12 février 2012

Alain Mabanckou : interview pour "Le sanglot de l'homme noir"

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Le 23 janvier dernier, je suis allé à la rencontre d’Alain Mabanckou dans un restaurant des Halles. Il s’agissait pour moi de l’interviewer à propos de son nouvel essai : Le sanglot de l’homme noir pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan. L'homme est souriant, inspire la sympathie immédiate et la conversation sincère et profonde...

Voici la version de l’interview publiée. Elle est suivie de la version intégrale pour « Les chroniques de Mandor ».

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Pour ceux qui auraient l'outrecuidance de considérer qu'il faut une loupe pour lire l'intro, le revoici en version lisible. De rien!

(Le nouveau livre d’Alain Mabanckou est un essai polémique virulent sur la condition de l’homme noir en France. Après avoir étudié en France, l’auteur congolais a choisi d'enseigner la littérature francophone aux USA. Grâce à cette confluence des trois cultures, il sait que l'identité d'un homme ne tient ni à sa terre natale ni à son sang, mais résulte de son choix personnel. Rencontre avec Alain Mabouckou.)

Interview:

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Voici la  suite de cette conversation... et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Alain Mabanckou n'a pas la langue/plume dans sa poche.

Vous regrettez que l’homme de couleur qui, au lieu de s’occuper de son présent, s’égare dans les méandres d’un passé cerné sous l’angle de la légende, du mythe et surtout de la « nostalgie ».

Il y a ceux qui vont vous vendre l’Afrique ancienne. Ils vont dire : « A l’époque, c’était bien, il n’y avait pas les blancs. Tout était calme, à la rigueur, les enfants pouvaient jouer avec les lions, on pouvait promener le serpent. On vendra toujours une Afrique mythique, une Afrique mystique. Tout est faux. Nous avons connu des royaumes qui se faisaient la guerre, nous avons connu des empires, des conquêtes, l’esclavagisme fait par des noirs sur des autres noirs. Il y a des périodes belliqueuses dont on ne parle jamais. On veut fonder l’identité sur une Afrique mythique et je dis à mon enfant que ce n’est pas possible.

Vous dites aussi à Boris que la pire des intolérances est celle des êtres qui lui ressemblent, c'est à dire celle de ceux qui ont la même couleur que lui. Avez-vous voulu lui déclencher un électrochoc ?

Je lui ai raconté aussi des choses personnelles qui ne sont pas dans le livre. La première injustice raciale que j’ai eue en Europe venait d’un noir des Antilles. Je n’avais pas de sous à l’époque, j’ai triché dans le métro. J’étais poursuivi par 3 personnes, deux blancs et un noir. C’est le noir qui ne m’a pas lâché, qui m’a traité de tous les noms. Comme il était antillais, il m’a dit que c’était les africains qui faisaient honte à notre race.

Ce que vous voudriez savoir, si j’ai bien compris votre livre, c’est la part de responsabilité que vous avez en tant qu’africain dans les fléaux qui ont frappé votre continent.

Tout à fait. J’endosse une certaine charge de responsabilités, mais ma façon de pouvoir me soulager ou peut-être changer de vie, c’est de construire un présent qui viendrait équilibrer les choses et qui démontrerait que l'on s’est trompé dans "le noir dans l’histoire". C’est quelqu’un qui est debout et qui peut marcher et non, qui a les jambes coupées par les colons.

C’est un dur combat d’essayer de convaincre ?

Oui, je pense. Tout Africain est fier d’être africain, est fier de son continent, est fier de ses traditions, de ce fait, un Africain n’aime pas entendre quelqu’un qui dit des vérités sur l’Afrique. On aime entendre des discours consensuels. Il est temps d’écouter un nouveau discours qui va à rebrousse-poil.

Vous dites aussi que « derrière ces idéologies communautaires de façade, c’est indirectement un appel à la pitié pour le nègre qui est lancé ». Pourquoi le salut du nègre n’est-il, ni dans la commisération, ni dans l’aide ?

On a toujours l’impression que l’Africain, c’est quelqu’un qui a la main tendue. Je ne veux pas rentrer dans la logique de l’identité de la pitié. Moi je refuse ces aides qui sont détournées et qui ne font que prolonger l’asservissement de l’Africain.

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Donner un coup de pied dans la fourmilière, ça vous plait ?

C’est un livre que j’ai écrit avec mes tripes. Un livre qui reste dans le droit fil d’autres de mes livres, comme « Black Bazar » où se trouvaient des questions de racisme intra-communautaire. Ce livre est à cheval entre le récit personnel et la réflexion dans les idées.

Vous expliquez que l’immigration est deux fois et demie inférieure à ce qu’elle est dans les autres pays européens depuis les années 90. En outre, une majorité d’immigrés en France sont issus de l’Europe et non d’autres continents.

Quand on parle de l’immigration en France, on a l’impression qu’il y a plus de noirs immigrés qu’ailleurs. Non, il y a plus d’immigrés de races blanches à l’intérieur. L’immigration d’Afrique noire n’est pas celle qui pose le plus de problèmes. C’est en général une immigration très intellectuelle de personnes venues faire des études. Il y a en France des non-dits au sujet de l’immigration qui font que certaines vérités ne sont pas bonnes à dire. Ca ferait tomber les pans de l’idéologie qui se trouvent en France.

Vous dites aussi que ni la droite, ni la gauche n’a le monopole du cœur. Vous rappelez aussi que les premiers charters datent de la présidence de François Mitterrand. Dites-moi, vous êtes sarkoziste ?

Pas du tout, mais il faut qu’on arrête de penser que la gauche est forcément l’endroit qui a le plus le cœur porté vers les damnés de la Terre. « La France ne peut pas héberger toute la misère du monde »… c’est Michel Rocard qui a prononcé ses paroles. La gauche à flirté avec les idées nationalistes au moment où le Front National commençait  à monter. La question de l’immigration est une question qui devient tellement idéologique que n’importe quelle partie, de gauche ou de droite, utilise cette question pour avoir les voix de Lepen.

alain mabanckou,le sanglot de l'homme noir,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandorÊtes-vous déçu par la France ?

Ce n’est pas le terme exact. Je suis très amer. La mémoire française est très courte. Soit-disant, nous sommes dans une ère qui va très vite. On a oublié qui sont ces gens qui ne leur ressemblent pas. On a oublié cette hospitalité. Nous, on était dans notre pays, les gens sont venus, ils exploitent les matières premières, on leur a donné le pétrole, les usines, les administrations, les asservissements, malgré cela, dans la majorité des pays africains, il n’y a pas eu d’hostilité envers la race blanche. Quand il y a eu la guerre civile dans mon pays, au Congo Brazzaville, les gens se battaient entre eux, personne n’a jamais touché un seul cheveu des Français. On savait que ce n’était pas leur histoire. L’ingratitude persiste parce qu’on n’a pas enseigné assez la vraie histoire de France aux petits Français.

Ce livre est dur pour les noirs, mais aussi pour les français en général.

Quand je décortique la question de l’immigration, quand j’évoque Eric Zemmour et Robert Ménard, quand je parle de l’article 1 de la constitution française… je ne ménage personne. Il ne faut plus se voiler la face.

A la fin de votre livre, vous expliquez pourquoi vous écrivez : "on écrit parce que « quelque chose ne tourne pas rond », parce qu’on voudrait déplacer les montagnes ou faire passer un éléphant dans le chas d’une aiguille. L’écriture devient alors à la fois un enracinement, un appel dans la nuit et une oreille tendue vers l’horizon."

On n’est pas forcé d’écrire. On peut vivre sans écrire. Mais le problème, c’est que l’écrivain, c’est celui qui est tourmenté par le besoin absolu d’écrire. Non seulement, je ne peux pas ne pas écrire, mais je peux tout abandonner pour écrire. Même si je ne vends plus que deux exemplaires, que plus personne ne me lit, je resterai toute ma vie écrivain. Au moins, j’aurai une quiétude intérieure. L’écriture est d’ailleurs une thérapie intérieure. Elle me permet tous les jours de réinventer mon humanisme, elle me permet de chercher les portes qui ouvrent vers la générosité, vers la rencontre des peuples, vers la rencontre d’autres cultures. Le désir  d’écrire est fondamental et quand ce désir est matérialisé, c’est extraordinaire !

Etre écrivain, est-ce que c’est être guerrier ?

Peut-être pas, mais ce n’est pas anodin, l’acte d’écrire pour dire. L’écrivain, c’est quand même quelqu’un qui décide de transmettre, de mettre en public ses idées, parfois à ses risques et périls.

Ce qu’il y a de bien chez vous, c’est que vous êtes un intellectuel accessible ?

Je pense que ce sont certains écrivains qui ont détourné le sens d’intellectuel. L’intellectuel, c’est quelqu’un qui réfléchit à une société pour, peut-être, proposer des pistes au peuple. Un intellectuel ne doit pas vivre dans sa tour d’ivoire et ne parler qu’à une certaine élite. Moi, je suis plutôt porté vers le peuple, parce que tous mes romans sont écrits dans les bas-fonds de la population. Mes personnages sont toujours des marginaux.  « Verre cassé », c’est un soulard, « African Psycho » c’est un petit serial killer, « Black Bazar » c’est quelqu’un qui erre dans le quartier de Château-Rouge…

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C’est quoi le bonheur d’un écrivain ?

C’est de faire lire des gens qui ne sont pas censés faire partie du pourcentage de lecteurs.

Utiliser un langage simple pour exprimer des idées un peu compliquées, c’est facile ?

Quand j’écris un roman, je souhaite qu’on se laisse porter par ce que nous disent les personnages. Ils donnent le ton d’un roman. L’écrivain doit trouver la voix. Un roman commence quand on a l’impression d’entendre la voix d’un personnage… l’écrivain essaye de retranscrire cette voix. Je crois qu’un roman doit ressembler à la vie.

Il y a aussi de nombreux dialogues, souvent croustillants.

Dans un roman, le dialogue, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Le dialogue demande à l’écrivain d’être comme un scénariste ou un metteur en scène. On doit imaginer une conversation entre deux personnages, mais pour coucher cette conversation dans la page, il faut que l’auteur s’efface, qu’il ne vienne pas empiéter pour que les personnages se parlent. Pour moi, un des romans les plus réussis des années 90 à aujourd’hui,  sur le dialogue, c’est certainement « Hygiène de l’assassin » d’Amélie Nothomb. Aux Etats-Unis, quand je fais un cours de littérature pour parler des dialogues, j’utilise les romans et je mets en avant celui-là particulièrement.

Vous avez deux activités imposantes, écrivain et professeur. C’est complémentaire ?

Oui, c’est complémentaire, d’autant plus que j’enseigne la littérature. Je reste un peu dans le même domaine. Je parle des livres que j’aime, j’essaie de donner envie à mes étudiants le goût de la littérature. Quant à l’écriture, c’est le côté solitaire, certes, mais c’est paradoxal parce qu’avant d’être seul pour écrire, j’ai besoin d’être dans le monde…

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Alain Mabanckou et Pia Petersen (qui était à nos côtés lors de l'interview), le 23 janvier 2012, lisent un livre passionnant, au Père Tranquille à Paris.
http://www.alainmabanckou.net/
http://piapetersen.net/

09 février 2012

Zebda: interview pour la sortie de l'album Second Tour

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Le 20 janvier dernier, dans un bureau de chez Universal,  j’ai interviewé Magyd Cherfi pour la sortie du nouveau Zebda, Second Tour. (Je l’avais déjà mandorisé en mars 2007 pour la sortie du deuxième album de sa courte carrière solo…).

Voilà le fruit de notre conversation pour Le magazine des espaces culturels Leclerc, daté du mois de février 2012, suivi d'une partie un peu plus personnelle concernant Magyd Cherfi, non publiée. 

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La même interview recyclée pour MusiqueMag... (synergie d'entreprise, quand je te tiens!)

 

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Voici à présent le bonus des chroniques de Mandor. En exclu, Magyd Cherfi revient avec sincérité sur la séparation de Zebda…  j’ai axé la conversation dans ce sens.

Pendant ces 8 ans d’absence avec Zebda, tout le monde était quand même bien occupé. Mouss et Akim ont sorti deux albums, vous aussi !

Mais ce n’était pas une vraie séparation. Je sais que les gens ont pensé que nous nous étions fâchés. C’est juste moi qui avais pété les plombs. L’usure de milliers de concerts, l’usure du collectif.

C’est vous qui étiez à l’origine de l’arrêt ?

Je voulais écrire des pièces de théâtre, des bouquins, je voulais écrire pour d’autres. Puisque toute ma vie n’avait été que du collectif, sportif, associatif, politique, j’ai ressenti le besoin irrépressible de créer seul. Ca a été dur parce que les autres membres du groupe n’avaient pas particulièrement d’aspirations individuelles.

Vous avez eu peur de leur annoncer votre décrochage d’avec Zebda ?

Oui. J’ai eu l’impression de les trahir. On est une famille, on a une histoire à porter. Tu ne peux pas,  pour des délires individuels, dire que tu veux faire un break. C’est ce que j’ai fait. Ca a impliqué tout le monde… je m’en veux encore aujourd’hui.

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(photo: Bernard BENAND)

Quand vous avez sorti vos albums solos, ils ont réagi comment ?

Je les ai cachés au maximum et je ne voulais pas leur avis. Je suis parti du groupe mécontent et j’ai vécu une espèce de plongée dans les abymes. J’avais l’impression que mes disques passaient dans le vide, qu’ils passaient inaperçus, je jouais dans des salles vides. Le premier album n’a rien construit, le deuxième non plus. J’avais la sensation d’un truc étrange ressemblant à une chute infinie. Magyd Cherfi n’a pas attiré grand monde, ma destinée est donc dans Zebda. C’est peut-être mieux ainsi d’ailleurs.

C’est frustrant de n’être considéré que dans le collectif ?

Oui. Franchement, l’ego en prend un coup. Seules, mes chansons sont moins pétillantes.

Politiquement, vous vous situez à gauche, mais pas tous au même niveau.

Certains naviguent ou ont navigué avec l’extrême gauche, certains, comme moi, avec le PS. Il y a dans le groupe les radicaux et les modérés. Akim et Mouss  sont plus radicaux que moi.  Leurs parents étaient communistes, les miens absolument pas politisés. J’ai un peu honte de l’avouer, mais j’ai une mécanique sociale démocrate.

Le titre de l’album, Second Tour,  est sacrément lié à l’actualité !

On est ravi que cet album sorte dans un moment de forte actualité. C’est l’occasion pour nous de dire notre parole. Mais en même temps, on ne peut pas dire que nous ayons organisé la sortie du disque précisément pour 2012. Ca fait 4 ans que l’on a décidé de partir sur cet album. Ce sont 40 textes, 50 musiques, donc nous n’avions aucune idée de quand on allait se dépatouiller de tout ça. Disons que ça s’est bien goupillé.

zebda,second tour,magyd cherfi,interview,leclerc,musiquemagPar rapport à il y a 8 ans, la situation de la France a évolué…

Il y a une amertume qui va prendre de plus en plus de place dans ce que nous racontons. Une désillusion, parce qu’il y a une trentaine d’années, on a pensé que le parti socialiste était la voix/voie divine pour un certain nombre de choses auxquelles nous croyions. Aujourd’hui, on entend parler du droit de vote des immigrés, et puis plus du tout parce que les élections présidentielles arrivent. Arrêtez de vous foutre de notre gueule ! Je me demande jusqu’à quel point il faut divorcer avec la gauche, alors que nous sommes porteurs des valeurs de gauche. On se retrouve philosophiquement dans un no man’s land  avec des idées théoriques et des applications nauséabondes. Avec l’émergence de Motivés, on avait proposé une espèce de troisième voie improbable. Elle était peut-être un peu trop porteuse d’utopie. On ne fait pas les choses qu’avec de l’utopie. Il faut du fric, de l’organisation, des élus volontaires et une dynamique de démocratie. Nous, on promettait la mixité sociale. Evidemment, on a explosé en vol ! Nous, on est allé au bout de la démarche, mais on a fini par s’écraser contre le mur.

Tout ceci a donc été inutile ?

Nous, Zebda, à l’intérieur de Motivés, on est peut-être allé trop loin dans l’élaboration du programme. Le mec qui écoute un disque, pendant 3 minutes, il est dans un idéal imaginaire, un champ de possible infini et sans danger parce que c’est juste une chanson. Dans la politique, si tu t’amuses à ouvrir des champs infinis, tu te fais fracasser.

Pour terminer… c’est quoi Zebda exactement ?

Zebda, c’est une musique populaire, accessible et immédiate à l’oreille avec des textes plus profonds qu’il n’y paraît. Il y a des aigreurs, des colères qui sont cachés quand on gratte un peu les textes. Le tout sur des rythmes qui permettent la digestion de tout ça.

08 février 2012

David Foenkinos : rencontre en public pour "La délicatesse" à Provins

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L’année dernière, dans le cadre du Festival Encres Vives/Salon du Livre, à la demande de David Sottiez (l’un des organisateur de ce  festival littéraire), j’ai animé une projection-rencontre autour du roman bestseller de mon amie Tatiana de Rosnay, "Elle s'appelait Sarah"…  cette année, il m’a demandé de récidiver avec un autre talentueux écrivain français et gros vendeur de livres, David Foenkinos.

C'était ce dimanche (5 février 2012)...

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A l'issue de la projection du film tiré de son livre, "La délicatesse" (qu'il a réalisé avec son frère Stéphane), le très sympathique David Foenkinos a répondu à mes questions, puis à celles du public (200 personnes) présent dans la salle...

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Après cette rencontre, David Foenkinos s'est installé pendant plus d'une heure pour signer ses livres...

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Avant de prendre mon train, je salue l'auteur... en sachant que je le retrouverai bientôt pour une autre manifestation littéraire similaire.

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04 février 2012

Lola: la nouvelle révélation de My Major Company!

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Vous le savez (car je le répète souvent), l'aspect le plus intéressant de mon métier est de découvrir de nouveaux talents. "Découvrir de jeunes talents"...  la belle affaire ! Formule prétentieuse qui n'est pas tout à fait exacte. En tout cas, depuis des années, je me contente de mettre en avant ceux qui ne sont pas (encore) médiatisés et qui mérite de l'être .

C'est le cas de LOLA, jeune femme aux lointaines origines russes et italiennes. Récemment repérée par le célèbre producteur de spectacle Gilbert Coullier, elle s'apprête à dévoiler son album Everybody Relax. La belle jeune femme y dévoile une personnalité aussi riche en facettes que l’est sa voix en tessitures.

lola,my major company,session acoustique,interview,mandor

lola,my major company,session acoustique,interview,mandorCet opus sortira le 5 mars prochain et, afin d'en faire découvrir quelques extraits en live au public et aux médias, Lola lance le "Everybody relax tour", une tournée des bars branchés de la capitale ! Ainsi, tout au long du mois de février, elle se produira chaque semaine dans un lieu différent. Après le live au Corso Bastille, le deuxième évènement se tiendra au Café Coste Etienne Marcel, 34 rue Etienne Marcel 75002, le 7er février et au Café Sancerre le 16 février (concert en partenariat avec MusiqueMag). Le 25 janvier dernier, Lola est venue dans nos locaux pour nous interpréter son premier single "Relax" et  pour répondre à mes questions. C’était d’ailleurs sa toute première interview officielle…

 
Quelques photos de la session...

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Quelques photos de l'interview...

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21 janvier 2012

LadyLike Dragons: session acoustique pour "Turn them into"

ladylike dragons,session acoustique,musiquemag,turn them into gold,love and so on,mandorLadylike Dragons est un groupe que je suis depuis 2007. Les trois natifs de Meaux viennent de sortir leur deuxième album, Turn them into gold après le premier et remarquable Heart Burst en 2009. Formé en 2006, les ex Olympic Dragons ont très vite muté en Ladylike Dragons sous la pression juridique du Comité Olympique, bien décidé à ne partager avec personne la propriété intellectuelle du terme Olympic (ils m’expliquent tout ici). L’opportunité est belle pour Sébastien (guitare) et Yann (batterie) de souligner, à travers leur nouveau nom, la féminité explosive et décomplexée de leur chanteuse Cindy.


Voici quelques-unes de mes rencontres avec le groupe: Au live in 77FM en novembre 2007, ma première mandorisation de la formation meldoise en juillet 2008, en session acoustique à la Fnac Val d'Europe en septembre 2008, leurs explications du changement de nom en février 2009, une deuxième mandorisation (version audio) à l'occasion de la sortie de leur premier album en octobre 2009...


Dans Turn them into gold, on retrouve ce collage détonnant entre des mélodies (power) pop et un blues rock garage sale drivé tout en puissance. Si la formule guitare/basse/batterie est certes classique, la qualité du songwriting et la compétence des musiciens font ici la différence. Efficace sans jamais être tape-à-l'œil, cet album ravira tous les amateurs d’un rock brut basé sur les guitares. Le 5 décembre 2011, j’ai demandé au groupe de venir dans les locaux de MusiqueMag pour nous offrir deux extraits de cet album en version acoustique.

"Love and So On" (acoustique)
 
Quelques photos de la session acoustique...

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17 janvier 2012

Frédéric Mars: Interview pour Non Stop

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Pour ne rien cacher aux éventuels nouveaux lecteurs, c’est ma 6e mandorisation de Frédéric Mars. (Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième et la cinquième). Il explose tous les records (non, après rapide enquête, c'est Jérome Attal qui est le grand vainqueur avec 7 mandorisations). Bref, que voulez-vous, je suis fidèle.

Le 5 janvier dernier, j'ai demandé à Frédéric Mars de me rejoindre à "mon" agence pour évoquer son nouveau livre, Non Stop, un thriller infernal.


couverture-NS-def.jpgPrésentation de l'éditeur:
9 septembre 2012, Manhattan. Un homme ordinaire reçoit une enveloppe anonyme et se met à marcher en direction du métro. À peine s’est-il arrêté sur le quai de la station qu’il explose, semant la mort autour de lui. Très vite, les mises en marche et explosions de ce genre se multiplient à une allure folle. Sam Pollack et Liz Mc Geary, les deux agents chargés de l’enquête, doivent admettre qu’ils sont confrontés à une attaque terroriste d’une envergure inouïe. Une attaque non revendiquée et d’autant plus difficile à contrer qu’elle transforme des innocents en bombes humaines, faisant d’eux les agents de ce scénario apocalyptique. Tous se sont vu implanter un pacemaker piégé dans les deux dernières années. Tous reçoivent ces fameuses enveloppes kraft et se mettent à marcher. S'ils s’arrêtent, la charge explosive se déclenche, où qu’ils soient. Quels que soient leur âge et leur couleur de peau. Grace, la propre fille de Sam Pollack, est concernée. Concerné aussi, un certain Stanley Cooper, président sortant des États-Unis, qui a caché à l'électorat son insuffisance cardiaque pour accéder au pouvoir… La cavale sans fin de ceux qu'on appelle les Death Walkers, les marcheurs de la mort, ne fait que commencer.

Un thriller ultra-réaliste et haletant tendance "24 heures chrono". Une écriture puissante par sa simplicité et son efficacité. Un scénario auquel tout lecteur amateur de sensations fortes, qu'il ait 15 ou 35 ans, peut s'identifier.

FM1.jpgL’auteur :
Frédéric Mars, 43 ans, vit entre Paris et l'océan Atlantique, entre ses travaux de scénariste TV et son univers romanesque, ébauché avec Son parfum, développé avec L'amour est une femme, Le livre du mal (Le sang du Christ) ou Non stop.
Il voue une passion à tout ce qui touche à la communication hommes/femmes, et en particulier aux modes d'échange non-verbaux (sensoriels, sensuels, etc.), ainsi qu'aux limites de la science, et aux sujets d'actualité (politique internationale, faits divers, etc.).

Dans une autre vie professionnelle, il a aussi été journaliste, photographe, "nègre" et auteur (sous d'autres patronymes) de nombreux essais, documents et livres pratiques.

DSC02971.JPGInterview :
Tu arrives chez Black Moon, la maison d’édition qui publie Twilight... c’est étonnant !
Le créneau de cette maison, aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle le « young adult », c'est-à-dire rarement des lecteurs de moins de 14 ans, jusqu’à, globalement, des lecteurs de 40 ans. Enfin, il n’y a pas vraiment de limite. Cette terminologie-là recouvre quasiment toutes les littératures de l’imaginaire qui ne sont pas impossibles à lire quand tu as 15 ans. J’explique le mieux possible, même si  je déteste les étiquettes. Quand je discute avec les gens de chez Black Moon,  ils me disent qu’ils observent les marchés anglo-saxons qui sont toujours en avance sur les autres pays sur la littérature de genre, les rayons « young adult » occupent plus de la moitié des rayons de livres. Tout ce qui était rangé avant dans SF ou Fantastique par exemple, est intégré dans cet espèce de sur rayon.

Avec Non Stop, ils avaient envie d’élargir leur spectre ?

Ils se sont rendu compte que le lectorat vieillissait avec les livres. Quand le premier Twilight est sorti, les lecteurs avaient 13 ans, ce sont aujourd’hui essentiellement des jeunes femmes de plus de 20 ans et qui forcément lisent autre chose. Qu’est ce que peuvent lire potentiellement de jeunes adultes, si ce n’est du thriller ?

Comment l’aventure a commencé avec Black Moon ?

J’ai contacté Cécile Terouanne, directrice éditoriale chez Hachette pour Black Moon. C’est quelqu’un d’une réactivité incroyable, le genre de personne, tu lui envoies un mail le vendredi soir à 23h, elle te répond le samedi matin de chez elle à 6 h. Un truc de maboule, quoi ! Je lui ai envoyé 10 pages de synopsis de Non Stop pour lui demander des conseils, elle a finalement décidé de le publier elle-même pour les raisons que je viens de t’expliquer.

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L’action du livre se déroule le 9 septembre 2012, trois jours avant les commémorations du drame du World Trade Center.

J’étais le 4 novembre 2008 à New York à Times Square au moment de l’élection d’Obama, j’ai donc vécu cette ferveur incroyable qu’il y avait autour de sa personne. C’était un peu Dieu sur Terre et pas que pour les Américains… c’était ressenti comme ça dans le monde entier. C’était le mec qui allait arrêter la guerre en Irak, régler le conflit afghan… J’avais la  sensation de vivre l’histoire en vraie de manière très forte. Tous les précédents présidents américains, quasiment depuis Reagan, ont eu un énorme conflit international à régler, un énorme dossier de politique étranger à gérer, en gros depuis la fin de la guerre froide. Tous ont eu beaucoup de mal avec ça, dans certains cas, ça leur a coûté le mandat suivant, je me suis demandé ce qui allait tomber sur Obama.

Un an après, tu tombes sur une brève du Daily Mail anglais !

C’est ça ! L’article raconte que MI5 (le service de sécurité intérieur Anglais) a chopé des anglais d’origine Pakistanaise qui ont été formés en qualité de chirurgien au Pakistan et dont on s’est rendu compte qu’ils avaient été spécifiquement formés pour la chirurgie plastique mammaire et encore plus spécifiquement formés à l’implant de prothèse mammaire piégée avec un liquide que j’ai repris dans mon roman, qui est la penthrite. Deux mois après, autre news, encore plus hallucinante et qui prête à rire. Un membre d’Al-Qaida en Arabie Saoudite a été arrêté au moment où il pénétrait dans un palais pour le faire exploser avec des minis explosifs qu’ils s’étaient introduits par l’anus. Ces deux informations confrontées m’ont fait dire qu’il est possible que n’importe qui pouvait  devenir de vraies bombes humaines. Moi, j’ai juste imaginé que cela pouvait être à leur insu. À partir de là, ça prend des proportions dantesques.

Ton livre est fortement documenté. On apprend notamment beaucoup de l’appareil politique américain, mais aussi de ce qu’il se passe en Moyen-Orient… À part l’intrigue, ce que tu racontes est-il rigoureusement exact ?

C’est l’analyse qu’en font les services secrets américains. J’ai lu plusieurs ouvrages d’anciens membres de la CIA sur l’état du Moyen-Orient, le rôle de l’Iran en particulier dans cette région-là… j’ai essayé de mixer tout ça pour imaginer une histoire crédible. J’ai essayé d’imaginer, en fonction des différentes thèses avancées par les uns et les autres ce que pouvaient être ces débats théoriques, mais aussi sur le terrain entre les différents services qui font partie des renseignements américains. Je voulais comprendre comment ces services s’étaient restructurés depuis le 11 septembre. À l’américaine finalement, c'est-à-dire en ajoutant des tonnes de nouvelles couches, de nouvelles agences, des tonnes de moyens qui,  hélas, n’ont pas forcément résolu grand-chose.

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Il y a beaucoup de personnages. Tu n’as pas eu peur de perdre quelques lecteurs en cours de route ?

C’est pour ça que j’ai mis une espèce de générique au début avec tous les personnages et leur fonction. En même temps, j’ai essayé de concentrer l’intrigue sur le personnage principal qu’est Sam Pollack, un des agents chargés de l’enquête. Il constitue une sorte de fil rouge que l’on arrive à suivre facilement. Mon idée était de transposer une saison d’une série télé type 24H sur du papier. C’était pour moi un challenge littéraire. A l’écran, quand tu vois les personnages, il n’y a aucun problème pour les repérer… à l’écrit, c’est beaucoup plus dur. Le côté multi point, chorale, intrigue foisonnante, est plus dur à faire passer.

Pratiquement, à la fin du livre, tu as poussé le vice jusqu’à séparer deux points de vue d’une action sur la même page par le biais d’une ligne verticale placée au milieu de la feuille.

Un split screen, comme au cinéma. Mon éditrice m’a un peu dissuadé de faire ça, mais j’ai quand même essayé. C’était intéressant d’utiliser ce procédé pour cette scène là spécifiquement.

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Ton écriture, ton style et ton rythme, me font penser à ceux qu’utilisent les écrivains de thrillers américains.

J’ai l’impression d’écrire de la même manière, de roman en roman, mais les gens qui en ont lu plusieurs, me disent que pas du tout.  Je ne m’en rends pas du tout compte. Et ce que tu me dis là, je l’entends souvent. Quoi répondre à cela ?

Rien, mais as-tu une méthode pour entretenir le suspense, garder un rythme haletant et une tension permanente ?

Oui et non. Oui parce que je fais un synopsis ultra détaillé. Je sais exactement, chapitre par chapitre, vers où je vais. Où les révélations s’arrêtent, où elles reprennent deux ou trois chapitres plus loin. Rien n’est laissé au hasard et c’est extrêmement construit. J’ai un canevas qui fait une cinquantaine de pages et en amont, pour le construire, j’ai un grand cahier physique, sur lequel je joue avec des post-it. Quand j’ai 300 post-it, ça veut dire que je suis venu à bout de mon intrigue. Après, c’est au moment de l’écriture elle-même que j’ajuste. J’ai des notions de cliffhanger comme on dit dans les scénarios américains.

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As-tu des automatismes d’écriture?

C’est beaucoup de boulot, mais en même temps, je sens que ça devient de plus en plus facile. Je fais gaffe à ça, parce que le risque serait que mon écriture devienne mécanique.

Moi qui ai lu tous tes romans, je constate qu’il y a à chaque fois un personnage entre la vie et la mort à l’hôpital.

Ah oui ? Tiens, je n’avais pas remarqué. Maintenant que tu me dis ça, je m’aperçois qu’il y en a aussi dans le prochain. C’est marrant ce que tu me dis là. Il faudrait que j’analyse ça.

(Il s’allonge sur le canapé en me demandant combien il me devait…)

ecriveurs.jpgParlons de ton prochain livre, Les Écriveurs.

Ca sort chez Bamm !, le label Jeunesse de J’ai Lu. Il y en a deux qui vont sortir en 2012 et un troisième en 2013. Ca se passe dans une île du pacifique qui n’apparaît pas sur les cartes pour la simple raison que c’est une ile volcanique où il y a une couverture nuageuse permanente, donc elle est invisible pour les satellites et pour quiconque. Sur cette île vivent quelques centaines de milliers d’âmes. C’est une communauté coupée du monde extérieur. Dans cette communauté, il y en a une autre encore plus secrète et fermée, les Écriveurs, qui vit dans une cité souterraine. On comprend très vite que cette communauté a entre ses mains le destin de l’humanité tout entière. Tout ce qu’on a pu vivre, toi, moi, tout le monde, n’est pas le fruit du hasard. Tout a été écrit quelque part par quelqu’un, en l’occurrence, par les gens de cette communauté d’enfants et d’adolescents. Seul hic, ils perdent ce pouvoir à partir du moment où ils tombent de manière avérée amoureux.

Ca te va bien comme nom, écriveur !

En effet, moi-même je passe mon temps à animer des personnages.

Tu as l’impression d’être toi-même un Dieu tout puissant ?

Il y a une analogie évidente entre le boulot d’un auteur et ce que font mes Écriveurs. L’idée est venue un peu de ça, on peut se considérer comme un animateur de monde. La seule différence, c’est que nous, ça s’arrête à la fin de nos livres.

Si ça se trouve, tu animes des mondes parallèles sans le savoir !

Mais oui, Mandor, si ça se trouve… (Grand sourire compatissant). Mais, le sujet fait réagir. Qu’on se sente manipulé ou manipulateur, la grande question est de savoir où réside la clef de ce qui nous arrive, de notre sort et de notre destin. Le philosophe français d’origine lituanienne, Emmanuel Lévinas, expliquait en substance que tout ce qui arrive dans l’humanité était écrit avant dans les  livres. Et si ça n’avait pas été écrit dans les livres, mais dans un livre spécifique à chacun d’entre nous ?

Tu as une imagination foisonnante, je le sais. Tu as combien d’histoire dans ta tête en avance ?

Je ne les compte plus. J’ai une irrépressible envie de raconter des histoires parce qu’elles débordent de moi. Dès que je lis une news qui m’intéresse, j’imagine immédiatement une histoire. C’est presque un réflexe. J’ai des fichiers word et des cahiers remplis de milliers de début d’histoires.

Permet moi de faire de la psychologie de comptoir… est-ce un moyen de fuir la vie réelle ?

Oui, involontairement. J’ai toujours été un garçon très très rêveur qui se réfugiait beaucoup dans l’imaginaire, aussi bien dans les livres que dans les films et j’ai eu très vite le besoin de vivre là dedans.

Ca ne te déconnecte pas de la réalité ?

Un peu.

Ce n’est pas embêtant pour l’entourage ?

Si. Ma femme ne comprend pas toujours très bien qu’à minuit, au moment d’aller se coucher, je reparte une demi-heure parce que trois idées me sont tombées dessus et que je ne veux absolument pas les perdre. Je suis comme ça, je ne peux m’en empêcher… incorrigible graphomane.

Pour finir, voici le teaser de Non Stop!

15 janvier 2012

L'intervieweur interviewé (1): Eric Briones pour son "Cabinet des curiosités"

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(Photo: Laure Bernard)

eric briones.jpgQui est Darkplanneur ? (source: entrevue.fr )

Publicitaire le jour, prescripteur de tendances la nuit sur son blog darkplanneur.com, Eric Darkplanneur Briones, est aussi à l'origine de l'émission web à succès, "le Cabinet des curiosités", laboratoire à idées libres.

Tel un psychanalyste, Eric Darkplanneur Briones, blogueur incontournable décrypte pour vous le côté obscur et la face cachée des célébrités.

Ont déjà livré une partie de leur intimité : Matthieu Chédid, Ariel Wizman, NTM, Marc Dorcel, Philippe Katerine, Pierre Bergé, Arielle Dombasle, Olivia Ruiz, Patricia Kaas, Jean Charles de Castelbajac, Rachid Taha, Oxmo Puccino, Snoop Dogg, François Hollande... (je ne vais pas faire le lien sur chaque nom, mais tous sont visibles ici!)

C'est plus de 40 émissions, vues plus de 4 millions de fois...

Voilà pour la version officielle. Pour ma part, Éric Briones est un ami. Un type dont j’apprécie le travail et avec lequel nous nous retrouvons régulièrement à déjeuner. On évoque nos métiers respectifs et les interviews de l’un et de l’autre. Notamment. Nous avons une amitié discrète (dans le sens où nous ne passons pas nos soirées ensemble) et constructive (dans le sens où l’échange et les conseils sont permanents). Bref, l’émission « Le cabinet des curiosités » qu’il présente avec style fait beaucoup parler d’elle. Je me suis dit qu’une mandorisation officielle serait intéressante. Une nouvelle conversation, mais publique, en somme…

Le 3 janvier dernier, j’ai donné rendez-vous à Éric Briones à l’agence pour laquelle je travaille. Je lui ai demandé de s’allonger et je me suis mis à sa place (avec ma façon à moi d’interviewer… une école différente de la sienne).

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DSC02953.JPGLes interviews, c’est un vieux fantasme  pour toi?

L’interview n’a pas été une idée naturelle chez moi. L’idée était de créer des concepts, des programmes vidéo d’abord pour internet. Très vite, je me suis rendu compte que pour faire de la fiction, il fallait beaucoup de moyens. Et pour faire des interviews, il fallait beaucoup d’huile de coude, d’énergie, mais zéro euro. Dans le même temps, j’ai compris qu’on pouvait faire de bonnes interviews, à condition de les bosser. C’est venu dans une logique économique. C’est curieux, parce que dans mon autre boulot, poser des questions n’est pas une de mes forces ou même une de mes envies. C’est donc pour moi une révélation.

C’est quoi ton autre boulot ?

Je suis publicitaire.

Il y a un lieu entre ton activité de publicitaire et celui d’intervieweur ?

Oui, je le pense. J’ai un métier très particulier dans la publicité, un métier rare, on est à peine 300 en France… je suis planneur stratégique. Pour faire court, je suis chasseur de tendances. Donc, il faut être à l’écoute, créatif et dans le rebond permanent. Il y a aussi cette recherche conceptuelle que j’ai en moi qui fait que je ne peux pas faire une interview comme les autres. Il faut que je trouve un concept novateur dans tout ce que j’entreprends.

J’ai assisté à la naissance de tes « cabinets de curiosités ». Mais avant qu’ils soient ce qu’ils sont devenus, tu plaçais tes invités sur des chiottes, d’où le nom...

Ah oui, tu t’en souviens ? J’ai commencé avec l’ami Vinvin et ensuite, je suis revenu à une formule plus raffinée esthétiquement. Avec toi, on a fait le numéro zéro de ce qu’est devenu ce cabinet. C’était dans un club SM et notre invité était Coralie Trinh Thi, ex-star du X pour son bouquin, La voix humide. La seule femme de moins de 35 ans qui réussit à écrire ses mémoires en 900 pages. C’était une interview porn, underground et assez improbable.

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Coralie Trinh Thi et Eric Briones, pour "Le cabinet des curiosités", le 21 décembre 2007. A la Cantada II.

(A voir là, si le coeur vous en dit.)

Après ce numéro, nous n’avons pas continué ensemble, c’était de toute façon un one shot pour moi. Et l'ensemble correspondait plus à ton style qu'au mien. Ce "cabinet" m'a permis de comprendre qu'il ne fallait pas que je sorte de mon territoire personnel. Cela étant, j’ai adoré cette expérience. Quand je vois ce qu’est devenu « Le cabinet des curiosités », je suis impressionné. C’est devenu une émission que l’on pourrait voir à la télévision.

Tu sais, le web n’est qu’un moyen et pas une passion. Mon objectif est d’être ailleurs. Le web est souvent assimilé à un « face et écran », sans belle lumière, une qualité d’image pourrie… ça ne m’a jamais attiré, ce n’est pas dans mes valeurs. Moi, je travaille dans l’univers du luxe, obligatoirement, ça transpire dans ce que je souhaite faire. Je vais te dire franchement, je suis encore loin d’atteindre ce que j’ai dans la tête, même si je considère que ça progresse peu à peu. Pour moi, l’interview est un acte de création.

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Toi, tu fais beaucoup de montage.

Quand on dit que « monter, c’est truquer », je ne suis pas d’accord. Au contraire, ne pas monter serait léser celui qui regarde l’émission.

Tu es plus de l’école Ardisson que de l’école Ruquier, alors !

Totalement, je suis clairement un enfant d’Ardisson. D’ailleurs, ça fait partie d’un de mes fantasmes d’intervieweur d’avoir Ardisson.

Thomas Clément, l’autre "intervieweur star" du web l’a "cuisiné" avant toi !

Oui, il y a emmené son angle impertinent. On adhère ou on n’adhère pas, mais du coup, il s’est passé quelque chose dans cette interview. Bon, le bémol, c’est que je pense qu’Ardisson se méfiera désormais des interviews sur Internet.

L’angle de Thomas Clément, c’est un peu la provocation… et toi, quel est le tien?

Mon angle, c’est de considérer l’interview d’une célébrité, d’un artiste, d’un people, comme un objet culturel et traiter avec les mêmes égards un chanteur pop et un grand écrivain. Arriver à tailler une curiosité, avec l’obsession que l’on voit l’invité sous un nouveau jour, de préférence inattendu. Si je n’arrive pas à ça, l’interview n’est pas réussie.

Quand tu reçois François Hollande, le point de vue culturel, il est où ?

Il est plus sur le domaine esthétique et dans l’expérience graphique de la chose. Ce jour-là, on avait un performer nu en bas, dans les toilettes. François Hollande a joué de façon très libre avec ce performer. Là, c’est dans l’interaction entre Hollande, le performer et la mise en scène qu’on a instaurés. Et puis, on a mis le discours d’Hollande sur de la musique electro.

Je me souviens qu’après l’émission, tu m’as dit au téléphone que tu avais un peu raté l’émission.

Après, j’ai muri ma réflexion. C’était un « cabinet » très long. On a enregistré 1 heure 20. J’avais énormément travaillé. Interviewer un politique, c’est complexe. Et finalement, avec le recul, je ne suis pas déçu. Cet homme m’a impressionné par son sens de la cohérence. Dans un monde mouvant, lui ne change pas dans ses objectifs et dans son attitude. J’ai aimé qu’il joue le jeu aussi bien.

À partir du « cabinet des curiosités » de Raphael, je t’ai vu partout.

Ca a commencé réellement avec Patricia Kaas. Elle nous a fait rentrer dans une dimension mainstream (grand public). Au début des "Cabinets", il y a 4 ans, on était dans l’underground, par goût, mais aussi par nécessité. Mais, c’est vrai que c’est grâce à Raphael que ça a explosé. Il a sorti deux trois phrases qui ont fait le buzz. Le succès on le mesure en termes d’audience, certes, mais aussi en termes de reprises. L’ubiquité sur internet, c’est fondamental ! Il faut être sur un maximum de plates formes.

Depuis, ce mois-ci, toi et ton « cabinet des curiosités »,  avez désormais deux pages dans Entrevue.

Oui, et c’est complémentaire. Ce mois-ci, ils ont pris 90% du contenu que nous n’avions pas édité du "cabinet" de Stéphane Guillon. Ensemble, on taille une heure d’émission pour la version écrite. Le cabinet devient vraiment multi-média.

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Tu n’as jamais caché que tu faisais les « cabinets » pour accéder à la télévision un jour.

Je l’assume effectivement parfaitement et je l’ai toujours expliqué.

Tu travailles depuis janvier, désormais avec une boite de production, They Produce.

Pendant près de 40 émissions, j’ai tout fait tout seul. Maintenant, on a des réalisateurs, une monteuse, on m’aide à préparer les questions, bref, c’est une machine qui se met en place avec pour ambition claire de vendre cette émission à la télévision, en repensant le format. Il faut être patient. Nous le sommes.

As-tu l’impression que ton « cabinet » devient un passage obligé des artistes ?

C’est beaucoup plus facile qu’au début, en tout cas. Pour faire le "cabinet", il faut avoir une certaine personnalité, une dimension un peu poil à gratter et corrosive.

Tes invités se retrouvent un peu face à eux-mêmes… ont-ils quelques craintes par rapport à cela ?

Non, pas vraiment. Beaucoup viennent là parce que leur attachée de presse leur à conseillé et ne connaissent pas l’émission. Certains bossent en amont, je les rencontre, on en discute, d’autres découvrent en arrivant. Je me demande si ce cas de figure n’est pas meilleur.

Te sens-tu plus un journaliste contrarié ou un psy contrarié ?

Je suis moi-même. Je ne me sens pas une seconde psy, mais la plupart des artistes me disent quand même que ce sont des interviews originales. Le plus beau compliment que l’on m’a fait me vient d’Ariel Wizman. Il m’a dit que quand il voulait avoir la pêche, il regardait le « cabinet des curiosités » qui lui a été consacré.

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Récemment, tu as reçu Anna Polina. Quand elle te parle de double pénétration par exemple, ça t’amuse ?

J’ai compris grâce a un homme de radio, François Angelier de France Culture (l’émission « Mauvais genre ») que j’ai interviewé qu’on peut tout dire, sans que cela devienne vulgaire. En analysant son discours, j’ai remarqué qu’il prononçait des mots les plus tabous qui soient, zoophilie, pédophilie par exemple dans sa bouche, ça ne sonnait pas vicieux. Pourquoi ? Parce qu’il les proclamait avec une espèce de gourmandise assumée. La provocation, je l’aime dans les mots. Ce qui me plait chez Anna Polina, c’est sa pensée et sa vision du sexe, c’est très intéressant.

Tu as reçu récemment Guy Bedos et Stéphane Guillon. Avec eux, j’imagine qu’il ne faut pas faire le malin, ne pas être plus provoc que provoc.

J’ai eu le père et le fils dans la même semaine. Bedos, ce n’était pas facile, mais j’ai adoré l’humour pur de cet homme, son autodérision et son comique de situation. Il a un côté Woody Allen. Quant à Guillon, c’était une magnifique expérience.

As-tu peur de décevoir tes invités ?

Oui, bien sûr. Je ne sais pas si toi tu arrives à avoir du recul, mais moi, ce qui me frustre terriblement, c’est l’après. Je suis dans le doute total pour savoir si c’est bien ou pas. J’aimerai avoir la réaction immédiate de ceux qui vont voir le « cabinet » que je viens d’enregistrer.

Pour ma part, je cherche l’angle original dans laquelle m’engouffrer… et toi ?

Moi, pas vraiment. Tu es beaucoup dans l’improvisation, moi, je fais un gros travail en amont.

Eh, dit ! (Faussement vexé). Je travaille beaucoup, c’est ce qui me permet d’improviser d’ailleurs.

Oui, je me suis mal exprimé. J’ai une cinquantaine de questions. C’est ma base d’improvisation. Il y a une théâtralisation et une mise en musique des questions, mais ça laisse la place à l’improvisation. Pour improviser, il faut énormément travailler, je le sais bien.

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Aujourd’hui, te trouves-tu bon intervieweur ?

C’est ma mise en scène du « cabinet » qui doit être optimisé. Mais, il manque encore quelque chose, une mise en image à trouver. Il faut que j’arrive à être plus égal avec mes invités, être toujours au même niveau selon qui je reçois. C’est très difficile.

Quel est ton tiercé des « cabinets » que tu as préféré faire ?

Tous mes cabinets avec Oxmo Puccino. J’aime quand avec l’invité, il y a un lien qui se crée. Qu’il revienne hors promotion et qu’au final, il devienne un pote.

Moi, en 27 ans d’interviews, je compte sur les doigts d’une main ceux avec qui c’est arrivé…

Je sais, c’est rarissime. J’ai de la chance.

As-tu remarqué que les artistes ou les hommes politiques aiment sortir de leur carcan, des interviews habituelles ?

J’ai l’impression, en effet, que ça leur fait du bien.

D’autres « cabinets » préférés ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à faire celui avec Philippe Katerine. J’ai joué avec ma folie intérieure. J’avais un boulot pourri à faire ensuite… qui allait me prendre tout le week-end en plus. Je me suis donc lâché comme un malade. C’est rare, tu sais, c’est mon côté protestant.

Tu ne te lâches donc jamais. Toujours en totale maîtrise ?

Quand tu es dans ce format là, tu ne peux pas te lâcher. Lâcher voudrait dire, faire passer son ego avant l’écoute.

Tu aimes la notoriété, as-tu analysé pourquoi ?

Elle est indispensable. C’est la notoriété qui est le moteur pour créer. Comme mon ambition est médiatique et plus particulièrement télévisuelle, aujourd’hui les décideurs pensent en fonction de ça. La notoriété est une forme de matérialisation du rapport avec le public qui sera, j’espère, dans une forme d’affect positif.

Qu’est-ce qui va changer dans le « cabinet » au niveau du fond et de la forme ?

Au niveau du fond, avoir plus d’invités politiques et cinématographiques. Quant aux évolutions conceptuelles, on y travaille. Il faut que l’on trouve le bon format télévisuel. Depuis toujours, il y a une écriture télévisuelle qui m’a marqué, c’est celle de Jean-Christophe Averty. Il a tout inventé et Dieu sait si on l’oublie. Il a fait de la télévision presque un art. Et plus moderne, j’aime beaucoup le travail de Loïc Prigent, dans les docs et dans l’utilisation faite avec beaucoup de justesse des effets spéciaux L’image du « cabinet » est encore en construction et je voudrai la rendre encore plus singulière.

Qui aimerais-tu recevoir?

Mélanie Laurent. Elle est très difficile à avoir. Les gens du cinéma, c’est toujours très compliqué à recevoir. Je suis curieux de l’avoir en n’utilisant pas son regard. Elle en joue tellement… elle séduit avec et ça se voit. Mélanchon aussi, j’aimerais bien. Pour le numéro 50, on a le fantasme de recevoir Mylène Farmer… et le coup ultime serait Nicolas Sarkozy. Et puis, aussi Bill Murray. Il reste pour moi le plus grand comique de monde contemporain. Bref, beaucoup de monde, tu vois !

As-tu comme moi un côté midinette quand tu reçois ces gens-là ?

Oui, radicalement, et j’assume. On a un côté Warhol. La célébrité, c’est du pop art. C’est terrible, parce que toi comme moi, on le sait bien, on prend un risque émotionnel en ayant cette attitude-là. Il m’est arrivé d’être déçu. Par exemple, ma rencontre avec Édouard Baer ne s’est pas bien passée. Son « cabinet » est très tendu. On ne le sent pas très sympa à l’écran. En tant que fan, j’ai souffert de ce cabinet, mais au montage, on voit une autre facette de lui. Un Baer, pas sympa. Je dois être un intervieweur masochiste. Quand ça se passe mal, quand il y a du conflit, quand on est attaqué, j’aime ça. J’aime bien quand on me rentre dedans intelligemment.

Moi, je suis tout le contraire. Je déteste travailler dans le conflit. J’ai besoin de la petite étincelle entre deux personnes. Cela étant, ton deuxième métier est dans un milieu qui est dur, où le conflit est quasi permanent… ça rejaillit surement sur le deuxième aspect de ta vie professionnelle.

Tout à fait. Tu as raison. Je n’avais jamais réfléchi à la question de cette manière… le rapport au conflit est intéressant.

Je trouve en tout cas que d’émission en émission, ton style s’affine et tu commences à avoir un style très personnel. C’est un compliment de ma part et il n’y a rien à répondre à ça. Au revoir et merci !

Pour finir, voici la bande annonce officielle de l'émission... il y a du beau monde!

12 janvier 2012

FM Laeti: interview et session acoustique pour It Will All Come Around

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fm laeti,it will all come around,interview,session acoustiqueElevée au jazz de Nina Simone, au rock d’Otis Redding, et au son de la musique africaine, au début de sa vie musicale, la guadeloupéenne FM Laeti s’est spécialisée dans le jazz vocal et le gospel. Aujourd’hui c’est entre pop et soul que la musique un brin seventies de FM Laeti balance. De très nombreux voyages ont forgé son inspiration et lui ont permis de transcender les sons entendus aux quatre coins du monde, dans une musique solaire et éclatante. Avec ses mélodies captivantes, FM Laeti a déjà conquis des milliers de fans sur la Toile. Son premier album, It will all come around, est un superbe croisement de soul, de pop et de folk. Depuis, les succès s'enchaînent pour la demoiselle et ses musiciens qui affichent complet pour la plupart de leurs concerts. FM Laeti est un duo formé de Laetitia et de François-Marie. Avant de se produire le 26 mars prochain au Café de la Danse, les deux artistes sont venus dans les locaux de MusiqueMag pour répondre à quelques questions et nous offrir deux titres en session acoustique ("Rise In The Sun" et "Show Me The Way"). C’était le 20 décembre et la rencontre fut belle.

L'interview:

 
Quelques photos de l'interview prises par Pierre-Henri Janiec, leur attaché de presse. Il sait que cette séance pour MusiqueMag se transformera en "chronique de Mandor". Alors, il m'aide parce qu'il est sympa. (Merci à lui!)

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La version acoustique de "Rise In The Sun".

 
... et la version acoustique de "Show Me The Way".

 
Là, ce sont des photos prises par moi-même pendant leur session. Je sais, c'est impressionnant tant elles sont magnifiques.

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06 janvier 2012

CD'aujourd'hui: Dave pour Blue-Eyed Soul

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cover-dave-soul.jpgDave joue les crooners avec un nouvel album aux accents jazzy, Blue-Eyed Only, dans lequel il revisite ses grands succès à la sauce Motown, avec Françoise Hardy, Sylvie Vartan et Daniel Auteuil, les amis de toujours, pour des duos inattendus.

Il a fait appel pour la réalisation à une pointure de la soul, le trompettiste de jazz Guillaume Poncelet, qui a signé le premier album de Ben l'Oncle Soul.

Blue-Eyed Only a été conçu par Dave comme un "voyage spatio-temporel" qui permet de découvrir son répertoire sous un nouveau jour, de "Vanina" à "Du côté de chez Swann", en passant par "Est-ce par hasard ?", "Mon cœur est malade" et "Dansez maintenant".

Le 31 octobre 2011, pour CD’Aujourd’hui, il nous a donné rendez-vous sur une péniche au Club des Bateaux Mouches, sous le pont de l’Alma.

Pour voir l’émission diffusée hier (5 janvier 2011), cliquez là !

A l'issue de l'enregistrement, l'ambiance était à la détente et à la rigolade... pour ma photo traditionnelle d'après interview, Dave m'a proposé  de réaliser le cliché le plus "cliché" possible. Une péniche, le soleil et la Tour Eiffel... difficile de faire mieux!

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Le clip de "Vanina", nouvelle version.


DAVE - Vanina 2011 (Clip Officiel) par ODBruges

Dans ma grande série, "je sors mes archives"...

Dave, il y a 5 ans (le 1er mars 2006), dans un restaurant du 8e arrondissement de Paris pour évoquer son nouvel album : Tout le plaisir a été pour moi qu'il avait signé sous son vrai patronyme, Dave Levenbach.

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04 janvier 2012

Mickaël Miro: interview filmée de la nouvelle étoile de la variété française

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La chanson "L'Horloge Tourne" a été élue la semaine dernière "Chanson de l’année 2011" sur TF1. Bon, je sais, ce n’est pas un gage probant de qualité absolu. Mais, l'ascension fulgurante de Mickaël Miro ne s’arrête pas là. Ce jeune auteur-compositeur, actuellement en tournée, est également nommé aux prochains NRJ Music Awards dans la catégorie Révélation Francophone de l'année. Il est actuellement en tournée et sera en concert à l'Olympia le 12 mai 2012. Pas mal pour un garçon qui était encore complètement inconnu il y a un an.

Dans son premier album, Juste comme ça, Mickaël Miro raconte en musique ses histoires, ses rencontres, son besoin d'aimer et d'être aimé. En quelques mois, il est déjà Disque de Platine avec plus de 100 000 exemplaires vendus. Cette nouvelle étoile de la variété française est passée nous voir à MusiqueMag le 15 décembre dernier pour évoquer ce début de carrière impressionnant.

 
Voici quelques photos prises lors de l'entretien...

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Pour finir, une photo que je trouve assez symbolique.

Mickaël Miro me fait penser au Goldman du début de carrière mais avec un répertoire à la Fiori d'aujourd'hui...

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Mon avis très sincère: ses textes manquent d'épaisseur. Mais vraiment.

J'aime la variété, mais là, les propos, c'est un peu peu. Comme il le dit dans l'interview, Mickaël Miro pense qu'une chanson, "ce n'est pas grave". Il préfère écrire des chansons, "juste comme ça" (titre de son album). (Au passage, Goldman, lui, ajoute de la profondeur à ses chansons, comme ça, mine de rien).

Il a raison de faire comme il le sent, évidemment. Mais je trouve ça dommage. L'homme est sympathique, plutôt charismatique et il chante très bien (j'aime beaucoup sa voix). Il a l'art des refrains entêtants et des jolies mélodies.
Il peut durer.
Longtemps.
Mais je pense qu'il faudrait qu'il ne se contente plus d'interpréter ses petites bluettes. J'écris cela de la manière la moins péremptoire possible, parce que j'ai du respect pour cet artiste qui bosse comme un acharné depuis plus de 10 ans pour arriver là où il est en train d'arriver...
Il mérite tout simplement mieux.
Du vrai sens.

02 janvier 2012

Henri Loevenbruck: interview pour L'Apothicaire

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewLa première mandorisation de l’année est consacrée à un auteur que j’apprécie beaucoup, Henri Loevenbruck. Je l’avais rencontré en 2008 pour une interview filmée (que le réalisateur a cru bon de supprimer de You Tube et DailyMotion…) à propos de son livre Le Rasoir d’Ockham. Depuis, nous sommes restés en contact. Avec mon ami Eric Briones (Darkplanneur), nous avions d’ailleurs organisé la soirée de lancement de ce livre. Bref, le voici de retour avec un livre gigantesque, un livre majeur, un de ceux qui marquera l’histoire de la littérature d’aventure (ce serait, en tout cas, fort mérité/logique!). L’Apothicaire est d'une érudition rare, passionnant et riche au sens intellectuel et émotionnel du terme. Le 26 décembre dernier, Henri Loevenbruck m'a donné rendez-vous dans un café situé en face de chez lui. Nous avons parlé littérature, chansons, imaginaire, religions, nous avons évoqué Renaud, Brassens, Umberto Eco et enfin, nous avons fait le point sur ses carrières (musicale et littéraire), le tout sans aucune langue de bois. Henri Loevenbruck ne donne pas beaucoup d'interviews, mais quand il décide de rencontrer un journaliste (dont il sait qu'il ne va pas trahir les propos), il parle comme il pense. C'est plaisant. Très.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewPrésentation de l'éditeur:

« Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… » Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir à la recherche de son propre passé, de Paris à Compostelle, jusqu’au mont Sinaï.  Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Âge et les tréfonds de l’âme humaine.

L’auteur :

Henri Loevenbruck est écrivain, chanteur et compositeur. Ses romans sont traduits dans plus de quinze langues. Mais en fait, sa bio complète est là… (à lire si vous avec 45 minutes devant vous…)

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewInterview :

7 ans pour concevoir ce livre, 2 ans pour l’écrire. Considères-tu L’Apothicaire comme le livre de ta vie ?

Oui, à tel point que ça me fait un peu peur parce que je me demande si je vais prendre autant de plaisir à écrire le prochain. Ce que je suis en train d’écrire est un projet complètement différent, il ne pourra donc pas souffrir de la comparaison. J’écris un roman-feuilleton avec Fabrice Mazza, l’auteur du Grand livre des Énigmes et mon ami d’enfance. Il sort en 6 épisodes de 200 pages. Chaque mois sort un épisode.

Il faudra donc acheter 6 livres en 6 mois ?

Oui, mais à 6 euros. Pour nous, c’est l’idée de renouer avec le vrai roman populaire avec tout ce qui va avec : le « cliffhanger » à la fin, un univers enrichit  un peu comme dans une série télé. On va faire ça pendant 3 ans.

Ce n’est pas une entreprise un peu risquée ?

Je n’y vois que du plaisir. On s’éclate en écrivant à deux.

Vous procédez comme un cadavre exquis?

Pas du tout. C’est moi qui écris le premier jet et c’est Fabrice qui repasse derrière. L’essentiel de notre boulot à deux, c’est d’imaginer des synopsis super détaillés.

Bon, revenons à L’Apothicaire. C’était un roman complexe à écrire ?

D’abord, il faut que je trouve l’idée du livre que je vais écrire et que je commence à imaginer une histoire sans avoir beaucoup de détails. En revanche, je m’approche suffisamment de l’idée pour savoir quels sont les sujets sur les lesquels je vais avoir besoin de me documenter. Pour celui-ci : début du XIVe siècle, Philippe Le Bel, les apothicaires du Moyen-âge, Paris à cette époque, le quartier de Saint-Denis en particulier, Compostelle, le Mont Sinaï et la gnose. J’ai beaucoup, beaucoup lu sur tous ces sujets. Plus je me documente, plus ça enrichit mon histoire. Je découvre un truc que je ne connaissais pas, je me dis : « Tiens, c’est pas con, ça, je peux l’intégrer dans mon histoire ! ». A un moment j’arrête mes recherches, là je fais mon synopsis, ensuite, je laisse toutes les informations intégrées bouillonner en moi avant de passer à la vraie phase d’écriture. Ce que j’apprends au fur et à mesure des romans que j’écris, c’est de faire en sorte que la documentation enrichisse le livre, mais qu’elle ne l’alourdisse pas. C’est très dangereux. C’est chiant un bouquin où tu sens trop que le mec s’est documenté comme un malade…

On peut te le reprocher dans les descriptions de certaines villes que tes héros traversent.

Mon éditrice est comme toi. Elle m’a fait cette réflexion précise. Moi, j’ai fait le choix de me dire que le lecteur qui s’emmerderait ferait le choix, lui, de tourner les pages, comme je le faisais gamin en lisant certaines descriptions dans les romans de Victor Hugo ou de Zola.

Dans L’Apothicaire, il y a beaucoup de faits historiques réels. L’inquisition, la gnose…

L’univers du roman est totalement historique, mais c’est l’intrigue qui est romanesque. Je me suis beaucoup amusé. On ne sait pas comment Guilhem de Nogaret (conseiller du roi de France Philippe IV le Bel, son Garde du Sceau et à partir de 1306 le véritable maître d'œuvre de la politique royale) est mort. Je me suis amusé à trouver une explication médicale à son décès. Il a été retrouvé réellement la langue pendante, donc mon apothicaire lui a trouvé, non pas un empoisonnement comme beaucoup l’on cru, mais une sorte d’anévrisme. Dumas faisait beaucoup ça dans ses romans. Il résolvait certains mystères de l’histoire. Pareil pour le grand inquisiteur de France. Il n’existe nulle part une explication sur sa disparition… c’est du pain béni pour mon imagination fertile.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe vais te poser la question que l’on te posera systématiquement. Mais, réellement, ça m’intéresse. Écris-tu un roman historique de la même manière qu’un thriller ou qu’un Fantasy ?

Tu sais, tous ces romans sont finalement des romans d’aventures. Depuis la sortie du livre, tout le monde me parle du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose. J’en suis ravi. Je préfère nettement cette comparaison que lorsqu’on me parle de Dan Brown… Thierry Gandillot à écrit un article dans Les Échos intitulé « Le nom de la gnose ». J’ai trouvé ça très drôle. Bon, en réalité, il y a plein de points communs : le livre, l’époque, le moine (moi, c’est un apothicaire qui se balade avec son apprenti). La grande différence, c’est que Le nom de la Rose, c’est un huis clos dans une abbaye. Et c’est un vrai polar. Le type, il vient, il y a des meurtres en série et il doit découvrir qui est le meurtrier, point final. L’Apothicaire, c’est une épopée. Eco a voulu rendre hommage à Agatha Christie et à Conan Doyle, alors que moi, c’est vraiment plus vers Alexandre Dumas et aux romans d’aventures du XIXe. Et pour répondre ta question, ce sont les mêmes codes que dans le Fantasy. On est dans un train, on est dans un voyage. Dans tous les romans, on est dans un voyage. Je n’ai jamais fait du huis clos, ni de roman urbain où tout ce passe dans la même ville.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewOui, ce n’est pas comme le dernier Franck Thilliez, Vertige.

Franck lui excelle dans ce domaine. Je vais justement essayer de m’y mettre. C’est un défi littéraire pour moi. Je me mets souvent des défis. Pour Le testament des siècles, je m’étais demandé si j’étais capable d’écrire un livre à la première personne. C’était mon 8e livre et je ne l’avais jamais fait. Je sais qu’un jour, il va falloir que j’écrive un livre au présent. Ça me fait très peur ça parce que c’est rare que j’aime un livre écrit au présent, à part Raymond Chandler.

Donc, le huis clos est un défi pour toi.

Je vais te dire franchement, il y a une deuxième raison. J’ai été contacté par plein de réalisateurs depuis deux ans. L’Apothicaire a même été lu et apprécié par Jean-Pierre Jeunet ainsi que par d’autres réalisateurs qui me téléphonent en me disant qu’ils ont beaucoup aimé, mais qu’il est inadaptable. Il faut 40 millions d’euros pour le faire. On ne les aura jamais en France. Il y a un de ces réalisateurs-là qui m’a dit qu’en revanche, il avait vraiment envie de faire un film adapté d’une de mes histoires. « Fais moi un truc où il y a un lieu, deux personnages et là, je te l’adapte ».

J’aimerais revenir à la notion de défi dans la littérature. L’Apothicaire est ton treizième henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewroman, c’est impératif de se lancer des défis pour ne pas s’ennuyer dans l’écriture.

Je peux le dire maintenant, Les cathédrales du vide, mon avant-dernier roman, je me suis fait chier. Ça se ressent et les lecteurs n’ont pas été dupes. C’est horrible et ça a été un choc pour moi. À partir du milieu du roman, c’était l’horreur, parce que je ne pouvais pas ne pas le finir. C’était un calvaire quotidien, mais je le devais à la fois à mes lecteurs et à mon éditeur. J’étais en plein divorce, alors je n’étais pas bien. Sur n’importe quel autre livre, je n’aurais pas été bien. Quand je me suis remis à écrire L’Apothicaire, j’ai retrouvé un plaisir d’écrire inimaginable.

Tu n’écris pas bien quand tu es dans la souffrance ?

Moi, je préfère écrire de bonne humeur que malheureux. J’ai l’impression d’être meilleur quand je prends du plaisir.

Sur certains points, ton « apothicaire » te ressemble un peu quand même ?

Je suis complètement agnostique et je remets toujours tout en question. C’est mon point commun avec lui. Être agnostique, c’est refuser tout principe d’explication spirituelle, mais aussi refuser tout principe de non-explication spirituelle, c'est-à-dire n’avoir aucune réponse. Quand tu n’a pas de réponse, tu en cherches. Un croyant, il a sa réponse, il ne cherche plus.

Je sais que tu peux être très intolérant avec ces sujets-là.

Oui (Rires). Par exemple, je ne supporte pas l’astrologie. Quand quelqu’un essaye de me convaincre que, si, c’est possible, ça me rend hystérique. Si on me raconte que les gens peuvent être influencés par leur date de naissance, je pars dans des démonstrations scientifiques qui vont à l’encontre de tout ça. Et je ne lâche rien.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

C’est quoi, en résumant un peu, la gnose ?

Le principe de la gnose c’est : le monde est une illusion créée par un dieu mauvais qui nous écarte de la vérité et qui nous écarte du vrai dieu. Et le devoir de l’initié, c’est de se débarrasser du monde qui n’est qu’une illusion pour rejoindre la vérité. Si tu réfléchis bien, c’est le thème de Matrix. Matrix, c’est le film gnostique par excellence.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewTu me disais tout à l’heure en off, que tu en faisais une analogie avec la littérature.

Ça m’amuse beaucoup de me dire que les personnages de roman, ce sont des gens qui sont prisonniers d’un monde illusoire créé par un dieu mauvais, à savoir l’écrivain. Il y a un gros parallèle avec la pièce de Luigi Pirandello, Six personnages en quête d’auteur.

Un écrivain comme toi a un monde imaginaire foisonnant. Tu fais rêver les gens avec ce qu’il y a dans ton propre cerveau. Tu réfléchis au sens de ton métier ?

D’abord, je reviens sur ce que tu dis sur mon imagination « foisonnante ». Tu sais, tout le monde à de l’imagination, il faut juste savoir la saisir. Il faut distinguer ce qui, dans cette imagination, va donner une histoire intéressante. Pour moi, l’objet de la littérature, c’est de relier les solitudes. Plus fort encore que ça, à part faire un enfant, je ne vois pas d’autre sens que l’on peut donner à son existence. Le livre, c’est un médiateur entre la solitude de l’écrivain et celle du lecteur. Ce sont des intentions qui se rencontrent, au-delà des frontières, même parfois. Moi, j’ai la chance d’être traduit dans 15 pays et je constate qu’il y a des lecteurs qui habitent à des milliers de kilomètres et qui partagent les mêmes émotions que moi grâce à mes livres.

Les lecteurs de tes livres sont-ils différents selon les pays ?henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Certainement. Par exemple, il y a des pays ou La Moïra marche mieux parce que ce sont des pays où on adore les loups. La Russie ou la Turquie par exemple, on me parle beaucoup de cette saga. Et plus généralement, il y a des livres qui marchent mieux dans tel ou tel pays sans que j’en sache vraiment la raison…

Où as-tu le plus de succès ?

Sans conteste, en Allemagne. C’est le pays où mes livres se vendent le plus. Plus qu’en France même. Après il y a la Turquie, la République tchèque. Là, mes lecteurs sont très jeunes. Entre 11 et 13 ans. C’est curieux.

En France, te sens-tu bien considéré ?

Ici, je n’ai jamais eu un succès monstrueux, mais j’ai toujours conservé mon lectorat. Depuis 13 ans, à chaque livre, j’ai 5 à 10% de lecteurs en plus. Je n’ai jamais eu le bouquin qui tout à coup a fait un gros carton, mais je n’ai jamais connu d’érosion dans mon lectorat.

Si ton nom est quand même connu du métier et du public, tu ne l’es pas autant que Maxim Chattam, Franck Thilliez ou Bernard Werber, trois de tes collègues de La Ligue de l’Imaginaire. Es-tu frustré de cela ?

Non, mais je suis conscient que j’ai besoin de franchir un nouveau pallier. Je n’ai jamais rêvé ou espéré faire les chiffres de Bernard. C’est pour moi un autre monde. Mais enfin, avec L’Apothicaire, ma maison d’édition commence à croire que je suis en train de franchir une étape supplémentaire. Je n’ai pas encore les chiffres de ventes, mais ça se passe plutôt bien. Tu sais, le fait d’avoir fait de la littérature de genre a cloisonné mon lectorat et moi, ça m’emmerde. Je ne supporte pas les chapelles, je ne supporte pas les clochers, je ne supporte pas les groupes, les familles d’auteurs. J’ai envie d’avoir un lectorat qui n’est pas indexé polar, thriller ou Fantasy. L’Apothicaire me permet de sortir de tout ça.

Tu gagnes bien ta vie ?

Je le dis souvent. Je gagne ma vie comme un prof. J’ai beau vendre beaucoup de livres… je gagne bien moins ma vie qu’un éditeur (rires).

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

J’évoquais précédemment, La Ligue de l’Imaginaire et toi, tu me disais que tu n’aimais pas faire partie d’une chapelle. Tu es l’un des membres très actifs de cette ligue, ce n’est pas contradictoire avec tes propos ?

Tu n’as pas tort ! Sauf que l’imaginaire, c’est quand même large. Nous, on a envie de parler de l’imaginaire en général. L’imaginaire est important dans la littérature, mais pas seulement. Il est important partout. On manque d’imaginaire dans notre société. Surtout en occident. On a souvent opposé dans la philosophie, raison et imagination. C’est une connerie monstrueuse ! L’imagination, c’est un pouvoir d’abstraction qui permet au contraire d’avoir accès à des vérités sur la réalité auquel tu n’aurais pas accès si ton imagination était au point mort. Pour réfléchir, on a besoin d’imaginer.

A qui s’adresse La Ligue de l’Imaginaire ?

Pas uniquement aux lecteurs, elle s’adresse aussi aux journalistes, aux universitaires, aux libraires, aux bibliothécaires et aux documentalistes. On leur dit : allez voir ce qui se cache derrière l’imaginaire. C’est beaucoup plus vaste qu’on ne le pense. Shakespeare, Dumas, Jules Verne, c’est de la littérature de l’imaginaire.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Neuf des dix membres de la Ligue de l'Imaginaire sont réunis. Derrière le loup se cache Giacometti ou Ravenne... Saurez-vous le reconnaître ? Avec Maxime Chattam, Olivier Descosse, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Laurent Scalese, Erik Wietzel et Patrick Bauwen.

Ce n’est ni une secte, ni une société secrète, en somme…

Mais c’est une très bonne idée, François. On devrait. Regarde, Ron Hubbard, il n’a rien gagné avec ses livres, mais avec l’Église de Scientologie, il s’en est mis plein les poches… Sans plaisanter, au contraire, plusieurs d’entre nous, comme moi, font partie d’une commission de vigilance contre les dérives sectaires. J’en ai pris plein la gueule par les « scientos », Werber aussi.

Cet été, tu es devenu Chevalier des Arts et des Lettres. C’est rare pour un écrivain de genre. Je crois d’ailleurs que c’est la première fois en France. Alors, heureux d’être ainsi reconnu ?

J’ai été très content pour mes parents. Je l’ai pris comme un honneur. La personne du ministère qui a proposé mon nom est quelqu’un qui aime mon travail. Elle a proposé de me donner l’ordre du Mérite. Là, j’ai trouvé que c’était un peu excessif. Je trouvais ça déplacé, je suis juste écrivain. Du coup, je suis décoré de l’ordre des Arts et des Lettres.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewJe trouve que c’est mérité parce que, dans les genres littéraires dans lesquels tu évolues, je trouve que tu es celui qui écrit le mieux. Tu fais très attention au style et à la syntaxe.

J’espère encore faire des progrès. Quand je lis mes premiers livres, j’ai un peu honte parfois. Je suis amoureux du français. J’ai été élevé à coup de Brassens et donc de François Villon. Mon père était un ami de Brassens. Je l’ai rencontré, mais j’étais encore henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewtrop gamin pour me rendre compte de cette chance. L’amitié entre mon père et lui est à l’origine de l’amitié que j’ai aujourd’hui avec Renaud. L’histoire est longue a raconter, mais en gros, Renaud savait que mon père était ami de Brassens et qu’il avait traduit des chansons de lui en anglais. Renaud avait lu Le syndrome Copernic, il savait que j’étais anglophone et son guitariste me connaissait. Un jour il m’a appelé pour me demander si j’acceptais de traduire ses chansons à lui en Anglais. J’ai accepté et un an plus tard, il m’a proposé de traduire des ballades irlandaises en français pour son album Molly Malone. Ce qui fut fait. Bref, j’ai été élevé par Brassens. Tout le temps, à la maison, dans la voiture, on l’écoutait. Ça a enrichi mon vocabulaire et ça m’a donné le goût de la belle phrase.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Tu viens de parler de Renaud. On dit tout et son contraire en ce moment sur sa santé et son moral. Tu as eu de ses nouvelles récentes, toi ?

Il va beaucoup mieux. La presse a quelques mois de retard. J’ai passé une partie de mes vacances d’été avec lui, effectivement, il n’était pas au mieux. Il va mieux depuis plus d’un mois, mais la presse n’en parle pas évidemment. Il s’est vraiment remis à la flotte.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interviewParlons musique. Tu viens de sortir un EP. Première constatation. Tu chantes bien.

J’étais chanteur avant d’être écrivain. Entre 15 et 25 ans, j’étais chanteur et musicien et j’ai fait des centaines de concerts. J’étais clavier et chanteur de plein de groupes. À 25 ans j’ai arrêté parce que j’ai écrit mon premier roman. J’ai laissé tomber la scène pendant dix ans. Jusqu’à 35 ans. J’ai continué à écrire de la musique pour des courts métrages et pour des documentaires, j’ai écrit des textes pour des chanteurs et pour des groupes, mais plus rien pour moi. Puis, j’ai recommencé. Au bout de 10 ans de diète, je n’en pouvais plus. Il fallait que je revienne sur scène. J’en ai refait il y a deux ans. Je me suis éclaté. Je me suis mis à réécrire pour moi, en tout une vingtaine de chansons. Mélanger les deux carrières est un peu compliqué. Je n’ai plus vraiment le temps.

Que t’apporte la chanson ?

Tout ce que ne m’apporte pas l’écriture de romans. L’écriture est un métier où l’on est seul. La musique, c’est doublement du partage. Avec ses musiciens sur scène ou en studio et puis évidemment, avec le public. Et il y a autre chose. L’instant de la création dans la musique est concomitant avec celui de la réception. En gros, je ne vois jamais les gens lire mes livres, à part parfois dans le train, tandis que quand je joue sur scène, je vibre avec le public. Tu sais, pour être honnête, je pense être plus crédible en musicien qu’en écrivain. J’ai plus étudié la musique que je n’ai étudié la littérature. Certes, j’ai fait hypokhâgne et khâgne au lycée Chaptal, puis littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, mais en musique, j’ai fait le conservatoire, du piano, de l’analyse, de l’écriture…

"Les enfants de la Terre".

"Ta tribu" (en duo avec Chloé Robineau)

Je comprends mieux pourquoi on sent dans ton écriture une petite musique...

Non, mais figure toi que le projet que j’ai avec Fabrice Mazza, il va y avoir aussi de la musique.. Pour les gens qui ont un Smartphone, il y aura un flash code dans le bouquin et au début de chaque chapitre, on balance de la musique que nous avons composée.

Ainsi, la boucle se boucle...

En quelque sorte.

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

Après l'interview...

Une dernière page de pub avec de se quitter...

henri loevenbruck,l'apothicaire,interview

01 janvier 2012

Bonne année 2012!

Bonne-Annee-2012.jpgJe vous souhaite mes meilleurs vœux pour l’année 2012. Qu’elle vous apporte le meilleur.

Professionnellement, en ce qui me concerne, 2011 a été un très bon cru.

-Un livre sorti tiré de ce blog, Les chroniques de Mandor, qui m’a permis de passer de l’autre côté de la barrière (interviews par d’autres journalistes culturels, séance de dédicaces dans des librairies et des salons du livre).

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-Des centaines d’interviews d'artistes pour mes différents supports, le site MusiqueMag, les consumers Addiction, ActuFnac, Le Magazine des espaces culturels Leclerc et Le Magazine des loisirs culturels de magasins Auchan et enfin, depuis deux mois, pour l’émission musicale de France 2, CD’Aujourd’hui.

-Quelques mémorables sessions acoustiques privilégiées…

-Des centaines d’articles et chroniques disques et livres.

-Des animations de Salons du Livre (Provins, Ozoir-la-Ferrière et Avon).

-Quelques animations en public pour 77FM.

-Beaucoup de rencontres humaines et chaleureuses. (Je ne cite personne... ils se reconnaîtront).

J’espère garder le cap en cette nouvelle année 2012.

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Et sachez que ma priorité sera toujours de mettre en avant les nouveaux artistes (talentueux) dont les médias ne se soucient guère. Faire découvrir des jeunes pousses de la chanson est un des aspects de mon métier que je préfère.

Chers amis lecteurs assidus ou occasionnels, passez une très belle nouvelle année !

Plus personnellement, j'adresse une pensée particulière à ma famille dans son entier, à mes amis et à tous les P'tits courageux (et leurs parents)!

Dernière chose: les prévisions Mayas ne passeront pas par nous, vous verrez!

29 décembre 2011

Anne Malraux: interview pour l'EP Saisons

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(Photo: Olivier Allard)

anne 3.jpgRécemment, j’ai reçu un EP accompagné d’une biographie d’une chanteuse, Anne Malraux (son MySpace)… En voici quelques extraits :

Née en 1917, je conserve toute ma fraîcheur grâce à mon caisson cryogénisé à débit variable d’oxygène. Mais j’ai récemment entendu parler d’un abus de caisson qui a beaucoup nui à un chanteur…

C’est pourquoi, je voudrais, avant de mourir, vous faire partager ces quelques chansons composées par mes petites mains chantées. La forme originale de ces chansons est plutôt acoustique, cependant ici, nous nous sommes amusés à faire apparaître quelques touches électro.

Je fus comédienne dans une autre vie, et le suis toujours d'ailleurs, mais plutôt ailleurs qu’ici, ce qui peut-être me donne envie de faire de mes chansons des personnages qui auraient des trucs à nous dire.

Les textes sont au choix provocateurs, légers ou plus mélancoliques, et j’ai le malheur de citer deux ou trois personnes réputées… J’espère que l’auditeur fera la part des choses et n’aura pas volonté de me jeter en pâture aux susceptibilités des dites personnes !

Est-il besoin d’ajouter que j’ai le mauvais goût, en sus, d’être franco-américaine, et de revendiquer haut et fort mon désir de chanter et composer dans les deux langues ??

Enfin, telle que vous m’entendez, et sous réserve d’un enthousiasme modéré à intense de votre part, je suis l’auteure-compositrice-interprète-productrice-distributrice de ce travail, et il ne vous aura peut-être pas échappé que malgré ma programmation multi-tâches de femelle, je n’aurais rien contre un franc coup de main, voire une diffusion massive.

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Je lui ai donné rendez-vous à l’agence pour laquelle je travaille le 19 décembre dernier…

La forte personnalité décelable à la lecture de sa bio et, surtout, à l’écoute des textes de ses chansons s’est confirmée dès les premières secondes de notre rencontre. Décapante et acharnée… "Cette fille-là, mon vieux, elle est terrible!" (Johnny Hallyday, dans le texte… cette comparaison va lui plaire…).

Et pour ceux qui se posent La légitime question. Anne est la petite-nièce d’André (tout est raconté là). Voilà, c’est dit.

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Interview :

La biographie que tu m’as envoyée pour te présenter m’a beaucoup plu. Elle est aussi insolente qu’insolite.

Plutôt que d’envoyer une bio banale, j’ai préféré envoyer un message humoristique qui me correspond bien. Tu sais, ceux qui sont assis sur les places, ils sont bien assis, alors si tu ne vas pas leur mordre un peu les fesses à un moment donné, il n’y a personne qui va bouger. Ça me plait bien de bousculer les conventions pour me faire remarquer avec un style qui est le mien dans la vie.

Ça ressemble en tout cas aux textes de tes chansons qui sont mordants, provocateurs, ironiques et souvent bien sentis…

Depuis les années 90, je n’entends aucune chanteuse se saisir du sujet de la sexualité par exemple, comme je le fais avec « Avec mon scoot ». Je me souviens avoir bien tripé sur Guesh Patti et Étienne, ou quelques morceaux des Rita Mitsouko qui dégagaient des trucs un peu sexuels…

Tes textes sont moins abscons. Tu appelles un cul, un cul.

Je rassure tout le monde, ce que j’écris n’a rien de militant. Je suis juste partie du constat que c’est difficile de trouver quelqu’un avec qui ça peu marcher pour une vie de couple, tandis que le cul, il n’y a rien de plus facile à faire. Quand je dis ou chante les choses, j’aime ne pas passer par quatre chemins.

Et la chanson « Merci » ? Elle est pleine de messages et d’ironie...

Je suis franco-américaine et j’ai du mal à faire des chansons linéaires parce qu’avec les limites du français, très vite, je trouve ça neuneu. Je fais des chansons un peu impressionnistes… disons fragmentaires. Dans cette chanson je dis merci à beaucoup de monde. Je remercie une société qui vieillit. Ce n’est pas du racisme anti vieux, mais je trouve que la société est verrouillée et qu’elle ne laisse pas du tout la place aux jeunes. Je ne suis pas la seule à prétendre cela, il y a je ne sais pas combien de sociologues, philosophes et bien d’autres personnes qui ont tous tiré la sonnette d’alarme en disant clairement qu’on a sacrifié une génération. Cette France écrase complètement les jeunes. Il y en a qui ont bac+8 et qui se retrouvent à la photocopieuse… Moi, je ne suis pas là pour me plaindre, je suis là pour faire des chansons et m’amuser en parlant de ce qui me touche.

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Donner un coup de pied dans la fourmilière te plait bien, j’ai l’impression.

Cet esprit frondeur que je revendique à mort, je ne l’entends pas chez d’autres. J’évite d’être consensuelle.

Être grande-gueule, tu crois que ça ouvre les portes?

À ce stade, je ne peux pas te répondre. Ce dont je suis certaine, c’est que mon avenir professionnel ne passera pas par les maisons de disque. Je pense qu’elles vont toutes finir par fermer. Mince, quand même, Universal qui vient d’acheter EMI ! Ce sont des gros qui mangent des gros ! Ça devient vraiment la World Company que nous servent les guignols depuis des années ! En fait, il y a une grosse compagnie avec des mecs qui vont tout bouffer, qui ne laisseront rien aux gens et qui laisseront la planète dans un état épouvantable. Il y a une colère qui n’est pas seulement la mienne. Elle existe, je la rencontre partout. Dans « Merci », je raconte tout ça aussi…

Je vais te poser la question volontairement agaçante. Es-tu encore une comédienne qui veut devenir chanteuse ?

Le métier de chanter à été mon vrai premier désir. Moi, j’ai été poussée par ma famille à devenir comédienne. Mon père écrivait des pièces et, comme tu le sais, je viens d’une famille intéressée par l’art et la culture. Assez vite, j’ai commencé à travailler, à avoir des contrats, à être autonome, à gagner ma vie. J’ai donc tout le temps retardé le fait de m’y mettre et de voir si j’étais capable de réussir dans la voie de la musique. Je me sens plus comme une chanteuse qui a fait de la comédie que comme une comédienne qui s’essaye à la chanson parce qu’elle trouve que c’est vachement sympa.

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Tu suis des cours de chant ?

Oui, un peu, mais par intermittence. Mon idée, c’est à la fois de chanter bien, mais pas non plus à la perfection. J’entretiens bien mon organe et je le traite convenablement.

Tu ne fais donc pas d’excès ?

Je n’irai pas jusque-là. Je suis très bonne vivante, tendance excessive… (Rires). On n’a qu’une vie !

Sans vouloir être désobligeant avec toi, tu es à toi seule un sacré beau packaging marketing. Tu as de très bonnes chansons, une voix très agréable, tu es comédienne, tu as un grand-oncle illustre et tu es jolie…

J’ai commencé il y a juste deux ans demi à chanter seule avec ma guitare dans de toutes petites salles. Si je fais la moyenne avec la plupart des artistes qui n’ont pas de passe-droits et qui ne viennent pas de ces milieux-là, je ne m’inquiète pas encore. En terme de cercle étendu, je suis soutenue par pas mal de gens qui m’encouragent à persévérer, à ne rien lâcher, mais en gardant ma personnalité.

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27 décembre 2011

Les P'tits Courageux à la Une sur le site de "L'exquise Nouvelle: saison 2"

Merci au site Les 7 petits nègres L'Exquise Nouvelle : Saison 2 de m'avoir permis d'écrire sur l'association Les P'tits Courageux.

(et c'est fort généreux de leur part...)

25 décembre 2011

Wladimir Anselme: interview pour Les heures courtes

anselme par thomas gabison.jpg

(Photo Thomas Gabison)

Wladimir Anselme est un auteur-compositeur-interprète que j’ai découvert par l’entremise de son attachée de presse. Je me suis très vite rendu compte que, plus j’écoutais cet album, plus j’appréciais, plus j’aimais cet univers personnel foisonnant. En enquêtant un peu sur lui, je me suis aperçu que l’homme roulait sa bosse depuis longtemps. Je suis complètement passé à côté de lui et de son œuvre. Je ne sais pas comment, parfois, je parviens à faire l’impasse sur ce genre de talent-là qui pourtant est loin de se cacher et qui est pétri de talent. Bref, Wladimir Anselme existe (je suis ravi de le savoir) et je vais désormais suivre le cheminement de sa vie musicale.

Voici sa présentation « officielle » :

anselme-portrait1.jpg« Artiste protéiforme donc, mais avant tout un songwriter impétueux et délicat, qui gravite dans le paysage musical en franc-tireur, en tête brûlée, en doux excessif ! Avec son groupe LES ATLAS CROCODILES, il bricole des romances sauvages, à la mélancolie frondeuse et à la grâce désarmée, aux mélodies superbes. Où l’on croise des hommes-grabuge, des héros de gare routière, des carnavals glamoureux, des bribes de polar extatique, une conférence de presse de Mohammed Ali, des buicks roses qui foncent dans la nuit des brownings... »

Parmi toute la presse (je dois dire, uniquement dithyrambique) que j’ai lue sur Wladimir Anselme, je retiens celui de Marianne. Il résume parfaitement mon propre ressenti.

wladimir anselme,

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(Les trois photos ci-dessus: Valérie Archeno)

Le 19 décembre dernier, Wladimir Anselme est venu me voir à MusiqueMag pour, du coup, faire connaissance. L’occasion de lui poser quelques questions à propos de son album, Les heures courtes

wladimir anselme,les heures courtes,interviewSi tu n’es pas très connu du grand public, il n’en reste pas moins que tu es un vieux routier de la musique…

Je fais de la musique depuis que je suis tout petit et j’ai commencé à faire de la scène à l’âge de 16 ans avec déjà mon propre répertoire. Aujourd’hui, j’ai presque 37 ans, c’est dire que je ne suis pas tout à fait un débutant.

Tu as commencé tes prestations scéniques dans une salle parisienne appelée « Le Club des Poètes »…

C’est un endroit étrange. On y lit des poèmes et on découvre donc beaucoup de poètes connus ou pas. C’est d’ailleurs là qu’a débuté Thiéfaine. Moi aussi, on me permettait de chanter mes propres textes. À cette époque, je sacralisais un peu le mot « poète ». C’est ce que je tentais de faire, mais je ne le revendiquais pas comme ça. Je trouvais ça indécent.

Thiéfaine faisait partie de ton Panthéon. Il t’a inspiré ?

Oui, je suppose. Quand j’étais au lycée, tout le monde associait son nom aux drogues, moi, j’écoutais simplement ses textes. J’écoutais aussi Léo Ferré, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Renaud... Bref, j’étais très « chansons à textes ». Dès que je voyais un chanteur barbu avec une guitare en bois, j’y allais…

Ces goûts musicaux ne te coupaient pas de tes copains de lycée ?

Un peu, effectivement, mais ça me permettait d’en avoir d’autres. Un noyau de pur eu dur avec ce secret-là ! Ça m’a forgé en tout cas une culture marginale. Je pense que j’aimais bien être dans la marge et pas dans le consensus. À cette époque-là, personne ne chantait en français. Le regain est venu plus tard grâce à Juliette et les Têtes Raides… Quand je disais que je chantais en français, on me répondait : « Ah bon ? Comme Florent Pagny ? »


Wladimir Anselme à l'Air du temps par images_et_sons_du_berry

Cet amour-là des belles chansons te vient de ce que tu entendais chez toi étant petit ?

Oui, en grande partie. Mon grand frère arrivait avec des disques de Thiéfaine et me le faisait découvrir comme un trésor. Quand j’étais tout petit, mes parents écoutaient Moustaki, Reggiani… j’étais passé complètement à côté de la culture anglophone. J’ai acheté mon premier disque peu avant le bac. Ca devait être Wish you were here des Pink Floyd et je me demandais si je n’allais pas m’emmerder avec ça. Pour moi, les Pink Floyd et les Beatles (que je ne connaissais pas), c’était la culture majoritaire… consensuelle. Du coup, je n’arrivais pas à aller vers ça. Depuis, ça c’est complètement renversé dans ma tête !

wladimir anselme,les heures courtes,interviewC’est ton deuxième album. Parle-nous du premier, Mauvaises herbes, que tu as sorties en 2000…

J’avais 24 ans et des envies de révolutionner la chanson en faisant rentrer la musique contemporaine, à laquelle d’ailleurs je ne connaissais rien. Pour l’orchestration, j’avais fait appel à Bernard Struber. J’avais des paroles absconses, des textes très durs et des musiques très compliquées. Parfois, je sortais de scène éprouvé par ce que je racontais. Pendant 6 ans, j’ai tourné avec le groupe de free jazz avec lequel j’avais fait ce disque et puis on a fait en 2004 un EP qui s’appelait 2e round. Ensuite, on a dissout le groupe et j’ai mis un peu de temps à reconstituer un autre groupe. Mais j’ai enfin réuni les gens qui sont devenus les Atlas Crocodile. Atlas Crocodile est née d’une rencontre entre le guitariste Csaba Palotaï et le pianiste claviériste Boris Boublil. Très vite, Jeff Hallam à la basse et Marion Grandjean à la batterie les ont rejoints.

Que s’est-il passé ensuite ?

Après avoir fait quelques concerts avec eux, on est rentré en studio et on a commencé les maquettes de l’album sans préparation. On arrivait, on réduisait les chansons à leur plus simple expression et à partir de ça, les Atlas Crocodile et moi, on construisait de manière très inventive.

Vous avez mis longtemps à enregistrer le disque ?

4 ans, à peu près. On a commencé dans un studio de Bagnolet. En 5 jours on a enregistré près de 9 morceaux. Ensuite, on a un peu arrêté d’y travailler puis on a recommencé. Après plusieurs tentatives infructueuses, on est parti dans une maison de campagne et on a pris notre temps. On avait des tas d’instruments vintage et un matos incroyable pour bosser… bref, je te passe les détails, mais on est content du résultat.

Certaines chansons furent une véritable épreuve…

Celle qui ouvre l’album, « La Palmeraie », était la plus difficile. On l’a enregistré au moins 4 fois. Je cherchais un truc précis que j’ai eu du mal à définir. Pour moi, l’arrangement n’est pas juste une décoration, alors je suis très pointilleux…

Ton album, pour rentrer dedans, il faut l’écouter au moins deux fois. Il est vraiment hors-norme.

Je sais qu’il y a des gens qui ne rentrent pas tout de suite dans cet univers. Pourtant, c’est vrai que j’avais le goût pour les choses alambiquées quand j’ai commencé la chanson, mais dans celui-ci, j’ai essayé vraiment essayé d’épurer au maximum pour aboutir à des chansons simples et agréables à écouter. Par rapport à mes débuts, je n’écris plus du tout en autiste. Je me pose la question de savoir ce que les auditeurs peuvent éventuellement comprendre de ma musique.

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Je trouve que tu es un chanteur fragile et délicat…

Je ne vais pas le revendiquer. J’ai un côté avec beaucoup d’impudence et en même temps très vulnérable. Plus tu prends de la force, plus ta vulnérabilité peu paraître belle et pas gênante.

Tu as mis en musique un texte d’Apollinaire, « La cueillette »…

Ce poète représente une simplicité et une clarté qui me touche profondément. Il est lumineux. Je chante souvent des textes d’Aragon, mais je ne me revendiquerai pas d’Aragon, mais Apollinaire, oui.

Ton disque est une vraie épopée musicale.

Il a une espèce de charge. L’enregistrer a été une vraie aventure humaine. C’était très fort, il s’est passé plein de choses… A la manière de Claude Sautet, on voulait capter de la vie, des choses un peu humaines. J’espère que les gens vont entendre tout ce qu’il y a de brulants derrière. Mes chansons racontent des histoires, des explorations de sentiments dans un contexte qui n’est pas forcément dit.

wladimir anselme

Pendant l'interview...