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19 avril 2015

Hélène Molière : interview pour Harcelé-harceleur

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(Photo : Thierry Rateau)

Dans Harceleur-Harcelé, une histoire de souffrance et de silence, Hélène Molière brise un tabou en tentant de comprendre comment des enfants peuvent se transformer en bourreau. Le harcèlement, c'est une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Des petites piques, des blagues d'un goût douteux, le harcèlement commence subrepticement. Mais parfois ça peut aller jusqu'au chantage ou à a violence physique. En tous les cas, quelle que soit l'ampleur, cela marque à vie.
Pour Openmag n°174 (magazine offert dans le FNAC de France), daté du mois d’avril 2015, j’ai rencontré la psychothérapeute dans son cabinet du 9e arrondissement de Paris. A l’origine, l’interview devait être (beaucoup) plus longue (les aléas de la vie d’un magazine…), je publie donc l’article tel qu’il est paru et la suite (en bonus mandorien).

Hélène Molière couverture en HD.jpgNote de l’éditeur :

« Julie Lunettes » ainsi qu’avait décidé de la baptiser son institutrice, s’est jetée du troisième étage de son immeuble, n’en pouvant plus de se faire traiter de « mémé » de « vieille » de « moche » jour après jour, par ses « copains » de classe.
Jonathan a tenté de s’immoler par le feu submergé par les insultes d’un chefaillon et de ses sbires, insultant à longueur de journée sa famille, son nom (Destin) son poids, etc.
Camille n’a pas accepté de se faire supplanter par une rivale, aussi belle, aussi fraiche et délicieuse qu’elle, derrière laquelle SA cour, s’était ralliée. « Elle m’a volée ma vie » a-t-elle déclaré à sa mère, et a plongé dans la dépression et la drogue. Louise, Noé, Samir, Kevin... autant d’enfants victimes du harcèlement à l’école.

Les enfants harcelés ne vont pas tous jusqu’au suicide, mais le harcèlement, continu, sans répit, répétitif, peut avoir des conséquences à court, moyen ou même long terme des conséquences absolument désastreuses. Hélène Molière, psychothérapeute pour enfant, explique dans cet essai avec beaucoup de lucidité, comment ces gamins désignés de manière aléatoire, par un « meneur », ne comprenant pas ce qui leur arrive, endossent dans un mutisme ravageur la peau de la victime.
Elle explique surtout aux parents et aux enseignants l’attitude à adopter en cas de symptômes qu’elle décrit, comment faire parler un enfant pour se livrer er se délivrer, en mettant des mots sur une douleur insupportable et toujours recommencée: le harcèlement, et surtout comment s’en débarrasser avant qu’il ne soit trop tard.

L’auteure :

Hélène Molière est psychanalyste et psychothérapeute à Paris 9ème. Après des études de lettres et de philosophie elle devient journaliste, presse écrite, radio, télévision, spécialiste des sujets de société et singulièrement de l’éducation. Elle travaille aujourd’hui et ce depuis des années en qualité de psychologue clinicienne, diplômée de l’université de Paris 7 au CMPP de Chelles (77) et aux Lierres, hôpital de jour pour enfants de Sèvres (92).

L’article publié dans Openmag :

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IMG_6985.JPGBonus mandorien :

Revenons sur le fait que l’enfant harcelé pense que c’est lui qui n’est pas comme les autres.

Tant qu’il n’y a pas de mot pour décrire ce phénomène et que ce n’est pas reconnu par quelqu’un d’autre, il se sent responsable et même, pire encore, coupable.

Vous citez le cas de parents qui vont voir la directrice de l’école primaire et qui minimise les faits et parle d’enfantillages. C’est souvent le cas ?

Les dysfonctionnement de ce type arrivent très souvent. En primaire, souvent le directeur cumule avec la fonction de professeur, il est donc débordé, ce qui empêche d’être attentif à ce qu’il se passe. Mais il y a aussi beaucoup de cas de harcèlements déjoués parce qu’un prof à couper court au problème et a su dire ce qu’il fallait pour que ça ne dérape pas. Le harcèlement, c’est un dérapage.

Le harcèlement touche 10% de la population scolaire, dont 5% est très gravement atteinte. C’est un chiffre conséquent.

Oui, mais les proportions sont les mêmes dans tous les pays développés. Il est aussi rependu en Ile-de-France qu’en province et aussi fréquent dans les établissements privilégiés que dans les établissements défavorisés. Il n’a rien à voir avec le milieu social ou culturel. Il n’est pas possible  d’expliquer le statut d’agresseur et de victime d’un élève comme la conséquence de mauvaises conditions socio-économiques. Dans une société qui espère toujours en finir avec la violence, le jeune harcelé et ses harceleurs nous lancent à la figure le rituel archaïque du « bouc émissaire » et nous mettent sous les yeux ce que nous ne voulons pas voir : la violence irrémédiable, instinctive et consubstantielle de la relation humaine. 

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Quelle est la seule façon de déceler que son enfant est victime de harcèlement ?

Il ne faut pas être obsédé par ça, mais si votre enfant à ses notes qui chutent subitement, s’il a les yeux cernés, s’il pleure systématiquement au moment d’aller à l’école, s’il a mal au ventre avant d’aller à l’école, s’il change brutalement de comportement… ce sont des signes qu’il ne faut pas laisser passer. Si l’enfant voit que ses parents s’interrogent, se renseignent, se méfient, il ne sent pas lâché et c’est déjà beaucoup.

Ces enfants-là, dites-vous, ne sont pas faibles, mais se mettent dans des situations de faiblesse.

En effet, ils ne sont pas plus faibles que les autres, mais de toute façon, il n’y a pas de profil type du harcelé. Il y a juste des tempéraments. Quelqu’un qui a le sens de l’autre, qui est dans l’empathie et le langage, qui peut douter, qui est dans la loi, qui est respectueux de son prochain et qui est un peu réservé a un peu plus de possibilités d’être harcelé. Mais ça ne veut pas dire qu’il va l’être.

Et y a-t-il un profil pour les harceleurs ?harcelementenfant.jpg

Ce sont souvent des enfants qui sont en souffrance. Ils ont certainement connu l’humiliation. Ils ont besoin d’attirer le regard sur eux. Ils n’ont pas intégré le permis et l’interdit. Le permis et l’interdit, ça vient vers trois ans. Si on laisse passer ce moment, c’est difficile de revenir en arrière.

Le harcèlement peut conduire jusqu’au suicide de l’enfant ou, au minimum, au traumatisme… peut-être à vie.

Plus ça dure, plus il y a des conséquences désastreuses. Il y a beaucoup de tentatives de suicides ou des scarifications. Ce qui est certain, c’est que cela va marquer la suite des relations sociales de l’enfant harcelé. Il y a une forte probabilité qu’il se méfie à vie de l’autre et qu’il soit constamment sur la défensive. On voit même des familles où il y a des échos du harcèlement… c’est plus du côté de la névrose familiale. Pour le harcelé ou le harceleur, il y a souvent des histoires de coups. Ça cogne au niveau des parents, voire même des grands-parents. Ce n’est pas systématique, mais assez fréquent.

Parlons du harcèlement dans les réseaux sociaux.

C’est la forme moderne et la plus terrifiante du harcèlement. Elle fait des dégâts extrêmement importants parce que ça va beaucoup plus vite et ça s’adresse à beaucoup de monde à la fois. La rumeur s’étend hors de l’école. Si l’enfant est victime à l’école, cela va s’exporter et ça va devenir non-stop à l’extérieur. L’enfant rentre chez lui et il n’a pas le répit qu’il pouvait avoir avant. Les réseaux sociaux étendent le phénomène dans l’espace et dans la durée. Être harcelé 24 heures sur 24 heures, ce n’est pas tenable.

Harcelement-a-l-ecole-tout-le-systeme-educatif-mobilise_visuel_article2.jpgAvez-vous été victime de harcèlement dans votre jeunesse ?

Non, je me suis juste demandée « pourquoi tant de haine ? » J’avais juste des souvenirs cuisants de la récréation. Dans une cour de récré, il y a vraiment une violence et une façon d’être. Soit tu fais partie d’un groupe et tu suis le chef, le leader, soit tu es un peu en marge. Et si tu es un peu en marge, tu peux être pris comme victime. Moi, je n’avais aucune envie d’être leader, ce n’était pas mon tempérament, mais je n’avais aucune envie de suivre le troupeau. J’étais susceptible d’être harcelée, mais comme j’avais une « meilleure amie », je n’étais pas esseulée. J’étais très sensible à la violence de ce qui était dit. Dans le livre, je l’écris, ceux qui sont victimes de harcèlement sont souvent des enfants un peu plus mûrs que les autres, mais ils ne savent pas se défendre face à cette boule de défense qu’ils ont en face d’eux. Mon livre apporte des solutions et donnent des conseils.

18 avril 2015

Juliette : interview pour Platine "mon rapport à la variété".

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11025740_1555940391344416_9058530510480878212_n.jpgAprès Ben l’Oncle Soul (n°201), Didier Wampas (n°202), Christophe Mali leader du groupe Tryo (n°203), pour le magazine Platine, je continue d'interroger des artistes qui ne font pas de variété sur leur rapport avec ce genre musical... qu’il est facile de railler.

Le 8 janvier dernier, c’est l’iconoclaste Juliette qui a bien voulu s’exprimer sur ce sujet (à l’occasion de sa précédente mandorisation). Elle s'exprime notamment sur Daniel Balavoine, Jean-Jacques Goldman, Serge Gainsbourg, Alain Bashung ou encore Michel Sardou.

(Petit teasing en passant : le prochain sera Dominique A. Interview réalisée cette semaine et je vous garantis qu’elle ne passera pas inaperçue tant il n’a pas la langue de bois sur certains artistes).

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17 avril 2015

Suzanne Clément : interview pour la sortie en DVD de Mommy

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suzanne clément,mommy,interview,contact fnacIl y a deux ans, à Cannes, Suzanne Clément jouait dans Laurence Anyways, de Xavier Dolan, présenté dans la section Un certain regard. Elle incarnait Fred, la compagne de Laurence (Melvil Poupaud), le transsexuel travaillé par une forte pulsion de mort. Ce rôle lui a permis d'imposer son exubérance, son énergie. A l'époque, le réalisateur avait été fort marri que son troisième film ne soit pas en compétition, mais son interprète était repartie avec le Prix d'interprétation féminine de la section.

Cannes 2014. Mommy, le cinquième film de Dolan (entre-temps, il y a eu Tom à la ferme) est en compétition et Suzanne Clément est à nouveau du voyage. Elle joue Kyla, la voisine du couple infernal que forment Diane (Anne Dorval) et son fils Steve (Marc-Antoine Pilon). A l’occasion de la sortie en DVD et en Blu-Ray de ce film, pour le journal Contact (le gratuit envoyé aux adhérents de la Fnac) daté du mois de mars 2015, j’ai interviewé la comédienne québécoise. Délicieuse.

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Bande annonce de Mommy (de Xavier Dolan)

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16 avril 2015

JoeyStarr, Manu Payet et Alice Belaïdi : interviews filmées pour Les Gorilles

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IMG_7551.JPGC’est l’agence pour laquelle je travaille qui gère le site consacré au cinéma, filmsactu.Je travaille rarement pour eux, mais exceptionnellement, la rédaction m’a demandé si cela m’intéressait d’aller à la rencontre des comédiens principaux, JoeyStarr, Manu Payet et Alice Belaïdi (voir les interviews dans le contexte) du film Les gorilles. Je ne parviens pas à refuser des interviews d’artistes que je n’ai pas encore eues à mon micro. C’est maladif. J’ai donc accepté.

Je suis allé voir le film, qui est une honnête comédie, puis trois jours plus tard, le 27 mars dernier, j’ai rencontré les acteurs à l’hôtel de Sers.

J’ai commencé par Alice Belaïdi, puis le tandem JoeyStarr/Manu Payet s’est installé en face de moi. Tout le monde a bien joué le jeu… et JoeyStarr, que je craignais raisonnablement, a été un peu « taquin », tout en restant aimable.

Synopsis :
Alfonso (JoeyStarr), agent blasé et brutal du Service de Protection des Hautes Personnalités, est obligé de faire équipe avec Walter (Manu Payet), jeune recrue inexpérimentée, fasciné par le monde du show-biz. Ce duo improbable est chargé de la protection de Jal-Y (Alice Belaïdi), jeune star du R'n'B, menacée par son ex, un criminel en cavale.

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Première interview :

JoeyStarr et Manu Payet. Ils me parlent du film (de manière très décontractée, mais professionnelle).

Interview de JoeyStarr et Manu Payet.

Deux clichés pendant l'interview...

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Voici la bande annonce du film.

Deuxième interview:

Alice Belaïdi, très enthousiaste, évoque son rôle et le film en général.

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Interview d'Alice Belaïdi.

Deux autres clichés pendant l'interview.

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Enfin, pour un autre site de l'agence, MusiqueMag, j'ai interrogé Alice Belaïdi et surtout JoeyStarr sur la musique qu'ils écoutent (voir l'interview dans le contexte).

interview "musique" : Alice Belaïdi et JoeyStarr.

13 avril 2015

Julie Zenatti : interview pour Blanc

julie zenatti, blanc, interview, le magazine des espaces culturels Leclerc

julie zenatti,blanc,interview,le magazine des espaces culturels leclercParmi les chanteuses à voix de notre pays, la seule que j’apprécie réellement est Julie Zenatti. Je ne sais pas pourquoi, son grain de voix me touche. La jeune femme est discrète, voire timide et cela ajoute à mon intérêt pour elle. De plus, elle fut l’une des premières mandorisées. En 2007, je l’avais interviewé pour son album La boite de Mandor… non, pardon, La boite de Pandore. Deux ans plus tard, nous nous sommes revus pour évoquer sa participation au jury de l’émission X Factor. Enfin, en 2010, nouvelle mandorisation pour la sortie de Plus de diva. Voici donc la quatrième chronique sur et avec Julie Zenatti. Elle est venue à l’agence pour évoquer son nouveau disque Blanc. Je vous propose l’interview publiée dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’avril 2015).

Et évidemment, pour le blog, d’autres questions vous sont proposées.

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Clip de "D'où je viens".

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Clip de "Les amis".

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Clip de « Je ne t’en veux pas », duo avec Grégoire.

Bonus mandorien:

Parlez-nous d’Emmanuel da Silva (mandorisé là) qui a écrit quand même six morceaux, alors que vous n’avez pas du tout le même univers.

Il est très fort. Il rentre toujours dans la peau de la personne pour qui il écrit. Et puis, il est rigolo parce que c’est un auteur qui s’immisce dans ta vie. La première fois que je l’ai rencontré, c’était dans un café à côté de chez moi. Je ne savais pas si on allait réussir à faire des chansons ensemble, mais je savais juste que j’avais passé un bon moment. On a parlé musique, de la vie en général, j’ai aussi évoqué la naissance de ma fille qui avait tout juste quatre mois. J’étais dans un moment « entre deux eaux ». Je ne savais pas si je voulais retourner dans une maison de disque et je m’interrogeais sur ma vie artistique. Quelques semaines après, il m’a appelé pour me dire qu’il allait à Paris et qu’il souhaitait venir chez moi avec ma guitare et mon micro pour faire des chansons. On a commencé comme ça, dans le salon, comme des copains, sans savoir où on allait. Au fur et à mesure, il a pris de plus en plus d’importance parce qu’il n’hésitait pas à me pousser dans l’écriture et dans mes questionnements. D’ailleurs, quand je travaillais avec d’autres auteurs compositeurs, je lui faisais écouter mon travail. Tout ça s’est fait très naturellement. C’est même lui qui a enclenché le processus qui m’a incité à proposer mon projet au label Capitol. C’est un peu grâce à lui que ce disque existe.

C’est vrai que vous avez mis votre grain de sel assez fréquemment sur les textes ?

Oui, c’est vrai. Je suivais tout ça au mot près, à la virgule. Avec « mes » auteurs, il y avait une recherche évidente de symbiose complète avec la chanteuse. Il fallait que l’ensemble soit cohérent et que l’on n’ait pas l’impression que l’on passe d’une chanteuse à une autre d’une chanson à une autre. Je plaisante quand je raconte aux médias que je les ai poussées à bout, parce qu’en vrai, encore une fois, tout cela s’est fait naturellement.

Dans « La vérité », qui est une chanson d’Emmanuel da Silva, vous êtes en colère.

C’est la seule chanson où je serre les dents et je me mets en colère. C’est une chanson sur une rupture, mais je ne dis pas forcément que c’est la faute de l’autre. J’explique que quand on est quitté, c’est difficile de se rendre compte que l’on s’est trompé sur soi et sur la personne avec laquelle on vivait l’histoire.

Clip de "Pars sans rien dire".

On pourrait croire que « Pars sans rien dire »est une chanson d’amour, mais ça n’en est pas une.

Je parle beaucoup d’amitié sur cet album, que ce soit sur « Si tu veux savoir » ou évidemment « Les amis ». « Pars sans rien dire » est une chanson d’amitié. Je dis à la personne qui est en face que je ne vais plus pouvoir l’aider. A un moment, si son choix est de disparaitre, de s’en aller et couper les liens avec tout ce qui était important pour elle, alors je vais le respecter et cela deviendra une autre forme d’amitié. Un jour peut-être que l’on se recroisera.

C’est exactement le même thème que la chanson de Goldman, « Puisque tu pars ».

Ah bon ? Je pensais que c’était une chanson d’amour. Comme quoi, chacun s’approprie une chanson par rapport à sa propre histoire. Vous voyez, même moi, je me fais avoir. C’est ça la force d’une chanson.

A quoi sert une chanson, selon vous ?(Note de Mandor : cette question est déjà posée dans l’article du magazine (plus haut), mais la réponse correspond à une autre question qui était initialement celle-ci : « Dans la chanson « Introvertie », vous expliquez que vous êtes timide. Ce n’est pas l’image que l’on a de vous. » Bref, il y a eu un petit cafouillage indépendant de ma volonté.)

Ça peut être un remède pour les gens qui n’ont pas forcément les mots pour s’exprimer. Cela peut-être également un refuge, un endroit où ils ont l’impression qu’on les comprend. Si on détourne l’histoire à sa propre vie, on peut y trouver du bonheur. Je crois qu’on aime une chanson quand on se sent concerné.

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Après l'interview, le 16 mars 2015.

09 avril 2015

Bastien Lallemant : interview pour La Maison Haute

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(Photo : Franck Loriou)

4905c7_77e5055873b549adad6d479a32c5e48a.jpeg_srz_p_285_160_75_22_0.50_1.20_0.00_jpeg_srz.jpgJ’écoute Bastien Lallemant depuis Les premiers instants (2003) ; puis j’ai découvert Les érotiques (2005) et Le verger (2010). Mais je n’avais jamais rencontré cet immense artiste (à classer parmi les plus grands orfèvres de la chanson française d’aujourd’hui).

Et ce n’est pas parce qu’il n’avait pas sorti d’album depuis cinq ans qu’il dormait… non, il faisait la sieste. Et pas seul. Bastien Lallemant propose aux quatre coins de la France et à l’étranger une expérience singulière : la sieste acoustique. « Un moment d’abandon et d’écoute inédite durant lequel le public est invité à s’allonger dans l’obscurité et à se laisser bercer par une poignée d’artistes qui chantent et disent des textes sous la lueur toute poétique d’une simple ampoule suspendue. »
Aujourd’hui, Bastien Lallemant revient accompagné de quelques « siesteux » pour un nouvel album, La Maison Haute. Un chef d’œuvre. Pas moins.

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bastienlallemant01.jpgEt à partir d’aujourd’hui (9 avril), il entame sa "tournée internationale" au Théâtre de la Cité Internationale (Paris 14ème) jusqu’au 14 avril... Bastien Lallemant fera résonner son timbre profond dans un cadre acoustique. Des événements ponctueront cette tournée. Entre autres : une lecture musicale avec le romancier Arnaud Cathrine, un spectacle dessiné avec le bédéiste Charles Berberian et un autre dégusté avec une sommelière, et les bientôt fameuses siestes acoustiques où les spectateurs sont invités à somnoler doucement au rythme mélancolique des chansons et des récits de Lallemant et compères.

Teaser de la tournée à la Cité Internationale du 9 au 14 avril 2015.

Une rencontre s’imposait. Elle s’est tenue à l’agence le 9 mars dernier.

11026017_856097157770136_2213475753007237623_n.jpgArgumentaire officiel de l’album :

"L’homme des Siestes Acoustiques", Bastien Lallemant revient avec un 4ème album La Maison Hauteenregsitré au Studio Vega, avec JP Nataf et Seb Martel à la réalisation, et, derrière les micros, Maëva Le Berre, Jean Thevenin, Pascal Colomb, Pierre-Olivier Fernandez, mais aussi Albin de la Simone, Maissiat, Françoiz Breut, Katel, Diane Sorel, les Innocents...
Sans oublier Charles Berberian pour « dessiner » l’enregistrement et illustrer le journal de création qu’on pourra trouver à la sortie des concerts au côté de l’album. Douze chansons où dans un minimalisme musical subtil, on percevra des clins d’œil délibérés au rock américain et des arrangements d’autant plus riches qu’ils ne haussent jamais le ton mais réservent des surprises presqu’à chaque virage.
Bastien Lallemant nous parle droit dans les yeux. De nos amours. La fresque est intime : le pouls en cinémascope, branché sur le coeur.

La Maison Haute est sorti le 2 mars 2015 et Bastien Lallemant sera en tournée en 2015 et 2016.

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(Photo : Fred Chapotat)

548185946.jpgInterview :

Vous faites beaucoup de choses entre deux albums.

Je ne veux pas laisser beaucoup de temps entre deux disques, mais je n’arrive pas à faire autrement. D’abord parce que j’écris très lentement. J’écris beaucoup, mais je jette énormément de chansons. J’attends le moment où je vois poindre un album. C’est un travail sur le temps. Il y a aussi la difficulté de rencontrer à chaque fois un entourage professionnel et des moyens de production suffisant pour faire le disque dont je rêve.

Dans le précédent album, Le verger, c’est Bertrand Belin et Albin de la Simone qui vous accompagnaient, cette fois-ci c’est JP Nataf et Seb Martel. Mazette !

Ce sont des amis, des gens que je connais depuis les années 2000. Ils m’ont fait l’amitié d’apprécier mon travail et de me soutenir. Pendant des années, on a partagé beaucoup de scènes où l’on croisait nos répertoires et nous avons eu quelques projets en commun, dont certains atypiques, comme les siestes acoustiques. On se connait parfaitement les uns, les autres.

Et ça, c’est primordial pour travailler avec vous ?

Je travaille vraiment beaucoup mes textes, mes musiques, mes arrangements avant de les confier à une équipe. J'ai besoin que les réalisateurs à qui je confie mon travail soient des gens de confiance qui sachent aller chercher dans les énormes paniers que je remplis d’intentions, de musiques et de notes… et dégager l’essentiel des choses.

Clip de "Un million d'années", réalisé par Charles Berberian et Thomas Pons.

Il y a souvent un fil conducteur dans vos disques.arton254.jpg

Quand je mets un album de qui que ce soit, je veux pouvoir l’écouter de A à Z. J’aime cette idée de cheminer pendant une quarantaine de minutes à travers un univers où les chansons se répondent ou, tout au moins, abordent une thématique sous différents angles.

Et dans cet album, quelle est la thématique ?

L’amour confronté au temps, l’endurance de l’amour, l’endurance des êtres face aux temps, la solitude, ces envies que l’on peut avoir de temps en temps de prendre la tangente. Nous sommes nombreux à se dire que l’on va prendre le premier train qui part en direction de la plaine pour s’absenter du monde. Ce sont des questions et des réflexions qui sont en moi depuis longtemps, mais qui ont réapparu de manière plus soutenue depuis que j’ai la quarantaine. La Maison Haute est un disque que je n’aurais pas écrit à trente ans. Il pose aussi des questions comme « qu’est-ce que l’on va faire, quand les enfants seront partis ? », « est-ce que notre amour va résister au temps ? » Je tiens à préciser qu’il y a de la lumière dans tous ces questionnements. La lumière détermine beaucoup de choses dans mes humeurs, dans ma vie de tous les jours, dans ma vie au long cours.

Est-ce contraignant d’avoir un fil conducteur quand on prépare puis quand on enregistre un disque ?

Pour moi, c’est plutôt une canne. Quand je choisis un thème, comme l’amour par exemple, je vais l’aborder une première fois à travers des personnages et des décors. Vont apparaître des choses intimes et profondes… mais je n’ai pas envie de faire deux ou trois chansons qui vont dire à chaque fois les mêmes choses. Quand j’ai le thème, c’est comme si je tournais autour d’un objet et que je le regardais sous un autre angle. J’aime assez l’idée de multiplier les chansons autour d’un même objet, comme si on gravitait autour du soleil ou d’une planète et que l’on en voyait soudain les faces cachées. Dans cet album, je montre certaines faces cachées de l’amour.

On a l’impression que votre univers est noir, or, il ne l’est pas tant que ça.

Dans mes chansons, il faut souvent gratter et lire entre les lignes. Une chanson comme « Le vieil amour » a plusieurs sens de lectures. On ne sait pas si le couple dont je parle va réinventer son amour ou se réinventer ailleurs, dans d’autres amours, chacun de son côté. Il y a toujours des perspectives, des points de fuites. Je suis plutôt quelqu’un d’assez optimiste, d’assez gai, qui a une vie plutôt posée, mais qui se pose des questions et qui aime bien les émettre en chansons.

Teaser de "Le vieil amour".

lallemant_couv1.jpgVous, ce qui vous intéresse, c’est la farce tragique.

C’est exactement le bon terme.

Votre écriture est littéraire, d'ailleurs vous avez écrit un livre, "Une lentille dans le caillou" dans lequel vous décrivez la création et ses mécanismes. Êtes-vous un grand lecteur ?

Je lis énormément depuis des années. Des auteurs contemporains français, mais essentiellement de la littérature classique. Je ne peux pas me passer de ça dans ma vie. La littérature est un des territoires les plus passionnants que je connaisse. J’ai toujours besoin de cet arrière monde pour m’isoler du vrai monde, pour me ressourcer. Je trouve dans les classiques cette possibilité d’échappée.

Vous parlez souvent de fuite. Fuyez-vous vous-même ?

J’ai le sentiment d’avoir une vie un peu à part. Je travaille essentiellement à Paris, mais je vis à la campagne. Je vis en famille dans un petit cocon qui n’appartient qu’à moi et aux miens proches. Mes chansons reflètent cela. Elles sont presque rurales, rarement urbaines, et elles n’ont pas besoin de s’inscrire dans une démarche contemporaine ou sur une quelconque réflexion sur la chanson. Elles sont ma façon d’exprimer des choses très personnelles et de moins en moins avec la préoccupation de plaire… mais pourtant, ça m’intéresse d’être compris.

Aimeriez-vous être plus « populaire » ?

C’est vrai que j’ai un public qui est très très fidèle, mais qui est très très réduit. Pour autant, il n’y a rien qui me désolerais plus que d’être taxé de chanteur élitiste… littéraire, c’est déjà beaucoup. Je vous assure que je fais vraiment un travail pour que mes chansons soient accessibles. C’est pour ça que je mets si longtemps à en faire. Dès que je débusque une posture dans ma manière d’écrire, une façon de se mettre au-dessus de la mêlée, je rejette ça. Si on se penche réellement sur mes chansons, elles sont simples et accessibles. Certes, ma musique n’est pas toujours très lisse. L’écriture harmonique est comme je peux faire, c’est-à-dire qu’elle est rarement préméditée. J’écris le texte et la musique ensemble, l’un se conformant à l’autre.

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Bastien Lallemant par Charles Berberian.

Vous n’avez pas répondu à ma question précédente.

Oui, j’aimerais bien avoir une audience plus large, parce que je trouve dommage que mes chansons passent à l’as.

Pour vous, la scène se situe dans des endroits pas forcément faits pour cela.Bastien_lallemant.jpg

J’ai fait un travail qui consistait à aller jouer dans des endroits différents des lieux de diffusions de musique.

Par exemple ?

Des médiathèques, des appartements… le public y est beaucoup plus multigénérationnel. J’ai la surprise de découvrir que ça plait à énormément de personnes différentes, d’âges différents. C’est gens me disent qu’ils trouvent qu’il y a une grande application des textes et que ça fait du bien. Ça me fait plaisir d’entendre ça, parce que, mine de rien je travaille beaucoup et les encouragements sont un moteur pour continuer.

Vous êtes un vrai artisan.

En tout cas, je ne suis pas du tout dans une dynamique de production industrielle de mes chansons. Je ne sais pas faire autrement que de prendre mon temps et être méticuleux. Je suis comme un fromager qui fait de petits chèvres artisanaux à qui on demanderait de produire de La Vache Qui Rit. Je ne saurais pas faire, je n’aurais pas les moyens, les outils.

Si j’affirme que vous êtes un chanteur discret et érudit. Êtes-vous d’accord ?

Discret oui. Erudit, je ne crois pas. C’est un mot trop fort. Peut-être cultivé… autant que possible en tout cas.

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Pendant l'interview...

10268412_879986918693796_8177484750054115938_n.jpgParlez-moi des siestes acoustiques qui ont lieu tous les mois à Paris.

J’ai initié ce concept et je m’en occupe personnellement. Il y en a un peu partout en France et quelques fois à l’étranger. On invite les plus proches amis et nous faisons de la musique dans une grande proximité, sans l’enjeu de la scène et l’enjeu du show. On demande aux gens qui sont censés dormir de ne pas applaudir. Le public n’est pas investi dans un rôle de public.

Concrètement, cela se passe comment ?

On se réunit à plusieurs chanteurs et chanteuses, des musiciens, quelque fois des auteurs et nous décidons d’offrir pendant une heure à un public allongé dans la pénombre, le plus confortablement possible, un set ininterrompu où l’on croise le répertoire des uns et des autres. Je peux devenir le bassiste de JP Nataf ou Albin de la Simone, l’accompagnateur de Vanessa Paradis. Moi, je suis devenu le guitariste de Camélia Jordana pour 10441925_893772893981865_2521117973911060316_n.jpgtrois chansons et j’ai trouvé cela très agréable.

Il y a des gens qui dorment réellement ?

Oui, bien sûr. Il nous arrive d’entendre des gens ronfler. Parfois nous jouons donc avec les ronflements. Les artistes que j’apprécie, j’adorerais les entendre dans ce contexte. Écouter des artistes que l’on aime bien à deux ou trois mètres de soi, isolé du monde, c’est une belle expérience. C’est un laboratoire des voix. On ne les entend pas aussi bien que dans ce contexte.

Qui vous inspire dans la chanson française ?

Brassens, Nougaro, Vian et Gainsbourg. J’aime cette chanson bien troussée. Ce sont des maitres. J’aime quand les chansons ont des formes et des accompagnements différents… et qu’elles soient mouvantes dans le but d’être émouvantes.

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Après l'interview, le 9 mars 2015.

08 avril 2015

Jean-Christophe Rufin de l'Académie française : interview pour Check Point

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(Photo Géraldine Aresteanu)

Qu'est-ce qui fait courir Jean-Christophe Rufin ? Un des premiers "French doctors", ambassadeur, académicien, historien, président d'Action contre la faim (liste non exhaustive)... l'auteur a multiplié les destins et les honneurs sans jamais paraître rassasié. En littérature, il a su réconcilier qualités littéraires populaires et succès populaire. Il y a tout juste un an, je publiais sa première mandorisation, à l'occasion de la sortie de Le collier rouge. Cette deuxième interview, réalisée pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d'Avril 2015), s'est tenue dans les jardins de sa maison d'édition, Gallimard, le 18 février dernier.

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La question supplémentaire:

Êtes-vous inquiet sur l’état du monde aujourd’hui ?

Je suis inquiet parce que la tournure des évènements va produire beaucoup de souffrances dans certains pays. La montée en puissance de l’état islamique radical fait que l’on ne pourra pas tout contrôler. Pour nos sociétés, je ne pense pas que ce seront des ennemis propres à nous détruire. Ils font peser la menace juste ce qu’il faut pour que le système continue de bien aller. Ils nous menacent dans la cohésion sociale. Je n’arrive pas à croire que nous soyons si en péril que ça.

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Après l'interview, le 18 mars 2015, dans les jardins de chez Gallimard.

04 avril 2015

Luciole : interview pour la sortie de l'album Une

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(Photo : Renaud Julian)

Je suis la carrière de Luciole depuis le début. Je l’ai mandorisé pour la première fois en 2009, pour son premier album, Ombres. Puis, peu de temps après, je l’ai revu et interviewé de nouveau à la Fnac Val d’Europe lors d’une animation en public liée au Festival Muzik’Elles de Meaux (il y avait aussi Clarika et Sandra N’Kaké). Bref, cette jeune artiste m’intéresse au plus haut point. Et quelle belle surprise lorsque j’ai reçu son deuxième album ! Luciole déploie ses ailes, sa voix, ses textes et sa musique. Entendez par là que son évolution est celle qu’on attendait avec impatience. Elle chante formidablement et ses textes sont subtils et profonds, je n’évoque même pas la musique up tempo qui lui va à ravir.

J’ai reçu Luciole le 26 février dernier à l’agence…

luciole,une,interview,mandorBiographie officielle (écourtée) :

Après un 1er album, Ombres, sorti en 2009, coup de cœur de l’Académie Charles Cros et salué par la critique, puis un EP auto-produit en 2012, Et en attendant… Luciole n’attend plus et revient plus vibrante que jamais, entière… Une.
Durant de longs mois, elle a cherché, expérimenté puis enregistré, toujours en quête de précision, d’une parole et d’une musique sincères, qui lui ressembleraient au plus près. Elle, qui a longtemps gravité entre le théâtre qu’elle a étudié au Conservatoire de Rennes, le Slam et la chanson, s’assume aujourd’hui pleinement en tant que chanteuse, auteur-compositeur-interprète, un nouveau costume qui lui va comme un gant !

Entre force et tendresse, Luciole aime décidément les contrastes et chante, conte, oscille entre poésie et modernité. Et comme elle a le goût des rencontres, des chemins qui se croisent, on peut également retrouver sur ce nouvel opus le chanteur Hugh Coltman ou des collaborations avec des musiciens tels que Pierre Le Bourgeois, Vincha, Manu Larrouy, Arnaud de Bosredon (Caravan Palace) ou Florent Lyonnet (Jamaïca), ainsi qu’un titre écrit lors des 38èmes Rencontres d’Astaffort, quelques mois seulement avant l’entrée en studio…

Après une première tournée et près de 200 concerts, elle défendra cet album sur scène avec un nouveau spectacle créé en décembre 2014 au Théâtre d’Ivry – Antoine Vitez, en co-production avec F2F Music. La voici prête à accoster, à dévoiler sa singularité, plurielle mais toujours une, Luciole fait un pas vers la lumière.

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(Photo : Renaud Julian)

luciole,une,interview,mandorInterview :

Dans ce nouvel album, tu chantes plus que tu ne slames.

Je me suis toujours plus sentie chanteuse que slameuse. Dans mon histoire chronologique, j’ai fait du chant avant de découvrir le slam. C’est en découvrant cette façon de déclamer des textes que j’ai développé cette envie d’écrire en sortant un peu du carcan couplet-refrain et vers réguliers. J’ai trouvé une espèce de liberté et une envie forte de jouer avec les mots. Bon, je précise que sur les scènes Slam, je me suis mise assez rapidement à chanter.

Ton premier album, Ombres, n’était composé pratiquement que de slam.

J’ai adapté des textes écrits pour la scène Slam. C’était des textes parlés en format chanson. Je ne considère cependant pas que ce disque était du slam, car je suis une espèce de puriste qui considère que le slam, c’est la scène ouverte, sur le moment… et pas un genre. Je m’évertue à répéter depuis longtemps que c’est un terrain d’expression et pas un genre musical.

Tu as commencé par le théâtre.

Disons que mes activités artistiques se sont mélangées immédiatement. J’ai fait des allers-retours et j’ai emprunté des chemins pas très droits. Le parcours d’un artiste fait qui il est. Du coup, après ce premier disque, j’ai voulu m’assumer un peu plus en tant que chanteuse.

Disons le franchement, l’étiquette slam commençait à t’agacer ?

A la fois elle m’allait et à la fois elle ne m’allait pas. J’entendais souvent « ça ne m’intéresse pas, je n’aime pas le slam ! » Je répondais « oui, mais tu n’écoutes même pas ! » Les gens imaginaient que je faisais du Grand Corps Malade et qu’il suffisait de parler sur de la musique. J’avais envie de montrer que je n’étais pas que ça et que, surtout, je n’étais pas ça. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je ne dis pas « slameuse », mais « chanteuse ». Je suis même auteure-compositeur-interprète. Encore une fois, slamer n’est pas un métier, c’est un hobby, un plaisir, une passion, une pratique.  

Teaser de la sortie du disque Une.

Pour cet album, tu dévoiles plusieurs aspects de tes capacités vocales. As-tu repris des luciole,une,interview,mandorcours ?

J’ai toujours pris des cours et j’en ai particulièrement pris pendant la période de mon premier album. Un peu moins par la suite. Je prenais mes cours de chant au Studio des Variétés et je les enregistrais. J’ai toujours entretenu ma voix chantée en réécoutant ses cours et en appliquant à la maison. Mais j’ai l’impression que c’est plutôt la scène qui m’a fait évoluer vocalement.

Quand on chante, les mots ne sont pas posés de la même façon.

Je n’écris pas du tout de la même manière quand j’écris pour dire où quand j’écris pour chanter. J’écris en chantonnant et en cherchant la mélodie en même temps. Je suis incapable d’écrire à voix basse. Il y a toujours eu une histoire de sonorité que ce soit dans mes premiers projets où celui-là. La différence, c’est qu’il y a l’élaboration de la mélodie qui se fait au fur et à mesure que le texte s’écrit.

Ta matière première reste le texte.

C’est le noyau dur, en effet.

Clip officiel de "Une".

luciole,une,interview,mandorTes chansons se teintent de sons électroniques, de basses synthétiques qui viennent se mêler aux guitares acoustiques, aux chœurs, aux saxophones… ta musique est beaucoup plus énergique.

Ce sont les textes qui imposent cela. Les thématiques ne sont plus les mêmes qu’avant. Le premier projet contenait des histoires assez tristes. Et puis, après ma première tournée, j’ai fait le constat que je préfère chanter des chansons rythmiques et enlevées plutôt que des chansons tristes, même si je sais que ça fait du bien dans un concert.

Tu as public que te suit depuis le début de ta carrière. Sais-tu ce qu’il pense de ta métamorphose ?

Pour l’instant, j’ai l’impression que les gens qui aiment mon travail le vivent plutôt bien (rires). Les retours semblent positifs. Je t’avoue que c’était une de mes inquiétudes parce que lorsqu’un artiste à un nouveau parti pris, il est possible que le public n’adhère pas.

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(Photo : Renaud Julian)

Il est beaucoup question de réflexions intérieures dans cet album.luciole,une,interview,mandor

Avant, j’interprétais des histoires d’amour. Aujourd’hui, je me suis penchée sur la construction de soi. J’évoque le fait de grandir, de se chercher, de répondre aux questions que l’on se pose, d’avancer même si on a fait des erreurs, de garder la tête haute, de s’assumer en restant « une », en restant entière. Mes textes effleurent les opposés : l’enfance et l’âge adulte, l’ombre et la lumière, le froid et le chaud, l’immobilité et le mouvement. Mes sources d’inspirations sont aussi beaucoup ce qui m’entourait pendant l’écriture de l’album, que ce soit des personnes à qui je peux m’adresser, le temps qu’il fait, ce que cela provoque en moi… des sensations, des émotions. Ce disque est une photo prise à un moment donné dans ma vie. Je suis passée du stade d’une femme enfant qui a envie de s’assumer à une femme tout court.

Il y a une chanson dans laquelle tu dis : « j’ai la clef du problème, je ne trouve pas la serrure ».

(Rires). Dans ce disque, je pose plus de questions que je n’y réponds. Je n’ai pas l’impression d’écrire des histoires avec un début, un milieu, une fin, une chute, une morale. J’essaie toujours d’écrire des choses assez ouvertes. Je sais quel sens j’y mets et pourquoi j’écris la chanson, mais j’aime bien ne pas donner toutes les clés afin que les gens puissent se l’approprier et se raconter leur propre histoire.

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Pendant l'interview.

luciole,une,interview,mandorLe premier album avait été réalisé par Dalcan, cette fois-ci, tu as fait appel au nouveau duo de réalisateurs BAAB, Benoît Guivarch et Antoine Kerninon, qui t’accompagnaient jusqu’alors sur scène. Les deux musiciens se sont attelés à te créer un univers cousu main.

C’est leur première réalisation et ils ne font que commencer dans ce domaine tant ils sont forts. Outre le fait qu’ils ont réalisé l’album, ce sont aussi mes partenaires musicaux principaux. Je leur envoyais le texte et la mélodie bruts, parfois avec des indications, des notes d’intentions sur des choses que je voulais, des chansons de références… et ensuite, ils ont fait le choix de me proposer quelque chose qui allait soit dans mon sens, soit pas du tout. Je prenais ou je ne prenais pas. Mais souvent, j’ai pris. Ils m’emmenaient vers des territoires inconnus de moi et c’était assez exaltant. Utiliser des chœurs « autotunés » comme instrument de musique, j’avoue que je n’y aurais jamais pensé moi-même. Ils ont su me convaincre. C’est intéressant de faire confiance, cela permet de sortir de la zone de confort habituelle. Cela permet de ne pas faire toujours la même chanson.

Faire un disque, c’est faire un jeu de construction ?

En tout cas, ce disque-là était clairement un jeu de construction. D’ailleurs, à un moment donné, il faut savoir s’arrêter dans la construction. Ajouter ou enlever une brique, c’est tentant constamment.

Je ne peux passer sous silence la participation de Hugh Coltman sur la chanson « Fix You ». Enfin, il fait une petite apparition.

Il m’a fait l’honneur de chanter en français, alors que je sais qu’il n’aime pas trop cela. Tout s’est fait simplement. J’ai souhaité l’avoir, je l’ai contacté directement sans passer par les intermédiaires, il est venu au studio et il a enregistré sa voix. Il ne fait qu’une courte apparition dans la chanson, mais j’aime bien la frustration que ce ne soit pas un vrai duo.

Luciole chante "Paris Couleur Novembre" (feat Sandra N'Kaké) au Théâtre Antoine Vitez à Vitry-sur-Seine, le 20 décembre 2014.

C’est personnel comme perception, mais je te trouve plus sereine et plus zen qu’avant.

Je travaille dessus. Cet album participe à ce travail. Les chansons qui y figurent parlent beaucoup de tempêtes, de tumultes intérieurs. Le fait d’extérioriser apaise un peu mon âme et me « zénifie ». Depuis quelques années, et encore aujourd’hui, j’essaie de travailler sur l’épanouissement personnel et le fait d’être apaisé. Je suis quelqu’un de très anxieux, de très tonique, de très volontaire, de très perfectionniste, j’ai donc parfois besoin de faire taire toute cette énergie débordante que je tente de contenir.

Es-tu confiante par rapport à la sortie récente de cet album ?

Oui et non, ça dépend des jours. Je suis plutôt confiante parce que je n’ai aucun regret et je suis contente de ce que j’ai fait. Je crois en la qualité de ce disque, même si les doutes sont inévitables en tant qu’artiste. Je vais continuer à porter mon projet pour le faire vivre le plus intensément et le plus longtemps possible.

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Après l'interview, le 26 février 2015.

31 mars 2015

Camille Saillant : interview pour son premier EP

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« Rêves de gloires perdues et fantômes personnels planent au-dessus des chansons de Camille Saillant. Elle s'y livre, sans pudeur ni mensonges ». J’ai découvert Camilla Saillant parce qu’un ami, Benoît Clerc, lui écrit et compose des chansons. J’ai été charmé par la personnalité (un peu exalté) et le talent de la jeune femme (comédienne et chanteuse). Je suis donc allé la voir aux Trois Baudets le 10 mars dernier et j’ai rarement vu une salle si enthousiaste pour une artiste encore inconnue. Trois jours plus tard, j’ai reçu Camille Saillant à l’agence pour sa première mandorisation.

camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteBiographie officielle :

L’amour, la cocasserie, la douleur, le regret et la volupté sont les événements les plus communs et les plus intimes au monde.
Camille Saillant chante les siens et ils paraissent être de votre vie. À une époque de surenchère artistique, elle trouve ce qu’il y a de mutuel dans la musique : une mélodie, un texte, et une voix qui donnent envie d’être dans la même pièce qu'elle.
On l’écoute comme on peut aller, dans sa mémoire, renouer avec quelques gloires secrètes, nos frasques d’enfant, cet au-revoir qu’on a dit mais qu’on ne pensait pas, et les chemins délaissés du passé qui sont une réserve d’aventure.camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissette

Camille Saillant chante en noir et blanc parce qu’elle raconte les choses qui ne mourront jamais.
Démonstratif et ambigu, bienveillant et un peu vache, son premier EP arrive sur la scène de la chanson française au printemps, quelque part entre les esprits d’Emily Loizeau et de Bashung.
Aux côtés de l’auteur/compositeur Benoît Clerc, accompagnée par le Studio des Variétés, arrangée par Frédéric Féraud et mise en émotion par ses musiciens, elle prépare un premier album. En attendant, son premier EP, est sorti le 10 mars 2015.

Vous pouvez écouter les quatre chansons de l'EP ici!

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camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteInterview :

Comme je n’avais jamais entendu parler de toi, je vais te poser une question un peu brutale : d’où sors-tu ?

Je chante depuis longtemps, mais je me suis surtout occupée de ma vie de comédienne. J’ai été aussi assistante de prod dans l’audiovisuel, journaliste déco… j’ai fait pas mal de choses avant de me lancer dans ce projet. Le chant m’a toujours attiré, mais j’ai mis du temps à me lancer dans la musique.

En te voyant pour la première fois sur scène, aux Trois Baudets, j’ai eu le sentiment de voir en Camille Saillant un personnage, pas une simple chanteuse qui débute. J’ai vu un look et un comportement étudié, contrôlé. Ai-je tort ?

Ah bon ? Ça veut dire que je fais bien mon travail. Le fait d’avoir été comédienne me nourrit aujourd’hui dans cette nouvelle activité. J’ai commencé ce projet en épousant ce que me proposait l’auteur compositeur Benoît Clerc. Ce qu’il me proposait me plaisait, mais je n’ai pas décidé de faire de la chanson française un peu folk. J’aime bien quand Barbara dit : « Je suis une femme qui chante ». Je me sens plus une femme qui chante qu’une chanteuse. J’ai envie de chanter les histoires que je raconte en cherchant la vibration du chant. J’ai beaucoup plus de plaisir à chanter qu’à jouer, en fait.

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As-tu pris des cours de chant ?

J’ai commencé à prendre des cours de chant il y a longtemps, mais de manière assez épisodique, voire même décousue. Tant que je ne me lançais pas réellement, il y avait d’autres projets qui venaient télescoper ce profond désir. Plus le désir est grand pour moi, plus il est effrayant, parce qu’à chaque fois, j’y mets beaucoup de moi-même. Maintenant que je me suis engagée dans cette aventure, je ne sais pas ce qui aboutira, mais je sais que j’irai le plus loin possible. J’y vais à fond et je m’y consacre totalement.

Comment peut-on qualifier ta musique ?

C’est de la chanson française traditionnelle très écrite. Les textes sont vraiment devant, car j’y attache beaucoup d’importance. Cela dit, la direction artistique, de concert en concert, devient de plus en plus rock. Ce n’est pas encore Alain Bashung ou Joseph d’Anvers, mais c’est le chemin que je veux prendre.

Avec la personnalité que tu as, tu devrais écrire avec Benoît et même essayer quelques textes seule, je suis sûr qu’il en sortirait quelque chose d’original.

Au début, j’étais très frileuse sur la question parce qu’il y a beaucoup d’auteurs que j’admire. A ce propos, j’ai un ami que tu connais, Olivier Bas (du Studio des Variétés), qui m’a conseillé, presque ordonné d’écrire mes textes. J’en ai écrit un, « Super », que Benoît a mis en musique. Je suis assez tiraillée parce que j’aime beaucoup les textes de Benoît et, à la fois, je sens que ça va être un enrichissement de chanter mes textes.

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Que représente l’EP qui vient de sortir ?

C’est une étape importante, une carte de visite et un investissement important en énergie.

Et un investissement financier ?

A ce niveau-là, j’ai beaucoup de chance car j’ai un mécène qui a financé l’EP. C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’amitié. Il m’a toujours suivi et soutenu. 

On peut savoir qui est cet homme ?

Non. Il m’a donné de l’argent de manière discrète et désintéressée, alors je ne vais pas donner son identité. Je l’appelle LC dans les remerciements du disque.

Tu parles beaucoup d’amour dans tes chansons. C’est un sujet universel.

Universel et, finalement, inépuisable. Comme le dit la chanson, les histoires d’amour finissent mal. Souvent en tout cas. Je parle aussi des amours saphiques, l’amour entre deux femmes. C’est un sujet que j’aborderai encore. Je n’ai pas envie de l’épuiser, car c’est un sujet qui me touche particulièrement et qui me concerne.

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Pendant l'interview...

camille saillant,ep,interview,mandor,en attendant les filles,genevieve paris,genevieve morissetteVous êtes nombreux à sortir des EP ou des albums et beaucoup sont talentueux. Sais-tu que tu t’apprêtes à mener un long combat ?

Je le sais parfaitement. Je sais aussi que personne ne m’attend. Je n’ai aucun rendez-vous, pas de bureau, aucun collègue, ni patron. C’est une aventure et tant que je vais au bout d’elle, peu importe le résultat. J’ai une foi en la vie qui est assez forte. Je ne me sens pas meilleure que plein d’artistes que j’écoute, mais je suis certaine que ce projet va aboutir à quelque chose de sérieux. Je n’ai jamais ressenti une telle intensité de réussite avant cela.

Tu me sembles pressée de réussir.

Non, je suis impatiente. Il y a une nuance. Je suis impatiente, mais je suis contente de me mettre des échéances. Je sens une certaine incandescence en moi, ce qui me rend très volontaire. Je ne suis pas pressée parce que je ne veux pas non plus bâcler ce que je fais.

Tu te donnes combien de temps pour vivre de ton projet ?

Je ne me donne pas dix ans.

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"Dès que la sécurité les auront relâchées, elles te donneront un spectacle que tu n'oublieras pas de si tôt! Fougue, insolence et sex appeal au rendez vous."

Le 1er avril, tu es sur scène au forum Léo Ferré à Ivry-sur-Seine avec Pauline Paris et Geneviève Morissette pour « Les filles qui s'affichent ».

C’est une rencontre par l’association « Les beaux esprits ». Garance m’a invité récemment à jouer avec elle, ainsi que Geneviève. Gilles Tcherniak, du Forum Léo Ferré, cherchait un co-plateau un peu décalé et décapant. Il a pensé à nous trois, mais Garance n’était pas libre, donc Geneviève a proposé à Pauline.

Tu espères quoi aujourd’hui ?

J’espère écrire des textes moi-même et qu’ils soient mis en musique. Je souhaite aussi faire un album et que les professionnels le remarquent.

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Après l'interview, le 13 mars 2015.

29 mars 2015

Bikini Machine: interview pour Bang On Time!

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(Photo : Raphaël Auvrey)

Les Bikini Machine joue depuis 2001. Leur nouvel album  Bang On Time ! est à la fois musclé et subtil, il offre une profondeur qui n’enlève rien au groove qui a fait une bonne part de la réputation du groupe. Du rock des années 60, un zest d’electro pop… un disque digne d’un B.O de Quentin Tarentino ou des frères Coen. Ces rennais-là ne manquent pas d’audace. Dans cet album, sorte de machine à voyager dans le temps, on navigue entre passé, présent et futur… et c’est un vrai délice. Le 3 février dernier, j’ai reçu à l’agence deux membres historiques du groupe, Fred Gransard, le chanteur et Sam Michel, le clavier.

3700398711928_600.jpgArgumentaire officiel:

5 ans que l’on attendait un nouvel album de Bikini Machine ! Du reste, les rennais avaient de quoi être occupé pendant ce temps-là. Des performances ciné-concerts (sur le film Desperado de Robert Rodriguez), un album et une tonne de live avec Didier Wampas (mandorisé là) plus tard, les revoici en grande forme avec ce quʼils font de mieux : un album sous influence années 60 mais avec les deux pieds fermement ancrés dans le 21e siècle !

Rares sont les albums enregistrés en 3 ans, à raison dʼune session par semestre (pour cause dʼemploi du temps extrêmement chargé sur les projets annexes), qui sonnent avec une telle cohérence !

Un album dʼà peine plus de 30 minutes qui a le temps de vous transporter du dance floor aux ruelles sombres dʼun film noir en un clin dʼœil.

Un album tout en anglais, « moins potache » disent-ils. Fini le second degré emprunté aux films de Lautner ou aux chansons de Jacques Dutronc et Nino Ferrer. Même sʼils ne renient pas un instant ce passé, le ton de Bikini Machine est plus grave mais sur des rythmes toujours groovy.

Bang On Time ! : comme pile à lʼheure pour un groupe souvent à lʼarrache, comme un slogan qui claque à la fin dʼune bande annonce de film américain, comme un battement pile sur le temps pour un album de rock qui groove parfaitement.

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SAM_0072.JPGInterview :

Vous  avez de nombreuses années de carrière derrière vous. Avez-vous vu le temps passer ?

Fred Gransard : Non, ça passe très vite, au contraire. Bikini Machine est un projet qu’on a démarré quand nous avions une trentaine d’année, mais nous avions déjà des projets musicaux avant. Nous étions trois à avoir appartenu à un groupe des années 90 qui a marqué la scène rennaise, les Skippies (1990-1998). A la toute fin de ce groupe, nous avons ressorti les vieux orgues qu’il y avait dans les studios et, en même temps, nous nous intéressions à la machinerie moderne, les séquenceurs, les MPC,  les trucs de samples et d’échantillonnages. Avec tout ça, on a commencé à faire notre cuisine. Du trio issu des Skippies, assez rapidement, c’est devenu un quintet.

Sam Michel : C’était un trio, mais ils ont eu besoin de musiciens additionnels. C’est à ce moment, que je suis arrivé dans les Bikini Machine pour m’occuper de l’aspect « séquence » et de l’électro. On jouait sur les mêmes scènes, on répétait dans les mêmes endroits. Nous faisions partie d’un même groupe, les Magic Surfers, spécialisé dans les reprises des Beach Boys et des Beatles.  

Fred : Au début, Sam voulait juste nous produire. Et puis, finalement non.

Sam : Donc, j’ai intégré le groupe et j’ai gardé mes amis (rire).

Le superbe clip de "Stop All Jerk", réalisé par Armel Gourvennec et produit par Yotanka et Small Buisness Family.

Dans ce nouvel album, il y a un côté addictif et accrocheur.

Fred : On nous le dit souvent. Il y a dix morceaux, mais nous avons fait en sorte que ce soit dix singles. On a travaillé cet album sur trois années, à chaque fois que nous avions des pauses… c’était la période où nous tournions avec Didier Wampas. On enregistrait quand nous étions inspirés et, à la fin, sur une trentaine de titres, nous avons gardé les dix plus aboutis.

Sam : Nous avons épuré pour tenter de trouver une cohésion.

Fred : Il y a des ingrédients nouveaux qui se sont ajoutés à ce que nous faisions habituellement. On a assumé un côté plus soul que dans nos précédents disques. Il y a quelques années, un morceau comme « Stop all jerk » n’auraient pas eu des couplets si dépouillés.

Sam : On aurait gavé ça d’arrangements par crainte de rater quelque chose. Parce que nous avons fait de nombreux concerts avec Didier Wampas, nous en sommes venus à faire des choses beaucoup plus simples.

Fred : On a compris qu’on gagne en efficacité dans un titre quand il y a moins d’arrangements. L’épure, ce n’est pas mal, finalement…

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Pendant l'interview...

Le ton de votre écriture a changé également.

Fred : On a un peu gommé le côté rigolo, potache et absurde qui était l’une de nos marques de fabrique.

Et contrairement à vos deux précédents albums, il n’y a aucune chanson en langue française…

Fred : Auparavant, nous partions un peu dans tous les sens. On chantait en français, en anglais, il y avait des instrus… bref, nous nous sommes recadrés pour ce nouveau disque en faisant plus concis, net, clair et sans bavure.

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Je reviens à votre collaboration avec Didier Wampas. Quand on a autant d’années de carrière que vous, peut-on encore apprendre d’un autre artiste ?

Fred : Didier ne veut jamais faire la même chose. Les étés 2012 et 2013, on a fait pas mal de festivals avec lui. Nous avons remarqué que les artistes que nous croisions dans ces mêmes festivals faisaient toujours les mêmes sets. Il se passait un truc au même moment à chaque fois… Avec Didier, ça ne risque pas. On change toujours tout. Avec lui, nous étions obligés d’être aux aguets pour improviser, ce qui n’était pas notre spécialité.

Sam : Du coup, avec les Bikini Machine, désormais, nous sommes beaucoup plus libres sur scène. C’est beaucoup moins contraignant pour nous... et même beaucoup plus agréable.

Fred : On est moins dans une musique dadaïste, bricolo.  Nous sommes dans quelque chose de plus « classic rock ».

En quoi étiez-vous dadaïste ?

Fred : A l’époque, nous aimions la notion de collage. Nous étions capable de faire un morceau avec des riffs des années 60 et soudain, entre la 20e et la 28e mesure, pouvait se placer un truc super électronique qui n’avait rien à voir. Il y avait la notion d’absurde.

"Stagger man" en live dans La bande passante sur RFI.

Que répondez-vous si on dit que vous avez un côté désuet ?

Si on joue sur les codes des années 60, notre musique n’est pas si rétro que ça. Il y a des éléments forts très contemporains. Nous ne sommes pas uniquement dans le revival.

Quand vous écoutez Bang On Time ! aujourd’hui, en êtes-vous pleinement satisfait ?

Fred : Pour la première fois de ma vie, je suis assez content d’un album fini. Il m’arrivait d’avoir des regrets sur les autres, mais pas sur celui-ci. Peut-être parce qu’on l’a produit nous-même.

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Depuis 2001, bon nombre de groupes ont explosé en vol. Vous, vous êtes toujours là. Vous en êtes parfois étonnés ?

Fred : On s’est donné les moyens d’être encore là.

Sam : On a la chance de se connaître depuis très longtemps et surtout, que l’on s’entende bien. Bien sûr parfois, ça chauffe entre nous, mais c’est normal.

Fred : Et c’est parce que ça chauffe que ça permet de tenir. Les vraies histoires d’amitiés, ce sont les histoires un peu fortes justement. Si c’est trop lisse et que tout le monde est sur la même longueur d’onde tout le temps, c’est lassant. Il y a donc des périodes de crises, mais elles sont salvatrices.

Sam : Moi, je suis super content parce qu’on est arrivé, sans faire trop de compromis, à écrire et composer un album qui plait aux cinq membres.

« Stop all jerk » a été choisi pour la pub de la Ford Fiesta et son moteur Ecoboost (à voir ici). C’est important pour vous ?

Sam : Oui, parce que beaucoup de personnes ont découvert Bikini Machine grâce à cette publicité. C’est marrant de nous entendre quand on tombe dessus à la télé…

Fred : On joue depuis plusieurs décennies et, soudain, c’est une simple pub qui nous met en avant. Vous voyez, on ne peut pas prendre la grosse tête… on tient à peu de choses.

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Le 3 février 2015, après l'interview.

27 mars 2015

Cali : Interview pour L'âge d'or

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(Photo : Yann Orhan)

C’est déjà le sixième album de Cali et il est l’un des plus brillants, touchants et émouvants de sa production discographique. En tout, treize chansons qui frappent directement au cœur. Le troubadour engagé en appelle à la mémoire de l’auditeur et aux souvenirs de l’enfance qui permettent, selon lui, de mieux conjuguer la vie au présent. L’âge d’or est un album concept élégant, euphorique et énergique sur tous ces âges heureux de nos existences, et sur ce qui au final reste, et parfois manque.

Vous pourrez retrouver Cali en concert à partir du 26 mars et au zénith de Paris le 27 mai dans un nouveau show chargé d’énergie et de passion.

Le 13 mars dernier, j’ai rencontré Cali dans un bureau de sa maison de disque, Sony. Un Cali détendu (plus qu’il ne l’était lors de ma précédente interview pour CD’Aujourd’hui), de très bonne humeur même. Heureux des premiers retours extrêmement positifs et des premiers chiffres de vente de son nouvel album, ce qui n’était pas le cas pour ses deux précédents, La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur (2010) et Vernet-les-Bains (2012).

cali,l'âge d'or,interview,mandorArgumentaire de l’album (en version nettement raccourcie) :

Voilà un album de sève, de sourires, de rocs, de rêve, d’amour qu’on veut sentir couler en soi.

Douze chansons qui frappent tour à tour le cœur, le bonheur, les heures qu’on croyait oubliées dans le grand chapiteau de l’enfance. Un passé conjugué au fil du disque au moment présent.

Le rockeur qu’on connaît si engagé, ce troubadour qui souffle des flammes de liesse sur son public depuis maintenant plus de vingt ans, a chapitré son existence d’un « Age d’or ».
Et c’est vrai : il ouvre ici ses ailes. En mots. En musique. En confidence. Avec une puissance nouvelle : celle d’un homme ébloui par la vie, tirant de son expérience une force et une joie pures.

Ses textes, si intimes, ricochent sur Prévert, Apollinaire ou Brel. Le féminin abonde toujours dans ses mots, mais prend des visages inattendus. C’est racé. Et pourtant d’une brutalité intacte. Comme si les battements de son cœur n’étaient jamais tout à fait apaisés. Son volcan se joue de nous. Et explose de temps à autre.
Cali chante comme il vit, sans mensonge et sans artifice.

L’élégance et l’émotion, égrenées tout au long du disque, naissent aussi d’une fusion : celle du chanteur avec David François Moreau, compositeur de musique de film et de ballet, et réalisateur, musicien et arrangeur de L’Age d’or.

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cali,l'âge d'or,interview,mandorInterview :

Tout le monde dit du bien de cet album…

Je ne sais pas ce qui va se passer pour le disque, mais j’ai déjà le succès d’estime et ça me rend très heureux. Ça m’a rassuré parce que, très honnêtement, je ne savais pas trop où j’allais. On n’est jamais sûr de rien quand on sort un nouveau disque.

Vous avez travaillé avec  David François Moreau, un compositeur venu du cinéma, qui signe la plupart des musiques. Pourquoi l’avoir choisi ?

A la fin de 2013, on a fait le Téléthon avec Bénabar, Patrick Bruel et une jeune chanteuse, Marina Russo. Nous avons chanté ensemble sur une musique de Patrick Bruel. C’était David François Moreau, le frère de Patrick, qui a arrangé la chanson. J’ai trouvé le résultat très performant et classe. Il nous a dirigés vocalement. Sa façon de faire, rigoureuse, douce et intense ma beaucoup plu. Quand j’ai joué ma pièce de théâtre à Paris, il est venu me voir. La petite voix qui s’appelle intuition m’a fait lui demander s’il voulait travailler avec moi. C’est mon sixième album et j’ai toujours su où je voulais aller au niveau de la direction musicale. Là, pour la première fois, j’ai dit à quelqu’un : « tu fais ce que tu veux avec moi ».

Pour la première fois, vous avez donc décidé de ne plus être maître de toutes les situations. C’était risqué ?

Le risque majeur était d’être surpris. La première chanson qu’il a travaillé a été « La vie est une menteuse ». J’ai compris la direction qu’il voulait prendre, j’ai trouvé ça jouissif. Il me montrait ce qu’il voulait faire au fur et à mesure de la création de l’album. Il y avait un côté cinématographique qui me plaisait. Mais, franchement, on ne savait pas la couleur que ce disque allait prendre… Nous sommes très satisfaits parce que je trouve cet album hyper cohérent.

Clip officiel de "La vie quoi!"

Cet album a été écrit au début de l’année 2014. Vous jouiez au théâtre à Paris. Comme vous étiez loin de votre famille et de votre sud, du coup, vous avez écrit une soixantaine de chansons. Vous étiez dans une bulle créative ?

Absolument. Si j’avais écrit ces chansons chez moi, entouré de tous les gens que j’aime, elles auraient été peut-être belles, mais avec moins de lumière. Comme j’étais loin, je me suis créé une lumière personnelle. Pour moi, ce disque est le plus lumineux au sens propre du terme.

C’est un disque lumineux, comme vous venez de le préciser, mais aussi assagit, optimiste et mélancolique.

Si vous parlez de mélancolie, ajoutez mélancolie heureuse. Quant à « assagit », ça me fait marrer. J’ai tellement une image de chien fou que de toute façon, dès que je me calme quelques minutes, on ne peut dire que ça de moi. Est-ce qu’être sage, c’est réaliser qu’il ne faut pas être sage. Dans « Le cœur chargé comme un fusil », on pense que je parle de mon grand-père, mon référent constant, qui a fait partie des Brigade Internationales. Et bien pas du tout. Je parle de moi. A 20 ans, je voulais refaire le monde, on s’est présenté à des élections municipales avec des potes… et puis la vie avance, on s’embourgeoise un peu, on rentre dans le rang et on à tendance à moins dire ce qu’on a dans le ventre. Dans cette chanson, je me dis : « Réveille-toi ! Redeviens l’enfant, celui qui va prendre le couteau rouillé pour se battre, partager la vie et mordre les salauds qui ont fait pleurer leur père ».

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(Photo : Yann Orhan)

Vous me paraissez serein. Mais vraiment. 

Je mène une vie incroyable, j’ai l’impression d’être en permanence en colonie de vacances. Je suis toujours sur la route avec des amis proches, c’est merveilleux, c’est le cirque. Si on m’avait dit que ma vie active serait ça. Quand on me demande ce quel métier je fais, je ne sais pas quoi répondre. Et puis, un bébé est arrivé dans ma vie. C’est mon troisième enfant, je ne peux qu’être serein.

Votre chanson « Je dois te dire ça »… difficile de ne pas être touché.

Je raconte l’histoire d’une copine qui est allé voir un docteur pour un truc anodin. Il lui a annoncé qu’elle était au dernier stade d’un cancer. Aujourd’hui, on sait qu’elle n’est pas condamnée. Quand elle est sortie de chez ce médecin, elle a regardé le ciel, les oiseaux, ses amis, sa voiture… rien n’était pareil. Elle prenait conscience des choses. Moi, j’ai eu conscience de la vie, par sa conscience de la mort. Je me suis mis dans sa peau. Je me suis imaginé un jour rentrer chez moi et devoir annoncer une telle nouvelle à ma famille. Il y a une question sous-jacente dans cette chanson : pourquoi ne pas tout dire aux personnes qu’on aime avant le dernier souffle?

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(Photo : Yann Orhan)

Vous dédiez une chanson à votre fille de deux ans, Popée, et vous chantez avec votre autre fille, Coco, neuf ans.

Coco fait du violoncelle et du piano de manière assidue au conservatoire et elle adore ça. Mais elle me dit toujours qu’elle veut être obstétricienne. Ça me plait parce que cela prouve qu’elle fait de la musique pour de bonnes raisons, pas pour être sous la lumière. Elle fait ça parce que la musique lui apporte de la vie et qu’elle est heureuse de jouer. Je pouvais donc me permettre de m’amuser avec elle. Je suis ravi parce que je pense souvent à Charlotte Gainsbourg. Elle fait une carrière merveilleuse, mais je suis sûr que parfois, elle doit s’arrêter pour écouter la chanson qu’elle chante avec son père « Lemon Incest » et verser quelques larmes. J’imagine que ma fille, un jour, en pensant à son papa disparu, fera pareil.

Elle aime la vie de son chanteur de papa ?

Ça lui plait parce que ça lui permet aussi de vivre des choses. Elle vient parfois avec moi sur la route, elle est copine avec tous mes musiciens, elle rencontre des grands chanteurs connus… Mais surtout, elle voit que papa est heureux. 

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(Photo : Yann Orhan)

Vous chantez Le Grand chemin avec Jimmie O’Neill, leader des mythiques Silencers.

Il faisait partie du quintet magique du rock héroïque, U2, Simple Minds, Waterboys, Silencers, Big Country… Quand j’écoutais ce genre de musique, j’avais l’impression de rentrer dans une cathédrale. Je vois la lumière qui passe à travers les vitraux. Ça fait un bien fou cette lumière qui vient des pays magiques : l’Ecosse, l’Irlande, les pays celtiques… tout cela me fait rêver ! Pour revenir à Jimmie O’Neil, je suis fou de sa poésie et de sa voix. Un jour, il m’appelle pour me prévenir qu’il vient me voir en concert le lendemain à Rennes. Je n’en revenais pas. Je lui ai dit que, dans ce cas, il devra chanter avec moi. On a chanté et toute la nuit, je lui ai posé des questions de fans. J‘ai eu la même réaction qu’avec Coco, je veux graver sa voix avec la mienne. C’était un moment merveilleux de studio.

Vous avez chanté avec tous vos héros musicaux.  Vous vivez un rêve éveillé !

Oui, j’ai chanté dans un de mes albums avec Mike Scott, le chanteur des Waterboys, une chanson qui s’appelle «Pas la guerre ». J’ai aussi chanté avec les Simple Minds et Patti Smith. Quand j’en reparle, je trouve ça fou.  Je dis merci à la vie.

Quand sort un nouvel album, vous êtes dans une période un peu anxieuse ?

Oui. Il y a à la fois la joie et le beau trac. Comme quand on offre un cadeau à quelqu’un. Il le déballe, mais est-ce qu’il va l’apprécier ? Je viens de signer chez Columbia, avec des gens merveilleux qui bossent beaucoup. Pour moi, c’est ultime. C’est Bob Dylan, Léonard Cohen, Bruce Springsteen… ce sont mes héros. Voir le logo Columbia sur ma galette, c’est important pour moi. C’est symbolique et fort pour moi. Je n’ai pas envie que les gens du label soient déçus.  Si le disque se vendait, au moins raisonnablement, ce serait une belle aventure jusqu’au bout.

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Cali et David François Moreau. (Photo Yann Orhan)

Cet album, c’est un peu le changement dans la continuité.

Non, c’est le changement tout court. David François Moreau m’a emmené vers des terrains harmoniques et des instrumentations  vers lesquels je ne serais pas allé spontanément. De plus, il m’a fait chanter différemment.

Avec L’âge d’or, vous renouez vers le succès.

Mon premier album a surpris les gens, il a très bien marché et j’ai eu des critiques dithyrambiques. Si je dois résumer, les trois premiers albums ont cartonné et j’en ai eu deux qui se sont un peu planté… disons qui se sont moins vendus. L’un était un album très rock et l’autre très acoustique, presque piano voix. Là, avec L’âge d’or, j’ai l’impression de récupérer le public qui s’était un peu éloigné.

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Le 13 mars 2015, après l'interview.

22 mars 2015

Cyprès : interview pour Sève

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Prix Georges Moustaki le 26 Février 2015. (Photo Tristan Sébenne www.stristan.com)

J’ai découvert Cyprès lors d’une écoute à l’occasion de la sélection des demi-finalistes du Prix Georges Moustaki 2015. Tiens ! Un artiste qui sort du lot. Une voix, des compositions et des textes stupéfiants de beauté. En tout cas, qui m’ont touché au plus haut point. « Entre la tendresse de Raphael et la rage de Damien Saez » précise le magazine Francofans.  Pas faux.

De ses textes poétiques subtilement engagés se dégage une ironie raffinée. Rare.

Le 6 mars dernier, Cyprès est venu à l’agence pour sa première mandorisation (qui ne sera certainement pas sa dernière). Thierry Cadet, le co-fondateur du Prix Georges Moustaki (avec Matthias Vincenot), nous a rejoint à l’issue de l’entretien, afin d’enregistrer une session acoustique et une interview dans notre belle cour pour son site musical HorScène.

(Merci pour les photos à l'agence et dans la cour de l'agence au manager de Cyprès, Boris Gasiorowski).

Cyprès-500x497.jpegBiographie officielle :

Né en banlieue parisienne en 1989, Cyprès quitte assez tôt l'école pour suivre une voie qui lui ressemble : la musique et l'écriture. Autodidacte, il se met à lire et se procure une guitare pour accompagner les quelques premiers jets qu'il écrit alors. Convaincu de son choix et déterminé à faire valoir sa vocation au monde, il commence à monter sur scène et n'a jamais cessé depuis de se produire en public.

Monté à Paris en 2012, il joue dans le métro pour remplir l'assiette et tourne régulièrement dans les cafés/concerts de Ménilmontant notamment. Rejoint par d'excellents musiciens, il forme un trio où le violon et la percussion viennent soutenir sa guitare et sa voix.
Aujourd'hui, il est l'auteur d'une soixantaine de chansons, dont une dizaine se trouve enregistrée sur un premier album, Sève. Il termine aussi son premier recueil de poésie, Épistolaire qui sortira bientôt à disposition du public.

Autrement, Cyprès soutient depuis toujours l'écologie responsable, la conscience planétaire et milite à sa façon contre les excès égoïstes et les comportements irrespectueux de la collectivité.

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Prix Georges Moustaki le 26 Février 2015. (Photo Tristan Sébenne www.stristan.com)

8_françois.jpgInterview :

Tout a commencé à l’âge de 14 ans, quand ton père t’a acheté ta première guitare.

Avant ce moment, je commençais une activité extrascolaire, puis six mois après j’arrêtais. Un jour, j’ai vu Bob Dylan à la télé et j’ai décrété à mes parents que je voulais faire de la guitare.  Mon père était très sceptique, mais j’ai réussi à le convaincre. Comme il croyait que j’allais arrêter vite fait, il m’a acheté une guitare toute pourrie. J’ai pris des cours pendant un mois et, effectivement, j’ai arrêté. La guitare est restée au placard pendant un an. Un jour, un voisin qui jouait superbement de cet instrument m’a montré quelques accords. J’ai ressorti ma guitare et, avec les accords qu’il m’avait appris, je me suis mis à travailler tout seul. Je suis assez autodidacte.

Et très vite, tu as arrêté l’école.

J’ai arrêté l’école non pas pour faire de la musique, mais vraiment pour arrêter l’école. Je ne m’y sentais pas bien. Je me suis mis à lire frénétiquement. Quand on me demandait de lire à l’école, ça m’ennuyait terriblement, mais en dehors, ça m’a passionné. Je choisissais les ouvrages que je souhaitais. Parallèlement, j’ai continué à jouer de la guitare puis, un peu plus tard, à écrire des chansons.  En anglais d’abord.  A 15 ans, je rêvais d’une carrière internationale, mais bon… je n’avais pas encore convaincu le quartier dans lequel je vivais (rires). Et puis, au bout de deux ans,  j’ai constaté que j’avais plus de vocabulaire en français qu’en anglais. J’ai donc abandonné cette langue au profit de la mienne. 

Et certains artistes français ont dû t’inciter à penser que cette langue n’était pas si mal pour exprimer de belles choses.

Oui, des artistes tels que Barbara, Maxime Le Forestier,  Georges Brassens, Charles Aznavour en font partie. J’étais très curieux. J’écoutais beaucoup des radios comme Nostalgie, RFM et Chérie FM. Ils diffusaient pas mal de français et j’absorbais tout.

Tu ne t’es pas tourné vers la musique commerciale pour autant.

Non, je me suis tourné vers une exigence textuelle personnelle. A force de lire, de beaucoup travailler, je suis arrivé à écrire des textes que j’espère honorables.

"A jamais", lors du Prix Georges Moustaki, le 26 février 2015, capté pat Watcha Prod.

Comment procèdes-tu pour écrire une chanson ?cyprès,sève,prix georges moustaki,interview,mandor

Je compose d’abord la musique, j’écoute et elle me dit de quoi ça parle. Il faut que la couleur du texte corresponde à la chaleur de la musique. La chanson est un art très compliqué. Chaque note aspire à un certain adjectif. Cela dit, je ne veux pas que mes chansons paraissent intellectuelles. Une chanson comme « C’est un pays » devait être reçue, perçue immédiatement. D’une chanson à l’autre, je garde ma « patte », mais j’essaie d’écrire différemment.

La création, c’est mystérieux ?

Il y a un « au-dessus », quelque chose d’extrahumain qui est source inspiratrice et qui distribue la magie entre nous, l’air que l’on respire, le feeling entre les gens, les ressentis et l’émotion. Je passe ma vie à défendre l’émotion. Pour moi c’est une quête qui ne s’achèvera jamais. Un jour, une dame d’un certain âge m’a dit : « j’aime les musiciens, car ils sont les gardiens du monde qui ne se voit pas ». C’est exactement ce que je ressens. Un jour, j’ai écrit un texte sorti de je ne sais où en dix minutes. J’ai vraiment eu l’impression qu’il m’avait été donné.

"Paris sous les eaux" (Paroles et musique : Cyprès) capté par Thierry Cadet pour HorScène, dans la cour de l'agence, le 26 février 2015.

10_françois.jpgTe considères-tu comme un chanteur engagé ?

Oui, un peu. Par exemple, une chanson comme « Capitaliste » est clairement engagée. Elle est volontairement un peu naïve parce que je voulais qu’elle soit reçue et comprise immédiatement. Et puis, il y a un peu de naïveté chez les gens qui subissent le capitaliste. Ils sont bons et ne voient pas qu’ils se font exploiter. Le profit pour eux, c’est de profiter les uns des autres, mais d’une belle façon. Leur naïveté est tout à leur honneur.

Tu évoques la solitude dans l’émouvante chanson « Le silence des frères ».

J’ai pris l’exemple d’un SDF (Silence Des Frères), mais il s’agit effectivement de la solitude dans son ensemble. Quand je joue cette chanson sur scène, je t’assure qu’à la fin j’ai des spasmes musculaires. Cette chanson me prend aux tripes et me fait entrer en transe. Ça tient presque du spirituel.

La scène, c’est ce qu’il y a de meilleur dans ta vie d’artiste ?

Indiscutablement. Je vais même jusqu’à te dire que j’aurais aimé que le CD n’existe pas. Si les moyens d’écouter de la musique n’existaient pas, on aurait encore cet amour pour les bardes, pour les gardiens de la musique. Je me considère comme tel.

Je suis sûr que tu regrettes d’être né à notre époque.

Tu as raison. En fait, je suis né en 1830 et on m’a téléporté à cette époque. Je me dis : « mais où suis-je et que se passe-t-il ? (rire).  

"C'est un pays", lors du Prix Georges Moustaki, le 26 février 2015, capté pat Watcha Prod.

Dans une précédente vie, tu as sans doute été un barde, un ménestrel ou un troubadour. Te poses-tu la question ?

On ne nait pas ex nihilo. On ne sort pas tout neuf d’un œuf et vierge de tout. Je suis persuadé que nous avons tous eu des vies antérieures.

Un artiste doit-il faire bouger les consciences ?

C’est mon idée. La musique qui ne fait pas réfléchir sert à faire danser, à faire des choses plus primaires et notamment à divertir.

Mais c’est bien aussi de divertir, non ?

C’est excellent et honorable. Mais, moi, en dehors de la musique, j’écris des discours et, quelque part, j’ai sans doute une vocation politique. Je pense que la musique doit faire passer un message et faire bouger quelques consciences.

Pourquoi ne pas faire de la politique politicienne ?

Il y a quelque chose d’aseptisé et de corrompu dans la politique telle qu’elle se pratique aujourd’hui. Dans mon esprit, je suis trop libre pour que l’on puisse me ranger dans un carcan. Dans la chanson, mine de rien, on peut glisser des messages subtilement. Je suis persuadé que beaucoup d’artistes sont des politiciens.

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Pendant la session acoustique pour HorScène par Thierry Cadet.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Parce que je n’ai pas le choix. Spirituellement, j’ai été appelé… enfin, c’est peut-être un peu exagéré de dire les choses comme ça. C’est en tout cas une quête, une croisade.

Quand on partait en croisade, il y avait un but.

Mon but à moi, c’est de relever le niveau de la chanson française actuelle qui est en perdition, à l’agonie… elle tousse.

Lorsque je vais retranscrire tes propos, tout le monde va considérer que tu es prétentieux ?

Ce n’est pas grave. Les gens pensent ce qu’ils veulent, je suis là pour être honnête. Personne ne peut nier qu’il y a une majorité de chansons commerciales qui ont un niveau linguistique bas, voire particulièrement médiocre. C’est une vraie catastrophe. Quand les jeunes écoutent ce genre de chansons, ça ne leur donne pas envie d’aller plus loin. Est-ce prétentieux de vouloir proposer de beaux textes ? Je veux juste être l’étendard d’une chanson française mieux écrite.

Il y a beaucoup d’artistes qui savent écrire. Ce ne sont pas forcément les plus connus, mais j’en connais beaucoup.

Oui, je sais qu’il y en a. Alors, disons que je veux faire partie de cette catégorie d’artistes qui élèvent le niveau. Mais ont-ils la volonté de se battre pour ce combat ? Moi oui. Je pars en croisade, je mourrai peut-être en chemin.

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Avec Cyprès et Thierry Cadet après l'interview et la session acoustique, le 6 mars 2015.

21 mars 2015

Zebra : interview pour Mambopunk

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(Photo : Christophe Crénel)

Je connaissais le Zebra DJ, mais pas vraiment le Zebra chanteur. Et c’est une très belle surprise ! Il sort un disque de rock. Même sacrément rock. Mambopunk est le son et le nom de son nouvel album, il n'a pas été choisi par hasard. « Une marque zébrée, des rythmes nerveux et chaloupés, sévèrement cuivrés. Des textes écrits au fouet, des mots qui sentent le sang chaud » explique-t-il. Dans cet album, on sent qu’il n’ose pas encore assumer son côté « chanteur français à texte » alors qu’il en prend la direction. J’attends le prochain avec impatience.

Le 24 février 2015, j’ai reçu Zebra à l’agence parce que cet artiste provoque en moi beaucoup de curiosité.

Qui est Zebra ? (Selon la version officielle de son site).
Zebra est musicien-compositeur-interprète, DJ et réalisateur en radio, et producteur pour son label Zebramix. C’est sous le nom de DJ Zebra qu’il est essentiellement reconnu comme un des piliers du mouvement bootleg / mashup.
Son parcours, mené sans concessions et avec beaucoup de passion, l’a imposé comme un acteur majeur du paysage musical rock en France. Son énergie scénique et sa capacité à se renouveler sans cesse ont fait de lui une sorte d’OVNI que « plus rien n’arrête ».

pic_zebra-mambopunk-2.jpgQue fait Zebra ?
Après 10 ans à fabriquer plus de 500 bootlegs et tourner en tant que DJ, Zebra est redevenu chanteur-guitariste. Il applique désormais son savoir-faire de metteur-en-son en réalisant et produisant ses propres compositions originales. Son nouvel album Mambopunk vient se sortir, dans lequel il s’affirme aussi comme auteur de chansons à textes. Ce virage avait déjà été amorcé avec Zebra & Bagad Karaez, dont l’album sorti en 2012 a remporté le Grand Prix du Disque du Télégramme, tout comme avec ses musiques originales de films (sorties sur les albums Bubbles et Samsara en 2011) et Rock n’ Soul Radio (2010).

Dans les années 90, Zebra fut chanteur et musicien avec Billy Ze Kick & Les Gamins en Folie, Demain Les Poulpes et Les Raggamins, avec lequels il enregistra 5 albums et tourna entre 1993 et 1998.

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DSC09978.JPGInterview :

Tout le monde te connait pour tes activités de DJ. Ça ne t’embête pas que l’on te présente le plus souvent sous cet aspect-là de ta vie, alors que tu en as plusieurs ?

Quand j’étais DJ Zebra, on disait toujours ex-Billy Ze Kick, maintenant on dit Zebra, ex-DJ Zebra. Les générations évoluent. Il y en a qui m’ont connu il y a vingt ans, quand j’étais à Rennes et que je m’adonnais à des activités musicales et radiophoniques. Certains me connaissaient uniquement en tant que DJ, d’autres découvrent seulement maintenant ce que je fais… rien ne me gêne. J’évolue avec mon temps, je veux juste qu’on ne m’installe pas dans une case.

Dans cet album, Mambopunk, tu ironises pas mal sur tes différentes fonctions. Dans la reprise de Miossec, « Chanson sympathique », tu chantes « ce n’est pas parce que tu es DJ que tu dois te mettre à chanter ».

Cette phrase n’existe pas dans la chanson originale, mais j’ai voulu l’adapter à ma personne. J’ai souhaité reprendre cette chanson parce qu’elle exprimait mieux qu’avec mes mots ce que j’avais envie de dire aux gens qui me décourageaient de changer de voie. Dans mes amis proches, il y en a qui me disaient qu’il ne fallait pas que j’aille vers la chanson, parce que j’avais ma réputation en tant que DJ. Ceux qui avaient des œillères me sortaient des phrases comme « ce n’est pas parce que tu es un bon boulanger que tu dois te mettre à faire de la pâtisserie ! » Il y avait ce côté « reste dans ta case et n’en sors pas ! » Mais au fond, je règle aussi mes comptes avec moi-même dans cette chanson.

C’est ça qui est bien dans ce disque, il y a autant d’ironie sur les autres que sur toi-même.photo Fabrice et christophe crénel.jpg

Je n’ai jamais eu de problème avec la moquerie. J’accepte parfaitement que l’on se moque de moi. Du coup, parfois, je prends même les devants, je m’autodérisionne (rire). Dans la chanson « Tu chantes comme une petite pute », je parle un peu de moi.

D’ailleurs, elle est violente cette chanson !

J’ai commencé à écrire la chanson en regardant Cyril Hanouna à la télé. Je le voyais faire sa danse des sardines et je me disais « quelle petite pute celui-là ! » Ca m’a donné envie de faire une chanson sur lui, mais je trouvais ça trop méchant et finalement pas très intéressant. Quand j’ai commencé à faire les maquettes des chansons, je me suis mis à interpréter la chanson « J’étais un voleur » avec une voix très haute. En m’écoutant, je me suis dit, là encore, que je chantais comme une petite pute. A ce moment, je me suis souvenu de la chanson d’Hanouna et j’ai mélangé mon autocritique avec ce que j’avais envie de dire sur la télé. J’ai voulu faire une chanson drôle et moqueuse en m’inspirant de moi aussi.

Clip de "Du sang sur les murs" (A. Minne / A. Minne) extrait du nouvel album "Mambopunk", sorti le 2 Février 2015 (Zebramix / Musicast).

zebra.jpgC’est le quatrième album solo dans lequel tu chantes, mais j’ai l’impression que c’est celui dans lequel tu trouves ta voix de chanteur.

Tu dis ça parce que je suis sans artifice. Je commence à prendre confiance en ma voix et surtout en mon écriture. Ça va de pair. Quand j’aime ce que je chante, je chante mieux.

Comme tu as beaucoup d’activités, as-tu pris du temps à te considérer comme unchanteur ?

J’ai toujours aimé chanter, mais jusqu’à présent, j’étais plus dans la rigolade. Avec cet album-là, c’est beaucoup plus clair. Je commence à comprendre ce que veut dire chanter. Mais chanteur  peut être compris comme vocaliste. Dans la musique, les chanteurs trop techniques ne m’intéressent pas. J’aime les voix éraillées, les voix qui cherchent quelque chose de particulier, qui jouent avec leur timbre. C’est pour cette raison que j’adore Miossec. Il est toujours juste dans son intention quand il balance les mots. C’est ce que j’ai travaillé dans Mambopunk.

J’ai noté quelques références au groupe Téléphone.

Téléphone, pour moi, c’est la référence absolue. Quand on veut expliquer ce qu’est le rock français, on prend comme référence ultime les deux premiers albums de Téléphone, Téléphone et Crache ton venin. Il y a toute l’urgence d’une jeunesse française. Moi, j’ai 43 ans, j’ai envie de dire aux gens de ma génération : « Ok ! On ne se laisse pas abattre, je chante des chansons pour vous, pour exprimer ce que vous ressentez ! » Mambopunk est vraiment un album pour les gens de mon âge. J’ai encore vingt ans dans ma tête, mais en même temps, je n’écrirais pas comme ça si j’avais vingt ans. Je trouve bien d’être en relation avec son époque, quels que soient sa génération et son âge. 

Clip de "Peau de zèbre" (A. Minne / A. Minne - arr. S. Montigny) extrait du nouvel album "Mambopunk", sorti le 2 Février 2015 (Zebramix / Musicast).images.jpg

Dans toutes tes chansons, il y a un peu de provocation.

Je fais très attention aux choix des mots. Chaque mot à un sens et peut être en relation avec une histoire de ma vie et de mon expérience. J’ai aussi envie de bousculer. Il y a beaucoup de grossièretés, j’adore ça. Mes idoles, Gainsbourg et Dutronc, maniaient cela à la perfection.

On parle de toi comme quelqu’un d’irrévérencieux, de « sale gosse ». Tu aimes que l’on parle de toi ainsi ?

Oui, beaucoup. J’ai toujours été ainsi et j’ai toujours aimé l’illégitimité d’une présence en général. J’aime bien ce côté « qu’est-ce qu’il fout là ? » Quand je suis arrivé dans le milieu des DJ, c’est une question que beaucoup se sont posés. Pareil dans la chanson. Il y a toujours ce côté « on frôle l’accident ». J’aime la prise de risque totale.

Tu es très paradoxal. Tu as fait un album avec de la musique bretonne, ZEBRA & BAGAD KARAE, alors que tu détestes ça.

J’ai horreur de la musique celtique et de la musique traditionnelle bretonne. Ça ne parle pas du tout, par contre le son du bagad m’intéresse au plus haut point  Il y a une vibration et une énergie qui me plaisent beaucoup, donc j’ai voulu en faire quelque chose d’autre. C’est pareil pour la chanson française. Ce n’est pas ce qui me nourrit. C’est le rock américain qui est ma passion musicale. Le côté rythm and blues garage est ce que je préfère. Dans Mambopunk, j’ai voulu mélanger la chanson française avec le rock américain.

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(Photo : Bertrand Basset)

1781770_665188823522705_342218510_o.jpgÇa rappelle beaucoup le rock alternatif des années 80.

Par extension, on en arrive à des groupes comme Les Négresse Vertes, Ludwig Von 88 ou les Rita Misouko. Quand cette musique est arrivée, je me suis dit que je comprenais tout. C’est amusant parce qu’à cette époque-là il n’y avait quasiment pas de groupe qui chantait en anglais. Il faut absolument prendre conscience que quand on veut faire une musique populaire de qualité en France, la première chose à faire, c’est de s’adresser au peuple. Chanter en français, c’est la base.

Vois-tu un lien entre les productions DJ Zebra et Zebra le chanteur ?

C’est une suite. J’ai la même énergie et la même volonté à mélanger les choses.

Les critiques que j’ai lus sur Mambopunk sont dithyrambiques.

Je n’en ai lu que deux qui sont moyennes, mais je ne me suis pas encore trop fait défoncer. Sans rire, je suis ravi de l’accueil que me font les journalistes musicaux. Ça m’intéressent de voir où on situe ce disque et comment il est compris.

Si on met ton disque en fond musical, on pourrait se dire qu’il n’est que festif et léger.

Je ne l’ai pas conçu ainsi en tout cas. Ce serait plutôt un festif grinçant. Bien sûr, ce n’est pas Tata Yoyo… même si j’adore Annie Cordy (rires). Honnêtement, j’aime bien la vraie gaudriole. J’aime bien Carlos et tutti quanti, parce que j’ai grandi avec des chansons comme ça. Mon père écoutait Enrico Macias à la maison. Non, vraiment j’aime cet esprit festif, mais ce n’est pas ce que je fais. Je fais de la musique sauvage. Ma pochette pose d’ailleurs le climat de l’album.

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(Photo : Bertrand Basset)

En écoutant certaines des chansons de ce disque, je me suis demandé si tu ne te dirigeais photo.jpgpas vers un répertoire plus chanson française « classique ».

Tu as tout à fait raison. Depuis la sortie de cet album, j’ai composé déjà neuf chansons et il s’en dégage que ce sera très chanson. Ce sera plus posé, plus épuré, avec des textes plus profonds.

Tu te diriges graduellement dans cette chanson française.

Oui, parce que je n’étais pas sûr d’y aller et, comme je te l’expliquais tout à l’heure, beaucoup m’y ont découragé. Je sais que cet album ne va pas être un succès discographique. On va le regarder de loin. J’espère juste que le prochain sera plus compris, que les gens comprendront ma démarche et qu’ils se diront que ça vaut le coup d’écouter. Mambopunk est un album de transition. C’est une amorce d’un vrai cheminement qui va me conduire vers la chanson d’histoire.

Dans « J’étais un voleur », tu ne t’épargnes pas non plus. Tu chantes : « je ne te l’ai jamais caché, j’étais un voleur, un maniaque du sampleur… »

J’habite en bas de la SACEM à Neuilly-sur-Seine depuis quinze ans. Je me disais que c’était marrant que le plus grand pirate des droits d’auteur en France habite en bas de chez eux (rires). Je dis ça, mais j’ai toujours déclaré toutes les œuvres que j’ai utilisés en radio. J’ai toujours été très correct avec les droits d’auteur, mais on a toujours considéré que je faisais ma carrière en volant la musique des autres. « J’étais un voleur » est donc pour moi une vraie plaidoirie. Sur l’album Mambopunk, je te signale qu’il y a aussi plein de vols.

Lesquels ?

Toutes les batteries, ce sont des samples. Je ne peux pas m’empêcher de voler (rires).

Mais c’est bien que la SACEM existe, quand même !

Oui. Justement, aujourd’hui, je me bats pour le respect des droits d’auteur en France parce que la commission européenne veut uniformiser ça avec les droits dans les autres pays. Avec le chute des subventions et l’arrêt de centaines de festivals, heureusement qu’il reste les droits d’auteur. Mais moi, je dis qu’il ne faut pas empêcher non plus la création transformative.

Sur scène, tu as un côté exhibitionniste. Et sur ce disque ?

Je ne suis pas exhibitionniste dans mes émotions. Je ne suis pas un émotif. Par exemple, quand je monte sur scène, je n’ai jamais le trac. On aime bien connaître la part d’ombre chez les artistes. Moi, je ne l’ai laissé passer qu’une fois, sur le précédent album ZEBRA & BAGAD KARAE. J’avais interprété une chanson sombre et mélancolique et je trouvais que ça ne m’allait pas. Mon exhibition est plus dans la gaudriole et dans l’attitude. Mambopunk est plus un album de quelqu’un qui montre sa bite que de quelqu’un qui pleure.

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zebra.jpegIl n’y a pas beaucoup de chansons d’amour dans cet album.

C’est un album un peu autocentré, un album d’amour envers moi-même (rires).

Tu es un narcissique assumé ?

Complètement. J’aime bien me regarder, j’aime bien m’écouter, j’aime bien raconter ma vie.

Es-tu quelqu’un de tolérant ?

C’est marrant que tu me poses cette question parce qu’hier soir, j’ai écrit une chanson qui s’appelle « L’avocat du diable ». J’y explique que j’aime bien essayer de comprendre les idées opposée aux miennes, pour mieux les détourner. J’aime bien parfois foncer dans le tas. J’ai un côté «  vous pensez que j’aime quelque chose, en fait non, je déteste tellement que je chante d’une façon qui parait appropriée à mes idées ». Ça peut te paraître confus, mais je suis quelqu’un de très paradoxal (rires). D’ailleurs, je me suis aperçu que dans mes chansons, je parlais souvent de paradoxes.

C’est vrai qu’en t’écoutant, c’est difficile de savoir qui tu es.

Parce que je ne le sais pas moi-même. Un jour, une journaliste m’a dit que je manquais clairement d’identité. Elle avait raison sur un certain point. Je suis assez client de nouvelles idées. J’aime bien affirmer des choses très radicales pour qu’on essaie de me prouver que j’ai tort. Après, je fais un juste milieu.

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Après l'interview, le 24 février 2015.

18 mars 2015

Arnaud Dudek : interview pour Une plage au pôle nord

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(Photo : Molly Benn)

J’ai lu quelque part : « Arnaud Dudek, écrivain d’utilité publique ». Je ne peux que souscrire à cette affirmation tant j’aime son écriture simple, belle, efficace et tout à fait jouissive.

Dans Une plage au pôle Nord, il raconte une histoire d’amitiés, de solitudes, de destins qui se croisent, de désir, de dangers de la routine, de la vieillesse, de la mort aussi. Le tout sur un ton léger, parfois un peu plus grave, mais jamais plombant.

Avec Arnaud Dudek, les petits riens se métamorphosent en grand tout.

Il y a chez lui une distance sur les événements et un point de vue presque philosophique sur la vie. La vie n’est pas super passionnante, mais elle mérite d’être vécue, quitte à la bousculer un peu.

L'auteur est venu à l'agence le 23 février dernier pour une deuxième mandorisation. (La première est à découvrir ici!)

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interviewMot de l’éditeur :

Dans son troisième roman publié chez Alma, Arnaud Dudek, l’écrivain le plus narquois du moment, raconte l’histoire de deux solitudes couvertes par la banquise. Françoise, veuve, septuagénaire, peine à avancer depuis que son mari s’est éclipsé dans des circonstances aussi flamboyantes que pathétiques. Jean-Claude, jeune père divorcé, cache pas mal de bosses sous sa lisse bonhomie.
Aimantés par le hasard (qui prendra la forme d’un appareil photo perdu) ce duo improbable découvrira – en commençant par un petit porto – les bienfaits du réchauffement climatique. Jean-Claude apprendra à Françoise à manier l’ordinateur et les clubs de rencontre. Françoise l’encouragera à être fier de lui.
Autour d’eux gravitent en un ballet d’insolites trajectoires quelques personnages un rien fantasques : juriste qui se rêve dessinateur, couple de magiciens has been, blonde aussi piquante qu’un cactus, malfrats sur le retour… On peut les classer en deux catégories : les intrépides, genre même pas peur. Et les frileux, auxquels l’auteur réserve un traitement de faveur : doucement, il les réchauffe, leur souffle dans le bec, pose quelques sparadraps et leur redonne des couleurs.
Avec beaucoup de gaieté, Arnaud Dudek nous offre ici de fines tranches de vie. Du léger raconté avec sérieux. Et inversement…

L’auteur :

Arnaud Dudek est né en 1979 à Nancy. Il vit à Paris. Il a précédemment publié Rester sage (Alma, 2012) et Les Fuyants (Alma, 2013).

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interview

Interview :

Depuis ta première mandorisation, il y a un an et demi, que s’est-il passé pour toi ?

Ma vie s’est simplifiée. J’habite désormais à Paris et j’y travaille. Je t’avais expliqué la dernière fois que nous nous sommes vus que j’écrivais beaucoup dans le train… j’ai donc dû changer ma manière de travailler parce que je ne le prends plus. Sérieusement, c’est un grand changement dans ma vie. Maintenant je fais des micronouvelles dans le métro entre trois stations. Je plaisante, tu n’écris pas ça.

Tu essaies de trouver un autre rythme ?

Il faut que je pose des jours de congé pour écrire. Pour certaines phases d’écriture, travailler trois heures le soir  n’est pas suffisant. Je vais finir par trouver le rythme. Il va falloir que je le  trouve, car je t’annonce que ma femme attend un enfant.

Toutes mes félicitations ! Du coup, tu vas avoir du mal à écrire ton quatrième livre, non ?

Le quatrième ne me posera aucun souci, car il est largement avancé. J’ai rendu récemment mon premier jet à mon éditeur. J’attends un premier avis incessamment sous peu.

Sérieusement, le fait que tu ne prennes plus le train, ça t’a fait peur par rapport à ta créativité ?

Quelque part, oui. C’est curieux, mais dans le train, j’étais dans une vraie bulle personnelle dans laquelle je pouvais écrire et lire, coupé du monde. J’avais trois heures à moi, tous les jours.

Le fait de ne plus écrire dans le train, ça change aussi ta façon d’écrire ?arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interview

J’ai l’impression. J’en ai parlé récemment avec notre ami commun Erwan Larher. Lui passe un temps colossal à écrire. Il me disait que si je faisais pareil, je n’écrirais pas de la même manière, j’écrirais peut-être des pavés... Quelque part, il n’a pas tort. Je pense qu’inconsciemment, le style et le volume du livre sont dictés par les contingences de ta vie personnelle.

J’aime beaucoup ton écriture, tu le sais. Simple, belle, touchante, parfois mordante…

Ça me fait plaisir parce que c’est beaucoup de travail. La fluidité est une chose compliquée.

Tu te joues du lecteur avec une certaine malice. Par exemple, quand on commence ton livre, on pense que le personnage principal est Pierre Lacaze.

Oui, il passe au second plan très rapidement. Il est le lien, l’appareil photo humain entre les deux personnages, Françoise et Jean-Claude. Je me suis amusé à faire une fausse entrée en matière. Je suis très joueur… le risque c’est de l’être trop.

Tu testes beaucoup de choses en fait ?

C’est pour cela que la deuxième phase d’écriture de mes livres est toujours très longue. Le premier jet va vite, ensuite j’essaie plein de choses. Je rajoute des passages ou j’en enlève. Je m’amuse à mettre des tableaux Excel dans mon bouquin. A un moment, en revoyant un vieux Steve McQueen, je me suis interrogé sur la possibilité de faire un split screen dans un livre. Du coup, à la fin de mon roman, j’ai fait quelques transitions un peu abruptes de phrases qui commencent sur un personnage et qui se terminent sur un autre. Essayer des choses nouvelles, c’est aussi ça qui me fait plaisir quand j’écris. En fait, les premiers jets, c’est écrire pour soi d’abord. Après, quand on réécrit, on pense aux lecteurs.

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interview

Certains écrivains que j’ai interrogés m’ont dit le contraire. Ils ont peur que penser aux lecteurs modifient leur style.

Moi, je me demande toujours si le lecteur va comprendre tout ce que j’écris. C’est pour ça qu’avec mon éditeur, on en est arrivé, pour mon deuxième livre, Les Fuyants, à faire une entrée en matière pour les personnages, comme au théâtre. C’est pour ça aussi que dans le premier roman, Rester sage, j’ai supprimé des personnages parce qu’on trouvait qu’il y en avait vraiment trop. Une de mes obsessions littéraires est de rester compréhensible.

J’ai l’impression que tu as besoin de t’amuser en écrivant. Penses-tu que si tu t’ennuies, le lecteur va lui aussi s’ennuyer ?

Oui. Je le vois comme ça. Si je m’aperçois qu’au moment où je raconte le passé d’un personnage, je commence à moi-même décrocher, ce n’est jamais bon.

Dans tous tes livres, tu t’adresses parfois aux lecteurs.  

C’est encore du travail sur le rythme. Une plage au pôle Nord, j’avais envie de le travailler comme un conte. Je commence d’ailleurs le livre ainsi : « Au début de l’histoire, Pierre Lacaze reçoit des lettres. » Ce roman est un conte de la vie ordinaire.

Le narrateur est facétieux, ironique, très second degré. C’est un sacré personnage !

Oui, et il a fallu que je fasse attention à ne pas le rendre trop présent pour qu’il n’efface pas mes héros. Un livre, c’est une question de dosage, surtout sur un format court.

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interviewEs-tu influençable quand tu lis d’autres livres ?

Je peux me retrouver à être éponge, notamment pendant les phases assez intenses de réécriture. Si tu lis du Proust quand tu réécris, tu vas te mettre à faire des phrases plus longues. Après, il y a des idées que je trouve chez d’autres qui me rendent presque jaloux et qui influencent peut-être mon style. Mais ce n’est pas que dans la littérature. J’ai vu il n’y a pas longtemps un film de Sébastien Betbeder, Deux automnes, trois hivers. C’est une histoire d’amour très construite, avec des panneaux contenant des phrases assez obscures en tête de chapitre. Sur le rythme, le découpage, le traitement des personnages secondaires, les digressions, j’ai trouvé ce film formidable. Si j’avais à écrire une histoire d’amour, je souhaiterais que cela ressemble à ce film. Sinon, un jour, j’aimerais bien essayer de détourner un genre littéraire. Prendre un polar et m’en emparer me tente bien par exemple. Pour répondre précisément à ta question, quand je tombe sur un livre qui me plaît, ça peut m’influencer, mais je n’ai plus vingt ans et je n’essaie plus de copier mes modèles. Je ne vais pas mettre des parenthèses partout pour faire du Philippe Jaenada, je n’essaie pas de raconter l’histoire de France à la façon d’un Paul Auster qui raconte l’histoire des Etats-Unis. Je n’en suis plus là.

As-tu l’impression d’avoir ton propre style ?

Ce serait présomptueux de dire cela, en tout cas, j’ai plus de facilité à le retrouver.

Je reconnais la patte Dudek. Pour toi, c’est un compliment ?

A ce stade, oui. Mais si dans quelques années je ne fais que me copier, si tous mes livres se ressemblent, je ne suis pas sûr d’être satisfait de moi.

A chaque fois que je lis une quatrième de couverture d’un de tes livres, je me demande quel est l’intérêt d’écrire cette histoire… et à chaque fois, je plonge et j’adore.

Il se passe tellement de choses dans une vie banale. J’aime raconter la vie quotidienne, les difficultés que l’on a à trouver sa place dans la société, les thèmes comme la solitude et la vieillesse. Tout ceci m’intéresse en tant qu’être humain.

Es-tu un auteur engagé ?

Je me sens juste concerné par ce qui m’entoure, par ce que je vois. Je suis révolté quand je vois des bancs anti-SDF près des gares. Le chômage, les combats que les gens mènent pour garder leur travail… tout ça me touche et c’est ce que j’ai envie de raconter. Il se passe un millier de choses intéressantes dans le quotidien. Je ne me vois pas partir sur des fresques monumentales.

Les drames que tu racontes font souvent sourire…

J’essaie de tout dédramatiser. Jean-Claude est assez emblématique de ma façon d’aborder mes personnages. C’est quelqu’un qui, à première vue, est assez dilettante et cool. Et plus tu grattes, plus tu trouves des failles. Il est malheureux parce qu’il est divorcé, qu’il n’élève pas sa fille, qu’il ne trouve pas de travail… il se réfugie dans les bars, les copains, mais cette ambiance-là, ça va bien cinq minutes. Soudain, il lui arrive un truc dans sa vie. Il a perdu son appareil photo et quelqu’un l’a retrouvé dans des circonstances assez étonnantes pour lui, il part dans cette aventure. Cela devient son odyssée personnelle.

Jean-Claude fréquente cette septuagénaire, Françoise, et commence alors une forte amitié très touchante.

Il y a cinq ans, j’avais déjà abordé le choc des générations et l’amour chez les personnes âgées dans une nouvelle. Je savais que j’y reviendrais à un moment donné. J’avais envie d’aborder le thème de la vieillesse à ma façon. C’est très personnel. Ma grand-mère vivait chez mes parents, elle était ma nounou et a beaucoup compté dans ma vie. Quand j’étais petit, elle m’emmenait chez ses copines de 70 ans. Je trouvais qu’elles avaient plein d’énergie. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, il y a plein de souvenirs qui sont remontés. Le couple de vieux magiciens de mon livre, c’est la somme de plein de vieux couples que j’ai rencontrés et avec lesquels j’ai joué à la belote gamin.

Si tu es un peu taquin, tu ne te moques jamais de personne dans tes livres.

Je ne juge jamais les gens. Un libraire m’a dit récemment qu’il trouvait mes livres malicieux. J’étais content, car c’est ce qui caractérise le plus ma façon de voir la vie et ma façon de la raconter.

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(Je me demande bien qui a pris cette superbe photo...)

Tes livres finissent toujours par une note d’espoir.

Oui, et par une fin ouverte.

Est-ce que ton œuvre te ressemble ?

Je suis fondamentalement optimiste. C’est un peu triste à dire, mais c’est le drame qui fait le sel de la vie. On se construit aussi par ses échecs… mais mon optimisme revient toujours à la surface à un moment où à un autre. Ça guide ma façon de voir la vie et également mon écriture. Mes livres me ressemblent donc pas mal…

On parle beaucoup de toi, tu as de la presse dithyrambique, mais tu ne vends pas encore beaucoup. Que penses-tu de ta condition d’écrivain ?

Je suis serein parce que j’ai un autre métier. Le but c’est que l’on continue à pouvoir me laisser faire ce que je veux. Tant que l’éditeur est content, qu’il aime mes livres, tant que j’ai l’impression de progresser avec lui, je serai satisfait. Etre édité, c’est aussi avoir la possibilité de travailler ses textes avec des professionnels. C’est aussi l’école de l’humilité. Mes deux éditeurs ont beau me publier et me faire confiance, ce n’est pas pour autant qu’ils me signent un chèque en blanc, en me disant que mon premier jet est formidable, alléluia ! C’est aussi : « On a aimé 95 %, il y a 5 % qui ne nous plaisent pas »… etc. Leurs remarques sont constructives et j’ai toujours l’impression d’avancer avec eux.

Dans ta façon d’écrire, veux-tu parfois désacraliser l’écriture ?

Ta formule est intéressante. Je veux surtout la décloisonner. Décloisonner, c’est ce qui m’avait marqué chez ma prof de français de seconde. Elle nous disait qui si les bouquins que nous lisions ne nous intéressaient pas, nous pouvions ne pas les finir. Elle m’a fait lire Pennac, Boris Vian… C’est ce qui m’a amené de nouveau aux livres quand j’étais lycéen.

arnaud dudek,une plage au pôle nord,alma,interview

Après l'interview, le 23 février 2015.

15 mars 2015

Luc-Michel Fouassier : interview pour Le zilien

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Luc-Michel Fouassier est un auteur qui n’a pas encore le succès qu’il mérite. Je m’évertue donc à le mandoriser à chaque fois qu’il sort un livre (voir là). Je n’aime pas le talent méconnu.

Son nouveau livre Le zilien m’a fait sourire souvent et même rire parfois (sur le dos du système de l’éducation nationale, certes, mais c’était assez jouissif, je dois dire). Il y a quelque chose de Pennac et de Toussaint dans cet auteur-là. J’espère vous donner envie de le lire, vous ne devriez pas être déçu.

Le 28 janvier 2015, Luc-Michel Fouassier est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer ce61w1++QB62L.jpg roman très inspiré (par sa propre expérience… ou pas).

4e de couverture :

Survie et triomphe d’un enseignant dilettante.
Présentation de Jean-Philippe Toussaint
Dans ce roman résolument impertinent, qui nous décline l’année scolaire d’un enseignant remplaçant, l’humour – comme instrument de résistance aux casse-pieds en tout genre – joue pleinement sa partition.

L’auteur :

Luc-Michel Fouassier est maire-adjoint d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l'événementiel littéraire. Il organise dans cette ville les actions culturelles autour du livre. D'autre part, il a créé, en 2008, avec l'aide de Régine Deforges, le prix Ozoir'elles.
Il a collaboré à la revue littéraire Rue Saint Ambroise durant plusieurs années. A ce jour, il a publié deux recueils de nouvelles aux éditions Quadrature et trois romans aux éditions Luce Wilquin.

DSC0991nn4.JPGInterview :

Le zilien est ton cinquième livre. Dis donc, cela commence à constituer une œuvre. Et chaque livre est différent, dans le thème et dans la forme.

Si c’est pour écrire le même bouquin, ça ne m’intéresse pas. Il y a un point commun à chacun de mes livres, c’est que je suis attaché aux lieux. Un lieu m’inspire pour écrire plus qu’une histoire ou un personnage.

Dans Le zilien, le lieu se trouve être une école. Lieu que tu connais donc bien, parce que tu y exerces ta profession : professeur des écoles pour les CM1, CM2.

Oui, j’avais beaucoup de choses à dire sur ce qu’il se passe dans ce lieu.

Peux-tu expliquer ce qu’est un zilien ?

C’est un titulaire remplaçant qui vient remplacer les enseignants absents dans les écoles. C’est un poste qui peut être attribué à titre définitif. On peut rester zilien vingt ans ou même toute sa vie. Au début de ma carrière, j’ai été zilien durant trois ans dans le Val-de-Marne.

Le zilien de ton livre est dilettante, il n’a pas envie d’en foutre une… Ils sont tous comme ça ?

Non, je ne vais pas me fâcher avec cette catégorie professionnelle de l’éducation nationale. J’égratigne un peu ce métier, mais je pense que j’aurais pu écrire le même genre de livre si j’avais travaillé dans la banque ou dans n’importe quelle administration. J’ai écrit un livre sur l’attitude vis-à-vis du travail. Tout le monde prétend qu’il faut s’investir dans son boulot. Moi, je clame haut et fort le droit de ne pas s’investir dans son boulot. Il y a autre chose dans la vie. Moi, je préfère rester allonger dans mon lit à glandouiller et rêvasser, à lire. Je préfère ça que de me démener comme un dingue pour mon boulot. J’ai toujours eu beaucoup de méfiance/défiance vis-à-vis des gens qui se défoncent pour leur travail. Je fais une exception pour ceux qui sont passionnés, comme toi, par ce qui les fait vivre. Tu fais un boulot extraordinaire, donc je comprends, mais explique-moi comment on peut s’investir à fond dans la banque, dans le transport routier, dans l’éducation nationale ? On sacrifie forcément la lecture, les balades, la rêverie…

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Luc-Michel Fouassier, comme le zilien, dilettante?

Tu te sens proche du personnage principal de ton livre, le fameux zilien?

Oui, d’autant plus qu’il ne serait pas inefficace s’il avait une classe à lui à l’année. Quand il exerce lors de ses remplacements, il assure bien. Il est juste un pourfendeur du système de l’éducation nationale… et parfois un profiteur de ce même système.

Le directeur de l’école est tolérant et sympathique. Il laisse le zilien s’installer dans une partie de la bibliothèque pour y dormir le soir…

Il y a des personnes sympathiques dans ce milieu. J’ai voulu donner une palette de tout ce que l’on peut rencontrer dans l’éducation nationale. Il y a beaucoup de visions sur elle qui sont des images d’Épinal. En fait, ce milieu est un peu mou et pas toujours enthousiaste. Mais, encore une fois, il y a plein de gens différents.

Il y a un peu de folie dans ton personnage.

Moi, à un moment, j’ai essayé de faire des choses originales avec mes élèves, comme faire calculer la masse de matière fécale qu’un adulte pouvait laisser par an dans ses toilettes (on en était au mesure de masses !) ou faire tirer des pénaltys dans ma classe sur le tableau en guise de but (on était en pleine coupe du monde !), mais j’ai arrêté parce qu’on m’a emmerdé. Les gens n’aiment pas que tu sortes du cadre. On se prend trop au sérieux dans l’éducation nationale.

Revenons sur son aspect dilettante… pourquoi est-il ainsi ?

Etre dilettante est parfois une question de pudeur. Ça évite de complètement se dévoiler. C’est une protection, c’est de la survie. Quelqu’un de dilettante est parfois quelqu’un de plus profond, plus touché que les autres. Les dilettantes ont des sentiments très forts et exacerbés, parfois, alors qu’ils peuvent paraître surfer sur les choses. Je suis un peu comme mon personnage, mais j’essaie de ne pas le montrer.

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Tu n’as pas peur d’heurter ta hiérarchie avec ce livre ?

J’aimerais bien que des gens haut placé dans l’éducation nationale lisent ce livre et qu’il défraie la chronique. Je dis des vérités. Quand je parle des inspections, ça me rend fou. 99% des professeurs inspectés font leur petit numéro de pédagogie dès que l’inspecteur arrive. Je ne supporte plus cette comédie. Pourquoi tant d’esbroufe? Globalement, ce que font les professeurs tient la route, alors pourquoi tout ce cinéma ?

Mais, je reviens sur ma question. Tu n’as pas peur de perdre ton travail si l’éducation nationale prend mal ce livre ?

Je ne vais pas perdre mon boulot à cause de quelques égratignures. Si je me faisais taper sur les doigts, je prendrais cela comme mon prix littéraire. Ce serait mon Goncourt à moi.

Parlons de Jean-Philippe Toussaint. Il a préfacé ton livre. J’imagine ta fierté.

Je suis fou de cet auteur. J’adore sa décontraction littéraire ainsi que son exigence. Ça peut paraître paradoxal, mais son écriture est un mélange des deux. Quand j’ai écrit ce livre, j’ai vraiment pensé à lui. Quand je lui envoyé mon texte, j’ai même eu peur qu’il considère que je l’ai plagié stylistiquement. Il a vu les clins d’œil, mais il m’a dit qu’il a eu beaucoup de plaisir à lire mon roman. Il m’en a fait une critique minutieuse, presque ligne par ligne. Il m’a dit qu’il l’avait lu comme il relit ses propres romans. Il l’a lu au point de me suggérer d’enlever des virgules…

A ce point-là ?

Oui. Mon livre a été entièrement corrigé par Jean-Philippe Toussaint. Et il m’a écrit une présentation en guise de préface. Que cette interview soit encore l’occasion de le remercier !

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Avec Jean-Philippe Toussaint et Luc-Michel Fouassier, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, le 26 octobre 2013.

Est-ce que le dernier livre est toujours le plus important pour toi ?

Non. Je reste attaché à tous mes livres. Les auteurs ont souvent tendance à comparer leurs livres à leurs enfants. Je n’échappe pas à la règle. J’ai écrit cinq bouquins, je n’en préfère aucun.

Tu as écrit deux recueils de nouvelles et trois romans. Tu attaques quoi après Le zilien ?

Le prochain est déjà prêt. Un recueil de nouvelles. Mais j’écris actuellement un roman qui traitera en partie de l’adolescence et particulièrement le rapport, père/fils.

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Pour terminer, parle-nous de la version musicale de ton premier recueil de nouvelles, Histoires Jivaro.

Je lis mes nouvelles accompagnées de deux musiciens, Jean Cailliez et Sébastien Logereau, deux clarinettistes confirmés. Un jour, j’ai fait une dédicace dans la librairie Le Pavé dans la Mare à Elancourt. Ces deux musiciens étaient là pour mettre en musique ma séance de signature. Ils m’ont dit qu’ils adoraient mes nouvelles et qu’ils aimeraient bien faire un spectacle autour. Ils ont écrit des micros morceaux qui sont inspirés de mes histoires. Ces morceaux sont joués avant, après ou pendant la lecture. Ce spectacle peut aller de 20 minutes à une heure trente.

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Après l'interview, le 28 janvier 2015.