée de titres devenus cultes pour son public fidèle. « Soulève ta jupe », « Fan de maman », « Le fil », « Léon », « Lino » ou plus récemment « Palais Royal », dédié à Mano Solo (sûrement le premier “fan” du groupe), ou « Un jeu » qu’ils se sont amusés à remixer sur ce dernier album. Autant de refrains qui ont marqué quelques milliers d’esprits ces vingt dernières années. Avec légèreté et simplicité, avec des émotions sur le fil ou avec humour, Karpatt a construit une relation complice avec un public qui a suivi le trio dans toutes ses aventures, dans toutes ses orientations musicales.

Chanson française, jazz manouche, rock, et aujourd’hui explorant les rythmiques sud-américaines, ajoutant Karpatt-Frigos-56-SITE-611x449.jpgdes petites touches électro çà et là, il n’y a pas de frontières dans les musiques créées par le guitariste Gaëtan Lerat , le contrebassiste Hervé Jégousso et le chanteur Fred Rollat, qui composent au gré des envies, mais aussi au gré des voyages et des rencontres ayant ponctué la vie de ces musiciens curieux, guidés surtout par l’envie de partager des émotions, d’emmener l’auditeur ailleurs.

Un désir que l’on ressent également à travers la plume de Fred Rollat. Toujours sincères, ses histoires nous touchent, qu’il s’agisse de textes intimistes (« Partage »), ou d’observation d’un monde qui part à vau-l’eau (« Moulinette », « Encombrants »). Tel un peintre en sentiments, ce fin observateur trouve toujours les mots pour nous faire sourire, avec parfois un soupçon de nostalgie (« Un jeu », « Amours d’été »). La portée de ses histoires souvent vécues, ses mots simples et ses refrains entêtants est universelle.

10347088_10152482948714234_7277301631535006986_n.jpg

IMG_1502.JPGInterview :

Karpatt a déjà 22 ans d’existence. Pourquoi n’avez-vous rien fait pour vos 20 ans ?

On ne fête pas les anniversaires. Ainsi, on a l’impression que le temps passe moins vite. On vit la musique de façon atypique. On tourne constamment, du coup notre vie est une longue ligne droite où le temps n’a pas sa place.

Vous avez fait juste un petit break avant cet album, je crois.

Effectivement, nous nous sommes miss un peu sur le bord de la route. Ça nous a fait du bien parce que nous avons des enfants. Et puis j’écris les textes du groupe, du coup j’avais envie de ne pas avoir la sensation de me répéter.

C’est dur de ne pas se répéter pendant 22 ans ?

Oui. Je vais piocher souvent dans mes souvenirs d’enfance pour me nourrir de ça. Quand j’aborde des sujets de société, j’essaie de décaler le sujet pour que cela soit plus digeste.  C’est ce que j’ai fait dans ce nouvel album sur les chansons « Un jeu » ou « Les encombrants ». Cela me permet d’assumer le fait de dire des choses sociétales. Je ne veux pas être donneur de leçon. Je n’aime pas m’exprimer de manière frontale. Je me sens à côté de la plaque si je le fais. Ça doit venir de mon éducation. Chez moi on écoutait du Brassens, mes parents me faisaient lire les fables de Jean de La Fontaine. Il y avait toujours du décalage, toujours une histoire banale, mais derrière, toujours une idée forte. Tu rentres dans une jolie image, tu regardes et là tu prends une claque. C’est plus fort que des textes écrits au premier degré.

Audio : "Les amours d'été" extrait de l'album Angora.

Est-ce que ton écriture continue à évoluer d’album en album ?

En 20 ans, nous avons vécu beaucoup de choses sur la route et dans nos vies personnelles. Nos vies sont différentes, donc j’écris différemment. Quand on me demande de jouer des anciennes chansons, j’aime bien. Je me rends compte qu’il y avait des maladresses, mais il y avait aussi beaucoup de spontanéités. C’est touchant. Aujourd’hui, au détriment de cette spontanéité, j’écris peut-être des textes un peu plus ciselés. Cependant, aavec le temps, je pense qu’on perd en énergie brut.

Tu aimes bien que le public gratte derrière tes mots pour découvrir le sens réel de tes chansons ?

J’adore ça. J’attends ça. Mais il y a des chansons qui ne le demandent pas. Dans ce disque, « Péniche » raconte un camarade qui est parti. Je ne lui ai pas dit au revoir, donc j’ai ressenti le besoin de lui dire dans un texte. Ça a été un exutoire. Je ne m’attends pas à ce que les gens grattent derrière, elle est suffisamment claire. Je ne fais pas trop de chansons comme ça parce que, même si ça va toucher des gens, j’ai l’impression d’être extrêmement impudique. D’ailleurs, je ne chante pas cette chanson dans les gros concerts, je préfère les petits lieux. Ils s’y prêtent plus.

Tu écris d’une manière particulière ?

Je prends des petites notes à droite, à gauche. En voyage, il m’arrive d’être dans des endroits inspirants, cela me donne des idées que j’écris sur un carnet de voyage, mais je ne sais jamais si ça va finir en chanson ou pas.  Un jour, je prends tout ça et j’essaie de jouer avec les sonorités. Je rentre dans la chanson comme ça. J’essaie de faire rebondir les mots entre eux et les rendre musicaux.

Le son des mots est pour toi comme un instrument de musique, c’est ça ?

Exactement. J’essaie de voir s’il se passe quelque chose dans les sonorités sans réfléchir au sens. Une fois que j’ai ces musiques de mots, j’essaie d’en faire sortir un sens.

Version acoustique de "Partage", extrait de l'album Angora.

Tu sais quand un texte est fini ?

Oui, par la force des choses et parce qu’il faut bien terminer l’enregistrement… mais j’aime faire évoluer une chanson en concert. Par exemple, dans ce disque, il y a une chanson qui s’appelle « Partage » et dans laquelle je raconte l’arrivée d’une petite fille au sein d’un couple. En live, j’ajoute un couplet. En studio, j’ai eu la sensation qu’il manquait quelque chose…

A la base, la musique de Karpatt c’est jazz manouche/chanson française, après, vous l’alimentez avec les musiques des pays que vous avez traversés, c’est ça ?

A l’origine des Karpatt, on était trois et nous jouions avec une contrebasse et deux guitares, c’était pratique de faire du jazz manouche. C’était sonore et puissant, on chantait avec trois voix et nous parvenions à défendre nos textes ainsi, de façon simple. Au bout d’un moment, nous nous sommes lassés et on a voulu ajouter autre chose.

Mais la priorité, c’est de défendre vos textes.

Oui, alors je prends ma guitare et comme je ne connais pas 10 000 accords, ma main droite essaie de changer le rythme. J’aime bien explorer tout ce qui existe, notamment l’univers rock et folk.

Audio : "Salvador" extrait de l'album  Angora.

Vous êtes toujours dans un mode acoustique en tout cas.

C’est notre marque de fabrique, même si dans cet album, il y a des pointes d’electro. Avec parcimonie pour ne pas se perdre là-dedans.

Votre public est fidèle. Et dans le monde entier.

On véhicule une bonne dose de bonne humeur, de dynamisme et d’énergie. On transpire, on va les défendre nos chansons. Ce n’est pas un ring de boxe, mais on y va physiquement. A l’étranger, si les gens ne comprennent pas tout ce que l’on dit, ils ressentent l’envie de mouiller la chemise et de partager.

On en revient à « faire sonner les mots musicalement », du coup, ça devient universel.

Tu as raison, je n’y avais pas pensé. Sinon, j’ajoute que je fais l’effort de dire des mots dans la langue du pays qui nous reçoit. La musique est un prétexte à la rencontre. En règle générale, je suis en concert comme si j’étais chez des amis. Je leur raconte ce que je suis en train de vivre.

Karpatt à Quetzaltenango au Guatemala.

Se produire à l’étranger, ça change quoi ?

La première fois que nous avons chanté à l’étranger, c’était à Venise, lors du Carnaval. J’avais bossé « Bella ciao » pour avoir au moins une chanson en italien. Nous sommes montés sur scène avec la pétoche. On s’est vite rendus compte que la barrière de la langue n’était pas un problème si le reste suivait. Les valeurs qu’il y a derrière nos concerts passent aussi bien en France qu’ailleurs dans le monde.

Plus on fait des concerts, meilleur on est sur scène ?

L’expérience fait surtout que tu arrives à capter le public qui est devant toi. Il y a plein de cas de figures qu’avec le temps, nous avons croisé. Si le public est constitué d’abonnés de salles et qu’il ne nous connait pas, on ne va jamais brusquer les choses. Nous allons prendre notre temps pour que le public comprenne notre univers. Si on arrive à le choper sur un détail, ensuite, on les capte pour tout le reste.

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Pendant l'interview...

Après 22  ans, qu’est-ce qu’on attend encore de ce métier ?

J’aime l’idée de faire des disques pour laisser quelque chose derrière moi, une petite trace par exemple. J’aime l’idée que certaines chansons soient susceptibles de rester dans l’histoire de certaines personnes. J’aime l’idée de ne pas être juste passé.

Je te verrais bien écrire des romans ?

Les livres, je laisse cela à mon père. Il est journaliste politique (note de Mandor : Alain Rollat, effectivement brillant journaliste). Il écrit des livres historiques. Peut-être par contradiction, j’ai choisi d’écrire dans un petit format. Je me suis toujours senti un peu trop petit pour me lancer dans la littérature. Une chanson d’une cinquantaine de vers me convient parfaitement. Mon père me dit d’ailleurs que ce serait compliqué pour lui de raconter une histoire en si peu de mots.

Il est admiratif de son fiston ?

Je crois, oui. Il aime bien. Comme tout papa, je ne sais pas s’il est super objectif. Pour mon père, il faut que l’acte d’écrire soit engagé, donc il aime bien que j’évoque des choses sociales avec un prisme original.

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Après l'interview, le 4 octobre 2016.

11 novembre 2016

Arnold Turboust : interview pour son cinquième album Arnold Turboust

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(Photo Lionel Montagnier)
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Arnold Turboust est un ami. Je ne vais pas le cacher. Je l’ai rencontré pour la première fois en 2012, lors de ma première participation au Pic d’Or (voir photo à gauche). Il était (et est toujours) le président du jury de ce tremplin musical dont je suis membre. Evidemment, je le connaissais de réputation (tous les plus gros tubes de Daho dans les années 80 et le fameux « Adélaïde »). Il a contribué à la création d’une pop à la française, élégante et efficace. J’avais donc déjà beaucoup de respect professionnel pour lui. Dès notre première rencontre, j’ai su que j’allais aimer l’animal pour toujours. J’ai aussi pour lui beaucoup de respect pour l’homme qu’il est.

Cerise sur le gâteau, son nouveau disque est un joyau pop. Un immense Turboust. Le 19 octobre dernier, il est venu à l’agence pour sa première mandorisation… histoire d’évoquer avec lui l’ensemble de sa carrière et ce cinquième disque.

Le nouveau disque par Arnold Turboust lui-même :arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Fin 2012 début des travaux nous décidons Rico Conning et moi-même d'écrire ensemble un nouveau chapitre 25 ans après Let's go à Goa mon premier album et Pop Satori de qui vous savez !

Pour ce faire Rico habitant à Los Angeles et moi quelque part dans la campagne d'Ile de France nous avons utilisé un site Ftp. Ainsi grâce à ce système nous avons établi une correspondance régulière où nous n'avons eu de cesse dans les mois, les années, qui suivirent de corriger d'améliorer de gommer de refaire de s'interroger et encore de refaire.

Cet album au titre éponyme est en quelque sorte un quatre mains et c'est le cinquième de ma collection, la couleur est plutôt électronique saveur Pop, sung in French j'ai écrit les textes et nous avons élaboré les musiques ensemble.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orArnold Turboust :

"Tombé pour la France", "Epaule Tatoo", "Mon manège à moi"... Ces tubes d'Etienne Daho qui ont enchanté les années 80, on les doit à Arnold Turboust. De même, qui ne se souvient pas d' « Adelaïde » duo avec Zabou Breitmann qui a marqué à jamais son époque.

Auteur, compositeur, arrangeur, chanteur et musicien, celui dont Françoise Sagan a salué « l'humour sans cynisme et la diversité musicale » a travaillé également avec Sylvie Vartan, Brigitte Fontaine, Barbara Carlotti ou Jacno..... Et publié quatre albums en solo, dont les deux derniers, Toute sortie est définitive en 2007 et Démodé, trois ans plus tard, ont été applaudis par la critique. Le nouvel album au titre éponyme est dans les bacs et sur toutes les plateformes.

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(Photo : Ronan Guennou).

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orInterview :

Je ne sais rien de ce que tu as fait  avant ta participation au groupe Marquis de Sade qui est ton début officiel dans le monde de la musique. Peux-tu m’en dire plus ?

J’habitais dans un petit bled à la campagne, Torigni-sur-Vire (50). Je m’arrangeais pour jouer avec des copains partout où c’était possible, à l’église, dans les kermesses, vraiment n’importe où. En terminale, j’avais un pote, Éric Morinière, qui était un excellent batteur, donc tous les midis, on jouait ensemble. Un jour, je suis parti au Havre, lui à Rennes. Il a rejoint Marquis de Sade. Peu de temps après, il m’a appelé pour rejoindre le groupe.

Tu as eu une éducation musicale par tes parents ?

Ma mère a fait 12 ans de violon, mais je ne l’ai jamais entendu en jouer. Quant à mon père, même s’il ne savait pas en faire, sa passion était la musique. On avait toujours des instruments à la maison, des petits orgues… Même mon grand-père avait l’oreille musicale. Il accordait à l’oreille les pianos. Tout ça fait que je baignais dans la musique. D’ailleurs, à l’âge de 7 ans, ma mère m’a dit que j’allais en faire. Elle m’a fait prendre des cours de piano. Je ne te cache pas que ça me pesait. Quand je prenais mes cours, je voyais par la fenêtre, les autres enfants jouer au foot. Mais au bout d’un moment, j’y ai pris goût.

Tu as aussi participé à une fanfare.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Oui. Là, j’ai retrouvé tous mes copains. Je jouais du trombone. Mais pour cela, il a fallu que je me retape deux ans de solfège, que je connaissais déjà. Mon père m’a fait rencontrer à 13 ans, un organiste belge qui jouait merveilleusement bien. Ce qui m’intéressait le plus dans la musique, c’était l’harmonie. Et lui m’a beaucoup appris sur la question. Il m’a expliqué pourquoi après tel accord, on pouvait utiliser celui-ci… il m’expliquait comment une chanson, était faite.  C’est à ce moment que la passion est arrivée en moi. Avant je n’étais que sur partition, il m’a aidé à en sortir. Je n’ai jamais essayé d’être un super virtuose, je suis plutôt quelqu’un qui s’intéresse au mode harmonique, aux couleurs.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orRevenons à Marquis de Sade. Cela t’es tombé dessus sans que tu réfléchisses.

Tout à fait. Je n’étais pas parti pour faire de la musique, mais une école de commerce. J’en avais intégré une au Havre. Avec Marquis de Sade, soudain, j’ai découvert tout un monde musical.

Après tu participes à d’autres groupes comme Private Jokes, Octobre…

Oui, mais mes parents ne voulaient absolument pas que j’arrête l’école, ils m’ont donc inscrit dans une école privée à Nantes parce que j’y avais de la famille. Là-bas, j’ai rencontré d’autres musiciens avec lesquels on a formé le groupe Private Jokes. Nous avions la côte dans la région. On a donc joué dans pas mal d’endroits, dont les Trans. Nous avons fait plein de premières parties à Paris soutenu par le magazine Actuel.

Private Jokes, "Bangkok" (1981).

Un jour, vous rencontrez Jean-Jacques Burnel, le leader des Stranglers.

Il voulait que l’on vienne avec lui en Angleterre enregistrer un disque. C’était devenu compliqué parce que le bassiste nous avait quittés. On s’est retrouvé à quatre. Parallèlement à ça, Franck Darcel, qui faisait partie de Marquis de Sade me dit qu’il arrête le groupe pour en monter un autre, Octobre. Il me demande de venir avec lui. J’ai accepté. Ce fut une courte expérience.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orPuis, il y a la rencontre avec Etienne Daho, un autre rennais d’adoption.

Quand j’ai intégré Marquis de Sade, immédiatement j’ai rencontré tous les musiciens de la région, y compris Etienne. A cette époque-là, il n’avait encore rien fait. Il me disait qu’il voulait être chanteur. Il faisait des petites maquettes. Je le trouvais très sympa, il parlait toujours de Françoise Hardy, c’était son grand truc. Je lui ai proposé de lui écrire des chansons. Il a accepté.

Ta première collaboration avec lui, c’est en 1982. Dans l’album La Notte, La Notte produit par Frank Darcel. Tu composes « Signé Kiko », « Poppy Gene Tierney » et « St-Lunaire, dimanche matin ». Tu es aussi aux claviers et à la programmation.

A la même époque, j’ai aussi composé pour lui « Swinging London ». C’était ma première chanson pour lui. On retrouve cette chanson en face B du Maxi 45t de « Le grand sommeil ».

Daholympia en 1992. "Saint-Lunaire dimanche matin" (avec Arnold Turboust).

Il y avait une fierté d’entendre tes chansons chantées par lui ?

Avec Private Jokes, il y avait plein de labels qui voulaient nous signer, mais ils voulaient que l’on change trop de choses dans notre musique. Nous, nous ne voulions pas faire de concessions. Avec Etienne, les petites  mélodies que j’ai composées devenaient populaires. Pour moi, c’était incroyable.  

Certaines chansons que tu as composées pour Daho comme « Tombé pour la France » ou « Epaule Tatoo » sont devenues cultes, tu t’en rends compte ?

Depuis quelques temps, je me rends compte qu’elles sont devenues incontournables. A l’époque, pour moi, c’étaient des petites chansons faites comme ça.

Clip de "Tombé pour la France".

Clip de "Epaule Tatoo".

En 1986, tu chantes pour la première fois. C’est un duo avec Zabou, « Adelaïde ». Immense carton !

Dans la démo, je voulais mêler un côté un peu « classique » avec du violon et une rythmique de l’époque. Pendant l’enregistrement, c’est passé à autre chose, je n’ai pas pu contrôler grand chose. Mais au final, ça a bien marché.

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(Photo : Youri Lenquette).

Le fait de chanter toi aussi, c’est parce que tu voulais ta part de gâteau en  matière de notoriété ?

Non. A l’époque d’ « Adélaïde », j’étais en plein dans la conception de l’album d’Etienne, Pop Satori. J’ai donc enregistré cette chanson entre Noël et le jour de l’An, quand j’avais le temps. Je l’avais proposé à d’autres interprètes, mais je n’ai pas eu trop de retour. Je me disais que c’était idiot qu’elle n’existe pas, donc, je l’ai chantée moi-même. Mon éditeur est passé chez moi pour écouter de nouveaux titres pour Etienne dont j’étais assez fier et il me dit « tu n’as que ça ? ». Je lui dis que j’ai aussi fait une chanson pour moi. Il l’écoute et  me lance : « Mais c’est celle-là que tu aurais dû me faire écouter dès le début ». Un label a bien voulu de cette chanson et voilà.

Mais devenir chanteur, ce n’était pas, à priori, dans tes projets.

C’était une progression assez logique. J’ai commencé comme musicien, ensuite compositeur, arrangeur… il me manquait le chant. « Adélaïde », c’était la première fois que je chantais. J’ai pris des cours qui m’ont fait sentir l’extrême petitesse de ma voix (rires).

Clip de "Adélaïde".

Quand tu t’écoutais, tu pensais quoi ?

Je détestais. En plus, dans cette chanson, il y avait un problème de tonalité de voix entre la voix masculine et la voix féminine. J’étais obligé de chanter assez haut et ce n’était pas ma spécialité. En entendant le résultat, je me suis demandé dans quoi je m’étais lancé. Et je me disais que ce n’était pas grave parce qu’il y avait une forte probabilité qu’on ne l’entende pas beaucoup à la radio. J’ai eu tort.

Pourquoi as-tu choisi une comédienne ?

Je connaissais Zabou. On se rencontrait souvent et je l’aimais bien. Elle était super drôle et elle avait du peps. Je savais qu’elle avait déjà chanté dans un film de Gérard Mordillat et qu’elle allait pouvoir chanter dans ma chanson. J’étais content que ce soit elle, car j’aimais beaucoup cette personne.

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Zabou et Arnold Turboust.

Tu te retrouves donc à la tête d’un 45 tours qui cartonne. As-tu imaginé que ta carrière solo était sur de bons rails ?

Un jour, mon label m’appelle et me demande d’aller faire un gros plateau organisé par FR3 dans le sud. J’y vais tout seul, sans Zabou. Il y avait tout de même 3000 personnes. J’étais persuadé que j’allais me faire jeter. Et là, le truc de dingue. Tous les gens chantent la chanson à fond. Pour répondre plus précisément à ta question, je ne me suis pas dit que j’allais faire une grande carrière en solo. Je pensais plus que c’était un cheminement assez logique par rapport à tout ce que j’allais faire plus tard.

En 1988, tu enregistres ton premier album Let’s Go à Goa, mais avant, en 1987, tu sors un 45 tours que j’adorais « Les envahisseurs ». Il ne figure sur aucun album.

J’avais cette musique, mais je n’arrivais pas à y coller un texte. C’est donc le parolier belge Jacques Duvall qui a écrit cette chanson. C’est quelqu’un que j’admire énormément.

"Les envahisseurs".

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Arnold Turboust et Rico Conning pendant l'enregistrement de Let's Go à Goa.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orLes Envahisseurs » puis ton album Let’s Go à Goa marchent raisonnablement, mais ne font pas le même carton qu’« Adélaïde ».

Je m’aperçois à ce moment-là que pour continuer une carrière d’interprète, il manque une flèche à mon arc. Il faut que j’écrive les textes. Je commence donc à m’y mettre à ce moment-là, mais à fond.

Très vite, tu fais des arrangements ou des compositions pour pas mal d’artistes.

Je n’ai travaillé qu’avec des gens avec lesquels j’avais des affinités. J’ai refusé pas mal de choses qui ne me correspondaient absolument pas.

"Francine song" extrait de "Let's Go à Goa".

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Arnold Turboust et Etienne Daho, époque Pop Satori (photo : Arlette Kotchounian)

Tu n’abandonnes pas Daho pour autant.

Non, je continue à écrire des chansons. Il y a un trou avec Etienne qui correspond entre mon premier et mon deuxième album, ce qui correspond à cinq ans.

Tu fais « Mon manège à moi » en 1993.

C’est encore un carton monumental.

Clip de "Mon manège à moi".

Mais, tu ne dis pas qu’il faut que tu travailles avec lui tout le temps parce qu’à chaque fois, vous faites des tubes incontournables ?

Notre association est bonne, je l’ai toujours dit.

Clip de "Mes amis et moi".

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orEn tout cas, tu ne renonces pas à une carrière d’interprète puisque tu sors dans le même temps l’album Mes amis et moi, chez Barclay.

Cet album a eu un bon succès d’estime. Certaines radios l’ont joué, donc j’étais assez content. C’est parce qu’Etienne a beaucoup aimé cet album qu’on a recommencé à travailler ensemble.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Oui, et cela a donné l’un des plus beaux albums de Daho, Eden, en 1996.

On a vraiment fait cet album à deux. Nous sommes partis en Angleterre, on a géré les studios, les ingénieurs du son, les musiciens et le style. On s’est imprégnés de ce qu’il se passait à cette époque-là à Londres. Je suis très fier de ce disque.

Tu as bossé aussi avec Jacno.

Il voulait absolument que je lui fasse son album. Je n’avais pas le temps parce que justement je bossais avec Etienne. Je lui ai fait deux chansons dont une qui s’intitulait « Je vous salue Marie ». C’était bien Jacno, ça…

Jacno "Je vous salue Marie".

Il y a eu aussi Brigitte Fontaine, Sylvie Vartan… tu n’avais pas peur du grand écart ! 

La musique m’a toujours mené par le bout du nez. Je faisais ce qu’elle voulait. Je n’ai jamais voulu dessiner une carrière en me projetant. Je laisse venir à moi les choses.

Revenons à Brigitte Fontaine.

On a produit cinq titres pour elle avec Etienne, dont le fameux, « Conne ».

Brigitte Fontaine dans "Conne".

Et Sylvie Vartan ?

C’était à l’époque où elle jouait dans un film de Jean-Claude Brisseau qui s’appelait L’ange noir. On avait fait une chanson avec Etienne, « Le premier de nous deux » en pensant qu’elle serait la chanson de ce film. Ça ne s’est pas fait. C’était pourtant une très bonne chanson.

Clip de "Hillary" extrait de Toute sortie est définitive.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orEn 2007, tu sors ton album Toute sortie est définitive.

J’aurais dû le sortir en 2001, mais il se trouve que la personne avec qui je travaillais toujours, Jacques Bali, est décédée.  Je me suis retrouvé du jour au lendemain tout seul. J’avais perdu une part de moi-même. Nous étions amis, associés et inséparables. J’étais bouleversé et je ne savais plus quoi faire. A cette époque, j’ai décidé d’arrêter mon côté interprète et j’ai travaillé sur des habillages télé, radio.

C’est toi qui a fait le générique de la météo de TF1 que l’on entend depuis des années, par exemple.

Oui, j’aime beaucoup faire ce genre de travail.

Générique de la météo de TF1.

En tout cas, Toute sortie est définitive a reçu un bel accueil.

La presse a bien relayé cette sortie et les critiques étaient positives.

Clip de "Démodé", tiré de Démodé.

L’album Démodé sort en 2010.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Il est sorti dans le label que venait de monter Marc Toesca. Par l’intermédiaire d’un ami qui a toujours été là dans les moments clefs de ma vie, Stéphane Loisy. J’avais 6 mois pour faire ce disque, je l’ai fait en un an. Démodé est un peu passé à l’as et ça m’a donné un sentiment d’inachevé… Ça m’a même démoralisé. A bien y réfléchir, le titre du disque correspondait à ce que je pensais que j’étais devenu. A cette période, je dois reconnaitre que j’étais un peu négatif.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orParlons de ton nouvel album. Je considère que c’est un bijou pop d’une élégance rare. La flamme est revenue et elle brille de 1000 feux.

Merci. Ça me touche. Après Démodé, Rico Conning de passage à Paris m’appelle et me demande si on peut se voir. On se rencontre, on discute et il me dit qu’il a adoré la chanson « Démodé ». Cela l’incite à me proposer de faire un album avec lui. Comme il habite à l’autre bout du monde, j’ai trouvé ça un peu compliqué, mais j’ai accepté. Je me suis remis à travailler avec une discipline quotidienne. Les mélodies et les textes sont venus petit à petit. Je me suis remis à faire des arrangements. On a tellement travaillé ensemble que je savais qu’il allait faire de mon travail quelque chose de magnifique.

Cet album est du Turboust d’hier, le faiseur de tubes, mais avec le son et la modernité d’aujourd’hui.

Ces nouvelles chansons sont ce que je suis aujourd’hui. Je me suis occupé des arrangements, il sonne donc comme je ressens la musique aujourd’hui.

Tu as fait de très belles mélodies.

Les mélodies, c’est ce qui me touche le plus.

Es-tu objectif sur ton propre travail ?

Jamais. Enfin si, quelquefois. Je trouve par exemple que cet album est assez réussi. Nous avons pris notre temps et c’est très important. J’ai commencé ce disque fin 2012 et nous l’avons terminé fin 2015.

J’imagine que Rico et toi êtes deux pointilleux… ça devait être dur de s’avoir s’arrêter, non ?

Selon les titres, c’était lui ou moi qui avions du mal. Mais j’avoue que je suis assez emmerdant et que je ne laisse pas passer beaucoup de choses. J’ai toujours été comme ça. Je suis constamment dans le doute, mais le doute te fait toujours avancer. Sur cet album, j’ai laissé beaucoup de doutes.

Pourquoi as-tu choisi « Souffler n’est pas jouer » comme premier single, alors que « La danseuse » me parait plus « populaire » ?

Je l’ai appris au cours de ma vie musicale. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Plutôt que de me voir attribuer des titres que je ne voudrais pas défendre, je choisis toujours le premier single. Si je me trompe, ce n’est pas grave. Et je ne crois pas m’être trompé pour ce disque. « Souffler n’est pas jouer » représente bien l’album. J’ai écouté toutes mes chansons de nombreuses fois et c’est celle dont je me suis le moins lassé.

Clip de "Souffler n'est pas jouer".

Ton disque est classieux, comme disait Gainsbourg… et je ne parle même pas de ton clip. Sobre, élégant. La grande classe comme le dandy que tu es.

C’est mon ami Jean Bocheux qui l’a réalisé. Il était déjà à l’origine du clip de « Mes amis et moi ». Il a beaucoup de talent. Il sait faire une belle lumière. C’est lui qui a eu l’idée de faire ça en noir et blanc. Il y a un côté londonien qui me va bien. J’aime la musique anglo-saxonne.

Ça n’a échappé à personne. Es-tu né dans le bon pays et à la bonne époque ?

Oui. J’aime beaucoup la langue française, sa poésie… J’ai eu quelques opportunités pour aller en Angleterre. Quand on a bossé avec Etienne sur Pop Satori, je suis devenu copain avec William Orbit. Il m’a proposé de venir avec lui en Angleterre pour travailler. Il voulait que j’écrive des chansons. D’autres personnes me l’ont proposé aussi, mais j’avais des enfants, c’était un peu compliqué. J’ai parfois un peu loupé le coche.  Si de nouvelles occasions se présentaient aujourd’hui, je pense que je serais capable de partir là-bas.

"Que la fête commence" tiré du nouvel album d'Arnold Turboust.

Je reviens à Daho. Tout ce que vous avez fait ensemble a été un immense succès. Je ne comprends pas pourquoi vous ne bossez plus ensemble.

Nous devions faire son dernier album ensemble. Un jour il me laisse un message pour me demander si j’accepte de faire un nouvel album avec lui. Evidemment, j’accepte. J’ai toujours aimé travailler avec lui. Avec Etienne, je sais que la chose qui va être mis en avant, c’est l’artistique… c’est exactement ce qui me convient. L’association avec Etienne, c’est deux personnes qui se confortent dans leurs choix. On s’est toujours appuyés l’un sur l’autre. Mais il me rappelle un jour en me disant qu’il est trop engagé avec d’autres personnes… je comprends très bien cela, donc je n’insiste pas.

Tu es remonté sur scène avec lui à la cité de la Musique le 14 février 2014. Arnold Turboust

Quel succès ! C’était le délire total. J’ai juste fait la fermeture du concert Pop Satori. Les gens étaient tellement contents de nous voir ensemble que ça m’a touché énormément. Ce soir-là, il n’a joué que cet album et le public était en transe. Je pense pouvoir affirmer qu’Etienne pourrait faire une tournée avec uniquement les chansons de Pop Satori, ce serait un délire. Quand je vois des journalistes qui me disent : « vous vous rendez compte de ce que vous avez fait en France musicalement ? », ça me fait réfléchir.

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Daho et Turboust à la Cité de la Musique. 

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orJ’ai l’impression que tu ne te rends pas compte de ce que tu représentes.

Moi, j’avance, je ne regarde jamais derrière. Ce que je représente est loin d’être mon moteur.

Quand on te parle de Daho et d’ « Adélaïde » en interview, ça te gonfle ?

Non, c’est ce qui fait qu’on s’intéresse à mon travail aujourd’hui. Et peut-être que dans dix ans, on dira que mon album d’aujourd’hui est fantastique.

Tu es dans quel état d’esprit ?

Je suis en attente. J’ai envie que ce disque soit partagé par le plus grand nombre et surtout qu’il soit apprécié.

Et la scène ?

Comme tu me connais, je révise mon pas de danse.

Oui, c’est ça ! Tu es plus un homme de studio que de scène.

Je souhaiterais faire un récital à l’anglaise. Je vais commencer à mettre les choses en place. Je veux voir avec Rico comment on peut redonner l’ambiance du disque en concert.

Tu n’as jamais fait de scène en tant qu’Arnold Turboust interprète.

Tu as raison. J’étais juste musicien dans différents groupes et j’ai fait deux tournées avec Etienne. Dans la tournée « pop Satori », je chantais même « Adelaïde ». C’était quelque chose.

Que puis-je te souhaiter ?

Que mon disque plaise au plus grand nombre.

Bonus : Un reportage de France 3 Normandie, "Retour aux sources pour Arnold Turboust" (octobre 2016).

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Le 19 octobre 2016, après l'interview.

04 novembre 2016

Le mook Hexagone : interview de David Desreumaux, Garance et Valentin Vander

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Je le fais rarement, voire jamais. Parler d’un magazine qui sort. Mais là, je ne pouvais passer sous silence cette arrivée fracassante dans le monde des magazines consacrés à la chanson (si peu nombreux). Depuis la mort de Chorus, on attendait une revue trimestrielle similaire, sorte de bible de la chanson d’aujourd’hui. Heureusement, il y a aussi FrancoFans, le bimestriel indé de la scène francophone, (dont je suis absolument fan et qui défend à merveille ce même petit monde). Mais c’est tout. FrancoFans était seul, voici un grand frère différent, mais complémentaire.

David Desreumaux, le boss d’Hexagone (puisqu’il s’agit de ce magazine), Garance (déjà mandorisée ici en 2012) et Valentin Vander, deux des artistes qu’il a mis en avant dans le numéro 1, sont venus me voir le 3 octobre dernier à l'agence pour parler de ce « mook » et de... chansons françaises.

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone (expliqué par Hexagone) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

Pour s'abonner à Hexagone (un tour ici!) et (dernière minute!) pour recevoir le n°0 (collector de chez collector), cliquez là!

Les forces en présence :

David Desreumaux : Fondateur et rédacteur en chef du mook Hexagone et du webzine hexagone.me consacrés à la chanson.

Garance : Chanteuse fort talentueuse, très récompensée par divers tremplins, et qui pose avec Anne Sylvestre sur la couverture du n°1 d’Hexagone.

Valentin Vander : Chanteur ironique et tendre, qui part souvent en goguette, et qui s’est vu attribué un long portrait de 6 pages dans le n°1 d’Hexagone.

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hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorInterview :         

David, ce magazine est tout simplement la continuité de ton travail autour de la chanson française commencé il y a longtemps. 

David : Je suis parti de mon site consacré à la chanson lancé en 2014. Hexagone m’a permis de conjuguer mes différentes passions : le journalisme, l’écriture, la chanson et la photo.

C’est d’ailleurs un retour à tes premiers amours puisque tu avais créé en 2000 un des sites pionniers autour de la chanson, du rock et de la culture alternative, L’art-scène.

Oui, mais cette activité s’est interrompue au bout d’un moment par la force des choses. Pour faire des enfants et fabriquer une maison, par exemple. A un moment, tu te fais toujours rattraper par ton virus/ta passion. Je souhaitais reprendre une parole dans le secteur de la chanson, car cela me manquait terriblement.

C’était un manque personnel, mais aussi un manque tout court d’organe de presse spécialisé dans la chanson française, non ?

David : Il faut bien reconnaître qu’il y a peu de médias qui relatent l’activité chanson. A Hexagone, ce qui nous intéresse, ce n’est pas la chanson qui est sous les feux de la rampe, mais l’autre, « la chanson d’art et d’essai », comme l’a dit Jean-Claude Barens. Aujourd’hui, nous sommes peu de combattants à parler des artistes qui font partie de cette branche-là. Sur le net  il y a Nos Enchanteurs, Chanter, c’est lancer des balles et toi avec Mandor… nous ne sommes pas nombreux. Sur papier, il y a FrancoFans, Vinyl et point barre. Donc, je me suis dis : "merde, il faut s’y coller !" J’ai décidé de faire cette revue, avec ma couleur assez singulière et ma patte qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Je traite cette actualité spécifique avec une fausse désinvolture et de l’humour. Je veux vraiment déringardiser la chanson. La chanson est mal vue, passe pour être ringarde, mais c’est tellement l’inverse que j’ai pour ambition de le prouver.

Valentin : C’est vrai que la présentation du mook donne un aspect très moderne au contenu traité. C’est valorisant pour nous, jeunes artistes qui nous adonnons à la chanson.

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Garance (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorJe m’adresse à vous deux, Garance et Valentin. Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de médias qui parlent de vous ?

Garance : Clairement. Même France Inter a arrêté de défendre la chanson comme cette radio publique le faisait avant. Ils ont enlevé toutes les émissions consacrées à elle. Nous n’avons plus aucune passerelle pour venir présenter notre travail. Et au niveau papier, il n’y effectivement plus que FrancoFans et aujourd’hui Hexagone qui propose autre chose. Je trouve que les articles de ce magazine sont longs, denses et fournis comme rarement. J’ai l’impression d’apprendre des choses sur les artistes. Moi, je lis ce « mook » comme un livre. Je ne parle même pas des photos qui sont magnifiques. Ca fait une semaine qu’il est posé chez moi sur une table basse, tous les potes qui passent sont impressionnés par la beauté de ce magazine.

En plus, toi tu es sur la couverture du n°1 avec Anne Sylvestre (mandorisée là). Mais la classe, quoi !

Garance : Tu m’étonnes. Je n’avais pas vu le résultat de la séance photos avec Anne Sylvestre avant de découvrir la couverture à la cérémonie de lancement au Forum Léo Ferré. Quand je l’ai vu, j’ai été immensément émue. Déjà, je me demandais quelle était ma légitimité à être en couverture du numéro 1, mais en plus avec Anne Sylvestre… le rêve absolu. Je suis tellement admirative de cette grande dame de la chanson !

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Autoportrait de David Desreumaux.

(Ironique.) Je suis censé être un spécialiste de la chanson française et, pourtant, quand je lis hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone, j’ai l’impression de ne connaître pas grand monde. Toi Valentin, par exemple, je ne te connaissais pas et tu as le droit à 6 pages. Mazette !

Valentin : Comme tu dis. Ca me parait complètement impossible que l’on parle de moi dans un journal comme celui-ci, sur 6 pages en plus. Je suis plus habitué à avoir des entrefilets dans des bulletins associatifs ou des journaux locaux. Quand David et Flavie (note de Mandor : la femme de David, sans qui pas grand-chose ne serait possible) m’ont invité pour faire cette interview, j’étais surpris et très ému de constater que l’on pouvait s’intéresser à mon travail et le comprendre si justement. Je n’avais jamais connu ça.

David, c’est ça qui est intéressant. Tu mets en avant des artistes comme Melissmell, Emilie Marsh, Agnès Bihl, Klo Pelgag aussi bien que des artistes moins réputés tel que Chouf, Jack Simard, Govrache et Valentin…

David : C’est un choix éditorial. Il y a plusieurs critères. Un des premiers est d’essayer de couvrir le plus largement possible les différents aspects de la chanson. Nous essayons de ne laisser personne sur le carreau dans le genre qu’il représente. Il faut aussi que nous jouions sur les aspects de notoriété. Pour susciter un intérêt, on a besoin de parler d’artistes qui ont un peu ou beaucoup de notoriété, comme Anne Sylvestre. Cela permet de déclencher l’envie du lecteur. Je rappelle que l’objet de l’association qui est déposée en préfecture, c’est de favoriser la découverte des artistes émergents. C’est ce que nous faisons. Les artistes présents dans Hexagone ont tous une légitimité à y figurer… par leur talent et leur œuvre.

Nous sommes dans une société qui réclame de la chanson française et j’ai l’impression que personne ne l’écoute…

David : Je pense qu’il y a des responsabilités à trouver chez chacun : les médias, les artistes, les programmateurs, le public…

Tu reproches quoi aux artistes ?

David : Rien. Chacun doit rester comme il veut, comme il le sent. Mais si je dois te donner une réponse je dirais que, globalement, il y a une image pas très « sexy » qui est véhiculée autour de la chanson. Peut-être à tort, mais c’est l’image qu’elle a.

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Valentin Vander (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorNe faut-il pas aussi susciter de la curiosité chez le spectateur en dépoussiérant son répertoire ?

David : Si, bien sûr. Mais, sur l’échelle des responsabilités, je mettrais les médias en premier. Ce sont eux qui ont le pouvoir d’exposer les artistes. Les médias « grand public » ne font pas grand chose pour la chanson.

Garance : Clémence Mèche dans l’article avec Anne Sylvestre dit à un moment : « Si Anne n’est pas connue du grand public, c’est peut-être parce que le grand public n’est pas au bon endroit. » Quand je vais dans des petits villages, dans de petits lieux, je me rends compte que les gens sont contents d’entendre des chansons comme les nôtres.  Ils nous le disent. Ils aiment cette chanson que nous défendons, mais ne savent pas qu’elle existe car elle est peu ou pas médiatisée. Quand je dis à des personnes que je rencontre le métier que je fais, souvent, ils me demandent si j’en vis. Comme ce que je fais n’est pas exposé, pour eux, ça n’existe pas.

Valentin : Avant, il y avait des structures de salles, de lieux et de réseaux qui accueillaient des artistes comme nous, ce qui permettait d’agrandir leur public beaucoup plus facilement qu’aujourd’hui.

David : Ça passait aussi par le biais de producteurs, de directeurs artistiques qui faisaient un vrai travail de découverte. Il y avait différents intervenants à différents stades de la création. Les grands d’hier étaient suivis par des gens comme Jacques Canetti. Aujourd’hui, les artistes se retrouvent seuls et ne savent pas toujours comment procéder pour se faire connaître.

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De gauche à droite : Valentin Vander, Garance et David Desreumaux.

David, tu vas aimer cette question. Qu’aimes-tu chez Garance et chez Valentin ?

David : Leur regard sur la chanson et leur façon de l’aborder. Ils ont su déclencher l’étincelle pour que je m’intéresse à eux.  Ce qui m’intéresse dans la chanson, c’est la façon dont on la regarde et on la considère. Selon le cantologue, Stéphane Hirschi, « la chanson, c’est l’art de fixer le temps. » La chanson doit signifier quelque chose et s’inscrire dans notre histoire commune. Les chansons de Garance et de Valentin me procurent de réelles émotions.

Garance et Valentin, faire votre métier, c’est un combat ?

Valentin : C’est dur, mais je ne le perçois pas du tout ainsi. Je suis hyper content de ce que je fais et de ce que j’arrive à faire. Je m’en sors parce que j’ai plein de projets différents, du coup, tout ça accumulé, je peux en vivre.

Tu mets le doigt sur quelque chose d’important. Pour s’en sortir, il faut avoir plusieurs projets.

Valentin : C’est comme ça que je m’en sors et que je suis libre.

Garance : Moi aussi, je fais des spectacles pour enfants à côté. Ce métier, je ne le vois pas non plus comme un combat, j’ai peur de faire un peu trop militant. Evidemment que c’est dur. Le statut d’intermittent, tu ne l’as pas la première année. Tu as de bonnes années de galères avant. Le combat, c’est plus de se motiver tous les jours. Je me dis souvent : « Je suis toute seule. Si je m’arrête, personne ne va venir me chercher. » C’est toujours à moi de nourrir le feu. Les artistes comme nous avancent au jour le jour en déposant des pierres.

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(Pendant l'interview...)

David, parlons de la viabilité de ton mook. On se souvient de l’expérience de la revue de Didier Varrod, Serge, qui n’a pas duré longtemps…

David : La question est au centre du problème. Le financement est le nerf de la guerre. Aujourd’hui, nous n’avons quasiment pas de visibilité. On est sur du court terme. On sait juste que la sortie papier du numéro 2 est assurée. Au-delà, on ne sait pas.

Tu m’impressionnes réellement, car tu portes plusieurs casquettes. Lesquelles précisément ?

David : Celle de journaliste, celle du type qui vient faire sa promo (rires), celle de photographe, celle de chercheur d’abonnés et d’annonceurs. S’il n’y pas de pépettes qui rentrent, il n’y pas de revue qui sort.

Tu remercieras Flavie, ta femme, pour la maquette de cette revue !

David : Tous les deux, on essaie de faire le plus de choses possible nous-mêmes. Notre économie fragile ne nous permet pas d’embaucher quiconque. On est tous bénévoles. Il y a juste l’impression et les envois qui sont à payer pour le moment.

David, dis-moi franchement, tires-tu une certaine fierté à sortir ce mook, à avoir ta petite réputation dans le milieu ?

David : Oui, j’en tire une fierté, sans que cela soit de l’orgueil. Ce serait de la fausse modestie que de dire que je m’en fous. Je suis content que notre travail soit salué. Ça veut dire que nous ne nous sommes pas trop trompés. Encore une fois, nous sommes lucides. Nous savons que ce projet audacieux peut ne pas durer, ça nous rend humble. Ce qui est certain, c’est que la chanson que nous défendons mérite que l’on tente cette aventure. Je suis fier d’en être l’instigateur, mais derrière, je suis dans un collectif. Je pense aux journalistes qui collaborent au mook, aux artistes dont nous parlons, puis, plus globalement, le monde de la chanson. Je souhaite encore longtemps fédérer un maximum de personnes, de toutes sensibilités de la chanson.

Quand sort le prochain Hexagone ?

Le 20 décembre. Nous travaillons dessus déjà depuis quelques semaines.

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Le 3 octobre 2016, après l'interview.

02 novembre 2016

Marjolaine Piémont : interview pour son EP "Presqu'un animal"

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Le premier EP de Marjolaine Piémont,  Presqu'un animal est maintenant disponible. Un EP sensuel, espiègle, voire sexy. Le premier extrait « A quoi ça sert » est désinvolte, hyper addictif et entêtant.

La première fois que j’ai remarqué cette chanteuse, c’était à un concert de Vincent Baguian à la Java le 1er décembre 2010. Dans une mandorisation de ce dernier, j’avais écrit concernant ce spectacle, « il y avait aussi la talentueuse, sensuelle et corrosive Marjolaine Piémont ». Sept ans plus tard, elle est restée la même.

Le 30 septembre dernier, nous nous sommes rencontrés à l’agence. Enfin.

Bmarjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandoriographie officielle (sensiblement écourtée) :

Un matin de janvier 1994. Strasbourg, rue Gounod. Une affiche de Barbara en concert. Et c’est un hurlement qui retentit dans une voiture. Oui, c’est Marjolaine qui a crié de joie, son père qui a pilé et de peu, l’accident est évité. Mais dans les yeux de Marjolaine, des étoiles ont brillé.

Enfin, elle va pouvoir découvrir cette femme qui l’émeut profondément par ses chansons et sa voix de cristal. Barbara lui donne envie de faire des infidélités à Purcell et Schubert. Car Marjolaine Piémont prend des cours de chant au Conservatoire. Elle chante très aigu, se passionne pour ces héroïnes créées de toutes pièces par des hommes Carmen, la Reine de la Nuit, Norma,… Mais c’est décidé, Marjolaine Piémont ne chantera plus que des chansons. Des chansons de femme. En langue française. Cette chanson qui a bien plus d’un tour dans son disque, qui nourrit, submerge, apaise et laisse dans son sillon les empreintes du rapport entre les hommes et les femmes.

Assoiffée de liberté, Marjolaine Piémont prend des trains à travers la plaine d’Alsace et arrive à Paris. L’histoire commence royalement avec Pierre Cardin qui lui offre son premier contrat chez Maxim’s. Elle arpente les scènes des caves de Saint Germain des Prés aux toits de Montmartre, de bars bondés en salles clairsemées, de Kaliningrad à Abidjan, et chante même en japonais ; le Japon, son pays d’adoption qui lui propose de chanter lors de la tournée Hit Songs des chansons françaises.

D’aventure en aventure, elle participe à des équipées fantastiques telles que Sol en Cirque ou Mozart l’Opéra Rock.

De sa rencontre avec des compositeurs tels que Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert, Marjolaine accompagnée par le groupe Zago, va séduire peu à peu par ses chansons, des tremplins et des festivals « Muzik’Elles », « Le Mans cité Chansons », Les fils de Georges », « Changez d’air » ou encore « le Tremplin de Poupet ». En octobre 2016 sort son premier EP  Presqu’un animal.

Argumentaire officiel de l’EP Presqu’un animal : marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Marjolaine Piémont porte le prénom d’une herbe aromatique et démontre avec humour qu’elle n’a rien d’une plante verte. Elle se définit dans ce premier EP comme étant Presqu’un animal. Elle ne griffe pas, juste égratigne en douceur. Un premier EP à découvrir sur toutes les plateformes! 

Marjolaine livre avec élégance ses textes mordants. D’une voix duveteuse, elle pique avec désinvolture et n’hésite pas à appeler un chat un chat. Venez découvrir sa patte sur le premier single de cet EP « A quoi ça sert ». Même si des instruments soufflent des vents contraires, Marjolaine Piémont s’érige et porte haut la parole d’une femme qui petite, disait « Quand je serai grande, je serai…. Un homme » !

Ses chansons sont mises sur un piédestal grâce à Edith Fambuena et William Rousseau qui confèrent à cet opus des reflets cuivrés, des boucles et des refrains entêtants.

Presqu’un animal, c’est de la chanson française féminine piquante comme les poils d’un homme. Et elle s'apprête à le présenter en tournée dans toute la France.

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marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que vos deux parents jouent du piano.

Ma mère est aussi violoniste, mais mes parents n’en ont pas fait leur métier. Donc j’écoutais Schubert, Rachmaninoff, Liszt. Je n’écoutais quasiment que de la musique classique, baroque, romantique…  enfin, toute la musique française de la fin du 19e, début 20e,  m’a nourri. J’ai été aussi bercée aux sons des orgues d’églises. Je suis une grande fan de Gabriel Fauré. Je le place au panthéon des compositeurs.

Et Barbara, dans tout ça ?

C’est ma maman qui l’écoutait beaucoup. A l’adolescence, ses textes m’ont beaucoup parlé. Une chanson comme « Le mal de vivre » m’a touché. A cet âge-là, on se cherche beaucoup et j’avais l’impression qu’elle exprimait précisément ce que je ressentais. Je m’étais fait la promesse de la voir un jour sur scène.

Et vous l’avez vu ?marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Oui. En 1994, trois ans avant son décès. J’ai un peu désobéi à mes parents pour y aller. 

Son répertoire était très grave, il me semble.

Pas seulement. Elle elle reprenait aussi toutes les chansons d’Yvette Guilbert…  des frasques un peu érotiques et ça m’amusait beaucoup. En fait, c’est grâce à ce genre de chansons que Barbara a été découverte dans les cabarets, notamment à L’Ecluse. Vous savez, il y a beaucoup de légèretés dans certaines de ses chansons personnelles comme « Joyeux Noël ». Elle avait une très grande liberté de ton.

Ce sont vos parents qui vous ont poussé à aller à Paris tenter votre chance.

Mes parents sont médecins, ce qui ne les empêche pas d’avoir une grande ouverture d’esprit. Ils m’ont encouragé à continuer sur la voie de mon choix.

marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorA l’origine, ce n’est pas pour la musique que vous êtes partie à Paris.

J’avais réalisé un court-métrage qui a reçu un prix, j’ai donc décidé de faire une école de cinéma. Un jour, j’ai croisé le chemin d’Alain Robbe-Grillet, un drôle de personnage... et j’ai travaillé comme assistante  à la réalisation, puis à la production. Je voulais écrire des histoires et on me demandait de booker des comédiens.

Et comme ça ne vous plaisait pas, vous avez décidé de tout arrêter.

J’ai réalisé que mes premiers amours artistiques étaient le chant, la danse et le théâtre. Comme je ne voulais pas demander de l’argent à mes parents, j’ai dû trouver du boulot dans ces milieux-là. Un jour, à pôle emploi, j’ai trouvé une annonce qui disait « recherche chanteuse pour le nouvel an chez Maxim’s, audition pour Pierre Cardin ». J’ai postulé. Pierre Cardin m’a regardé chanter des chansons de Barbara. Il m’a demandé si je n’avais pas des chansons plus gaies. Du coup, j’ai chanté des chansons plus légères de femmes. Ça ne me plaisait pas trop, mais il fallait bien que je gagne ma vie. Pierre Cardin m’a choisi. C’était mon premier contrat de chanteuse.

A partir de ce moment-là, vous chantez partout dans Paris.

Oui, j’ai même joué dans des « bars à putes ». J’étais obligée de préciser que je n’étais pas une prostituée, mais juste la chanteuse. C’était drôle. Je suis une passionnée de l’œuvre d’Emile Zola. Il ne jugeait pas et donnait la parole au peuple. Il dépeignait ce qu’il se passait, même dans les endroits interlopes. J’ai toujours fait comme lui. Je regarde, j’essaie de comprendre et je ne porte pas de jugement. Bien sûr, j’ai mes avis féministes, mais ce n’est pas l’endroit pour les exprimer.

Ce sont des années formatrices. Le public ne vient pas pour vous écouter, il faut tenter de les captiver.marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

En plus, on ne choisit pas forcément son répertoire. On me demandait de chanter beaucoup de chansons, dans beaucoup de langues. En tout cas, j’ai une très bonne culture de chanson française tellement j’ai l’impression d’avoir tout chanté.

J’espère que vous aimez la chanson française, alors ?

Mais j’aime la chanson française plus que tout. Pour moi, c’est un témoin historique. J’ai toujours été passionnée d’histoire et de littérature. La chanson raconte notre histoire de France.

Vous avez participé à Mozart, l’opéra rock.

Oui, même si la comédie musicale, ce n’est pas mon truc. Mais celle-ci a sauvé ma vie. Cette opportunité est arrivée peu après un drame familial qui m’a empêché d’écrire pendant pas mal de temps. C’était une aventure incroyable. On a fait 1 million 400 spectateurs.

Mais vous aviez déjà goûté aux salles pleines un an plus tôt, en 2008.

Oui, j’ai fait une tournée de 22 dates au Japon dans des salles de 3000 à 5000 places. Je chantais notamment du Piaf avec « L'hymne à l'amour », mais aussi du Lucienne Boyer avec « Parlez-moi d’amour ».

"Parlez-moi d'amour" et "L''hymne à l'amour" au Shinjuku Bunka Center lors de la tournée Japan Hit Songs en juillet 2008.

Quand on interprète les autres depuis des années, j’imagine que l’on a envie d’être repéré aussi pour ses propres chansons.

Quand on est interprète, on est un peu comédien. On montre une facette de soi, mais pas tout. Dans l’écriture, on se cache toujours un peu, mais je crois qu’on est obligé inconsciemment de se dévoiler beaucoup plus.

Dans cet EP, c’est le cas ?

Ce sont des chansons de femmes qui égratignent les hommes. Je les aime beaucoup et, vous le savez, « qui aime bien, châtie bien ! » J’ai voulu que ma plume serve la cause des femmes d’aujourd’hui.

Des femmes comme vous, libres et libérées… comme vous les représentez dans vos chansons.

Des femmes émancipées aussi. Je chante des chansons de femmes qui s’affranchissent de la tutelle des hommes.

Clip de "A quoi ça sert", tiré de l'EP Presqu'un animal.

William Rousseau, que j’adore (et mandorisé ici), participe à votre album.

Il signe trois arrangements et deux mélodies sur l’EP. Pour moi c’est un technicien de la voix et il a une précision rythmique hors du commun. Il est extraordinaire.

Il y a la participation d’Edith Fambuena, de Vincent Baguian et d'Aldebert.

Avec Edith, on a travaillé sur « La Sol Do Mi » et sur d’autres chansons qui seront sur l’album à venir. J’aime bien ses choix bruts et comment elle rend les univers des artistes avec lesquels elle travaille. Vincent Baguian a créé la mélodie  de "C'est beau un homme à poils" et Aldebert, "Femme mais pas d'un homme". 

Cet EP est une carte de visite.

Oui, car ces chansons me ressemblent beaucoup… en tout cas, elles ne sont pas éloignées de ce que je suis.

Selon vous, on naît artiste où on le devient ?

Moi, j’ai l’impression que tout le monde est artiste au fond de son cœur. Il y en a qui ne le voient pas et qui font d’autres métiers. Pour ma part, quand j’étais petite, je voulais faire du « pestacle ». Ca a toujours été en moi. Aujourd’hui, plus qu’artiste, j’ai l’impression d’être artisan. J’aime ce métier profondément car il me permet aussi de rencontrer les gens et de m’enrichir auprès d’eux.

Vous faites pas mal de premières parties de Zazie.

C’est une artiste que j’aime beaucoup. Je suis très fière de la confiance qu’elle me donne. C’est une des plus grandes artistes féminines françaises d’aujourd’hui.

Etre artiste aujourd’hui, c’est compliqué ?

Quand je parle avec des gens qui ont d’autres métiers, je me demande si ce n’est pas plus difficile. Notamment parce qu’il faut supporter son travail, ses supérieurs… Je crois que tous les métiers sont compliqués.

Je parlais plutôt de la difficulté d’obtenir de la reconnaissance du public ?

Pour moi, le plus important, c’est l’aboutissement. Fixer mes chansons sur un enregistrement, qu’elles vivent et qu’elles prennent leur chemin.

marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Le 30 septembre 2016, après l'interview.

27 octobre 2016

Les soeurs Boulay : interview pour l'album 4488 de l'Amour

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(Photo : Geneviève Charbonneau pour Elle Québec)

photo Jean-François Lemire, Shoot Studio.jpgPrésentation des personnages : La blonde, Stéphanie, incurable romantique, impulsive, gaffeuse à ses heures et assoiffée de vérité, et la brune, Mélanie, cadette lucide et éprise d'absolu, l'aventurière du duo (source : Elle Québec).

Les sœurs Boulay sont, parait-il, aux antipodes l'une de l'autre, pourtant leur symbiose vocale est parfaite. Depuis leur apparition dans le paysage musical québécois en 2012, tout est allé à la vitesse grand V pour les sœurs Boulay. Si bien qu'après leur première tournée, elles ont ressenti le besoin de reprendre leur souffle. Stéphanie en a profité pour écrire sous le soleil du Costa Rica, tandis que Mélanie est partie seule en Inde. Ainsi sont nées les chansons de 4488 de l'Amour, leur deuxième album.

Le 30 septembre dernier, de passage à Paris, elles m’ont donné rendez-vous dans leur hôtel situé à Pigalle. Une rencontre rafraichissante tant leur spontanéité et l’immense sympathie qu’elles dégagent sont grandes.

Biographie officielle :

Depuis plus de trois ans, Les sœurs Boulay font des dessins sur les cartes du Québec, mais aussi du Canada11954787_664238480345072_3142438145879557330_n.jpg et de l’Europe (France, Suisse). Leur premier album, Le poids des confettis, écoulé à plus de 55 000 exemplaires, les a portées dans les salles de spectacles et les festivals plus de 250 fois. Tout a commencé aux Francouvertes, concours de la relève à Montréal, qu’elles ont remporté sans s’y attendre un soir de fête de 2012. Depuis, nous les avons vues à l'ADISQ, où elles ont mis la main sur trois Félix dans les catégories Révélation de l'année et Album Folk de l'année en 2013 et Groupe de l’année en 2014. Elles ont aussi été lauréates aux prix GAMIQ, finalistes pour les prix Félix-Leclerc et SOCAN, sur la longue liste du prix Polaris et sacrées Entrées en scène Loto-Québec et Révélations Radio-Canada.  Entretemps, elles ont voyagé en Inde et au Costa Rica, notamment, ont encore souffert un peu du cœur, ont écrit des petites chansons, et tout ça les a menées au bricolage de ce deuxième disque, 4488 de l’Amour. Délicat, fleuri, exotique, mais aussi plus bouillant et assumé, plus dégourdi et dense que Le poids des confettis, l’album, encore une fois embelli par Philippe B, en est la suite logique. On y parle de maisons, de celle qu’on a, de celles qu’on cherche et de celles qui n’existent plus, mais aussi des gens qui y habitent. On y parle d’éloignement, de voyages trop longs, d’amitiés, d’amour idéaliste et d’amour déçu. Ce n’est pas plus mature, mais c’est plus honnête. Ce n’est pas plus sérieux, mais c’est plus lucide. Et c’est comme un petit refuge où c’est tout doux d’habiter, et ça se prendra aussi en take-out aux quatre coins de la province dans de belles salles de spectacles dès l’automne 2015.

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(Photo : Jeanne Joly et Eli Bissonnette)  

IMG_1445d.JPGInterview :

Avez-vous baigné dans une ambiance musicale toute votre jeunesse ?

Mélanie : Notre père est mélomane, mais on vient d’une toute petite région. Il n’y avait pas de magasin de disques, donc, la seule musique que l’on pouvait écouter c’était le répertoire des disques de notre père. Elvis, les Beatles, Cat Stevens, de la musique disco, de la country, du folk et puis du rock. C’était un mélange de disques qu’il avait accumulé au fil des années.

Pas trop de chansons francophones ?

Stéphanie : Non. Mais, comme on écoutait la radio, on avait accès à de la musique plus populaire, moderne et francophone.

Votre mère chantait dans une chorale. Le chant, c’est une histoire de famille on dirait.

Stéphanie : Moi aussi je chantais dans cette chorale. Puis Mélanie nous a suivies. Une professeure de l’école primaire a repéré ma sœur dans sa propre chorale. Elle a considéré qu’elle chantait exceptionnellement bien. Elle est venue nous le dire. A partir de ce moment-là, notre père a acheté un piano et a fait en sorte que l’on prenne des cours de chant.

Clip de "Jus de boussole", tiré de l'album 4488 de l'Amour.

Photo  2 Jeanne Joly et Eli Bissonnette.jpgDans cette chorale, vous chantiez quel répertoire ?

Stéphanie : C’était une chorale de village dont la moyenne d’âge était de 50 ans. On chantait du Félix Leclerc, du jazz et des chansons francophones dites classiques. Mais je tiens à dire que notre culture en matière de musique francophone, nous l’avons eu avec notre professeure de chant. Elle s’intéressait beaucoup à des artistes comme Brel, Brassens, Ferré…

Comme vous écrivez toutes les deux, ces « monstres sacrés » de la chanson ne vous ont-ils jamais mis de la pression?

Mélanie : Non, parce que la langue que nous employons n’est pas tout à fait la même que la leur. Je trouve que la langue québécoise est vraiment très colorée, très différente que la langue française de France. Nous on aime bien chanter notre pays. On chante donc comme on parle dans notre quotidien.

Stéphanie : On utilise des expressions très québécoises pour en fabriquer des images très poétiques. On est conscientes qu’il y a plein d’expressions que les français ne comprennent pas, mais sur scène, avant les chansons, on explique les expressions fondamentales pour que les gens puissent se rattacher à quelque chose.

Mélanie : On se pose peu de questions quand on écrit, on y va très instinctivement. On essaie de faire du ménage, mais après. Même pour les arrangements de voix, on reste dans l’instinct et la spontanéité.

Les réactions ne doivent pas être les mêmes chez vous que chez nous…

Mélanie : Chez nous, il y a certains bouts de phrase qui font réagir et en France non. Et vice versa. Les références culturelles sont différentes, nous essayons de nous adapter par rapport à ça. On apprend à connaitre le public français de concert en concert.

Lancement de 4488 de l'Amour du 15 octobre 2015 à Montréal.

Ici, vous repartez à zéro ?

Stéphanie : C’est l’impression que cela nous donne. Au Québec, les gens nous connaissent, donc ils nous attendent. Je ne veux pas dire que c’est acquis d’avance, parce que rien n’est jamais acquis, mais disons que comme le public connait nos chansons, le contact est immédiat. Ici, il faut un peu plus de temps pour se connecter. Ici, on a tout à retravailler. Mais ça nous amène à refaire des spectacles pour les bonnes raisons : partager avec les gens et communiquer les émotions.

Mélanie : Repartir à zéro, c’est parfait pour calmer l’ego. On a un amour profond pour ce métier-là. On ne le fait pas forcément pour être acclamé ou riche. On le fait pour partager l’amour de notre travail musical.

Vous jouez aussi dans des pays non-francophones. Est-ce à dire que les paroles, finalement, c’est secondaire ?

Stéphanie : Je crois que ce qui plait dans notre duo, hormis le fait que nous soyons sœurs, c’est notre harmonie vocale.

558143_329360700499520_1409563628_n.jpgLe poids des confettis, votre premier album, a cartonné chez vous. Presque 70 000 albums vendus, c’est énorme.

Mélanie : Je crois que le côté « famille » parle beaucoup au public québécois. Les gens aiment voir chanter deux sœurs ensemble, surtout si elles s’entendent bien, ce qui est notre cas. Ça doit leur rappeler ce qu’ils vivent dans leur propre famille. Je crois aussi que l’harmonie vocale que nous avons accroche facilement l’oreille. Je pense aussi que la simplicité de nos personnalités a plu et qu’elle est pour beaucoup dans notre succès.

Stéphanie : Souvent, les gens nous disent qu’ils aimeraient être nos amis. En fait, ils ne nous connaissent pas dans la vie. On peut être assez chiantes (rires). Sinon, le fait que l’on vienne d’une petite région, que nous soyons venues en ville et que nous ayons réussi participe à l’intérêt que les gens ont pour nous. Ça va chercher quelque chose dans la fibre québécoise.

Mélanie : C’est étrange parce qu’on n’a pas eu l’appui de la radio commerciale et on a fait peu de télé. Le bouche à oreille à fonctionné.

Les Sœurs Boulay chantent "Langue de bois", tiré de l'album 4488 de l'Amour, dans le cadre de l'émission spéciale En route vers l'ADISQ.

Sur un fond musical folk-country aux accents pop, voire électros, vous donnez aux filles de toute une génération le droit d'être à la fois imparfaites, vulnérables, conquérantes, désenchantées et pleines d'espoir, comme elles le sont elles-mêmes.

Stéphanie : Ces chansons représentent parfaitement nos personnalités.

Mélanie : nous avons aussi des chansons plus introspectives. Du coup, en spectacle, pour ne pas être lourdes entre deux chansons, on casse le rythme en faisant rire le public. Nous avons tendances à taquiner les gens, mais aussi à faire preuve d’auto-ironie.

Je vous vois un peu comme des aventurières.

Mélanie : Mais nous sommes exactement ça. On adore voyager, rencontrer des nouvelles personnes, découvrir plein de choses…

Accompagnées de Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs, Les sœurs Boulay interprètent "Fais-moi un show de boucane", tiré de l'album 4488 de l'Amour.

Pour vos chansons, qu’est-ce qui vous inspire ?

Mélanie : Nos vies de jeunes femmes frisant la trentaine. On est de plus en plus conscientiser par notre rôle de femmes dans la société d’aujourd’hui.

Et la politique ?

La politique québécoise nous inspire aussi. On s’attaque désormais à des chansons qui revendiquent un peu plus.

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Une de ces trois femmes n'est pas une sœur Boulay, sachez la reconnaître.

Il me semble que vous défendez la cause des femmes.

Stéphanie : Ce n’était pas volontaire au départ, ce sont les gens qui nous l’on fait remarquer. On a toujours été féministes dans notre âme, mais on ne savait pas que notre art l’était aussi. De plus en plus, on a envie de parler des conditions de la femme, d’en présenter dans nos chansons qui sortent des schémas habituels, qui sont libérées, qui parlent de sensualité, voire de sexualité.

Parler de sexualité, alors que vous êtes deux sœurs, ce n’est pas gênant ?

Stéphanie : On habite ensemble et nous sommes très proches. Nous ne sommes pas le genre de sœurs à avoir des secrets l’une pour l’autre. Nous sommes donc très capables de chanter les histoires de l’autre.

Mélanie : Parfois, il y a des chansons qui correspondent plus à la vie de ma sœur, donc, dans ces cas-là, je suis plus un support musical et instrumental que chanteuse à part entière. Je m’efface, je l’accompagne discrètement. Quand une chanson parle de son histoire, quand on écrit, j’essaie d’avoir ses yeux à elle.

Lors des Francofolies 2016, les sœurs gaspésiennes envoûtent le Théâtre Maisonneuve avec leurs magnifiques voix croisées.

Pensez-vous à ce que vous pouvez apporter aux gens ?

Mélanie : On essaie de transmettre des messages positifs, de les sortir de leur vie, de les emmener ailleurs, de mettre un peu de soleil dans leur cœur, bref, de faire en sorte qu’ils oublient leurs problèmes.

Stéphanie : Au début, on ne s’aperçoit pas que l’on peut avoir ce « pouvoir-là ». Mais on se dit que les gens qui achètent des places pour notre spectacle, c’est peut-être le seul spectacle qu’ils voient dans l’année, qu’ils attendent ce moment depuis longtemps. On ne peut pas les décevoir en étant « normales ». On veut les honorer au maximum, alors, nous donnons le maximum de nous-mêmes.

Vous défendez l’environnement discrètement dans vos chansons et plus sérieusement dans la vie.

Mélanie : C’est la base de tout. En ce moment, on est en train de briser la planète. Il n’y aura bientôt plus de solutions si on ne s’y met pas tout de suite.

Stéphanie : Il serait bon que tout le monde voient le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, Demain, sorti en 2015.

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Avec les sœurs Boulay, à l'issue de l'interview, le 30 septembre 2016.

26 octobre 2016

Romain Humeau : interview pour Mousquetaire#1

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Profitant d'une (longue) pause dans la discographie d'Eiffel, Romain Humeau balance la sauce en solo pour deux albums, Mousquetaire#1 (qui vient de sortir) et Mousquetaire#2 (que l’on devrait voir sur le marché l’année prochaine), qu'il a enregistré depuis la fin de la tournée Foule Monstre en décembre 2012.  Il a écrit, composé et arrangé ces albums dans son studio perso, près de la gare de Bordeaux, sollicitant juste Nicolas Bonnière pour le coup de patte final. 30 morceaux se sont imposés au fil de l'actualité et des rencontres. Dans ses textes, il laisse aux gens la liberté de remplir les blancs. Son langage imagé fonctionne avec des ellipses, parfois des références (nombreuses en fait), si on cherche un peu.

Mousquetaire#1 est un des albums français majeurs de 2017. Il restera dans les annales du rock (mais aussi dans les annales de la pop et de la chanson) hexagonal.

Le 29 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un hôtel de la capitale.

romain humeau,mousquetaire#1,eiffel,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album (très écourtée) :

Depuis le premier album d’Oobik & the Pucks, en 1996, Romain Humeau est demeuré fidèle à la ligne qu’il s’était fixé : celle d’une exigence sans concession. C’est elle qui lui a permis de traverser les projets avec autant de soin que de fraîcheur. L’homme a été capable de se remettre en question et de se réinventer régulièrement au cours de ces deux dernières décennies. La dernière de ses incarnations n’est pas la moins fascinante. Ce premier volume de Mousquetaire, nouvel album solo du musicien, montre les ressources inouïes dont dispose cet artisan. Après plus de 900 concerts, cinq albums d’Eiffel écoulés à plus de 200 000 exemplaires et le succès de A tout moment, disque d’or, il a investi son studio pour y confectionner un album aux accents pop. Avec un seul mot d’ordre : explorer de nouveaux territoires. Dans l’intervalle, séparant les prémisses de ce disque et sa sortie, Romain Humeau s’est employé à multiplier les collaborations. On lui doit la réalisation de deux disques de Bernard Lavilliers : l’album original Baron Samedi, en 2013, sur lequel il compose 3 titres et le recueil Acoustique, l’année suivante. On lui doit également la composition de la musique d’une adaptation de Vendredi ou les limbes du Pacifique de
Michel Tournier
avec Denis Lavant en récitant. Dans le passé, Romain avait déjà contribué avec bonheurromain humeau,mousquetaire#1,eiffel,interview,mandor à des arrangements des morceaux de Noir Désir, Têtes Raides, Dominique A ou The Divine Comedy. Projet aux accents délibérément pop, Mousquetaire prolonge une des obsessions du compositeur depuis ses débuts : jeter un pont entre vocabulaire musical anglo-saxon et culture de l’écrit en langue française. Pour l’occasion, l’homme a renoué avec le pan le plus britannique de ses influences : l’écriture de Lennon-McCartney, de Bowie, d’Andy Partridge (XTC) et de Damon Albarn. Sur Mousquetaire, le chanteur s’est autorisé à chanter dans la langue des Beatles, pour la première fois depuis bien longtemps. Romain Humeau a veillé à développer un thème particulier sur chacune des chansons de Mousquetaire. En plus du chant, il a joué la grande majorité des parties instrumentales du disque, passant avec aisance de la batterie à la guitare avec des détours par la basse ou à toutes sortes de claviers. Frais et érudit à la fois, Mousquetaire constitue une des plus belles réussites d’un surdoué qui se réinvente avec beaucoup de finesse. Le deuxième volume de Mousquetaire d’une part (30 titres ont été enregistrés), mais aussi un nouvel album d’Eiffel, déjà écrit, qui comblera les ahuris, communauté de fans à la ferveur impressionnante.

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(Photo : Rebecca Dautremer au Studio des Romanos.)

romain humeau,mousquetaire#1,eiffel,interview,mandorInterview :

Tu as commencé ta carrière en 1996 avec le groupe Oobik & the Pucks… cela fait donc 20 ans. Tu n’as pas fêté cela ?

Avant 1996, j’avais sorti des cassettes. Des cassettes commercialisées. Pour répondre à ta question, on aimerait faire une reformation d’Oobick qui ne serait finalement qu’une reformation d’Eiffel avec d’autres musiciens. Je songe à refaire un concert, comme ça, pour rigoler. Pour l’anniversaire de la fondation d’Eiffel, ce sera en 2018. Là, je pense qu’on va marquer le coup un peu plus officiellement.

As-tu vu  le temps passer ?

Non. On a dû faire plus de 800 concerts. Je conçois que tu me poses cette question. J’ai 45 ans et 20 ans de carrière. Les années ont passé et j’ai une sérieuse tendance à ne pas me soucier de ce qui a été fait. J’ai plus le souci de ce qu’il y a devant moi.

Mousquetaire#1 et #2, c’est combien d’années de ta vie ?

J’ai pris un an effectif, 12 heures par jour, sans week-end. J’ai besoin de ce temps-là pour chercher. Je suis un chercheur. J’essaie de trouver de nouvelles pistes musicales non empruntées par d’autres, sans me soucier de savoir si ça va plaire ou pas.

Clip officiel de "Amour", tiré de l'album Mousquetaire#1.

Tu ne penses pas au public quand tu travailles à un nouvel album ?

Au tout début de ma carrière, je n’y pensais pas. Mais pour le premier album d’Eiffel, je me suis rendu compte qu’il fallait que je fasse gaffe, qu’il fallait penser aux médias et au public. Mais quand tu as dépassé la quarantaine, ce qui est génial, c’est que tu t’en fous. Ce qui m’importe, c’est d’acquérir l’adhésion de ceux qui ont écouté le disque.

Tu ne suis jamais la mode. Pourquoi ?

Quand on veut créer, il ne faut pas se soucier des modes. David Bowie a utilisé la mode, mais il ne s’en est pas soucié, il l’a pervertie. Tu sais, parfois j’utilise même des éléments que je n’aime pas dans ma musique. Comme dans un film, il faut qu’il y ait le méchant. Par exemple, j’ai utilisé parfois le vocoder autotune pour avoir des voix robotiques, parce que ça raconte les choses poétiquement, mais encore une fois, ce n’est pas ce que j’aime.

Il y a de l’autotune ? Je ne l’ai pas remarqué.

Je l’ai plus utilisé dans Mousquetaire#2. J’ai pas mal trafiqué, mais pas sur la voix principale. En fait, j’ai fait plein d’autres voix parce que j’adore la multidimensionnalité vocale pour éclairer le sujet.

Clip officiel de "Struggle Inside", tiré de l'album Mousquetaire#1.

On joue quand on fait un disque ?

Oui, notamment pour ce disque-là. Je me suis amusé à glisser plein d’évocations artistiques, de clins d’œil.

A qui ?

Je suis un observateur à la manière de Walt Disney, Charlie Chaplin, Terry Gilliam, Fellini, Boris Vian, la Cour des miracles, Chapi-Chapo, Emile Zola, Babar… Du haut de ma petite colline imaginaire, j’observe le monde par de multiples angles artistiques. Je peux être aussi bien le Petit Nicolas que le diable…

Un artiste peut tout être finalement.

Je le crois sincèrement, surtout si l’artiste travail sérieusement, méticuleusement. En arabe, il n’y a pas de différence entre la définition d’artiste et d’artisan.

Que pensent tes parents de l’œuvre de leurs fils ?

Mon père qui est facteur de clavecins a souvent tendance à me dire : « depuis que tu es dans le business de la musique, tu fais des choses plus simples ». Les médias, eux, trouvent que mon travail est hermétique et compliqué.

Clip officiel de "Paris", tiré de l'album Mousquetaire#1.

Je suis sûr que tu as voulu faire de la musique pour impressionner tes parents ?

Entre autres. C’est vrai que mon père est un énorme improvisateur, pourtant, c’est un autodidacte. Ils jouent de tous les instruments. Quand il prend la guitare avec ses gros doigts de mec qui bosse le bois, il joue et chante le blues comme personne. J’aimerais bien faire un disque avec lui. Mon père est un libre penseur, il a des choses à dire. Mais pour être sincère, si j’ai voulu faire de la musique, c’était surtout pour impressionner les gens de mon âge quand j’avais 14 ans. J’aurais adoré être étymologiste ou rugbyman, mais j’ai vite compris qu’avec la musique, on peut séduire un peu, j’ai utilisé ça.

C’est presque cliché ça. Commencer la guitare pour plaire aux filles !

C’est ce que je me disais en te le disant (rires).

On a catalogué ta musique dans la case « rock », mais tu apprécies beaucoup d’autres genres de musique.

Je n’ai aucun problème de chapelle. J’aimerais sortir des albums de tous les genres musicaux. Par exemple, du free pop avec des jazz men. Un disque de salsa et de bossa m’intéresserait aussi.

Tu as déjà fait ça avec Lavilliers !

Un peu, mais Bernard, c’est de la variété. Quand je dis variété, je ne dis pas variétoche. J’ai beaucoup d’affection pour la variété. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, mes goûts sont très éclectiques.

Medley de l'album Mousquetaire#1.

Musicalement, j’ai l’impression que tu veux utiliser le passé de manière la plus moderne possible…

Dans Les yeux ouverts, une interview de Marguerite Yourcenar  de 400 pages, elle dit sensiblement : « si je veux être bien avec moi-même et être dans une idée de bien-être physique et mental, il faut que je vive au présent ». Le présent n’est constitué que d’éléments du passé, donc il me faut connaitre le passé. Moi, je ne le connais pas, je suis un inculte. J’ai juste conscience qu’il faudrait que je le connaisse. L’histoire des hommes, l’histoire des hommes à travers la musique, à travers les mouvements migratoires, à travers les guerres, les grandes invasions, à travers les grands penseurs, les tueuses en série comme la religion… A ce propos, je pense que connaître toutes les religions est capital. Je ne les connais pas bien.

Est-ce qu’un chanteur doit être en permanence dans la séduction avec son public ?

A un moment, je l’ai pensé. Mais j’ai toujours essayé de ne pas être trop dans la pose, de garder une forme d’humour et de dérision sur moi-même. J’ai toujours recherché l’honnêteté envers mon public. Parfois, en voulant être trop honnête, on est trop vibrant, trop pathos. En fait, j’ai constaté qu’il ne fallait pas trop se donner. Il faut respecter les émotions que le public a besoin d’avoir et pas les lui imposer.

Je sais que tu détestes demander sur scène : « est-ce que vous êtes là ce soir ? »

Le salon de l’agriculture, je ne suis pas trop fan. Quand j’ai vu ça chez les autres artistes, j’ai toujours rêvé que la salle réponde : « non, on n’est pas là, connard ! »

Es-tu satisfait de ta notoriété ?

Elle n’est pas grande, j’en ai conscience. Ce n’est pas grave, je le vis très bien. Il y a une dizaine d’année, je voulais qu’elle soit plus forte  pour des tas de mauvaises raisons, aujourd’hui, je suis très content que ce ne soit pas arrivé. Pour moi, le narcissisme est une maladie. Attention, j’ai moi aussi certainement beaucoup d’ego, mais pour tout ce qui est en rapport avec la musique. Je suis pénible au travail, je ne dors pas beaucoup, donc il faut que l’on me suive à des heures pas possibles. Je m’inscris dans une longévité et non pas dans une ponctualité stratégique.

Eiffel en live joue "A tout moment la rue" au Printemps de Bourges 2010.

Penses-tu être parvenu à tes fins concernant ton métier dans la musique ?

Même si c’est arrogant de le dire, mais il me semble que oui. J’ai gagné depuis un moment. Je fais ce que je fais comme je veux et personne ne m’emmerde.

Et tu ne joues pas le jeu du marketing depuis longtemps.

On me reproche d’être un peu grande gueule, de dire ce que je pense. J’ai dit des choses que je ne pense plus maintenant. Je ne sais pas me taire de toute façon.

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J’ai beaucoup aimé ta façon de chanter dans cet album. Ta voix est sublimée.

90% des voix sont les premières voix que j’ai faites. J’ai chanté comme si je chantais sur mon dictaphone. C’est le seul album pour lequel je n’ai pas fait de démos. Je suis parti en guitare-voix en me disant qu’à la fin je rechanterais plus puissamment, ce que j’ai fait. Ça m’a pris des plombes, mais j’ai tout effacé. Finalement, je n’ai gardé que le premier jet.  

Faire un disque, pour toi, ça représente quoi ?

C’est énormément de travail dans un plaisir absolu. Pour Mousquetaire#1 et Mousquetaire#2, c’était le bonheur. J’ai cherché à créer la tension la plus prégnante que j’ai pu proposer jusqu’alors, mais dans un climat enfantin. Enfantin comme dans « L’automne à Pékin » de Boris Vian ou dans « Julia » de John Lennon sur le double blanc.

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Pendant l'interview...

C’est quoi le pire dans une chanson ?

Sans hésitation, le néoréalisme. Parler de son quotidien, de manière classique. Pour moi, c’est la petite mort, une forme de fascisme même.

Une bonne mélodie, c’est difficile à trouver ?

C’est mathématique. Les mathématiques, c’est de la poésie, c’est l’art de mettre en schéma le monde. L’art n’est-il pas le fait de transcender la vie ? Il y a la vie et moi, je la parabolise avec mon bordel intérieur. J’ai à ma disposition une équation, les abscisses, les ordonnées et éventuellement le « y » pour la profondeur. La mélodie, c’est ce qui est soumis au temps, donc ce sont les abscisses et l’harmonie, c’est ce qui n’est pas soumis au temps. Ça se passe à l’instant T. On plaque quatre notes, elles sont jouées en même temps. Pardon, c’est compliqué tout ce que je dis, c’est même peut-être chiant non ?

Je m’accroche parce que j’ai toujours été nul en math. Tu écris pour quoi ?

Pas pour faire des albums en tout cas. J’écris parce que j’écris. Je travaille tout le temps un petit peu. Je traverse ma vie en faisant ça et c’est ce que j’ai toujours voulu faire. J’essaie d’en vivre. Ceux qui aiment bien mon travail sont des gens qui défendent les indéfendables, mais je sais que je n’aurai jamais l’adhésion des amateurs de « mainstream ».

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Après l'interview, le 29 septembre 2016.

24 octobre 2016

Dick Annegarn : interview pour Twist

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Dick Annegarn sublime son retour au disque avec Twist. Un opus à l'humeur légère. Face à la terreur ambiante que traverse notre monde d’aujourd’hui, il répond par la pop, une poésie espiègle et lumineuse et des chansons gorgées de soleil, pour rire, danser, chanter en chœur, tout simplement. Bonne idée !

Je m’étonne que nos chemins ne se soient pas croisés plus tôt. Mais enfin, la rencontre fut belle, l’interview parfois surréaliste. Il est parfois un peu provocateur, ne réponds pas toujours aux questions et j’aime ça. Un doux qui joue au dur.

Le 28 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un hôtel parisien. En terrasse, à la fraiche.

Mini bio officielle :

Des années 70 qui ont vu ses débuts, Benedictus Albertus Annegarn, dit Dick, réinvente le meilleur : les musiques qui font l’amour pas la guerre, les mots-sésames, les frontières ouvertes aux esprits assortis. C’est tout lui - voix nomade, éclusier européen, citoyen libertaire du monde. Pendant que les enfants d’hier apprennent aux enfants de demain Ubu et Bébé éléphant, lui poursuit ses voyages de port gascon en oasis marocaine, balisant son parcours de chansons magiciennes. Sorcier, sourcier.

dick annegarn,twist,interview,mandorArgumentaire officiel :

Dick est twist. Dick est allègre, festif, gourmand.

Cela fait belle lurette que Dick Annegarn n’avait pas livré un album aussi radieux. « Un disque du matin », dit-il. Le matin pour l’élan, le souffle, l’envie, le grand « allons-y » de la joie. Car Twist ne se cache pas d’avoir voulu dire autre chose que ce que soufflent les vents du moment.

Ses nouvelles chansons ont l’humeur légère. Même quand il évoque une noirceur, les pieds bougent et le corps vibre. C’est une affaire de pulsion ; de pulsion de vie.

Certains vous diront « la vie continue » avec un sourire malheureux. Dick Annegarn, quant à lui, fait continuer la vie. Il sait la valeur de la légèreté, du plaisir, de l’ivresse. Quand il parle de cultiver son jardin, ce n’est pas en égoïste derrière une haute haie, mais parce que la paix se construit par la culture, parce que la terreur vise d’abord la légèreté, l’ivresse, le plaisir. Alors il a cultivé une douzaine de chansons qui sentent le soleil et le partage.

Oui, il a choisi de répondre par la pop, par le sourire, par l’envie primale d’un bonheur qui se chante. Il confesse avoir été bouleversé par le « Vous n’aurez pas ma haine » d’Antoine Leiris après le 13 novembre, et il a voulu qu’ils n’aient pas non plus son angoisse, son stress, sa rage. À la place, ce sera Twist, l’album le plus souriant de sa carrière.

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dick annegarn,twist,interview,mandorInterview :

Vous venez de découvrir à l’instant, devant moi, votre nouveau disque en physique… Au bout de 22 disques et 43 ans de carrière, c’est toujours un moment émouvant ?

Non. Je suis juste curieux de voir ce que donne la photo. Je trouve que le moment le plus émouvant quand on travaille sur un nouveau disque, c’est quand on sort de la cabine d’enregistrement pour aller dans la cabine du technicien. C’est là que l’on va décider des arrangements, de ce qui va rester ou disparaitre. 5 mois après, la pochette, ça ne me fait pas grand-chose. Je sais ce qu’il y a dans le disque…

Vous avez aimé tous vos disques avec la même intensité ?

Pas du tout. Certains de mes disques, j’aurais même préféré qu’ils ne sortent pas. Je ne m’émerveille pas à dick annegarn,twist,interview,mandorchacune de mes productions. Celui-ci, je l’aime beaucoup. Presque autant que Soleil du soir qui est le seul disque que j’écoute avec bonheur plusieurs fois.

En écoutant ces deux albums, vous arrivez à oublier que c’est vous le chanteur ?

Oui. « Je est un autre », comme dirait Rimbaud. Quand j’écoute Soleil du soir et Twist, j’entends beaucoup de choses. Quand on met une émotion dans une chanson, on la retrouve éternellement.

Sur la pochette, on voit un magnifique sourire de vous et vos dernières chansons sont lumineuses… En ces temps troublés, on a l’impression que c’est pour faire un pied de nez au malheur.

Je tends vers la lumière. Je me lève très tôt le matin pour voir la lumière arriver. Tous les soirs, à 21h30, je suis au lit. Quand la vraie lumière s’éteint, je retrouve une autre lumière, j’aime bien rêver aussi.

Vous ne répondez pas à ma question.

C’est ma réponse.

Une chanson comme « Roule ma poule », qui raconte l’histoire d’un couple qui n’a pas d’argent pour se marier, est musicalement enjoué, mais le texte est terrible.

C’est une vraie catastrophe. Un mariage, ça coûte une blinde. Si tu n’as pas d’argent, tu ne peux pas te marier. Dans ce nouveau disque, je raconte l’histoire du monde entier en version tragi-comique. Je ris du malheur des autres. Dans Les Temps Modernes, quand Chaplin est coincé dans la machine, tout le monde rit. Un rire exaspéré ou désespéré. Moi, je suis comme ça. J’ai le rire mélancolique, un mélange d’amusement et de tristesse.

dick annegarn,twist,interview,mandorVous vous considérez comme un amuseur ?

Les artistes sont des bouffons. Des bouffons du roi. Et le roi a besoin de nous. Et parfois, ils gênent. Coluche, par exemple, est un bouffon qu’on a probablement aidé à disparaitre.

Ah bon ? Vous êtes convaincu qu’on l’a tué ?

Oui. A mon avis, les rois ont intérêt à ce que certains bouffons disparaissent.

Vos chansons peuvent paraître anodines, mais en fait, elles ont beaucoup de fond.

Toutes mes chansons ne sont pas lourdes de sens, parfois, elles ne sont que cartes postales et paysages. Je n’écris pas des chansons vérités.

Si parfois. Mais bref, quelles genres de chansons vous souhaitez écrire ?

J’aimerais écrire un « Joyeux anniversaire » ou un « Au clair de la lune » 2.0. Je parle sérieusement. Il faut que l’on écrive des chansons qui accompagnent la vie et qui soient inoubliables, c’est ça notre travail. C’est facile d’être imbitable. C’est facile d’être un poète obscur.

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Vous vous situez où dans tout ça ?

Dans la pénombre (rires)… encore à 64 ans, j’essaie de sortir de l’ombre, j’essaie d’approcher la lumière.

Vous essayez de devenir « commercial ».      

Oui, je suis même une pute commerciale ratée. J’aurais voulu mieux vendre, être plus chanté par les autres.

Vous n’avez pas l’impression d’être reconnu à votre juste valeur ?

C’est la réalité. Ce sont mes chansons qui sont reconnues, moi moins.

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dick annegarn,twist,interview,mandorEn 22 albums, a-t-on fait le tour des sujets ?

L’autobiographie ne me suffit pas en tout cas. Je ne suis pas avec un thermomètre dans le cul pour savoir si j’ai chaud ou si j’ai froid. Ce n’est pas moi le sujet. Il faut que je voyage, il faut que je marche. Je parle aussi de voyage intérieur à travers les rêves. J’écris en dormant.

Comment cela ?

Je m’oblige à rêver la même chose plusieurs fois. Le matin, quand je me réveille, il me reste des choses.

Pour cet album, enregistré en quasi live en 10 jours au studio Ferber, il n’y a pas d’arrangeur, ni de réalisateur.

Mon premier disque a été enregistré en trois jours. Je n’aime pas trop le studio, c’est une espèce de centrale nucléaire avec des portes blindées. Un concentré de musique en 10 jours, ce n’est pas la vie. C’est un tue l’amour un studio, ce n’est pas très sexy.

Raphael chante un duo avec vous dans votre album.dick annegarn,twist,interview,mandor

Il n’est pas qu’un chanteur à minettes. Il a une culture pop terrible. Il vous chante « Cortez The Killer » de Neil Young par cœur. Lui, comme Christophe, ne fait plus de concessions dans leurs albums. Je respecte beaucoup cela.

Quand vous n’écrivez pas, ne composez pas, ne chantez pas, que faites-vous ?

Je gère ma page Facebook, mon site perso, j’ai trois numéros Siret à moi tout seul, j’ai une association, j’ai 14 hectares avec un tracteur, je fais le ménage, les courses, la vaisselle… je ne suis pas désœuvré. Poète ne veux pas dire être inspiré du matin au soir. D’ailleurs, je jette très peu de choses. J’écris 10 chansons pour en sortir 12 (rires). Je ne suis pas si prolixe que cela.

Pourquoi avoir changé de label ?

Parce que TôtOuTard était plutôt tard que tôt. Mais notre séparation s’est faite à l’amiable. Les gens du label et moi, nous nous revoyions de temps en temps.

Un concert, c’est du pur plaisir ?

Quand je franchis le rideau, je suis dans un état second. Quand je suis à la maison, je tire la chasse et c’est fini. Je n’ai pas le trac et ne crains pas le public. Soyons prétentieux. Souvent, le public n’est pas à la hauteur. Il ne suffit pas d’applaudir. Je demande un public qui rit, qui se manifeste, qui participe… Le public étant exigeant avec moi, je suis exigeant avec le public, c’est logique. Si le public n’est pas bon, nous non plus et vice versa. C’est comme en amour, il faut se stimuler mutuellement. Je vous rassure, la plupart du temps, le public est bon.

Et le public, généralement, veut écouter les tubes. Vous ne devez pas échapper à « Ubu », « Bruxelles », « Sacré géranium », « Mireille »…

Le public qui souhaite que je repeigne le même tableau, il a le même tableau en moins bien. Le côté revival, vintage, nostalgique, remember… m’emmerde.

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Le 28 septembre 2016, après l'interview.

22 octobre 2016

Louis Arlette : interview pour la sortie de son album eponyme

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louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorLouis Arlette vient de sortir un premier EP, sorte de « chanson française électro à tendance industrielle ». Le disque propose cinq titres aux textes soignés, évoluant au sein d’une instrumentation vintage, mais résolument moderne On navigue entre pop, indus et quelque chose de slave qui remonte aux origines de l’artiste. Son monde est assez dark mais fascinant. Ce nouveau prodige (qui est loin d’être un débutant) a tout d’un grand.

Le 27 septembre dernier, Louis Arlette est venu à l’agence pour sa première mandorisation… d’un assez haut niveau.

Biographie officielle (signé Christian Eudeline), mais largement écourtée (par moi) :

30 ans à peine, mais déjà une bonne dizaine d’années au service de la musique. Voire plus, car Louis est d’abord un musicien. Après des années passées au Conservatoire, section violon et piano, à 17 ans, il intègre un orchestre qui désire constituer un répertoire allant des grands compositeurs classiques à la musique issue des folklores du Caucase. Etudiant à la faculté de Paris 8 en musicologie, la découverte de la création électro-acoustique sera révélatrice, Louis commence à se monter son propre studio d’enregistrement. Il a 18 ans. Puis il s’inscrit dans une école d’ingénieur du son, la SAE. Au bout de six mois, le Directeur contacté par l’agent du groupe Air à la recherche du meilleur élève de sa promotion lui propose un stage. Au début il était l’assistant, sur les sessions de Love 2 tout d’abord, puis il a mixé le suivant Le Voyage Dans La Lune. Dix ans plus tard, Louis accompagne toujours Nicolas Godin et a mixé récemment son disque solo Contrepoint sorti l’année dernière.

Entre temps, il a aussi travaillé sur de nombreuses publicités avec Jean-Paul Goude, pour Chanel, Kenzo,louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor H&M, plusieurs défilés de mode…

En parallèle de ce travail que l’on imagine extrêmement prenant avec Air, d’homme assez talentueux pour tout faire, Louis Arlette commence à composer pour lui. En fait il l’a toujours fait, mais hésite encore sur la forme. Au début, il a commencé en anglais avec un groupe, mais ce n’était pas son truc. C’était une souffrance de chanter en anglais, ce n’est pas sa langue natale…Rien à voir avec cette musique qu’il nous livre désormais. Une musique picturale, déclinée en français.

La pop de Louis est un mélange de deux mondes, celui d’un savoir-faire vintage, il s’accompagne d’un matériel d’époque, un authentique Rhodes de 1979, mais définitivement ancré dans son époque par ces habillages électroniques qu’il envoie entre deux phrases. Des bidouillages qui éclairent ces chansons d’une lueur sombre mais profondément éblouissante.

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louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorInterview :

As-tu été élevé dans un environnement où la musique a été importante ?

Mes parents ne sont pas musiciens, mais j’ai des souvenirs liés à la musique quand j’étais très jeune. Ma mère avait une collection assez restreinte de vinyle. J’ai appris bien plus tard que c’était des mecs qui lui offraient pour la draguer. Elle était étudiante, agrégée de Lettres. Bref, dans ces vinyles-là, il y avait Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles et Wish You Were Here des Pink Floyd. Je me souviens très clairement de la sensation que j’ai ressentie quand j’ai écouté ces espèces de chocs musicaux. Il s’est passé quelque chose en moi que je n’arrive pas à expliquer. J’ai été happé sans pouvoir lutter. J’avais la tête qui arrivait à la hauteur de la platine, mais j’avais déjà compris l’importance qu’allait prendre la musique dans ma vie.

A l’âge de 11 ans, ta maman t’a ramené une machine très curieuse avec plein de boutons…

C’était une machine qui permettait de faire des sons. Quand je me suis aperçu de tous ceux que l’on pouvait faire avec, violons, orgues, boite à rythme, je me suis mis à tourner sur moi-même dans ma chambre. De bonheur. A ce moment-là, j’ai été heureux comme jamais. Aujourd’hui, j’essaie toujours de me rapprocher le plus possible de cette sensation-là.

Cela t’a donné des perspectives d’avenir ?

Inconsciemment. C’est la première fois de ma vie que j’ai été confronté à la notion de bonheur. Je me suis rendu compte que j’avais besoin de machines autour de moi. Aujourd’hui, je ne peux pas passer trop de temps en dehors d’un studio.

Ce sont tes parents qui t’ont encouragé à te mettre à la musique, à l’éveil musical. louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Ils m’ont aussi encouragé à rentrer au Conservatoire. J’y ai étudié le piano, le violon et le chant. Après, j’ai eu la chance de rencontrer un prof de violon qui était arménien. Il m’a beaucoup appris sur la discipline et la rigueur. C’était quelqu’un de très exigeant.

Le Conservatoire, tu as aimé ?

Il peut être non seulement conventionnel et parfois même assez médiocre. L’enseignement de la musique au Conservatoire n’est pas très exigeant. Le petit Conservatoire de commune avec le petit professeur qui est rigide dans sa façon de faire, qui n’a pas d’ambition, qui n’a pas d’oreilles musicales et qui s’emmerde avec ses élèves, on en croise assez souvent.  Le professeur arménien dont je te parle était presque une exception.

Tu as vite souhaité sortir des chemins bien balisés de la musique…

J’ai fait un peu de jazz à 16 ans et un jour, j’ai vu Didier Lockwood. Ses prestations m’ont fasciné. Je suis donc passé au violon électrique. J’ai découvert les effets et la réverbération. J’ai trouvé ça génial et j’ai compris que ça m’ouvrait le champ du possible musicalement.

Tu as fait des études de musicologie à Paris VIII.

Un super souvenir.

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Si je comprends ton parcours, tu as souhaité tout maitriser de la musique pour, ensuite, en faire ce que tu voulais ?

Je suis très touché par cette remarque parce que c’est exactement ça. Je ne prétends pas avoir la connaissance globale de la musique, mais mon souhait est de comprendre cet art le mieux possible. L’enregistrement, la sensation, l’émotion, tout me fascine dans la musique. J’ai besoin de tout pouvoir saisir et maitriser… Ce n’est pas pour rien que j’ai travaillé 10 ans avec d’autres artistes en studio avant de me sentir prêt à aborder mon projet solo.

Tu t’es fait remarquer alors que tu faisais des études dans une école d’ingénieur du son, dans laquelle tu étais le meilleur de ta promo.

C’est la première fois de ma vie que j’étais fasciné par les études. J’ai toujours été studieux, mais jamais passionné. Là, j’aimais aller en cours. Il y a des compositeurs qui venaient, qui nous faisaient écouter leurs œuvres et après, nous commentions. C’était génial.

Mais toi, ton truc, c’était les synthétiseurs.

 Oui. Et j’étais authentiquement fasciné par l’univers des studios, les professeurs s’en sont vite rendu compte. Quand Air a contacté l’école pour chercher un nouvel assistant, ils m’ont proposé. C’est aussi simple que cela.

Tu aimais bien Air ?

Très honnêtement, je ne connaissais pas à fond. J’avais beaucoup aimé la BO de The Virgin Suicides. Ce disque m’avait interrogé. Je le trouvais étrange. Quand j’ai écouté l’album Moon Safari, là, j’ai été pris par la magie. Quand j’ai rencontré Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel pour la première fois, j’étais très anxieux. Je savais que c’était important. Très vite, je suis devenu leur ingénieur du son.

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorTu es devenu l’assistant sur l’album Love 2. Cela consistait en quoi ?

Dès le premier jour, j’ai placé les micros, j’ai enregistré et j’ai eu carte blanche. Cela m’avait étonné. J’étais un stagiaire, disons efficace.

Tu es resté pour le suivant.

On s’était bien entendu à plein de niveaux. Quand on passe autant de temps en studio avec les mêmes personnes, il y a forcément des accointances. Mais j’ai aussi assisté à des tensions et des frictions. Ce n’est pas un scoop, sur Le voyage dans la lune, le duo a eu de sérieuses engueulades, au point que Jean-Benoît nous a laissé terminer le disque avec Nicolas. On a mixé cet album tous les deux.

Tu débutes avec un duo de légende, tu t’en rends compte à ce moment-là?louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Oui, bien sûr. Je l’ai toujours pris comme un cadeau de la vie. Je me suis tellement senti à ma place le premier jour où je suis arrivé au studio que je ne me suis posé aucune question. Je savais l’importance de ce duo.  Je voyais les journalistes défiler, la maison de disque aussi,  avec le champagne, mais je m’en moquais. Pour le coup, moi, je ne me sentais pas très à l’aise dans cet élément-là plus lié à l’industrie musicale qu’à la musique elle-même.  

Tu participais à des concerts ?

On préparait les concerts en studio, mais je n’ai jamais fait de tournée avec eux. Par contre aujourd’hui, j’accompagne Nicolas sur scène. Je m’occupe de tous les sons synthétiques. J’ai beaucoup travaillé avec lui sur son album solo Contrepoint. J’ai « assisté » Air pendant huit louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorans, je commence à bien le connaître. J’ai pris des habitudes et on savait de quoi on parlait.

Que représentent pour toi les machines ?

Elles me permettent de résumer ma démarche musicale, un mélange de musique électronique et de musique acoustique. Les machines sont une extension de mon corps. Nous, êtres humains, on a des mains, des pieds, mais on peut les étendre.

On va revenir à tes débuts à toi en solo. Tu as commencé avec un projet en langue anglaise. Je ne te félicite pas.

(Rires) C’était une torture absolue à tous les niveaux. J’ai commencé à chanter en anglais dans un groupe, je ne sais même pas pourquoi… un réflexe masochiste. Je ne m’exprimais pas personnellement, je passais des messages qui n’étaient pas les miens, que je ne ressentais pas. Je ne retrouvais aucune sincérité dans ce que je faisais, alors que c’est primordial quand on fait de la musique.

Pour toi, tout part du texte.

Oui, j’ai un message à faire passer. C’est pour cela que je me revendique de la chanson française. Je place le son en fonction du texte. Si je veux parler de la rivière, de l’or et de la mort, le texte autour de moi doit m’entourer, me submerger, faire des vagues autour de moi…

Clip officiel de "Jeux d'or".

Cet amour que tu as des beaux textes ne viendrait-il pas de ta maman, professeur de Lettres louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorAnciennes ? Et je vais plus loin… As-tu quelque chose à prouver à tes parents en voulant toujours toucher l’excellence musicalement et textuellement ?

On a toujours quelque chose à prouver à ses parents. Je ne vais pas approfondir la question. J’ai aussi à me prouver à moi-même, mais c’est les parents qui transmettent cette envie de se prouver les choses. Jeune, ma mère m’a fait découvrir beaucoup d’auteurs classiques et cela m’est resté. J’ai toujours eu une fascination pour les auteurs classiques.

Qui ?

Proust est un auteur qui m’écrase de son génie. Je ne trouverais pas ça scandaleux de ne lire que son œuvre  jusqu’à la fin de ma vie.

A chaque lecture de Proust, tu trouves quelque chose de non explorée dans la lecture précédente ?

Tout à fait. Ça parle de tout. C’est à la fois une réflexion sur une société, sur l’art, sur l’amour, sur ce que l’on a au plus profond de soi. Il est capable d’étendre dans le temps une sensation qu’il a eu et de l’approfondir jusqu’à l’essence même que l’on retrouve nulle part ailleurs.

Proust n’arrivait pas à s’exprimer à la première personne. Tu aimais bien son narrateur ?

Mais, je m’identifie tellement, et humblement, à ce narrateur. Il se voudrait artiste, mais il sent qu’il n’est pas prêt. Il se sent écrasé par les artistes géniaux qu’il apprécie. Il réussit à la fin à comprendre qu’il a le droit d’exprimer sa personnalité à partir du moment où il le fait sincèrement. Chacun a le droit de s’exprimer et l’art est le seul moyen d’expression qui permet de le faire. Il ne faut surtout pas s’en priver.

"L'avalanche", version live en avril 2016.

Les auteurs de chansons te fascinent moins que les auteurs de romans ?

La new wave de The Cure et Depeche Mode m’a beaucoup influencé. La pop des Beatles et de Radiohead aussi. Je suis un fan de la musique industrielle. Des groupes les plus connus à ceux nettement plus confidentiels.

(Là, j’avoue, Louis Arlette m’a donné des noms, tous à consonances germaniques assez compliquées et à rallonge. J’ai renoncé à faire des recherches sur le net pour les orthographier correctement. Pardon.)

Et dans la pop francophone ?

J’adore Indochine, les Rita Mitsouko, Taxi Girl, Etienne Daho.

Et dans les classiques ?

Brel, Brassens, Gainsbourg, Vian. Et puis, j’ai une tendresse pour Henri Salvador et Yves Duteil. Ma maman me faisait écouter leurs chansons le soir, avant de m’endormir.

Quand j’entends ta musique, j’entends aussi un peu le Christophe d’aujourd’hui.

Nous avons effectivement la même démarche. C’est drôle parce que, récemment, je lisais une interview de lui dans laquelle il disait que son souhait serait de collaborer avec Trent Reznor, le chanteur de Nine Inch Nails. Donc, il est proche de la mouvance  musique industrielle. Là où on diffère, c’est qu’il a aussi dit qu’il considérait sa voix comme du son. Il chante comme s’il jouait d’un synthétiseur. Personnellement, je me considère comme chanteur. Lui, il se considère comme un instrument, une expérimentation.

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Pendant l'interview...

Comment as-tu sélectionné les 4 titres de ton EP ?

C’était les morceaux tout à fait prêts, présentables, digérés. C’est un point de départ qui  formait un ensemble, une belle cohérence. Il y a suffisamment de matière dans ces 4 titres pour résumer l’essentiel de la démarche de mon projet

Que pensent tes parents de ces chansons ? (Je l’agace).

(Rire gêné). Je ne sais pas ce qu’ils pensent exactement. Je ne suis pas dans leur tête. Rilke disait qu’il fallait se situer de façon assez distante par rapport à ses parents et ne pas trop leur demander de soutien. J’essaie de vivre ma vie en coupant le cordon. J’ai envie de croire qu’ils sont fiers, d’une certaine façon.

Et Nicolas Godin ?

Nicolas a 20 ans derrière lui, il a des millions d’albums vendus, je ne veux pas tout mélanger pour ne pas tomber dans un schéma un peu compliqué. En tant qu’artiste en développement, je ne voulais pas avoir l’air de quémander quoi que ce soit. Je me suis contenté de me nourrir de ce que l’on pouvait vivre ensemble professionnellement. Il a écouté le disque à sa sortie. Il a été très encourageant et très bienveillant. Il m’a encouragé à continuer en me disant notamment que cela ne faisait aucun doute qu’il fallait que cela sorte. J’ai beaucoup apprécié, parce que c’est quelqu’un qui n’a pas de mal à dire « arrête ». Comme toi, il a salué l’identité et la personnalité artistique et ça, ça me touche beaucoup.

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Après l'interview, le 27 septembre 2016.

21 octobre 2016

François Staal : interview pour la sortie de L'incertain et pour son Trianon

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorPour fêter son 5e album L’Incertain, qui vient de sortir, François Staal (déjà mandorisé ici en compagnie de Jean Fauque) donnera un concert exceptionnel au Trianon le 23 Octobre 2016 (ce dimanche, donc). Il proposera un spectacle inédit dans lequel il dévoilera la majeure partie de ce nouvel album et d’autres chansons de son répertoire. Elles sont profondes, graves, mais jamais plombantes. La lueur d’espoir est visible, au loin, mais elle est là.

Le 5 octobre, ce brillant artiste, encore trop méconnu, est venu une nouvelle fois à ma rencontre, à l’agence.

Biographie officielle :

L’univers de François Staal, «rockeur à texte» en français s’apparente à celui  de Gérard Manset, Alain BashungArno, CharlÉlie CoutureJacques DutroncHubert-Félix Thiéfaine, Dominique A, Rodolphe Burger... Jean Fauque (Bashung) et CharlElie Couture ont collaboré avec lui dans le cadre de ses albums.

Au travers de ces compositions on retrouve cette ambiance sensuelle, irrespectueuse, ronde, exaltée, ces invitations au voyage, raffinées, de la poésie rock française. C’est sur une musique plutôt anglo-saxonne, qu’il écrit ses textes en cherchant une «certaine abstraction» et un sens ouvert à l’auditeur. 

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

Depuis ses débuts en cabaret Montmartrois, jusqu’à L’Olympia, il aime autant donner des concerts dans les petits lieux intimes que dans les larges salles, l’extérieur, l’intérieur comme le théâtre à l’italienne ou les salles modernes.

Notez enfin que François Staal a composé plus de 60 musiques de films et téléfilms sans compter les musiques de documentaires, pubs et court métrages notamment pour Arte.
Il a écrit pour le cinéma et pour toutes les chaînes. Il collabore principalement avec Laurent Jaoui, Didier Le pêcheur, Laurent Dussaux, Arnaud Sélignac, Luc Berault, Phillipe Triboit, Gabriel Aghion pour ne citer qu’eux...

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©Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic.com

françois staal,l'incertain,trianon,émilie marsh,interview,mandorInterview :

Je suis épaté par les initiatives très risquées financièrement que tu prends pour te faire connaître. Tu as loué deux fois l’Olympia et une fois le Trianon qui sont des salles réservées habituellement aux artistes à « forte » notoriété.

Pour être tout à fait franc, je me considère comme un résistant comme en 39-45. Mon but est de faire vivre ma musique, alors j’emploie les gros moyens. J’ai de bonnes critiques, mais les portes ne s’ouvrent pas, alors, je me débrouille tout seul. Je pense qu’il y a une raison à ça. Je suis un artiste underground, j’ai volontairement des choix artistiques qui ne sont pas « mainstream ». Je fais de la musique de film, alors, si je voulais proposer des chansons qui sont évidentes du premier coup, voire populaires, je pourrais le faire. Comme je trouve que tout est un peu trop formaté, j’essaie de proposer un travail propre, original, sans concession. Que me reste-t-il à faire ? Comme un résistant, j’ai mon réseau et je mène des opérations « coups de poing » pour exister.

Nouvel album de François Staal, L'incertain - Teaser officiel - Concert au Trianon.

Le premier Olympia s’était monté au début des réseaux sociaux.

A l’époque, demander de l’aide financière aux internautes, ça n’existait pas, j’étais précurseur. Aujourd’hui avec les sites participatifs, c’est devenu courant.

Ton deuxième Olympia, c’était différent.

Quand j’ai sorti mon deuxième album, je me suis dit que ce serait bien de récidiver dans cette salle. J’ai contacté l’Olympia qui s’est montré de nouveau intéressé. Un peu plus tard, j’ai considéré que c’était trop risqué, trop gros. J’ai rappelé pour annuler. Ils m’ont répondu que ça les embêtaient, qu’ils allaient m’estampiller « coup de cœur », du coup, j’ai eu des conditions qu’ils n’ont jamais fait pour personne et dont je n’ai pas le droit de parler plus en détail.

Et le Trianon ?

J’ai obtenu enfin une subvention de la SPPF (Société Civile des Producteurs de Phonogrammes en France) et de la Sacem. Je suis donc dans une situation où le risque est artistique, mais pas financier. Avec les ventes de places que j’ai aujourd’hui, on est déjà rentré dans nos frais.

François Staal & Emilie Marsh - "Sur un trapèze" (Cover Alain Bashung/ Gaëtan Roussel)

Au Trianon, il y aura Emilie Marsh en première partie. Pourquoi elle ?

Je veux travailler avec des gens qui ont du talent, qui chantent en français sur des textes qui tiennent la route, qui sont un peu rock et rebelles… et qui sont sympas. Emilie réunit tout ça. Elle est une fille formidable. Elle va jouer 40 minutes.

Tu t’estimes « underground », mais ta musique n’est pas éloignée de celles de Bashung, Thiéfaine, Nick Cave et autre Couture. Eux ne sont pas « mainstream », mais ils ont vendu pas mal de disques et remplissaient les salles.

En France, contrairement à d’autres pays, on est catégorisé. C’est très franco-français de penser qu’un artiste ne sait faire qu’une seule chose. Si tu composes de la musique de film, tu ne fais pas de chanson, si tu fais de la chanson, tu ne composes pas de musique de film. Il y a une autre différence avec ceux que tu cites dans ta question… je n’ai pas fait un tube. Même si aujourd’hui, ça ne veut plus dire grand-chose, à leur époque, ça voulait dire beaucoup. Et puis, je peux aussi me dire que je n’ai pas le talent suffisant pour devenir aussi populaire qu’eux. Il faut bien aussi se remettre en question.

François Staal - "Où Que J'aille" [Clip officiel]

Cela dit, tu n’es jamais allé voir une maison de disque.

Je n’ai pas envie. J’aime mon métier à un point tel que je ne peux pas concevoir de ne pas le faire comme je l’entends complètement. Si je fais des concessions, je perds ma raison de vivre et je me perds moi-même. C’est peut-être excessif ce que je te dis là, mais c’est la pure réalité. J’ai la volonté de proposer autre chose musicalement. Rien que ça, c’est un succès d’y parvenir… c’est une résistance.

Souffres-tu de ce manque de reconnaissance ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, pas du tout pour mon ego. J’ai vécu beaucoup de choses avec mes musiques de films, je n’ai donc aucune frustration. Le manque de reconnaissance pour la chanson, j’en souffre pour une raison. Mes amis musiciens, techniciens qui se donnent à fond en m’accompagnant, j’aimerais pouvoir les rémunérer correctement. Là, je suis juste dans un système d’échange avec eux. Je n’ai pas les moyens de faire plus.

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Pendant l'interview...

Tu te décrètes « poète rock ». Tu n’as pas peur que cela fasse prétentieux ?

A un moment donné, j’ai décidé d’assumer le fait d’être un poète. Parfois, je sens bien qu’on me trouve prétentieux, mais je m’en moque. Je suis un poète parce que j’écris de la poésie. Je n’ai pas dit que j’étais un bon poète, mais je suis poète. Il n’y a pas à y revenir.

Ce qui est sûr, c’est que tes textes ne sont pas frontaux.

Je n’aime pas ça chez moi. J’aime ça chez les autres comme Brassens ou Brel. Personnellement, je ne suis pas à l’aise avec les chansons trop directes. J’aime la poésie baudelairienne. C’est une manière de transposer les choses métaphoriquement. J’apprécie que les gens puissent s’approprier le sens de mes chansons. A la base, il y a toujours un sens précis, mais je m’arrange pour qu’il ne soit pas compris clairement. Pour être honnête, dans mes écrits, je laisse aussi une part de mon inconscient. Parfois, je pars dans un sens qui ne m’est même pas complètement ouvert.

François Staal - "Arctic Bay" [Clip officiel]

Considères-tu écrire des chansons subversives ?

Oui, justement pour la raison qu’on ne comprend pas forcément du premier coup ce que j’ai voulu dire. Il y a des sens cachés qui dissimulent des propos pas toujours lisses en résonance avec le monde d’aujourd’hui.

L’incertain est un album magnifique.

Merci de me le dire, j’ai souvent plein de doutes et ça fait du bien de se l’entendre dire…

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Après l'interview, le 5 octobre 2016.

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