Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20 décembre 2014

Sandra Martineau : interview pour Les blessures du silence

sandra martineau,les blessures du silence,interview

Cela faisait trois années de suite que je rencontrais Sandra Martineau au Salon du livre de Provins. Elle y participait en tant qu’auteure et moi en tant qu’animateur. Il m’arrivait de l’interviewer, mais je n’avais jamais rien lu d’elle. Il fallait donc remédier à cela.

Elle m’a fait parvenir son dernier roman, Les blessures du silence. Un vrai bon thriller psychologique qui n’a rien à envier à bien des livres de romanciers à succès. Au fil des pages, le rythme ne laisse de répit ni aux lecteurs, ni aux protagonistes du livre. Sandra Martineau malmène tout le monde avec, on le sent, une certaine jubilation.

La jeune femme est venue à l'agence le 18 novembre dernier pour une première mandorisation.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewRésumé de Les blessures du silence :

Yohann, jeune journaliste ambitieux à l’appétit sexuel grandissant, s’inquiète de ses migraines de plus en plus fréquentes et de ses cauchemars récurrents : il se noie.
Alice décide de quitter son petit ami volage Samuel et part chez sa mère à Lavernat. Elle n’arrivera jamais à destination et c’est Samuel qui fait part de sa disparition.
Antonia, inspectrice de police, enquête sur Florence Ouvrier retrouvée morte en forêt du côté de… Lavernat. Mort, disparition, les affaires sont-elles liées ?
Yohann, de son côté va voir un guérisseur pour ses maux de tête et celui-ci lui conseille de demander à sa mère s’il n’a pas eu un accident en relation avec l’eau. Tout en menant l’enquête pour comprendre ce qui le hante, il alimente le journal avec des révélations surprenantes sur la mort de Florence Ouvrier…
Sa quête personnelle, son enquête sur le meurtre et la disparition l’emmènent sur des routes non parcourues depuis très longtemps. Pourquoi ?

Biographie officielle :sandra martineau,les blessures du silence,interview

L’histoire démarre en Juin 1978 à St-Brieuc. Malgré un prix Louis Guilloux pour une nouvelle écrite au lycée, Sandra ne prend pas tout de suite conscience de l’importance qu’ont les mots dans sa vie. Au fil des années, le dessin, la photographie, les études supérieures viennent rythmer son existence sur un ton différent mais l’écriture n’est jamais bien loin.

1998, les projets s’allongent dans sa tête avec le besoin de les coucher sur papier. C’est le début des scénarii, solution intermédiaire entre les nouvelles et le roman. Un premier manuscrit tente de prendre forme. ¨Pas assez pertinent, elle veut frapper plus fort pour se démarquer des autres. C’est là, qu’un flash vient changer toute la donne : son personnage confronté à d’horribles scènes de crimes, sans jamais les voir, sans jamais prendre conscience du danger qu’il encoure. L’héroïne venait de perdre la vue en quelques secondes et cet élément apporterait de la consistance à son histoire. Entre sa vie de famille et la gestion d’une entreprise,  il lui faudra près de cinq ans, pour achever ce premier roman « Confiance Aveugle » sorti en avril 2010.

D’autres idées pour de futurs manuscrits viennent alourdir ses journées, ou plutôt ses soirées. Promotion en Enfer, verra le jour en mai 2012. Son troisième manuscrit, un roman policier, Les blessures du silence est sorti récemment.

sandra martineau,les blessures du silence,interview

sandra martineau,les blessures du silence,interviewInterview :

Les blessures du silence est ton troisième livre, te sens-tu auteure aujourd’hui ?

C’est difficile, car je ne suis jamais satisfaite complètement. Il va me falloir du temps pour m’estimer « auteure ». Quand mon deuxième livre est sorti, j’ai choisi délibérément une thématique différente du premier. Je suis partie sur du thriller au lieu d’écrire un autre polar. Je ne voulais pas que l’on compare les deux livres et, surtout, je souhaitais surprendre.

C’est un vaste sujet, mais la frontière est mince entre le thriller et le polar, non ?

Pour moi, un polar est une enquête policière et un thriller est plus une histoire à suspens.

Les blessures du silence, c’est quoi alors ?

Un thriller psychologique.

Depuis quand écris-tu ?

Depuis le collège. Quand la maîtresse nous faisait faire une rédaction, j’étais la seule contente. J’aimais déjà beaucoup écrire des histoires.

Comment as-tu commencé cette activité ?sandra martineau,les blessures du silence,interview

En écrivant quelques nouvelles, puis un scénario. J’ai vu que ça ne fonctionnerait pas pour moi dans ce registre. J’ai donc décidé d’attaquer un roman. Le cinéma me faisait un peu fantasmer, donc je me disais que mon livre pourrait être éventuellement adapté.

Te souviens-tu quand tu t’es lancée réellement ?

Quand j’étais enceinte de ma fille. J’ai donc accouché deux fois à peu de jours d’intervalle : d’un enfant et d’un livre.

Un roman, c’est un exercice compliqué pour toi ?

Tu es obligé de détailler énormément et de creuser au fond de toi-même. Je n’avais pas forcément envie de gratter. Il en est sorti Confiance aveugle. C’est un livre très violent. Je ne pouvais pas aller plus loin dans la violence, il me semble. La petite fille qui est égorgée au début du roman, c’était peut-être aussi tuer la petite fille qui est en moi.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewTu n’as pas aimé ton enfance ?

Pas du tout. Ma scolarité a été très difficile, mais j’ai quand même réussi.

L’écriture, aujourd’hui, est-ce une forme de thérapie ?

Oui, je le reconnais. Après Confiance aveugle, du coup, j’avais envie d’autre chose que de violence. A la base, j’étais partie pour faire une longue thématique sur les tueurs en série, mais je me suis soudainement sentie vidée. Je n’avais plus ce désir de tuer, d’assassiner et de terroriser. J’ai donc décidé d’introduire plus de psychologie. On ne cherche plus à savoir comment et qui a tué, mais pourquoi. Je trouvais que c’était aussi intéressant d’emmener le lecteur sur une touche qui n’était pas sanguinaire.

Un de tes films cultes est Seven. Cela se ressent dans ton livre.

Oui, ça permet de comprendre vers quelle logique je vais. Pas vers Alice au pays des Merveilles, en tout cas.

Tu es quelqu’un d’avenant, on a du mal à s’imaginer que tu sois capable de sortir tant sandra martineau,les blessures du silence,interviewd’horreur.

A cause de mon image, plutôt douce et souriante, d’après ce que l’on me dit souvent, les gens pensent que j’écris des choses avec la sensibilité inscrite sur mon visage. Beaucoup s’imaginaient avant de me lire que j’avais un côté fleur bleue.

Au fond, pourquoi écrire ?

Parce que les idées foisonnent en moi. J’ai cinq-six carnets à la maison et dès que j’ai une idée, je l’inscris. J’ai toujours besoin d’évacuer ce qui est en moi. Je tire un peu la chasse d’eau à chaque fois que j’écris, c’est-à-dire que je me libère de ce que j’ai dans la tête. L’écriture, c’est un exutoire.

Quand écris-tu?

Je travaille avec mon mari dans son garage. On se voit toute la journée, donc le soir, je n’ai pas d’état d’âme à m’isoler pour écrire. Il sait que j’ai besoin de ces moments-là. Je suis capable d’écrire juste quatre lignes dans une soirée, mais le maximum, c’est une bonne page.

sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuels sont tes modèles ?

En salon, je deviens comme une adolescente dès que je croise Franck Thilliez. Quand j’ai fini La chambre des morts, j’ai compris ce que je voulais produire comme émotion en matière de littérature. Avant cette lecture, je ne savais pas encore dans quoi j’allais me lancer. Ça a débloqué complétement ma situation littéraire.

Tu lui as dit ?

Oui, plusieurs fois. La première, il a été très touché… Aujourd’hui, j’essaie de m’émanciper et je pense avoir trouvé mon style, même si j’essaie de ne pas être trop éloignée de l’ambiance du « maître ».

Les personnages de Les blessures du silence sont tous attachants. Ils ne sont pas manichéens.

C’est ça qui m’intéresse. Je m'attache aujourd'hui à créer des personnages qui soient plutôt des anti-héros. Même les « gentils » peuvent avoir des défauts de la vie quotidienne... qui sont agaçants.

Pour le moment, tu es chez Sixto, une maison d’édition encore plutôt « confidentielle ». sandra martineau,les blessures du silence,interviewQuand tu es dans un salon, est-ce que tes collègues te le font ressentir ?

Au début, franchement, oui. Certains auteurs me faisaient comprendre que mes romans n’étaient tirés qu’à 1000 exemplaires. Après, ils ont compris que j'étais déterminée à faire mon trou. Je le fais gentiment. Je ne marche sur la tête de personne et j’avance petit à petit. Parfois, dans des salons, je vends plus que certains « grands » auteurs. J’en ai tiré une grande fierté parce que c’est grâce à une façon de communiquer avec les gens. Il faut les intéresser et les amener à vouloir découvrir ton univers.

Le monde du polar est quand même un monde très masculin, non ?

Oui, complètement. On m’appelait « la jeunette » parfois, avec une certaine condescendance. Il faut savoir se faire respecter. Tu es jeune, tu arrives timidement avec ton premier roman, tu es forcément un peu raillée. Dès le début, je ne me suis pas laissé faire. C’était le seul moyen pour qu’ils me respectent très vite.

Parle-moi de ton quatrième roman. Je sais que tu es en train de le terminer actuellement.

Il se déroule lors d’une croisière. C’est la croisière de la dernière chance pour mon personnage principal, un type dont on peut penser qu’il est parfait et gentil… et bien, on va vite se rendre compte que pas tant que ça. Il y a un enchaînement de péripéties qui indiquent que cette traversée va finir "en live".

sandra martineau,les blessures du silence,interview

Après l'interview le 18 novembre 2014.

17 décembre 2014

MTatiana : interview pour l'EP Psyché-Délice et pour sa participation à Rising Star

mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

J’ai découvert MTatiana comme la plupart des gens. En regardant Rising Star.

Je l’ai vu chanter « Jalouse » de Mademoiselle K (voir là) et j’ai flashé. Sur sa voix et son interprétation. Puis la semaine suivante, elle a interprété « Comme un boomerang » de Gainsbourg (voir ici). Pareil. Encore une fois bluffé…

Donc, je lui ai envoyé un message par Facebook, un peu curieux d’en savoir un peu plus sur sa carrière et ses ambitions  futures.

Elle m’a répondu rapidement.

Rendez-vous fut pris dans un bar à côté de mon boulot, le 30 octobre dernier…

Et j’ai vite compris que la demoiselle ne débutait pas dans le métier.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewBiographie :

À 25 ans, cette jeune mezzo, MTatiana s’impose doucement mais sûrement dans le paysage musical. Originaire d'Orléans, fille d'une maman accordéoniste et un père guitariste bassiste, Tatiana Matre, chanteuse récemment découverte ou redécouverte lors de l'émission Rising Star sur M6, a sorti récemment un EP remarquable, Psyché-Délice.

MTatiana a été choriste de Sinclair, premier rôle dans les comédies musicales Peau d'Âne et Footloose, doublure aussi dans « 1789, Les Amants de la Bastille ». La formidable interprète qui a adoré Piaf, Janis Joplin, Brel, Ella Fitzgerald, Billie Holiday, et qui voue une tendre admiration à l'Irlandaise Imelda May est une délicieuse pin-up du rock doublée d'une délicieuse poétesse piquante.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

(Photo : Yann Herve)

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewInterview :

Je t’avoue que je ne te connaissais pas avant Rising Star. Comment es-tu arrivée dans cette émission ?

On m’a contacté parce que j’avais fait auparavant des comédies musicales à Paris. Sur 1789, les amants de la Bastille, pendant deux ans, j’étais comédienne et doublure de trois chanteuses et je dansais dans quelques tableaux. J’ai aussi été l’héroïne principale des comédies musicales Peau d’Âne et Footloose. J’avais déjà un EP et je préparais mon premier album.

Tu as accepté immédiatement ?

Au départ, j’étais hyper réticente parce que, quand tu fais ce genre d’émission, il y a toujours des aprioris et des étiquettes qui s’installent. En fin de compte, j’ai considéré que c’était un bon tremplin et une bonne visibilité pour lancer mon projet et me faire connaître.

Et aujourd’hui, penses-tu toujours que c’était une bonne idée de faire cette émission ?

Oui, parce que même si je n’ai eu que deux passages, ce sont deux passages qui ont marqué les téléspectateurs.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Avais-tu, toi-même, quelques aprioris ? mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Un peu. J’avais peur d’avoir les étiquettes Rising Star, M6, télé crochet collées à moi. Comme j’ai fait plein d’autres choses avant cette émission, ça m’ennuyait que l’on me réduise à ça. Après réflexion, j’ai compris qu’il fallait être médiatisé artistiquement pour concrétiser un projet.

Cela dit, ce sont souvent les perdants qui se font plus remarquer que les gagnants.

C’est ce que l’on m’a dit souvent. Je viens d’Orléans, donc pour le moment, j’ai eu pas mal d’interviews dans la Région Centre.

Dans Rising Star, on ne chante pas son propre répertoire. J’imagine qu’il y a un côté un peu frustrant de ne pas montrer ce que l’on sait faire, musicalement et textuellement.

Oui. La production préférait que l’on passe d’abord par un répertoire connu afin que les personnes s’intéressent aux chansons. Le principe est simple : plus on va loin, plus ils nous laissent la possibilité de faire nos chansons personnelles. Moi, je ne suis pas allée assez loin.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewAs-tu été déçue de partir si vite ?

Sur le coup, oui. Lors des duels, il était clair que l’univers de ma concurrente était beaucoup plus actuel que le mien. Je peux comprendre le choix de ceux qui ont voté. Mon public était peut-être un peu plus âgé.

Ton amour de la musique vient sans doute de tes parents, non ?

Mon père avait un groupe de hard rock quand il était plus jeune. Il était guitariste bassiste dans les Hell’s Stress (voir photo ci-dessous). Ils ont fait les premières parties de Trust et de Téléphone. Maman, elle, faisait de l’accordéon et a eu tous ses prix de Conservatoire. Mes sœurs et moi, on a grandi là-dedans, mais je suis la seule à avoir pris ce chemin pour en faire mon métier. Ma voix a muri relativement vite et on a pris conscience qu’il y avait peut-être des choses intéressantes à faire. Mes parents ont créé une association de théâtre qui a duré dix ans et ont été très encourageants avec moi. J’ai été prise dans un café-théâtre à Orléans et tout a débuté-là. J’ai fait du théâtre d’impro, de la comédie musicale, du cabaret… Je suis vite devenu pluridisciplinaire.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

De Gauche à Droite : Hakim Sersar (guitare), Serge Matre, le papa de MTatiana (basse), François Ibanez (chant), Bruno Luccioni (guitare), Franck Dauphin (batterie).

Quand es-tu arrivée à Paris ?

Après mon bac, j’ai pris une année sabbatique pour voir si c’était possible de percer. J’ai fait l’école Richard Cross pendant deux ans et c’est là que j’ai été vraiment formée en technique vocale.

Faut-il faire ce genre d’école pour réussir ?

Je pense que c’est important d’acquérir de la technique. Sans elle, on fatigue plus vite et on gère moins bien le stress. Prendre des cours me parait important, mais chacun fait comme il le sent. 

Clip de "Brune Blonde"

Tes chansons personnelles racontent ta vie personnelle.mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Oui, elles racontent mes histoires. « Brune Blonde », le premier single, c’est moi en audition. Je raconte avec humour ce qu’il se passe et comment j’agis.

Ton EP a un côté swing pop, un peu manouche.

J’aimerais que l’on soit plus rock. Mon projet est appelé à évoluer de toute façon. Cet EP est très propre, mais je sais que ces chansons-là, en live, seront beaucoup plus pêchues.

Es-tu confiante ?

Oui, parce que j’en ai marre d’être toujours dans le doute. Là, j’y ai mis tout mon cœur. S’il y a des choses à modifier, je le ferai avec plaisir, mais je crois en ce projet.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interviewQui aimes-tu dans la jeune génération ?

Emilie Simon, Camille, Olivia Ruiz. Des gens qui ont une personnalité musicale et vocale forte.

Et dans l’ancienne génération ?

Jacques Brel. J’adore ses textes et la passion avec laquelle il interprétait ses chansons. Ma maman était fan de Piaf, du coup, elle m’a beaucoup touché.

Qu’écoutais-tu principalement quand tu étais jeune ?

Beaucoupde jazz. En fait, dans ma jeunesse et mon adolescence, je n’écoutais pas beaucoup de musique de mon temps. Je me suis ouverte à l’actualité musicale, il y a peu.

Tu écris des textes souvent ?

Oui. Mais pas que des chansons. Des poèmes, une pièce de théâtre aussi… Les mots sont ma passion.

Pour toi, quelle serait la carrière idéale ?

Celle d’Imelda May. Je m’en inspire énormément. J’adore son univers rockabilly à fond. Je suis allée voir ses concerts. Je m’inspire beaucoup d’elle, visuellement et musicalement parlant.

mtatiana,psyché-délice,rising star,interview

Après l'interview, le 30 octobre 2014 (photo : Stella Alquier)

15 décembre 2014

Salon du Livre d'Ozoir-La-Ferrière 2014 : bilan et photos

Affiche recto salon 2014.jpg

C'est la sixième année consécutive que j'anime le Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière (Voir là en 2009, ici en 2010, en 2011, en 2012 et l’année dernière). Toujours aussi fatigant, mais toujours aussi exaltant, dis-je chaque année. Plus de 20 interviews, deux débats de 45 minutes (l’un avec Didier Daeninckx, l’autre avec Nicolas Peyrac, un quizz littéraire et je ne sais pas combien de kilomètres parcourus...

Comme chaque année, je rapporte de ce salon quelques souvenirs photographiques (merci à la mairie d'Ozoir-la-Ferrière pour certains clichés de cette année...)

Commençons avec un article du Parisien Seine-et-Marne publié la veille du salon.

Le Parisien.jpg

Comme chaque année, le salon commence avec un quizz littéraire (concocté par l'organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier, présent sur la photo ci-dessous) auxquels participent le public, mais aussi les auteurs et les éditeurs présents. Cette année, il s'agissait de découvrir les anagrammes d'auteurs mondialement connus. Gros succès ! Nous nous sommes franchement bien amusés !

Salon livre (4).JPG

Une participation active de la jeunesse ozoirienne... :)

Salon livre (8).JPG

L'effet magique du Salon du livre d'Ozoir... les livres poussent sur les arbres (photo réalisée sans trucage, évidemment).

IMG_6517.JPG

A un moment donné, il y a eu la foule des grands jours...

10431461_10203007007960908_2291566705857068904_n.jpg

Stand Quadrature : l'auteure Pascale Pujole et deux de ses éditeurs, Catherine Nyssens et Jean-Louis Dufays.

Pascale Pujole catherine Nyssens Jean louis Dufays ses éditeurs.jpg

Moi aussi, j'achète des livres. Hum!

IMG_3900.JPG

J'ai eu deux Carole Zalberg pour moi tout seul... et oui! (Voir là toutes ses mandorisations).

IMG_6519.JPG

Et une xième interview de Carole...

Salon livre (58).JPG

Carole Zalbert, l'une des trois invités d'honneur, reçoit la visite du maire d'Ozoir-la-Ferrière, Jean-François Oneto et de l'organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier.

10435912_731851536892561_2158040106535453148_n.jpg

Ici, Carole discute avec un autre invité d'honneur, le romancier Didier Daeninckx.

fouassier2.jpg

Un café littéraire avec Didier Daeninckx, quand on aime le polar français, ça ne se refuse pas! Avant de se consacrer à son métier d’écrivain, il a exercé pendant une quinzaine d’années les métiers d’ouvrier imprimeur, d’animateur culturel et de journaliste localier. C’est le livre Meurtres pour mémoire, publié en 1984 qui l’a révélé au grand public et pour lequel il a obtenu le Prix Paul Vaillant Couturier. Dès ses débuts littéraires, Didier Daeninckx a placé au centre de ses polars les perdants et les oubliés de l'histoire et élargi ce travail en faisant resurgir sur le devant de la scène des épisodes refoulés, ou carrément occultés. Il dit écrire de vrais-faux romans policiers pour évoquer ce qui s'est trouvé interdit d'existence dans les différents récits de l'histoire. De tout cela nous avons parlé, mais de bien d'autres choses encore.

DSC09615.JPG

Ce café littéraire passionnant faisait figure d'évènement, car Didier Daeninckx a précisé que c'était le dernier auquel il participerait. Il a aussi annoncé officiellement que ce salon serait l'ultime pour lui. Il préfère désormais se concentrer sur l'écriture de ses livres et des enquêtes qui en découlent. Fierté pour moi (qui suis fan du monsieur) d'avoir été le dernier à débattre avec lui.

IMG_6521.JPG

Mon amie Jennifer Murzeau (mandorisée récemment) et Franck Balandier.

fouassier 1.jpg

Pour sa septième édition, le Prix Ozoir'elles 2014 a été remis lors du salon à Pablo Melher (ici avec son éditrice, Virginie Paultes) pour son recueil Derrière les grilles du Luxembourg (Editions Moires). Ce prix a la particularité d'être attribué par un jury de lectrices ozoiriennes.

Pablo Mehler et son éditrice fouassier 5.jpg

Pablo Melher lors de la remise officielle du Prix Ozoir'Elles 2014.

10438984_731851453559236_4409374124428633535_n.jpg

DSC05598.JPG

Et soudain, Nicolas Peyrac... ici lors de la cérémonie de bienvenue orchestrée par le salon et plus particulièrement le maire d'Ozoir, Jean-François Oneto.

10155213_731851400225908_9124498484879933862_n.jpg

L'écrivain et chanteur Nicolas Peyrac, en pleine séance de dédicaces avant...

Fouassier 6.jpg

...de se livrer à moi (comme l'indique cet autre article du Parisien Seine-et-Marne).

parisien 2.jpg

Quelques photos de cette jolie rencontre où Nicolas Peyrac s'est livré comme rarement. Je regrette juste de ne pas avoir enregistré cet entretien.

DSC09596.JPG

DSC09598.JPG

Un public attentif...

Salon livre (33).JPG

fouassier4.jpg

DSC09613.JPG

DSC09607.JPG

Affiche verso salon 2014.jpg

Et après le salon, nous avons diner/bu chez Luc-Michel Fouassier (l'organisateur du salon et néanmoins ami) en compagnie notamment de Nicolas Peyrac. Et c'était un chouette moment...

IMG_6525.JPG

14 décembre 2014

Ottilie [B] : interview pour Histoires d’O Deux [live]

10322446_654890131244289_1945018253801605608_n.jpg

10404105_744515545642830_8415760718074310611_n.jpgOttilie [B] revient un an après la sortie de son premier album Histoire d’O2. Je ne vais pas revenir sur sa biographie et son premier album, car l’artiste a été le sujet d’une longue mandorisation explicative sur son œuvre et sa démarche (à lire ici). Cette fois-ci, elle revient avec un EP Live, Histoires d’O Deux [live], contenant quatre titres de son album et deux inédits. Et le résultat est magistral. J’ai donc décidé de l’accueillir une seconde fois pour en savoir plus sur ce deuxième disque et sur l’évolution de sa carrière naissante. Rendez-vous dans un bar de la capitale, un beau jour d’octobre dernier…

ottilie-b-photo-presse-c2a9rodolphejulienne.jpeg

Ottilie [B] avec Didier Simione et Pascal Colomb (photo de Rodolphe Julienne).

Argumentaire de l’EP :10714297_148754741961563_6856475991457435982_o.jpg

Ottilie [B] poursuit sa démarche d’innovation artistique et d’affirmation de son projet en intégrant de nouveaux musiciens et un nouveau directeur artistique à son projet initial Histoires d’O2.

Le groupe, formé par Didier Simione aux machines/clavier/basse et Pascal Colomb à la batterie/guitare/clavier, s’approprie les chansons d’Ottilie [B] sous la co-direction artistique de Nicolas Repac du label No Format dans cet EP de 6 titres Live.

Ensemble, ils proposent au public une performance live dont la qualité d’orchestration et l’arrangement n’ont d’égal que les folies numériques avant-gardistes du collectif Adrénaline-Dopamine (projections vidéo/multimédia pour le dernier live de Stromae).

1962642_744515595642825_2905885009485313849_n.jpg

IMG_6057.JPGInterview :

Cet EP live sort un peu plus d’un an après ton premier album.

J’avais envie de montrer ce que donnaient certaines de mes chansons en live. Je trouvais mon album assez retenu, assez conceptuel. Ce n’est pas une question d’esthétique, mais de dynamique. Il y a eu un travail de direction musicale avec Nicolas Repac qui m’a beaucoup apporté en termes de liens. Son regard extérieur m’a apporté une richesse que je ne pouvais pas laisser au placard. Aujourd’hui, il est en playlist sur France Inter et je suis ravie.

Je trouve que réunir vos deux univers est une sacrée bonne idée. Ils ne sont pas aux antipodes l’un de l’autre.

Nous sommes, il me semble, de la même famille d’artistes. Nous mettons en lumière des choses sombres. Je suis allé le voir parce que j’adorais sa façon d’utiliser les samples, de travailler la matière organique, d’utiliser des beats electros pas clinquants mais texturés…  On a eu tout de suite un échange artistique hyper prolifique dans une atmosphère particulièrement intéressante. Ça a duré une bonne dizaine de jours et ensuite, nous avons mixé ensemble.

Live Concept "Donne tes elles"
Histoires d'O.deux (IN/EX Music 2014 / L'Autre Distribution)
Réalisation : Transfuges

Qu’est que Nicolas Repac aime chez toi ?10403420_744515482309503_7677936459111018419_n.jpg

D’après ce qu’il m’a dit, la voix et l’écriture. Il m’a dirigé et c’était délectable. J’ai pu me concentrer plus particulièrement sur l’interprétation. Il m’a permis de déployer ma voix. C’est comme ça, en tout cas, que je le ressens.

C’est un EP live, mais nous n’entendons aucun applaudissement.

Il existe la version avec les applaudissements, mais on a préféré les shunter. C’est un choix permettant d’être diffuser en radio.

Tu écris de nouvelles chansons en ce moment ?

Oui. Je suis quelqu’un de très maniaque. Je suis capable de ciseler un texte très longtemps ou d’en pondre dans l’urgence et la rapidité. C’est un peu au cas par cas. S’il y a une méthodologie, il n’y a pas de recette miracle.

10 novembre 2014, Froggy's Session de Ottilie [B], Le Chêne, Villejuif.
Titre : Au Bord des Lèvres
Cette session a été enregistrée par Froggy's Delight avec l'aimable autorisation des artistes.

10264322_744515678976150_737810954950320245_n.jpgTon nouvel album avance, alors ?

Petit à petit. Il évoquera le passage de la vie à la mort… la traversée. Ça ne va pas être un disque plombant et triste, je te rassure. Ça parle juste d’un changement d’état et son voyage. A priori, ce sera un double album : une partie en studio et une partie en voyage. Je mettrai en avant le côté world music qui est en moi et le chant originel. Je vais être dans le rétro futur. Je cherche en permanence le lien avec le futur, tout en restant le plus moderne possible.

Tu as un lien très fort avec les ancêtres, les origines et avec le futur. As-tu l’impression d’établir un trait d’union entre le passé et le modernisme le plus absolu ?

Oui, par quelque chose de l’ordre de l’instant. L’absolu présent c’est le désir premier d’être ensemble et de se rencontrer. Le lien, c’est ce qui résume le passé et le futur. Mon propos est de questionner sur ce qui est réel ou sur ce qui est virtuel. Dans mes concerts d’ailleurs, il y a un hologramme. En voyant un hologramme commencer un morceau et moi qui arrive en chantant en vrai implique, j’espère, que les gens se demandent ce qui est vrai et ce qui est faux… A qui et à quoi on donne du crédit ?

Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, tu as été sélectionné dans pas mal de prix prestigieux. Sélection Meilleur Premier Album France Inter/Télérama et Coup de cœur Académie Charles Cros, notamment.

Ce qui est bien c’est quand tu ne t’y attends pas et que tu ne vas pas à la cherche d’un prix. Ce n’est pas un concours, ni un tremplin, ça te tombe dessus comme ça.

DSC09515.JPG

Après l'interview, en octobre 2014.

12 décembre 2014

Fred de Mai : interview pour Flic de rue

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Pas besoin d’exercer le métier de policier pour apprécier Flic de rue (Rouge Sang éditions), le premier livre publié du flic/auteur/photographe/blogueur Fred de Mai. Une écriture sensible, émouvante, lucide et percutante souvent. Pas de doute, l’homme sait raconter son vécu de manière littéraire, voire poétique. Les joies, malheurs et absurdités de son métier sont racontés sans aucune concession au style et à la vérité. De passage à Paris, Fred de Mai est passé à l’agence le 24 octobre dernier, pour évoquer son livre et son métier.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor4e de couverture:

Ce livre est un recueil de sentiments et ressentiments sous forme de textes mêlant poèmes, slams et témoignages.

Que ce soit en tenue ou en civil, à Paris, Lyon ou Marseille, en Police-Secours ou en BAC, il a toujours été un « Flic de rue » qui a vécu chaque mot de ce livre.
Il est l’auteur de toutes les photos publiées dans cet ouvrage.

L’auteur :

Fred de Mai est le pseudonyme d’un policier en activité, auteur et photographe. Il a choisi l’anonymat pour des raisons de discrétions professionnelles.fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Il était un des blogueurs les plus actifs au début des années 2000. En 2006, dans un des classements en vogue sur Internet, il fut même référencé 53ème parmi les 100 blogueurs Français les plus influents.

En 2010 il remporta un concours de slam organisé pour les 10 ans de la Francophonie par le Ministère de la Culture et TV5 Monde.

Après une période de silence,  et avant la ré-édition de son livre Flic de rue chez Rouge Sang éditions, il revient aussi en réactivant son blog.

Toutes les photos de cette chronique mandorienne sont signées Fred de Mai (sauf celles prises lors de l'interview).

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorInterview :

Tu es en France l’un des précurseurs des blogs. Je t’ai d’ailleurs connu de réputation à cette époque-là. Tu étais un blogueur « influent ».

Je suis devenu blogueur grâce à mon épouse. C’était une période où j’étais hors travail. Disons, que je travaillais déjà dans la police, mais elle m’avait mis dans un placard. J’ai commencé à écrire un roman et ma femme m’a parlé des blogs, « le gros truc à la mode ». J’ai pris un pseudo, car je n’étais pas en odeur de sainteté dans la police et je ne voulais pas que cette nouvelle activité me nuise encore plus.  J’ai donc fait un blog d’un auteur pour que l’on parle de lui.

Tout au départ, il y avait même deux blogs.

Oui, celui de Fred de Mai et celui de Paul Vachard, le roman que je vais sortir bientôt.Paul réagissait aux propos de Fred.

C’est schizo ton truc !fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, on est très nombreux dans ma tête.Bref, ces deux blogs m’ont bien canalisé et  m’ont fait du bien. J’ai surtout compris que je savais écrire.

Et c’est le manque de police qui t’a fait écrire le blog « Flic de rue » ?

Quand tout le monde a su que j’étais flic, j’ai voulu montrer quel genre de flic j’étais. C’était facile pour moi d’écrire des petites histoires que j’avais personnellement vécues.

Flic de rue, le livre, est une réédition.

Oui, en 2009, une agence de com’ est venue me voir pour me proposer de faire une version papier de ce que j’écrivais sur le blog. Ils voulaient prouver que même les blogueurs pouvaient publier sur papier. C’est sorti mal imprimé et il y avait pas mal de coquilles. Du coup, je n’ai pas fait trop de promo… Par la même occasion, j’ai aussi arrêté le blog et je me suis mis à l’écriture de mon roman, Vachard.

Teaser du livre Flic de rue.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorFlic de rue est un recueil de nouvelles « vécues » réalistes et littéraires.

Sans prétention, quand j’écris, j’ai l’impression d’être un gamin doué qui ne s’en rend pas compte. Ça me vient naturellement, même s’il y a un travail de retouches après. J’aime épurer au maximum. Avec ces textes, j’ai fait du tweet avant l’heure. Je déteste tout ce qui dépasse. Il faut couper avec acharnement. L’écrivain Thierry Serfati m’a dit un jour que dans l’écriture, le plus dur était de couper.

Il y a des textes très durs et d’autres assez drôles.

Il faut avoir beaucoup d’humour et de recul pour faire notre métier. Si tu prends tout au sérieux, tu es foutu ! Si tu n’es pas bien dans ta tête, tu ne te sens pas bien au boulot et que l’on te fait voir toute la misère du monde, tu prends ton pétard et tu t’arrêtes là. Même dans les cas les plus graves, je t’assure qu’on arrive à trouver de quoi rire.

J’ai compris en lisant Flic de rue qu’il y avait trois situations difficiles quand tu fais ce métier : voir des morts, garder son self control par rapport aux provocations… et l’administration. Et il y en a des pages sur l’administration.

J’étais en colère à cette époque-là. L’administration n’est pas rancunière, car aujourd’hui, elle me fait ma publicité.

Quelle relation as-tu avec elle maintenant ?

Très bonne. Comme quoi, chez nous, rien n’est immuable. Aujourd’hui, j’ai un discours complètement différent qu’à l’époque où j’ai écrit le livre. La police a évolué, c’est clair !

Tu t’interroges sur le fait d’être un bon chef dans le livre…fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

C’est la pire expérience que j’ai connue. Je suis un chef qui aime fonder une équipe et souder les gars. C’est dur parce qu’on n’a pas les mêmes motivations. Chef, tu devrais être le tampon, mais tu ne l’es pas. Certains t’utilisent comme marteau, d’autres comme bouclier. Tu es donc celui qui prend tous les coups. Mes pires comme mes meilleurs moments sont en tant que chef.

Il y a des scènes très émouvantes dans ton livre, celles où il y a des enfants impliqués dans les « affaires ».

Tu sais, je chiale quand j’écris des textes comme ça. Ce sont des actions que j’ai vécues à une époque où j’étais séparé géographiquement de mon fils. Pendant cinq ans, je l’ai vu trois fois par an pendant les vacances, donc forcément, il me manquait. Je ne pouvais donc absolument pas comprendre que l’on puisse faire délibérément du mal à un gamin.

Tu en es où dans la police ? Appartiens-tu toujours à la BAC ?

Non, j’ai fini ce qui était anti criminalité pure. C’est un travail génial, mais je vieillis. Aujourd’hui, je suis l’un des responsables d’un service qui s’occupe du plus grand centre commercial d’Europe. On y fait tout : on traite, on appelle la justice et on clôture. Je travaille encore plus qu’avant et je m’éclate.

Tu es flic dans un centre commercial, si je comprends bien ?

Oui, c’est le seul cas en France. On est la police nationale. Il y a 100 000 passages jour et il faut gérer cela. C’est un énorme trafic. Sur 1200 interpellés à l’année, tu as 1000 affaires résolues. Pour la police c’est hypra intéressant. Ça prouve qu’elle est très efficace.

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandorJ’en ai déjà parlé à ton éditeur et ex flic lui aussi, Marc Louboutin (mandorisé là), je ne comprends pas comment on peut vivre normalement quand on fait ce métier.  La vie de famille, par exemple… c’est compliqué.

Il faut laisser le boulot au vestiaire. Si tu ne le fais pas, tu es mort. Parfois, c’est tellement dur que je rentre chez moi brisé…

Tu te traites toi-même d’alcoolique dans le livre. Boire aide aussi à oublier ce qu’il s’est passé dans la journée.

Aujourd’hui, je ne bois plus d’alcool fort, mais pendant un moment, ça m’arrivait d’être no limit. Tu as toujours quelque chose à oublier. Et puis, il y a un autre phénomène. Quand tu es avec une bonne équipe, tu fais des pots. Ça te permet de parler et de gérer les problèmes plus tranquillement, sans gravité. On fait un métier où il faudrait presque un soutien quotidien à ce niveau-là. Nous ne l’avons pas… on se démerde pour le trouver.

Ton livre devrait bien se vendre dans le milieu de la police.

Il a déjà un bon bouche à oreille. Quand un flic fait un bouquin sur les flics et qui est approuvé par les flics, on peut estampiller l’ouvrage d’un « lu et approuvé ». Beaucoup de mes collègues l’achètent, mais d’autres qui n’ont rien à voir ce métier aussi, ce qui m’a beaucoup surpris.

Aimerais-tu être conseillé sur un film ou une série sur la police ?fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Oui, la plupart de ceux qui officient dans ce rôle ne sont plus flics. Ce sont des anciens. Par exemple, Olivier Marchal. J’aime bien ce qu’il fait, mais c’est une police qui n’existe pas. Il invente la police de ses rêves. Avec lui, le flic se drogue, il est forcément violent, forcément tout seul, forcément alcoolique, il va forcément tuer quelqu’un et il est un peu bandit. Super l’image de la police ! Et puis d’un autre côté, on a Pinot simple flic. Deux extrêmes. Il y a peut-être un juste milieu à évoquer, non ?

Je reviens sur ton prochain roman, Vachard. De quoi va-t-il parler ?

Paul Vachard est le fils du meilleur flic de France,  mais son père ne l’aime pas. Sa mère est partie, il ne reçoit donc pas d’amour du tout. Pour obtenir l’amour de son père, le gamin a tout essayé, parfois de façon très maladroite. Pour faire plaisir à ce paternel, il va devenir flic lui aussi. Mais contrairement à son géniteur, c’est un flic pitoyable. Mais il va trouver un moyen pour que son père s’intéresse à lui. Devenir tueur en série.  Je ne te dis pas ce qu’il se passe après, mais ça part en live !

fred de mai,flic de rue,rouge sang éditions,interview,mandor

Pendant l'interview le 24 octobre 2014.

11 décembre 2014

Retour sur les principaux prix littéraires 2014

prix littraires 2014,prix goncourt,lydie salvayre,prix renaudot,prix goncourt des lycéens,david foenkinos,prix nobel de littérature,patrick modiano,prix médicis,antoine volodine,prix fémina,yanick lahens,grand prix du roman de l'académie française,adrien bosc

Nobel, Goncourt, Goncourt des lycéens, Femina, Renaudot, Médicis, Roman de l’académie française... Toutes ces distinctions donnent un coup d’accélérateur aux ventes de livres. Ils donnent aussi des idées. Si votre choix pour Noël n'est pas fait, les livres recommandés ci-dessous feront d’excellents cadeaux à offrir, et à lire…de quoi rendre auteurs, éditeurs et libraires heureux.

Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté de décembre 2014/Janvier 2015), je suis revenu sur deux pages sur tous les prix littéraires principaux. Faites votre choix !

(Mais, je tiens à rappeler que sur ce blog, je mets en avant également des livres largement moins médiatisés).

NEW LM62 - P18a.jpg

NEW LM62 - P18d.jpg

NEW LM62 - P18b.jpg

NEW LM62 - P18c.jpg

NEW LM62 - P18e.jpg

NEW LM62 - P19B.jpg

NEW LM62 - P19A.jpg

10 décembre 2014

Olivier Tallec : interview du Prix Landerneau album jeunesse 2014

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

Olivier Tallec est né en Bretagne en 1970. Après l'École supérieure d 'arts appliqués Duperré, il voyage en Asie, puis au Brésil, à Madagascar, au Chili... puis travaille comme graphiste dans la publicité. Il est aujourd'hui illustrateur pour la presse (Libération, Elle, Les Inrockuptibles) et a signé plus de cinquante albums pour la jeunesse. Olivier Tallec vient de remporter le Prix Landerneau Album Jeunesse 2014. L’occasion était idéale pour le rencontrer.

Il m’a donné rendez-vous dans un café parisien situé à côté de chez lui. Voici le fruit de notre entretien publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc daté des mois de décembre 2014/janvier 2015 (plus un bonus mandorien final).

unnamed1.jpg

unnamed2.jpg

unnamed3.jpg

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandorPetit bonus mandorien :

L’idée de faire ce métier est arrivée comment en vous?

J’ai fait des études de graphisme. Ensuite, j’ai travaillé quelques mois dans des agences de com’, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Du coup, je suis allé voir des éditeurs avec des dessins, pas forcément « jeunesse » d’ailleurs. C’est Gallimard qui m’a proposé d’illustrer un premier livre, puis plusieurs à la suite. C’est comme ça que j’ai découvert l’illustration jeunesse. Je trouvais que l’on pouvait aborder tous les sujets avec une énorme liberté. Il y a beaucoup de créativité en jeunesse.

On a l’impression que le milieu du livre jeunesse se porte bien. Quid des illustrateurs ?

On ne sentait pas la crise jusqu’à il y a un an ou deux. Aujourd’hui, on commence à percevoir la chose. Sur les ventes et les tirages qui sont moins importants. Et sur les à-valoir aussi (rires).

Quand vous faites du dessin de presse, il faut travailler dans l’urgence. Mais lorsque vous illustrez un album comme Louis 1er, vous avez plus le temps, du coup, n’est-ce pas plus compliqué ?

Ce sont deux façons de travailler différentes. J’adore le dessin de presse parce que, parfois, on a juste deux heures pour trouver une idée. C’est très excitant. Sur un album, on peut creuser un peu plus quand même et approfondir les situations. On passe aussi un peu plus de temps sur les illustrations. On peut se permettre d’être plus méticuleux.

Quand un album est terminé, est-il facile de considérer qu’il est au moins « correct » ?olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

Non, j’ai toujours plein de doutes. Mais, je suis content quand je reçois un nouvel album. J’ai une grande satisfaction à voir l’objet et à savoir qu’il va être lu par plein de gens. Quand je regarde des anciens albums, j’avoue que je suis très critique envers moi. En fait, je ne suis jamais content de moi.

Avez-vous l’impression d’avoir une notoriété conséquente en tant qu’illustrateur?

Vous savez, les gens ne connaissent jamais le nom des illustrateurs. Ils achètent des livres pour les enfants et quand les enfants grandissent, ils ne suivent pas la carrière des créateurs de ces livres, contrairement à ce qu’il se passe en bande dessinée ou en littérature adulte. Moi, je ne suis connu que dans le petit milieu de la jeunesse et de l’édition. Mais ça me va très bien. En jeunesse, il n’y a pas de problème d’ego (rires).

Vous venez de sortir un autre livre, adulte celui-ci et très drôle, à la Sempé et à la Voutch. Je l’ai adoré ! Dans Bonne journée, chaque illustration révèle des scènes décalées, des moments surréalistes, des instants absurdes. Superhéros, lapin, vacancier, écolier, ours, artiste, mouton… des personnages variés s’animent pour faire sourire dans l’esprit du dessin de presse.

Le principe est simple : un dessin qui se veut être amusant et un court dialogue. C'est une démarche qui me tentait depuis longtemps. C'est très anglo-saxon... un humour assez absurde que l'on peut trouver dans le New Yorker, chez Gary Larson ou Glen Baxter. La difficulté, c’est de trouver la même précision dans l’illustration que dans le texte court qui l’accompagne. Je précise enfin que ce sont des dessins qui n’ont jamais été publié ailleurs.

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

Après l'interview, le 13 novembre 2014.

Quelques planches extraites de Bonne Journée.

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

olivier tallec,louis 1er,roi des moutons,prix landerneau album jeunesse 2014,interview,mandor

09 décembre 2014

Les Yeux d'la Tête : interview pour l'EP I don't speak English

LES YEUX D LA TETE @ Cre¦üdit HAMZA DJENAT.jpg

Les Yeux d’la Tête est un groupe parisien de chanson fondé en 2006 par les chanteurs guitaristes Benoît Savard et Guillaume Jousselin. J’ai déjà parlé dans une première mandorisation datant du mois de novembre 2012. Le 29 octobre dernier, à l’occasion de la sortie de leur EP I don’t speak english, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien.

lydlat1.jpgArgumentaire de l’EP I don’t speak english :

Une sensation made in France de fabrication parisienne, tout en énergie et en finesse.

Avec leur nouvel EP I don’t speak English, Les Yeux d’la Tête livrent quatre pépites éclectiques de chansons accrocheuses et rythmées, à découvrir d’urgence!

La beauté et la poésie des textes en français, la chaleur des musiques balkaniques et gipsy, l’énergie du punk et du rock, le groove du hip-hop, la transe de l’électro, Les Yeux d’la Tête offrent un hymne à la joie et à la danse, authentique et résolument ancré dans son temps.

Porté par six talentueux multi-instrumentistes, Les Yeux d’la Tête sont composés de deux leaders Benoit Savard et Guillaume Jousselin guitare/chant. Accompagnés de leurs complices de toujours, Eddy Lopez au saxophone et Antoine Allièse à l’accordéon. On notera l’arrivée de deux nouvelles recrues Emilien Pottier à la basse et Xavier Hamon à la batterie et aux percussions.

Les Yeux nous bercent avec classe vers une musique libre, prenante, touchante et ardente. Dans ce10009854_822209744459209_2357145767837642414_n.jpg nouvel EP, ils illustrent avec brio cet amour pluriel de la musique et défendent leur foi en leur langue maternelle (« I Dont’ speak english »), toujours avec une pointe d’humour et d’ironie, (« Sois belle et tais toi ») et cette envie de croiser les cultures (« Balkan Boogie »), d’explorer des routes musicales avec détours et double sens. Entrez dans la danse (« Hasta la vida »)... Les Yeux d’la Tête ont le vent en poupe, déjà considéré comme un groupe «kulte» en Allemagne, ils poursuivent leur chemin sur leur terrain de jeu favori, la scène!

Depuis 2006, Les Yeux d’la Tête, forts de plus 300 concerts dans 10 pays de Paris à Berlin, de Budapest à l’Angleterre, sillonnent le monde avec leurs chansons remplies d'émotions, de groove, d’humour et de générosité. Une musique sans frontière, sans étiquette, à partager sans modération.

les yeux d'la tête,benoît savard,guillaume jousselin,interview,i don't speak english

le3.jpgInterview :

Nous nous sommes rencontrés il y a pile deux ans. Que s’est-il passé depuis ?

Benoît Savard : Après la sortie de Madones, on a trouvé un tourneur, 3C. Il nous a fait faire une belle tournée. On a participé à beaucoup de festivals français et internationaux, Angleterre, Allemagne, Autriche, Italie, Belgique, La Réunion… etc.

Vous avez donc créé ces nouveaux morceaux sur la route ?

Guillaume Jousselin : Voyager n’empêche pas d’écrire et de composer. Au contraire.Cela nous a beaucoup inspiré.

C’est la première fois que vous sortez un EP.

Sortir un EP en non un album est pour nous une nouvelle façon de fonctionner. On a d’autres chansons sous le coude. Il n’est pas interdit de penser que l’on sorte un vrai troisième album au printemps prochain.

Benoît Savard : A ce propos, j’ai l’impression qu’un EP est moins impactant qu’un album. Les gens qui achètent des disques physiques sont un peu déçus parce qu’on ne peut pas trouver l’EP en magasin. Dans l’inconscient collectif, les gens se disent qu’un EP, c’est un disque transitoire. Ils s’imaginent que l’album va arriver bientôt. Non, c’est vraiment une œuvre à part entière.

Teaser de "I don't speak English".

La chanson "I don't speak English" en audio.

Dans « I don’t speak english , vous vous moquez un peu des groupes français qui chantentLYDLAT2.jpg en anglais.

Benoît Savard : L’idée de base était de faire un clin d’œil à tous les groupes français qui veulent à tout prix chanter en anglais. Nous, nous défendons la chanson française dans le monde, alors on a voulu s’amuser un peu. Mais ce n’est pas méchant du tout. Nous, on ne veut pas succomber à la facilité et à la tentation de chanter en anglais des morceaux plus pop ou plus « mainstream ». Nous sommes dans le sens et décrire du sens en anglais nous paraît très compliqué.

Les deux titres « Hasta la vida » et « Balkan Boogie » sont plus dans l’esprit de vos deux albums.

Guillaume Jousselin : Oui, c’est dans le même style. Mais on continue à chercher à innover, à partir dans des directions un peu nouvelles pour nous. Si ces deux chansons ressemblent à ce que l’on a fait précédemment, c’est dans la façon dont on les a produites.

Êtes-vous en recherche d’évolution musicale?

Benoît Savard : Dès qu’une chanson ressemble un peu trop à ce que l’on a déjà fait, on s’efforce de la modifier.

Guillaume Jousselin : Il faut évoluer tout le temps parce que la musique, elle-même, évolue. Ça nous excite d’emmener la chanson française dans des terrains pas encore fréquentés, en mettant par exemple des pointes électro ou des rythmes hip-hop dessus. Bon, en même temps, on reconnait notre patte dans toutes nos chansons. 

SAUT @ Cre¦üdit Hamza Djenat.jpg

Comment vous perçoivent les pays non francophones ?

Guillaume Jousselin : Selon ce que certains nous disent, nous leur apportons un peu de fraîcheur. Ils ne sont pas habitués à un genre musical comme le nôtre. Ils trouvent aussi que nous sommes généreux sur scène. On n’a jamais eu de problème de public qui n’a pas été réceptif ou qui n’a pas compris notre travail. Même s’ils ne comprennent pas les paroles, le lien se fait immédiatement. Nous nous intéressons beaucoup aux pays dans lesquels nous chantons et le public s’en aperçoit.

Benoît Savard : On dit quelques mots dans la langue du pays, sinon, on parle en anglais et quasiment tout le monde comprend.

aaaa.jpgSur la pochette de l’EP, on voit deux gamins en train de s’engueuler.

Benoît Savard : Il y a une part d’enfance et de jeu. On souligne qu’il ne faut pas se prendre au sérieux et garder son âme d’enfant… innocent.  

C’est un peu vous deux ? Êtes-vous de grands enfants ?

Benoît Savard : Oui, encore un peu. Ce que j’aime dans cette photo, c’est qu’elle fait bicéphale. Comme Guillaume et moi. Nous somme chacun auteur-compositeur et c’est un projet à deux, c’est donc une photo assez symbolique.

Maintenant que cet EP est sorti, que se passe-t-il pour vous ?

Benoît Savard : On n’était pas rentré chez nous depuis deux mois, donc nous allons nous reposer un peu. Très vite, nous allons nous mettre en mode « création » pour la suite. On va mettre en forme les chansons déjà écrites, nous allons les parfaire… et bien sûr, nous en écrirons d’autres.

Guillaume Jousselin : Et sinon, je tiens à signaler une date importante à retenir. Nous serons en concert à la Flèche d'Or le samedi 4 avril 2015.

Musicalement, ça ira dans quel sens ?

Benoît Savard : On n’en sait encore rien, mais on ne se donne jamais de ligne fixe dans la création.

Guillaume Jousselin : Nous sommes très spontanés. Une idée arrive et nous voyons où elle nous amène. Nous allons certainement aborder des thèmes inédits et aller dans des directions musicales influencées par nos voyages. On a déjà testé quelques rythmes différents mélangés aux nôtres et nous sommes plutôt satisfaits. On continue à expérimenter en fait.

DSC09539.JPG

Après l'interview, le 29 octobre 2014. (Nous tentons l'imitation parfaite de la pochette de l'EP.)

les yeux d'la tête,benoît savard,guillaume jousselin,interview,i don't speak english

08 décembre 2014

Rodrigue : interview pour #SpectaculaireDiffus

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

(Photo : Nam Thai Lai)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorAprès Le jour où je suis devenu fou et L'Entre-Mondes, le lillois Rodrigue sort son troisième album #SpectaculaireDiffus, dans lequel il adresse notamment une critique à la société du spectacle (et à la société tout court). Rodrigue est un nouveau fou chantant, qui met un sacré coup de pied dans la fourmilière chanson. À l'occasion de cette sortie, cet amoureux des mots est venu à l’agence le 20 octobre dernier pour une deuxième mandorisation (la première est ).

Argumentaire officiel :rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

Du rock français sans lipstick mais qui flirte insolemment avec la pop, parfois libertaire et
insouciante, souvent sombre et engagée.En solo ou en groupe, avec en sept ans, plus de300 concerts au compteur, trois albums, deux dvds et un livre de nouvelles, le projet a aujourd'huiatteint une maturité et une force sans précédent.Plume à la fois acide et passionnée, l'artiste est inclassable, créatif et survolté.Rodrigue tord les vers et efface les codes pour offrir en live un set qui n'a de cesse d'interpeller et de venir secouer les âmes pour les éprouver. #SpectaculaireDiffus, troisième album, interroge la vérité de l'information, des amours, des émotions. Il interroge aussi ce qu’entretient l’homme face à lui-même, à l’autre, à la société. la poésie et la sincérité comme sérums libérateurs.

C’est un album pop, en français, sans paillettes, ni cotillons, à la fois classe et animal, sensible comme un Boris Vian, désinvolte comme un vieux punk, explosif comme l’absinthe, avec ce petit quelque chose d’un film d’auteur façon Truffaut.

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

(Photo : Pierre Urbaniak)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorInterview :

Première constatation, #SpectaculaireDiffus est très bien produit.

D’album en album, je deviens de plus en plus exigeant et l’expérience aide à faire des progrès. Les musiciens qui m’accompagnent et moi « grandissons » aussi et donc, heureusement, nous nous améliorons.

C’est la première fois que tu fais un album avec les musiciens qui sont avec toi sur scène.

Sur mes précédents disques, quand j’avais un réalisateur, je me laissais parfois influencer par eux. Ils souhaitaient travailler avec tel ou tel musicien. Là, comme j’ai été plus indépendant, j’ai effectivement choisi mes musiciens de scène. On se connait pas mal puisque nous jouons ensemble depuis longtemps. On a pris le temps de bien faire les choses, car nous n’avions pas de contrainte de temps pour le studio.

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

Rodrigue et ses musiciens. (Photo : Benoît Poix)

A l’écoute de ce troisième album, il me semble qu’il y a moins de folie que dans tes deux précédents, même s’il en reste encore une sacrée part. #Spectaculaire Diffus, n’est-il pas plus premier degré ?

Disons que les chansons sont plus calibrées pour être « grand public », avec de gros guillemets. Par rapport aux autres albums, la créativité se place autre part. Peut-être moins dans l’imaginaire et le fantastique que dans des positions philosophiques. Ce n’est pas un album moins fou. Des chansons comme « 1911 », « International » ou « Mi ange, mi démon » sont un peu borderline quand même.

J’adore « Un petit mot de travers ». Tu y attaques les médias et surtout l’uniformisation de l’information…

Ce sont des sujets qui me touchent, en tant qu’artiste et en tant qu’humain. Nous sommes dans un monde où on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui n’est plus vrai. On rentre dans un monde où tout est devenu spectacle.

Clip de "Un petit mot de travers".

Tu chantes «la société du spectacle » de Debord, alors ?

Tu ne crois pas si bien dire.Ma chanson « Sa chatte » aussi est représentative de cette société-là. Mon nouvel album s’habille de ses plus belles parures, ce qui n’implique pas que je chante désormais des chansons mièvres et sans saveurs. C’est pour ça que mon disque se termine en poésie.

Il y a beaucoup de chansons qui n’ont pas de refrain.

Oui, tu as raison. Mais ça monte toujours crescendo. Et à aucun moment il n’y a de propos inutile. C’est un peu parlé-chanté au début et, petit à petit, il y a une explosion des instruments. J’aime casser le système habituel couplet/refrain, tout en restant pop.

Tu n’aimes pas les chansons construites de manière conventionnelles.

Et cela depuis mon adolescence. C’est pour ça que j’écoutais beaucoup de metal. Dans le metal, les groupes ont l’habitude de faire des chansons qui durent cinq minutes et qui finissent par avoir des ruptures assez brutales.

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

Peux-tu m’en dire plus sur la chanson « Ta chatte », un chouia provocatrice ?

Ce n’est pas une chanson sexuelle. C’est une chanson sur la société du spectacle. J’explique que, quand on a trouvé un concept, on l’utilise à fond jusqu’à le galvauder. A la base, le concept publicitaire, il est beau. A la base, une femme, c’est beau. Mais, ce qu’on en fait, c’est du spectacle. Je t’avoue que la première fois que j’ai interprété cette chanson sur scène, j’ai pris mon pied. Je savais ce que j’allais faire et je me demandais comment le public allait réagir. Il y a des gens qui avaient le sourire et qui ont commencé à rigoler, d’autres qui me semblaient un peu choqués. J’adore parce que j’ai l’impression de faire quelque chose d’inconvenant.

Je n’aime pas poser cette question, mais dans ce cas, elle s’impose. Pourquoi as-tu appelé ton album #SpectaculaireDiffus ?

Je joue avec le fait que cet album sera pesé, soupesé, comparé, jugé dans un océan de sorties.

As-tu besoin d’être rassuré de la qualité de tes dernières chansons ?

Mais qui n’a pas besoin de l’être ? Je suis comme tout le monde. Quand, toi-même, tu m’as dit tout le bien que tu pensais de l’album, ça m’a rassuré. Quand j’ai vu que des gens m’ont aidé à financer l’album grâce à Ulule, ça m’a rassuré. Je me dis que je ne suis pas si seul dans mon petit monde. Il y en a qui l’apprécie.

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

(Photo : Benoît Poix)

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandorPourquoi prends-tu ton temps entre deux albums ?

Je suis incapable d’en sortir tous les ans. Tous les trois ans, ça me parait bien. Il y a beaucoup de scènes entre deux disques, tu sais.

Ta fan base est fidèle et patiente, alors.

Ceux qui sont là depuis le début sont encore présents aujourd’hui… et ils le sont encore à fond. Cela ne cesse de m’étonner.

Cet album contient aussi pas mal de chansons d’amour. Tu n’en parles ni de manière classique, encore moins de manière positive. Les chansons « Stone » et « La tâche » en témoignent.

Je traite ce sujet universel en choisissant des angles bien particuliers. Dans « Stone », c’est quelqu’un qui se parle à lui-même. C’est un peu schizophrénique. Il parle à sa deuxième facette.  Dans « La tâche », ce sont des questionnements d’amour adultes. Mais l’imaginaire est toujours sous-jacent.

Teaser présentation en live et en clips de Rodrigue...

Dans « La route », j’ai l’impression qu’à la fin, tu te demandes si tu ne t’es pas trompé de chemin, si dans ta vie tu n’as pas blessé des gens, si tu n’as pas été injuste avec telle ou telle personne. Une sorte de chanson mea culpa.

C’est une chanson qui compte beaucoup pour moi, sur l’amour filial.

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

(Photo : Benoît Poix)

Sur la pochette, on voit un zèbre et sur tes nouvelles photos « promo », tu es maquillé en zèbre. Pourquoi ?

C’est un animal qui a beaucoup de contradictions. Il ne voulait pas choisir entre le blanc et le noir, il s’est dit qu’il allait prendre les deux (rires). Nous sommes tous un peu rayés. On ne sait pas choisir entre deux directions. On peut être un zèbre avec une crête et être habillé en costard avec une cravate à pois. C’est un peu moi.

Ce que j’apprécie dans ton œuvre, c’est qu’elle n’est pas démagogique…

Elle a pu parfois l’être au début, mais je fais désormais très attention. Je préfère faire des chansons plus sophistiquées et suggérer plutôt que montrer.

rodrigue,#spectaculairediffus,interview,mandor

Après l'interview, le 20 octobre 2014. (Notez le petit démon derrière nous...)

04 décembre 2014

Charlie : interview pour Les fleurs sauvages

charlie03.jpg

Il y a quelques mois (le 7 avril 2014), la chanteuse Charlie a proposé au public son deuxième album, Les fleurs sauvages (AT(h)HOME). A cette occasion, le 16 octobre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar parisien.

Jolie rencontre pour joli album.

Biographie officielle (écourtée) :1441318_10152290960152457_151735812_n.jpg

La première fois qu’on l’a aperçue, il y a six ans, Charlie était invitée sur le disque de Mauss sur un duo, « Je recherche ». Depuis, Charlie s’est lancée seule sur la route avec un premier album éponyme, emmené par un tube pop « Le sapin ». Elle chantait des chansons enlevées, mais rêvait en secret de climats plus intimes et des formats miniatures. Sa rencontre avec Emmanuel Da Silva va précipiter le rêve en mélodies. Ensemble, ils ont monté un petit atelier de musiciens : Scaba Palotaï aux guitares, Baptiste Brondy derrière la batterie, Jeff Hallam en mode basse et Fréderic Fortuny préposé aux claviers… pour confectionner une dizaine de mini-métrages pop doux-amers.
Charlie voulait du grain, du relief dans le son et du confort dans les arrangements, entendre la noblesse des matières simples, organiser un petit voyage dans des contrées acoustiques ou tendrement électriques.
Emmanuel Da Silva lui a apporté les premiers titres et Charlie s’est glissée dans ces écrins de guitares dans l’écho ; elle a délicatement soufflé ses textes au fil de ces déambulations en apesanteur, épousé ces ballades dans de grands espaces au parfum d’Amérique.
Autour des ingrédients de base, des harmonicas, des pianos droits et quelques cordes vont intégrer la caravane sur la route.
Avec ses acolytes, Charlie s’autorise à parler ses mélodies, ose les cassures dans sa diction, et s’évader de l’orthodoxie pop pour dessiner des ciels changeants. Elle transporte The Kills au pays de Lewis Caroll (« Tout ce qui brille »), XX dans la prose française (« Les vents contraires », « Les pluies ») et rejoint Keren Ann ou Emily Loizeau sur les terres précieuses de la musique d’ici, décomplexée et décadenassée.

1146606_10152290980387457_46690622_n.jpgInterview :

Quelle a été votre première confrontation avec le monde de la musique ?

Avec un copain batteur, on a monté un groupe quand on était au lycée. Petit à petit, on a continué, chacun de notre côté. Je me suis mise à apprendre la guitare et j’ai commencé à créer mes chansons toute seule. Le fonctionnement en groupe ne me correspondait pas vraiment. J’ai appris sur le tas, au niveau de la voix, du chant et de la façon d’écrire. A cette époque-là, déjà, j’ai compris que je n’aimais pas les contraintes collectives.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec Da Silva ?

J’aimais beaucoup ses albums. J’avais le sentiment que son univers correspondait parfaitement à celui que je voulais avoir. En plus, je savais qu’il avait l’habitude de réaliser des albums pour des artistes.

Il y avait aussi l’envie d’avoir un réalisateur pour ce deuxième album ?

Oui, je voulais être dirigée. Ce qui m’impressionne chez Emmanuel Da Silva, c’est qu’il arrive à se fondre dans l’univers de l’artiste pour lequel il travaille, mais en laissant sa patte et sa couleur. Il se met vraiment au service des artistes. Il a un côté caméléon impressionnant. Il a une grande intelligence de la musique.

"Sans commentaire" en duo avec Da Silva.

Vous avez beaucoup discuté pour qu’il saisisse qui vous êtes ?1486821_10152082356397457_499266391_n.jpg

Tout à fait. On a parlé de ma vie, mais aussi de couleurs musicales, de choix d’instruments et même de choix de musiciens. Nous avons aussi beaucoup évoqué les chansons et leur relief. J’avais beaucoup de morceaux très calmes, du coup, on a co-écrit pour essayer d’avoir quelque chose de dentelé. On voulait éviter le plat et le lisse. Il m’a beaucoup apporté. Le fait d’avoir une vraie direction et une vraie réalisation, c’était nouveau pour moi. Je suis ravie du résultat parce que je n’avais pas envie que mon deuxième album ressemble au premier.

Vous semblez appréciez que les artistes français chantent dans leur langue. Pourquoi ?

La langue française, il faut l’apprivoiser. Plus que l’anglais en tout cas. On peut dire n’importe quoi en anglais, tout passe. Si on transpose n’importe quel tube de Michael Jackson en français, c’est une catastrophe. En anglais, on peut ne pas rechercher les effets de style.

Dans la chanson française, il faut la forme et le fond…

Ça fait beaucoup, mais c’est ce que je trouve intéressant.

"Si seulement si".

10177875_10152318715027457_1077689901_n.jpgEn matière de chanson française, quelles sont vos références ?

Il y a Murat, Daho, Bashung… tous ces grands noms. En artistes femmes, j’aime beaucoup Emily Loizeau et Émilie Simon. J’aime les gens qui ont des choses à proposer en termes d’imageries.

Musicalement, comment pourrait-on qualifier votre album ?

Mon idée de départ était qu’il soit folk, chanson aussi, mais il est devenu un peu pop.

Il y a des chansons quand même intimes… c’est compliqué de les partager ?

Je trouve que ce qui est intéressant dans l’écriture, c’est de raconter des choses personnelles, toujours un peu maquillées et métaphoriques. J’aime quand il faut gratter pour comprendre un texte.

Quand vous écrivez, vous vous dites quoi ?

Je me demande systématiquement quelle histoire j’aimerais que l’on me raconte. J’espère être sincère et moi-même au maximum. Il faut transmettre quelque chose d’immédiat et de spontanée. Quand j’écris, tout est évident. Ça reste un jeu que j’essaie de maîtriser en m’amusant.

Créer pour soi et faire en sorte que cela devienne universel, c’est un peu curieux, non ?

Si je suis vraiment sincère, je dois avouer que je fais d’abord de la musique pour moi. Il y a pas mal de périodes dans ma vie où je n’en joue pas. Quand je n’ai rien à dire ou que je n’ai pas envie, je reste silencieuse. Il faut de la ressource pour créer et des histoires à raconter. On ne peut pas toujours écrire des choses pertinentes et belles.

"Le naufrage".

Vocalement, vous avez une jolie voix, mais il me semble que vous n’êtes pas dans la charlie16.jpgperformance.

Par rapport au premier album, je voulais une interprétation plus simple. Être dans la performance ne me procure aucune émotion. J’essaie d’aller à l’essentiel et de chanter le plus simplement possible. La voix est un outil. Il y a une palette d’interprétations beaucoup plus vaste que sur une guitare et un piano. Je persiste à dire que la voix est plus riche qu’un instrument.

C’est compliqué de perdurer dans l’industrie du disque en 2014 ?

Il faut se battre. C’est une lutte de tous les instants. Il faut être créatif et savoir s’imposer. Rien n’est joué d’avance. Il y a aussi le facteur chance. Tu peux faire de la très bonne musique et ne jamais avoir un focus porté vers toi.

Si vous aimez la scène, est-ce parce que vous êtes une ancienne danseuse ?

Très certainement. Pendant 25 ans, j’ai fait du classique et du contemporain. La scène, c’est un peu chez moi, du coup, je ne peux concevoir ce métier sans ce passage.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

L’amour, la simplicité, les voyages, l’introspection, un livre, un film, des images, une photo… Ce que je vis et ce que vit mon entourage aussi. Cela aboutit à des chansons… ou non.

DSC09514.JPG

Après l'interview, le 16 octobre 2014.

10408660_10152645095797457_5020658125128389642_n.jpg

03 décembre 2014

Les Ogres de Barback : interview pour leur 20 ans de carrière

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

(Photo : Pierre Wetzel)

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandorLes Ogres de Barback fêtent en fanfare (c’est le cas de le dire) leur 20 ans d’existence. Pour l’occasion ils se sont offert depuis le 24 octobre jusqu’au samedi 6 novembre prochain un «joyeux bordel» avec des invités et trois heures de concert tous les soirs.

Les Ogres n'ont pas leur pareil pour dénoncer l'intolérance et revendiquer la liberté. D'autant qu'ils le font avec un talent indéniable. Chansons sans frontières aux mots et aux mélodies suspendues à nos cœurs. Ils ont l’art de mettre en musique les réalités du quotidien qui les touchent, en mêlant poésie et humour. Pétri d’influences diverses, le groupe aime mettre en valeur ses différentes inspirations musicales. Elles vont de la chanson française (Brassens, Renaud…) à la musique du monde, notamment des pays de l’Est, en passant par la scène alternative.les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

Pour les fans de la fratrie sort un coffret en édition limitée qui retrace en sons, images et objets inédits vingt ans d’histoire(s) au travers d’un double CD (inédits, collaborations avec d’autres artistes, morceaux live jamais édités…), la réédition de la toute première K7 audio, un 45 tours, les affiches, un portfolio… la totale, quoi !

Je suis allé à la rencontre de deux des quatre frères et sœurs : Fred et Alice, le 15 octobre dernier, à la Maison de la Radio.

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandorArgumentaire officiel :

20 ans ! Ce n’est même pas l’âge qu’avaient Alice, Mathilde, Sam ou Fred quand ils sont devenus Ogres.

20 ans d’une histoire foncièrement singulière et profondément marquée du sceau de la liberté, à tous niveaux. Une histoire si dense en projets et riches en expériences variées qu’on ne peut ici qu’en exposer les grandes lignes.

20 ans à défendre, sans aucune concession à « l’air du temps », leur conception de la chanson française : décloisonnée et ouverte sur le monde, qu’elle se fasse « classique » ou métissée, acoustique ou électrique, clin d’œil aux glorieux anciens ou directement en prise avec les sonorités du nouveau millénaire, poétique ou survoltée, amoureuse ou contestataire, pour les petits ou pour les grands ou pour les deux à la fois…

En trois phrases :

Télérama – Valérie Lehoux : « Formation culte, dont la longévité ne doit rien ni à la mode ni aux médias » 

Le Figaro – Bertrand Dicale : « En dehors de tous les circuits du show-business, une carrière au succès exemplaire » 

Aujourd’hui en France – Emmanuelle Marolle : « Bienvenue chez les Ogres de Barback, une histoire unique en France » 

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

(Photo : Camille Simeray et Lionel Le Guen)

Interview d’Alice et Fred :

Fêter ses 20 ans d’existence, ça signifie quoi pour les Ogres ?

Alice : Ce qui est certain, c’est que nous n’avons pas vu le temps passer. Quand on a décidé de fêter nos 20 ans, on avait l’impression d’avoir fêté nos 10 ans récemment. Comme on a eu des milliards de projets et qu’on ne s’est jamais arrêté, du coup, c’est passé à la vitesse de la lumière.

Fred : Par contre, on a vu les kilomètres passer. On a fait une dizaine de disques, plus de 2000 concerts. Des concerts tous différents ! Assis, debout, calmes, rock'n'roll… On est des boulimiques de travail et de musique. On ne s'est jamais ennuyé.

Vous êtes toujours en évolution et dans l’action.

Alice : Concrètement, en tant que groupe indépendant, c’est difficile d’arrêter. Mais c’est aussi dans notre caractère. On a du mal à ne rien faire. Nous ne nous lassons pas de faire des disques, des concerts et avoir toutes sortes de projets. Quand on a une envie, il faut qu’elle aboutisse, sinon, cela nous frustre.

Retour rapide en images sur 20 ans d'une histoire marquée par la multiplicité et la diversité d'aventures humaines menées en toute indépendance.

On a l’impression que vous consacrez votre vie à la musique.

Fred : Oui, c’est un peu vrai, mais on a réussi à concilier cela avec une vie familiale.

Faut-il décrocher de ce métier parfois ?

Fred : On ne décroche jamais parce que, lorsque nous sommes à la maison, nous préparons le projet d’après. On a choisi un chemin qui est plus fourni que si une maison de disque s’occupait de nous. Nous faisons des réunions pour décider de la pochette,  du livret, de la sortie. On a toujours du boulot. Et je ne parle même pas  de ce qui est administratif.

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

Est-ce que votre situation est confortable ?

Fred : Oui. Par chance, ça marche bien pour nous. On arrive à ramener beaucoup de monde dans les salles où nous nous produisons. Je ne vous cache pas qu’avec la chute du disque, on a commencé à avoir peur. Mais on se dit que tant qu’il y a du monde à nos concerts, nous continuons.

Vous avez beaucoup de fans qui vous suivent depuis le début. Ils sont d’une fidélité exemplaire.

Fred : Depuis deux ans et principalement sur cette tournée des 20 ans, on commence à avoir des gens qui nous ont écoutés adolescents. Ils ont arrêté parce qu’ils sont passés à autre chose, puis nous ont redécouvert avec Pitt’Ocha et enfin, reviennent nous voir en concert avec leurs enfants. Vous savez, nous faisons des concerts en essayant de ne pas nous foutre de la gueule des gens. On s’applique et on se donne le plus possible. Quand certaines personnes nous disent que c’est leur 20e concert qu’ils voient de nous, c’est notre récompense.

Pour cette tournée anniversaire, les Ogres se sont acoquinés avec la Fanfare Eyo'nlé, du Bénin.
Retour sur la création de ce spectacle, et premières images de live !

Quand on joue depuis 20 ans, est-ce que la principale difficulté est de savoir se renouveler ?

Alice : On essaie de faire en sorte que les gens qui viennent nous voir tous les deux ans depuis 20 ans n’assistent pas au même concert. La grande question systématique c’est : qu’avons-nous déjà fait et que peut-on bien faire de nouveau.

Pour votre tournée 2014, vous êtes partis avec Eyo’nlé, fanfare béninoise rencontrée il y a quelques années. C’est ça aussi se renouveler ?

Fred : Si on fait le bilan, on a accompagné l’ex chanteur des VRP, Néry, pendant 6 mois. Avec les Hurlements d’Léo, on a tourné pendant deux ans, puis on est parti sur les routes avec une fanfare belge, la fanfare du belgistan, pendant deux ans encore. Entre tous ses projets, nous faisions des concerts un an ou deux seuls. Toutes ces expériences nous ont permis d’aller sur d’autres terrains musicaux et de ne pas s’enliser. Nous, à la base, c’était quatre instruments et de la chanson française traditionnelle.

Et les voyages vous ont apporté beaucoup.

Fred : S’il n’y avait pas eu les voyages, nous ne serions sans doute plus là. Nous avons besoin de nous intéresser à d’autres cultures. Par exemple, la musique du monde est arrivée bien après nos deux premières influences, la chanson française et le rock punk. Ce sont les voyages qui nous ont donné le goût prononcé pour ce genre musical.

Etape 13 - St Etienne - 28.11.14
avec Pierre Perret, Les Tit' Nassels, Reno Bistan, la fanfare Eyo'nlé, et Nico Quintin à la batterie.

Quand vous entendez quelqu’un comme Pierre Perret vous prendre comme exemple de ce qui se fait de mieux dans la chanson d’aujourd’hui, ça vous fait quoi ?

Fred : Je ne sais pas. Je ne comprends pas trop l’importance musicale qu’on nous trouve. J’ai conscience qu’on a rien révolutionné à ce niveau-là. Je sais qu’il y a des gens qui écoutent de la techno, du punk, du hard et qui font référence aux Ogres de Barback. Nous sommes depuis le début sans concession aucune sur notre carrière. Indépendants du début à la fin, donc libres de faire ce que nous souhaitons… et c’est ça qui doit impressionner pas mal de monde.

Vous avez fait le choix de ne pas vous exposer. Pourquoi ?

Alice : On cultive notre non starification. A la fin des concerts, on va voir les gens, on discute avec eux, on peut aller dans un bar avec certains. Nous sommes abordables.

Fred : On ne nous reconnait pas dans la rue et ça nous va très bien. Personnellement, on m’a reconnu trois fois dans la rue en 20 ans de carrière. Ne pas accepter les invitations à la télé et ne pas mettre nos tronches sur les photos… cela nous préserve.

les ogres de barback,fred,alice,interview,20 ans,mandor

Après l'interview, le 15 octobre 2014, avec Fred, Alice et quatre membres de la fanfare béninoises Eyo'nlé. 

01 décembre 2014

Interview : Vianney pour Idées Blanches

via1.jpg

Quand on fait le métier que je fais, immanquablement, on me demande quel est mon coup de cœur de ces derniers mois en matière de musique/littérature française d’aujourd’hui. Pendant très longtemps, je n’ai su que répondre. J’ingurgite trop, sans prendre le temps d’apprécier à leur juste valeur ce que je lis/j’écoute.

Mais en musique, ça y est ! J’ai un nom. Vianney.

Il a 23 ans et vient de sortir son premier album

Alors qu'il a fait les premières parties de Florent Pagny cette année, Vianney s'est vite fait remarquer, notamment grâce au titre "Je te déteste", qui passe sur les ondes depuis cet été. Depuis le 20 octobre, Idées Blanches est dans les bacs. Ses textes sont soignés, ses refrains entêtants (notamment le titre "Pas là"), sa voix est charismatique et ses mélodies rythmées. Pourtant Vianney ne pensait pas vivre de sa musique un jour, même si depuis ado, il n'a cessé de jouer et d'écrire des chansons. Les douze titres d'Idées Blanches ont été écrits pendant l'été 2013, chez Antoine Essertier, en Auvergne. Vianney est à découvrir en concert le 1er décembre au Zénith de Paris et le 31 janvier au Café de la Danse !

Je suis allé à la rencontre du chanteur le 15 octobre dernier dans un bar de la capitale.

couv via.jpgBiographie officielle :

Ses morceaux ont la couleur et la chaleur des feux de joie, le rayonnement des grands embrasements populaires. Chanteur à textes et à voix, Vianney s’impose avec son premier album. Sans effort ni cliché.

A 23 ans à peine, l’auteur-compositeur-interprète se dévoile entre tempérance et flamboyance. Avec application et fougue, l’autodidacte qu’est Vianney, fraîchement diplômé d’un cursus Haute Couture, tisse la toile de ses rêves et lustre ses accords, qu’il double de bure ou de satin. 

A la sortie du lycée militaire de Saint-Cyr, où il est pensionnaire trois ans durant, Vianney fait d’abord des études de commerce entre la France et Londres, puis une école de stylisme à Paris. Sa passion pour la musique ne date pourtant pas de la veille : dès son plus jeune âge, son père, fin mélomane, l’a initié aux joies d’une discothèque francophone, dorée sur tranche, entre Barbara et Dick Annegarn, Thomas Fersen ou Maxime Le Forestier.

Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick via 2.jpgmusical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre.

Pour capter l’essence de ce disque, Vianney a fait appel à Antoine Essertier (Daran et les Chaises, Soha, Boulevard des Airs). Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. 

Enregistré sur trois semaines en Auvergne, Idées Blanches a également bénéficié de la présence de Julien Tekeyan à la batterie, de son frère Geoffroy à la basse et de Cyril Barbessol au piano.

Idées Blanches : un disque profond, sous des airs légers et des refrains entêtants. Entre chanson d’auteur et variété millésimée, la musique de Vianney construit des ponts. 

DSC09507.JPGInterview :

Tu sors ton premier album à 23 ans et tout le métier parle de toi comme la découverte de l’année.

Il n’y a que l’avenir qui donne raison à ce que l’on dit. Je ne sais pas comment interpréter les commentaires sur ce sujet. C’est génial si tu me dis ça, mais je n’en ai pas encore vraiment conscience. Je sais que mon label a de bons échos, il n’en reste pas moins que le démarrage reste coton.

Coton… c’est à dire ?

C’est-à-dire que rien n’est gagné et qu’il y a tout à faire.

Tes deux premiers singles, « Je te déteste » et « Pas là » ont cartonné. Pour un inconnu c’est extrêmement rare.

Cartonné n’est pas le mot, mais je me suis un peu fait repérer.

Clip de "Je te déteste".

Tu joues de la guitare depuis l’âge de 12 ans. via 6.jpg

Et un peu de piano aussi. Je n’ai pas officiellement appris la musique et quand tu arrives à un certain niveau, ça devient un défaut. Je suis au stade où j’aimerais bien évoluer. Je suis encore un peu limité parce que je ne sais pas lire la musique.

Si tu ne connais pas le solfège,  comment fais-tu ?

Je fais tout au feeling. Je ne suis pas un grand chanteur, mais en même temps, ça fait partie de ce que je suis.

J’ai lu que ton père était très amateur de chansons françaises. Il aimait Dick Annegarn, Thomas Fersen, François Béranger et Maxime Le Forestier, des artistes comme ça.

Pour moi, le plus grand a toujours été Dick Annegarn. Quand j’étais petit, c’est l’artiste qui a provoqué des  trucs chez moi assez contradictoires. Il y a des chansons de lui qui m’énervaient, elles me paraissaient je-m’en-foutiste et pourtant, je les écoutais .J’aime quand quelqu’un de talentueux me perturbe

Tu as eu de la chance d’avoir un père aussi pointu en musique française.

En plus, il est dans la logique de la transmission. Quand il a vu que je savais jouer de la guitare, de son côté, il n’a plus jamais joué. C’est révélateur de sa volonté de transmettre sa culture musicale, l’amour de la chanson française que lui-même a reçu de ses parents et que je transmettrai, moi, à mes enfants.

Il doit être content de ce qu’il t’arrive.

Oui. Et ma mère aussi d’ailleurs. Je peux même dire qu’ils sont très contents. Ils savent que je fais ça depuis toujours, alors ils ne sont pas inquiets. Ils ont conscience que je ne peux que m’épanouir parce que je fais un métier qui m’a toujours passionné. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je le pratique à plein temps. Désormais, quand je joue dans ma chambre, je ne culpabilise plus (rire).

Clip de "Pas là".

Via 7.jpgQuand as-tu su que ta voie (et ta voix) allait te mener à la chanson, officiellement ?

Je me suis dit que c’était le chemin à suivre en juin dernier, quand j’ai terminé mes études. Au moment où tous les étudiants partaient en stage, j’ai compris que je n’en n’avais pas envie. J’ai pris la décision de ne faire que de la musique. C’était le bonheur absolu.

Etant donné le succès que tu commences à avoir et tout ce que tu dois doit faire pour te faire connaitre encore plus, promo, scènes, plateaux, je suppose que tu commences à être un peu dépassé…

C’est exactement ça. Je ne contrôle plus grand-chose. Avant, je connaissais toutes les personnes qui étaient derrière mon projet. Maintenant, j’ai des abonnés, des followers, tout ça… je n’étais pas dans ce trip.

Tu n’as pas peur que tout ceci te change ?

Non, je sais que je peux rester honnête. En tout cas, je veux le rester. Je ne me déguise pas. Je suis honnête sur tout ce que je fais et sur tout ce que je dis. Je sais qu’il y a des gens qui lisent ce que je peux raconter et qui peuvent même en penser quelque chose. Je dois donc montrer que je suis fidèle à ce que je chante. Je ne veux surtout pas mentir.

Mais quand tu es sur scène, tu deviens forcément quelqu’un d’autre, non ?

Quand je suis sur scène, je ne dois penser qu’au public, pas à moi. J’ai compris que l’on pouvait faire rêver les gens et c’est quelque chose que je n’imaginais pas. Quand j’étais en première partie de Florent Pagny, lors de sa tournée, je regardais la tête des gens pendant son concert. Je les trouvais éclairés et heureux. Ils écoutent et ont la banane. Du coup, j’ai compris également que je pouvais apporter un peu de bien à des gens.

Et cela met un peu de pression ?

Non, parce que je me présente tel que je suis depuis le début. Je n’ai qu’à continuer ce que j’ai toujours fait. J’imagine que les gens qui viennent à mes concerts sont des gens qui adhèrent à ce que je suis et ce que je fais.


Vianney : "Chanson d'Hiver", extrait de l'album... par francemusique

Il y a beaucoup d’humours noirs, de seconds degrés et d’ironies dans tes chansons… tu esvia 8.jpg comme ça dans la vie ?

Je suis comme ça, en effet. J’essaie de prendre de la distance avec les choses difficiles que je peux évoquer dans l’album. L’humour sert à oublier les soucis ou les envisager sous un angle différent.

Votre album s’intitule « Idées blanches ». C’est parce qu’il est optimiste ?

Oui, mine de rien, il est très positif sur plein de choses. Il y a un soupçon d’idéalisme, voire même de naïveté. On est sur la frontière. Je pense être un idéaliste de plein de choses. Notamment, de l’amour et de l’éthique.

Parfois, il me semble que tu es désillusionné. Dans « Le débutant de l’amour » par exemple. Je trouve curieux qu’à 23 ans, tu écrives ce genre de chanson.

Tu as pris un super exemple. J’ai écrit cette chanson quand j’étais un peu seul. C’était un peu difficile amoureusement. Le constat que je dresse est que l’amour ne fonctionne pas s’il est vécu en dilettante. Il n’y a que l’amour entier qui fonctionne. L’amour ne tiendra pas s’il est à trois, s’il est partagé, s’il n’est pas entier. C’est une vision très idéaliste de l’amour.

via 4.jpg

Dans tes chansons, il y a plusieurs couches de compréhensions.

Ce n’est quand même pas ultra métaphorique.

Si. Une chanson comme « Je te déteste » n’est pas interprété  au premier degré.

Disons que c'est chanté au 3e degré autour d'une histoire vraie. C’était la seule et première fois que je détestais quelqu’un. Une jeune fille s’est mal comportée envers moi, celle dont je raconte l’histoire dans « Je te déteste » et « Pas là ».

C’est une sacrée muse, dis donc !

J’ai souffert, mais j’ai tenté de prendre de la hauteur en écrivant ces deux chansons. Il n’y a aucune perfidie, juste de l’humour noir par rapport aux évènements.

via 9.jpgY-a-t-il une chanson au premier degré ?

Oui, c’est « Mon étoile ».

Tu parles vraiment d’une danseuse étoile ?

Oui. Ce titre est assez réaliste et je donne des images qui sont assez claires.

Les gens s’approprient les chansons. Comment tu le vis ?

Il y a beaucoup de choses qui me touchent parce que je constate que l’on a un pouvoir par les mots.

Il y a une puissance tubesque dans tes chansons.

Je ne le fais pas consciemment, mais j’aime l’équilibre entre la chanson et la variété. Je fais en sorte que la mélodie soit accessible immédiatement et que les textes soient dans des degrés divers. Je n’ai aucune vocation à être un artiste incompris.

Veux-tu devenir populaire ?

Si ça veut dire plaire et être compris d’un grand nombre de gens, oui, j’aimerais bien. Mais dans mes chansons, il y aura un contraste entre le haut et le petit niveau.

Ton plan de carrière à l'air réfléchi !

Non, mais toi, par exemple, tu me fais réfléchir à ces choses, mais je n’en avais pas conscience avant d’être confronté à ton regard.

DSC09510.JPG

Comme Stromae, tu as un look un peu désuet.

Je ne le fais pas exprès. Je m’habille toujours comme ça depuis que j’ai huit ans. Je ne changerai jamais mon look, parce que j’ai toujours été comme ça. J’ai toujours porté des chemises. Je me sens nu si je n’ai pas de col. Il y a des chanteurs qui se déguisent très bien.et ça leur va super bien. Stromae est déguisé tout le temps et le résultat est génial. Moi, je ne suis pas fait pour ça.

Sans te comparer à lui, je trouve que vous n’êtes pas aux antipodes dans la façon d’envisager le métier.

C’est gentil de me dire ça. Je ne sais pas si je mérite un tel compliment. S’il y a une carrière idéale souhaitable, c’est la sienne.

Aimes-tu la variété ?

Il y a une certaine variété que j’adore. Pour moi, Joe Dassin était une bête. Polnareff, Delpech, Bécaud… et bien d’autres aussi. Ils ont chanté des chansons d’un niveau très élevé. Aujourd’hui, je trouve le niveau très triste, alors qu’il y a de bons arrangeurs.

Aimes-tu la promo ?

Ça dépend de l’interlocuteur. Si on m’amène dans des directions hors promo, j’aime bien. Cabrel dit que ça ne sert à rien de lui poser des questions sur ses chansons parce que tout est dedans… moi, c’est un peu la même chose.

DSC09509.JPG

Le 15 octobre 2014, après l'interview.

27 novembre 2014

Nicole Lambert : interview pour les 30 ans des Triplés.

Nicole lambert portrait pensée 1_© Iris de Turckheim.jpg

logo 30 ans.jpegAu fil des années, les Triplés n’ont pas grandi, mais leur bande dessinée est devenue une institution, en France et à l’étranger, dans la presse, l’édition et la télévision. 30 ans que les Triplés amusent les lecteurs du Figaro magazine. On a vu passer l’époque, aussi bien les changements de société, que l’arrivée des nouveautés qui ont changé nos vies : portables (au moins un kilo pour les premiers !) ordinateurs, GPS, et autres. On a vu aussi, comme dans un défilé de mode, passer les tenues de la mère des Triplés, la plus fashion-victim des mamans de Paris. Le 29 octobre dernier, pour un des magazines auquel je collabore, je suis allé à la rencontre de la maman des Triplés, Nicole Lambert, dans son atelier parisien pour évoquer cet anniversaire.

nicole lambert,les triplés,30 ans avec les triplés,le magazine des espaces culturels leclerc,interview

LM62 - P10 - Jeunesse1.jpg

LM62 - P10 - Jeunesse2.jpg

LM62 - P10 - Jeunesse-1.jpg

nicole lambert,les triplés,30 ans avec les triplés,le magazine des espaces culturels leclerc,interview

Nicole Lambert portrait pensée2_© Iris de Turckheim.jpg(Tout petit) bonus mandorien:

Dans l'ouvrage 30 ans… avec les Triplés, vous vous livrez beaucoup. Ça a été compliqué.

Très, parce que je suis plutôt pudique et dans la vie, j’avance masquée. Avec l’intervieweur de ce livre, Charles Dierick, grand spécialiste belge de la bande dessinée, on a parlé très librement et je me suis aperçu que j’évoquais beaucoup de choses personnelles. Je n’ai qu’une trouille, c’est embêter les gens avec ma propre vie. C’est vertigineux de se raconter et d’imaginer un instant que les propos tenus vont passionner la foule.

Prenez-vous parfois des vacances ?

Pas beaucoup. J’aime bien ça, mais je travaille beaucoup trop. Généralement, je commence mes journées à six heures du matin et je finis à dix heures du soir. Depuis le début de la série télévisée, je peux dire que je travaille entre 14 et 16 heures par jour depuis deux ans. Le pire, c’est que personne ne me félicité pour ça, parce que c’est moi qui le souhaite. Mon entourage ne m’encourage pas à tenir ce rythme, bien au contraire.

Avez-vous eu la carrière idéale ?

C’était à peu près ce dont je rêvais au départ.

Quel est le dénominateur commun des gens qui aiment les triplés ?

Ça ne fait aucun doute. Ce sont des gens très gentils.

DSC09534.JPG

Avec Nicole Lambert, dans son atelier, le 29 octobre 2014.

Et la dessinatrice a tenu à dédicacer à ma fille (et son papa) son dernier album...

ded.JPG

26 novembre 2014

Il Divo : interview du français du groupe, Sébastien Izambard, pour A musical Affair

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandor

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorIl Divo a toujours su lier avec génie l’opéra à la musique pop. Après avoir vendu plus de 26 millions d’albums (dont plus de 800 000 en France), classé plus de 50 titres numéro1 et reçu plus de 160 disques d’or et de platine dans 33 pays, revoici le groupe pour un disque compilant des classiques de comédies musicales françaises et américaines, A musical Affair. Urs Bühler, Carlos Marin, David Miller et Sébastien Izambard chantent des extraits de Notre-Dame de Paris, Les Dix Commandements, Roméo et Juliette, Les Misérables en compagnie de vedettes françaises telles que Florent Pagny, Hélène Ségara, Lisa Angell, Natasha St-Pier, Anggun et Vincent Niclo. Ce septième album reprend aussi Some Enchanted Evening (« South Pacific »), Bring Him Home (« Les Misérables ») ou encore Tonight (« West Side Story »), interprétés avec émotion et romantisme, véritable signature du groupe. Le 21 octobre dernier, dans un palace parisien, j’ai rencontré le seul français du groupe, Sébastien Izambard, de passage pour une demi-journée en France.

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandor

Interview :il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandor

Depuis 10 ans, vous n’avez jamais arrêté.

C’est vraiment le cas de le dire. On n’a jamais cessé d’être en tournée et d’enregistrer des disques. Nous sommes des boulimiques du travail. On est dépendant de ça, c’est même notre raison d’être.  Il Divo a marché très vite dans le monde entier, sauf en France d’ailleurs.

Au début, les français vous ont suivi.

Oui, c’est vrai. Pour les deux premiers albums. Mais plus après. Parfois, ça marche moins bien, alors il faut présenter un répertoire différent et essayer de reconquérir le public. C’est un combat de tous les instants. Il est impossible de rester sur nos acquis.

Cela dit, vous avez une longévité exceptionnelle.

C’est vrai. Au début du projet, on était sûr de rien. Pour être honnête, nous pensions que nous allions pouvoir exister quatre ou cinq ans, pas plus.

Nouvel album « A Musical Affair » - version française
16 chansons de légende issues des plus grandes comédies musicales
En duo avec Vincent Niclo, Hélène Ségara, Natasha st-Pier, Anggun, Lisa Angell…

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorQui a choisi les personnalités françaises qui ont participé à cet album, A musical Affair ?

C’est notre nouvelle maison de disque française, Sony BMG, qui nous a proposé des artistes. J’ai trouvé le choix judicieux parce que les voix sont toutes exceptionnelles. Personnellement, je me retrouve à chanter avec mon copain Florent Pagny. Il m’a connu tout jeune. Je retrouve aussi Vincent Niclo que j’ai rencontré il y a un an dans une émission de télé en Allemagne. Je lui avais dit, dans les coulisses, que ça serait sympa que l’on enregistre ensemble. Le destin est facétieux parce qu’il a réalisé ce que j’ai demandé.

Est-ce difficile de chanter avec des chanteurs de variété ?

Pas vraiment. Ce sont eux qui se sont calés sur nous. Cet album est fait pour nous représenter, pas pour les représenter eux. C’est très égoïste, mais très logiquement, c’était à eux de se plonger dans notre univers. Ils l’ont compris et ont parfaitement joué le jeu. On leur a demandé de ne pas changer leur personnalité. Parce qu’on les aime tels qu’ils sont… sans Il Divo.

Il y a dix ans, Il Divo était le seul groupe qui mélangeait opéra et pop. Depuis, ce genre il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandorde groupe pullule.

Oui, nous avons de nombreux enfants (rires). Mon collègue d’Il Divo, Carlos Marin, dit toujours que les gens peuvent faire des infidélités en allant voir les enfants, mais ils finissent toujours par revenir voir papa.

Le groupe est resté le même depuis le début. Il n’y a eu aucun changement de casting.

Parce que personne n’a voulu faire son Robbie Williams. L’ambiance est aussi bonne qu’au début de l’aventure. En plus, maintenant, nous nous connaissons parfaitement et on s’apprécie les uns les autres.

Sébastien, vous habitez en Angleterre depuis 11 ans. Vous ne vous sentez plus français, je suppose ?

Même si j’aime la France, j’ai plus l’impression de faire partie du monde. Mon endroit préféré, c’est le Japon. J’adore aller là-bas. En plus, nous sommes très populaires dans ce pays. J’emmène souvent mes enfants où je vais. Pas tout le temps, mais quand ils peuvent. Du coup, je les sens très ouvert.

il divo,sébastien izambard,interview,a musical affair,mandor

Avec Sébastien Izambard, après l'interview, le 21 octobre dernier.

25 novembre 2014

Laetitia Shériff : interview pour Pandemonium, Solace and Stars

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandor

Dix ans tout juste après la sortie de son premier album et après six ans de relatif silence discographique (si on oublie des albums avec le groupe Trunks, des BO pour des films documentaires, du cinéma, du théâtre, des spectacles de danse, des collaborations à foison…), Lætitia Shériff revient avec son troisième opus, Pandemonium, Solace and Stars, tout aussi furieusement désespéré que doux et salvateur. Un voyage au cœur de la nature humaine. Lætitia Shériff brouille les pistes sans ne jamais perdre en route le cercle de ses admirateurs. Je l’apprécie aussi pour cela.

Le 15 octobre dernier, la chanteuse musicienne est venue à l’agence située à quelques numéros de là où elle a passé son enfance.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorBiographie officielle :

Contrairement au patronyme qu'elle s'est choisi, Lætitia Shériff n'est pas du genre à (faire) respecter la loi. Elle serait même plutôt de ceux qui la transgressent avec gourmandise, comme en atteste la liste de ses collaborateurs par le passé, tous des vandales de la bien-pensance musicale (l'immense saxophoniste de jazz François Jeanneau, la diva punk Lydia Lunch, le producteur de musiques électroniques Robert Le Magnifique, l'expérimentateur Noël Akchoté ou encore le guitariste polymorphe Olivier Mellano...).

En dix ans, sans aucun plan de carrière réfléchi à l'avance, la chanteuse/bassiste a su laisser son empreinte indélébile sur une poignée de disques exigeants, sous son nom ou bien sous un autre (Trunks), mais également dans des BO de documentaires, au cinéma, au théâtre ou dans des spectacles de danse.

Néanmoins la véritable performance de Lætitia Shériff, c'est de réussir à justement canaliser laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorcette soif de liberté, à formater son audace formelle. Son dernier disque, Pandemonium Solace and Stars, est ainsi une petite merveille de rage lumineuse, de désespoir fertile, qui l'autorise désormais à marcher dans les pas d'illustres ainés comme Scott Walker, Neil Young ou Nick Cave. Bien sûr, dans sa discothèque personnelle, on imagine que les disques de Sonic Youth, Dominique A ou The Breeders tiennent également une place de choix. Elle en partage les obsessions en tout cas. Et l'art de la mélodie sournoise.

Elle est épaulée par son vieil ami Thomas Poli (guitariste de Montgomery et collaborateur de Dominique A), le batteur Nicolas Courret (Eiffel) ainsi que la violoniste Carla Pallone (Mansfield.Tya) invitée sur trois titres. Au grain de sa voix, au son de ce disque équilibriste, on sent qu'elle ne triche pas. Qu'elle ne peut pas.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorInterview :

D’où t’es venue ta passion pour la musique ?

De mon éducation familiale. Il y avait de la musique tout le temps à la maison. J’ai deux grands frères et une grande sœur. Mes parents aussi étaient mélomanes.Tout ce beau monde écoutaient de la musique, mais tendance rock...

Tu as fait partie d’un groupe lorsque tu étais au lycée.

J’étais bassiste. Dans les groupes, il manque toujours un(e) bassiste, alors j’ai réussi facilement à m’intégrer. Pour moi, c’était un moyen d’expression parallèle. Quand tu es adolescent, tu as des choses à dire, mais tu n’y arrives pas forcément. La musique m’a aidé. Même si, à cette époque, j’enregistrais déjà sur magnéto cassette, je ne voulais pas en faire un métier.

Tu es autodidacte. Tu as appris seule la basse et la guitare en jouant avec d’autres musiciens.

Oui, mais je tiens à dire que j’ai pris des cours de solfège il y a deux ans. Comme je suis intervenante dans les écoles, je voulais être au niveau. Il y a un minimum de codes à respecter... et ça rassure les directeurs d’école.

Teaser du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars".

Quand tu quittes ton logement familial, tu te retrouves dans un quartier populaire à Lille.laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandor

Oui, du coup, c’était assez facile de me retrouver à jouer dans des bistrots ou participer à des « open micros ». Après, tout s’est fait naturellement entre 1998 et 2003. J’ai été poussée par des amis musiciens, j’ai rencontré des tas de gens et, finalement, en 2004, c’est la sortie du premier disque.

Quand on commence amateur, on se demande toujours quand on devient professionnelle, non ?

On met du temps à se décréter comme telle, en effet. Quand tu arrives à remplir tes papiers administratifs en indiquant « musicienne » dessus, c’est que tu as franchi un cap. Par contre, j’ai toujours l’impression d’être « artiste en développement ». Ou plutôt « en émergence ». Je préfère ce terme.

Entre ton premier album et celui qui vient de sortir, Pandemonium, Solace and Stars, on sent une évolution notable. Mais ta patte est toujours là. C’est dur de garder le cap ?

Il suffit d’honorer ta musique. Il faut qu’elle continue à te faire du bien. J’essaie de rester spontanée, ce n’est pas toujours facile quand ton travail commence à prendre de l’importance.

"The Living Dead" - Extrait du nouvel album de Laetitia Shériff : "Pandemonium, Solace and Stars.

Réalisation : Marie Larrivé. 

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandorTu travailles avec les mêmes personnes depuis longtemps. As-tu besoin de repères durables ?

Oui, ce sont des curseurs affectifs qui font qu’on ne se sent jamais tanguer, même durant les traversées du désert. Dans une carrière, il y a des moments où on stagne. Mais je crois que ces périodes sont nécessaires parce qu'on est en phase d’observation. Tu vas chercher quelque chose qui va te sauver de cette impasse. Moi, je regarde les autres et je m’imprègne du monde dans laquelle je vis.

Ta musique est plutôt sombre.

Ça vient peut-être du fait qu’elle est électrique. Si je suis optimiste, je me sens aussi révoltée et indignée. En utilisant ce son-là, cette électricité, j’espère éviter la démagogie. Dans ma musique, il y a des paysages… c’est plutôt cinématographique. Et puis, je joue avec la complexité du monde et ses paradoxes.

Je te vois comme une laborantine.

Oui, c’est exactement ça. D’où le fait que j’écrive en anglais et que je mélange les sons. A la fin, ça donne quelque chose de brut.

"Fellow", extrait de l'album Pandemonium, Solace and Stars (Froggy's session).

Tu as été l’une des premières à jouer de la musique rock indie.

On me dit ça souvent. Je ne suis pas d’accord parce que nous sommes nombreux et nombreuses à faire ce genre de musique depuis des années. C’est juste une question de curiosité et de visibilité. Comme je suis en période de promo, on me voit pas mal en ce moment, donc on peut se faire une opinion sur ce que je fais… J’ai conscience qu’il y a de nombreux artistes qui existent depuis très longtemps et qui font ce genre de musique-là avec un talent fou.

Outre ta carrière solo, tu diversifies tes activités musicales.

J’ai besoin de la diversité dans ce métier. Il est bon aussi de ce mettre « en danger ».

Comment faut-il aborder ta musique ?

« Elle est ta toi cette chanson… », chantait Brassens. Chacun fait ce qu’il veut d’une chanson. Dans ce disque, j’ai abordé plus de choses. C’est certainement mon disque le plus intime. Il y a un mélange de fantastique et de réalité. J’aborde l’enfer ou les étoiles. C’est à celui qui écoute les chansons de choisir là où il veut aller. Mon disque, s’il fallait que je le schématise, je dirais que c’est comme une journée qui commence mal et qui finit bien.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandor

Après l'interview, le 15 octobre 2014.

laetitia shériff,pandemonium,solace and stars,interview,mandor