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25 février 2015

hélène Ségara : interview pour la sortie de Tout commence aujourd'hui

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(Photo : Benjamin Decoin)

Oui Hélène Ségara a été malade. Elle l’est encore. On a tout entendu ou presque à ce sujet, mais la seule chose importante à retenir est qu’aujourd’hui elle va mieux et que cette épreuve lui a permis de revenir à l’essentiel : l’amour de la vie, l’amour de la musique, l’amour comme réponse à tout. Et c’est ce dont elle parle dans son nouveau disque Tout commence aujourd’hui que la chanteuse a voulu à la fois grave et lumineux.

J’ai rencontré la  chanteuse au sein de sa maison de disque le 16 janvier dernier. D’office, elle te tutoie, d’office, tu as l’impression d’être son ami. Une belle rencontre, donc.

cover ségara.jpgArgumentaire officiel:

Hélène Ségara est définitivement une des plus grandes chanteuses à voix de la scène française, de cette voix si pure qu’on la reconnait instantanément. Bien sûr la collection impressionnante de disques d’or, de platine et de diamant atteste d’un succès qui ne s’est jamais tari, la preuve étant les 150.000 ventes de son très réussi album de duos avec Joe Dassin, sorti en octobre 2013. Hélène Ségara a immanquablement su choisir les mélodies et les mots qui touchent le public, sans doute parce qu’elle y a toujours mis une immense sincérité et beaucoup de son histoire personnelle.

La chanteuse a vécu l’enregistrement de son 8ème album studio avec un plaisir non dissimulé, s’impliquant comme à son habitude dans la composition et l’écriture. Elle a ainsi insufflé son intuition et sa tendresse sur chacun des morceaux. Elle a de nouveau collaboré avec son mari, Matthieu Lecat, mais pour la première fois les plumes très prisées de Jean-Jacques Goldman et de Zazie sont venues mêler leur sensibilité à la sienne.

Jean-Jacques Goldman lui a fait du sur-mesure avec le premier single de l’album, Tout Commence Aujourd’hui, une chanson profondément optimiste. Zazie a écrit avec elle « Genre Humain » un titre qui serait presque le portrait craché d’Hélène et que cette dernière interprète avec sa propre fille et une chorale d’enfants. Elles ont aussi collaboré sur le très touchant « Je te Pardonne ». Hélène n’hésite plus à lâcher prise, casser sa voix, laisser parler ses sentiments.

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(Photo : Benjamin Decoin)

c-Benjamin-Decoin-2--533x800.jpgInterview :

C’était essentiel pour toi de chanter des vérités intimes ?

Oui, parce que lorsque je rencontrais des gens, la discussion ne tournait qu’autour de ma maladie. Je n’en pouvais plus de devoir expliquer ce que j’avais. Je t’en parle une dernière fois à toi, mais  je n’ai toujours pas de diagnostic aujourd’hui sur ce qui m’arrive et ce n’est toujours pas fini. Il était temps que je reporte mon énergie ailleurs. Quand on fait ce genre de métier, c’est important de se projeter.

Cela fait d’ailleurs vingt ans que tu fais ce métier.

Non, tu te trompes d’une décennie. En réalité, j’ai commencé à gagner ma vie en chantant, il y a trente ans. Je suis partie tôt de la maison et j’ai commencé à vivre de cette activité à quatorze ans.

Dans cet album, il y a près de huit chansons que tu as coécrites. Ce disque est donc l’un de tes plus personnels.

Mes deux albums les plus personnels sont Quand l’éternité et celui-ci, Tout commence aujourd’hui. Pour Quand l’éternité, je venais de traverser trois deuils assez intenses. J’avais envie de parler de tout ce qui pouvait suivre après ce genre d’événement tragique, je voulais aussi parler de l’absence et de la spiritualité que l’on peut en retirer. Pour Tout commence aujourd’hui, je voulais arrêter de me plaindre de ce qu’il m‘arrivait parce que je me rendais compte qu’il y avait des cas autour de moi tellement plus compliqués et douloureux. La chanson « Petite flamme » est dédiée à une amie d’enfance qui avait mon âge et qui a eu des soucis de santé quasiment au même moment que moi. Elle a tenu deux ans et malheureusement, elle est partie d’une tumeur au cerveau. Évidemment, tu apprends à relativiser. J’avais envie de dire de ne jamais baisser les bras. Le mental change beaucoup de choses. Je suis aimée aussi, c’est très important. L’amour, c’est ce qui décuple les forces.

C’est un album musicalement assez enlevé. Limite pop parfois.

C’est marrant parce que je ne me suis pas amusée à l’analyser musicalement. Je l’analyse dans le message qu’il délivre. Musicalement, certaines personnes disent que l’on retrouve la Hélène Ségara qu’on a connue avec les grandes mélodies, d’autres disent qu’il est pop.

Le clip de "Tout commence aujourd'hui" (texte de Jean-Jacques Goldman).

Les grandes mélodies… je partage cet avis.17102014-_B2_6322_md-1200x800.jpg

Moi aussi, je trouve. Une bonne chanson, c’est un tout. Une belle mélodie, mais aussi un beau texte.  Par exemple « Tout commence aujourd’hui » la chanson que m’a écrite Jean-Jacques Goldman est un bijou. Au début, j’avais fait un texte moi-même qui s’appelait « C’est tellement beau la vie ». Le couplet évoquait tous les moments obscurs d’une vie, et je concluais en disant que c’était quand même beau la vie ! Je trouvais ça un peu bateau comme phrase et quand Jean-Jacques m’a envoyé sa prose, tout était dit. Ca résumait tellement ce que je pensais. C’est comme s’il était rentré dans ma tête.

Je m’attendais à ce que l’album soit plus positif. Il y a quand même pas mal de chansons tristes, non ?

Je suis d’accord. Ce sont les chansons qui se sont greffées vers la fin, curieusement. « Je te pardonne » devait clôturer l’album. J’étais en travail de « reconstruction » parce que mon regard avait changé. J’avais dit à la maison de disque que ce morceau clôturerait l’album parce que, pour moi, on ne peut rien reconstruire de neuf si on n’a pas nettoyé et si on n’a pas pardonné. C’était mon état d’esprit. Quand tu vis une épreuve, il y a des gens qui sont présents et des gens qui disparaissent. Je ne suis pas dans l’aigreur, c’est la nature humaine…

Tu as été déçue par le comportement de certains de tes amis ?

Je me rappelle de quelqu’un qui se dit être un ami dans le métier et qui s’est manifesté au moment où je faisais l’album. Il n’a pas donné signe de vie alors qu’il savait par une connaissance commune que j’allais à l’hôpital. Quand il m’a contacté, c’était pour me proposer des chansons pour l’album. Je lui ai répondu que je trouvais très étonnant qu’il me laisse un message juste pour ça.

Mais, tu sais qu’il y a des gens que la maladie rend mal à l’aise.

C’est l’avis que j’ai eu d’un artiste dont je suis très proche. Il m’a dit qu’il était désarmé face à ça. Quelqu’un qui a cette discussion en toute honnêteté, je peux l’entendre. Il n’y a personne à qui j’en veux.

Hélène Ségara dans l'émission "Du côté de chez Dave" interprète "Genre humain" (texte de Zazie).

Single-Genre-Humain-Hélène-Ségara-OK1.jpgMa chanson préférée de l’album, c’est « Genre humain ».

C’est le nouveau single. Tout le monde me dit que c’est leur chanson préférée. C’est amusant parce qu’au début, je ne voulais pas la faire. Quand mon mari l’a composé, je trouvais la chanson mignonne, mais un peu candide. Et puis j’ai changé d’avis. Je ne suis pas obstinée parce que je pense qu’un artiste n’a pas toujours le recul nécessaire. Par exemple, quand Zazie m’a envoyé le texte de « Genre humain », il y avait des mots que je n’aimais pas. Le mot « genre » ne me plaisait pas. Ce n’est pas un mot que j’utilise. Je lui ai dit que je préférais  chanter « Je suis de ceux » et non « je suis du genre ». Elle m’a écrit un mail très intelligent dans lequel elle m’incitait à tenter quand même. Elle m’a demandé de lui faire confiance. J’ai essayé et, effectivement, elle avait raison, ça fonctionnait très bien.

« Nouvelle vie » est aussi une chanson très forte.

Le jour où on va m’annoncer que je suis guérie, j’ai l’espoir que ça arrive, c’est quelque chose que je vais fêter avec les personnes qui m’ont aidé. Quand on m’a fait mon premier implant dans les yeux, je pensais que ça allait guérir la maladie. Malheureusement, quatre mois après, on m’a appris que ça revenait. Les médecins m’avaient pourtant dit que je serais guérie au bout de quelques mois, mais il n’en a rien été. J’ai morflé, mais les fans m’ont énormément soutenu.

Tu as dû annuler ta précédente tournée…hélène ségara,tout commence aujourd'hui,je suis de ceux,interview,jean-jacques goldman,zazie,mandor

J’ai annulé ma tournée et mon Olympia parce que j’avais deux traitements parallèles très lourds et les effets secondaires étaient devenus très handicapants. Je n’étais plus en état de chanter. Là, je vais te dire honnêtement, j’ai pris tous mes médicaments et j’ai tout jeté. L’hôpital ne valide pas du tout ce geste, mais c’est mon choix après un an et demi de traitements intenses.

Heureusement, tu reprends la scène en juin prochain.

J’ai plein d’idées et je sais vers quoi je veux aller. Tout recommence aujourd’hui (rires).

Cet album, c’est un peu une thérapie ?

Franchement, oui. Je parle de la force mentale, de la pensée positive, de la manière dont on construit nos vies. Notre manière de positiver peut changer tellement de choses autour de nous. Et  pas que pour moi. J’ai certaines petites fans qui traversent des maladies pas drôles en étant plus jeunes que moi. Je sais qu’elles se retrouvent un peu dans cet album.

Tu es très proche de tes fans.

Il y en a qui sont là depuis plus de quinze ans. Ils viennent partout. Sur les concerts, les télés, les tournages de toutes sortes. Ils sont d’une telle fidélité et d’une telle gentillesse que tu ne peux pas rester indifférente. Il y en a dont je connais toute la vie.  Quand tu as un public d’une telle tendresse être, tu ne peux pas être dans l’indifférence. J’essaie d’être au maximum présente pour eux.

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Après l'interview, le 16 janvier 2015.

24 février 2015

Anna Todd : interview pour After

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IMG_6867.JPGIl y a quelques mois, personne ne savait qui était Anna Todd. Depuis l’été, elle a un contrat «à six chiffres» avec Simon & Schuster pour publier son livre After. La Paramount est sur le coup pour l’adaptation filmique. Le premier volume est sorti à l’automne aux Etats-Unis, puis en France le même jour que le Houellebecq, début janvier, avec un tirage supérieur. Et, de fait, au 18 janvier, il était deuxième meilleure vente après Soumission.

Le 9 janvier dernier, j’ai rencontré ce phénomène littéraire mondial au Thé des Ecrivains, lors de son premier passage à Paris.

Voici l’interview d’Anna Todd pour Le Magazine des Loisirs Culturels Auchan (daté des mois de février et mars 2015).

A propos d'After :IMG_6870.JPG

Tessa est une jeune fille ambitieuse, volontaire, réservée. Elle contrôle sa vie. Son petit ami Noah est le gendre idéal. Celui que sa mère adore, celui qui ne fera pas de vagues. Son avenir est tout tracé : de belles études, un bon job à la clé, un mariage heureux... 

Mais ça, c'était avant qu'il ne ne la bouscule dans le dortoir. 
Lui, c'est Hardin, bad boy, sexy, tatoué, piercé, avec un " p... d'accent anglais ! " Il est grossier, provocateur et cruel, bref, il est le type le plus détestable que Tessa ait jamais croisé.

Et pourtant, le jour où elle se retrouve seule avec lui, elle perd tout contrôle... 

Cet homme ingérable, au caractère sombre, la repousse sans cesse, mais il fait naître en elle une passion sans limites. Une passion qui, contre toute attente, semble réciproque... 
Initiation, sexe, jalousie, mensonges, entre Tessa et Hardin est-ce une histoire destructrice ou un amour absolu ? 

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Avec Anna Todd, au Thé des Écrivains, le 9 janvier 2014.

Teaser de la série After.

23 février 2015

Mission Control (groupe de David Hallyday): Interview pour la sortie de Alive

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J’ai toujours eu une certaine tendresse pour David Hallyday. Je trouve l’artiste talentueux et l’homme très sympathique. Je ne mégote jamais à aller le mandoriser (ici, la première fois en 2007 et là, la seconde en 2010). Pour cette troisième, il n’est plus seul. En effet, il est entouré du guitariste Olivier Freche et du bassiste Fabrice Ach. Ils forment le groupe pop rock electro, Mission Control.

J’ai rencontré ce beau monde le 12 janvier dernier dans les loges du Comédia (à Paris). Le soir même ils présentaient pour la première fois à leurs fans certains morceaux de ce premier album commun. La vidéo suivante en témoigne.

Making of Mission Control au Comédia le 12 janvier 2015.

david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorArgumentaire officiel  (mais largement raccourcie):

Le nouveau projet de David Hallyday, sous le titre de Mission Control, est à la fois un nouveau pari, une nouvelle aventure, et le retour passionné du rêve de tout musicien : jouer dans un groupe. On connaît le David Hallyday chanteur et auteur-compositeur. Tout au long d'une carrière couronnée de disques d'or et de Golden Awards, il a su imposer une griffe mélodique aisément reconnaissable, qu'il écrive pour lui ou pour les autres. Mais on sait moins qu'au cours de ses pérégrinations artistiques, entre Los Angeles et Paris, il a fait partie de plusieurs groupes, Blind Fish et Novacaine, avec lesquels il a même enregistré des albums.

Retrouver le plaisir des débuts, reformer un groupe pour partir à nouveau sur les routes, l'idée a germé pendant que David préparait son nouvel album. Un album en anglais, un projet international que lui, l'artiste solo, a cette fois envie de partager avec des complices.

Dénicher des musiciens avec qui partager les mêmes émotions, humaines et artistiques. C'est chose david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorfaite, avec le guitariste Olivier Freche, fondateur du groupe JADE et auteur d'un album adapté de "Hypérion", le best-seller de l'écrivain Dan Simmons. A la basse, son frère de gammes Fabrice Ach, surnommé "Le maître de l'harmonie", qui a travaillé entre autres avec Anggun, Mickael Miro et la célèbre blueswoman Anna Popovic.

Outre les compositions, le chant et 50% de la batterie, David se chargera de l'électronique et des claviers. Mission accomplie… en huit semaines de travail acharné et convivial,dans la plus grande liberté artistique. Le résultat, un disque d'électro-pop spatial, épique et mélodique. Onze titres convergeant tous autour du thème de la passion et de l'élévation.

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david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorInterview :

Je vais commencer en m’adressant à Olivier et Fabrice. Comment David a-t-il fait appel à vous ?

Fabrice : Nous avons une amie commune qui est sa manageuse. Elle nous a fait jouer ensemble sans savoir ce que recherchait exactement David. Olivier et moi, nous nous connaissions déjà et avions travaillé dans moult projets communs. Il fallait que ce que nous faisions colle avec ce que souhaitais David.

En somme, vous vous êtes « essayés » avant de concrétiser le projet.

David : Il fallait savoir si artistiquement et humainement cela passait bien. Franchement, on a tout de suite sympathisé. Le fait d’enregistrer cet album pendant huit semaines juste entre nous, ça nous a permis de bien nous connaître. Nos femmes sont venues, nos enfants et nos potes aussi. On a vécu comme en famille au manoir de Loconville. L’énergie était démentielle entre nous. C’était comme si nous avions toujours joué ensemble.

Cette osmose est de l’ordre de la magie ?

David : De toute manière, quand les choses fonctionnent, ça devient toujours de la magie.

Olivier : Quand on a commencé à jouer ensemble, il y a eu un feeling immédiat et beaucoup d’énergie. Dans ce genre de situation, on ne sait jamais ce qu’il va se passer. Cela peut-être super ou catastrophique. On se découvre réellement au moment où on plante la première note. Nous nous sommes appropriés la musique que l’on a jouée et ça a fonctionné tout de suite.

Clip de "The Rising".

David, vous aviez besoin d’être avec de nouveaux musiciens pour continuer votredavid hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandor parcours ?

David : Je voulais faire un projet artistique différent. Dans ma carrière, j’ai la hantise de toujours refaire la même chose. Récemment, je me suis demandé quel avait été le meilleur moment musical dans ma vie. La réponse était simple : c’était quand j’avais fait mes premiers groupes, Blind Fish et Novacaine. Ce sont les meilleurs souvenirs de ma carrière, alors que nous n’avons eu aucun tube. C’est cette naïveté et cette énergie que j’avais envie de retrouver. Dans ce climat musical très stérile, j’avais envie de faire quelque chose de beaucoup plus chaleureux et de retrouver une méthode plus ancienne, plus atypique par rapport à cette génération-là. Aller chercher l’énergie et les émotions à des endroits où on ne va pas les chercher habituellement. J’ai besoin de complicité, j’ai besoin de sentir qu’il y a mes potes, une famille autour de moi. J’ai appris la musique comme ça. En l’a partageant avec les copains. Cela me manquait beaucoup.

Mais quand on enregistre un album solo, il y a des musiciens quand même.

David : La différence quand tu fais un disque avec un groupe, c’est que tu vis avec. Les musiciens ne sont plus des musiciens. Ils deviennent une équipe de foot. Ils ne doivent pas jouer solo. L’union fait la force.

Fabrice : Ce n’est pas un travail différent pour nous, c’est une implication différente. Il nous arrive d’enregistrer des albums pour d’autres personnes. On est juste interprète de quelque chose. Dans ce projet, j’ai pu choisir l’instrument avec lequel j’allais enregistrer, j’ai pu m’approprier certaines parties des chansons. Chacun est là pour faire évoluer le groupe. Je pense que nous avons emmenés un son à David.

David : Tout à fait.

Olivier : Dans ce manoir, on a partagé à la fois le côté musical et le quotidien. Tout ce qui est autour de la musique ressoude et renforce. Quand tu joues, il faut savoir ressortir les atomes crochus que tu as avec les gens.

Fabrice : Il faut aussi de bonnes chansons. En l’occurrence, nous avions à notre disposition de très bonnes chansons. C’est la base de tout.

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Parlons du lieu. Vous avez enregistré au manoir de Loconville, un lieu d’enfance de David.

David : C'est même un endroit sacré pour moi. Mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents y ont vécu. C’est une maison pleine de bonnes vibrations dans laquelle, tout gamin, je croisais Hendrix ou Dylan, venus pour une garden-party. Cette maison ne nous appartient plus depuis des années, mais la personne qui y vit est vraiment adorable. Elle a aimé notre projet et nous a laissé le manoir pendant huit semaines. Je ne la remercierai jamais assez.

Fabrice et Olivier, vous avez joué avec de très nombreux artistes, mais vous étiez un peu plus dans l’ombre. Avec Mission Control,  vous êtes mis plus en avant. Cela vous plait-il ?

Fabrice : Je vous arrête tout de suite, nous ne sommes pas des musiciens de studios. On a fait beaucoup de concerts, des disques aussi et on a plein de projets. C’est d’ailleurs très français ce truc de ne pas mettre les musiciens en avant. Les journalistes français s’adressent souvent au chanteur et très peu aux musiciens. Ce n’est visiblement pas votre cas, car vous avez commencé l’interview avec nous deux.

Olivier : Cela dit, c’est normal, on est dans la tradition de la chanson française. Il y a une différence culturelle parce qu’en France, il y a beaucoup d’artistes solos.

Fabrice : Du coup, pour nous deux, faire partie d’un groupe ou tout le monde est considéré d’égal à égal, c’est assez plaisant.

David : L’idée de faire ce groupe, c’était de jouer en bande et de passer les frontières. La question que tu viens de poser…

… n’est que française, c’est ça ?

David : Voilà ! Mais, ce n’est pas une mauvaise question. Dans notre esprit, on est tous au même niveau.

Olivier : Cette question pose bien la différence entre la France et le reste du monde.

Fabrice : Il faut dire aussi que le statut de David, en France, il ne peut pas y échapper. Ses parents sont si « historiques ».

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Je continue à jouer au journaliste franchouillard alors. Vous savez que les français, dont je fais partie, n’aiment pas quand un groupe français chante en anglais ?

David : Me concernant, j’ai parlé anglais avant de parler français, donc cette langue vient instinctivement dans la musique que je crée. C’est marrant ce que vous me dites, parce que je n’ai jamais eu ce sentiment-là, moi.

A vous, on pardonne parce que vous avez cette double nationalité et que les gens le savent.

David : En tout cas, je suis très fier de représenter deux cultures.

Fabrice : C’est vrai que pour David, ce n’est pas qu’on lui pardonne, mais on l’accepte plus. Nous savons bien que si c’était un autre chanteur français qui se lançait dans une telle expérience en langue anglaise, la pilule aurait été plus difficile à avaler.

Nouveau single "Reaching up" (écoute).

david hallyday,olivier freche,fabrice ach,mission control,alive,the rising,interview,mandorQuel est le point commun entre toutes les chansons de l’album.

David : Elles sont toutes épiques et rassembleuses. « Arrêtons d’écouter tout ce qu’on nous dit, prenons notre destin en main et fonçons en avant ». C’est le leitmotiv de ce disque.

David, vous n’avez pas choisi la facilité pour la poursuite de votre carrière. Êtes-vous confiant ?

David : Je sais que les métiers de la musique deviennent très compliqués. En plus, j’ai choisi une voie très compliquée. J’ai monté un groupe que les gens ne connaissent pas et que nous sommes en train de développer à l’international. J’ai pleine conscience que rien n’est gagné et que ce sera très difficile. En fait, on ne sait rien, juste que l’album est bon et que l’énergie est contagieuse.

L’incertitude fait-elle partie des joies du métier ?

Fabrice : Absolument.

David : Il y a beaucoup de gens qui nous disent que nous prenons des risques. Je ne suis pas d’accord. Pour moi, le risque c’est de ne rien faire ou de faire toujours la même chose. Après, que ça marche formidablement ou pas tellement ou pas du tout… la balle n’est plus dans notre camp. Il y a une notion qu’on oublie un peu dans ce métier, c’est la chance. Il faut aussi être là au bon moment… et être patient.

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Après l'interview le 12 janvier 2015.

20 février 2015

Art Mengo, Magyd Cherfi, Yvan Cujious: interview pour le Toulouse Con Tour

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toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorHier soir, je suis allé au Café de la Danse pour assister au Toulouse Con Tour. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir lors d’un concert.

Jubilatoire !

Le 28 janvier dernier, Art Mengo (mandorisé là), Magyd Cherfi (mandorisé ici) et Yvan Cujious, les trois protagonistes toulousains de ce projet vraiment enthousiasmant, de passage à Paris, m’ont accordé une heure de leur temps… et nous ne nous sommes pas ennuyés.

Argumentaire officiel :toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Yvan Cujious, chanteur, pianiste, trompettiste, joueur de mots à l'humour décalé, aime sa ville, Toulouse, son rouge et noir et ses artistes du cru qui font vibrer ses scènes. Il a eu l'idée de proposer le projet « Toulouse Con Tour » à deux de ses copains : Magyd Cherfi, chanteur et poète militant auteur emblématique du célèbre groupe Zebda, et Michel Armengot, connu sous le nom d’Art Mengo, chanteur, guitariste, pianiste et compositeur pour les plus grands, de Gréco à Hallyday en passant par Jane Birkin ou Henri Salvador.

De Claude Nougaro à Juliette, de Carlos Gardel à Pierre Perret ou Nino Ferrer, en passant par Francis Cabrel ou les Fabulous Trobadors, les trois complices et l'accordéoniste Lionel Suarez s'amusent à la chanson toulousaine par leurs reprises novatrices, parfois pudiques, parfois exubérantes.

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorInterview :

Cette réunion de trois artistes toulousains d’horizons différents est une sacrée expérience !

Yvan Cujious : Pour moi, c’est vraiment inédit. Je n’ai jamais partagé la scène avec d’autres chanteurs. Cette aventure est une manière d’aborder différemment la scène et de partager un jeu collectif. Je n’ai pas l’habitude, mais ça se passe super bien entre nous.

Magyd, vous avez été le premier à être contacté par Yvan pour participer à ce projet. Vous en avez pensé quoi ?

Magyd Cherfi : Je n’ai pas beaucoup réfléchi parce que Yvan, quand on se croisait, me disait : « J’aime ce que TU fais. » Il parlait toujours de mon travail personnel en termes qui me faisaient plaisir. Ça touche.

Il fallait que vous vous sentiez aimé ?

Magyd : Moi, oui. Je suis un peu son idole, en toute humilité, je ne pouvais pas refuser (rires). Non, sérieusement, j’ai dit oui en pensant que ça ne pouvait être que bon.

Et vous Art Mengo ?

Art Mengo : Je crois que c’est ce qui m’a fait peur qui m’a attiré. Le fait que l’on vienne tous les trois de milieux très différents, que l’on défende des univers très particuliers. Je me suis dit qu’il y avait certainement quelque chose à faire d’intéressant dans ce projet.

Une fois que chacun a dit oui, il a fallu concrétiser…toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Art : Bizarrement, c’est une mécanique qui s’est mise en place assez vite. Il a fallu penser au répertoire. On a choisi des chansons et les façons de les interpréter assez rapidement. Tout est allé vite et naturellement.

Magyd : Chacun voulait que les deux autres se fassent plaisir, donc nous n’avons pas débattu un siècle pour savoir qui allait chanter quoi.

Magyd, vous êtes le seul des trois qui a l’habitude d’être accompagné. Ce ne doit pas être la même ambiance avec Yvan et Art qu’avec Zebda…

Magyd : Ça change, bien sûr, parce que nous sommes trois, mais en entités autonomes. Art et Yvan  restent ce qu’ils sont, alors que dans Zebda, il y a le postulat d’obéir à une cause et une philosophie commune. Avec Zebda, il faut parler d’une seule voix, mais à plusieurs. Dans le projet « Toulouse Con Tour », ce sont trois voix différentes.


"Les murs de poussière" de Francis Cabrel au Grand Studio d'RTL.

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorLes noms des artistes  de Toulouse et de sa région que vous alliez reprendre étaient une évidence ?

Yvan : Nougaro, Nino Ferrer, Pierre Perret… on était tous d’accord. Oui, encore une fois, le choix s’est fait rapidement. On a sélectionné aussi des artistes que le grand public connaît un peu moins, mais que nous apprécions beaucoup comme Juliette et les Fabulous Trobadors… Nous avons cela en commun tous les trois, nous abordons la chanson avec l’envie d’un récit, d’une chanson avec de la teneur.

Il y a un côté ludique dans ce projet.

Art : Je crois même que c’est la priorité. On peut faire des jolies choses uniquement si nous sommes dans la joie, l’amusement et la bonne humeur. Personnellement, je ne peux pas fonctionner dans la lutte et le conflit. Je travaille avec des gens qui ont envie de rire, de blaguer, de faire de la musique positivement et de s’éclater sur scène.

Il paraît que sur scène, justement, vous vous chambrez pas mal.

Magyd : La cerise sur le gâteau, c’est qu’il y a entre nous un second degré permanent. On ne se prend pas pour autre chose que ce que nous sommes. On s’attaque parfois à des monuments, alors il faut trouver une liaison entre chaque chanson. On essaie de trouver une sincérité dans leur approche tout en gardant une distance. Cette distance, on la comble avec de l’humour. Ça redonne une dimension humaine au projet.

Yvan : Artistiquement, nous ne sommes pas dans l’imposture, ni dans le choix de la création d’un personnage. Nos trois personnalités sont complémentaires et nous nous sommes vite trouvés et entendus.

Y a-t-il des gens que vous reprenez qui vous ont vu sur scène ?toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Yvan : Oui, Jean-Pierre Mader. Et d’ailleurs, il ne nous parle plus depuis (rires).

Magyd : C’est délicat parce que nous avons un passage où nous reprenons les gros tubes des années 80 de la chanson toulousaine. On se moque un peu de toutes ces chansons et nous les caricaturons légèrement.

Yvan : Pour en revenir à Mader, c’est quelqu’un qui assume ce qu’il fait et je ne pense pas qu’il soit vexé.

Magyd : Sans rire, moi j’adore « Macumba ». Mais je ne vais pas faire le faux cul, on ne peut pas s’empêcher de lancer une pointe d’ironie sur ce genre de tubes. Tu sais, moi j’ai bien fait « Tomber la chemise » et elle m’a bien collé à la peau.

Vous ne la chantez pas dans votre « Toulouse Con Tour » ?

Magyd : Non, mais pourquoi pas ? Je la verrais bien chanter par Art.

Art : Moi non plus, je ne vais pas me moquer des années 80. J’ai aussi un tube à cette époque-là, « Les parfums de sa vie ».

Magyd : Mais Art, « Les parfums de sa vie », c’était une chanson sensible et formidable. Tu ne peux pas la classer dans cette même catégorie.

Art : Elle est quand même très connotée années 80, dans les synthés et la réalisation…

Vous interprétez les chansons des autres dans des versions proches des originales ?

Yvan : On ne s’en éloigne pas tellement, sauf qu’on est sur le parti pris d’une musique acoustique.

"Le sud" de Nino Ferrer au Grand Studio d'RTL

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorComment réagit le public ?

Magyd : Il y a quelque chose d’affectif entre lui et nous. Il y a un a priori positif sur Toulouse. Je me suis rendu compte qu’il y a un élan sur cette ville.

La rencontre la plus surprenante, c’est celle de Magyd et d’Art, non ?

Yvan : Je savais que Magyd et Art ne se connaissaient pas, à part de nom et par la réputation, du coup, cela m’intéressait de les faire se rencontrer. Je savais que ça allait fonctionner.

Art : Je confirme. Il y a eu un intérêt immédiat l’un pour l’autre.

Magyd : C’est une pure jouissance, parce que justement, il y a un tel écart entre son œuvre et la nôtre (Zebda) que c’est jouissif. J’en ai eu marre de passer ma vie avec des gens qui partageaient tout avec moi, la philosophie, la cause, l’idéal… Depuis l’âge de six ans, j’ai fait des clubs de foot, des colonies de vacances, des bandes, des partis politiques, des groupuscules… Je n’ai vécu que dans des groupes. J’ai besoin d’oxygénation et de vivre des choses avec des gens qui ne sont pas comme moi.

Et vous Art ?

Art : Moi, c’est exactement l’inverse de Magyd. A l’époque des « Parfums de sa vie », j’aurais adoré appartenir à un groupe. Faire la promo avec mes potes musiciens et au lieu de ça, je me retrouvais seul. C’était chiant et triste. La musique, je l’associe à quelque chose de gai, alors le projet dans lequel je me retrouve avec Yvan et Magyd me convient totalement. J’adore ça en fait. Je me sens bien. Ça me plaît beaucoup de ne pas être devant et de ne pas être la vedette. J’aime bien aussi l’idée de recevoir des remarques de la part des autres. L’échange est là, constamment.

Yvan : Il me semble que ça fait beaucoup avancer dans son aventure personnelle. Depuis que je tourne avec eux, je considère la scène différemment.

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Pendant l'interview (1).

Vous apprenez les uns des autres ?

Yvan : Quand je regarde Magyd, je suis impressionné. C’est un artiste qui travaille beaucoup et qui a une manière à lui d’aborder la scène et le répertoire. Ça me renvoie à des choses que je ne fais pas et que je pourrais améliorer. Moi, je prends les choses comme ça vient. Art aussi, je crois. Nous ne cadrons pas les choses formellement.

Art : Je ne sais pas. Je n’ai pas trop analysé, donc je dois être un peu comme tu le dis.

Magyd : C’est vrai que nous nous interpellons sur le travail passé ou à venir de chacun. Yvan me conseille par exemple d’épurer mes chansons. Mes textes sont noyés dans des rythmiques et c’est parfois dommage. Ça empêche d’être attentif au sens des propos. Art, moi, je lui conseille de travailler dans des textes plus caillouteux. Je lui dis de laisser tomber le « love », d’envoyer du gros mot et de la lutte des classes. Lui me dit d’ouvrir mon cœur. Il m’a fait remarquer que sur 10 albums et trente ans de carrière, je n’ai jamais dit  « je t’aime » dans une chanson. Voilà, on discute comme ça entre nous, ça ne veut pas dire que l’on va appliquer les conseils.

Personne ne se vexe ?

Magyd : Ce que j’aime chez Art et Yvan, c’est qu’ils ont de la distance par rapport à leur métier. Si un artiste n’a pas de distance avec son œuvre, il souffre. Tu sais, tous les trois, nous sommes dans la quête d’une expérience nouvelle à vivre. La distance permet que la discussion soit possible.

"La chanson con" de Juliette.

Vous semblez vous régaler sur scène. Il faut se régaler soi-même pour régaler les autres ?

Magyd : Moi j’ai un certain âge, un certain parcours. J’ai besoin que ce soit un pur kif. Longtemps, j’ai fait ce métier pour becqueter, puis pour élever un peu le niveau et là, maintenant, il y a l’obligation que ce soit du pur plaisir.

Art : Tu parles d’âge et tu as raison. A un moment donné, on a vraiment envie de profiter du présent positivement.

Yvan : Ce projet arrive à un moment de nos vies qui est le bon. Nous n’avons aucune frustration, ni aigreur. Heureusement, sinon, nous n’aurions pas le même état d’esprit pour le véhiculer.

Magyd : Du fait de cette expérience, je dirais que c’est le temps qui nous a débarrassés des oripeaux d’orgueil, d’ego, de vouloir exister à tout prix. Ce qui est extrêmement agréable aujourd’hui, c’est que tous les trois, nous abordons cela avec beaucoup de douceur. Ce n’est pas du luxe.

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Pendant l'interview (2).

Pensez-vous que cette expérience va modifier votre façon d’envisager vos carrières personnelles ?

Art : Je l’espère sincèrement, mais c’est insidieux. On ne s’en rend pas forcément compte tout de suite. Peut-être que ça va me permettre d’aborder des sujets autrement. Je ne conçois pas que l’on ne retire rien de ce projet.

Magyd : Moi, cette expérience va modifier beaucoup de choses. Ça va dans le sens que je veux prendre désormais dans mes projets en solo. Beaucoup d’épure et une voix complètement assumée. L’air de rien, j’ai toujours été protégé par plein de voix et plein de sons, je me suis un peu planqué derrière les décibels. Je suis à la recherche de la plénitude.

Yvan : Je suis sûr à 100 %  que j’évolue de jour en jour à leur contact. J’ai l’impression d’apprendre tous les jours en regardant Art et Magyd. Ils ont une telle carrière tous les deux…

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Après l'interview, le 28 janvier 2015. De gauche à droite, Magyd Cherfi, bibi, Art Mengo et Yvan Cujious.

10 février 2015

Anne de Valors : interview pour les Tutodanne

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anne de valors,tutodanne,interview,sharefraiche,mandor« Anne de Valors, la Presque Trentaine, la Presque Stabilité, mais trop de conneries à dire. » C’est ainsi que se présente cette jeune femme débordante de vitalité et d’humour. Pendant longtemps, je ne suis pas parvenu à être objectif sur les vidéos de tutos que m’incitait à regarder cette comédienne humoriste.

Le problème est simple… Je l’ai connu toute petite, car je faisais de la télé et de la radio avec sa maman à RFO Guyane dans les années 90 (voir sous l’interview).

Mais après avoir visionné plusieurs « tudodanne », j’ai été bien obligé de reconnaître que je souriais souvent et qu’elle avait du talent. L’impro et la répartie immédiate sont incontestablement ses deux points forts.

Et c’est suffisamment rare pour être souligné.

Le 17 décembre dernier, la récente recrue de Share fraiche (un site qui s’occupe de nouveaux talents), est venue me voir à l’agence pour une mandorisation. C’est très particulier d’interviewer une jeune  femme que l’on ne peut s’empêcher de voir encore comme la petite fille que l’on a connue dans une autre vie.

Biographie (par elle-même) :anne de valors,tutodanne,interview,sharefraiche,mandor

Élevée entre les Antilles et la France, j'ai baigné très tôt dans l'univers audiovisuel puisque ma mère était journaliste.
Un premier parcours en tant qu'assistante de production… puis un challenge lancé par un pote humoriste me fait monter sur scène en 2012
Peu sûre de moi, je reprends mes activités bureautiques
A l'aube de mes 30 ans, je décide de parodier les tutorials.
Une première vidéo plébiscitée par mon entourage et me voici lancée sur les routes de Youtube.
Aujourd'hui comédienne/youtubeuse je continue mon petit bonhomme de chemin avec une seule idée en tête: vous faire sourire.

Toutes ses vidéos sur Youtube.

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(Toutes les photos de cette série sont signées Tristan G).

Interview :

As-tu toujours voulu devenir comédienne ?

Ma mère était un peu dans les médias, comme tu le sais. Le journalisme, les caméras, la prod… j’ai baigné dedans quand j’étais petite. Ça m’a peut-être donné des idées. Ce dont je suis certaine, c’est que j’ai une capacité comique que j’ai exploitée très tôt. J’ai toujours aimé faire rire les gens.

De là à devenir comédienne…

Tu as raison. En plus, ce n’était pas trop mon truc à la base. Il  y a trois ans, l’humoriste John Eledjam, qui bosse aujourd’hui avec Kev Adams, était venu me voir en me disant que mes statuts le faisaient marrer et qu’il pensait qu’il y avait quelque chose à faire avec moi en one-woman-show. J’ai pris ça comme un challenge. J’ai écrit un sketch en deux jours et la semaine d’après, je l’ai joué en public dans une petite salle. Comme il y avait beaucoup de monde sur le même terrain, j’ai eu peur de me perdre et j’ai interrompu très vite cette expérience. Je me suis remise dans le monde du travail pour gagner un peu ma croute.

A l’aube de tes 30 ans, soudain, tu as eu une idée…

Un jour, sur internet, je suis tombée sur un tuto du genre « comment faire un chignon ». Je l’ai trouvé exécrable et très long.  Et finalement, j’ai trouvé ça drôle. Elle ne faisait pas exprès d’être drôle, mais moi, j’ai décidé de faire des tutos en faisait exprès de l’être. Ma première vidéo, c’était un tuto sur le maquillage. Les retours étaient suffisamment encourageants pour m’inciter à poursuivre l’aventure. Aujourd’hui j’en suis à plus de cinquante tutos.

Tuto "faire un tuto".

Improvises-tu ?anne de valors,tutodanne,interview,sharefraiche,mandor

Oui, le plus souvent. J’ai un petit fil conducteur selon les tutos que je propose. J’ai besoin d’un côté réaliste, authentique, spontané et audacieux. Je ne voulais pas créer un personnage. Si tu écris, tu n’es plus toi. J’imagine que dans mes vidéos, tu dois reconnaître mes mimiques et ma manière de parler.

Effectivement, la Anne que l’on voit dans les tutos ressemble à la Anne que je connais. En plus caricaturale, peut-être.

Je me moque plus de moi dans les vidéos que dans la vie. Dans la vie, je me moque plus des autres. La Anne des tutos croit bien faire, mais elle loupe toujours ce qu’elle entreprend. J’aime bien le côté looseuse parce qu’intérieurement, c’est une manière de me dire que si je me moque de moi, les autres vont moins se moquer de moi.

Tuto "Morning routine".

anne de valors,tutodanne,interview,sharefraiche,mandorParfois tu dis des mots comme « bite ». C’est très masculin.

J’ai un côté bonhomme, c’est sûr. Et j’ai développé ce côté-là. Tu dis « bite », c’est malheureux, mais ça fait rire. Je suis quelqu’un d’assez cash et je maîtrise le français correctement, ce qui me permet d’être vulgaire de temps en temps.

Qu’en pense ta mère ?

Chaque vidéo est validée par elle. Je n’ai pas le droit à plus de trois gros mots par vidéo. Elle ne comprend pas toujours que l’humour a évolué, que les femmes ont changé et que nous nous sommes vraiment affranchies. On se permet des choses que l’on ne se permettait pas avant. Quand je sors des mots un peu vulgaires, ce n’est jamais gratuit. C’est dans un contexte. Je ne m’amuse pas à dire « enculé » pour dire « enculé ». Je n’ai pas le droit de faire tout ce que je veux, certes, mais je sais qu’elle a un bon sens critique. Le jugement de ma mère est primordial pour moi.

Moi, j’ai mis un peu de temps à relayer tes vidéos parce que je te connais depuis toute petite et je n’avais aucune objectivité sur ton travail. Je ne savais pas du tout quoi en penser.

Parce qu’on est proche. En tout cas, les conseils que tu m’as donnés au tout début m’ont beaucoup aidé. Tu m’as parlé de la longueur des vidéos, du dynamisme… ça m’a fait évoluer. Grâce à toi, je suis passée de vidéos de trois minutes à une minute trente, maximum. Il y a très peu de monde qui ose me dire que telle ou telle chose ne va pas. Si on me dit que c’est génial et point barre, c’est difficile de se remettre en question. J’attends les : « c’est bien mais… ». J’attends vraiment ces « mais ».

Tuto : "Recruteurs de donateurs".

Je trouve que tu es dans l’air du temps.anne de valors,tutodanne,interview,sharefraiche,mandor

Je ne sais pas si c’est moi qui m’adapte ou si c’est naturel.

Vous n’êtes pas très nombreuses à faire ce genre de tutos.

Il y a Andy dans « Andy fait des vidéos », mais c’est très girly. Il y a aussi Natoo qui souvent joue à la looseuse. Mais celle dont je me sens la plus proche dans l’esprit, c’est Alison Wheeler. Je l’adore.

Comment comptes-tu évoluer aujourd’hui ?

Je n’ai pas envie d’abandonner les tutos. Je suis passée d’un tuto par semaine à un tuto tous les dix jours. Sinon, j'ai pas mal de projets web notamment la dernière série de Kev Adams Kick On et je continue mes castings. 

En ce moment, tu es dans des perspectives positives.

Disons que je cours moins derrière les projets. Les gens me font des propositions qui me correspondent. Le métier de comédienne m’intéresse, mais j’en suis encore à un stade où je me demande si je pourrais être à la hauteur dans de vrais rôles de compositions.

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anne de valors,tutodanne,interview,sharefraiche,mandorJouer dans Workingirl, c’était jouissif pour toi.

C’est ma came, mon humour. Les nanas qui jouent et les auteurs de cette série sont extraordinaires. Je suis très fière d’avoir eu un rôle dans La grande évasion. C’est Sylvain Fusée, le réalisateur qui m’a proposé de participer, je n’en reviens toujours pas.

Comment est-il tombé sur toi ?

Tu sais, j’ai beaucoup fait ma com. Twitter a été mon révélateur. J’ai réussi à toucher beaucoup de monde. Un jour j’ai envoyé un tuto à Sylvain. Il ne m’a pas répondu, mais il avait regardé. Il a un petit cahier dans lequel il note les gens qu’il aime bien et dès qu’il a un projet, il regarde sa liste et il les appelle.

La télé et la radio t’intéresse aussi.

J’adorerais faire des chroniques humoristiques décalées. J’ai un besoin de liberté parce que je sais que mon humour repose sur ma spontanéité. Mon point fort est la répartie. Moi, je veux être un sniper, à l’instar du maître, Laurent Baffie.

Je trouve que ce qui fait ta force, c’est que tu es entière.

Je n’ai pas envie de me brader sous prétexte que je commence. J’ai déjà refusé des projets, parce qu’ils ne me correspondaient pas du tout. J’ai refusé une télé réalité, une web série et même un film porno. Pour cette dernière activité, ils ne me payaient pas assez cher (rires).

Bonus : Ici, vous pouvez voir la petite Anne sur les genoux de Framboisier (ex-Musclés disparu récemment) en compagnie de Dorothée (et de moi au micro) lors d'une émission d'RFO Guyane qu'animait sa maman (non présente sur la photo) en avril 1992.

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05 février 2015

Lulu Gainsbourg : interview pour Lady Luck

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En 2011 Lulu Gainsbourg (fils de Serge et de Bambou) avait tenté d'évacuer le poids de l'héritage avec son disque From Gainsbourg to Lulu. Il y reprenait 16 morceaux de son père. Aujourd'hui, à 29 ans, le musicien revient avec un disque raffiné, Lady Luck, dans lequel il chante en anglais (parce qu'il vit à l'étranger depuis 9 ans).

L'ambiance y est belle, essentiellement sensible et atmosphérique. Le piano est omniprésent dans ses chansons, et elles sont toutes nées sur un Bernstein offert par son père. 

Pour ce deuxième album, le chan­teur a donné libre court à ses idées et à ses émotions.

Le 18 décembre dernier, je suis allé à sa rencontre de cet artiste complet, dans les locaux de sa maison de disques, Universal Music.

Biographie officielle (mais écourtée):

Il y a trois ans, Lulu Gainsbourg entamait sa carrière discographique avec un splendide cadeau : pour son père, disparu vingt ans plus tôt, le musicien avait imaginé un éblouissant disque de reprises, pour lesquelles il avait réuni aussi bien Vanessa Paradis qu’Iggy Pop, Scarlett Johanson, Marianne Faithfull, Johnny Depp ou Rufus Wainwright… Nommé From Gainsbourg to Lulu, ce disque était pour Lulu une étape indispensable, un passage obligé, avant l’envol en solitaire.

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorAujourd’hui, il dévoile douze titres personnels, réunis sous le nom de Lady Luck, un premier album de compositions originales que lui ont inspirées des événements de sa vie privée.

Résolu à ne chanter que dans la langue de Lou Reed ou Dylan, l’artiste décide de collaborer avec des paroliers américains. Un choix logique pour celui qui a passé de nombreuses années à l’étranger : entre Londres, où il réside aujourd’hui, New York et Boston, où il fréquenta les bancs du prestigieux Berklee College of Music.
Lulu se fait épauler par du beau monde : Paul Turner et Derrick Mckenzie, bassiste et batteur de Jamiroquai mais aussi Drew McConnell de Babyshambles l’ont rejoint en studio. A cette équipe de titulaires, il faut ajouter, sur Lady Luck, quelques beaux convives: Matthieu Chedid et son frère sont venus participer au single « Lady Luck », tandis que l’actrice Anne Hathaway et l’artiste Ara Starck, fille du célèbre designer, se sont invitées sur deux titres du plus bel effet (« The Cure » pour la première, « It’s Always Something » pour la seconde). lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandor

Lulu signe ici un disque très intime et sincère. Avec pudeur, le jeune homme y interprète deux dialogues imaginaires avec ses parents : il s’adresse à sa mère sur la jolie ballade floydienne « Moushka », et discute avec son père sur « Destiny », titre au texte désarmant pour lequel il a agencé, en clin d’œil, des arrangements très gainsbouriens. Musicalement, Lady Luck continue d’illustrer l’éclectisme et la largesse d’esprit de son auteur, oscillant entre funk sexy, pop, ballades atmosphériques et instrumentaux raffinés.

Portés par un sens mélodique affuté, les morceaux s’ornent d’arrangements soyeux et délicats, qui leur confèrent souvent un charme cinématographique.

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorInterview :

Vous sentez-vous attendu au tournant avec ce premier disque très personnel ?

Je ne m’en rends pas compte. Ce disque peut autant être ignoré qu’avoir un succès d’estime ou devenir mythique. Il n’y a pas de règle.

Avec ces nouveaux titres, nous découvrons enfin l’étendue de votre talent.

Dans le premier album, je rendais hommage à mon père. Il n’y avait qu’une composition de moi. Là, effectivement, j’ai montré toutes les facettes de ce que je savais faire. Peut-être y en a-t-il trop ? Je ne sais pas. Vous en pensez quoi ?

Je trouve que ce disque est varié, mais qu’il y a un fil conducteur.

Musicalement, c’est très éclectique. J’aime beaucoup de styles et, surtout, j’ai pas mal d’influences, ça se ressent forcément dans ma manière de composer. Quant aux textes, je les ai tous coécrit. Les chansons sont placées sur le disque dans l’ordre chronologique des évènements vécus que je raconte. Ce disque s’écoute comme un bouquin.

Ce n’est cependant pas un album concept.

Non, parce que je ne parle pas tout le temps de la même personne.

Vous avez écrit ce disque à l’issue d’une douloureuse séparation sentimentale. lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandor

C’est réellement cette rupture difficile qui a tout déclenché. Mais aujourd’hui, ça va mieux. La jeune fille qui est en couverture du disque Lady Luck est ma nouvelle copine.

Cela vous a-t-il aidé de ne pas être bien à ce moment-là pour écrire et composer ?

C’est un truc qui appartient à l’art. Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier à trouver l’inspiration dans les peines de cœur ou les soucis personnels. En ce qui me concerne, l’état mélancolique déclenche un univers différent en moi et me donne de l’inspiration pour composer. Cet album-là m’a occupé ses deux dernières années et au moment de la rupture, tout s’est mis en place rapidement.

Si vos textes sont mélancoliques, les musiques, pour la plupart, ne le sont pas. Il y a des morceaux très pop et d’autres complètements funk.

Il y a des ballades, mais dans l’ensemble, j’ai souhaité avoir des musiques assez rythmés. J’ai fait en sorte que l’on ne s’endorme pas (rires). En fait le disque commence un peu sombrement, mais plus les morceaux défilent, plus la lumière apparaît. Ça finit même très positivement.

Clip de "Lady Luck".

lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorIl y a quelques guests sur l’album. Par exemple Matthieu Chédid et son frère Joseph (connu également sous le nom de Selim) qui sont présent sur le single « Lady Luck ».

J’avais déjà une bonne base sur ce titre et Matthieu a rajouté sa petite touche qui se reconnait très bien. Matthieu est un ami de longue date. Je l’admire depuis toujours en tant qu’artiste et évidemment humainement. Ce qu’a fait Joseph aussi est formidable. J’adore son travail. Il sort bientôt un nouveau disque. C’est vraiment une famille formidable.

Et que vient faire la fille de Philippe Stark, Ara, dans ce disque ?

Elle a toute sa légitimité. Elle est peintre, mais aussi chanteuse. Avec David Jarre, elle a monté le groupe The Two. Ara, elle est un peu comme ma grande sœur. Je la connais depuis que j’ai 7 ans, cela fait donc 22 ans que l’on se fréquente. D’ailleurs, quand je vivais à New York, on était tout le temps ensemble. Nous avons une très belle amitié.

C’est donc symbolique de chanter avec elle ?

Oui. C’est exactement ça.

Et la comédienne Anne Hathaway ?

Elle a aimé mon premier album et elle me l’a signifié. Elle a chanté dans beaucoup de films dont, en 2012, la nouvelle version des Misérables où elle était Fantine. Elle a une très belle voix et je suis très fier de notre duo.

Ça rassure de chanter une chanson avec quelqu’un ?

Pas forcément. Les duos de ce disque ont un sens pour moi. Ils ne sont pas là par hasard. Tout l’album est basé sur des faits personnels La chanson que je chante avec Ara est une dispute entre un homme et une femme et celui avec Anne est une chanson qui donne l’espoir de retomber amoureux. C’est un peu ce que j’ai vécu.

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lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorIl y a une chanson pour votre maman et une pour votre papa.

J’ai écrit « Moushka » pour ma mère. C’est une chanson calme, voire assez sombre, à l’ambiance Pink Floyd. Je discute avec elle. Elle est devenue ma meilleure amie et c’est grâce à elle que je suis là où j’en suis aujourd’hui. Dans « Destiny », cette fois-ci, je discute avec mon père. C’est évidemment une discussion imaginaire.

Parfois, discutez-vous avec lui réellement ?

Ça m’arrive. Je suis très rêveur, très dans un autre monde, souvent dans de hautes sphères… je communique donc avec lui très souvent. Et la communication se fait aussi à travers la musique.

Pensez-vous que lorsque vous composez, il est là et vous aide à trouver l’inspiration ?

J’en suis sûr. Pour « Destiny », je me suis carrément inspiré de lui. L’arrangement rappellera aux puristes de mon père la chanson « Marilou sous la neige »de l’album L’homme à tête de chou et un peu de « Ah ! Melody » de l’album Histoire de Melody Nelson. C’est une forme de nouvel hommage. J’ai fait du Lulu Gainsbourg arrangé à la Serge Gainsbourg.

Je précise que l’album dans son ensemble ne ressemble pas du tout à ce que faisait votre père.

Je l’espère. Je suis dans la musique depuis que j’ai 4 ans. J’ai fait des études musicales assez poussées et j’ai passé notamment quatre ans dans la prestigieuse école de musique Berkeley School of music. J’espère avoir mon propre style et une originalité.

Comment vivez-vous la comparaison constante avec Serge Gainsbourg ?

C’est normal, il a marqué son époque. C’est mon père et il restera mon père. Il a beau être Serge Gainsbourg, l’artiste qui a amené quelque chose à la chanson, que cela va m’empêcher de m’épanouir dans ma passion. J’ai plein de choses à dire et j’en aurai encore d’autres dans le futur. La musique est ce que je sais faire de mieux aujourd’hui.

Mais, pourquoi vous être présenté au public avec un premier album qui rendait hommage lulu gainsbourg,lady luck,interview,mandorà votre père ?

Là encore, c’est symbolique. C’était un cadeau pour mon père. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir lui faire de cadeau en vrai puisqu’il est parti trop tôt.

Votre maman, Bambou, suit-elle ce que vous faites ?

Elle est très présente et elle est fière de son petit gars. Avant de faire mon hommage à mon père, elle m’avait conseillé de prendre le temps de faire les choses. Quand elle a écouté, elle m’a avoué être épatée. Pour le deuxième album, elle était encore plus fière, parce que ce sont mes propres chansons. Ça me fait plaisir parce que si elle n’aime pas, elle n’aime pas. J’ai beau être son fils, elle ne m’épargne pas.

"Fantasy", extrait de l'album Lady Luck.

Il y a deux instrumentaux dans votre disque.

« Noces funèbres »et « Lily Rose ». Ces deux instrumentaux, que l’on peut qualifier d’interlude, rappellent ma base de la musique. Je suis avant tout pianiste.

Ne le prenez pas mal parce qu’il n’y a aucune malice dans ma question, mais aimez-vous chanter ?

Je ne me vexe pas. C’est une bonne question. Honnêtement, dans le premier album, j’ai chanté, mais je me sentais plus « featuring » que chanteur. A la base, je suis musicien, pas chanteur. Pour ce nouvel album, j’ai découvert ce qu’était le fait de chanter. Je sais que j’ai énormément de progrès à faire, mais je pense que j’en ai déjà fait par rapport au premier. Vocalement, j’ai beaucoup travaillé. J’ai pris des cours pour savoir où me situer. Il y a quelques techniques à avoir car le chant n’est pas inné. Le plus important dans une chanson, c’est de savoir exprimer ce que tu veux dire et parvenir à donner le message que tu veux transmettre à l’auditeur. Pour se faire, je suis allé au maximum de mes limites. Je suis perfectionniste et l’idée de ne pas faire au mieux me rend malade. J’ai fait au mieux, mais j’essaierai de faire encore mieux pour le troisième album.

Je vous croyais très timide, mais je trouve que vous ne l’êtes pas là…

Ça va beaucoup mieux de ce côté-là. Je traverse une bonne période. J’ai retrouvé l’amour, cet album semble être bien accueilli, je suis donc très épanoui. Et l’épanouissement permet d’être bien avec les gens que tu croises.

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Après l'interview, le 18 décembre 2014.

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03 février 2015

Batlik : interview pour Mauvais sentiments

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On m’avait tout dit sur Batlik. D’abord qu’il avait un talent fou et qu’il était un artiste majeur, si ce n’est un des plus importants, de la scène française d’aujourd’hui. Bon, ça, je le savais depuis un moment. Mais, il m’a été rapporté plusieurs fois qu’il avait une forte personnalité, qu’il avait ses têtes, qu’il faisait ce qu’il voulait dans n’importe quelle circonstance et que les interviews l’emmerdaient carrément (d’ailleurs, dans une chanson de son nouvel album, il brocarde un peu les « journaleux »).

Mais ne jamais avoir interviewé Batlik quand on se prétend « spécialiste de la chanson française » est au minimum une faute professionnelle. Connaissant son attachée de presse (merci Marie Britsch), j’ai obtenu un rendez-vous avec lui.

Batlik est donc venu à l’agence le 4 décembre dernier pour évoquer son 9e album, Mauvais sentiments. Il y délaisse le quartet au profit du trio, toujours entouré par James Sindatry à la contrebasse et Benjamin Vairon à la batterie. Avec ce disque, l’inépuisable Batlik continue d’emprunter un chemin singulier, bien loin des autoroutes de l’industrie du disque.

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batlik,mauvais sentiments,interview,mandorArgumentaire officiel :

Voilà maintenant 10 ans que Batlik sévit sur scène et sur disque en tant qu'auteur, compositeur, interprète et producteur indépendant aux manettes de son label A Brûle Pourpoint.

Le style a évolué, quittant progressivement l'univers de la chanson pour se rapprocher de celui du rock, avec toujours en fil conducteur des textes poétiques finement ciselés, un flow en français et un jeu de guitare reconnaissable entre mille. Après avoir écumé les cafés concerts, il réussit au fil des années à imposer sa personnalité musicale sur la scène française et à conquérir un public fidèle et toujours plus nombreux.

Batlik se fait rapidement repérer, des Francofolies de La Rochelle en passant par les découvertes du printemps de Bourges jusqu' à celles du festival Alors Chante de Montauban, même Warner, Wagram et Sony lui propose des signatures. Mais Batlik fait le choix de l'indépendance. Originaire de Seine Saint Denis, il y construit les locaux de sa maison de production et son studio d'enregistrement, marche après marche, à l'image de son développement.

Avec à son actif plus de 800 dates et bientôt 10 albums, Batlik fêtera ses 10 ans de carrière en enregistrant son 2ème album live sur la scène de l'EMB de Sannois les 6 et 7 février 2015. Il sera entouré de Benjamin Vairon à la batterie, Oliver Smith à la contrebasse, Nicolas Bruche et Blandine Puechavy aux cuivres, Mélanie Pain aux chœurs.

Actuellement en tournée avec son dernier album, Mauvais sentiments, sélection FIP et sacré coup de cœur par l’académie Charles Cros, prend à contre-pied les idées reçues et les mots en prêt-à-porter. Bon sens et bons sentiments sont les grands perdants de cet opus, cédant la place à la tranchante singularité d'un artiste en décalage, bien loin des autoroutes de l'industrie musicale.

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batlik,mauvais sentiments,interview,mandorInterview :

Est-ce parce que tu viens de Saint-Denis que tu as cet état d’esprit, cette indépendance, cette volonté de ne faire aucune concession?

Il s’avère que je n’ai pas grandi en Seine-Saint-Denis. J’y suis né, je suis parti et je suis revenu bien des années après. Ta question est presque d’ordre psychanalytique. Je ne sais pas si ma façon d’être à un rapport avec le milieu dans lequel j’ai grandi. A l’inverse, je suis bien obligé de constater qu’il y a beaucoup de gens du milieu hip-hop qui viennent de Seine-Saint-Denis et qui sont signés dans des grosses structures industrielles. Comme quoi, tu vois, mon état d’esprit ne vient pas forcément de la ville dans laquelle je vis.

Il vient plus de ton éducation, alors ?

Je ne me suis jamais posé la question, alors j’aurais tendance à expliquer mon goût de l’indépendance de manière plus terre à terre. C’est ma propre expérience avec cette industrie. Au début, j’ai fait comme tout le monde. J’ai envoyé mes premiers albums à des directeurs artistiques de grosses maisons. Ils ont refusé de me produire, de fait, j’ai continué à en faire, mais sans eux. Quand ils sont revenus vers mois deux ou trois ans après, c’était trop tard. J’avais pris mes habitudes et je ne voulais pas changer ma façon de travailler. Leurs propositions ne m’intéressaient plus.  

Avant de faire de la musique, tu travaillais dans des secteurs d’activités où tu avais des batlik,mauvais sentiments,interview,mandorpatrons…

J’ai aussi aimé la musique parce que cela me permettait de ne plus avoir de personnes au-dessus de moi. J’ai eu des patrons casse-couilles, des petits-chefs, dans des proportions relativement similaires à d’autres casse-couilles rencontrés dans ma vie de tous les jours. Je n’ai rien contre la hiérarchie, sauf quand elle est conne.

Pour moi, être indépendant, c’est avancer moins vite, avoir un supplément de pénibilité et des soucis administratifs à régler… Toi, j’ai l’impression que tu vis bien d’avoir ta propre structure.

Je le vis mieux depuis qu’il y a une personne qui travaille pour le label et qui m’aide à faire ça. Elle s’occupe de tout ce qui est rébarbatif et contraignant. Quand cette personne n’était pas là, effectivement, je vivais mal le fait de perdre du temps et de l’énergie à m’occuper de choses extra-musicales.

Ça tuait la création ?

Non, parce qu’avoir trop de facilités pour écrire des chansons ne m’aide pas. Je n’ai jamais autant écrit que quand je travaillais à mi-temps ou quand les moments consacrés à l’écriture étaient rares. Je vois des gens qui sont signés et qui n’ont pas ces problèmes-là… mais ils en ont d’autres. Je ne comprends pas pourquoi tu dis qu’il te semble que je vis bien d’avoir ma propre structure. Au contraire, si je montre une image de coolitude, c’est un leurre parce que je suis quelqu’un de très angoissé. Ta question est intéressante, parce que la plupart du temps, les gens conjuguent indépendance avec liberté. C’est une vaste connerie. Quand on est indépendant, nous sommes soumis à beaucoup plus de contraintes que les autres.

Cela dit, tu as une liberté que beaucoup pourrait t’envier : une liberté artistique.

Je rencontre beaucoup d’artistes qui sont signés et sursignés. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un à qui on aurait dit « cette chanson-là ne va pas du tout ». Parce que les artistes sont les premiers à se censurer, moi y compris. Le mythe comme quoi plus on est dans une structure importante, plus la création serait muselée, je n’y crois pas.

Clip de "Généalogie" tiré de l'album Mauvais sentiments.
Réalisation: Christophe Demigné

De l’extérieur, on a l’impression que tu fais ton métier de manière confortable.

Je suis toujours à flux tendu. Il faut toujours alimenter la machine. Ma structure est tellement petite et tellement fragile qu'il faut que je sorte au moins un disque par an pour être viable. Ce n’est pas possible de me reposer quatre ans.

Si on te donnait les moyens de ne rien faire pendant trois ou quatre ans, tu aimerais ?

En tant que personne angoissée, je crois que je ne le vivrais pas bien.

Sortir un disque annuel par obligation, c'est contraignant ?

Pour moi, c’est une contrainte de faire des disques par obligation. Il faut que je passe par l’écriture et ça ne me plait pas particulièrement. Je trouve ça compliqué d’écrire. Je préfère chanter mes chansons que de les écrire.

C’est très rare comme discours.

Non, moi je trouve que c’est rare les gens qui aiment écrire.

(Un peu ironique) Et pourquoi ne demandes-tu pas à d’autres auteurs d’écrire pour toi?

Euh… non. Ça peut être très compliqué ça aussi.

"Mauvaise graine" extrait de l'album Mauvais sentiments (Live Radio Néo)

Tu n’as pas toujours des choses à dire ?

Non, c’est surtout que j’ai toujours du mal à dire les choses.

C’est bizarre, tu as la réputation inverse. Savoir choisir les mots comme personne.

Mes textes sont le fruit d’un travail qui m’angoisse. C’est ce qui fait que je suis souvent de mauvaise humeur et acariâtre quand je crée. Ca me stresse parce que j’ai l’impression que mes chansons sont tout le temps ratées.

Tu n’es jamais satisfait du résultat final.

Non. Je pense qu’à partir du moment où un artiste est satisfait de ce qu’il a fait, il faut qu’il se demande s’il n’est pas en train de faire de la merde.

Donc, c’est une déchirure quand tu écoutes ton album terminé.

Depuis que j’ai rencontré mon épouse, ça va de mieux en mieux parce qu’elle a été suffisamment sévère pour que je m’applique d’avantage. A un moment, j’avais pris une espèce de ronronnement d’attitudes et d’automatismes qui n’avaient rien de bon. Tu sais, il y a un lexique à disposition, dans la chanson française en particulier. Moi, j’étais dans la branche pseudo subversive. Je piochais des mots dans le lexique de la pseudo subversion et j’étais confronté à un public qui était d’accord avec moi. J’avais l’impression de me rebelliser avec des gens qui étaient 100% d’accord avec mes propos.

Les gens qui sont d’accord avec toi, tu t’en fous un peu ?

Notre société actuelle à pervertie notre monde artistique. Si on schématise, il faut adhérer soit au pour, soit au contre. A mon sens, le seul moyen de sortir de ce truc binaire, c’est la poésie. La poésie n’appartient qu’à celui qui l’a créé.

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Tout le monde n’a pas le talent d’émettre ses convictions en poésie.

Mais la poésie n’est pas un talent ! Tout le monde à sa poésie. La poésie existe dans les lapsus et les erreurs que l’on fait, dans tout ce que l’on rate et que l’on ne maitrise pas. Et heureusement, on ne maitrise pas tout ce que l’on fait. C’est quand ça ne marche pas que la poésie s’exprime chez tout le monde. Ça va à l’encontre de la société dans laquelle on vit. Il s’agirait de savoir qui on est, ce qu’on veut et savoir comment les choses se passent… ce qui est compliqué dans l’écriture, c’est de s’affranchir de cela.

Francofans a décrété que ton album était le meilleur de l’année.

Par rapport à ma réputation, c’est vraiment compliqué. C’est dur de savoir comment on est perçu par les autres. Je suis rarement confronté au public pour la simple raison que la plupart du temps, les gens m’emmerdent. Après les concerts, je sens que je dégage des choses qui font que les gens ne vont pas venir me parler, du coup, j’ai peu de retour de mon travail. A chaque fois, le terme qui revient, même pour ce disque, c’est la surprise.

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Je sais que tu n’aimes ni la flagornerie, ni les compliments. Mais un journal comme Francofans qui est spécialisé dans la chanson française et qui te célèbre, ça doit te faire chaud au cœur ?

Mais carrément. Je suis comme tout le monde. J’aime quand mes pairs reconnaissent mon talent.

Quand tu dois vendre tes disques ou faire la promo, ça te fait chier ?

Oui. J’aime bien considérer que les artistes sont des gens différents. Ce petit supplément d’âme que l’on veut bien nous admettre n’existe que lorsque nous ne sommes pas confrontés directement au public. Les artistes devraient vivre cachés. Je préfèrerais faire partie d’un truc de l’ordre du divin.

Pourtant, tu as une page Facebook. Est-ce toi qui t’en occupes ?

Non. Les réseaux sociaux m’angoissent vraiment. Quand je vois des artistes sur Facebook parler en leur nom et se dévoiler pour un oui ou pour un non, je trouve ça tellement triste. Heureusement que je n’ai pas de fonctions légales ou officielles, sinon j’interdirais cela tout de suite. J’arrêterais les carrières des artistes qui font ça. 

Il ne faut pas avoir Batlik président de la république, dis donc !

Ce serait clairement une dictature (rires)

batlik,mauvais sentiments,interview,mandorConjointement à la sortie de ce disque, il y a la sortie du livre de ta femme, Elsa Caruelle, Les monstres pratiques. Dans ce livre et dans ton disque, il y a des thématiques similaires…

Depuis que j’ai rencontré ma femme, je ne fais que croiser ce que je pense du monde avec son regard à elle.

Tu dis que ce livre te bouscule par la manière qu’il a de démontrer à quel point nous sommes façonnés, fabriqués, formatés, pervertis par l’idéologie capitaliste et surtout comment ceux qui pensent y échapper sous couvert d’une critique ouverte et prétendue subversive sont ceux qui sont plus soumis.

 J’ai d’ailleurs quelques potes d’extrême gauche qui ne nous parlent plus depuis que ce bouquin est sorti. Ils étaient persuadés d’être à l’avant-garde de la subversion. Donc, ils ont été très vexés. En plus, il y en a qui apparaissent dans le livre d’une certaine manière, alors qu’ils s’imaginaient apparaitre sous leur meilleur jour. Cette façon de voir que je prône, j’espère qu’elle existe depuis trois albums.

Ce qui te plait chez les autres artistes, c’est leur poésie.

J’aime quand il y a une perte de sens. Que l’on soit confronté à un vide plutôt qu’à un plein, à quelque chose de négatif plutôt qu’à quelque chose de positif. L’art, finalement, c’est la création qui doit venir mettre des trous là où les choses sont bouchées.

Te sens-tu compris dans le monde étriqué de la chanson française ?

J’entends bien que les gens considèrent que je suis quelqu’un de pas très aimable. Je vois qu’il y a une défiance.

Un artiste pour toi, c’est quoi ?

Il y a un rapport à soi qui est un peu trop affirmé chez l’artiste. Il est persuadé d’être ce qu’il est. Beaucoup d’artistes ont l’impression d’être supérieur aux autres. Je trouve ça dommage, car les artistes qui me font rêver, ce sont les artistes qui sont perdus. Je découvre que la musique peut servir à ça. A moins savoir. Il s’agit de se perdre quand on est confronté à la création.

Te sens-tu proche d’autres artistes ?

Par élimination, principalement des femmes. En France, je ne sais pas pourquoi, je suis plus touchée par la musique et la poésie des femmes comme Klo Pelgag ou Emily Loizeau. Les mecs m’emmerdent. Souvent, je les trouve mauvais. Sinon l’artiste qui me touche particulièrement, c’est une américaine qui s’appelle Ani DiFranco. J’aime quand les artistes écrivent comme ils s’échappent. J’aime quand il y a des zones inexplorables dans l’univers d’un artiste.

Quelle est pour toi la meilleure chanson ?

Celle qui permet d’affirmer et de dire que la vie n’existe pas. C’est la différence entre un discours politique et un discours scientifique. La meilleure chanson est celle qui ne donne pas d’avis.

Quand on dit de toi que tu es subversif et que tu mets des coups de pieds dans la batlik,mauvais sentiments,interview,mandorfourmilière de la bien-pensance, tu en penses quoi ?

Cela dépend de quelle subversion on parle. Si c'est de cette fausse subversion, fausse parce qu' entendue, acceptée et qui ne gêne personne, celle du « pour » ou du « contre », peut importe puisqu'elle ne fait que donner l'illusion qu'on peut ne pas être d'accord, alors que l'on continue à marcher bien droit. Si c'est de celle là dont on parle, je dirais que j'essaye de m'en affranchir depuis quelques disques. La démocratie prend tellement en charge la subversion et refuse tellement la violence qu'il est difficile, pour un artiste en particulier, d'être vraiment transgressif. Entre celui qui chante l'indignation et celui qui chante pour dire qu'il est indigné, la frontière est ténue.

Une société qui exclue la violence te gêne ?

Ce qui me gêne c'est que notre société cache sa violence comme elle cache ses vieux, ses malades et ses pauvres. Elle tente de la faire oublier. La seule violence qu'elle autorise est la sienne, mais elle ne l'appelle pas violence. Elle change son nom et la travestit tellement qu'on ne la reconnait plus. Lorsque cette violence nous revient, nous crions qu'elle ne nous appartient pas, qu'on ne sait pas qui elle est, qu'elle est forcement autre. C'est cette lâcheté et ce refus du face à face qui me gênent.

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25 janvier 2015

Valérie Tong Cuong : interview pour Pardonnable, impardonnable

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(Photo : Francesca Mantovani)

valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorLes secrets de famille sont souvent au cœur des romans de Valérie Tong Cuong. C’est le cas de son dixième livre Pardonnable, impardonnable (chez JC Lattès). Elle raconte les déchirements et la reconstruction d’une famille après l’accident d’un enfant. Vous allez rencontrer des êtres brisés par les secrets, les non-dits, l’impossibilité d’aimer ou de se faire aimer. C’est une tragédie grecque, qui va de la colère au pardon en passant par la haine, la vengeance et l’amertume. Un livre poignant qui ne pourra laisser personne indifférent. Valérie Tong Cuong interroge ici nos zones d’ombre, nos consciences, nous met en face de nos mensonges et nos faux-semblants…

J’aime beaucoup l’œuvre de Valérie Tong Cuong (voir ma première et ma seconde mandorisation). Et je l’aime aussi humainement. Nous nous sommes vus au lendemain du massacre de Charlie Hebdo, le 8 janvier 2015. Très franchement, ni elle, ni moi n’avions le cœur à jouer au jeu de la promo…

4e de couverture :valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandor

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

L’auteur :

Valérie Tong Cuong a travaillé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l’écriture et à la musique. Elle a publié plusieurs romans, dont les très remarqués Providence et L’Atelier des miracles ainsi que des nouvelles. Elle écrit également pour le cinéma et la télévision. Pardonnable, Impardonnable est son dixième roman.

valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus pour L’Atelier des miracles, ton précédent roman. Nous ne savions pas encore qu’il allait devenir un énorme succès.

Mon chemin s’est fait par strates successives. J’ai la chance d’être un auteur qui a toujours été défendue par les libraires, les lecteurs et depuis quelques années par les blogueurs. C’est une force de frappe qui est dans une construction plus lente que lorsque tu fais partie des auteurs qui sont élus par le système médiatique que l’on connait (sourire). Ce système qui fait que l’on voit ressortir les mêmes auteurs à chaque rentrée littéraire. Finalement, la construction dont je bénéficie est plus lente, mais elle est plus solide. Si cette base est enchantée particulièrement par un livre, elle va vraiment se déployer et le porter. L’atelier des miracles a bénéficié d’un formidable bouche-à-oreille. Ce livre a touché les gens. Comme son nom l’indique, il s’est produit autour de lui quelque chose de miraculeux.

Tu travailles toujours autour de l’être humain et de tout un chacun.

Du coup, je pense que les lecteurs peuvent s’identifier facilement puisque je parle de chemins de vie qui nous concernent tous. L’Atelier des miracles s’est attaché en plus à la notion d’entraide, de solidarité, de nécessité et de partage. Nous sommes dans une époque où nous réalisons qu’on ne peut pas avancer seul. On a besoin de se tenir la main, de vision collective, même si, en aucun cas, cela nie les individualités.

Comment as-tu vécu ce succès ?

Cela m’a conforté dans un certain engagement viscéral que j’ai dans l’écriture. Travailler sur l’être humain et ses failles… et surtout sur ses moyens de rebondir et ses possibilités d’avancer. J’aime travailler sur les prises de conscience. Ce sont des sujets qui me passionnent. L’accueil qu’a eu L’atelier des miracles m’a confirmé que j’étais à ma place en prenant ce chemin.

Quand on sort d’un succès, ce ne doit pas être évident de s’attaquer au livre suivant.valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandor

Je me suis juste dit que mon socle de lecteurs s’est considérablement agrandi et l’attention générale envers moi, largement accrue. J’ai beaucoup de chance parce que je suis dans une position bien meilleure pour m’adresser aux lecteurs. Par contre, je ne suis pas quelqu’un qui raisonne en termes d’objectif et de succès. Ce qui était important pour moi, c’était d’écrire ce livre. J’en avais un réel besoin. C’était une nécessité.

Est-ce un livre ambitieux ?

La construction est ambitieuse. Il était assez complexe à écrire parce qu’il impliquait d'aller explorer des parties très noires des uns et des autres. C’est amusant parce que L’atelier des miracles a reçu « le Prix du Livre Optimiste 2013»…

Portais-tu en toi Pardonnable, impardonnable depuis longtemps ?

Je portais en moi certains des aspects qui sont développés dans ce livre, certaines observations aussi, mais la décision de travailler sur le pardon est arrivée après L’atelier des miracles. Un jour, je me suis réveillée et j’ai su qu’il fallait que je travaille sur le pardon. C’est un thème qui me préoccupe depuis toujours, mais qui me préoccupait de plus en plus ces derniers temps. Je me suis sentie enfin prête à l’aborder. C’est un sujet qui est compliqué, difficile, intime, aussi bien pour mes personnages que pour moi-même.

Au fond, après lecture, je trouve que ce livre est un peu optimiste quand même.

Il est optimiste dans le sens où c’est un livre qui montre un chemin. Un chemin sur lequel les gens vont avancer. Dans sa forme, ce roman est plus noir parce que ce chemin-là est semé d’épreuves. Il va falloir que chacun les surmonte et ça va être difficile. J’ai voulu montrer comment le chemin vers le pardon était possible, même s’il semblait inenvisageable.

valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorC’est une chute de vélo qui va faire voler en éclat toute une famille.

C’est ce qui va aussi lui permettre de se reconstruire. Je crois qu’on vit beaucoup d’émotions dans ce livre, mais on en ressort soulagé et confiant sur cette possibilité qu’on a tous en nous de pardonner.

Il y a cinq personnages principaux, les cinq membres de cette famille. Tu t’es donc glissée dans la peau de chacun d’entre eux.

C’est ce qui me passionne depuis toujours. C’est pour cela que de, plus en plus, j’écris des livres sous la forme de roman choral. Pour chaque personne les angles diffèrent et chacun à sa vérité, son histoire, ses fractures et ses désirs… C’était très intéressant de montrer comment des gens d’une même famille, qui ont vécu parfois les mêmes choses il y a vingt ou trente ans, les ont vécues de manières très différentes. Ce sont ces différences-là qui les ont conduits à ce qu’ils vivent aujourd’hui.

Ils ont tous leur part d’ombre et de lumière.

Comme toi et moi. Comme nous tous. Mais tout le monde croit bien faire. Même le pire des salauds croit toujours bien faire quand il agit. A un moment, tous les membres de cette famille vont devoir se remettre en question. Ils vont tous comprendre qu’ils n’ont pas toujours été dans le vrai, dans le juste.

Le lecteur finit même par s’interroger sur ses propres comportements et sa propre valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorexistence…

C’était aussi le but de ce livre. Je voulais démontrer qu’on a vite fait de juger quelqu’un sur un évènement ou un acte et que, finalement, si on détricote la personne, on peut avoir une vision tout à fait différente. J’ai essayé de faire en sorte que le lecteur nuance ses jugements sur chaque membre de cette famille.

Est-ce compliqué de construire des personnages possédant de nombreux travers ?

Mais pas du tout. On en a tous, alors il n’y rien de plus simple. Je puise chez moi, chez les autres, chez tous ceux que je croise. Lequel d’entre nous n’est pas un être humain qui, à un moment donné, à accepter de tricher, de mentir ou de faire des choses malhonnêtes. On a tous eu des réactions dont nous n’étions pas fiers. Nous nous sommes tous trompés sur les autres. L’important dans la vie, c’est d’être capable de regarder cela et d’avancer en essayant d’être meilleur.

Quand tu écris, est-ce que cela règle des choses qui sont en toi ?

Je dirais que j’ai pu écrire ce genre de livre parce que j’ai réglé des choses avant. Moi, ça y est, j’ai pardonné. J’ai pardonné à tous ceux qui m’ont fait du mal. Et il y eu du mal. De forte amplitude. Pardonner ne veut pas dire oublier. Mais, aujourd’hui, je me sens libérée.

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Pendant l'interview (photo : Eva Gomez).

Comme dans L’atelier des miracles, il y a un personnage masculin qui est un peu le « sauveur ».

Parfois, on a besoin d’un tiers pour débloquer une situation parce qu’il est souvent difficile de sortir de son angle de vue personnel. Si personne ne vous aide à vous déplacer pour regarder les choses différemment, la situation peut rester bloquée ad vitam aeternam. L’ambivalent Jean de L’atelier des miracles ou Gustavo, le médecin de Pardonnable, impardonnable, sont des êtres lumineux. Ce sont des personnes qui veulent réparer les autres. Ils veulent remettre les gens sur pied, pas seulement physiquement… moralement également.

Je sais que tu aimes inventer des vies à tes personnages.

C’est comme dans les bons films. Pour que les personnages que tu vois à l’écran aient des comportements justes et cohérents, il faut savoir ce qu’ils ont vécu avant. Le spectateur ou le lecteur n’a pas besoin de connaître ces détails. Pour mes personnages principaux, c’est pareil. Il y a énormément de choses que je sais d’eux que mes lecteurs ne savent pas. J’ai vraiment pris le temps de vivre avec, c’est sans doute pour cela qu’à un moment donné, ils vont toucher le lecteur.

Tu as le sentiment que les personnages que tu inventes existent ?

Oui, et aussi qu’ils viennent me raconter leur histoire.

valérie tong-cuong,pardonnable,impardonnable,interview,mandorCe livre sort juste après un gros succès. Comment vis-tu cette situation ?

Je n'y pense pas vraiment. Cette sortie-là est particulière parce qu’elle se fait un jour de drame national (le 7 janvier 2015 étant le jour du massacre à Charlie Hebdo). J’ai envie de te parler de comment je le vivais avant 11 heures 30 du matin hier (interview réalisée le 8 janvier 2015). En fait, c'est très compliqué de faire de la promo aujourd'hui parce que je n'ai pas du tout pas le cœur à ça.

Moi, c'est la même chose. Je n'ai pas trop la tête à interviewer, mais il faut bien que la vie continue. Parle-moi de tes personnages qui sont donc en liberté depuis hier.

Ce sont pour moi comme des membres de ma famille. J’ai vécu et je vis encore avec eux. C’est comme si ils avaient été confinés chez moi pendant deux ans et que soudain, on leur ouvre la porte et ils sortent dans la rue. J’attends de savoir comment ils vont être reçus. J’ai envie, et sans doute besoin, qu’ils soient aimés, parce que je leur ai donné beaucoup d’amour et j’ai envie de partager ce sentiment-là.

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Après l'interview, le 8 janvier 2015 (photo : Eva Gomez).

22 janvier 2015

Juliette : interview pour ses spectacles au Théâtre du Châtelet (notamment)

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Désormais habituée du Théâtre du Châtelet, Juliette y sera deux fois à l'honneur en 2015 : comme chanteuse le 23 janvier prochain,  puis comme compositrice de la comédie musicale Les Indiens sont à l'Ouest écrite pour le CREA d'Aulnay-sous-Bois du 2 au 4 avril 2015.

L’occasion était idéale de rencontrer Juliette (voir sa première mandorisation ici). Seul souci, nous nous sommes vus dans un bar parisien, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo,  pendant que se déroulait la prise d’otages de l’Hyper Cacher, autant dire que le cœur n’y était pas tout à fait (d’autant qu’il y avait des téléviseurs bloqués sur BFMTV).Mais on a fait le boulot le mieux possible.

Nous avons donc évoqué ses deux spectacles au Théâtre du Châtelet, mais aussi son livre Bestioles de Théâtre, sa mise en scène récente de Madame Raymonde et enfin son second rôle dans la série télévisée CHEFS !.

jul.jpgJuliette au Théâtre du Châtelet le 23 janvier 2015:

Après les dingueries du « No parano Show » il y a trois ans, elle retrouve les planches de son cher théâtre parisien. Aujourd’hui en commissaire de roman noir entourée de ses inspecteurs musiciens, pour éclairer, de vraies chansons et de pseudo-enquêtes, quelques ombres de l’âme humaine.

« Bien loin d’être figée derrière son pied de micro, où elle pourrait se contenter de décliner son répertoire impeccable, entre créations, inédits et reprises, Juliette les détaille, les défrise, les distille, comme autant de contes de la folie ordinaire… Elle tisse la toile et les fils, électriques et lumineux, souterrains, politiques, familiaux, musicaux : une couturière sur mesure, la mesure du passé, avec le ton virevoltant d’une joie qui gouverne et éclaire l’avenir. »

Les indiens sont à l’ouest du 2 au 4 avril 2015 :Indiens_affiche.jpg

Trois représentations de la première comédie musicale de Juliette en tant que compositrice. Avec 65 jeunes interprètes du CREA d’Aulnay et un ensemble instrumental de 8 musiciens. Livret et paroles Christian Eymery - Arrangements :Franck Steckar.

« Passionné de cinéma, François, dont le rêve est de devenir réalisateur participe à un concours réservé aux adolescents. Les trois meilleurs films auront le privilège d’être projetés dans le cadre d’un prestigieux festival. Il choisit de raconter la résistance des Amérindiens face à l’invasion des colons blancs durant la seconde moitié du XIXe siècle. Un projet bien ambitieux pour un garçon de quinze ans... »

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juliette-4.jpgInterview :

Vous avez pas mal d’actualités… commençons par votre livre Bestioles de Théâtre sorti il y a quelques semaines. Vous vous êtes alliée à Pascale Bordet.

C’est surtout un livre de Pascale Bordet. C’est une des plus grandes costumières de théâtre. Elle est récipiendaire de deux Molières, mais surtout de 12 nominations. Elle a comme « vice » de peindre des aquarelles et de croquer à la fois les petits métiers du théâtre et également ses amis comédiens. Il y en a quelques-uns qui sont connus et d’autres qui le sont moins. Ce ne sont pas des caricatures comme peut le faire Morchoisne, mais elle peint de manière plus subjective. Je suis très amatrice de ses aquarelles.

Vous, vous avez écrit des textes.CVHD9782357201835.jpg

Qu’on ne se méprenne pas ! Mes textes évoquent le théâtre, mais je ne commente pas les dessins de Pascale Bordet. Il y a un conte principal qui s’appelle « La servante et le brigadier ». Je parle du théâtre, du lieu, de la boîte noire, de la mythologie qu’il y a autour, du petit peuple du théâtre, les gens des coulisses, justement, des couturières, des machinistes… je raconte beaucoup d’anecdotes et pose aussi des questions auxquelles j’apporte mes propres réponses. Pourquoi la couleur verte est-elle interdite au théâtre ? Vous ne le savez pas ? Eh bien, il faut lire ce livre (rires).

Quand allez-vous écrire un vrai roman ?

Je ne pense pas en être capable. Je ne crois pas que ce soit ma forme d’expression. Je suis une chanteuse qui écrit des chansons. Je suis donc adepte des formats courts. Là où j’ai exercé l’écriture en prose, c’est dans la nouvelle. Dans Bestioles de Théâtre, ce sont des nouvelles. Je ne crois pas que je dépasserai cela.

Avez-vous déjà essayé ?

Non, c’est vrai, mais en même temps, je ne sais pas si j’aurais une idée qui tient la route, je ne sais pas si j’aurais le courage et surtout, si je saurais faire. Je le répète, je suis vraiment dans le format court. Les nouvelles, c’est une forme littéraire que j’affectionne particulièrement.

1625097-exclusif-anny-duperey-la-chanteuse-950x0-1.jpgPour Bestioles de théâtre, c’est Pascale Bordet qui a fait appel à vous ?

Oui. Nous avons travaillé ensemble il y a très longtemps. Nous sommes amies depuis des lustres. Je sais qu’elle fait régulièrement des livres épatants. Elle avait ses « bestioles » à publier. Un soir, alors que nous dinions ensemble, elle me dit qu’elle se demande à qui elle va proposer d’écrire les textes de ce nouvel ouvrage. Je lui ai répondu qu’elle n’avait qu’à me demander à moi.

Vous avez l’habitude de sortir des disques, mais voir votre nom sur la couverture d’un livre, ça vous émeut ?

Pas vraiment parce que j’ai déjà publié un recueil de nouvelles. Certes, dans une petite maison d’édition toulousaine assez confidentielle. Ce qui est amusant, c’est que c’était déjà un livre avec des illustrations. J’y tenais parce que j’ai appris à lire avec La comtesse de Ségur et dans les éditions d’autrefois, il y avait toujours des illustrations avec le texte. Moi, j’en avais un illustré par le génial Gustave Doré.

Parlons maintenant de Madame Raymonde incarnée par Denis D’Arcangelo, un spectacle d'an.jpgque vous avez mis en scène. Vous aimez diriger d’autres artistes ?

Ce n’est pas diriger que j’aime, mais c’est mettre mon grain de sel, mon imagination et ma vision de ces artistes. Je ne dis pas oui à tout le monde. Denis, je le connais depuis très longtemps, Madame Raymonde, son personnage, aussi. Ensemble, nous n’avons pas fait une mise en scène, mais une conception de spectacle. Lui arrive avec un répertoire de chansons. Il a des idées de construction de spectacle et on y travaille ensemble.

Madame Raymonde, au départ, c’est une chanteuse réaliste de rue.

Oui et quand il est arrivé sur des scènes plus officielles, il avait un récital de chansons tout ce qu’il y a de plus classique. Il chantait à chaque spectacle 95% de chansons nouvelles, mais comme il y avait deux grands moments un peu délirants que les gens reconnaissaient, cela donnait l’impression que c’était la même chose depuis dix ans. Il en avait un peu assez. Il voulait renouveler ça. Par rapport à ses gouts, à ce qu’il aime, à ce qu’il connait, je lui ai proposé d’envoyer madame Raymonde à Broadway. C’est ce que nous avons fait. Nous avons inventé une balade à New York. Denis connait parfaitement cette ville. Il a habité là-bas, alors ce qu’il chante est très touchant parce que c’est du vécu. Je suis contente parce que ça a été un gros succès.

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Parlons maintenant de votre concert du 23 janvier au Théâtre du Châtelet. A quoi doit-on s’attendre ?

Pas à un récital de chansons conventionnel en tout cas. Avec moi, il y a toujours un moment où ça part en sucette. J’explique dès la fin du premier titre que j’ai failli ne pas être chanteuse. Je raconte qu’à 18 ans, je ne savais pas ce que je voulais faire dans la vie. Comme mon grand-père était commissaire divisionnaire, j’avais l’intention de rentrer dans la police. Soudain, mon téléphone sonne, mon contrebassiste va répondre en disant « commissariat central, j’écoute ! », et on comprend que nous sommes dans un commissariat. Mais on est aussi et surtout dans un récital de chansons.

C’est un hommage à la police ?

Non, surtout que la police n’a pas besoin de moi pour qu’on leur rende hommage en ce moment. Ce spectacle me permet surtout de faire beaucoup de références littéraires et télévisuelles.

Je crois savoir qu’il y aura pas mal de monde avec vous.

Il y a une partie de ce concert où je serai avec 35 policiers. C’est la musique de la police de Paris.

jj.JPGIl y aura aussi bien les musiques des Cinq dernières minutes que celles des Experts. C’est un voyage intemporel.

Pour ce spectacle, j’ai voulu une image hors temps. Le décalage temporel permet beaucoup de choses et j’ai choisi un cadre de rêverie… parfois un peu nostalgique.

Évoquons à présent la comédie musicale Les indiens sont à l’ouest qui se déroulera du 2 au 4 avril au Théâtre du Châtelet. Vous en êtes la compositrice. Là, il y a carrément 65 personnes sur scène.

Ce sont des mômes et des amateurs et le résultat est monstrueux. Ils chantent, jouent la comédie de manière formidable. Ils sont tout simplement impressionnants.

Comment on compose pour une comédie musicale dont on n’a pas écrit les textes ?

C’est Christian Eymery qui a écrit les textes. Il m’a livré les paroles. Nous avons discuté ensemble de la dramaturgie. J’étais un peu perdue au départ parce que les 65 jeunes interprètes du CREA d’Aulnay avaient l’habitude de chanter sur des musiques très savantes, alors que moi, je ne fais que de la chanson. Alors, je me suis dit que j’allais faire comme pour moi. Ce n’était pas la peine de faire croire que j’étais autre chose que ce que je suis. Le résultat semble être apprécié par tout le monde. Je vous prie de croire que je suis rassurée.

Terminons avec votre participation à la série télévisée Chef !, que l’on devrait voir surchef.jpg France 2 en février. Vous y tenez un très joli second rôle.

J’ai un rôle sur quatre épisodes. Je suis agent probatoire. L’histoire est celle d’un jeune homme qui a fait des bêtises assez sérieuses. L’agent probatoire que je suis lui propose d’aller bosser pour qu’il parvienne à se réinsérer. Elle est en cheville avec un chef de cuisine qui est joué par Clovis Cornillac. On comprend vite que, lui-même, étant jeune, a aussi un peu déconné et que c’est pour ça qu’il est sensible à cette démarche-là. Comme je tourne dans le premier, le deuxième, le cinquième et sixième, je n’ai pas reçu les scénarios du milieu alors, je ne peux pas vous en dire plus (rires).

Jouer la comédie, ça vous plait ?

L’expérience a été remarquable pour moi. Arnaud Malherbe qui réalise est quelqu’un de très exigeant. C’est plaisant et à la fois un peu dérangeant parce que c’est quelqu’un qui ne s’embarrasse pas de formules diplomatiques pour te dire que ça ne va pas quand tu joues. Il n’était pas d’accord avec ma lecture du personnage que je voyais truculent, grande gueule et drôle. Il m’a poussé vers quelque chose de beaucoup plus grave. Il a eu raison, évidemment. Il n’empêche que c’est un peu déstabilisant, parce que je suis toujours toute seule habituellement. Je suis toujours la patronne, c’est moi qui décide… alors quand quelqu’un me dirige avec véhémence, ça me fait bizarre. Mais je ne suis pas une ennemie du travail. Arnaud m’a donc fait travailler avec un coach. J’ai adoré ça parce que ça m’a appris plein de choses. Cette expérience est un cadeau du ciel pour moi…

Pour finir, y-a-t-il un nouveau disque à l’horizon ?

Pas tout de suite. Je vais me faire appeler Désirée. J’ai une logique de travail depuis des années qui est : je sors un disque, je fais de la scène, je sors un disque, je fais de la scène… Il n’y a pas de break, donc pas de renouvellement. Peut-être que je vais profiter d’une saison ou deux pour faire autre chose que de la pure chanson.

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Le 8 janvier 2015... évidemment, encore sous le choc.

21 janvier 2015

Mademoiselle K : interview pour Hungry Dirty Baby

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(Photo : Iris Della Roca et Lou Levy)

Mademoiselle K a sorti hier son nouvel album, Hungry Dirty Baby, tout en anglais.Une surprise de la part de l’artiste qui préférait, jusqu’à maintenant, la langue de Molière pour chanter. Ce choix de s’exprimer en anglais n’a pas été du goût de tout le monde… Sa maison de disque a en effet refusé le projet. Résultat, l’artiste au fort tempérament a préféré partir et fonder son propre label. La nouvelle Katerine Gierak interprète donc des morceaux forts, puissants, tendres parfois et tout simplement efficaces. . Entre rock, punk et fusion, Hungry Dirty Baby promet de secouer sur scène. Il m’a paru évident qu’il fallait que je la mandorise. Ainsi fut fait le 19 décembre dernier dans un bar de Pigalle, Le Pile ou Face.

mademoiselle k,hungry dirty baby,interview,mandorBio officielle (mais raccourcie) :

« J’ai fait un album en anglais parce que j’ai rien à dire, comme mes héros : David Bowie, The Cure, Radiohead. » « Pour la gloire je préfère lécher des barreaux plutôt que des culs. » C’est ainsi que Mademoiselle K présente son quatrième album. Autant que la langue, c’est le flegme qu’elle emprunte aux britanniques. De la genèse de Hungry Dirty Baby, une idée simple : sortir de sa zone de confort. Cela se traduit par changer de langue, changer de musiciens, jouer soi-même de la basse, partir à trois en tournée. Et pour conséquences de se faire virer de sa maison de disques, choisir l’autoproduction et monter son propre label, Kravache: ça claque! En anglais ou en français Mademoiselle K a des sujets qui lui sont chers: le genre, l’identité, la relation avec l’autre/les autres. L’amour, la sexualité et leur lot de manque et de frustrations. Et toujours ce parfum de romantisme exacerbé, désespéré qui plane en filigrane entre ces mots crus qu'elle se plaît à balancer. Mademoiselle K ou le désir farouche de s’affirmer encore et encore, comme si tout venait juste de commencer. Et de durer, maintenant qu’elle est la dernière officielle de la lignée des Mademoiselle.

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Interview :

Cet album est l’album de la liberté, c’est ça ?

Ma maison de disque n’a pas voulu produire un album en anglais Ce qui m’a un peu étonné, c’est que cela faisait deux ans qu’ils étaient au parfum. En général, quand je fais un choix, je m’y tiens et je préviens tout le monde au préalable. Depuis le troisième album, de toute manière, je les sentais un peu à deux de tension avec moi. J’ai l’impression que nous étions rentrés dans une routine. Il n’y avait plus de passion entre nous.

Ta maison de disques t’a signé pour les mêmes raisons qu’elle t’a virée.

C’est exactement ça. Je suis restée ce que j’ai toujours été. J’ai toujours fait ce que j’aie voulu. Les gens de ma maison de disques n’ont plus suivi à partir du moment où j’ai souhaité chanter en anglais.

C’est un mal pour un bien finalement.

Plus que jamais, sur cet album, je ne sais pas combien de fois je me suis dit « c’est un mal pour un bien ». C’est marrant que tu utilises cette expression précise.

Tu n’avais plus aucun soutien…

Depuis trois ans, je fais tout avec mes propres économies. Je suis allée dans une école d’anglais à New York et à Londres pour travailler l’accent. Au bout d’un moment, j’ai demandé si la maison de disque me suivait. Le directeur marketing m’a appelé en me disait que le boss ne voulait même pas écouter les nouveaux titres. C’est grave, je trouve, mais je ne veux surtout pas polémiquer. On m’a expliqué qu’il considérait que si je chantais en anglais, c’était une erreur par rapport à mon public. Il y avait sans doute trop de communications à faire… je peux comprendre.

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Tu t’es donc organisée.

Oui, j’ai monté ma structure, Kravache, avec mon manager. Nous avions les mêmes envies tous les deux. C’est en distribution avec Believe pour le digital et PIAS pour le physique.

De toute manière, tu as toujours fait ce que tu voulais, j’ai l’impression.

Du premier album jusqu’à celui-là, je revendique tout. Quand je fais une chanson, c’est que je la sens comme ça. J’écoute ce que l’on me dit, mais je reviens rarement sur mes premières idées.

Chantes-tu de la même façon en anglais qu’en français ?

Non. Selon les langues, la sonorité de la voix change. Ce ne sont pas les mêmes résonateurs. Dans la bouche, le français est beaucoup plus dans l’avant. Chez les anglais, c’est dans l’arrière. Enfin, je ne sais pas trop comment expliquer cela. Bref, ça change le son, ça change la manière de chanter et la manière de faire des mélodies. Quand tu travailles l’accent anglais, tu te rends compte que la mélodie est déjà dans le parlé.

Clip de "Glory", extrait de l'album Hungry Dirty Baby.

Cet album fait-il partie d’un nouveau cycle ?

Les trois premiers albums étaient sur une période de 2006 à 2011. Là, c’est un premier album en anglais, mais ce ne sera pas le dernier. Pour moi, c’est comme une première fois. Tout est décuplé. C’est comme un premier baiser.

On dit souvent que les paroles en anglais sont moins importantes que celles en français.

J’ai entendu ça, en effet, mais je ne suis pas du tout d’accord. A mon avis, c’est ce que disent certains groupes français pour se rassurer. Les grandes chansons que kiffent les anglo-saxons, je t’assure, il y a toujours un texte derrière, il y a toujours une putain d’histoire, c’est toujours très bien écrit.

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Lors de l'entretien.

Tu avais beaucoup de choses à dire ?

Comme à chaque fois que je fais un album. Si je n’ai rien à dire, je ne fais pas de disque. Là, juste, j’avais envie de l’exprimer différemment. Et j’avais envie de me mettre en danger en chantant dans une langue qui n’est pas la mienne. Il y a une fragilité dans ce projet qui m’a amené à un autre  niveau d’exigence. Si j’ai fait cet album ainsi, c’est que j’ai vraiment pensé ces chansons-là en anglais. Mes mots venaient en anglais. Il y a une démarche artistique que tu provoques. Le but est de s’approprier ce nouveau choix artistique. Quand tu commences un croquis, à un moment, tu comprends que tu tiens ton tableau.

Un tableau ? Tu compares la musique à la peinture ?

Dans mon clip de R U SWIMMING?, tu as certainement remarqué l’importance de la peinture. On a fait ce clip avecDavid Tomaszewski qui est connu pour avoir fait pas mal de clip d’Orelsan. Je trouve que ce qu’il réalise est très moderne. Ce type est un grand fan d’art contemporain, de peinture, d’art plastique et il se tient tout le temps au courant de ce qu’il se passe. J’ai beaucoup aimé comment il s’est adapté à mon univers. Il a trouvé cette idée de peinture avec les masques. On a bossé avec un atelier d’effets spéciaux… des gens adorables.

"R U SWIMMING?", clip réalisé par David Tomaszewski. Extrait du nouvel album Hungry Dirty Baby.

Mais pour toi, la peinture est importante ?

Depuis le lycée, je vais dans les musées pour admirer les œuvres des peintres. Quand j’ai vu les peintures de Francis Bacon et celles de Lucian Freud pour la première fois, ça m’a bouleversé. J’aime être interpellée par des œuvres d’art.

Es-tu féministe ?

Non, je suis profondément pour l’égalité des sexes. Toutes formes de dominations entre homme et femme me cassent les couilles. J’aime vraiment l’égalité. Des salaires, des droits, des considérations.

Es-tu rassurée sur ce que pensent les médias de ton disque ?

Je reste prudent et en même temps, je n’ai pas envie de l’être. J’ai été choisie pour être l’album de la semaine sur Canal + et c’est un truc énorme pour moi. Je n’ai jamais été diffusée sur Canal, donc je ne boude pas mon plaisir.

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Pendant l'interview.

Dès que tu chantes en anglais, les portes s’ouvrent.

Disons qu’il y en a qui s’ouvrent et d’autres qui se ferment.

J’ai compris une chose : c’était vital que tu sortes de ce que tu faisais.

C’est tellement ça. Il fallait impérativement que je chante et joue de la musique autrement sinon j’allais crever artistiquement et j’allais me détester.

Moi, par exemple, l’idée que tu chantes en anglais me déplaisait. Et au final, j’ai adoré ton album.

C’est cool. Je sais que tu reçois beaucoup de CD d’artistes et que tu les écoutes. Pour moi, c’est important de savoir cela. Tu n’as pas été obtus. Il semblerait que ceux qui ont fait la démarche de découvrir cet album n’ont pas été déçus. C’est déjà une grande victoire pour moi.

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Le 19 décembre 2015.

18 janvier 2015

Chardeau : interview pour Fauves et Pastels

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Cet artiste, que peu de gens connaissent, n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Il compte déjà une dizaine d’albums à son actif. Chardeau est aussi le descendant de Gustave Caillebotte, le chef de fil des impressionnistes. Son rock un peu fêlé, il le cultive depuis le tournant des années 90 dans des compositions aussi chaleureuses que fantasques. Pour réaliser ce Fauves & Pastels (sortie le 28 janvier 2015), il a recruté quelques squales de luxe, dont Robert Lamm, l’ex-Chicago, Jerry Goodman violoniste échappé du Mahavishnu Orchestra et Mark Andes bassiste de Canned Heat et de Spirit. Ce projet made in USA, aussi ambitieux que nostalgique, est surprenant, mais ne laisse pas indifférent.

J’ai reçu ce sympathique et curieux personnage, au look improbable, le 15 décembre dernier à l’agence.

chardeau,fauves et pastels,interview,mandorBiographie officielle :

Arty-rock progressif ou fusion pop-jazz baroque ?
L’irréductible se fout des étiquettes et poursuit depuis deux décennies ses délires créatifs aux antipodes du marketing et des buzz branchés.

Le personnage est singulier. Assurément décalé, il étonne et détonne dans le paysage. Son look évoque pêle-mêle le Buffalo Bill d’un western futuriste, un Gandalf cuir et rock, un aventurier SF moitié Zappa moitié Corto Maltèse ou un néo-druide égaré au XXIe siècle… Que dire d’autre pour situer cet hurluberlu sympathique qu’on croirait tout droit sorti de « Retour vers le futur », si ce n’est qu’il est – surtout – auteur, compositeur, interprète et qu’il joue aussi, parmi d’autres instruments, de l’autodérision et de la démesure.

Assurément décalé, Chardeau ne ressemble à personne. Capitaine Nemo d’un navire improbable, il livre depuis deux décennies une musique rétro-futuriste flamboyante et puissante, riche et colorée, quelque part entre Chicago, Magma, Spirit, Gotainer, Genesis (époque Peter Gabriel) et Stravinsky. Baroque, rock, jazz, classique... Chardeau puise dans toutes les sources pourvu qu’elles soient bonnes. Il nous embarque pour des périples ponctués d’escales à 20 000 lieux sur les airs, dans une odyssée symphonique et pulsionnelle, orchestrée à l’Américaine, excentrique et d’une musicalité incroyable.

L’album :chardeau,fauves et pastels,interview,mandor

Fauves et Pastels de Chardeau est réalisé par Hank Linderman (Chicago, America, Eagles). Ce nouvel opus comprend 12 titres, enregistrés outre-Atlantique avec des musiciens de premier choix, gravitant pour la plupart autour du groupe Chicago, LA référence de Chardeau.

On y retrouve Brian Auger (Rod Steward, Led Zeppelin, Billy Cobham), Jerry Goodman (Mahavishnu Orchestra) et John Van Eps mais aussi Mark Andes (Spirit), Drew Hester (Foo Fighters, Jewel, Joe Walsh), Jason Scheff (Chicago), Reggie Hamilton (Seal, Tina Turner), Nick Lane (Chicago, The Who, Etta James), Brandon Fields (Earth Wind & Fire, Quincy Jones, Toto, Babyface), Jeff Foskett (Beach Boys, Jeff Beck, Chicago, Eric Clapton), Lee Thornburg (Supertramp, Tower of Power, Tom Petty, Joe Bonamassa), ainsi qu'un big band de cuivres.

chardeau,fauves et pastels,interview,mandorL'album s'inscrit dans la continuité de son précédent album studio Résilience de 2010, poursuit l'ouverture amorcée l'an dernier avec les remixes de John Van Eps et s'annonce comme l'album majeur de la discographie de Chardeau.

Le disque a failli s'appeler Elles, en raison de ses thématiques très féminines mais a finalement été baptisé Fauves et Pastels. Une référence consciente ou inconsciente à la peinture, mais aussi parce que les chansons qui le composent sont des portraits, des tableaux instantanés et parce qu'il traduit les oppositions entre le côté « fauve » de certains titres et le côté plus doux pour d'autres. Le tout donne une musique très visuelle, sophistiquée, colorée, aux arrangements luxurieux et à la production impeccable.

Pour écouter quelques extraits de Fauves et Pastels, c'est ici.

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chardeau,fauves et pastels,interview,mandorInterview :

J’ai essayé de calculer combien vous avez sorti d’albums en vingt ans de carrière. J’en ai comptabilisé une dizaine. J’ai bon ?

Entre ceux qui sont sortis officiellement et ceux qui ne sont pas sortis officiellement, je dirais qu’il y en a six ou sept.

Comment êtes-vous tombé dans la musique ?

Quand j’étais gamin, à ma communion, j’ai reçu un électrophone. J’ai découvert un coffre avec de vieux 78 tours. J’ai donc commencé mon éducation musicale en écoutant des vieilleries. Plus tard, dans la chambre d’un de mes frères, j’ai entendu « Eloïse » de Barry Ryan et « Nights in White Satin » des Moody Blues. Je me suis précipité pour acheter les 45 tours. Ensuite, j’ai découvert le premier 33 tours des Creedence Clerwater Revival et c’était fini pour moi… le virus de la musique m’avait atteint.

Puisque vous ne vous êtes pas soigné pour éradiquer ce virus, qu’avez-vous fait ?

J’ai continué à écouter beaucoup de musique et vers quinze ans, j’ai monté un groupe avec des copains d’école. Nous composions nous-mêmes ce que l’on jouait et nous chantions en français, ce qui à l’époque n’était pas fréquent. Ensuite, j’ai un peu lâché l’affaire pour suivre des études de droit. Je me suis aperçu très vite que ce n’était pas pour moi. Comme je n’avais pas de connaissance dans le milieu de la musique, j’ai trouvé le moyen de mettre un pied dans le show-biz en devenant présentateur à la télévision, sur Antenne 2.

Dans quelle émission?

Je faisais partie de la première équipe de Récré A2. J’y suis resté près de neuf ans, c’est à dire un peu plus longtemps que prévu (rires). Là, j’ai rencontré des musiciens et j’ai fini par faire des maquettes.

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Chardeau avec quelques uns de ses musiciens Hank Linderman, Jerry Goodman, Nick Lane, Brandon Fields and Lee Thornburg...

chardeau,fauves et pastels,interview,mandorParlons de ce nouveau disque, Fauves et Pastels.  Il y a de sacrés musiciens. Beaucoup sont des requins de studios internationaux.

Je suis content. J’ai réalisé mon rêve. Certains d’entre eux ont fait partie de groupes légendaires qui m’ont donné envie de faire de la musique. C’est complètement dingue car je n’ai pas de formation musicale. J’ai appris la musique en l’écoutant. J’ai toujours rêvé de rencontrer ceux qui m’ont fait rêver. Ça a commencé avec Jerry Goodman de Mahavishnu Orchestra (voir photo de gauche). Il a travaillé avec moi depuis l’album Hors portée. J'ai réussi à trouver ses coordonnées et je lui ai envoyé des maquettes « honorables » de mon travail. Il a écouté et il a beaucoup aimé. Il devait jouer sur trois titres  et, de fil en aiguille, il a joué sur tout l’album. A la fin de l’enregistrement de ce disque, il m’a promis de produire le suivant et de m’emmener ses copains.

Et avec Robert Lamm (voir photo de droite), le clavier du groupe Chicago, ça s’est passé comment ?chardeau,fauves et pastels,interview,mandor

J’ai appris qu’il allait faire un petit concert improvisé avec les musiciens de Brian Wilson, dans la banlieue de Londres.J’avais envoyé au préalable à son agence artistique mon CD Hors portée. Je me suis arrangé pour être dans les coulisses du fameux concert londonien. Je frappe à sa porte. Là, ma bouche devient sèche et je n’arrive plus à parler. Bon, je tente quand même de lui expliquer que j’aimerais travailler avec lui…  Trois jours après, je reçois un mail, historique pour moi, dans lequel il dit tout le bien du disque qu’il a écouté.Lui aussi, après notre première collaboration, m’a présenté tous ses copains musiciens. En fait, ça a fait boule de neige.

C’est impressionnant de jouer avec des légendes ?

Oui et non. Pour  moi, le petit frenchie, c’est impressionnant, mais eux sont tellement humbles, simples et gentils que tu finis par oublier que ce sont des cadors de la musique. En France, le moindre musicien qui a un petit statut devient et se comporte comme une star. Aux États-Unis, rien de tout cela. Plus ils sont grands, plus ils sont simples.

chardeau,fauves et pastels,interview,mandorPour Pastels et Fauves, tu as rencontré un troisième musicien. Celui qu’il te manquait dans ce que tu appelles ta « Sainte-Trinité » : Mark Andes, bassiste de Spirit (voir la photo de gauche).

Ma Sainte-Trinité, c’est Chicago, Mahavishnu Orchestra et Spirit. Mark Andes nous a accueillis chez lui au Texas. Au bout de vingt secondes, j’ai eu l’impression que c’était mon ami depuis toujours.

Au fond, c’est quoi votre musique ? Non, parce que j’en ai vu des définitions à droite à gauche…

Au bout de vingt ans, j’ai fini par trouver la définition : art rock.

Vous vous situez où dans la chanson française ?

Nulle part. Même si je chante en Français, je ne me sens pas appartenir à la « chanson française ». Je n’en ai d’ailleurs jamais écouté. Ah si ! Magma et Claude Nougaro. Et puis Alain Chamfort. Je trouve qu’il est à part lui aussi. Mais, bon, je n’ai aucune influence liée à la chanson française.

Vous aimez qui et quoi dans la musique, à part les gens avec lesquels vous travaillez ?

Je suis très éclectique. Mes goûts vont vers la musique classique, la techno, le folk, le blues, le rock. Ce que j’aime, c’est l’excellence. J’aime ceux qui me font vibrer et qui ont un son à eux.

Dans vos disques, vous faites tout de A à Z.chardeau,fauves et pastels,interview,mandor

Très franchement, parfois, on n’a pas vraiment le choix, économiquement parlant…

Ce nouveau disque parle beaucoup des femmes. C’est même le sujet central.

Je me suis amusé à faire une série de chansons sur ce thème : l’amour romantique, l’amour incognito, l’amour au black, l’amour cybernétique… 

C’est plus un album destiné aux hommes qu’aux femmes, non ? Je trouve certains propos un peu machistes.

Je suis d’accord. Ce qui m’amuse c’est de traduire en chansons la vision de certains de mes contemporains. Moi, je ne suis pas du tout macho, mais je connais beaucoup d’hommes qui le sont. J’ai tourné tout ça en dérision. Il y a beaucoup de second degré dans mes chansons.

Vous avez des « périodes » dans vos albums.

Oui, il y en a trois. La période « autobiographie » avec les albums Hors Portée et Résilience.  Fauves et Pastels fait partie de la période « portraits », en l’occurrence, dans le cas présent, des portraits de femmes. Ensuite j’attaquerai la période « voyage ».

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chardeau,fauves et pastels,interview,mandorCe que vous racontez dans Fauves et Pastels n’est donc pas autobiographique. 

Non, ce sont les histoires de gens que j’ai rencontré ou celles de mes amis. Il n’y a rien d’autobiographique dans ce disque.

Parlons de votre look. Il surprend quand on vous voit arriver…

Peut-être, mais il n’est pas étudié. J’ai toujours aimé les cheveux longs et je m’habille ainsi depuis longtemps.

Vous êtes un peu « à part » quand même…

Depuis tout petit, je me sens différent des autres. Je suis issu d’une famille très sérieuse. Tout le monde est dans le droit. Je détonne déjà dans ma propre famille. Je suis un peu le canard.

Vous êtes un descendant de Gustave Caillebotte.

Non, de son frère Martial. Gustave n’a pas eu de descendant. Ce qui m’intéresse, c’est que Martial était photographe. On vient de découvrir son œuvre photographique il n’y a pas longtemps. On a découvert aussi qu’il était musicien. C’était un type très intéressant qui faisait des trucs, peut-être pas révolutionnaires, mais très personnels. Il s’intéressait à la musique et à l’image. Comme moi. Entre Martial et moi, il n’y a aucun autre artiste… ce ne sont que des gens sérieux, je vous dis.

Peut-on comparer la peinture et la musique ? Cet album s’appelle Fauves chardeau,fauves et pastels,interview,mandoret Pastels, ce n'est sans doute pas pour rien...

Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que j’ai toujours aimé les mélanges des arts. Dernièrement, je suis allé à Londres et j’ai eu la chance de voir le concert de Kate Bush. Musicalement, c’était extraordinaire et elle chante divinement, mais ce qui a fait l’originalité de son show, c’est qu’elle a mêlé tous les arts. Peintures, danseurs, marionnettistes… c’était un vrai spectacle féérique et merveilleux. Moi, quand j’ai fait des spectacles à Montréal, je m’étais associé à un artiste qui était spécialisé dans les nouvelles technologies. J’ai donc fait un show multimédia.

Malgré votre inventivité et votre talent, vous n’êtes pas connu dans votre pays. Ça ne donne pas envie de baisser les bras ?

Cela m’est arrivé. C’est présomptueux de ma part, mais quand ça ne va pas bien,  je compare ma musique à celle des gens que j’aime. Je trouve que ça tient la route, alors cela me redonne un coup de fouet. Je me rassure seul (rires).

C’est dur de se faire connaître…

Oui. D’autant plus, quand on est comme moi pas facilement étiquetable. Je suis trop rock ou pas assez, trop jazz ou pas assez… bref, ma musique est un peu hors-norme. Et puis, au fond, je ne sais peut-être pas m’y prendre pour me faire connaître. Il est clair que je ne suis pas un surdoué de la communication.

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Après l'interview, le 15 décembre 2014.

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17 janvier 2015

Eskelina : interview pour Le matin du Pélican

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La première fois que j’ai vu et écouté Eskelina, c’était il y a deux mois au Limonaire. Elle jouait avant Robi et Radio Elvis, artistes tendance rock. Ses chansons à elle étaient de facture plus « classiques », mais d’une beauté et simplicité touchante. Il se trouve que j’avais reçu son premier album, Le matin du Pélican quelques jours avant. Le lendemain, je l’ai donc écouté avec attention. Un album amoureux, poétique, féminin, libertin, engagé, voire discrètement rebelle. J’ai donc immédiatement décidé de la mandoriser.

Le 16 décembre dernier la chanteuse est venue à l’agence pour parler de ce premier opus qui (je l’espère) permettra à Eskelina de s’imposer durablement dans le paysage de la chanson.

186305-eskelina-svanstein-large-13042013-1525.jpgBiographie (synthèse):

Venant de Suède, Eskelina est arrivée en France en 2006 et y a posé ses valises. Jouant dans les rues de Sarlat pendant quelques années, puis du côté de Bordeaux, elle s'est frayée un petit chemin de jeune et talentueuse artiste en chantant pendant cinq années ses propres compositions faîtes de chansons en suédois, en anglais mais aussi en français, à sa manière et avec ce petit accent… troublant. Ce répertoire a été enregistré sur son premier album, En visa, sorti en juillet 2010. Vous pouvez aussi découvrir Eskelina avec son groupe "Solvända" au travers de l'album "Pas à Pas" (avril 2013)

Elle rencontre un jour Christophe Bastien, guitariste du groupe Debout sur le Zinc, à qui elle donne une démo. Lui qui a toujours rêvé de composer pour une femme a trouvé sa voix. Il appelle pour les textes Florent Vintrigner, poète et élève d’Allain Leprest, qui officie dans La Rue Ketanou. Rendez-vous est pris chez lui, à Giverny en Normandie. Ces trois-là apprennent à se connaître et la magie opère. Ils partagent le même amour du voyage, de la bohème, de la scène et une sensibilité commune. Et c’est autour d’une table et d’une guitare que les chansons jaillissent, amoureuses (« Milan »), rebelles (« Entre les lignes », « Désordre »…) libertines (« Emilie »), 10294471_10152373899491760_5730452435731950545_n.jpgérotiques (« L’Amoureuse »), voyageuses (« La valise rose »). Tout un répertoire se construit autour d’Eskelina. A la fois muse et complice des deux garçons, ils ne font que la traduire en chanson.

La jeune femme part alors sur les routes. Elle effectue de nombreuses 1ères parties et se fait remarquer sur de nombreux festivals (1er Prix du public et 3ème Prix de Jury LE MANS CITE CHANSON, 3ème prix du public au festival ALORS CHANTE, Musicalarue…). Elle rentre dans la foulée en studio pour l’enregistrement du disque Le matin du Pélican. Les arrangements sont simples, chaleureux, acoustiques, boisés. Une bonne chanson n’a pas besoin de plus.

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(Photo : Philippe Belle)

DSC09672hh.JPGInterview :

Faut-il trouver un bon équilibre entre les chansons engagées et les chansons plus « légères » ?

Il me semble que j’ai plus de chansons mélancoliques, graves, intenses dans mon répertoire que de chansons "légères". J’ai eu la chance de rencontrer Christophe Bastien. Il est devenu compositeur de l’album et aussi directeur artistique. Avant de commencer à enregistrer, il avait une vue globale sur l’album. Il savait déjà la couleur qu’il souhaitait donner. Ce disque est une globalité, ce ne sont pas que des chansons qui s’enchaînent.

Comment as-tu rencontré Christophe Bastien ?

En 2008, à Limoges, une amie franco-suédoise m’a emmené à un concert de Debout sur le Zinc, dont il fait partie. Elle connaissait certains membres du groupe et elle m’avait donc vivement incité à emmener une démo de ce que je faisais. Je n’aime pas procéder ainsi et j’étais plutôt gênée, mais, après le concert, je l’ai donné à plusieurs musiciens. Cinq ans plus tard, Christophe Bastien m’a envoyé un mail en m’expliquant qu’il avait envie d’écrire pour une voix féminine. Il m’a donc proposé d’être interprète des chansons qu’il allait créer.

Il a attendu cinq ans avant de te contacter ! C’est énorme.

Pour tout te dire, j’avais même oublié et je n’attendais vraiment rien de ce côté-là.

"Je reviens" en acoustique.

Label : L'Atelier du pélican
Edition : Abacaba
Distribution : Musicast

Donc, Christophe Bastien a commencé à t’envoyer une chanson ?phtot Tetouze.jpg

C’est exactement cela. Je l’ai enregistré pour qu’il entende ce que cela donne. Visiblement, il a aimé et à partir de là, on a décidé de faire quelque chose ensemble.

Quel genre de chansons était-ce ?

Au début, il ne me proposait que des chansons d’amour. Je lui ai suggéré que l’on parle d’autre chose. Il a donc contacté son ami d’enfance, Florent Vintrigner, pour écrire les textes. Quand ce dernier a constaté qu’il y avait des thèmes dont j’avais très envie de parler, il m’a proposé de participer à l’écriture en donnant des idées. Avec Florent, on a beaucoup discuté… De la vie, de moi. Quand je me retrouvais avec eux, c’était un peu comme des séances de thérapie (rires).

Vous avez donc travaillé tous les trois en même temps et ensemble ?

Oui. Je n’avais jamais vécu cela et eux non plus. La première fois que nous nous sommes vus, nous avons convenu de passer deux jours ensemble. Très vite, nous nous sommes entendus et nous avons constaté que nous avions les mêmes points de vue sur la vie et puis aussi un peu les mêmes vécus. Nous sommes tous passés par des périodes difficiles dans la vie. On a tous vécu avec très peu, on a tous joué dans la rue, on s’est tous battus pour pouvoir vivre de la musique. Nous avons aussi les mêmes idées de thèmes pour les chansons.

Quel est le premier texte sorti de votre collaboration?

C’est une chanson qui n’est pas sur l’album. Sinon, la première qui est sur l’album, c’est « Maman ». Florent a écrit ce texte la veille de mon arrivée en pensant à moi. Et au final, elle me correspond parfaitement, alors qu’on ne s’était jamais rencontrés et que je ne lui avais pas du tout parlé de ma relation avec ma mère.

Il y a quelque chose de magique, non ?

Carrément. On ne peut pas mettre de mots sur ce phénomène. On ne sait pas pourquoi, mais ça marche.

"La valise rose" en acoustique.

Paroles : Florent Vintrigner
Musique : Christophe Bastien / Eskelina Svanstein

photo Tetouze.jpgLe destin est facétieux.

Tu ne crois pas si bien dire. Je crois beaucoup au destin. Dans des moments difficiles, nous avons l’impression que plus rien ne se passe. On ne sait pas comment faire pour déclencher les choses. Dans le cas présent, cela faisait deux ans que je ne faisais plus rien. Je ne trouvais pas la manière de faire de la musique… et j’ai reçu le mail de Christophe cinq ans après notre première rencontre. C’est assez fou.

Parlons de tes débuts. Tu es née en Suède. Tu as fondé là-bas ton premier groupe à l’âge de treize ans.

C’était un groupe pop rock joyeux composé de cinq filles. On reprenait par exemple la chanson de Nena, « 99 Luftballons ». J’avais la chance d’être dans un collège où il y avait deux profs de musique qui donnaient beaucoup de leur temps libre à cette activité et qui mettaient à la disposition des élèves des instruments. Ça m’a vraiment donné envie de faire de la musique, alors que j’étais plutôt partie pour faire du théâtre.

Quand tu as décidé et compris que tu voulais te diriger dans cette voie, qu’as-tu fais ?

J’ai beaucoup joué. A l’âge de 15 ans, j’ai pris la guitare de mon père qui trainait à la maison et j’ai commencé à composer des chansons. Ensuite, quand il a fallu prendre un chemin au lycée, j’ai choisi de suivre la filière musique. J’ai passé trois ans à prendre des cours de guitare et de chant.

"Émilie" en acoustique.

Paroles : Florent Vintrigner / Musique : Christophe Bastien
Avec la complicité d'Eskelina

Tu es arrivée en France en 2006. Pas tout de suite à Paris, mais à Sarlat. Comment Eskelina nouvel album.jpgatterrit-on dans le Périgord ?

J’ai quitté la Suède car je n’avais plus la motivation de faire quoi que ce soit là-bas et plus rien ne m’intéressait. En plus, tous mes amis étaient partis poursuivre leurs études ailleurs. Personnellement, j’étais fatiguée de continuer mes études  et j’avais arrêté la musique parce que ça me semblait trop compliqué de vivre de cela. En fait, je n’avais vraiment plus rien qui me retenait. A 21 ans, je trouvais que c’était un peu tôt de ne pas savoir quoi faire de sa vie. J’ai ressenti le besoin de me réveiller, de me donner une petite claque pour retrouver l’envie et la motivation. J’ai décidé de partir et, de fil en aiguille, quelqu’un a accepté de m’accueillir à Sarlat, ville que je ne connaissais pas. C’était un peu compliqué parce que je ne parlais pas le français et aussi parce que je n’avais pas beaucoup d’argent.

Tu as donc tout recommencé à zéro ?

Oui. Très vite, j’ai rencontré des artistes de rue. Ça m’a redonné envie de faire de la musique. Je trouvais ça agréable parce que je n’avais pas de patron. Tu joues et ceux qui ont envie d’écouter s’arrêtent. Les autres passent. Parfois même, certains te donnent de l’argent.

Ta chanson « L’ambassadeur » parle de cette période-là.

Un jour, à Sarlat, j’ai rencontré un homme qui dansait dans la rue. Il est venu me voir quand j’étais en train de chanter. Il a voulu m’acheter un ampli et comme par hasard, j’en avais deux dont un dont je ne me servais pas. Il n’avait pas d’argent sur lui, mais je lui ai quand même « vendu » l’ampli. J’étais un peu sceptique, mais bon… le soir même, il est revenu avec un chapeau avec 150 euros en pièces. Il a versé le tout dans mon chapeau à moi pendant que je jouais. Après ma prestation, il m’a expliqué qu’il vivait dans la rue depuis deux ans. C’était un très bel homme qui dansait magnifiquement bien… cette rencontre m’a beaucoup bouleversé.  

Tu as raconté ça à Florent et il en fait cette superbe chanson.

Beaucoup de chanson sont des histoires très précises que je lui ai racontées.

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« Désordre » est la chanson la plus engagée du disque. 

C’est la seule que Florent avait écrite bien avant de me rencontrer. Il me l’a proposé et comme j’adhère à chaque phrase et au message délivré, j’ai accepté.

L’ordre établi dans la société semble t’agacer… tu as un côté un peu rebelle ?

J’ai surtout envie de revendiquer le droit d’être heureuse, malgré tous les malheurs du monde. La seule chose qu’on ne peut pas nous prendre ce sont nos choix de vies et la façon dont on décide de vivre son existence. Ce n’est pas facile, mais parfois on peut choisir entre être heureux et être malheureux. Je revendique le droit d’être ce qu’on est, sans frein.

Sans limite, donc ?

Dans le respect de l’autre, toujours... et, évidemment, sans faire de mal à quiconque.

Quand Florent transforme ta vie en chanson, est-ce que tu finis par apprendre des choses sur toi.

Oui, j’apprends beaucoup sur moi-même. Je te parlais de thérapie tout à l’heure, je ne plaisantais pas.

10924747_10152902030921760_3434994582077871775_ngjjg.jpgPour ce disque, tu as reçu quelques prix musicaux. Je suppose que cela t’encourage à continuer ce métier…

Ce qui me touche le plus, c’est un prix décerné par le public. C’est le public qui est le plus important. Avoir un prix décerné par un jury, c’est autre chose. Ça dépend de tellement de paramètres. Il ne faut pas prendre tout ceci au sérieux, sinon, ça peut devenir dur pour le moral.

Es-tu confiante en l’avenir ou es-tu encore pleine de doutes ?

Les doutes sont toujours là. C’est essentiel d’en avoir. Ça permet d’être ouvert à toutes possibilités et parfois de prendre des chemins dont on n’imaginait même pas l’existence…

Quels sont tes souhaits pour la suite ?

J’ai envie de beaucoup jouer. J’ai envie que les choses soient plus faciles. J’ai envie d’évoluer artistiquement, d’essayer plein de styles différents. J’adore le jazz, la musique traditionnelle…mais j’ai surtout un univers folk que j’aimerais intégrer un peu plus dans mon répertoire futur.

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Le 16 décembre 2014, après l'interview...

13 janvier 2015

Christophe Mali (de Tryo) : interview pour Platine "mon rapport avec la variété".

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christophe mali,tryo,néquelque part,variété,interview,mandorLe nouvel album du groupe Tryo s’intitule Né quelque part. Guizmo, Christophe, Manu et Daniel mêlent l’univers acoustique du groupe aux chefs d’œuvre de la chanson française. Des textes connus de tous, écrits au siècle dernier, mais restant toujours d’actualité.

C’est sur la route que le groupe français a peaufiné son projet. Chaque soir, après avoir réalisé un rapide sondage auprès de ses fans internautes, il délivre un hommage à un autre artiste, à une autre époque. Ces tentatives sont ensuite enregistrées en loges, à l’aide d’un studio mobile.
Pour son CD, Tryo propose des reprises de Maximechristophe mali,tryo,néquelque part,variété,interview,mandor Le Forestier (Né quelque part), Francis Cabrel (La Corrida), MC Solaar (Victime de la mode), Alain Bashung (Ma petite entreprise), Renaud (Triviale poursuite), Jacques Dutronc (L’Opportuniste), Bernard Lavilliers (On the Road Again), Claude Nougaro (Bidonville), Hubert-Félix Thiéfaine (Je t’en remets au vent), Les Rita Mitsouka (Le Petit Train), Jacques Higelin (Champagne) ou encore Alain Souchon (C’est déjà ça).

Cet album m’a donné l’idée d’interroger le leader du groupe, Christophe Mali, sur son rapport à la variété pour le magazine Platine (n°203). Comme je l’avais fait avant lui avec Ben l’Oncle Soul (Platine n°201) et Didier Wampas (Platine n°202). Il s'avère que Christophe Mali en connait un rayon sur le sujet...

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10 janvier 2015

Daran : interview pour Le monde perdu

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Le québécois d’adoption Daran (ex-Daran et les chaises) vient de sortir son nouvel album, Le monde perdu. Il abandonne momentanément le rock pour une musique folk éblouissante. Âgé de 55 ans, Daran a une voix (dont j’ai toujours raffolé) qui vieillit très bien, toujours capable de puissance comme de sensibilité.

Daran est connu pour son tube, « Dormir dehors »paru en 1995, mais il a sorti huit albums et composé pour de nombreux artistes français : Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Florent Pagny ou encore Michel Sardou. Récemment, c’est lui qui a composé la musique du nouveau tube de Maurane, « Trop forte ». Daran est aussi le compositeur de la bande originale du film de Kad Merad, Monsieur Papa.

Daran est un artiste important de la scène française (et francophone), il serait bon qu’on lui rende hommage de temps en temps et que les médias lui laissent un peu plus de place…

Le 3 décembre, de passage à Paris, Daran s’est arrêté une heure à l’agence… pour faire un point sur ses 30 ans de carrière (son premier 45 tours date de 1985) et pour évoquer ce nouvel album.

daran,le monde perdu,interview,moranArgumentaire officiel (mais raccourci) :

Le monde perdu est incontestablement l’album le plus accompli et le plus personnel de la carrière de Daran. Celui qu’il voulait faire depuis 15 ans. Un album dans la plus pure tradition du folk Nord-Américain, sur des textes de Miossec, Pierre-Yves Lebert et Moran.

Le premier extrait, « Gens du voyage », est une chanson émouvante, d’une sensibilité touchante, qui parle du déplacement des populations et des conséquences sur leurs vies quotidiennes.

Toujours à contre courant, Daran livre avec Le monde perdu un album où tout est ramené à l’essentiel absolu. Ce disque introspectif, ponctué d’ombre et de lumière, offre un voyage sur des thèmes qui sont chers à Daran : L’immigration (« L’exil »), les populations déplacées (« Gens du voyage »), les drames sociaux (« Le bal des poulets »), le tout dans une forme dépouillée qui place l’émotion et la sensibilité au tout premier plan.

Enregistré et réalisé à Montréal par Daran, québécois d’adoption et artiste inclassable, Le monde perdu prouve hors de tout doute qu’il est un des grands auteurs-compositeurs de sa génération.

Daran est un grand témoin de son temps, et cet album n’est pas un retour aux sources du songwriting, il en est la continuité.

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daran,le monde perdu,interview,moranInterview :

Pourquoi t’es-tu exilé au Québec ?

Parce que j’aime ce pays. Et aussi parce que dès mon premier album, les gens ont suivi ma carrière sans jamais me lâcher. La première fois que j’ai entendu un morceau de moi à la radio ou que j’ai vu un clip d’une de mes chansons, c’était à Montréal. La chanson « Aquarium », par exemple, a été un immense succès au Québec.

Mais tu reviens en France souvent… et avec plaisir ?

Je trouve très amusant de revenir en France et d’aller dormir à l’hôtel comme un étranger. En fait, pour être franc, je n’ai pas un rapport au sol très prononcé.

Le monde perdu est ton 8e album… un disque très touchant et simple. Guitare-voix-harmonica.

Les maisons de disques ont toujours été frileuses avec un projet comme celui-là, mais comme aujourd’hui je n’ai plus vraiment à rendre de comptes sur mes choix artistiques, je l’ai fait. Un album tout seul, entièrement acoustique, c’est nouveau pour moi. Je me suis retrouvé devant des difficultés inédites et de nouveaux obstacles.

Lesquels ?

J’ai toujours tendance à mener ma barque dans tous les projets que j’entreprends, mais là, j’étais vraiment tout seul. J’avais comme seul miroir mon jugement.

C’est d’être objectif sur son travail qui est compliqué ?

Oui. Mon allié, c’était le temps. J’ai fait ce disque sur la distance. A chaque fois que je rentrais de tournée, je travaillais dessus. Quand je reviens à froid sur des choses que j’ai créées, j’arrive à me placer en spectateur de moi-même.

Il y a beaucoup d’introspection quand on fait un album de cette manière ?daran,le monde perdu,interview,moran

Beaucoup et j’aime bien cela. Co-composer par exemple, c’est un concept que j’ai du mal à concevoir. Dans ma grande prétention, j’ai l’impression que je n’ai besoin de personne, mais surtout, j’aurais l’impression qu’on m’enlève la moitié du plaisir. Et puis, j’ai une telle pudeur que je perds 60% de mes moyens si on me met à côté de quelqu’un au moment où je fabrique quelque chose. Je ne peux pas être au maximum si je ne suis pas tout seul.

Tu joues toi-même de l’harmonica sur ce disque. Je crois que c’est la première fois.

J’ai appris à jouer de cet instrument pour cet album. Je me suis aussi mis à la batterie. Il y a des gens qui maîtrisent un instrument de manière parfaite, moi, j’ai choisi de jouer mal de tout (sourire). Sérieusement, je veux essayer de tout connaître parce que j’adore les arrangements et j’adore produire, donc je veux savoir de quoi je parle.

Cet album est épuré musicalement.

Il faut chercher la différence dans la subtilité, dans le détail. Il y a un travail d’orfèvrerie qui me passionne. Remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier... Je n’hésite jamais à refaire un morceau en entier à cause d’un détail infime.

Et ta façon de chanter est-elle différente ?

J’ai appris plein de choses sur ma voix en faisant cet album. Je suis allé chercher plus de choses. Tu es plus sur le fil quand tu es seul. J’ai l’impression que cet album est sous chanté. Pourtant, plein de gens me disent qu’ils ne m’ont jamais entendu aussi bien chanter.

daran,le monde perdu,interview,moranQuand on termine un album aussi profond, aussi grave, mais où il y a quand même de la lumière au bout, se demande-t-on de quoi on va bien pouvoir parler dans l’album suivant ?

Tous les problèmes soulevés dans les chansons ne sont jamais résolus, donc il y a toujours de quoi écrire et de nouveaux angles à trouver. Il y a des choses que je disais déjà il y a vingt ans. Au fond, tout a été dit. Ce qui change, c’est l’angle de vue. L’angle de vue peut être renouveler à l’infini.

Mais, c’est bien aussi de trouver un sujet original.

Oui, mais tu sais, un sujet original, c’est un nouvel angle de vue sur l’humanité.

Est-ce ton album le plus personnel ?

Oui, avec Le petit peuple du bitume, que j’ai sorti en 2007. Celui-là, je l’avais également conçu seul, enfermé chez moi pendant trois mois. La seule différence, c’est qu’au dernier moment, je suis rentré en studio pour faire faire à mon batteur et à mon bassiste exactement ce que j’avais joué et programmé.

Daran interprète "Gentil" au Théâtre Rialto de Montréal lors de sa résidence pour le spectacle de son nouvel album «Le monde perdu».

Le monde perdu est un album qui s’écoute. Il ne faut pas se contenter de l’entendre. Il fautdaran,le monde perdu,interview,moran s’arrêter et être attentif.

S’il fallait trouver un risque, il se niche plus par là. Un album qui s’écoute est peut-être inadapté à l’époque. Il faut aller chercher les gens et ensuite qu’ils veuillent faire la démarche d’écouter et de prendre le temps de l’apprivoiser. Tu te rends compte de l’effort demandé ?

Sortir un disque à contre-courant, c’est peut-être aussi une façon de se faire remarquer ?

De toute façon, je crois qu’on n’a pas vraiment le choix. On ne peut pas faire un album avec un cahier des charges. Il me semble que pour intéresser quelqu’un, il faut être le plus unique possible et le plus près de soi.

Tu n’écris plus tes textes du tout. Pourquoi ?

Depuis que je travaille avec Pierre-Yves Lebert, j’ai baissé les bras. Il a trop de talent. Il faut savoir s’incliner devant le génie. Je dois mettre six mois à faire ce qu’il fait en 48 heures et en plus, je ne lui arrive pas à la cheville.

Le québécois Moran (mandorisé ici) est un artiste que j’aime beaucoup. Comment est-il arrivé sur ce disque ?

Un peu au dernier moment. Dans une soirée, je lui révèle que je termine cet album et il me répond qu’il aimerait y participer quand même. Il aime Daran et il aime Lebert et nous, on apprécie son travail… alors nous avons accepté. De plus, ça tombait bien parce que je voulais évoquer l’immigration et je n’avais pas encore de chanson sur ce sujet. Il s’y est collé et le résultat est à la hauteur de ce que nous espérions. C’est le moins que l’on puisse dire.

"Gens du voyage", extrait du nouvel album de Daran, "Le monde perdu".

daran,le monde perdu,interview,moranLe premier single est « Gens du voyage », une chanson poignante.

C’est le sujet de départ de l’album. A l’époque, on parlait des Roms à tort et à travers et ça me révoltait. Lebert a eu cette réflexion amusante : « On appelle ces personnes, « les gens du voyage », alors que beaucoup sont sédentarisés au bord de l’autoroute et que ce sont eux qui nous regardent partir en voyage en voiture ».

Tu composes pour des artistes comme Johnny, Maurane, Sardou... J’ai l’impression que tu souhaites rester discret sur ce que tu fais pour les autres.

Non, pas du tout. Dans ma nouvelle mentalité nord-américaine, je me moque de ce que l’on peut penser de mes activités musicales. Il n’y a qu’en France où l’on met les gens dans des cases et des tiroirs. Moi, j’assume absolument tout mon travail. Je suis juste un type un peu discret qui ne passe pas son temps à raconter ce qu’il fait.

Tu as attendu longtemps avant de collaborer à d’autres artistes. Pourquoi ?

C’est quelque chose que je n’avais jamais envisagé à l’époque de Daran en les Chaises. Je n’étais peut-être pas assez sûr de mon identité musicale. En travaillant pour d’autres,  j’avais peur de me diluer ou de me perdre. J’ai constaté qu’au contraire, curieusement, ça me centre. A travers les autres, je définis encore mieux ce que je suis. Paradoxalement, je leur fabrique un écrin personnel dans lequel il n’y a rien de moi. Je suis à leur service. Il n’y a aucune chanson que je fais pour d’autres que je pourrais chanter moi-même.

Entendre sa musique et ses mots dans le répertoire d’un autre artiste, ça fait quoi ?

Quand c’est Johnny qui chante ma chanson « L’attente » et que je l’entends partout, je n’en reviens pas. C’est une sensation surréaliste. Tu repenses au moment où tu as créé la chanson chez toi et soudain, elle est multipliée de manière insensée… Cette chanson a été chantée dans des Zénith, au Stade de France, sur TF1… c’est un truc de dingue!

C’est la magie de la musique.

Oui, tu as raison, il y a de la magie dans tout ça. Personne ne peut rien prévoir. Tant qu’il y aura des trucs à 20 millions de dollars qui iront dans le mur et des trucs qui n’ont rien coûté qui feront un succès, la musique en sortira grandi et restera magique.

Clip de "L'attente" une chanson de Daran interprété par Johnny Hallyday.

Faut-il aimer les artistes pour lesquels on travaille ?daran,le monde perdu,interview,moran

Non. Où veux-tu m’emmener ? (Éclat de rire).

Tu crois que je vais te parler de Sardou ? Eh bien oui !

Quand Universal est venu me chercher pour son album Hors format, ma première réaction a été de leur répondre : « non, mais ça ne va pas ? » Idéologiquement, nous n’étions pas en phase et je me suis dit que si on se rencontrait pour travailler ensemble, on allait au clash directement. Et puis, je me suis raisonné. Sardou est un immense interprète. Il faut savoir dépasser les clivages. Mais quand même, du coup, j’y suis allé avec beaucoup d’exigences. J’ai bossé avec des musiciens choisis par moi, dans le studio que je souhaitais et surtout, sans que personne ne m’emmerde, conditions sine qua non.

Et Sardou, humainement, alors ?

Je m’étais dit qu’au premier mot de travers, j’allais me tirer… et je suis tombé sur un gars d’une docilité dans le travail comme j’en ai rarement croisé. Il a fait tomber mes défenses immédiatement et ça s’est super bien passé. On lui faisait chanter vingt fois la même chanson et il restait pro de chez pro. Franchement, il est impressionnant.

Tu te produis toi-même, tu es donc un artiste libre…

Oui, mais il faut s’en donner les moyens. Quand je suis parti au Québec, j’ai vendu la maison que j’avais en Bretagne et avec une partie de l’argent, j’ai produit un album. J’ai serré les fesses en attendant de rentrer dans mon investissement. Je me suis dit « Georges Lucas l’a fait, pourquoi pas moi ? » (Rires). Aujourd’hui, tout le monde parle de la crise du disque, tout le monde explique des sanglots dans la voix que les artistes ne vendent plus, qu’on ne peut plus rien faire dans ce métier, mais moi je pense que si on ramène ce métier à sa forme artisanale, on peut parvenir à s’en sortir. Il faut juste essayer de se passer des cinquante intermédiaires qui prennent les trois-quarts du pognon. Il faut faire un disque et le vendre soi-même, là, ça redevient viable.

Tu peux te le permettre parce que tu as déjà un public, mais ce sont des risques conséquents pour les artistes émergents, non ?

Oui, tu as raison. Moi, je sais que je vais pouvoir rentrer à peu près dans mes frais. Pour des artistes encore inconnus, c’est plus compliqué. Tu sais, je ne prêche pas la bonne parole non plus. Chacun fait comme il peut et surtout comme il veut.

Globalement, es-tu content de comment tu vis ta vie d’artiste ?

Oui, franchement, je suis ravi de la tournure des évènements. De toute façon, le seul fait de vivre de sa passion, c’est déjà un énorme privilège. J’en ai conscience en permanence. Très peu de gens sont satisfaits de leur sort professionnel. Moi, dans la vie, il m’est arrivé de faire des petits boulots, mais j’ai souvent pu vivre grâce à la musique.

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Après l'interview, le 3 décembre 2014.

Bonus :

Je sais que certains d'entre vous apprécient que je ressorte mes archives liées aux mandorisés du jour. Or, j'ai retrouvé quelques photos d'une interview datant du début de la notoriété de Daran et les Chaises. Le 11 décembre 1992, dans les locaux de France 3 Alsace, alors que je travaillais moi-même pour la radio leader du Bas-Rhin, Top Music, je l'ai interrogé sur la sortie de son album J'évite le soleil. Son premier succès s'intitulait "Aquarium". Voici le clip...

Clip de "L'aquarium".

Et les fameuses photos...

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Deux ans plus tard, (en 1994, donc), Daran connu un gros succès avec cette chanson, "Dormir Dehors" (extraite de l'album Huit barré. Sa carrière était lancée...

06 janvier 2015

Robi : interview pour La cavale

robi,la cavale,interview,mandor,radio elvis

Toutes les photos sont de Franck Loriou (sauf celles à l'agence et en concert au Limonaire).

robi,la cavale,interview,mandor,radio elvisIl y a à peine un an, je mandorisais Robi pour la première fois. J’étais un peu en retard, car son premier album, L'hiver et la joie, était sorti quelques mois auparavant. Un disque sombre et lancinant qui a donné lieu à des concerts intenses. Aujourd'hui, la chanteuse continue de creuser son sillon aux lisières de la cold wave, comme un croisement audacieux de Barbara et de Joy Division.

Son nouvel album, La cavale sort le 26 janvier prochain et c’est, sans nul doute, l’un des disques les plus importants de ce début d’année. Boucles de synthés hypnotiques, voix envoûtante, structure minimaliste, refrain au phrasé singulier... la chanteuse impressionne et confirme son talent insaisissable. Cette créative touche à tout nous chante l’émotion avec cette exigence qui passe par l’intime et par la vérité de parole.

Le 27 novembre dernier,  j’ai accueilli Robi pour la seconde fois à l’agence...

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robi,la cavale,interview,mandor,radio elvisInterview :

Ton premier album a été plébiscité par les médias. Cela doit être encourageant pour amorcer le second, non ?

Oui. J’ai été effectivement très encouragée, mais l’écriture, c’est aussi une fuite et des retrouvailles. J’avais besoin d’écrire pour échapper à tout ce qu’il se passait. C’était un merveilleux moment, mais aussi un peu effrayant. C’était la première fois que je vivais ça.

Ce deuxième album est vraiment « le changement dans la continuité ». Les textes et les musiques ont été écrits par toi seule.

Le premier, nous l’avions co-composé, Jeff Hallam et moi. Cette fois-ci, je me suis fais le frisson d’une première fois. Je suis très contente d’avancer par étape et d’aller vers toujours plus d’autonomie et de confiance en moi. A aucun moment,  je ne me suis offert l’alternative d’aller voir ailleurs. Je suis allée jusqu’au bout en m’obligeant à être seule avec moi-même.

Pourquoi as-tu choisi Katel pour réaliser cet album ?robi,la cavale,interview,mandor,radio elvis

Parce que j’admire son intelligence et sa finesse. C’est quelqu’un de brillant humainement et artistiquement. De plus, elle a une absence totale d’ego mal placée… le regard qu’elle a porté sur mes chansons a été plus qu’à la hauteur de mes espérances.

Vous vous êtes connues comment ?

Nous nous sommes rencontrées par le biais de Maissiat. Nous nous sommes beaucoup croisées parce que nous avons sorti nos premiers albums respectifs pratiquement en même temps. Rares sont les gens avec lesquels on peut partager ce que l’on est en train de vivre quand on sort un premier album.

Dans une carrière, le deuxième album est toujours le plus délicat. Comment l’as-tu abordé ?

Je l’ai abordé assez calmement parce qu’il était en prise direct avec ce que j’avais besoin et envie de faire. La vraie peur apparait plutôt quand les morceaux sont faits. D’un seul coup, il y a une mise à distance ainsi qu’une mise en abyme. Sur le premier album, je n’attendais rien. Tout a été une surprise et un cadeau. Ayant goûté à un beau succès d’estime et étant productrice de ce deuxième album, j’ai très envie que cela continue. J’essaie de m’extraire de cette pression qui est là, malgré tout. Ce n’est pas évident.

Il s’est passé deux ans entre tes deux albums. As-tu la sensation d’avoir évolué ?

Je ne suis peut-être pas la mieux placée pour en parler. Mon écriture est peut-être différente. A la fois plus lumineuse et à la fois plus sombre. Il y a quelque chose de plus avoué, de plus ouvert… et aussi de moins brusque et de moins rageur que dans le précédent.

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Tu aimes être sur le fil… robi,la cavale,interview,mandor,radio elvis

C’est une de mes grandes obsessions. J’ai cette nécessité de me tenir sur la ligne, sur la crête, à la fois dans l’écriture, dans la composition et dans les arrangements. Ce que je fais n’est ni de la chanson française, ni du rock, ni de l’electro, ni de la cold wave, ni, ni, ni… et à force de cumuler ce que je ne suis pas, peut-être que je deviens quelque chose.

Il y a une dualité forte en toi.

Je suis habitée par deux pôles, deux forces très antagonistes qui se battent en moi. Ils ne peuvent exister que dans cette ligne d’horizon extrêmement ténue.

Il me semble que tu te caches moins dans ce second album.

J’ai effectivement l’impression que je suis moins pudique dans ce disque. Ne serait-ce que par la place de ma voix. Elle est beaucoup plus assumée, beaucoup plus présente. Mon timbre laisse plus de place à l’émotion, mais aussi aux mots. Je me cache moins derrière la musique. J’assume d’être ce que je suis, avec mes manques et mes doutes.. C’est un album un peu plus organique, moins dans l’intériorité.

Chanter, c’est une fuite pour toi ?

Comme je te le disais tout à l’heure, c’est une fuite et des retrouvailles. Ecrire et chanter, c’est se retrouver et fuir à la fois. C’est un chemin très agréable, mais ce n’est qu’un chemin… et un chemin sans destination. C’est la fuite en avant permanente dans laquelle nous nous débattons tous. De toute manière, la vie n’est qu’une succession de fuite… pour aller où ? Au même endroit.

Clip de "L'éternité", premier extrait du nouvel album La cavale.

robi,la cavale,interview,mandor,radio elvisTon premier single, « L’éternité » a tout pour devenir un tube. Dans l’ensemble, je trouve que tes nouvelles chansons sont un peu plus accessibles que celles du précédent.

Pour certains, cet album est perçu comme plus abordable et pour d’autres, plus difficile d’accès, plus pointu, plus mystérieux, plus opaque. Moi qui aime les paradoxes et qui nage dedans souvent, je ne peux pas me plaindre de ce phénomène. Je vérifie une fois de plus les contrastes que j’impose involontairement.

Comment vient une chanson en toi ?

C’est le mystère de la création. Il n’y a pas une chanson que je termine où je ne me dis pas que je serais incapable d’en faire une autre. Comme dans la vie, on avance pas après pas. A force de faire des petits pas, on s’aperçoit qu’on a parcouru un chemin.

Pourquoi fais-tu de la musique ?

Je ne sais pas très bien, en fait.

Pour aller mieux ?

On va mieux l’espace d’un instant, l’espace d’un bon concert, l’espace d’un moment d’écriture réussi… mais dans l’absolu, est-ce qu’on va mieux ?

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Le 27 novembre 2014, après l'interview.

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Bonus :

Le soir même de cette mandorisation, Robi s’est produite au Limonaire avec aussi Radio Elvis. Je suis allé les voir parce que j’apprécie autant ce groupe (mandorisé là) que la chanteuse. Et j’ai trouvé amusant de retrouver la lauréate du Prix Georges Moustaki 2014 (Robi) et le lauréat du Pic d’Or 2014 (Radio Elvis), deux tremplins dont je suis membre du jury, sur une même scène.

Voici quelques photos et une vidéo de la soirée…

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Robi et Radio Elvis dans une reprise de la chanson de Brigitte Fontaine & Areski, "Nous avons tant parlé", le 27 novembre 2014 au Limonaire.

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Avec les trois membres de Radio Elvis et Robi, le 27 novembre 2014, devant le Limonaire.