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09 décembre 2017

Jean-Roch Waro : interview pour son deuxième album

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Bonne nouvelle ! Jean-Roch Waro est de retour avec un nouvel album, une décennie après le précédent, Music Gang. Un retour qui fait du bien, placé sous le signe du groove sous fond de jazz, de soul, de folk et de rock. Textuellement, il se livre sans se dévoiler, mais musicalement, il lâche tout.

Le 11 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar de Trocadéro pour une première mandorisation (en espérant qu’il  ne faudra pas attendre 10 ans pour la prochaine…)

Biographie officielle :

Jean-Roch Waro est auteur, compositeur, guitariste et chanteur. Au cœur des années 1980, sa tendre enfance chaloupe entre le Rock’n’ roll brut de fonderie de la « vallée de la Fensch » en Lorraine, et les rythmes Séga-Maloya de l’Isle de la Réunion natale de son grand-père.

À 15 ans, il forme son premier groupe Rock Inc. À 20 ans, il ouvre les concerts de The Meteors, Noir Désir, Paul Personne, Pigalle et CharlElie Couture.

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Vient alors le temps de l’émancipation, guitare à l’épaule : New York (the Living Room), Paris (New Morning, Guinguette Pirate, Glaz’art), Berlin (Franz Club). Enfin, son amour grandissant pour le jazz lui font naturellement croiser le chemin de Stephen McCraven, batteur virtuose du Archie Shepp Quartet.

Stephen est séduit par les compositions de Jean-Roch et rejoint le projet. C’est ainsi qu’en 2004, naît le Jean-Roch Waro Music Gang, composé de Stephen McCraven à la batterie, Edouard Romano à la trompette, Julien Petit au saxophone, Stéphane Glanois à la basse et Jean Wende à l’orgue Hammond. 

Après quelques années à se nourrir de musique et de divers projets, Jean-Roch revient avec un nouvel album (solo) centré autour des guitares et des voix. 

jean roch waro,interview,mandorL’album :

Pour ce nouvel album riche des multiples influences de Jean-Roch Waro, de nombreuses couleurs et aucune barrière. Anglais, français, rythm and blues, jazz, pop, rock ... L’authenticité de l’énergie présente dans chaque titre est là comme un fil conducteur laissant place à une totale liberté d’expression. En se laissant porter par la musique, chacun reçoit à sa façon les sensations, les mots et les intentions. Le groove plonge dans un voyage à la fois intime et à partager où selon les chansons et les moments, on bascule d’intensité à sérénité, laissant les émotions se bousculer et se rencontrer venant créer une atmosphère singulière et planante.

Depuis le concert de sortie de l'album qui a eu lieu le 18 avril 2017 au New Morning (Paris), Jean Roch Waro présente cet album sur scène dans différentes régions et formules (solo, trio, quartet, quintet) selon les lieux. 

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jean roch waro,interview,mandorInterview :

Musicalement, as-tu été influencé par tes parents ?

Ils écoutaient du jazz, du blues, de la musique classique, mais aussi de la pop. Quand j’ai commencé à tourner en solo, je me suis reconnecté avec mes racines réunionnaises. Je reprenais « P’tite fleur fanée » régulièrement, un classique folklorique de La Réunion que je connaissais interprété par Jacqueline Farreyrol. Mine de rien, le sega m’a un peu influencé. Il y a des rythmes que j’utilisais dans mes chansons.

Tu te sens un peu réunionnais ?

Non, ce n’est pas ma culture de base, mais j’ai pris ce nom pour alimenter le rêve. J’ai choisi Waro au lieu de Hoareau, l’un des noms les plus répandus à la Réunion.

Ton premier groupe, à l’âge de 15 ans, Rock Inc, était un combo rock.

Etant un adolescent un peu timide, le fait d’empoigner une guitare et faire du rock m’a donné un peu d’assurance, et principalement auprès de la gente féminine (rires).

Vous étiez plusieurs chanteurs dans le groupe, je crois.

Oui. A une époque, on avait deux chanteurs, deux batteurs, un bassiste… On a eu de la chance parce que nos parents nous laissaient tranquilles. Nous, on se prenait très au sérieux. On écrivait nos propres chansons. Il y avait une énergie très rock, blues, très barrée, à la manière des Doors. Ça a duré presque 10 ans cette histoire, même s’il y a eu quelques mutations au sein du groupe.

Un jour, le groupe s’est arrêté.

J’ai continué seul car je ne pouvais pas vivre sans faire de musique. Avec Rock Inc, je ne me suis jamais senti emprisonné, je me suis même toujours senti libre. Mais je l’étais encore plus, apprès, même si c’est une continuité de ce que je faisais avec le groupe.

Clip de "72 73 74".

A un moment, tu as rencontré le jazz sur ton chemin.

Le groupe s’arrête. Je déménage à Paris pour voir autre chose et je vais voir Archie Shepp Quartet dès que je peux et partout. C’est le jazz que j’aime, avec John Coltrane aussi. Un soir, au New Morning, j’ai fini par rencontrer Stephen McCraven dans la loge. J’ai donné  au batteur du Archie Shepp Quartet des maquettes… et j’ai la chance de travailler avec lui depuis plus de 15 ans. Il joue dans mes deux disques d’ailleurs.

Il t’a appris quoi ?

Il m’a fait comprendre comment il fallait envisager certains rythmes, la structure et le mouvement à l’intérieur d’une chanson. Il m’a communiqué le savoir que ses mentors lui ont donné.

Vous avez donc fait ton premier disque ensemble.

Oui, mais il n’est pas tout seul. Il y a aussi Edouard Romano à la trompette, Julien Petit au saxophone, Stéphane Glanois à la basse et Jean Wende à l’orgue Hammond. La couleur du disque était rythm and blues, soul. Dans le nouveau, je suis revenu à plus de guitares. Il est plus jazz et moins cuivré.

Jean Roch Waro lors de la soirée de lancement au New Morning le 18 avril 2017 (meddley).

jean roch waro,interview,mandorCet album n’a absolument pas marché.

Et pour cause, il n’a jamais été commercialisé. J’espère qu’avec la sortie du deuxième, les gens vont vouloir s’intéresser au premier.

Tu ne vendais pas ton premier disque à la sortie des concerts ?

Non, c’était surement par pudeur mal placée.

Es-tu un  peu désabusé par le peu de réaction des médias par rapport à ta musique ?

Oui. Le disque existe toujours et je suis sûr qu’un jour, il aura une belle histoire. Les gens qui l’ont l’aiment encore.

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Depuis ce premier album, tu n’as jamais arrêté de jouer.

J’ai participé à un trio plus « jazz cabaret ». J’ai joué avec de nombreux amis et surtout, j’ai travaillé ma musique en essayant de découvrir d’autres couleurs. J’ai essayé d’aller vers plus de raffinement pour obtenir le bon mélange souhaité.

On apprend tout le temps ?

On apprend tous les jours. Les grands musiciens que j’ai la chance de connaître apprennent aussi tout le temps. Chaque jour est potentiellement une nouvelle découverte, que ce soit dans le rythme ou les couleurs harmoniques.

Qu’est-ce qui t’as incité à faire un deuxième album ?

J’ai décidé d’arrêter de me cacher. J’ai eu envie de retourner jouer le plus possible sur scène. J’ai accumulé des centaines d’idées sur mon dictaphone, il fallait que ses idées deviennent des chansons.

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Pourquoi ne chantes-tu plus beaucoup en langue française ?

Ce n’est pas parce que je pense que chanter en anglais, c’est mieux. Au contact de mes amis musiciens ses dernières années, j’ai beaucoup parlé en anglais. Je rêve même parfois en anglais, mes idées arrivent en moi en anglais, je ne le fais pas exprès. Je crois que j’avais vraiment envie de parler à mes amis anglais et américains.

Ton album, chez les disquaires, il est rangé dans quelle catégorie ?

Je m’efforce de dire que c'est un disque pop, mais il peut être rangé dans le jazz, dans le Rythm and Blues, dans le blues... Je pense qu’il faudrait un rayon sans frontière juste pour lui.

Cet album a été écrit en combien de temps ?

Il y a eu 15 ans de gestation. Sans rire, il a été écrit en deux mois, mais à partir du moment où je l’ai enregistré avec les musiciens, je dirais qu’il a été fini en 15 jours.

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Pendant l'interview (1)...

Tu es bon musicien et tu as une voix magnifique, quel atout !

Je ne l’ai jamais travaillé. Un jour on m’a dit, « je n’ai jamais entendu souffrir autant quelqu’un en train de chanter ». Quand on me dit ça, j’ai envie de continuer. Ça me libère complètement. J’essaie de lâcher des émotions. Pour moi la voix, c’est du son.

Tu la travailles autant que la guitare ?

Je ne me sens pas guitariste, ni chanteur, je me sens guitariste-chanteur. Je veux absolument que les choses s’imbriquent, que ce soit un échange, une énergie continue entre la guitare et la voix.

En France, il y a très peu de disques comme le tien.

C’est un disque ouvert sur le monde. Il n’a pas vocation à rester en France, c’est pour cela qu’il n’est pas écrit uniquement en français.

Te considères-tu encore comme un artiste « découverte » ?

(Rires) Ce serait déjà bien que je me connaisse moi-même. Je me découvre un peu  tous les jours et c’est déjà pas mal.

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Pendant l'interview (2)...

La musique t’apporte quoi ?

La musique me guérit de tous les maux et me rend beaucoup plus joyeux que si je ne l’avais pas. Elle peut mobiliser mon attention pendant toute une journée sans jamais me lasser.

Est-ce aussi une fuite sur la réalité de la vie ?

Non, ce n’est pas une fuite sur la réalité, c’est un ancrage sur l’absolu. Pour moi, la musique, c’est la connexion avec l’ultra réel.

La scène représente quoi pour toi ?

C’est cathartique. Ce sont des moments très forts émotionnellement, mais je ne suis pas à l'affût de la réaction immédiate des gens tant je donne tout en jouant. Je peux partir très loin quand je joue. Si je ne pars pas loin, ça veut dire que je suis en train de passer à côté du concert.

Tu essaies de rendre à la musique ce qu’elle te donne, c’est ça ?

Oui. Je joue avec autant de cœur chez moi, sur scène ou en studio.   

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A la fin de l'interview, le 11 septembre 2017.

08 décembre 2017

De Calm : interview pour Disparue Juliette

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(Photo   : Agathe Peyrot des Gachons)

Je ne comprends pas le fait que les albums de De Calm restent confidentiels. Bien sûr, il y a un public, bien sûr, les médias en disent du bien, mais les radios jouent très peu leurs titres et la masse populaire ne les connait pas. Il y a un problème quelque part. Où ? Je ne sais pas.

J’avais adoré le précédent album de ce duo, Amour Athlétic Club (mandorisation là). Disparue Juliette est un sacré bijou lui aussi, pourtant, ce disque est passé sous silence. C’est injuste. Parfaitement injuste.

"Sous une fausse apparence de nostalgie mélancolique, De Calm signe un disque chargé d’optimisme et d’espoir, en choisissant d’orner la poésie inhérente de textes précis à des arrangements pop malins et variés. En résulte un album profondément humain, qui nous parle autant qu’il se confie, qui nous conseille autant qu’il nous écoute." (source IndieMusic.fr)

Le 12 octobre dernier, le tarnais Guillaume Carayol m’a rejoint sur une terrasse parisienne pour évoquer cet album somptueux. Oui, somptueux, c’est le mot.

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(Photo  : Mickaël Serrano)

Biographie officielle (un peu écourtée):

A l’heure où la notion d’album n’est souvent qu’un prétexte, Guillaume Carayol (écriture et chant) et Mickaël Serrano (composition) veillent au contraire à lui rendre son lustre. Pour eux, faire un album, c’est retrouver un plaisir enfantin même si le vernis a une apparente gravité. Cette réjouissance et l’ironie qui se dégagent de l’ensemble, on peut l’observer dès la pochette avec cet alligator en laisse, à la recherche d’une hypothétique Juliette.

Produit avec Mako, l’un des fidèles collaborateurs de Daho et avec la section rythmique de ce dernier, ce troisième album vise à étendre l’harmonie amorcée avec les deux précédents : Le Film Définitif  et Amour Athlétic Club. Le premier absorbait le travail de réalisateur de Guillaume tandis que le second, agitait son passé de footballeur sentimental. Tous deux avaient été accueillis favorablement par les médias et les radios, avec notamment la chanson « Un Jour de Mai » largement playlisté. Ils leur avaient également permis d’être distingués lors d’un concours des Inrocks ou encore de figurer dans la sélection du Prix Moustaki, tout en se produisant aux quatre coins de la France.

de calm,guillaume carayol,mickaël serrano,mako,disparue juliette,interview,mandorL’album :

Avec Disparue Juliette, le duo toulousain De Calm continue de regarder droit dans les yeux la pop mélancolique des ainés, tout en remuant une vase singulière qui fait d’eux des outsiders à l’élégance constructive.

On pourrait rapidement le classer dans le registre pop synthétique sauf qu’ici les batteries sont jouées, les basses sont véritables et parfois, les guitares servent à fabriquer des sons artificiels qui rappellent ceux des synthés.

Pendant plus d’un an, Guillaume et Mickaël se sont rendus à intervalles réguliers à Saint Jean de Luz dans le cocon du Studio Drop-In. Le thème de la disparition rôde un peu partout : la disparition amoureuse omniprésente, la disparition des liens entre deux frères qui ne se parlent plus (« Les rues qui nous séparent ») ou encore, la disparition programmée de pays qui s’apprêtent à sauter d’une falaise (« Au bord des falaises »).

L’ensemble peut paraître pessimiste alors qu’en réalité, c’est gorgé d’espérance. De par la musique et les lueurs qui sommeillent dans chaque texte, mais aussi à travers la poésie humaniste des clips que réalise Guillaume pour eux et pour d’autres artistes. Il y a toujours cette volonté d’être à bonne distance, à bonne pudeur comme sur « La Bonté est bizarre » inspirée par les événements tragiques du Bataclan ou comme dans « Il fait froid » qui préserve jusqu’au bout le mystère qu’il renferme.

Au bout du compte, de la noirceur apparente des textes se dégage toujours une euphorie colorée qui trouve son équilibre dans les mélodies pop. Cet album n’a qu’une seule vocation : faire du bien.

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de calm,guillaume carayol,mickaël serrano,mako,disparue juliette,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus il y a 3 ans pour le précédent album.

Je ne suis pas quelqu’un qui écrit en permanence. Jusqu’à présent, ma méthode était simple. Je disais à Mickaël, « viens, on y retourne » et là, on ouvre les vannes intensivement pendant quelques temps. On accumule des chansons, ensuite, on voit avec qui on peut les faire. Sur chaque album, on a essayé de varier les plaisirs en changeant de producteur et de réalisateur. Pour celui-ci, on a choisi Mako. Comme Mickaël avait laissé les guitares de côté pour privilégier les claviers, on a trouvé que c’était le choix idéal parce qu’on savait qu’il avait une collection de claviers à St-Jean-de-Luz. On a considéré qu’il y avait moyen de s’amuser avec, de surcroit, une personne très douée.

St-Jean-de-Luz, mazette ! C’est important d’avoir un bel environnement pour enregistrer un disque ?

Je ne sais pas si tu te souviens, mais nous avions enregistré le précédent album dans une usine avec des machines de partout… franchement, à chaque fois, l’idée c’est de se faire plaisir. C’est vrai qu’à St-Jean-de-Luz, le cadre était sympa. On mangeait à midi au bord de la mer. Le studio se trouvait dans les locaux de Quick Silver. Les employés étaient très chouettes et l’ambiance très bonne. Quelque part, ça doit influencer quelque chose dans la façon d’envisager un disque, je ne sais pas.

Avec Mickaël, vous tentez de vous impressionner mutuellement ?

Oui, mais depuis toujours. Cela crée une émulation importante. En plus, à chaque fois, nous travaillons avec une pointure, ça nous oblige à nous élever. C’est comme quand tu joues un match de foot, quand tu es face à une équipe magistrale, il y a de fortes chances que ton niveau s’élève. Avant d’enregistrer un album, avec Mickaël, on bosse comme des bêtes de manière à arriver avec des titres déjà bien aboutis. Nous faisons en sorte que pendant l’enregistrement, il ne nous reste plus qu’à les magnifier.

Clip de "Alligator".

C’est un album qui laisse entrevoir une pointe d’espérance dans les textes… mais très discrète. de calm,guillaume carayol,mickaël serrano,mako,disparue juliette,interview,mandor

Elle est là, mais elle se repère selon le regard de chacun. Je laisse le soin à ceux qui écoutent de prendre le texte avec leur sensibilité et à leur convenance. Nos chansons peuvent partir d’un postulat pénible, mais elles aboutissent à quelque chose de positif qui élève. Quand je vais au cinéma, j’aime les films qui laissent une part d’imaginaire, qui vont susciter un truc personnel qui va réveiller quelque chose. J’ai le sentiment qu’en écrivant comme j’écris, cela offre cette possibilité.

Tu n’as pas l’impression que les professionnels n’arrivent pas à vous cataloguer ?

Pour les très indés, nous sommes « variétés » et vice-versa. Avec Mickaël, nous sommes des coureurs de fond. Bien sûr, on aimerait plus de reconnaissance, ne serait-ce que pour jouer régulièrement dans des salles honorables. Je me dis que le temps joue pour nous et qu’au fur et à mesure, on crée quelque chose qu’un public apprécie.

Je sais que par exemple, en Allemagne, on s’intéresse à vous.

On passe sur la radio nationale allemande depuis le mois d’avril 2017, on ne sait pas trop pourquoi.

Quand ça ne marche pas dans son pays, y a-t-il un risque de développer une certaine aigreur ?

Bien sûr, mais ce risque est ponctuel. Après, je fais tellement d’autres choses que ça passe vite. Avec Mickaël, malgré tout, on s’émerveille d’avoir fait trois albums.

de calm,guillaume carayol,mickaël serrano,mako,disparue juliette,interview,mandorParle-moi de la chanson et du  clip de "La bonté est bizarre".

Ce titre a été écrit avant les événements parisiens. Il s'agissait au départ d'une déambulation nocturne à la recherche d'humanité. Peut-être celle qu'on guette dans les concerts. Nous avons été troublé qu'il entre en résonance avec ce qui s'était passé au Bataclan. Nous avons pris la liberté de changer une ou deux petites choses mais tout était déjà là. L'hommage s'est prolongé avec la réalisation d'un clip avec des élèves du Collège de la Montagne Noire de Labruguière dans le Tarn. Ensemble, nous l'avons écrit et mis en scène dans une salle de spectacle. Une expérience unique où de bout en bout, nous avons cherché la bonne distance en n'esquivant pas la noirceur tout en essayant de rassembler l'humanité et l'espoir qui peut survivre à tout ça. Vraiment, nous avons essayé d'approcher tragédie et espérance.

Pour écrire une chanson, tu pars toujours d’un fait réel ?

Je parle toujours de choses qui m’émeuvent. J’essaie toujours d’en faire des chansons pas mièvres et qui, à un moment, va bousculer. Ça m’excite de trouver l’angle idéal. J’aime challenger une idée, voire la sublimer.

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 Est-ce que le nouvel album est toujours le meilleur ?

Tout le monde dit que le dernier chasse le précédent. Je sais que dans les trois albums, il y a des liens entre pleins de chansons. J’ai l’impression que nous avons des thématiques qui reviennent. Dans l’écriture, c’est quelque chose qui m’amuse. J’ai besoin de tisser une toile discrète entre chaque album.

Tu as l’impression d’avoir tout dit ?

Oui. Après, on redit les choses mais différemment. J’adore l’écrivain Jean-Paul Dubois. J’ai l’impression qu’il raconte ses mêmes obsessions, mais à chaque fois, je reprends une dose de bonheur en le lisant. Il reste dans son pâturage tout en continuant à m’émerveiller.

Contrairement à Jean-Paul Dubois, il n’y a pas de cynisme dans ton écriture.

Je préfère que dans mon écriture, on me parle d’humanisme. J’y tiens parce que cela fait partie de ma personnalité. Je ne veux surtout pas faire de chansons engagées ou moralisatrices. Je n’aime pas les donneurs de leçons.

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Le 12 octobre 2017, après l'interview...

Et pour finir, un peu de promo spécial Noël!

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01 décembre 2017

Matthias Vincenot : interview pour Poésie et chanson, stop aux a priori

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(Photo : David Desreumaux)

« Matthias Vincenot pose en une centaine de pages la petite encyclopédie qui va donner aux amoureux de la chanson de quoi discuter, sans disputer, du bien-fondé de la chanson « à texte » de la ritournelle anodine, de la comptine naïve, de la chanson rebelle, de tous ces moments qui font naître la tendresse, ou la rage de vivre, ou un certain regard bienveillant sur la vie, même quand elle est rugueuse, difficile » explique le blog Le doigt dans l’œil. On ne saurait mieux dire.

Sur le rapport entre la poésie et la chanson, on ne peut trouver plus clair et précis que ce court essai de Matthias Vincenot, Poésie et chanson, stop aux a priori, publié aux éditions Fortuna. Comme il l’écrit lui-même, il réfute  « le simplisme déguisé en évidence, les idées reçues ou ce qu’il serait convenu de croire ou de penser ».

Le 13 septembre dernier, Matthias Vincenot est venu chez moi pour évoquer ce formidable et passionnant sujet. C’était sa quatrième mandorisation (la première en 2013 pour son recueil de poèmes Les années aperçues, la deuxième en 2014 pour son Almanach insolite et son essai Le mot et la note et la troisième en 2016 pour le projet d’album Hors cadre.)

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor4e de couverture :

Poésie et chanson, stop aux a priori ! Il était temps de remettre les pendules à l’heure, à l’écart des raccourcis commodes, des jugements de valeur, des fausses prétentions et des vraies confusions.

Ce livre s’adresse à tous ceux qui aiment soit la chanson, soit la poésie soit les deux, connaisseurs ou non.

Il s’agit d’une promenade à travers le plaisir des mots, le long de « la bande originale de nos vies ».

L’auteur :

Poète, président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, fondateur et directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, directeur artistique de Poésie en liberté, sociétaire de l’Académie Charles Cros, il a aussi créé, avec Thierry Cadet, le Prix Georges Moustaki de l’artiste indépendant et/ou autoproduit.

Docteur ès lettres, Chevalier des Arts et des Lettres, il est par ailleurs professeur aux Cours de Civilisation française de
la Sorbonne.

Ses ouvrages les plus récents sont Le mot et la note (éditions de l’Amandier, avec un prologue de Georges Moustaki, 2014) et Génération deux mille quoi (éditions Fortuna, 2015).

Il dirige L’Almanach insolite, paru en octobre 2014, qui rassemble 300 participants (avec des photos de Pascal et Nicolas Rabot et des éphémérides de Christophe Tastet, éditions Mines de rien).

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matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorInterview :

Pourquoi ce livre ?

Déjà parce que j’aime la poésie et la chanson. Par contre, je ne mélange pas les deux, même si les frontières entre ces deux arts ne sont pas rigides. J’ai fait tout un doctorat sur ce sujet, s’en est suivi un gros livre. C’était plus un ouvrage de spécialiste. J’ai souhaité que cette  nouvelle version soit plus grand public, précise et digeste. 

Tu as d’ailleurs eu plus de mal à l’écrire que le pavé…

Je ne voulais pas enlever la moindre idée. Il fallait donc que j’arrive à condenser sans perdre en densité, mais en gagnant en lisibilité. C’était beaucoup plus difficile. Je tenais à ce que ce soit un livre qui parle de la poésie de tous les styles et de la chanson de tout temps, mais qui soit bien ancré dans l’actualité. Il a fallu repenser les choses sur cet axe-là. Il fallait devenir plus simple sans perdre en exigence. Poésie et chanson, stop aux a priori est un autre livre, pas seulement un résumé du précédent.

Tu en as fait neuf versions.

Oui, mon éditeur a été très courageux. Je lui ai envoyé neuf manuscrits définitifs dans un délai très court. Ça devenait compliqué pour lui.

Pour toi, les textes de Brassens, Brel ou Ferré ne sont pas de la poésie ?matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

Je fais un distinguo entre écrire de la poésie et écrire des chansons poétiques. Il ne faut pas confondre le point de départ et le point d’arrivée. Il y a des chansons de nombreux artistes qui peuvent s’apparenter à des poèmes, mais il n’empêche que quand on écrit un simple poème, on n’est pas attentif aux mêmes éléments que quand on écrit une chanson. Si j’écris une chanson, je sais qu’elle va être chantée, si j’écris un poème, je sais qu’à priori, il ne sera pas chanté.

Tu veux dire que si on écrit en sachant qu’il y a aura de la musique derrière, ça fausse l’écriture d’un poème ?

On n’écrit pas dans le même but et on n’écrit pas la même chose. Personnellement, à chaque fois que j’ai essayé, je n’y suis pas parvenu. Il faut avoir quelques notions de tempo, de régularité, de longueur. On m’a donné un jour une musique pour que je tente d’écrire un texte, mais ça a été une catastrophe. On ne peut pas mettre tout mot sur tout son. Mais j’aimerais beaucoup réessayer !

Tu insistes sur le fait que tu ne fais pas de hiérarchie entre la poésie et la chanson.

Ce sont deux arts différents qui peuvent se rencontrer, qui ont des liens de cousinage. Il y a des poètes qui rêveraient d’écrire des chansons et il y a des chanteurs qui rêveraient d’écrire des poèmes. Je connais des poètes qui ont décidé d’écrire des chansons parce qu’ils espéraient être plus entendus.

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Est-ce que tout poème peut devenir une chanson ?

Non. Ou alors, pas de la même façon et pas dans le même univers. Il peut y avoir une régularité dans le poème qui n’est pas la même dans la chanson. La  musicalité du poème et de la chanson aussi peut différer.

Il y a des chanteurs qui estiment faire de la poésie.

Ils peuvent avoir raison, mais ils font quand même des chansons. J’espère qu’ils n’estiment pas cela parce qu’ils considèrent que ce n’est pas assez noble de faire de la chanson. En disant que l’on fait des poèmes, il ne faut pas qu’on ait l’impression que l’on dévalorise son propre art.

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorCharlElie Couture a appelé un de ses meilleurs albums « Poèmes rock ».

Je trouve que c’est audacieux. Les frontières sont poreuses et certains artistes sont proches de la poésie. Encore une fois, le résultat d’une chanson peut être un poème, mais pas le point de départ.

Toute chanson à texte n’est donc pas forcément poétiqus ?

Quand des artistes sont un peu trop attentifs aux textes, ils peuvent en oublier la musique. Il faut faire attention au risque d’en dire trop. C’est comme les chansons à message, tu mets le message, mais tu oublies la chanson, c’est pareil pour les poèmes. Il ne faut pas que le fond écrase la forme. Il faut faire attention au danger de l’explicitation de tout. Le poétique que l’on trouve dans les chansons, c’est aussi la suggestion, le mystère… j’appelle ça la chair des mots, c’est-à-dire, ce que les mots suscitent en soi et qui n’est pas seulement leur sens. S’il n’y a que du sens dans les mots, ce n’est plus du poétique, on est dans le récit.

Tu expliques dans ton livre que quand un artiste disparait, on dit de lui que c’était « un grand poète ».

La société met le poète très haut sur un piédestal, du coup, elle le voit plus. Quand un chanteur décède, on dit que c’était un poète, même quand il n’écrivait pas ses textes d’ailleurs. C’est la qualité suprême.

La poésie contemporaine, dans un certain nombre de vecteurs de diffusion, a un peu de mal.

C’est toujours amusant d’entendre parfois ceux qui ignorent totalement la poésie dire au moment du décès de l’un ou de l’autre, que c’était un poète. Ils ne connaissent pas les poètes d’aujourd’hui. Moi, je me bats beaucoup pour faire entendre la parole des poètes contemporains.

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matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorDans toutes tes actions, ta façon de présenter la poésie, c’est souvent à travers le mélange de la poésie et de la chanson.

Un animateur d’une émission culturelle me disait que quand il fait une émission sur la poésie, il perd de l’audience. Si, dans son émission, il y a d’autres personnes que des poètes, il ne perd pas d’audience. Moi, effectivement, j’essaie de mettre dans mes  différentes  programmations, des poètes, des comédiens et des chanteurs. Ça permet de surprendre, de se faire surprendre et de mêler les publics.

Est-ce que je peux prétendre que tu « vulgarises » la poésie, pour que l’on y accède ?

Je n’aime pas trop le terme « vulgariser », je rends l’accès à la poésie plus facile. Je montre ce que c’est en exposant à la vue ses différentes facettes à un maximum de gens.

Tu as sorti ton premier livre à l’âge de 17 ans, en 1998. Dis donc, cela va faire 20 ans !

Je vais sortir mon prochain recueil de poèmes le 6 février 2018 aux éditions Fortuna. Il va s’intituler J’ai 20 ans. Pour fêter ce nouveau livre, il y aura même une soirée de lectures de certains nouveaux poèmes ce soir-là à l’Entrepot. Je serai accompagné au piano par Etienne Champollion et Éric Guilleton sera là, pour chanter quelques chansons. Ça fera exactement 20 ans, jour pour jour, que mon premier recueil est sorti. J’aime bien ce symbole.

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Après l'interview, le 13 septembre 2017.

22 novembre 2017

Carole Masseport : interview pour l'album A la fin de l'hiver

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(Photo : Bastien Burger)

carole masseport jean-jacques nyssen,a la fin de l'hiver,interview,mandorLe 4 octobre dernier, je suis allé voir une artiste au Divan du  Monde. A la fin du concert, plusieurs amis journalistes me tirent par la manche en me disant que chez Madame Arthur (juste en face), il y a un  autre concert. Ils me promettent que la chanteuse qui s’y produit est vraiment  intéressante « et tu verras, on connait tes goûts, ça va te plaire ! » Soit. Je n’ai eu qu’à faire quatre pas pour découvrir quelques nouvelles chansons de Carole Masseport. Je vois/j’entends donc une jeune femme chanter  avec une voix grave et intense qui me touche immédiatement. Des textes percutants, parfois incisifs sur l’amour, sur l’ambiguïté du bonheur d’aimer, sur l’addiction de la passion...

Quelques jours plus tard, le 30 octobre 2017, Carole Masseport et moi nous retrouvons sur une terrasse de Trocadéro pour une première mandorisation, principalement pour évoquer ce deuxième album, A la fin de l'hiver.

Biographie officielle (par Patrice Demailly):

Sur la pochette légèrement déstructurée d’À la fin de l'hiver, un visage gelé. Celui de Carole Masseport. Cette fille-là n'a pourtant rien d'un glaçon. Chez elle, une humeur souvent printanière, une personnalité solaire et enchanteresse comme la nature intacte. Une fragilité assumée aussi. La richesse de cette dualité, on la retrouve autant au cœur de ses chansons que dans son approche scénique. C'est une audacieuse, touche-à-tout et qui ne supporte pas le sur-place… Et puis les rencontres, évidemment cruciales et majeures, qui l'emmènent sur les planches et à chanter, dans la foulée, au bar de la même salle. Claude Duvivier la signe en édition avant l'arrivée dans les bacs de son premier album auto-produit Blottie en 2006. Projet hybride entre chanson et boucles électroniques, celui-ci  rencontre un succès d'estime (Coup de cœur de l'Académie Charles Cros, soutien de la SACEM, l'ADAMI et la SCPP) à défaut de public. Les radios lui rétorquent que sa démarche est trop avant-gardiste. Mauvais timing. Cinq ans plus tard, la destinée du disque aurait certainement été tout autre.

Cela n'empêche pas Carole Masseport de se produire en bonne compagnie au sein de co-plateaux (Raphaële Lannadère, Claire Diterzi) et surtout par le suite de se lancer dans une aventure à la fois marquante et détonante. La P.O.U.F (entendre par là : Petite Organisation Ultra Féminine) débarque, décomplexée, légèrement provocatrice et le corps volcan. Un trio power punk à l'esthétisme ciblée qui s'amuse des stéréotypes féminins de la société. Derrière le burlesque apparent, ça déménage. Carole prend, elle, les traits d'une diva pouf, une sorte de Jessica Rabbit déglinguée. Elle est à la basse, instrument qu'elle ne quittera plus. La P.O.U.F devient même l'égérie du magazine Causette, les dates se multiplient. Dans le même élan, elle passe par la Formation des formateurs au studio des Variétés. Là-bas, elle rencontre Jean-Jacques Nyssen. Les deux forces vives sont sur la même longueur d'ondes. Sans crier gare, des chansons se dessinent. Tel un pygmalion, Nyssen se penche sur les textes de Carole, structure cette riche matière. Les doutes de la jeune femme volent en éclats. L'écriture prend pour elle des allures de libération. En fin de parcours, plus besoin de béquille. Sous la houlette de Nyssen à la réalisation, quatre EP se glissent sur le chemin.

L’album (par Patrice Demailly):carole masseport jean-jacques nyssen,a la fin de l'hiver,interview,mandor

Fruit mûri de cette expérience quadricéphale, A la fin de l'hiver n'a ainsi rien d'un bal de débutante. Carole Masseport n'est pas une chanteuse de variété, mais son album est varié, intemporel, ancré dans une vraie dynamique de musiciens. Les sonorités seventies de la basse occupent une place centrale. De ce timbre grave, puissant et caressant, surgit de grandes petites chansons. Frontales, métaphoriques ou se réfugiant sous la forme du conte, elles sentent le vécu. L'amour ? Il est partout, au sens propre comme figuré. Ne pas s'attendre à de la bluette ampoulée. Ici, l'écriture embrasse le rebond des mots et les lectures multiples. L'impuissance dans le non-dit, l'attente (« Au parc », sublime offrande de Céline Ollivier), la sexualité carnivore, une injonction avec des chœurs à la Sting, un sentiment de défiance, une passion déraisonnable, une comptine légère... Carole Masseport a de la suite dans les idées. Intimiste et universel, son disque aux teintes éclatantes convoque une nuée d'émotions distinctes. Ce sont les siennes, ce sont les nôtres.  

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(Photo : Bastien Burger).

carole masseport jean-jacques nyssen,a la fin de l'hiver,interview,mandorL’interview :

Tu es allée dans pas mal de directions artistiques avant de te lancer dans la musique.

Essayer plusieurs disciplines a toujours été un concept chez moi. J’ai trop peur de rater cette vie. J’ai donc tendance à essayer beaucoup de choses, à me laisser guider par les rencontres, à faire, bon an, mal an, confiance à la vie pour m’emmener vers de jolis terrains de jeu. La scène permet de vivre tout un tas d’expériences très fortes. Pour l’instant, je n’ai pas trouvé mieux.

Tu as étudié le chant lyrique.

Ma maman, médecin de son état, est aussi chanteuse lyrique amateur, un peu comédienne, très drôle, un vrai clown. C’est quelqu’un qui avait très envie de faire de la scène, mais qui, par rapport à son expérience personnelle, a ressenti le besoin de faire un métier beaucoup plus stable. Mon père qui est médecin, psychiatre, psychanalyste, psychothérapeute a, étonnement, une sensibilité artistique extrêmement forte. Il s’en défend d’ailleurs. Je suis certaine que mes parents m’ont donné la fibre artistique.

Clip de "Quand je pense à nous".

En  chanson, tout a commencé sérieusement quand tu as rencontré Claude Duvivier en 2016. Le métier te découvre, te récompense, mais le public ne suit pas.

Le chanteur Gilbert Lafaille, que j’ai rencontré à mes débuts, me répétait que c’est rarement les artistes qui font la première fois des propositions fortes qui en retirent les lauriers. Je ne dis pas que mon premier album, Blottie, était parfait, il avait des défauts, mais j’avais tenté de sortir de la chanson traditionnelle. La profession ne savait pas où me caser.

Toi qui n’as pas forcément écouté les grands de la chanson française quand tu étais plus jeune, comment expliques-tu ton intérêt pour ce genre aujourd’hui ?

Mon intérêt pour la chanson vient du fait que j’avais des choses à dire et à écrire. La forme « chanson française » était la plus adaptée pour m’exprimer.

"Sans ça" (audio).

Beaucoup de chansons de ce deuxième album sont coécrites par Jean-Jacques Nyssen et toi.

Jean-Jacques Nyssen est quelqu’un qui a une démarche pas du tout conventionnelle. Il a un gout pour les textes qui semblent très simples, mais qui ne le sont pas forcément. Il y a dans son travail une recherche de la modernité, tout en assumant complètement un côté loufoque et ringardos. J’apprends beaucoup en travaillant avec lui.

Tu as appris quoi  avec ce nouveau disque ?

J’ai fait des progrès à la basse, au piano aussi. Et je me remets à la guitare. Pour la première fois, j’ai essayé de mettre ma sensibilité d’auteure au service de la chanteuse que je suis.

Cet album est superbement réalisé et il est très varié.

C’est un album d’amis, du coup, je voulais faire travailler un tas de copains artistes qui avaient une sensibilité proche de la mienne, tout en ayant parfois des styles différents. Il y a par exemple de la samba. Avec Jean-Jacques, on était d’accord sur le fait qu’il fallait à chaque chanson son décor, comme si c’était un court-métrage au cinéma. Malgré la variété des musiques, il y a une cohérence grâce à ma voix, aux textes et à la réalisation.

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Carole Masseport, le 4 octobre 2017 chez Madame Arthur.

J’aime beaucoup ta voix.

Je ne suis pas trop objective sur mon empreinte vocale. Comme je suis prof de chant, je vois bien que plus on libère les gens, plus ils deviennent originaux et intéressants vocalement.

Tu apprends quand toi-même tu apprends aux autres ?

Oui. C’est par la formulation et les mots que l’on se réapproprie soi-même des notions. Ca développe l’oreille et, du coup, on comprend pas mal de trucs en écoutant les gens. Il y a des choses que je supposais et qui deviennent évident à force de travailler avec des chanteurs.

Les chansons de ce disque sont-elles récentes ?

Oui, assez. Il y en a une qui date un peu, mais les autres sont nouvelles. Ce sont des chansons d’amour. C’est mon truc. L’amour partout. C’est une bonne excuse pour parler d’émotion et de sentiments profonds. Le challenge d’aujourd’hui est de réussir à oser s’exprimer sur des sujets de société, sans blesser personne.

Clip de "Au parc".

Céline Ollivier a écrit « Au parc ». C’est la seule « invitée ».

Elle m’a présenté cette chanson et je l’ai trouvé magnifique. J’avais adoré son album La femme à l’éventail. Je trouve que c’est quelqu’un d’extrêmement subtil, sensible, classe et j’étais très heureuse et flattée qu’elle m’écrive un morceau. C’est agréable d’avoir une amie comme ça dans le métier. Toutes les deux, on est un peu « à côté ». Nous ne sommes pas dans le système. On a la même démarche artistique.

Tu ne regrettes pas de ne pas être en haut de l’affiche ?

Si, je ressens un peu de frustration. Dans mes plus jeunes années, je pouvais ressentir même beaucoup de colère et d’injustice. Aujourd’hui, je me rends compte que la vie est extrêmement dure pour beaucoup de gens. Le fait de ne pas être reconnue à sa juste valeur est un moindre mal à partir du moment où la vie que je mène est la vie que je voulais. J’écris, je compose, je chante. J’accepte les choses telles qu’elles sont. Un peu plus de reconnaissance me ferait plaisir. J’aimerais rencontrer un public plus large parce que c’est pour cela que je fais les choses.

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Le 30 octobre 2017, après l'interview.

15 novembre 2017

Jean Guidoni : interview pour Légendes urbaines

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(Photo : Chloé Jacquet)

Ces derniers temps, Jean Guidoni a préféré faire revivre les poésies de Jacques Prévert et celles d'Allain Leprest (dont il m‘avait parlé dans sa mandorisation de 2014). Aujourd’hui, dix ans après La pointe Rouge (mandorisé la première fois pour cet album en 2007), il reprend la plume avec bonheur, cette fois-ci sur des musiques de son complice Didier Pascalis. Légendes urbaines est très acoustique: piano, contrebasse, guitare, et surtout très mélodieux. En toile de fond, le même univers que lors des anciennes productions, sombre et même davantage, mais avec des éclaircies. Homme de scène à la voix puissante, il ne choque plus comme autrefois, mais il impressionne d'autant plus. En tout cas, moi, il m’impressionne depuis longtemps… ce qui ne m’empêche pas de le rencontrer régulièrement.

Le 16 octobre dernier, rendez-vous au Café des Ondes pour parler notamment de ce nouveau disque.

71S8X7n02CL._SL1197_.jpgL’album par Jean Guidoni lui-même :

10 ans déjà, depuis La pointe Rouge, que je n’avais pas repris la plume.
Écrire pour soi, un exercice qui me manquait peut-être, qui me manquait sûrement.
« Écrire » parce qu’il y a des moments, des instants où cela semble évident de vouloir se balader dans de nouveaux décors à la rencontre de nouveaux mots, de notes différentes.
Écrire un nouvel album, j’en avais envie depuis longtemps, mais je n’osais pas encore coucher sur le papier les drôles d’idées qui me trottaient dans la tête…Mais le temps qui passe si vite, souvent est libérateur.
Et puis la rencontre avec un compositeur, Didier Pascalis, une nouvelle complicité qui réserve des surprises et des moments rares, une complicité tranquille qui redonne confiance.
Alors je me suis dit que le temps était venu pour moi d’assumer toutes les chansons d’un album et de vous proposer mes : Légendes Urbaines.

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IMG_7845.JPGInterview :

Tu as écrit les textes de ce nouvel album. Tu ne t’adonnes pourtant pas fréquemment à cette activité. 

Comme tu le sais, j’ai toujours aimé travailler avec des auteurs. J’ai commencé avec un auteur de génie, Pierre Philippe, et je me suis senti à ma place en n’étant qu’interprète. Je sais m’approprier les textes. Je me suis mis à écrire petit à petit, mais comme je te l’ai dit la dernière fois, je n’ai aucun ego d’auteur.

Tu sors de deux disques particuliers. Le premier avec uniquement des textes de Jacques Prévert et le second composé d’inédits d’Allain Leprest.

Même si j’ai choisi des textes qui me correspondaient le plus, Allain Leprest, c’était trop hétérosexuel. Quand Didier Pascalis m’a demandé de faire un nouvel album, je lui ai répondu que je ne me sentais pas l’envie de chercher d’autres auteurs. Je lui ai expliqué que si je revenais avec un album, autant que ce soit avec des textes à moi. Je voulais tout assumer. Je me suis mis au travail et l’inspiration est venue petit à petit. Ça m’a redonné le goût d’écrire.

On perd le goût d’écrire ?

Moi, en tout cas, je le perds facilement (rires). C’est parfois à cause de la flemme, alors il me faut impérativement une deadline. J’écris dans un but précis, celui d’enregistrer un disque. Sinon, tout seul, je n’écrirais pas particulièrement. Je vais t’avouer quelque chose. Les dernières chansons que j’ai écrites avant cet album, j’ai eu du mal à les défendre sur scène. Il fallait donc que je parvienne à écrire des chansons qui me donnent envie de les interpréter devant un public. Mission réussie.

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(Photo : Chloé Jacquet)

Quel est la difficulté précise dans l’écriture de chansons ?

C’est d’essayer de me décrire comme j’imagine que les autres me voient. Je raconte Jean Guidoni, bien sûr, mais je fais tout pour qu’il y ait un décalage un peu théâtral. J’ai besoin d’incarner mon autre moi. Il faut que je ressente l’envie de me plonger dans le texte comme si c’était l’écriture de quelqu’un d’autre.

Quand tu conçois une chanson, tu penses donc au côté théâtral de toi sur scène ?

Oui. Quand j’écris, je suis obligé de me mettre dans la peau du chanteur. Depuis le début de ma carrière, j’ai besoin de ce décalage.

Dans Légendes urbaines, j’ai la sensation de retrouver le Guidoni des débuts.

Tu as raison. J’ai essayé de retrouver l’envie, le bonheur de me replonger dans un univers qui me correspond parfaitement. D’ailleurs, sur scène, je chante toujours mes chansons du début, parce que je me sens bien dans le personnage que j’ai créé avec Pierre Philippe. Le grand bonheur avec cet auteur, c’est que ses chansons sont intemporelles. Je suis à un âge ou j’ai envie de faire des liens avec mes premières chansons. Sans doute parce qu’au fond de moi, je me dis que c’est peut-être mon dernier album et mon dernier spectacle.  Le temps passe, alors je vais dans ce sens-là. Ce disque, c’est comme si je recommençais, mais en assumant plus les choses.

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Je peux te dire quelque chose ?

Oui.

Je trouve que tu écris comme Pierre Philippe.

C’est vrai. Depuis le temps, je dois être imprégné. A l’époque de « Je marche dans la ville », c’est moi qui l’ai entraîné dans cet univers-là. Cela dit, il n’a pas fallu trop le pousser. Bref, j’ai passé une vie avec ses chansons, c’est normal que dans mon écriture, se dégage  un certain mimétisme.

"Je marche dans la ville".

"Djemila".

J’ai lu dans Télérama qu’ils considéraient que ton nouvel album était « dramatique, mais pas tragique ». Que penses-tu de cette formule ?

Je suis assez d’accord. J’ai juste un regard assez lucide sur moi et sur ce qu’il y a autour de moi. Et ce qu’il y a autour de moi n’est pas forcément à l’eau de rose.

Ton public te donne énormément d’amour depuis toujours. Cela te met dans quel état avant de monter sur scène ?

Je suis toujours ému. Récemment à la Fête de l’Huma, j’ai mis quatre minutes avant de pouvoir chanter tant je ressentais l’amour du public. Ça me fait du bien, mais c’est difficile de le garder en soi. Après mon concert, je rentre chez moi et je redeviens normal.

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(Photo : Chloé Jacquet)

Comment expliques-tu cette quasi dévotion de certains envers toi ?

Je ne l’explique pas et je ne le comprends pas. Ça reste magique. Un jour, mon amie la chanteuse Juliette m’a dit qu’il faudrait qu’un jour je commence à me sentir légitime. Je n’y parviens toujours pas aujourd’hui.

Alors que dans la chanson, Jean Guidoni est un chanteur culte.

Quelle angoisse si je commence à penser cela de moi ! En fait, je sais que j’existe, mais je ne peux pas me considérer comme quelqu’un d’important dans ce milieu, car je vis les tracas de ce métier. Rien n’est simple, c’est même parfois un peu la galère…

As-tu encore le trac ?

De plus en plus. Je dois me fragiliser. Au début de ma carrière, j’étais plus radical. Je te répète ce que je te disais tout à l’heure, je peux très bien mourir d’une crise cardiaque, alors, à chaque spectacle, j’essaie de donner le meilleur, je place donc la barre haute. C’est un combat avec soi-même et il ne faut jamais se laisser-aller.

Tu attaques La Cigale du 30 novembre de la même manière que n’importe autre quelle date ?

Je ne te le cache pas, faire la Cigale, ce n’est pas anodin. A chaque fois que je fais une salle parisienne importante,  j’aborde les choses comme si c’était la première fois, comme s’il fallait que je prouve encore ce que je vaux. J’ai l’impression de devoir reconquérir le public parisien  à chaque fois que je reviens.

Il y a des thèmes qui reviennent dans tes albums : la rue, la quête de soi-même,  les petits matins, la vie qui n’est pas facile…

Ce sont mes sujets de prédilection. J’ai du mal à chanter autre chose que les milieux interlopes, un peu irréels.

C’est marrant quand on te voit sur scène, tu es comme un taureau dans l’arène, alors que dans la vie, tu es plus dans la timidité et le doute.

Tu te rends compte, si j’étais dans la vie comme je suis sur scène, ce ne serait pas cool pour mes proches. Et pour moi non plus. J’aime bien être dans le doute, ça permet de garder un peu de fraîcheur et de tenter d’évoluer.

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Tu  regrettes de ne pas être compositeur ?

Un peu, mais c’est trop tard. Concernant, les musiques de l’album, on a beaucoup parlé avec Didier Pascalis. Je lui suggère des choses. C’est tout de même un travail à deux. Ce qui me plait chez Didier, c’est qu’il a une vraie ligne mélodique. Il a composé pour que je puisse chanter facilement, car il sait toujours où je veux aller… il est très doué.

Ta voix est la même qu’avant. Elle reste impeccable.

C’est fou, pourtant je fume comme un pompier.

Tu continues à la travailler ?

Oui, mais tout seul. Pour me faire la voix, je chante sans micro mon tour de chant. D’ailleurs, je t’annonce qu’à la Cigale, la première partie, je vais la chanter sans micro. Quand le micro arrivera, du coup, ma voix prendra beaucoup d’ampleur.

Tu te trouves moderne ?

Je ne me trouve pas démodé, c’est déjà ça. Je suis intemporel.

Tu chantes des chansons parce que tu vois la vie en noir ?

Non, je ne suis pas quelqu’un de négatif. J’ai  juste l’habitude de cacher les choses pas sympas qui sont en moi dans la vraie vie pour ne pas emmerder les gens. Je ne me plains jamais, alors peut-être que mes chansons  me permettent de sortir le trop plein négatif.

Tu es satisfait de ta condition de chanteur ?

Si ça me suffisait, je m’arrêterais peut-être. Je cherche quelque chose que, maintenant, je n’obtiendrais plus. Peut-être que ce que je cherche, je l’ai déjà et que je ne l’apprécie pas ? Ce qui ne me satisfait pas, c’est l’impression d’être en compétition avec les autres. Depuis quelques années, je fuis cela. Pour moi, la musique n’est que partage et échange.

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Après l'interview, le 16 octobre 2017.

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11 novembre 2017

Philippe Jaenada : interview pour La serpe

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Le prix Femina 2017 a été décerné le 8 novembre 2017 à Philippe Jaenada (déjà un peu mandorisé là) pour son roman La serpe (Julliard). Il a élu au 5e tour par 6 voix contre 4 à Véronique Olmi (Bakhita, Albin Michel). Après La petite femelle, son précédent roman où l'écrivain-justicier réhabilitait Pauline Dubuisson, condamnée lourdement en 1953 pour le meurtre de son petit ami sans bénéficier de circonstances atténuantes, Philippe Jaenada s'est cette fois penché sur un triple meurtre commis à coups de serpe dans un château de Dordogne en octobre 1941. L’accusé numéro 1 est Henri Girard, connu sous le nom de Georges Arnaud, l’auteur de Le salaire de la peur.

Deux mois auparavant, le 7 septembre 2017, pour Le magazine des loisirs des magasins Auchan (daté des mois de septembre/octobre 2017) et pour Les chroniques de Mandor, Philippe Jaenada m’a donné rendez-vous dans son fief, Le bistrot Lafayette.

Et pour la première fois, le petit-fils d’Henri Girard, Emmanuel Girard, a accepté de donner son point de vue sur le livre et sur son auteur. Il nous a donc rejoints, avec son propre fils, Simon

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philippe jaenada,la serpe,prix féminaBonus mandorien (avec, je vous préviens, un peu de spoil dedans)

Aurais-tu aimé être pote avec Henri Girard ?

Oui. Je pense que c’était un bon gars au départ. Il était plutôt timide et contrairement à ce qu’on a dit, il était très féministe. Dans la deuxième partie de sa vie, il était carrément altruiste. A partir des années 60, il arrête d’écrire des romans pour mettre toute son énergie à défendre des gens injustement attaqués. Il était très impressionnant, il faisait très peur, disons qu’il n’avait pas un visage avenant, mais il était d’une très grande gentillesse.

Revenons à toi, un instant. Ta vie professionnelle te convient-elle comme elle est ?

Oui, parfaitement, car elle est simple. Je bosse à Voici, je fais les cinq pages de potins de chaque numéro, et j’écris des livres sans aucune pression.

Pourquoi continues-tu à écrire pour Voici ?

Grâce à ce travail que j’ai depuis 20 ans, je garde un équilibre financier. Si j’étais sûr que tous mes prochains livres se vendent autant que « La petite femelle » (plus de 150.000 exemplaires), je pourrais arrêter, sauf qu’on n’est jamais sûr de rien. Là, si je vends cinq exemplaires de La Serpe, je peux continuer à vivre normalement.

(A ce moment, là, Emmanuel Girard, petit-fils du héros du livre de Philippe Jaenada, Henri Girard, nous rejoint. Le fils d'Emmanuel, Simon, aussi).

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Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada.

Philippe Jaenada : Manu, tu peux répondre à François, mais n’oublie pas que c’est moi la vedette.philippe jaenada,la serpe,prix fémina

Vous avez lu le livre, je suppose ?

Emmanuel Girard : Oui, j’ai même eu l’honneur de le lire en premier. J’ai évidemment adoré.

Vous l’avez « harcelé » 10 ans pour que Philippe accepte de parler de votre grand-père. Vous devez être content que ce soit fait.

Emmanuel Girard : J’étais effectivement un peu lourd pour qu’il accepte de se pencher sur le cas de mon grand-père. Je connais Philippe depuis longtemps, j’ai lu ses livres, je connais donc ses qualités d’écrivain.  C’est quelqu’un qui analyse beaucoup, qui cherche à comprendre. Je sentais que ce serait une bonne création au final.

Philippe m’a dit qu’il n’aurait jamais pu écrire ce livre s’il avait été convaincu que votre grand-père était coupable.

Emmanuel Girard : J’étais sûr de mon fait. Mon grand-père a passé la deuxième moitié de sa vie à aider les autres, à combattre les injustices, alors, je ne le croyais pas coupable. Je savais que Philippe, avec sa manière d’enquêter, allait finir par s’en rendre compte. Tout était à charge contre lui lors du procès, je savais que la première impression de Philippe allait rejoindre le sens de tout le monde, mais j’étais certain que derrière, il allait  prouver le contraire.

Dans la première partie du livre, il n’est pas tendre avec votre grand-père.

Emmanuel Girard : Philippe est dans le sens de l’instruction. Mais, je savais que ça allait être contrebalancé par son enquête à lui.

Vous avez lu ce livre comment ?

Emmanuel Girard : Lire un livre sur son grand-père n’est pas anodin. Philippe m’a appris des tas de choses que je ne savais pas sur ma famille, sur cette histoire dans laquelle je n’étais jamais vraiment rentré. Mon grand-père, que j’ai connu de son vivant, n’en avait jamais parlé. Il avait fait une croix sur ce passé. C’était très douloureux pour lui. Dans la famille, on ne savait rien sur son histoire à lui et ce qu’il s’était réellement passé ce fameux soir de tuerie. J’ai lu le livre de Philippe en me focalisant sur les faits. Je n’étais pas dans la lecture « détente ». Je suis ravi car ce livre est hyper fort. Il a raconté des choses sur la relation père-fils magnifiques.

L’acte d’écrire ce livre vous a touché ?

Emmanuel Girard : Très profondément. D’ailleurs, j’ai dit à Philippe que c’était un moment formidable de ma vie. J’ai l’impression que ce livre règle les choses, réhabilite mon grand-père. C’est le seul à avoir essayé. Notre famille a gagné un truc très fort dans cette histoire. Après avoir lu ce bouquin, je ne vois pas comment on peut encore avoir le moindre doute sur son innocence. 

La thèse finale émise par Philippe, qui n’est pas la version officielle, vous convient-elle ?

Il y a pas mal de points dont parle Philippe qui donnent à réfléchir. Je ne suis pas loin de penser que sa thèse est la bonne.

Vous avez connu votre grand-père jusqu’à l’âge de 19 ans.

Je n’ai jamais eu de grandes conversations avec lui, d’ailleurs, c’est quelqu’un qui ne parlait pas beaucoup. Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir eu certaines discussions.

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Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada.

philippe jaenada,la serpe,prix féminaIl était comment avec vous Henri Girard (photo à gauche)?

Ce n’était pas un grand-père classique, mais il était sympa. Je me souviens qu’à 10 ans, il était venu à Noël. Avec mes deux sœurs, il nous a emmenés dans un magasin et nous a dit de choisir tout ce que l’on voulait. Sans modération. Je l’ai connu généreux.

Philippe Jaenada : Tu me disais qu’il te faisait un peu peur.

Emmanuel Girard : Il était assez impressionnant physiquement, même s’il était tout fin. Il était assez marqué. Je ne le connaissais pas bien. C’était pour nous l’écrivain au passé mystérieux et il y avait tout de même une distance entre nous.

Philippe Jaenada : Il a quand même abandonné ton père…

Emmanuel Girard : Encore une fois, c’est la vie de chacun. Quand on a vécu ce qu’il a vécu, que vais-je juger ? Il abandonne mon père à six mois. Il était certainement dans un mal-être incommensurable.

Il n’a choisi que des femmes chiantes dans sa vie.

Emmanuel Girard : Il a eu des carences affectives, cela a forcément tronqué sa relation avec les femmes. Ce qui est certain, c’est qu’il ne savait pas les choisir. Elles étaient très belles, mais elles étaient des bourriques. D’ailleurs, mon père faisait des choix similaires.

Qu’est-ce qui plaisait aux femmes chez lui ?

Philippe Jaenada : Il avait l’air sérieux, inquiétant, sûr de lui. Les femmes adorent cela.

Emmanuel Girard : J’ajoute qu’il était intelligent et charismatique. Et puis, il a souvent eu  beaucoup d’argent, il ne faut pas mésestimer ce détail.

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Henri Girard (alias Georges Arnaud).

Moi, en lisant le livre, j’ai ressenti beaucoup d’affection pour cet homme-là. Il était ce qu’il était, mais il était libre. Il faisait ce qu’il voulait.

Emmanuel Girard : C’est vrai que quand tu vois les romans que Philippe a écrit sur Sulack, Pauline Dubuisson et sur mon père, à chaque fois, tu réalises qu’il arrive a créé de l’affection pour les personnages.

Philippe Jaenada : Avec ton grand-père, c’était plus dur. Ce n’était pas gagné.

Emmanuel Girard : Oui, mais tu y es parvenu avec brio.

Philippe, je suis sûr que tu t’es amusé à le rendre antipathique dans la première partie du livre.

Philippe Jaenada : Je voulais refléter ce que je ressentais de lui au début. C’est vrai que j’ai tout fait pour qu’on ne l’aime pas et qu’on pense qu’il était rréellement coupable.

Emmanuel, avez-vous quelque chose d’Henri Girard dans votre personnalité?

Je ne sais pas. Philippe, en creusant tout ça, m’en a appris beaucoup sur lui et ma famille, ça m’a ramené à une compréhension et une explication de ce que je suis. Quand tu n’as pas tes racines, quand on ne t’explique pas d’où tu viens, tu as une façon de réagir par rapport aux choses que tu ne sais pas toujours bien comprendre.

Philippe Jaenada : Lors de diners chez toi, quand d’une manière ou d’une autre on attaque ton grand-père, tu peux devenir mauvais.

Emmanuel Girard : Comme mon grand-père, l’injustice me fait réagir au quart de tour. Mes sœurs aussi sont comme ça.

Toute votre famille a lu le livre ?

Quasiment. Ils ont tous apprécié et ils remercient Philippe pour les mêmes raisons que les miennes. Seule la fille d’Henri, Catherine, n’a pas réussi à le commencer. Elle a du mal…

Vous avez aidé Philippe ?

Emmanuel Girard : Mais c’était impossible de l’aider. Il en savait bien plus que moi.

Philippe Jaenada : Bien sûr que tu m’as aidé.

Emmanuel Girard : Je lui ai raconté ce que je savais, pas grand-chose, et ce qui se disait dans la famille. Non, franchement, Philippe, ton travail a été phénoménal. Merci encore !

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A l'issue de l'interview, avec Emmanuel Girard, Simon Girard et Philippe Jaeanada, le 7 septembre 2017.

06 novembre 2017

Lo'Jo (Denis Péan) : interview pour [Fonétiq Flowers]

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(Photo : Fabien Tijou)

Depuis plus de trente ans, Lo’Jo parcourt le monde entier avec ses chansons. Le groupe publie un quinzième album planant, [Fonétiq Flowers], où l’on retrouve son goût pour la musique du monde et toute sa fantaisie linguistique. Denis Péan (chant, claviers) est accompagné par  ses complices, Richard Bourreau (violons, imzad – vièle touareg), Nadia et Yamina Nid El Mourid (voix, percussions, kora…), Baptiste Brondy (batterie, percussions)…

Comme toujours, avec cet album, Lo’Jo nous invite à un incroyable voyage musical. Une modernité pop avec son lot de fulgurances poétiques et d'inventions rythmiques.

Le 8 septembre dernier, j’ai mandorisé une nouvelle fois Denis Péan au Café des Ondes (lire la première interview ici... c'était en 2014).

lo'jo,fonetiq flowers,denis péan,interview,mandorArgumentaire de presse officiel (un peu raccourci):

On écoute parfois d’une oreille distraite un ami de toujours, croyant deviner à l’avance ses paroles à venir. On achète parfois sans le lire le dernier livre d’un auteur installé qui avait pourtant durablement secoué notre adolescence. On oublie que les gens évoluent, progressent, changent, se rebiffent, vivent. On oublie que l’existence n’est souvent qu’une succession de renaissances. Ce [FONETIQ FLOWERS] nous rafraîchit soudainement la mémoire, car le groupe LO’JO y donne l’impression d’éclore à nouveau.

Après plus d’une quinzaine d’albums enregistrés depuis le début des années 80, des centaines de concerts sur tous les continents, des collaborations prestigieuses (Robert Plant, Tinariwen, Robert Wyatt, Archie Shepp…) et une aura que plus grand monde ne songerait à contester, le groupe angevin réécrit l’histoire. Ou presque. On retrouve bien entendu ici ou là les grands marqueurs de l’esthétique de l’orchestre emmené par Denis Péan, mais un souffle inédit traverse bel et bien ces treize titres enregistrés aux quatre coins du monde (Austin, Lafayette, Séoul, Tbilissi, Cotonou, Paris et Bamako). Paradoxalement, c’est pourtant probablement leur disque le moins « ethnique » malgré la présence d’un kayagum coréen, d’un panduri géorgien, d’un daf iranien, d’un rik ou d’un oud, et certainement le plus électro-acoustique de leur discographie.

Peut-être parce que le groupe a invité le touche-à-tout Albin de La Simone à venir ajouter des couleurs avec ses claviers hétéroclites ? Ou peut-être par que Lo’Jo y a simplement osé de nouvelles envies qui le taraudait depuis longtemps ?

A l’image de Tom Waits ou de Nick Cave, Lo’Jo refuse la course contre le temps qui passe et décide d’emprunter des chemins de traverse, qui lui permettent apparemment de passer d’une vie à l’autre, sans jamais flétrir.

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lo'jo,fonetiq flowers,denis péan,interview,mandorInterview :

Ce disque est, à mon avis, le plus abouti de votre œuvre.

J’ai toujours été passionné par le fait de mélanger des textures sonores. Pour ce disque, j’ai passé plus de temps à ce travail pour atteindre plus de précisions. J’étais accompagné d’un ingénieur du son qui m’a permis de bien doser le filtrage, les choses techniques par rapport aux amalgames que j’avais créé.

La participation d’Albin de la Simone a-t-elle été déterminante ?

Il a ajouté sa matière à lui. Il a épaissit les choses. Il a révélé des détails mélodiques ou rythmiques qui étaient dans l’ADN de la chanson. Il a eu beaucoup de tact et d’humilité pour adopter le projet, le développer, le rendre plus visible. J’ai aimé sa présence positive. Dès qu’il est intervenu, le disque a passé une dimension supérieure. Il est venu en arrangeur. Il a eu la courtoisie et l’élégance de ne pas placer un solo qui allait le mettre en valeur. Il savait que ce n’était pas son portrait qu’il devait poser sur ma musique.

Vous avez pensé à lui immédiatement ?

Je n’ai pas pensé à lui, car je ne le connaissais pas. Je voulais absolument avoir pour compagnon un clavier. C’était une obsession. C’est le réalisateur du disque Jean Lamoot qui me l’a suggéré. Il aime travailler avec lui, alors je lui ai fait confiance. C’était une bonne façon d’investir Jean dans le projet : lui permettre de travailler avec des gens avec lesquels il se sentais bien à l’aise.

Clip de "Café des immortels", extrait de [Fonetiq Flowers]

C’est primordial le climat, l’ambiance qu’il y a dans un studio quand on enregistre ?

Tout à une conséquence, dans la musique et dans la vie. Tout se transmet et tout se ressent. Il y a un proverbe malien qui dit : si le tambour est fait avec tromperie, il raisonnera avec tromperie.

Erik Truffaz revient pour la seconde fois sur un de vos albums.

J’aime la trompette. Pour moi, c’est un instrument sauvage, indomptable, intraitable. Il peut échapper à celui qui en joue ou l’emmener vers des territoires imprévus. A une époque, dans la musique de jazz, le trompettiste était payé plus cher que les autres musiciens. Je ne sais pas pourquoi, mais quand j’ai entendu cette information, ça m’a amusé.

Vous êtes nombreux dans le groupe, mais vous ajoutez toujours des musiciens extérieurs.

Lo’Jo n’est pas limité à moi, ni aux six personnes qui font le groupe. C’est un orchestre potentiel et malléable.

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Faire un album, ça devient la routine pour vous ?

Je sens que cette question est provocante sciemment. Un album n’est jamais facile à faire. C’est toujours semé d’embûches, on est en prise constante avec le doute. L’inspiration est notre amie, quelquefois elle est notre ennemie. Un disque, c’est un enjeu phénoménal pour nous. C’est notre survie. Avec un album, on joue ou on ne joue pas. Soit on a deux ans de tournée qui voit le jour, soit on reste chez nous… selon l’appréciation du public.

Votre public est fidèle, donc il n’y a pas grand risque.

On ne sait jamais, d’autant que j’ai l’impression de faire la même chose depuis toujours, en tout cas de poursuivre le même but. Avec le temps, j’espère affiner mon approche, affiner mes outils, pour mieux rendre l’image voulue. Je suis dans une quête permanente de l’indicible. Je me dis que je ferai toujours des disques parce que je n’attrape jamais l’indicible.

Quand vous commencez un disque, vous savez où vous allez ?

Non. La musique est un chemin qui nous dépasse. Rien n’est écrit sur de grands rouleaux. L’accident est l’allié de l’artiste. Le processus de création est tellement long. Depuis quelques paroles qui sont écrites sur un carnet, quelques suites d’accords sommaires, on finit par obtenir un résultat mixé, arrangé, passé au crible de la pensé de six personnes et du réalisateur. Un disque est sculpté collectivement.

Vous êtes toujours ouvert à toutes propositions musicales ?

Oui, par goût et par plaisir. Un disque, c’est une fête. La musique, c’est une fête. Autant inviter celui qui va mettre une bonne animation.

La base de départ n’est donc jamais respectée ?

Non. Elle est transgressée, elle est trahie. Des bribes qui étaient prometteuses s’avèrent peu convaincantes, d’autres lancées un peu au hasard, donnent quelque chose qui est bon. On ne sait jamais, donc on est toujours aux aguets pour composer avec ce qui arrive.

"Noisy Flower" (audio), extrait de [Fonetiq Flowers]

Vous racontez le monde avec beaucoup de poésie. Je n’ai pas envie de parler de vos textes tant je pense que chacun doit se les approprier à sa manière.

Tant mieux parce que j’ai beaucoup de pudeur par rapport à mes textes. Je suis prêt à masquer les évènements de mon intimité. J’en fais des histoires générales sans jamais évoquer la source. Même mes proches ne savent pas de quoi je parle au final. Mon groupe non plus d’ailleurs.

Le fait que les gens qui écoutent vos chansons les reçoivent à leur manière, selon l’état d’esprit dans lequel ils sont, selon ce qu’ils ont vécu eux-mêmes, cela ne vous gêne pas ?

Non, au contraire. Quelquefois, ils me donnent même les clefs de ce que j’ai dit. Ils comprennent quelque chose que j’ai écrit de façon automatique et spontané. Ils me donnent l’explication.

Le langage a deux versants ?

Le langage et le verbe sont dangereux. Je fais donc attention. Je ne parle jamais de politique, ni de religion, je rends juste l’atmosphère du monde. C’est l’atmosphère qui m’intéresse.

Que pensez-vous du monde d’aujourd’hui ?

Il est divers. Il y a tout dedans. Il a sa grâce et il a ses vices. J’ai une tendance à effacer ses vices, à  éventuellement magnifier le monde. Dans les situations,  je trouve ce qu’il y a de merveilleux. C’est une position qui permet de survivre.

Est-ce le rôle d’un artiste d’embellir le monde ?

De l’embellir ou de créer des choses qui adoucissent le monde, voire qui le guérissent. La musique a une grande vertu de rassurer, de nous faire rentrer dans un massage positif.

"Chabalaï", extrait de [Fonetiq Flowers]

Êtes-vous satisfait de ce nouvel album ?

J’aurais eu pas mal d’autres idées pour l’améliorer, le transformer, c’est sûr. Dire que j’en suis satisfait, vous savez, je suis rarement satisfait musicalement. Nous avons arrêté à cet instant-là, le disque est donc comme il est et comme on a été. Il a été le temps qu’on a pris pour le faire. Il a été l’énergie qui était en jeu. On a été attentif à aller au bout de nos idées. Nous nous sommes laissé des libertés. Il est plein de vie en tout cas. Il m’a semblé authentique quand on l’a fait. Il y a un paysage général dans lequel se loge des mystères, des énigmes, des superpositions qu’on ne saisit pas au premier degré. J’aime bien la perspective, j’aime bien quand il y a quelque chose de presque invisible.

Un album, c’est un jeu pour vous.

Le studio, c’est extrêmement ludique. On peut se corriger, revenir en arrière, recommencer, transfigurer une situation. Le studio est un alambic fabuleux.

Avez-vous la sensation de faire du bien aux gens ?

J’ai du mal à en avoir la prétention, mais on me le dit. Je reçois parfois des témoignages qui me dépassent. Parfois, on me raconte comment une chanson a accompagné la vie d’une personne ou le décès d’un proche.  C’est souvent poignant.

Ça met du poids sur les épaules ou un artiste n’y pense pas forcément quand il crée ?

Je n’y pense pas, mais l’artiste à une responsabilité.

Laquelle ?

Je ne sais pas. J’ai lancé cette parole en l’air, je ne sais pas la justifier.

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La séance photo...

Pour ce disque, vous avez enregistré des petits bouts dans différents endroits du monde.

On avait un studio mobile qui tenait dans une valise. Une carte son, un ordinateur, un micro et un casque et on a pu enregistrer où on voulait.

En Géorgie, Corée, Mali, Chine, Bénin, La Rochelle…

Quand on part en tournée dans ces différents pays, parfois on a deux jours à ne rien faire, autant enregistrer de la musique. Le voyage procure un éveil particulier, un sentiment énorme de liberté qui permet d’oublier ses soucis domestiques du quotidien. C’est juste bien et naturel.

Quand on a une vie de voyages, de concerts, de musique… revenir chez soi, retrouver la réalité, ce n’est pas difficile ?

Non, parce que j’aime tout dans la vie.

Même les factures ?

Oui. Ça ne me gêne pas. J’ai consommé, alors je paye. Franchement, j’aime l’ordinaire. Je ne me fais pas de hiérarchie entre me mettre au piano et faire la vaisselle. Pour moi, c’est pareil. N’importe quel moment est important.

Comment peut-on aimer l’ordinaire quand on connait l’extraordinaire ?

C’est possible. J’ai travaillé à m’affranchir d’un certain conditionnement et de joug de l’ordinaire. J’ai la vie que j’ai choisie. Je suis un privilégié dans ce sens-là. Je pense que chacun de nous peut accéder à trouver du merveilleux dans un petit évènement. Dans mes chansons, je raconte des choses ordinaires, mais j’admets qu’elles sont extraordinaires (sourire).

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Lo'Jo au Mali. Souriez, vous êtes filmés!

Vous vous sentez en phase avec le monde ?

Pas toujours. Mais un décalage, c’est créatif aussi. L’erreur est très créative dans la vie. L’échec est une notion tout à fait occidentale. L’échec est une sacrée source de vie, de remise en question.

Chaque album est une remise en question.

Je ne cherche pas la nouveauté en tout cas. C’est une notion qui ne m’intéresse pas tellement. Je sais que notre société est beaucoup basée sur le culte du nouveau. Moi, je préfère les choses patinées que les choses clinquantes. Etre nouveau, être nouveau dans l’instant, c’est être juste avec l’instant, être centré. C’est une faculté de clairvoyance.

Avez-vous l’impression d’avoir la carrière idéale ?

Non. Elle n’a pas été sans difficulté. Je crois d’ailleurs qu’il n’y a pas de carrière idéale. Je suis juste satisfait. Elle est telle que je l’avais imaginé quand j’ai commencé. J’ai rêvé quelque chose, je l’ai dessiné dans ma tête et je me suis appliqué à la rendre réelle, existante. J’ai eu la chance de rencontrer des gens avec qui j’ai pu m’élever dans la création et avec qui j’ai une amitié très forte. C’est le bonheur des coïncidences.

Vous avez toujours revendiqué le fait de faire partie d’un collectif.

Ca toujours été mon cheval de bataille.

Représenter un groupe, c’est compliqué ?

Oui. J’ai mis longtemps à parler au nom d’un groupe, même sur scène. Dire nous n’est pas pratique. Dire je est plus simple.

Il faut avoir une âme de leader ?

J’ai beaucoup pensé à ma position de leader ces derniers temps. Dans ma jeunesse, je ne l’étais pas parce que je n’en avais ni l’âme, ni la fibre. Mais à un moment donné, quand je voyais que ça patinait, j’ai commencé à prendre les rennes pour que le projet ne s’éteigne pas. J’ai pris ce rôle, mais il a été très souvent pesant pour moi. Le leader endosse toutes les responsabilités, toutes les erreurs, encore aujourd’hui, je ne suis pas certain que cela me convienne totalement. Je suis devenu leader par défaut. Quelque part,  je préférerais me taire et ne faire que de la musique.

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(Photo : Christian  Arnaud)

Vous êtes quelqu’un de zen dans la vie ?

J’apprends. J’ai appris. A la base, j’étais plutôt sanguin avec une tendance à être sur la défensive, voire à être agressif. Avec le temps, je change. Je prends les  choses avec plus de douceur.

Vous devenez sage ?

Non. Loin de là. Ça m’intéresse d’être bien positionné, d’être juste avec moi-même et avec les autres.

La scène représente quoi pour vous ?

C’est exaltant parce qu’elle a le pouvoir de  nous révéler et de nous galvaniser. Soudain, on est pris par une force qui nous dépasse. On parle du trac, mais le trac est une énergie qui est en train de monter en soi. La scène procure une transe qui est inouïe.

Expliquez-moi ce qu’il se passe quand on monte sur scène alors.

C’est un tourbillon. On n’a pas le temps de réfléchir. On accepte une réalité qui est toujours différente. On a les antennes très développées quand on est en état de jouer. L’acoustique est un sujet mouvant. L’humeur de notre voisin qui joue de la basse ou de la batterie est mouvante. Le public est inattendu. L’heure est demi de concert est une course dans laquelle on ne peut pas s’arrêter, sauf si on meurt.

La promotion, vous aimez ?

Je n’aime pas ce mot. Je n’ai pas l’impression de faire de la promotion. On me pose des questions, j’essaie d’y répondre le plus justement possible. J’ai des choses à dire aussi. C’est un privilège de pouvoir s’exprimer. Combien d’artistes merveilleux souffrent de ne pas être diffusés, de ne pas être entendus ? Moi, j’ai cette chance, j’en profite. 

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Après l'interview, le 8 septembre 2017.

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04 novembre 2017

ASV Chansons : interview de Alexei Smigielski et Stéphane Violas

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asv chansons, Alexei Smigielski,Stéphane Violas, interview ASV Chansons, est née de la passion commune pour la chanson française indépendante de ses membres fondateurs Alexei Smigielski et Stéphane Violas (photo de droite : Anne-Claire Bertin). ASV Chansons est une association qui a pour but de soutenir la chanson française à travers différentes actions comme le booking, la promotion ou le management d'artistes.

Le parrain de l'association est Kerredine Soltani, la marraine est Lise Martin.

Les prochaines dates sont les suivantes (voyez comme ils ne chôment pas):

Le 9/11 : Terrebrune / Balthaze au Port du Salut

Le 16/11 : Alysce / Margot Cavalier au Petit Théâtre du Bonheur

Le 23/11 : Lucas Rocher / ReMila au Cosy Montparnasse

Le 30/11 : Sophie Le Cam / Ziako au Petit Théâtre du Bonheur

Le 7/12 : Alice Animal / Rosie Marie / Sébastien Polloni au Port du Salut

Le 15/12 : Carole Masseport / Cyprès au Barazik

Le 21/12 : Concert de Noel (Lizzie / Lise Martin / Chouf / Balthaze / ReMila) au Port du Salut

Stéphane vient des ressources humaines, Alexei, ancien journaliste, désormais commercial dans le tourisme, sont des amoureux de la chanson. Ils sont encore un peu regardés avec un œil étonné, voire méfiant, par la profession. De mon côté, je les soutiens, donc, je les ai rencontré le 1er août dernier pour en savoir plus.

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Interview :

Vous défendez uniquement la scène indépendante ?

Alexei : On a depuis longtemps la volonté de découvrir de jeunes artistes. Moi je suis chanson française dite « classique ». J’aime beaucoup, Gauvain Sers, Nans Vincent, Lise Martin, Garance… Mes parents écoutaient Brassens, Brel, j’ai donc élevé au meilleur. De moi-même, quelques années plus tard, j’ai suivi la génération Delerm, Franck Monnet, Emily Loizeau, Matthieu Boogaerts… mais aujourd’hui il y a une génération très talentueuse qui me plait encore plus.

Stéphane : Moi, je suis plus rock. Je peux aller à un concert de Demi Mondaine sans problème. Nos goûts différents nous permettent d’être complémentaire.

Pourquoi avez-vous décidé de vous occuper d’artistes ?

Stéphane : Ça vient de moi. J’ai passé un diplôme pour travailler dans ce domaine-là. Quand Alexei a compris que les choses prenaient une tournure officielle, il m’a demandé s’il pouvait s’associer à moi. Il s’est beaucoup  impliqué dans la création de cette association.

Alexei : De mon côté, j’avais organisé deux concerts privés chez moi avec une cinquantaine de personnes invités, dont la plupart étaient des artistes. Ça s’est tellement bien passé que ça m’a donné le goût de recommencer, mais officiellement. Alors, le projet de Stéphane tombait à pic.

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Stéphane Violas et Alexei Smigielski et quelques artistes fidèles.

Je crois savoir que l’une de vos ambitions était de trouver une salle pouvant remplacer le Limonaire.

Alexei : On a découvert  par hasard, le Cosy Montparnasse. Le patron me parle d’une date qui se libère. Le 21  juin 2017, le jour de la Fête de la Musique. J’ai appelé Lise Martin, notre  marraine, et Garance. Elles ont été rapidement d’accord pour tenter cette première aventure. Kerredine Soltani (« je veux » de Zaz, c’est lui, mais aussi pas mal de chansons pour des artistes comme Kendji Girac et Tal) a accepté d’être parrain de l’association et il est venu à la soirée.

Stéphane : On peut dire que cette date a vu naître officiellement ASV Chansons.

Il faut que vous vous entendiez bien pour tenir.

Stéphane : On s’entend merveilleusement. Nous avons les mêmes points de vue sur ce que l’on a envie de faire.

Alexei : On a la même passion des artistes et la même exigence qualitative sur ce que l’on propose. Pour les artistes, on propose des salles accueillantes et pour le public, on leur propose des artistes de qualité.

Quelles seront peu à peu vos activités ?

Stéphane : Pour le moment on tourne dans trois lieux : au Cosy Montparnasse, au Petit Théâtre du Bonheur et au Port du Salut. Outre trouver des lieux, nous voulons vraiment accompagner des artistes. Dans tous les métiers que j’ai faits,  j’ai toujours été dans une logique d’accompagnement. Avec la chute de la vente du disque, on s’aperçoit que les artistes sont amenés à tout faire, pas uniquement de la création. Certains le font parfaitement, d’autres moyennement. Il  y a des corps de  métier dans la musique que tout le monde ne maîtrisent pas. En fonction des artistes, on peut les aider là où ils ont des soucis. Nous avons une éthique : valoriser l’artiste.

Alexei : Au départ, on est dans une activité de booking. Trouver des dates pour des artistes. On a l’intention de créer un label pour produire nous-mêmes des artistes qui n’ont pas encore sortis d’album.

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Stéphane Violas et Alexei Smigielski (au fond) avec quelques artistes et journalistes après la première soirée d'ASV Chansons.

Vous comprenez que certains professionnels regardent de travers votre association?

Stéphane : Pas vraiment. Il y a de la place pour tout le monde et nous ne marchons sur aucune plate-bande. Nous savons bien que nous avons beaucoup à apprendre, mais nous apprenons vite. A 40 ans, nous sommes très motivés pour réussir ce que nous sommes en train d’entreprendre parce que, je le répète parce que c’est important, la passion nous anime.

Alexei : J’ai envie que l’on fasse les choses à fond. Nous espérons avoir des dates de concerts  toutes les semaines. Perso, je suis « no limit ».

Stéphane : Moi, je suis plus sage. Je recadre parfois un peu l’enthousiasme d’Alexei (rires).

Y a –t-il des risques financiers ?

Stéphane : Quand on entreprend une aventure, il y a forcément un risque. Si on commence à se dire que ça ne va pas marcher, ce n’est pas la peine d’essayer. Mais, franchement, le risque est calculé. Notre passé commercial nous aide à poser des limites. 

Alexei : A partir du moment où on a de bons artistes, le reste suivra. Il y a toute une génération de chanteurs incroyablement talentueuse qui a le potentiel de toucher un large public. A nous de tenter de valoriser ces artistes qui deviendront un jour "majeurs".

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Après l'interview, le 1er août 2017.

03 novembre 2017

Amélie-les-Crayons : interview pour Mille ponts

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15 ans déjà… 15 ans qu’Amélie-les-Crayons nous enchantent. A chaque nouvel album/nouveau spectacle, on sait que l’on va être surpris. Nous attendons avec impatience (et systématiquement) cette aventurière musicale, celle qui toujours emprunte des chemins de traverse. 15 ans, que cette fée réinvente son art pour continuer à surprendre. Avec Mille ponts, encore une fois, elle est là où on ne l’attend pas.  Encore une fois, nous sommes sous le charme.

Cette quatrième mandorisation (lire la première, la deuxième et la troisième) s’est déroulée  dans un café de Belleville, le 21 septembre dernier.

amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandorLe disque :

12 nouveaux titres originaux pour un album rythmé et enjoué. Réponse colorée au précédent album Jusqu'à la Mer qui était introspectif, très boisé, comme un cocon précieux. Ce nouvel opus est marqué par l'utilisation d'un grand nombre de percussions ou éléments rythmiques. Une grande partie des chansons a été composée à partir d'un rythme, et non d'une harmonie ou suite d'accords. Les arrangements ont pris un chemin beaucoup plus cinglant et dynamique. Ils font la part belle aux percussions donc, mais aussi aux guitares folk claquantes, mandoline, harmonica, slide, et bien sûr piano et voix. Un côté tribal parfois, autour de textes qui parlent de filiation, de liens e les gens, d'écologie aussi, de solidarité et d'espoir.

Ecrit et composé par Amélie-les-crayons, sauf « Un Enfant » Amélie-les-crayons / Thierry Chazelle 

Le spectacle :amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandor

Mille Ponts est un spectacle sur le lien, la filiation, le fil invisible qui relie chaque vie sur ce monde. Il est lumineux, enjoué, rythmé, percussif, virevoltant, comme un bal extraordinaire où les danseurs, connectés par le pas, ne font plus qu'un. On y retrouve toute une ribambelle de nouveaux morceaux ainsi les plus anciens sous de nouvelles formes. Accompagnée de deux multi-instrumentistes épatants, Amélie, autour de son nouveau piano magique, vous convie à un moment chaleureux, interactif, festif et poétique dont on sort le cœur léger !

Textes et musiques : Amélie-les-crayons. Mise en scène de Fred Radix (Le Siffleur), interactions chorégraphiées de Denis Plassard ! Mise en Lumière de Clodine Tardy, décor de Michel Caroline, costumes de Nadège Cezette.

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amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandorInterview :

Depuis notre dernière rencontre en 2012, il s’est passé beaucoup de choses.

J’ai tourné pendant trois ans. Ensuite, il y a eu un moment de break obligatoire. Il y a plein de gens qui m’en veulent beaucoup pour ça. J’aime bien faire autre chose que de la musique. Ça me permet de faire le vide et de ne pas rester dans les mêmes manies. C’est de l’imprégnation quand tu chantes des chansons tout le temps. Après, quand tu veux en écrire une, elle ressemble à celle que tu chantes tout le temps. Elle fait partie de l’inspiration directe. Moi qui fais en  sorte que chaque album soit différent, j’ai besoin de passer par un moment de vide pour pouvoir écrire de  nouvelles choses.

En tournée, j’imagine que tu n’écris jamais.

La tournée est l’opposée de l’écriture parce que l’écriture c’est l’introspection, c’est chercher  en soi des choses. En tournée, tu es tourné (c’est le cas de le dire) vers les autres et l’extérieur.

L’album précédent, Jusqu’à la mer, était empreint d’espoir et très positif, mais la musique et les mélodies étaient plus mélancoliques.

C’est l’effet Bretagne, la brume, tout ça (rires). Dans cet album, la musique est plus dansante et légère.

Clip de "Y'a plus d'Saison".

Lors de notre précédente rencontre, tu m’as dit que tu aurais aimé changer de métier. C’est toujours d’actualité ?

C’est un truc que je disais depuis le début et que je pensais être vrai. Aujourd’hui, je me rends compte que je ne saurais pas faire autre chose et que je n’ai d’ailleurs pas envie de faire autre chose. J’ai passé un cap.

Est-ce parce que tu te trouves enfin à ta place aujourd’hui ?

C’est ça. Je pense que je n’avais pas assumé ma place pour me protéger. C’est un métier particulier, du jour au lendemain, on peut ne plus t’aimer. Alors ça me rassurait de me dire que je pourrais faire autre chose si cela s’arrêtait. Je considère que j’ai encore beaucoup de terrains à explorer dans la musique, beaucoup de choses à fabriquer.

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Ton public te suit dans tout ce que tu fais depuis le début de ta carrière.

Nous avons une relation vraie. Ces dernières années, j’ai remarqué qu’il y a un endroit où je suis complètement à ma place, c’est la scène. S’il y a un lieu où rien n’est calculé, où  je n’ai aucune arrière-pensée et où je suis complètement naturelle, c’est bien là. Je me sens complètement libre, donc la relation que j’ai avec n’importe qui quand je suis sur scène est sans filtre. Du coup, c’est de l’amour. Ma relation avec le public donne du sens au métier que je fais.

Excuse-moi  la banalité de ma question, mais comment écris-tu tes chansons ?

Je suis traversée par les chansons. Parfois, elles me tombent dessus. Je travaille pour cela.  J’essaie le plus possible d’être connectée à moi et être hyper ouverte pour tout accueillir.

Tu ouvres tous tes chakras ?

Tu ne crois pas si bien dire. Je me dépollue la tête. Il faut être à l’écoute du moment où s’ouvre une fenêtre. Quand une inspiration arrive, il ne faut pas la louper.

Tu t’inspires de ce que tu peux voir ou vivre, mais tu universalises les histoires, c’est ça ?

Oui, c’est exactement ça. Une chanson ne t’appartient pas, chaque auditeur la prend comme il veut, selon ce qu’il est et selon sa vie. Une chanson, c’est comme le spectacle, c’est  magique, vivant. Ce sont des entités à part entière sur lesquelles je n’ai aucune prise. Ça demande de l’humilité parce que ce n’est finalement pas moi le maître.

Teaser du spectacle "Mille ponts"

Quand tu es sur scène, tu es une autre femme ?

Je vais te dire un truc très personnel. Sur scène, je suis complètement libérée de tous mes verrous. Plus rien ne me bloque. Je ne suis jamais autant moi que dans ce cas de figure. Dans la vraie vie, il y a des choses que je n’ose pas faire, sur scène, j’ose tout.

Faut-il que tu sois touchée par ta propre chanson pour considérer qu’elle est bonne ?

Bien sûr. Pour moi, c’est le baromètre.

Tu es pointilleuse quand tu enregistres ?amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandor

Très. Et pour moi, un disque n’est jamais fini. Je pars du principe que tout est toujours perfectible. Mais plus on perfectionne, plus on enlève le coté vivant. Pour le texte, par contre, je sais m’arrêter.

Tu aimes bien cette période où tout le monde découvre ton disque ?

C’est à la fois hyper flippant et hyper excitant. C’est un peu comme un rendez-vous amoureux.

Tu as conscience de donner du bonheur aux gens ?

Quand je sors d’un concert, j’ai aussi la banane. C’est vraiment un échange, du partage. A partir du moment où il y a du partage, c’est du bonheur.

Toi-même, il y a un spectacle qui te donne du bonheur à chaque fois.

Sans conteste le cirque Plume. Je suis une vraie fan depuis toute petite. A 10 ans, c’est le premier spectacle que je suis allée voir dans  ma ville natale. C’est voyant les artistes de ce cirque exceptionnel que je me suis dit : « c’est ça que je veux faire dans la vie ». C’était un choc absolu.

Session acoustique de "Le bal des vivants" pour France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.

amélie les crayons,1000 ponts,interview,mandorJ’ai lu dans le journal La Croix que tu priais.

Oui, c’est un outil pour moi. C’est ce qui me sert à me reconnecter.

Tu pries un Dieu ?

Je prie l’univers. C’est spirituel, sacré… pas du tout religieux. Par contre, j’ai fréquenté beaucoup les églises quand j’étais plus jeune. J’habitais Rue de Marseille à Lyon et il y avait une église juste à côté de chez moi. Sur un grand écriteau, on pouvait lire : « Cette église est ouverte à tous ceux qui cherchent la paix ». A chaque fois que j’ai ouvert la porte, c’était ouvert. J’allais dedans pour m’entraîner à chanter. Souvent, j’étais seule, je pouvais même chanter des chansons qui n’avaient rien à faire dans des églises. Il y a dans ces endroits-là une énergie particulière.

Après le chant, j’ai l’impression que ce que tu aimes le plus c’est danser. Il en est question dans ce nouvel album.

Je vais régulièrement dans les fest-noz en Bretagne. Pour cet album, tout est parti de là. Tout est dit dans ma chanson « Le bal des vivants » (voir session acoustique plus haut). Ce que j’aime dans cette musique festive, c’est qu’il y a une connexion entre les danseurs, les musiciens, la terre, le ciel, tout quoi ! Là, c’est de la transe. On est dans le partage absolu. Je suis allé au Fest-Noz  des 30 ans du groupe Carré Manchot, un groupe mythique en Bretagne. J’ai dansé sans m’arrêter de 17 heures à 5 heures du  matin. C’était dans la nature, on a vu le soleil se coucher et les lumières artificielles arriver. C’était l’euphorie totale.

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31 octobre 2017

Buridane : interview pour Barje endurance

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« Barje, barjot, barré. Selon le dictionnaire d'argot, traiter quelqu'un de barje c'est le considérer comme une personne déraisonnable, hors du commun, et qui n'hésite pas à prendre des risques. Voilà une définition qui sied si bien à Buridane qu'elle l'a prise au mot dans le titre de son nouvel album : Barje Endurance, ou l'originalité dans la continuité. » Ainsi commence l’argumentaire de presse du nouveau disque de Buridane.

Buridane, ce sont des mots chocs, une douceur apparente et une fausse fragilité. Personne ne peut rester indifférent à ce qu’elle raconte/chante avec son flow impeccable et sa voix femme-enfant, mutine et troublante. Vous pourrez découvrir cette artiste en tournée (qui passera par Paris, le 14 novembre à la Maroquinerie).

En 2012, pour son premier album, Pas fragile, je l’avais déjà mandorisé. Je n’ai pu faire l’impasse sur son deuxième disque tant il m’a touché. Le 3 octobre dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale.

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Biographie officielle (un  peu écourtée):

Lorsqu'elle est apparue il y a cinq ans, elfe blond aux allures enfantines et au grain de voix à la sensualité mutine, on s'est dit que cette jeune fille là allait trouver naturellement sa place au milieu des "chanteuses à guitare" du paysage français. Sauf que oui... et non. Car si le single "Badaboum" a bien fait les beaux soirs des radios et des télés, c'était peut-être pour mieux camoufler le reste : des chansons intrépides à la plume incisive, à la tendre noirceur et à l'urgence éperdue, à la fois ombre et lumière, ange et démon. Après tout, elle avait annoncé la couleur dès l'intitulé de son premier opus : Pas Fragile...

Un temps écartelée entre son amour de la danse et sa passion pour l'écriture, à l'inverse du célèbre et tragiquement indécis équidé du philosophe dont elle a emprunté et féminisé le patronyme, Buridane a finalement choisi : elle allait chanter et faire danser les mots. Des débuts prometteurs couronnés de chroniques élogieuses et de prix divers, de concerts et de tournées, et puis le silence et la solitude de l'entre-deux. Un espace de transition qu'elle a mis à profit pour préparer la suite, s'isoler pour mieux ciseler.

buridane,barje endurance,interview,mandorL’album :

La transition, c'est justement le thème général de ce deuxième album. Recommencer à zéro ce qui a été amorcé, prendre conscience de la précarité et de la difficulté à tenir la distance, à l'image des relations sentimentales. Grandir pour mieux savoir qui l'on est et pour mieux l'affirmer.

Le résultat, onze chansons dont elle a signé elle-même tous les arrangements, et dont elle a confié la réalisation à Cédric de la Chapelle (Slow Joe & The Ginger Accident). On y retrouve sa griffe vocale singulière enrichie de chœurs aériens, et ces plages à l'acoustique épurée, cette fois parsemées de touches électro et de rythmiques qui peuvent parfois évoquer hip hop et slam.

Mais ce qui fait aussi et surtout la particularité de Buridane, ce sont les textes, à la densité poétique et au souffle du vécu, lettres émouvantes et prières épiques, constats entre lucidité et autodérision, aux thèmes en forme de catharsis à la fois intime et universelle. Colère contenue dans "Taureau"(le single de l'album), difficulté de communication dans "Electrochoc" ou "Mauvais Sort", épreuve de la disparition d'un proche dans "Bleu", tendresse et angoisse dans "Le déclin", jalousie et désir dans "Toutes les filles", espoir et promesses dans "Perspectives" ou "À l’aube".

Complètement barje ? Unique, plutôt. Et pourtant si étrangement familière.

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buridane,barje endurance,interview,mandorInterview :

Avec le recul, que penses-tu de ton premier album Pas fragile ?

C’est un album qu’on a fait le mieux que l’on a pu. J’avais mes chansons en guitare-voix, je ne savais pas comment les arranger et quelles couleurs musicales leur donner. Je les ai confiées à Pierre Jaconelli que j’ai choisi et qui m’a choisi. Il a donné toute sa générosité pour emmener ce disque là où il  pouvait. Au final, l’autocritique est facile à faire. Il y a des textes assez âpres et sombres et des arrangements qui ont lissé ça. Est-ce que c’était la bonne direction ? Je ne sais pas. En tout cas, ce n’est pas la direction que j’ai décidé de prendre pour ce deuxième disque. Je ne le renie pas. C’est un album d’adolescence et à l’adolescence, on se cherche toujours. 

Le premier titre de Barje endurance est « Transition », un titre et des arrangements loin d’être lisses.

Musicalement, il fallait que ça colle avec ce qui est dit dans le texte. Il y avait aussi l’envie de créer du  mouvement à l’intérieur du corps, et pour moi, ça vient par la rythmique. Habituellement, je compose à la guitare, là, je suis souvent partie sur les batteries et la percussion. 

Musicalement, on voit où tu veux en venir dans le clip de « Taureau ».

Il y a quelque chose de très terrien, très ancré, très percussif. C’était aussi un vieux fantasme que de ramener la danse. Pour moi, au départ, chanson française et danse contemporaine,  c'est incompatible. Les chemins ont fini par se rencontrer de façon évidente sur ce titre. Je tiens à remercier Pierre Jaconelli parce que j’ai beaucoup appris avec lui sur le premier album. J’ai utilisé ce savoir sur Barje endurance.

Clip de "Taureau".

Cet album te ressemble plus musicalement, car tu as tout fait toi-même, dont les arrangements. Lourd défi ?

L’idée n’était pas de faire quelque chose de nouveau ou de génialissime, mais d’arriver à faire ce que je voulais faire. C’était ça le challenge. L’album n’est sans doute pas parfait, mais il est comme je l’entendais.

J’ai l’impression que l’auditeur peut plus se retrouver dans tes chansons d’aujourd’hui que dans celles de ton premier disque. Elles sont plus ouvertes.

Certainement parce que notre conscience du monde extérieur n’est pas la même à 22 ans qu’à 30. Il y a aussi une conscience politique qui grandit et qui évolue. Sur cet album, une des questions fondamentales que je me suis posée c’est : est-ce que c’est le monde extérieur qui influe sur les mondes intérieurs ou est-ce que c’est l’inverse, ou encore, est-ce un aller-retour permanent. Nous sommes dans une époque de transition inévitable à laquelle on ne peut pas échapper. Nous sommes dans un vieux monde qui est en train de mourir. A toutes les échelles, il y a quelque chose qui se termine. Aujourd’hui, quelque chose doit recommencer. On est dans cette phase d’entre deux et tous les repères bougent. On est tous dans l’attente. Je me demande quand le mouvement va revenir.

C’est un disque d’interrogations.

Oui. On n’est pas là pour donner des réponses. D’ailleurs, nous n’en avons pas. Se poser des questions, c’est avancer.

Clip de "La transition".

Une chanson doit impérativement dire quelque chose d’essentiel ?

Personnellement, j’écris en creusant profond. Je ne peux pas faire autrement. Ça me fait du bien et ça me fait plaisir de mettre des mots pour ceux qui n’ont pas le temps d’en trouver ou qui ne savent pas les mettre. C’est vraiment ce qui m’intéresse, mais ça ne veut pas dire que les chansons des autres doivent être comme ça.

Es-tu étonnée que tes chansons intéressent les gens ?

C’est surtout quelque chose qui me rassure. Pour moi, on est tous pareils. Ça veut dire que les gens sont capables de profondeur et de se poser des questions, de réfléchir. Pour peu que l’on créé un moment de disponibilité pour cela, comme un concert par exemple, on peut se dire que nous ne sommes pas seuls. On sort du culte de l’ego.

Le fait de savoir que d’autres vivaient les mêmes choses que toi t’a fait du bien ?

Mais, ça m’a même sauvé. Soudain, je me suis sentie utile et ça a cassé ma solitude.

Des chansons vaudou...

Dans Pas fragile, tu avais raconté beaucoup de toi. As-tu eu peur de ne pas savoir quoi écrire dans le second ?

Dans le premier, j’ai nettoyé, j’ai déblayé plein de choses du passé. J’ai laissé passer cinq ans pour arriver au second parce que pour écrire,  pour retrouver l’inspiration, j’avais besoin de vivre et de revivre d’autres évènements.

Tu n’es pas restée sans rien faire non plus.

Non, évidemment. J’ai fait beaucoup de concerts et des ateliers d’écritures, ce qui m’a permis de rencontrer  beaucoup de monde.

Cela dit, ces deux dernières années, tu n’as pas fait de concerts. Tu ne l’as pas super bien vécu.

Quand une tournée se termine, il y a un décalage de vie inévitable. Quand il n’y a plus de concerts, on a l’impression de ne pas exister puisqu’on n’est plus visible. On a beau dire qu’on se fiche du retour du public, ce n’est pas vrai. On s’habitue à cet échange-là. Quand on est juste avec nos chaussons chez nous, ça fait bizarre. On doit apprendre à gérer le vide. L’être humain est fait de haut et de bas en permanence. Dans ces métiers-là, c’est un peu plus fort et accentué parce que comme tout est un peu plus haut, tout est forcément aussi un peu plus bas.

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Quand sortent de nouvelles chansons, tu te demandes comment elles vont être accueillies ?

J’ai été beaucoup dans le doute avant de rentrer au  studio, mais depuis que tout se met en place artistiquement, le rendu final du disque, le clip, le disque, je n’ai plus peur. Je me sens tellement bien dans ce vêtement-là. J’ai évidemment envie que ça marche et que les retours soient bons. Il y a une chanson qui s’appelle « Le phénix et la cendre » dans laquelle je dis : et tu me prendras telle, si tu le veux, si tu le peux, si ça te rend heureux… » Ça pourrait être une histoire d’amour, mais ça s’adresse aux gens qui écoutent ma musique. Ce que je propose aujourd’hui, c’est ce que je suis.

Tu as une façon particulière d'oraliser tes textes.  Ça s’appelle du spoken word.

Le travail de la voix parlée m’intéresse beaucoup. Le spoken word offre plus de liberté dans la forme. Ça me donne l’impression de pouvoir plus m’amuser… et de pouvoir plus en mettre aussi. J’aime bien écrire des longs textes.

Tu me sembles plus épanouie qu’en 2012.

Je le suis. C’est la trentaine (rires). Pour rien au monde, je ne voudrais revenir en arrière et j’espère que ce sera comme ça de dizaine en dizaine. C’est agréable de se sentir en construction et en évolution.

Tu as foi en l’être humain ?

Je suis un peu Bisounours. Je crois en l’amour, en la bienveillance et en la gratitude… des valeurs un peu vieille France. En fait non. Dans le monde assez cynique dans lequel on vit aujourd’hui, c’est ça la vraie modernité en fait.

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Le 3 octobre 2017, après l'interview. 

27 octobre 2017

Laurie Darmon : interview pour l'album Février 91

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Après deux EP, Mesure première et Mesure seconde, Laurie Darmon sort son premier album, Février 91 laurie darmon,février 91,interview,mandor(co-arrangé avec son frère David et co-réalisé avec Florian Rossi et David Sztanke) aujourd’hui. Elle y parle d’amour, de sentiments contraires et de la/sa jeunesse. Composée de treize pistes inédites, elle raconte plus précisément les aventures mouvementées d’une petite fille devenue femme, un peu trop vite.

Je l’avais déjà mandorisé pour son premier EP en 2014. Nous avions beaucoup évoqué le passé. Pour cet album, nous nous sommes revus le 14 octobre dernier, dans un palace parisien, mais cette fois-ci pour parler du présent… et de l’avenir.

laurie darmon,février 91,interview,mandorArgumentaire de presse officiel :

Après un premier EP Mesure seconde remarqué, Laurie Darmon revient avec son premier album Février 91. Février 91 ou le chiffre secret d’une mélancolie urbaine, intime et entêtante. Dans cet album, l’écriture de Laurie Darmon emprunte plusieurs voies, mais nous ramène toujours à l’origine : Février 91, date du début d’une décennie d’influences musicales majeures, MC Solaar, Will Smith ou Lauryn Hill. Sans parler des plus anciennes, Christophe (pour qui elle écrit trois titres de son dernier album dont le grand « Océan d’Amour »), Barbara (la base), Reggiani, Sanson etc.

Février 91 donc, date ordinaire inscrite au dos d’une photo de soi qu’on regarde comme la photo d’une autre, qui donne son titre et son final/épilogue à l’album pour remonter le cours du temps et enfin comprendre. Février 91 ou le chiffre secret d’une mélancolie urbaine, intime et entêtante.

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laurie darmon,février 91,interview,mandorInterview :

Enfin ton premier album ! On l’a attendu longtemps.

Il m’a fallu le temps pour être sûre que je pouvais faire le disque que je voulais faire. Il fallait que ça se mette en place à l’intérieur de moi, que je sois au point avec moi-même. Les éléments extérieurs étaient réunis pour que je puisse faire un disque, mais je ne me sentais pas prête. J’ai pris un risque parce qu’habituellement, on sort l’album dans la foulée de l’EP. On est dans une société où tout va très vite. La lenteur n’est pas une valeur d’aujourd’hui.

Prendre son temps permet aussi de vivre des choses dans sa vie et d’avoir de nouvelles inspirations.

Oui, je suis d’accord avec toi. En plus, j’ai eu envie de réaliser le disque. Il a fallu que je rencontre pas mal de personnes avant de trouver les bonnes avec lesquelles j’aimerais travailler. Il fallait qu’elles acceptent que je coréalise et que j’arrange tous les morceaux.

Comment es-tu devenue arrangeuse ? C’est un métier qui ne s’improvise pas.

J’ai commencé à faire ça quand j’avais 18 ans, un peu pour m’amuser et pas de manière officielle. Petit à petit, je me suis perfectionnée dans ce domaine. Pour cet album, j’ai vraiment eu envie d’y aller vraiment.

Tu étais déçue par tes deux EP ?

Non, parce que même si je n’avais pas les mains dans les machines, j’avais beaucoup participé, dirigé, mis mon grain de sel. J’avais un avis très fort sur les choses. Pour mes deux EP, il y a eu de belles rencontres artistiques, donc, je n’ai jamais été déçue,  même si j’étais un peu frustrée de  ne pas être allée plus loin.

Clip de "Je pense".

Dans ton album, il n’y a aucune chanson tirée des EP. Même « Rupture », ton « tube », n’y est pas. Tulaurie darmon,février 91,interview,mandor as voulu faire table rase du passé ?

J’ai voulu aussi justifier le temps que cela a pris. Je propose 13 titres inédits. Mais ce sont des anciens titres. Beaucoup d’artistes ne reprennent pas les premiers éléments de leur travail, ils considèrent cela comme des brouillons. Moi, j’ai voulu aller au bout de mes premières chansons, leur donner une vie. Je ne savais pas si j’avais raison de faire ce choix, car depuis j’ai grandi. Je me demandais s’il n’y allait pas y avoir un décalage. A mesure que j’avançais dans ce travail, j’ai eu l’impression qu’il y avait une cohérence. Ces chansons appartenaient vraiment à ce que l’on peut vivre entre 16 et 24 ans.

Dans la chanson qui porte le nom de l’album, Février 91, tu racontes ta vie de toute petite à l’âge de 18 ans.

Je me suis arrêtée au moment où j’ai commencé à composer et à écrire. J’ai eu l’impression que les chansons que j’ai faites à partir de ce moment-là prenaient le relais. « Février 91 » n’était pas une démarche, c’est sorti comme ça.

C’est une manière de dire : « ça y est, j’ai tout dit, on n’en parle plus » ?

Complètement. Maintenant que j’ai raconté ma jeunesse, je peux passer à la suite. Je suis quelqu’un de pudique, mais bizarrement, je n’ai pas eu l’impression de me dévoiler. Ce que j’ai vécu, beaucoup l’ont vécu.

La live session du titre "17 Ans (Face A)".

Tes chansons sont toutes autobiographiques ?

Pas toutes. Parfois, ce sont des choses que j’ai observées et qui m’ont questionnée et que quelque part, j’ai dû vivre aussi dans d’autres situations. En tout cas, j’écris rarement sur des situations qui me sont étrangères.

Je souhaiterais éviter les écueils, mais en écoutant ton disque, je l’ai trouvé très mélancolique et nostalgique.

Je me suis rendu compte après coup que je suis quelqu’un de très nostalgique. Je pense que c’est une manière d’exorciser cette nostalgie que de l’écrire, de la chanter et d’y consacrer un disque qui porte carrément une date du passé. Ce doit être une démarche inconsciente pour mieux aimer le présent et passer à ma vie d’adulte.

Les années 90, c’était encore les années d’insouciance,  plus précisément, la fin des années d’insouciance.

C’était la fin d’une époque où tout fonctionnait de la même manière. Il y avait encore des disques, du matériel. Le virtuel n’avais pas encore fait son apparition.

Tu te rends compte que dans le prochain album, tu vas devoir évoquer le monde d’aujourd’hui ?

(Rires) Oui. J’appréhende.

La live session de "Monte encore".

Dans ton disque, il y a beaucoup de chansons sensuelles, voire sexuées. Il est question du rapport au corps, de relation sexuelle…

J’ai écrit ces chansons au moment où je suis passée de jeune fille à jeune femme. C’était donc des problématiques qui m’ont animé parce qu’autour de moi, c’était quand même les grandes questions. C’était un grand défi de devenir une femme. J’ai eu l’impression que pour moi ce n’était pas naturel de devenir une femme. Je ne me suis confrontée qu’à des obstacles pour devenir une femme. Il m’a paru important d’exprimer cela dans mes chansons, car je suis certaine de ne pas être la seule à avoir vécu cela ainsi.

On ne peut pas dire que ce disque soit celui d’une jeune femme épanouie.

Non, en effet. Mes chansons racontent une période de ma vie où j’étais beaucoup moins apaisée qu’aujourd’hui. Si désormais je le suis, c’est aussi parce que j’ai écrit toutes ces chansons. Il faut aussi préciser que quand j’écris, c’est la part la plus sombre de moi-même qui m’inspire. Ça ne veut pas dire que je n’ai que cette part dans ma vie de tous les jours. C’est ce que j’aime explorer. J’ai beaucoup de mal à écrire des chansons joyeuses.

laurie darmon,février 91,interview,mandor

Tu as une façon de chanter/parler qui met en avant les mots.

Ce n’est pas voulu. Dans mes textes, il y a beaucoup de mots. J’ai donc une façon d’imaginer la mélodie un peu parlée. Je n’ai jamais eu de réflexion sur la question, j’ai tout de suite interprété mes chansons de cette façon. Il y a rarement de l’espace pour tenir les notes. Je n’ai pas une démarche de chanteuse, mais de quelqu’un qui raconte quelque chose et qui utilise sa voix pour le faire.

Tes compositions sont plutôt instinctives ou réfléchies ?

Instinctives. C’est d’ailleurs plus facile pour moi de composer que d’écrire un texte. A ce   niveau-là, je suis très cérébrale. C’est encombrant.

Es-tu contente de ton disque ?

Oui, je le suis. Et à partir du moment où je l’ai terminé, j’ai commencé à composer plein de nouvelles chansons.

laurie darmon,février 91,interview,mandor

Après l'interview le 14 octobre 2017.

Et pour ceux et celles qui seraient passés à côté de ce petit bijou de 2015, voici "Rupture" (qui n'est pas sur l'album Février 91), la chanson qui m'a fait apprécier cette artiste. 

26 octobre 2017

Clément Bénech : interview pour Un amour d'espion

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(Photo : Patrice Normand)

Depuis 2013, je suis la carrière littéraire de Clément Bénech. Je l’ai déjà reçu pour son premier roman L’été Slovène, puis pour son second, Lève-toi et charme. J’aime sa prose, son regard sur la société, son humour, la subtilité de ses réflexions sur le quotidien et la vie en générale. 

Dans ce troisième roman, Un amour d’espion, l'auteur nous embarque à New-York où il retrouve Augusta, une amie qui l'a chargé d'une mission : filer son « boyfriend », un roumain, critique d'art, au passé trouble. Clément Bénech signe ici un roman contemporain, hyper «  connecté ». Il ne se contente pas d’enquêter sur ce mystérieux personnage, il pointe aussi les dérives, les dangers, les déconvenues des réseaux sociaux (Tinder et autre Facebook). Un  roman moderne qui en dit plus qu’il n’y parait sur nous, notre époque et notre façon de vivre.

Le 19 septembre dernier, nous sommes allés déjeuner ensemble pour une troisième mandorisation.

9782081393264.jpg4e de couverture :

 « Au fond, j’ai l’impression que nous ne sommes plus que des Marco Polo parodiques », autant dire de simples touristes. C’est le constat un brin désenchanté que cet étudiant en géographie partage avec son amie Augusta au détour d’une conversation Facebook. Il n’en faut pas plus à la jeune femme, fraîchement débarquée aux États-Unis, pour lui proposer le plus fou des séjours, un « voyage à dessein ». Direction : New York, où Augusta l’attend pour percer à jour l’identité de son petit ami, rencontré via une application pour smartphone. Pourquoi ce critique d’art venu de Roumanie se fait-il inlassablement accuser de meurtre par un internaute anonyme ? C’est ici que commence la filature de notre apprenti détective, qui n’est peut-être pas le seul à suivre la piste du mystérieux Dragan.
À la faveur des péripéties new-yorkaises de cet « amour d’espion », Clément Bénech pose un regard plein d’esprit et de malice sur les rencontres sentimentales à l’ère de l’espionnage amoureux. Si le virtuel s’invite dans le réel, qui espionne qui ?

L’auteur :

Clément Bénech est né en 1991. Après L’Été slovène (2013) et Lève-toi et charme (2015), il a publié en août 2017 Un amour d’espion aux Éditions Flammarion. Il tient également une chronique dans Libération (ici, une belle interview de lui avec Oxmo Puccino)

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rencontre-clement-benech-un-amour-d-espion.jpgInterview :

Je trouve que tu écris des romans modernes et la modernité  est rare dans la littérature.

Je traite d’objet, comme Tinder ou Facebook, qui sont considérés comme pas littéraires. Un objet pas littéraire, c’est bas et quelque chose qui est bas, on a envie de l’élever. Les dialogues que l’on peut avoir sur les réseaux sociaux m’intéressent comme forme d’écriture parce qu’elle donne un sentiment de liberté. J’ai l’impression que cela me permet de parler de choses plus élevées, plus profondes, justement parce qu’elles ont une forme qui parait plus légère. J’aurais un problème éthique à écrire une phrase dont je sais qu’elle m’ennuierait si je la lisais chez un autre auteur.

Dans ce que tu écris sur Facebook, sur ton blog et dans tes livres, il n’y a jamais une phrase de trop. Et surtout, il y a une identité Clément Bénech reconnaissable .

Il y a des différences. Il y a des idées courtes qui vont devenir un tweet ou un statut Facebook et il y a des idées qui sont plus prenantes, qui demandent à être développées, et qui peuvent devenir un roman. Mais derrière, il y a la même personne. Avec mon copain François-Henri Désérable, on se demande souvent si nous avons une spécificité, quelque chose qui fait que nous puissions être reconnaissables. A mon avis, c’est dangereux quand on cherche en premier lieu à avoir une identité forte. Pour moi, c’est intéressant si ça ressort en second lieu.

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Clément Bénech dans Quotidien trois jours avant cette interview.

Il y a encore beaucoup d’humour, d’ironie, de second degré dans ce troisième roman.

Je crains parfois de mettre trop d’humour dans mes livres. Du coup, j’ai peur de ne pas être pris au sérieux… mais en même temps, je ne peux pas m’en empêcher.

Je crois savoir que l'un de tes auteurs préférés est Éric Chevillard. Il ne te fait pas rire lui ?

Il me fait exploser de rire.

Et Desproges, que tu adores aussi, il te fait rire ?

Evidemment.

Alors, pourquoi veux-tu arrêter d’être drôle ?

C’est vrai, c’est ma veine et je ne peux pas aller contre ça. Tu as raison de souligner que j’aime beaucoup les écrivains qui ont tous une forme de comique. Chevillard, bien sûr, mais aussi Oscar Wilde, Jean-Philippe Toussaint et même Proust. Proust a été important pour moi quand j’avais 18 ans. Il y a des scènes vraiment hilarantes dans son œuvre, ce qu’on dit assez peu quand on parle de lui.

Tu évoques beaucoup Tinder dans Un espion d’amour. Quelle est ta vision de ce réseau social ?12825965_591764600970649_1718347343_n.jpg

A un moment, je suis allé sur Tinder.

Pour enquêter uniquement, je suppose.

Voilà, bien sûr. Pour me documenter sur la question, tel un anthropologue. Appelle-moi  Claude Levi-Straus (sourire ironique). Non, en vrai, j’ai été un court moment « utilisateur ». Si j’ai écrit ce roman, c’est aussi parce que je n’arrive pas à trancher. Est-ce que Tinder est bien ou mal. J’ai beaucoup d’arguments pour et beaucoup d’arguments contre.

Quels sont les arguments pour ?

Ce qu’il y a de nouveau, c’est que cela crée un vrai brassage des populations, des nationalités. On observe dans la société une forme de reproduction des élites, des classes sociales, ce qui n’est  pas le cas sur Tinder. Je trouve bien que le fait de posséder un iPhone soit la seule condition requise et c’est une condition qui, aujourd’hui, n’est plus socialement connotée. Dans la plupart des cas, ça peut créer des rencontres qui n’auraient pas eu lieu dans la vie réelle. C’est un enrichissement de la vie telle qu’elle est plutôt qu’un appauvrissement.

Et les arguments contre ?

Tinder dessine une trajectoire trop rapide, une utopie. Dans mon livre, c’est ce que j’appelle « l’utopie du direct », c’est-à-dire un monde où tout serait disponible au bout de l’index. Tous les intermédiaires sont coupés, toutes les formes d’attente et de latence passent à la trappe, alors qu’il faut reconnaître que ce qu’on a appelé depuis des siècles « l’amour » tient à une certaine sinuosité, aux complications et à la nécessité du temps.

Quand je te lis, je te vois en train d’écrire en souriant de jubilation.

Tu n’es pas le premier à me le dire. J’étais ce week-end à un salon du livre à Besançon avec quelques amis écrivains. Nous avions une table ronde avec François-Henri Désérable, Arthur Dreyfus et Victor Pouchet. Pendant ce débat, Christine Ferniot, de Télérama, m’a dit la même chose : « on sent que vous avez un petit sourire en coin quand vous écrivez ».  

La société te fait marrer ?

Mon angle d’écriture est de voir ce qu’il y a de comique dans notre façon de vivre, un peu à la manière d’un écrivain que j’aime beaucoup, Michel Houellebecq, avec évidemment un style différent et toute proportion gardée. Disons que la fonction un peu descriptive de Houellebecq, qui ne va jamais sans une certaine ironie, me plait pas mal. Si j’étais sociologue, j’observerais notre société d’un œil plus clinique je pense.

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La presse aime Clément Bénech.

Dans tous tes livres, il y a des personnages secondaires qui n’apportent pas grand-chose à l’histoire en elle-même, mais que l’on suit avec plaisir.

Pour moi, un roman c’est un train qui va très vite, mais dans lequel on peut être immobile. J’aime beaucoup l’idée qu’une fois la vitesse de croisière atteinte, on peut se permettre des espèces de petites digressions, d’arabesques. Le récit est en pause et, en même temps, il a pris assez d’élan pour que ça ne ralentisse pas tellement. Cela me permet de placer des petites choses sur l’époque que j’ai observée, que l’on m’a racontée et qui m’amuse.

Pour la première fois, il y a une enquête policière dans un de tes romans.

Pour la première fois, j’ai écrit un synopsis du livre. J’ai eu pendant quelques temps cette idée saugrenue selon laquelle dans un roman, il fallait un meurtrier (rires). Aujourd’hui, j’ai un peu changé d’avis. Des œuvres qui ont forgé mon imaginaire m’ont aussi sans doute influencé. Un privé à Babylone, de Richard Brautigan m’avait fait pas mal d’effet. Quand j’avais 18 ans, je lisais beaucoup Mondiano et chez lui, il y a très souvent une sorte d’intrigue policière, tout comme dans la trilogie New Yorkaise de Paul Auster.

Après ce troisième livre, sais-tu désormais où tu veux aller ?

Honnêtement, pas du tout. J’ai tellement l’impression de tâtonner, de faire encore mes gammes que je ne peux pas du tout deviner la trajectoire que vont prendre mes livres. Dans la forme, entre le texte et les images, je pense m’acheminer vers une forme d’équilibre. J’ai l’impression d’avoir trouvé ma propre expression pour raconter des histoires.

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Clément Bénech et François-Henri Désérable.

On te considère comme faisant partie de la jeune garde de la littérature française. Quand tu te retrouves avec Désérable chez Yann Barthès dans Quotidien, j’imagine que tu n’es pas dupe de tout ça.

(Rires) La question que je me pose toujours c’est : « est-ce que c’est bon pour le livre ? » On voit ma gueule, c’est sympa, j’ai mes cousins qui m’appellent. Je sais qu’après être passé dans cette émission beaucoup ont acheté mon livre et celui de François-Henri.

Dans le monde littéraire, ton amitié avec Désérable est une chose un peu plus rare qu’on ne le pense.

Je prends cela comme une bénédiction, car cela crée un effet de groupe ou d’école littéraire. Il n’y en a plus depuis longtemps. On échange beaucoup sur l’écriture, nous lisons nos livres respectifs avant qu’ils ne soient publiés et nous nous conseillons.

Dans le milieu, vous pouvez peut-être énerver les autres par votre jeunesse, votre talent et votre médiatisation.

Au-delà de nos livres, toute façon d’être suscite des gens qui aiment ou qui détestent.

Tu réfléchis à un prochain livre ?

En ce moment, je prends des notes pour un éventuel essai autour de l’image, plus précisément autour de la question du texte et de l’image.

Ça te travaille ce sujet, dis donc !

Oui, un peu.

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Pendant l'interview...

Quand tu n’écris pas des romans, tu es assistant d’édition dans l’édition jeunesse. Cela consiste en quoi ?

J’ai un droit de regard sur les textes que l’on publie, mais je fais surtout de la coordination avec la fabrication, le graphisme et les correcteurs, pour faire aboutir des projets qu’on nous présente.

Il y a encore des rapports à l’image dans ce métier.

Exactement. 

Tout se tient dans ce que tu fais.

Dans mon cursus d’édition à la Sorbonne, on n’était pas tant que ça à s’intéresser à l’illustré. Je suis très intéressé par l’image et j’apprends beaucoup de choses en jeunesse sur les techniques de fabrication et sur comment on fait un livre. J’ai l’impression que je serai un meilleur écrivain en connaissant intimement l’objet livre dans tous ses aspects. Ça rend plus modeste aussi. On comprend qu’on n’est pas seul dans l’univers. Un éditeur s’occupe de plusieurs auteurs pas que d’un seul.

Tu étais comment avec ton éditeur ?

Tu sais, chez Flammarion, ils ont Michel Houellebecq, Olivier Adam et  Christine Angot, alors, pour le moment, le cas Bénéch, il faut avoir la lucidité de savoir qu’il n’est pas la priorité.

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Le 19 septembre 2017, après l'interview.

24 octobre 2017

Sophie Le Cam : interview pour l'EP Les gens gentils

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(Photo : Béatrice Cruveiller)

sophie le cam,les gens gentils,interview,mandor« Chanson désenchantée, candide et impertinente ». C’est ainsi qu’est décrite Sophie Le Cam sur son site. Pas mieux. Dans son premier EP, Les gens gentils, elle interprète des textes poignants et légers. Ses chansons sont pleines d’autodérision, de mélancolie et de tendresse.

Le 4 septembre 2017, nous nous sommes retrouvés à une terrasse d’un café parisien, histoire d’en savoir plus sur son parcours.

(Toutes les photos studios sont de Béatrice Cruveiller)

Biographie officielle :

Installée depuis dix ans à Paris, Sophie Le Cam a grandi en Picardie. Nourrie dès le berceau de chanson française, elle prend des cours de piano et apprend la guitare, le ukulélé et l’harmonica en autodidacte.

Après des études de Lettres et arts, elle entre au conservatoire d’art dramatique à Paris et devient sophie le cam,les gens gentils,interview,mandorcomédienne. Le texte, la scène.

L’année 2014 voit naitre l’écriture de chansons. Sophie se produit alors dans différents lieux: à plusieurs reprises sur le bateau El Alamein, à La Manufacture et aux Trois baudets à Paris, au festival Off Courts à Trouville, à l’El Camino à Caen, etc.

Après avoir remporté le 2ème prix du tremplin interprète Le Mans Cité Chanson, elle est programmée en première partie de Loïc Lantoine pour la 28ème édition du Festi’val de Marne et réalise sa première expérience radio sur France Inter dans l’émission de Pascale Clark A’Live.

En janvier 2016, son premier EP « Les gens gentils », composé de 5 titres (maquettes), voit le jour. Il est sélectionné parmi les albums du mois de janvier du magazine Longueur d’ondes.

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sophie le cam,les gens gentils,interview,mandorInterview :

Tu as baigné dans la musique « populaire » dès ton plus jeune âge.

Mon père écoutait beaucoup Charles Trenet, c’était un fan. Le top 5 de ce qu’on écoutait dans la voiture, c’était Charles Trenet, Starmania, Polnareff, les Beatles et Supertramp.

Polnareff est devenu un de tes chanteurs préférés.

« Holidays », « Le bal des Lazes », « Qui a tué Grand-maman », ça me fout les poils. Beaucoup disent que Polnareff, c’est de la variétoche. Dans la grande famille de la chanson française, il y en a plein qui trouvent son œuvre hyper kitsch et qui ne perçoivent pas du tout la poésie de ses chansons. Il y a un snobisme sur Polnareff et sur Berger qui m’énerve.

Tu as pris des cours de piano de 14 à 18 ans.

Je me débrouille pas mal techniquement, mais j’estime ne pas avoir été bien formée. Je suis capable de jouer des morceaux que j’apprends avec des partitions, mais je suis incapable de composer parce que  je ne connais pas le solfège.

Par contre, tu sais composer à la guitare.

Oui, alors que j’ai appris la guitare toute seule. Cela dit, la composition, ce n’est pas le domaine dans lequel je suis la plus à l’aise.

Clip de "Les gens gentils".

Quand as-tu ressenti l’envie d’être chanteuse ?sophie le cam,les gens gentils,interview,mandor

A l'âge de 10 ans. Mais, je me suis autocensurée jusqu’à il y a 5 ans. J’ai osé franchir ce cap il y a peu de temps.

Avant la chanson, tu es passée par le théâtre.

Je suis née en Picardie, j’ai grandi là-bas jusqu’à 18 ans. Après le bac, je suis allée à Paris pour faire une licence de Lettres et Arts. En parallèle, je prenais des cours de théâtre amateur. Quand j’ai validé ma licence, je suis rentrée au Conservatoire d’Art dramatique du 9e arrondissement de Paris. Ensuite, j’ai tourné dans des courts-métrages et  j’ai joué au théâtre.

Aujourd’hui, tu te sers de cette expérience pour communiquer avec ton public entre deux chansons ?

Je ne sais pas si je m’en sers, mais j’aime faire marrer les gens entre deux chansons. Il m’arrive aussi de dire un texte issu du répertoire théâtral, un monologue que j’aime bien qui va avec une chanson que je chante ensuite…

Avoir lu et joué des grands textes, cela a provoqué une exigence sur tes propres textes ?

Je n’ai pas eu besoin de ça pour rechercher l’exigence. J’avais déjà une culture "chanson à texte" et un goût pour la langue. Je ne conçois pas une chanson avec un texte pas intéressant.

Teaser live. 

sophie le cam,les gens gentils,interview,mandorTu as deux côtés dans ton répertoire. La tendresse et l’absurde.

Je suis comme ça dans la vie. Un jour, un professionnel, à l’issue d’une première partie, m’a dit que mes chansons étaient trop différentes. Ça m’a fait me poser beaucoup de questions, mais en même temps, je ne me voyais pas faire que de la chanson mélancolique ou que de la chanson un peu drôle. Si j’enlevais une de ces parties, je serais malheureuse.

« Chanson désenchanté, candide et impertinente », lit-on sur ton site. Ça te ressemble tellement !

Merci. Je suis un peu aussi désillusionné sur le monde.

« Vu d’en haut » n’est pas une chanson très positive par exemple.

Elle est même trash. Je crois qu’il n’y a rien après la mort. Ça m’angoisse. A partir du moment où l’on sait que l’on va mourir, tout devient absurde. C’est une chanson qui questionne sur la vacuité de l’existence.

Il y a une chanson sur André Manoukian. C’est de la provoc’ ?

C’est  une chanson très ironique. Je trouvais ça marrant de faire une chanson d’amour too much et, du coup, d’aller au bout du concept en chantant sans chemise. En vrai, j’aime beaucoup André Manoukian, mais je ne sais plus comment est partie cette chanson interprétée par une femme un peu nymphomane.

Il l’a entendu ?

Oui. C’est Olivier Bas qui a eu la gentillesse de lui envoyer le morceau pour moi. Il a répondu « un grand bleu pour moi », tu sais, comme le système de notation de la Nouvelle Star.

Clip de "Pique-niquer".

Et dans « Pique-niquer », la fille est aussi un peu nymphomane, non ?sophie le cam,les gens gentils,interview,mandor

Oui (rires).

Une chanson à double sens.

Oui, j’adore ça. De manière générale, je suis une adepte du second degré et du décalé.

Dans « La maison au toit rouge », on entend une résonance avec la maison bleue de Le Forestier.

Je ne prétends pas arriver au niveau de Le Forestier, mais effectivement, c’est ma maison bleue à moi. Souvent, dans mes chansons, j’aime glisser des références cachées. J’ai une autre chanson dans laquelle je fais référence à Trenet. J’aime bien caser entre deux vers, un qui ne m’appartient pas. C’est à la fois une façon de rendre hommage et de jouer avec l’auditeur. Va-t-il reconnaitre ou pas ?

Clip de "La mmaison au toit rouge".

sophie le cam,les gens gentils,interview,mandor« On a les boules » est une chanson particulièrement nostalgique.

C’est un peu l’histoire du désenchantement que je ressens. C’est un peu l’enfance comme paradis perdu. Je le ressens un peu trop profondément. Renaud dit : « après l’enfance, c’est quasiment fini ». Je pense comme lui.

D’ailleurs, parfois, on dit de toi que tu es une Renaud au féminin.

Certainement à cause de mon côté brut de décoffrage. Je prends cela comme un sacré compliment. Je ne cherche pas à faire comme Renaud, mais si on me dit que ce que je fais ressemble à ce que fait un chanteur que j’admire, je suis contente. Je suis bien consciente d’avoir des influences qui se retrouvent dans mes chansons.

Ton EP est sorti il y a plus d’un an et demi (je ne suis pas en avance). Qu’as-tu fais depuis ?

J’ai sorti cet EP en totale candeur. Je débarquais dans un milieu que je ne connaissais pas du tout. Cette année m’a aidé à comprendre ce que je faisais, ce que c’était de faire de la musique. J’ai fait des scènes et j’ai creusé le réseau chanson parisien. J’ai fait un stage au Studio des Variétés qui m’a permis de mieux appréhender le métier. Aujourd’hui, j’ai une meilleure connaissance du secteur professionnel dans lequel j’évolue. Du coup, tout me parait très compliqué pour sortir un deuxième EP aujourd’hui. Je mets du temps parce que je me pose trop de questions, j’ai tellement envie de bien faire.

Tu aurais peut-être besoin d’être plus entourée professionnellement.

Oui, j’ai besoin de trouver les bonnes personnes pour travailler avec moi. Des personnes qui comprennent le chemin que j’emprunte et qui soient capable de me faire aller plus loin.

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Après l'interview, le 4 septembre 2017.

16 octobre 2017

Florent Pagny : interview pour Le présent d'abord

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Un beau soir de septembre 2017, j'ai interviewé une énième fois un chanteur que j'aime bien. Florent Pagny pour la sortie de son album Le présent d'abord. La palette du disque s'étale ainsi de la grande variété opératique au pop-rock californien, de la pop urbaine africaine aux références eighties redigérées.

Ce qui me plait en lui, c'est que cet homme très sympathique a trouvé l'équilibre parfait entre sa vie professionnelle et sa vie privée. Je sais qu'il agace (ses histoires d'impôts, son franc parler...), mais on ne peut pas nier qu'il est un formidable interprète et qu'il est l'incontestable roi de la variété française populaire (avec Calogero). Après, on aime ou on n'aime pas. 

Voici ce que j'ai publié dans Le magazine des loisirs culturels Auchan, daté des mois de septembre-octobre 2017.

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Clip de "Le présent d'abord".

Clip de "La beauté du doute".

12 octobre 2017

François Alquier : interview par Fabien Martin pour L'aventure Starmania +promos

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françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaFabien Martin est un ami auteur compositeur interprète dont j’apprécie le travail depuis qu’il enregistre des disques. Il a été un des tout premiers mandorisés il y a 11 ans, en juillet 2006, puis il est revenu en 2014. Nous sommes devenus amis au fil des années.

Un jour, il m’envoie un message.

Lui :
-Pour ton livre, L'aventure Starmania, tu veux bien que je te mandorise?
Moi :
-Euh...
Lui : Tu fais la promo des autres tout le temps, je ne te laisse pas le choix. Je vais m'occuper de ton cas, point barre!
(Ainsi, le 29 septembre dernier, dans son studio d'enregistrement, un de mes chanteurs préférés a fait son boulot d'intervieweur impeccablement. Il avait bien lu le livre et m'a posé une série de questions très intéressantes. 
(Fabien, reste dans la chanson, je ne veux pas que tu me piques mon job!) 
(Et merci pour tout!)

Interview :françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Bonjour François.

Bonjour Fabien.

Il y a environ deux ans, tu sortais un livre sur la chanteuse Louane, et aujourd’hui nous sommes ici pour parler de la parution de ton ouvrage sur l’aventure Starmania.

Tout d’abord, toi qui as l’habitude d’interviewer des chanteurs, qu’est-ce que ça te fait d’être interviewé par un chanteur ?

Etre interviewé n’est pas l’exercice dans lequel je me trouve le meilleur. Par un chanteur, qui plus est, c’est la première fois. Donc je ne sais pas. Je vais vivre cette expérience, et je t’en parlerai à la fin.

Alors ce sera notre première fois pour tous les deux. Tu as bien dormi ?

J’ai… moyennement dormi, mais pas à cause de ça.

La première question que je vais te poser sera la dernière à laquelle tu répondras, parce qu’elle n’est pas simple, et qu’elle va te demander un peu de réflexion et d’imagination. Tu vas donc y penser durant l’interview et j’y reviendrai à la fin.

Nous sommes donc en 2017, la dernière édition de Starmania a eu lieu en 1993 et, comme tu le sais, une nouvelle édition verra vraisemblablement le jour en 2018, sous la houlette de son auteur.

Ce que tu ne sais pas encore, en revanche, c’est que Luc Plamondon va t’appeler d’ici la fin de la semaine pour te proposer le poste de Directeur de Casting, poste que tu ne peux pas refuser évidemment.

Evidemment.

Qui verrais-tu dans chacun des rôles aujourd’hui ? Evidemment, on a besoin d’un casting franco-québécois, c’est le désidérata de monsieur Plamondon. Alors tu y réfléchis et on y revient dans trente minutes. Ok pour toi ?

OK.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaQuel âge avais-tu au moment de la première mouture de Starmania ?

J’avais onze ans, je m’en souviens parfaitement. J’avais fait acheter le disque bleu de 1978 par mes parents, pour la seule et unique raison qu’il y avait à l’intérieur un chanteur que j’entendais de plus en plus, Daniel Balavoine. « Le Chanteur » était joué sur toutes les radios. Et cette voix-là m’avait complètement… bouleversé. Je l’adorais.

Donc tu as acheté l’album de Starmania juste…

… Juste parce qu’il y avait Balavoine, exactement !

C’est un spectacle que tu as vu ou que tu as fantasmé ?

Oui je l’ai vu, mais uniquement la dernière version.

Je voulais savoir si tu avais vu l’original.

Malheureusement, non. Et c’est vraiment ma version préférée. J’ai aimé Starmania avec la première version. D’abord l’album bleu, enregistré en studio, puis la version live, un an plus tard, qui est, à mon avis, la plus complète. Le vrai Starmania c’est cet album-là, puisqu’il y a toutes les chansons, ainsi que les intermèdes qui racontent l’histoire.

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Avec Daniel Balavoine (Johnny Rockfort) en 1984 au Palais des Sports de Paris.

Donc c’est par le truchement de Balavoine que tu arrives à Starmania, mais tu y découvres d’autres chanteurs…

Oui, et j’ai fini par aimer toutes les chansons très rapidement. Je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle racontait, parce que les thèmes abordés à l’époque ne me parlaient pas vraiment, mais j’aimais les voix. Et j’adorais la musique de Michel Berger. D’autant plus que toutes les chansons se suffisaient à elles-mêmes. On pouvait les écouter sans forcément penser à l’histoire.

Justement, c’était ma question suivante… Penses-tu que le public ait à ce point conscience de ce que raconte Starmania, au-delà des chansons ? Ne crois-tu pas que la redoutable efficacité et popularité de chacune des chansons n’a pas un peu éclipsé l’ensemble de la comédie musicale, son livret, son propos ?

Je partage ton avis. Les chansons ont éclipsé l’histoire et, j’irai même plus loin, elles ont éclipsé les interprètes.  En France, peu de gens savent que c’est Claude Dubois qui chante « Le Blues du Businessman » par exemple. Et encore, là, je te parle de la première version…

C’est ce que tu écris dans ton livre d’ailleurs, ce sont les chansons qui sont au service des interprètes et non pas l’inverse…

C’est ce que me disait le directeur de Radio Nostalgie. Quand la radio diffuse ces chansons, personne ne sait qui les chante, à part Balavoine et Fabienne Thibault.

Oui quand même… Dans ton avant-propos, tu mentionnes une personne que tu as interviewée pourfrançois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania ton livre et qui te demande pourquoi tu aimes Starmania depuis toujours. Tu dis te retrouver dans l’incapacité de répondre. Depuis que tu as terminé le livre, j’imagine que tu as eu le temps de réfléchir à la question… As-tu une réponse à lui donner aujourd’hui ?

Je ne sais pas, j’imagine que toi aussi tu as des albums de référence, que tu as écouté toute ta vie, que tu aimes, mais tu ne sais pas vraiment pourquoi. Starmania, c’est un truc qui m’a toujours touché. Chaque chanson raconte une histoire dans laquelle tout le monde peut se retrouver.

Justement, est-ce qu’il y a une chanson qui te tient particulièrement à cœur ? Un personnage auquel tu t’identifies ? Ne me dis pas « Balavoine », attention! Je ne parle pas d’un chanteur en particulier, mais d’un personnage.

Je serai tenté, effectivement, de te dire que ma chanson préférée est « S.O.S. d’un terrien en détresse », car je la trouve superbe, mais Johnny Rockfort n’est pas le personnage dans lequel je me retrouve ; c’est un terroriste, il est plutôt faible, il se fait un peu mener par le bout du nez par Sadia puis par Cristal… De fait, en réalité, je trouve qu’il n’a pas tant de personnalité que cela.

Comme la plupart des terroristes aujourd’hui.

Oui, c’est vrai. Ma sensibilité m’amènerait donc plutôt vers le rôle de Marie-Jeanne, la serveuse automate. Je crois que c’est le rôle le plus universel. Elle raconte la solitude, les déceptions amoureuses, l’interrogation sur ce que l’on fait sur Terre, sur où est notre place… Marie-Jeanne se pose des tas de questions que l’on se pose tous. Les autres personnages sont davantage segmentants.

En lisant ton livre, j’ai eu la sensation que le succès et la réussite de Starmania, tant commerciale qu’artistique, tenaient au fait que Berger et Plamondon n’étaient pas du même continent. Un compositeur du Vieux Continent, et un auteur du Nouveau, avec tout ce que cela implique de modernité. Je ne sais pas si Starmania aurait été si visionnaire à l’époque, et donc autant d’actualité quelques décennies plus tard, si Luc Plamondon avait été européen. Qu’en penses-tu ?

Effectivement, Luc Plamondon est arrivé avec sa culture, et la culture nord-américaine, tu le sais, n’est pas la même que la nôtre. Et ce choix, Michel Berger l’a fait volontairement. Il savait qu’il n’allait pas trouver les mots, il sentait qu’il manquait quelque chose. Il n’avait pas la virulence de Plamondon, la même culture, ni forcément la même vision du monde. Cette association a été comme une étincelle, ils se sont trouvés. Et ils n’ont jamais pu refaire aussi bien, même s’ils ont remis le couvert par la suite avec « La Légende de Jimmy »…

Oui, un peu comme un vieux couple qui se remet ensemble des années après, mais ce n’est plus la même magie.

Ça n’a pas matché de la même façon. Je ne sais pas, il devait y avoir toutes les conditions réunies en 78 pour faire ce chef-d’œuvre.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaLes planètes étaient alignées.

Voilà, c’est ça!

Je voudrais revenir un peu sur ton livre, sur la façon dont tu l’as écrit. Quelles ont été les premières étapes ?

J’ai commencé par les entretiens. Comme tu le sais, c’est mon métier, et j’aime beaucoup ça. Tous les livres que j’écris sont à base d’interviews, je trouve que c’est le bon matériel pour commencer un livre. Donc j’en ai fait beaucoup, beaucoup, beaucoup… Et le problème c’est que quand tu as autant de témoignages, et là j’en avais quand même trente ou trente-cinq, c’est qu’il faut déjà les retranscrire. Savoir où tu vas situer telle phrase, telle citation, tel thème… et cela devient vite un casse-tête, un véritable enfer même ! J’avais tout imprimé, tout disposé par terre, je relisais, je me disais : « tiens, ça, ça peut aller là, ça ici », etc… C’était ludique, mais difficile.

Combien de temps t’a demandé l’écriture de ce livre ? A quelle fréquence, à quels moments de la journée ?

Ça m’a pris un an en tout, dont véritablement trois mois à temps complet, où je ne faisais quasiment que ça. 

Es-tu parvenu à sacrifier ta vie de famille et à laisser tomber tes amis afin de te consacrer pleinement à l’écriture ?

Les gens qui me sont proches ont eu la gentillesse de ne pas m’en vouloir quand j’avais beaucoup de boulot. Mais c’est vrai qu’on n’est pas disponible, ni dans le temps, ni dans sa tête. Mais je suis sûr que c’est pareil pour toi, qui est chanteur et musicien, quand on est dans son truc, on a du mal à s’en extirper. Starmania a occupé un an de ma vie ; je ne vivais que Starmania, je ne pensais que Starmania. Ça m’a fait pareil avec Louane. Quand tu prends un sujet,  tu vis avec, tu t’endors avec, tu te réveilles avec.

En tout cas, bravo, le livre est vraiment beau, bien documenté, très fourni en photos et en témoignages. J’ai appris par exemple que Michel Jonasz avait décliné l’offre de chanter « Le Blues du Businessan ». C’est fou !

Oui, mais comme je sais que c’est quelqu’un de ta famille, il faudra quand même lui demander si c’est vrai.

On lui demandera. Cela dit, puisqu’on est entre nous tu peux me le dire, de quels protagonistes aurais-tu aimé avoir les témoignages, t’entretenir, et qui n’ont pas voulu te répondre ? Ou peut-être que tu n’as pas osé contacter ? Evidemment, on pense à France Gall, Luc Plamondon…

Ce sont ces deux-là justement ! Luc Plamondon, je voulais que ce soit lui qui fasse la préface.

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Avec Luc Plamondon, l'auteur de Starmania, le 20 novembre 1998 à Radio Notre Dame.

C’est Maurane qui va être contente (Maurane signe la préface, NDLR)…

Je pense qu’elle le sait et qu’elle le comprend. Donc, concernant Plamondon, je n’ai pas eu de réponse. Ou plutôt une fin de non-recevoir de la part de son entourage, qui m’a expliqué qu’il ne participait jamais à ce genre de chose... France Gall, c’est une toute autre histoire. C’est quelqu’un de tout à fait admirable professionnellement, mais lorsque sort un projet concernant Michel Berger, je crois qu’elle aime bien avoir l’œil dessus, et moi je ne souhaitais personne qui veille sur ce que je faisais. Je voulais de la liberté et de la sérénité.

Donc tu ne lui as même pas demandé…

Pour être franc, j’ai hésité. Je me suis dit « soit je l’appelle », au risque d’être un peu embêté pendant l’écriture, soit je fais sans. Et il y avait suffisamment de témoignages d’elle à droite et à gauche sur le sujet pour que je puisse m’en passer.

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Avec France Gall (Cristal), le 3 septembre 2015. ®Bruck Dawit

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaLa ou les personnes que tu as été le plus heureux de rencontrer ?

J’étais heureux de les voir tous, car ce sont des personnes qui ont fait partie d’une aventure qui me fascine. Donc passer un après-midi avec les uns et les autres, c’était génial. Maintenant, la rencontre qui m’a le plus intéressée, c’était quand même Bernard de Bosson (photo à gauche)

Ça ne m’étonne pas. Un grand monsieur du métier.

Un grand monsieur sans qui Starmania n’aurait certainement pas existé puisque, comme je l’explique dans le livre, c’est lui-même qui a insisté auprès de Michel Berger, alors encore un peu frileux, pour financer le projet… et sans avoir entendu une seule note de musique ! C’est une anecdote assez connue, mais je la trouve incroyable. Prendre ce pari…

… avec la maison-mère américaine, qui demandait des comptes et lui mettait la pression !

Oui, mais Warner USA finançaient aussi les albums de Quincy Jones sans non plus avoir entendu quoique ce soit, ce que ne manquait pas de leur rappeler Bernard de Bosson. C’est quelqu’un qui a été à la tête de Warner pendant 17 ans, il a tout vu, tout connu, découvert Véronique Sanson, Berger… Alors quand je suis en face d’un gars comme ça, qui me reçoit chez lui à grand renfort de whisky et qui me raconte tout ça, je me dis que je suis un peu privilégié. Et je me dis aussi que sans lui, il y a de fortes chances que Starmania, on n’en ait jamais entendu parler.  

Il faut parfois des gens un peu fêlés également pour suivre les artistes dans ce genre d’entreprise.

Exactement.

D’autres personnes ?

Je suis devenu assez proche de Sabrina Lory qui jouait Stella Spotlight dans la deuxième version, Peter Lorne également, qui était une des étoiles noires. Ce sont des gens qui m’ont beaucoup aidé, qui m’ont donné des photos personnelles inédites. Ils m’ont proposé de venir chez eux et on a sélectionné ensemble tout un tas de photos. Les frères Groulx, Richard et Norman respectivement Zéro Janvier et Johnny Rockfort, se sont réunis un après-midi pour retrouver et sélectionner plein de photos et me les envoyer par mail. Wenta, une formidable Sadia, aussi m’a envoyé des photos de sa collection personnelle. Tout ça fait une somme de documents que personne n’a jamais vu ! Je voulais absolument que le fan de Starmania y trouve son compte.

François, toi qui est un peu un des grands spécialistes de la chanson francophone, penses-tu qu’un opéra rock aussi puissant que Starmania puisse être créé d’ici disons… les 300 prochaines années ?

Je n’y crois pas du tout en fait. Mais je l’espère bien sûr, j’aimerais bien que quelqu’un détrône Starmania un jour. J’ai vu beaucoup de comédies musicales, ça n’a jamais, jamais le niveau de Starmania. Ni dans les thèmes abordés, ni dans les voix. Peut-être dans le décor, dans la scénographie, mais ça ne me touche pas. Même « Notre-Dame-de-Paris », pourtant écrite par Luc Plamandon… je trouve ça tellement insipide…

Et encore, au niveau des compositions, tu ne cites pas la pire de ces vingt dernières années… Pour le reste, c’est vrai qu’en général on sent que tout a été lissé et raboté afin de plaire au maximum de personnes mais que plus personne ne s’en souvienne.

Et c’est l’erreur. Dans la première version de Starmania, il n’y a rien d’édulcoré. D’ailleurs, lors de la deuxième version, ce n’est déjà plus pareil…

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaEn ce qui te concerne, tu es plutôt version 1979, 1988 ou 1994 ?

79 et sans conteste. 

Ce qui est dit en sous-texte dans ton livre, c’est que l’ambiance des représentations de Starmania en 79  n’est pas fofolle… c’est un peu la lutte des egos. On sent qu’ils ne vont pas partir ensemble en vacances… Contrairement aux versions suivantes d’ailleurs.

Cette réunion entre les Québécois et les Français était une première, et on m’a souvent dit qu’ils ne s’entendaient pas forcément bien entre eux. Mais également entre musiciens américains et chanteurs canadiens ! Il y avait pas mal de mics-macs en coulisses. Les petits conflits, l’esprit de compétition, etc…  Quant à France Gall, elle avait une place un peu particulière, puisqu’elle était également la femme du compositeur, en plus d’être déjà une star. Balavoine, lui, ne voulait pas vraiment en être. Ces histoires de comédies musicales, son personnage de terroriste, il avait vraiment peur que ça parasite sa carrière qui commençait à décoller. Ce manque d’envie, ça ne facilite pas vraiment l’adhésion. Et puis il y avait le metteur en scène, Tom O’Horgan, un Américain un peu déjanté, qui n’aidait pas à l’ambiance.

Qu’est-ce que tu reproches aux versions suivantes ?

J’aime beaucoup la deuxième version,  celle de 1988. J’aime beaucoup Sabrina Lory, Renaud Hantson, Wenta, les frères Groulx et bien sûr Maurane. Même la mise-en-scène est pas mal du tout. Je déplore juste le fait qu’ils aient retiré certaines chansons. Et je regrette vraiment les arrangements musicaux, très marqués années 80. Ils étaient très dans l’époque, et forcément, ça a mal vieillit.

C’est vrai que les versions qu’on entend aujourd’hui sont toujours celles de 79.françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Toujours ! Starmania, on entend toujours la première version. Quant à celle de 1994, mise en scène par Lewis Furey et tant décriée par France Gall, c’est la seule que j’ai vue en vrai. C’était un peu déroutant, car le délire de Lewis Furey n’était pas du tout celui de Berger ou de Plamandon, mais je ne l’ai pas trouvé non plus catastrophique. C’était spectaculaire, avec cascadeurs, jongleurs… On en avait plein les mirettes, c’était vraiment la grosse artillerie. Mais plus le temps passait, moins il y avait de décor, de personnes sur scène… ça devenait un peu n’importe quoi à la fin.

Et toi, est-ce que tu aurais aimé chanter dans Starmania ?

Je ne sais pas, et puis aujourd’hui c’est moi qui pose les questions. En plus, tu sais que c’est ma première interview alors c’est important de s’inspirer de ce qui a été fait avant, par les maîtres. Je vais donc, pour terminer, te poser trois questions « à la manière de ».

OK, allons-y.

On va commencer à la manière de Thierry Ardisson.

Tu as pris beaucoup de cocaïne pour écrire ce livre ? Peut-être même avec certains interprètes de Starmania ?

Avec les interprètes de Starmania, je n’ai bu que du thé ou du café. Ah! Aussi un Coca Light un jour. 

Quelle tristesse cette époque…

Maintenant, à titre personnel, je ne prends pas de drogue, mais il m’est arrivé d’être accompagné d’un bon verre de vin. Ça me détendait et finissait par débloquer la situation quand je me retrouvais dans une impasse.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaA la Manière de Yann Moix.

L’impossible n’étant pas le contraire du possible, mais plutôt une sorte de possible qui serait arrivé à son incandescence, penses-tu que c’est justement parce qu’une telle comédie musicale était impossible à réaliser en France que Luc Plamondon et Michel Berger l’ont fait ?

Euh… oui. T’as pas un aspirine, s’il te plait ? 

Et enfin à la manière de Jacques Chancel. Et Dieu dans tout ça ?

Dieu n’a pas sa place dans Starmania. Etonnamment, il n’est pas du tout question de religion. Il y a juste eu dans la première version un gourou d’une secte.

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Pendant l'interview...

Je reviens donc à ma première question. Tu as fait ton casting ?

Qui verrais-tu dans le rôle de Johnny Rockfort ?

C’est compliqué pour moi qui suis toujours à la recherche du nouveau Balavoine. Mais je dirai Pierre Lapointe.

J’en étais sûr. Zero Janvier ?

Renaud Hantson. Il a participé aux versions 88 et 94, il serait parfait pour faire le raccord. Et il a l’âge du rôle à présent.

Stella Spotlight?

Une québécoise aussi foldingue que Diane Dufresne à l’époque : Klo Pelgag. Elle est peut-être trop jeune, mais elle serait très bien, excentrique comme il faut. Son show est une folie totale.

Ziggy?

Eddy de Pretto.

Cristal?

Louane, tiens!

Oui, enfin si France Gall accepte. Sadia?

Je ne vois pas à quoi tu fais référence (rires). Mais ma réponse est Fishbach.

Et enfin Marie-Jeanne ?

Buridane.

Très bon casting. Merci.

Merci, c’était ta dernière question ?

Oui, et je te remercie de tes réponses.

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Pendant l'interview (bis). (En vrai, c'est pas vrai. On a fait ça avec le retardateur après... comme d'habitude).

En off, mais l’enregistrement continue:

François : Tu crois que ça va intéresser les gens ce livre ?

Fabien : Je pense que ça va intéresser des gens, oui, bien sûr. Les fans de Berger, Balavoine, y’en a… Peut-être pas les 15/18 ans…

François : Eh ben tu sais, je suis très étonné d’une chose, je m’aperçois que, depuis un an que j’enquiquine les gens avec Starmania, beaucoup me disent qu’ils adorent !

Fabien : Tous les âges ?

François : Plein de jeunes aussi ! Parce que papa et maman écoutaient Starmania.

Fabien : Mais qu’est-ce que tu appelles un jeune aujourd’hui ?

François : Ah oui, euh…

Fabien : 20 ? 25 ?

François : Euh… oui, enfin un peu plus quand même…

Fabien : Ah oui, tu veux juste dire plus jeune que nous quoi.

François : Voilà, des jeunes de 35 ans quoi.

Quelques personnalités présentes dans le livre... avec le livre.

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Renaud Hantson (Ziggy en 1988 et 1989 et Johnny Rockfort en 1989).

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Grégoire Colard (attaché de presse de Starmania 1979 et de Michel Berger et France Gall pendant 16 ans).

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Fabienne Thibeault (Marie-Jeanne 1978 et 1979).

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Roddy Julienne, le grand gourou dans les version 1978 et 1979.

Et oui, il y a eu une merveilleuse soirée de lancement le 17 novembre dernier, à Paris, à la librairie Les nouveautés. Beaucoup de monde, dont quatre artistes de Starmania. Voici quelques photos.

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Avec René Joly, L'extra-terrestre dans la version 1978 et Roger-Roger dans la version live de 1979.

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René Joly (voir photo précédente), Roddy Julienne (le grand gourou dans la version public de 1979), Fabienne Thibeault (Marie-Jeanne en 1978 et en 1979) et Peter Lorne (une étoile noire dans la version 1988).

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Les mêmes avec le chanteur Thomas Caruso.

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Quelques invités, en début de soirée...

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En mode sérieux.

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Avec la chanteuse Céline Lenfant, le chanteur Thomas Caruso et le découvreur de talent, Olivier Bas...

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...à qui je me demande bien ce que je racontais. 

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Avec Jérôme Collet (Spartacus, Notre-Dame de Paris...) et Roddy Julienne (Starmania, Notre-Dame de Paris...)

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Les mêmes avec Corinne Labat, la présidente du Pic d'Or. 

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Avec les chanteuses et chanteurs, Geneviève Morissette, K!, Fabien Martin, Sophie Le Cam, Carole Masseport et Jean-Jacques Nyssen.

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Avec mes amis, Patrice Demailly (journaliste) et Arnold Turboust (auteur-compositeur-interprète).

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Avec Laurent Balandras (éditeur, manager, auteur...)

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Les chanteuses Céline Lenfant (à gauche) et Déborah Elina, entourant Stéphane Violas et Alexei Smigielski (ASV Chansons).

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Quelques invités...

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La présidente du Pic d'Or, Corinne Labat, avec deux Pic d'Argent K! et Thomas Caruso.

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Avec les deux humoristes, comédiens, auteurs, Jonathan O'Donnell et Akim Omiri.

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Avec mes potes comédiens et auteurs, Kaza, Vincent Scalera et Guillaume Gamand.

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Boris Gasiorowski (animateur et manager), Roddy Julienne et Peter Lorne.

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Avec Stéphane Violas (organisateur de spectacle) et la chanteuse Sophie Le Cam.

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Avec les quatre artistes de Starmania et mon pote de toujours, l'animateur de Nostalgie, Olivier Louvet. 

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Petit melting pot de photos. Merci à tous d'être passés, vous dire que l'émotion était là est un euphémisme...

On parle du livre là:

Dans la presse écrite : 

FrancoFans (le bimestriel indé de la scène francophone, décembre/janvier 2018, n°68): 

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Gala (du 6 décembre 2017, n°1278):

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Chez TouteLaCulture.com.

Sur le site de  France  Bleu.

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France Bleu avec Julien Baldacchino. 

Sur le site de TV Melody.

Sur le blog consacré aux biographie, Bios enchantées.

Sur le site consacré aux comédies musicales, Musicale Avenue.

Sur un autre de même type, Regard en coulisses.

Sur le site culturel Art Six Mic.

Sur un autre site culturel, Culturellement Vôtre  (l'article certainement le plus détaillé de tous.)

Sur le site culturel Fenêtres sur blog (Music Box)

Sur la page YouTube du Monde du ciné (dans la hotte du Père Noël).

Sur le site consacré à la chanson française, Chanter, c'est lancer des balles.

Et soudain, la presse people et leurs extraits non contextualisés.

Le pompon avec Voici, puis Yahoo qui copie-colle, et ceux qui suivent, GalaNon Stop People, OrangePure People, Free, Télé Loisirs, Le Gossip, People no limit, Femme Actuelle, 7 sur 7Le Point (oui, même eux!), Le Figaro, Pure Break...

Quelques médias:

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MOI FM (le podcast de l'interview est là!), le 16 octobre 2017, dans L’œil de Sab animé par Sabrina Fraty. Emission avec Fabienne Amiach (présentatrice de la météo sur France 3 depuis 28 ans) pour son livre "Les potagers des grosses légumes" aux éditions Fortuna.

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Sabrina Fraty, Fabienne Amiach et moi.

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Sabrina Fraty, Fabienne Amiach et moi.

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Fabienne Amiach et moi interprétant en direct, "Le monde est stone".

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Photo d'après émission avec Sabrina Fraty, le rappeur Alibi Montana (directeur de la radio), Fabienne Amiach et moi. 

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Ici avec Olivier Vadrot (manager d'artistes), Sabrina Fratry, Fabienne Amiach et son éditeur François Michalon

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Radio Air Show, le 27 octobre 2017, dans Le Kiosque, animé par Arno Koby. (Le podcast est là).

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Face à toute l'équipe de l'émission Le kiosque

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En pleine écoute.

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Présentation de l'ouvrage. 

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L'auteur compositeur interprète et humoriste Show Man, William Klank (http://william-klank.com/) présente l'objet.

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Avec l'animateur Arno Koby et le chanteur Ben. 

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Avec toute l'équipe du "kiosque".

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Jacky lave plus propre (JLPP), présenté par Jacky sur IDF1, le 7 novembre 2017. (Le podcast de l'interview est là. Commencer à 24'16'')

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Avant l'interview, le divertissement (tout est visible ici en replay). Ici Jonglage.

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Là, dessin.

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Si. Ceci est bien une chaise. 

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Sauter à cloche-pied en épelant un mot à l'envers. La promo d'aujourd'hui.

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Enfin, l'interview...

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Avec les deux autres invités (très sympathiques), la chanteuse Noon et le chanteur Olivier Saf.

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Radio Campus Paris (93.9 FM) le vendredi 10 novembre 2017 de 21h à 22h30, l'émission TriFaZé avec Buridane, Alysce (en direct) et moi (en différé) animé par l'excellente Cécile Goguely et la participation de Cyril Adda. Le podcast de l'émission est là (début d'interview sur le livre à 58'29''). 

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Enregistrement de l'interview par Cécile Goguely, le 5 novembre 2017 à l'agence Mixicom.

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Le 15 novembre 2017, dans les matinales d'IDFM (Radio Enghien), présenté par Christophe Caron. (Pas de podcast).

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Le 30 novembre 2017, dans l'émission 18h-Minuit présenté par David Khalifa, sur la chaîne de télévision Non Stop People

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En régie...

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Avec le journaliste David Khalifa après l'interview.

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Le 4 décembre 2017, sur la télé des Pyrénées HPyTv dans l'émission présentée par Steeve, HpyHour (#136). A partir de 4'18''

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Quelques signatures: 

Dédicace (en toute discrétion) au Rivoli 59, dans le cadre de la journée de présentation du Mégaphone Tour 2017-2018.

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Avec Geneviève Morissette.

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Séance de dédicaces du livre à l'Espace Culturel Leclerc du Méridien à Ibos (à coté de Tarbes).

La Nouvelle République des Pyrénées a annoncé l'événement. 

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Pyrénées infos Tarbes, aussi (lire là).

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Des anonymes fans de Starmania...

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...et des amis.

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La Nouvelle République des Pyrénées du mardi 21 novembre 2017 est revenu sur cette signature.