27 octobre 2014

Le club des cinq : Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin

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Openmag.jpgPour le journal Open Mag (le gratuit offert dans toutes les Fnac de France) daté du mois d’octobre 2014, j’ai voulu rendre hommage à cinq auteurs qui forment un club (sans en former vraiment). Ils s’en défendent, mais j’estime qu’ils pourraient allègrement être à l'origine d'une nouvelle école littéraire.

Julien Blanc-Gras, Richard Gaitet, Bertrand Guillot, Guillaume Jan et François Perrin sont des amis/écrivains aux tons, aux styles et aux sujets originaux et modernes. Je suis ces cinq bons vivants, pour la plupart, depuis le début de leur « carrière » littéraire.

(Et je les aime beaucoup humainement.)

Au passage, voici les dernières mandorisations de Julien, Richard, Bertrand, Guillaume et François (et la participation amicale de Philippe Jaenada.)

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26 octobre 2014

Zsuzsanna : interview pour la sortie de Bánat Vagabond songs

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La première fois que j’ai entendu parler de Zsuzsanna, c’est en des termes élogieux : on disait d’elle qu’elle était la Lhasa hongroise. Rien que ça ! Bánat Vagabond songs est son quatrième album et il confirme la singularité de son blues des plaines d’Europe centrale, à la fois sauvage et mélancolique, abrupt et onirique. Les nouvelles chansons de cette interprète, comédienne et accordéoniste hongroise sont comme un carnet de voyage. Un univers poétique avec guitare folk et violons pleureurs dans lequel les chants traditionnels de ses origines se mélangent à ses propres textes et compositions.

Le 4 septembre, Zsuzsanna est passée à l’agence pour évoquer ce nouveau disque et ses carrières de comédienne et de chanteuse.

1507-1.jpgArgumentaire de l’album Bànat Vagabond songs.

Zsuzsanna Vàrkonyi est née en Hongrie. Chanteuse, comédienne, accordéoniste, elle a voyagé à travers le monde. La liberté ce fut d’être comédienne en plusieurs langues et de pouvoir parcourir le monde, et partager la culture de ses racines en chantant dans les bars, dans la rue... Elle vient de terminer son quatrième album, Bànat Vagabond songs, enregistré et réalisé par Philippe Teissier du Cros. Ce nouvel album est comme un carnet de voyage. Un univers poétique dans lequel les chants traditionnels de ses origines se mélangent à ses propres textes et compositions. Elle écrit et interprète ses chansons en hongrois, en rom, en français ou en anglais. On retrouve dans l’ensemble de l’album une atmosphère de blues d’Europe de L’Est. Les chansons sont arrangées par son groupe de musiciens, Csaba Palotaï (guitares), Frédéric Norel (violon), Jeff Hallam (basse) et Sylvain Lemêtre (percussions), avec qui elle travaille et donne des concerts depuis 5 ans. C’est une musique élégante où le rythme prédomine, et la mélancolie tzigane se mêle à des sonorités plus pop, blues ou rock.

La bio complète et instructivede Zsuzsanna est à lire là. Une vie déjà bien remplie...

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Zsuzsanna lors de l'entretien.

IMG_5793.JPGInterview :

La musique est-elle venue tôt dans votre vie ?

Je viens d’une famille où la musique était omniprésente. Ma mère a fait l’Académie de musique en Hongrie. Elle voulait être chanteuse d’opéra, ce qu’elle n’est pas devenue au final. Je pense qu’elle m’a transmis cet amour de la musique classique. J’ai fait le conservatoire trois fois par semaine et j’ai joué du piano classique. Je n’avais pas le droit d’improviser au piano.

Votre grand-père jouait aussi de la musique.

Oui, c’était un homme formidable, autodidacte. Il a d’abord monté un orchestre de guitares et de mandolines et il est devenu chef d’orchestre de la ville. Durant toute mon  enfance, on écoutait des grands opéras à la maison. A 14 ans, dans ma chambre, discrètement,  j’ai ajouté à ma culture les Pink Floyd par exemple.

A un moment, vous en avez eu marre de la musique classique.1394178_211306305707759_2041508783_n.jpg

C’était une forme de rébellion. J’ai arrêté le piano en pleine adolescence. Je me suis mise à écouter beaucoup de jazz. C’est devenu ma passion. J’ai fait des festivals de jazz.

Ensuite, vous êtes partie de chez vos parents pour entrer dans une université de théâtre, en Italie.

Oui, c’était du théâtre alternatif, corporel et très engagé. Un jour, pour payer cette école, j’ai décidé de faire de la musique dans la rue. J’ai donc acheté un petit accordéon et j’ai appris quinze chansons en deux semaines. Je suis restée deux ans dans cette école de théâtre et tous les week-ends, je chantais dans de différentes villes italiennes.

Avec ce groupe de théâtre alternatif, vous jouiez de la musique ?

On chantait et on travaillait avec de vrais musiciens. Ces deux arts étaient très liés. Aujourd’hui, je continue à faire du théâtre dans lequel la musique tient une place importante. J’utilise tout le temps mon accordéon et le chant.

Un extrait de l'album Bánat Vagabond song: "Vàrtam Jöttöd".

10419476_10152506405662888_7300622073434592838_n.jpgQue vous ont appris vos années à chanter dans la rue ?

C’était une période de ma vie assez libre, mais « à l’arrache ». Une jeune fille, blonde, seule avec son accordéon à jouer dans la rue, ce n’était pas toujours évident. C’était très physique en tout cas. C’était un travail tout en projection. J’ai appris une certaine intimité avec le public et, à la fois, une certaine distance.  Mais j’aimais ça et ça m’a permis de gagner de l’argent.

Pourquoi êtes-vous venue vous installer à Paris ?

Je suis d’abord venue trois mois dans une troupe de gens que je connaissais et que j’appréciais beaucoup. On faisait de la danse, du théâtre et de la musique. Pendant ces trois mois, j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont proposé de participer à des projets. J’ai chanté dans les bars, ensuite, j’ai rencontré le cinéaste autrichien Hubert Sauper. Nous avons fait un film ensemble, Loin du Rwanda. C’était un film dur sur une réalité dure. Après cette expérience, je ne me suis plus demandé si je voulais rester ou pas à Paris. J’avais un réseau d’amitié et professionnel tellement important que cela coulait sous le sens que je reste.

Je vous considère un peu comme une aventurière. Prête à tout, sans mesurer les risques éventuels.

C’est vrai. Jeune, je vivais dans un petit pays aux frontières fermées. Parcourir le monde a été pour moi un rêve d’enfance. J’avais besoin de connaître la planète et de me plonger dans la culture occidentale. Parfois, je me dis que je me suis peut-être trompée de métier. J’aurais dû être reporter, journaliste de guerre… ou travailler pour l’UNICEF. J’adore voyager, connaître de nouvelles personnes, découvrir de nouveaux endroits.

Vous aimeriez écrire des livres ?

Non, je ne m’en sens pas capable. Je préfère raconter des histoires à travers des chansons. Je me vois plus faire un film en tant que réalisatrice et comédienne.  J’aimerais évoquer mon enfance et cette Hongrie des années 80. J’ai grandi dans un système qu’on appelle en France communiste, et que nous, nous appelions « démocratie populaire ». Je pensais que j’allais vivre ainsi toute ma vie. Un jour, tout s’est écroulé. Les frontières se sont ouvertes et tout a changé.  J’aimerais raconter cette histoire d’un peuple qui, du jour au lendemain, souhaite refaire le monde. Bon, on s’est vite rendu compte que ce n’était pas si simple. J’ai des milliers de choses à raconter là-dessus.

Un extrait de l'album Bánat Vagabond song: "Vagabond Song".

1383611_211304745707915_425806204_n.jpgBánat Vagabond songs est votre quatrième album.

Oui. En 1998, j’ai fait un album en France qui s’appelait Je pars. Je l’ai enregistré en deux après-midi pour une toute petite maison de disques. 18 chansons que je ne trouvais pas abouties, mais le disque a cartonné. Il a été en « sélection FIP ». Aujourd’hui, on me demande souvent où se procurer cet album. Après, j’ai fait un disque Yiddish pour les enfants, Ot Azoy, puis, j’ai sorti une autoproduction qui s’appelait Quelque part.  J’y racontais des histoires de déracinements.

Il me semble que Bánat Vagabond songs est le fruit d’une rencontre importante avec vos musiciens et vous.

Csaba Palotaï et Frédéric Norel sont la base de mon travail depuis de longues années. Csaba amène quelque chose de fantastique. C’est un hongrois, on se comprend au-delà des mots et il amène une ouverture musicale incroyable. A la fois underground, à la fois rock, à la fois… aventure. Frédéric amène mon passé : classique, jazz… et aussi aventure, car c’est un très grand improvisateur. Ce sont des musiciens avec lesquels je travaille sur le moment. On ne prépare rien, en fait. Jeff Pallam m’amène le côté indie. Lui aussi, c’est un aventurier de la musique et un esprit très libre. Quant à Sylvain Lemêtre, il est très créatif. C’est une belle équipe qui me convient totalement. Je n’oublie pas Philippe Teissier, qui a réalisé ce disque. Ces prises de son sont magnifiques. Ma rencontre avec lui a été comme une évidence.

Vous aimez l’improvisation dans la création ?

La création, c’est une cuisine. Chaque musicien apporte quelque chose de lui. On n’a pas besoin de penser ou d’imaginer les choses de la même façon. C’est une alchimie qui se crée naturellement.

Valse Yiddish au Studio de l'Ermitage en 2012.

Je ne parle pas hongrois, mais je me suis laissé quand même porté par vos chansons. Ça 1378409_211606345677755_378489288_n.jpgprend aux tripes. J’ai voyagé et vu des images dépaysantes…

Ça me fait plaisir. Les musiques appartiennent aux images et peut-être aux voyages. L’atmosphère, c’est ce qu’il y a de plus important au cinéma. J’aime bien sortir d’un film comme on sort d’un rêve. Parfois, on ne se souvient pas de l’histoire, mais on se souvient des sensations. Inconsciemment, mes musiciens et moi étions tous dans cette démarche-là.

Quand on vous dit que votre disque est un peu triste, vous réagissez comment ?

J’accepte, mais ce n’est pas une fin en soi. J’adore, le blues, les lamentations et le chant. C’est souvent synonyme de désespoir. Je tente de transposer ce désespoir dans une dimension plus spirituelle.

Votre musique, vous la classez dans quelle catégorie ?

Je cherche encore la réponse (rires). Avec Luc, de L’Autre Distribution, on a hésité à mettre ce disque, Bánat Vagabond songs, au rayon « world music » ou « variété internationale ». Bon, comme je chante en hongrois, que je reprends des airs traditionnels et que j’ai des chansons personnelles qui ont le goût d’airs traditionnels, on n’a pas hésité longtemps. C’est de la world music.

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1383086_211607685677621_1220369269_n.jpgToutes les chansons de votre album sont traduites en français. Belle initiative !

Mes chansons parlent d’évasion, d’exil, de lointain, de l’impossibilité de l’amour et je voulais que tout le monde comprenne le sens de ce que j’interprète.

Vos chansons vous ressemblent-elles ?

(Long silence). Oui, je le pense. Je les choisis et elles me ressemblent dans la vraie vérité de l’être. C’est d’ailleurs quand je les chante que je me sens le plus moi-même. Le quotidien est difficile pour moi. Quand je suis sur scène, je deviens quelqu’un d’entier dans un monde qui me convient mieux.

Maintenant que Bánat Vagabond songs est sorti, quelle est la suite de votre aventure musicale ?

J’ai déjà douze chansons en anglais prêtes. Je cherche maintenant les moyens de les enregistrer et je souhaiterais que ce soit avec la même équipe que pour Bánat Vagabond songs.

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Avec Zsuzsanna, à l'issue de l'interview, dans la cour de l'agence.

24 octobre 2014

Jean-Louis Murat : interview pour Babel

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(Photo : Julien Mignot)

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandorA 62 ans, Jean-Louis Murat  (déjà mandorisé en 2009 ici et en 2006 ) recueille avec la formation clermontoise Delano Orchestra (six musiciens folk avec violoncelle, guitares, trompette) vingt chansons aussi sublimes que subtiles. Babel (clin d’œil à un petit village qui s’appelle Saint Babel) est « le chaînon manquant, le lien qui unit le monde et l’Auvergne ». Enregistré en dix jours, les vingt nouvelles chansons de Murat se révèle plus campagnardes que jamais, mais touche nos âmes de citadins. Musicalement, la force identitaire du Delano Orchestra se teinte d'une charmante instabilité, entre gravité tendue et élégance de musique de chambre. Les envolées poétiques de Murat entrent en douce collision avec le phrasé musical du groupe. Cette alchimie débouche finalement sur une musique sombre et brillante, dense et puissante.

J’ai interviewé Jean-Louis Murat (de nouveau) pour un des journaux auquel je collabore. La voici enfin sur mon blog, un mois après sa publication initiale.

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(Photo : Julien Mignot)

jean-louis murat,delano orchestra,interview,mandorVous avez joué vos nouvelles chansons avec The Delano Orchestra. A part le fait que ce soit un excellent groupe auvergnat, qu’est-ce qui a fait que vous avez décidé d’enregistrer tout un album avec eux ?

J’ai joué avec eux pour les cinquante ans de France Inter et j’ai apprécié ce moment. L’idée d’enregistrer avec eux m’est venu soudainement au mois de décembre dernier. Je ne prémédite jamais rien. J’ai eu envie, j’ai fait, c’est tout. Je laisse toujours le hasard mener les choses.

Vous aimez bien changer de musiciens régulièrement. C’est pour se renouveler plus facilement?

C’est là qu’est l’intérêt du job. J’aime faire de la musique avec des personnalités différentes et en ne travaillant pas de la même façon que la fois précédente. Je prends ce que les musiciens extérieurs peuvent apporter à mes chansons. J’ai une sorte de curiosité quand je ne connais pas bien les gens.

Les gens qui collaborent à vos disques doivent abandonner leurs habitudes musicales pour faire du Murat. C’est simple pour eux de s’abandonner à vous ?

Je préviens toujours les musiciens avant d’enregistrer. Ils sont ici pour faire du Murat. Je ne veux pas d’état d’âme. Je ne leur demande pas de réfléchir, mais de garder leur nature de musicien sur la musique et un thème que je leur propose. Il y a très peu de bla-bla et d’explications. Il faut rester instinctif et discuter au minimum. C’est ça ou rien. Mais, il n’y a jamais de soucis en fait.

En dix jours, vous avez enregistré vingt chansons. C’est votre rythme habituel ?

Oui, j’aime quand ça va vite, quand on arrive à enregistrer deux titres par jour, je suis très satisfait. Je suis un impatient de nature. Si je ne conclue pas après avoir passé trois ou quatre heures sur une chanson, c’est que ça ne prend pas. Je change donc de chanson.

Pour y revenir ensuite ?

Deux, trois jours après, j’essaie une autre version, en effet. C’est ce qui s’est souvent passé avec The Delano Orchestra.

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(Photo: Julien Mignot)

Dans cet album, vous parlez plus de la campagne que de la ville, non ?

Certainement. J’ai du mal à faire le tri entre ce qui est citadin et campagnard, mais mon inspiration se développe beaucoup plus dans un milieu campagnard. J’ai enregistré ce disque en Auvergne… d’ailleurs, tout s’est fait essentiellement à Clermont-Ferrand. Le disque, la pochette, le clip, les photos, la bio. Tout est auvergnat, mais c’est le hasard des rencontres.

Le titre de votre album, Babel, est un hommage à un petit village qui s’appelle Saint Babel. On pensait plus à la Tour du même nom et ce qu’elle véhicule comme idées et fantasmes.

Je sais, mais avec moi, tout est toujours plus simple qu’on ne le pense. J’ai toujours un peu craint la « surpoétisation » de l’écriture de chanson. Je trouve aussi que mes amis chanteurs en font beaucoup trop avec leur « œuvre » et ce n’est pas toujours de très bon aloi. Moi, j’ai une façon de travailler qui ressemble beaucoup à du bricolage. L’univers poétique, c’est toujours un peu « Bricorama » en action.

Si d’autres en font trop, vous, vous faites le minimum auprès des médias.

Je trouve que les artistes desservent beaucoup ce qu’ils font en parlant dans tous les sens. Je refuse que l’on fasse appel à moi pour avoir un avis sur toutes sortes de choses qui ne concernent pas la musique. Je crois qu’un artiste doit rester silencieux dans sa tour d’ivoire. Il ne faut pas se présenter comme monsieur ou madame tout le monde, sinon les gens n’achèteront pas le disque de monsieur ou madame tout le monde. Le monde du disque s’écroule aussi peut-être un peu à cause de ça.

Clip du premier titre extrait de Babel, "J’ai fréquenté la beauté", réalisé par Alexandre Rochon, Production Éxécutive : Kütu Folk Records.

A chaque rentrée, son Murat nouveau. Un peu comme Amélie Nothomb qui sort son livre à chaque rentrée littéraire.

D’abord, c’est beaucoup plus simple d’écrire un disque que d’écrire un roman. Je ne vois pas pourquoi les romanciers pourraient être productifs tous les ans et pourquoi les chanteurs ne le seraient pas. Pour moi, un disque par an, c’est le minimum et je suis très heureux de travailler comme ça.

Une année, vous en avez même sorti deux.

Une année, les Beatles en ont sorti trois et ça ne dérangeait personne.

Quand vous n’écrivez pas, vous mourrez, dites-vous parfois. Exagérez-vous un peu ?

Une journée avec une chanson à la fin est une bien meilleure journée qu’une journée sans chanson. Ça m’arrange la vie, je vous assure. Je dors mieux, je vis mieux.

Vous êtes un homme de livres et de bibliothèques. Vous lisez beaucoup, est-ce que vous aimeriez écrire un roman ?

Ça ne me tente pas du tout parce que j’ai trop de respect pour la littérature et les livres. Je ne peux pas me prendre pour un romancier ou un écrivain. Au contraire, plus j’aime les livres, plus je me tiens à distance.

Avez-vous déjà essayé ?

Oui, mais faire un livre ne me paraît pas être le sujet pour moi. J’écris tous les jours, j’ai un rapport constant à l’écriture, mais ce n’est pas pour être publié.

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(Photo : Julien Mignot)

Morgane Imbeaux, la chanteuse du duo Cocoon, chante avec vous sur quelques titres. Ce n’est pas votre première collaboration avec cette auvergnate, d’ailleurs.

J’ai enregistré avec elle tout un album de textes de Baudelaire avec des musiques de Ferré, il y a longtemps. C’était il y a sept ans, bien avant le succès de Cocoon.

Oren Bloedow, guitariste et compositeur d’Elysian Fields, fait les guitares de « Chant Soviet ». Tiens, en voilà un qui n’est pas de chez vous !

Oui, mais il pourrait très bien être auvergnat en tout cas. Il connait bien le coin, c’est un ami et il vient souvent ici me voir.

Quelle est la thématique de ce disque ?

Thématique est un mot trop sérieux. Le thème pourrait être : « qu’est-ce que je fais, là où je suis ? ». J’aime étudier le rapport entre la géographie et l’histoire. Je chante simplement mes racines auvergnates. Ça ne va pas plus loin que ça, je crois.

Pour Alcaline, Jean-Louis Murat interprète "Blues du Cygne" en live.

Quand on vous interviewe, c’est difficile de parler de vos chansons. Elles sont poétiques et second degré.

Je vois ce que vous voulez dire. Pour moi, les chansons doivent rester mystérieuses et je ne me sens pas devoir développer des explications sur mes textes. Une chanson, c’est comme une pomme, il n’y a pas d’explication. Une pomme, c’est une pomme, une chanson, c’est une chanson.

Elles sont comme des contes d’antan. Vous êtes d’accord ?

J’aime beaucoup toute la littérature pour les enfants. J’ai lu tous les jours des livres de l’univers enfantin. Cela a laissé des traces en moi. Alice au pays des merveilles, dans la mythologie enfantine, c’est extrêmement important… raison pour laquelle j’ai écrit inconsciemment la chanson « Vallée des merveilles ».

L’inspiration vous vient-elle de manière inconsciente?

Je n’en sais rien du tout. Je trouve qu’il y a une sorte d’hypocrisie et de manœuvres basses a expliquer ce que l’on a pu écrire alors qu’on se sait pas vraiment ce qu’on a voulu écrire. Il y a un entre-deux où l’on doit rester assez flou, je crois.

Les gens font ce qu’ils veulent des chansons, de toute façon !

Je donne beaucoup de concerts et je rencontre beaucoup le public. Je suis toujours étonné de l’interprétation que les gens font de mes chansons. Je leur dis qu’ils ont raison parce que les gens ont toujours raison. Le chanteur ne doit pas donner de clefs pour rentrer dans son univers. Il faut que tout cela soit nimbé de mystères. Chaque auditeur doit pouvoir s’accaparer l’univers supposé de la chanson.

Vous êtes votre propre producteur, vos disques ont donc intérêt à se vendre. Vous y pensez beaucoup quand un album sort ?

A chaque sortie d’album, je suis très impliqué dans la conception du suivant. Ça m’évite le stress de ce genre de période. Je suis les choses, mais comme elles m’échappent, j’essaie de ne pas prendre ça trop à cœur. Plus j’avance dans le métier, plus je me rends compte que les règles sont incompréhensibles et complètement aléatoires. Je n’ai pas de temps à perdre à essayer de comprendre ce qui ne peut pas se comprendre. Je prends ma carrière album après album comme je prends ma vie jour après jour.

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(Photo: Franck Loriou)

23 octobre 2014

Forever Gentlemen 2 : interview de Roch Voisine, Claire Keim, Damien Fargues, Sinclair....

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Le principe de Forever Gentlemen est simple : des duos et trios font revivre les belles heures du Rat Pack et du Paris des années 50 et 60.

Devant le succès remporté par le premier volet de ce projet (triple disque de Platine), un deuxième opus a vu le jour ce lundi, Forever Gentlemen 2. Roch Voisine, Dany Brillant, Vincent Niclo, Corneille, Sofia Essaïdi, Bruce Johnson, Philippe Lellouche, Damien Sargue et Sinclair (qui réalise l’album) sont rejoints par les sublimes ladies Claire Keim, Camille Lou et Tal et par quelques nouveaux gentlemen comme Ben l’Oncle Soul, Philippe Lellouche, Antoine Duléry et Amir.16 chanteurs de charme actuels autour d’un "répertoire de légende". On y retrouve des classiques de Franck Sinatra, Nat King Cole, Charles Trenet, Henri Salvador, Sacha Distel ou encore Charles Aznavour.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorLe 1er octobre dernier, quelques journalistes ont été conviés sur une péniche pour rencontrer certains des artistes ayant participé à ce deuxième Forever Gentlemen. L’idée était louable. Mais, personnellement, sans faire ma diva, j’ai trente ans d’interviews et j’ai passé l’âge de faire mon travail médiocrement. Je ne suis pas du tout amateur du procédé qui consiste à avoir quatre personnes devant un micro pendant dix minutes. Je ne suis pas un intervieweur qui se contente de poser une question à chaque personne et qui s’en va (ce qui, globalement, a été ce que j’ai fait ce jour-là). Il me faut du temps pour mettre en confiance la personne en face de moi et obtenir des propos « intéressants » susceptibles d’intéresser des lecteurs. J’imagine que les attaché(e)s de presse (au demeurant sympathiques et professionnels) ont dû se dépatouiller au mieux pour faire un maximum d’interviews en une après-midi. Ce n’est pas évident étant donné le peu de disponibilité de certains de ces artistes. Ce qui est certain, c’est que je ne participerai plus à ce genre de journée promo. Des petits jeunes qui débutent y trouveront leur compte. Pas moi.

Je vous propose ici, le résultat de mes 2 x10 minutes avec deux plateaux de quatre artistes.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorInterview  1er plateau : Roch Voisine, Claire Keim, Damien Sargue et Sinclair.

Claire Keim, est-ce impressionnant d’entrée dans un projet existant avec une équipe déjà formée ?

Claire Keim : Ce qui est  impressionnant, c’est de s’attaquer à des chansons qui font partie de l’inconscient collectif des gens. On connait tous ces standards, même si on ne maîtrise pas bien les paroles, on sait les siffloter ou les chantonner sous la douche.Ca fait donc un peu peur. D’un autre côté, c’est tellement un plaisir et un rêve de rejoindre une telle aventure qu’on fonce tête baissée. J’avais trouvé le premier volet tellement classe et tous ces artistes élégants que j’avais très envie de les rejoindre et de partager des moments avec eux.

Sinclair, quelle est la difficulté principale quand on réalise un tel album ?

Sinclair : Le plus dur est de refaire ces chansons universelles sans les dénaturer, mais sans pour autant en faire des copies conformes. Pour y parvenir, je me suis fait plaisir et me suis entouré de personnes avec lesquelles j’aime travailler. Quand je réalise un disque, il faut que ça me plaise, que ça me fasse vibrer et qu’il se passe quelque chose d’émotionnel. J’ai eu un bon arrangeur et un bon ingénieur du son, du coup, le résultat a été à la hauteur de nos espérances. Autre gageure : que les artistes prennent du plaisir également. Ces versions-là ne sont pas à 100 kilomètres des versions originales, mais elles ont leurs particularités. Ce n’est pas évident, parce qu’on peut être très rapidement de l’autre côté de la barrière. Soit trop, soit pas assez. Il faut trouver le juste équilibre. Il ne faut être ni ringard, ni élitiste.

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Roch Voisine, quand on interprète ce genre de chansons éternelles, chante-t-on forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandordifféremment ?

Roch Voisine : Ce qui est important dans n’importe quel projet où l’on interprète des reprises, c’est d’adopter le style du répertoire en question. Mais, attention, il faut éviter le mimétisme. Dans le cas de Forever Gentlemen, il faut apporter du swing supplémentaire dans sa façon de chanter. Pour bien réussir une reprise, il faut la personnaliser. Il faut se laisser aller et ne pas penser à ceux qui l’ont chanté avant, sinon, ça peut devenir stressant.

Sinclair : Avec toi, Roch, ça a été du pain béni. Tu soulèves ce problème, mais il ne te concerne pas car, lorsque tu te mets derrière un micro, on reconnait immédiatement ta voix. Ta façon de chanter reste du Roch Voisine, mais avec du swing supplémentaire. Il ne faut pas changer sa voix, il faut juste interpréter la musique différemment. Il ne faut pas se dire, « je vais la chanter comme Sinatra ».

Claire Keim : Ce qui est agréable dans ce projet, c’est d’évoquer une époque. Ils sont venus nous chercher aussi parce qu’ils voulaient qu’on apporte un peu de nos personnalités. On a pris du plaisir à rentrer dans les codes, tout en conservant une certaine fraicheur.

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Premier clip tiré de Forever Gentlemen: LOVE, par Claire Keim, Roch Voisine et Corneille.

forever gentlemen 2,interview,roch voisine,damien sargue,claire keim,sinclair,sofia essaïdi,camille lou,amir,bruce johnson,mandorInterview : 2e plateau :

Bruce Johnson, Sofia Essaïdi, Amir et Camille Lou.

Sofia Essaïdi et Bruce Johnson, comment avez accueilli les deux nouveaux, à côté de vous, Amir et Camille Lou?

Sofia Essaïdi : On essaie d’accueillir les bras grands ouverts. Nous sommes ravis qu’ils viennent partager avec nous cette merveilleuse aventure. C’est plaisant de voir l’équipe s’agrandir.

Amir : Ah bon ? J’ai entendu qu’il y avait un before sur la péniche et ils ne nous ont pas laissé rentrer.

Sofia : Ce n’est pas vrai (rires).

Amir, ce doit être impressionnant, quand on débute sa carrière, de mettre les pieds dans ce genre de projet avec des artistes confirmés depuis des années, non ?

Amir : Parce que, justement, c’est un projet qui est fait par des gens qui ont de l’expérience et qui sont très talentueux, le fait d’intégrer leur équipe me permet de me sentir plus en sécurité. Je me sens bien entouré. J’espère juste que ma présence ne va pas nuire à cette recette qui a eu du succès. J’essaie d’être optimiste en me disant que ce deuxième disque pourra faire aussi bien que le premier et que je m’embarque dans une belle aventure.

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Et vous, Camille Lou ?

Camille Lou : Ce que vient de dire Amir est tout à fait vrai. Je n’en reviens pas d’avoir été contacté pour participer à cet album. Je trouve cela génial et prends cela comme un grand privilège. Cette équipe et la musique nous donnent l’impression d’être dans un cocon, un espèce de gros câlin. Je suis très heureuse.

Sofia, vous, vous avez récidivé.Ca veut dire que la première expérience a été bonne ?

J’aime tout dans ce projet. C’est le style que j’aime, qui me touche et qui me parle. Le jazz, le blues, je trouve cela tellement élégant et raffiné. Chanter ce genre de chanson, c’est jouissif. Ce qui est génial, c’est que l’on joue le jeu à fond. On se maquille, on se coiffe, on s’habille comme à cette époque. Soudain, on est transporté des années en arrière. On a l’impression que Franck Sinatra va débarquer. C’est magique.

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Bruce Johnson, vous êtes peut-être l'artiste le plus légitime dans cet exercice, non ?

J’adore cette musique depuis longtemps. J’ai eu la chance, dans les années 80, de travailler avec des musiciens qui ont eux-mêmes travaillé avec Glenn Miller ou Sammy Davies Junior. Le jazz est une musique que je côtoie depuis toujours.

C’est bien de faire un album de jazz de manière abordable, en tout cas.

Sofia Essaïdi : En France, le jazz est considéré comme une niche, et là, d’un coup, cette musique est ouverte au grand public. Moi, je suis folle amoureuse du jazz. J’en suis même fanatique. Je n’écoute que ça chez moi, dans ma voiture, partout, depuis tout le temps. D’ailleurs, le premier single que j’avais sorti, c’était une reprise de « Roxanne » du groupe Police en version jazzy. Vraiment, ma participation à ce projet est un cadeau du ciel.

Et vous Camille Lou, vous mettre à cette musique là, ça a été facile ?

Camille Lou : Il n’y a pas une façon de chanter pour un style de musique, on a sa façon de chanter. Il faut juste chanter et dire ce que l’on à dire.

Amir : Si je suis d’accord avec Camille, de mon côté,  je me laisse influencer par les arrangements des chansons. On entend l’esprit dans lequel elle a été refaite. Cela crée une atmosphère et, naturellement on s’adapte, et on devient plus jazzy.

Bruce Johnson : La chanson, c’est comme une maison qu’on ne connait pas. On nous jette dedans et il faut qu’on s’adapte avec les moyens que l’on a. Et ce qui est le plus important, c’est de respecter la maison.

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22 octobre 2014

Jean-Michel Ribes et François Bernheim : interview pour le festival Touche française

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12 artistes pour 7 concerts exceptionnels, voilà ce que vous propose le Théâtre du Rond-Point de Jean-Michel Ribes, le 25 et 26 octobre prochain. Au programme du festival Touche française : Dick Annegarn, Babx, Bagarre, Louis Chedid, Jeanne Cherhal, Dawn, Gontard !, Juniore, Patricia Kaas, Maissiat, Milk Coffee & Sugar et William Sheller.

Ce théâtre est celui des auteurs vivants  et comme les auteurs-compositeurs-interprètes en sont, le Rond-Point les accueille cette année avec joie. Avec la complicité artistique de la radio internet PiiAF
et de François Bernheim, le Théâtre du Rond-Point a inventé deux jours de fête où se croisent de grands artistes de la chanson francophoneet de nouvelles voix. Inconnus, découvertes ou références, ceux qui chantent, susurrent, slamment, rappent, composent… viendront dans leur plus simple apparat, « unplugged », partager leurs mots, leurs mélodies et leurs rêves avec vous.

Au programme de ce week-end : quatre concerts en salle Renaud-Barrault, deux premières parties, trois concerts en salle Jean Tardieu, dont une scène découverte, un plateau radio avec PiiAF aux commandes et des artistes en interview, un restaurant et un bar qui vibrent aux sons francophones et proposent une carte spéciale.


Touche française - 7 concerts exceptionnels au... par WebTV_du_Rond-Point

Pour parler de Touche française, j’ai rencontré le 8 octobre dernier (et réellement en exclusivité) les deux protagonistes principaux de ce mini festival, Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre et François Bernheim, auteur-compositeur-réalisateur-chanteur.

(Outre celle de Babx, les vidéos qui ornent cette chronique sont celles des artistes "découvertes" de ce festival.)

ribes.jpgJean-Michel Ribes :

Auteur dramatique, metteur en scène et cinéaste, Jean-Michel Ribes revendique la fantaisie subversive et l’imaginaire, poursuivant un parcours créatif libre, à la frontière des genres. Il dirige le Rond-Point depuis 2002, où il défend l’écriture dramatique d’aujourd’hui. Il est auteur et metteur en scène d’une vingtaine de pièces.

Pour la télévision, il a écrit les deux séries cultes Merci Bernard (1982 à 1984) et Palace (1988 à aujourd’hui).

Pour le cinéma, il écrit et réalise Rien ne va plus (1978), La Galette du Roi (1986), Chacun pour toi (1993), Musée Haut, Musée Bas (2008) et Brèves de comptoir (2014).

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Producteur, compositeur et interprète, François Bernheim a donné naissance à des carrières aussi prestigieuses que celle des Poppys ou de Patricia Kaas. Parmi ses interprètes, figurent Brigitte Bardot, Gérard Lenorman et Serge Reggiani. François Bernheim est aussi le réalisateur du premier disque de Guillaume Depardieu, Post Mortem.

Je reviendrai plus longuement sur la carrière, très riche, de François Bernheim puisqu’il sera mon invité (et en solo) ici-même dans quelques jours.

DSC0948hhh9.JPGInterview :

Pourquoi ce festival, Jean-Michel Ribes ?

Jean-Michel Ribes : Au Rond-Point, on avait envie de prolonger ce que l’on faisait au théâtre, c’est-à-dire, saluer les auteurs vivants. Avec ma collaboratrice, Mélanie Lheureux, la responsable des événements exceptionnels, on a voulu ouvrir une fenêtre sur la chanson francophone, qui est aussi porteuse de textes. J’ai demandé à François Bernheim s’il voulait bien travailler sur ce projet avec nous. A partir de là, on a construit ensemble ces deux jours.

François Bernheim : On a élaboré une programmation qui est digne de l’endroit. L’évènement principal, c’est que ces concerts se passent au Théâtre du Rond-Point.

Avez-vous eu des exigences particulières concernant le casting de ce week-end musical ?

Jean-Michel Ribes : Nous avons voulu que ce soit de la chanson française, qu’elle soit dans la tradition ou pas. Evidemment, moi, j’aime bien quand elle sort de la route.

François Bernheim : Le cahier des charges, c’est que les artistes viennent avec une formation très simple, voire très light.

C’est-à-dire, guitare-voix ou piano-voix maximum.

Jean-Michel Ribes : Nous souhaitions présenter des artistes qui soient interprètes avec de beaux textes et de jolies musiques. L’idée que des personnes connues présentent des artistes francophones qui le sont moins n’est pas novatrice, mais nous trouvions cela essentiel.

Bagarre : clip officiel de Mourir au club.

Moi qui suis dans ce milieu, je vous avoue que je ne connais pas la totalité des artistes présents.

François Bernheim : Nous travaillons en collaboration avec une radio sur le net, PiiAF. Cette radio a pour vocation de découvrir et programmer des gens qui n’auraient pas l’opportunité de l’être de manière classique. Ces artistes ont des contrats avec des maisons de disque ou pas, ils ont des CD ou pas, mais en tout cas, ils font beaucoup de scènes. Nous avons fait une sélection parmi ces jeunes en devenir.

Il y a clairement la volonté de faire découvrir de jeunes artistes.

Jean-Michel Ribes : C’est un festival d’émergence. Louis Chédid, Jeanne Cherhal, William Sheller, Patricia Kaas, Maissiat, Dick Annegarn attirent le public et, en même temps, ce même public va avoir la joie d’accueillir des chanteurs qui vont devenir des gens qui vont occuper les ondes.

François Bernheim, quand vous travailliez chez Barclay, dans les années 70, vous avez découvert Chédid et Sheller. Puis, au début des années 80, vous avez lancé Patricia Kaas… curieusement, ils sont tous présents pendant lors de ce festival.

François Bernheim : Je peux vous dire que c’est un hasard. Certes, je les ai appelés, mais c’est le cœur qui parle avec ces gens-là. Cela dit, il faut que ça marche, alors, je n’appelle pas n’importe qui.

Jean-Michel Ribes, on connait votre rapport à la littérature et au théâtre, mais quel est-il avec la chanson française ?

Jean-Michel Ribes : Comme tous les gens qui chantent très faux, on aime bien entendre le contraire de soi. Jeune, je me souviens être allé à l’Ecluse, voir une longue dame brune qui chantait : Barbara. Elle m’a beaucoup ému. J‘ai eu également la chance de connaître un peu Gainsbourg, les Rita Mitsouko et d’autres comme Philippe Chatel, qui a fait la musique d’un de mes films. Par rebonds et sursauts, j’ai rencontré pas mal de chanteurs. Je suis très sensible à la chanson française, à tel point que, quand je l’écoute, je l’écoute. Je ne peux pas faire autre chose en même temps.

François Bernheim : Quand Jean-Michel parle de chanson française, il n’y a rien de poussiéreux là-dedans. Il est innovateur, c’est même un explorateur. Il le prouve tous les jours au théâtre, mais aussi en permettant cette programmation de chansons assez inédites pour ce qui est du tremplin des révélations.


Babx en Deezer Session : "Lettera" par deezer

Il y a des artistes exigeants dans cette programmation. Babx par exemple.

Jean-Michel Ribes : C’est bien que vous citiez Babx. J’ai rencontré ce jeune chanteur ici quand j’ai organisé la soirée « La culture contre la haine ». Quand j’ai vu Babx, j’ai été immédiatement accroché par lui et j’ai pensé qu’il était impératif qu’il participe à ce festival.

Ce qui est bien, c’est que vous mélangez les styles. Il y a un monde entre Patricia Kaas et Babx.

François Bernheim : Vous allez être étonné de ce qu’elle va faire sur scène. Elle s’est adaptée au concept de ces deux soirées. Elle sera seule sur scène avec deux musiciens. Elle interprétera six chansons qui seront très fortes, car dénudées, voire squelettiques. C’est sa voix avant tout.

Il y aura aussi Jeanne Cherhal.

François Bernheim : Elle sera seule au piano. C’est une prise de risque pour tous les artistes que de chanter ainsi.

Vous parlez de « prise de risque », pour vous Jean-Michel Ribes, c’en est une d’organiser ce festival ?

Jean-Michel Ribes : Cela fait douze ans que ce théâtre est une prise de risques de six heures du matin à six heures du matin, donc, ça ne me change pas beaucoup. Je pense justement qu’une des raisons pour lesquelles nous ne nous sommes pas cassés la gueule, c’est que l’on prend des risques en permanence. Rien ne peut exister sans prise de risques. Quand il n’y a pas de risque, il n’y a pas de mouvement. S’il n’y a pas de mouvement, il n’y a pas de changement. S’il n’y a pas de changement, autant rester chez soi. Toute approche artistique, que ce soit au cinéma, au théâtre, dans la chanson ou la littérature, c’est quand même pour faire bouger les choses.

Dawn, dans une reprise de "Sur un trapèze" initialement interprété par Alain Bashung.

Il y a une notion de « transmission » dans ce projet ?

Jean-Michel Ribes : Non. Il s’agit plus de donner à de jeunes talents la possibilité qu’ils existent.

François Bernheim : C’est aussi un environnement, un décor que tous ces jeunes n’ont pas encore côtoyé. Ils sont plus habitués à jouer dans des bars ou des petites scènes qui ne sont pas forcément folichonnes.

Vous avez vus récemment ces jeunes artistes ?

Jean-Michel Ribes : Oui. Ils ont le trac, évidemment… et c’est bien.

Ce n’est pas la première fois que vous accueillez des chanteurs dans votre théâtre.

Jean-Michel Ribes : C’est vrai. Georges Moustaki, par exemple, a fait quatre concerts ici. Il n’y avait plus aucune place de disponible. Je ne marche qu’au coup de cœur. Ici, on ne fait pas une programmation marketing. On a envie de voir évoluer des gens que l’on aime.

Juniore: clip de "La fin du monde".

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux?

Jean-Michel Ribes : On a deux enfants ensemble (rires).

François Bernheim : Avec Elisabeth Depardieu, nous avions conçu un spectacle chanté où nous étions tous les deux sur scène. On devait investir l’ancien Bobino deux soirs de suite. Elisabeth, qui connaissait Jean-Michel, lui a demandé de nous mettre en scène. Nous ne savions pas trop comment évoluer sur le plateau et il a accepté de nous aider. Amicalement, vite et bien… et gracieusement, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

Vous pouvez mettre en scène « n’importe qui », Jean-Michel Ribes ?

Jean-Michel Ribes : Je ne peux mettre en scène que des gens que j’admire et que j’aime. Il faut qu’il y ait un échange et une grande confiance les uns envers les autres pour que je puisse les emmener ailleurs que vers eux-mêmes.

Gontard! :"Dans la musique".

Chacun à votre manière, vous défendez la langue française.

François Bernheim : On a suffisamment de gens qui chantent en anglais autour de nous pour que l’on prenne la peine de se pencher un peu plus sur la chanson française avec de beaux mots.

Jean-Michel Ribes : Il y a quelque chose dans la culture anglo-saxonne qui est magnifique, mais qui est aussi dangereuse. Il y a une espèce d’anesthésie de la langue. Il suffit que ce soit anglais pour que l’on n’écoute plus que la musique. Je crois qu’il y a, en France, une langue qui peut être très musicale. Il faut que l’on revienne à cette langue française parce qu’elle a des saveurs que d’autres n’ont pas.

François Bernheim : Moi, je vais plus loin que Jean-Michel. Je pense qu’il y a une vraie colonisation de la langue anglaise sur la création française. A nous de conserver notre identité. Par la culture, c’est un bon moyen de lutter.

Jean-Michel Ribes : Beaucoup de chanteurs français chantent en anglais. Mais, ce problème est également valable pour le cinéma. Je viens de faire le film Brèves de comptoir. C’était limite si on ne me demandait pas de le mettre en scène avec des comédiens anglais. Il y un moment, ça va. Il faut réagir en agissant.

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Avec François Bernheim et Jean-Michel Ribes, le 8 octobre dernier (dans le bureau de Jean-Michel Ribes).

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20 octobre 2014

Garz : interview pour la sortie de Issues

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(Photo : Sacha Lenormand)

Je ne connaissais pas Garz. Pourtant, cela fait un moment qu’il traîne ces guêtres dans le monde musical français. Cela dit, l’homme n’a rien fait pour faciliter les choses puisqu’il a changé de nom à chaque projet. Et il en a eu… Difficile à suivre donc.

Aujourd’hui, Garz (diminutif de Matthieu Garczynski) semblerait être déterminé à se stabiliser. Il sort un album qui s’intitule Issues. La pochette est un labyrinthe. Symboliquement, on comprend qu’il s’agit ici d’évoquer les méandres complexes de la vie et la difficulté de choisir le bon chemin. Ce disque pop (tendance calme) est une auto-analyse, entre sincérité et humour, dans lequel, les quidams que nous sommes, se retrouveront souvent.

Le 16 septembre dernier, l’artiste est passé par l’agence afin de se présenter et évoquer ce subtil album plein de surprises.

(Toutes les photos, hormis celles prises à l'agence, sont signées Sacha Lenormand. Merci à lui.)

garz,issues,interview,mandorBiographie :

Auteur, compositeur et interprète, Garz, vogue depuis la fin des années 80 sur des musiques pop, rock ou new-wave, tandis que son écriture, intime et personnelle, exprime une forte quête d’identité et de sens.

En 2008, il créé sous ce nom une série de EP’s et travaille parallèlement pour le théâtre (compagnies Habaquq, Dodeka…) dont il compose les musiques de scène. Installé en Normandie depuis 2010, il reçoit le soutien d’acteurs culturels locaux (Conseil Général de la Manche, Comité d’aide aux groupes de Caen, Relais Culturel du Pays de la Baie du Mont Saint-Michel, SMAC Le Normandy à Saint-Lô) et se lance dans la réalisation d’un album avec Laurent Beaujour (co-arrangeur et réalisateur). Ensemble ils ont cherché une forme musicale pour chaque chanson et travaillé les arrangements en relation étroite avec les mots et les images des textes pour leur offrir un écrin pop, rock, country, blues, électro ou trip-hop et nous embarquer dans des univers denses, d’une grande intensité. L’album s’écoute alors comme un cheminement de pensées, d’émois et d’expériences.

Le disque :garz,issues,interview,mandor

Avec Issues, son nouvel album, Garz affirme ses thèmes de prédilection et leur trouve une issue/des issues… 

Chacune des dix chansons est une tentative de fuite, cherche, avec sincérité et humour, une échappatoire aux chagrins du jour, aux angoisses des nuits, au temps qui passe, invente une alternative à soi-même et part en quête d’un ailleurs.
Chez Garz la douceur des corps à corps est une réponse à ses questionnements, réponse amoureuse ou sensuelle. La nature aussi est une réponse, belle et chaude avec son peuple d’animaux étranges, ou bien le passé qu’il explore pour comprendre coûte que coûte de quelle étoffe il est fait, et la musique bien sûr dont il s’enivre…

garz,issues,interview,mandorInterview :

Tu es musicien depuis ta tendre enfance ?

Petit, j’ai voulu faire de la trompette, mais mes parents ont préféré que je fasse du hautbois. Plus tard, à 14 ans, j’ai commencé à vouloir composer au piano. J’ai ressenti un fort besoin de m’approprier la musique.

Quand as-tu décidé d’en faire ton métier ?

J’ai fait du droit jusqu’à 24 ans. Mais, c’était plus fort que moi, je sentais que je ne pouvais pas devenir juriste, par exemple. L’idée de me lancer dans un métier normal me terrorisait. J’ai préféré vivre une vie de saltimbanque en choisissant de consacrer ma vie à la musique.

Tes parents t’ont-ils encouragé dans ce sens ?

Disons qu’ils ne m’ont pas empêché. C’est le fait que je souhaite devenir artiste qui n’est pas rassurant pour des parents. Comme ils avaient les moyens de m’aider s’il le fallait, ça s’est bien passé. Cela dit, même aujourd’hui, ils sont encore un peu inquiets.

Clip vidéo réalisé par Alban Van Wassenhove pour la chanson de GARZ "Quelqu'un d'autre (pas moi)" tirée de l'album ISSUES le 7 octobre 2014. Avec GARZ (Matthieu Garczynski)

C’est donc ton premier album sous le nom de Garz.

J’ai sorti un disque en 1998 sous le nom d’Oblomov. Il s’intitulait Rock de chambre. J’assume moyennement ce disque malgré le fait qu’il sa réalisation a été faite dans de bonnes conditions.

Ta carrière en tant que Garz a commencé en 2008.

Oui, mais c’est le prolongement de ce que je faisais avant. J’ai cette espèce de maladie de beaucoup changer de nom. J’ai un gros problème avec ça. Ca me vient d’une quête d’identité de soi-même, de « qu’est-ce qu’on fait de sa vie ? » J’ai toujours eu envie de changer d’identité, mais j’arrive désormais à me contrôler.

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Pendant l'interview.

La quête d’identité est le thème principal de tes nouvelles chansons, notamment dans « Garczynski ».

A travers cette chanson, j’ai essayé de comprendre d’où je venais. Au 19e siècle, la Pologne était occupée par les prussiens et les russes. Les polonais ont dû se battre contre les occupants, dont des membres directs de ma famille. Quand j’avais 7 ans, mes parents m’ont emmené en Pologne et ça m’a marqué. Quand on a un nom comme le mien, on s’interroge sur le passé familial.

De quoi te nourris-tu pour t’inspirer ?

Je me nourris de ce que je vis et ce que ressens. J’essaie de retranscrire dans chaque chanson une émotion différente.

Clip réalisé dans le cadre de Kino Caen 2014 par Denis Levrat sur une idée originale de Matthieu Garczynski (GARZ). Avec Anastasia Parquet. "Vous revoir" est extrait de l'album Issues.

Tu dis que ta musique est de la pop. J’y vois plus de la chanson.

J’ai une prédilection pour la pop, mais pas celle qui est sucrée et commerciale. De toute manière, le mot pop en musique rassemble large. Au fond, moi, ce qui m’importe, c’est la mélodie. Il faut qu’elle porte la chanson et qu’elle fasse passer mes textes plutôt graves de manières plus légères.

Ta première chanson date de 1987. Ca fait donc plus de 25 ans que tu écris. C’est difficile de se renouveler ?

Oui, c’est ça la difficulté principale. Je passe mon temps à écrire et jeter parce que je trouve que ce n’est pas assez original où que j’estime que j’ai déjà fait une chanson de  ce type-là. Je veux changer perpétuellement la forme et le fond. Je passe beaucoup de temps à tenter de résoudre cette problématique.

Malgré tes années de musique et d’expériences individuelles ou collectives, tu n’as pas encore une grande notoriété. Trouves-tu le temps un peu long ?

Je l’ai vécu de manière un peu chaotique jusqu’à il y a trois ans. J’ai compris qu’il fallait que j’arrête de faire les choses à l’arrache et j’ai su m’entourer. J’ai fini par comprendre que les choses ne marcheraient pas si je restais tout seul. Issues est le premier disque pour lequel je me suis donné un peu plus les moyens. J’ai trouvé les financements avant de l’écrire. A la base, je ne voulais plus enregistrer de disque. Me contenter de faire de la scène me suffisait. Dans ma région, la Normandie, on me répondait qu’il me fallait de l’actu. Parce qu’il y a un comité d’aide aux groupes qui existe à Caen, le directeur d’une salle dans laquelle je voulais jouer m’a poussé et aidé à remplir un dossier de subvention. On m’a donc attribué une petite somme d’argent et j’ai pu faire ce disque. J’ai voulu bien le produire, j’ai trouvé un réalisateur compétent et j’ai pris quelqu’un pour la promo.

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(Photo : Sacha Lenormand)

As-tu besoin de notoriété ?

De reconnaissance, plutôt. Je rêve d’avoir un public et de pouvoir partager les choses. Je veux être écouté en fait, ce qui est normal pour un artiste. 

Laurent Beaujour a coréalisé l’album.

C’est quelqu’un du Cargo, à Caen, qui me l’a présenté. Au début, je voulais juste faire un EP, mais le travail avec lui m’a tellement plu qu’on a fait un album. Comme je ne sais pas s’il y en aura d’autres après, j’ai mis tout ce que je suis et tout ce que je sais faire. Ce disque résume tout ce que j’ai pu faire avant, mais en mieux.

Tu te livres franchement dans Issues. Es-tu pudique dans la vie ?

Ca dépend du contexte. Je peux être pudique quand je ne connais pas du tout les gens, mais en privé, je ne le suis pas trop. Je peux même être assez trash (rires). Même sur scène… j’ai fait des cochonneries.

Bien que je ne te connaisse pas dans la vie, je ne te vois pas comme ça.

J’ai deux facettes. Un côté un peu imagé, littéraire, poétique et un côté trash, brut, plus direct. Il m’est arrivé de réunir ses deux aspects de ma personnalité et artistique. Pour ce disque, j’ai choisi la profondeur plutôt que la provocation.

"En dormant", une chanson tirée de l'album Issues et des images de GARZ (aka Matthieu Garczynski).

garz,issues,interview,mandorTu te sens proche de quels artistes ?

Dans ceux d’hier, l’Etienne Daho des années 80. Et dans ceux d’aujourd’hui, j’aime bien Bertrand Belin et principalement son album Hypernuit. Cet album m’a donné envie d’en refaire un. J’aimais bien aussi Les créatures de Philippe Katerine. C’est à la fois, poétique, décalé et élégant. J’aime bien aussi Albin de la Simone.

Tu attends quoi de la sortie de ce disque ?

Je ne sais pas où cela va me mener. J’ai peur de l’après. Est-ce que cela va me permettre de passer un cap, trouver des partenaires, de pouvoir faire un autre disque ? Si, ça n’évolue pas, je n’aurai pas le courage de recommencer.

Le titre de cet album a une signification précise, je suppose.

Je me suis demandé ce que pouvait relier toutes les chansons. Je me suis soudain rendu compte que toutes les chansons parlaient de fuites. Issues m’est venu assez rapidement. C’est un mot concret et en même temps abstrait. Un peu comme je suis et comme sont mes chansons.

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Le 16 septembre 2014, après l'interview.

18 octobre 2014

Bernard Werber : interview pour La voix de la Terre

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(Photo : Le Point)

11389-650x330-bernard-werber.jpgBernard Werber sort le 3e volume de la trilogie Troisième humanité, La voix de la Terre.

Je l’avais déjà mandorisé pour le premier tome.

Rappelons qu’à l'origine de l'ensemble du projet, il y avait cette question simple (mais finalement très complexe): Quel est le point de vue de la planète TERRE, elle-même, sur le comportement des hommes envers elle?

Selon l’auteur, « la meilleure manière de faire comprendre une autre écologie serait d'imaginer une communication directe avec ce sur lequel nous marchons. Nous aurions ainsi enfin accès à ce que pense la Terre des hommes qui la saupoudre. Pour elle, nous sommes une espèce jeune, envahissante, dépourvue de système d'autorégulation, mais avec d'immenses potentiels dus à la maitrise des technologies, notamment de communication et de voyage dans l'espace ».

Dans ce 3e volume, l'histoire de notre espèce va faire un bond en avant même si ce bond se fera au prix de l'affrontement de menaces venant de l'espace (astéroïde) ou des tensions internes (3e guerre mondiale). Mais n'est-ce pas ainsi que se crée l'Evolution ?

A l’occasion de cette sortie évènement, j’ai posé quelques questions à Bernard Werber, dans un café parisien, le 19 septembre dernier. Voici le fruit de cette interview publié dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc, daté du mois d'octobre 2014 (avec ensuite un bonus mandorien).

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Pour ceux qui n’arrivent pas à lire l’intro, comme je ne fournis pas de loupe, la voici en plus lisible.

La saga des micro-humains commencée avec "Troisième humanité" se poursuit sur fond d'apocalypse. Alors qu'une 3e guerre mondiale se profile à l'horizon, Gaïa, la Terre, semble vouloir se rebeller contre ses habitants. Dans la "La Voix de la Terre", on retrouve David Wells (descendant d’Edmond Wells) et Aurore, mais aussi de nouveaux personnages qui vont recréer le lien avec la planète grâce à la mise au point d'une communication par l'entremise des pyramides. Rencontre avec Bernard Werber qui sort son 20e livre en 23 ans de publication.

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Bonus mandorien:

Vous souhaitez émerveiller les autres avec ce qui vous émerveille ?

Mettre ma pensée dans quelque chose qui va me survivre, comme des livres, me fascine. Les gens reçoivent cette pensée et elle se met à vivre. Le mot écrivain me semble une réduction de cette activité qui consiste à lancer des idées, à les faire vivre et à les présenter de manière amusante. Je me vois plus comme un raconteur d’histoires et un diffuseur d’idées.

Vous êtes observateur du monde et de la vie des gens, m’avez-vous dit un jour…ce qui nourrit vos romans.

La fonction d’un romancier, c’est de prendre ce qu’il y a autour de lui pour fabriquer un produit qui n’est pas la même chose. Un peu comme les abeilles font avec le pollen pour fabriquer du miel. Moi, j’utilise ce pollen pour en faire mon miel. Le miel, il faut qu’il soit le plus pur possible pour que ce soit le plus agréable possible à consommer. Pour ma part, il y a une jouissance à prendre le pollen et une jouissance à faire le miel. L’extrême jouissance, c’est quand je vois le consommateur satisfait. Tout cela fait partie d’une chaîne où tout prend sa place avec harmonie. Quand je regarde le monde, j’ai la même jouissance et la même gourmandise qu’à une abeille regardant un parterre de fleurs.

C’est quoi être écrivain ?

C’est une passion. Je crois que plus j’ai de plaisir à écrire, plus le lecteur aura de plaisir à lire mes livres. Le livre est un objet de plaisir à fabriquer et à consommer. Il ne doit pas y avoir d’efforts ni à la création, ni à la lecture. Tout ça doit se passer de manière fluide. Il faut que l’écrivain se mette dans un état particulier, qui est peut-être un état de transe dans lequel les choses se font et arrivent toutes seules. S’il y a un effort intellectuel pour séduire le lecteur, là, on est out. Il faut juste arriver à transmettre de l’émotion. Au bout de 20 ans de métier, je n’ai plus la préoccupation de la technique, je n’ai plus que celle de la transmission d’émotions.

Vous arrive-t-il de décrocher ?

Non, l’écriture est pour moi pratiquement une maladie. Je suis tout le temps hanté par mon roman en cours. Je regarde tout ce qu’il se passe autour de moi pour voir si ça peut devenir une scène du livre. Quand je rencontre des amis écrivains, j’ai tendance à leur raconter mon roman pour voir si ça les intéresse. Pareil pour mon entourage.

Vous travaillez tous les jours de huit heures à midi et demie. Vous ne dérogez jamais à cette règle?

Je ne me repose jamais. Mais je trouve le repos dans l’écriture. Quand mes personnages se reposent, je me repose. Pour moi, être écrivain n’est pas un métier, c’est une vie entière.

Avez-vous parfois l’angoisse de la page blanche ?

Non, mais je fais toujours beaucoup de romans avant d’aboutir au bon. Par exemple, j’ai écrit quinze La Voix de la Terre. Chacune des versions faisait 500 pages. Chez moi, l’écriture et les idées viennent facilement, mais les premières versions ne sont jamais bonnes.

Un livre de Bernard Werber est donc le best of de quinze précédents, c’est ça ?

Disons que c’est le meilleur de ce qu’il y avait dans les quinze versions. Il faut être patient. J’ai un débit de dix à quinze pages par jour. Je vois le travail d’écrivain comme un marathon. Il y a un rythme à trouver, une fois que l’on a trouvé ce rythme, on est bien dedans.

Quel est l’objectif d’un auteur ?

Sans hésiter, de plaire aux lecteurs. La fonction d’un bon livre est d’être un divertissement, ce n’est pas d’être une zone expérimentale. Dans chacun de mes romans, il faut une montée dramatique, une structure chronologique et des clins d’œil, comme l’encyclopédie d’Edmond Wells qui revient de livre en livre. Il faut faire de la nouveauté dans la continuité. Mais au fond, la seule question que je me pose, c’est : comment transmettre une prise de conscience sur la planète et comment faire vivre mes personnages ?

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Le 19 septembre 2014, après l'interview...

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16 octobre 2014

Philippe de Chauveron : interview pour le DVD de Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?

philippe de chauveron,qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu?,interview,mandor

Voici mon interview du réalisateur Philippe de Chauveron réalisée à l’occasion de la sortie en DVD du film, Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu? et publiée dans Le magazine des espaces culturels Leclerc daté du mois d’octobre 2014.

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14 octobre 2014

Catherine Locandro : interview pour L'histoire d'un amour

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Avec Catherine Locandro, l’amour n’est jamais tout à fait un fleuve tranquille. Mais, il est toujours majestueux, malgré les nombreuses vagues tempétueuses (les sentiments, peut-être…) Dans L’histoire d’un amour, il est question du poids du secret, de l’inégalité de l’oubli entre deux personnes, de l’impossibilité de faire le deuil d’un amour parce que « l’autre » est une célébrité qui ne cesse d’occuper les petits écrans. (Il s’agit de Dalida.)

Catherine Locandro, à l’écriture si délicate et sensible, nous offre un roman émouvant et profond. Qui devrait toucher tout le monde.

Pour sa deuxième mandorisation (la première est à lire ici), l’auteure est passée à l’agence le 15 septembre dernier.

CVT_HISTOIRE-DUN-AMOUR_6607.jpeg4e de couverture :

Au comptoir de l’Alfredo, en face du lycée où il enseigne la philo, Luca lit La Repubblica. Ce matin-là, un article le ramène en 1967 lorsque, figurant pour une émission de variétés de la RAI, il croisa la Chanteuse. S’ensuivit une liaison, aussi ardente que brève, avec cette diva tristement célèbre pour sa tentative de suicide après la mort tragique de son compagnon. Une passion qui fit de Luca un homme à part, à distance du monde. Les révélations de ce journaliste lui offrent la chance de reprendre son existence en main.
Au gré d’évocations romaines – les ruelles bruyantes du Trastevere, la boucherie-triperie de la Via della Scala –, Catherine Locandro nous livre un roman sur la perte amoureuse et le poids des secrets, tout en délicatesse et émotion.

 

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L'auteure : Catherine Locandro est née à Nice en 1973 et vit actuellement à Bruxelles. Elle travaille dans le domaine de l’audiovisuel lorsqu’elle publie son premier roman, Clara la nuit, qui remporte le prix René Fallet en 2005. Cette scénariste – primée en 1997 pour L’Amour est à réinventer, dix histoires d’amour au temps du sida – publie son quatrième roman chez EHO, après Les Anges déçus (2007), Face au Pacifique (2009) et L’Enfant de Calabre (2013).

DSC09414.JPGInterview :

Il faut oser appeler son livre, « L’histoire d’un amour ». Ça peut paraître un peu banal comme titre…

Cela fait référence à la chanson de Dalida, mais j’aimais aussi le côté très simple et direct de cette phrase. Elle dit tout.

C’est l’histoire d’un amour complexe, bref, mais intense entre Dalida et un jeune garçon.

Dalida était une femme qui m’intéressait, pas forcément musicalement, mais humainement. Je trouvais que derrière le côté kitch, paillettes, disco, se cachait quelqu’un de sensible et romanesque. Elle a vécu une série de tragédies dans son existence. Toute sa vie, elle a été poursuivie par la mort et des évènements très sombres. Le contraste entre le côté lumineux de cette femme et la face noire de son existence me touche terriblement. Je trouve que sa vie raconte quelque chose. Et puis, elle est comme moi… d’origine calabraise. Sa part sombre, je l’appelle "sa part calabraise".

"Histoire d'un amour".

Personnellement, j’ai toujours eu l’impression qu'elle n’avait 10552414_947596028590513_4158142782153683274_n.jpgque cette face sombre lorsqu'elle n'était plus en représentation à la télé ou sur scène.

Je ne suis pas une grande spécialiste de Dalida, j’ai simplement lu quelques livres sur elle pour pouvoir écrire cette histoire sans trop trahir la réalité, mais j’ai l’impression qu’elle était en recherche permanente de quelque chose. Peut-être ne savait elle pas elle-même de quoi. En tout cas, elle essayait de comprendre qui elle était et essayait de comprendre le monde qui l’entourait. C’est quelqu’un qui lisait beaucoup, Freud, Jung… elle avait soif de connaissances. Je pense qu’elle avait le regret de ne pas avoir fait d’études. Toute sa vie, elle a cherché à atteindre un niveau intellectuel conséquent. Se remettre en question en permanence, je trouve cela remarquable.

Tu racontes son histoire d’amour entre elle qui a 36 ans et Luca qui n’en avait que 22.

Luca était un garçon d’origine napolitaine issu du milieu populaire romain. Il partageait avec la chanteuse le regret de ne pas avoir fait d’études. C’était un jeune homme rêveur et un peu idéaliste. J’imagine que quand il a croisé cette femme-là, cela a été un choc total.

C’était la confrontation de deux mondes.

Avec elle, il va accéder à un environnement qu’il n’aurait jamais pensé approcher. Cette femme plus âgée que lui et le monde qu’il découvre l’ont complètement bouleversé. Il fonce dans cette histoire parce qu’il est tombé éperdument amoureux d’elle. Quand ils se rencontrent, c’est une femme très abimée, complètement détruite. Son précédent amant italien, que j’appelle « le poète », vient de se suicider et elle-même vient de tenter d’en faire autant. Il pense qu’il peut la comprendre et l’aider, malgré toutes leurs différences.

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Luca était courageux. Par exemple, malgré l’interdiction de Dalida, il vient la rejoindre chez elle un soir de Noël, alors que toute sa famille est réunie.

Il l’aimait tellement qu’il pensait que tout ce qui était autour ne comptait pas. Cette connexion qu'il y avait entre eux l’obnubilait et il s’imaginait qu’elle pouvait vaincre tous les obstacles.

Que cherchait Dalida dans cette histoire ?

Je pense qu’elle cherchait quelqu’un à qui parler. En cette période de drames, ses proches étaient très inquiets pour elle et extrêmement protecteurs aussi. Elle devait se sentir isolée. Avec ce garçon, elle a enfin pu parler. D’ailleurs, d’après ce que j’ai pu lire sur cette histoire, c’est que le côté charnel et passionnel n’a pas duré très longtemps pour elle. Elle aimait le voir et discuter avec lui, cela lui suffisait. La fraicheur, la pureté et l’innocence du jeune garçon lui ont fait beaucoup de bien. Je présume qu’elle a eu une vraie affection pour lui.

Dalida 1.jpgElle a compris qu’elle allait lui faire du mal, donc elle a arrêté leur histoire pour ne pas le faire souffrir.

Oui, mais ce n’est pas la seule raison. Il y a eu un évènement peu connu du grand public avec ce jeune garçon qu’on ne va pas révéler ici, mais que je relate dans le livre. Je ne connaissais pas non plus ce fait grave et important, mais je l’ai découvert en lisant un article dans un journal.

Pourquoi raconter cette histoire ?

Je savais que j’avais envie d’écrire autour de Dalida, mais je ne voulais pas faire de biographie. J’ai commencé à chercher et je suis tombée sur l’article italien dont je viens de te parler. Cette histoire très courte a eu des conséquences terribles pour la chanteuse, à cause de ce que je ne veux pas vous dévoiler ici. Elle a décidé de le quitter, mais a insisté pour lui payer ses études.

L'histoire de Luca âgé, c’est la partie inventée du livre ?

J’ai imaginé cet homme, trente ans plus tard, au courant de rien, qui ouvre son journal et qui tombe sur cet article. Il comprend que l’histoire qu’ils ont vécue a compté pour elle. J’ai imaginé la journée qu’il a pu passer après avoir lu cet article.

Il vit encore ce Luca ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas voulu faire un travail d’investigation. Je voulais me laisser cette part de liberté. Je me suis basée sur tout ce que je savais du Luca de vingt ans et de leur histoire, ensuite, j’ai inventé le Luca de cinquante ans.

Tu sais qu’il peut tomber sur ton livre…

Oui, ça peut arriver. Ce serait quelque chose de très émouvant pour moi.

Tu le décris comme un homme qui n’a jamais pu vraiment passer à une autre histoire,864011articleDalida.jpg malgré son mariage avec Maria.

J’ai imaginé qu’il avait gardé cette histoire secrète au point de n’en avoir jamais parlé à personne. J’ai poussé la thématique du secret jusqu’au bout, ce qui m’a permis de développer  les conséquences qui en découlent dans une vie et la manière dont cela peut bouleverser un destin.

Le poids du secret est un thème que l’on retrouve dans toute ton œuvre.

Pour un romancier, je trouve que c’est quelque chose de fabuleux. C’est la porte ouverte à beaucoup d’intrigues et de rebondissements.

Autre thème développé : le deuil impossible d'un amour.

Ça m’intéressait d’explorer cette idée-là. Il ouvre sa radio, il entend sa voix. Il regarde la télé, il tombe sur elle… comment peut-on vivre avec l’image permanente de celui ou celle que l’on a aimé ? C’est impossible d’oublier.

Quand elle a chanté la chanson de Pascal Sevran, « Il venait d’avoir 18 ans », elle devait songer à lui, non ?

C’est ce que je me suis dit. Elle devait forcément penser à cette histoire. Et lui a dû se demander si cette chanson était liée à lui ou pas.

"Il venait d'avoir 18 ans".

Tu fais référence au frère de Dalida, Orlando, lors de la fameuse soirée de Noël ou Luca rejoint la famille sans y être invité. Est-il au courant de la sortie de ce livre ?

On ne lui a pas demandé l’autorisation d’écrire cette histoire, en tout cas. Le livre lui a été envoyé. Maintenant, est-ce qu’il l’a lu? Je n’en sais rien. En même temps, je n’ai rien raconté de plus que ce que lui-même a déjà raconté sur cette soirée de Noël.

On sent que tu as de l’empathie pour Dalida.

J’en ai toujours eu, même si mes goûts musicaux ne vont pas vers son œuvre. Dalida est une figure familière, voire familiale, pour moi. On l’écoutait beaucoup à la maison et ses origines calabraises flattaient un peu l’ego de ma famille. J’avais un avis positif sur cette femme et j’avais envie d’en savoir plus. Quand je suis tombée sur cette histoire d’amour, j’y ai vu un moyen de partir de quelque chose d’intime pour aller vers l’universel. Il y a tout : la rencontre, le coup de foudre, la rupture… ça concentre beaucoup de sentiments.

Dans la vie de Dalida, trouves-tu des résonances avec ta propre vie ?

Par certains aspects oui. Cette quête de comprendre les choses et de se dépasser. On a tous vécu des histoires d’amour compliquées et on a tous eu dans la tête des personnes qu’on a eu du mal à oublier.

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Le 15 septembre 2014, après l'interview.

07 octobre 2014

Yseult : interview pour son premier album.

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10509504_268406386690247_6740427072489106516_n.jpgYseult sortait largement au-dessus du lot lors de la dernière édition de La nouvelle star. Même si elle n'a pas remporté l'émission, elle est arrivée avec son univers et sa façon de chanter hors du commun. Quelques mois après cette saison 10, cette jeune artiste de 19 ans sort déjà son premier album.
Signée chez Polydor, elle s'est bien entourée. D’abord, il y a Da Silva (récemment mandorisé là), un des auteurs les plus sollicités en France. Il s'est chargé de la réalisation. Deux hommes de l'ombre, Fred Fortuny et Pierrick Devin ont produit le projet, des hommes de l'ombre qui ont déjà travaillé avec des groupes comme Lilly Wood and The Prick, Cassius et Phoenix.

Le résultat va en surprendre plus d’un.

Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2014), j’ai rencontré la chanteuse de 20 ans dans un bureau de chez Universal.

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Clip du premier single de l'album, "La vague".

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Nouvelle star 2014, "Lettre à France" de Michel Polnareff.

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Teaser du deuxième single, "Pour l'impossible".

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Après l'interview, sur un balcon d'Universal, le 22 septembre 2014.

04 octobre 2014

Lofofora : interview de Reuno pour L'épreuve du contraire.

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Le groupe Lofofora est pionnier du rock fusion metal (guitares saturées, phrasé rappé, envolées punk). Il nous propose son huitième album avec 14 titres qui révèlent une formation en paix avec ses racines fusion et dont le discours est toujours aussi percutant et réaliste. Lofofora est un groupe qui pense, use de sa conscience de son monde, en tire des mots, des sons, pour faire aussi penser ses auditeurs.

25 ans que la plume de Lofofora sévit en criant sur les injustices, interrogations du mal être actuellofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor de notre société ou cette violence omniprésente.

Le chant-parlé de Reuno est toujours aussi tranchant. Instrumentalement, c'est incisif au possible. Fusion, metal, hardcore, stoner, punk rock et acoustique, le groupe n'a plus peur de proposer des pistes différentes. Mis en valeur par une production efficace et un mix faisant une belle part à la guitare et au chant, le groupe continue à provoquer, surprendre et régaler son auditoire... avec toujours autant de force et de passion.

Reuno, le chanteur leader du groupe est passé à l’agence le 10 septembre dernier pour évoquer notamment le nouvel album de Lofofora, L’épreuve du contraire.

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandorInterview :

Lofofora a 25 ans d’existence. As-tu vu le temps passer ?

Pas tellement. Mais, quand tu es papa, il y a un compteur qui se met en route. J’ai une fille de 24 ans et une fille de 3 mois. Bon, je n’aime pas parler de ma vie privée. Je préfère parler de mes chansons. En tout cas, j’ai passé plus de la moitié de ma vie à faire ce groupe. Ça prend beaucoup de temps et on ne fait que ça.

Comme tous les artistes, as-tu le syndrome de Peter Pan ?

Le temps qui passe, je m’en fous. J’ai plutôt le syndrome des poupées russes. Je sais que je suis en train de murir et vieillir. Je le vois dans ma glace. A l’intérieur, le jeune que j’étais, pas celui de 25 balais, il était vraiment con celui-là, je parle de l’adolescent, il est toujours vivant. Moi, je bloque sur les rayons de jouets, mais je ne veux pas rester jeune, enfant et innocent. Ce n’est pas du tout mon but. Je suis heureux de prendre de l’âge. Si je ne suis pas si mal dans mes pompes, il a fallu que je passe par toutes les étapes pour en arriver là où je suis aujourd’hui, même les moins reluisantes. C’est ça qui m’a fait aujourd’hui.

"Contre les murs"- clip officiel.

Depuis le début du groupe, les thèmes évoqués restent les mêmes.lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Gamin, je faisais un cauchemar récurrent. Je voyais le monde détruit par un champignon atomique. J'avais l’angoisse d’un pouvoir totalitaire. Je me voyais aussi souvent dans une casse de voitures. Des mecs en costards m’entouraient et voulaient me fusiller. J’évoque donc toujours la monstruosité de l’être humain et sa prétention hors norme. Dans l’album, il y a une chanson qui s’appelle « Double A ». Je suis hyper sincère quand je dis « il vit planqué dans mon crâne, un gamin qui ricane en regardant parler les adultes, il les voit comme des clowns descendus de la lune, gavés de certitudes. » J’ai encore cette vision du monde et c’est ça qui me fait écrire le plus.

Ce serait intéressant à psychanalyser.

Puis-je m’allonger sur ton canapé ? Non, tu vois, j’ai peur de rentrer dans le moule, de ne pas vivre la vie comme elle vient, de ne pas voir les bonnes choses quand elles arrivent. J’ai toujours envie d’être aux aguets pour capter toutes les bonnes choses, éventuellement pour décrier les mauvaises. Si je rentrais dans d’autres projets musicaux, j’aurais peut-être d’autres façons d’écrire. Avec Lofofora, les riffs de guitares sont comme des coups de poing dans la gueule. Je réponds à cela dans mes textes. Il y a quelques années, j’ai écrit une chanson qui s’appelle « Auto-pilote ». C’était un pari entre moi et moi d’essayer de faire une chanson positive, une chanson de bonheur, sans que cela devienne de « La ballade des gens heureux ». Je n’ai pas dû réussir parce qu’une journaliste m’a demandé pourquoi j’avais fait une chanson sur le suicide (rires). Merde, c’était une chanson pleine d’espoir !

Le Reuno de la vraie vie est-il le même que celui qui monte sur scène ?

On est tous comme un diamant plus ou moins brut avec de multiples facettes. Dans Lofofora, j’ai une ou plusieurs facettes de ma personnalité qui sont un peu vus à la loupe. Mais il y a d’autres Reno qui existent. Il m’arrive de rencontrer des gens pour la première fois qui s'étonnent de me trouver sympa, alors que je crie tout le temps dans mes chansons. Mais si je gueulais comme ça dans la vraie vie, je n’aurais aucun ami.

"Pornopolitique" (audio).

lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandorTu ne veux pas parfois calmer ta façon d’interpréter tes textes ?

Non. Je ne ferai jamais un truc tout clean. D’ailleurs, je ne vois pas la vie comme ça. La vie est parfois douce, mais elle est surtout rugueuse et piquante, c’est ça qui la rend savoureuse.

Pourquoi chantes-tu en français ?

Ça m’est venu naturellement d’écrire. Je ne me suis même pas posé la question. C’était au début de l’histoire du hip-hop français. Soudain, il y a eu des tas de mecs qui ont voulu démontrer qu’il n’y avait pas que Gainsbourg et Nougaro qui arrivaient à faire groover la langue française. J’ai sans doute voulu rentrer dans ce sillage… 

C’est quoi votre public ?

Il oscille entre treize et soixante ans. Au tout début de « Lofo », on a vite remarqué que nous n’aurions pas un public de clones. Il y avait des mecs avec des dreadlocks, d’autres avec des crêtes, d’autres avec des casquettes et des maillots de basket façon New York- Brooklyn. L’uniformité est un des trucs qui me fait le plus peur. Je trouve cohérent, par rapport à nos propos, que les gens qui viennent nous voir soient à l’opposé de ça.

Cet album ressemble un peu à ce que vous faisiez dans le premier disque éponyme, en 1995. Tu as pris 25 ans de plus, ne te demandes-tu jamais si tu n’es pas un peu trop vieux pour continuer à jouer ce genre de musique ?

Si Lemmy est crédible dans Motörhead à 68 ans et Iggy Pop à 67, je ne vois pas pourquoi je ne le serais plus aujourd’hui. Quand j’aurai des varices, j’arrêterai de mettre des shorts, c’est tout (rires). Si on compare ce dernier disque au premier, c’est qu’il est de nouveau très diversifié. Le précédent, Monstre ordinaire, était tout metal, tout bourrin, tout « rentre dedans ». Dans celui-ci, au niveau des sentiments qu’on a eu envie de partager à travers les chansons, un côté patchwork s’est imposé à nous, comme cela se faisait facilement dans les années 90. On a pas mal galéré pour choisir l’ordre des morceaux.

Teaser officiel de L'épreuve du contraire.

Ce métier est une sorte d’élixir de jouvence, non ?lofofora,reuno,l'épreuve du contraire,interview,mandor

Une des principales choses qui fait vieillir les gens prématurément, c’est d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Un rockeur, si tu l’es vraiment, est libre. Tu n’as pas de patron. Ton patron, c’est toi, ton groupe et tes copains. Nous sommes seuls décisionnaires de nos vies et la manière dont on va gérer notre « profession ». Ça aide à se sentir bien…

Tu as dit « rockeur ». C’est du rock que Lofofora fait ?

Oui, évidemment.

Ce n’est pas du metal ?

Mais le metal, c’est une forme de rock quand même. Le rock, c’est une attitude. C’est avoir un côté empêcheur de tourner en rond et fouteur de merde. Un rockeur, c’est un mec qui dit non avant de penser qu’il peut dire oui. C’est comme ça que je voyais les choses quand j’étais gamin et j’ai l’impression aujourd’hui de le vivre encore comme ça. On a une soif de liberté et on le dit haut et fort à coup de riffs dans la tronche des gens. C’est quoi la traduction de rock ? C’est secouer.

"L'innocence" (audio).

Tu as commencé en chantant le bordel de ce monde… en 2014, c’est encore pire, non ?

Notre monde a toujours été chaotique. La différence, c’est qu’aujourd’hui, on est au courant de tout. Et sur internet, c’est le pire qui passe en premier à travers le filtre médiatique. Les occasions de se fendre la gueule devant nos écrans ne sont pas si nombreuses. C’est la façon dont le malheur est hiérarchisé aujourd’hui que je trouve hyper malsain.

Es-tu un anarchiste ?

Je préfère « anarchiste » à « engagé ». Si ça m’arrive de signer personnellement des pétitions, je ne dicte à personne ce qu’il doit faire. J’ai horreur qu’on me le fasse, alors, je ne le fais pas aux autres.

Lofofora n’est pas HK et les Saltimbanks.

Non, mais eux, ils sont pénibles. On ne va pas faire un chapitre sur ce groupe, mais avant, ils avaient un truc qu’ils appelaient «ministère des affaires populaires ». On a joué avec eux, mais j’avais envie de leur jeter des cailloux. Les mecs, ils jouent « La Marseillaise » pour la faire siffler par le public. Mais, vous n’avez pas autre chose à nous donner ? Pour moi, c’est de la démagogie de bas étage. Attention, tous autant que nous sommes, on peut être démagogue, mais à ce point-là, non. Pour moi, HK et les Saltimbanks, c’est du Patrick Sébastien avec des paroles écrites par Jean-Luc Mélanchon.

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Pendant l'interview.

Quel est votre engagement à vous ?

Pas grand-chose. On fait juste un peu de place sur nos tables de merchandising. On invite des gens de « Sortir du nucléaire », parce que c’est un thème qui nous tient à cœur. On va faire venir aussi des gens de chez « Sea Shepherd », une association genre Greenpeace, mais que pour la mer et en mode assez musclé. Là s’arrête notre engagement publique. On présente ces organismes à notre public, il s’arrête ou ne s’arrête pas.

Que pensent tes parents de leur rejeton ?

Ils sont assez fiers. Ils comprennent mon travail et comment je le pratique. Ce sont eux qui m’ont fait et qui m’ont rendu comme je suis, ils n’ont qu’à assumer (rires). Ils m’ont inculqué une fibre un peu humaniste et écolo. Un certain respect de la vie.

Après 25 ans de carrière, on craint encore la sortie d’un nouvel album ?

Oui, parce qu’on a envie de continuer à enregistrer des disques. Avec mon dernier relevé de ventes de disques, j’ai eu un chèque de trente euros. Chaque membre du groupe gagne vingt centimes par exemplaires vendus. Contrairement à certains fantasmes que peut avoir le public, des musiciens comme nous ne sont pas riches. Je ne suis toujours pas propriétaire et je roule dans une bagnole d’occasion qui a 150 000 kilomètres. Mais je vis bien comme ça. C’est la vie que j’ai choisi. Je fais ce que j’aime. Je me sens riche d’émotions et d’expériences.

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Après l'interview, le 10 septembre 2014.

30 septembre 2014

Vincent Brunner : interview pour Platine

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J’ai travaillé avec Vincent Brunner dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Un vrai journaliste rock qui savait de quoi il parlait (ce qui n’est pas systématique). Je suis donc de près ses publications littéraires. Je l’ai déjà mandorisé pour un livre sur Jimi Hendrix. Cette fois-ci, il sort son premier roman. Platine est un livre « jeunesse ». Bien, le jeune que je suis a donc beaucoup apprécie lire ce livre sur la transmission, le travail de deuil, la musique rock, l’amour, l’amitié… notamment.

Le 10 septembre dernier, Vincent est venu me voir à l’agence…

vincent brunner,platine,interview,mandorRésumé :

Eva est en seconde. Elle ne vit que pour la musique, le rock. Un jour, ses grands-parents lui confient un sac de vieux disques vinyles ayant appartenu à son père biologique, décédé juste avant sa naissance. Bouleversée par ces disques, elle est exclue trois jours de son lycée après avoir agressé l'une de ses camarades. Trois jours qui lui permettent de réfléchir et de comprendre que ce père, dont elle partage la passion de la musique, fait bien partie d'elle et qu'elle doit accepter d'en faire le deuil.

L’auteur :vincent brunner,platine,interview,mandor

Vincent Brunner est journaliste, spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Il a été chef de rubrique musique des Rolling Stone pendant trois ans et a écrit plusieurs ouvrages sur des chanteurs, notamment En quarantaine, avec/sur Christophe Miossec (Flammarion) et Bob Dylan au-delà du mythe (City).

Il est co-créateur de Tout est vrai (ou presque), diffusé sur Arte tous les soirs à 20h45.

Actuellement, il écrit sur la musique pour divers magazines (VSD, Spray, KR Homestudio, Beachbrother, Snatch).

vincent brunner,platine,interview,mandorInterview :

Ce livre est ton premier roman. Pourquoi un roman jeunesse ?

Concernant Platine, je n’avais pas anticipé le fait qu’il soit dans une collection jeunesse. En fait, j’avais écrit un roman mettant en scène un détective, un peu pastiche. Je l’avais fait lire à Gaëlle Lassée, éditrice chez Flammarion, avec qui on a fait Rock Strips et Sex & Sex & Rock & Roll. Elle l’a passé à une de ces amies, Céline Vial, qui travaille dans la même maison d’édition, mais à la jeunesse. Elle n’a pas pris le roman parce qu’elle considérait qu’il n’était pas pour cette tranche d’âge, mais elle m’a indiqué qu’elle en cherchait, notamment autour de la musique. Alors que je discutais avec elle au téléphone, j’ai trouvé le pitch immédiatement… ensuite, ça m’a demandé deux ans de travail.

Incorrigible que tu es, du coup, dans ce roman, tu leur communiques une certaine culture rock.

Même si je me suis efforcé de mettre aussi des groupes de « mauvais goût ». Eva est une grande fan de My Cheminal Romance, qui n’est pas un groupe jugé noble par la critique, loin de là. J’ai essayé de me mettre à la place d’une jeune fille de 16 ans, même si c’est difficile. Qu’est- ce qu’une gamine peut écouter comme rock’n’roll ?

L’étiquette « roman jeunesse » est parfois lourde à porter. Disons qu’on n’a pas le même public.

Je connais plein d’illustrateurs qui font des albums pour la jeunesse. J’ai lu des livres qui sont sortis dans la collection Tribal, j’ai pu constater que livres pour la jeunesse ne signifient pas puérils, au contraire. Je suis dans une collection qui frise le « jeune adulte ». Joann Sfar a bien démontré que ce n’est pas parce qu’on parle à des enfants qu’il faut les prendre pour des débiles. Comme j’ai choisi la première personne pour raconter, ma peur principale était d’être à 10 000 années-lumière du langage des jeunes d’aujourd’hui.

Est-ce compliqué de se mettre dans la peau d’une jeune ado?

Je me suis lancé dans un jeu de rôle. Ce dialogue intérieur d’Eva n’a pas été la principale difficulté. Dans le travail d’écriture, il y a eu quelques réaménagements par rapports à certains comportements des parents. J’ai eu presque plus de mal à les faire agir et parler de manière crédible. Je m’inquiète sur mon cas, parce que j’ai eu plus de facilité à trouver la voix d’Eva… et, ça ne t’as pas échappé, je n’ai rien d’une jeune fille de 16 ans.

Tu te demandes si tu n’es pas plus un ado qu’un adulte ?vincent brunner,platine,interview,mandor

Je n’ai pas d’enfant. Je dois être plus proche, de par mes goûts et mon mode de vie, d’un ado qu’un adulte.

Ton héroïne, Eva est un peu énervante comme ado, non ?

On me le dit souvent. En même temps, sa mère n’est pas exempte de reproches. Elle est un peu folle. Il n’y a que son beau-père, Richard, qui est normal et gentil. Mais bon, Eva progresse dans le livre.

Toi, tu as aimé tes années lycées ?

Je n’ai pas détesté. J’étais sociable. J’avais une vie et des copains, mais j’avais déjà la musique qui prenait beaucoup de place. Je n’avais pas les goûts de la majorité alors, je m’adonnais à cette passion en solo. J’écoutais bien sûr beaucoup de rock, mais aussi pas mal de rap.

Il est question de vinyles dans le livre.

Je trouvais intéressant ce passage de relais entre deux générations de mélomanes. Aujourd’hui, les gamins ont leur MP3. Ils s’échangent les disques par fichiers ou par clé USB. A l’époque, il y avait une magie avec les vinyles, mais Eva, elle n’en a rien à cirer. Nous, on écoutait les chansons en regardant les paroles et la pochette, aujourd’hui, les gens écoutent une chanson plus qu’un album en intégralité et se foutent de l’emballage.

My Chemical Romance: "Na Na Na".

J’ai vu circuler sur internet une playlist basée sur les références musicales de ton livre.

Ce n’est pas moi qui en suis à l’origine. Ce sont les gens de Shut Up and Play The Books qui ont fait ce travail. Ils ont fait ça de manière exhaustive et c’est génial. Toutes les chansons sont dans mon livre.

Écris-tu en musique ?

Oui, souvent. J’ai écrit Platine souvent le soir et écouter du rock permet de garder une dynamique et de rester dans l’énergie.

Quel plaisir a le journaliste que tu es à écrire un roman ?

Le plaisir de développer des personnages et qu’ils finissent par exister chez les gens. C’est jubilatoire d’avoir son théâtre de marionnettes. En fait, dans ma vie professionnelle actuelle, je suis de moins en moins journaliste et de plus en plus auteur. Je vais essayer d’impulser plus de projets dans la fiction.

Dans ta jeunesse, tu aimais le rock et la BD. C’est formidable, parce que tu en as fait ton métier…

Ce que j’aimerais devenir aussi, c’est scénariste de bande-dessinée. J’essaie de concrétiser.

Tout est vrai (ou presque) : Johnny Cash.

Parle-nous de la pastille d’ARTE dont tu es l’un des trois créateurs avec le réalisateur Udner et Chryde, Tout est vrai (ou presque), qui est diffusée tous les soirs à 20H45.

C’est une biographie en trois minutes de personnalités très connues vu par des petits objets. Je dirige le pool des auteurs. Je coécris avec une petite dizaine d’auteurs les 40 épisodes  et Udner intervient après. C’est une superbe expérience… le rythme est soutenu mais on s’amuse beaucoup.

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Avec Vincent Brunner, après l'interview, le 10 septembre 2014.

27 septembre 2014

Grégoire Delacourt : interview pour On ne voyait que le bonheur

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DSC09198f.JPGDeuxième interview/mandorisation de Grégoire Delacourt (voir la précédente pour La première chose que l’on regarde). Son nouveau livre, On ne voyait que le bonheur, fait beaucoup parler de lui, car l’auteur a modifié sensiblement son écriture. Elle est peut-être un peu plus grave, profonde… disons, un peu moins légère. Quitte à déstabiliser ses lecteurs habituels. Un auteur a besoin d’évoluer, de « capturer » de nouveaux lecteurs, de se prouver qu’on peut sortir de ses habitudes littéraires, même si elles ont fait leur preuve. Pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan, je suis allé à sa rencontre dans un hôtel de la capitale. C’était le 25 juillet dernier.

(Après l’interview publiée, je vous propose un petit bonus. Nous revenons notamment sur les déboires qu'il a eu avec la comédienne Scarlett Johansson.)

(J'en profite aussi pour annoncer que j'animerai un café littéraire avec Grégoire Delacourt le 27 mars prochain à la Ferme Pereire d'Ozoir-la-Ferrière).

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Bonus mandorien :

Vous écrivez : « Grandir, c’est comprendre qu’on n’est pas autant aimé que ça »…

Ça correspond aussi à l’idée que je suis devenu orphelin en écrivant le livre. Ma mère est décédée quand j’ai écrit L’écrivain de la famille et comme je vous l’ai dit tout à l’heure, mon père est mort quand je venais de finir celui-ci. Je me suis dit que plus personne ne va m’aimer de cet amour-là. De cet amour d’enfant. De cet amour qui nous a fait grandir. Je crois qu’on n’a pas tant aimé que ça, parce que les gens nous quittent.

Pourquoi ce titre, On ne voyait que le bonheur ? J’aurais tendance à dire « On ne voyait que le malheur ».

Dans les albums photos, il n’y a que des clichés de gens heureux. On ne veut voir et montrer que le bonheur. On ne voit que ça parce que ça nous arrange. Derrière certaines photos, en fait, ça gronde. Il n’y a jamais de photos où le malheur est présent. Vous avez déjà vu une maman qui crie ou un papa qui casse un verre de rage? On ne montre que les jolies choses. Avec ce titre, j’ai voulu montrer qu’une famille, c’est une grenade qui peut se dégoupiller malgré les sourires et les apparences. Dans notre société, on se doit d’être une famille heureuse. La pub, les films et les contes de fées racontent ça. Il n’y a pas que le bonheur dans notre monde.

grégoire delacourt,on ne voyait que le bonheur,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,mandorJe vais terminer avec l’affaire Scarlett Johansson. Elle a attaqué conjointement les Éditions Lattès et vous pour «violation et exploitation frauduleuse et illicite de son nom, de sa notoriété et de son image, au mépris de ses droits de la personnalité pour les besoins de la commercialisation et de la promotion d'un ouvrage qui contient de surcroît des allégations attentatoires à sa vie privée ». La comédienne a réclamé ainsi la somme de 50.000 euros de dommages et intérêts et l'interdiction de la cession des droits de reproduction et d'adaptation de l'ouvrage, ainsi que de toute utilisation de son nom. Ça s’est bien terminé pour vous puisqu’elle a été déboutée de toutes ses demandes (mais obtient néanmoins 2500 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée), mais vous avez été touché ?

Ça m’a touché parce que c’était un livre bienveillant autour d’elle. Moi, je rêvais d’aller plus loin avec elle, en faire un film et qu’elle le réalise. J’ai été un peu blessé parce que ça a été le contraire qui s’est produit. Je ne suis pas sûr qu’elle ait lu le livre parce qu’il n’est pas sorti en anglais. On a dû lui rapporter des choses malveillantes. C’est une fille qui souffre qu’on la prenne pour elle, je ne comprends pas qu’elle attaque ce livre. Dans cette société, je trouve toujours suspect qu’on attaque, des artistes. Je n’ai rien dévoilé d’intime et il n’y a aucune information négative. De plus, je ne raconte pas son histoire. Ça a duré un an avant d’avoir le verdict.

Ca parasite un peu l’esprit, j’imagine.

Je suis étanche par rapport à ça, mais je trouve que c’est embêtant pour l’éditeur.  Elle avait des demandes tellement extravagantes. Elle a interdit les traductions, la possibilité de faire un film… ça bloquait aussi les pays qui voulaient acheter le livre, l’Angleterre, notamment, qui attendait le verdict. Scarlett n’a pas gagné, moi, je n’ai pas gagné...  c’est le livre qui a gagné. Tout le reste, c’est de la broutille. J’ai reçu beaucoup de courriers, de mots, de coups de fil d’écrivains qui étaient ravis de l’issue du procès. Ça conforte beaucoup de monde dans leur liberté, tant qu’elle n’est pas malveillante, de pouv