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11 janvier 2018

Baptiste Vignol : interview pour Claude François, je reviendrai comme d'habitude

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Baptiste Vignol est un journaliste et biographe pour lequel j’ai beaucoup de respect (son blog). Dès qu’il « attaque » un sujet, il ne laisse strictement rien passer. Pas question pour lui de se laisser aller à une quelconque hagiographie. Il brosse le portrait  le plus précis de l’artiste, sans concession, sans exagération (pour vendre) non plus. Il est pointilleux, précis et obtient des informations souvent  inédites.

(Baptiste Vignol est déjà passé par ici, mais très rapidement, pour son livre Les tubes, ça s'écrivait comme ça.)

Là, il s’est occupé du cas Claude François. « Quoi ? Encore ! » répondit l’écho.

Baptiste Vignol a  tout simplement réalisé LE livre sur Cloclo. Vous pouvez oublier tout ce que vous avez lu/vu avant. Si vous ne deviez posséder qu’un seul ouvrage sur sa vie et sa carrière, ce serait Claude François,  je reviendrai comme d’habitude.

Une bible.

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Depuis ses débuts, en octobre 1962, " Cloclo" est resté l'un des plus gros vendeurs de disques en France avec Johnny Hallyday, Michel Sardou, Jean-Jacques Goldman, Mylène Farmer, Francis Cabrel et Renaud. Même si sa carrière n'a duré que quinze ans (rappelons qu'il est mort à l'âge de 39 ans), sa discographie compte 23 albums studio, chacun s'étant, du vivant de l'artiste, écoulé à plus de 500 000 exemplaires ! Chanteur culte et vénéré, Claude François n'a rien perdu de son statut d'idole absolue. 
Quarante ans après sa mort, quelques-unes de ses chansons figurent encore parmi les tubes (" Alexandrie Alexandra ", " Je vais à Rio ", " Le lundi au soleil ", " Magnolias for ever ") les plus joués dans les boîtes de nuit du pays ! 
Ce livre est le dictionnaire de sa vie, qu'il mena comme une bataille, folle et tumultueuse. Il permettra aux fans historiques de découvrir quelques anecdotes inédites sur cet éternel séducteur et aux curieux de faire connaissance avec un homme infiniment plus cultivé que ses détracteurs l'affirmèrent. 
Cloclo for ever !

L’auteur :

En parallèle de son activité d'éditeur à l'île de La Réunion où il est installé, Baptiste Vignol, ancien programmateur de La Chance aux chansons, a écrit une dizaine d'ouvrages sur la chanson française, parmi lesquels Cette chanson que la télé assassine (Pirot), Cette chanson qui emmerde le Front national (Tournon), Le Top 100 des chansons que l'on devrait tous connaître par cœur (Carpentier), Guy Béart, il n'y a plus d'après (L'Archipel). 
En 2016, il signe Renaud, chansons d'enfer et Téléphone, 3400 nuits, tous deux aux Éditions Gründ.

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorInterview: 

Quand on décide d’écrire sur un artiste qui a déjà été l’objet de nombreuses biographies, quelle est la première question que l’on se pose avant de commencer  le travail ?

Quel est le livre que je souhaiterais lire ? Quelles informations voudrais-je y découvrir ? Et on se lance, avec appétit.

Lit-on les précédents ouvrages sur l’artiste pour s’informer et trouver des informations?

Bien sûr. On commence même par ça. En annotant, en recoupant les informations, en dénichant les erreurs, ou les confusions, nombreuses hélas, en vérifiant les sources, les dates pour établir l’exacte chronologie des événements…

Il y a beaucoup d’interviews de personnalités ayant travaillé ou ayant connu l’artiste. Les témoignages inédits, c’est ça le secret d’une bonne biographie ?

C’est en tout cas une valeur ajoutée ! Et j’étais très étonné de constater que trente-neuf après sa mort, il restait des artistes, des auteurs, des collaborateurs de Claude François qui n’avaient pas été consultés, en tout cas pas avec le sérieux qu’ils méritaient. Je pense à Frank Thomas, Jean-Michel Rivat, ces paroliers de génie, par exemple. À Jeff Barnel. Qui enregistra son premier 45 tours chez Flèche, avant de devenir parolier pour Claude François, puis Dalida. À Gilbert Sinoué aussi, qui a signé deux chansons pour Cloclo avant de devenir l’écrivain qu’on connait. Ou à Jean-Pierre Sabar, qui « lança » Claude François en l’engageant comme percussionniste à Paris en 1961, puis travailla avec lui sur d’innombrables chansons en studio.

Ce n’est pas un ouvrage hagiographique. Tu n’épargnes pas Claude François. Penses-tu avoir été baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandortotalement objectif… et est-ce facile de l’être ?

Les hagiographies n’ont aucun intérêt et l’immense majorité des livres parus sur Claude François, mis à part ceux rédigés par Isabelle Forêt, la mère de ses enfants, ou Janette, sa première épouse, ont travesti la réalité des événements pour mettre l’histoire de son côté. Comme s’il fallait épargner la légende. Claude François était un homme complexe, à la fois incroyablement généreux et tyrannique. Pourquoi ne pas le dire ? Et chercher d’en comprendre les raisons. Cela fait aussi la richesse de sa personnalité. Mais je rappelle aussi dans mon livre qu’il était très cultivé et, disons, ouvert d’esprit, puisqu’il fut le premier à imposer des danseuses Noires à ses côtés à la télévision.

Même les interviewés ne sont pas toujours tendres avec Claude François. Le souci de la vérité implique l’effritement de la statue du commandeur ?

Chacun sait depuis la sortie du  film « Cloclo » que Claude François était un être « spécial » comme le dit Vline Buggy, sa parolière et amie, qui cosigna avec lui 80 chansons, dont les premiers tubes. Prétendre le contraire ou effacer ses emportements, voire ses travers, pour ne pas dire ses excès, c’est prendre le lecteur pour un gogo.

"Le chanteur malheureux".

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorCe livre fourmille d’anecdotes. Est-ce que les anecdotes sur un artiste finissent par décrire une personnalité ?

Les anecdotes, les faits anecdotiques, ceux dont les témoins se souviennent, ont l’avantage de mettre en lumière le caractère, les façons de vivre, les caprices, les angoisses d’un artiste.

Tu as disséqué toutes les chansons. Honnêtement, as-tu tout réécouté pour écrire ce livre ?

Évidemment ! Quelle question ! (Rires) Et plutôt deux fois qu’une. Et je me suis éclaté ! Car la discographie de Claude François est magnifique, riche, dense, novatrice, pointue, populaire, malgré les inévitables « mauvaises » chansons qui polluent tous les répertoires, à l’exception d’un Brassens qui, lui, n’en comptait aucune.

L’iconographie est impressionnante. J’ai rarement vu autant d’archives photographiques inédites… qui s’est occupé de cette partie-là et comment as-tu fait pour obtenir autant d’exclusivité ?

Je m’en suis occupé, et c’était là encore un vrai bonheur. Bizarrement, on retrouve toujours les mêmes clichés dans les livres sur Claude François ! Alors qu’il existe, notamment « chez » Jean-Marie Périer, des photos absolument superbes. Il y en a plein d’ailleurs de Périer qu’on n’a pas pu mettre, faute de place, alors que le livre fait plus de 300 pages…

"Je viens dîner ce soir".

Peut-on écrire sur un artiste que l’on n’apprécie pas ?baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandor

Oui, à condition d’être objectif et de ne pas avoir peur de reconnaître ses mérites, sa constance, son instinct, son sens du tube. Je ne suis pas fan de Johnny Hallyday, par exemple, mais j’aurais beaucoup aimé travailler sur son répertoire.

Au fond, que représente Claude François pour toi ?

Mon enfance, puisque c’est le premier chanteur français dont j’ai écouté les chansons lorsque je suis rentré de Tunisie. Et c’était à l’occasion de sa mort, sans que nous ayons la télévision… Mais sa mort a fait un tel boum qu’avec ou sans télé, on était forcément au courant. Tout ne parlait que de ça. Il est donc devenu mon idole. J’avais 7 ans. Jusqu’alors, j’étais fan des Frères Jacques, que j’adore toujours. Après Cloclo, vers 9-10 ans, je suis tombé dingue de Renaud, de Luis Mariano, de Georges Brassens, de Christophe (à l’époque, au milieu des années 80, on se foutait de moi parce que j’écoutais Christophe) et puis de Charles Trenet, à 17 ans, que je vénère encore. Tu sais tout.

"Cette année-là".

baptiste vignol,claude françois,gründ,cloclo,interview,mandorLe livre est sous-titré « Je reviendrai comme d’habitude », cela sous-entend qu’il sera là éternellement ?

On va « fêter » en mars prochain les quarante ans de sa disparition. Combien tu paries qu’en 2028, on fêtera les cinquante ? Ça ne fait aucun doute. Pourquoi ? Parce qu’on dansera toujours sur « Alexandrie Alexandra », « Magnolias for ever » et « Je vais à Rio ». Ils ne sont pas bezef les chanteurs français qui provoquent ça.

Comment expliques-tu le succès de l’album et la tournée hommage à Claude François de M Pokora ?

M Pokora, dont je ne connais pas les chansons, avait déjà du succès, me semble-t-il, et depuis quelques années, lorsqu’il a enregistré cet album. Il ne sortait pas de nulle part. Et il a eu l’idée, ce qui prouve qu’il a du nez, de reprendre à sa sauce Claude François, et ça a cartonné. Je ne sais pas si c’est bien pour les chansons de Claude François, mais c’est chouette pour les ayant-droits. Frank Thomas, qui avait signé le texte de « 17 ans » qu’a repris M Pokora, m’avait dit, en souriant : « Ça paie l’électricité ! »

Y a –t-il un nouveau Claude François en 2018 ?

Il n’y en a pas eu depuis 1978, si ?… Je crois qu’il n’y aura jamais un nouveau Claude François, avec cette exigence du détail, ce talent de danseur, ce sens du spectacle, je pense aux Clodettes… Et ce don de dénicher le tube imparable, et d’en être souvent à la source.

Medley ("Chanson Française"-"Je vais à Rio"-"Le téléphone pleure"-"Magnolias for ever"-"Alexandri Alexandra").

10 janvier 2018

Alysce : interview pour la sortie de son EP "Désir de Révolte"

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alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorChaque été à Périgueux, se tient le concours de chanson française La Truffe. Cette année, elle a signé sa 33e édition. Ce concours souhaite favoriser l’émergence de nouveaux artistes interprètes et Auteurs compositeurs interprètes.

J’étais membre du jury pour la soirée de la finale, le 25 août dernier. C’est là que j’ai vu Alysce pour la première fois. Déjà, dans l’après-midi, mes potes des For The Hackers m’avaient prévenu : « Tu verras, il y a une fille, elle joue de la guitare comme une déesse et elle chante super bien ! » Effectivement, le soir, lors de  sa prestation, cœur sans filtre et voix de velours (exceptionnelle), elle nous a proposé des morceaux de vie avec révolte, ironie et beaucoup de tendresse. Que croyez-vous qu’il arriva. Alysce a tout raflé : prix du jury, de la SACEM et du public... excusez du peu! 

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A l'issue de sa prestation à la Truffe d'argent, le 25 août 2017, Alysce pose devant ses prix.

(Photo : Mandor)

Ensuite, je l’ai revu dans un bar de la capitale, le Lou Pascalou. Beaucoup aimé également.alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandor

Le samedi 6 janvier dernier, elle est venue me rejoindre à l’agence pour une première mandorisation. Et c’était bien.

Biographie officielle :

Elle est à la guitare depuis l’âge de sept ans, son père, guitariste de jazz lui a transmis une passion, une culture musicale et une technique au service de sa sensibilité. Puis elle fréquente les cafés concerts, parcourt les couloirs du conservatoire au C.R.R. de Paris et profite ainsi d’une autre formation d’excellence.

Le luthier Gérard Audirac lui a dédié le modèle de guitare Alysce.

Diplômée du Pôle Supérieur de Paris-Boulogne Billancourt et récompensée dans plusieurs compétitions internationales, Alysce est bien armée pour s’exprimer avec sa guitare. Entre classicisme et folk, elle chante son irrépressible désir de s’affranchir.

alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorLe disque :

Des allures de gamine, des convictions immatures, une guitare et des chansons. Avec Alysce, sa voix, ses textes, doucement, on veut vivre une aventure intense.

Désir de Révolte, son premier EP, rend hommage à l’adolescence, aux enfants désobéissants qui se révèlent au monde des adultes, s’aiment, deviennent des hommes, des femmes et des vieux pas tout à fait sages…

Les chansons sensuelles crient la révolte et sans ambages, dévoilent le cœur d’Alysce.

Pour Désir de Révolte, Alysce a voulu un trio acoustique, composé de son père, Benoît Gil, à la deuxième guitare, et de son frère, Julien Ducoin, à la contrebasse. Il a été réalisé par Gilles Olivesi (Jeanne Added, Lambert Wilson chante Montand…), en collaboration avec le Plan, la Halle du Rock (Ris Orangis) et Grand Paris Sud, et a reçu le soutien de Arcadi Ile de France et du Centquatre, établissement artistique de la ville de Paris.

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alysce,désir de révolte,interview,alice ducoin,mandorInterview :

Ton amour de la musique vient de ton papa, guitariste de jazz ?

Quand je suis née, j’entendais déjà de la musique. J’en ai écouté toute ma vie. Il y a dû y avoir un petit complot familial pour que j’en fasse aussi, mais cela s’est passé naturellement. A 7 ans, j’ai reçu une guitare pour mon anniversaire.

On fait quoi d’une guitare à 7 ans ?

On tente d’en jouer. C’est évidemment mon père qui m’a montré les premières bases. C’est un très bon pédagogue et j’ai accroché immédiatement à cet instrument.

Tu as fait le Conservatoire, tu as des diplômes importants (le Diplôme National Supérieur de Musicien Professionnel au Pôle Supérieur de Paris Boulogne Billancourt (PSPBB), la Licence de Musicologie à la Sorbonne et le Diplôme d’Etat de Professeur de Musique). C’était primordial d’avoir toutes les bases musicales classiques pour ensuite te jeter dans ton propre projet?

Je ne vois pas les choses ainsi. J’ai adoré apprendre et, du coup, j’avais envie d’aller le plus loin possible dans ce domaine. En plus, au Conservatoire, j’ai travaillé avec des professeurs vraiment intéressant comme Ramon de Herrera, Gérard Abiton, Marcin Dylla, Jérémy Jouve, Ibrahim Maalouf…

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L’image que j’ai du Conservatoire, c’est que c’est une formation très exigeante, austère, dure, sérieuse en permanence…

Bien sûr, mais ça a quand même évolué. Ça devient très ouvert. Il y a des possibilités de faire des passerelles entre plusieurs styles musicaux. Par exemple, moi je fais aujourd’hui de la chanson, mais nous sommes plusieurs à avoir une base de musique classique et emprunter un  chemin avec un projet beaucoup plus personnel.

Quand tu écris et compose tes chansons, arrives-tu à te détacher de ta formation musicale très « prégnante » ?

C’est un vrai travail. Il faut vaincre ses automatismes. Toute la recherche est de se libérer des réflexes très cadrés qu’on a pour travailler. En tant qu’interprète, on se met au service d’une œuvre tandis qu’en tant qu’auteure-compositeur-interprète, c’est nous qui choisissons ce qu’est l’œuvre. Il faut trouver ce que l’on a dire soi.

Release party de Désir de révolte, le premier EP d'Alysce - Rêve 1900 - Live La Menuiserie 2017.

Tu aurais pu t’adonner à une carrière de guitariste classique, mais tu as choisi la chanson. Pourquoi ?

Au début, je voulais faire les deux, mais c’était vraiment trop compliqué. Ce ne sont pas les mêmes mondes et ça ne demande pas les mêmes implications et la même attitude par rapport à la musique. C’est beaucoup plus excitant d’écrire mes chansons et de composer mes musiques! On dépasse ses barrières.

Dans le milieu de la chanson française d’aujourd’hui, tes oreilles ne sont pas heurtées par les musiciens que tu rencontres et qui n’ont pas la même formation que toi ?

J’ai l’impression que ce ne sont pas les mêmes métiers. L’essentiel, c’est qu’il y ait une émotion qui passe. Je croise des gens parfois qui chantent ou jouent faux, volontairement ou non, pour passer un certain message et une certaine émotion… et ça passe très bien. Pour toucher les gens, on n’a pas besoin de savoir jouer 36 000 gammes. C’est une grande leçon pour moi.

Quand tu as décidé de te lancer réellement dans la chanson, quel a été ton parcours ?

La première fois que j’ai chanté mes chansons, c’était dans un petit bar qui s’appelle Chez Cosette dans le 19e. Ça s’est plutôt bien passé avec le public, du coup, ça m’a encouragé à persévérer. Je savais qu’il y avait encore plein de choses à travailler, à faire évoluer, mais c’était tellement agréable d’être libre sur scène, sans interpréter des musiciens classiques, que j’ai eu envie de continuer.

Ton père te laisse faire sans mettre son grain de sel ?

On échange beaucoup parce que l’on travaille ensemble. On s’apporte mutuellement des choses… j’ai un  autre parcours que le sien. Je travaille avec mon père et mon frère, mais c’est quand  même moi la patronne, entre guillemets (rires). C’est  moi qui décide artistiquement ce que l’on va faire et ils sont respectueux de cela.

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Tu vas faire la première partie de Pauline Croze au Plan à Ris-Orangis. C’est marrant parce que quand j’ai entendu ta voix pour la première fois, j’ai pensé à elle.

C’est un compliment. Une des premières chansons que j’ai voulu reprendre c’est « T’es beau ». Nous ne nous sommes pas encore rencontrées, mais j’ai hâte tant j’ai du respect pour elle.

Cet EP, « Désir de révolte » est à ton image complètement ?

Il fallait que je présente des chansons qui représentent ce que je suis aujourd’hui, en 2018. Avec le réalisateur Gilles Olivesi, j’ai donc  retravaillé des chansons déjà existantes pour qu’elles correspondent à quelque chose de plus actuel. C’est drôle parce que si je devais refaire ses chansons, je les referais encore différemment. C’est sans fin. En tout cas, les nouvelles chansons que je suis en train de travailler ont bénéficié des conseils judicieux de Gilles, un ingénieur du son hors pair. Merci à lui, car j’ai beaucoup appris.

On va parler de certaines de tes chansons. Pour commencer « Milutki ». C’est l’histoire d’une personne qui est née femme, mais qui se sent un homme, c’est ça ?

Ce n’est pas si défini. Je chante « tu es née femme et pas homme, il faudrait que tu t’en contentes. » Comme s’il n’y avait pas d’échanges entre la féminité et la masculinité. C’est quelque chose qui me parle beaucoup. Dans la musique, mais un peu partout d’ailleurs, on n’a pas la même attente des femmes que des hommes. Par exemple, le rapport à l’apparence, l’attitude, la séduction, ne sont pas du tout les mêmes. Le rapport à la sensualité n’est pas non plus le même. En faisant ou en disant les mêmes choses, on ne va pas avoir les mêmes retours. J’ai envie d’explorer des genres qui soient moins restreints.

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La parole des femmes se débloquent depuis quelques semaines… ça correspond pas mal au sujet de tes chansons.

Ce qui s’est passé cette année fait beaucoup de bien. On se rend compte qu’on est tous dans le même panier. 100% des femmes se sont fait harceler dans la rue. Il y a plein d’hommes qui ne s’en rendaient pas compte. Aujourd’hui, ils savent. C’est une vraie avancée de pouvoir dire ce qui ne va pas.

Ton titre correspond bien à ce qu’il se passe.

C’est volontaire. Désir de Révolte, c’est le désir adolescent de s’affranchir. Ça correspond à mon parcours d’interprète, mais aussi à tous les milieux dans lesquels je gravite.

C’est dur de s’affranchir de l’enfance ?

Oui, mais c’est important aussi de pouvoir être tout ça à la fois : enfant, ado, adulte, femme et homme… tous ce que l’on peut avoir comme émotion et état d’âme.

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Dans la chanson « Mon amour », tu prônes l’amour qui rime avec toujours.

Pour moi, l’amour c’est quelque chose de grave. Grave dans le sens profond. J’aime bien la légèreté des débuts, mais ce qui me touche et m’intéresse le plus, c’est la fusion entre deux êtres. Ça procure des choses plaisantes et déplaisantes.

Les deux chansons, « Désir de Révolte » et « Marcher droit » sont deux chansons dans lesquelles on comprend que tu veux sortir du cadre.

Je n’aime pas les cases alors que j’ai fait des études hyper cadrées. Ça m’amuse de me rappeler toutes les règles qu’il y a dans les interprétations de musique classique ou jazz. Mais aujourd’hui, je peux sortir de tout ça et tout casser.

Quand tu écris une chanson, tu ressens quoi ?

Une immense liberté. Pour moi, c’est l’endroit où je peux dire ce que j’ai envie de dire. Ça me donne le temps de choisir les mots que je veux.

Tu es pudique dans la vie ?

Oui. La chanson me permet d’habiter des personnages et de raconter des histoires qui me sont arrivées ou pas. Ce que je raconte dans ce disque me fait vivre et évoluer.

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Pendant l'interview...

Je t’ai connu à un tremplin musical. Tu vas en faire d’autres. A quoi ça sert de participer à des concours de chansons ?

Dans ma culture de musicienne classique, faire des concours fait partie du métier. On développe un rapport à ce genre de situation qui est beaucoup plus dans la confrontation et l’apprentissage. Le fait de préparer un concours, ça veut dire qu’on va mettre en œuvre tout ce que l’on peut pour faire au mieux. Comme un sportif de haut niveau, l’idée c’est de se dépasser. J’ai acquis la culture de la performance. Pour moi, ce n’est pas évident de partager ce que je viens de te dire parce que j’ai toujours peur que ce ne soit pas pris comme quelque chose d’artistique. Etre dans la performance est une grande motivation, même si les gens n’associent pas cela à l’émotion, à l’authenticité et à la douceur… c’est pourtant ce que je tente de présenter quand je participe à un tremplin.

Je sais que tu aimes aussi les concours parce que l’on rencontre plein de gens.

Malgré ce que je viens de t’avouer, je considère qu’au final, les rencontres, c’est l’essentiel de ce que l’on gagne.

Que va-t-il se passer pour toi à partir de maintenant ?

Je vais essayer de faire de plus en plus de concerts. J’ai commencé à écrire et composer de nouvelles chansons pour sortir un premier album. Le jeu est désormais de partir à la recherche de nouveaux partenaires : un label, un tourneur… 

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Le 6 janvier dernier, après l'interview.

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04 janvier 2018

Thomas Caruso : première interview avant la sortie de son premier album

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(Photo : Piergab Pichon)

Thomas Caruso est auteur compositeur interprète de grand talent. Nous commençons à être nombreux à le savoir. Cela fait longtemps qu’il chante, mais c’est seulement en 2016 qu’il se fait repérer. D’abord dans La Nouvelle Star, où sa version du tube de Booba, ”Scarface”, impressionne JoeyStarr, les autres membres du jury et le public.

Quelques mois après, il devient Pic d’argent au Pic d’Or 2016 (cliquez sur la photo à droite). Des thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandorlabels commencent à l’approcher, à lui faire de l’oeil, à lui proposer des projets qui ne lui  correspondent pas... pour au final, lui faire des propositions concrètes. Merci Barclay!

L’homme est un faiseur de tubes, le dernier en date étant le single de Louane, ”On était beau”, mais pléthore d’autres chansons pour d’autres artistes ne vont pas tarder à sortir. Mais quand je dis que c’est un faiseur de tubes, je parle aussi pour lui. Il y a quelques mois, Thomas Caruso est venu à l’agence me faire écouter 5 titres qui figureront sur son premier album à venir. 5 chansons, 5 tubes en puissance. Impressionnant. Ce n’était pas les versions finales (en plus). Voix singulière, sens de la mélodie et des arrangements musicaux époustouflants, cet artiste a une forte chance de casser la baraque dans le monde de la ”belle” variété française. Il va falloir compter sur lui, j’en suis sûr. Le jour de sa visite (à la fin de l’été dernier), j’en ai profité pour lui poser quelques questions. Seules les deux dernières questions ont été ajoutées hier.

En attendant de découvrir ses nouvelles chansons, cette mandorisation sera embellie de quelques reprises de morceaux de rap qu’il publie régulièrement sur sa chaîne YouTube. Il adore ça.

Notez que toutes les photos professionnelles sont signées par l'excellent Piergab Pichon

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(Photo : Piergab Pichon)

thomas caruso, la nouvelle star, pic d'or, interview, mandorInterview:

Etre signé chez Barclay, c’est un rêve ?

C’est complètement fou. Moi, déjà, jadore Barclay. C’était le label de Jacques Brel, Noir Désir, Léo Ferré, Alain Bashung, et maintenant celui de Gaëtan Roussel, Benjamin Biolay… toutes mes idoles. Il y a quelques années, je suis allé chez Universal amener ma demo de l’époque. A l’accueil, on avait refusé de la prendre. Et je me souviens que je m’acharnais sur la nana de l’accueil en lui disant « mais alors comment je peux faire pour que des gens de chez Barclay écoutent ma musique ? ». La personne m’avait expliqué qu’il fallait que j’envoie mon cd par la poste, mais qu’il y avait très peu de chance qu’il soit écouté car ils en recevaient des caisses entières tous les jours. Je me suis retrouvé dehors, tout seul sur le trottoir et désespéré de ne pas pouvoir accéder aux directeurs artistiques du label. Et puis environ dix minutes après, je vois des gens sortir pour fumer leur clop. La clef était là. Pour trouver des passeurs à ma démo, il fallait attendre la pause clop ! Jai parlé à trois femmes qui étaient là et elles ont fini par me proposer de déposer ma maquette chez Barclay. Bon, ça n’a rien donné à ce moment-là, mais quelque part c’était le début de l’histoire.

Le nom Barclay et l’histoire qu’il y a autour de ce label, ça fait flipper ?

Un peu, c’est vrai. Mais il ne faut pas trop penser au passé ou au palmarès, moi, j’essaie de rester concentré sur ma musique et sur rien d’autre.

Tu as écrit et co-composé le premier single du deuxième album de Louane, « On était beau ». Le texte n’est pas aussi léger qu’il n’y parait.

Il y a un propos et une vraie profondeur, mine de rien. Parler d’amour permet de mettre en évidence plein d’aspects de la personnalité. Au départ, je l’avais pensée assez crue cette chanson, avec une urgence évidente, un côté écorché. Je la voyais bien revenir avec un titre fort, très direct. Du coup, ça a donné l’angle de la chanson.

Clip de Louane, "On était beau".

Ecrire pour Louane, c’est gratifiant ?thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandor

A fond. Elle est au sommet en ce moment, c’est une vraie star et elle va le rester ad vitam aeternam. Et puis c’est vraiment une chouette nana, il y a quelque chose qui me touche chez elle. Pour moi, c’est la nouvelle Vanessa  Paradis. C’est une très grosse référence. J’étais content d’être dans le dernier carré pour lui écrire des chansons. C’était quand même impressionnant, en face de moi, je n’avais quasiment que des gens connus.

Tu as eu des contacts avec Capitol et Warner avant de signer chez Barclay.

J’ai eu plusieurs rendez-vous chez eux oui. A l’époque, il n’y avait que Capitol qui se positionnait, alors on avait échangé avec un DA (directeur artistique) mais le projet que l’on me proposait ne me correspondait pas tellement. Ensuite, j’ai beaucoup échangé avec Warner. Il y avait un DA que je connaissais depuis plusieurs années et que j’appréciais beaucoup alors j’ai vraiment failli partir avec eux. Mais au fond,  je continuais à fantasmer sur Barclay. Et puis il y a eu une concordance hallucinante entre le moment où on a pris contact avec Barclay et l’avancement des négociations avec Warner.

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Après la signature, avec toute l'équipe du label Barclay.

thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandorLe destin a bien fait les choses.

Exactement. Je te passe les détails, mais un jour mon co-éditeur va voir Barclay et fait écouter quelques morceaux. Je ne pouvais pas être présent au rendez-vous car je jouais au théâtre à Toulouse ce soir-là. Et le lendemain, je rencontrais un directeur artistique directement à Toulouse, Antonin Roméas. Dès que je l’ai vu et écouté, j’ai senti une concordance évidente. Il y a eu une harmonie immédiate entre nous. On avait une énergie commune, une envie de bouffer la vie. Et puis aucun de nous deux ne pensait détenir la vérité, du coup on a immédiatement eu un rapport extrêmement fluide. J’ai vu chez lui la même fougue et la même détermination que je peux ressentir en moi. On est tous les deux jeunes, on commence en bas de l’échelle, sans prétention et avec une furieuse envie d’expérimenter et d’apprendre… et on sait que l’on a tout à faire. C’est comme ça que ce DA est devenu le mien aujourd’hui.

Il y a un côté mainstream dans ta musique, on ne peut pas le nier.

Il n’est d’ailleurs pas question de le nier ! Parce que j’aime ça. Je ne fais pas de la musique juste pour moi, dans mon coin. Le côté « grand public », je l’assume pleinement. C’est précisément ce que j’aime dans les chansons, leur côté fédérateur et rassembleur. Si demain, je peux être à la fois un artiste populaire et qualitatif, alors j’aurai rempli ma mission. Je travaille dur pour prendre cette place-là, pour faire une musique soignée dans la composition et dans l’écriture et en même temps accessible et fédératrice. Moi, j’aimerais réhabituer les gens à écouter les textes. Il y a tellement de flux à la radio qu’on oublie progressivement d’accorder de l’importance à ce que l’artiste veut nous dire.

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(3 photos lors de l'écoute privée de 5 chansons à l'agence Mixicom, fin de l'été 2017).

Aujourd’hui, tu es donc un homme heureux?

Tu sais, ça fait 15 ans que je fais de la musique et j’ai vécu beaucoup d’échecs. On peut même dire que j’ai survécu à beaucoup d’échecs ! Ces échecs, j’ai essayé de ne les prendre que comme des expériences constructives et jamais comme quelque chose de freinant… alors aujourd’hui, je ne peux qu’être heureux. Heureux de pouvoir vraiment commencer à travailler parce qu’à partir de maintenant, il y a tout à faire.

La raprise de Caruso : "Dommage" de Bigflo et Oli.

Tu n’as pas de manager ?thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandor

Non, je me gère tout seul. J’aime bien avoir un rapport direct avec mes collaborateurs, sans intermédiaire. Et puis ça fait partie de moi, je suis quelqu’un de très frontal. Du coup, il y a une fluidité incroyable avec tous les gens avec qui je bosse et ça me va très bien.

En studio, tu es comment ?

Je dois reconnaitre que je suis quelqu’un d’un peu chiant, d’assez dur… Même de très dur en fait, je suis très directif. Enfin, je ne suis pas dur avec les gens qui me sont lointains. Mais je suis plus exigeant avec les très proches. Jai un côté psychorigide. J’ai besoin de tout quadriller, de comprendre comment tout marche pour faire le meilleur choix stratégique tout en gardant une part énorme de liberté. En fait, c’est toujours pour avoir beaucoup de liberté dans ce que je fais que je cadre beaucoup les choses, assez paradoxalement d’ailleurs.

Tu as un studio à disposition ?

Oui. Dans mon contrat d’édition, j’ai la chance d’avoir droit à un studio H 24, 7 jours sur 7. Comme j’écris beaucoup pour les autres, ça me permet de travailler dans de bonnes conditions. J’essaie de travailler au maximum avec mon équipe, celle que j’avais choisie avant de signer et que j’ai gardée précieusement : mon guitariste et mon réalisateur, que j’adore. On est souvent tous les trois en studio même si plus j’avance plus l’équipe s’agrandit avec toujours cette même unité entre nous.

La raprise de Caruso : "Macarena" de Damso.

Les gens de chez Barclay assistent aux séances d’enregistrement ?

Oui, souvent. Il y a plus qu’un dialogue entre nous, il y a un vrai soutien. C’est la première fois que je vois des gens qui travaillent dans la musique qui parlent vraiment de musique et pas uniquement de stratégie, de marketing ou d’image. Vraiment, je suis reconnaissant envers les gens qui travaillent avec moi. Sur tous les secteurs, le label, l’édition, aussi bien l’équipe encadrante, technique et tous les musiciens desquels je m’entoure en songwriting et sur mon album. On a un équilibre que j’adore. Le rapport est incroyable, je ne savais même pas que cela existait. Maintenant, il faut qu’on veille à préserver tout ça, pour que cet équilibre perdure et qu’on continue à bien travailler. C’est comme en amour, il ne faut jamais considérer que c’est acquis.

Quand pourra-t-on découvrir le premier single, voire le clip ?

Le premier single sortira en février, avec un clip au même moment. Je ne peux pas encore trop en parler mais j’en dirai plus très bientôt.

Et l’album, une date est choisie ?

Pas encore. Chaque chose en son temps. Je prends les étapes les unes après les autres, avec précaution. Là, je termine l’album, sereinement, sans projection. Immédiatement après, on va travailler sur le clip et essayer de faire un joli truc. Ensuite je défendrai le single, et je reprendrai la scène progressivement, j’ai vraiment hâte de reprendre les concerts, tu n’as pas idée ! Et ensuite on verra arriver l’album tranquillement. Après toutes ces années à travailler dans l’ombre, sans vraiment pouvoir m’exprimer, je ne suis plus pressé. Ou plutôt si, j’ai toujours cette même urgence en moi mais j’ai appris à la gérer pour savourer chaque instant. Ça doit ressembler à ça, « l’expérience ».

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Avec Thomas Caruso, début juillet 2017, au Festival Pause Guitare à Albi.

29 décembre 2017

Naya : interview pour l'EP Blossom

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(Photo : Sunny Ringle) 

naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandorQuand j’ai reçu une proposition d’interview pour une dénommée Naya, j’ai d’abord pensé avoir affaire à une pseudo chanteuse R’nB. Je ne sais pas pourquoi (la curiosité peut-être ?), j’ai quand même cliqué sur le lien qui m’était proposé. Et là, je tombe sur le clip de « Girl on the Moon » (la curiosité n’est pas toujours un vilain défaut, donc). Je découvre une nouvelle artiste très jeune aux compositions electro/pop envoûtantes, soutenues par un grain de voix particulier. Guitariste depuis son enfance, Naya fait partie de ces très jeunes artistes dotés d'une grande maturité.... Cela se ressent dans sa façon d'appréhender la musique, l'écriture et la scène. A l'écoute de son premier EP, Blossom, j’ai vite compris que cette chanteuse était une des promesses musicales des prochaines années.

J’ai donc accepté une mandorisation. L’entretien a été réalisé à l’issue de la première partie du concert de Son Little, à la Maroquinerie, le 11 décembre dernier.

Biographie officielle (mais raccourcie) :

Naya est née en 2000, a commencé le piano à cinq ans au Conservatoire, la batterie quelques années plus tard ; elle a découvert les Beatles à dix ans en vinyl grâce à la collection de ses parents, s’est mise à chanter dans la foulée et a peaufiné son apprentissage de la guitare via des vidéos sur internet, après que son père lui ait appris quelques accords. Elle commence rapidement à picorer sur le web et dans la discothèque familiale de quoi se constituer une culture musicale solide, et apprend assez d’anglais pour composer, à douze ans, sa première chanson, inspirée par un voyage en famille à New York.

Depuis quelques mois, elle s’accompagne sur scène d’un looper, et explore des sonorités électroniques dans son tout nouveau home studio, qui insufflent une tonalité plus mélancolique à son tempérament joyeux.

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En 2013, Naya a déjà une petite réputation sur les scènes des environs de Bordeaux : elle a joué en première partie de Mademoiselle K, Fauve ou Rover, a affiné son jeu de scène, depuis une première expérience grisante au skate park de Libourne.
Naya est encore très jeune (16 ans), mais a étonnamment pris son temps : deux ans après la parenthèse « The Voice Kids », dont elle a été finaliste en 2014, elle joue à la Boule Noire à Paris, est repérée par Sony Music, et sort aujourd’hui un premier EP constitué de ses cinq premières compositions. L’été dernier, elle a fait la tournée des festivals (Musilac, Le Big Festival...), a accompagné Jain pour cinq dates de sa tournée française. Depuis deux ans, elle compose ses propres chansons, dont elle a enregistré les maquettes dans le home studio d’un ami de ses parents. Elle y apporte sa voix incroyablement mûre, ses airs accrocheurs, naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandormais aussi ses idées de production et d’arrangements. Naya aime être seule maître à bord, écrit sur ce qu’elle voit et ressent, ne s’interdit pas de chanter un jour en français.

L’EP :

En cinq chansons, une artiste est née. La première identité est bien sûr la voix de Naya, douce et très affirmée, bluesy mais mise au service d’une pop rêveuse et mélancolique, habitée de fantômes (« Ghost By Your Side ») ou d’envies d’ailleurs (« Girl on The Moon »). Autour de l’architecture guitare-voix se déploie une production riche qui laisse la mélodie au cœur et prend des libertés avec les canons de la folk pour s’ancrer profondément dans les sonorités contemporaines. De la pure pop, cuvée 2017.

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(Photo : Mara Zampariolo/Les Inrockuptibles)

naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandorInterview :

Tes parents sont les deux leaders du groupe bordelais The Basement, un groupe qui joue de la noise décapante. Tu allais les voir sur scène quand tu étais petite ?

Même pas. La première fois que je les ai vus en concert, c’était à l’âge de 13 ans. Ils sont souvent partis en tournée, en Europe… j’avais envie de faire la même chose. Toute ma vie, j’ai vu mes parents répéter jusqu’à très tard le soir, revenir de tournée et me raconter les rencontres qu’ils avaient fait, les scènes sur lesquelles ils avaient joué… ça me faisait rêver.

Tu ne fais pas la même musique. Tu aimes celle de tes parents ?

Oui. A la maison, on écoute ce genre de musique, mais pas uniquement. Ils sont très ouverts. J'ai toujours entendu de la pop, du rock, de la noise, de la soul…

Toi, tu te diriges clairement vers la pop.

J’ai été aussi bercée par les mélodies d’Oasis. Je suis une grande fan de la pop anglaise et des mélodies. Pour moi, dans une chanson, la mélodie est ce qu’il y a de plus important. J’ai un home studio dans lequel je compose toutes mes chansons et je passe mon temps à chercher des mélodies. Pour moi, la rythmique est moins primordiale.

Clip de "Girl On the Moon". 

Tu as déjà un home studio ?naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandor

Ou, depuis deux ans. Je m’intéresse beaucoup à la production. J’ai des idées précises sur ce que je veux, alors je passe un temps fou à essayer des choses, à bidouiller des sons… pour  mon EP, j’ai travaillé avec deux réalisateurs. Je les ai beaucoup observés et j’ai donc beaucoup appris. Ça m’a passionné, alors je tente de m’y mettre seule. 

Comment travailles-tu en studio?

J’écris, je compose et j’interprète chez moi. Ensuite, j’arrive en studio avec des démos vraiment abouties. Sur l’album qui sort l’année prochaine, j’ai travaillé avec Valentin Marceau. Il a produit  la qualité des sons, mais la structure, les mélodies et la rythmique venaient de moi.

Tu as commencé la scène à l’âge de 11 ans, tu en as 17 aujourd’hui.

Oui, j’ai donc l’habitude de chanter devant un public. Du coup, je teste l’efficacité de mes chansons en live. Je vois les réactions des gens. J’arrive à repérer l'intérêt qu'ils ont ou pas. 

"Great Ocean Road".

L’expérience The Voice Kids était intéressante ?

Oui, j’ai été finaliste en 2014, avec Garou comme coach. J’en parle systématiquement dans toutes les interviews parce que cela a été une très grande expérience pour moi. Se retrouver à 14 ans devant 8 millions de téléspectateurs, c’est incroyable et particulièrement formateur. Si j’ai plus d’aisance aujourd’hui sur scène, c’est aussi grâce à cette émission. C’est une sacrée bonne école. Je ne renie absolument pas, ça fait partie de mon histoire…

naya,blossom,the basement,the voice kids,interview,mandorTu as fait ensuite de nombreuses premières parties. C’est formateur?

Oui, parce que les gens ne te connaissent pas, alors il faut les convaincre. J’ai toujours eu de supers bons retours. Ouf !

Je n’aime pas faire des comparaisons, mais je te classe dans la famille d’artistes comme Jain.

C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Sur scène, elle très forte. En plus, elle est très gentille. Humainement, c’est vraiment une crème. J’ai fait pas mal de premières parties d’elle et à chaque fois, elle venait me parler dans les loges. Parfois longuement.

"It doesn't scare me".

Ton EP, Blossom, a été bien accueilli.

Oui, j’en suis ravie. Je travaille desssus depuis que j’ai 14 ans alors je trouve que cet EP n’est pas arrivé si vite que cela (rires). En tout cas, l’album devrait sortir en avril prochain.

Il n’y aura que deux ou trois chansons de l’EP dans l’album…

Oui, en tout cas, il y aura beaucoup de nouvelles chansons dans un album relativement court. 10 titres, pas plus. Je vais faire en sorte qu’on ne se lasse pas de ce disque.

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Naya, le 11 décembre 2017, à la Maroquinerie.

A 17 ans, j’ai l’impression que tu gères tout.

Oui, parce que c’est mon projet avant tout. J’ai quand même une équipe avec moi qui me dit ce qu’elle pense de mes idées. Ça discute pas mal, mais tout part de moi. L’idée des chansons, de la pochette de l’album, du clip… Je dirige tout et j’adore ça.

Que pensent tes parents de ta musique ?

Ils semblent apprécier. Ils me suivent avec attention et c’est très important pour moi de les savoir avec moi.

Tu es confiante en ton avenir musical?

Je ne suis pas trop inquiète parce que je fais la musique que j’aie envie de faire. Si ça plait, c’est cool, si ça ne plait pas, je ferai une autre musique. Je tenterai de rebondir. Aujourd’hui, j’essaie des choses, on verra comment ça se passe.

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Avec Naya, après l'interview, le 11 décembre à la Maroquinerie (photo : la maman de Naya).

27 décembre 2017

Gervaise : interview pour l'EP Humeur Vive

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(Photo : Julie Michelet)

« Serais-tu du genre à juger sur les apparences ? Une blonde, avec un nom pareil... Ça en inspire des choses. A croire que j'aime me distinguer. Peut-être. J'aime surtout à parler de la femme, des femmes, de moi et d'elles, et des hommes aussi. Je chante ce qu'ils m'ont fait et ce que j'aimerais qu'ils me fassent. Femme singulière qui décline les aventures au pluriel, fille aventureuse qui cherche l'amour au singulier, je navigue entre chanson et pop, entre paroles et paillettes. Sur ma bouche, il y a du rouge et des cocktails tendres ou explosifs, selon mon humeur. Pour peu que l'on se soit croisé, ton parfum embaume encore ces vers. Peut-être t'y reconnaîtras-tu... » Ainsi Gervaise présente son deuxième EP, Humeur Vive.

Teaser de Humeur Vive.

Comme elle le précise elle-même, son truc à elle c'est de parler de la femme, des femmes...et des hommes aussi. Sur sa bouche il y a du rouge et des cocktails, explosifs ou doux selon son humeur. Elle navigue entre chanson et pop, entre paroles et paillettes. Joueuse, assurément. Il n’en reste pas moins que les chansons de Gervaise sont originales, modernes et fraîches. Ça fait du bien par les temps qui courent. Une rencontre mandorienne s’imposait. Ainsi fut fait le 11 décembre 2017 dans un bar de la capitale.

gervaise,humeur vive,beaux esprits,interview,mandorBiographie officielle :

Gervaise ne s'est jamais vue faire autre chose que chanter, et son caractère étant ce qu’il est, elle n‘a jamais transigé là-dessus. Alors Gervaise chante et compose, depuis maintenant cinq ans. Accompagnée de sa guitare, elle assiste pendant quatre ans (2012-2016) aux Ateliers de Claude Lemesle et tape dans l‘œil Cabaret l’Escale de sa Bourgogne natale en 2013. Celui-ci développe à son endroit un dispositif  (concerts, résidences, aide à la promotion) lui permettant de consolider et développer son projet artistique.

Gervaise passe alors aux choses sérieuses avec la sortie en autoproduction de son premier EP, Femme gervaise,humeur vive,beaux esprits,interview,mandorMystère (octobre 2015), dans lequel elle s’amuse à multiplier les robes comme d’autres les casquettes. Tour à tour fille et femme, mère et maîtresse. Paradoxalement, ce disque permettra à la « femme mystère » de se dévoiler au public en multipliant scènes et tremplins, parmi lesquels les premières parties de Michel Fugain et Sanseverino ou encore le Prix Georges Moustaki (demi-finaliste en 2015). Cette même année, elle reçoit l’aide à l’autoproduction de la Sacem.

2016: Gervaise découvre l’univers de l’effeuillage burlesque ; la « femme mystère » se mue alors en « femme fatale », en poupée pop et platine, sensuelle. Son nouvel EP, Humeur vive, témoigne de ce virage. L’ambiance se paillette, s’électrise en même temps que la guitare ; Gervaise s’habille de la lumière des néons et des flammes. L’automne sera chaud.

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(Photo : Julie Michelet)

gervaise,humeur vive,beaux esprits,interview,mandorInterview :

Raconte-moi ta rencontre avec la musique ?

Je chante depuis toute petite et à la maison il y avait tout le temps de la musique. Ma mère écoutait beaucoup de chansons françaises et de musiques du monde. Papa, lui, écoutait plutôt du rock’n’roll. Il me réveillait le matin avec « Hells Bells » d’AC/DC (rires). Du coup, j’ai une culture musicale très diversifiée.

Ta mère est dans le spectacle, je crois.

Elle est metteur en scène et comédienne, donc, j’ai chopé la fibre artistique très tôt. Elle donnait des cours de théâtre, alors j’y assistais. Je suis montée sur ma première scène à l’âge de 8 ans et j’ai compris tout de suite que ça m’attirait terriblement.

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A quel âge as-tu commencé la guitare ?

A 15 ans. Quand j’ai commencé à aligner deux trois accords, j’en ai profité pour écrire des petits textes, qui sont devenus des petites chansons.

Tu racontais quoi à 15 ans ?

Je racontais des histoires pas forcément de mon âge. Au début, je n’écrivais pas de chansons autobiographiques, c’était des histoires imaginées ou vues dans des films. A 16 ans, j’ai écrit « Maladie mélodie » et « La femme que l’on déteste », deux chansons qui figurent sur mon EP La femme mystère. Ça me faisait du bien d’écrire et, à 17 ans, je commençais à me dire que je pouvais en faire un métier.

Et à cet âge-là, on fait quoi pour accélérer le processus ?

Autant j’ai su rapidement que je voulais devenir  auteure-compositeur-interprète, autant j’ai mis du temps à l’assumer dans ma tête.

Premier clip tiré du deuxième EP de GervaiseHumeur Vive.

Avant de faire de la scène régulièrement, tu as fait des études.

J’ai fait une licence de musicologie à Dijon. J’avais besoin de me légitimer un peu. Ça m’a ouvert sur plein de genres musicaux que je n’écoutais pas forcément comme le jazz ou la musique classique. Après, j’ai passé un master qui m’a permis d’apprendre l’organisation et la gestion d’évènements culturels. Aujourd’hui, en tant qu’artiste, je sais parfaitement comment les choses fonctionnent. Ce qui est amusant dans tout ça, c’est qu’à l’inverse des autres parents, ma mère ne comprenait pas pourquoi je perdais du temps à faire des études. Elle m’incitait plutôt à foncer dans la chanson.

A quel âge as-tu fait ton premier concert ?

A 18 ans. Tout s’est accéléré quand je suis arrivée à Paris, après mon master. J’ai commencé à chanter dans les bars et à me rapprocher du réseau « chanson » parisien. J’ai fait L’atelier de Cédric et les ateliers de Claude Lemesle. J’aurais dû faire encore plus de choses comme La Manufacture Chanson ou le Studio des Variétés.

gervaise,humeur vive,beaux esprits,interview,mandorTrès vite, tu as sorti ton premier EP, Femme Mystère.

C’était un pot-pourri des premières chansons que j’ai écrites. C’était un disque plus classique et conventionnel que le nouveau. J’avais moins de moyen et je me cherchais encore musicalement. Je n’avais pas encore mon identité et mon son. J’étais pressée d’enregistrer un premier disque. Je trouvais ça cool, mais du coup, je n’étais sans doute pas encore assez exigeante. A l’époque, ça m’a permis de faire des tremplins et d’être en demi-finale du Prix Georges Moustaki. Je le suis encore cette année avec ce deuxième EP.

Tu as aussi intégré le groupe d’artistes Les Beaux Esprits.

J’en avais entendu parler via Garance et Rosie Marie. J’ai trouvé que tout était simple et sain avec ce collectif. Le créateur des beaux Esprits, Bruno Barrier, est quelqu’un qui aime les artistes et qui les respecte profondément… et il n’y a aucun problème d’ego chez personne. C’est un peu cliché de dire cela, mais c’est comme une petite famille. Cela dit, on n’est pas accepté tout de suite. Il y a une période d’observation. Tout le monde vient te voir, t’écoute… ensuite, ils en parlent entre eux. Tu n’as pas le tampon Beaux Esprits immédiatement (rires).

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Avec les Beaux Esprits.

Tu es passée par la case Nouvelle Star. Belle expérience ?

Je suis allée jusqu’à la première épreuve au théâtre. Ensuite, je me suis demandé ce que je faisais là. C’était la première fois que je faisais un casting, de plus, en chantant les chansons des autres. Quand tu fais ce genre d’émission, soit tu joues le jeu de la télé, soit tu ne le joues pas. Je n’ai pas dû assez jouer.

Casting de Gervaise à la Nouvelle Star.

Ce deuxième EP, Humeur Vive est super bien produit.

C’est grâce à Denis Piednoir et Matthieu Seignez qui ont notamment arrangé et réalisé les chansons. Ils ont su apporter un nouveau son… plus moderne. Je n’écoute pas que de la chanson française, j’écoute aussi beaucoup de musiques anglo-saxonnes, je voulais donc éviter les arrangements poussiéreux. Ce qu’ils ont su faire était exactement le tournant musical que je souhaitais. Je viens de la chanson et je ne veux pas renier ça, juste, je voulais que cela sonne actuel.

Il est pas mal question de femmes libérées dans tes chansons. Dans « Sans anesthésie » par exemple, une femme fait en sorte que l’homme accepte l’acte sexuel.

Elle prend l’initiative parce qu’elle assume sa sensualité et son désir. Il y a deux ans, j’ai fait la rencontre d’un art que j’adore, l’effeuillage burlesque. Il y a un côté vintage qui m’attirait. Ces femmes qui s’effeuillent sur scène de manière forte et hyper assumée, j’ai trouvé ça génial. J’ai un peu évolué dans ce milieu-là ces derniers temps et ça a dû influencer certains textes de mes chansons (rires).

"Je vous laisse", extrait de l'EP Humeur Vive. Captation live au Cabaret l'Escale (décembre 2016).

Il y a un peu de féminisme dans tes chansons.

Oui, mais pas forcément militant. Mais, tu as raison, le féminisme est là dans ma façon d’aborder les thèmes.

« Le silence des femmes » incite les femmes à arrêter de s’autocensurer, incite aussi à prendre un peu plus de pouvoir… Au regard de ce qu’il se passe en ce moment, quelle résonnance !  

Dans cette chanson, je parle du silence des femmes de manière générale, aussi bien dans le harcèlement de rue que dans la violence. J’ai écrit cette chanson avant toutes les affaires récentes et les ashtags #balancetonporc ou #metoo. Je pense qu’aujourd’hui les femmes en ont ras le bol. Les premières ont commencé à parler, les autres se sont engouffrées dans la brèche et c’est tant mieux. Personnellement, je ne milite pas, mais je suis abonnée à des pages Facebook qui parlent des femmes comme La fondation des femmes ou Les Glorieuses.

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Pendant l'interview...

J'aime beaucoup « Flirt avec l’orage ». C'est une chanson qui dit qu’il faut vivre sa vie le plus intensément, car elle peut-être courte.

Dans ma vie, il y a eu des évènements qui ont fait que j’ai eu une sorte de réveil. Un réveil qui m’a incité à vivre vraiment, sans concessions. On peut changer sa façon de vivre du jour au lendemain à cause d’épreuves traversées.  

Tu fais en sorte que tes chansons soient universelles ou tu n’y penses pas quand tu les écris ?

Evidemment, j’ai envie que mes chansons parlent aux gens, après je ne m’empêche pas d’écrire des choses très personnelles. Au-delà du sujet d’une chanson, je crois qu’en choisissant bien ses mots, tout le monde peut s’y retrouver quelque part.

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Gervaise à la fin de l'interview, le 11 décembre 2017.

20 décembre 2017

François Alquier : interview par Fabien Martin pour L'aventure Starmania +promos

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françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaFabien Martin est un ami auteur compositeur interprète dont j’apprécie le travail depuis qu’il enregistre des disques. Il a été un des tout premiers mandorisés il y a 11 ans, en juillet 2006, puis il est revenu en 2014. Nous sommes devenus amis au fil des années.

Un jour, il m’envoie un message.

Lui :
-Pour ton livre, L'aventure Starmania, tu veux bien que je te mandorise?
Moi :
-Euh...
Lui : Tu fais la promo des autres tout le temps, je ne te laisse pas le choix. Je vais m'occuper de ton cas, point barre!
(Ainsi, le 29 septembre dernier, dans son studio d'enregistrement, un de mes chanteurs préférés a fait son boulot d'intervieweur impeccablement. Il avait bien lu le livre et m'a posé une série de questions très intéressantes. 
(Fabien, reste dans la chanson, je ne veux pas que tu me piques mon job!) 
(Et merci pour tout!)

Interview :françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Bonjour François.

Bonjour Fabien.

Il y a environ deux ans, tu sortais un livre sur la chanteuse Louane, et aujourd’hui nous sommes ici pour parler de la parution de ton ouvrage sur l’aventure Starmania.

Tout d’abord, toi qui as l’habitude d’interviewer des chanteurs, qu’est-ce que ça te fait d’être interviewé par un chanteur ?

Etre interviewé n’est pas l’exercice dans lequel je me trouve le meilleur. Par un chanteur, qui plus est, c’est la première fois. Donc je ne sais pas. Je vais vivre cette expérience, et je t’en parlerai à la fin.

Alors ce sera notre première fois pour tous les deux. Tu as bien dormi ?

J’ai… moyennement dormi, mais pas à cause de ça.

La première question que je vais te poser sera la dernière à laquelle tu répondras, parce qu’elle n’est pas simple, et qu’elle va te demander un peu de réflexion et d’imagination. Tu vas donc y penser durant l’interview et j’y reviendrai à la fin.

Nous sommes donc en 2017, la dernière édition de Starmania a eu lieu en 1993 et, comme tu le sais, une nouvelle édition verra vraisemblablement le jour en 2018, sous la houlette de son auteur.

Ce que tu ne sais pas encore, en revanche, c’est que Luc Plamondon va t’appeler d’ici la fin de la semaine pour te proposer le poste de Directeur de Casting, poste que tu ne peux pas refuser évidemment.

Evidemment.

Qui verrais-tu dans chacun des rôles aujourd’hui ? Evidemment, on a besoin d’un casting franco-québécois, c’est le désidérata de monsieur Plamondon. Alors tu y réfléchis et on y revient dans trente minutes. Ok pour toi ?

OK.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaQuel âge avais-tu au moment de la première mouture de Starmania ?

J’avais onze ans, je m’en souviens parfaitement. J’avais fait acheter le disque bleu de 1978 par mes parents, pour la seule et unique raison qu’il y avait à l’intérieur un chanteur que j’entendais de plus en plus, Daniel Balavoine. « Le Chanteur » était joué sur toutes les radios. Et cette voix-là m’avait complètement… bouleversé. Je l’adorais.

Donc tu as acheté l’album de Starmania juste…

… Juste parce qu’il y avait Balavoine, exactement !

C’est un spectacle que tu as vu ou que tu as fantasmé ?

Oui je l’ai vu, mais uniquement la dernière version.

Je voulais savoir si tu avais vu l’original.

Malheureusement, non. Et c’est vraiment ma version préférée. J’ai aimé Starmania avec la première version. D’abord l’album bleu, enregistré en studio, puis la version live, un an plus tard, qui est, à mon avis, la plus complète. Le vrai Starmania c’est cet album-là, puisqu’il y a toutes les chansons, ainsi que les intermèdes qui racontent l’histoire.

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Avec Daniel Balavoine (Johnny Rockfort) en 1984 au Palais des Sports de Paris.

Donc c’est par le truchement de Balavoine que tu arrives à Starmania, mais tu y découvres d’autres chanteurs…

Oui, et j’ai fini par aimer toutes les chansons très rapidement. Je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle racontait, parce que les thèmes abordés à l’époque ne me parlaient pas vraiment, mais j’aimais les voix. Et j’adorais la musique de Michel Berger. D’autant plus que toutes les chansons se suffisaient à elles-mêmes. On pouvait les écouter sans forcément penser à l’histoire.

Justement, c’était ma question suivante… Penses-tu que le public ait à ce point conscience de ce que raconte Starmania, au-delà des chansons ? Ne crois-tu pas que la redoutable efficacité et popularité de chacune des chansons n’a pas un peu éclipsé l’ensemble de la comédie musicale, son livret, son propos ?

Je partage ton avis. Les chansons ont éclipsé l’histoire et, j’irai même plus loin, elles ont éclipsé les interprètes.  En France, peu de gens savent que c’est Claude Dubois qui chante « Le Blues du Businessman » par exemple. Et encore, là, je te parle de la première version…

C’est ce que tu écris dans ton livre d’ailleurs, ce sont les chansons qui sont au service des interprètes et non pas l’inverse…

C’est ce que me disait le directeur de Radio Nostalgie. Quand la radio diffuse ces chansons, personne ne sait qui les chante, à part Balavoine et Fabienne Thibault.

Oui quand même… Dans ton avant-propos, tu mentionnes une personne que tu as interviewée pourfrançois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania ton livre et qui te demande pourquoi tu aimes Starmania depuis toujours. Tu dis te retrouver dans l’incapacité de répondre. Depuis que tu as terminé le livre, j’imagine que tu as eu le temps de réfléchir à la question… As-tu une réponse à lui donner aujourd’hui ?

Je ne sais pas, j’imagine que toi aussi tu as des albums de référence, que tu as écouté toute ta vie, que tu aimes, mais tu ne sais pas vraiment pourquoi. Starmania, c’est un truc qui m’a toujours touché. Chaque chanson raconte une histoire dans laquelle tout le monde peut se retrouver.

Justement, est-ce qu’il y a une chanson qui te tient particulièrement à cœur ? Un personnage auquel tu t’identifies ? Ne me dis pas « Balavoine », attention! Je ne parle pas d’un chanteur en particulier, mais d’un personnage.

Je serai tenté, effectivement, de te dire que ma chanson préférée est « S.O.S. d’un terrien en détresse », car je la trouve superbe, mais Johnny Rockfort n’est pas le personnage dans lequel je me retrouve ; c’est un terroriste, il est plutôt faible, il se fait un peu mener par le bout du nez par Sadia puis par Cristal… De fait, en réalité, je trouve qu’il n’a pas tant de personnalité que cela.

Comme la plupart des terroristes aujourd’hui.

Oui, c’est vrai. Ma sensibilité m’amènerait donc plutôt vers le rôle de Marie-Jeanne, la serveuse automate. Je crois que c’est le rôle le plus universel. Elle raconte la solitude, les déceptions amoureuses, l’interrogation sur ce que l’on fait sur Terre, sur où est notre place… Marie-Jeanne se pose des tas de questions que l’on se pose tous. Les autres personnages sont davantage segmentants.

En lisant ton livre, j’ai eu la sensation que le succès et la réussite de Starmania, tant commerciale qu’artistique, tenaient au fait que Berger et Plamondon n’étaient pas du même continent. Un compositeur du Vieux Continent, et un auteur du Nouveau, avec tout ce que cela implique de modernité. Je ne sais pas si Starmania aurait été si visionnaire à l’époque, et donc autant d’actualité quelques décennies plus tard, si Luc Plamondon avait été européen. Qu’en penses-tu ?

Effectivement, Luc Plamondon est arrivé avec sa culture, et la culture nord-américaine, tu le sais, n’est pas la même que la nôtre. Et ce choix, Michel Berger l’a fait volontairement. Il savait qu’il n’allait pas trouver les mots, il sentait qu’il manquait quelque chose. Il n’avait pas la virulence de Plamondon, la même culture, ni forcément la même vision du monde. Cette association a été comme une étincelle, ils se sont trouvés. Et ils n’ont jamais pu refaire aussi bien, même s’ils ont remis le couvert par la suite avec « La Légende de Jimmy »…

Oui, un peu comme un vieux couple qui se remet ensemble des années après, mais ce n’est plus la même magie.

Ça n’a pas matché de la même façon. Je ne sais pas, il devait y avoir toutes les conditions réunies en 78 pour faire ce chef-d’œuvre.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaLes planètes étaient alignées.

Voilà, c’est ça!

Je voudrais revenir un peu sur ton livre, sur la façon dont tu l’as écrit. Quelles ont été les premières étapes ?

J’ai commencé par les entretiens. Comme tu le sais, c’est mon métier, et j’aime beaucoup ça. Tous les livres que j’écris sont à base d’interviews, je trouve que c’est le bon matériel pour commencer un livre. Donc j’en ai fait beaucoup, beaucoup, beaucoup… Et le problème c’est que quand tu as autant de témoignages, et là j’en avais quand même trente ou trente-cinq, c’est qu’il faut déjà les retranscrire. Savoir où tu vas situer telle phrase, telle citation, tel thème… et cela devient vite un casse-tête, un véritable enfer même ! J’avais tout imprimé, tout disposé par terre, je relisais, je me disais : « tiens, ça, ça peut aller là, ça ici », etc… C’était ludique, mais difficile.

Combien de temps t’a demandé l’écriture de ce livre ? A quelle fréquence, à quels moments de la journée ?

Ça m’a pris un an en tout, dont véritablement trois mois à temps complet, où je ne faisais quasiment que ça. 

Es-tu parvenu à sacrifier ta vie de famille et à laisser tomber tes amis afin de te consacrer pleinement à l’écriture ?

Les gens qui me sont proches ont eu la gentillesse de ne pas m’en vouloir quand j’avais beaucoup de boulot. Mais c’est vrai qu’on n’est pas disponible, ni dans le temps, ni dans sa tête. Mais je suis sûr que c’est pareil pour toi, qui est chanteur et musicien, quand on est dans son truc, on a du mal à s’en extirper. Starmania a occupé un an de ma vie ; je ne vivais que Starmania, je ne pensais que Starmania. Ça m’a fait pareil avec Louane. Quand tu prends un sujet,  tu vis avec, tu t’endors avec, tu te réveilles avec.

En tout cas, bravo, le livre est vraiment beau, bien documenté, très fourni en photos et en témoignages. J’ai appris par exemple que Michel Jonasz avait décliné l’offre de chanter « Le Blues du Businessan ». C’est fou !

Oui, mais comme je sais que c’est quelqu’un de ta famille, il faudra quand même lui demander si c’est vrai.

On lui demandera. Cela dit, puisqu’on est entre nous tu peux me le dire, de quels protagonistes aurais-tu aimé avoir les témoignages, t’entretenir, et qui n’ont pas voulu te répondre ? Ou peut-être que tu n’as pas osé contacter ? Evidemment, on pense à France Gall, Luc Plamondon…

Ce sont ces deux-là justement ! Luc Plamondon, je voulais que ce soit lui qui fasse la préface.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Avec Luc Plamondon, l'auteur de Starmania, le 20 novembre 1998 à Radio Notre Dame.

C’est Maurane qui va être contente (Maurane signe la préface, NDLR)…

Je pense qu’elle le sait et qu’elle le comprend. Donc, concernant Plamondon, je n’ai pas eu de réponse. Ou plutôt une fin de non-recevoir de la part de son entourage, qui m’a expliqué qu’il ne participait jamais à ce genre de chose... France Gall, c’est une toute autre histoire. C’est quelqu’un de tout à fait admirable professionnellement, mais lorsque sort un projet concernant Michel Berger, je crois qu’elle aime bien avoir l’œil dessus, et moi je ne souhaitais personne qui veille sur ce que je faisais. Je voulais de la liberté et de la sérénité.

Donc tu ne lui as même pas demandé…

Pour être franc, j’ai hésité. Je me suis dit « soit je l’appelle », au risque d’être un peu embêté pendant l’écriture, soit je fais sans. Et il y avait suffisamment de témoignages d’elle à droite et à gauche sur le sujet pour que je puisse m’en passer.

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Avec France Gall (Cristal), le 3 septembre 2015. ®Bruck Dawit

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaLa ou les personnes que tu as été le plus heureux de rencontrer ?

J’étais heureux de les voir tous, car ce sont des personnes qui ont fait partie d’une aventure qui me fascine. Donc passer un après-midi avec les uns et les autres, c’était génial. Maintenant, la rencontre qui m’a le plus intéressée, c’était quand même Bernard de Bosson (photo à gauche)

Ça ne m’étonne pas. Un grand monsieur du métier.

Un grand monsieur sans qui Starmania n’aurait certainement pas existé puisque, comme je l’explique dans le livre, c’est lui-même qui a insisté auprès de Michel Berger, alors encore un peu frileux, pour financer le projet… et sans avoir entendu une seule note de musique ! C’est une anecdote assez connue, mais je la trouve incroyable. Prendre ce pari…

… avec la maison-mère américaine, qui demandait des comptes et lui mettait la pression !

Oui, mais Warner USA finançaient aussi les albums de Quincy Jones sans non plus avoir entendu quoique ce soit, ce que ne manquait pas de leur rappeler Bernard de Bosson. C’est quelqu’un qui a été à la tête de Warner pendant 17 ans, il a tout vu, tout connu, découvert Véronique Sanson, Berger… Alors quand je suis en face d’un gars comme ça, qui me reçoit chez lui à grand renfort de whisky et qui me raconte tout ça, je me dis que je suis un peu privilégié. Et je me dis aussi que sans lui, il y a de fortes chances que Starmania, on n’en ait jamais entendu parler.  

Il faut parfois des gens un peu fêlés également pour suivre les artistes dans ce genre d’entreprise.

Exactement.

D’autres personnes ?

Je suis devenu assez proche de Sabrina Lory qui jouait Stella Spotlight dans la deuxième version, Peter Lorne également, qui était une des étoiles noires. Ce sont des gens qui m’ont beaucoup aidé, qui m’ont donné des photos personnelles inédites. Ils m’ont proposé de venir chez eux et on a sélectionné ensemble tout un tas de photos. Les frères Groulx, Richard et Norman respectivement Zéro Janvier et Johnny Rockfort, se sont réunis un après-midi pour retrouver et sélectionner plein de photos et me les envoyer par mail. Wenta, une formidable Sadia, aussi m’a envoyé des photos de sa collection personnelle. Tout ça fait une somme de documents que personne n’a jamais vu ! Je voulais absolument que le fan de Starmania y trouve son compte.

François, toi qui est un peu un des grands spécialistes de la chanson francophone, penses-tu qu’un opéra rock aussi puissant que Starmania puisse être créé d’ici disons… les 300 prochaines années ?

Je n’y crois pas du tout en fait. Mais je l’espère bien sûr, j’aimerais bien que quelqu’un détrône Starmania un jour. J’ai vu beaucoup de comédies musicales, ça n’a jamais, jamais le niveau de Starmania. Ni dans les thèmes abordés, ni dans les voix. Peut-être dans le décor, dans la scénographie, mais ça ne me touche pas. Même « Notre-Dame-de-Paris », pourtant écrite par Luc Plamandon… je trouve ça tellement insipide…

Et encore, au niveau des compositions, tu ne cites pas la pire de ces vingt dernières années… Pour le reste, c’est vrai qu’en général on sent que tout a été lissé et raboté afin de plaire au maximum de personnes mais que plus personne ne s’en souvienne.

Et c’est l’erreur. Dans la première version de Starmania, il n’y a rien d’édulcoré. D’ailleurs, lors de la deuxième version, ce n’est déjà plus pareil…

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaEn ce qui te concerne, tu es plutôt version 1979, 1988 ou 1994 ?

79 et sans conteste. 

Ce qui est dit en sous-texte dans ton livre, c’est que l’ambiance des représentations de Starmania en 79  n’est pas fofolle… c’est un peu la lutte des egos. On sent qu’ils ne vont pas partir ensemble en vacances… Contrairement aux versions suivantes d’ailleurs.

Cette réunion entre les Québécois et les Français était une première, et on m’a souvent dit qu’ils ne s’entendaient pas forcément bien entre eux. Mais également entre musiciens américains et chanteurs canadiens ! Il y avait pas mal de mics-macs en coulisses. Les petits conflits, l’esprit de compétition, etc…  Quant à France Gall, elle avait une place un peu particulière, puisqu’elle était également la femme du compositeur, en plus d’être déjà une star. Balavoine, lui, ne voulait pas vraiment en être. Ces histoires de comédies musicales, son personnage de terroriste, il avait vraiment peur que ça parasite sa carrière qui commençait à décoller. Ce manque d’envie, ça ne facilite pas vraiment l’adhésion. Et puis il y avait le metteur en scène, Tom O’Horgan, un Américain un peu déjanté, qui n’aidait pas à l’ambiance.

Qu’est-ce que tu reproches aux versions suivantes ?

J’aime beaucoup la deuxième version,  celle de 1988. J’aime beaucoup Sabrina Lory, Renaud Hantson, Wenta, les frères Groulx et bien sûr Maurane. Même la mise-en-scène est pas mal du tout. Je déplore juste le fait qu’ils aient retiré certaines chansons. Et je regrette vraiment les arrangements musicaux, très marqués années 80. Ils étaient très dans l’époque, et forcément, ça a mal vieillit.

C’est vrai que les versions qu’on entend aujourd’hui sont toujours celles de 79.françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Toujours ! Starmania, on entend toujours la première version. Quant à celle de 1994, mise en scène par Lewis Furey et tant décriée par France Gall, c’est la seule que j’ai vue en vrai. C’était un peu déroutant, car le délire de Lewis Furey n’était pas du tout celui de Berger ou de Plamandon, mais je ne l’ai pas trouvé non plus catastrophique. C’était spectaculaire, avec cascadeurs, jongleurs… On en avait plein les mirettes, c’était vraiment la grosse artillerie. Mais plus le temps passait, moins il y avait de décor, de personnes sur scène… ça devenait un peu n’importe quoi à la fin.

Et toi, est-ce que tu aurais aimé chanter dans Starmania ?

Je ne sais pas, et puis aujourd’hui c’est moi qui pose les questions. En plus, tu sais que c’est ma première interview alors c’est important de s’inspirer de ce qui a été fait avant, par les maîtres. Je vais donc, pour terminer, te poser trois questions « à la manière de ».

OK, allons-y.

On va commencer à la manière de Thierry Ardisson.

Tu as pris beaucoup de cocaïne pour écrire ce livre ? Peut-être même avec certains interprètes de Starmania ?

Avec les interprètes de Starmania, je n’ai bu que du thé ou du café. Ah! Aussi un Coca Light un jour. 

Quelle tristesse cette époque…

Maintenant, à titre personnel, je ne prends pas de drogue, mais il m’est arrivé d’être accompagné d’un bon verre de vin. Ça me détendait et finissait par débloquer la situation quand je me retrouvais dans une impasse.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmaniaA la Manière de Yann Moix.

L’impossible n’étant pas le contraire du possible, mais plutôt une sorte de possible qui serait arrivé à son incandescence, penses-tu que c’est justement parce qu’une telle comédie musicale était impossible à réaliser en France que Luc Plamondon et Michel Berger l’ont fait ?

Euh… oui. T’as pas un aspirine, s’il te plait ? 

Et enfin à la manière de Jacques Chancel. Et Dieu dans tout ça ?

Dieu n’a pas sa place dans Starmania. Etonnamment, il n’est pas du tout question de religion. Il y a juste eu dans la première version un gourou d’une secte.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Pendant l'interview...

Je reviens donc à ma première question. Tu as fait ton casting ?

Qui verrais-tu dans le rôle de Johnny Rockfort ?

C’est compliqué pour moi qui suis toujours à la recherche du nouveau Balavoine. Mais je dirai Pierre Lapointe.

J’en étais sûr. Zero Janvier ?

Renaud Hantson. Il a participé aux versions 88 et 94, il serait parfait pour faire le raccord. Et il a l’âge du rôle à présent.

Stella Spotlight?

Une québécoise aussi foldingue que Diane Dufresne à l’époque : Klo Pelgag. Elle est peut-être trop jeune, mais elle serait très bien, excentrique comme il faut. Son show est une folie totale.

Ziggy?

Eddy de Pretto.

Cristal?

Louane, tiens!

Oui, enfin si France Gall accepte. Sadia?

Je ne vois pas à quoi tu fais référence (rires). Mais ma réponse est Fishbach.

Et enfin Marie-Jeanne ?

Buridane.

Très bon casting. Merci.

Merci, c’était ta dernière question ?

Oui, et je te remercie de tes réponses.

françois alquier,mandor,interview,l'aventure starmania

Pendant l'interview (bis). (En vrai, c'est pas vrai. On a fait ça avec le retardateur après... comme d'habitude).

En off, mais l’enregistrement continue:

François : Tu crois que ça va intéresser les gens ce livre ?

Fabien : Je pense que ça va intéresser des gens, oui, bien sûr. Les fans de Berger, Balavoine, y’en a… Peut-être pas les 15/18 ans…

François : Eh ben tu sais, je suis très étonné d’une chose, je m’aperçois que, depuis un an que j’enquiquine les gens avec Starmania, beaucoup me disent qu’ils adorent !

Fabien : Tous les âges ?

François : Plein de jeunes aussi ! Parce que papa et maman écoutaient Starmania.

Fabien : Mais qu’est-ce que tu appelles un jeune aujourd’hui ?

François : Ah oui, euh…

Fabien : 20 ? 25 ?

François : Euh… oui, enfin un peu plus quand même…

Fabien : Ah oui, tu veux juste dire plus jeune que nous quoi.

François : Voilà, des jeunes de 35 ans quoi.

Quelques personnalités présentes dans le livre... avec le livre.

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Renaud Hantson (Ziggy en 1988 et 1989 et Johnny Rockfort en 1989).

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Grégoire Colard (attaché de presse de Starmania 1979 et de Michel Berger et France Gall pendant 16 ans).

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Fabienne Thibeault (Marie-Jeanne 1978 et 1979).

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Roddy Julienne, le grand gourou dans les version 1978 et 1979.

Et oui, il y a eu une merveilleuse soirée de lancement le 17 novembre dernier, à Paris, à la librairie Les nouveautés. Beaucoup de monde, dont quatre artistes de Starmania. Voici quelques photos.

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Avec René Joly, L'extra-terrestre dans la version 1978 et Roger-Roger dans la version live de 1979.

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René Joly (voir photo précédente), Roddy Julienne (le grand gourou dans la version public de 1979), Fabienne Thibeault (Marie-Jeanne en 1978 et en 1979) et Peter Lorne (une étoile noire dans la version 1988).

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Les mêmes avec le chanteur Thomas Caruso.

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Quelques invités, en début de soirée...

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En mode sérieux.

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Avec la chanteuse Céline Lenfant, le chanteur Thomas Caruso et le découvreur de talent, Olivier Bas...

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...à qui je me demande bien ce que je racontais. 

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Avec Jérôme Collet (Spartacus, Notre-Dame de Paris...) et Roddy Julienne (Starmania, Notre-Dame de Paris...)

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Les mêmes avec Corinne Labat, la présidente du Pic d'Or. 

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Avec les chanteuses et chanteurs, Geneviève Morissette, K!, Fabien Martin, Sophie Le Cam, Carole Masseport et Jean-Jacques Nyssen.

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Avec mes amis, Patrice Demailly (journaliste) et Arnold Turboust (auteur-compositeur-interprète).

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Avec Laurent Balandras (éditeur, manager, auteur...)

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Les chanteuses Céline Lenfant (à gauche) et Déborah Elina, entourant Stéphane Violas et Alexei Smigielski (ASV Chansons).

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Quelques invités...

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La présidente du Pic d'Or, Corinne Labat, avec deux Pic d'Argent K! et Thomas Caruso.

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Avec les deux humoristes, comédiens, auteurs, Jonathan O'Donnell et Akim Omiri.

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Avec mes potes comédiens et auteurs, Kaza, Vincent Scalera et Guillaume Gamand.

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Boris Gasiorowski (animateur et manager), Roddy Julienne et Peter Lorne.

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Avec Stéphane Violas (organisateur de spectacle) et la chanteuse Sophie Le Cam.

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Avec les quatre artistes de Starmania et mon pote de toujours, l'animateur de Nostalgie, Olivier Louvet. 

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Petit melting pot de photos. Merci à tous d'être passés, vous dire que l'émotion était là est un euphémisme...

On parle du livre là:

Dans la presse écrite : 

FrancoFans (le bimestriel indé de la scène francophone, décembre/janvier 2018, n°68): 

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Open Mag (le journal gratuit de la FNAC, n°201, décembre 2017, janvier 2018):

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Gala (n°1278, du 6 décembre 2017):

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Hexagone (janvier-février-mars 2018 n°06) :

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France Dimanche (N°3722, 29  décembre 2017).

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Sur le net :

Chez TouteLaCulture.com.

Sur le site de  France  Bleu.

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France Bleu avec Julien Baldacchino. 

Sur le site de TV Melody.

Sur le blog consacré aux biographie, Bios enchantées.

Sur le site consacré aux comédies musicales, Musicale Avenue.

Sur un autre de même type, Regard en coulisses.

Sur le site culturel Art Six Mic.

Sur le site culturel, Culturellement Vôtre  (l'article certainement le plus détaillé de tous.)

Sur le site culturel Week-People.

Sur le site culturel FanMuzik.

Sur le "quotidien des professionnels des médias" Médias+.

Sur le site culturel Fenêtres sur blog (Music Box).

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Avec Gérard Quentin de Music Box.

Sur la page YouTube du Monde du ciné (dans la hotte du Père Noël).

Sur le site consacré à la chanson française, Chanter, c'est lancer des balles.

Sur un autre site consacré à la chanson française (et pas des moindres), Nos Enchanteurs

Sur la page Facebook de Broadway à Paris.

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Avec Mickael Obry de Broadway à Paris.

Le livre est aussi conseillé comme cadeau de Noël par le site Culture Hebdo, le carrefour d'information du livre au Québec et dans le monde, La Presse, site d'info de Montréal,  Le Journal de Montréal et par le site consacré  aux livres et aux films, Baz'Art.

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Le Journal de Montréal (25 novembre 2017).

Une idée de cadeau en or et un jeu concours dans le n° spécial fêtes de Maxi (n°1624, du 11 au 17 décembre 2017).

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Un  autre jeu concours avec la radio partenaire du  livre, Nostalgie, sur leur site, du 4 au 10 décembre 2017. 

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Et, malheureusement, la presse people et leurs extraits non contextualisés.

Le pompon avec Voici, puis Yahoo qui copie-colle, et ceux qui suivent, GalaNon Stop People, OrangePure People, Free, Télé Loisirs, Le Gossip, People no limit, Femme Actuelle, 7 sur 7Le Point (oui, même eux!), Le Figaro, Pure Break...

Quelques médias:

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MOI FM (le podcast de l'interview est là!), le 16 octobre 2017, dans L’œil de Sab animé par Sabrina Fraty. Emission avec Fabienne Amiach (présentatrice de la météo sur France 3 depuis 28 ans) pour son livre "Les potagers des grosses légumes" aux éditions Fortuna.

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Sabrina Fraty, Fabienne Amiach et moi.

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Sabrina Fraty, Fabienne Amiach et moi.

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Fabienne Amiach et moi interprétant en direct, "Le monde est stone".

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Photo d'après émission avec Sabrina Fraty, le rappeur Alibi Montana (directeur de la radio), Fabienne Amiach et moi. 

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Ici avec Olivier Vadrot (manager d'artistes), Sabrina Fratry, Fabienne Amiach et son éditeur François Michalon

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Radio Air Show, le 27 octobre 2017, dans Le Kiosque, animé par Arno Koby. (Le podcast est là).

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Face à toute l'équipe de l'émission Le kiosque

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En pleine écoute.

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Présentation de l'ouvrage. 

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L'auteur compositeur interprète et humoriste Show Man, William Klank (http://william-klank.com/) présente l'objet.

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Avec l'animateur Arno Koby et le chanteur Ben. 

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Jacky lave plus propre (JLPP), présenté par Jacky sur IDF1, le 7 novembre 2017. (Le podcast de l'interview est là. Commencer à 24'16'')

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Avant l'interview, le divertissement (tout est visible ici en replay). Ici Jonglage.

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Là, dessin.

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Si. Ceci est bien une chaise. 

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Sauter à cloche-pied en épelant un mot à l'envers. La promo d'aujourd'hui.

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Enfin, l'interview...

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Avec les deux autres invités (très sympathiques), la chanteuse Noon et le chanteur Olivier Saf.

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Radio Campus Paris (93.9 FM) le vendredi 10 novembre 2017 de 21h à 22h30, l'émission TriFaZé avec Buridane, Alysce (en direct) et moi (en différé) animé par l'excellente Cécile Goguely et la participation de Cyril Adda. Le podcast de l'émission est là (début d'interview sur le livre à 58'29''). 

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Enregistrement de l'interview par Cécile Goguely, le 5 novembre 2017 à l'agence Mixicom.

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Le 15 novembre 2017, dans les matinales d'IDFM (Radio Enghien), présenté par Christophe Caron. (Pas de podcast).

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Sur France Musique, le dimanche 10 décembre dans l'émission, 42e Rue, présentée par Laurent Valière, le livre est chroniqué. 

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Le 30 novembre 2017, dans l'émission 18h-Minuit présenté par David Khalifa, sur la chaîne de télévision Non Stop People

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En régie...

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Avec le journaliste David Khalifa après l'interview.

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Le 4 décembre 2017, sur la télé des Pyrénées HPyTv dans l'émission présentée par Steeve, HpyHour (#136). A partir de 4'18''

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Le 15 janvier 2018 dans l'émission "Loft Music" sur Sud Radio présenté par Yvan Cujious, depuis le studio Luna Rossa à Paris avec les artistes Noon, Geneviève Morissette et Cyril Adda. L'émission en podcast est là

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Noon, Cyril Adda, Geneviève Morissette, moi et Yvan Cujious.

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Cyril Adda, Noon et Geneviève Morissette. 

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Après l'émission, Cyril Adda, Geneviève Morissette, Noon, moi et Yvan  Cujious.

Quelques signatures: 

Dédicace (en toute discrétion) au Rivoli 59, dans le cadre de la journée de présentation du Mégaphone Tour 2017-2018.

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Avec Geneviève Morissette.

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Séance de dédicaces du livre à l'Espace Culturel Leclerc du Méridien à Ibos (à coté de Tarbes).

La Nouvelle République des Pyrénées a annoncé l'événement. 

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Pyrénées infos Tarbes, aussi (lire là).

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Des anonymes fans de Starmania...

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...et des amis.

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La Nouvelle République des Pyrénées du mardi 21 novembre 2017 est revenu sur cette signature. 

18 décembre 2017

MontparnassE: Interview pour (Des) Couleurs manifestes

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(Photo : Lo Bricard)

philippe montparnasse,(des) couleurs manifestes,cali,jean-patrick capdevielle,interview,mandorMontparnassE, je ne connaissais que de nom. Je savais que l’artiste existait, mais je ne l’avais jamais écouté/entendu. Récemment, son attachée de presse (amie de moi) me glisse son dernier disque, (Des) Couleurs manifestes, dans la main en m’indiquant que  je devrais aimer (je suis donc si prévisible que cela Anne Claire Galesne ?) Bon, elle avait raison. J’ai adoré dès la première écoute. Une voix Goldmanienne, des chansons Coldplayiennes et de magnifiques mélodies. Evidemment, j’ai souhaité rencontrer Philippe MontparnassE. Ainsi fut fait le 20 novembre dernier dans son QG parisien. Un sympathique bar à vin (dans lequel, raisonnablement, nous avons bu un café).

Biographie officielle :

La chronologie de MontparnassE est simple. Tout part du rock et y revient. En 2007 Jean-Patrick Capdevielle produit les premiers titres de Philippe Deyrieu, qui se produira désormais sous le nom d’emprunt de MontparnassE. Très vite un album destiné uniquement aux sorties de concerts verra le jour Pop Tasty, Philippe joue beaucoup sur scène et rôde déjà les chansons de demain. C’est tout naturellement que vient alors le premier vrai disque studio de l’artiste, Anachronique réalisé par Ken Ploquin (Bashung, Daho, Hugh Coltman). MontparnassE emmène cet album aux 4 coins de la France et bien au-delà, pour enfin s’arrêter à Londres où démarre la production de son second album, Studio d’Eux. C’est à Abbey Road que ce 2ème opus prendra racine, réalisé par Chris Bolster (Coldplay, Paul McCartney, Oasis) MontparnassE y enregistre les 12 titres d’un LP où se rencontrent les bienveillants fantômes des idoles Pop, des idoles rock, des années Never mind et Doc Martens.

Un single plus loin, ce sont des pages inattendues qui s’ouvrent : l’invitation un dimanche sur un célèbre canapé rouge, de Michel Drucker et Jean-Paul Belmondo, ému d’être cité dans son titre « Quand j’étais Jean-Paul Belmondo ».

En 2013 MontparnassE signe la BO du film Le Cœur des Hommes 3, et démarre une tournée d’où sera tiré Détours Live, le premier album live de l’artiste. Pour le mixage de ce dernier, Philippe fait appel à Vincent Perrot (arrangeur sur quelques titres d’Anachronique, 5 ans plus tôt). L’entente est comme au premier jour... Et l’idée de confier le tout nouveau titre fraîchement écrit intitulé « Another Strange day » à Vincent pour « essayer des choses » fait son chemin...L’envie d’insuffler un peu d’électro dans sa musique aussi... Le résultat est remarquable...

Fort de cette nouvelle collaboration, Philippe entame l’écriture et la composition des 10 autres chansons originales qui, associées à « Ma France » - superbe reprise de Ferrat - et à « Écoute moi jusqu’au bout » dont Cali signe le remarquable texte - forment aujourd’hui le 3ème album studio de MontparnassE.

philippe montparnasse,(des) couleurs manifestes,cali,jean-patrick capdevielle,interview,mandorLe disque :

MontparnassE nous livre un nouvel album aux sonorités pop, électroniques, qui sans que l'on s'en aperçoive, nous font battre du pied, bouger la tête, chanter, nous lever et danser. Pendant l'enregistrement, très vite s'est imposé l'envie de partager avec des artistes, amis de longue date et plus récents, cette jolie fête "manifestement colorée". Ainsi vous retrouverez sur cet album Cali (« Ecoute-moi jusqu'au bout »), Jean-Patrick Capdevielle (« Kiss Kiss ») et Noémie Alazard (« Quand tu m'entraines »). (Des) Couleurs manifestes est le 3ème album studio de MontparnassE. Arrangements et réalisations Vincent Perrot. Orchestre symphonique de Budapest dirigé par François Rousselot. Mixé par Vincent Perrot et masterisé par Benjamin Joubert.

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(Photo : Lo Bricard)

philippe montparnasse,(des) couleurs manifestes,cali,jean-patrick capdevielle,interview,mandorInterview : 

Ta passion de la musique vient-elle de ta famille ?

J’ai un grand-père qui était accordéoniste de bal, mais ça n’a rien à voir. Quand j’étais jeune, ma mère écoutait beaucoup de chansons françaises comme Ferrat et mon père était très Pink Floyd et Beatles. Moi j’aimais bien Goldman, Souchon et Cabrel. J’ai été bercé par ces différents  artistes pendant très longtemps. 

Et ton rapport avec un instrument de musique, il est venu comment la première fois ?

Très banalement. J’ai fait mes premiers accords basiques sur la plage pour draguer les filles, nous étions dans les années 90. C’est comme ça que j’ai commencé, mais après j’ai continué. Je ne faisais que des reprises.

Tu as eu l’idée d’écrire tes chansons rapidement ?

C’était à une époque où je travaillais dans un restaurant à Montparnasse. Avec le copain qui m’avait appris mes premiers accords, Vincent, on écrivait des chansons pour se marrer et se faire plaisir, sans penser en faire quelque chose de concret. Un jour, on a écrit une chanson qui s’appelle « Ce ne sont pas des anges ». Dans le restau où je travaillais, on avait comme voisin Jean-Patrick Capdevielle. Un jour, je suis allé lui demander si je pouvais lui donner une cassette avec quelques morceaux. Il accepte en me disant qu’il me donnera son retour. 15 jours après, je reçois un message sur mon répondeur. C’était lui qui me disait qu’il trouvait qu’il y avait quelque chose dans mes chansons. Du coup, d’une partie de rigolade, je commençais à vouloir que cela devienne un truc sérieux.

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Jean-Patrick Capdevielle et Philippe MontparnassE.

Ça a été un déclic ?philippe montparnasse,(des) couleurs manifestes,cali,jean-patrick capdevielle,interview,mandor

Oui, parce que pour  une fois j’avais l’avis d’un pro. Ma famille et mes amis adoraient ce que je faisais, mais j’avais besoin d’avis de personnes objectives. Depuis ce jour, toutes les chansons que j’écris, je lui envoie systématiquement. Il écoute et il me donne son avis.

Vous n’avez pourtant pas le même univers musical tous les deux.

C’est vrai. Jean-Patrick est un peu hostile à la chanson française et je crois que le fait qu’il aime mon projet et qu’il décide de le produire m’a beaucoup rassuré sur le chemin que je devais prendre.

Un jour tu lui envoies « M’enfermer dehors ».

Oui, et il change de discours. Il voudrait que l’on se parle parce qu’il souhaite me produire. Ce qu’il fera en 2007 avec l’album Anachronique.

A partir de là, tu te dis : « si j’en faisais un métier ? »

Disons que c’était un rêve qui commençait à devenir un peu une réalité. J’avais autour de moi des gens qui aimaient bien ce que je faisais, qui avaient l’air motivé, je jouais avec des types comme Christophe Deschamps qui était le batteur de Goldman, j’entends mes chansons dans des versions professionnelles... c’est sûr que ça me galvanisait pas mal et ça m’a incité à continuer à écrire de  nouvelles chansons. Tout d’un coup, les choses devenaient possibles.

Clip de "Couleurs manifestes".

Ta voix (que  j’adore) a-t-elle été influencée par tes ainés ?

Je ne sais pas. Pendant des années, j’ai chanté le répertoire des autres, il m’en reste peut-être quelque chose inconsciemment.

Ton disque sonne très actuel ?

Pour ce nouvel album, j’ai adapté le projet aux sons d’aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas dans les précédents. J’ai procédé différemment  qu’avec les deux autres : J’ai écrit les musiques, on les a réarrangées et je me suis interdit d’écrire une ligne de texte. Avant j’écrivais paroles et musique en même temps, désormais je souhaite que les arrangements expriment un univers par lui-même.

Reprise de "Ma France" de Jean Ferrat. Une chanson importante pour la famille de Philippe MontparnassE.

philippe montparnasse,(des) couleurs manifestes,cali,jean-patrick capdevielle,interview,mandorParle-moi de ta collaboration avec Cali.

Nous nous sommes rencontrés aux Francofolies de Spa en Belgique. Je crois que l’on peut dire que nous sommes les deux artistes les plus programmés de ce festival. Au bout d’un moment, j’ai voulu faire la connaissance de cet artiste que j’aime beaucoup. On m’en parlait à chaque fois en bien. Je le confirme, c’est un type bien. Je lui ai proposé de chanter une chanson ensemble, il n’a pas dit non.

Et ensuite ?

Un jour, de passage à Paris, il m’appelle pour  me dire qu’il est en studio et que si je le souhaite, on peut se voir. Je lui fais écouter les chansons du nouvel album, il semble adorer tout et me complimente sur ma voix. Après il repart en tournée, je lui envoie des musiques, dont celle d’ « Ecoute-moi jusqu’au bout ». Un peu plus tard, il me fait un texte dessus. On se retrouve ensemble de nouveau à Paris et il tient à me le faire découvrir devant moi pour me jauger pendant que je l’écoute. Il était vraiment au service du projet et d’une humilité totale, parce que je ne suis personne. Il n’avait pas de précautions particulières à prendre avec moi et pourtant, il en a pris. Le texte était magnifique et je ne pouvais rien lui apporté de plus, alors on a décidé de l’enregistrer.

Clip de "Another Strange Day".

Je suis impressionné par la production de ton album.

Je le dois à Vincent Perrot. Pas l’animateur d’RTL, hein ! Il a arrangé et réalisé tous les titres. Il a fait un travail formidable. Avec nous, nous avons eu l’orchestre philarmonique de Budapest… et puis, on a enregistré dans de très bons studios. Ce n’est pas un album d’appartement (rires).

C’est quoi le style MontparnassE ?

Je ne sais pas. Je pense que c’est de la chanson française avec une connotation pop anglaise. Il y a des références qui s’installent derrière, toutes proportions gardées bien sûr. Parfois un peu de Coldplay, parfois un peu de Beatles… c’est parce que j’écoute beaucoup ces artistes. Je ne crois pas plagier quiconque, mais j’aime ces sons-là.

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Pendant l'interview...

Il y a eu du financement participatif ?

Avec KissKissBankBank, c’est devenu une aventure incroyable et collective. J’ai tout expliqué au fur et à mesure de l’avancement du disque à ceux qui ont participé. Certains contributeurs ont fait les chœurs de certaines chansons. Beaucoup sont venus écouter dans un studio la première mouture du disque… bref, je les ai impliqués. Beaucoup  de liens entre nous se sont créés. C’est devenu leur disque. Bon, il faut aussi que je précise qu’après, il a fallu que j’ajoute de l’argent parce que la machine s’est emballée (rires).

philippe montparnasse,(des) couleurs manifestes,cali,jean-patrick capdevielle,interview,mandorTu as fait la BO du film Le cœur des hommes 3. Comment es-tu arrivé sur ce projet énorme ?

C’est encore une histoire de rencontre. Dans ma vie musicale, ce n’est que ça. Il n’y a pas de choses forcées en fait. Avec le réalisateur du film, Marc Esposito, nous avons une amie comédienne en commun, Albane Duterc. Elle est venue me voir en concert accompagnée de Zoé Félix et Marc Esposito. Il semblerait que ce dernier ait beaucoup aimé ce qu’il a vu et entendu. Comme il  y avait un after après le concert dans un bar, avec Marc, nous avons sympathisé jusqu’à 4 heures du mat. On s’est revus pour diner ensemble la semaine suivante, ça s’est terminé encore jusqu’à 4 heures du mat. Bref, on est devenu potes, mais on ne parlait jamais musique. Notre relation était telle que je m’interdisais de lui demander quoi que ce soit de professionnel de peur qu’il pense que tous nos moments passés ensemble étaient intéressés. Un jour, il part tourner son film « Le cœur des hommes 3 » en juillet et août et moi je pars en vacances. En septembre, il m’envoie un mail m’expliquant que tout s’est bien passé. Il me demande si je veux faire des essais de musique pour le film. Evidemment,  j’accepte. Je m’enferme pendant une semaine et je lui écris une douzaine de titres. Je lui envoie un vendredi soir, le samedi matin, il me répondait. Il a adoré. Après on a affiné et peaufiné par rapport aux différentes séquences. 

Tu avais vu les deux premiers ?

Oui et j’en étais fan. Ce qui a facilité la création des musiques… quand on connait parfaitement les personnages et l’univers dans lequel ils évoluent, on est plus inspiré.

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A la fin de l'interview, le 20 novembre 2017.

14 décembre 2017

Natalia Doco : interview pour l'album El Buen Gualicho

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(Photo : Maria Paula Desch)

Par ce temps hivernal, une petite escale en Amérique du sud serait de bon aloi. Cela tombe bien (les hasards de la vie, quand même…), l’auteure-compositrice interprète argentine installée en France depuis 4 ans, Natalia Doco revient plus chamanique que jamais avec El Buen Gualicho. Elle distille ses sonorités latines dans quatorze nouvelles chansons entre douceur et énergie, comme une seule et même respiration.

Pour en parler, j’ai rencontré la jeune femme dans un bar parisien, le 20 octobre dernier.

natalia doco, el buen gualicho, interview, mandorBiographie officielle :

Préparé avec le soin et les incertitudes d’un premier album, Mucho Chino sort en Juin 2014. Cet opus jazzy-sucré présente les compositions de Natalia, et presqu’autant de reprises, plus ou moins assumées par la chanteuse. Mais quand on a la chance de signer avec un label à Paris, sans parler un mot de français et après des années de vaches maigres en Argentine puis au Mexique, on est prêt à certaines concessions.

15.000 albums et 75 concerts plus tard,  Mucho Chino est un premier album qui a trouvé son public médiatique et scénique : tant celui de Gilberto Gil que de Yannick Noah, de Faada Freddy, Brassens, Flavia Coelho ou Calogero.
En avril 2015, quelques jours avant de nous quitter, Rémy Kolpa Kopoul, connexionneur hexagonal de la world music, met en contact Natalia avec Axel Krygier. Les deux argentins commencent alors à travailler sur deux premiers titres, puis sur un album entier.
C’est en effet la première fois que le génie de la scène indépendante argentine accepte de produire un album pour un autre artiste. Le challenge est grand puisque 11.000 km séparent Natalia et Axel, deux artistes à part entière qui doivent partager une vision sans concession d’une pop argentine moderne.

L’album El Buen Gualicho:natalia doco, el buen gualicho, interview, mandor

Krygier rassemble son équipe de musiciens porteños, réalise et orchestre les morceaux. Natalia les rejoint en été (l’hiver français) pour insuffler sa vision et participer activement à la réalisation de son « vrai premier album… entier ».
C’est tout début 2016, alors que la majorité des instruments est enregistrée, que le label Belleville Music décide de mettre fin partiellement à ses activités. Dans ce contexte, Natalia préfère embrasser totalement son indépendance et monte avec son compagnon, Florian Delavega, le label Casa Del Árbol.

Cette fois, Natalia est aux commandes de son album et elle en signe tous les titres, avec quelques jolies collaborations : Belle du Berry (Paris Combo), le duo Yépa et Florian Delavega co-signent quelques textes en français. El Buen Gualicho, l’incantation bienfaisante, se décline en 14 titres. On y retrouve la nostalgie de la solitude, des doutes, mais aussi l’inspiration puissante du continent sud-américain (cumbia, chacarera, copla…), le réveil d’une féminité assertive, des mantras inspirants aux harmonies complexes.
La jeune sirène ensorcelante annoncée sur le premier album a retrouvé ses jambes, et elle enfonce ses pieds nus dans la terre de ses ancêtres, y puise une énergie nouvelle, convoque la lune et les esprits, incarne le pouvoir féminin ancestral de voix multiples.

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(Photo : Hugues Anhes)

natalia doco,el buen gualicho,interview,mandorInterview :

Axel Krygier n’avait jamais travaillé pour un autre artiste. Comment cela s’est-il passé ?

Pour moi, c’est un vrai génie et une personne extravagante. Quand on parle avec lui, on ne peut pas avoir une conversation normale. Il place toujours son interlocuteur dans une ambiance surréaliste.

Vous aviez fait plusieurs sessions par Skype avant de vous rencontrer personnellement.

Oui, pendant un an. On ne parlait finalement pas beaucoup musique. Quand je lui expliquais en image ce que je voulais dans une chanson, il m’envoyait une maquette et c’était exactement ce que j’avais imaginé. Il y avait une formidable osmose entre nous.

Dans le précédent disque, il y avait des reprises, contrairement à celui-ci dans lequel ne figurent que des chansons originales de vous.

Pour les textes en français, j’ai reçu un peu d’aide. Ça fait presque 6 ans que j’habite ici et j’ai voulu écrire comme je pense. Aujourd’hui, je pense plus en français qu’en espagnol. Ca me parait donc normal de chanter dans les deux langues. Ce n’est pas un choix, c’est une évidence. J’adore cette langue et je ne rêve que d’une chose : ne plus avoir d’accent.

Clip de "La Ultima Cancion".

En France, on a tout de suite apprécié l’artiste que vous êtes.

Ça m’a touché parce que ça n’a pas été le cas dans mon pays natal. J’ai essayé plusieurs fois d’avoir une carrière en Argentine, mais je n’ai jamais réussi. Là-bas, musicalement, il n’y a pas trop d’évolution. Les artistes qui marchent le mieux sont des groupes de quartier qui font du rock national, et ils sont composés uniquement de mecs. Il n’y a jamais de fille. Je connais plein de copines qui ont pourtant beaucoup de talents et des projets intéressants, mais personne n’investit sur elles. Ici, le public français est bienveillant et curieux de découvrir de nouvelles musiques. J’apprécie beaucoup.

Il y a plein d’images, de métaphores dans ce disque.

Quand on écoute mon disque, il faut mettre les écouteurs, fermer les yeux et on peut éventuellement partir dans un voyage unique. Ce ne sera pas le même voyage selon les personnes qui écoutent. J’ai toujours voulu faire ça avec la musique : transporter les gens ailleurs. J’essaye de ne pas donner beaucoup d’explications précisément pour que chacun s’approprie les chansons à leur manière.

Je n’aime pas parler des pochettes dans les interviews, mais celle-ci n’est pas banale. Elle est pleine de symboles…  On vous voit méditative et sereine.

Ça représente plein de choses. J’ai voulu montrer la femme sacrée qui existe dans toutes les femmes et qui est complètement oubliée à cause notamment de la religion. Les religions annulent la féminité de la femme. Il y a sur la pochette des symboles et des traditions un peu compliqués a expliquer en quelques mots, mais qui ont à voir avec l’intuition et le pouvoir féminin. La fleur de lotus représente l’épanouissement si elle se trouve dans un état intérieur connecté, méditatif. Il y a aussi les cycles de la lune, parce que les femmes sont forcément connectées à elle. On y voit aussi le désert de mon pays, parce que c’est l’endroit le plus mystique que j’ai connu dans ma vie. Dans mes chansons, je parle de tout ça, mais pas au premier degré, parce que j’ai peur de mettre des limites par rapport aux personnes qui n’ont pas toutes ces croyances en elles.

Clip de "Respira".

Que pensez-vous de ce qui marche aujourd’hui en matière de musique en France ?

Quand j’écoute la radio, ça me donne envie de pleurer. On entend des gens qui n’ont rien à dire. Je ne sais pas, au hasard, le dernier album de Shakira… vous ne comprenez pas les paroles, mais heureusement pour vous. On oublie d’élever l’esprit des gens alors qu’il est possible de l’épanouir avec l’art. Je me demande parfois s’il n’y a pas un complot pour endormir le peuple. Le niveau de superficialité et de vacuité dans ce qu’on entend me chagrine. En tant que société ou même en tant qu'être humain, on va où avec ce que l’on nous propose ?

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(Photo : Maria Paula Desch)

L’artiste à la mission d’élever les gens ?

Pour moi oui. Sinon, je ne ferais pas ce métier. Je resterais dans la forêt et la vie serait belle. Ma position de chanteuse me sert à délivrer des messages. Je le prends comme une mission. Si on me donnait le pouvoir de Shakira, je transmettrais d’autres valeurs. J’essaierais de faire prendre conscience aux femmes de leur pouvoir, j’essaierais de faire comprendre aux hommes d’utiliser leur côté féminin pour pouvoir changer les choses, pour élever notre société, lui faire prendre conscience de ce que l’on mange, ce que l’on vit, ce que l’on pense, ce que l’on dit. L’homme qui va réveiller sa part de féminité ne va jamais harceler une femme.

Que pensez-vous de ce qu’il se passe au niveau de la libération de la parole de la femme actuellement ?

C’est le début de quelque chose. Nous sommes fatiguées d’être un objet et on commence à se réveiller vraiment. Moi, je suis indépendante. J’ai des activités professionnelles, je n’appartiens à personne.

 

Est-ce que votre disque est un disque militant ?

Oui. Je voudrais qu’il le soit.

C’est un disque féministe ?

Je n’aime pas le mot féministe parce qu’il laisse de côté les hommes. Je trouve que les hommes ont des qualités incroyables. Ce qui m’importe au fond, c’est d’être dans une énergie équilibrée. Je ne veux pas faire la guerre à un homme complet.

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Le 20 octobre 2017, après l'interview. 

13 décembre 2017

Jo Wedin et Jean Felzine : interview pour l'album Pique-Nique

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(Photo : Louis Teran)

jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandorLa suédoise Joanna Wedin, ex-membre du groupe MAI et le français Jean Felzine, chanteur et guitariste du groupe Mustang commence peu à peu à se forger un nom dans la french pop. Leur premier album, Pique-Nique, réunit toutes les influences musicales des années 1960-1970 : rocksteady, rockabilly, pop française, soul. Leurs chansons d’amour corrosifs peuvent parfois faire esquisser un sourire. Même si c’est la voix de Jo que l’on entend le plus, leur association vocale idéale laisse filer une certaine nonchalance et des refrains très accrocheurs. Ce disque, harmoniquement et mélodiquement formidable, entre nostalgie et modernité, place la pop sur un beau piédestal.

J’ai rencontré Jo Wedin et Jean Felzine  hier, le 12 décembre, au café des Ondes, pour évoquer l’album et le Divan du Monde de ce soir, qui fait office de soirée de lancement du disque.

Biographie officielle :

En 2015 sort le premier EP auto-produit de ce duo de songwriters franco-suédois, où la guitare de Jean Felzine, nerveuse et expressive répond à la voix de Jo Wedin, très pure, aux accents de soul blanche. Deux titres sont remarqués : « Idiot », gros slow en forme de séance d’humiliation et « Les hommes (ne sont plus des hommes) », disco-funkcaraïbes au texte mordant. Leur premier album réalisé par Etienne Caylou donne une vision plus nette de leur talent singulier.

L’album :jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandor

L’ouverture, « Chanter, baiser, boire et manger » aux accents rocksteady, est un hymne hédoniste en surface, mais une lovesong désabusée en profondeur. Elle a valeur de note d’intention pour l’album : un disque de pure pop, généreux, varié et sexy, plein de chœurs, de refrains et de d’accroches de guitare, mais aux textes surprenants, plus drôles ou risqués qu’il n’y paraît, à l'image de l’autre hymne de l’album, le dépressif « Un jour de plus un jour de moins ».

Au menu de ce Pique-Nique aux allures de best of, un vrai catalogue de sentiments humains, et féminins en particulier, incarnés par Jo à tour de chanson avec juste ce qu’il faut d'accent suédois. Envie (une « Femme de chambre » hitchcockienne qui menace sa patronne sur fond de guitares surf) ; ennui (le très glam-rock « Ne fume jamais au lit »), érotomanie (le calypso « Je t’aurai ») ; nymphomanie et sexe en plein air (« Les eaux claires »), et même une chanson sur la chirurgie esthétique (« Nez, lèvres et menton »). Une variété de thèmes qui répond à celle d’arrangements aux influences multiples : soul, pop, caraïbes… et toujours ces belles harmonies à deux voix. Ils reprennent à leur façon le fameux « After Laughter (Comes Tears) », perle soul de Wendy Rene. Dans « Le jeu » qui clôt le disque, les deux chanteurs jouent avec leurs rôles - ces clichés de blonde sexy et de brun ténébreux - et décrivent toutes les étapes d’une relation d’un soir, ou d’une vie, on ne sait pas trop. Ça ressemble autant à une parade amoureuse qu’à une marche funèbre. Tout l’art du duo est là-dedans.

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jo wedin,jean felzinee,pique-nique,divan du monde,interview,mandorInterview :

A votre première rencontre, vous avez vite su que ça allait marcher entre vous musicalement ?

Jean : Au premier rendez-vous, on a remarqué que nous aimions la même chose en musique. Les belles mélodies, les belles voix et l’énergie… nous avions tous les deux la même vision de la pop.

Jo : Nous deux, on a toujours travaillé avec plein de musiciens. Mais c’était la première fois que je n’avais pas besoin d’expliquer ce que je voulais. Nous étions sur la même longueur d’onde.

A la base, Jo, vous aviez fait appel au talent de Jean pour faire des chansons juste pour vous. Il était là simplement pour vous aider, mais c’est devenu un duo très vite.

Jean : Oui, dès le premier concert. Les gens nous disaient que nos voix allaient bien ensemble et que le duo fonctionnait à merveille.

Jo : Avant le concert, effectivement, on faisait des chansons, mais c’est moi qui chantais et Jean qui faisait les chœurs. Après ce fameux concert, effectivement, nous nous sommes mis à écrire des chansons à deux. J’ai laissé tomber momentanément mon projet solo.

Dans l’album finalement, il n’y a que deux duos, sinon, c’est Jo qui chante les dix autres  titres.

Jean : Ce dont nous sommes certains, c’est que dans le futur, nous allons en faire plus. Dans cet album, il reste des vestiges de ce que devait être son projet solo.

Jo : On aimerait avoir la moitié de notre répertoire en duo.

Votre premier EP date de 2015. Sur l’album, vous n’en avez repris que deux morceaux, « Idiot » et « Les hommes (ne sont plus des hommes) ». Pourquoi ?

Jean : On a estimé qu’il fallait que les gens aient une raison d’acheter ce deuxième disque s’ils avaient déjà l’EP. On a choisi les deux chansons qui ont été les plus remarqué. Les autres, nous les jouions déjà sur scènes.

Clip de "Les hommes (ne sont plus des hommes)".

Il y a une constante dans les textes de vos chansons, c’est la domination de la femme sur l’homme… avec  humour.

Jo : Ça vient de moi. Mon côté suédoise (rires).

Jean : Je me souviens d’un concert ou était venu Nicolas Ker, le chanteur de Poni Hoax. Il m’a dit : « mais qu’est-ce qu’elle t’envoie dans la gueule ta copine ! » Je lui ai répondu que j’écrivais les chansons avec elle. Il m’a répondu : « tu es un pervers alors ! »

C’est vrai que dans « Les hommes (ne sont plus des hommes) », on en prend pour notre grade.

Jo : C’est une chanson ironique. Les gens qui écoutent cette chanson et qui le prennent mal, ce sont des hommes ont peur de perdre leur virilité aujourd’hui. On parle toujours de la femme en expliquant comment elle doit être, comme elle doit se comporter… etc. Rien n’a changé depuis les années 50. J’ai voulu inverser la chose en écrivant cette chanson avec Jean. On trouvait ça marrant.

Dans « Idiot », une femme explique à un homme comment il faut la séduire.

Jo : Quand tu dis trop à quelqu’un que tu l’aimes, la magie disparait. Comme c’est moi qui chante cette chanson, c’est une femme qui parle à un homme, mais on peut inverser les rôles et le sujet reste vrai de la même façon.

Clip de "Idiot".

La vie de couple est très présente dans ce disque.

Jean : Ce n’est pas forcément la nôtre. On a transposé pas mal d’histoires vues à droite à gauche.

Vous ne faites pas que des chansons amusantes. « Un jour de plus, un jour de moins », par exemple, n’est pas gaie.

Jo : Nous évoquons la dépression.

Jean : C'est ma chanson préférée de l'album, je crois.  J’aime bien les disques où il y a des émotions différentes. C’est important qu’il y ait à la fois l’humour, des chansons pour danser et des chansons tristes. 

Clip de "Un jour de plus, un jour de moins".

Votre disque est un délicieux mélange de modernité et de rétro.

Jean : On écoute un peu de pop contemporaine, mais on écoute surtout de  la pop des années 50, 60, 70. Fatalement, ça se retrouve dans le disque.

Jo : Avec Jean, on ne se met aucune limite.

J’adore « Le jeu ». Une chanson sur la parade amoureuse que doivent se faire un homme et une femme au début d’une relation.

Jean : C’est surtout une chanson sur la nécessité de faire semblant dans la vie, sur l’importance du mensonge. Le mensonge est primordial dans la vie.

Jo : Dans un couple, si tu dis tout ce que tu penses, il explose en moins de deux.

Clip de "Je t'aurai".

Jean, ce projet en duo n’a pas mis un terme à votre collaboration à Mustang.

Jean : Pas du tout. On enregistre en ce moment. En 2017, il est compliqué pour un artiste de survivre avec un seul projet.

Et vous Jo, vous êtes toujours avec le groupe MAI ?

Jo : Non, moi je fais un projet solo dans lequel je chante entièrement en anglais.

Jean : On a gardé nos deux noms dans notre projet commun, car l’idée n’était pas de se marier sur disque. Ça nous permet de continuer à faire des choses séparément.

Jo : J’ai l’impression que ce n’est pas très français de faire plusieurs projets musicaux. Enfin, je dis ça, mais je trouve que ça commence à changer. En Suède ou aux Etats-Unis, depuis des années, tout le monde joue dans un groupe, en solo, en duo ou accompagne un autre artiste à la guitare. C’est commun.

Jean : J’ai des goûts différents, même parfois un peu contradictoire. C’est difficile de mettre tout ça dans un seul projet.

Clip de "Chanter, baiser, boire et manger".

Il faut garder une cohérence dans un album.

Jean : Voilà, c’est ça. C’est peut-être une erreur que l’on a faite à un moment avec Mustang. En tout cas, avoir plusieurs projets permet de satisfaire ma schizophrénie. Avant, il fallait choisir son camp, savoir à quelle famille on appartenait et s’y tenir. Aujourd’hui, ça n’existe plus.

Il y a une chanson en Anglais, « After Laughter (Come Tears) », une reprise d’une chanson de Wendy Rene.

Jo : J’adore cette chanson depuis très longtemps. Au début, je ne me sentais pas assez douée pour la chanter et Jean a un peu insisté.

Jean : Je voulais la traduire, je n’y suis pas parvenu.

Jo : On ne voulait pas faire cette chanson en moins bien, du coup, on a gardé le texte anglais. Jean a ce talent de reconnaître qu’il ne peut pas faire telle ou telle chose.

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Quand vous écoutez l’album, vous en êtes fier ?

Jean : On aurait aimé avoir plus d’argent pour le faire. Cela nous aurait permis d’avoir de vraies cordes. J’adore les cordes. Il y a des violons sur quasiment toute la musique que nous écoutons. Sinon, je n’ai pas d’énormes regrets sur le disque.

Ce qui est bien, c’est que vous n’êtes pas dans la mouvance actuelle. J’aime votre singularité.

Jo : On a aussi conscience que c’est un risque. Mais l’idée de ne pas faire comme tout le monde est assez jubilatoire.

Vous aimez qui comme artistes français ?

Jean : Polnareff est mon héros absolu. J’aime aussi beaucoup William Sheller. Joe Dassin aussi, je suis fan de country, il a fait de belles adaptations françaises.

Jo : J’aime bien Véronique Sanson.

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Le concert au Divan du Monde, c’est un peu la soirée de sortie du disque.

Jean : Nous serons trois sur scène. Nous avons un batteur avec nous. On a des petites astuces, sans passer par des séquences, pour interpréter les chansons de manière assez proche du son de l’album.

Vous avez le trac ?

Jo : Moi j’ai toujours le trac. C’est terrible d’ailleurs.

Jean : Moi aussi. Mais une fois sur scène, tout va bien.

La scène, c’est le meilleur moment ?

Jean : Oui, mais j’aime bien aussi le studio. Pour être franc, le meilleur moment, c’est quand tu as fini une chanson.

Jo : Ce qui est particulièrement jouissif, c’est quand, en plus, elle est bien réalisée en studio et qu’elle nous satisfait en tout point.

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11 décembre 2017

Kevin Tran : interview pour le manga Ki et Hi (tome 2)

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En décembre 2016, j’avais ici réalisé une première interview du YouTuber star et désormais auteur de manga à succès, Kevin Tran (Le Rire Jaune). C’est un garçon que j’apprécie beaucoup humainement et j’ose dire « intellectuellement ».

Il sort le deuxième tome de sa série Ki & Hi, intitulé Une famille de fous. Pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de décembre 2017 et janvier 2018), je l’ai interviewé de nouveau.

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09 décembre 2017

Jean-Roch Waro : interview pour son deuxième album

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Bonne nouvelle ! Jean-Roch Waro est de retour avec un nouvel album, une décennie après le précédent, Music Gang. Un retour qui fait du bien, placé sous le signe du groove sous fond de jazz, de soul, de folk et de rock. Textuellement, il se livre sans se dévoiler, mais musicalement, il lâche tout.

Le 11 septembre dernier, nous nous sommes donné rendez-vous dans un bar de Trocadéro pour une première mandorisation (en espérant qu’il  ne faudra pas attendre 10 ans pour la prochaine…)

Biographie officielle :

Jean-Roch Waro est auteur, compositeur, guitariste et chanteur. Au cœur des années 1980, sa tendre enfance chaloupe entre le Rock’n’ roll brut de fonderie de la « vallée de la Fensch » en Lorraine, et les rythmes Séga-Maloya de l’Isle de la Réunion natale de son grand-père.

À 15 ans, il forme son premier groupe Rock Inc. À 20 ans, il ouvre les concerts de The Meteors, Noir Désir, Paul Personne, Pigalle et CharlElie Couture.

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Vient alors le temps de l’émancipation, guitare à l’épaule : New York (the Living Room), Paris (New Morning, Guinguette Pirate, Glaz’art), Berlin (Franz Club). Enfin, son amour grandissant pour le jazz lui font naturellement croiser le chemin de Stephen McCraven, batteur virtuose du Archie Shepp Quartet.

Stephen est séduit par les compositions de Jean-Roch et rejoint le projet. C’est ainsi qu’en 2004, naît le Jean-Roch Waro Music Gang, composé de Stephen McCraven à la batterie, Edouard Romano à la trompette, Julien Petit au saxophone, Stéphane Glanois à la basse et Jean Wende à l’orgue Hammond. 

Après quelques années à se nourrir de musique et de divers projets, Jean-Roch revient avec un nouvel album (solo) centré autour des guitares et des voix. 

jean roch waro,interview,mandorL’album :

Pour ce nouvel album riche des multiples influences de Jean-Roch Waro, de nombreuses couleurs et aucune barrière. Anglais, français, rythm and blues, jazz, pop, rock ... L’authenticité de l’énergie présente dans chaque titre est là comme un fil conducteur laissant place à une totale liberté d’expression. En se laissant porter par la musique, chacun reçoit à sa façon les sensations, les mots et les intentions. Le groove plonge dans un voyage à la fois intime et à partager où selon les chansons et les moments, on bascule d’intensité à sérénité, laissant les émotions se bousculer et se rencontrer venant créer une atmosphère singulière et planante.

Depuis le concert de sortie de l'album qui a eu lieu le 18 avril 2017 au New Morning (Paris), Jean Roch Waro présente cet album sur scène dans différentes régions et formules (solo, trio, quartet, quintet) selon les lieux. 

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jean roch waro,interview,mandorInterview :

Musicalement, as-tu été influencé par tes parents ?

Ils écoutaient du jazz, du blues, de la musique classique, mais aussi de la pop. Quand j’ai commencé à tourner en solo, je me suis reconnecté avec mes racines réunionnaises. Je reprenais « P’tite fleur fanée » régulièrement, un classique folklorique de La Réunion que je connaissais interprété par Jacqueline Farreyrol. Mine de rien, le sega m’a un peu influencé. Il y a des rythmes que j’utilisais dans mes chansons.

Tu te sens un peu réunionnais ?

Non, ce n’est pas ma culture de base, mais j’ai pris ce nom pour alimenter le rêve. J’ai choisi Waro au lieu de Hoareau, l’un des noms les plus répandus à la Réunion.

Ton premier groupe, à l’âge de 15 ans, Rock Inc, était un combo rock.

Etant un adolescent un peu timide, le fait d’empoigner une guitare et faire du rock m’a donné un peu d’assurance, et principalement auprès de la gente féminine (rires).

Vous étiez plusieurs chanteurs dans le groupe, je crois.

Oui. A une époque, on avait deux chanteurs, deux batteurs, un bassiste… On a eu de la chance parce que nos parents nous laissaient tranquilles. Nous, on se prenait très au sérieux. On écrivait nos propres chansons. Il y avait une énergie très rock, blues, très barrée, à la manière des Doors. Ça a duré presque 10 ans cette histoire, même s’il y a eu quelques mutations au sein du groupe.

Un jour, le groupe s’est arrêté.

J’ai continué seul car je ne pouvais pas vivre sans faire de musique. Avec Rock Inc, je ne me suis jamais senti emprisonné, je me suis même toujours senti libre. Mais je l’étais encore plus, apprès, même si c’est une continuité de ce que je faisais avec le groupe.

Clip de "72 73 74".

A un moment, tu as rencontré le jazz sur ton chemin.

Le groupe s’arrête. Je déménage à Paris pour voir autre chose et je vais voir Archie Shepp Quartet dès que je peux et partout. C’est le jazz que j’aime, avec John Coltrane aussi. Un soir, au New Morning, j’ai fini par rencontrer Stephen McCraven dans la loge. J’ai donné  au batteur du Archie Shepp Quartet des maquettes… et j’ai la chance de travailler avec lui depuis plus de 15 ans. Il joue dans mes deux disques d’ailleurs.

Il t’a appris quoi ?

Il m’a fait comprendre comment il fallait envisager certains rythmes, la structure et le mouvement à l’intérieur d’une chanson. Il m’a communiqué le savoir que ses mentors lui ont donné.

Vous avez donc fait ton premier disque ensemble.

Oui, mais il n’est pas tout seul. Il y a aussi Edouard Romano à la trompette, Julien Petit au saxophone, Stéphane Glanois à la basse et Jean Wende à l’orgue Hammond. La couleur du disque était rythm and blues, soul. Dans le nouveau, je suis revenu à plus de guitares. Il est plus jazz et moins cuivré.

Jean Roch Waro lors de la soirée de lancement au New Morning le 18 avril 2017 (meddley).

jean roch waro,interview,mandorCet album n’a absolument pas marché.

Et pour cause, il n’a jamais été commercialisé. J’espère qu’avec la sortie du deuxième, les gens vont vouloir s’intéresser au premier.

Tu ne vendais pas ton premier disque à la sortie des concerts ?

Non, c’était surement par pudeur mal placée.

Es-tu un  peu désabusé par le peu de réaction des médias par rapport à ta musique ?

Oui. Le disque existe toujours et je suis sûr qu’un jour, il aura une belle histoire. Les gens qui l’ont l’aiment encore.

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Depuis ce premier album, tu n’as jamais arrêté de jouer.

J’ai participé à un trio plus « jazz cabaret ». J’ai joué avec de nombreux amis et surtout, j’ai travaillé ma musique en essayant de découvrir d’autres couleurs. J’ai essayé d’aller vers plus de raffinement pour obtenir le bon mélange souhaité.

On apprend tout le temps ?

On apprend tous les jours. Les grands musiciens que j’ai la chance de connaître apprennent aussi tout le temps. Chaque jour est potentiellement une nouvelle découverte, que ce soit dans le rythme ou les couleurs harmoniques.

Qu’est-ce qui t’as incité à faire un deuxième album ?

J’ai décidé d’arrêter de me cacher. J’ai eu envie de retourner jouer le plus possible sur scène. J’ai accumulé des centaines d’idées sur mon dictaphone, il fallait que ses idées deviennent des chansons.

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Pourquoi ne chantes-tu plus beaucoup en langue française ?

Ce n’est pas parce que je pense que chanter en anglais, c’est mieux. Au contact de mes amis musiciens ses dernières années, j’ai beaucoup parlé en anglais. Je rêve même parfois en anglais, mes idées arrivent en moi en anglais, je ne le fais pas exprès. Je crois que j’avais vraiment envie de parler à mes amis anglais et américains.

Ton album, chez les disquaires, il est rangé dans quelle catégorie ?

Je m’efforce de dire que c'est un disque pop, mais il peut être rangé dans le jazz, dans le Rythm and Blues, dans le blues... Je pense qu’il faudrait un rayon sans frontière juste pour lui.

Cet album a été écrit en combien de temps ?

Il y a eu 15 ans de gestation. Sans rire, il a été écrit en deux mois, mais à partir du moment où je l’ai enregistré avec les musiciens, je dirais qu’il a été fini en 15 jours.

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Pendant l'interview (1)...

Tu es bon musicien et tu as une voix magnifique, quel atout !

Je ne l’ai jamais travaillé. Un jour on m’a dit, « je n’ai jamais entendu souffrir autant quelqu’un en train de chanter ». Quand on me dit ça, j’ai envie de continuer. Ça me libère complètement. J’essaie de lâcher des émotions. Pour moi la voix, c’est du son.

Tu la travailles autant que la guitare ?

Je ne me sens pas guitariste, ni chanteur, je me sens guitariste-chanteur. Je veux absolument que les choses s’imbriquent, que ce soit un échange, une énergie continue entre la guitare et la voix.

En France, il y a très peu de disques comme le tien.

C’est un disque ouvert sur le monde. Il n’a pas vocation à rester en France, c’est pour cela qu’il n’est pas écrit uniquement en français.

Te considères-tu encore comme un artiste « découverte » ?

(Rires) Ce serait déjà bien que je me connaisse moi-même. Je me découvre un peu  tous les jours et c’est déjà pas mal.

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Pendant l'interview (2)...

La musique t’apporte quoi ?

La musique me guérit de tous les maux et me rend beaucoup plus joyeux que si je ne l’avais pas. Elle peut mobiliser mon attention pendant toute une journée sans jamais me lasser.

Est-ce aussi une fuite sur la réalité de la vie ?

Non, ce n’est pas une fuite sur la réalité, c’est un ancrage sur l’absolu. Pour moi, la musique, c’est la connexion avec l’ultra réel.

La scène représente quoi pour toi ?

C’est cathartique. Ce sont des moments très forts émotionnellement, mais je ne suis pas à l'affût de la réaction immédiate des gens tant je donne tout en jouant. Je peux partir très loin quand je joue. Si je ne pars pas loin, ça veut dire que je suis en train de passer à côté du concert.

Tu essaies de rendre à la musique ce qu’elle te donne, c’est ça ?

Oui. Je joue avec autant de cœur chez moi, sur scène ou en studio.   

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A la fin de l'interview, le 11 septembre 2017.

08 décembre 2017

De Calm : interview pour Disparue Juliette

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(Photo   : Agathe Peyrot des Gachons)

Je ne comprends pas le fait que les albums de De Calm restent confidentiels. Bien sûr, il y a un public, bien sûr, les médias en disent du bien, mais les radios jouent très peu leurs titres et la masse populaire ne les connait pas. Il y a un problème quelque part. Où ? Je ne sais pas.

J’avais adoré le précédent album de ce duo, Amour Athlétic Club (mandorisation là). Disparue Juliette est un sacré bijou lui aussi, pourtant, ce disque est passé sous silence. C’est injuste. Parfaitement injuste.

"Sous une fausse apparence de nostalgie mélancolique, De Calm signe un disque chargé d’optimisme et d’espoir, en choisissant d’orner la poésie inhérente de textes précis à des arrangements pop malins et variés. En résulte un album profondément humain, qui nous parle autant qu’il se confie, qui nous conseille autant qu’il nous écoute." (source IndieMusic.fr)

Le 12 octobre dernier, le tarnais Guillaume Carayol m’a rejoint sur une terrasse parisienne pour évoquer cet album somptueux. Oui, somptueux, c’est le mot.

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(Photo  : Mickaël Serrano)

Biographie officielle (un peu écourtée):

A l’heure où la notion d’album n’est souvent qu’un prétexte, Guillaume Carayol (écriture et chant) et Mickaël Serrano (composition) veillent au contraire à lui rendre son lustre. Pour eux, faire un album, c’est retrouver un plaisir enfantin même si le vernis a une apparente gravité. Cette réjouissance et l’ironie qui se dégagent de l’ensemble, on peut l’observer dès la pochette avec cet alligator en laisse, à la recherche d’une hypothétique Juliette.

Produit avec Mako, l’un des fidèles collaborateurs de Daho et avec la section rythmique de ce dernier, ce troisième album vise à étendre l’harmonie amorcée avec les deux précédents : Le Film Définitif  et Amour Athlétic Club. Le premier absorbait le travail de réalisateur de Guillaume tandis que le second, agitait son passé de footballeur sentimental. Tous deux avaient été accueillis favorablement par les médias et les radios, avec notamment la chanson « Un Jour de Mai » largement playlisté. Ils leur avaient également permis d’être distingués lors d’un concours des Inrocks ou encore de figurer dans la sélection du Prix Moustaki, tout en se produisant aux quatre coins de la France.

de calm,guillaume carayol,mickaël serrano,mako,disparue juliette,interview,mandorL’album :

Avec Disparue Juliette, le duo toulousain De Calm continue de regarder droit dans les yeux la pop mélancolique des ainés, tout en remuant une vase singulière qui fait d’eux des outsiders à l’élégance constructive.

On pourrait rapidement le classer dans le registre pop synthétique sauf qu’ici les batteries sont jouées, les basses sont véritables et parfois, les guitares servent à fabriquer des sons artificiels qui rappellent ceux des synthés.

Pendant plus d’un an, Guillaume et Mickaël se sont rendus à intervalles réguliers à Saint Jean de Luz dans le cocon du Studio Drop-In. Le thème de la disparition rôde un peu partout : la disparition amoureuse omniprésente, la disparition des liens entre deux frères qui ne se parlent plus (« Les rues qui nous séparent ») ou encore, la disparition programmée de pays qui s’apprêtent à sauter d’une falaise (« Au bord des falaises »).

L’ensemble peut paraître pessimiste alors qu’en réalité, c’est gorgé d’espérance. De par la musique et les lueurs qui sommeillent dans chaque texte, mais aussi à travers la poésie humaniste des clips que réalise Guillaume pour eux et pour d’autres artistes. Il y a toujours cette volonté d’être à bonne distance, à bonne pudeur comme sur « La Bonté est bizarre » inspirée par les événements tragiques du Bataclan ou comme dans « Il fait froid » qui préserve jusqu’au bout le mystère qu’il renferme.

Au bout du compte, de la noirceur apparente des textes se dégage toujours une euphorie colorée qui trouve son équilibre dans les mélodies pop. Cet album n’a qu’une seule vocation : faire du bien.

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de calm,guillaume carayol,mickaël serrano,mako,disparue juliette,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus il y a 3 ans pour le précédent album.

Je ne suis pas quelqu’un qui écrit en permanence. Jusqu’à présent, ma méthode était simple. Je disais à Mickaël, « viens, on y retourne » et là, on ouvre les vannes intensivement pendant quelques temps. On accumule des chansons, ensuite, on voit avec qui on peut les faire. Sur chaque album, on a essayé de varier les plaisirs en changeant de producteur et de réalisateur. Pour celui-ci, on a choisi Mako. Comme Mickaël avait laissé les guitares de côté pour privilégier les claviers, on a trouvé que c’était le choix idéal parce qu’on savait qu’il avait une collection de claviers à St-Jean-de-Luz. On a considéré qu’il y avait moyen de s’amuser avec, de surcroit, une personne très douée.

St-Jean-de-Luz, mazette ! C’est important d’avoir un bel environnement pour enregistrer un disque ?

Je ne sais pas si tu te souviens, mais nous avions enregistré le précédent album dans une usine avec des machines de partout… franchement, à chaque fois, l’idée c’est de se faire plaisir. C’est vrai qu’à St-Jean-de-Luz, le cadre était sympa. On mangeait à midi au bord de la mer. Le studio se trouvait dans les locaux de Quick Silver. Les employés étaient très chouettes et l’ambiance très bonne. Quelque part, ça doit influencer quelque chose dans la façon d’envisager un disque, je ne sais pas.

Avec Mickaël, vous tentez de vous impressionner mutuellement ?

Oui, mais depuis toujours. Cela crée une émulation importante. En plus, à chaque fois, nous travaillons avec une pointure, ça nous oblige à nous élever. C’est comme quand tu joues un match de foot, quand tu es face à une équipe magistrale, il y a de fortes chances que ton niveau s’élève. Avant d’enregistrer un album, avec Mickaël, on bosse comme des bêtes de manière à arriver avec des titres déjà bien aboutis. Nous faisons en sorte que pendant l’enregistrement, il ne nous reste plus qu’à les magnifier.

Clip de "Alligator".

C’est un album qui laisse entrevoir une pointe d’espérance dans les textes… mais très discrète. de calm,guillaume carayol,mickaël serrano,mako,disparue juliette,interview,mandor

Elle est là, mais elle se repère selon le regard de chacun. Je laisse le soin à ceux qui écoutent de prendre le texte avec leur sensibilité et à leur convenance. Nos chansons peuvent partir d’un postulat pénible, mais elles aboutissent à quelque chose de positif qui élève. Quand je vais au cinéma, j’aime les films qui laissent une part d’imaginaire, qui vont susciter un truc personnel qui va réveiller quelque chose. J’ai le sentiment qu’en écrivant comme j’écris, cela offre cette possibilité.

Tu n’as pas l’impression que les professionnels n’arrivent pas à vous cataloguer ?

Pour les très indés, nous sommes « variétés » et vice-versa. Avec Mickaël, nous sommes des coureurs de fond. Bien sûr, on aimerait plus de reconnaissance, ne serait-ce que pour jouer régulièrement dans des salles honorables. Je me dis que le temps joue pour nous et qu’au fur et à mesure, on crée quelque chose qu’un public apprécie.

Je sais que par exemple, en Allemagne, on s’intéresse à vous.

On passe sur la radio nationale allemande depuis le mois d’avril 2017, on ne sait pas trop pourquoi.

Quand ça ne marche pas dans son pays, y a-t-il un risque de développer une certaine aigreur ?

Bien sûr, mais ce risque est ponctuel. Après, je fais tellement d’autres choses que ça passe vite. Avec Mickaël, malgré tout, on s’émerveille d’avoir fait trois albums.

de calm,guillaume carayol,mickaël serrano,mako,disparue juliette,interview,mandorParle-moi de la chanson et du  clip de "La bonté est bizarre".

Ce titre a été écrit avant les événements parisiens. Il s'agissait au départ d'une déambulation nocturne à la recherche d'humanité. Peut-être celle qu'on guette dans les concerts. Nous avons été troublé qu'il entre en résonance avec ce qui s'était passé au Bataclan. Nous avons pris la liberté de changer une ou deux petites choses mais tout était déjà là. L'hommage s'est prolongé avec la réalisation d'un clip avec des élèves du Collège de la Montagne Noire de Labruguière dans le Tarn. Ensemble, nous l'avons écrit et mis en scène dans une salle de spectacle. Une expérience unique où de bout en bout, nous avons cherché la bonne distance en n'esquivant pas la noirceur tout en essayant de rassembler l'humanité et l'espoir qui peut survivre à tout ça. Vraiment, nous avons essayé d'approcher tragédie et espérance.

Pour écrire une chanson, tu pars toujours d’un fait réel ?

Je parle toujours de choses qui m’émeuvent. J’essaie toujours d’en faire des chansons pas mièvres et qui, à un moment, va bousculer. Ça m’excite de trouver l’angle idéal. J’aime challenger une idée, voire la sublimer.

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 Est-ce que le nouvel album est toujours le meilleur ?

Tout le monde dit que le dernier chasse le précédent. Je sais que dans les trois albums, il y a des liens entre pleins de chansons. J’ai l’impression que nous avons des thématiques qui reviennent. Dans l’écriture, c’est quelque chose qui m’amuse. J’ai besoin de tisser une toile discrète entre chaque album.

Tu as l’impression d’avoir tout dit ?

Oui. Après, on redit les choses mais différemment. J’adore l’écrivain Jean-Paul Dubois. J’ai l’impression qu’il raconte ses mêmes obsessions, mais à chaque fois, je reprends une dose de bonheur en le lisant. Il reste dans son pâturage tout en continuant à m’émerveiller.

Contrairement à Jean-Paul Dubois, il n’y a pas de cynisme dans ton écriture.

Je préfère que dans mon écriture, on me parle d’humanisme. J’y tiens parce que cela fait partie de ma personnalité. Je ne veux surtout pas faire de chansons engagées ou moralisatrices. Je n’aime pas les donneurs de leçons.

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Le 12 octobre 2017, après l'interview...

Et pour finir, un peu de promo spécial Noël!

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01 décembre 2017

Matthias Vincenot : interview pour Poésie et chanson, stop aux a priori

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(Photo : David Desreumaux)

« Matthias Vincenot pose en une centaine de pages la petite encyclopédie qui va donner aux amoureux de la chanson de quoi discuter, sans disputer, du bien-fondé de la chanson « à texte » de la ritournelle anodine, de la comptine naïve, de la chanson rebelle, de tous ces moments qui font naître la tendresse, ou la rage de vivre, ou un certain regard bienveillant sur la vie, même quand elle est rugueuse, difficile » explique le blog Le doigt dans l’œil. On ne saurait mieux dire.

Sur le rapport entre la poésie et la chanson, on ne peut trouver plus clair et précis que ce court essai de Matthias Vincenot, Poésie et chanson, stop aux a priori, publié aux éditions Fortuna. Comme il l’écrit lui-même, il réfute  « le simplisme déguisé en évidence, les idées reçues ou ce qu’il serait convenu de croire ou de penser ».

Le 13 septembre dernier, Matthias Vincenot est venu chez moi pour évoquer ce formidable et passionnant sujet. C’était sa quatrième mandorisation (la première en 2013 pour son recueil de poèmes Les années aperçues, la deuxième en 2014 pour son Almanach insolite et son essai Le mot et la note et la troisième en 2016 pour le projet d’album Hors cadre.)

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor4e de couverture :

Poésie et chanson, stop aux a priori ! Il était temps de remettre les pendules à l’heure, à l’écart des raccourcis commodes, des jugements de valeur, des fausses prétentions et des vraies confusions.

Ce livre s’adresse à tous ceux qui aiment soit la chanson, soit la poésie soit les deux, connaisseurs ou non.

Il s’agit d’une promenade à travers le plaisir des mots, le long de « la bande originale de nos vies ».

L’auteur :

Poète, président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, fondateur et directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, directeur artistique de Poésie en liberté, sociétaire de l’Académie Charles Cros, il a aussi créé, avec Thierry Cadet, le Prix Georges Moustaki de l’artiste indépendant et/ou autoproduit.

Docteur ès lettres, Chevalier des Arts et des Lettres, il est par ailleurs professeur aux Cours de Civilisation française de
la Sorbonne.

Ses ouvrages les plus récents sont Le mot et la note (éditions de l’Amandier, avec un prologue de Georges Moustaki, 2014) et Génération deux mille quoi (éditions Fortuna, 2015).

Il dirige L’Almanach insolite, paru en octobre 2014, qui rassemble 300 participants (avec des photos de Pascal et Nicolas Rabot et des éphémérides de Christophe Tastet, éditions Mines de rien).

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matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorInterview :

Pourquoi ce livre ?

Déjà parce que j’aime la poésie et la chanson. Par contre, je ne mélange pas les deux, même si les frontières entre ces deux arts ne sont pas rigides. J’ai fait tout un doctorat sur ce sujet, s’en est suivi un gros livre. C’était plus un ouvrage de spécialiste. J’ai souhaité que cette  nouvelle version soit plus grand public, précise et digeste. 

Tu as d’ailleurs eu plus de mal à l’écrire que le pavé…

Je ne voulais pas enlever la moindre idée. Il fallait donc que j’arrive à condenser sans perdre en densité, mais en gagnant en lisibilité. C’était beaucoup plus difficile. Je tenais à ce que ce soit un livre qui parle de la poésie de tous les styles et de la chanson de tout temps, mais qui soit bien ancré dans l’actualité. Il a fallu repenser les choses sur cet axe-là. Il fallait devenir plus simple sans perdre en exigence. Poésie et chanson, stop aux a priori est un autre livre, pas seulement un résumé du précédent.

Tu en as fait neuf versions.

Oui, mon éditeur a été très courageux. Je lui ai envoyé neuf manuscrits définitifs dans un délai très court. Ça devenait compliqué pour lui.

Pour toi, les textes de Brassens, Brel ou Ferré ne sont pas de la poésie ?matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandor

Je fais un distinguo entre écrire de la poésie et écrire des chansons poétiques. Il ne faut pas confondre le point de départ et le point d’arrivée. Il y a des chansons de nombreux artistes qui peuvent s’apparenter à des poèmes, mais il n’empêche que quand on écrit un simple poème, on n’est pas attentif aux mêmes éléments que quand on écrit une chanson. Si j’écris une chanson, je sais qu’elle va être chantée, si j’écris un poème, je sais qu’à priori, il ne sera pas chanté.

Tu veux dire que si on écrit en sachant qu’il y a aura de la musique derrière, ça fausse l’écriture d’un poème ?

On n’écrit pas dans le même but et on n’écrit pas la même chose. Personnellement, à chaque fois que j’ai essayé, je n’y suis pas parvenu. Il faut avoir quelques notions de tempo, de régularité, de longueur. On m’a donné un jour une musique pour que je tente d’écrire un texte, mais ça a été une catastrophe. On ne peut pas mettre tout mot sur tout son. Mais j’aimerais beaucoup réessayer !

Tu insistes sur le fait que tu ne fais pas de hiérarchie entre la poésie et la chanson.

Ce sont deux arts différents qui peuvent se rencontrer, qui ont des liens de cousinage. Il y a des poètes qui rêveraient d’écrire des chansons et il y a des chanteurs qui rêveraient d’écrire des poèmes. Je connais des poètes qui ont décidé d’écrire des chansons parce qu’ils espéraient être plus entendus.

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Est-ce que tout poème peut devenir une chanson ?

Non. Ou alors, pas de la même façon et pas dans le même univers. Il peut y avoir une régularité dans le poème qui n’est pas la même dans la chanson. La  musicalité du poème et de la chanson aussi peut différer.

Il y a des chanteurs qui estiment faire de la poésie.

Ils peuvent avoir raison, mais ils font quand même des chansons. J’espère qu’ils n’estiment pas cela parce qu’ils considèrent que ce n’est pas assez noble de faire de la chanson. En disant que l’on fait des poèmes, il ne faut pas qu’on ait l’impression que l’on dévalorise son propre art.

matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorCharlElie Couture a appelé un de ses meilleurs albums « Poèmes rock ».

Je trouve que c’est audacieux. Les frontières sont poreuses et certains artistes sont proches de la poésie. Encore une fois, le résultat d’une chanson peut être un poème, mais pas le point de départ.

Toute chanson à texte n’est donc pas forcément poétiqus ?

Quand des artistes sont un peu trop attentifs aux textes, ils peuvent en oublier la musique. Il faut faire attention au risque d’en dire trop. C’est comme les chansons à message, tu mets le message, mais tu oublies la chanson, c’est pareil pour les poèmes. Il ne faut pas que le fond écrase la forme. Il faut faire attention au danger de l’explicitation de tout. Le poétique que l’on trouve dans les chansons, c’est aussi la suggestion, le mystère… j’appelle ça la chair des mots, c’est-à-dire, ce que les mots suscitent en soi et qui n’est pas seulement leur sens. S’il n’y a que du sens dans les mots, ce n’est plus du poétique, on est dans le récit.

Tu expliques dans ton livre que quand un artiste disparait, on dit de lui que c’était « un grand poète ».

La société met le poète très haut sur un piédestal, du coup, elle le voit plus. Quand un chanteur décède, on dit que c’était un poète, même quand il n’écrivait pas ses textes d’ailleurs. C’est la qualité suprême.

La poésie contemporaine, dans un certain nombre de vecteurs de diffusion, a un peu de mal.

C’est toujours amusant d’entendre parfois ceux qui ignorent totalement la poésie dire au moment du décès de l’un ou de l’autre, que c’était un poète. Ils ne connaissent pas les poètes d’aujourd’hui. Moi, je me bats beaucoup pour faire entendre la parole des poètes contemporains.

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matthias vincenot,poète,recueil,poésie et chanson stop aux a priori,interview,mandorDans toutes tes actions, ta façon de présenter la poésie, c’est souvent à travers le mélange de la poésie et de la chanson.

Un animateur d’une émission culturelle me disait que quand il fait une émission sur la poésie, il perd de l’audience. Si, dans son émission, il y a d’autres personnes que des poètes, il ne perd pas d’audience. Moi, effectivement, j’essaie de mettre dans mes  différentes  programmations, des poètes, des comédiens et des chanteurs. Ça permet de surprendre, de se faire surprendre et de mêler les publics.

Est-ce que je peux prétendre que tu « vulgarises » la poésie, pour que l’on y accède ?

Je n’aime pas trop le terme « vulgariser », je rends l’accès à la poésie plus facile. Je montre ce que c’est en exposant à la vue ses différentes facettes à un maximum de gens.

Tu as sorti ton premier livre à l’âge de 17 ans, en 1998. Dis donc, cela va faire 20 ans !

Je vais sortir mon prochain recueil de poèmes le 6 février 2018 aux éditions Fortuna. Il va s’intituler J’ai 20 ans. Pour fêter ce nouveau livre, il y aura même une soirée de lectures de certains nouveaux poèmes ce soir-là à l’Entrepot. Je serai accompagné au piano par Etienne Champollion et Éric Guilleton sera là, pour chanter quelques chansons. Ça fera exactement 20 ans, jour pour jour, que mon premier recueil est sorti. J’aime bien ce symbole.

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Après l'interview, le 13 septembre 2017.

28 novembre 2017

Lorie Pester : interview pour Les choses de la vie

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lorie pester,les choses de la vie,interview,auchan,mandorLorie Pester, anciennement Lorie tout court, a changé. Elle a évidemment grandi et son répertoire en fait tout autant. Sa vie de femme l’inspire. Alors qu'elle est à l'affiche de la saga de TF1, Demain nous appartient, la chanteuse vient de publier son nouvel album Les choses de la vie. Un nouvel album différent qu'elle décrit comme « une étape de (sa) vie d'artiste » : « un moment de ma vie de femme que je vous livre après une longue période de travail, de choix, parfois difficiles, de remises en question indispensables, d'expériences multiples, d'élans vertigineux, de désirs ardents ». 
Pour l'artiste, aujourd'hui âgée de 35 ans, ce disque est « un arrêt sur image de la personne que je suis aujourd'hui. J'y aborde les sujets qui me touchent et qui, je l'espère, vous toucheront aussi ».

Pour Le magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de décembre 2017 et janvier 2018), elle m’a accordé une interview. Pour la petite histoire, nous avions rendez-vous dans un bureau parisien. J’étais à l’heure… mais pas dans la bonne rue (et très loin de la bonne adresse). Nous avons donc reporté l’interview au lendemain. Mais cette fois-ci au téléphone, car Lorie n’était déjà plus à Paris. Bien joué Mandor !

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Clip de "La vie est belle", extrait de l'album Les choses de la vie.

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Clip de "Bel été" extrait de l'album, Les choses de la vie.

22 novembre 2017

Carole Masseport : interview pour l'album A la fin de l'hiver

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(Photo : Bastien Burger)

carole masseport jean-jacques nyssen,a la fin de l'hiver,interview,mandorLe 4 octobre dernier, je suis allé voir une artiste au Divan du  Monde. A la fin du concert, plusieurs amis journalistes me tirent par la manche en me disant que chez Madame Arthur (juste en face), il y a un  autre concert. Ils me promettent que la chanteuse qui s’y produit est vraiment  intéressante « et tu verras, on connait tes goûts, ça va te plaire ! » Soit. Je n’ai eu qu’à faire quatre pas pour découvrir quelques nouvelles chansons de Carole Masseport. Je vois/j’entends donc une jeune femme chanter  avec une voix grave et intense qui me touche immédiatement. Des textes percutants, parfois incisifs sur l’amour, sur l’ambiguïté du bonheur d’aimer, sur l’addiction de la passion...

Quelques jours plus tard, le 30 octobre 2017, Carole Masseport et moi nous retrouvons sur une terrasse de Trocadéro pour une première mandorisation, principalement pour évoquer ce deuxième album, A la fin de l'hiver.

Biographie officielle (par Patrice Demailly):

Sur la pochette légèrement déstructurée d’À la fin de l'hiver, un visage gelé. Celui de Carole Masseport. Cette fille-là n'a pourtant rien d'un glaçon. Chez elle, une humeur souvent printanière, une personnalité solaire et enchanteresse comme la nature intacte. Une fragilité assumée aussi. La richesse de cette dualité, on la retrouve autant au cœur de ses chansons que dans son approche scénique. C'est une audacieuse, touche-à-tout et qui ne supporte pas le sur-place… Et puis les rencontres, évidemment cruciales et majeures, qui l'emmènent sur les planches et à chanter, dans la foulée, au bar de la même salle. Claude Duvivier la signe en édition avant l'arrivée dans les bacs de son premier album auto-produit Blottie en 2006. Projet hybride entre chanson et boucles électroniques, celui-ci  rencontre un succès d'estime (Coup de cœur de l'Académie Charles Cros, soutien de la SACEM, l'ADAMI et la SCPP) à défaut de public. Les radios lui rétorquent que sa démarche est trop avant-gardiste. Mauvais timing. Cinq ans plus tard, la destinée du disque aurait certainement été tout autre.

Cela n'empêche pas Carole Masseport de se produire en bonne compagnie au sein de co-plateaux (Raphaële Lannadère, Claire Diterzi) et surtout par le suite de se lancer dans une aventure à la fois marquante et détonante. La P.O.U.F (entendre par là : Petite Organisation Ultra Féminine) débarque, décomplexée, légèrement provocatrice et le corps volcan. Un trio power punk à l'esthétisme ciblée qui s'amuse des stéréotypes féminins de la société. Derrière le burlesque apparent, ça déménage. Carole prend, elle, les traits d'une diva pouf, une sorte de Jessica Rabbit déglinguée. Elle est à la basse, instrument qu'elle ne quittera plus. La P.O.U.F devient même l'égérie du magazine Causette, les dates se multiplient. Dans le même élan, elle passe par la Formation des formateurs au studio des Variétés. Là-bas, elle rencontre Jean-Jacques Nyssen. Les deux forces vives sont sur la même longueur d'ondes. Sans crier gare, des chansons se dessinent. Tel un pygmalion, Nyssen se penche sur les textes de Carole, structure cette riche matière. Les doutes de la jeune femme volent en éclats. L'écriture prend pour elle des allures de libération. En fin de parcours, plus besoin de béquille. Sous la houlette de Nyssen à la réalisation, quatre EP se glissent sur le chemin.

L’album (par Patrice Demailly):carole masseport jean-jacques nyssen,a la fin de l'hiver,interview,mandor

Fruit mûri de cette expérience quadricéphale, A la fin de l'hiver n'a ainsi rien d'un bal de débutante. Carole Masseport n'est pas une chanteuse de variété, mais son album est varié, intemporel, ancré dans une vraie dynamique de musiciens. Les sonorités seventies de la basse occupent une place centrale. De ce timbre grave, puissant et caressant, surgit de grandes petites chansons. Frontales, métaphoriques ou se réfugiant sous la forme du conte, elles sentent le vécu. L'amour ? Il est partout, au sens propre comme figuré. Ne pas s'attendre à de la bluette ampoulée. Ici, l'écriture embrasse le rebond des mots et les lectures multiples. L'impuissance dans le non-dit, l'attente (« Au parc », sublime offrande de Céline Ollivier), la sexualité carnivore, une injonction avec des chœurs à la Sting, un sentiment de défiance, une passion déraisonnable, une comptine légère... Carole Masseport a de la suite dans les idées. Intimiste et universel, son disque aux teintes éclatantes convoque une nuée d'émotions distinctes. Ce sont les siennes, ce sont les nôtres.  

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(Photo : Bastien Burger).

carole masseport jean-jacques nyssen,a la fin de l'hiver,interview,mandorL’interview :

Tu es allée dans pas mal de directions artistiques avant de te lancer dans la musique.

Essayer plusieurs disciplines a toujours été un concept chez moi. J’ai trop peur de rater cette vie. J’ai donc tendance à essayer beaucoup de choses, à me laisser guider par les rencontres, à faire, bon an, mal an, confiance à la vie pour m’emmener vers de jolis terrains de jeu. La scène permet de vivre tout un tas d’expériences très fortes. Pour l’instant, je n’ai pas trouvé mieux.

Tu as étudié le chant lyrique.

Ma maman, médecin de son état, est aussi chanteuse lyrique amateur, un peu comédienne, très drôle, un vrai clown. C’est quelqu’un qui avait très envie de faire de la scène, mais qui, par rapport à son expérience personnelle, a ressenti le besoin de faire un métier beaucoup plus stable. Mon père qui est médecin, psychiatre, psychanalyste, psychothérapeute a, étonnement, une sensibilité artistique extrêmement forte. Il s’en défend d’ailleurs. Je suis certaine que mes parents m’ont donné la fibre artistique.

Clip de "Quand je pense à nous".

En  chanson, tout a commencé sérieusement quand tu as rencontré Claude Duvivier en 2016. Le métier te découvre, te récompense, mais le public ne suit pas.

Le chanteur Gilbert Lafaille, que j’ai rencontré à mes débuts, me répétait que c’est rarement les artistes qui font la première fois des propositions fortes qui en retirent les lauriers. Je ne dis pas que mon premier album, Blottie, était parfait, il avait des défauts, mais j’avais tenté de sortir de la chanson traditionnelle. La profession ne savait pas où me caser.

Toi qui n’as pas forcément écouté les grands de la chanson française quand tu étais plus jeune, comment expliques-tu ton intérêt pour ce genre aujourd’hui ?

Mon intérêt pour la chanson vient du fait que j’avais des choses à dire et à écrire. La forme « chanson française » était la plus adaptée pour m’exprimer.

"Sans ça" (audio).

Beaucoup de chansons de ce deuxième album sont coécrites par Jean-Jacques Nyssen et toi.

Jean-Jacques Nyssen est quelqu’un qui a une démarche pas du tout conventionnelle. Il a un gout pour les textes qui semblent très simples, mais qui ne le sont pas forcément. Il y a dans son travail une recherche de la modernité, tout en assumant complètement un côté loufoque et ringardos. J’apprends beaucoup en travaillant avec lui.

Tu as appris quoi  avec ce nouveau disque ?

J’ai fait des progrès à la basse, au piano aussi. Et je me remets à la guitare. Pour la première fois, j’ai essayé de mettre ma sensibilité d’auteure au service de la chanteuse que je suis.

Cet album est superbement réalisé et il est très varié.

C’est un album d’amis, du coup, je voulais faire travailler un tas de copains artistes qui avaient une sensibilité proche de la mienne, tout en ayant parfois des styles différents. Il y a par exemple de la samba. Avec Jean-Jacques, on était d’accord sur le fait qu’il fallait à chaque chanson son décor, comme si c’était un court-métrage au cinéma. Malgré la variété des musiques, il y a une cohérence grâce à ma voix, aux textes et à la réalisation.

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Carole Masseport, le 4 octobre 2017 chez Madame Arthur.

J’aime beaucoup ta voix.

Je ne suis pas trop objective sur mon empreinte vocale. Comme je suis prof de chant, je vois bien que plus on libère les gens, plus ils deviennent originaux et intéressants vocalement.

Tu apprends quand toi-même tu apprends aux autres ?

Oui. C’est par la formulation et les mots que l’on se réapproprie soi-même des notions. Ca développe l’oreille et, du coup, on comprend pas mal de trucs en écoutant les gens. Il y a des choses que je supposais et qui deviennent évident à force de travailler avec des chanteurs.

Les chansons de ce disque sont-elles récentes ?

Oui, assez. Il y en a une qui date un peu, mais les autres sont nouvelles. Ce sont des chansons d’amour. C’est mon truc. L’amour partout. C’est une bonne excuse pour parler d’émotion et de sentiments profonds. Le challenge d’aujourd’hui est de réussir à oser s’exprimer sur des sujets de société, sans blesser personne.

Clip de "Au parc".

Céline Ollivier a écrit « Au parc ». C’est la seule « invitée ».

Elle m’a présenté cette chanson et je l’ai trouvé magnifique. J’avais adoré son album La femme à l’éventail. Je trouve que c’est quelqu’un d’extrêmement subtil, sensible, classe et j’étais très heureuse et flattée qu’elle m’écrive un morceau. C’est agréable d’avoir une amie comme ça dans le métier. Toutes les deux, on est un peu « à côté ». Nous ne sommes pas dans le système. On a la même démarche artistique.

Tu ne regrettes pas de ne pas être en haut de l’affiche ?

Si, je ressens un peu de frustration. Dans mes plus jeunes années, je pouvais ressentir même beaucoup de colère et d’injustice. Aujourd’hui, je me rends compte que la vie est extrêmement dure pour beaucoup de gens. Le fait de ne pas être reconnue à sa juste valeur est un moindre mal à partir du moment où la vie que je mène est la vie que je voulais. J’écris, je compose, je chante. J’accepte les choses telles qu’elles sont. Un peu plus de reconnaissance me ferait plaisir. J’aimerais rencontrer un public plus large parce que c’est pour cela que je fais les choses.

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Le 30 octobre 2017, après l'interview.