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28 mai 2015

Dominique A : interview pour Platine "Ce que je pense de la variété"

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11169488_1584838841787904_2623166505308741478_n.jpgUn jour, tu téléphones à ton pote attaché de presse chez Cinq7 pour lui demander une interview de Dominique A (qui vient de sortir un superbe album, Eleor) pour le magazine de la variété, Platine. Tu lui dis que tu veux lui faire parler de variété, alors que tu sais bien qu’il n’aime pas vraiment ce genre musical (c’est ce qui te paraît intéressant). Tu lui dis que Juliette, Didier Wampas, Christophe Mali (de Tryo) et Ben l’Oncle Soul ont déjà joué le jeu. L’attaché de presse, qui te connait depuis des années et qui connait aussi ta bienveillance, te dis « pourquoi pas ? » Et il te rappelle très vite pour caler une date.

Le jour J, tu viens dans la maison de disque du chanteur (que tu aimes et que tu interviewes régulièrement). Et tu fais ton boulot. Tu as en face de toi un artiste qui répond à tes questions, le plus honnêtement possible. Certes, sans prendre de gants. Il répond à la hussarde, mais toi tu es content. Tu n’aimes pas le consensuel. Mieux encore, tu aimes bien que le discours ne soit plus formaté, franchisse les lignes. Ça fait du bien. Et ça te change. Dominique A te balance des trucs un peu « hard » (avec le sourire) sur certains artistes que tu aimes beaucoup, mais tu t’en fous. Tu trouves que c’est bien qu’un chanteur s’exprime sans langue de bois, même si tu n’es pas d’accord. Tu estimes que l’opinion de l’autre n’est pas moins bonne que la tienne. Tu es tolérant. Et tu penses que les autres le sont aussi.

Ben non. Quel naïf tu fais!

Les autres, ils n’aiment pas qu’on piétine leurs idoles.

Et tu constates que tes confrères ont lu ton interview. Au moins un en tout cas. Et puis d’autres (les sites "people" les moins regardants sur la déontologie professionnelle) qui copient sur lui sans lire l’article original (,, là, là, et, par exemple). D’autres qui reprennent des extraits sortis de leur contexte. Évidemment, ça fait un peu plus mal.

Tu t’étonnes du bad buzz qui survient (le deuxième de ta carrière après celui-là). Tu ne fais pas ce métier pour ça. Tu fais ce métier pour mettre en avant les artistes, par pour les nuire.

Alors tu espères que Dominique A ne t’en voudra pas et qu’il continuera à te faire confiance. Parce que tu n’as pas envie de ne plus le rencontrer. Tu l’aimes bien Dominique A. Quoiqu’il dise, même s’il critique les chanteurs que tu aimes. La franchise est une valeur que tu apprécies (même si tu ne l’appliques pas toujours).

Voilà donc cette fameuse interview. A vous de vous faire une opinion.

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Pendant l'interview le 16 avril 2015, dans les locaux de Cinq7.

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Après l'interview...

27 mai 2015

Daniel Bélanger : quand une star québécoise vient chanter en France...

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Daniel Bélanger est un song writer  québécois que j’admire depuis son premier disque (sorti en 1992). Je ne l’ai jamais lâché tout en regrettant que la France passe à côté de cet artiste hors pair et singulier. Alors qu’il est une énorme star dans son pays, cet auteur-compositeur-interprète au charisme fabuleux, magnétique est venu nous montrer son talent les 16 et 17 avril dernier aux Trois Baudets pendant deux soirées pour le moins étincelantes. On a apprécié un artiste qui sait habiter la scène en solo, en musique comme en monologues humoristiques. Une voix extraordinaire (aux multiples possibilités), une guitare blues, des textes aussi profonds que déchirants. La claque. Non, mais la vraie claque.

A l’issue de son concert du 16 avril 2015, Daniel Bélanger s’est assis à ma table.

Deux hommes, quatre bières… une mandorisation.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorBiographie officielle (assez longue et pourtant sacrément raccourcie):

En 1992, Daniel Bélanger lance une petite bombe dans le paysage musical québécois, Les insomniaques s'amusent. Avec sa poésie débridée, ses mélodies ciselées, le premier album de Daniel Bélanger séduit rapidement un large public et extasie la critique. L'année d'après, avec une tournée depuis sacrée historique, avec des ventes qui filent allègrement vers les 175 000 exemplaires et le Félix de l'album pop-rock de l'année en poche, l'auteur-compositeur interprète occupe déjà une place toute spéciale dans le cœur des Québécois.

Pendant qu'il continue de récolter les trophées, Daniel Bélanger cogite Quatre saisons dans le désordre, qui paraît en 1996. La palette sonore s'élargit, les textes sont chaque fois bourrés d'invention. Les récompenses pleuvent et les ventes s'affolent (album certifié platine).

1998: Daniel Bélanger choisit pour un temps de voyager «Seul dans l'espace». La tournée ainsi nommée connaît un immense succès et conduit à l'enregistrement d'un album atypique, Tricycle (1999), composé d'extraits de spectacles captés à différents moments de sa carrière.

2000: Erreur d'impression (Coronet Liv), un recueil de 150 historiettes amusées, flirtant avec l'absurde, fait le bonheur de ses fans.

Avec l'album Rêver mieux, lancé en octobre 2001, le créateur s'approprie de façon ludique et inspirée les sonorités électro. Une fois de plus, le public est au rendez-vous (album certifié platine) et la moisson de prix époustouflante.

Daniel Bélanger fait aussi quelques incursions réussies dans le registre de la musique de film et en daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorsurprend plus d'un, en 2003, avec un objet d'art non identifié appelé Déflaboxe, plongée poético-musicale dans l'esprit d'un pugiliste (payé pour perdre).

L'album L'échec du matériel, paru en avril 2007, marque une nouvelle étape dans le parcours d'un artiste qui ne réapparaît jamais tout à fait là où on l'attendait. Un album ancré comme jamais dans les préoccupations et les quêtes de ses contemporains, qui va donner lieu à une tournée d'une centaine de dates avec musiciens, auxquelles s'ajoutent une quarantaine de spectacles en solo.

Paraît alors Joli chaos, en novembre 2008, une compilation étayée de quelques inédits.

De nouveau tenté par l'aventure littéraire, l'homme aux vingt-deux Félix fait un pas de côté avec Auto-stop (Les Allusifs), un «roman-chanson» racontant l'histoire d'un jeune homme de 19 ans qui traîne son mal-être sur les routes d'Europe.

Le dernier album en date de Daniel Bélanger s’intitule Chic de ville, irrésistible virée sur les routes d'une Amérique intérieure. L'album, en partie enregistré au Blackbird Studio de Nashville, Tennessee.

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daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorInterview :

En France, les amateurs de chansons francophones vous connaissent bien, votre carrière au Québec est spectaculaire, mais le grand public d’ici ne vous connait pas. Vous en êtes chagriné ?

Je ne sais pas trop comment je suis considéré en France, mais j’imagine que beaucoup ne me connaissent pas et cela m’importe peu. J’ai fait beaucoup d’effort pour accroitre ma notoriété au début de ma carrière, puis très vite, je n’ai pas insisté. Mon premier et mon deuxième album ont été distribués ici, mais n’ont pas bien marché. Ma maison de disque n’a rien fait pour me pousser à venir chez vous et moi, j’ai laissé faire les choses. Tout cela n’est pas bien grave.

D’autant que dans votre pays, ça marchait très bien.

Je n’avais donc pas le feeling d’insister ailleurs. Pendant longtemps, mon succès québécois m’a suffi parce que ça m’a beaucoup occupé. Je voulais avoir une vie « confortable ». Ne pas vivre uniquement pour la musique. J’ai eu des enfants et je souhaitais profiter au maximum de ma famille. La musique et le spectacle, c’est très intense, mais la famille aussi. Maintenant que mes deux filles sont grandes, j’ai plus de temps et du coup, plus d’idées et d’énergie pour les réaliser.

Daniel Bélanger - Sèche tes Pleurs from Audiogram on Vimeo. (J'ai découvert Daniel Bélanger avec cette chanson... j'ai adoré immédiatement).

Au Québec, vous êtes une véritable star multi-récompensée, raison pour laquelle je m’étonne que nous connaissions d’autres québécois moins « titrés » que vous. Je ne comprends pas pourquoi on connait plus Richard Desjardins que Daniel Bélanger.

Je ne suis pas très people, je ne donne pas beaucoup d’entrevues, mais il y a toujours du monde dans les salles et les gens me donnent de l’affection. J’en suis très fier. Ces derniers temps, j’ai ressenti un besoin intense d’aller voir les français, je ne sais pas trop pourquoi.

Ce soir, j’ai adoré votre show guitare-voix. C’était gigantesque, je ne sais pas comment vous faites pour transcender votre public ainsi…

On reconnait une bonne chanson, si elle est bonne en guitare-voix. Après, on peut la jouer n’importe comment, elle restera bonne. Il m’arrive de jouer aussi avec des musiciens, souvent même, mais j’adore cette formule simple et efficace. En France, je voulais que le public entende mes textes sans fioriture autour.

"La folie en quatre" en duo avec Pierre Lapointe sur Radio Canada en juillet 2014.

La jeune génération des artistes québécois vous adulent. Pierre Lapointe (mandorisé là) comme Ariane Moffat par exemple.

(Rire) Je sais, mais ça me donne un coup de vieux. Ariane, qui a été ma choriste et musicienne de nombreuses années, m’appelle son mentor. Quant à  Pierre, il m’a dit un jour qu’il prenait exemple sur moi dans la manière de faire les choses de ce métier, notamment dans la diversification. Tout comme moi, il est pluridisciplinaire et extrêmement créatif. Je suis très fier que ces artistes si talentueux se réclament un peu de moi. C’est valorisant, il ne faut pas le cacher.

Certaines de vos chansons montrent de vous un côté fortement barré quand même.

Ma culture, c’est la poésie et la technique du parolier.

La technique du parolier ?

La technique du parolier, c’est de développer un contact avec celui qui entend, alors que le poète se contente de lancer son cri. Moi j’aime les deux. Je m’amuse à sortir des sentiers battus parce que je trouve que la vie ordinaire n’est pas réjouissante et qu’elle est même contraignante. Alors, j’invente d’autres vies. Pas vraiment ordinaires et lisses.

Meddley de quelques succès de Daniel Bélanger : "Dans un Spoutnik", "Opium", "Fous n'importe où", "Rêver mieux" (une de mes chansons préférées du monsieur) et "Reste", version "Star Académie" Québécoise en 2012.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorVous cultivez le goût du mystère. Par exemple, je sais que vous n’aimez pas les interviews. Vous n’aimez pas que l’on creuse pour voir ce qu’il y a derrière vos chansons.

Il y a des façons de creuser. Creuser en trois minutes sur un plateau de télévision entre deux annonces de lessive ou creuser comme nous le faisons là, tranquillement. Je préfère la deuxième proposition. C’est très rare que l’on puisse parler de notre métier sur la longueur quand on est en entrevue. Je n’aime pas dire des généralités, je veux prendre mon temps pour développer, c’est tout. Et surtout, je donne des entrevues quand j’ai du travail à présenter et uniquement à des gens que l’on m’a recommandé.

Ce soir, j’ai vu un musicien de blues.

Parce que je le suis. Je suis content de vous l’entendre dire, parce que j’ai toujours considéré que je faisais du blues, avec une influence « chanson » très forte. Le public québécois est assez blues. C’est un peuple qui a souffert, qui est en Amérique et qui a donc des affinités avec cette musique. Il y a une nation de blues, une nation de tristesse. Nous avons des chansons traditionnelles qui sont très tristes et qui s’apparentent aux blues.

La majeure partie de vos chansons sont tristes ou graves.

Oui, c’est vrai, mais il y a toujours un angle pour essayer d’entrevoir la lumière. Au Québec, nous avons une approche de la vie qui fait que même si on a plein de soucis, la lumière finit toujours par arriver.

Entre les chansons, vous déridez l’atmosphère avec des monologues amusants.

J’aime jouer avec le public en le déridant après une chanson un peu triste. Ca désamorce et ça amorce. J’aime bien les chutes de températures.

Daniel Bélanger "Tu peux partir" from Audiogram on Vimeo.

Comment êtes-vous considéré au Québec ?daniel bélanger,trois baudets,interview,mandor

Pendant longtemps, j’ai été un chanteur que l’on classait dans « la relève ». Ça a duré très longtemps, je bossais comme un fou, j’ai rencontré beaucoup de succès, j’ai été reconnu de mes pairs… aujourd’hui, j’ai l’impression que je suis un vieux de la vieille. Nous ne sommes plus trop nombreux actifs de ma génération.

Il reste qui de votre génération ?

Il y a Jean Leloup et je ne vois trop qui d’autre. Il n’y en a vraiment pas beaucoup.

Qui vous inspire ?

Jeff Buckley par exemple. Et comme je suis le plus jeune d’une famille de cinq enfants, j’ai été influencé par la musique de mes frères. Ils écoutaient beaucoup de musique british comme Joe Cocker ou Led Zeppelin. Très rock donc. Et par ma mère et mes sœurs, de la chanson française comme Serge Reggiani ou Georges Moustaki.

C’est amusant parce que cela se ressent dans votre musique.

Je suis blues rock avec une sensibilité chanson, en effet.

Vous êtes en train de préparer un nouvel album.

J’ai déjà neuf chansons de prêtes. Je vais me mettre à travailler là-dessus sérieusement en mai-juin. Le disque devrait sortir cet automne au Québec. 

Daniel Bélanger - Étreintes from Audiogram on Vimeo.

Je sens chez vous une force et une fragilité à la fois.

C’est marrant, on ne m’a jamais dit ça. On n’a jamais osé. On me parle de ma force parce que je suis un grand gaillard, mais pas de ma fragilité. Alors, que vous avez raison, je suis comme ça, en vrai.

J’adore votre voix. Quand elle s’envole vers les aigus, je frissonne.

J’étais un fan des Rita Mitsouko. La voix de Catherine Ringer se démarquait des autres voix françaises féminines. J’aime ce genre de voix-là, celles qui poussent. Moi, j’ai appris à chanter avec un micro. Toutes les nuances de ma voix, c’est un peu un jeu avec mon micro. Bon, je vous avoue qu’aujourd’hui, il faut que je fasse avec les réalités de l’âge. Je perds des hautes, alors j’essaie d’être créatif pour compenser.

Être sur scène, est-ce un combat ?

Il faut juste s’en tenir à quelque chose de vrai. Et s’en tenir à quelque chose de vrai, c’est déjà un petit peu suspect. Avec des effets de voix, je sais que je vais chercher le public, mais j’essaie d’être le plus sincère possible. Sur scène, ce qui est certain, c’est que j’ai du plaisir, mais que je ne me repose pas.

Il y a eu deux « standing ovation »ce soir, j’imagine que vous n’y êtes pas insensible.

Pour moi, c’est une récompense, c’est précieux.

Daniel Bélanger "Reste" from Audiogram on Vimeo.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorPourquoi chantez-vous ?

Pour gagner ma vie (rires). Bon, pas seulement. C’est un métier très valorisant. Mon père était un autodidacte. Il a appris seul le piano et la guitare. Quand on faisait des fêtes, en fin de soirée, on demandait à mon père de jouer. Il interprétait alors de vieux classiques paillards. Des chansons un peu « sexe », un peu « scato ». Tout le monde était émerveillé et content. Il était d’une telle générosité.

C’est en voyant votre père chanter que vous avez décidé de faire ce métier ?

C’est une influence, certainement. Je n’y ai jamais pensé… au fond, oui. C’est drôle, vous pointez là quelque chose que j’ai enfoui en moi. Parfois, les interviews, ça vaut bien une séance de psy (rires).

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Le 16 avril 2015, pendant l'interview...

23 mai 2015

Lisa Angell : interview pour sa participation à l'Eurovision de la chanson

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(©Donja Pitsch)

unnamed.jpgChanteuse à la voix exceptionnelle, authentique, sincère et généreuse, Lisa Angell a été choisie par France 2 pour représenter la France à l’Eurovision 2015. Extrêmement « fière et heureuse » elle s’apprête à vivre une expérience magique.Avec N'oubliez pas, chanson écrite par Robert Goldman, et 1er single de son nouvel album, c’est un message universel, un message de paix que la chanteuse adressera à toute l'Europe ce samedi 23 mai prochain en direct de Vienne.

 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la France n'a pas brillé ces dernières années à l'Eurovision Song Contest. Espérons que la tendance s’inverse en 2015.

 

J’aime bien Lisa Angell. Quand j’ai été engagé par Olivier Bas pour être l’un des journalistes deLisa-Angell-(Cover-album-BD).jpg la défunte émission CD‘Aujourd’hui, elle a été mon premier « sujet ». Et je me souviens qu’elle était toute timide. Et pour cause, c’était sa toute première interview télé (ou toute première interview tout court). « Vous serez indulgent avec moi, promis ! » m’avait-elle dit. Je n’ai pas eu besoin de l’être. Elle avait assuré comme il le fallait.

Quand « on » m’a demandé de la rencontrer pour parler de sa participation à l’Eurovision et de son nouveau disque, je n’ai pas hésité. Lisa Angell excelle dans son domaine : la variété française populaire…

Le 11 mai dernier, je suis allé à sa rencontre dans les locaux de sa nouvelle maison de disque, SonyMusic.

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(©Donja Pitsch)

Lisa-Angell---Photo-Promo-(c)Nathalie-Guyon-FTV.JPGInterview :

Nous nous sommes vus la première fois il y a quatre ans pour votre premier album… et là, vous sortez le quatrième. Un album par an ! Bon rendement.

J’ai un âge où on ne peut pas se permettre de prendre son temps. Le premier disque est sorti en octobre 2011 et on en a fait un chaque année depuis. C’était une volonté de mon ancienne maison de disque qui voulait absolument me faire connaître... Est-ce que c’était bien ? Je ne sais pas. Peut-être avons-nous fait trop vite les choses...

Vous venez de le dire, vous avez changé de maison de disque…

C’est bien parce qu’elle me laisse plus d’autonomies. Elle me permet de faire la musique j’aime vraiment. Elle me fait confiance et, donc, me laisse libre de mes choix. C’est très appréciable. Je tiens à dire qu’ils m’avaient contacté bien avant de savoir que j’allais faire l’Eurovision. Il y a de la part de SonyMusic une vraie volonté de travailler ensemble.

Vous avez été longtemps dans l’ombre, comment vivez-vous ce qui vous arrive depuis quatre ans.

J’apprends mon métier de « célébrité »… ça me fait bizarre. En même temps, je suis contente de parvenir à faire ma place à un haut niveau dans ce milieu.

Pour ce nouvel album, vous avez travaillé avec Robert Goldman, Patrick Fiori, Serge Lama, Jacques Veneruso.

J’ai rencontré Patrick Fiori sur l’émission consacrée à Charles Aznavour, Hier encore. Il m’a dit que j’avais une voix de dingue et qu’il souhaitait me faire des chansons quand un projet d’album d’inédits arrivera. Quand tel fut le cas, je l’ai appelé et il m’a présenté des personnes qui travaillent avec lui régulièrement dont Jacques Veneruso, Robert Goldman et Serge Lama. J’ai reçu des chansons de toutes ces personnes. Ils ont écrit pour moi. Certaines étaient un peu trop « généralistes » et n’étaient pas ciblées par rapport à ce que je voulais faire. Tous les auteurs compositeurs et moi nous sommes donc réunis en studio, entre nous. Ce n’est pas parce que je travaillais avec des pointures que je devais dire que tout était bien. Je ne suis pas une chanteuse « artifice ». Les textes sont primordiaux pour moi. On a beaucoup parlé et j’ai expliqué ce que je souhaitais réellement. On a échangé des idées, on a passé des moments intimes et ainsi, ils m’ont mieux perçu.

Et Serge Lama aussi s’est mis à votre service ?

Oui. C’est fou parce que Serge Lama, c’est ce monsieur que je vais voir à l’âge de 7 ans au Palais des Congrès. Je l’ai vu finir un concert à genoux, habillé tout en blanc et chanter « Je suis malade ». Un choc. En sortant de son concert, j’ai dit à mes parents que je voulais faire comme ce monsieur quand je serais grande. Ils m’ont dit « c’est ça, oui, oui ! » Aujourd’hui, voilà que je travaille avec ce grand homme de la chanson française. Les fées ne se sont pas bercées sur mon berceau, mais par contre, sur mon lit, depuis quatre ans, elles y vont à fond (rires).

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(©Donja Pitsch)

Peut-on dire que ce quatrième album est finalement votre premier vrai disque ?

Très sincèrement oui. Cet album est ce que je voulais faire à la base. Je ne renie pas le premier  que j’ai fait en 2011, mais il s’est fait dans une précipitation hallucinante. Je fais en juin « Les années bonheur » de Patrick Sébastien et en août, il fallait rendre un album… on ne pouvait pas faire des miracles, c’est pour ça qu’il y avait des reprises.

Dans celui-ci, il n’y a aucune reprise. Uniquement des chansons inédites. Vous vouliez que ces nouvelles chansons parlent de vous, mais qu’elles soient universelles en même temps.

Exactement. C’est la musique que j’aime et je l’offre aux gens avec toute mon intégrité. Cet album me ressemble à 100%. J’aime toutes les chansons sans exception. Toutes racontent des sujets que j’ai vécus ou que des proches ont vécus. Il n’y a pas de « Il était une fois », il n’y a que des histoires vraies.

Sauf « N’oubliez pas ».

Oui, sauf celle-là, en effet. Comme j’ai vécu en Chine et que j’ai affronté un typhon 15, j’ai vu des horreurs. Alors, quand j’ai reçu la chanson, je n’ai pas pensé à la guerre, mais elle m’a fait sens par rapport à ce que j’avais vécu. Je savais qu’elle allait être dans mon album…

Clip officiel de "N'oubliez pas".

Comment a-t-elle été choisie pour représenter la chanson de la France à l’Eurovision ?

C’est Robert Goldman qui est allé voir Nathalie André avec ce titre, sans me le dire. A ce moment-là, ce n’était qu’une maquette.

Vous n’avez eu aucun stress, du coup, puisque vous n’étiez pas au courant de la démarche de votre auteur.

Voilà. Et je trouve cela admirable de la part de Robert. Je rentre des vacances de Noël, début janvier, et il m’appelle pour m’annoncer que c’est moi qui représente la France à l’Eurovision. Pour moi, cette nouvelle était hallucinante. C’est un vrai conte de fée.

J’imagine la pression que vous devez avoir… surtout avec les scores minables de la France lors des années précédentes.

Sincèrement, je n’ai pas pensé à ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis juste dit que mon rêve d’enfant était en train de se réaliser. En fait, tout se réalise… que se passe-t-il ? Parce que je n’ai rien attendu, quand on m’annonce que je représente la France à l’Eurovision, c’est comme si on m’annonçait que je gagnais l’Euro Millions. J’ai ressenti comme un feu d’artifice. J’avais le feu dans mon corps. Et puis, quand j’ai appelé papa qui a 87 ans pour lui annoncer la nouvelle, il n’en revenait pas. Depuis toujours, je disais à mes parents que je voulais faire l’Eurovision.

Les répétitions de Lisa Angell cette semaine à Vienne. La chanson avec la scénographie que vous verrez ce soir à la télévision lors de la cérémonie de l'Eurovision...

Lisa-Angell---Photo-Promo 2-(c)Nathalie-Guyon-FTV.JPGVous regardiez les cérémonies à la télé ?

Je me prépare depuis petite à ce moment. Chaque année, je donne une feuille et un crayon à chaque membre de ma famille. On note les artistes. Moi, je mets une robe, je fais semblant de chanter pour représenter mon pays. A 16 ans, quand je vois Céline Dion remporter ce concours, je supplie mes parents d’envoyer une cassette à la production. Comme ils ne connaissaient personne, ils ne l’ont pas fait. Les choses arrivent quand on ne s’y attend pas.

Comment a réagi votre papa ?

Il a pleuré.

Quand je vous vois, là, j’ai l’impression que vous êtes zen.

Disons que je suis prudente. Je fais attention. J’ai cherché à me faire une place dans ce métier pendant des années et je n’y arrivais. Il y a des gens que j’ai essayé de contacter pendant des années sans y parvenir. Du coup, je me dis que l’on peut passer à côté de gens qui ont du talent pendant des années et un jour, les découvrir. Je me dis juste qu’heureusement que ce n’est pas trop tard pour moi. J’ai fait 30 ans de piano-bar et aujourd’hui, voilà ce qu’il m’arrive.

Bravo à Patrick Sébastien qui a été le premier à croire en vous. Il vous a fait passer dans ses émissions et il a même produit votre premier album.

D’autant qu’il a pris des risques. Je n’avais pas l’âge, ni le physique idéal pour lancer quelqu’un. Patrick est un vrai amoureux des artistes, il sait les reconnaître et ensuite les imposer et les défendre. Il a aidé beaucoup de gens qui n’avaient pas de profils « communs ». Dany Boon, Yves Jamait et moi par exemple.

Vous êtes encore en relation avec lui ?

Oui, bien sûr. Il est très heureux pour moi. Il trouve que je le mérite. J’ai appris que pendant deux ans, lui aussi, avait posé ma candidature pour l’Eurovision à France 3… toujours sans me le dire.

Avec vous, pour l’Eurovision, on revient à une chanson et une façon d’interpréter plus « traditionnelle ».

Oui, et je le revendique. Je suis très fière de cela.

Chanter devant 200 millions de téléspectateurs, vous le vivez bien ?

Tout à fait (gros éclat de rire). Je sais que je représente mon pays, mais en même temps, il faut que je parvienne à profiter de ce que je vais vivre. Je vais tenter de ne pas me mettre une pression terrible. Pour faire bien les choses, il faut prendre du plaisir. Je pense très sincèrement que la chanson est forte et qu’elle véhicule un message qui parle à tout le monde. Beaucoup de gens peuvent s’identifier à ce titre. Je suis très fière de véhiculer ce message.

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Après l'interview, le 11 mai 2015, chez SonyMusic.

20 mai 2015

Jérôme Attal : interview pour Aide-moi si tu peux

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(Photo : Astrid di Crollalanza)

Jérôme Attal est l’artiste le plus souvent mandorisé. Voici mon onzième entretien. Comme je le dis souvent, c'est toujours un réel plaisir d'échanger avec lui. Raffiné, cultivé, drôle, élégant… je suis très attaché à lui, mais également à son œuvre. Son écriture me touche comme aucune autre.

(Voici ses précédentes mandorisations pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse, pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres,pour Le voyage près de chez moi et enfin pour Presque la mer.)

Le 14 avril dernier, Jérôme Attal m’a rendu une énième visite à l’agence pour parler de son nouveau roman Aide-moi si tu peux.

jérôme attal,aide-moi si tu peux,interview,mandor,flammarionNote de l’éditeur :

Populaire, décalé, poétique : le premier polar de Jérôme Attal !

Il est toujours prêt à dégainer un bon mot comme certains brandissent leur revolver. Stéphane Caglia n'est pas un flic comme les autres. Pour échapper à la violence urbaine qui est son quotidien, il se réfugie dans les années 80 – les années de son enfance. Traqué par un tueur à la solde d'une mystérieuse secte, il va devoir enquêter sur la disparition d'une jeune fille, liée à une série de crimes. Tamara, dix-sept ans, postait sur Internet des reprises de chansons des Beatles. Là est peut-être la clé de l'énigme...
Jérôme Attal s'accapare les codes de l'intrigue policière pour signer un roman poétique, drôle, à la fois nostalgique et vivifiant, truffé de bons mots sur les relations amoureuses et de réflexions mordantes sur le monde d'aujourd'hui.

Auteur :

Jérôme Attal est un touche-à-tout : musique, cinéma, littérature. Il est parolier d'un grand nombre d'artistes (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Vanessa Paradis, Michel Delpech, Florent Pagny, Garou, Jenifer), scénariste et acteur (Alice Island, 2013, et La Fille aux allumettes, 2009 sur Arte), et également l'auteur de huit romans, dont Pagaille monstre, Folie furieuse et L'Histoire de France racontée aux extra-terrestres, tous trois aujourd'hui chez Pocket.

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Interview :

C’est la première fois que tu vas sur le terrain du roman policier. Mais c’est un roman policier à la Jérôme Attal, c’est-à-dire pas du tout classique.

J’ai lu récemment dans Les Cahiers du Cinéma une interview d’Howard Hawks, le réalisateur du film Le Grand Sommeil. Il racontait qu’il ne s’était pas soucié de la logique et au final, ça a fait un film génial. Je ne me compare évidemment pas à lui, mais j’aime bien l’idée d’avoir écrit un policier dans lequel je sacrifie la logique des choses pour une jolie phrase. Il y a l’intrigue policière et l’intrigue dans la façon d’écrire. Cela m’amuse de m’accaparer un genre littéraire et de « l’arranger » à ma sauce. J’aime beaucoup Richard Brautigan. Il a notamment écrit Un privé à Babylone qui est un roman policier qui n’a rien à voir avec un roman policier. Ça me plaisait de marcher sur ses traces-là.

Ton flic à la quarantaine et il est complètement déphasé par rapport à son époque.

Il trouve que la société est déliquescente et il reste bloqué dans les années 80. On reste toujours bloqué dans les années de son enfance, les années où on se sent protégé. Mon flic a Corinne Charby comme sonnerie de portable…

A ce propos, ton flic n’a pas de chance en amour…

Ça m’a amusé que la seule fille qu’il rencontre et avec qui ça va être éventuellement possible, n’aime pas les années 80. Elle trouve la culture et la société de cette période horrible. Elle lui dit que ça représente  le début du Sida, la guerre Iran Irak,  le sacre de Bernard Tapie… Donc, lui, il perd tous ses moyens. Dans ce roman, il y a plein de de ressors de comédie qui me plaisaient et me permettaient de développer mon univers personnel.

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Il y a encore les Beatles dans ton livre.

Tu le sais, ils sont ma référence musicale absolue. Je les place donc dans chaque roman. Dans celui-ci, mon tueur est fan du groupe. Il chante quelques-unes de leurs chansons et les met ensuite sur Youtube. Puis, il zigouille ceux qui n’aiment pas ses prestations et qui l'expriment dans les commentaires. Il considère qu’on ne peut pas tout se permettre. Le flic également trouve qu’on ne peut pas tout se permettre dans la vie. Il a finalement un état d’esprit similaire au tueur.

Le flic, Stéphane Caglia, n’est pas tout blanc lui non plus. Il a appartenu à une espèce de secte, « les Souterrains Stellaires ».

Oui, les initiales, ça fait SS. Les Souterrains Stellaires, c’est un peu métaphorique. Ça veut dire qu’on n’arrive jamais vierge quelque part. On a toujours un wagon de casseroles que l’on traîne derrière soi et, même, qui nous poursuit. Le monde des souvenirs peut te poursuivre à la fois de manière triste et agréable, comme quand il pense à ses parents, et aussi de manière triste et agressive, comme quand les Souterrains Stellaires se rappellent à lui.

Quand j’imaginais Stéphane Caglia, je te voyais toi.

Ça veut dire que c’est un peu réussi, non ? Pour être franc, ce flic est un peu moins délicat que moi. Et il a une meilleure forme physique.

Tu aurais aimé être flic ?

Non, mais je trouve qu’il y a une analogie entre ce métier et le mien. Quelqu’un qui écrit veut intervenir. Quand quelque chose ou quelqu’un m’émeut, j’ai envie d’intervenir, mais pas physiquement, par le biais de l’écriture. Voilà, je trouve qu’il y a une similitude dans l’intervention.

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Récemment en concert... avec son livre.

Stéphane Caglia est courageux, mais il hésite souvent avant de mener une action coup de poing.

Tu as raison. Mais quand il se trouve devant quelque chose qu’il trouve indécent, qui le choc, il intervient sans se poser de question.

Sa partenaire, d’origine anglaise, Prudence Sparks, est jeune, belle, efficace… tout pour plaire, quoi !

Si je mets des filles dans mes livres, autant qu’elles soient jolies, non ?

Stéphane Caglia n’a pas une très haute opinion du monde dans lequel il vit.

Je suis comme le héros, je trouve que le monde est de plus en plus violent et que les gens deviennent déliquescents. Je trouve qu’il y a un laisser-aller comportemental. Ce que mon héros ne supporte pas, c’est vraiment l’indécence.

Tu n’as pas peur que casser les codes d’un genre littéraire agacent les lecteurs et les journalistes spécialisés?

Non, parce que j’ai des gens qui me lisent et qui semblent aimer ça. Je ne suis peut-être pas suffisamment académique pour susciter l’enthousiasme des gens qui décernent les prix littéraires. Je pense que mes livres sont trop divertissants.

Au bout de neuf romans, ce silence de la part des professionnels commence à bien faire, non ?

A partir du moment, où on me permet juste de faire le suivant, je suis déjà satisfait. C’est comme dans la chanson. Je n’ai pas la carte. A chaque fois, c’est un combat. Mais, j’y vais. Je suis assez souvent victorieux en plus.

Que te reste-t-il comme genre littéraire à explorer?

Le roman historique. Je n’y ai pas encore touché.

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Après l'interview, le 14 avril 2015.

18 mai 2015

Bilan du Prix Georges Moustaki 2015 : résultats, photos, vidéos et commentaires

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Quand on passe sa carrière professionnelle depuis près de 30 ans à défendre et mettre en avant des artistes français qui n’ont pas pignon sur rue/peu de visibilité/aucun média acquis à sa cause, on est content qu’un prix comme le Prix Georges Moustaki (à l’initiative de Matthias Vincenot et Thierry Cadet) existe.

Vraiment, grand coup de chapeau à Matthias Vincenot et Thierry Cadet qui ont imaginé ce prix et qui l'ont porté jusqu'au bout... pour la cinquième année consécutive. Il faut se lever et les applaudir à tout rompre parce qu’ils ne sont pas beaucoup aidés et ils font un travail démentiel. Citons tout de même Denis Collinot, le directeur du Festi’Val de Marne, qui permet que ce prix sans subvention depuis sa création puisse perdurer.

Il y a trois ans, j’ai accepté sans une seconde d’hésitation de faire partie du jury parce que je ne pouvais raisonnablement pas passer à côté d’un prix qui récompense l'album indé et/ou autoproduit de l'année.

Voir ici ma première participation et la seconde.

Précisons que cette année, la chanteuse Rose (mandorisée là) était la présidente du jury et que le groupe Archimède (mandorisé là) était parrain de la promotion 2015.

prix georegs moustaki 2015,bilan,jules et jo,lise van deuq,interviewDe plus, pour la troisième année consécutive, Thierry Cadet m’a proposé d’interviewer avec lui les artistes pendant les changements de plateau. Comme chaque année, on y va à l’impro (parce que lui et moi, nous nous voyons à peine une heure avant la soirée pour des raisons d’emplois du temps compliqués), avec les risques que cela comprend. Des moments de flottements peuvent survenir, mais des fulgurances aussi. Il y a eu un peu des deux ce soir-là. Le but n’est pas de gonfler les spectateurs présents dans la salle en faisant « je-connais-tout-de-toi-cher-artiste-et-je-vais-impressionner-la-galerie », nous sommes là pour faire patienter le public présent de la manière la plus divertissante et la moins chiante possible pendant les changements de plateau. C’est un exercice extrêmement difficile.

Voici un portfolio photographique (avec les vidéos des prestations scéniques)… et des commentaires fugaces, mais essentiels. Amen !

Je tiens à remercier tous les photographes à qui j'ai "volé" les photos. Notamment Marylène Eytier, dont vous pouvez découvrir le beau travail , Tristan Sébenne, dont l’œuvre photographique est visible ici, David Desreumaux qui parle de toute la chanson française sur son site, la passionnée Annie-Claire HilgaAnnaïck Forel qui présente ses merveilleux clichés et Thomas Bader.

Commençons par les deux créateurs du prix... Thierry Cadet et Matthias Vincenot.

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Les lauréats de cette année.

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A la sono.

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Les répétitions (avec Archimède).

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Souriez, vous êtes filmés!

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On vérifie l'image!

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Rencontre au sommet entre trois défenseurs de la chanson française. De gauche à droite : Michel Kemper (bientôt mandorisé) pour son site Nos Enchanteurs, David Desreumaux pour son site Hexagone et (attention la mise en abyme parfaitement égocentrique et prétentieuse) François Alquier pour son blog Les chroniques de Mandor.

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Le diable (qui ne s'habille visiblement pas en Prada) était présent. Pascal Nègre surveillait indirectement la cérémonie récompensant l'album indé et/ou autoproduit de l'année. "Paradoxal Système" chantait Voulzy...

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Quelques membres du jury, concentrés...

Au premier plan, Benjamin Petrover (I Télé), Rose (chanteuse et présidente du jury 2015) et Fred Boisnard (guitariste d'Archimède).

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Liz Van Deuq, la lauréate du Prix Georges Moustaki 2015, sous le feu de nos questions (hyper pertinentes, voire impertinentes, bien sûr).

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Les deux chansons de Liz Van Deuq.

"Au conservatoire"

"Des rides"

Quelques photos...

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Le Prix du Public a été attribué au trio Jules & Jo. Prix, à mon sens, largement mérité.

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Les deux chansons de Jules & Jo.

"Le roi de l'étang"

"Le pouvoir aux roux"

Quelques clichés de ce groupe vraiment décapant... voire provocateur. Voire poétique. Voire excellentissime. Pas reconnu à sa juste valeur.

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Interview de Cyprès, artiste d'un autre temps. Pas du XXIe siècle en tout cas. Il s'est trompé d'époque, alors, il fait ce qu'il peut. Et son "peut" et drôlement beau.

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Les deux chansons de Cyprès.

"C'est un pays".

"A jamais".

Cyprès avait le trac ce soir-là (selon ses dires), mais il n'en a rien paru.

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Quelques questions à Laurie Darmon (qui, après avoir été longtemps indépendante, poursuit désormais son chemin artistique avec le label Fontana du groupe Mercury Music Group). Elle a été mandorisée-là.

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Les deux chansons de Laurie Darmon.

"Rupture".

"Il est 6 heures du matin".

Et voyez comme elle irradie.

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Garance face à Thierry et moi. Nous la connaissons et l'apprécions tous les deux. Elle allie talent, générosité et gentillesse. Elle a été mandorisée il y a trois ans.

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Les deux chansons de Garance.

"Gare du Nord".

"Jour de poisse (je n'écrirai pas de chanson sur toi)".

Garance en live, ça donne ça! (Elle est accompagnée du brillant Tomislav, mandorisé ici et bientôt remandorisé, parce que son nouvel EP le vaut bien).

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Je connaissais peu Batiste W. Hamon. J'ai été conquis musicalement et textuellement. Et l'artiste est sympathique.

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Les deux chansons de Baptiste W.Hamon.

"Les bords de l'Yonne".

"Peut-être que nous serions heureux" (avec Alma Forrer).

A part son "look" qui ne correspond pas du tout à ce qu'il chante, son répertoire est absolument formidable. Sans pour autant renier son héritage folk/country, il écrit dans la langue de Molière comme une évidence. Jouant de sa voix frêle et éraillée, il évolue dans un registre poétique, à la mélancolie empreinte de réalisme.

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K! a reçu le Pic d'Argent l'année dernière lors du Pic d'Or, dont Thierry et moi sommes membres du jury. Donc, nous la connaissions. Une artiste aussi excentrique que géniale. Il faut la voir pour le croire. Elle est déjantée, provocatrice et très drôle. Et sait écrire de subtiles et merveilleuses chansons.

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Les deux chansons de K!

"C'que j'étais belle".

"La femme en boîte".

Magnifique K! Une chanteuse à part. Mais vraiment.

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Je me suis éclipsé pour laisser la place à Matthias Vincenot. Avec Thierry, il a interviewé les deux lauréats de l'année dernière. Robi (mandorisée là), prix du jury 2014 et Govrache (mandorisé ici), prix du public 2014.

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Ici, Thierry Cadet, les deux Archimède qui entourent Rose et Matthias Vincenot.

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Avant de révéler les noms des lauréats, Rose et Archimède ont chanté.

Deux chansons d'Archimède.

"Au marché des amandiers".

"Ça fly away".

Quelques photos de la prestation d'Archimède.

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Puis, vient le tour de Rose.

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Une chanson de Rose.

Ciao Bella.

Cette brune ne compte certainement pas pour des prunes.

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La remise du Prix du public à Jules & Jo.

La remise du Prix du jury à Liz Van Deuq.

Denis Collinot le directeur du Festi’Val de Marne, qui permet que ce prix sans subvention depuis sa création puisse perdurer.

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Quelques photos de la remise des prix.

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Prix du Public, Jules & Jo.

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Prix du Jury, Liz Van Beuq.

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Photo avec tous les finalistes.

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 Horscène présente un compte rendu de la soirée...

Liz van Deuq / Prix du Jury
Jules & Jo / Prix du Public
Prix Georges Moustaki 2015

Interview, images et montage : Thierry Cadet
©Horscene
http://www.lizvandeuq.com
http://www.julesetjo.be
http://www.prixgeorgesmoustaki.com
http://www.horscene.net

Bonus: Avant cette soirée, il y a eu deux réunions des membres du jury dans une salle de la Sorbonne afin de sélectionner les demi-finalistes.Voici quelques clichés de ces réunions...

Pour commencer, deux photos montages signées par la présidente du jury, Rose.

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En classe...

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With Jean-Pierre Pasqualini, Monsieur Télé Melody et Platine (mais aussi collègue du jury  du Pic d'Or).

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Selfie avec les deux Archimède et Thierry Cadet.

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Jean-Pierre Pasqualini, Patricia Espana et Benjamin Petrover, trois éminents membres du jury.

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Avec Stéphanie Berrebi, journaliste à FrancoFans (et amie. Surtout).

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Enfin selfie avec Matthias Vincenot et Michel Kemper (du site NosEnchanteurs).

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Pour finir, je tenais à vous montrer ce témoignage de Guilhem Valayé (Prix du Public 2013 avec 3 Minutes sur Mer et candidat de The Voice cette année) évoque le Prix Georges Moustaki lors d'un face à face réalisé par Merci Edgar (animé par Stéphanie Berrebi et Edgard) - avec aussi Tomislav (finaliste 2012). Je suis tellement d'accord avec Guillaume. Respect à vie à Matthias Vincenot et Thierry Cadet pour leur travail!

13 mai 2015

Francis Cabrel : interview pour In Extremis

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Francis Cabrel fait partie de mon panthéon personnel. Dans mon métier, c’est toujours un réel plaisir (assez jubilatoire, je dois dire) de rencontrer en tête à tête un artiste qu’on a aimé plus jeune (dont on a été « fan »).

Ce n’était pas ma première fois avec lui, certes, mais quand même… mon précédent rendez-vous avec le chanteur d’Astaffort, c’était à l’occasion de la sortie de Vise le ciel (un disque hommage appuyé à Bob Dylan dans lequel il reprenait quelques-unes de ses chansons en versions française). C’était le 10 septembre 2012 au Park Hyatt (voir là).

Pour la sortie d’In Extremis, son nouvel opus, je l’ai de nouveau rencontré. Le 18 mars dernier, Francis Cabrel m’a reçu à l’hôtel Raphael pour un long entretien. Voici le fruit de cette interview pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mai 2015). Ensuite, vous lirez le bonus mandorien (évidemment).

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francis cabrel,in extremis,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Décryptons certaines autres chansons. Dans "Les tours gratuits » vous  évoquez ces pères qui voient leurs filles, désormais grandes, s'éloigner irrémédiablement …

La maison se vide. Mes filles ainées sont parties et cela fait bizarre et c’est encore une autre vie qui commence. La vie sans les enfants, la vie avec, et de nouveau la vie sans. Heureusement, je vais toujours au manège, j’ai une troisième fille plus jeune.

« La voix du crooner » évoque la fin de la carrière d’un artiste, c’est ça ?

Oui, mais j’espère que ce n’est pas ma fin de carrière à moi (rires). Personne ne vous écoute plus, vous vous obstinez parce qu’il faut encore gagner sa vie, alors vous allez cachetonner tous les soirs dans un club. Je suis déjà rentré dans des clubs où je voyais des chanteurs ou des musiciens jouer comme ça, avec un air malheureux. C’est toujours à la fois beau et pathétique. Ces artistes avaient des ambitions et ils ont renoncé petit à petit. Ce sont des endroits où les gens n’écoutent pas beaucoup. Ils mangent, discutent, regardent parfois distraitement l’artiste. Moi, j’écoute toujours l’artiste… mais je me rends compte que je suis un peu le seul.

Vous évoquez les nombreuses années de détention de Nelson Mandela dans « Mandela, pendant ce temps ».

Je ne peux m’empêcher de penser que j’avais déjà fait deux albums à 27 ans. Pendant ce laps de temps, j’avais vécu, grandi, voyagé… tandis que pendant 27 ans, quelqu’un était resté en prison sur son lit de camp dans un tout petit espace, privé de tout. Il est sorti de là sans rancune. Ça m’a toujours impressionné. J’ai été touché aussi par sa deuxième vie et, plus généralement, par le destin de cet homme unique qui a été déifié de son vivant.

Le teaser de "Mandela, pendant ce temps".

Dans certains de vos textes, il peut y avoir des double-sens. Dans « Pays d’à côté » par exemple.

C’est marrant que vous me parliez précisément de celle-ci, car c’est certainement la moins claire de tout mon répertoire. Elle est un peu ambiguë parce que je ne sais pas si j’ai voulu dire que l’orage menace et que le danger est juste dans le pays d’à côté, donc que le prochain pays en danger est le nôtre. Je pense que j’avais aussi l’intention de dire que c’est pire ailleurs et que nous, on a le temps avant de voir la guerre arriver. C’est une chanson engagée dans deux directions, mais je ne sais pas dans quelle direction elle est engagée le plus puissamment. J’ai laissé une place à l’interprétation de chacun.

Quand on a votre carrière, on a peur que le nouvel album ne soit pas suivit par le public ?

La carrière d’un artiste tient sur l’estime des autres, donc on ne peut préjuger de rien. On arrive à les convaincre, ou pas, chanson après chanson. Rien n’est jamais gagné, il faut toujours avoir cela en tête. Pour ne pas lasser les autres, il ne faut pas que je me lasse, moi. C’est pour cela que je cherche des sujets un peu inédits, que je me creuse la tête à chercher des formules de phrase les plus précises et belles possible.

On ne se lasse pas d’écrire des chansons d’amour ?

Je n’en ai pas fait tant que ça ces dernières années. Depuis, « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai », j’avais un peu évité ce thème que j’avais, à mon sens, trop développé. J’ai un naturel romantique, amoureux et quand je suis bien immergé dans ce sentiment-là, j’arrive facilement à écrire ce genre de chanson. Pour ce nouvel album, j’ai donc réécrit une chanson d’amour, « A chaque amour que nous ferons ». « Je l’aime à mourir », j’avais 25 ans, pour celle-là j’en ai 60… j’ai voulu vérifier si on parlait de la même façon d’amour à différents âges.

Et ?

On n’en parle pas de la même manière. C’est justement cette chanson qui m’a donné le plus de mal à écrire. Six mois, en tout. Quand je suis parvenu à la terminer, j’ai estimé avoir passé le cap le plus dur. Je pouvais travailler sur un album complet.

Teaser de "A chaque amour que nous ferons".

Êtes-vous impressionné par certains jeunes qui participent à Voix du Sud ?

Depuis 20 ans, je vois passer beaucoup de talents aux Rencontres d’Astaffort. Ils m’apportent beaucoup. Je prends d’eux la passion toujours intacte. Je rencontre des gens de 25 ans qui sont passionnés, motivés et je me vois à 25 ans, passionné comme eux, du coup, ça déteint sur moi. Je rentre à la maison, ça me donne envie de faire des chansons. Je me dis que je suis dans la même compétition et la même recherche.

En avez-vous repéré qui vous intéresse plus que les autres ?

Il y en a  beaucoup qui sont intéressants. Mais il est vrai que j’en suis un de près. C’est Benoit Dorémus. Il est venu chez nous, il est revenu et là on se voit fréquemment pour travailler. C’est quelqu’un qui écrit de façon très originale, très humoristique, très pointue, très observée. Il est l’égal d’un Vincent Delerm ou d’un Thomas Fersen. Il fera d’ailleurs toutes mes premières parties lors de ma tournée de l’automne 2015.

Teaser pour "Partis pour rester".

Pour finir, parlons de la scène. Vous repartez à la rencontre de votre public l’automne prochain. Vous avez hâte de revenir ?

Bien sûr. Je tiens tout de même à préciser que je ne dis pas spontanément, « j’ai hâte de revenir ». Je vais me préparer à revenir consciencieusement en faisant les choses bien sérieusement. Je vais chanter des nouvelles chansons panachées avec mon ancien répertoire, qui du coup, va un peu reverdir.

Cela doit devenir difficile de dresser la setlist, non ?

Ce qui est sûr, c’est que je vais sortir cinq ou six chansons d’In Extremis, mais c’est vrai que c’est compliqué. Ca va peut-être finir par faire deux ou trois répertoires selon les soirées. Je vais peut-être suivre le modèle de mon maître absolu Bob Dylan qui chante tous les soirs deux répertoires. Sans prompteur… il faut quand même le faire.

Il y a des chansons de Cabrel que vous ne pouvez pas ne pas interpréter ?

Quand on fait un répertoire de tournée, d’abord, on met celles que l’on ne peut pas enlever. « Je l’aime à mourir », « Petite Marie », « La corrida », « Je t’aimais, je t’aime, je t’aimerai », par exemple.

Vous est-il arrivé de faire le rebelle et de décider de ne pas en chanter une ?

Une fois, je n’ai pas chanté « Je l’aime à mourir ». Une seule fois et je vous assure qu’on m’en a fait la remarque pendant des jours. C’était idiot de ma part, parce que je les chante sans que cela me pèse et je suis content de les partager. Et les gens viennent principalement pour celles-là, je ne suis pas dupe.

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Après l'interview, le 18 mars 2015, à l'hôtel Raphael.

Photo d'ouverture du bonus mandorien, réalisée quelques jours après cette interview, à l'occasion de la remise des prix du 8e Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste, le 21 avril dernier.

10 mai 2015

Nadia Coste : interview pour Le premier

Nadia Coste NB 3.jpgJ’ai interviewé récemment l’auteure jeunesse Nadia Coste pour son nouveau roman, Le Premier (pas vraiment à mettre entre toutes les mains des plus jeunes, je trouve). Je dois dire qu’il n’est pas de tout repos. Rebondissements en cascade et scènes sanglantes à profusion. Sacrément passionnant en tout cas pour qui aime les romans d'aventure rondement menés.

J’ai chroniqué ce livre pour Open Mag (le journal offert dans les Fnac de France) daté du mois d’avril 2015 et je l’ai questionné pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de mai 2015.

L’auteure :

Moyenne à l’école malgré son imagination débordante, elle délaisse les livres jusqu’à ses dix-huit ans, année où elle découvre les littératures de l’imaginaire. Le déclic se fait alors, et ses propres histoires commencent à mûrir. En 1998, elle s'autorise enfin à coucher ses histoires sur le papier.

Six ans et neuf versions plus tard, le premier volume de Fedeylins est publié chez Gründ.

Après la parution des trois tomes suivants, la tétralogie est complète. Nadia se consacre alors à d’autres univers pour les plus jeunes, dont la trilogie Les Yeux de l’Aigle à destination des lecteurs de 8 à 12 ans, publiée entre 2012 et 2013 chez Gründ.

Elle est membre de CoCyclics, un collectif de jeunes auteurs qui s’entraident pour améliorer leurs manuscrits grâce à la relecture critique, où elle sévit sous le pseudonyme NB.
Elle est également membre de la Charte des Auteurs et Illustrateurs Jeunesse.

Mon article pour Open Mag :

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Mon interview pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc :

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Une question bonus:

Vaïn doit notamment se débarrasser d’êtres maudits. Mais ces êtres maudits sont des enfants. N’avez-vous pas eu du mal à écrire ces scènes ?

Mon éditeur m’a dit qu’il ne pensait pas qu’une mère de famille pouvait écrire ce genre de scène. Dans l’écriture, le gros avantage d’aller dans l’extrême, c’est que l’auteur extériorise sa violence intérieure. Si mes enfants m’énervent, ils seront préservés de cette colère-là. Françoise Dolto disait qu’une mère normale avait envie de passer son enfant une fois par jour par la fenêtre. Ecrire permet d’évacuer ses pulsions meurtrières en toute légalité (rires).

07 mai 2015

Franck Calderon et Hervé de Moras : interview pour La prétendue innocence des fleurs

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorFranck Calderon et Hervé de Moras sont amis d’enfance et complices d’écriture depuis le collège. Et, coïncidence, ce sont aussi mes amis d’enfance. Nous nous connaissons depuis l’âge de 7 ans. Et nous étions très proches (nous le sommes d’ailleurs toujours).

Il y a trois ans, Franck m’annonce qu’il vient de finir un roman avec Hervé. Je jubile. Connaissant les deux hommes depuis toujours, je trouve qu’unir leur talent n’est pas une mauvaise idée. Franck écrit des scénarios pour des films et des téléfilms, il sait y faire pour aller droit à l’essentiel… et je connais sa foisonnante imagination. Hervé est un esprit vif avec un sens inné de la répartie. Lui aussi déborde d’imagination. De plus, il écrit superbement (il est enseignant, c’est la moindre des choses).

Quand ils m’ont fait lire la première mouture du roman, je n’en revenais pas. J’avais peur d’être déçu et de devoir leur dire. J’avais peur de manquer d’objectivité aussi. Mais non, j’ai été impressionné et j’étais certain qu’ils tenaient là une histoire en béton (mauvaise expression quand le thème central sont les fleurs…)

Ils ont du talent les salauds !

Je leur ai fait part de quelques réflexions, sur le rythme notamment, mais franchement, en l’état, le roman se tenait parfaitement. Il ne leur restait plus qu’à parvenir à être publié.

Ce qui est fait, chez Scrinéo. Et le livre sort aujourd’hui. Et j’en suis très fier. Parce que c’était eux, parce que c’était moi et que c’est un sacré bon roman.

Je tiens à dire que je ne le dirais pas si je ne le pensais pas. Question de réputation à garder encore un moment…

La prétendue innocence des fleurs, est un texte percutant où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent, sur fond d’un jeu de pistes lié au langage des fleurs conduisant à un dénouement inattendu.

Je peux vous assurer que vous ne serez pas déçu.

Voici quelques réactions bloguesques :

Lue et approuvée par Blabla mia.

L'écrivain bestseller Grégoire Delacourt a beaucoup aimé également.

Le 21 avril dernier, chez Franck, nous avons profité d’un passage d’Hervé (qui habite à Nîmes) pour nous réunir et parler de ce livre. Conversation entre trois potes, mais en restant professionnels tout de même (un peu). In vino veritas...

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorL’histoire :

Le bouquet était prêt : Cinq iris mauves, cinq lys blancs et deux jacinthes sauvages. Dans quelques heures à peine, il serait livré au cabinet du juge d’instruction Marc Ferrer, plongé dans la plus importante affaire criminelle de sa carrière.

Pourquoi ce bouquet ? Que signifie cet énigmatique jeu de piste qui le conduira, de bouquets en bouquets, de Paris à Venise, en passant par Nîmes ? Et pourquoi ce langage des fleurs, réminiscence d’un amour fou disparu huit ans plus tôt ?

Une brèche s’ouvre cachant un incroyable secret.

La Prétendue innocence des fleurs est un roman inclassable où le mystère, l’aventure sentimentale et l’intrigue judiciaire s’entremêlent pour tenir le lecteur en haleine jusqu'au dénouement.

Ce qu'en pense le directeur du Festival Polar de Cognac, Bernard Bec:

Comme pour un feuilleton, les deux auteurs baladent les lecteurs dans différentes histoires centrées essentiellement sur un même personnage. Plusieurs pistes nous sont proposées, et perso, je n'ai pas choisi la bonne. Un must !

Un premier avis de blogueuse.

Les auteurs :franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor
Franck Calderon est producteur et scénariste de télévision et a produit ou écrit de gros succès d’audience pour les principales chaines.
Il a été à la tête de la production à TF1 Production. Il a supervisé notamment les séries R.I.S et Interpol.

Hervé de Moras, lui,est enseignant.

C’est dans l’enfance qu’ils puisent la complicité nécessaire, ciment de leur écriture à quatre mains. Ce style « Calderon de Moras » est ainsi d’un genre inclassable mais addictif (pour l’aspect thriller), et féminin (pour l’aspect sentimental). Leur prochain roman est en cours d’écriture.

Le teaser du livre.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorInterview :

Contre toute attente, vous entrez dans le monde des auteurs de polar. 

Hervé de Moras : C’est étrange parce que j’estime que nous ne sommes pas dans un genre précis. A la base, nous ne voulions pas écrire un polar, mais il semblerait, selon les professionnels,  que nous appartenions désormais à cette catégorie

Franck Caldéron : Enfin, disons que nous voulions écrire un thriller, mais avec une dimension humaine. Nous ne sommes pas partis d’une intrigue polar, ni d’une intrigue amoureuse, nous sommes partis d’un parcours initiatique. Aujourd’hui, dans le roman, il y a donc ce parcours, mais aussi une histoire d’amour et une vraie intrigue judiciaire

Hervé : Moi clairement, j’avais plus dans l’idée d’écrire une histoire d’amour romantico-psychologique. Les cadavres, ce n’est pas mon truc. Les gens criblés de balles, on ne sait pas qui est l’assassin… ça ne m’a jamais intéressé.

Tu es le romantique du duo, quoi !franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Hervé : Voilà, c’est ça (rires). En fait, le polar n’est pas du tout mon univers. J’avais juste  balancé à Franck quelques ingrédients que je voulais voir apparaître dans l’histoire. Un type égaré dans un cimetière, un jeu de piste… et je voulais même faire un clin d’œil au Grand Meaulnes, un de mes romans préférés quand j’étais adolescent. Au début du livre, la rencontre est très Grand Meaulnes. Un type qui tombe en panne, qui arrive dans un château alors qu’un bal s’y déroule… Quant à Franck, lui, très vite, il a eu ses impératifs d’efficacité et de rythme. Il a amené la manière de tendre le récit. Il me disait : « C’est bien joli, mais qu’est-ce qu’il va se passer à ce moment-là ? Pourquoi tel personnage ? Quel sera le rebondissement à tel moment ? » C’est comme ça que l’on a tissé notre écriture. Nous sommes vraiment complémentaires. Ce n’est pas une façon de parler.

L’un et l’autre, en genre littéraire, vous étiez aux antipodes, finalement ?

Franck : Non, nous ne sommes pas aux antipodes, c’est excessif de dire cela. Quand on avait treize ans, déjà, nous écrivions des maximes et des pensées. On a quand même un univers commun. Hervé est plus classique que moi, mais classique dans le bon sens du terme. Non parce que quand tu dis « classique », certains entendent « chiant ». Nous avons deux approches de la littérature et de l’écriture un peu différentes, mais qui s’enrichissent. Nous sommes d’accord sur le fond. Il faut donner au lecteur à la fois un divertissement et une vraie et belle histoire. Ce qu’il y a de plus important dans notre écriture commune, c’est la grande part de mystère.

Hervé : Ce qui est fou, c’est que nous n’avons jamais été en conflit sur ce qu’il fallait écrire ou sur les orientations que l’on prenait. C’est une collaboration aussi profonde que naturelle.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandorQui est à l’origine de quoi dans ce roman?

Hervé : C’est tellement imbriqué qu’il est impossible de répondre à cette question. Je peux juste te dire que le langage des fleurs, l’idée du jeu de piste floral, c’est plutôt ma composante romantique, mais ça ne fait pas l’histoire.

Le langage des fleurs comme base de jeu de piste, quelle trouvaille ingénieuse !

Hervé : C’était juste une réponse à un problème. A savoir : comment laisser un message codé sur une tombe ? En plus, un message qui soit visible par tout le monde, mais qui s’adresse à une personne en particulier… et que personne n’enlève. Mais cette histoire, je te jure, on l’a construite de toute pièce ensemble.

Il y a beaucoup de références dans ce livre. Sur les fleurs, sur la musique ou sur l’aspect judiciaire des choses. Tout est rigoureusement exact ?

Franck : Tout est extrêmement documenté. Tout ce que l’on raconte sur le métier de juge d’instruction, par exemple, est vrai. On a fait lire le roman à un procureur pour qu’il nous précise des choses et qu’il valide ce qu’on en dit. Concernant le langage des fleurs, nous sommes allés chercher les meilleures références sur la question. Tout ce qui est dit sur la musique, sur la vie de Ravel, est authentique. Pour être crédible, c’était important de ne pas raconter des choses fausses.

Il y a plein d'évènements mystérieux autour de votre roman, des coïncidences étonnantes…

Hervé : La première coïncidence, c’est qu’à l’époque, je travaillais près du cimetière où se déroule l’histoire originelle. J’allais me balader parfois dans ce cimetière entre midi et deux, pour m’imprégner des lieux et trouver l’inspiration. Quand on a décidé qu’il fallait trouver la tombe d’un botaniste, j’ai décidé de partir à la recherche d’une tombe qui pourrait nous inspirer. J'ai rapidement été attiré par une chapelle au fond du cimetière. Quand je me suis approché de cette tombe, j'ai vu qu'à l'intérieur une plaque indiquait : Julien Callas, inspecteur des eaux et forêts. J’appelle Franck pour lui dire. Il descend à Nîmes et vient avec moi au cimetière. Je lui demande d’essayer de trouver la tombe que j’ai choisie. Il la trouve du premier coup, alors que le cimetière est aussi grand que plusieurs terrains de football. Le soir, chez moi, on tape le nom de ce Julien Callas et on découvre avec stupeur que ce type-là a écrit un livre, non pas sur le langage des fleurs, comme dans notre roman, mais sur la flore locale… Fort curieuse coïncidence !

Il y a aussi une histoire avec un morceau de musique de Ravel…franck caldéron,hervé de moras,la prétendue innocence des fleurs,interview,mandor

Franck : Dans l’histoire, nous avions aussi besoin de la tombe d’une pianiste. Nous nous apercevons que Marguerite Long, qui est une grande concertiste, est enterrée à Nîmes dans le même cimetière que Julien Callas. On décide donc de prendre sa tombe comme modèle. Il se trouve que pour l’histoire, on avait choisi au préalable un morceau de Ravel qui est récurrent dans le roman. Bien après, nous nous sommes aperçus que Ravel avait dédié le concerto en sol à Marguerite Long et qu’elle avait été la première dans le monde à le jouer. C’est quand même bizarre…

Hervé : Très vite, nous sommes retrouvés avec un botaniste qui existait et une pianiste qui existait aussi. A partir de là, il y a des fils qui se sont tirés et attirés naturellement. Le filon s’est imposé à nous. Assez tard dans l’écriture, la réalité a alimenté la fiction. La clef de notre énigme est cachée dans la réalité, la réalité de cette base, à savoir la botanique, la musique, Ravel… mais je ne veux pas en dire plus.

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Lors de l'interview, le 21 avril 2015.

Est-ce que ces « coïncidences » vous confortent dans l’idée que ce livre a été créé au-delà de votre volonté ?

Hervé : Ça nous a donné le sentiment que les choses nous dépassaient. J’ai toujours pensé que l’homme ne créait jamais rien, qu’un poète, un musicien ou un écrivain découvrait juste  les choses. C’est tout à fait différent comme approche. C’est comme un chineur qui cherche dans une caisse et qui trouve un bel objet.

Franck : Tout a du sens. Les choses ne se font jamais au hasard.

C’est quoi pour toi un polar, Franck ?

Franck : C’est un genre, mais surtout un vecteur. Avec une histoire policière, tu peux tout raconter. Tu peux raconter des choses aussi horribles que sublimes, des drames shakespeariens, des histoires totalement romanesques. Le polar est un vecteur qui te fait rentrer dans l’âme humaine. Quand quelqu’un tue quelqu’un d’autre, c’est avant tout une histoire humaine.

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Le 5 mai 2015, première signature à la librairie Tessier à Nîmes. 

Qui a décidé d’écrire ce livre ?

Hervé : L’idée vient de Franck. Nous étions au comptoir d’une bodega. Je ne te cache pas que nous étions déjà  fortement alcoolisés. C’est là que nous nous sommes promis d’écrire ensemble. Lors de cette soirée, on a jeté des idées de sujets, mais je peux te dire que le livre qui existe aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec les propositions de l’époque. Pour nous, ce roman est tout sauf un truc figé que l’on remplit comme un livre de coloriage. Il était en mouvement permanent. C’est en tout cas, une formidable aventure humaine.

Je suis à la fois fier et impressionné que vous ayez réussi à mener à bien ce projet littéraire…

Franck : J’ai toujours eu une sorte d’admiration pour les capacités d’Hervé à avoir des fulgurances et à comprendre certaines choses qui ne m’étaient pas accessibles facilement, voire qui m’étaient inaccessibles. Quand je travaille avec lui, j’ai l’impression d’être plus intelligent. 

Hervé : Je crois surtout qu’il y a beaucoup de respect entre nous. Du coup, quand l’un de nous lance une idée, elle est toujours respectée. On considère que ce qui a été dit est intéressant et digne d’être dit. Parce que l’on se connait, on sait que ce n’est pas une idée en l’air et que ça part forcément de quelque chose de profond.

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Avec Franck et Hervé, un mois avant l'interview... une soirée de retrouvailles.

Et j'espère vous voir mardi prochain...

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06 mai 2015

Guillaume Musso : interview pour L'instant présent

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Voici ma troisième interview de Guillaume Musso. La première, c’était en 2004, à l’occasion de la sortie de son premier livre, Et après (je crois d’ailleurs avoir été l’un des premiers à l’avoir interviewé… ou alors ça fait partie de ma légende personnelle et je finis par y croire, je ne sais pas).

L’année dernière, le 20 mars 2014, à l’occasion de la sortie de Central Park, je suis allé lui poser des questions chez XO Éditions, déjà pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois d’avril-mai 2014).

Un an plus tard, le 31 mars dernier, bis repetita pour son nouveau roman L’instant présent, toujours chez XO Editions et toujours pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (cette fois-ci daté des mois d’avril-mai 2015). Je me mets à espérer que nous aurons désormais un rendez-vous annuel, tant j’aime nos rencontres. Guillaume Musso donne ses interviews « au compte-goutte » et il me fait l’amitié d’accepter de faire partie des heureux élus dès que je le souhaite. Voici donc le résultat de notre entretien pour le magazine, puis vous pourrez lire le bonus mandorien.

Avant cela, voilà un résumé de son livre.

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L'interview :

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guillaume musso,l'instant présent,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandorBonus mandorien :

Il y a quelques années, tu me disais que tu te moquais des critiques, tant que les lecteurs étaient là, ça n’avait pas d’importance.  Mais au final, quand les critiques sont bonnes, comme c’est le cas depuis tes deux derniers romans, tu es content, non ?

Évidemment, je suis humain. Tu sais, une bonne critique te fait plaisir cinq minutes, une mauvais t’ennuie cinq minutes, après, ça ne change ni ta vie, ni tes ventes. En avançant dans l’âge, tu apprends à te dépouiller un peu et à moins tenir compte de l’écume. A quarante ans, tu sais comment la vie fonctionne, tu te connais mieux avec tes points positifs, négatifs, tes failles, tes qualités, tes défauts. Tu as plus de distance et de recul. Moi, je ne veux plus que ma vie soit polluée par des pensées trop négatives. Ma devise est : « Ne fréquente pas la médiocrité, c’est une maladie contagieuse ».

Ce n’est pas innocent si le roman s’intitule L’instant présent ?

Vivons l’instant et arrêtons d’avoir nos vies saccagées par les regrets et les remords liés au passé ou aux projections, les plans sur la comète que tu peux faire par rapport au futur. Il faut savoir saisir sa chance quand elle se présente. Il faut bouger, ne pas attendre, être actif, c’est ainsi que les choses finissent par arriver.

C’est marrant que tu dises cela parce que dans tes romans, il y a toujours cette idée de mouvement.

J’ai toujours peur de lasser. Dans mes romans, à la Hitchcock, il y a toujours des personnages ordinaires qui sont pris dans des évènements qui les dépassent. Souvent, ils sont la tête dans le guidon parce que leur vie bouge trop vite.

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Finalement, tes livres sont tout le temps des enquêtes sur les personnages eux-mêmes,guillaume musso,l'instant présent,le magazine des loisirs culturels auchan,interview,mandor non ?

C’est Jean-Christophe Grangé qui me disait : « qu’est-ce qu’un thriller sinon une enquête sur soi-même ? » Le danger et l’inconnu servent de révélateurs de personnalité. Ce n’est jamais l’intrigue proprement dite qui m’intéresse, ce sont plutôt les personnages qui vont apprendre qui ils sont vraiment.

Parlons un peu de ta vie privée, mais cela à un rapport direct avec ton nouveau roman. Ta femme te reproche-t-elle d’être trop souvent coupé du monde et de ne pas passer suffisamment de temps avec elle et votre enfant ?

Quand je l’ai connu, je lui ai expliqué que lorsque j’écrivais, j’avais des rituels, que ça me prenait beaucoup de temps, parfois quinze heures par jour. Elle a rapidement constaté que c’était vrai et un jour elle m’a dit : « Tu te rends compte que tu passes quinze heures avec des personnages de papier dans un univers imaginaire ? Tu te rends compte que c’est pathologique, au minimum un peu singulier ?». Elle me reprochait gentiment de passer plus de temps avec un univers chimérique qu’avec elle ou qu’avec ma famille. Depuis, c’est resté en moi et je lui ai répondu en écrivant un livre, La fille de papier. Moi, contrairement à ce que tout le monde croit parce que je sors un livre par an depuis dix ans, je n’écris pas vite. Je travaille très lentement, mais je travaille tous les jours. J’ai besoin de passer du temps à écrire, à faire des recherches, à polir mes dialogues…

Tu n’es donc pas comme Bernard Werber qui est l’exact opposé de toi à ce niveau-là.

Effectivement, quand j’ouvre le robinet, ça ne coule pas forcément. L’écriture est une activité qui structure ma vie. Je suis même un peu monomaniaque. Je n’arrive jamais à appuyer sur le bouton « off ». Même quand on part en vacances, pour moi, c’est un terrain de jeu pour trouver des idées pour le roman suivant.

Tu dis dans le livre qu’un roman « est presque toujours autobiographique puisque l’auteur raconte son histoire à travers le prisme de ses sentiments et de sa sensibilité ».

Ça, c’est un débat sans fin. A partir du moment où c’est vous qui écrivez, ça passe à travers le filtre de votre personnalité. L’instant présent est mon livre le plus personnel, mais n’est pas du tout autobiographique.

Tu fais le parallèle entre une histoire d’amour et un roman…

Une histoire d’amour réussie c’est « rencontrer la bonne personne au bon moment » et un roman réussi c’est « la bonne histoire, mais racontée à un moment où vous êtes capable vous-même de développer les thèmes et les exploiter le mieux possible. »

Faut-il écrire un livre, à chaque fois, comme si c’était le dernier ?

D’abord, il ne faut pas écrire un livre pour rien. Il faut écrire des livres qui ont du sens dans ta vie d’homme et ta vie d’auteur. Il faut toujours être fier de son nouveau roman. J’ai besoin d’être convaincu que, si je terminais ma vie avec le dernier livre écrit, je puisse en être fier.

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Après l'interview, le 31 mars dernier.

05 mai 2015

Yoanna : interview pour Princesse

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(Photo:Jessica Calvo)

yoanna,princesse,interview,mandorYoanna est l’une des plus brillantes chanteuses francophones de ses dernières années. Je la suis depuis son premier album et je garde une admiration sans faille pour son œuvre  (trois disques, Moi Bordel ! (2008), qui m’a permis de la mandoriser une première fois, Un peu brisée (2012) et enfin Princesse (2015). Yoanna est une très grande, mais nous ne sommes pas si nombreux à le savoir.

Cette chanteuse, certains de mes confrères ne l’aiment pas, ne la défendent pas/plus. Soit, ils considèrent que ses chansons sont trop noires et glauques (je l’ai entendu dire, alors que c’est juste puissant et intense, que ça fouille dans le tréfonds de l’être humain et que c’est pas toujours joli-joli…), soit ils n’aiment pas sa « grande gueule ». C’est sûr Yoanna est franche du collier, ça lui joue des tours. Comme dit mon copain David Desreumaux sur son site Hexagone (dont je loue le travail intelligent, précis, extrêmement bien documenté) : Ce que l’on aime chez Yoanna, c’est qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche – ni son accordéon – et que cette langue est fleurie comme un parterre à l’anglaise. Elle caresse comme elle griffe et l’on kife cette sincérité brute et parfois brutale. »

Mais, moi je l’aime cette artiste suisse. Nous nous sommes loupées plusieurs fois, avant de parvenir à prendre un café ensemble pour parler de son nouveau disque, du métier et de toutes sortes de choses… c’était le 17 mars dernier… et c’était bien.

Avant l’interview, je vous propose de lire ce qu’en dit Isabelle Dhordain (Le Pont Suspendu, le 5 Février 2015), parce qu’il n’y a aucun mot à changer tant je pense pareil :

« Voici qu’un des plus intéressants albums de chansons françaises vient de sortir. Celui de Yoannayoanna,princesse,interview,mandor.  A peine trente ans et une plume d’une maturité saisissante, mise en valeur par des arrangements sobres, minimalistes et entêtants, parfois répétitifs pour appuyer les phrases clefs des chansons. Avec sa complice Marion Ferrieu au violoncelle et Frédéric Monestier à la réalisation. Yoanna à l’accordéon, voix en avant, livre enfin son troisième album aux musiques hybrides loin de la popinette à la mode !
Yoanna c’est l’anti produit marketing fabriqué par les télé-crochets. Elle est Anti système, anti média, anti cons ! Anti tout ! Bref une belle rebelle !

Yoanna c’est du vrai, de l’authentique, de la sincérité de la sensibilité, et une grand gueule pour défendre ses idées. La belle rebelle s’est changée en « Princesse » pour son troisième album. Yoanna prend la parole comme toujours, elle a des choses à dire, sur elle, sur nous, sur les politiques, sur la société, sur les sentiments, sur la solitude, sur la mort, sur la vie en somme. Elle a des yeux aiguisés comme des couteaux lorsqu’elle regarde ses contemporains.
Il y a plus d’un coup de gueule dans son sac à dos, mais sous la cuirasse il y a surtout beaucoup de coups d’amour, et des coups de blues. Une chanson française au féminin qui change des mièvreries habituelles de ses consœurs, petite sœur d’un Loïc Lantoine, petite fille d’une Brigitte Fontaine. L’un pour les aspérités, et les textes scandés, l’autre pour la tendresse. 
Elle est double cette jeune chanteuse, c’était d’ailleurs le titre d’une chanson de son deuxième album. Espérons que les programmateurs de festivals et de salles, qui se plaignent des français qui écrivent et chantent en anglais, vont se pencher sur cette princesse au plus vite, au lieu de pleurer sur le manque de nouveaux talents! 
Yoanna tire la chanson française vers le haut, c’est incontestable. »

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Interview :

yoanna,princesse,interview,mandorNous nous sommes vus pour la première fois en 2008. Depuis, tu as enregistré deux albums, tu as fait un nombre important de concert et tu as acquis une belle réputation des amateurs de belles chansons.

Tu veux vraiment mon impression ? En 2008, j’étais jeune, il y avait donc le côté petite fille, nouvelle découverte, toute fraiche, toute mimi. Après avoir été « découverte » sur les festivals, on finit par n’être plus une découverte. Je bénéficiais du renom de certains groupes qui gravitaient autour de nous. Sinsemilia, Tryo, Debout sur le zinc… Sur ma bio, il y avait plein de noms, donc les gens étaient curieux de découvrir qui j’étais. Bon, si j’avais eu une chanson co-écrite avec –M-, je n’aurais pas du tout eu les mêmes retombées médiatiques. Malgré cela, il s’est passé un truc avec Moi Bordel ! Après, ça s’est vite calmé. Peut-être n’ai-je pas fais les bon choix. Pour tout te dire, je n’arrive pas à analyser mon parcours.

Il y a eu Un Peu brisée en 2012.yoanna,princesse,interview,mandor

Certains ont été étonnés que je puisse sortir un deuxième album. Comme il y a eu quatre ans entre les deux albums, les gens me disaient « Oh ! Tu fais encore de la musique ? »

Et aujourd’hui, il y a Princesse.

Oui, mais tout le monde s’en fout. Il n'y a quasiment aucune presse  sur ce disque. Je ne comprends pas le silence autour ce disque, à ce point-là… je trouve ça curieux.

Je suis d’accord avec toi, j’adore ce disque. Je le trouve brillant, intense, profond…  Je ne comprends pas que, ni les journalistes musicaux, ni le public ne te suivent.

Je pense que je suis respectée, mais dans un milieu qui est quand même très petit. C’est assez fermé. Je suppose que Christophe Maé et Pascal Obispo n’ont jamais entendu parler de moi. Je pense aussi que je ne suis pas rentable. On ne me programme pas en festival ni ailleurs. On me répond que mon univers est trop glauque. Et puis les gens ne peuvent pas me coller d’étiquette, alors ça les emmerdent. Et le truc de bosser toute seule, ça les emmerdent aussi.

"Voici venu", extrait de l'album Princesse -(HibOO d'live - session acoustique au cimetière de Montmartre par Rod Maurice).

yoanna,princesse,interview,mandorMême si tu ne le comprend pas, comment expliques-tu le silence autour de toi et de ton œuvre ?

Je pense que mon travail est féministe. Je suis une personne féministe, mais  malgré moi… j’ai mis douze ans à m’en rendre compte. Ce que je dégage en tant que femme, ça renvoie à un truc. Ce que j’écris se reflète dans mon attitude sur scène. Je ne suis pas dans la séduction à tout prix. Il y a un jeu de la femme que je ne joue pas, je ne sais pas comment te l’expliquer.

Et le monde musical est un monde de mec… dommage.

Les musiciens, les tourneurs, les journalistes, pour la plupart, ce sont des mecs, tu as raison… il n’y a que chez les attachées de presse que l’on trouve des femmes en majorité. J’évolue dans un monde de bonhomme et je pense que ce que je dis dans mes chansons ne leur plait pas.

Quant à ton œuvre, on ne la classe pas dans la catégorie « divertissement ».

Moi, le divertissement dans la musique m’emmerde. Que ce soit le « terrorisme festif » ou les bonnasses qui gémissent à tout bout de champ, moi, ce n’est pas possible. Le divertissement ne m’intéresse pas.

Y a-t-il une différence entre ce que tu fais dans la musique et ce que tu es ?yoanna,princesse,interview,mandor

Oui, d’autant plus depuis que je suis maman de deux enfants. Je crois à la création à partir du moment où elle t’aide à savoir qui tu es, où elle te permet d’avancer et de rectifier ton comportement  Toutes les disciplines artistiques sont des cadeaux pour que chacun de nous apprenions à nous connaître. Je pense que les gens qui ont eu des traumatismes deviennent artistes… il y a beaucoup de chtarbés dans le milieu artistique. J’ai lu des bouquins très sérieux dans lesquels ils écrivaient qu’il y 90% de dégénérés mentaux dans le milieu artistique. Entre ceux qui ont des tocs, qui sont bipolaires, dépressifs, alcooliques, qui sont anorexiques, j’en passe et des meilleurs, je t’assure, il ne reste plus grand monde.

Tu fais partie de quelle catégorie?

De toutes à la fois (rires). Sérieusement, je ne suis plus dans la même catégorie qu’en 2008. J’étais bourrée tout le temps.

Quand nous nous sommes vus pour ta première mandorisation, tu étais bourrée ?

Disons que j’étais à la bière et à jeun. J’étais morte de trouille parce que le soir même je jouais eu Divan du Monde en première partie des Sea Girls. Ça me foutait un trac de fou. Avant de monter sur scène, je m’étais ingurgitée une demie bouteille de rhum, j’étais JoeyStarr. Je pars du principe que monter sur scène, ce n’est pas normal.

Ce que tu me dis là est paradoxal quand on fait ce métier.

Mais, moi j’ai fait ce métier parce que j’étais en échec. Nous sommes tous tombés par hasard dans la musique. Et je peux te dire que nombreux sont ceux qui utilisent la musique comme une thérapie comportementale. On arrive là parce que c’est tout ce que l’on peut faire. Nous ne sommes pas capables de faire des études parce que l’on refuse l’autorité, parce qu’on a un problème avec le collectif… non, je te dis, on se retrouve dans la musique par hasard.

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(Photo : Jessica Calvo)

Alors, aujourd’hui, tu es dans quelle catégorie, puisque tu n’es plus dans celle des artistes qui boivent ?

A partir du moment où il y a eu l’arrivée de mon premier enfant, je n’ai plus rien capté pendant un an et demi. J’ai pris beaucoup de recul sur la musique. Je ne me disais pas que je voulais être une bonne mère, mais je souhaitais simplement être la moins nocive possible. Je savais que j’allais faire des conneries et que ce serait dur, parce que j’ai eu mon premier fils très tôt, et donc j’ai décidé de prendre soin de moi. J’ai décidé alors de m’aimer plus et d’être plus gentille avec moi.

Dans « Nos corps », c’est ton fils qu’on entend ?

J’ai fait du chantage à la sucette pour qu’il chante sur cette chanson (rires). Dans cette chanson, j’explique que les complexes physiques, ce n’est pas que féminin, c’est aussi beaucoup masculin. Je connais plein de mecs qui sont ultra complexés, mais qui gardent tout en eux. On fait tous des complexes jusqu’à un certain âge et quand on arrête de s’en faire, c’est qu’on est en train de crever. Notre corps n’est que notre enveloppe, ça ne devrait pas poser autant de problème que ça. Le message que je veux faire transparaitre dans cette chanson est qu’il faut accepter son corps comme il est, on perdra moins de temps.

yoanna,princesse,interview,mandorDans tes chansons, j’ai toujours l’impression que tu parles de toi. Dans « J’ai peur » par exemple?

C’est un peu moi et les autres. J’ai peur de la mort. Surtout de la mort des autres. De mes enfants… rien que dans parler, j’ai les poils qui se dressent. La mort de mon conjoint aussi me stresse au plus haut point. Ma mort à moi, je m’en fous un peu, égoïstement. J’ai plus peur de la maladie et de la souffrance. En plus, je ne supporte pas le milieu médical.

Tu as l’image de quelqu’un qui chante des chansons dont les sujets sont toujours négatifs.

Il faut dire que j’ai commencé dès le premier album. J’ai évoqué l’inceste, c'était d’ailleurs mon grand sujet… et la musique m’a fait du bien. J’encourage les lecteurs qui nous lisent de sortir leur traumatisme par n’importe quel moyen, à les exprimer. Il faut absolument sortir la merde de soi. Mon premier disque Moi bordel !, j’ai sorti la merde.

Ça te faisait plaisir que les gens écoutent la merde que tu sortais ?

Non, pas tout le temps. Ce disque, je n’ai jamais pu l’écouter. Quand je chantais sur scène des chansons qui évoquaient l’inceste, j’étais très mal à l’aise quand les gens tapaient des mains.

Il ne manquerait plus qu’ils scandent « bis ».

(Eclat de rire). Non, je n’ai jamais compris pourquoi le public applaudit pendant une chanson, alors que tu racontes des trucs super gore.

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(Photo : Lu)

Au fond, tes trois albums n’ont rien à voir.

Oui, artistiquement, c’est incohérent. C’est quoi le point commun entre Princesse et Moi bordel ! ? Je trouve que mon nouvel album est moins glauque que le premier. Je ne sais pas où je vais et j'avoue que je me cherche continuellement.

Tu composes tout en mineur. Ca influence les textes de tes chansons ?

Grave. Plein de potes m’incitent à composer en majeur. Dans la vie, j’adore me marrer, je suis assez solaire, mais ça ne se reflète pas dans mon travail. Certains proches le regrettent. Je vais essayer de rectifier le tir, mais j’ai peur de tomber dans la mièvrerie. J’ai peur de la légèreté, du divertissement, de la douceur, de la préciosité… du coup je vais à l’extrême. Peut-être trop.

Ce disque est très balzacien, période « comédie humaine ».

Oui, j’aborde les rapports de force, la lutte des classes, l’injustice sociale et l’abus de pouvoir. Il m’a fallu trois disques pour aborder des thèmes autres que moi.

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Tu ne fais pas beaucoup de concessions pour te mettre dans la poche les gens du métier.

Mais quelles concessions il aurait fallu que je fasse ? Isabelle Dhordain m’a dit la même chose.

Je ne sais pas. C’est l’image que j’ai de toi. Tu irais faire n’importe quelle télé, par exemple ?

Oui. Juste, on ne m’invite pas, c’est tout. Mon personnage d’indé, il vient aussi de « tu ne veux pas de moi, alors, moi non plus, je ne veux pas de toi !  Vous ne voulez pas de mon taf ? Alors je ne veux pas de vos médias à la con ! » C'est une réaction quoi! Et puis, économiquement, je suis contre le libéralisme. Archi contre. Je trouve que dans le monde de la musique, on est dans le libéralisme à l'extrême. On est dans un truc inadmissible éthiquement parlant. Si un jour j’arrête la musique, ce ne sera pas à cause de la musique, ce sera à cause de la mafia parisienne.

Mais si tu refuses de t’intégrer là-dedans, ne t’étonnes pas de ne pas avancer vite.

Je ne refuse pas, ils ne me le demanderont jamais.

Mais s’ils te le demandaient, tu accepterais ?

Mais oui. Si on ne me propose pas des crottes de nez, pourquoi pas ? A l’époque de Moi Bordel ! il y avait des gens qui étaient intéressés par moi. Je ne citerais pas les labels, mais il y a eu des beaux.

Pourquoi as-tu refusé alors ?

Parce que je ne me sentais pas prête. C’est allé super vite. Et ils ont voulu m’imposer des réalisateurs. Moi, je voulais bosser avec Fafa Daïan (mandorisé là). A 19 piges, je leur ai dit d’aller se faire voir, je voulais bosser avec qui je voulais. Aujourd’hui, j’agirais certainement différemment.

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L’argent, c’est le nerf de la guerre ?

Tu m’étonnes. Tu vois, là, on est à Paris pour jouer à RFI. Les seules personnes dans tout le bâtiment qui ne sont pas payés, ce sont les musiciens. Il faut le dire, les gens ne le savent pas. Ça me coute 450 euros d’aller jouer à RFI, entre les billets de train et l’hôtel…

Et je sais que ce n’est pas simple de jouer dans une salle parisienne.

A Paris, à part les bistrots et l’Espace Jemmapes, toutes les salles sont privatisées. Il n’y a plus une salle qui n’appartient pas à une société de production.

Tu sais que dire tout ça ne va pas arranger ta réputation ?

Je le sais parfaitement. Je n’ai pas envie d’enrichir un mec qui a déjà six salles dans Paris. Je l’emmerde. Je débecte le concept du « toujours plus ».

Tu ne pourras pas marcher avec le système. Jamais.

Mais, il ne marche pas le système, donc je m’en fous.

"Elle est double" extrait du précédent album Un peu brisée.

Te sens-tu un peu seule ?

Je me sens seule, même si, à Grenoble, je suis très entourée. Je ne me sens pas rentable, je ne suis pas du tout dans une course à l’argent, au succès, mais ça me fais juste chier de devoir batailler pour faire mon métier.

Tu es blessée ?

Non, mais j’ai l’impression parfois d’être aigrie, en colère contre les autres artistes, voire jalouse.

Tu aimerais que l’économie liée à la musique marche comment?

Moi, je suis plus proche du collectif, comme celui du monde du hip hop. On s’entraide à quatre cinq groupes, pour avoir un studio dans lequel on bosse ensemble. Je rêve que l’on remonte un réseau de distribution en France de disques indépendants. Mais, je rêve…

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Après l'interview, le 17 mars 2015, dans un café parisien.

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03 mai 2015

Grégoire Delacourt fait La Poz' à Ozoir-la-Ferrière

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierGrégoire Delacourt est un écrivain/homme que j’apprécie beaucoup. Il me semble que l’on s’en aperçoit dans les deux mandorisations qui lui sont consacrés. Ici en 2014 pour On ne voyait que le bonheur et là en 2013 pour La première chose qu’on regarde. Deux grandes interviews dans lesquelles l’auteur se confie comme jamais. Il y a une espèce de confiance mutuelle entre l’auteur et le journaliste, je crois. J’étais donc ravi de lui proposer un débat en public, autre exercice dans "l’art" de l’interview, dans le cadre des cafés littéraires proposés par Luc-Michel Fouassier, adjoint à la mairie d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l’événementiel littéraire (et aussi auteur maintes fois mandorisés).

Petit rappel : Le premier café littéraire d’Ozoir-la-Ferrière, c’était avec François Bégaudeau, le second avec Mercedes Deambrosis.

Bref, Grégoire Delacourt a accepté ce rendez-vous en sachant qu’il allait être entre des mains et des personnes plutôt bienveillantes. Cette « Poz’ » s’est tenue le 27 mars dernier. L’homme a conquis l’assistance, car il sait y faire. Il est, ce qu’on appelle plus communément, un « bon client »… moi, je vais jusqu’à dire, un "client idéal ».

Je regrette toujours de ne pas penser à enregistrer ces entretiens, mais, globalement, si vous lisez les deux mandorisations sus-citées, on se rapproche de ce qui a été dit.

Voici donc quelques photos de cette soirée.

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(Photo : Lionel Brard)

Qu'il est agréable d'animer un débat dans une salle bien remplie, quand on sait Ô combien il est difficile de faire bouger les gens pour assister à une rencontre culturelle. Je ne compte plus les débats avec des écrivains que j'ai animé devant un public très restreint... Il est triste de constater que seuls les noms connus permettent d'attirer le chaland.

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Animer un débat avec Grégoire Delacourt, ce sont des moments qui n'engendrent pas la mélancolie...

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(Photo : Lionel Brard)

Quoique... parfois si. L'écrivain sait captiver son public en lui faisait traverser toutes sortes d'émotions. Il émeut son auditoire, comme il est capable de le faire rire aux éclats. C'est tout Grégoire Delacourt.

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(Photo : Lionel Brard)

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Après le show Delacourt, évidemment, petite séance de signatures...

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Ici l'auteur avec l'organisateur de cet évènement, Luc-Michel Fouassier (qui me fait confiance depuis 2009 pour animer les salons du livre et les cafés littéraires dont il a la charge. Encore une fois, merci à lui!)

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Après La Poz', c'est la pause et la pose avec Grégoire Delacourt.

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierA noter que, depuis cette rencontre, son nouveau livre est sorti (c’était la semaine dernière, pour être précis), Les quatre saisons de l'été. Il fera l’objet d’une quatrième mandorisation (j’espère). En attendant, voici ce qu’en dit l’éditeur :

Été 99, dont certains prétendent qu’il est le dernier avant la fin du monde.
Sur les longues plages du Touquet, les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour qui éclosent. Enivrent. Et griffent. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir.
Ils ont 15, 35, 55 et 75 ans. Ils sont toutes nos histoires d’amour.

Après le succès mondial de La Liste de mes envies (plus d’un million d’exemplaires vendus), de La première chose qu’on regarde et à la rentrée littéraire 2014 d’On ne voyait que le bonheur (130 000 exemplaires vendus), Grégoire Delacourt ausculte avec brio et délicatesse le sentiment amoureux.

02 mai 2015

Lucrèce Sassella : interview pour 22 ans

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La talentueuse Lucrèce Sassella sort son premier disque, 22 ans. Toutes les chansons sont écrites par Antoine Sahler, le complice musical de François Morel sur scène. Soit douze petites merveilles taillées sur mesure pour cette artiste polyvalente.

 La jeune femme s’est entourée d’Antoine Sahler et d'autres musiciens, dont un quatuor à cordes exclusivement féminin.

Comme le dit le journaliste Laurent Delmas, « le duo Sassella / Salher est un mélange de mélancolie et de badinage propre à Charles Trenet. Les douze chansons de cet album passent aisément du rire aux larmes, de l'homme adoré et moqué à la rupture qui fait mal, des rues de Paris qui se dérobent aux mille petits tics quotidiens, de l'âge qui file aux autres filles, de la colère à la joie de vivre. »

L'écouter sur Deezer.

Et voilà ce qu'en dit Jérôme Garcin dans L'Obs du début du mois de février dernier...

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Le 5 mars dernier, j’ai reçu la visite à l’agence de cette délicieuse fée Clochette.

lucrèce sassella,22 ans,22h22,antoine salher,interview,mandorBiographie officielle :

Après des études de piano classique, Lucrèce Sassella décide de chanter et commence par le Jazz: elle crée un quintet, sélectionné en 2005 pour le concours national Crest Jazz Vocal. Elle enregistre également des chœurs pour des artistes divers: Brigitte Fontaine, Areski Belkacem, Bernard Lavilliers, Sophie Forte, François Morel… Elle travaille régulièrement avec l'arrangeur et compositeur Fred Pallem (bande originale du Crazy Horse, jingles de Noël pour Arte …), et a signé les arrangements vocaux du dernier spectacle des Sea Girls. Elle fait partie du groupe The Endless Summer (2 albums + 1 EP). En 2011, elle joue et chante dans une pièce de théâtre sur le cinéma, Instants Critiques aux côtés d'Olivier Saladin et Olivier Broche mise en scène par François Morel.

Depuis plusieurs années, elle travaille avec l'auteur-compositeur Antoine Sahler. Ensemble, ils enregistrent un EP 5 titres en 2013. Parallèlement, ils créent le spectacle 22h22, dans lequel ils interprètent les chansons de leur répertoire. Le spectacle est créé en septembre 2012 au théâtre d’Épernay, et a été invité par François Morel tous les lundis entre janvier et avril 2013 au théâtre de la Pépinière dans le cadre de sa carte blanche.

Lucrèce Sassella vient de sortir son premier album 22 ans : 12 chansons qui dessinent le portrait d'une jeune femme aux  prises avec quelques grandes questions existentielles :
L'amour éternel dure-t-il toujours ? Comment choisir un galet parmi trois millions?
Un 1er album qui impose d'emblée Lucrèce Sassella comme une artiste à forte personnalité.

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lucrèce sassella,22 ans,22h22,antoine salher,interview,mandorInterview :

La plupart des chansons qui figurent sur 22 ans existaient déjà dans votre spectacle 22h22 en 2012.

Il y a certaines chansons uniquement. On n’a pas pu enregistrer tous les titres du spectacle.

Vous avez joué, dansé, chanté, fait de la musique, dans la pièce de théâtre, Instants Critiques aux côtés d'Olivier Saladin et Olivier Broche, mise en scène par François Morel. Cette expérience a dû vous apprendre beaucoup.

J’ai appris beaucoup au niveau humain et artistique. Je me suis servie de mes acquis avec cette pièce pour monter 22h22 avec Antoine Sahler. Je n’avais plus du tout envie de monter sur une scène pour faire juste un concert. J’avais envie d’utiliser toutes les armes du théâtre, tous les moyens magiques, les très belles lumières, l’idée d’être dans un décor. Je trouve que les chansons d’Antoine s’y prêtent vraiment.

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Lucrèce Sassella avec Olivier Saladin, Olivier Broche et François Morel.

D’aucun pourrait dire qu’une chanson doit se suffire à elle-même.

Je suis d’accord, mais ça n’empêche pas. Le pari de ce spectacle était d’embellir encore plus ces chansons.

Au départ, c’était la musique qui vous intéressait.

J’ai une formation de piano classique, ensuite j’ai bifurqué vers le jazz, là je me suis mise à chanter. J’ai monté plusieurs groupes de jazz dans lesquels nous reprenions des standards chantés en anglais… mais j’écrivais de nouveaux arrangements.

Vous étiez frustrée de ne pas chanter en français ?

Complètement. Mais le jazz interprété en français, c’est très compliqué à faire. Au bout d’un moment, je ne voyais plus l’intérêt de réinterpréter des standards qui ont été écrit il y a cinquante ans aux Etats-Unis, dans une culture qui n’est pas vraiment la nôtre. Dans le projet 22h22, Antoine a écrit toutes les chansons pour moi. Elles me collent parfaitement à la peau.

Vous avez aussi fait partie du groupe Rigolus.

C’est une fanfare de jazz complètement déjantée qui va aussi vers le rock, voire vers le punk. On était trois chanteuses. C’était des chansons qui pouvaient faire penser à du Queen. Il y a avait une grosse part d’instrumental dans ce groupe. C’était une expérience musicale unique avec des musiciens incroyables. Là aussi, j’ai appris beaucoup.

Pourquoi avoir fait des chœurs pour bon nombre d’artistes ?

Ça fait partie de mon métier de faire ce genre d’activité. Cela permet de se frotter à des univers musicaux qui ne sont pas forcément les nôtres. Chanter pour Bernard Lavilliers, ce n’est pas à des kilomètres de moi, mais c’est une chance de pouvoir vivre cette expérience.

"J'aime comme tu m'aimes" (ceci n'est pas un clip, juste la chanson).

C’est grâce à François Morel que vous avez pu enregistrer ce disque.

Il nous a aidé financièrement et nous a offert sa structure de production. François a l’esprit de famille. Il y a quelques années, on buvait l’apéro avec lui, on lui a chanté une des futures chansons de l’album… il a pleuré. Ensuite, il nous a dit qu’il fallait absolument que nous fassions un spectacle pour faire connaître nos chansons. Il nous a donc bien aidés pour qu’il en soit ainsi. Nous lui devons beaucoup.

Avec Antoine Salher, vous discutez beaucoup des textes avant qu’ils soient écrits ?

Pas tellement finalement. Je tiens à préciser que nous sommes ensemble dans la vie, ce qui explique qu’il me connait parfaitement bien. Même des choses dont nous ne parlons pas tous les deux, il peut en faire une chanson. Par exemple « Le plus beau jour » qui évoque la mort, la disparition, il l’a écrite à une période où la mort rodait autour de nous. On a vécu des trucs horribles. Sans en parler entre nous, il m’a proposé cette chanson. C’était bouleversant.

C’est confortable de travailler avec l’homme que l’on aime ?

C’est plus que confortable, c’est le rêve. Ses chansons, c’est comme enfiler une chaussure à sa pointure, on est tout de suite bien dedans.

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Une pleine page dans le Figaroscope du début du mois de mars dernier.

Il y a dans les chansons de l’album un sens incroyable de la mélodie.

C’est le génie d’Antoine. Il a l’art de créer des morceaux qu’on entend une fois et qui restent toute la journée dans la tête.

Il y a des chansons graves, très graves mêmes, d’autres plus légères, mais toujours sur des musiques enjouées.

Il y a effectivement un mélange de légèreté et de gravité. Ça me définit bien d’ailleurs. Pouvoir rire ou pleurer de tout… Sinon, chanter des choses dramatiques sur des musiques dramatiques avec un arrangement dramatique, j’aurais un peu de mal. Je trouve plus intéressant de détourner ça. Je crois au pouvoir de la vie. Il faut continuer, même quand il t’arrive des choses horribles.

Votre spectacle s’intitulait 22h22, ton disque s’appelle 22 ans. Le chiffre 22 est symbolique de quelque chose ?

Je n’y attache pas une énorme importance, je ne suis pas superstitieuse. C’est partie d’une amie à moi qui regarde tout le temps son téléphone. Quand il est 22h22, elle me dit : « Oh ! Regarde, il n’y a que des deux, il faut faire un vœu ! » Antoine en a fait une chanson… c’est vraiment tout bête.

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Les critiques sur cet album sont toutes élogieuses.

On a de la chance, tout ce qui est écrit sur le disque est super. Je n’ai pas beaucoup de doutes sur la qualité de cet album parce que je trouve qu’il est beau et j’en suis très contente. On est beaucoup à avoir travaillé dessus. Le réalisateur, l’ingénieur du son, tous les musiciens qui sont venus participer à ça… c’est aussi leur disque. Être content du résultat permet de le défendre mordicus.

Les artistes sont des donneurs de rêves. Les gens viennent voir un chanteur sur scène et ils oublient leurs tracas.

Le doute, je ne l’ai pas sur le disque, mais sur scène, tous les soirs. Il faut tout donner, passer soi-même un bon moment pour que cela soit communicatif. Je sais ce que nous pouvons apporter à certains. Il ne faut se louper.

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Vous sentez-vous appartenir à une famille musicale ?

Je ne sais pas si j’appartiens à leur famille, mais les gens que j’aime bien écouter sont Albin de la Simone, Mathieu Boogaerts, Jeanne Cherhal, Vincent Delerm et Bertrand Belin. Je ne fais pas la même musique qu’eux, mais je les admire.

Comment vivez-vous cette période de sortie d’album ?

C’est une période très étrange. J’ai l’impression de faire une grande traversée en kayak. Il faut toujours continuer de ramer, même quand on ne voit pas encore l’horizon.

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Après l'interview, le 5 mars 2015.

30 avril 2015

Fabien Boeuf : interview pour Dans les cordes

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Troisième album solo pour Fabien Boeuf (que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis le début de sa carrière solo) et qui appartient à cette confrérie d'artistes-artisans pour qui seul compte le goût du travail bien fait. Il est accompagné par un violoniste, trois violoncellistes, un bassiste/beatboxer et un guitariste. Une réunion d’artistes qui n’utilisent… que des cordes ! D’où le nom de l’opus : Dans les cordes.

Ce nouveau disque contient de magnifiques chansons nostalgiques et colorées sur des rythmes teintés de folk et de chanson française. Un album réussi qui succède à ses deux premiers (Au-dedans, 2007 et Les premiers papillons, 2010) ainsi que son expérience rock au sein du groupe POC (1999-2005).

Le 4 mars dernier, Fabien Boeuf a quitté le sud-ouest pour venir me voir à l’agence (euh... en vrai,  pour jouer aux Trois Baudets). Belle rencontre.

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorArgumentaire officiel (signée Hélène Fiszpan), légèrement modifié :

La nouvelle création de Fabien Boeuf est une aventure collective, une envie de poursuivre ces moments de partages humains et musicaux amorcés à l’occasion du projet Bœuf avec les autres (2009) ou lors de collaborations avec de jeunes artistes comme Aliose ou Gaël Faure. Dans les cordes c’est avant tout une rencontre scénique, la réunion sur le ring de quelques anciennes connaissances : le violoniste Baltazar Montanaro (ZEF), le bassiste et beatboxer Scotch (Scotch et Sofa), le guitariste et compagnon de toujours Damien Dulau, et la violoncelliste Martina Rodriguez, nouvelle venue de l’histoire.

Ses douze nouveaux morceaux sont plus mélodiques, plus pop, plus rock, plus folk et se déploientfabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor en une belle introspection acoustique et électrique. Aux arrangements méticuleux, fusion heureuse de ce combo hétéroclite, répondent l’écriture et la voix de Fabien, cordes sensibles du projet. Entre puissance et caresse, l’univers délicat de l’auteur-compositeur déroule le fil de la vie.

Mots d’amour ou maux de tous les jours, la joute est imagée, sensible, tendre, combative. Expert en la matière, Fabien Boeuf s’appuie avec toujours plus d’assurance sur cette incroyable voix qui le caractérise, pleine de force et de fêlures, équilibre parfait qui saisit au cœur et aux tripes. Il envoie dans les cordes toutes ses plus belles intuitions, libère ses instincts, et revient sur scène plus accompli que jamais, prêt à relever tous les combats.

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fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorInterview :

Ce disque a mis un peu de temps à sortir, je crois.

Au départ, nous étions axés sur un disque live de fin de tournée qui avait pour but de marquer le coup. Quand on a fabriqué le spectacle, on a pris un gite pour enregistrer à chaud les idées avant d’attaquer les concerts. Mais, j’ai arrêté ma collaboration avec mon précédent tourneur et pas mal de temps est passé avant que j’en retrouve un autre. Pour appuyer son travail, on a fait mixer notre disque à Paris par Antoine Gaillet et nous l’avons sorti.

Entre le précédent album et celui-ci, tu as fais quoi ?

J’ai travaillé avec d’autres artistes. A la base, je suis plutôt solitaire, mais depuis mon projet Bœuf avec les autres, j’ai appris à collaborer. Ensuite je suis allé aux rencontres d’Astaffort en tant qu’auteur compositeur. La philosophie de la structure de Cabrel est super bonne parce qu’il y a un accompagnement sur le long terme. J’ai commencé par y aller pour apprendre. Ensuite, ils m’ont identifié un peu et m’ont demandé de revenir comme « enseignant ». En 2012, j’ai remporté le prix du Centre des Ecritures et de la Chanson, décerné par Francis Cabrel. Prix pas négligeable, car il m’a permis de financer en partie l’enregistrement de mon album Des cordes.

Fabien Boeuf reçoit le Prix Centre des Écritures de la chanson Voix du Sud.

Mais, tu avais déjà amorcé le travail d’écriture avec d’autres artistes.

Oui, avec Scotch et Sofa et Gaël Faure par exemple. D’ailleurs, je continue à travailler avec et pour eux aujourd’hui. Je leur écris des textes.

Tu travailles avec de belles voix, celle de Chloé Monin, la chanteuse de Scotch et Sofa, est magnifique… celle de Gaël Faure aussi.

Oui, Chloé met sa voix où elle veut. C’est une méga chanteuse. Quant à Gaël, c’est l’une des plus belles voix masculine de sa génération. Mais pour travailler avec moi, une voix ne suffit pas, il faut ajouter à cela le côté humain. J’ai besoin de me sentir bien avec les gens avec lesquels je collabore.

Clip de "Avec des bouteilles", extrait de l'album "Des cordes".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorJ’avais adoré ton disque Boeuf avec les autres.

Après avoir sorti mon premier album, j’ai fait des concerts et j’ai croisé beaucoup d’autres artistes. On a passé de bonnes soirées et souvent, on se disait que nous allions travailler ensemble… et bien sûr, généralement, ça n’aboutissait jamais. Alors, j’ai décidé de faire un disque dans ce sens. De plus, j’ai un nom qui n’est pas négligeable pour ce genre de projet. Il m’a servi de prétexte pour partager avec d’autres. J’ai rappelé des gens comme les Bali Murphy, Daguerre, Scotch et Sofa, Monsieur Lune, Rodolphe Testut… je leur ai proposé de participer à un essai artistique. L’idée était de s’enfermer deux jours et qu’à l’issue de ces deux jours, une chanson soit créée entièrement. Il y avait une espèce d’urgence qui nous faisait aller à l’essentiel. Les ego étaient mis de côté parce qu’on ne connaissait pas la destinée de ces chansons. C’était une très belle expérience.

Parlons de ce troisième disque, Des cordes. C’est une aventure collective, non ?

Pour mes deux premiers albums, j’étais plus solitaire. J’avais besoin de définir qui j’étais et de bien saisir à quoi j’aspirais artistiquement. Quand j’ai commencé à gouter au partage de la création, je n’ai pu qu’admettre que c’était beaucoup plus riche.Ca t’amène à aller dans des directions vers lesquelles tu ne te dirigerais pas seul. J’ai tendu des perches à des musiciens. Nous nous sommes enfermés pendant quatre fois une semaine. Je voulais qu’ils participent aux arrangements. Après, quand il faut défendre les titres sur scène, c’est plus naturel et ça sonne mieux.

"La journée" (extrait de l'album Dans les cordes), version live.

Ce disque a été enregistré dans des conditions « live ».fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Nous étions tous dans la même pièce avec des micros partout. Le résultat est exactement ce que je souhaitais. On avait quatorze titres, on en a gardé douze et nous avons enregistré le tout en cinq jours.

Tu es un chanteur de convictions, cela se sent.

Je laisse des messages dans mes chansons, mais de manière très discrète. Je n’aime pas les discours moralisateurs à deux balles. Mais pour les artistes, il y a un vrai rôle à jouer dans la société. Personnellement, j’essaie de travailler sur l’émotion, comme si c’était un matériau. Je m’emploie à mettre l’accent sur la sensibilité des gens, à tenter de les émouvoir. J’espère que cela va les adoucir…

Un artiste doit délivrer de l’émotion, mais également et impérativement des messages ?

J’en suis convaincu. En tant qu’individu, l’éveil que tu ne peux pas avoir à l’école ou au sein de ta famille, parfois, ce sont les artistes qui peuvent te le donner. Moi, j’avais des parents mélomanes qui m’ont nourri aux Brassens, aux Ferrat… des artistes avec des convictions. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Moi, comme je ne cesse de te le répéter, je voudrais bien avoir un rôle à jouer…

Une chanson ne doit pas servir à rien ?

Tu as tout dit. C’est dommage si une chanson ne sert à rien. Si, elle ne provoque rien, c’est une catastrophe. Il faudrait bannir des albums les chansons inutiles.

Des extraits live de 3 titres du projet "dans les cordes" : "Dans les cordes", "plus tard" et "presque".

fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandorTu te sens comment dans ce milieu ?

Je suis plus observateur qu’acteur au premier plan. Je n’ai pas une notoriété qui me permet le contraire.

Comment vis-tu ta condition d’artiste en 2015 ?

J’ai une vision un peu particulière de par mon statut. J’ai fait le choix de ne pas être intermittent du spectacle, de rester en province, du coup, je suis artisan. Je fais du ramonage pour gagner ma vie. Je suis saisonnier sur l’année. Comme j’ai ma clientèle, je choisis les jours que je peux prendre pour jouer de la musique. Le fait de faire un métier manuel me permet de garder de la liberté financière, et du coup, de mouvement et de choix.

Les gens qui aiment la belle chanson française te connaissent et t’apprécient, tu t’en rends compte ?

Je sais que je ne suis pas connu, mais un peu reconnu.

As-tu des artistes que tu respectes et qui ont une admiration réciproque ?

Alexis HK par exemple. Tété aussi. Aliose, Ludo Pin, Philippe Prohom… je me sens en osmose avec ce genre d’artiste. Je me sens de la même famille.

Francis Cabrel t’aime beaucoup aussi.

Quel honneur !

Est-ce qu’un auteur doit beaucoup écrire pour écrire de mieux en mieux ?

Je crois. Cela dit, je ne suis pas sûr. J’ai découvert récemment Christine and The Queens. Je trouve que c’est une des meilleures plumes françaises. Elle est toute jeune, elle déboule comme ça, je ne suis pas sûr qu’elle ait beaucoup écrit. Elle a dû beaucoup écouter, beaucoup lire, beaucoup s’imprégner. Il faut parfois être une espèce d’éponge. Pour restituer, il faut prendre. Pour pouvoir recevoir il faut pouvoir donner.

Micro trottoir réalisé par Fabien Bœuf lui-même dans le cadre de la sortie de son nouvel album,"Dans les cordes". Amusant, second degré et original.

Toi, le plus souvent, tu écris ce que tu vis.fabien boeuf,dans les cordes,interview,mandor

Je ne peux écrire que sur ce que je connais. Si je faisais semblant, cela sonnerait faux.

Es-tu exigeant avec toi-même ?

Non, je suis assez instinctif. Je ne veux pas trop intellectualiser la chanson, ni dans l’écriture, ni dans la restitution. Mes plus grosses émotions musicales viennent des chansons simples. « Le sud » de Nino Ferrer ou « Mistral gagnant » de Renaud. Tu n’as pas une grande voix, mais une simplicité, un univers, un propos…c’est ça le secret d’une bonne chanson. Moi, je cours après ça. Je cherche éperdument une simplicité qui touche.

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A l'issue de l'interview, le 4 mars 2015.

29 avril 2015

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