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24 juillet 2016

Lucas Gabriel : interview pour son premier EP

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Lucas Gabriel interprète des textes d’une beauté stupéfiante, enveloppée par le son aérien de sa guitare électrique. Ils nous bercent dans un univers mélancolique, où se mêlent mélodies aux influences anglo-saxonnes et aux paroles en langue française. Il vient de publier un premier EP chic et poignant.

Lucas Gabriel a tout pour réussir. Talentueux, sens évident de la mélodie, voix profonde qui touche au cœur, charismatique et beau garçon. Ce n’est pas cet EP (malgré ses nombreuses qualités) qui le fera exploser et le rendra populaire, mais l’album qui suivra. J’en fais le pari.

Après un premier rendez-vous manqué (à cause de ma légendaire étourderie, qu’il veuille bien me pardonner), le 29 juin dernier, ce jeune artiste parisien de 24 ans est venu à l’agence pour une première mandorisation… qui ne sera pas la dernière.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorBiographie officielle (un chouilla modifié) :

Spleen contemporain. C’est peut-être ce qui caractérise le plus la musique de Lucas Gabriel.
A l’écoute de son premier EP, on situe tout l’intérêt de l’artiste : les arrangements épurés font la part belle au timbre, et à une plume qui ose un lyrisme littéraire. «Comment fait-on pour vivre lorsqu’on se sait moyen ? » scande-t-il, insufflant un souffle singulier avec une verve désabusée. Lucas Gabriel a appris la musique en autodidacte.
Rapidement, il se met à écrire ses propres compositions, sans pour autant avoir l’ambition de faire sortir ses chansons de sa chambre. Néanmoins, presque par accident, il se voit du jour au lendemain propulsé sur le devant de la scène par Benjamin Clementine.

C’est en 2013, lorsqu’ils se retrouvent fortuitement dans le même hôtel pendant des vacances en Italie, que la route des deux hommes se croise pour la première fois. Lucas Gabriel est au piano quand Benjamin Clementine vient lui parler, avant qu’ils ne partent tous les deux dans un jam improvisé. Une amitié était née.

C’est près d’un an après leur rencontre que Benjamin Clémentine écoute pour la première fois les compositions de Lucas. Très vite, il lui a proposé de faire ses premières parties. Un coup de pouce, qui permet à Lucas Gabriel de monter seulement trois mois plus tard sur la scène du Transbordeur pour son premier concert, qu’il enchaîne avec deux Trianon.

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Seul sur scène, accompagné par une voix riche et trainante à la Bashung et une guitare claire façon Jeff Buckley, la réponse du public est immédiate.
Lucas Gabriel s’entoure désormais de deux musiciens, un bassiste et un batteur, venus enrichir le projet, sans rien enlever à l’intensité et à l’intimité avec la salle. Il décide alors d’enregistrer son premier EP, entièrement autoproduit et masterisé par les soins de Chab.
On est saisi par ses ballades intimes, perdues dans l’écho d’une guitare douce. 
Après avoir été sélectionné pour les auditions parisiennes des Inouïs du Printemps de Bourges, Lucas Gabriel a récemment remporté le prix du jury et le prix Beside Label au tremplin Sorbonne Live.

lucas gabriel,ep,interview,mandorL’EP :

Avec « Seul dans le Noir » et « Ni Anges Ni Dieux », Lucas Gabriel affectionne les ambiances de fin de nuit, les mélancolies de derniers verres. « Drifting Away » est une promenade dans un Paris spleenétique, pleine de fulgurances poétiques. Dans « Sentiments En Soute », Lucas Gabriel chante les affres désordonnées des jeunes amours. Çà et là, on entend quelque chose de Léo Ferré, dans son lyrisme à fleur de peau, sa fragilité vocale quasi-exubérante. Bien qu’ayant fait le choix d’écrire et de chanter en français, Lucas Gabriel opère un joli mélange des genres, citant à l’envie aussi bien King Krule ou Ry X que Benjamin Biolay parmi ses influences.
Tout au long de l’enregistrement, c’est une image un rien romantique qu’il dessine, celle d’une jeunesse qui « ne croit plus à son destin » et qui, à défaut de spiritualité, retrouve un peu de mysticisme dans la musique.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la musique ?

J’ai commencé par jouer de la guitare et, assez rapidement, mes propres compositions. C’était à l’époque où il y avait les « baby rockers », comme les BB Brunes. C’est plus tard que j’ai commencé à écrire de vraies chansons.

Tout a commencé en première année de Sciences-Po Lyon, je crois ?

Oui, j’ai rencontré un garçon qui était à fond dans l’espoir de gagner sa vie avec la musique. Il avait trouvé un manager qui lui avait demandé d’écrire des chansons en français et, comme on partageait les mêmes goûts en matière de littérature, il m’a demandé de l’aide. J’ai accepté et je me suis rendu compte qu’écrire commençait à me plaire sérieusement. Comme je lui envoyais les chansons interprétées par moi, il m’a fait remarquer que je chantais bien et il m’a conseillé de persister dans cette voie. Ca été mon déclic pour me lancer sérieusement dans cet art-là.

Tu n’échapperas pas à la question sur ta rencontre avec Benjamin Clementine.

Il y a trois ans, je l’ai vu par hasard en concert en première partie de Sébastien Tellier et j’ai commencé à le suivre sur les réseaux sociaux. Quelques temps plus tard, je suis parti en vacances avec mes parents et mon frère et, coïncidence, Benjamin était au même endroit et dans le même hôtel. Il y avait un piano, avec mon frère ou s’amusait à jouer un peu n’importe quoi. Puis nous nous sommes assis pas très loin. Après nous, Benjamin s’est mis au piano puis il s’est retourné pour me demander si c’était bien moi qui jouais au piano précédemment. Aujourd’hui, nous sommes devenus potes.

Mais, quand tu étais dans cet hôtel lui as-tu dit que tu faisais des chansons ?

Non, je préférais avoir une relation amicale et désintéressée. Mais, un peu plus tard, sous l’insistance de mon frère, j’ai fini par lui dire. C’est là qu’il m’a proposé direct de faire ses premières parties.

La première fois, c’était au Transbordeur de Lyon.

Oui, la scène est immense. J’ai mis un tabouret au milieu, j’ai pris ma guitare et je me suis lancé. C’était super impressionnant, mais je ne me suis pas senti mal à l’aise. J’ai ressenti des sensations extraordinaires et inconnues de moi jusqu’à présent. De plus, les retours du public étaient sympas. J’y suis allé sans savoir à quoi m’attendre. Le but était juste de ne pas faire n’importe quoi pour ne pas décevoir Benjamin.

Clip de "Drifting Away".

Tu as enregistré un EP assez rapidement, je trouve.

J’étais frustré que les gens qui venaient me voir en concert ou qui me découvraient un peu par hasard, au grès de premières parties, ne puissent pas acheter un disque en sortant. Et pire, encore, l’idée qu’ils ne trouvent rien en tapant mon nom sur Google me dérangeait franchement. D’où la décision d’enregistrer très vite 5 chansons. C’est une carte de visite, une trace.

Si tu n’as pas encore beaucoup de presse, ce que je lis sur toi est fort élogieux.

Je me dis que les gens n’écrivent sur quelqu’un que s’ils aiment bien. En tout cas, il faut être indulgent. C’est un premier disque, fait tout seul.

Je le trouve très joli et bien produit. Il n’y a pas de fioritures, tu vas à l’essentiel. De plus je te félicite de chanter en français. Habituellement, ceux qui jouent le genre de musique que tu fais chantent en anglais.

Je veux mettre en avant, la voix, le texte et la musique. C’est important que je puisse être compris à ces trois niveaux. Quitte à écrire en français autant faire un effort sur le style et sur le propos. Je chante en français pour faire vivre la langue française. Je trouve que c’est important.

"Sentiments en soute", live à la Maroquinerie, en janvier 2016 dans le cadre des Inouïs du Printemps de Bourges.

En France, on a tendance à juger un morceau d’abord sur le texte, ensuite sur la musique.

Sans être condescendant, je n’aime pas que l’on me dise que je fais de la chanson française. Je préfère dire que je fais de la chanson en français, parce que le texte n’est pas ce qui définit ma musique.

On te compare à juste titre à Jeff Buckley, il y a pire comme référence.

Je sais que ça permet de situer le genre, mais je ne peux pas décemment dire : « vous avez raison, ma musique rappelle Jeff Buckley ! ». Ce serait prétentieux.

Vocalement, j’ai lu que ta voix se rapprochait de celle de Biolay, moi, elle m’a rappelé parfois celle de Bashung. Pourtant, tu as ta propre identité vocale, je te rassure.

Cela dit, tous ces artistes cités, sont des gens qui font partie de ma culture musicale, même si j’écoute beaucoup de choses. Le seul dont je connais toute l’œuvre par cœur, même les chansons rares, c’est Gainsbourg. Bashung, je ne connais pas plus que ça.

"Comment Fait-on ?" (Live Session)

Penses-tu avoir trouvé ta voix ?

Un peu plus, grâce aux concerts. Chanter, c’est se mettre à nu. Au début, j’avais une voix monocorde, je n’osais pas trop la mettre en avant. Je ne m‘étais jamais défini comme chanteur, aujourd’hui, je commence à comprendre ce que je peux faire avec ma voix !

Es-tu pudique, timide dans la vie ?

Disons que je suis assez réservé. Dans un premier temps, je ne parle pas trop. J’observe. Ensuite, je me décoince petit à petit. Pour ne rien te cacher, en ce moment, je fais des efforts de sociabilité. C’est paradoxale avec ce que nous sommes en train de faire tous les deux, mais par exemple, parler de moi, ce n’est pas quelque chose que j’aime et que je fais facilement. Ca me met mal à l’aise.

Ce métier te permet-il de sortir des choses qui sont en toi ?

Ce qui permet d’exorciser pas mal de trucs, c’est l’écriture. C’est un sacré exutoire. En plus, recevoir des retours de gens que je n’ai jamais vu, qui me disent qu’ils ont été touchés, m’encourage à continuer.

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Pendant l'interview...

Que t’as apporté cet EP ?

Cela m’a permis de rencontrer des gens du métier. D’ailleurs, des choses se précisent… mais je ne peux pas t’en parler.

(En fait si, mais il m’a demandé de garder ça en off. Mais si cela se concrétise, c’est du lourd !)

Dans la génération actuelle d’artistes français, il y a des gens que tu aimes bien ?

Fauve, par exemple. Ils ont eu beaucoup de succès, mais ils ont pris pas mal de coups, de critiques, alors que leur projet était canon. Je les trouve sincère et ils ont décomplexé pas mal d’artistes par rapport à la langue française. J’aime aussi beaucoup Feu ! Chatterton, Radio Elvis ou encore Grand Blanc. Comme moi, ils ont une culture très anglo-saxonne, mais gardent leur culture française.

Pas de femmes ?

Si, j’aime beaucoup Alma Forrer. Clara Luciani aussi. Cette dernière n’est pas encore très connue, mais je suis sûr que dans moins d’un an, tout le monde parlera d’elle. Je fuis les artistes qui sont dans le revival. J’aime ceux qui renouvellent la chanson et qui propose des choses qui n’existent pas encore dans le paysage musical français.

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Après l'interview, le 29 juin 2016, à l'agence.

22 juillet 2016

Nina Morato : interview pour son quatrième album

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13819779_10208568055012360_1382538179_n.jpgNina Morato est enfin de retour ! Tout le monde se souvient en 1993 de son premier single "Maman" tiré de son premier album Je suis la mieux. Suite à cet album, elle recevra en 1994 la Victoire de la Musique de la "Révélation féminine de l'année". Cette même année, elle représentera même la France à l'Eurovision avec "Je suis un vrai garçon". Elle terminera 7ème du concours. Suivront deux albums : L'allumeuse" en 1996 et Moderato en 1999. Suite au décès de sa fille, les choses vont devenir de plus en plus difficile… le théâtre et le cinéma lui permettront de revenir épisodiquement. J’ai toujours aimé les chansons de cette artiste et j’avais hâte qu’elle revienne.

Son disque éponyme est un chef d’œuvre. Une sorte de Christophe au féminin, voilà ce qu’est devenue Nina Morato.

Je suis allé à sa rencontre à l’Hôtel de Sers le 14 juin dernier. La conversation a pris une tournure « particulière »,  je n’ai donc pas tout à fait mon travail habituel. J’ai laissé tomber la promo et j’ai écouté ses confidences. J’ai aimé cette tournure des événements…

L’album :

Né de la collaboration de Nina Morato et de Christophe Van Huffel, l'album sobrement baptisé Nina Morato lève le voile sur le jardin musical de l'Artiste. Éclectique et ambitieux, i1 croise les influences, les styles, les rythmes, les sonorités et les talents. Le projet séduit un label indépendant, AllAvitA-Records. qui accompagne le duo dans la production de l'album.

L'équipe parvient alors à réunir autour d'elle de grands noms de la musique. Notons un duo avec Matthieu Chédid, un autre avec Diego Carrasco. Le vernis final est alors posé avec le mastering de Mandy Parnell du studio Black Saloon, qui a notamment œuvré sur les albums de Björk, Dépêche Mode, Texas, PJ Harvey, Tricky ou Julien Doré... Pour respecter toute la chaleur du son, le mixage et le mastering ont été effectués sur une des cinq dernières consoles analogiques EM1, célèbres pour avoir été utilisées par les Rolling Stones et les Beatles pour leurs plus grands succès.

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IMG_0450c.jpgInterview:

Nous étions nombreux à attendre le retour discographique de Nina Morato.

Même si j’ai vécu en autarcie pendant un certain nombre d’années, j’ai toujours continué à faire des chansons. Elles se manifestent en moi. Parfois, je vais les chercher, parfois je n’y tiens pas parce que c’est souvent douloureux d’écrire une chanson. Par contre, dès qu’une s’impose à moi, je suis le fil, je ne peux pas résister. Mais pour pouvoir poursuivre cette existence sans pouvoir m’exprimer sans chanter, il a fallu que je ravale ma peine. J’ai fait comme si tout cela n’avait pas existé. Quand une chanteuse ne chante pas, elle peut devenir folle vous savez. Curieusement, il y a quelques jours, je suis tombée sur un dossier de presse complet de ma vie de chanteuse, et là j’ai réalisé que j’avais tout ça. C’était bien de moi dont parlaient ces coupures de journaux. J’ai regardé cela comme une spectatrice.

Cela vous est arrivé précisément au moment où vous avez remis la machine en marche.IMG_0449.JPG

Oui, c’est troublant. Cela s’est passé au moment où je retourne vers l’extérieur, après avoir été au fond de mon moi le plus profond, je retombe sur ce qu’a été ma vie d’avant. Il y a deux ans, j’étais devant ma vitre, il pleuvait à l’infini. J’ai regardé cette vitre et cette pluie tomber et j’ai dit tout haut : « putain ! Qu’est-ce que je vais devenir ? ». A croire que lorsque l’on pose des questions à l’univers, il vous répond. Il faut juste être attentif. Il y a le visage d’un homme qui est apparu dans mon esprit, et cet homme-là…

Laissez-moi deviner. C’était Christophe Van Huffel, celui-là même qui a réalisé votre nouvel album.

Exactement, je vous jure que c’est vrai ! Quelques années avant, il n’avait jamais répondu à mes appels. A partir du moment où Christophe Van Huffel est arrivé dans mon esprit, j’ai pris mon téléphone en ayant la certitude qu’il allait me répondre. Il a répondu. Je lui ai expliqué que j’avais des chansons qui n’attendaient que lui.

Clip de "Fanfaron" tiré de son album éponyme.

ob_6bc325_ninamorato1.jpgVous avez vécu la perte d’une de vos filles en 1997. Vous étiez alors en pleine ascension et en pleine négociation de gros contrats. Là, tout le monde vous a laissé tomber.

Ma maison de disque pensait que je n’allais pas pouvoir assumer, alors qu’au contraire, il aurait fallu que je me jette corps et âmes dans le travail. Quand on fait ce métier, cela génère beaucoup d’affinités entre les gens et on a l’impression d’être ami avec la Terre entière. Quand vous vivez un tel drame, d’abord les oiseaux se cachent pour mourir, alors on n’a pas envie de montrer ce visage tellement peiné et plein de chagrin. Et puis, quand on a ce chagrin, c’est comme une maladie contagieuse : les gens flippent, fuient… ils ont peur. J’ai bien compris que c’était le moment pour moi de vivre ce chagrin pleinement dans la solitude et l’isolement. Je ne communiquais qu’avec mon piano. C’était même l’ancre qui m’a permis de ne pas sombrer. Aujourd’hui, ma tête a oublié beaucoup de choses. Mon cerveau a fait airbag. Ce n’est pas une volonté de ma part, mais pour pouvoir survivre, je n’ai plus que des morceaux de mémoire.

Vous êtes tombée de nouveau enceinte à la sortie de votre troisième album Moderato.ob_fe3b29_13174189-10153783338764888-17832675038.jpg

Odyssée est née en 2001 et je me suis consacrée à ce nouvel enfant. Les enfants qui arrivent sur Terre nous font un cadeau. Les enfants qui partent, même si c’est complètement absurde, illogique et que cela procure une insoutenable peine dont il est compliqué de se remettre, c’est aussi une forme de cadeau. Dans tout drame, il y a une raison. Il faut la piger, mais il y a une explication à tout. Depuis le départ de ma première fille, j’ai eu la chance d’avoir affaire à des choses dont j’ignorais l’existence. Malgré mes airs perchés ou lunaires, je n’avais aucune idée de ce qu’il se passe avant la vie, et de ce qu’il se passe après. J’ai eu la chance de recevoir des signes d’elle. Mais bref, je n’en dirai pas plus.

Pour vous en sortir, vous vous êtes aussi adonnée à d’autres activités artistiques.

J’ai fait du théâtre. J’ai joué Le monologue du vagin et dans Don Quichotte contre l’ange bleu de Jérôme Savary. Cela m’a structuré d’avoir un endroit où aller chaque jour. Il y avait quelque chose de rassurant et d’équilibrant pour moi d’avoir des choses fixes. Cela m’a enseigné une certaine discipline, de la rigueur aussi. Un jour, j’allais rentrer sur scène et à une minute de mon entrée, je réponds au téléphone et j’apprends le décès de ma mère. Je suis quand même montée sur scène. Je sais désormais ce que veut dire « the show must go on ».

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Matthieu Chédid fait un duo avec vous sur votre album, « Ah non non non ». Il a commencé sa carrière en jouant pour vous au temps de votre succès. Il vous a même accompagné sur « Je suis un vrai garçon », en 1994, lorsque vous avez représenté la France à l’Eurovision en 1994. 

Un jour, je suis allé voir un medium qui m’annonce que j’avais eu trois filles, dont une a renoncé à sa vie. Elle me dit plus tard : « Et je vois un grand M qui va ressurgir de votre vie passée. Il va apporter beaucoup au projet que vous entreprenez ». Du coup, je me suis débrouillée pour revoir Matthieu à Bercy, dans les coulisses, après un de ses concerts. Il a accepté tout de suite le duo que je lui ai proposé.

La chanson « Fais-moi signe » est celle qui m’a le plus touché.

Là aussi, je vais vous raconter une histoire troublante. Il faut savoir que Christophe Van Huffel a vécu lui aussi un drame. Il a perdu son amoureuse. Pendant l’enregistrement du disque, j’ai été saisi par une très forte fièvre complètement inexpliquée pendant 24h. Christophe Van Huffel voulait qu’on appelle le médecin. Je n’arrivais pas à parler. Trois mois après, je suis allée voir un médium qui m’a annoncé qu’une entité me squattait.  Il m’a dit qu’il avait un message d’une jeune femme décédée il n’y a pas très longtemps et qui est morte en faisant la même chose que vous.  Quand, un autre jour, j’ai chanté « Fais-moi signe », la fièvre est tombée subitement. J’ai appris que c’était l’amoureuse de Christophe, décédée quelques temps avant, qui était entrée en moi. J’ai expliqué à Christophe ce qu’il m’arrivait et il pensait que je perdais totalement la raison. Puis, il m’a avoué qu’il était en train de faire un album avec elle et qu’il lui avait promis qu’il irait jusqu’au bout, ce qu’il n’a pas pu faire. « Maintenant, tu n’as plus rien à craindre » a-t-il fini par me dire.

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Lors de l'interview, le 14 juin 2016.

Bonus : Quelques clips de Nina Morato...

1993 : Clip de "Maman".

1994 : Eurovision "Je suis un vrai garçon" (avec Matthieu Chédid à la guitare).

1996 : Clip de "Seulement la nuit".

1999 : clip de "J'attends".

Et puis, tenez, je ressors ces archives... nous étions à Eurodisney en 1993 (je travaillais alors pour Top Music, radio leader de Strasbourg).

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21 juillet 2016

Lola Baï : interview pour l'EP La lueur et pour The Voice

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(Autoportrait de Lola Baï)


lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrElle a le regard déterminé et la voix claire. Lola Baï (à gauche photo de Frank Loriou), 34 ans, est une professionnelle, grande habituée des scènes. Cela fait quelques années que je connais son existence professionnelle. Cela fait quelques années que je la suis, de loin, discrètement. Elle m’a toujours intéressé, mais je n’ai jamais fait le pas pour concrétiser ma curiosité envers elle. Je ne sais pas pourquoi. Attendre le bon moment, peut-être…

Et puis je l’ai vu dans The Voice. Un peu avant, je ne sais plus exactement pourquoi, nous nous étions contactés sur Facebook. Elle m’a envoyé la première partie de son EP La lueur et il m’a immédiatement conquis.

Bref, il fallait que nous nous rencontrions. Ce qui fut fait le 16 juin 2016, dans un bar du Sentier à Paris.

Quelques dates :

2004 : Premières compositions sur des textes de Thézame Doutreleau… Des concerts accompagnés de musiciens… Une résidence d’artistes loufoques et pluridisciplinaires aux portes de Venise… Des tremplins…Puis une rencontre avec Claude Lemesle qui souhaite suivre son travail.

2007 : Lola remporte  le tremplin « Visa Francophone »  et décroche une première partie à l’Olympia. Elle fait les "rencontres d'Astaffort" où elle croise un artiste québécois qui lui donne des envies d’ailleurs. Elle finance son voyage et part pour la première fois à la découverte du public québécois. A son retour en France, c’est le temps d’une remise en question artistique.

2008 : Elle passe l’année enfermée à écrire. Elle abandonne le côté  « chanson métissée », compose et travaille son piano avec une volonté : celle de s’accompagner seule sur scène. Une nouvelle rencontre d’importance la conduit vers un projet conséquent : celle de Serge Faubert qui lui propose de participer à la création de son premier disque.

2009 : Sortie de Sur la pointe des pieds. L’album, très pop, est composé de 12 titres largement inspirés de lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrsa propre vie. Suivent deux ans de concerts en solo à travers la France, au Québec et en Belgique où elle participe notamment à la version Belge du chantier des Francos.

2010 : Elle est programmée aux Francofolies de Montréal et de Spa (où elle rencontre Alexis HK) et les Francofolies de Spa et continue sa tournée en France en solo.

2012 : Elle s’entoure de musiciens Mickaël Gasche (Bugle/claviers) Éric Doboka (basse) et Alexandre Berton (batterie), ils font ensemble quelques dates en France et en Suisse, mais elle se consacre surtout à l’écriture. Ecriture du second album mais aussi d’une nouvelle page personnelle avec la naissance de sa fille.

2013 : Ecriture, toujours, elle rencontre David Berland (SLC- la comédie musicale, DISCO, et en musique indé : Nameless, Swann…) qui lui propose de travailler avec elle sur les arrangements et la réalisation du second album. Elle lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrmonte en parallèle un nouveau projet  The ShougaShack avec les artistes Clelia Vega et Nadia Simon.

2014 : Lola Baï enchaîne les allers/retours à Paris et enregistre dans le studio Audiotape de David Berland. 12 titres sont enregistrés dont un duo avec Alexis HK sur un texte de ce dernier et 2 chansons de Jérôme Attal. - En parallèle, l’aventure The ShougaShack  prend son envol, une quinzaine de concerts à travers la France réalisés et là aussi un projet d’EP.

2015 : Sortie de la première partie de l’EP 6 titres « La lueur » et sortie de l’EP de The ShougaShack.

2016 : Elle participe à l'émission The Voice et sortie de la 2 ème partie de l’Ep 6 titres « La lueur prévue pour octobre.

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lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrInterview :

J’ai lu dans ta bio que la musique n’était pas très présente dans ton enfance, mais qu’à 5 ans, un vieux clavier Bontempi avait échoué dans ta chambre. Et là, c’est la révélation : « Je serai pianiste classique ».

C’est la pure vérité. Je ne sais toujours pas comment il a atterri dans ma chambre. Mes parents n’en savent rien non plus.  

Il faut interpréter ça comme un signe alors.

Exactement. On n’écoutait pas de musique à la maison. Donc, avec ce Bontempi, j’ai commencé à créer des musiques ou reproduire les petites mélodies que j’entendais à droite à gauche. Ça m’a donné l’envie folle de devenir pianiste. Plus tard, à 10 ans, je suis rentrée au conservatoire pour apprendre le solfège.

Je crois savoir que tu n’as pas trouvé cette expérience géniale.

Ce n’est pas ce que j’apprenais qui ne me plaisait pas, c’est le milieu qui me dégoutait. J’étais plus âgée que les autres et pas très à l’aise dans cette ambiance. J’étais trop jeune pour aller avec les adultes et trop vieille pour rester avec les autres gamins. Ca ne s’est donc pas bien passé. J’ai été victime d’une injustice trois ans plus tard. Ils ne m’ont pas fait passer dans la classe supérieure alors que ma voisine qui avait moins de point que moi si.

Clip de "La douleur", extrait de l'EP La lueur.

Quand as-tu remarqué que tu avais une voix ?lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandr

C’est beaucoup plus tard. A l’adolescence, je n’avais pas du tout la même voix. J’étais tellement sensible, touchée par tout, que ma gorge était complètement nouée. J’ai mis presque 10 ans, jusqu’à mes 26 ans, avant de la dénouer complètement. Aujourd’hui, le timbre de ma voix est le plus naturel possible.

Tu as pris des cours de chants ?

Les profs de chant que j’ai rencontré n’arrivaient pas à m’aider, malgré beaucoup de travail.

Ton cas était désespéré ?

Mais oui (rires). C’était terrible pour moi. Là j’en ris, mais ça ne m’amusait pas du tout à l’époque. Il a fallu que je travaille toute seule. Du coup, quand j’y pense, j’ai tout fait seule, la guitare, le piano, le chant… je crois que la méthode scolaire ne me convenait pas.

Tu es passée par les Rencontres d’Astaffort et par les cours de Claude Lemesle, donc tu as essayé d’apprendre par d’autres biais.

J’ai rencontré Claude lors d’un tremplin. Il a été super gentil avec moi et depuis, nous avons gardé contact. Nous avons un profond respect l’un pour l’autre. Parfois, je lui envoie ce que je fais, il me conseille avec bienveillance. Je suis allée à son cours juste trois fois. J’ai constaté que là non plus, ce n’était pas pour moi. Je n’y arrive pas quand on essaie de m’instaurer des règles. Je me faisais du mal en y allant. Je me trouvais nulle parce que les autres « élèves »  parvenaient à bien travailler.

Clip de "Run Away", extrait de l'EP, La lueur.

lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrTon EP La lueur est bien produit et les chansons sont très efficaces. Je ne comprends pas pourquoi il n’a pas été repéré.

C’est l’éternelle question à laquelle on ne peut pas répondre. Rien n’est rationnel dans ce métier.

Dans cet EP, il y a une chanson de Jérôme Attal, mon auteur préféré.

Il m’a fait deux chansons. Je cherchais des auteurs et quelqu’un m’a conseillé de travailler avec lui. Je suis allée lire ses textes et je suis tombé sur qu’il a écrit pour Mareva Galanter. Je me suis surprise à envier cette écriture, j’ai trouvé ça si beau. Je l’ai contacté et il a accepté tout de suite de collaborer avec moi.

Tu as utilisé Kiss Kiss Bank Bank pour financer ton EP La lueur.

Si je n’étais pas passée par un site participatif, je n’aurais pas pu le sortir. Je n’ai jamais eu de label, ni d’éditeur. Je trouve le système de crowdfounding très intéressant, il permet de rester indépendant. Je ne dois des comptes à personne, hormis à mes souscripteurs.

La lueur (Jérôme Attal/ Lola Baï), capté au Magic Mirror de l'Abbaye de l'Epau, extrait de l'EP La lueur.

lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandrParlons de The Voice. Je crois que tu as été repérée par un casteur.

On est venu me chercher l’année dernière pour The Voice de l’année dernière. Certes, ils viennent te chercher, mais à partir du moment où tu acceptes de participer, ils te mettent au même niveau que les autres. Tu dois faire les premières auditions, puis les auditions à l’aveugle etc… tu n’es pas privilégié. Au final, l’année dernière, ils m’ont dit qu’il n’y avait plus de place. Mais tant mieux. Je n’étais pas dans le même état d’esprit.

C’est-à-dire ?

Je comptais beaucoup sur cette émission. J’étais persuadée que ça allait me faire décoller, j’imaginais plein de trucs et ce n’était pas très sain. Cette année, j’étais plus zen, plus lucide. L’équipe de prod ne te fais aucune promesse et est très à l’écoute et respectueuse des artistes. A 35 ans, je savais que je ne pouvais pas aller très loin, mais je savais que je pouvais beaucoup m’amuser. J’avais très envie de vivre ce genre d’expérience au moins une fois dans ma vie.

The Voice 2016: Battle Lola Bai VS Louyena - Encore et Encore (Francis Cabrel)

Ces deux talents de la team Garou s'affrontent lors de la saison 5 de The Voice. Lola Baï est sauvée par son coach. Les Louyena sont éliminés.

C’est flippant de participer à The Voice ?lola baï,la lueur,shougashack,les instinctives,the voice,interview,mandr

Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. J’en ai fait une conjonctivite. Je n’ai jamais fait de conjonctivite de ma vie (rires) ! Paradoxalement, je te dis, je me suis amusée à le faire et j’étais contente d’être là.

Cette expérience t’a apporté quoi ?

Je sais qu’être dans une sphère avec beaucoup de visibilité, ce n’est pas pour moi. Là, je suis arrivée à la limite de ce que je peux supporter en termes de notoriété. Désormais, on me reconnait dans la rue, mais raisonnablement. Quand je vois Slimane, qui est un type que je trouve génial et très généreux, qui est passé quasiment du jour au lendemain à une incroyable notoriété, je ne sais pas comment il gère. On lui en demande beaucoup et dans la rue, il n’est plus du tout tranquille. Ce n’est pas facile d’être toujours heureux et disponible pour les gens tout le temps…

Tous les artistes ont envie d’un succès populaire non ?

Oui, bien sûr. On a tous besoin d’amour et de reconnaissance. Moi, j’étais persuadée que j’avais envie et besoin de ça. Aujourd’hui, plus du tout.

Tu fais aussi partie d’un groupe, The ShougaShack.

Nous sommes en train d’enregistrer notre deuxième EP. Avec The ShougaShack, on a beaucoup de dates cet été. On est trois minettes sur scène et les gens ont l’air d’apprécier notre travail. Avec Clelia Vega et Nadia Simon, nous chantons en anglais. C’est folk, blues…  Nous sommes trois voix lead, donc nous portons l’aventure à trois. C’est très reposant. On vend beaucoup de disques à la fin des concerts. Non, vraiment, avec ce groupe, tout va bien. En plus, toutes les trois nous avons nos projets parallèles, il n’y a aucune rivalité.

The ShougaShack. Le clip de "Sugar Shack".

Tu arrives à vivre de ton métier ?

Ça fait 10 ans que je suis intermittente du spectacle et je gagne à peu près 1500 euros par mois. Tu vois, je te dis toute la vérité.

Mais tu es heureuse chaque matin quand tu te lèves pour faire le travail que tu aimes…

Exactement. Je me rends compte que j’ai une liberté que les autres n’ont pas. Je ne gagne pas beaucoup d’argent, mais je fais ce que j’ai envie de faire. Je n’ai pas de patron, j’ai une petite maison et tout va bien. Je prends conscience de ça depuis deux ans.

Tu es aussi à l’origine d’un jeu musical et visuel inspiré des cadavres exquis, Les Instinctives ?

« Une instinctive » est une œuvre musicale et visuelle de moins de 2 minutes réalisée instinctivement par plusieurs artistes dans un délai très court. Une fois la proposition faite, celle-ci ne peut être modifiée par quiconque (même pas par l’artiste dont elle est issue). Il ne peut plus agir sur la suite des évènements si ce n’est en acceptant ou non les nouvelles propositions dans leur intégralité. Le tout pour arriver à une œuvre commune, finie, instinctive, où chacun a eu la place de s’exprimer pleinement et librement.

LES INSTINCTIVES // 4 - "3 to 5"
Les joueurs sont :
Alexis Bardinet (Mastering) - http://www.globe-audio.com/
Quadrupède ( Musique et mixage) - https://qdrpd.bandcamp.com/
Lola Baï (Musique et vidéo) - http://www.lolabai.com

Tu peux me donner un exemple ?

Je propose une musique, je l’envoie à un autre artiste. Il n’accepte pas ma proposition, je peux la proposer à un autre artiste. Ce dernier l’accepte, il part de ma proposition sans la modifier et ajoute sa patte. Je n’accepte pas sa proposition, nous en restons là, l’œuvre ne sera pas une "instinctive". J’accepte sa proposition,  nous l’envoyons au mixage. L’ingé son n’en veut pas, nous pouvons la proposer à quelqu’un d’autre. L’ingé son l’accepte, il nous envoie sa proposition « finie ». Nous  n’acceptons pas, l’œuvre ne sera pas une "instinctive". Nous l’acceptons, on l’envoie au mastering…..puis à un vidéaste… Jusqu’à obtenir une œuvre complète  diffusée très rapidement sur un temps  très court. Moins d'un mois entre la création et la diffusion. Ça me fait un bien fou de faire ça et je sais que les artistes qui participent aussi. Le plus dur, c’est de convaincre les artistes.

Que fais-tu aujourd’hui ?

Je suis en train de composer de nouvelles chansons pour un nouvel EP que je vais sans doute réaliser, arranger et mixer seule. Ce sera une aventure pour moi de tout gérer de A à Z.

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Après l'interview, le 16 juin 2016.

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20 juillet 2016

Imbert Imbert : interview pour Viande d'amour

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(Photo : Thibaut Derien)

Viande d'amour, le quatrième album d’Imbert Imbert est, de loin, je trouve, son meilleur album. Imbert Imbert a su s’entourer pour échapper à la solitude qui finissait par le faire, je trouve encore, tourner un peu en rond (mais avec un sacré talent tout de même). Ainsi, son acolyte de scène Stephen Harrison (contrebasse, banjo), Grégoire Gensse échappé du Cirque Plume (piano, trompette, chant, guimbarde vietnamienne) et le batteur Denis Charolles (Arthur H et Brigitte Fontaine) ont participé à cette aventure discographique. L’énergie n’est pas feinte, on est proche d’un concert live.
J’applaudis un changement notable dans l’œuvre d’Imbert Imbert. S’il poursuit sa contemplation du déclin de la société et que l’on est souvent proche de l’abîme, il parvient avec brio à se raccrocher aux petits bonheurs de l'existence, voire à nous insuffler quelques notes d’espoir. Oui, oui, vous ne rêvez pas, je parle bien d’Imbert Imbert (mandorisé il y a 9 ans)

Le 1er juin, Imbert Imbert est venu  à ma rencontre à Webedia… ça tombe bien, j’avais beaucoup de choses à lui demander.

500x500.jpgViande d’amour par Imbert Imbert :

La viande, ou ce qu'il reste d'un corps quand on lui retire la vie. L'amour, ou ce qu'il reste de vie quand on lui retire un corps. La viande, ou le muscle de la mort. Et de l'amour aussi. Les mots sont des amis inconnus. Ils ne sont ni tout à fait de mon avis ni tout à fait opposés, ils se livrent avec bienveillance et me surprennent. Je n'ai pas d'arme contre eux. Parfois ils me font un peu mal mais ils le font avec tellement d'innocence que je ne peux pas leur en vouloir. Ils sont mignons tout plein. Ils ont la liberté désordonnée des enfants. Dieu que le désordre est beau ! Diable ! Mais que dire de la liberté ! J'écris ce que je ne sais pas dire. Je donne aux mots la charge de tout ce que je ne sais pas que je suis. Je me divertis de moi-même. Je me confonds à l'homme, à l'humain, celui qui n'est pas une part de I'humanité mais I'humanité elle-même. J'ai les salauds en moi, j'ai les sages et les fous, j'ai les vivants, j'ai les morts, j'ai la matière, j'ai le néant, j'ai l'infini. Putain que c'est bon ! Viande d'Amour, qu’avec la musique qui m'anime, les mots qui se précisent, les chansons qui s'écrivent, la matière se dilue dans le mystère de la vie, les corps se fondent aux âmes et la chair se fait sentimentale. Pour illustrer cette sensibilité crue, j’ai voulu enregistrer cet album de la plus simple des manières, quelques jours de studio seulement, pour prendre le son d'un moment qui passe, avec ses erreurs, ses imprécisions, ses fragilités, pourvu que se perçoive la puissance de ces musiciens qui ne sont que des hommes. Et quels hommes ! Grégoire Gensse, au piano, est un musicien total, compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste, il a la jeunesse bouillonnante. Denis Charolles, à la batterie, est également compositeur, arrangeur, il a la folie fondatrice. Stephen Harrison, à la contrebasse et au banjo, qui m'accompagne sur scène, a un groove inégalable. Tous trois ont ce point en commun : ils jouent avec leur cœur, leur corps, leur viande... d'Amour s'il-vous-plait !

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 (Photo : Thibaut Derien  #sur scène dans une minute – Imbert Ibert avec Stephen Harrison) 


13315728_10153940009484270_166655288463675738_n.jpgInterview :

Sur la pochette de ton nouveau disque (signé Thibaut Derien), on te voit replié sur toi-même. Y a-t-il un message caché ?

Dans la vie, je ne suis pas replié sur moi-même, mais j’ai tendance à la solitude. La plupart des personnes qui écrivent, en général, font un travail d’introspection, au moins à un moment donné. Le travail de l’instrument ou de l’écriture, c’est complètement solitaire.

Un artiste est seul pour créer et très entouré pour jouer sa musique sur scène. Schizophrénie mon amour ?

Tu as raison, il y a sans doute un peu de schizophrénie chez un artiste, je ne m’étais jamais posé cette question. Je passe beaucoup de temps à être seul et j’aime ça. L’introspection que je fais est  une passion. Je réfléchis en permanence sur la vie.

C’est là que tu trouves les sujets de tes chansons.

Peut-être, je ne me rends pas bien compte. En fait, je crois que je fais toujours la même chanson, mais avec un angle de vue différent à chaque fois.

Clip non officiel de "Le cancer des gens soumis", version 2015.

Moi, j’ai écouté l’album de quelqu’un qui n’est pas content de la société dans laquelle il vit et qui, a 12360100_10153594292164270_3209989306479785765_n.jpg
priori, n’aime pas ce que sont les gens. Dans « Le cancer des gens soumis », par exemple, tu vas très loin pour dénoncer la connerie humaine.

J’ai écrit cette chanson après les élections où le FN a fait un score impressionnant. J’étais une fois de plus affligé. Je crois que les gens sont autant vilains que profondément bons. On a tous des choses noires en nous, après on le contrôle plus ou moins bien. Il y a des moments où ils ne contrôlent plus.  Nous avons tous une sale bête en nous.

Tu fais quoi, toi, pour lutter contre cette sale bête ?

Je travaille beaucoup. Je fais en sorte que la sale bête laisse plus de place à la gentille bête.

La chanson est donc un bon moyen pour l’extirper de toi ?

En tout cas, créer des chansons, c’est du bon temps que je prends pour soigner les belles choses que j’ai en moi.

Clip de "A la gorge du temps".

(Photo ci dessous, Stéphane Mommey.)

stephane Mommey.jpgParfois, tes textes sont au premier degré, parfois, il faut un peu plus gratter pour comprendre.

Il y a des moments où les choses que je veux dire sont plus claires dans ma tête que d’autres moments. J’essaie de mettre des mots sur le grand mystère de la vie, mais de temps en temps, ce sont les mots qui me les expliquent. La poésie, ça sert à ça. Je ne comprends pas forcément les choses consciemment.

12 jours de répétitions et 4 jours d’enregistrement studio pour un album joué quasiment live, c’est la première fois que tu procèdes ainsi ?

Oui. On a joué live et c’est une superbe expérience. On entend bien que ce sont des hommes qui sont en train de jouer de la musique… et pas des machines. C’est vivant !

C’était bien de travailler dans l’urgence ?

C’était un plaisir, mais si on avait eu 4 jours de plus, on n’aurait pas dit non (rires).

Parfois, vous êtes parti en free jazz, comme dans « L’ado le sent ».

Oui, je me suis régalé à jouer cette chanson. Je ne pense pas que ce soit celle qui va le plus marquer le grand public (rires). Au départ, j’ai écrit d’abord la ligne de basse, puis la chanson ensuite. Denis Charolle a préféré partir avec de la batterie. Cela a modifié la structure du titre, mais c’était génial. Contrairement à mes trois précédents que j’avais hyper contrôlés, dans cet album, j’avais envie de faire participer les gens. Bien sûr, je suis arrivé avec mes chansons finies, mais ouvertes à toutes possibilités. Ce disque est habité par ces musiciens-là. De plus Grégoire Gensse, le pianiste, est mort depuis. Je suis content d’entendre sa marque puissante.

Tu n’as pas eu peur de trop t’éloigner musicalement de ce que tu faisais avant, au risque de dérouter ton public ?

Non, parce que j’avais une totale confiance en mes musiciens. Le risque, en musique, de toute manière, il est permanent.

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(Photo : Sylvie Bosc)

C’est le quatrième album en 11 ans de carrière.

J’en sors un tous les trois ans. C’est un bon rythme. Pendant les trois ans de battement entre deux albums, c’est une course. La scène, mes autres projets, la création… un artiste n’arrête jamais en fait.

Ensuite, il faut se poser un peu pour écrire de nouvelles chansons.

Oui, c’est un sacré boulot de faire un disque. Ecrire des chansons qui m’aillent, c’est difficile. J’essaie d’écrire en permanence, mais je peux revenir sans cesse sur l’une et y passer trois ans. Une chanson, c’est vivant. On peut ne jamais s’arrêter de l’écrire.

Le titre de ton album, Viande d’amour, est un peu déroutant.

J’ai mis un mot censé ne pas être beau avec un autre mot censé l’être, c’est le Yin en le Yang. C’est un peu la panoplie d’Imbert Imbert. J’écris souvent ainsi sans vraiment le vouloir. Je mets des choses laides dans des textes que j’espère beaux. J’ai envie de faire ressortir les reliefs.

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Pendant l'interview...

Il y a dix ans, j’étais venu te voir au Zèbre de Belleville et tu parlais pas mal entre les chansons. Tub784d3666d6c22ac2d84a0b185de85db.jpg lançais des messages politiques. Je me souviens que tu avais dit : « Si des gens votent Sarkozy, je ne les retiens pas », ou un truc comme ça. Ça m’avait choqué.

Je me souviens avoir dit ça, mais je ne le ferai plus. Aujourd’hui, j’ai changé. Que ceux qui votent Sarkozy viennent me voir, nous allons parler. J’ai plus envie de ça maintenant. Je dis pareil pour les gens qui votent Marine Lepen. Je préfère le dialogue à la fermeture d’esprit.

Tu as changé, dis donc.

Je suis devenu plus tolérant aujourd’hui.

Tu ne t’es quand même pas adouci ?

(Rires) Je ne sais pas.

1654324_10153463636749270_3159288802590093263_n.jpgQuand on vieillit, on devient plus sage ?

Je ne sais pas si c’est de la sagesse. J’ai envie de pardonner aux humains. J’ai envie de les soigner plutôt que de leur mettre des tartes.

Un artiste, ça peut être un médicament, en effet.

La poésie, c’est prendre soin des autres.

Dans tes chansons, avant cet album, je te trouvais un peu trop radical, alors que dans Viande d’amour, l’espoir est là.

Je m’applique depuis 37 ans à vivre et je crois que je commence à apprendre à y arriver un peu mieux. Je fais des progrès tous les jours.

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Après l'interview, le 1er juin 2016.

18 juillet 2016

Richard Gaitet : interview pour L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes

Richard_Gaitet.jpgJe lis Richard Gaitet depuis son premier roman, très introspectif et pas vraiment joyeux, Les heures pâles. Puis, il y a eu un livre, trop court mais complètement  loufoque. Dans Découvrez Mykonos hors-saison, l’auteur racontait les aventures aussi tumultueuses qu’improbables de deux fêtards en goguette à Mykonos.

Je l’avais mandorisé une première fois pour ces deux romans.

Je nourrissais donc beaucoup d’espoir sur le livre qui allait venir. Et bon sang de bois, je ne suis pas déçu. Même complètement fasciné par L'aimant, roman magnétique d'aventures maritimes, ce roman d’aventure maritime délirant, fantastique, absurde, poétique…

On est dans Poe, dans Verne, dans Gaitet, c’est pareil. C’est vif, moderne, efficace, il faut juste se laisser porter par la vague, sans réfléchir. Lire à l’instinct. Une expérience littéraire unique, je vous assure.

Le 27 mai dernier, Richard Gaitet est venu à Webedia pour évoquer ce roman hors norme et essentiel.


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Gabriel est un jeune marin belge, facétieux, fort en gueule mais maladroit. Il veut apprendre à naviguer mais aussi à boire, à se battre et à aimer. Pour sa première traversée transatlantique, le voilà radio sur un cargo, d’Anvers à Buenos Aires. Hélas ! Une escale aux Açores lui révèle qu’une organisation secrète internationale vient de s’accaparer les ressources inespérées d’un recoin du pôle Sud, menaçant l’équilibre géomagnétique mondial…

Saura-t-il conjurer la catastrophe ?

Roman contemporain d’aventures maritimes, récit d’initiation tragi-comique aux accents surnaturels, L’Aimant poursuit l’histoire d’un titre méconnu de Jules Verne, Le Sphinx des glaces, qui reprenait déjà l’intrigue irrésolue de l’unique roman d’Edgar Allan Poe, Aventures d’Arthur Gordon Pym. La conclusion rocambolesque d’un mystère littéraire au long cours.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

L’illustrateur :

Riff Reb’s est né en 1960. Qualifié de « Baron du dessin » par Moebius, il est l’auteur d’une vingtaine d’albums de bande dessinée, dont une remarquée « trilogie maritime » : À bord de l’Étoile Matutine (2009), Le Loup des mers (2012, prix Fnac), Hommes à la mer (2014).

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13501860_10154294755032485_4145233104108072343_n.jpgInterview :

Lors de ta première mandorisation, il y a deux ans, tu m’as parlé de ce livre. Tu en étais à la moitié de l’écriture…

Les premiers chapitres remontent à cinq ans, à peu près. J’ai mis au bon coup de collier lors d’une résidence au Diable Vauvert, il y a trois ans. Ça m’a permis de savoir que j’étais prêt à bosser au moins encore deux ans dessus. Il m’a fallu un moment pour boucler l’intrigue. J’avais lancé des pistes dans la narration, elles devaient retomber sur leurs pattes.

C’est quoi ton livre ?

Un roman d’aventure maritime, même s’il y a de nombreux passages qui se déroulent sur la terre. Ce qui arrive lors des escales est très important. C’est aussi un roman de formation et d’initiation. Le héros à 20 ans et il arrive comme une page blanche. Il a envie d’apprendre à se battre, à tisser de fortes amitiés… il va beaucoup boire, baiser. Je raconte l’histoire d’un garçon ouvert sur le monde qui veut absorber le plus d’aventures possibles.

Je me souviens que tu m’avais dit que tu voulais faire du Jules Verne, mais avec des couilles.Félix_Nadar_1820-1910_portraits_Jules_Verne_(restoration).jpg

Les livres de Jules Verne sont sidérants sur le plan de l’imagination, des connaissances scientifiques, des informations sur les territoires, la topologie, la géologie, la zoologie… mais ses romans n’étaient pas du tout organiques. Ses personnages n’ont jamais faim et n’ont jamais de sens éveillés. C’était complètement asexué. La raison venait du fait qu’il publiait aussi dans des collections pour la jeunesse. Ce n’est pas comme ça que j’envisage les livres. Il faut que les personnages soient vivants, électriques, il faut que je sente ce qui les fait bander, ce qui leur donne de l’appétit... J’ai souhaité remettre au gout du jour tout l’élan vernien : les mystères, les voyages, les rencontres, avec des choses qui n’existent pas dans la réalité. Mais je me suis dit que tout cela devait passer par le corps.

Ton livre oscille entre l’exactitude des positions géographiques, des faits, des situations et le fantastique, des trucs qui ne peuvent pas se réaliser.

Je considère que pour faire croire à l’invraisemblable il faut être le plus vraisemblable possible. Il faut que le cadre du délire soit rigoureusement exact et colle le plus possible à la réalité.

55459-1.jpg

richard gaitet,l'aimant,interview,mandorLa vie dans le cargo, c’est comme que tu le racontes ?

J’ai fait des demandes pour passer deux semaines dans un cargo, ça n’a pas abouti, du coup, j’ai lu énormément de récits de personnes qui ont fait des voyages en cargo, qui ont alimenté des blogs extrêmement précis sur leurs sensations…  je voulais que la tapisserie soit fiable. J’ai employé de vrais termes techniques pour que l’on puisse croire à ce que je décrivais et à la réalité de cette fiction. Je me suis beaucoup documenté aussi sur chaque escale que fait le cargo : Dakar, l’Islande, la Patagonie... Je le répète, je suis parti sur le principe que si tout à l’air vrai, l’extraordinaire peut avoir lieu. Si ma réalité et fragile, je perds du monde sur l’irréel.

Tu ne t’es jamais donné de limites pour garder une crédibilité maximale à ton histoire ?

Finalement, non. J’ai beaucoup hésité à garder la scène avec le monstre. Je me suis dit qu’à ce niveau-là de l’histoire, si les personnes sont toujours avec moi, ils peuvent accepter l’idée qu’il peut y avoir des créatures extraordinaires. J’ai voulu ouvrir mon imaginaire et accueillir tout ce qui me venait. Dès que j’allais un peu loin, je revenais vite à un cadre terrestre, terrien.

Ton livre est tellement barré que tu as dû te demander jusqu’où tu pouvais te permettre d’aller pour ne pas perdre tes lecteurs, non ?

Complètement. 100% délire, 100% fantaisie, ça n’intéresse qu’une frange microscopique de lecteurs. Personnellement, étant donné le temps que j’ai passé à écrire ce livre, j’ai souhaité qu’il y ait le maximum de lecteurs qui croient aux personnages, à l’intrigue, aux thèmes abordés, à ce que cela peut raconter du monde contemporain. Juste l’imagination, ça ne suffit pas. C’est un roman, genre noble qu’il faut servir comme un page.

Dans ce livre foisonnant, tu parles des sujets essentiels de la vie : l'amour, la mort, l’amitié, l'hérédité, la condition humaine, la société de consommation, l'anarchie, l'écologie, la politique, la cupidité, l'argent-roi, le besoin d'un retour aux valeurs humaines fondamentales…

Je voulais que celui qui a lu tout Jules Verne soit désarçonné, voire soit en colère. Jules Verne, pour la France et pour le monde, c’est une statue du Commandeur, intouchable. Il a tellement donné à l’imagination, à l’aventure, aux romans, qu’il en est devenu magnifique. Quand je dis que ça manque d’humour, d’organique, de sexe et même de femme, on ne peut pas dire le contraire. On ne lui en veut pas, c’était une question de contexte et d’époque. Tout le reste est tellement foisonnant et brillant sur 50 ans de carrière et 80 romans qu’il force le respect. Aujourd’hui, on ne peut plus faire un Jules Verne au pied de la lettre, sans intégrer des éléments de modernité. J’ai utilisé différents niveaux de langage, de l’humour, des nanas, du sexe, des beuveries et évoqué beaucoup de thèmes contemporains.

Il est beaucoup questions d’alcool dans ton livre, comme il en était aussi beaucoup question dans le précédent, Découvrez Mykonos hors-saison.

Je me suis demandé si ce n’était pas un marqueur de mon « œuvre ». En même temps, quel est l’autre moyen de se sociabiliser que les hommes et les femmes ont trouvé pour être ensemble ? Quand les gens heureux sont ensemble ils boivent et ce qui leur arrive après un certain nombre de verre est souvent plus drôle, sur le plan romanesque que s’ils étaient restés à boire du thé.

Les illustrations sont signés Riff Reb’s. Comment as-tu eu cette légende du dessin ?Couv_242049.jpg

J’ai souhaité que ce livre soit dans la tradition des livres de Jules Verne. Mon éditeur a dit oui tout de suite, il a pris de sacrés risques. J’avais chez moi les deux derniers albums de la trilogie maritime absolument sublime de Riff. Etonnament, dans ce qui était son dernier album à l’époque, Hommes à la mer, un recueil d’adaptations maritimes, il y avait une double page qui était un très beau dessin tiré du Sphinx des glaces. L’évidence s’est imposée. Je lui ai écrit un mail assez court en lui expliquant je voulais faire la suite du Sphinx, mais modernisée, contemporaine. Il m’a téléphoné deux heures plus tard. J’étais impressionné, il a quand même 25 albums dans les pattes. Il m’a dit que cela faisait des années qu’il attendait ce genre de proposition. Il m’a demandé de lui envoyer le livre. Comme je n’en avais écrit que 70%, ça lui a suffi. Il a accepté après lecture. Il a apprécié que ça parte dans tous les sens et que ce soit rock’n’roll. Je lui ai présenté mon éditeur. Nous avons convenu qu’il fasse 15 dessins pour une somme vraiment modique par rapport à son talent et sa notoriété.

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Comment avez-vous travaillé ensemble ?

De manière fantastique. Je lui envoyais les chapitres au fur et à mesure. Parfois il me faisait des retours en me disant, je suis sûr qu’il va se passer telle et telle chose dans le prochain chapitre. Une fois, ce n’était pas ça, mais son idée était si bonne que je me suis empressé de la noter pour aller dans sa direction et l’ajouter à mon roman (rires).

Ses dessins correspondaient-ils à ce que tu avais dans la tête quand tu as écrit telle ou telle scène ?

Oui, très souvent. En plus, il apporte un trait moderne et nerveux, contrairement aux gravures sérieuses et hyper minutieuses qu’il y avait dans les Jules Verne. Les illustrations vivantes de Riff sont en phase avec l’écriture. Il amène de la chair et c’est ce qu’il fallait. Ça donne de l’incarnation au projet. On était raccord sur la manière d’aborder le genre.

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Ton livre est la suite du Sphinx des glaces de Jules Verne, qui, lui-même, était la suite d’Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgard Poe.

J’ai fait une suite moins littérale. Je n’ai pas voulu raccrocher immédiatement les wagons aux deux précédents livres parce que je craignais de perdre tous mes lecteurs. Je ne voulais pas m’adresser uniquement aux fans de Verne et de Poe. Il fallait que ma propre mythologie soit mise en place, que j’ai donné de la chair à mes héros et que j’ai développé mes thématiques et ma dramaturgie. C’est la raison pour laquelle ma « suite » arrive à mi-parcours, quand tout est installé.

Tu pars du principe que tout ce qui est dans les deux livres de Poe et de Verne est vrai.

Oui, donc il existe réellement une créature minéralogique et géologique aux propriétés hallucinante, au pôle sud.

Tu ne connaîtrais pas Richard Gaitet, tu l’inviterais dans ton émission de radio ?

Si je n’étais pas moi, je m’inviterais volontiers, bien sûr (rires).

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Pendant l'interview...

Ce livre barré, il te ressemble ?

Il y a dix ans, Philippe Jaenada a dit au petit groupe d’écrivains que nous formons et que tu connais: « il faut écrire des livres qui vous ressemblent ». Il faut jeter le plus possible de soi.

Tu l’as écouté pour tes deux premiers romans. Ils étaient des morceaux de ta vie. Là, il n’est pas question de toi.

Détrompe-toi. J’y suis tout entier.

Gabriel aurait pu être toi ?

C’est carrément un alter ego. Sans te dire lesquelles, il y a des choses dans le livre que j’ai vécues. Suivant l’idée qu’un livre est vivant, qu’il a l’air fort et mémorable, que l’auteur fait vibrer son histoire, il faut puiser dans ses réserves personnelles, ses poches de vies, sa mémoire émotionnelle, même dans un territoire de fiction farfelu.

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Le 27 mai 2016 sur une terrasse de Webedia, après l'interview.

13 juillet 2016

Katel : interview pour Elégie

katel,élégie,interview,fnac,mandor

(photo : Frank Loriou)

katel,élégie,interview,fnac,mandorDéfinition d’élégie : Poème aux sujets variés mais le plus souvent mélancoliques, composé de distiques élégiaques.

Une élégie, c’est aussi une œuvre d'inspiration tendre et mélancolique, où l'amour tient en général une large part. Le nouveau disque de Katel porte donc bien son nom.

Entre le deuil d’une relation et celui d’une mère qui a soudainement décidé de partir, on sent qu’il se joue ici, entre les lignes, entre les notes, des choses extrêmement intimes. Si Élégie  parle d’émotions brutes et d’expériences personnelles terribles, Katel a l’élégance de ne jamais nous les jeter au visage. La classe permanente. Comme l’indique le site Indie Musique, « rarement, un album de chanson française aura semblé aussi proche de la perfection mélodique que de l’expérimentation musicale la plus radicale ».

Le 18 mai dernier, j’ai donné rendez-vous à Katel devant la Fnac de Montparnasse. Du coup, nous sommes montés au rayon « disque »… pour une interview non conventionnelle.

La musique selon Katel… qui n’a pas la langue dans la poche.

(Toutes les photos de Katel sont signés par mon photographe préféré, Frank Loriou)

(Sauf celles à la Fnac... je m'y suis collé.)

Argumentaire officiel de l’album Élégie:katel,élégie,interview,fnac,mandor

« Je cherche avant tout à ce que la musique, au moment où on l’écoute, change notre perception du temps. Je n’aime rien tant que donner la sensation qu’il s’est passé beaucoup de choses alors que le temps écoulé est très court. On dit des rêves qu’ils sont faits ainsi, que les longues et intenses histoires que nous y vivons ne durent dans la réalité que quelques fractions de seconde. »

Des rêves et des cauchemars, Katel semble en avoir traversé beaucoup depuis son dernier album, Decorum (2010). Fruit d’un long processus de maturation et de création largement solitaire, Élégie se traverse comme un songe. Chaque morceau, soigneusement composé, méticuleusement arrangé, invite l’auditeur à une sorte de transe introspective, transportant tous ses sens dans une dimension lointaine et proche, pour en sortir finalement plus présent, plus vivant, plus conscient du temps qui passe.

Si le chant de Katel évoque l’image d’une somnambule qui se promène au bord d’un précipice, on ne peut pas dire qu’elle ait passé ces six dernières années à sommeiller. À la fois en tant que réalisatrice (les albums Tropiques de Maissiat et La Cavale de Robi) et que musicienne (avec les groupes Joy et Fiodor Dream Dog), elle a exploré d’autres univers et enrichi le sien.

katel,élégie,interview,fnac,mandorLes claviers et les chœurs ont ainsi remplacé les guitares fougueuses de ses débuts, avec un travail minutieux sur le son, puisque Katel a cette fois enregistré et mixé son album, de l’intimité de son studio à l’espace d’une église cachée, où elle a entrainé aussi le Chœur qui l’accompagne sur scène (Nathalie Réaux, Diane Sorel, Skye, Claire Joseph).

Sa musique évoluant à chaque album, on peut dire que Katel s’inscrit dans une idée originelle de l’artiste pop, qui cherche à trouver des formes en s’inspirant de toutes les musiques, des plus anciennes au plus pointues, pour les transformer en chansons limpides.

L’écriture de Élégie, plus directe que jamais auparavant, s’est faite à l’ombre d’une séparation amoureuse et surtout de la perte violente d’une mère qui a choisi de partir. Il s’agit donc bien d’un chant de deuil, allant parfois jusqu’au cri de douleur (sur la bouleversante « Cyclones » notamment), mais traversé de brillants rayons lumineux (« Hors-Foule »), avec toujours la détermination de transformer la douleur en force, la laideur en beauté.

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katel,élégie,interview,fnac,mandorInterview :

En haut de l’escalator, nous arrivons au rayon « disque » et nous voyons les « mastodons » du moment réunis, bien en évidence.

Comment expliques-tu que ce sont les plus gros vendeurs que l’on met en avant et non ceux qui ont besoin de visibilité ?

On ne prête qu’aux riches. C’est un système pyramidal, un système hiérarchique qui prévaut dans le monde de la musique. Comme dans les festivals, on s’imagine qu’il faut des locomotives pour tirer le reste au lieu de parier sur le reste en se disant que ça peut tout simplement générer du plaisir, générer l’envie d’écouter des nouveaux. On croit toujours qu’il faut s’accrocher aux valeurs sûres.

Dans les trois que nous voyons ici, il y a Renaud, Christophe Maé et Vianney. As-tu une préférence parmi ses artistes ?

Non. Je préfère ne pas écouter de musique (rires). Sans blague, j’ai aimé Renaud comme ce n’est pas permis. Je l’ai trouvé génial et il a fait des chansons incroyables, mais son nouvel album est juste inaudible. J’ai essayé de l’écouter, je n’ai pas réussi. Ça me fait trop mal.

Christophe Maé ?

Ce n’est pas mon truc. Je passe.

Et Vianney ?

Je reconnais tout à fait ses talents de musiciens. Je vois pourquoi il a une place ici, mais je n’ai pas 16 ans, donc ça ne m’intéresse pas du tout.

Nous nous dirigeons à présent vers son disque.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Ça te fait quoi de voir ton disque en rayon ?

C’est toujours émouvant. Cela m’arrive peu souvent de voir mes disques exposés, car j’ai arrêté d’aller dans ce genre de magasin. Je me procure et j’écoute de la musique autrement. J’essaie d’acheter ou commander ce que je veux chez des petits disquaires. Cela dit, je n’écoute plus beaucoup de disques en CD, hormis dans ma voiture. J’écoute  beaucoup de musique « dématérialisée ».

A deux rangées, nous remarquons le nouveau disque de Maissiat, Grand Amour.

On a remarqué un truc avec Amandine (le prénom de Maissiat), dans les Fnac on a toujours les étiquettes « Prix vert » collées sur nos têtes. Parfois, on se demande si c’est exprès pour gâcher la pochette.

Parle-moi de Maissiat. Tout le monde sait que tu la connais bien et que tu as réalisé son premier disque Tropiques.

J’ai fait des voix sur le second. Je ne l’ai pas réalisé parce que je trouvais que c’était important qu’elle travaille avec d’autres personnes. Il y avait toute une partie de l’album qui était dans une certaine pop française qui n’est pas du tout dans ma culture.

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Retour sur le show case KATEL/ MAISSIAT du samedi 21 mai 2016 à la Fnac Paris Ternes.
Filmé et monté par Robi, avec pour bande-son les deux chansons-titres des deux albums: GRAND AMOUR et ÉLÉGIE.

katel,élégie,interview,fnac,mandorNous nous baladons dans les rayons…

Vers quels artistes tu as envie d’aller là ?

A la Fnac, on vient trouver, on ne vient pas chercher. C’est la différence avec un disquaire. Je ne viens pas fouiner. Si je vais à la Fnac, c’est que j’ai une idée précise. J’ai énormément découvert dans cet établissement. C’est ici que j’ai écouté et acheté immédiatement le premier album de Bjork, le premier Jeff Buckley, le premier Alanis Morissette, le premier Interpol. J’ai découvert ces artistes après les avoir écouter dans le casque. Aujourd’hui, non seulement on met Maé, Renaud et Vianney en avant, mais on les met aussi en écoute. Je ne vois pas l’intérêt, on les entend partout.

On peut quand même écouter des nouveaux. Regarde, là, on peut écouter Radio Elvis.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Oui, c’est vrai. Mais il n’y  a pas beaucoup de bornes « découvertes ». C’est marrant que tu me parles d’eux, parce que j’aime beaucoup Radio Elvis. J’ai d’abord rencontré Pierre (Pierre Guénard, le chanteur et leader du groupe) lors des Rencontres des 40 ans du Printemps de Bourges. Nous avons eu tous les deux le réflexe en rentrant à l’hôtel d’écouter le disque de l’autre. Les Radio Elvis ont vraiment quelque chose d’original. Ils ont un vrai son rock pas emprunté aux anglo-saxons et à la fois des textes lettrés et ludiques. Leurs titres sont dansants et la voix de Pierre est exceptionnelle. Franchement, ils ont tout ! C’est arrangé avec une rare intelligence. J’adore comment les lignes de basses sont conçues par rapport aux batteries. Bref, ça, c’est de la musique !

Quel est le dernier disque que tu as acheté ?

Le dernier PJ Harvey, The Hope Six Demolition Project. J’achète tout de cette artiste. J’avoue que je trouve ce nouvel album moins bon que le précédent, mais l’écouter m’apporte toujours quelque chose.

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(Photo : Frank Loriou)

Je m’arrête devant une compilation de Barbara.

Que penses-tu d’elle ?

Je n’ai pas du tout la culture Barbara, mais à chaque fois que j’écoute, j’apprécie énormément. Je n’ai jamais eu la passion Barbara, contrairement à toutes mes copines chanteuses (rires). Mes parents n’aimaient pas la musique « expressionniste », la musique de l’intime. Il n’y avait pas Barbara, mais il y avait Brassens et Léo Ferré, pas le Ferré pathos, celui qui était acide. Je viens plus de là. Elle me montre un disque de Jimi Hendrix.

katel,élégie,interview,fnac,mandorDe mon côté, je lui présente le disque de Starmania, version 1978, la version originale.

Tu connais ?

Quand j’étais petite, j’avais une passion pour France Gall. J’ai toujours adoré l’écriture de Michel Berger. Il faisait de la musique qui groovait réellement et il avait un art de la mélancolie assez inégalé. Et puis sérieusement, j’aimais bien la voix pseudo candide de France Gall. Je trouve que c’est une chanteuse extraordinaire.

Oui, mais Starmania alors ?

Je trouve complètement dingue le niveau de « glauquitude » qu’il y a dans cet opéra rock. Il était question d’agressions, de violence, de mal de vivre… aujourd’hui, plus personne n’ose aborder ses sujets. Starmania, c’est ce qui n’existe plus en France : de la grande variété, hyper populaire, qui ose aborder des sujets dérangeants. Ca me manque qu’il n’y ait plus aujourd’hui des Balavoine, des Berger-Gall, des Rita Mitsouko…Aujourd’hui, la chanson commerciale ne dit plus rien.

Son regard se pose sur les disques de Kendji Girac et les Fréro Delavega.

On avait aussi nos trucs pourris quand nous étions plus jeunes.

Oui, dans les années 80, nous avions même bien pires.

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(Photo : Frank Loriou)

Je sais que tu aimes bien des artistes comme Bertrand Belin ou Murat par exemple.

Ils ne vendent pas beaucoup, mais ils ont une vie musicale idéale. Ils n’ont pas le prix à payer d’être trop connus, mais ils ne galèrent pas pour autant. Pour son dernier album, Capwaller, je crois que Bertrand va faire ses 200 dates. Pour Murat, c’est pareil. Il n’a pas un tube, ne vend pas, mais fait des concerts souvent et le public suit.

Tout le monde s’accorde à dire de l’album de Bertrand Belin qu’il est aussi classieux qu’exigeant. On katel,élégie,interview,fnac,mandordit la même chose de ton nouvel album, Elégie.

Dans la chanson, on n’est pas obligé de tout comprendre de A à Z. Moi, j’estime cependant que l’on comprend tout dans mes chansons. Je n’ai aucune vocation à être incomprise, Bertrand Belin non plus, d’ailleurs. Nous avons un amour d’une forme de chanson. A ce propos, je veux bien admettre que je ne fais pas de chanson. Dans ce que j’interprète, il n’y a ni couplet, ni refrain…

Tu fais quoi alors, si ce ne sont pas des chansons ?

De la musique qui choisit la langue française. Plus précisément, je fais de la pop qui va chercher d’autres musiques plus savantes. J’écoute beaucoup de musique contemporaine, du jazz, du rock anglais, de la pop anglaise et j’en capture l’essence pour en faire des pièces de 3 ou 4 minutes avec différents mouvements. Je veux faire des disques que les gens vont écouter en entier.

katel,élégie,interview,fnac,mandorTes deux albums étaient plus électriques et là, tu nous proposes presque du piano-voix.

Quand on écoute le premier, Raides à la ville, il y a du rock dans la couleur musicale, mais dans les modulations et la façon d’écrire pas vraiment. Depuis mon premier EP, il y a toujours eu beaucoup  de voix. Là, où j’ai le plus changé, c’est dans l’écriture des textes.

Ta musique est complexe, je trouve très mélancolique, pourtant certains de tes textes sont plus « légers ». « Légers » avec de gros guillemets, car les thèmes ne le sont pas vraiment. C’est un dosage à trouver ?

Quand ma musique était plus brute, j’avais tendance à être dans une écriture très littéraire avec des phrases  longues. C’est en rapport à la scansion, la mélodie et à l’énergie qu’il pouvait y avoir dans ma musique. Il y avait des restes d’amour de la poésie pure. Aujourd’hui, je suis dans une écriture musicale. Ce qui m’intéresse c’est d’aller chercher des textes qui se terminent par la musique. On ne peut pas en saisir l’essence si on n’a pas la musique. C’est la musique qui permet de comprendre le sens du texte.

As-tu déjà fait de fait de la mise en musique de textes.katel,élégie,interview,fnac,mandor

Jamais. Je considère que pour écrire, il faut des phrases qui me viennent en même temps que la musique. J’ai envie qu’il y ait la nécessité absolue entre un texte et sa musique et que les deux ne puissent pas être séparés.

Le texte, finalement, c’est comme un instrument de musique ?

Tout à fait. C’est de la matière plastique. C’est pour ça que j’aime écrire dans ma langue, parce que j’en connais parfaitement sa plastique. Je ne m’aventurerai jamais sur le terrain de l’anglais, langue pourtant que je parle. Je n’ai pas assez de connaissances profondes de l’esthétique de cette langue. Je ne sais pas comment la tordre, ni comment jouer avec elle, alors que ce sont des aspects primordiaux. Il faut que je sois sur un terrain que je puisse explorer.

Parviens-tu à être objective sur ton propre travail ?

Il me semble que j’ai compris des choses en travaillant avec d’autres. Pour Elégie, du coup, j’ai eu du recul sur ma musique avec  une façon radicale de m’auto-juger en ne louvoyant pas. Je suis très exigeante avec les autres, je le suis d’autant plus avec moi.

Saisons (Katel/Katel) - Extrait de l'album Élégie, filmé par le site Le Cargo.

katel,élégie,interview,fnac,mandorOn continue notre balade. Je m’arrête devant un bac ou nous voyons, Christophe, CharlElie Couture et William Sheller. Elle adore. Par contre, juste à côté, on remarque un disque de Louane.

Tu connais ?

Pas bien. Je sais juste que tu as écrit un livre sur elle (rires). Sérieusement, je n’ai rien contre elle. Un jour, j’ai entendu à la radio un titre d’elle et je me suis fait la réflexion que c’est un type de variété que l’on n’a plus. Pour moi, ce n’est pas de la musique, c’est de l’Entertainment.

C’est sûr que ton disque à toi « ratisse » moins large que celui de Louane. Est-ce pour toi une « mission » d’élever les gens ?

Ce n’est pas tant de les élever que d’appuyer à un endroit qui est déjà là. Ma musique peut toucher tout le monde. Regarde, Sheller, Christophe, Couture, c’est de la musique exigeante et ils vendent quand même. Populaire, ce n’est pas une insulte. C’est juste vendre beaucoup de disques. Non, moi je crois, qu’il y a aussi un travail à faire de la part des médias. Il faut permettre aux gens de savoir que cette musique existe, on n’est pas à l’abri qu’ils soient touchés s’ils ont accès à elle. Il ne faut pas prendre des gens pour des cons.

Radio Elvis,  Maissiat, Bertrand Belin et quelques autres, vous avez pourtant de très beaux papiers dans les Inrocks et Télérama… On vous met un peu dans la case intello, du coup. Ça te gêne ?

 Dans le papier de Télérama sur mon nouveau disque, on ne va pas employer le mot « intelligent », mais « cérébral ». C’est-à-dire qu’il y a derrière un petit ton de reproche, alors que le cerveau, pour moi, c’est très sexy. Aujourd’hui, quand on dit que l’on veut faire quelque chose d’exigeant, on est soupçonné de snobisme.

Etre soupçonné de snobisme par Télérama, excuse-moi, mais ça me fait sourire.

Encore une fois, je pense que ce que je fais est très accessible si on veut bien croire que les gens ne sont pas des cons. Quand je vois Bertrand Belin sur scène, je vois de la musique physique. Je suis certaine que si on le programme dans n’importe quel festival de blues l’été, les gens vont danser. Il y a derrière ces divisions musicales que l’on fait, l’idée que chacun doit rester à sa place. Je suis contre cela. J’ai deux clés dans Télérama, alors que M6 et D17 viennent d’acheter le clip de mon premier single, « Cyclones » et que j’ai fait un Plus vite que la musique, module qu’on ne peut pas taxer d’intello.

Clip de "Cyclones".

katel,élégie,interview,fnac,mandorSoudain, nous tombons sur un disque de Souchon et sur le dernier Stromae

Tu en penses quoi de lui ?

Souchon, c’est la quintessence de la chanson. C’est fou de réussir à écrire de manière aussi simple et aussi efficace. Il a l’art de la simplicité.

Et Stromae ?

Musicalement, ça ne m’intéresse pas, mais ce mec arrive à faire des propositions plastiques dérangeantes, presque sous forme d’art contemporain. Ca montre que les gens sont friands d’intelligence. Ce type un peu bizarre, mi-homme, mi-femme, a tout sur le papier pour ne pas plaire aux gens. Mais c’est qui les gens ? On n’est pas un gens. Je suis donc admirative de son culot.

Soudain, je lui mets entre les mains Bruel chante Barbara et Lambert Wilson chante Yves Montant.

J’imagine que c’est ta tasse de thé.

Oh là là ! C’est la France qui pue, la France du patrimoine, des musées, la France qui croit que c’était mieux avant. Aujourd’hui, quand on chante en Français, on a le choix entre le patrimoine ou de la musique préfabriquée pour passer sur les radios leaders. La chose au milieu, c’est le reste. Ceux qui prennent à bras le corps leur langue pour inventer. Notre langue est faite pour être moderne, pour lui casser la gueule, pour lui tirer les oreilles, sinon elle meurt.

Tiens, le retour de Polnareff, tu en penses quoi ?

Dans les vieux Polnareff, il y a un génie musical incroyable et beaucoup d’audaces. En France, nous sommes truffés d’artistes qui avaient des trucs en eux dérangeants, qui faisaient toujours des choses imprévisibles, imprévues… et le public adorait aller vers les gens singuliers. Aujourd’hui, ceux qui marchent sont des produits aseptisés.

Si tu devais acheter un disque avant de quitter ce lieu, tu choisirais quoi ?

Sans hésiter, Radio Elvis.

Bonus: Plus vite que la musique (évoqué plus haut).

07 juillet 2016

Magali : interview pour L'amour des lamentations

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(Photo : Géraldine Sabina/wenty6)

12744086_963287413720082_2155707823714959576_n.jpgRien ne la prédestinait à devenir aussi populaire, mais aujourd'hui, elle est tout simplement incontournable : en quelques années, Magali, musicienne et choriste de N'oubliez pas les paroles, est devenue l'une des personnalités emblématiques de l’émission, grâce à sa fraîcheur et ses (très) nombreuses facéties. Mais Magali a bien d’autres cordes à son arc (voyez sa bio dans sa première mandorisation).

Elle vient de sortir son album solo, L’amour des lamentations, dont elle a écrit et composé la plupart des chansons. Son univers fantaisiste, parfois décalé, donne une tonalité pétillante à ses titres. Elle parvient à moderniser l’accordéon, son premier amour et l’intègre aux musiques actuelles. Magali vous charmera par sa personnalité électriquement naturelle, à la fois femme enfant, drôle et sensible, qui donne à son univers musical et à ses textes une couleur originale.

Le 26 avril dernier, Magali m’a rejoint à Webedia pour une seconde mandorisation.

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(Photo : Géraldine Sabina)

11391286_840814075967417_171635774845982966_n.jpgInterview :

Cet album, tu voulais déjà le faire lors de notre première rencontre, il y a trois ans. Tu te dis, « enfin, il est là ! » ?

J’avais envie de faire un album, mais je ne savais pas trop quelle direction musicale prendre. J’aime tellement de choses différentes et j’ai tant d’influences qu’il a donc fallu que je me canalise et que je sache vers où je voulais aller précisément. J’aime l’accordéon et à la fois j’aime les sonorités pop et rock. Je fais quoi avec tout ça ? Au début, on a commencé à faire ce disque, mais on mettait trois mois par titre, c’était trop laborieux. Du coup, un beau jour, je me suis mise derrière mon ordinateur, j’ai fait « play » et j’ai arrangé et réalisé moi-même mes chansons. J’ai fait basse, clavier, accordéon, mélodica…  Pour avoir une rythmique qui pulse et quelque chose d’un peu bétonnée, j’ai fait appel à mon compagnon, Antoine, qui est batteur et guitariste, mais également très bon programmateur et percussionniste. Il s’est chargé de toutes les formules rythmiques. Aujourd’hui, je vis avec cet album que j’assume et dont je suis très fière.  

C’est un disque que tu as conçu seule et sereinement ?

Oui et c’est pour moi la meilleure façon de travailler. Si cela m’apporte des doutes, en revanche, j’ai une entière liberté. Je peux explorer ce que je veux.

Mais ton compagnon et toi réussissez à être objectifs sur le travail effectué ?11188491_823113474404144_2231590350926403791_n.jpg

Cela peut paraître égoïste et prétentieux, mais je n’avais pas envie d’avoir l’avis de qui que ce soit. J’avais juste envie d’auto-valider mon dossier. En tant qu’artiste, on est confrontés à ses démons, ses peurs, ses fragilités, alors, arriver à se sentir en phase avec son travail et s’assumer, je trouve que c’est une victoire.

Tu as invité des amis musiciens à « opérer » sur tes chansons. Il a bien fallu qu’ils te donnent leur avis, non ?

Je leur ai demandé de ne pas le faire, parce que cela aurait pu m’influencer, me décontenancer  et m’ajouter de nouveaux doutes que je n’avais pas. Même l’ingénieur du son qui est une machine de guerre très productive a réussi à ne jamais me donner son avis, sauf quand je lui demandais. C’est ce qu’il me fallait. J’étais devant mon propre miroir tout le temps.

On ne se dit pas : « si je suis dans l’erreur, qui va me le dire ? »

Je ne me suis jamais posée cette question parce qu’avant de faire cet album, je me suis moi-même interrogée beaucoup de temps sur beaucoup de sujets. J’ai commencé ce disque quand j’étais sure de n’avoir rien à faire de ce qu’on allait me dire dessus. A partir du moment où moi, musicienne, j’étais satisfaite de mes réalisations techniques et théoriques, cela me suffisait.

12004938_897679630280861_2214730553947342097_n.jpgTes années de concerts (pour toi ou d’autres artistes) et de « N’oubliez pas les paroles » t’ont t’ils servi lors de la conception de ton album ?

Quand on est artiste musicien et que l’on accompagne d’autres artistes, on finit par comprendre ce pour quoi on nous appelle. Je sais les choses que je peux faire et celles que  je ne peux pas faire, cela permet de murir. Je me suis servie de cette maturité acquise pour me les intégrer pour ce projet. J’agis avec moi, comme si je travaillais avec un autre artiste. Je me mets au service de mes concerts et de mon projet comme je me mets au service de Charles Aznavour, par exemple.

Tu es plus dans la performance pour toi ou pour les autres ?

Si on parle de performance d’instrumentiste, je suis plus dans la peau d’un performer quand je suis derrière mon accordéon ou derrière Charles Aznavour que quand je suis sur mes chansons. Sur mes chansons, je ne fais pas de prouesses, je suis même plutôt sage par rapport à d’habitude. Je reste simple. Je pense à mon écoute pour pouvoir divulguer mes chansons au public dans toute leur simplicité.

Clip de "L'amour des lamentations".

Tu as l’air de t’être bien éclatée à tourner le clip de « L’amour des lamentations ».20024_823113511070807_8926457406516641779_n.jpg

Je me suis bien amusé, c’est certain. Je suis ravie que cela se voit.

Tu n’es pas toujours glamour dedans.

Evidemment, dans la vraie vie, je suis à l’opposé de cette nana (rires). Comme pour mon disque, je me suis octroyée l’autorisation de faire ce que  je voulais. L’idée de démarrer le clip en me montrant avec de la crème et des concombres sur la figure est arrivée, je l’ai fait. Non seulement, le réalisateur m’a suivi dans tous mes délires sans jamais me freiner, mais en plus, il m’en a proposé des nouveaux. A un moment donné, on s’est dit que l’on commençait à être dans la surenchère. Nous nous sommes calmés (rires).

Sur le dossier de presse, il y a indiqué : « la fofolle de n’oubliez pas les paroles ». C’est une présentation un peu succincte de ce que tu es vraiment.

C’est un peu ce qui est dominant chez moi. Je ne suis pas que ça, mais je suis beaucoup ça. J’aimerais bien que les gens repartent de mon concert, comme s’ils avaient passé une super soirée entre amis où on se change les idées. Ce que l’on me dit souvent, c’est que l’on s’amuse tellement qu’on ne voit pas du tout le temps passer. C’est évidemment le plus beau des compliments.

Dans N'oubliez pas les paroles, Nagui demande à Magali de chanter sa propre chanson, "J'aime pas ta chanson".

valérie cuscito.jpgEnvisages-tu ce métier comme une mission. La mission de divertir, donner du bonheur aux gens.

J’ai effectivement envie de donner du bonheur aux gens, mais aussi de prouver que l’on peut exister par soi-même sans rester dans des cases bien catégorisées.

J’ai aussi l’impression que tu as envie de prouver aussi que l’accordéon n’est pas un instrument ringard. Je me trompe ?

Non, complètement. Je le sors des sentiers battus. J’essaie de montrer toute la modernité de cet instrument.

C’est quoi ta musique, finalement ?

De la chanson française pop rigolote, mais pas seulement.

Es-tu déjà dans la création du prochain ?

Oui, je n’arrête pas de noter des brides de chansons, des titres, des thèmes. J’ai des esquisses de textes, des passages mélodiques et harmoniques sont déjà enregistrés. J’ai déjà une petite ossature sur laquelle je compte me pencher cet été. J’aurai le temps de laisser libre court à cette création-là.

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Malgré ta petite notoriété, c’est difficile de s’imposer dans ce monde de la chanson, non ?11072061_830870413628450_681632984693923750_n.jpg

C’est un travail de titan et rien n’est jamais gagné. Tout reste à faire tout le temps. A aucun moment, je n’ai cru que, parce que j’étais visible dans une émission de télé, on allait me dérouler un tapis rouge en me disant qu’on attendait mon album avec impatience. Cela dit, je n’avais pas mesuré le travail que ça allait nécessiter. Je veux prouver que je suis une artiste en développement au même titre que plein d’autres artistes. J’ai cette chance d’être visible en tant que musicienne dans une émission quotidienne, mais je suis obligée de reconnaître que c’est handicapant auprès des médias qui ne me considère que comme la nana de N’oubliez pas les paroles. Avec mon attachée de presse, Valérie Motté, on essaie de prouver que je suis aussi une artiste avec son répertoire et sa personnalité. Il faut déplacer des montagnes.

photo géraldine sabina.jpgLe succès doit venir quand il doit venir.

Oui, mais j’évite de me rentrer ce genre de discours dans la tête parce que ça peut faire perdre du temps. Il ne faut pas attendre. Il faut être réceptif à tout pour ne pas perdre une occasion d’avancer et de faire découvrir ta musique.


Tu es optimiste pour l’avenir ?

Oui. J’ai la pêche. Quand je me retourne et que je regarde mon petit parcours, je trouve que c’est déjà pas mal… ce qui ne m'empêche pas de me donner les moyens d’aller plus loin. J’ai de grandes ambitions, mais je ne veux pas être esclave d’elles.  

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Le 26 avril 2016 à Webedia.

06 juillet 2016

Nicolas Séguy : interview pour Equilibre Instable

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Nicolas Séguy, pianiste de Kery James, compositeur pour le théâtre et le cinéma, et pilier de l'album Midi 20 de Grand Corps Malade en 2006, a sorti il y a 4 mois son troisième album Equilibre instable, un petit bijou inclassable entre slam, musique classique, rap et chanson française.  Antérieurement connu dans les années 2000 sous le sobriquet de S Petit Nico, l’artiste de 33 ans qui qualifie sa musique de hip-hop pianistique. «Entre les arpèges de Frédéric Chopin et les rythmes de Quest Love, entre le groove de DJ Premier et l'audace d'Erik Satie», explique-t-il malicieusement. A travers ses textes, l’auteur nous fait découvrir son monde intérieur dans lequel se côtoient les souvenirs passé, les interrogations du présent et la crainte de l’avenir. Il évoque la paternité, l'amour de sa compagne, les inquiétudes sur les montées des extrémismes dans nos sociétés. Résolument contemporain, Nicolas Seguy balaie les grandes questions qui bousculent sa génération. Cet album est certainement le tremplin qui fera passer Nicolas Séguy de l’ombre des grands à la lumière des nouvelles révélations.

Le 19 avril, l’artiste est venu discuter avec moi sur la terrasse du 5e étage de Webedia pour évoquer son parcours, sa conception de la vie, son nouveau disque, Equilibre Instable, et ses projets. Rien que ça !

nicolas séguy,s petit nico,équilibre instable,interviewBio officielle :

Marqué par la culture Hip-Hop et la musique classique, Nicolas Séguy déclame ses textes en faisant chanter son piano. Entre héritage et transmission, entre la nature et le béton, il s’engage sans choisir de camp.

Riche de ses collaborations avec Grand Corps Malade et Kery James, l’auteur affirme une écriture directe, naïve et sans illusion. Ses textes évoquent la quête d’équilibre dans un monde qui s’effondre, la naissance et le deuil, les rêves réalisés.

Ses compositions pour le Théâtre et le Cinéma l’ont ramené à son piano, un véritable confident qui tient son propre discours. Une batterie poétique et une contrebasse rugueuse accompagnent l’auditeur sur un terrain brut et plein de reliefs.

« Entre Cabrel et Kery, entre le 16ème et Saint-Denis », Nicolas Séguy affronte les genres et les barrières entre les gens.

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Inicolas séguy,s petit nico,équilibre instable,interviewnterview :

Pourquoi as-tu repris ta véritable identité ?

C’est une façon de signifier que je repars un peu à zéro. Ma quête musicale est étroitement liée à ma quête personnelle. En abandonnant S Petit Nico, je reviens à qui je suis. C’est comme si je refaisais ce que j’ai toujours fait et ce que j'ai toujours été. Ecrire, c’est ma façon de me sentir à ma place. Je suis quelqu’un qui porte un vrai regard sur le monde qui l’entoure.

De par ton passé musical et tes multiples expériences, tu as prouvé que tu savais tout faire, tout jouer. Dans ce nouvel album, tu reviens au piano de manière plutôt sobre.

Je continue à tout faire, mais avec très peu d’instruments. Avec mon piano, je m’amuse à fouiller le plus loin possible. Après 10 ans de vie professionnelle musicale, je commence seulement à vraiment apprendre. Je n’avais jamais appris l’écriture, ni l’harmonie, j’ai toujours fonctionné au ressenti. C’est d’ailleurs toujours le cas, mais j’ai envie de creuser tout au fond de mes possibilités.

Clip de "J'cogite, j'gamberge", extrait de Equilibre Instable.

Avant tes collaborations avec Grand Corps Malade et Kery James, c’était quoi ton parcours. Je n’ai rien lu nulle part sur la question.

J’ai eu la chance d’être tombé sur une famille qui m’a enveloppé de musique depuis tout petit. J’ai appris le piano et le violon. Mes parents sont profs de math, mais ils sont issus de familles très artistes. Ma mère est bonne pianiste, mon grand-père maternel a séduit ma grand-mère en jouant du Rachmaninov. Du côté de mon père, c’était plus des artistes « picturaux ». J’étais dans un terreau favorable au fait de ne pas trop se poser de question pour faire les choses.

Dans ta jeunesse, ton rock à toi, c’était le hip hop.

J’ai baigné dans cette culture-là. J’ai même taggué le gymnase d’à côté de là où j’habitais, mes parents n’en ont jamais rien su. J’ai découvert plein de gens supers intéressants à l’époque. A l’âge de 14, 15 ans, j’ai commencé à faire de la scène avec des potes. Je faisais partie du  duo Face Caché, puis d’un groupe qui s’appelait Energumène Possy. J’ai vécu des moments extraordinaires à l’époque. La bien-pensance et la norme voulaient que le rap soit de la sous musique, donc quand j’étais gamin, j’y croyais un peu. Mais un jour, j’ai fait un BTS audiovisuel de son pour devenir ingénieur du son et là, j’ai rencontré des mecs qui faisaient du blues, du rock… et je me suis rendu compte que je pouvais quand même communiquer avec eux. Ça m’a conforté dans l’idée folle que je faisais de la musique et que le rap, c’était vraiment de la musique. Ensuite, je suis allé dans plein de directions différentes. Dès 2001, j’ai commencé à composer des pièces pour une compagnie de théâtre. Ca fait plus de 10 ans que je travaille avec eux, on a fait 6 pièces. J’ai aussi composé des musiques de films… Aujourd’hui, ma quête est de chercher des projets qui me donnent envie de créer, de faire, de rencontrer des gens.

Clip de "Ressens", extrait de Equilibre Instable.

Pendant longtemps, tu n’as pas eu confiance en toi…

Oui, c’est vrai… Pour croire un peu plus en moi, cela s’est passé en plusieurs étapes. Les concerts avec Fabien (Grand Corps Malade) qui m’ont vacciné de la peur du piano, le fait de travailler avec Kery James, mon Michael Jordan quand j’étais petit. Que ce grand monsieur de la musique me demande de l’accompagner et de chanter avec lui, m’a beaucoup impressionné et rassuré sur mon talent.

Tu as fait un premier EP sous le nom de S Petit Nico en 2008, qui a donné lieu à un premier album en 2011.

Avant cela, j’ai fait un premier album qui s’appelait S. J’ai dû en vendre 500 de la main à la main. Au final Equilibre Instable est mon troisième album, mais, encore une fois, c’est le premier car le premier sous mon vrai nom.

C’est évidemment ton album le plus personnel. Quand on écoute cet album, on connait bien Nicolas Séguy ?

C’était en tout cas l’objectif. J’ai fait 12 chansons différentes, mais elles ont deux points communs : je dis qui je suis et je m’intéresse au monde dans lequel je vis.

"La Mélodie parfaite", extrait de l'album Equilibre Instable.

Dans « J’ai grandi », tu dis qu’il faut rester soi même.

Il faut assumer qui on est et être soi-même. Ma vie a fait que j’ai fréquenté des milieux extrêmement différents et j’explique dans cette chanson que je suis le fruit de moult environnements.

« Ce que je te dois » est une chanson pour ta compagne ?

C’est une chanson où je parle de nous, mais à la base, ce n’était pas une chanson pour elle. C’était une chanson pour moi et d’autres gars que je connais. Autour de moi, je vois plein de couples qui se séparent, donc je sais que je ne serai jamais à l’abri. Cette chanson, c’est un peu une manière de me dire : « fais gaffe, l’amour ne dure pas forcément toujours, fais attention à savoir le préserver. »

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Tu te remets en question dans ce titre. Tu dis qu’il faut que tu recentres tes centres d’intérêts.

Je me vois, je suis lucide, je fais mille choses à la fois. Je ne suis pas toujours disponible comme je devrais l’être pour les gens que j’aime. Je ne prends jamais le temps parce que je n’ai pas trouvé comment m’organiser. Je suis en permanence dans une course à vouloir toujours plus. Je me rends compte que, du coup, je suis assez nerveux. Ce ne doit pas toujours être agréable pour ma famille ou mes proches.

Cette chanson a-t-elle remplacé une bonne séance de psychothérapie ?

Je sais juste que le chemin musical que j’emprunte depuis des années m’oblige à avancer humainement. Ce métier m’incite à me regarder dans la glace, bien en face. Je ne veux pas lâcher la quête de la perfection et j’accepte enfin de prendre position. Ce que je fais me permet d’être plus ouvert et d’apprendre qui je suis. Bon, je l’admets, mon métier, mes chansons, c’est un peu thérapeutique.

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Tu as des invités comme Ben Mazué et Gaël Faye. Mais il y a aussi Kery James et Grand Corps Malade. C’était symbolique qu’ils soient présents dans le premier album de Nicolas Séguy?

J’aurais pu les inviter plus tôt dans mes précédents albums, mais il n’y avait pas le sens. Avec Fabien (Grand Corps Malade), on attendait le bon moment, le bon texte. Avec Kerry, nous avions très envie de travailler ensemble pour moi. C’est fait.

Dans « Terroriste », tu ne freines pas ce que tu as à dire, j’ai l’impression.

Une vie humaine, c’est une vie humaine. Chaque mort à un poids pour moi. J’ai écrit cette chanson suite au massacre à Charlie Hebdo. J’ai entendu la semaine suivante les gens parler. Je me suis senti extrêmement mal. J’entendais des choses qui étaient en train de recréer des attentats. Claude Guéant qui parle de « choc de civilisation » avec des mots très durs. Il y avait beaucoup de certitudes et pas beaucoup de remises en question dans les discours ambiants. La violence emmène la violence. On est sur un terreau explosif et j’aimerais bien savoir comment on peut faire pour arrêter ce processus. Ce que je dis, je le dis en tant qu’artiste, je ne suis pas géopoliticien, donc je ne dis pas que ce que je chante est la vérité. C’est ma vérité. Je dois juste respecter ce que je ressens. C’est mon travail d’agir ainsi.

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Après l'interview, le 19 avril 2016.

05 juillet 2016

Pause Guitare 2016 : Les 20 ans commencent aujourd'hui!

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Depuis trois ans, je suis invité à Pause Guitare à Albi (81), l'un des festivals les plus enthousiasmants de l'été. L’année dernière, j’avais d'ailleurs écrit un compte-rendu de l’édition 2015.

Top départ aujourd’hui pour le 20e anniversaire de ce réjouissant festival. Avec ses 950 bénévoles (mené par le couple Alain et Annie Navarro), ses 80 concerts dont la moitié sont gratuits, ses 7 scènes disséminées à travers Albi, ville classée à l’UNESCO, Pause Guitare est aujourd’hui le second festival du Sud-Ouest. De plus, il est porteur d’un projet humain et culturel très fort pour le territoire. 

Teaser Pause Guitare 2016.

Pour son anniversaire, les organisateurs ont prévu une programmation mêlant comme à son habitude, stars internationales et françaises et artistes dont on entendra parler dans les années à venir.  D’ores et déjà 50 000 personnes ont réservé leurs billets (c'est une première dans l'histoire du festival) pour assister d'aujourd'hui au 10 juillet aux concerts d’Elton John, Joan Baez, MikaFrancis Cabrel, The Avener, Louane, Kendji Girac, William Sheller, Big Flo et Oli, Louise Attaque, Jain, Vianney, Michel Fugain, Feu! Chatterton, Boulevard des Airs, Rover, Sanseverino, La Maison TellierJeanne Added, Dionysos

Aujourd’hui, Michel Fugain ouvre le festival au Grand Théâtre. Barbara Weldens, gagnante du Prix Découverte Chanson Pause Guitare 2015 et Pic d’Or 2016 assurera la première partie.

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Pause Guitare débute aussi dans les bars d’Albi et ses alentours dès aujourd’hui avec 10 concerts gratuits dans 10 lieux différents !

15 000 personnes sont attendues pour le off du festival où se produiront Norma, Billy Hornett, Wax Me, Purple Plane, Clozee, Harry Brown, Hey Wow , Raton Lover, I me mine...

Pour la seconde année consécutive, la province canadienne Nouveau-Brunswick proposera de nombreuses performances musicales sur la scène Expérience Acadie, en plus d’accueillir des stands destinés à faire connaître la région Acadie du Nouveau-Brunswick.  Le Village enfant se tiendra au Jardin National, du mercredi 6 au vendredi 8 juillet 2016. Des ateliers accueilleront les enfants à partir de 6 ans en nombre limité de 10 pour une durée de 20-30 min à partir de 14h30.  La soirée du vendredi 8 juillet est complète.

Pour tout contact promo :

Aoura : Patricia Teglia & Julie Bataille 06 85 11 10 85 & 06 75 46 81 65 patricia(at)aoura.com - julie(at)aoura.com www.aoura.com

Demandez le programme!

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Pratgraussals

JEUDI 7 juillet

19 heures - Jain

20h30 - Louane

22 heures - Louise Attaque

23h45 - The Avener

Vendredi 8 juillet

19 heures - Boulevard des Airs.

20h30 - BigFlo & Oli

22 heures - Kendji Girac

23h30 - Mika

SAMEDI 9 JUILLET

19 heures - Vianney

20 heures - Francis Cabrel

22 heures - Joan Baez

23h30 - Sanseverino

Dimanche 10 juillet

19 heures - Jeanne Added20h30 - Feu! Chatterton

22 heures - Elton John

www.pauseguitare.net

Le grand théâtre

MARDI 5 JUILLET

20h30 - Barbara Weldens

21h30 - Michel Fugain

MERCREDI 6 JUILLET

20h30 - Joëlle Saint-Pierre

21h35 - William Scheller

VENDREDI 8 JUILLET

20h30 - Rover

22h00 - Dionysos

DIMANCHE 10 JUILLET

14h30 - Zaza Fournier

16h00 - La Maison Tellier

Athanor

Mercredi 6 juillet

10h00 - Tournepouce par Barcella

14h30 - Tournepouce par Barcella

JEUDI 7 JUILLET

20h30 - Gilbert Clamens

21h35 - Roland Dyens

VENDREDI 8 JUILLET

14h00 - Hey Wow

14h40 - Raton Lover

15h20 - Simon Daniel

16h00 - La Bronze

16h40 - Joëlle Saint-Pierre

SAMEDI 9 JUILLET

14h00 - Léon

14h40 - Simon Daniel

15h20 - Zob

16h00 - Sages comme des Sauvages

16h40 - Emilie Marsh

Le festival off

MARDI 5 JUILLET

Pause Guitare démarre dans les bars d'Albi et ses alentours. 10 concerts gratuits dans 10 milieux différents.

Dans Albi :

18 heures : L'instant Baloche (café de la préfecture).19 heures : Neleman (O vent d'Anges).

20 heures : Wild Noblesse (Le Cosy).

21 heures : Tildon Krautz (O Sullivan).

22 heures : Fanel (Le Pontié).22h30 : Lassita (Le Lit Bleu).23 heures : Zoé sur le Pavé (O Grambrinus).

Hors Albi :

19 heures : Les Idiots (La Javanaise, Rivières).

20 heures : Red Nurse (Café Joubert, Fayssac).

21 heures : Dr Pickup (Café de la Presqu'île, Ambialet).

MERCREDI 6 JUILLET

(Place du Vigan et Jardin National)

Les amis du jour d'Euf

20h15 : Wax me.

21h15 Purple plane.

23h15 Harry Brown.

Expérience Acadie

18heures : Maggie Savoie

19h30 : CY

21h : The Back Yard Devils

22h30 : Simon Daniel

La caravane du Valdkistan

19 h30 : Kolinga21 heures : Vlad

22h30 : K

Espace Jeunesse

22h30 : DJ Not my Fault.

JEUDI 7 JUILLET

Les amis du jour d'Euf

20h15 : Hey Wow

21h45 : Raton Lover

23h15 : Billy Hornett

Expérience Acadie

18 heures : Simon Daniel

19h30 : The BlackYard Devils

21 heures : CY

22 h30 : Maggie Savoie

La caravane du Valdkistan

19h30 : Le Bronze

21 heures :Sylvain Reverte

22h30 : Jenny Dahan

Espace Jeunesse

22h30 : DJ Toscano.

VENDREDI 8 JUILLET

Les amis du jour d'Euf

20h30 : I Me Mine

22heures : Norma

23h30 : Clozee

Expérience Acadie

18h30 : The BlackYard Devils

19h05 : Maggie Savoie

19h40 : CY

21 heures : Maggie Savoie.

21h35 : The BlackYard Devils

La caravane du Valdkistan

19h45 : Sylvain Reverte

21h15 : Jenny Dahan

22h45 : Vlad

Espace Jeunesse

22h30 : DJ Leano

SAMEDI 9 JUILLET

14h30 : Maggie Savoie

15h30 : The Black Yard Devils

16h30 : CY.

Toutes les informations sont à retrouver sur www.pauseguitare.net

Et pour la première fois à Pause Guitare: 

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01 juillet 2016

Pic d'Or 2016 : Explications, bilan et photos!

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pic-d-or-2016-tarbes-web (119).jpgLe Pic d’Or est l’un des tremplins de chanson française les plus exigeants et qualitatifs en France. Je suis membre du jury depuis maintenant cinq ans et c’est toujours un formidable moment musico-amical (mes amis du jury et de l'organisation deviennent très chers à mes yeux, d'année en année) que ces quatre jours annuels.

En tant que professionnel du monde de la musique depuis trente ans, j’avoue être très impressionné par ce concours musical-là. Des artistes sélectionnés avec soin et une organisation dont il serait difficile de trouver quelque chose à dire de négatif.

Et pourtant, j’entends ici et là quelques critiques sur les concours et les tremplins en général. Concernant le Pic d’Or, il semblerait que certains artistes (peu nombreux, mais quand même) estiment que des efforts ne sont pas faits dans le sens des artistes, sous le prétexte qu’ils ne sont pas logés ou défrayés.

Le défraiement pour tous les artistes, alors d’accord, on fait comme ça.  Mais, je pense qu’il faudrait également offrir une tournée, la production de l'album, la distribution nationale et un plan promo… ça aurait sacrément de la gueule. 

Sérieusement, il me semble intéressant de détailler ce que propose ce concours tarbais mené par sa présidente, Corinne Labat, accompagnée de quelques bénévoles aussi efficaces que sympathiques.

Voyons d’abord les prix proposés. Je me rends compte que je n’en avais jamais parlé lors de mes quatre bilans mandoriens précédents. Il y a en tout 7 300 euros de prix distribués aux lauréats. Ce n’est pas rien en ces temps difficiles.

Pic d'Or :3000 euros. (Cette année : Barbara Weldens)

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Pic d'Argent :1500 euros. (Caruso)

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Prix du texte, de la musique et d'interprétation : 800 euros chacun (respectivement, Makja, Clio et Les Flow)

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Prix du public : 400 euros (cumulable avec les autres prix, Barbara Weldens)

Il y a aussi des prix offerts par les partenaires  du Pic d'Or:

Prix FrancoFans : un article dans le numéro de septembre pour l'un des lauréats (Barbara Weldens)

Prix Charles Cros de la Créativité : sélection pour la prochaine compilation des "Chroniques lycéennes". (Barbara Weldens)

Enfin, Wise Band a offert 5 comptes artistes permettant de mettre en vente sur leur site musique ou merchandising. Pour le lauréat du Pic d'Or un coaching en communication sur les réseaux sociaux.

(Les efforts ne sont donc pas faits dans le sens des artistes ?)

Mais ce n’est pas tout. Etre lauréat permet d’avoir d’éventuelles dates de concert:

Le Pic d'or ou le Pic d'argent est sélectionné pour participer aux découvertes du festival Pause Guitare à Albi de l'année suivante. Certains artistes peuvent être sélectionnés pour les festivals de haute tenue Alors Chante, Tarn en Ballade  ou Festi'Scrib en Ariège. Enfin, de nombreux programmateurs d’Occitanie sont présents lors de la demi-finale et de la finale (Le Bijou, Chez ta mère,...). Aux artistes d’être convaincants.

Je n’oublie pas non plus les nombreux articles dans la presse spécialisée pour tous les participants.

J’oubliais… les photos du photographe professionnel (hyper doué), Nöt, (que rétribue évidemment le Pic d’Or) sont mises à la disposition GRATUITEMENT de tous les artistes. Sans aucune demande d’autorisation (il faut juste créditer sous les photos quand elles sont publiées…)

Allons plus loin. Il y a au Pic d’Or des jurés que j’ose (au minimum) qualifier de professionnels (voir ce qu'ils sont). Cette année Arnold Turboust, Olivier Bas, Jean-Marc Vaudagne, Thierry Lecamp, Caroline Gaine, Alain Navarro, Dominique Janin, Stéphanie Berrebi, Thierry Cadet et moi.

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Beaucoup sont très réputés, tous sont légitimes. Je tiens à dire que personne n’est rémunéré. Bien sûr, nous sommes logés, nourris, transportés et même, luxe incommensurable, emmenés (pour certains) le samedi dans un restaurant en montagne (cette année à L’auberge de Arrioutou à Hautacam). Voilà. Tout le monde est heureux ainsi. Je signale aussi au passage que ce jury, loin de s'enfermer dans une tour d'ivoire « parisienne », est disponible à donner des retours, des conseils, des aides, à tous ceux qui le demandent "gagnants" comme "perdants". On le fait tous et avec joie, car nous sommes tous des passionnés de musique et des « amoureux » des artistes. Tous.

pic-d-or-2016-tarbes-web (115).jpgParce qu’il est aisé de critiquer sans savoir, j’ai interrogé la présidente du Pic d’Or pour en savoir plus sur les finances (tant qu’à tout dire) :

« Cette année nous avons dû démarcher davantage car l'exercice 2015 s'est soldé par un déficit de 4000 euros. Normalement, grâce à des partenariats privés supplémentaires et à des diminutions de budget sur certains postes, nous devrions équilibrer. Nous faisons des économies drastiques car chaque année les subventions baissent. Nous sommes tous bénévoles et démarchons les partenaires privés en dehors de nos heures de travail, souvent le soir. »

Bref, ce n’est pas le grand luxe, contrairement à ce que l’on pourrait penser en voyant le résultat. 

« Nous ne disposons même pas d'un ordinateur, nous utilisons notre matériel personnel (téléphone, imprimante, ordinateur, encre). Nous ne comptons pas les heures de travail de préparation... Notre situation est celle de nombreuses associations, nous ne nous plaignons pas car nous avons choisi de faire du bénévolat, parce qu'organiser une telle manifestation c'est aussi beaucoup de bonheur, de satisfactions et de plaisir... »

Quand au reproche récurrent de ne pas prendre en charge l'hébergement des candidats le jeudi soir, que répond Corinne Labat ?

« Nous travaillons dessus. A ce jour nous fournissons le catering dans les loges et prenons en charge la nuité du vendredi au samedi en cas de sélection pour la finale. Avant 2011, c'est à dire  avant ma présidence, il n'y avait rien de mis en place pour alléger les frais des artistes... »

Après ces petits points qu’il me semblait primordial d’aborder, je vais faire comme les quatre années précédentes (voir là et ). Pas de compte rendu stricto sensu (mais de nombreuses photos légendées).

En parlant, de photo, toutes celles non  signées (la plupart donc) sont l’œuvre de l'excellentissime Nöt (évoqué plus haut.). 

Prélude (le jeudi après-midi... en attendant l'arrivée de tout le monde, les organisateurs (Corinne Labat et Florence Cortes) et les premiers arrivés (Arnold Turboust) s'amusent un peu):

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Prélude (le jeudi soir... en attendant l'arrivée de tout le monde, les organisateurs et les premiers arrivés s'amusent un peu). De gauche à droite, Stéphanie Berrebi (jurée), Florence Cortès (nounou des artistes), Arnold Turboust (président du jury), Dominique Janin (jurée), Thierry Cadet (juré) et Éric Kieser (trésorier du Pic d'Or et chauffeur et ami de moi).

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Et ici, au diner, peu de temps avant que je les rejoigne, Flow (artiste), Alain Navarro (juré), Dominique Janin (juré) et Éric Kieser (secrétaire du Pic d'Or...etc...) 

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Les artistes sur scène:

Clio:

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Koutla:

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Les Flow:

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Jules Nectar:

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Liz Van Deuq:

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Sylvain Reverte:

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Barbara Waldens:

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Makja:

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Deborah Elina:

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Caruso:

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Eli'z:

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Roocky :

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Sarah Mikovski:

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Les Whities:

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L'affaire Capucine:

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Garner :

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Les Yépa (deux frères jumeaux):

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Le jury face aux artistes:

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Les membres du jury :

Le président, Arnold Turboust.

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Thierry Lecamp.

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Dominique Janin.

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Olivier Bas.

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Stéphanie Berrebi.

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Thierry Cadet.

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Caroline Gaine.

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Alain Navarro.

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Jean-Marc Vaudagne.

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Bibi.

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Les délibérations du jury.

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Après les délibérations.

Arnold Turboust argumente les choix devant un public ébahit de tant de sagacités. :)

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Olivier Bas et Caroline Gaine remercient les dieux de la décision qui nous ont aidé à prendre les meilleures. Moi, je suis hyper cartésien, je reste septique.

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Là, je préfère ne pas commenter cette scène très intense entre Olivier Bas et Dominique Janin. De jeunes lecteurs nous lisent/regardent.

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Jean-Marc Vaudagne et le maire de Tarbes, Gérard Trémège, qui, visiblement, se connaissent.

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Le repas annuel du samedi pour certains membres du jury. Cette année à L’auberge de Arrioutou à Hautacam.

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Thierry Lecamp, Caroline Gaine et Thierry Cadet.

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Caroline Gaine, Thierry Cadet et Jean-Marc Vaudagne.

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Éric Kieser et Serge (deux bénévoles du Pic d'Or), Stéphanie Berrebi, Alain Navarro et Dominique Janin (jurés).

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Photo de groupe.

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Les ateliers du samedi:

La session "structuration professionnelle et stratégie de communication" animée par Olivier Bas. Le directeur Artistique du Studio des Variétés a donné des outils pour analyser les problématiques autres que techniques que les artistes rencontrent. Il a aidé aussi à mieux cibler et rencontrer le public.

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La session "Création Chanson", animée par Arnold Turboust, le compositeur des premiers tubes d'Etienne Daho et le chanteur du tube des années 80, "Adelaïde" (en duo avec la comédienne Zabou) et président du jury du Pic d’Or depuis des années, a donné des conseils personnalisés et adaptés aux artistes en herbe  (ou expérimentés) pour apprendre à écrire pour la musique.

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Après l'effort, le réconfort. Pizza party (pour ceux qui ne sont pas aller à l'auberge). De gauche à droite, Corinne Labat, Olivier Bas, Bibi, Christophe Sabastia (artiste talentueux qui devrait participer au Pic d'Or, mais qui ne le fait pas par doute de lui-même), Bastien Lucas (Pic d'Argent 2015) et Arnold Turboust.

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Lors de l'après-midi du samedi, quelques artistes en show case au Faubourg Marigny. Ici Koutla...

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...et Yépa.

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Les artistes en coulisses:

Clio.

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Barbara Waldens.

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Makja et Florence Cortès.

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Steeve, de l'émission "HPy Hour", a interviewé la plupart des artistes avant leur entrée sur scène. Un animateur décapant et très professionnel.

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Deborah Elina.

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L'affaire Capucine.

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Caruso et la nounou des artistes, Florence Cortès.

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Avant de monter sur scène pour présenter la soirée, l'animateur Éric Bentahar se fait réajuster le nœud de cravate par Valérie Lamora (commerçante bien connue du centre-ville qui habille l'animateur), sous l'œil avisé de Steeve (HPy Hour)

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Le public:

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Le concert du Pic d'Argent 2015 : Bastien Lucas.

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Les instants off:

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Koutla.

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Les Yépa et les Flow.

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Sarah Mikovski.

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Les Yépa.

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Clio, "mon beau miroir..."

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Flow dit un secret à la présidente du Pic d'Or. Mais quoi? Suspens insoutenable.

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Séance nicotine sponsorisée par la SEITA.

Koutla.

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Deborah Elina.

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Clio.

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Le concert du Pic d'Or 2015: Emilie Marsh.

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La remise des prix (animée avec brio par Éric Bentahar): 

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Le président Arnold Turboust fait son discours pour expliquer que c'est compliqué de choisir tant les artistes étaient tous d'une qualité rare (mais c'est tellement vrai!)

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Olivier Bas et Thierry Cadet ont annoncé le Prix de la musique.

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Il s'agit de Clio.

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Comme chaque année depuis 5 ans, je remets le prix du texte. En 2016, en compagnie de Thierry Lecamp (pour lequel j'ai une très grande estime).

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Et le Prix du texte (fort mérité) est attribué à Makja (il aurait tout aussi bien remporter le prix de l'interprétation).

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Jean-Marc Vaudagne, le représentant de l'Académie Charles Cros a remis le Prix de la créativité de l'Académie Charles Cros à...

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Oh! Quelle surprise! Barbara Weldens.

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Le Prix du public est remis par la présidente du Pic d'Or, Corinne Labat et par le maire de Tarbes, Gérard Trémège.

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Et la gagnante est... Barbara Weldens. Tiens donc!

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Alain Navarro annonce le Prix de l'interprétation.

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Et ce sont les Flow qui remportent la mise. C'est tellement mérité... Flow est l'une des plus importantes interprètes françaises (si ce n'est la plus grande). Respect à cette grande dame.

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Stéphanie Berrebi a remis le Prix FrancoFans. Il y aura donc une conséquente interview dans un prochain numéro pour...

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...et oui, encore et toujours Barbara Weldens.

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Caroline Gaine et Dominique Gaine ont remis le Pic d'Argent...

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...à Caruso.

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Et voilà ce qui ne reste qu'une formalité... le Pic d'Or est attribué par Arnold Turboust à...

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...Barbara Weldens.

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Je ne sais plus ce qu'il y avait là haut, mais cela avait l'air intéressant...

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La soirée s'est terminée par le discours de remerciements de la présidente du Pic d'Or.

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Corinne Labat remercie tout le monde. Les artistes, le public, le jury et les partenaires...

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Et les applaudissements pour Corinne Labat qui organise ce tremplin depuis 6 ans avec, chaque année, une dimension supplémentaire atteinte. Je le répète, le Pic d'Or est reconnu comme l'un des tremplins français les plus performants et irréprochables français. La modernité dans la chanson française, avant tout.

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La photo finale. Les artistes (lauréats ou pas), les bénévoles (merci, merci à eux), les membres du jury, les organisateurs...

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Le mini concert rappel de la gagnante du Pic d'Or (multirécompensée), Barbara Weldens.

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L'after :

La grande gagnante de la soirée, Barbara Weldens et sa manageuse DanyLapointe.

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Deux "relateurs/teuses" des choses de la chanson française, les excellents Claude Juliette Fèvre et Mick de Toulouse.

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Avec Sarah Mikovski... parce qu'elle a une chanson qui s'intitule "François" :) Et qu'elle est très gênante quand elle l'a chante lors de la finale en me regardant.

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La hyper très sympathiiquee équipe de "HPy Hour", Karine Lhoste Decapetco, Steeve et Virginie Ricaud avec Caruso.

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Mon pote Jean-Baptiste Bullet et moi...

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Barbara Weldens (qui a bien fait de se présenter au Pic d'Or cette année, il me semble).

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Koutla.

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Flow, Caruso et une jeune fan. J'adore ce genre de photo.

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Ces quatre dernières photos sont signées Manuel Tondon (autre photographe de talent).

En pleine conversation avec Flow.

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Une pause/pose avec Flow.

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Avec Caruso...

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Enfin, avec la grande gagnante du Pic d'Or 2016, Barbara Weldens (et l'apparition fugace d'Olivier Bas).

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Bonus : L'interview de Corinne Labat, la présidente du Pic d'Or par HorScène (autant dire par Thierry Cadet, membre du jury)

Making of du Pic d'Or 2016, par HorScène.

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27 juin 2016

Solidays 2016 : Live report d'une soirée...

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(Photo: Matthieu Foucher)

solidays 2016,live report,clara matteraCette année, le festival Solidays s’est tenu du 24 au 26 juin 2016. Sur cinq scènes différentes plusieurs dizaines de têtes d’affiches et de nouveaux talents dont le but sera de faire rimer musique avec solidarité. Au programme de cette 18ème édition : Louise Attaque, Louane, Cypress Hill, M83, Selah Sue, Ibrahim Maalouf, Rover, The Shoes, Mr Oizo, The Avener, Bloc Party, Naive New Beaters, Kezia Jones, Patrice, Oxmo Puccino, Bigflo & Oli, Tiken Jah Fakoly, Jain, Flume, Naâman, Synapson… de quoi attirer quelques milliers de nouveaux festivaliers, collecter des fonds pour la recherche contre le Sida, et rappeler que cette maladie est toujours et malheureusement d’actualité.

Toutes les photos sont ici.

Cette année fut un cru admirable selon le communiqué officiel de Solidays :

Solidays plus « of Love » que jamais !

Il y a à peine quelques jours, Solidarité Sida et toutes ses forces vives ont ouvert à Paris une belle fenêtre musicale et solidaire. Sur scène comme dans les allées de Longchamp, les sourires ont été nombreux et les rencontres toujours fécondes. Les retours des artistes, bénévoles, militants associatifs, partenaires, techniciens et festivaliers rencontrés sont unanimes.

Cette 18ème édition a été exceptionnelle. Même le soleil s’est octroyé l’un des premiers rôles et a permis de booster l’enthousiasme d’un public fidèle.

Durant 3 jours, les concerts, témoignages, conférences et expositions se sont enchainés à un rythme effréné. Une fois de plus, Solidays a fait résonner avec succès les valeurs qui ont motivé sa création.

Pour cette 18ème édition, plus « of Love » que jamais, le record de fréquentation de 2015 a été battu avec 202 786 festivaliers au compteur. Une bonne nouvelle pour toutes les associations que Solidarité Sida accompagne au quotidien de Lomé à Bombay ou de Marseille à Bobigny.

À Solidays, chacun donne le meilleur. Ce n’est pas une promesse. C’est une réalité. Année après année, vous en faites la preuve. Grâce à vous, « notre » festival est unique et précieux.

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(Photo : Marylène Eytier)

solidays 2016,live report,clara matteraN’ayant pu m’y rendre, ne serait-ce qu’une journée, j’ai demandé à une « envoyée spéciale », Clara Mattera (à gauche), presque 20 ans, étudiante en communication (accompagnée d’une amie à elle) d’y aller à ma place. Le deal était qu’elle m’écrive ensuite un petit « live report ».

Le voici :

C’est le vendredi 24 juin, sous un soleil éclatant, que le festival Solidays a ouvert leurs portes cette année. Solidays, c’est 50 hectares, 5 scènes, 75 artistes et plus de 200 000 festivaliers. Nous vous présentons nos plus gros coups de cœur.

Naâman : Cette année c’est le reggaeman Naâman qui ouvre le bal des concerts des Solidays, un premier concert où tous les festivaliers se rendent pour entamer les festivités. Avec ses influences reggae, rap, mais aussi dub et électro ainsi que ses paroles engagées, le jeune français a su enflammer son public. En interprétant ses classiques comme « House of Love » ou « Rebel for life », Naâman crée un concert participatif où des milliers de festivaliers chantent avec lui sourire aux lèvres, et ça on adore.

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Naâman, le 24 juin 2016 à Solidays (Photo : David Gallard/CLACK)

Patrice : Patrice, de son vrai nom Patrice Bart-Williams, accompagné de ses trois musiciens a su se démarquer lors de cette première soirée des Solidays. Dès les premières notes le chanteur fait sauter son public, danser, chanter, crier, tout en offrant sur scène une performance incroyable. Des jeux de lumières et de sons l’accompagnent sur la scène, sa voix nous transporte, et ses rythmes reggae / pop / rock nous font danser jusqu’à la dernière seconde de concert.

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Patrice, le 24 juin 2016 à Solidays

Flume : Flume c’était le rendez-vous électro de ce vendredi soir. Le jeune dj australien était très attendu, et on a pas été déçu ! De « Say it » à « Never be like you » en passant par « Take a chance », Flume a enflammé la scène du début à la fin, pour le plus grand plaisir de son public. Le dj a su adapter ses morceaux plutôt doux à la scène en ajustant les basses, et ainsi faire danser les Solidays.

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Flume le 24 juin 2016 (Photo : Lise Olsen/Soundofbrit)

Salut C’est Cool : De la même façon que la soirée a été très bien ouverte avec Naâman, elle a été parfaitement clôturée avec Salut C’est Cool. Des rythmes techno entraînants, des paroles complètement barrées et quatre artistes déjantés pour faire danser le public de Solidays une dernière fois. Le quatuor a mis le feu à la scène avec un show aussi fou qu’eux et des prestations qui leur sont propres, tout en rappelant la raison de notre présence à tous, la lutte contre le Sida. Et ça, c’est cool!

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Ça C'est Cool, le 24 juin 2016 à Solidays

Bien que nous ayons choisi ces quatre artistes, bien d'autres méritaient leur place dans cet article. Pouvoir Magique, Louisaaaah!!!, Vandal... la plupart des concerts ont été très convaincants, comme l’ensemble du festival qui offrait aussi des manèges, des stands et l’incontournable Green Room ou des DJ set tournaient jour et nuit.

Reportage : Clara Mattera.

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20 juin 2016

Les Escrocs : interview pour le best of Plages privées

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Éric Toulis, Hervé Koury et Didier Morel sont Les Escrocs. Ils se retrouvent sur scène et sur disque avec Plages privées. Une compilation d'anciens morceaux remastérisés, extraits de leurs trois albums (Faites-vous des amis !, C'est dimanche..., Six pieds sur terre) avec, en prime des inédits & lives. Ils chantent « la douceur de vivre dans les îles aux frais de la société, la drague en mobylette, la monotonie des dimanches à Paris tout en regrettant le temps des troubadours ».

Au programme: du hip-hop à la valse-musette en passant par la java, le reggae ou les mélodies arabisantes. Les fidèles seraient bien inspirés d’être au rendez-vous à l'Européen le 23 juin pour célébrer la sortie officielle (le 24 juin) de ce best of.  Des retrouvailles scéniques qui promettent d'être réjouissantes.

Le 12 mai dernier, les Escrocs sont venus à Webedia pour cette première mandorisation. Merci à eux!

les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorBiographie officielle (signée Benoît Gaudibert):

" Faites-vous des amis !", clamaient les Escrocs sur la pochette de leur premier forfait. Répondant à l'invitation, les amateurs de - bonne - chanson française s'étaient pris de sympathie pour ces trois gaillards multi instrumentistes capables d'épouser tous les styles. Deux décennies plus tard, leur regard plein d'acuité reste plus que jamais d'actualité. D'"Assedic" à Je suis speed " ou "Loukoum et camembert", les rimes et les mélodies joliment troussées des Escrocs sonnent comme si elles avaient été écrites aujourd'hui, et balaient avec humour, swing et humanité les petits alèas du quotidien et les chausse-trappes de la société française. 

Si les artistes ont emprunté des chemins différents ces dernières années, la musique ne les a jamais quittés. Éric Toulis poursuivant sa voie en solo pendant que le professeur Koury prêtait ses talents à Bénabar, à Adamo et d'autres, et que le Dr Morel voguait vers l'Amérique du Sud approfondir sa science infuse des percussions, Les voici de nouveau réunis. En bons vivants qu'ils seront toujours, ils nous offrent aujourd'hui une compilation remastérisée avec des inédits à la clé, et, bien sûr, des concerts, tout un pacifique arsenal taillé pour allonger la liste de leurs très amicales et consentantes victimes.
 

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les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorInterview :

Avant vos retrouvailles officielles, vous étiez restés en relation ?

Éric Toulis : Oui, notre relation va au-delà de la musique. Toutes ces années, nous nous sommes vus beaucoup.

Et vous jouiez de temps en temps ensemble ?

Éric Toulis : Cela arrivait, mais pas sous ce nom-là. Pour les 20 ans des Escrocs, on s’est dit qu’on allait marquer le coup.

Hervé Koury : Chacun de notre côté, nous avons eu nos expériences musicales, mais on a toujours aimé se retrouver. Il y a 4 ans on a joué quelques morceaux comme ça, pour rien et on a aimé ça. Bon, pour les 20 ans, en effet, cela s’imposait que nous retrouvions officiellement.

Didier Morel : On avait un petit trésor de guerre, il aurait été dommage de ne pas l’exploiter.

Clip de "Assedic".

Les Escrocs ont duré 10 ans. Ce n’est pas rien.les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandor

Éric Toulis : On est tombé dans la bande de Gaza, à la fin du succès de l’alternatif, auquel on a beaucoup été assimilé, et le début de la nouvelle chanson et la vague hip hop. Disons que nous ne sommes pas arrivés au meilleur moment, mais nous nous sommes tout de même bien amusés.

Hervé Koury : Les « alternatifs », Tryo, Louise Attaque, les Têtes Raides, c’était nos potes, mais on ne se sentait pas de cette famille. Nous, on adorait le reggae, la java, la Motown,…  On faisait presque de la musique du monde. Il y avait de l’oriental, de la biguine, du swing manouche… Notre cuisine était très riche.

J’ai réécouté vos chansons et certaines sont encore bien d’actualité.

Hervé Koury : On aimait soulever quelques lièvres, quelques cailloux liés à la société dans laquelle nous vivions. Cette société ne s’est pas arrangée avec le temps.

"Loukoum et camenbert" en live en février 2016 au FGO-Barbara.

les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandorPour faire cette compilation, vous avez procédé comment ?

Didier Morel : On a tout réécouté ensemble.

Éric Toulis : Comme on avait plus le nez dedans, on avait du recul et du coup, de l’objectivité pour mieux juger nos chansons. Il y en a que nous n’avons pas mises, car elles n’ont pas supporté l’épreuve du temps. Il y a des chansons qui n’ont pas été des singles qu’on a trouvés très honorables.

Hervé Koury : Basiquement, on n’a pas fait ça dans la souffrance, on était souvent d’accord, il y a eu même beaucoup d’évidences. On a gardé aussi celles dont nous avions des souvenirs flamboyants sur scène.

Il y a donc des chansons qui vous ont paru obsolètes aujourd’hui ?

Hervé Koury : Je vous donne un exemple. « Vigilance » est une chanson que l’on adore tous les trois, sauf que nous l’avons créé au milieu des années 90. Clairement, on visait les gens qui votaient FN. A cette époque, les choses étaient clivées entre les méchants qui votaient FN et les gentils qui étaient « Touche pas à mon pote ». Aujourd’hui, il y a un flou artistique sur tout ça. Je connais des gens qui vont voter Marine Lepen, qui sont un peu perdus, mais qui sont très gentils. Avant les gens choisissaient leur camp, aujourd'hui, c’est plus nuancé.

Didier Morel : On le dirait d’une autre manière maintenant, même si le fond correspond à nos idées.

Clip de "Mobylette". 

Éric, je me suis laissé dire que sur scène tu laisses la place plus souvent à Hervé en tant que chanteur.les escrocs,Éric toulis,hervé koury,didier morel,plages privées,best of,l'européen,interview,mandor

Éric Toulis : Je suis plus partageur aujourd’hui (rires). Hervé, avec ses différentes expériences, s’est mis à chanter, à écrire et composer beaucoup, donc ça change la donne et je trouve ça super. Du coup, nous avons de nouvelles épices à incorporer dans le show… et c’est super intéressant.

Ce best of est-il aussi conçu pour préparer le terrain à un nouvel album inédit ?

Hervé Koury : Il est en gestation. Nous n’avons pas envie de nous reposer sur notre passé.  Mais, encore une fois, ce disque était un moyen de fêter nos 20 ans. C’est une pierre posée par rapport au fait que nous recommençons.

Éric Toulis : Nous voulions que ceux qui ne nous connaissent pas puissent balayer notre « œuvre » facilement.

C’est bizarre de se glisser de nouveau dans la peau d’un Escroc ?

Éric Toulis : C’est marrant parce que l’on reprend vite sa place et ses marques. Les choses se sont faites naturellement. La seule différence, c’est qu’on a plus d’expérience.

Hervé Koury  : Il faut laisser parler le côté naturel de ce que l’on sait faire. Il n’y a aucune démarche intellectuelle. L’expérience doit rester en toile de fond, mais elle va nous servir à ne pas refaire les erreurs du passé.

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Pendant l'interview (photo : Cathy Baumerder)

Si vous dites souvent des choses fortes, vous n’avez jamais été moralisateurs, c’est ce que j’ai toujours apprécié chez vous.

Hervé Kouris : On propose notre point de vue et les gens prennent ce qu’ils veulent, ce qui ne nous empêchent pas de dire des choses qui nous dérangent.

Et vous maniez l’autodérision comme personne.

Hervé Kouris : C’est la base.

Éric Toulis : C’est le maitre-mot de l’humour. On ne peut se moquer des autres uniquement si on sait se moquer de soi-même.

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Après l'interview, le 12 mai 2016, sur la terrasse de Webedia (photo : Cathy Baumerder).

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16 juin 2016

François Bernheim : interview pour l'ensemble de sa carrière

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7492_108490756197683_6572886381044119432_n.jpgL’auteur-compositeur-interprète François Bernheim est un découvreur de talents comme les Poppys, Louis Chedid (mandorisés et ), Renaud (mandorisé ), Patricia Kaas… faiseurs de tubes comme « Non, non, rien n’a changé », « Mon mec à moi », « Il mio rifugio »… Compositeur de nombreuses musiques de films, il réunit parfois quelques amis musiciens, afin de chanter lui-même les chansons qu’il a écrites et qui sont devenues des succès par la voix des autres. Et si certains de ces autres le croisent dans les parages, François les invite à monter sur scène et à chanter avec lui. Les 22 et 23 juin prochains, François Bernheim et ses amis seront sur la scène du Rond-Point pour deux concerts exceptionnels. Attention, un nouvel album et quelques jeunes talents pourraient bien se mêler à cette fête, où Radio Piiaf sera de la partie.

Les invités : Dani, Benoît Dorémus (mandorisés ici), Anne Etchegoyen, Alexandra KazanIsabelle Nanty, Pierre Palmade…

Les musiciens :

Guitare : Bruno Polius, Romain Roussouliere

Percussions et claviers : Jean-Marie Leau (mandorisé )

Percussions : Marc Chantereau

Chœurs et chant : Marie-Camille Soyer

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Avec François Bernheim et Jean-Michel Ribes, le directeur du Théâtre du Rond Point où se déroulent les soirées François Bernheim & friends les 22 et 23 juin 2016.

bernheim-infrarouge-783x520.jpgInterview :

Quand on épluche votre CV, on constate que votre première expérience musicale est la formation d’un groupe avec les sœurs Sanson, Violaine et Véronique. Musicalement, il n’y a rien avant ?

Je suis catholique, mes parents m’ont fait aller à la messe de façon forcenée. J’ai participé à la chorale et j’y ai pris un goût énorme. C’est là que j’ai appris à l’oreille les harmonies. Je suis un autodidacte total et un instinctif. Je suis devenu Chanteur à la Croix de Bois à 10 ans et c’est là que tout a démarré.

A 10 ans, vous êtes-vous dit que c’était le métier que vous vouliez faire ?

Non, je suis né d’une famille extrêmement simple, ruiné moralement et financièrement par la guerre. Mes parents étaient fonctionnaires et ils ont tout misé sur moi. Ce n’est pas une pression énorme, mais je sais que je suis la chance de la famille de faire quelque chose. Loin de nous l’idée de faire carrière dans la musique. J’ai donc fait des études normales.

Vous étiez en seconde avec Dominique Blanc Francart, je crois.

Oui. Lui avait déjà un groupe et moi, j’en formais un. On a été virés tous les deux pour indiscipline.Ca créé des liens. Je l’ai retrouvé 15 ans après professionnellement.

Au lycée, vous commenciez à être très branché musique.

J’écoutais beaucoup de rock’n’roll et donc j’ai formé un groupe dans le garage de mes parents. C’est banal. Le rock, c’est joyeux. On s’amuse, on n’est pas à l’âge où on parle de la guerre tout de suite. On a fait des petites soirées dans des bars et des clubs de la banlieue ouest.

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Et après ?

J’ai eu une mononucléose, donc j’ai loupé une année scolaire. Pendant cette année-là, j’ai écouté beaucoup de disques et je n’ai pas travaillé du tout. Deuxième chose, j’ai eu un accident très très grave à la suite d’une course poursuite (il me raconte le pourquoi du comment de cette histoire hallucinante… mais il me demande de la taire) qui m’a cloué au lit pendant pas mal de temps et là, on m’a offert une guitare. J’ai encore cette guitare. Mes parents m’ont amené l’année suivante en Espagne en vacances. Là, sur une plage, je suis tombé sur deux jeunes filles superbes, que je ne connaissais pas et qui avaient 16 et 13 ans. La première s’appelle Violaine, la seconde Véronique. Les sœurs Sanson avaient des parents aisés et étaient donc dans un superbe hôtel. Après avoir fait connaissance, très vite, on fait des chansons autour de piano de l’hôtel. Pour la faire courte, nous nous revoyons à Paris. Je découvre ainsi le milieu de la haute bourgeoisie. La maman de Violaine et Véro organise un goûter dans la demeure familiale. Moi, j’ai 17 ans, Véro en a 14. On joue des morceaux tranquillement et un type que nous n’avions pas remarqué, car il était dans le fond du salon, vient nous voir pour nous demander de venir à son bureau le lendemain. C'était le directeur des éditions Pathé Marconi. Le lendemain, on croise Tino Rossi, Henri Tachan et Julien Clerc dans les couloirs et dans le bureau, il y a un jeune mec qui s’appelle Michel Berger, un autre qui s’appelle Claude-Michel Schoenberg et un troisième qui s’appelle Jacques Sclingan. Le rendez-vous se passe magnifiquement et les trois directeurs artistiques nous demandent de venir au studio le lendemain. Là, c’est Gilbert Bécaud que l’on croise, nous sommes émerveillés. On enregistre une quinzaine de titres très maladroitement. Berger et Schoenberg nous font signer un contrat sous le nom de Les Roche Martin. On ne sait même pas pourquoi ce nom.

Les Roche Martin: "Miss Gaffe", maquette studio de 1967 (paroles et musique : François Bernheim). Le trio est composé de Violaine Sanson, Véronique Sanson et François Bernheim.

230291624971.jpgCombien de temps a duré l’aventure Roche Martin ?

Deux ans. Le temps de faire deux Super 45 tours (4 titres chacun). Nous n’avons quasiment rien vendu, mais il est resté dans la mémoire collective comme les débuts de Véronique Sanson. C’était assez nouveau dans les mélanges de voix. Rétrospectivement, je trouve que c’était pas mal. Après le deuxième 45 tours, je me suis fâché avec tout le monde. Je crois que j’étais dépité par la romance qui commençait entre Michel Berger et Véronique Sanson. Il faisait un peu bande à part et ça me mettait hors de moi. J’ai même dit que je m’opposais à la sortie de ce deuxième disque. J’étais susceptible à l’époque, c’était juste un mouvement d’humeur.

C’est à cause de vous que le groupe s’est arrêté ?

Non, ça devait s’arrêter de toute manière. Je le sentais. Violaine m’a suivi, car elle était ma petite amie à l’époque et Véro est restée avec Michel Berger. Ils ont fait une sublime carrière ensemble.

Aujourd’hui, vous êtes encore ami avec les sœurs Sanson ?

Bien sûr. Quand je fais un spectacle, elles viennent souvent. On refait les Roche Martin pour rigoler.

Après, vous êtes rentré chez Barclay.

Quand le groupe explose, je ne sais plus par quel miracle, la secrétaire d’Eddy Barclay m’appelle, alors que j’avais repris mes études à la fac. Il me reçoit à son bureau et on commence à boire du Bordeaux à 11 heures du matin. Il me demande ce que je fais. Je lui réponds que je viens d’accepter un boulot à mi-temps pour payer mes études. Il me demande combien je gagne. Je lui réponds 1500 francs par mois. Il me dit qu’il m’offre la même chose, mais à temps complet, pour devenir son assistant. Il m’a donné 5 minutes pour accepter ou refuser. J’ai dit oui tout de suite, sans prendre le temps de réfléchir. Pour lui, être assistant, c’est être disponible tout le temps. Il aimait me montrer pour dire qu’il avait un assistant. J’ai passé une année à ne rien faire, mais j’ai essayé d’apprendre mon métier.

Et soudain, il vous propose de vous occuper d’une artiste.

Oui… et c’est Brigitte Bardot. Je deviens son directeur artistique. Elle avait 38 ans et elle venait d’arrêter le cinéma. Je suis devenu très pote avec elle. Elle a été très gentille avec moi. Je n’avais pas de sous, elle m’invitait tout le temps et on a beaucoup voyagé tous les deux. Je précise que je n’ai pas eu d’aventure avec elle. Je le dis, parce que c’est rare. Elle n’était pas nympho, mais elle aimait les mecs.

"C'est une bossa Nova", une chanson de François Bernheim pour Brigitte Bardot.

En studio, elle était comment ?R-1658380-1394398906-8972.jpeg.jpg

Extrêmement docile. Dans le choix des chansons et dans la façon de travailler, ça se passait toujours bien. Elle avait le sens de la mesure, elle chantait juste. Elle n’avait aucun caprice. Il n’y a jamais eu aucun problème avec elle.

Diriger Bardot, pour un jeune homme comme vous, ça n’a pas dû être facile.

Il faut être le patron. Comme un directeur d’acteur, un metteur en scène, c’est moi qui disais « c’est bien », « c’est pas bien », « il faut chanter autrement »… Même si je n’étais pas sûr de moi tout le temps, je faisais semblant de l’être. Les artistes ont besoin de ça.

Barclay a voulu vous virer.

Il était en cessation de paiement. Dans les couloirs, on voyait passer des mec avec des attachés-case. Ça ne sentait pas bon, il y avait des audits partout. Et puis, un jour, avec une autre directrice artistique, Jacqueline Herrenschmidt, nous avons décidé de faire chanter l’actualité par des enfants. Je suis parti à fond la caisse dans cette idée. En une heure, j’ai écrit deux chansons, « Noel 70 » et « Non, non, je ne veux pas faire la guerre ». Nous avons eu la chance de tomber sur la chorale d’Asnières. On a sélectionné 17 mômes qu’on a appelé Les Poppys. En 5 ans, on a vendu 5 millions de disques. Pour Eddy Barclay, soudain, avec Jacqueline Herrenschmidt, nous sommes devenus Dieu. On a sauvé sa maison.

Clip des Poppys, "Non, non, rien n'a changé".

114108119.jpgVous avez porté d’autres tubes pour Barclay.

Michel Delpech avec « Whight is whight » et “Pour un flirt”, Nino Ferrer avec “La maison près de la fontaine”, Léo Ferré avec « C’est extra », Esther Galil avec « Le jour se lève », Patrick Juvet avec « la Musica ».

Je crois que Barclay n’aimait pas trop Juvet.

Il me disait qu’il ne voulait pas le garder sous le prétexte que « les français n’aiment pas les pédés ».

On vous a laissé signer des jeunes comme Louis Chédid.

Je le trouvais extraordinaire. Un ovni dans ce paysage. Je l’ai connu, il était chef monteur aux actualités Gaumont. Un copain commun me le présente. Il me fait écouter des maquettes. J’adore sa poésie et sa sorte de folie. On a signé un album, Balbutiements, et il n’a eu aucun succès. Mais c’était la première marche de sa carrière.

Un extrait de l'album de Louis Chédid, Balbutiements, "Enchanté".

Avec Jacqueline Herrenschmidt, du coup, vous avez quitté Barclay.

On a donné notre démission. Nous avions trop donné sans recevoir en retour. Barclay nous a fait un pont d’or pour que nous changions d’avis, mais nous nous sommes drapés dans notre dignité. C’était un homme d’affaire avant tout.

Vous avez monté la société HB. Herrenschmidt Bernheim Productions.

Oui, nous voulions produire en toute indépendance. Grâce à Coluche, on a vu Renaud au Caf’ Conc. Il faisait sa première partie. Nous avons tellement aimé que le lendemain, on le reçoit dans notre bureau. Il est arrivé en poulbot, c’était génial. A ce moment-là, Paul Lederman voulait le signer, mais il a refusé. Par contre, il a signé avec nous. On n’a pas compris pourquoi il nous avait choisis. Amoureux de Paname est sorti en mars 1975 et contient des chansons comme « Hexagone » ou « Société, tu m'auras pas ». La fille qui a accueilli Renaud pour la première fois, c’est Danièle Gilbert. 

Première prestation télévisuelle de Renaud : "Camarade bourgeois" à Midi Première.

Et pas de chance, votre boite a coulé à cause d’un escroc.

Oui, nous avions confié les finances à quelqu’un qui nous a trompés. Il est parti avec l’argent. Il a foutu la merde dans la vie de Jacqueline et dans la mienne d’une façon incroyable. On a été obligé de céder Renaud, alors qu’il commençait à avoir du succès. Pour être honnête avec vous, je peux dire que Renaud a servi à payer nos dettes. Il a fallu 7 ans pour que l’on se remette de ça. Nous vivions dans une honnêteté totale, mais dans une naïveté idiote.

Ça vous a écœuré du métier ?

Un peu évidemment, mais il faut se battre. Avec Jacqueline, nous nous sommes séparés. Il y a eu dans ma vie un long moment de flottement.

Et Phonogram vous appelle.

Le président de cette maison de disque me demande si je suis intéressé pour aller faire une étude au Brésil. J’ai accepté et ça m’a fait un bien fou. Je suis allé essayer de comprendre pourquoi aucun des artistes brésiliens fort talentueux n’arrivaient pas à vendre en dehors de leur pays. Je me suis retrouvé tout seul à Rio et j’ai rencontré des tas d’artistes magnifiques.

Quand vous êtes rentré, on vous a demandé de faire du disco.

Oui, c’était la mode, mais je ne suis pas quelqu’un qui fait danser les autres. J’ai quand même dit que j’avais quatre idées d’albums. J’ai donc monté quatre groupes fictifs avec des chanteurs et des musiciens de studio, ensuite, je suis allé mixer à New York. Je travaillais avec Jean-Pierre Lang pour faire les chansons et les textes étaient signés Boris Bergman. Ces albums ont marchoté.

Vous avez passé un an à New York puis vous revenez vivre à Paris.

Oui, à l’époque, je vivais avec Agathe Godard, journaliste de Paris Match avec laquelle je suis resté 7 ans. Un jour elle m’annonce qu’elle va interviewer Gérard Depardieu. Elle me demande de venir avec elle et j’accepte. On se retrouve à Bougival pour déjeuner. Il y avait Elisabeth Depardieu et ça a été le début d’une amitié de 35 ans.

Elisabeth Depardieu chante "Les hommes de ma vie", extrait de l'album "A Barbara quand j'ai froid" (1983).
Paroles: Elisabeth Depardieu et François Bernheim.

Vous avez travaillé avec elle.

Je lui ai fait deux albums, dont un dirigé par Barbara. Cette dernière était très désagréable avec moi parce qu’elle était jalouse de la relation que j’avais avec Elisabeth. De son côté Elisabeth me fait des chansons pour mes propres albums, mais ils ne marchent absolument pas. C’est normal, en tant que chanteur, je n’ai jamais marché (rires).

Et puis, un jour, Patricia Kaas apparaît dans votre vie.

Un copain artiste, Joël Cartigny, me demande de le rejoindre pour regarder une artiste en vidéo. Plan fixe sur un cabaret de Sarrebruck, le « Rumpelkammer Club », puis arrive une fille de 16 ans qui chante comme personne. J’appelle. Je tombe sur sa mère qui ne parle qu’allemand, je ne parle pas cette langue, mais on arrive à se comprendre. Le lendemain, la petite Patricia fait un concert à la fête de la bière de je ne sais plus trop quelle localité. Je m’y rends et je la vois chanter des chansons comme New York, New York devant 700 personnes alcoolisés. Plus personne ne bronchait. Je l’ai ramené à Paris et je l’ai présenté à Elisabeth Depardieu. Nous décidons de produire le premier album de Patricia Kaas dans la société d’Elisabeth.

Ce premier disque, La musique de la forêt noire, ne fonctionne pas. Moi-même, je n’en ai jamais entendu parler.

Pour les radios, Kaas, ça a été un rejet total. Elisabeth libère Patricia, mais moi, je garde contact avec elle. Je fais écouter ce qu’on a fait à Bertrand de Labbey (qui dirige aujourd’hui la première agence artistique européenne, Artmédia) et il me conseille d’aller voir Didier Barbelivien. Ce que je fais. Il apprécie la voix de la chanteuse et me demande de revenir une semaine plus tard. Le jour J, à l’arrache, il me chante « Mademoiselle chante le blues ». Je me dis immédiatement que c’est génial pour elle. C’est exactement le genre de chanson qu’il lui faut. Cette chanson avait été refusée par Nicoletta et Nicole Croisille. Elle n’a donc pas été écrite pour Patricia. On lui fait signer un contrat chez Polydor et ça été le début de son immense succès. Je lui ai composé « Mon mec à moi », « D’Allemagne », « Les hommes qui passent », « Entrer dans la lumière »…

Clip de Patrica Kaas : "Les hommes qui passent".

Après Patricia Kaas, il se passe quoi pour vous ?

Tout et n’importe quoi. J’ai écrit pour plein de monde. Quand j’y repense, j’ai passé mon temps à faire des trucs très branchouilles ou des trucs très populaires. J’aime me diversifier et être là où on ne m’attend pas forcément.

guillaume-depardieu-post-mortem-album-critique-avis-le-bric.jpgTerminons avec un disque dont vous êtes à l’origine et que j’aime beaucoup : le seul disque de Guillaume Depardieu (mandorisé ), Post Mortem.

Affectivement, c’est une de mes expériences les plus intenses. Les autres artistes que j’ai produits, je ne les ai pas connus quand ils avaient 6 ans. J’avais une relation très tendre avec lui et depuis très longtemps. Il y avait un amour énorme entre nous. J’avais une écoute artistique et sensible différente de celle de son papa et je l’ai toujours suivi dans ces études musicales classiques, dans ses démarches punk ou hip hop. Il allait dans plein de directions, mais il revenait toujours vers moi pour me demander mon avis.

L’intérêt était-il réciproque ?

Oui, il s’intéressait beaucoup à moi et à ce que je faisais artistiquement. Nous nous chambrions beaucoup, mais c’était bon enfant. Nous avions une forte complicité.

Qui a décidé de faire ce disque ?

Un jour, il vient chez moi et me donne des textes. Il repart aussi sec. Je comprends qu’il a  peur de savoir ce que j’en pense. Je trouve ça fort, violent, poétique. Une semaine après il m’appelle pour avoir ma réaction. Je lui dis mon sentiment, mais je le sens déçu. Il finit par me dire : « mais tu n’as rien fait ? ». Il voulait que j’écrive la musique, mais il ne me l’avait pas demandé. Je suis rentré en studio et j’ai fait 11 maquettes. Je lui ai envoyé avec ma voix. Lors de l’enregistrement, il l’a chanté avec ma tonalité. Il n’a rien changé. Il a été d’une fidélité totale à mon travail. On a tout enregistré en deux après-midi. Je n’avais rien à diriger tant il était parfait.

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Guillaume Depardieu et François Bernheim sur la même scène, peu de temps avant le départ du comédien chanteur. 

Comment ont réagi les maisons de disques ?

Chez AZ, Valéry Zeitoun, a été subjugué par le résultat. Mais après trois semaines d’attente, il a fini par dire non parce que son équipe ne voulait pas. Chez Sony, Valérie Michelin écoute 15 secondes et elle me dit : « pourquoi tu me fais écouter des trucs pornos ? » Je suis sorti de ce rendez-vous assez écœuré. Chez Atmosphériques, Marc Thonon, a été subjugué lui aussi. Il le signe, malgré les difficultés financières qu’il traverse. Et Guillaume part tourner un film en Roumanie, L’enfance d’Icare. Là-bas, il contracte une pneumonie et une nouvelle infection à un staphylocoque doré, résistant à la méticilline, qui l'oblige à être rapatrié à l'hôpital de Garches. Il y meurt le 13 octobre 2008.

Clip officiel de "Je mets les voiles".

Comment réagissez-vous ?

Je suis effondré, évidemment. Pas pour le projet, parce qu’il était comme un « fils » pour moi. Et puis ce mort dont l’artistique m’appartenait, je ne savais plus quoi en faire. Il fallait qu’il revienne à sa sœur Julie. Ils étaient fâchés et n’étaient pas réconcilés avant sa mort. Elle a écouté le disque et elle est devenue folle. Dans le sens, folle d’émotion. Elle a développé une parano et une culpabilité totale et infernale et elle a voulu tout prendre en main. J’ai traversé cinq années complètement idiotes et décousues. J’étais rejeté du projet alors que Guillaume avait validé mon travail. Julie, elle, a considéré que je n’étais pas de la bonne génération. Pour elle, il fallait aller voir des gens « branchouilles », comme Benjamin Biolay, auxquels Guillaume n’aurait jamais pensé, évidemment. Tous ont décliné parce que ce n’était pas leur truc ou que certains me connaissaient et ne comprenaient pas pourquoi ce n’était pas moi qui portait ce projet jusqu’au bout. Julie m’a sous-estimée et je suis rentré dans un conflit très dur avec elle. Je ne supporte pas que mon œuvre arrive aux oreilles de tout le monde sans que j’en aie donné l’autorisation. Une tierce personne a débloqué la situation en trouvant une solution commune qui était celle de travailler avec Renaud Létang. Ne voulant pas trop discuter longtemps, je voulais que ce disque finisse par sortir, j’ai donné mon accord. J’ai posé une condition, que ce soit un double album. Un CD du travail que Guillaume avait validé avec moi et un CD de la version de Julie.

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Pendant l'interview...

Quelle histoire !

D’autant qu’il a fallu faire la promo. Elle l’a faite de son côté et moi du mien. Jamais ensemble.

J’ai l’impression que cela vous a blessé.

D’abord la disparition de Guillaume, puis ce que ce projet est devenu. Pour couronner le tout, j’ai sorti un livre avec Sylvie Matton, intitulé Guillaume Depardieu, bande originale dans lequel je racontais notamment l’aventure de ce disque. Ce que j’estime être un beau bouquin a été désavoué complètement par la famille. Je voulais rendre hommage au travail de Guillaume et à l’homme que j’ai connu. Visiblement, ce mort appartient aux autres.

Aujourd’hui, vous travaillez sur quoi ?

Je travaille de nouveau pour Patricia Kaas. Je souhaiterais qu’elle revienne au top de la chanson française.

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Après l'interview, au Café de Flore.

14 juin 2016

Superbus : interview de Jennifer Ayache pour Sixtape

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Superbus revient après une tentative solo de Jennifer Ayache (qui n’a pas rencontré le succès escompté). Ce n’est pas ma première rencontre avec la chanteuse du groupe (voir une première mandorisation là pour fêter les 10 ans de Superbus). Nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale pour une longue interview. En voici la substantifique moelle pour Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de juin 2016).

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Clip officiel de "Strong & Beautiful" (avec la participation de Natoo). 

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Après l'interview, le 9 mai 2016.

08 juin 2016

Jil is Lucky : interview pour Manon

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jil is lucky,manon,interview roy musicAprès le succès rencontré sur ses deux premiers albums (grâce notamment au titre « The Wanderer » - hymne officiel de Flower by Kenzo -) et de nombreuses tournées en France (Cigale et Casino de Paris sold-out) et dans toute l'Europe, Jil is Lucky se renouvelle en chantant pour la première fois en français. Il a composant un concept-album ambitieux autour d’une rencontre poétique et destructive entre le narrateur et une jeune djette franco japonaise, "Manon". Jeune, blonde, environ 1 mètre 60.

Le concept-album s’impose mais le chanteur tenait aussi à ce que chaque chanson ait son identité et son indépendance. Manon s’écoute comme on regarderait un film. Les titres sont autant de scènes : de la rencontre à la rupture en passant par la passion, la jalousie et les regrets.

La qualité de l’album tient beaucoup aux trouvailles d’écriture de son auteur mais aussi à son ambiance électro pop qui marque un tournant dans la carrière de l’artiste.

Jil is Lucky est venu à Webedia le 12 avril dernier pour me présenter ce nouveau projet.

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jil is lucky,manon,interview roy musicInterview :

Pourquoi avoir choisi la langue française pour ce projet ?

J’ai toujours écrit pour moi de la poésie en français, mais je n’avais jamais passé le cap de notre langue dans les chansons. Je voulais réussir à allier des formes très traditionnelles de poésie comme l’alexandrin, l’octosyllabe à l’ancienne, un langage très parlé, très direct et mélanger tout ça. J’ai écrit deux alexandrins qui sont devenus l’ouverture de l’album. Ca racontait une histoire : « Ça fait des mois que je n’ai plus de nouvelles d’elle, signalement petite blonde un soixante et quelques ». Ça m’a beaucoup inspiré. Qui est cette fille ? Que pouvais-je inventer autour d’elle ?

Ta voix est mixée dans la musique, c’est un procédé plutôt rare en France.

Je viens de l’easy pop. J’ai appliqué les codes de la musique anglaise ç un album en français.

C’est un disque conceptuel.

Je raconte une histoire d’amour, tout ce qu’il y a de plus banal en soi, les prémices, le développement et la rupture. Il est préférable d’écouter l’album dans sa continuité, mais j’ai fait en sorte que chacune des chansons puissent être écoutées indépendamment les unes des autres. C’est un album hors format par rapport à ce qu’il se fait aujourd’hui, je le concède. Il doit s’écouter en prenant son temps. Il n’est pas immédiat. Il a une certaine prétention à vouloir jouer la carte de la profondeur, à jouer sur la réécoute et la durée. Je ne pensais pas qu’on allait pouvoir en retirer un single et pourtant « Le goût de l’aventure » et « A l’envers » sont déjà joués en radio.

Clip de "le goût de l'aventure".

Faire un tel disque, n’est-ce pas une sacrée prise de risque financière ?

Si on sait quelque chose sur les disques conceptuels, c’est que c’est le four assuré (rire). J’ai la chance d’être dans un label indé, Roy Music, qui me suit depuis le premier album. Ils ont confiance en moi, même en sachant que chaque album est à chaque fois radicalement différent. Je suis entièrement libre, ce qui me permet d’aller au bout de mes envies… sans frein.

Comment garde-t-on sa fan base en agissant ainsi ?

On ne la garde pas. Le premier album était très folk, voire tsigane, le deuxième, In the Tiger’s Bed, était beaucoup plus pop, ultra produit et le troisième est en français avec une écriture moderne… ma façon d’envisager ma carrière est anti marketing. Je m’en moque,  à chaque nouveau disque, il y a toujours des nouvelles personnes qui découvrent mon travail.

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Est-ce un besoin vital de ne jamais faire la même chose ?

Ma seule hantise artistique, c’est de me répéter. Ce serait terrible pour moi de resservir deux fois les mêmes formules. J’ai une vision de l’art en perpétuelle mutation, en mouvement constant. Je suis méticuleux, je travaille énormément, dix heures par jour au minimum.

Ce disque permet d’évoquer les facettes les moins reluisantes de l’amour?

Je parle des facettes de l’amour et de la douleur. Ce qui m’intéressait, c’était ce côté irrationnel et passionnel quand on rencontre une lolita. Quand on plonge à corps perdu dans une histoire, on sait très bien, dès les premières minutes, qu’on va morfler. Ce que je voulais faire ressentir dans le ton de la narration, c’était ce côté désabusé du type qui sent qu’il est cuit parce qu’il est face à une gamine qui va le prendre, puis le broyer et le jeter à la poubelle. J’ai voulu faire passer le décalage entre la profondeur des sentiments et le côté ultra superficiel de la gamine.

Manon- VR 360 - The movie (court métrage tourné à 360° et son multidirectionnel.  

Tu as passé deux ans dans ton bureau à décrire Manon. As-tu hésité à lui donner vie ?

Avec mon label, c’est la question que nous nous sommes très vite posés : est-ce que qu’on cherche une fille qui pourrait être elle ? Le but des chansons, au-delà de l’histoire, c’était de ramener chaque personne qui écoute ce disque à sa Manon. On en a tous une. On a tous morflé avec une gonzesse.

Et finalement, vous en avez cherché une.

On a cherché assez longtemps notre Manon quand deux personnes du milieu de la nuit nous ont demandé si on allait prendre Moon pour personnaliser ce projet. On est allé voir sur Instagram et bingo ! C’était bien la fille idéale pour endosser ce rôle. Elle était dans tous les clubs branchés. A la base, elle est directrice artistique, mais elle fait aussi de la sculpture, du dessin… c’est une artiste pure et dure. Elle a une beauté tellement singulière qu’elle fait du mannequinat malgré elle. La première fois qu’on l’a vu dans les bureaux du label, le souffle de tout le monde a été coupé. On s’est dit : « Il y a Manon qui vient d’arriver en personne ».

C’est bizarre de créer un personnage et de trouver sa parfaite représentation ?

C’est le fantasme de pygmalion absolu. Pour un artiste, c’est fantastique. A partir du moment où on a vu cette fille à l’image si forte, on a décidé de décliner le projet en différents clips et un film en 360°.

Clip de "A l'envers".

Moon a accepté facilement de devenir Manon ?

Elle a demandé à écouter les chansons et, après écoute, elle a dit qu’elle voulait être Manon. On l’a prévenu qu’elle allait être très mise en avant dans la presse, sur la pochette. Elle a acquiescé à tout.

Tu es précurseur et c’est bien de l’être, mais tu n’as pas peur que cette histoire de lunettes effraye les gens ?

Comme je ne suis pas du tout dans le circuit mainstream, je peux me permettre à peu près ce que je veux. Je vois ça comme un « goodies » (un objet promotionnel, un cadeau). Je sais que ceux qui s’intéressent à mes disques et à ma musique sont souvent des curieux. Je suis sûr que l’expérience les tentera. Mais l’essence du projet reste le disque. Les films, les lunettes, ce sont des gadgets.

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Pendant l'interview...

jil is lucky,manon,interview roy musicTu as un frère qui est chanteur lui aussi, Bensé. La musique est-elle une histoire de famille ?

Notre oncle avait une radio dans le sud. Il ne passait que de la musique des années 60 et 70. Nous ingurgitions tous ses vinyles comme des biberons. Il nous a appris à jouer de la guitare de la basse et de la batterie. On mettait du Led Zep, Pink Floyd, Hendrix et on jouait là-dessus. Nous sommes partis jouer dans les clubs, les bars toutes les semaines. Mon frère avait 16 ans et moi 12. A 22 ans, j’ai décidé d’arrêter mes études pour faire de la musique avec Julien (prénom de Bensé). Je l’ai accompagné à la basse, mais parallèlement, j’ai écrit des chansons et j’ai eu la chance de signer tout de suite. Aujourd’hui, nous avons nos carrières et nos tournées respectives, mais nous sommes souvent ensemble.

Outre la musique, tu t’adonnes à d’autres activités artistiques. Lesquelles ?

Je suis aussi peintre et sculpteur. En ce moment, je peins des aquarelles. J’ai besoin de varier mes activités artistiques pour trouver un semblant d’équilibre.

jil is lucky,manon,interview roy music

Le 12 avril 2016, après l'interview.

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