21 janvier 2012
LadyLike Dragons: session acoustique pour "Turn them into"
Ladylike Dragons est un groupe que je suis depuis 2007. Les trois natifs de Meaux viennent de sortir leur deuxième album, Turn them into gold après le premier et remarquable Heart Burst en 2009. Formé en 2006, les ex Olympic Dragons ont très vite muté en Ladylike Dragons sous la pression juridique du Comité Olympique, bien décidé à ne partager avec personne la propriété intellectuelle du terme Olympic (ils m’expliquent tout ici). L’opportunité est belle pour Sébastien (guitare) et Yann (batterie) de souligner, à travers leur nouveau nom, la féminité explosive et décomplexée de leur chanteuse Cindy.
Voici quelques-unes de mes rencontres avec le groupe: Au live in 77FM en novembre 2007, ma première mandorisation de la formation meldoise en juillet 2008, en session acoustique à la Fnac Val d'Europe en septembre 2008, leurs explications du changement de nom en février 2009, une deuxième mandorisation (version audio) à l'occasion de la sortie de leur premier album en octobre 2009...
Dans Turn them into gold, on retrouve ce collage détonnant entre des mélodies (power) pop et un blues rock garage sale drivé tout en puissance. Si la formule guitare/basse/batterie est certes classique, la qualité du songwriting et la compétence des musiciens font ici la différence. Efficace sans jamais être tape-à-l'œil, cet album ravira tous les amateurs d’un rock brut basé sur les guitares. Le 5 décembre 2011, j’ai demandé au groupe de venir dans les locaux de MusiqueMag pour nous offrir deux extraits de cet album en version acoustique.
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17 janvier 2012
Frédéric Mars: Interview pour Non Stop

Pour ne rien cacher aux éventuels nouveaux lecteurs, c’est ma 6e mandorisation de Frédéric Mars. (Lire ou voir : la première, la deuxième, la troisième, la quatrième et la cinquième). Il explose tous les records (non, après rapide enquête, c'est Jérome Attal qui est le grand vainqueur avec 7 mandorisations). Bref, que voulez-vous, je suis fidèle.
Le 5 janvier dernier, j'ai demandé à Frédéric Mars de me rejoindre à "mon" agence pour évoquer son nouveau livre, Non Stop, un thriller infernal.
Présentation de l'éditeur:
9 septembre 2012, Manhattan. Un homme ordinaire reçoit une enveloppe anonyme et se met à marcher en direction du métro. À peine s’est-il arrêté sur le quai de la station qu’il explose, semant la mort autour de lui. Très vite, les mises en marche et explosions de ce genre se multiplient à une allure folle. Sam Pollack et Liz Mc Geary, les deux agents chargés de l’enquête, doivent admettre qu’ils sont confrontés à une attaque terroriste d’une envergure inouïe. Une attaque non revendiquée et d’autant plus difficile à contrer qu’elle transforme des innocents en bombes humaines, faisant d’eux les agents de ce scénario apocalyptique. Tous se sont vu implanter un pacemaker piégé dans les deux dernières années. Tous reçoivent ces fameuses enveloppes kraft et se mettent à marcher. S'ils s’arrêtent, la charge explosive se déclenche, où qu’ils soient. Quels que soient leur âge et leur couleur de peau. Grace, la propre fille de Sam Pollack, est concernée. Concerné aussi, un certain Stanley Cooper, président sortant des États-Unis, qui a caché à l'électorat son insuffisance cardiaque pour accéder au pouvoir… La cavale sans fin de ceux qu'on appelle les Death Walkers, les marcheurs de la mort, ne fait que commencer.
Un thriller ultra-réaliste et haletant tendance "24 heures chrono". Une écriture puissante par sa simplicité et son efficacité. Un scénario auquel tout lecteur amateur de sensations fortes, qu'il ait 15 ou 35 ans, peut s'identifier.
L’auteur :
Frédéric Mars, 43 ans, vit entre Paris et l'océan Atlantique, entre ses travaux de scénariste TV et son univers romanesque, ébauché avec Son parfum, développé avec L'amour est une femme, Le livre du mal (Le sang du Christ) ou Non stop.
Il voue une passion à tout ce qui touche à la communication hommes/femmes, et en particulier aux modes d'échange non-verbaux (sensoriels, sensuels, etc.), ainsi qu'aux limites de la science, et aux sujets d'actualité (politique internationale, faits divers, etc.).
Dans une autre vie professionnelle, il a aussi été journaliste, photographe, "nègre" et auteur (sous d'autres patronymes) de nombreux essais, documents et livres pratiques.
Interview :
Tu arrives chez Black Moon, la maison d’édition qui publie Twilight... c’est étonnant !
Le créneau de cette maison, aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle le « young adult », c'est-à-dire rarement des lecteurs de moins de 14 ans, jusqu’à, globalement, des lecteurs de 40 ans. Enfin, il n’y a pas vraiment de limite. Cette terminologie-là recouvre quasiment toutes les littératures de l’imaginaire qui ne sont pas impossibles à lire quand tu as 15 ans. J’explique le mieux possible, même si je déteste les étiquettes. Quand je discute avec les gens de chez Black Moon, ils me disent qu’ils observent les marchés anglo-saxons qui sont toujours en avance sur les autres pays sur la littérature de genre, les rayons « young adult » occupent plus de la moitié des rayons de livres. Tout ce qui était rangé avant dans SF ou Fantastique par exemple, est intégré dans cet espèce de sur rayon.
Avec Non Stop, ils avaient envie d’élargir leur spectre ?
Ils se sont rendu compte que le lectorat vieillissait avec les livres. Quand le premier Twilight est sorti, les lecteurs avaient 13 ans, ce sont aujourd’hui essentiellement des jeunes femmes de plus de 20 ans et qui forcément lisent autre chose. Qu’est ce que peuvent lire potentiellement de jeunes adultes, si ce n’est du thriller ?
Comment l’aventure a commencé avec Black Moon ?
J’ai contacté Cécile Terouanne, directrice éditoriale chez Hachette pour Black Moon. C’est quelqu’un d’une réactivité incroyable, le genre de personne, tu lui envoies un mail le vendredi soir à 23h, elle te répond le samedi matin de chez elle à 6 h. Un truc de maboule, quoi ! Je lui ai envoyé 10 pages de synopsis de Non Stop pour lui demander des conseils, elle a finalement décidé de le publier elle-même pour les raisons que je viens de t’expliquer.
L’action du livre se déroule le 9 septembre 2012, trois jours avant les commémorations du drame du World Trade Center.
J’étais le 4 novembre 2008 à New York à Times Square au moment de l’élection d’Obama, j’ai donc vécu cette ferveur incroyable qu’il y avait autour de sa personne. C’était un peu Dieu sur Terre et pas que pour les Américains… c’était ressenti comme ça dans le monde entier. C’était le mec qui allait arrêter la guerre en Irak, régler le conflit afghan… J’avais la sensation de vivre l’histoire en vraie de manière très forte. Tous les précédents présidents américains, quasiment depuis Reagan, ont eu un énorme conflit international à régler, un énorme dossier de politique étranger à gérer, en gros depuis la fin de la guerre froide. Tous ont eu beaucoup de mal avec ça, dans certains cas, ça leur a coûté le mandat suivant, je me suis demandé ce qui allait tomber sur Obama.
Un an après, tu tombes sur une brève du Daily Mail anglais !
C’est ça ! L’article raconte que MI5 (le service de sécurité intérieur Anglais) a chopé des anglais d’origine Pakistanaise qui ont été formés en qualité de chirurgien au Pakistan et dont on s’est rendu compte qu’ils avaient été spécifiquement formés pour la chirurgie plastique mammaire et encore plus spécifiquement formés à l’implant de prothèse mammaire piégée avec un liquide que j’ai repris dans mon roman, qui est la penthrite. Deux mois après, autre news, encore plus hallucinante et qui prête à rire. Un membre d’Al-Qaida en Arabie Saoudite a été arrêté au moment où il pénétrait dans un palais pour le faire exploser avec des minis explosifs qu’ils s’étaient introduits par l’anus. Ces deux informations confrontées m’ont fait dire qu’il est possible que n’importe qui pouvait devenir de vraies bombes humaines. Moi, j’ai juste imaginé que cela pouvait être à leur insu. À partir de là, ça prend des proportions dantesques.
Ton livre est fortement documenté. On apprend notamment beaucoup de l’appareil politique américain, mais aussi de ce qu’il se passe en Moyen-Orient… À part l’intrigue, ce que tu racontes est-il rigoureusement exact ?
C’est l’analyse qu’en font les services secrets américains. J’ai lu plusieurs ouvrages d’anciens membres de la CIA sur l’état du Moyen-Orient, le rôle de l’Iran en particulier dans cette région-là… j’ai essayé de mixer tout ça pour imaginer une histoire crédible. J’ai essayé d’imaginer, en fonction des différentes thèses avancées par les uns et les autres ce que pouvaient être ces débats théoriques, mais aussi sur le terrain entre les différents services qui font partie des renseignements américains. Je voulais comprendre comment ces services s’étaient restructurés depuis le 11 septembre. À l’américaine finalement, c'est-à-dire en ajoutant des tonnes de nouvelles couches, de nouvelles agences, des tonnes de moyens qui, hélas, n’ont pas forcément résolu grand-chose.
Il y a beaucoup de personnages. Tu n’as pas eu peur de perdre quelques lecteurs en cours de route ?
C’est pour ça que j’ai mis une espèce de générique au début avec tous les personnages et leur fonction. En même temps, j’ai essayé de concentrer l’intrigue sur le personnage principal qu’est Sam Pollack, un des agents chargés de l’enquête. Il constitue une sorte de fil rouge que l’on arrive à suivre facilement. Mon idée était de transposer une saison d’une série télé type 24H sur du papier. C’était pour moi un challenge littéraire. A l’écran, quand tu vois les personnages, il n’y a aucun problème pour les repérer… à l’écrit, c’est beaucoup plus dur. Le côté multi point, chorale, intrigue foisonnante, est plus dur à faire passer.
Pratiquement, à la fin du livre, tu as poussé le vice jusqu’à séparer deux points de vue d’une action sur la même page par le biais d’une ligne verticale placée au milieu de la feuille.
Un split screen, comme au cinéma. Mon éditrice m’a un peu dissuadé de faire ça, mais j’ai quand même essayé. C’était intéressant d’utiliser ce procédé pour cette scène là spécifiquement.

Ton écriture, ton style et ton rythme, me font penser à ceux qu’utilisent les écrivains de thrillers américains.
J’ai l’impression d’écrire de la même manière, de roman en roman, mais les gens qui en ont lu plusieurs, me disent que pas du tout. Je ne m’en rends pas du tout compte. Et ce que tu me dis là, je l’entends souvent. Quoi répondre à cela ?
Rien, mais as-tu une méthode pour entretenir le suspense, garder un rythme haletant et une tension permanente ?
Oui et non. Oui parce que je fais un synopsis ultra détaillé. Je sais exactement, chapitre par chapitre, vers où je vais. Où les révélations s’arrêtent, où elles reprennent deux ou trois chapitres plus loin. Rien n’est laissé au hasard et c’est extrêmement construit. J’ai un canevas qui fait une cinquantaine de pages et en amont, pour le construire, j’ai un grand cahier physique, sur lequel je joue avec des post-it. Quand j’ai 300 post-it, ça veut dire que je suis venu à bout de mon intrigue. Après, c’est au moment de l’écriture elle-même que j’ajuste. J’ai des notions de cliffhanger comme on dit dans les scénarios américains.
As-tu des automatismes d’écriture?
C’est beaucoup de boulot, mais en même temps, je sens que ça devient de plus en plus facile. Je fais gaffe à ça, parce que le risque serait que mon écriture devienne mécanique.
Moi qui ai lu tous tes romans, je constate qu’il y a à chaque fois un personnage entre la vie et la mort à l’hôpital.
Ah oui ? Tiens, je n’avais pas remarqué. Maintenant que tu me dis ça, je m’aperçois qu’il y en a aussi dans le prochain. C’est marrant ce que tu me dis là. Il faudrait que j’analyse ça.
(Il s’allonge sur le canapé en me demandant combien il me devait…)
Parlons de ton prochain livre, Les Écriveurs.
Ca sort chez Bamm !, le label Jeunesse de J’ai Lu. Il y en a deux qui vont sortir en 2012 et un troisième en 2013. Ca se passe dans une île du pacifique qui n’apparaît pas sur les cartes pour la simple raison que c’est une ile volcanique où il y a une couverture nuageuse permanente, donc elle est invisible pour les satellites et pour quiconque. Sur cette île vivent quelques centaines de milliers d’âmes. C’est une communauté coupée du monde extérieur. Dans cette communauté, il y en a une autre encore plus secrète et fermée, les Écriveurs, qui vit dans une cité souterraine. On comprend très vite que cette communauté a entre ses mains le destin de l’humanité tout entière. Tout ce qu’on a pu vivre, toi, moi, tout le monde, n’est pas le fruit du hasard. Tout a été écrit quelque part par quelqu’un, en l’occurrence, par les gens de cette communauté d’enfants et d’adolescents. Seul hic, ils perdent ce pouvoir à partir du moment où ils tombent de manière avérée amoureux.
Ca te va bien comme nom, écriveur !
En effet, moi-même je passe mon temps à animer des personnages.
Tu as l’impression d’être toi-même un Dieu tout puissant ?
Il y a une analogie évidente entre le boulot d’un auteur et ce que font mes Écriveurs. L’idée est venue un peu de ça, on peut se considérer comme un animateur de monde. La seule différence, c’est que nous, ça s’arrête à la fin de nos livres.
Si ça se trouve, tu animes des mondes parallèles sans le savoir !
Mais oui, Mandor, si ça se trouve… (Grand sourire compatissant). Mais, le sujet fait réagir. Qu’on se sente manipulé ou manipulateur, la grande question est de savoir où réside la clef de ce qui nous arrive, de notre sort et de notre destin. Le philosophe français d’origine lituanienne, Emmanuel Lévinas, expliquait en substance que tout ce qui arrive dans l’humanité était écrit avant dans les livres. Et si ça n’avait pas été écrit dans les livres, mais dans un livre spécifique à chacun d’entre nous ?
Tu as une imagination foisonnante, je le sais. Tu as combien d’histoire dans ta tête en avance ?
Je ne les compte plus. J’ai une irrépressible envie de raconter des histoires parce qu’elles débordent de moi. Dès que je lis une news qui m’intéresse, j’imagine immédiatement une histoire. C’est presque un réflexe. J’ai des fichiers word et des cahiers remplis de milliers de début d’histoires.
Permet moi de faire de la psychologie de comptoir… est-ce un moyen de fuir la vie réelle ?
Oui, involontairement. J’ai toujours été un garçon très très rêveur qui se réfugiait beaucoup dans l’imaginaire, aussi bien dans les livres que dans les films et j’ai eu très vite le besoin de vivre là dedans.
Ca ne te déconnecte pas de la réalité ?
Un peu.
Ce n’est pas embêtant pour l’entourage ?
Si. Ma femme ne comprend pas toujours très bien qu’à minuit, au moment d’aller se coucher, je reparte une demi-heure parce que trois idées me sont tombées dessus et que je ne veux absolument pas les perdre. Je suis comme ça, je ne peux m’en empêcher… incorrigible graphomane.
Pour finir, voici le teaser de Non Stop!
23:02 Publié dans Les coulisses du show biz | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15 janvier 2012
L'intervieweur interviewé (1): Eric Briones pour son "Cabinet des curiosités"

(Photo: Laure Bernard)
Qui est Darkplanneur ? (source: entrevue.fr )
Publicitaire le jour, prescripteur de tendances la nuit sur son blog darkplanneur.com, Eric Darkplanneur Briones, est aussi à l'origine de l'émission web à succès, "le Cabinet des curiosités", laboratoire à idées libres.
Tel un psychanalyste, Eric Darkplanneur Briones, blogueur incontournable décrypte pour vous le côté obscur et la face cachée des célébrités.
Ont déjà livré une partie de leur intimité : Matthieu Chédid, Ariel Wizman, NTM, Marc Dorcel, Philippe Katerine, Pierre Bergé, Arielle Dombasle, Olivia Ruiz, Patricia Kaas, Jean Charles de Castelbajac, Rachid Taha, Oxmo Puccino, Snoop Dogg, François Hollande... (je ne vais pas faire le lien sur chaque nom, mais tous sont visibles ici!)
C'est plus de 40 émissions, vues plus de 4 millions de fois...
Voilà pour la version officielle. Pour ma part, Éric Briones est un ami. Un type dont j’apprécie le travail et avec lequel nous nous retrouvons régulièrement à déjeuner. On évoque nos métiers respectifs et les interviews de l’un et de l’autre. Notamment. Nous avons une amitié discrète (dans le sens où nous ne passons pas nos soirées ensemble) et constructive (dans le sens où l’échange et les conseils sont permanents). Bref, l’émission « Le cabinet des curiosités » qu’il présente avec style fait beaucoup parler d’elle. Je me suis dit qu’une mandorisation officielle serait intéressante. Une nouvelle conversation, mais publique, en somme…
Le 3 janvier dernier, j’ai donné rendez-vous à Éric Briones à l’agence pour laquelle je travaille. Je lui ai demandé de s’allonger et je me suis mis à sa place (avec ma façon à moi d’interviewer… une école différente de la sienne).
Les interviews, c’est un vieux fantasme pour toi?
L’interview n’a pas été une idée naturelle chez moi. L’idée était de créer des concepts, des programmes vidéo d’abord pour internet. Très vite, je me suis rendu compte que pour faire de la fiction, il fallait beaucoup de moyens. Et pour faire des interviews, il fallait beaucoup d’huile de coude, d’énergie, mais zéro euro. Dans le même temps, j’ai compris qu’on pouvait faire de bonnes interviews, à condition de les bosser. C’est venu dans une logique économique. C’est curieux, parce que dans mon autre boulot, poser des questions n’est pas une de mes forces ou même une de mes envies. C’est donc pour moi une révélation.
C’est quoi ton autre boulot ?
Je suis publicitaire.
Il y a un lieu entre ton activité de publicitaire et celui d’intervieweur ?
Oui, je le pense. J’ai un métier très particulier dans la publicité, un métier rare, on est à peine 300 en France… je suis planneur stratégique. Pour faire court, je suis chasseur de tendances. Donc, il faut être à l’écoute, créatif et dans le rebond permanent. Il y a aussi cette recherche conceptuelle que j’ai en moi qui fait que je ne peux pas faire une interview comme les autres. Il faut que je trouve un concept novateur dans tout ce que j’entreprends.
J’ai assisté à la naissance de tes « cabinets de curiosités ». Mais avant qu’ils soient ce qu’ils sont devenus, tu plaçais tes invités sur des chiottes, d’où le nom...
Ah oui, tu t’en souviens ? J’ai commencé avec l’ami Vinvin et ensuite, je suis revenu à une formule plus raffinée esthétiquement. Avec toi, on a fait le numéro zéro de ce qu’est devenu ce cabinet. C’était dans un club SM et notre invité était Coralie Trinh Thi, ex-star du X pour son bouquin, La voix humide. La seule femme de moins de 35 ans qui réussit à écrire ses mémoires en 900 pages. C’était une interview porn, underground et assez improbable.

Coralie Trinh Thi et Eric Briones, pour "Le cabinet des curiosités", le 21 décembre 2007. A la Cantada II.
(A voir là, si le coeur vous en dit.)
Après ce numéro, nous n’avons pas continué ensemble, c’était de toute façon un one shot pour moi. Et l'ensemble correspondait plus à ton style qu'au mien. Ce "cabinet" m'a permis de comprendre qu'il ne fallait pas que je sorte de mon territoire personnel. Cela étant, j’ai adoré cette expérience. Quand je vois ce qu’est devenu « Le cabinet des curiosités », je suis impressionné. C’est devenu une émission que l’on pourrait voir à la télévision.
Tu sais, le web n’est qu’un moyen et pas une passion. Mon objectif est d’être ailleurs. Le web est souvent assimilé à un « face et écran », sans belle lumière, une qualité d’image pourrie… ça ne m’a jamais attiré, ce n’est pas dans mes valeurs. Moi, je travaille dans l’univers du luxe, obligatoirement, ça transpire dans ce que je souhaite faire. Je vais te dire franchement, je suis encore loin d’atteindre ce que j’ai dans la tête, même si je considère que ça progresse peu à peu. Pour moi, l’interview est un acte de création.
Toi, tu fais beaucoup de montage.
Quand on dit que « monter, c’est truquer », je ne suis pas d’accord. Au contraire, ne pas monter serait léser celui qui regarde l’émission.
Tu es plus de l’école Ardisson que de l’école Ruquier, alors !
Totalement, je suis clairement un enfant d’Ardisson. D’ailleurs, ça fait partie d’un de mes fantasmes d’intervieweur d’avoir Ardisson.
Thomas Clément, l’autre "intervieweur star" du web l’a "cuisiné" avant toi !
Oui, il y a emmené son angle impertinent. On adhère ou on n’adhère pas, mais du coup, il s’est passé quelque chose dans cette interview. Bon, le bémol, c’est que je pense qu’Ardisson se méfiera désormais des interviews sur Internet.
L’angle de Thomas Clément, c’est un peu la provocation… et toi, quel est le tien?
Mon angle, c’est de considérer l’interview d’une célébrité, d’un artiste, d’un people, comme un objet culturel et traiter avec les mêmes égards un chanteur pop et un grand écrivain. Arriver à tailler une curiosité, avec l’obsession que l’on voit l’invité sous un nouveau jour, de préférence inattendu. Si je n’arrive pas à ça, l’interview n’est pas réussie.
Quand tu reçois François Hollande, le point de vue culturel, il est où ?
Il est plus sur le domaine esthétique et dans l’expérience graphique de la chose. Ce jour-là, on avait un performer nu en bas, dans les toilettes. François Hollande a joué de façon très libre avec ce performer. Là, c’est dans l’interaction entre Hollande, le performer et la mise en scène qu’on a instaurés. Et puis, on a mis le discours d’Hollande sur de la musique electro.
Je me souviens qu’après l’émission, tu m’as dit au téléphone que tu avais un peu raté l’émission.
Après, j’ai muri ma réflexion. C’était un « cabinet » très long. On a enregistré 1 heure 20. J’avais énormément travaillé. Interviewer un politique, c’est complexe. Et finalement, avec le recul, je ne suis pas déçu. Cet homme m’a impressionné par son sens de la cohérence. Dans un monde mouvant, lui ne change pas dans ses objectifs et dans son attitude. J’ai aimé qu’il joue le jeu aussi bien.
À partir du « cabinet des curiosités » de Raphael, je t’ai vu partout.
Ca a commencé réellement avec Patricia Kaas. Elle nous a fait rentrer dans une dimension mainstream (grand public). Au début des "Cabinets", il y a 4 ans, on était dans l’underground, par goût, mais aussi par nécessité. Mais, c’est vrai que c’est grâce à Raphael que ça a explosé. Il a sorti deux trois phrases qui ont fait le buzz. Le succès on le mesure en termes d’audience, certes, mais aussi en termes de reprises. L’ubiquité sur internet, c’est fondamental ! Il faut être sur un maximum de plates formes.
Depuis, ce mois-ci, toi et ton « cabinet des curiosités », avez désormais deux pages dans Entrevue.
Oui, et c’est complémentaire. Ce mois-ci, ils ont pris 90% du contenu que nous n’avions pas édité du "cabinet" de Stéphane Guillon. Ensemble, on taille une heure d’émission pour la version écrite. Le cabinet devient vraiment multi-média.


Tu n’as jamais caché que tu faisais les « cabinets » pour accéder à la télévision un jour.
Je l’assume effectivement parfaitement et je l’ai toujours expliqué.
Tu travailles depuis janvier, désormais avec une boite de production, They Produce.
Pendant près de 40 émissions, j’ai tout fait tout seul. Maintenant, on a des réalisateurs, une monteuse, on m’aide à préparer les questions, bref, c’est une machine qui se met en place avec pour ambition claire de vendre cette émission à la télévision, en repensant le format. Il faut être patient. Nous le sommes.
As-tu l’impression que ton « cabinet » devient un passage obligé des artistes ?
C’est beaucoup plus facile qu’au début, en tout cas. Pour faire le "cabinet", il faut avoir une certaine personnalité, une dimension un peu poil à gratter et corrosive.
Tes invités se retrouvent un peu face à eux-mêmes… ont-ils quelques craintes par rapport à cela ?
Non, pas vraiment. Beaucoup viennent là parce que leur attachée de presse leur à conseillé et ne connaissent pas l’émission. Certains bossent en amont, je les rencontre, on en discute, d’autres découvrent en arrivant. Je me demande si ce cas de figure n’est pas meilleur.
Te sens-tu plus un journaliste contrarié ou un psy contrarié ?
Je suis moi-même. Je ne me sens pas une seconde psy, mais la plupart des artistes me disent quand même que ce sont des interviews originales. Le plus beau compliment que l’on m’a fait me vient d’Ariel Wizman. Il m’a dit que quand il voulait avoir la pêche, il regardait le « cabinet des curiosités » qui lui a été consacré.

Récemment, tu as reçu Anna Polina. Quand elle te parle de double pénétration par exemple, ça t’amuse ?
J’ai compris grâce a un homme de radio, François Angelier de France Culture (l’émission « Mauvais genre ») que j’ai interviewé qu’on peut tout dire, sans que cela devienne vulgaire. En analysant son discours, j’ai remarqué qu’il prononçait des mots les plus tabous qui soient, zoophilie, pédophilie par exemple dans sa bouche, ça ne sonnait pas vicieux. Pourquoi ? Parce qu’il les proclamait avec une espèce de gourmandise assumée. La provocation, je l’aime dans les mots. Ce qui me plait chez Anna Polina, c’est sa pensée et sa vision du sexe, c’est très intéressant.
Tu as reçu récemment Guy Bedos et Stéphane Guillon. Avec eux, j’imagine qu’il ne faut pas faire le malin, ne pas être plus provoc que provoc.
J’ai eu le père et le fils dans la même semaine. Bedos, ce n’était pas facile, mais j’ai adoré l’humour pur de cet homme, son autodérision et son comique de situation. Il a un côté Woody Allen. Quant à Guillon, c’était une magnifique expérience.
As-tu peur de décevoir tes invités ?
Oui, bien sûr. Je ne sais pas si toi tu arrives à avoir du recul, mais moi, ce qui me frustre terriblement, c’est l’après. Je suis dans le doute total pour savoir si c’est bien ou pas. J’aimerai avoir la réaction immédiate de ceux qui vont voir le « cabinet » que je viens d’enregistrer.
Pour ma part, je cherche l’angle original dans laquelle m’engouffrer… et toi ?
Moi, pas vraiment. Tu es beaucoup dans l’improvisation, moi, je fais un gros travail en amont.
Eh, dit ! (Faussement vexé). Je travaille beaucoup, c’est ce qui me permet d’improviser d’ailleurs.
Oui, je me suis mal exprimé. J’ai une cinquantaine de questions. C’est ma base d’improvisation. Il y a une théâtralisation et une mise en musique des questions, mais ça laisse la place à l’improvisation. Pour improviser, il faut énormément travailler, je le sais bien.
Aujourd’hui, te trouves-tu bon intervieweur ?
C’est ma mise en scène du « cabinet » qui doit être optimisé. Mais, il manque encore quelque chose, une mise en image à trouver. Il faut que j’arrive à être plus égal avec mes invités, être toujours au même niveau selon qui je reçois. C’est très difficile.
Quel est ton tiercé des « cabinets » que tu as préféré faire ?
Tous mes cabinets avec Oxmo Puccino. J’aime quand avec l’invité, il y a un lien qui se crée. Qu’il revienne hors promotion et qu’au final, il devienne un pote.
Moi, en 27 ans d’interviews, je compte sur les doigts d’une main ceux avec qui c’est arrivé…
Je sais, c’est rarissime. J’ai de la chance.
As-tu remarqué que les artistes ou les hommes politiques aiment sortir de leur carcan, des interviews habituelles ?
J’ai l’impression, en effet, que ça leur fait du bien.
D’autres « cabinets » préférés ?
J’ai pris beaucoup de plaisir à faire celui avec Philippe Katerine. J’ai joué avec ma folie intérieure. J’avais un boulot pourri à faire ensuite… qui allait me prendre tout le week-end en plus. Je me suis donc lâché comme un malade. C’est rare, tu sais, c’est mon côté protestant.
Tu ne te lâches donc jamais. Toujours en totale maîtrise ?
Quand tu es dans ce format là, tu ne peux pas te lâcher. Lâcher voudrait dire, faire passer son ego avant l’écoute.
Tu aimes la notoriété, as-tu analysé pourquoi ?
Elle est indispensable. C’est la notoriété qui est le moteur pour créer. Comme mon ambition est médiatique et plus particulièrement télévisuelle, aujourd’hui les décideurs pensent en fonction de ça. La notoriété est une forme de matérialisation du rapport avec le public qui sera, j’espère, dans une forme d’affect positif.
Qu’est-ce qui va changer dans le « cabinet » au niveau du fond et de la forme ?
Au niveau du fond, avoir plus d’invités politiques et cinématographiques. Quant aux évolutions conceptuelles, on y travaille. Il faut que l’on trouve le bon format télévisuel. Depuis toujours, il y a une écriture télévisuelle qui m’a marqué, c’est celle de Jean-Christophe Averty. Il a tout inventé et Dieu sait si on l’oublie. Il a fait de la télévision presque un art. Et plus moderne, j’aime beaucoup le travail de Loïc Prigent, dans les docs et dans l’utilisation faite avec beaucoup de justesse des effets spéciaux L’image du « cabinet » est encore en construction et je voudrai la rendre encore plus singulière.
Qui aimerais-tu recevoir?
Mélanie Laurent. Elle est très difficile à avoir. Les gens du cinéma, c’est toujours très compliqué à recevoir. Je suis curieux de l’avoir en n’utilisant pas son regard. Elle en joue tellement… elle séduit avec et ça se voit. Mélanchon aussi, j’aimerais bien. Pour le numéro 50, on a le fantasme de recevoir Mylène Farmer… et le coup ultime serait Nicolas Sarkozy. Et puis, aussi Bill Murray. Il reste pour moi le plus grand comique de monde contemporain. Bref, beaucoup de monde, tu vois !
As-tu comme moi un côté midinette quand tu reçois ces gens-là ?
Oui, radicalement, et j’assume. On a un côté Warhol. La célébrité, c’est du pop art. C’est terrible, parce que toi comme moi, on le sait bien, on prend un risque émotionnel en ayant cette attitude-là. Il m’est arrivé d’être déçu. Par exemple, ma rencontre avec Édouard Baer ne s’est pas bien passée. Son « cabinet » est très tendu. On ne le sent pas très sympa à l’écran. En tant que fan, j’ai souffert de ce cabinet, mais au montage, on voit une autre facette de lui. Un Baer, pas sympa. Je dois être un intervieweur masochiste. Quand ça se passe mal, quand il y a du conflit, quand on est attaqué, j’aime ça. J’aime bien quand on me rentre dedans intelligemment.
Moi, je suis tout le contraire. Je déteste travailler dans le conflit. J’ai besoin de la petite étincelle entre deux personnes. Cela étant, ton deuxième métier est dans un milieu qui est dur, où le conflit est quasi permanent… ça rejaillit surement sur le deuxième aspect de ta vie professionnelle.
Tout à fait. Tu as raison. Je n’avais jamais réfléchi à la question de cette manière… le rapport au conflit est intéressant.
Je trouve en tout cas que d’émission en émission, ton style s’affine et tu commences à avoir un style très personnel. C’est un compliment de ma part et il n’y a rien à répondre à ça. Au revoir et merci !
Pour finir, voici la bande annonce officielle de l'émission... il y a du beau monde!
18:59 Publié dans L'intervieweur interviewé | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : eric briones, le cabinet des curiosités, interview, mandor
12 janvier 2012
FM Laeti: interview et session acoustique pour It Will All Come Around

Elevée au jazz de Nina Simone, au rock d’Otis Redding, et au son de la musique africaine, au début de sa vie musicale, la guadeloupéenne FM Laeti s’est spécialisée dans le jazz vocal et le gospel. Aujourd’hui c’est entre pop et soul que la musique un brin seventies de FM Laeti balance. De très nombreux voyages ont forgé son inspiration et lui ont permis de transcender les sons entendus aux quatre coins du monde, dans une musique solaire et éclatante. Avec ses mélodies captivantes, FM Laeti a déjà conquis des milliers de fans sur la Toile. Son premier album, It will all come around, est un superbe croisement de soul, de pop et de folk. Depuis, les succès s'enchaînent pour la demoiselle et ses musiciens qui affichent complet pour la plupart de leurs concerts. FM Laeti est un duo formé de Laetitia et de François-Marie. Avant de se produire le 26 mars prochain au Café de la Danse, les deux artistes sont venus dans les locaux de MusiqueMag pour répondre à quelques questions et nous offrir deux titres en session acoustique ("Rise In The Sun" et "Show Me The Way"). C’était le 20 décembre et la rencontre fut belle.
L'interview:

La version acoustique de "Rise In The Sun".
12:13 Publié dans musiquemag.com | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : fm laeti, it will all come around, interview, session acoustique
06 janvier 2012
CD'aujourd'hui: Dave pour Blue-Eyed Soul

Dave joue les crooners avec un nouvel album aux accents jazzy, Blue-Eyed Only, dans lequel il revisite ses grands succès à la sauce Motown, avec Françoise Hardy, Sylvie Vartan et Daniel Auteuil, les amis de toujours, pour des duos inattendus.
Il a fait appel pour la réalisation à une pointure de la soul, le trompettiste de jazz Guillaume Poncelet, qui a signé le premier album de Ben l'Oncle Soul.
Blue-Eyed Only a été conçu par Dave comme un "voyage spatio-temporel" qui permet de découvrir son répertoire sous un nouveau jour, de "Vanina" à "Du côté de chez Swann", en passant par "Est-ce par hasard ?", "Mon cœur est malade" et "Dansez maintenant".
Le 31 octobre 2011, pour CD’Aujourd’hui, il nous a donné rendez-vous sur une péniche au Club des Bateaux Mouches, sous le pont de l’Alma.
Pour voir l’émission diffusée hier (5 janvier 2011), cliquez là !
A l'issue de l'enregistrement, l'ambiance était à la détente et à la rigolade... pour ma photo traditionnelle d'après interview, Dave m'a proposé de réaliser le cliché le plus "cliché" possible. Une péniche, le soleil et la Tour Eiffel... difficile de faire mieux!
Le clip de "Vanina", nouvelle version.
DAVE - Vanina 2011 (Clip Officiel) par ODBruges
Dans ma grande série, "je sors mes archives"...
Dave, il y a 5 ans (le 1er mars 2006), dans un restaurant du 8e arrondissement de Paris pour évoquer son nouvel album : Tout le plaisir a été pour moi qu'il avait signé sous son vrai patronyme, Dave Levenbach.

22:14 Publié dans CD'Aujourd'hui | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dave, cd'aujourd'hui, interview, blue-eyed only
04 janvier 2012
Mickaël Miro: interview filmée de la nouvelle étoile de la variété française

La chanson "L'Horloge Tourne" a été élue la semaine dernière "Chanson de l’année 2011" sur TF1. Bon, je sais, ce n’est pas un gage probant de qualité absolu. Mais, l'ascension fulgurante de Mickaël Miro ne s’arrête pas là. Ce jeune auteur-compositeur, actuellement en tournée, est également nommé aux prochains NRJ Music Awards dans la catégorie Révélation Francophone de l'année. Il est actuellement en tournée et sera en concert à l'Olympia le 12 mai 2012. Pas mal pour un garçon qui était encore complètement inconnu il y a un an.
Dans son premier album, Juste comme ça, Mickaël Miro raconte en musique ses histoires, ses rencontres, son besoin d'aimer et d'être aimé. En quelques mois, il est déjà Disque de Platine avec plus de 100 000 exemplaires vendus. Cette nouvelle étoile de la variété française est passée nous voir à MusiqueMag le 15 décembre dernier pour évoquer ce début de carrière impressionnant.

Pour finir, une photo que je trouve assez symbolique.
Mickaël Miro me fait penser au Goldman du début de carrière mais avec un répertoire à la Fiori d'aujourd'hui...

Mon avis très sincère: ses textes manquent d'épaisseur. Mais vraiment.
J'aime la variété, mais là, les propos, c'est un peu peu. Comme il le dit dans l'interview, Mickaël Miro pense qu'une chanson, "ce n'est pas grave". Il préfère écrire des chansons, "juste comme ça" (titre de son album). (Au passage, Goldman, lui, ajoute de la profondeur à ses chansons, comme ça, mine de rien).
23:00 Publié dans musiquemag.com | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mickaël miro, juste comme ça, interview, musiquemag
02 janvier 2012
Henri Loevenbruck: interview pour L'Apothicaire

La première mandorisation de l’année est consacrée à un auteur que j’apprécie beaucoup, Henri Loevenbruck. Je l’avais rencontré en 2008 pour une interview filmée (que le réalisateur a cru bon de supprimer de You Tube et DailyMotion…) à propos de son livre Le Rasoir d’Ockham. Depuis, nous sommes restés en contact. Avec mon ami Eric Briones (Darkplanneur), nous avions d’ailleurs organisé la soirée de lancement de ce livre. Bref, le voici de retour avec un livre gigantesque, un livre majeur, un de ceux qui marquera l’histoire de la littérature d’aventure (ce serait, en tout cas, fort mérité/logique!). L’Apothicaire est d'une érudition rare, passionnant et riche au sens intellectuel et émotionnel du terme. Le 26 décembre dernier, Henri Loevenbruck m'a donné rendez-vous dans un café situé en face de chez lui. Nous avons parlé littérature, chansons, imaginaire, religions, nous avons évoqué Renaud, Brassens, Umberto Eco et enfin, nous avons fait le point sur ses carrières (musicale et littéraire), le tout sans aucune langue de bois. Henri Loevenbruck ne donne pas beaucoup d'interviews, mais quand il décide de rencontrer un journaliste (dont il sait qu'il ne va pas trahir les propos), il parle comme il pense. C'est plaisant. Très.
« Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… » Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir à la recherche de son propre passé, de Paris à Compostelle, jusqu’au mont Sinaï. Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Âge et les tréfonds de l’âme humaine.
L’auteur :
Henri Loevenbruck est écrivain, chanteur et compositeur. Ses romans sont traduits dans plus de quinze langues. Mais en fait, sa bio complète est là… (à lire si vous avec 45 minutes devant vous…)
Interview :
7 ans pour concevoir ce livre, 2 ans pour l’écrire. Considères-tu L’Apothicaire comme le livre de ta vie ?
Oui, à tel point que ça me fait un peu peur parce que je me demande si je vais prendre autant de plaisir à écrire le prochain. Ce que je suis en train d’écrire est un projet complètement différent, il ne pourra donc pas souffrir de la comparaison. J’écris un roman-feuilleton avec Fabrice Mazza, l’auteur du Grand livre des Énigmes et mon ami d’enfance. Il sort en 6 épisodes de 200 pages. Chaque mois sort un épisode.
Il faudra donc acheter 6 livres en 6 mois ?
Oui, mais à 6 euros. Pour nous, c’est l’idée de renouer avec le vrai roman populaire avec tout ce qui va avec : le « cliffhanger » à la fin, un univers enrichit un peu comme dans une série télé. On va faire ça pendant 3 ans.
Ce n’est pas une entreprise un peu risquée ?
Je n’y vois que du plaisir. On s’éclate en écrivant à deux.
Vous procédez comme un cadavre exquis?
Pas du tout. C’est moi qui écris le premier jet et c’est Fabrice qui repasse derrière. L’essentiel de notre boulot à deux, c’est d’imaginer des synopsis super détaillés.
Bon, revenons à L’Apothicaire. C’était un roman complexe à écrire ?
D’abord, il faut que je trouve l’idée du livre que je vais écrire et que je commence à imaginer une histoire sans avoir beaucoup de détails. En revanche, je m’approche suffisamment de l’idée pour savoir quels sont les sujets sur les lesquels je vais avoir besoin de me documenter. Pour celui-ci : début du XIVe siècle, Philippe Le Bel, les apothicaires du Moyen-âge, Paris à cette époque, le quartier de Saint-Denis en particulier, Compostelle, le Mont Sinaï et la gnose. J’ai beaucoup, beaucoup lu sur tous ces sujets. Plus je me documente, plus ça enrichit mon histoire. Je découvre un truc que je ne connaissais pas, je me dis : « Tiens, c’est pas con, ça, je peux l’intégrer dans mon histoire ! ». A un moment j’arrête mes recherches, là je fais mon synopsis, ensuite, je laisse toutes les informations intégrées bouillonner en moi avant de passer à la vraie phase d’écriture. Ce que j’apprends au fur et à mesure des romans que j’écris, c’est de faire en sorte que la documentation enrichisse le livre, mais qu’elle ne l’alourdisse pas. C’est très dangereux. C’est chiant un bouquin où tu sens trop que le mec s’est documenté comme un malade…
On peut te le reprocher dans les descriptions de certaines villes que tes héros traversent.
Mon éditrice est comme toi. Elle m’a fait cette réflexion précise. Moi, j’ai fait le choix de me dire que le lecteur qui s’emmerderait ferait le choix, lui, de tourner les pages, comme je le faisais gamin en lisant certaines descriptions dans les romans de Victor Hugo ou de Zola.
Dans L’Apothicaire, il y a beaucoup de faits historiques réels. L’inquisition, la gnose…
L’univers du roman est totalement historique, mais c’est l’intrigue qui est romanesque. Je me suis beaucoup amusé. On ne sait pas comment Guilhem de Nogaret (conseiller du roi de France Philippe IV le Bel, son Garde du Sceau et à partir de 1306 le véritable maître d'œuvre de la politique royale) est mort. Je me suis amusé à trouver une explication médicale à son décès. Il a été retrouvé réellement la langue pendante, donc mon apothicaire lui a trouvé, non pas un empoisonnement comme beaucoup l’on cru, mais une sorte d’anévrisme. Dumas faisait beaucoup ça dans ses romans. Il résolvait certains mystères de l’histoire. Pareil pour le grand inquisiteur de France. Il n’existe nulle part une explication sur sa disparition… c’est du pain béni pour mon imagination fertile.
Je vais te poser la question que l’on te posera systématiquement. Mais, réellement, ça m’intéresse. Écris-tu un roman historique de la même manière qu’un thriller ou qu’un Fantasy ?
Tu sais, tous ces romans sont finalement des romans d’aventures. Depuis la sortie du livre, tout le monde me parle du roman d’Umberto Eco, Le nom de la rose. J’en suis ravi. Je préfère nettement cette comparaison que lorsqu’on me parle de Dan Brown… Thierry Gandillot à écrit un article dans Les Échos intitulé « Le nom de la gnose ». J’ai trouvé ça très drôle. Bon, en réalité, il y a plein de points communs : le livre, l’époque, le moine (moi, c’est un apothicaire qui se balade avec son apprenti). La grande différence, c’est que Le nom de la Rose, c’est un huis clos dans une abbaye. Et c’est un vrai polar. Le type, il vient, il y a des meurtres en série et il doit découvrir qui est le meurtrier, point final. L’Apothicaire, c’est une épopée. Eco a voulu rendre hommage à Agatha Christie et à Conan Doyle, alors que moi, c’est vraiment plus vers Alexandre Dumas et aux romans d’aventures du XIXe. Et pour répondre ta question, ce sont les mêmes codes que dans le Fantasy. On est dans un train, on est dans un voyage. Dans tous les romans, on est dans un voyage. Je n’ai jamais fait du huis clos, ni de roman urbain où tout ce passe dans la même ville.
Oui, ce n’est pas comme le dernier Franck Thilliez, Vertige.
Franck lui excelle dans ce domaine. Je vais justement essayer de m’y mettre. C’est un défi littéraire pour moi. Je me mets souvent des défis. Pour Le testament des siècles, je m’étais demandé si j’étais capable d’écrire un livre à la première personne. C’était mon 8e livre et je ne l’avais jamais fait. Je sais qu’un jour, il va falloir que j’écrive un livre au présent. Ça me fait très peur ça parce que c’est rare que j’aime un livre écrit au présent, à part Raymond Chandler.
Donc, le huis clos est un défi pour toi.
Je vais te dire franchement, il y a une deuxième raison. J’ai été contacté par plein de réalisateurs depuis deux ans. L’Apothicaire a même été lu et apprécié par Jean-Pierre Jeunet ainsi que par d’autres réalisateurs qui me téléphonent en me disant qu’ils ont beaucoup aimé, mais qu’il est inadaptable. Il faut 40 millions d’euros pour le faire. On ne les aura jamais en France. Il y a un de ces réalisateurs-là qui m’a dit qu’en revanche, il avait vraiment envie de faire un film adapté d’une de mes histoires. « Fais moi un truc où il y a un lieu, deux personnages et là, je te l’adapte ».
J’aimerais revenir à la notion de défi dans la littérature. L’Apothicaire est ton treizième
roman, c’est impératif de se lancer des défis pour ne pas s’ennuyer dans l’écriture.
Je peux le dire maintenant, Les cathédrales du vide, mon avant-dernier roman, je me suis fait chier. Ça se ressent et les lecteurs n’ont pas été dupes. C’est horrible et ça a été un choc pour moi. À partir du milieu du roman, c’était l’horreur, parce que je ne pouvais pas ne pas le finir. C’était un calvaire quotidien, mais je le devais à la fois à mes lecteurs et à mon éditeur. J’étais en plein divorce, alors je n’étais pas bien. Sur n’importe quel autre livre, je n’aurais pas été bien. Quand je me suis remis à écrire L’Apothicaire, j’ai retrouvé un plaisir d’écrire inimaginable.
Tu n’écris pas bien quand tu es dans la souffrance ?
Moi, je préfère écrire de bonne humeur que malheureux. J’ai l’impression d’être meilleur quand je prends du plaisir.
Sur certains points, ton « apothicaire » te ressemble un peu quand même ?
Je suis complètement agnostique et je remets toujours tout en question. C’est mon point commun avec lui. Être agnostique, c’est refuser tout principe d’explication spirituelle, mais aussi refuser tout principe de non-explication spirituelle, c'est-à-dire n’avoir aucune réponse. Quand tu n’a pas de réponse, tu en cherches. Un croyant, il a sa réponse, il ne cherche plus.
Je sais que tu peux être très intolérant avec ces sujets-là.
Oui (Rires). Par exemple, je ne supporte pas l’astrologie. Quand quelqu’un essaye de me convaincre que, si, c’est possible, ça me rend hystérique. Si on me raconte que les gens peuvent être influencés par leur date de naissance, je pars dans des démonstrations scientifiques qui vont à l’encontre de tout ça. Et je ne lâche rien.
C’est quoi, en résumant un peu, la gnose ?
Le principe de la gnose c’est : le monde est une illusion créée par un dieu mauvais qui nous écarte de la vérité et qui nous écarte du vrai dieu. Et le devoir de l’initié, c’est de se débarrasser du monde qui n’est qu’une illusion pour rejoindre la vérité. Si tu réfléchis bien, c’est le thème de Matrix. Matrix, c’est le film gnostique par excellence.
Tu me disais tout à l’heure en off, que tu en faisais une analogie avec la littérature.
Ça m’amuse beaucoup de me dire que les personnages de roman, ce sont des gens qui sont prisonniers d’un monde illusoire créé par un dieu mauvais, à savoir l’écrivain. Il y a un gros parallèle avec la pièce de Luigi Pirandello, Six personnages en quête d’auteur.
Un écrivain comme toi a un monde imaginaire foisonnant. Tu fais rêver les gens avec ce qu’il y a dans ton propre cerveau. Tu réfléchis au sens de ton métier ?
D’abord, je reviens sur ce que tu dis sur mon imagination « foisonnante ». Tu sais, tout le monde à de l’imagination, il faut juste savoir la saisir. Il faut distinguer ce qui, dans cette imagination, va donner une histoire intéressante. Pour moi, l’objet de la littérature, c’est de relier les solitudes. Plus fort encore que ça, à part faire un enfant, je ne vois pas d’autre sens que l’on peut donner à son existence. Le livre, c’est un médiateur entre la solitude de l’écrivain et celle du lecteur. Ce sont des intentions qui se rencontrent, au-delà des frontières, même parfois. Moi, j’ai la chance d’être traduit dans 15 pays et je constate qu’il y a des lecteurs qui habitent à des milliers de kilomètres et qui partagent les mêmes émotions que moi grâce à mes livres.
Les lecteurs de tes livres sont-ils différents selon les pays ?
Certainement. Par exemple, il y a des pays ou La Moïra marche mieux parce que ce sont des pays où on adore les loups. La Russie ou la Turquie par exemple, on me parle beaucoup de cette saga. Et plus généralement, il y a des livres qui marchent mieux dans tel ou tel pays sans que j’en sache vraiment la raison…
Où as-tu le plus de succès ?
Sans conteste, en Allemagne. C’est le pays où mes livres se vendent le plus. Plus qu’en France même. Après il y a la Turquie, la République tchèque. Là, mes lecteurs sont très jeunes. Entre 11 et 13 ans. C’est curieux.
En France, te sens-tu bien considéré ?
Ici, je n’ai jamais eu un succès monstrueux, mais j’ai toujours conservé mon lectorat. Depuis 13 ans, à chaque livre, j’ai 5 à 10% de lecteurs en plus. Je n’ai jamais eu le bouquin qui tout à coup a fait un gros carton, mais je n’ai jamais connu d’érosion dans mon lectorat.
Si ton nom est quand même connu du métier et du public, tu ne l’es pas autant que Maxim Chattam, Franck Thilliez ou Bernard Werber, trois de tes collègues de La Ligue de l’Imaginaire. Es-tu frustré de cela ?
Non, mais je suis conscient que j’ai besoin de franchir un nouveau pallier. Je n’ai jamais rêvé ou espéré faire les chiffres de Bernard. C’est pour moi un autre monde. Mais enfin, avec L’Apothicaire, ma maison d’édition commence à croire que je suis en train de franchir une étape supplémentaire. Je n’ai pas encore les chiffres de ventes, mais ça se passe plutôt bien. Tu sais, le fait d’avoir fait de la littérature de genre a cloisonné mon lectorat et moi, ça m’emmerde. Je ne supporte pas les chapelles, je ne supporte pas les clochers, je ne supporte pas les groupes, les familles d’auteurs. J’ai envie d’avoir un lectorat qui n’est pas indexé polar, thriller ou Fantasy. L’Apothicaire me permet de sortir de tout ça.
Tu gagnes bien ta vie ?
Je le dis souvent. Je gagne ma vie comme un prof. J’ai beau vendre beaucoup de livres… je gagne bien moins ma vie qu’un éditeur (rires).
J’évoquais précédemment, La Ligue de l’Imaginaire et toi, tu me disais que tu n’aimais pas faire partie d’une chapelle. Tu es l’un des membres très actifs de cette ligue, ce n’est pas contradictoire avec tes propos ?
Tu n’as pas tort ! Sauf que l’imaginaire, c’est quand même large. Nous, on a envie de parler de l’imaginaire en général. L’imaginaire est important dans la littérature, mais pas seulement. Il est important partout. On manque d’imaginaire dans notre société. Surtout en occident. On a souvent opposé dans la philosophie, raison et imagination. C’est une connerie monstrueuse ! L’imagination, c’est un pouvoir d’abstraction qui permet au contraire d’avoir accès à des vérités sur la réalité auquel tu n’aurais pas accès si ton imagination était au point mort. Pour réfléchir, on a besoin d’imaginer.
A qui s’adresse La Ligue de l’Imaginaire ?
Pas uniquement aux lecteurs, elle s’adresse aussi aux journalistes, aux universitaires, aux libraires, aux bibliothécaires et aux documentalistes. On leur dit : allez voir ce qui se cache derrière l’imaginaire. C’est beaucoup plus vaste qu’on ne le pense. Shakespeare, Dumas, Jules Verne, c’est de la littérature de l’imaginaire.

Neuf des dix membres de la Ligue de l'Imaginaire sont réunis. Derrière le loup se cache Giacometti ou Ravenne... Saurez-vous le reconnaître ? Avec Maxime Chattam, Olivier Descosse, Eric Giacometti, Franck Thilliez, Laurent Scalese, Erik Wietzel et Patrick Bauwen.
Ce n’est ni une secte, ni une société secrète, en somme…
Mais c’est une très bonne idée, François. On devrait. Regarde, Ron Hubbard, il n’a rien gagné avec ses livres, mais avec l’Église de Scientologie, il s’en est mis plein les poches… Sans plaisanter, au contraire, plusieurs d’entre nous, comme moi, font partie d’une commission de vigilance contre les dérives sectaires. J’en ai pris plein la gueule par les « scientos », Werber aussi.
Cet été, tu es devenu Chevalier des Arts et des Lettres. C’est rare pour un écrivain de genre. Je crois d’ailleurs que c’est la première fois en France. Alors, heureux d’être ainsi reconnu ?
J’ai été très content pour mes parents. Je l’ai pris comme un honneur. La personne du ministère qui a proposé mon nom est quelqu’un qui aime mon travail. Elle a proposé de me donner l’ordre du Mérite. Là, j’ai trouvé que c’était un peu excessif. Je trouvais ça déplacé, je suis juste écrivain. Du coup, je suis décoré de l’ordre des Arts et des Lettres.
Je trouve que c’est mérité parce que, dans les genres littéraires dans lesquels tu évolues, je trouve que tu es celui qui écrit le mieux. Tu fais très attention au style et à la syntaxe.
J’espère encore faire des progrès. Quand je lis mes premiers livres, j’ai un peu honte parfois. Je suis amoureux du français. J’ai été élevé à coup de Brassens et donc de François Villon. Mon père était un ami de Brassens. Je l’ai rencontré, mais j’étais encore
trop gamin pour me rendre compte de cette chance. L’amitié entre mon père et lui est à l’origine de l’amitié que j’ai aujourd’hui avec Renaud. L’histoire est longue a raconter, mais en gros, Renaud savait que mon père était ami de Brassens et qu’il avait traduit des chansons de lui en anglais. Renaud avait lu Le syndrome Copernic, il savait que j’étais anglophone et son guitariste me connaissait. Un jour il m’a appelé pour me demander si j’acceptais de traduire ses chansons à lui en Anglais. J’ai accepté et un an plus tard, il m’a proposé de traduire des ballades irlandaises en français pour son album Molly Malone. Ce qui fut fait. Bref, j’ai été élevé par Brassens. Tout le temps, à la maison, dans la voiture, on l’écoutait. Ça a enrichi mon vocabulaire et ça m’a donné le goût de la belle phrase.

Tu viens de parler de Renaud. On dit tout et son contraire en ce moment sur sa santé et son moral. Tu as eu de ses nouvelles récentes, toi ?
Il va beaucoup mieux. La presse a quelques mois de retard. J’ai passé une partie de mes vacances d’été avec lui, effectivement, il n’était pas au mieux. Il va mieux depuis plus d’un mois, mais la presse n’en parle pas évidemment. Il s’est vraiment remis à la flotte.
Parlons musique. Tu viens de sortir un EP. Première constatation. Tu chantes bien.
J’étais chanteur avant d’être écrivain. Entre 15 et 25 ans, j’étais chanteur et musicien et j’ai fait des centaines de concerts. J’étais clavier et chanteur de plein de groupes. À 25 ans j’ai arrêté parce que j’ai écrit mon premier roman. J’ai laissé tomber la scène pendant dix ans. Jusqu’à 35 ans. J’ai continué à écrire de la musique pour des courts métrages et pour des documentaires, j’ai écrit des textes pour des chanteurs et pour des groupes, mais plus rien pour moi. Puis, j’ai recommencé. Au bout de 10 ans de diète, je n’en pouvais plus. Il fallait que je revienne sur scène. J’en ai refait il y a deux ans. Je me suis éclaté. Je me suis mis à réécrire pour moi, en tout une vingtaine de chansons. Mélanger les deux carrières est un peu compliqué. Je n’ai plus vraiment le temps.
Que t’apporte la chanson ?
Tout ce que ne m’apporte pas l’écriture de romans. L’écriture est un métier où l’on est seul. La musique, c’est doublement du partage. Avec ses musiciens sur scène ou en studio et puis évidemment, avec le public. Et il y a autre chose. L’instant de la création dans la musique est concomitant avec celui de la réception. En gros, je ne vois jamais les gens lire mes livres, à part parfois dans le train, tandis que quand je joue sur scène, je vibre avec le public. Tu sais, pour être honnête, je pense être plus crédible en musicien qu’en écrivain. J’ai plus étudié la musique que je n’ai étudié la littérature. Certes, j’ai fait hypokhâgne et khâgne au lycée Chaptal, puis littérature américaine et anglaise à la Sorbonne, mais en musique, j’ai fait le conservatoire, du piano, de l’analyse, de l’écriture…
"Les enfants de la Terre".
"Ta tribu" (en duo avec Chloé Robineau)
Je comprends mieux pourquoi on sent dans ton écriture une petite musique...
Non, mais figure toi que le projet que j’ai avec Fabrice Mazza, il va y avoir aussi de la musique.. Pour les gens qui ont un Smartphone, il y aura un flash code dans le bouquin et au début de chaque chapitre, on balance de la musique que nous avons composée.
Ainsi, la boucle se boucle...
En quelque sorte.
Après l'interview...
Une dernière page de pub avec de se quitter...

17:20 Publié dans Les coulisses du show biz | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : henri loevenbruck, l'apothicaire, interview
01 janvier 2012
Bonne année 2012!
Je vous souhaite mes meilleurs vœux pour l’année 2012. Qu’elle vous apporte le meilleur.
Professionnellement, en ce qui me concerne, 2011 a été un très bon cru.
-Un livre sorti tiré de ce blog, Les chroniques de Mandor, qui m’a permis de passer de l’autre côté de la barrière (interviews par d’autres journalistes culturels, séance de dédicaces dans des librairies et des salons du livre).

-Des centaines d’interviews d'artistes pour mes différents supports, le site MusiqueMag, les consumers Addiction, ActuFnac, Le Magazine des espaces culturels Leclerc et Le Magazine des loisirs culturels de magasins Auchan et enfin, depuis deux mois, pour l’émission musicale de France 2, CD’Aujourd’hui.
-Quelques mémorables sessions acoustiques privilégiées…
-Des centaines d’articles et chroniques disques et livres.
-Des animations de Salons du Livre (Provins, Ozoir-la-Ferrière et Avon).
-Quelques animations en public pour 77FM.
-Beaucoup de rencontres humaines et chaleureuses. (Je ne cite personne... ils se reconnaîtront).
J’espère garder le cap en cette nouvelle année 2012.
Et sachez que ma priorité sera toujours de mettre en avant les nouveaux artistes (talentueux) dont les médias ne se soucient guère. Faire découvrir des jeunes pousses de la chanson est un des aspects de mon métier que je préfère.
Chers amis lecteurs assidus ou occasionnels, passez une très belle nouvelle année !
Plus personnellement, j'adresse une pensée particulière à ma famille dans son entier, à mes amis et à tous les P'tits courageux (et leurs parents)!
Dernière chose: les prévisions Mayas ne passeront pas par nous, vous verrez!
13:19 Publié dans Explications et justifications... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
29 décembre 2011
Anne Malraux: interview pour l'EP Saisons

(Photo: Olivier Allard)
Récemment, j’ai reçu un EP accompagné d’une biographie d’une chanteuse, Anne Malraux (son MySpace)… En voici quelques extraits :
Née en 1917, je conserve toute ma fraîcheur grâce à mon caisson cryogénisé à débit variable d’oxygène. Mais j’ai récemment entendu parler d’un abus de caisson qui a beaucoup nui à un chanteur…
C’est pourquoi, je voudrais, avant de mourir, vous faire partager ces quelques chansons composées par mes petites mains chantées. La forme originale de ces chansons est plutôt acoustique, cependant ici, nous nous sommes amusés à faire apparaître quelques touches électro.
…
Je fus comédienne dans une autre vie, et le suis toujours d'ailleurs, mais plutôt ailleurs qu’ici, ce qui peut-être me donne envie de faire de mes chansons des personnages qui auraient des trucs à nous dire.
…
Les textes sont au choix provocateurs, légers ou plus mélancoliques, et j’ai le malheur de citer deux ou trois personnes réputées… J’espère que l’auditeur fera la part des choses et n’aura pas volonté de me jeter en pâture aux susceptibilités des dites personnes !
Est-il besoin d’ajouter que j’ai le mauvais goût, en sus, d’être franco-américaine, et de revendiquer haut et fort mon désir de chanter et composer dans les deux langues ??
…
Enfin, telle que vous m’entendez, et sous réserve d’un enthousiasme modéré à intense de votre part, je suis l’auteure-compositrice-interprète-productrice-distributrice de ce travail, et il ne vous aura peut-être pas échappé que malgré ma programmation multi-tâches de femelle, je n’aurais rien contre un franc coup de main, voire une diffusion massive.
Je lui ai donné rendez-vous à l’agence pour laquelle je travaille le 19 décembre dernier…
La forte personnalité décelable à la lecture de sa bio et, surtout, à l’écoute des textes de ses chansons s’est confirmée dès les premières secondes de notre rencontre. Décapante et acharnée… "Cette fille-là, mon vieux, elle est terrible!" (Johnny Hallyday, dans le texte… cette comparaison va lui plaire…).
Et pour ceux qui se posent La légitime question. Anne est la petite-nièce d’André (tout est raconté là). Voilà, c’est dit.
Interview :
La biographie que tu m’as envoyée pour te présenter m’a beaucoup plu. Elle est aussi insolente qu’insolite.
Plutôt que d’envoyer une bio banale, j’ai préféré envoyer un message humoristique qui me correspond bien. Tu sais, ceux qui sont assis sur les places, ils sont bien assis, alors si tu ne vas pas leur mordre un peu les fesses à un moment donné, il n’y a personne qui va bouger. Ça me plait bien de bousculer les conventions pour me faire remarquer avec un style qui est le mien dans la vie.
Ça ressemble en tout cas aux textes de tes chansons qui sont mordants, provocateurs, ironiques et souvent bien sentis…
Depuis les années 90, je n’entends aucune chanteuse se saisir du sujet de la sexualité par exemple, comme je le fais avec « Avec mon scoot ». Je me souviens avoir bien tripé sur Guesh Patti et Étienne, ou quelques morceaux des Rita Mitsouko qui dégagaient des trucs un peu sexuels…
Tes textes sont moins abscons. Tu appelles un cul, un cul.
Je rassure tout le monde, ce que j’écris n’a rien de militant. Je suis juste partie du constat que c’est difficile de trouver quelqu’un avec qui ça peu marcher pour une vie de couple, tandis que le cul, il n’y a rien de plus facile à faire. Quand je dis ou chante les choses, j’aime ne pas passer par quatre chemins.
Et la chanson « Merci » ? Elle est pleine de messages et d’ironie...
Je suis franco-américaine et j’ai du mal à faire des chansons linéaires parce qu’avec les limites du français, très vite, je trouve ça neuneu. Je fais des chansons un peu impressionnistes… disons fragmentaires. Dans cette chanson je dis merci à beaucoup de monde. Je remercie une société qui vieillit. Ce n’est pas du racisme anti vieux, mais je trouve que la société est verrouillée et qu’elle ne laisse pas du tout la place aux jeunes. Je ne suis pas la seule à prétendre cela, il y a je ne sais pas combien de sociologues, philosophes et bien d’autres personnes qui ont tous tiré la sonnette d’alarme en disant clairement qu’on a sacrifié une génération. Cette France écrase complètement les jeunes. Il y en a qui ont bac+8 et qui se retrouvent à la photocopieuse… Moi, je ne suis pas là pour me plaindre, je suis là pour faire des chansons et m’amuser en parlant de ce qui me touche.

Donner un coup de pied dans la fourmilière te plait bien, j’ai l’impression.
Cet esprit frondeur que je revendique à mort, je ne l’entends pas chez d’autres. J’évite d’être consensuelle.
Être grande-gueule, tu crois que ça ouvre les portes?
À ce stade, je ne peux pas te répondre. Ce dont je suis certaine, c’est que mon avenir professionnel ne passera pas par les maisons de disque. Je pense qu’elles vont toutes finir par fermer. Mince, quand même, Universal qui vient d’acheter EMI ! Ce sont des gros qui mangent des gros ! Ça devient vraiment la World Company que nous servent les guignols depuis des années ! En fait, il y a une grosse compagnie avec des mecs qui vont tout bouffer, qui ne laisseront rien aux gens et qui laisseront la planète dans un état épouvantable. Il y a une colère qui n’est pas seulement la mienne. Elle existe, je la rencontre partout. Dans « Merci », je raconte tout ça aussi…
Je vais te poser la question volontairement agaçante. Es-tu encore une comédienne qui veut devenir chanteuse ?
Le métier de chanter à été mon vrai premier désir. Moi, j’ai été poussée par ma famille à devenir comédienne. Mon père écrivait des pièces et, comme tu le sais, je viens d’une famille intéressée par l’art et la culture. Assez vite, j’ai commencé à travailler, à avoir des contrats, à être autonome, à gagner ma vie. J’ai donc tout le temps retardé le fait de m’y mettre et de voir si j’étais capable de réussir dans la voie de la musique. Je me sens plus comme une chanteuse qui a fait de la comédie que comme une comédienne qui s’essaye à la chanson parce qu’elle trouve que c’est vachement sympa.

Tu suis des cours de chant ?
Oui, un peu, mais par intermittence. Mon idée, c’est à la fois de chanter bien, mais pas non plus à la perfection. J’entretiens bien mon organe et je le traite convenablement.
Tu ne fais donc pas d’excès ?
Je n’irai pas jusque-là. Je suis très bonne vivante, tendance excessive… (Rires). On n’a qu’une vie !
Sans vouloir être désobligeant avec toi, tu es à toi seule un sacré beau packaging marketing. Tu as de très bonnes chansons, une voix très agréable, tu es comédienne, tu as un grand-oncle illustre et tu es jolie…
J’ai commencé il y a juste deux ans demi à chanter seule avec ma guitare dans de toutes petites salles. Si je fais la moyenne avec la plupart des artistes qui n’ont pas de passe-droits et qui ne viennent pas de ces milieux-là, je ne m’inquiète pas encore. En terme de cercle étendu, je suis soutenue par pas mal de gens qui m’encouragent à persévérer, à ne rien lâcher, mais en gardant ma personnalité.
09:09 Publié dans Les coulisses du show biz | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : anne malraux, ep saisons, interview
27 décembre 2011
Les P'tits Courageux à la Une sur le site de "L'exquise Nouvelle: saison 2"
11:48 Publié dans Les P'tits Courageux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : les p'tits courageux, l'exquise nouvelle
25 décembre 2011
Wladimir Anselme: interview pour Les heures courtes

(Photo Thomas Gabison)
Wladimir Anselme est un auteur-compositeur-interprète que j’ai découvert par l’entremise de son attachée de presse. Je me suis très vite rendu compte que, plus j’écoutais cet album, plus j’appréciais, plus j’aimais cet univers personnel foisonnant. En enquêtant un peu sur lui, je me suis aperçu que l’homme roulait sa bosse depuis longtemps. Je suis complètement passé à côté de lui et de son œuvre. Je ne sais pas comment, parfois, je parviens à faire l’impasse sur ce genre de talent-là qui pourtant est loin de se cacher et qui est pétri de talent. Bref, Wladimir Anselme existe (je suis ravi de le savoir) et je vais désormais suivre le cheminement de sa vie musicale.
Voici sa présentation « officielle » :
« Artiste protéiforme donc, mais avant tout un songwriter impétueux et délicat, qui gravite dans le paysage musical en franc-tireur, en tête brûlée, en doux excessif ! Avec son groupe LES ATLAS CROCODILES, il bricole des romances sauvages, à la mélancolie frondeuse et à la grâce désarmée, aux mélodies superbes. Où l’on croise des hommes-grabuge, des héros de gare routière, des carnavals glamoureux, des bribes de polar extatique, une conférence de presse de Mohammed Ali, des buicks roses qui foncent dans la nuit des brownings... »
Parmi toute la presse (je dois dire, uniquement dithyrambique) que j’ai lue sur Wladimir Anselme, je retiens celui de Marianne. Il résume parfaitement mon propre ressenti.


(Les trois photos ci-dessus: Valérie Archeno)
Le 19 décembre dernier, Wladimir Anselme est venu me voir à MusiqueMag pour, du coup, faire connaissance. L’occasion de lui poser quelques questions à propos de son album, Les heures courtes…
Si tu n’es pas très connu du grand public, il n’en reste pas moins que tu es un vieux routier de la musique…
Je fais de la musique depuis que je suis tout petit et j’ai commencé à faire de la scène à l’âge de 16 ans avec déjà mon propre répertoire. Aujourd’hui, j’ai presque 37 ans, c’est dire que je ne suis pas tout à fait un débutant.
Tu as commencé tes prestations scéniques dans une salle parisienne appelée « Le Club des Poètes »…
C’est un endroit étrange. On y lit des poèmes et on découvre donc beaucoup de poètes connus ou pas. C’est d’ailleurs là qu’a débuté Thiéfaine. Moi aussi, on me permettait de chanter mes propres textes. À cette époque, je sacralisais un peu le mot « poète ». C’est ce que je tentais de faire, mais je ne le revendiquais pas comme ça. Je trouvais ça indécent.
Thiéfaine faisait partie de ton Panthéon. Il t’a inspiré ?
Oui, je suppose. Quand j’étais au lycée, tout le monde associait son nom aux drogues, moi, j’écoutais simplement ses textes. J’écoutais aussi Léo Ferré, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Renaud... Bref, j’étais très « chansons à textes ». Dès que je voyais un chanteur barbu avec une guitare en bois, j’y allais…
Ces goûts musicaux ne te coupaient pas de tes copains de lycée ?
Un peu, effectivement, mais ça me permettait d’en avoir d’autres. Un noyau de pur eu dur avec ce secret-là ! Ça m’a forgé en tout cas une culture marginale. Je pense que j’aimais bien être dans la marge et pas dans le consensus. À cette époque-là, personne ne chantait en français. Le regain est venu plus tard grâce à Juliette et les Têtes Raides… Quand je disais que je chantais en français, on me répondait : « Ah bon ? Comme Florent Pagny ? »
Wladimir Anselme à l'Air du temps par images_et_sons_du_berry
Cet amour-là des belles chansons te vient de ce que tu entendais chez toi étant petit ?
Oui, en grande partie. Mon grand frère arrivait avec des disques de Thiéfaine et me le faisait découvrir comme un trésor. Quand j’étais tout petit, mes parents écoutaient Moustaki, Reggiani… j’étais passé complètement à côté de la culture anglophone. J’ai acheté mon premier disque peu avant le bac. Ca devait être Wish you were here des Pink Floyd et je me demandais si je n’allais pas m’emmerder avec ça. Pour moi, les Pink Floyd et les Beatles (que je ne connaissais pas), c’était la culture majoritaire… consensuelle. Du coup, je n’arrivais pas à aller vers ça. Depuis, ça c’est complètement renversé dans ma tête !
C’est ton deuxième album. Parle-nous du premier, Mauvaises herbes, que tu as sorties en 2000…
J’avais 24 ans et des envies de révolutionner la chanson en faisant rentrer la musique contemporaine, à laquelle d’ailleurs je ne connaissais rien. Pour l’orchestration, j’avais fait appel à Bernard Struber. J’avais des paroles absconses, des textes très durs et des musiques très compliquées. Parfois, je sortais de scène éprouvé par ce que je racontais. Pendant 6 ans, j’ai tourné avec le groupe de free jazz avec lequel j’avais fait ce disque et puis on a fait en 2004 un EP qui s’appelait 2e round. Ensuite, on a dissout le groupe et j’ai mis un peu de temps à reconstituer un autre groupe. Mais j’ai enfin réuni les gens qui sont devenus les Atlas Crocodile. Atlas Crocodile est née d’une rencontre entre le guitariste Csaba Palotaï et le pianiste claviériste Boris Boublil. Très vite, Jeff Hallam à la basse et Marion Grandjean à la batterie les ont rejoints.
Que s’est-il passé ensuite ?
Après avoir fait quelques concerts avec eux, on est rentré en studio et on a commencé les maquettes de l’album sans préparation. On arrivait, on réduisait les chansons à leur plus simple expression et à partir de ça, les Atlas Crocodile et moi, on construisait de manière très inventive.
Vous avez mis longtemps à enregistrer le disque ?
4 ans, à peu près. On a commencé dans un studio de Bagnolet. En 5 jours on a enregistré près de 9 morceaux. Ensuite, on a un peu arrêté d’y travailler puis on a recommencé. Après plusieurs tentatives infructueuses, on est parti dans une maison de campagne et on a pris notre temps. On avait des tas d’instruments vintage et un matos incroyable pour bosser… bref, je te passe les détails, mais on est content du résultat.
Certaines chansons furent une véritable épreuve…
Celle qui ouvre l’album, « La Palmeraie », était la plus difficile. On l’a enregistré au moins 4 fois. Je cherchais un truc précis que j’ai eu du mal à définir. Pour moi, l’arrangement n’est pas juste une décoration, alors je suis très pointilleux…
Ton album, pour rentrer dedans, il faut l’écouter au moins deux fois. Il est vraiment hors-norme.
Je sais qu’il y a des gens qui ne rentrent pas tout de suite dans cet univers. Pourtant, c’est vrai que j’avais le goût pour les choses alambiquées quand j’ai commencé la chanson, mais dans celui-ci, j’ai essayé vraiment essayé d’épurer au maximum pour aboutir à des chansons simples et agréables à écouter. Par rapport à mes débuts, je n’écris plus du tout en autiste. Je me pose la question de savoir ce que les auditeurs peuvent éventuellement comprendre de ma musique.
Je trouve que tu es un chanteur fragile et délicat…
Je ne vais pas le revendiquer. J’ai un côté avec beaucoup d’impudence et en même temps très vulnérable. Plus tu prends de la force, plus ta vulnérabilité peu paraître belle et pas gênante.
Tu as mis en musique un texte d’Apollinaire, « La cueillette »…
Ce poète représente une simplicité et une clarté qui me touche profondément. Il est lumineux. Je chante souvent des textes d’Aragon, mais je ne me revendiquerai pas d’Aragon, mais Apollinaire, oui.
Ton disque est une vraie épopée musicale.
Il a une espèce de charge. L’enregistrer a été une vraie aventure humaine. C’était très fort, il s’est passé plein de choses… A la manière de Claude Sautet, on voulait capter de la vie, des choses un peu humaines. J’espère que les gens vont entendre tout ce qu’il y a de brulants derrière. Mes chansons racontent des histoires, des explorations de sentiments dans un contexte qui n’est pas forcément dit.
Pendant l'interview...
18:10 Publié dans Les coulisses du show biz | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : wladimir anselme, les heures courtes, interview
24 décembre 2011
Myriam Thibault: interview pour Orgueil et désir

Vous connaissez tous l’expression :"Suis-moi, je te fuis; fuis-moi, je te suis". Elle résume parfaitement le premier roman de Myriam Thibault, Orgueil et désir. Après un recueil de nouvelles paru à la rentré littéraire 2010, Paris, je t’aime, la revoici avec un livre plus consistant (mais pas encore tout à fait insolent) qui prouve (tout de même) que cette jeune Tourangelle de 18 ans est en train, tranquillement, de se faire une place au soleil dans le monde littéraire français.
C'est mon ami Jérôme Attal qui me l'a présenté lors du Salon du Livre de Paris de l'année dernière... je l'ai recroisé à celui de Chateauroux quelques jours après. Je m’étais promis de m’intéresser à ses écrits. C’est chose faite aujourd’hui. Le 8 décembre dernier, elle est venue me voir à l’agence pour une mandorisation quasi improvisée et sans langue de bois…
4e de couverture :
Un jeune chroniqueur télé, qui porte avec arrogance un regard ironique sur la vie parisienne, a un coup de foudre pour une femme croisée dans la rue. Il la suit jusqu’à ce qu’elle le remarque. Après quoi, il la fuit. Attirée à son tour par lui, c’est elle qui décide de le suivre. La rencontre se concrétise alors, mais aucun ne fait un pas décisif vers l’autre, car chacun préfère rester sur son quant-à-soi.
Avec une acuité particulière, Myriam Thibault décrit l’incapacité, si commune aujourd’hui, à exprimer ses sentiments, l’orgueil étant plus fort que le désir.
L’auteure :
En première année de licence à la Sorbonne Paris IV, en Lettres Modernes Appliquées. Après un recueil de nouvelles, Paris, je t'aime en 2010, aux Éditions Léo Scheer ; son premier roman est sorti en septembre 2011, Orgueil et désir (Prix du premier roman, de la Forêt des livres 2011). En parallèle, elle est également rédactrice pour La Cause Littéraire.
Interview :
Tu es à peine majeure et tu sors déjà ton deuxième livre. Si jeune, d’où te vient cette boulimie d’écriture?
Vers 12-13 ans, j’écrivais déjà de petites histoires. À cet âge-là, j’avais déjà l’idée de devenir écrivain à 30-40 ans. Pas à 18 ans… pour moi, c’était de l’ordre de l’inimaginable. D’autre part, j’ai toujours beaucoup lu. Ma mère m’offre des livres depuis mon plus jeune âge. Je me jetais dessus. Toujours vers 12 ans, mes parents m’emmenaient même dans des salons du livre. Quand j’ai commencé à rencontrer des auteurs, ça m’a vraiment donné envie d’écrire pour être publiée. Quand j’ai vu que Boris Bergmann a été publié à 16 ans, j’ai compris que c’était possible.
Tu avais un côté midinette avec les écrivains ?
Oui, comme certains de mes camarades étaient fans de chanteurs ou d’acteurs, moi j’étais fan d’écrivains. Je le revendique.
Raconte-moi la rencontre avec Léo Scheer.
Symboliquement, je voulais que mes nouvelles soient publiées avant mes 18 ans. J’ai fait une liste d’éditeurs susceptibles de les accepter. Je les ai envoyées et j’ai eu plein de réponses négatives et positives. Dans ceux qui ont dit oui, il y avait Léo Sheer qui a bien voulu me rencontrer. C’est aussi simple et naturel que cela.
Je crois savoir que tes parents n’étaient pas au courant de ta démarche.
Effectivement, il a fallu que je leur explique. Ils ont été surpris, mais au final, plutôt contents. Ils m’ont accompagné à Paris pour le rendez-vous.
Ils ont pensé quoi de ton recueil ?
Ils ont beaucoup aimé. Étonnant, non ? Très objectifs…
Ton recueil de nouvelles est sorti quand tu avais 16 ans. Tu viens tout juste d’avoir 18 ans… ce n’est pas gênant d’avoir pas mal de presse principalement parce qu’on est la benjamine de la littérature française ?
Ça ne me gêne pas outre mesure, mais je trouve que, finalement, on n’en parle pas beaucoup. Franchement, on parle plus de Marien Defalvart, par exemple. Cela étant, que je sois la benjamine de la littérature française, ça va bientôt se terminer. Ce genre d’argument n’a qu’un temps.
C’est plus simple pour toi, d’écrire des nouvelles ?
Oui. D’ailleurs, en toute honnêteté, certains ont dit que mon roman était une grosse nouvelle. Ca ne me vexe pas plus que ça. J’ai beaucoup de respect pour les auteurs de nouvelles.
Certaines critiques, Beigbeder ou le Figaro Magazine, par exemple, sont plutôt gentils avec toi, mais estiment que tu as encore les défauts de ta jeunesse… Beigbeder, il dit même que ton roman est « bâclé ».
Venant de lui, ça me fait rire. Il termine son papier en disant qu’il m’en veut beaucoup de le faire passer pour un ronchon épaté. J’ai pris cette critique très bien, mon éditeur, beaucoup moins. Quand même, Frédéric Beigbeder fait une comparaison avec Sagan… Et puis, après tout, il n’est pas là pour faire l’éloge de mon deuxième livre, alors ce qu’il exprime, je l’entends… et je vais faire en sorte que personne ne trouve mon troisième livre « bâclé ».
Il te reproche aussi d’avoir écrit 4 pages sur une chanson de Biolay et que dans un roman de 100 pages, c’est un peu beaucoup.
Je suis d’accord avec lui. (Rires)
Dans le Figaro littéraire, ils titrent « Une surdouée mélancolique »… ça commence bien. Puis après, le critique ajoute : « Le trait des deux personnages sont parfois un peu forcés, les situations peuvent sembler improbables, les digressions un peu lourdes, mais la magie opère… ». Si on positive, tout le monde dit que c’est encourageant pour la suite de ton œuvre, mais qu'il te faut encore travailler…
La critique m’est très utile. Ce sont des choses que, de livre en livre, je vais tenter de corriger. Moi, j’aime la critique tant qu’elle est réellement constructive. Et souvent, en ce qui me concerne, elle l’est.
Tu ne te vexes pas facilement, dis donc…
J’ai 18 ans, je ne demande qu’à apprendre encore et encore. Donc, j’écoute. Ça ne peut que me faire progresser.
Je me fais un peu l’avocat du diable, mais ton livre est un peu un livre sur le désir… ce n’est pas un peu prématuré de choisir ce thème à ton âge?
J’ai surtout voulu montrer une certaine vision de la société, sans pour autant l'approfondir. À mon âge, ce serait ridicule parce que je vais évoluer… mes idées avec. Mon roman n’est pas qu’une histoire d’amour, mais comme l’indique le titre, c’est surtout un livre sur l’orgueil. Mon héros, chroniqueur télé, sorte de Nicolas Bedos, a un orgueil tellement développé qu’il s’empêche l’amour.
Tu écris un nouveau roman en ce moment ?
Je suis dans la phase de recherche d’idées. Une fois que j’ai l’idée, ça part tout seul. Cette fois-ci, je ne vais certainement pas évoquer le rapport homme-femme et je vais tenter de me détacher de Paris. Je crains qu’on me reproche de situer mes histoires uniquement dans cette ville.
Que lis-tu pour te détendre ?
Je lis principalement des romanciers contemporains. Des gens qui sont encore vivants, car si je les rencontre, je peux discuter avec eux. J’aime échanger avec les auteurs que je lis. Évidemment, ça ne m’empêche pas de lire les classiques et d’autres auteurs qui ne sont plus de ce monde...
Je sais que tu apprécies Frédéric Beigbeider, Nicolas Rey, Jérôme Attal… des auteurs dont je ne connais pas d’équivalent féminin… Aimerais-tu avoir une écriture plus acerbe ?
Oui, j’aimerais arriver à ça. Une critique un peu cynique de la société actuelle, mais qui fait rire quand même tout en restant cohérente. Je souhaite diriger la suite de mes écrits vers cela.
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23 décembre 2011
Luc-Michel Fouassier: interview pour Un si proche éloignement
Luc-Michel Fouassier vient de sortir son tout premier roman Un si proche éloignement… après avoir sorti deux recueils de nouvelles. (Mandorisé ici pour le premier et là pour le second). J’aime sa plume et j’aime l’homme. Nous avons notamment des goûts communs pour la chanson française de qualité (ici, notre après-midi avec Yves Simon). J’ai décidé de le mettre de nouveau en avant sur mon blog, car son livre m’a touché. Beaucoup. Voici ma chronique du livre publiée dans le Addiction, le mag daté du mois de décembre/janvier 2012.
Luc-Michel Fouassier est venu à mon agence, le 7 décembre dernier… avec une bouteille d’Ouzo, « pour se mettre dans l’ambiance ! ». (Aurais-je une réputation?)
4e de couverture :
Un homme part pour l’île grecque de Naxos avec, dans son sac, un carnet noir et La lettre au Gréco de Nikos Kazantzaki. Cœur des Cyclades, lieu mythique où Thésée abandonna Ariane, que va-t-il chercher là-bas ? Pourquoi la nécessité impérieuse d’un tel éloignement ? Quelle est cette douleur latente qui le meurtrit ? De rencontres en illusions, de rêves en réminiscences, on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas d’un simple voyage d’agrément et que quelque chose de bien plus fort va se jouer sur l’île. Parti chercher la femme qui l’a quitté, peut-être le narrateur finira-t-il par se retrouver lui-même…
Ce roman, véritable hymne à la vie, nous entraîne dans une Grèce simple et vraie, loin des clichés touristiques.
Un premier roman au style limpide et sans maniérisme qui nous insuffle un peu de l’âme grecque.
L’auteur:
Après des études scientifiques, quatre années à l'université de pharmacie Paris XI, Luc-Michel Fouassier s’est tourné vers l'enseignement.
En tant que délégué à la gestion de l'événementiel littéraire, il organise le Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. D'autre part, il a créé le prix Ozoir'elles (parrainé par Régine Deforges) dont je jury de personnalités présidé par Simonetta Greggio récompense un recueil de nouvelles déjà publié.
Il est par ailleurs membre du comité de lecture de la revue littéraire Rue Saint Ambroise.
Deux recueils de nouvelles publiés à ce jour, aux éditions Quadrature et un roman, Un si proche éloignement, sortit pour la rentrée littéraire 2011 aux éditions Luce Wilquin...
Interview :
Toi qui es un défenseur acharné des nouvelles, te voilà devenu romancier. Pourquoi t’es-tu lancé dans le grand bain ?
D’abord, sache que le roman est construit avec des petits chapitres, de ce fait, certains pourraient être assimilés à des nouvelles. Ma façon de terminer le livre est aussi ressemblante à la nouvelle. Et puis, il y a un moment donné où tu as envie d’avoir un autre rythme d’écriture. Les nouvelles, c’est très intense, mais sur un temps court… quand tu as ton texte, tu ne peux pas le lâcher. Le roman, tu dois le mener jusqu’au bout. Tant que tu n’as pas écrit la dernière phrase, le dernier point, ton roman, ce n’est rien. C’est usant nerveusement.
L’habitude d’écrire des nouvelles a-t-elle pour conséquence de rendre plus difficile l’écriture d’un texte plus long ?
Pour moi, très franchement, c’est difficile de faire long. En règle générale, si je peux dire quelque chose en trois lignes, je choisis de l’écrire en 3 lignes et non en 15. Donc, avec cette conception de l’écriture, ça rend effectivement difficile l’écriture d’un roman. Cela dit, j’avais quelque chose à faire passer qui ne pouvait pas se dire en quelques lignes. Il y a une progression dans le personnage qui demande à ce que j’instaure un climat. C’est un homme qui va avoir sa vie changée, le processus de ce changement était long à décrire.
Justement, qu’est-ce que tu voulais faire passer à travers ce roman ?
Je crois qu’il n’y a pas un homme sur cette Terre qui ne soit pas dit : « je balance tout ! J’en ai marre de tout ça ! ». Un peu comme un ordinateur dont on nettoierait le disque dur, un homme a besoin de partir pour se nettoyer l’esprit et repartir sur de meilleures bases. Je raconte l’histoire d’un homme qui va tenter d’enlever de sa besace, toutes les choses inutiles, les petites mesquineries de la vie et essayer de se rattacher à des choses qui sont beaucoup plus importantes et qui sont les vrais enjeux de la vie.
Interview à l'Ouzo... (c'est la première fois qu'un auteur fait tout pour me mettre dans l'ambiance de son livre lors d'un entretien. Je suis poli, j'ai bu. Hips!)
Quand on lit ton livre, on ressent une espèce d’apaisement.
Ceux qui ont lu ce livre, et principalement mes proches, sont ressortis du livre avec une forme de bien-être. C’est un livre qui apporte un secret de la vie qui vaut le coup d’être connu… mais ne dit rien sur ton blog, parce que c’est l’un des intérêts de ce roman.
C’est en Grèce que tu as eu l’idée d’écrire ce livre ?
En exergue du livre, il y a une phrase de Sophocle : Ce sont là choses qui n’ont pas l’honneur d’être mises en histoire, et qu’on apprend plutôt en fréquentant les lieux. Chaque fois que j’écris un livre, les lieux ont beaucoup d’importance. Si je n’ai pas le lieu, je ne peux pas penser à l’histoire. Tous les lieux que j’évoque dans le livre sont des lieux où mes pas m’ont entraîné. Par contre, les personnages sont inventés à partir de gens que j’ai croisés, sans les connaître ni leur avoir parlé. C’est juste ce qu’ils m’inspiraient.
Je sais que, parce que tu n’écrivais que des recueils de nouvelles, tu ne parvenais pas, jusqu’à présent, à te considérer comme un vrai auteur. Est-ce qu’avec ce premier roman, tu y es parvenu ?
Oui, tu sais, je vis pour l’écriture. L’organisation du salon du livre d’Ozoir, du concours de nouvelles « Ozoir’Elles », mes livres de nouvelles… aujourd’hui, je crois que je commence à assumer cette passion absolue.
C'est beau un écrivain qui signe son livre...
La construction des deux dernières pages est éblouissante.
Merci de me dire cela… ce sont les deux pages dont je suis le plus fier dans tout ce que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui.
Dans ton livre, il n’y a pas beaucoup d’action, mais il se dit beaucoup… de manière sous-jacente…
Le lecteur doit juste se laisser porter. Je n’aime pas les livres avec trop de rebondissements. Je n’aime pas être trop guidé, tenu au collier. J’aime bien pouvoir m’évader comme je le souhaite. J’écris des livres contemplatifs. Dans mon prochain roman, il y aura un côté Modianesque, une histoire plus construite et des attentes plus fortes, mais on reconnaîtra ma musique personnelle…
10:17 Publié dans Les coulisses du show biz | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : luc-michel fouassier, un si proche éloignement, interview
22 décembre 2011
Jesers: interview pour "J'aimerais qu'on sème"

Jesers (Serge Moniz) est un de mes récents coups de cœur. (Merci à Jean Hartleyb de me l’avoir fait découvrir !). Cet auteur interprète vient d’une famille de musiciens disséminés entre Praia, Dakar, Londres et New York. Son goût pour le bel ouvrage le conduit naturellement à l’art du verbe et du rythme. Comme l’indique son dossier de presse, « citoyen et conteur aux racines métissées, son univers musical est une rencontre entre plusieurs cultures, un voyage en chanson world emprunte de poésie urbaine ».
Le 8 décembre dernier, j’ai rencontré l'artiste Mulhousois lors de son récent passage à Paris à l’occasion de la sortie de J’aimerais qu’on sème. Un album « qui nous invite à bord d’un nuancier coloré et positif dans lequel il aborde ses racines, de la France à L’Afrique, du Cap Vert au Sénégal, pour tracer des horizons tous liés aux événements de notre monde et où l’importance des mots illumine les rimes ».
Ta musique est fortement métissée… quels sont tes origines, très exactement ?
Je suis né en France, mon père est né au Cap Vert et a grandi au Sénégal. Ma mère est née au Sénégal de parents Cap Verdiens. Je me situe donc entre la France, le Cap-Vert et le Sénégal.
Est-ce qu’il est caricatural de prétendre que ta musique est inspirée de ces pays?
Disons que j’ai grandi à la maison avec les musiques de tous ces pays-là ! Mais je n’ai pas voulu forcément reproduire ce que j’entendais jeune. Moi, je suis plutôt tombé dans le hip-hop. Les années passent et puis finalement tu retournes aux sources et tu mélanges tout ça.
Comme je le disais en préambule, tu es issu d’une famille de musiciens.
Oui, mon papa et deux de mes frères le sont : le petit et le grand. J’ai aussi dans ma famille des danseurs classiques ou de hip-hop.
Tu abordes des sujets des plus personnels aux plus universels avec sensibilité, engagement, humour, dérision, mais surtout passion. Tes textes sont profondément humains, tournés vers les autres en tout cas.
On me le reproche parfois. J’ai voulu que J’aimerais qu’on sème soit un lieu de partage et de rencontre, un univers authentique et riche où je m’efface parfois au profit de nombreux invités. Il y a 20 Syl, Sergent Garcia, Kasar, Mahooni, Edou, Cha, Nouara, Daddy Wise, Mika, Jupy, Petit Kara, Derrick, Karen… Certains me disent que ça peut me desservir d’avoir trop d’invités. Je ne comprends pas pourquoi.
Tu n’envisages pas la musique autrement que par le partage ?
Je fonctionne vraiment comme ça. Par le lien. Même mes compositions, les histoires que je raconte… ce ne sont pas des choses que j’invente. Ce sont des choses que je vis ou que je vois chez les autres. Quand on me parle, j’écoute, j’emmagasine des informations et je ressors tout ça en musique et en texte.

Considères-tu que ce métier est trop fermé ?
Tu as raison, je me rends compte que c’est un milieu fermé et qu’il ne faut pas être naïf. Je suis peut-être un peu trop gentil… mais, je tiens à rassurer tout le monde, je suis parfaitement lucide.
Tu as un travail autre que la musique pour gagner ta vie… tu es carreleur.
J’ai besoin des deux activités aujourd’hui, parce que je n’ai pas envie de me lever le matin et attendre un truc par rapport à la musique. Je n’ai pas envie de chercher à écrire pour trouver la bonne formule qui me permettra de gagner de l’argent. Moi, j’écris avec les tripes et comme je le sens. Je n’ai aucune pression, si ce n’est celle que je m’inflige moi-même pour être le plus performant possible.
Tu cries au monde qu’il va mal, mais je sens qu’il y a toujours en toi une pointe d’espoir?
D’où le titre, « J’aimerais qu’on sème » !
Tu as une longue expérience de la scène. Le Printemps de Bourges, Les Francofolies de Montréal, LesEurockéennes, La foire aux vins de Colmar, des tournées au Japon et à Détroit, ou encore ses doubles plateaux avec MC Solaar, Jamiroquai, Gad Elmaleh, Sergent Garcia et Renan Luce. Ça t’apporte quoi ces expériences ?
Ça m’oblige à être le plus professionnel possible. Quand on fait la première partie de Gad Elmaleh devant 10 000 personnes et que les personnes présentes ne viennent pas pour toi, tu as intérêt à assurer. Quand je joue dans la cour des grands, je ne fais que jouer, mais avec une pression supplémentaire.
Un album, pour toi, c’était primordial ?
Oui, évidemment. Ca me permet de garder une trace de mon travail et de montrer mon écriture d’aujourd’hui. Moi, j’aime bien être en phase avec ce que j’écris. Et avec les mots que je choisis. Aujourd’hui, je suis moins dans l’ego trip qu’avec le groupe dans lequel j’officiais, La Vieille École… j’ai muri.
Depuis que tu as sorti cet album solo, tu as fait beaucoup de rencontres et pas mal d’ateliers d’écriture aussi.
Quand on m’a sollicité pour faire des ateliers d’écriture, chose que je n’avais jamais pratiquée, j’ai dit oui. J’ai rencontré des élèves, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’y suis allé pour apprendre. Je ne sais pas qui d’eux où de moi a suivi les ateliers d’écriture tellement l’échange était présent. Ce sont les gamins qui m’ont donné envie d’aller vers l’excellence…
Tu t’es aperçu très vite que tu étais un amoureux des mots?
Je n’étais pas très bon à l’école, même s’il paraît que j’avais des capacités. Mais j’ai toujours aimé les mots. J’aime jongler avec, les maîtriser et les manier avec dextérité.
Tu fais de la poésie urbaine, pourtant, je sais que tu n’assumes pas le mot poète.
Il faut pouvoir l’assumer. C’est quand même un grand mot, alors quand on en est affublé, on reste tout petit tant on a l’impression de ne pas le mériter.
Question complètement idiote, mais je te la pose quand même. Aimerais-tu gagner ta vie uniquement en tant qu’artiste ?
Aujourd’hui oui. Mais, je suis lucide, je regarde autour de moi… c’est vraiment très compliqué de ne vivre que de ce métier. Je me sens pourtant mature pour me lancer, mais bon, je garde mon travail de carreleur, pour le moment. Je préfère être raisonnable.
Que te faudrait-il pour te faire repérer des gens du métier ?
On a besoin de la rencontre, on a besoin de la scène parisienne, on a besoin d’une mini tournée seul ou avec un groupe plus populaire, on a besoin d’une plus grande visibilité pour que quelqu’un nous repère, on a besoin de personnes qui aient un gros coup de cœur pour nous… bref, on a besoin de montrer ce que l’on sait faire…

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20 décembre 2011
Gérald de Palmas: interview filmée pour "Sur ma route"

Gérald de Palmas se faisait rare ses dernières années. Soucis avec sa maison de disque et besoin de se ressourcer. Aujourd’hui il revient avec un best of.
Voici ma chronique sur ce double CD, paru dans Addiction, le mag daté du mois de novembre 2011.
Pour MusiqueMag le 3 novembre dernier, je suis allé à sa rencontre dans une chambre de l’Hôtel Renaissance. On ne peut pas dire que Gérald de Palmas soit l’artiste le plus chaleureux de la Terre. Il est « sympathique », mais on sent qu’il n’est pas très amateur de promo. Le minimum syndical, mais après tout, son métier c’est musicien-interprète, pas "expliqueur" de projets/chansons. L'homme reste professionnel, si professionnel qu'il ne laisse aucune faille visible dans laquelle s'infiltrer.
L’interview filmée.
Et hop! Pour finir ce spécial De Palmas... petit souvenir: ici, après une interview à l'Hôtel Lutetia, le 2 mars 1995. 16 ans déjà!!!

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