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26 septembre 2017

Louis Arlette : mini biographie à l'occasion de la sortie de son EP A notre gloire

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On m'a demandé d'écrire une mini bio pour un artiste que j'aime beaucoup, Louis Arlette (mandorisé là). J'ai accepté uniquement parce qu'il est rare, précieux et fort talentueux. D'autres suivront (pour les mêmes raisons). Pour écrire sur quelqu'un il faut que je l'apprécie professionnellement et humainement. J'aime bien l'exercice de raconter une vie musicale sur deux pages. Voilà ce que cela donne, dans le cas de Louis Arlette qui sort le 13 octobre prochain  un premier EP, À Notre Gloire, extrait de l’album Sourire carnivore (sortie le 19 janvier 2018).

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Avec Louis Arlette, le 14 juin 2017 (après l'interview pour élaborer cette mini bio.)

25 septembre 2017

Babel : écoute en exclusivité de nouveaux titres en studio et interview

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(© Juliette Rozzonelli)

babel,sébastien rousselet,nino vella,interview,mandorBabel était d’abord un projet solo, celui de Sébastien Rousselet, puis en 2010, l’arrivée de trois musiciens a propulsé le concept dans une autre dimension. La violoncelliste Solène Cosma, de formation classique, elle vient aussi du rock et la musique orientale, le jeune pianiste Nino Vella est un prodige de la composition, et DJ Slade scrache, pratique le beatbox et le beatmaking. Le vrai Babel est là. Des textes, mordants, politiquement engagés et une énergie sacrément communicative, le tout d'une redoutable efficacité. Ensemble, ils ont publié deux EP, et un troisième récemment.

En juin 2016, Babel a signé chez Elektra, un label du géant Warner. Un album est en cours de fabrication pour une sortie prévue début 2018. Parce que je défends le projet depuis longtemps (voir là en 2013 et là en 2015) et qu’ils savent que je porte un fort intérêt à leur travail, Sébastien et Nino m’ont proposé de les rejoindre au studio Motif Music le 22 juillet 2017 pour écouter quelques nouveaux morceaux… mais bien sûr, j’ai dégainé mon micro à l'issue de l'écoute.

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(à gauche, Nino Vella et à droite, Sébastien Rousselet en studio).

babel,sébastien rousselet,nino vella,interview,mandorInterview :

Que faites-vous actuellement dans ce studio d’enregistrement?

Sébastien : Nous peaufinons de nouveaux morceaux, sans savoir exactement si nous allons les sortir petit à petit avec des EPs ou si nous allons sortir un album. Nous et notre label nous interrogeons encore sur ces questions.

Nino : Il y a encore des morceaux qui sont à l’étape de maquettes et qui ont un potentiel qui n’a pas encore été exploité, du coup, nous essayons d’en retirer la substantifique moelle, la quintessence.

Jusqu’à présent, vous étiez dans l’autoproduction totale.

Nous sommes désormais accompagnés du label Elektra France (Warner) pour le disque et Décibels Productions pour le tour.

Comment se passe les relations avec le label ?

Nino : Très bien. Comme c’était notre première signature, au début ça a changé beaucoup de choses. On ne savait pas trop comment travailler avec les gens du label. Aujourd’hui, on commence à bien se réguler, car on a appris à se connaître. Nous sommes franchement plus détendus. Nous n’étions pas habitués à ce que des gens mettent le nez dans notre travail. Et maintenant, ça va mieux.

Sébastien : Pour les personnes du label, Babel n’est pas une typologie de projet qui est habituelle, mais ils ont eu envie de ça. Ils sentaient que l’on pouvait amener autre chose dans le paysage musical français. A partir du moment où il y a un partenariat, il y a aussi des débats qui s’instaurent, des petits coups de pression par rapport aux deadlines que l’on te met, mais rien de méchant. Dans une collaboration, ce n’est jamais tout rose ou tout noir, c’est toujours un mélange des deux.

Session live améliorée de "Bless (e) You". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

Selon vous, qu’est-ce qui a motivé le label à vous signer?

Nino : Ils aimaient bien l’engagement, la rage qu’il y a dans les textes et dans l’énergie. Ils nous ont signés autour du morceau « Bless (e) You ».

Sébastien : Ils ont vu aussi des vidéos de nous en live et ça leur a beaucoup plu. Ils cherchaient quelque chose d’authentique, de rock, de rugueux… avec une histoire.

Le fait que vous ayez déjà un public était aussi un point positif, j’imagine.

Nino : Le fait que le projet existe avec une identité forte était un plus, c’est sûr. Il n’y a pas à fabriquer une image et créer le fond. 7 années de concerts, c'est pas mal. Tout est donc déjà là, même si on doit affiner des choses.

Ça change quoi d’avoir un label ?

Nino : On a plus de moyens pour faire nos chansons. L’argent est le nerf de la guerre, il ne faut pas se le cacher. Avant, nous mettions beaucoup d’énergie pour trouver les fonds. Nous étions endettés en permanence et ça parasitait pas mal de trucs. Aujourd’hui, on se contente de faire de la musique et des concerts. Ça change tout et c'est un luxe!

Session live améliorée de "Climb the Tower". Vidéo captée dans les anciennes mines de fer de Nyoiseau par Joris Favraud - FilmMaker.

Vous m’avez fait écouter 4 nouvelles chansons, qui d’ailleurs peuvent devenir 4 tubes potentiels tant elles sont efficaces. Mais vous en avez combien en tout ?

Nino : Près de 25. Comme on n’a pas fait d’album depuis longtemps, on a un répertoire qui s’étale sur plusieurs années. Il y a des chansons qui sont restées et d’autres qui étaient la photographie d’une époque et dont nous nous sommes lassés. Nous t’avons fait écouter 4 morceaux aboutis et qui nous représentent bien aujourd’hui.

Elles sont d’une efficacité dingue ! Vous savez faire ça, c’est pour ça que je vous apprécie depuis longtemps.

Sébastien : Si tu écoutes des tubes super efficaces, à un moment, par mimétisme, tu reproduis ces influences. Nous intégrons des structures, des transitions, peut-être même des façons de placer des phrases, ce genre de choses.

Nino : Tout ça, c’est dans un second temps. Les gimmicks et les mélodies, ça vient en composant la chanson, ce n’est pas réfléchi.

Sébastien : C’est inné et c’est lié à nos influences... un mélange des deux. On est en permanence en train d’écouter ce qu’il se fait, de chercher de nouveaux sons. Nous découvrons tous les jours des nouvelles choses.

Nino : Nous n’avons pas peur d’être influencés par quelqu’un et de copier sur lui, c’est plutôt le fait d’être influencés par trop de choses et de partir dans trop de directions différentes  que l’on craint. Il y a des moments où il faut se recadrer un peu.

Session live améliorée de Solo". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

C’est vous deux, dans le quatuor, qui travaillez les morceaux.

Nino : Je fais la majorité des compositions, des mélodies.

Sébastien : J’écris les textes et je chante.

Nino : Récemment, contrairement à d’habitude, on est beaucoup parti des textes pour concevoir les mélodies.

Sébastien : C’est un peu la méthode Vian. Comme lui,  j’ai besoin d’une mélodie pour écrire un texte. Je me fabrique donc une mélodie, puis j’écris le texte et après, on part du texte et Nino compose une autre musique. Parfois, on peut garder des idées que j’ai amenées, mais souvent, on part sur complètement autre chose. On peut aussi partir d’une grille d’une pré-prod amenée par Nico, le DJ ou par Solène, la violoncelliste. Après, c’est remanié, réarrangé et parfois recomposé un peu par Nino, mais la plupart du temps, c’est lui qui est compositeur principal et réalisateur de la globalité.

Je suis dingue de votre son ! C’est quoi votre patte ?

Sébastien : L’énergie, le grain de voix, la façon de produire. Les 4 titres que tu viens d’entendre sont très différents, mais quelque part, il y  a du lien entre eux.

Nino : Le côté comptines dans les mélodies, les gimmicks et le côté énervé.

Session live améliorée de "Tu mens". Vidéo captée par Joris Favraud - FilmMaker.

J’ai l’impression que tu as modifié ton flow Sébastien.

Sébastien : J’essaie d’évoluer. Je n’écoute plus la même chose que ce que j’écoutais il y a 6 ans, forcément, là encore, ça m’influence. J’ai envie de me diriger vers d’autres directions. Du coup, Nino propose des flows, des mélodies que je ne proposerais pas naturellement… cela m’amène à changer.

Avez-vous déjà testé certaines nouvelles chansons en live ?

Nino : Oui, on aime renouveler notre répertoire sur scène. Dès que l’on sent qu’une chanson est aboutie, nous la proposons au public.

Sébastien : Je m’approprie plus facilement un morceau qui a déjà vécu en live. Pour un disque, tu sais mieux l’interpréter que s’il est tout neuf. Parfois, il me faut 6 mois pour bien m’approprier une chanson. Je sais que Loïc Lantoine fonctionne comme ça. Il lui arrive d’enregistrer un titre deux ans après l’avoir tourné sur scène.

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(© Judicaël Olivier)

Vous êtes comment en ce moment ?

Nino : On passe par plein d’émotions.

Sébastien : Quand on enregistre, on est toujours dans le doute. Tant que le public n’a pas validé les chansons, on ne sait pas si ça marche ou pas.

Nino : L’enregistrement est une remise en question perpétuelle, quand on part en tournée, c’est une libération, on ne réfléchit plus. A part le moment de spontanéité quand le morceau arrive, quand il est là, on est plus que dans la réflexion.

On vient d’écouter ensemble quelques chansons, vous ne semblez pas gêné…

Sébastien : Non, je te regardais pour essayer de savoir ce que tu pouvais ressentir en écoutant.

Nino : Nous sommes impatients de dévoiler au public les nouvelles chansons. Tu es notre premier public au fond (rires). Le fait que je n’ai pas été gêné de te les faire écouter, que je n’ai pas ressenti le besoin de me justifier à tout bout de champ, ça veut dire que je suis content de notre travail.

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(© Joris Favraux - FilmMaker)

Tous les deux, vous travaillez avec pas mal d’artistes. Ça vous apporte quoi artistiquement ?

Nino : On apprend beaucoup quand on collabore avec plein de gens. Ça permet de prendre du recul sur son propre projet.

Sébastien : Ce détachement nous permet aussi de relativiser notre travail. Comme nous sommes exigeants avec nous-mêmes et seuls décideurs, ça fait du bien d’être au service des autres.

Vous vous engueulez parfois ?

Sébastien : Non, jamais. Je m’engueule moi.

Nino : Après 7 ans de collaboration, personne n’a jamais haussé le ton. On discute, on essaie de trouver un terrain d’entente et nous y parvenons.

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Première partie des Vieilles Canailles (© Joris Favraux - FilmMaker) 

Vous avez fait récemment la première partie de Johnny Hallyday et ses « vieilles canailles » devant 20 000 personnes au stade Pierre-Mauroy de Lille, ce n’est pas rien.

Nino : C’est un concert que l’on a appréhendé beaucoup plus que les autres.

Sébastien : On a joué une demi-heure, ce qui est rare pour une première partie. Nous étions tous les 4 avec notre équipe, donc avec notre son habituel. Il manquait juste  nos lumières. L’équipe technique d’accueil  était génial. Bref, belle expérience !

Et le public qui n’est pas venu pour vous ?

Nino : C’est ce qui nous stressait le plus. On savait que le public venait pour voir trois légendes, il ne fallait pas les faire chier. En fait, il a super bien réagi. Le soir même, on a eu beaucoup plus d’abonnés sur nos réseaux sociaux avec plein de messages hyper positifs.

Sébastien : Oui, le public a été très chaleureux. Il était assez « ancien », c’est normal, alors il a fallu deux titres pour que les gens rentrent dans ce qu’on leur a proposé.

Bon, en tout cas, après ce que j'ai entendu, je suis pressé d'entendre l'album en intégralité.

Sébastien : Et nous donc! (rires)

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En pleine écoute des nouveaux titres de Babel, avec Nino Vella et Sébastien Rousselet, le 22 juillet 2017.

18 septembre 2017

Lisa Portelli : interview pour l'album La nébuleuse

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(Photo : Yann Orhan)

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor6 ans après son premier album, Lisa Portelli fait son retour avec un nouvel album, La Nébuleuse, entre rock et pop, formidable voyage aérien co-écrit avec Andoni Iturrioz (Je rigole, mandorisé en  2010 , en 2012 ici et en 2014 ). "On est séduit par cette tenue rock, intense, rythmée, ces textes ciselés aux mots évocateurs et cette voix claire, limpide."

Je suis la carrière de Lisa depuis 2007, je l’avais interviewé en 2009 dans une radio pour son premier album (autoproduit, il me semble) (), puis une seconde fois pour la sortie de Le régal en 2011 (ici). La même année, je l’avais interviewé  à la FNAC Val d’Europe à l’occasion des Muzik’Elles de Meaux () et revu aux Prix Constantin (ici). Bref, Mandor l’apprécie beaucoup. J'ai l'impression.

Cette fois-ci, Lisa Portelli m’a donné rendez-vous sur une terrasse d’un bar de Pigalle, le 5 juillet dernier. Détendue et souriante, visiblement bien dans sa peau et prête à défendre son nouveau disque étincelant.

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(Photo : Yann Orhan)

Biographie officielle (par Sonia Bester) :lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor

Jeune femme affranchie, Lisa Portelli sort un nouvel album « La Nébuleuse » aux sons rock envoûtants où s’élève sa voix aérienne et cristalline.

Remontons dans le temps… Lisa a passé son enfance en Seine-et-Marne dans une ambiance plutôt bohême avec des parents ouverts sur le monde artistique (le père est scénographe lumière et la mère infirmière). Attirée comme un aimant par la guitare dès l’âge de dix ans, elle obtiendra le premier prix de conservatoire. Mais son second instrument c’est sa voix. A seize ans, étudiante en pension à Reims, elle écume les bars pour chanter.
Très vite, les choses s’enchaînent avec un passage aux Découvertes du Printemps de Bourges, le prix Paris Jeune Talent, puis un premier opus « Le Régal » salué par la critique et les professionnels suivi d’une longue tournée (plus de cent cinquante dates). 
Quand les choses s’emballent, il est parfois salutaire d’appuyer sur pause. 
Lisa Portelli avoue avoir eu le sentiment de s’être un peu perdue et de ressentir le besoin de se retrouver. 
Sans doute parce qu’elle est habitée par une certaine spiritualité, elle part en retraite dans un couvent et fait vœu de silence pendant un temps pour se ressourcer. Ce qui démontre une indéniable force de caractère. 

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorArgumentaire de presse (par Sonia Bester) :
Aujourd’hui Lisa Portelli revient en douceur et en force avec un nouvel album qu’elle a pensé du début à la fin. Son titre « La Nébuleuse », n’allez pas imaginer que c’est elle...
Co-écrit avec Andoni Iturrioz, elle s’y dévoile par touches et avec pudeur. 
Dans « Naviguer », ou la « Rocaille » elle parcourt le monde intérieur de chacun « ce vaste refuge que l’on porte en soi » pour peu que la sagesse de l’âme nous apprenne à l’atteindre. L’amour et tous ses états se traversent dans les titres « Longtemps », « Je suis la Terre » qui évoquent le désir et l’amour libre où dans le très beau et mystérieux morceau « Appartenir au large ». À l’écoute, on est séduit par cette tenue rock, intense, rythmée, ces textes ciselés aux mots évocateurs et cette voix claire, limpide. 
Deux excellents musiciens, Alexis Campet (basse), Norbert Labrousse (batterie), accompagnent divinement la demoiselle, dans une tension qui ne lâche pas du début à la fin. Ils seront rejoints sur scène par le guitariste Clément Simounet (Nilem)
Du très bon rock et de la très belle chanson telle est l’équation de cette « Nébuleuse ». 
Aujourd’hui Lisa Portelli peut tout affronter dans la vie, et en premier son talent qui lui promet un avenir radieux.

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(Photo : Yann Orhan)

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorInterview :

C’est quoi cette histoire de retraite dans un convent accompagnée d’un vœu de silence ? Tu comprends bien qu’à la lecture de ton argumentaire de presse, on s’interroge…

Vers la fin de la tournée en 2012, je n’étais vraiment pas bien dans mes baskets. 6 mois auparavant, j’avais prévu cette expérience et c’est arrivé au moment où j’en avais le plus besoin. J’ai ressenti le besoin de faire silence sans trop savoir où j’allais et comment j’allais le vivre. J’ai même presque eu peur avant de me rendre dans ce couvent. Mais l’envie intérieure était si forte que j’y suis allée.

Tu es resté dans ce monastère combien de jours ?

100. L’idée n’était pas de se taire complètement, mais de ne pas bavarder inutilement. Tout ce qui n’était pas important n’avait pas à être dit. Au début, c’est très dur. Il m’arrivait de chantonner pendant que je faisais mes activités, comme le jardinage. Je me suis rendu compte qu’on a en permanence besoin de remplir le silence. J’ai fait un vrai ménage dans ma tête et ça m’a fait énormément de bien. Je me suis libérée de plein de choses en me taisant et en méditant.

C’était 100 jours où tu es restée vraiment cloitrée ?

Oui ? Mais je n’avais même plus envie de sortir. Je voulais vivre l’expérience à fond. J’ai remarqué que quand on s’éloigne du monde, paradoxalement, on en devient plus proche.

Clip de "Appartenir au large".

Tu as vécu comment le retour à la vie « normale » ?lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandor

C’est étonnant. On se rend compte que dans le monde dans lequel on vit, on se protège énormément, on met plein de barrières.

Encore aujourd’hui, tu ressens les effets de ce cloisonnement et de ce silence ?

Oui, ça a changé complètement ma vie et la conception de ma vie en profondeur. L’idée s’est aussi d’entretenir ce que j’ai fait là-bas. J’ai mis en place des choses pour continuer à méditer et à ne pas parler inutilement. Je fais en sorte que le silence soit présent assez souvent. Mais ce n’est pas facile, c’est un combat au quotidien.

Parlons musique, cet album est plus rock que le précédent.

A la fin de la tournée du Régal, je voulais faire un album avec le groupe qui jouait avec moi sur scène. Je voulais quelque chose d’organique, ensuite, je ne sais pas pourquoi, je suis parti dans autre direction. Un truc electro, hyper produit. Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que ça n’allait pas du tout. C’était trop lisse, trop propre, j’ai donc pris la décision de tout jeter et de tout recommencer à zéro, alors que j’avais déjà dépensé un fric fou. Après un concert au Chabada, j’ai compris qu’il fallait que je revienne au rock.

Tu as l’esprit rock ?

Je pense. Ensuite, je fais avec la voix que j’ai, une voix claire. Je veux « salir » la musique dans la guitare et le son pour obtenir un contraste.

Nocturne Session enregistré au Studio des Variétés. Image : Guillaume Genetet. Mixage son : Alexis Campet.

lisa portelli,la nébuleuse,interview,athome,mandorAs-tu déjà des retours sur ton disque ?

Oui, ils sont plutôt positifs. Les gens qui ont écouté me disent tous que mon projet a muri.

Ton album évoque les tourments intérieurs et les tourments d’amour.

Il y a aussi pas mal de chansons qui parlent de spiritualité. Plutôt de recherches et de voyages intérieurs. C’est un peu la même chose.

Tu parles aussi sexualité au sein du couple dans « Longtemps ».

Ça parle d’une histoire d’amour qui dure depuis longtemps. J’interroge sur comment retrouver un désir. Quand tu es au quotidien avec quelqu’un, au bout d’un moment, on a tous le même problème, on se connait trop. Je dis « oublie-moi », mais « reste avec moi quand même ».

On reste avec le couple dans « Je suis la terre ».

C’est mon compagnon, Andoni Iturrioz, qui a écrit ce texte, mais c’est moi qui lui ai demandé d’explorer ce thème. Il s’est donc mis à la place d’une femme. On peut penser que la personne dont il est question dans cette chanson trompe son conjoint, mais ce n’est pas forcément cela. Il a voulu dire qu’il faut accepter que l’être que l’on aime ait d’autres vies. J’ai l’impression que le secret d’un couple, c’est d’accepter la liberté de l’autre.

Clip de "Cherche la joie". 

Dans « Cherche la joie » tu chantes : « il ne faut pas se conforter dans ses amertumes ».  

J’ai tendance à me conforter dans mes amertumes. Je me parle à moi-même. C’est comme si je parlais à la gamine que je vois parfois chez moi, qui est toujours en train de se plaindre. Dans le clip, je suis peintre et l’idée est de démontrer que par la création, la cogitation, le beau arrive.

Tu as voulu faire un album plus grand public ?

Non, je ne pense jamais à ce genre de considération. Si on pense au public quand on crée, on se disperse. Si on pense au public, on pense à ce qui marche. Si on pense à ce qui marche, on devient désespéré (rires).

Nocturne Session, enregistré au Studio des Variétés. Image : Guillaume Genetet. Mixage son : Alexis Campet.

Tu t’ennuies quand tu n’écris pas ?

Oui, et surtout j’angoisse. Je ne supporte pas quand il ne se passe rien. La créativité me fait beaucoup de bien, mais je ne m’en rends pas toujours compte.

Pourquoi aimes-tu être sur scène ?

Si on veut aller à un endroit, il faut cultiver l’opposé. Vouloir être sur scène, c’est vouloir se montrer profondément. Si on est juste sur l’extérieur, on ne se supporte plus. On ne voit que l’image que l’on voudrait projeter et c’est insupportable.

Tu me sembles plus détendue qu’avant.

C’est une certitude. Quand j’étais dans le monastère, quelqu’un m’a dit : « quand tu es arrivée, on avait l’impression que tu avais une armure. » A la fin, je souriais souvent. Avant, j’avais peur de regarder les gens, je baissais souvent les yeux, aujourd’hui, je leur souris. J’ai l’impression d’avoir vécu dans la peur pendant très longtemps... ça va désormais beaucoup mieux.

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Après l'interview, le 5 juillet 2017.

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17 septembre 2017

Rosie Marie : interview pour l'album Minuit

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rosie marie,minuit,interview,mandorCe que j’aime chez Rosie Marie, c’est sa dualité. Je l’ai découverte seule au piano,  instrument de musique qu’elle maîtrise parfaitement, avec des chansons originales, mais que je considérais « classiques » et elle nous sort de sa besace un album pop rock electro de très belle facture, avec des textes malicieux et percutants. Pas de doute, la jeune femme a le sens des notes et des mots. Elle a tout chanté dans sa vie : variété, jazz, rock, funk, soulses capacités vocales sont étendues. J’apprécie les artistes qui n’hésitent pas à se renouveler en prenant des chemins de traverse. Après un premier Ep : Appelle Moi Joe (sorti seulement en digital en janvier 2015), voici donc son premier album, Minuit. Avec ce disque, Rosie Marie assume, voire revendique, sans conteste l’idée d’une musique populaire francophone. C’est rare. Et appréciable.

Le 1er aout dernier, je lui ai demandé de me rejoindre sur une terrasse de Trocadero, histoire d’en découvrir plus sur elle. (Et pour être le plus honnête possible, je l’avais mandorisé à l’agence le 7 février 2017, mais l’interview se trouvait dans un IPhone que l’on m’a volé. C’était donc un bis repetita).

Biographie officielle :rosie marie,minuit,interview,mandor

Rosie Marie, c’est l’histoire même de la dualité, du monde qui s’écroule à celui qui s’arrache avec puissance, entre pétillance festive et clairvoyance acide.
Son premier album “Minuit” est lâché, réalisé par Meivelyan Jacquot (Sébastien Tellier, Brisa Roché...).
Rosie Marie matérialise ses obsessions, l'inexorable course contre le temps, l'usure de l'amour, les préjugés, la sincérité nue, au creux d’une électro pop qui rappelle autant celle d’Annie Lennox, Elton John ou Kate Bush que l’esprit de Nach, Véronique Sanson, Sophie Maurin...
Tout juste sorti en plein jour, c’est une épopée chorale acoustico-électrisante qui se cogne à la nature humaine.
Pianiste et chanteuse de formation, Rosie Marie s’est construite entre le Conservatoire de Paris et la Bill Evans Académie. Elle a très tôt composé et écrit des chansons qui seraient à l’image de son regard sur le monde. Baignée autant dans les courants du jazz que de la chanson en passant par le rock, la disco et le funk, c’est depuis la scène que Rosie Marie fait ses armes ( Le Sentier des Halles, Le China, La Scène du Canal, La Péniche Antipode...). Elle reçoit les Prix Sacem, du Public et deuxième Prix du Jury à la Truffe D’Argent, termine demi-finaliste au Pic D’or en 2015, est sélectionnée pour les Labos Chansons D’Astaffort et rejoint le Collectif “les Beaux Esprits” en 2014.
Sur scène, Rosie y impulse une fougue poivrée que Marie agrémente de dentelle et d’envolées lyriques.
Et si Rosie Marie nous faisait oublier demain pour partir au bout du monde ?

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rosie marie,minuit,interview,mandorInterview :

Quand tu étais enfant, ton papa écoutait du rock et du jazz, ta maman, elle, était plus variété. Ce n’est pas anodin. Si on rajoute un peu de pop, ce que tu fais est un mélange de tout cela, non ?

Tout à fait. Ma mère adore Serge Lama, Jacques Brel, Barbara. A la maison, elle a toujours mis ce genre de musique à la maison, mais aussi de la musique irlandaise, les Carpenters et Jimmy Sommerville. Mon père lui, adore Soft Machine, les Pink Floyd, Bryan Ferry, Genesis, mais aussi Olivier Messiaen. Mes oreilles ont donc été éduquées avec tout ce mélange. A l’adolescence, je passais beaucoup de temps à la médiathèque et j’adorais prendre un peu de tout sans nuance. J’écoutais du punk, du rock, du rap américain, les grands comme Michael Jackson, Prince… et même Mylène Farmer.

Au début, et c’est paradoxal, tu voulais devenir comédienne.

Quand j’étais jeune, j’ai commencé à jouer du piano. Ma prof m’a donné le numéro de téléphone d’un homme qui accompagne les chanteurs et chanteuses. Il tenait un bar dans lequel il y avait un piano. J’ai donc fait un peu de piano bar. Quand tu es ado, tu vas aussi beaucoup au cinéma, ça m’a donné envie de devenir comédienne. J’ai pris des cours de théâtre, tout en continuant à prendre des cours de chant et de piano. Je me suis vite rendu compte que je n’étais pas très bonne comédienne, j’ai donc décidé de me consacrer uniquement à la musique. Il faut essayer plein de choses pour savoir ce que l’on aime et où l’on souhaite aller.

Clip de "Le bout du monde". Réalisation : Cécilia Conan.

La chanson t’apporte quoi ?rosie marie,minuit,interview,mandor

J’aime tous les gens, j’aime aussi plein de métiers. La chanson me permet de me mettre dans la peau des autres. Cela incite à farfouiller partout pour t’inspirer et te remplir, ensuite tu le ressors pour donner des chansons aux univers bien précis.

Tu as fait plein de tremplins. Tu aimes ça ?

Je trouve que c’est très intéressant, parce que tu as en face de toi des gens qui ont un autre regard sur ton travail. Que tu sois pris ou pas, ce n’est pas grave, ce qui est important, c’est de se présenter devant des gens que tu ne connais pas, des professionnels et de tout donner sur deux morceaux. Ça passe ou ça casse, mais après, tu peux discuter avec les jurés. Mine de rien, j’ai rencontré beaucoup de personnes en faisant des tremplins. Au Pic d’Or, par exemple, j’ai rencontré pas mal de pros et des artistes  que je vois toujours depuis. A chaque concours, je rencontre quelqu’un avec qui j’avance et je travaille. Au Pic d’Or, c’est toi, Claude Fèvre (Chanter, c’est lancer des balles), Mick de Toulouse (Hexagone), à La Truffe de Périgueux, c’est Olivier Bas. C’est génial, après on garde des liens solides.

Teaser de ROSIE MARIE en concert à "l'Auguste Théâtre" pour la sortie de "MINUIT" .  
Vidéo : Pauline Pénicaud.

rosie marie,minuit,interview,mandorTu sais que pour moi, avant cet album, je te rangeais dans la case « chanson traditionnelle ». Ce n’est plus le cas. Ton album est moderne et on sent que tu veux casser un peu les codes de la chanson.

En fait, cet album reflète ce que j’aime. J’y ai mis toutes les influences que j’ai, que j’aime et qui me font vibrer. Après être allée dans pas mal de directions, il fallait que j’apporte enfin la carte d’identité de la vraie Rosie Marie. Ma musique est de la pop chanson française.

Variété, c’est un mot péjoratif ?

Il l’est devenu. Mais, moi, ça ne me dérange pas que l’on dise cela de ma musique. Je suis aussi influencée par Michel Berger et Véronique Sanson. Ce que j’aime avec ces artistes, c’est qu’ils n’avaient pas peur du changement. Gainsbourg, par exemple, il  n’en avait rien à faire de changer de registre. Il faisait ce qu’il aimait. Point. Moi, sans me comparer à lui, j’ai décidé de faire pareil.

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Lors de la première interview, à l'agence, le 7 février 2017.

Tu trouves que la chanson française actuelle est cloisonnée ?rosie marie,minuit,interview,mandor

Oui, parce que quand tu fais un album, les gens te cataloguent immédiatement et considèrent que tu dois rester dans ce que tu as fait une première fois. Je suis désolée, mais si j’ai envie de collaborer avec un rappeur ou une chanteuse lyrique, je le ferai. Je n’ai aucun frein à quoi que ce soit.

C’est bien que tu te lances dans des musiques modernes. Je trouve qu’il y a beaucoup de guitare-voix ou de piano-voix en ce moment.

Les gens sont friands de musique acoustique. J’ai l’impression qu’ils reviennent à ça parce qu’ils en ont marre de l’électronique. Le souci en guitare-voix et piano-voix, c’est qu’on a tendance à faire du Brassens ou du Barbara. Ils ont vécu, il faut que nous, nous avancions. Je veux avancer, découvrir des nouveaux artistes inspirants. Marvin Juno, Juliette Armanet, Katel, Robi, Alice Animal, Camille Feist, par exemple, sont des artistes qui m’intéressent beaucoup. J’ai envie de tendre vers cette mouvance.

Clip de "Minuit". Réalisation: Pauline Pénicaud. Danseur : Guillaume Peach. Chorégraphie : Emy.

rosie marie,minuit,interview,mandorTu fais pas mal de clips. Tu peux aussi jouer la comédie, du coup.

Le clip est ce qui me caractérise le plus. Il y a la comédie, l’image et la musique.

Ce métier est dur ?

Pui, mais je le vis bien. Je fais ma musique et je joue pour d’autres, comme Sîan Pottok, par exemple, pour Sophie Le Cam aussi et pour plein de potes qui en ont besoin. Comme je fais les ateliers de Claude Lemesle, je compose. Et je propose mes compositions à ceux qui pourraient être intéressés.

Si je peux me permette, je te verrai bien encore plus provoc dans tes textes.

Tu as touché dans le mille. Les prochaines chansons, il va falloir s’accrocher. Elles devraient bousculer les gens, parfois en ajoutant du sourire. Je veux montrer mon côté rebelle, avec gentillesse et honnêteté  et évoquer des thèmes qui me touchent vraiment. J’ai donné l’image d’une jeune femme classique, il faut que j’assume mon côté un peu fou.

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Après l'interview le 1er août 2017.

13 septembre 2017

Louis Ville : interview pour Le bal des fous

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S’il y a bien un trésor caché dans la chanson française, c’est bien Louis Ville. Un artiste impressionnant, dont les mots et la voix sont d’une puissance rare. L’homme continue à creuser le sillon de cette chanson terriblement réaliste. 

Ses  textes denses et bouleversants racontent l’amour comme le désespoir, la rage et la douceur de vivre aussi. Louis Ville et ses prédicateurs alternent des titres furieux ou délicats, toujours marqués par une écriture emplie d’images. Sa musique, aussi affûtée que ses mots, navigue entre blues, musiques du monde, réminiscences rock et vapeurs jazz.

En 2012, j’avais reçu à l’agence Louis Ville pour la sortie de la nouvelle édition de "Cinémas", "Deluxe Édition" avec en bonus des duos avec Mell, Marcel Kanche et François Pierron (Balandras Editions) (lire ici). Cette fois-ci, pour parler de son nouveau disque, Le bal des fous, rendez-vous dans un bar de Pigalle, le 3 juillet dernier. Et c’était bon !

louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandorMini bio officielle :

C’est en 2000 que Louis Ville entame une carrière solo, après des aventures au sein de plusieurs groupes. Homme de scène, il a jalonné les routes hexagonales et européennes de plusieurs centaines de concerts. Au fil des années, son charisme exceptionnel a fait chavirer d’émotion un public toujours plus dense qu’il transporte avec humour aux confins de son univers sensible. Son écriture est d’une noirceur incandescente, d’une poésie charnelle. Et sa voix, rauque’n roll et sensuelle, porte à ses texte une intensité poignante. Sa musique a toutes les couleurs du monde : des confins de l’Orient aux Balkans, de la chanson populaire française au blues cajun, il peint des paysages d’une beauté mélancolique dans lesquels il promène un monde fantasmagorique, peuplé de tout, de rien… et surtout d’amour. Chanteur dans la lignée des écorchés vifs comme Mano Solo, Arthur H, Arno, Louis Ville a déjà publié cinq albums très reconnus par les médias (Inter, Télérama, RFI, FIP). Le dernier en date, Le bal des fous, a été enregistré en trio avec ses deux prédicateurs, Pierre Le Bourgeois (violoncelle) et François Pierron (contrebasse).

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louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandorInterview :

Entre deux albums, tu as besoin de te ressourcer ?

J’ai besoin que  ça se bouscule dans mon cerveau, que des idées jaillissent comme ça, naturellement, même si je ne les prends pas toutes. Le bal des fous s’est fait rapidement. Mes « prédicateurs » Pierre Le Bourgeois et François Pierron m’ont apporté beaucoup d’idées. J’ai agi de la manière la plus opportuniste qui soit, c’est-à-dire que je suis arrivé avec des textes, des mélodies et des bouts d’accords et nous avons créé tous ensemble. On s’est réunis une semaine et à la fin de la semaine, l’album était quasi fini. Je n’avais jamais travaillé de cette manière et si vite.

En tout cas, tu ne fais jamais le même album.

J’aime bien explorer des contrées que je n’ai jamais empruntées, mais je ne fais pas tout pour coller à l’air du temps. Je ne cherche pas le son du moment, ça ne m’intéresse pas. Dans le prochain album, il y aura des chansons très ethniques, parfois très Motown … je m’amuse. J’ai un besoin intense de me renouveler. Le jour où j’aurai l’impression de répéter ce que j’ai déjà dit, j’arrêterai.

As-tu déjà fait des tentatives de chansons rythmées avec ta voix ?

Au tout début de ma carrière, il y a eu pas mal de chansons rock. Après, je me suis calmé. J’ai ressenti le besoin d’être plus introspectif et un peu plus lent dans la narration.

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Pendant l'enregistrement, Louis Ville, Pierre Le Bourgeois et François Pierron.

Quand tu fais un disque, tu es dans quel état d’esprit ?

Je ne prête pas du tout attention à ça. Pour moi, c’est toujours compliqué tant au niveau de l’écriture que de l’arrangement, du mixage et de la post prod. Quand on crée, on a toujours un environnement, que ce soit familial ou autre, et il n’est jamais le même. Le bien être que l’on vit dans l’intimité se répercute sur ce que l’on écrit et compose. Cela dit, je ne vais pas me départir du côté sombre de mon écriture. Je suis d’un naturel joyeux dans la vie, mais je ne peux m’empêcher de coucher mes tourments sur papier. C’est une façon d’exprimer mes fantasmes, mes angoisses et mes révoltes.

Dans « Bla bla bla » tu ironises beaucoup sur les hommes politiques.

Je voulais faire un trait d’humour sur les prédicateurs, que ce soit les hommes de religion ou les politiciens. Ce sont des vendeurs de rêve. J’aime ne pas être frontal dans mes discours, dans mes révoltes, j’ai l’impression que ça fait collégien, alors j’adopte un ton très détaché. Je ne m’inscris pas dans le discours d’une génération.

Composition visuelle, montage : Yannick Delhaye. Images additionnelles : Yannick Delhaye, Fred Diehl.

« Dehors » n’est pas ta chanson la plus joyeuse.louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandor

La misère du monde est intemporelle. J’ai un gros souci avec le monde qui m’entoure, je vois trop l’Histoire se répéter. Je ne peux pas demander aux gens d’ouvrir des bouquins d’Histoire pour qu’ils remarquent que nous sommes en train de rentrer dans les mêmes tourments que les années 30. Il est dangereux de ne pas avoir d’idées neuves.

Tu n’as pas une vision de l’avenir de notre monde extrêmement positive…

J’aimerais beaucoup, je t’assure. On voudrait que les nouvelles générations inventent leur futur. Mais je trouve qu’il y a une sorte d’inertie, de lenteur, d’inaction, de manque de courage, de vision et d’utopie. Tous ces hommes politiques sociales-démocrates, socialistes, communistes, qui avaient de belles idées, on a bien vu ce que cela à donné. Rien. Personne n’a réussi à créer le modèle de société qu’il a décrit dans ses discours.

Est-ce qu’au fond de toi, il y a un gros con qui sommeille? Je fais référence évidemment à une phrase de ta chanson « Le gros con ».

Il y a eu, mais pas longtemps. Il y a eu cette prétention à juger sans empathie, sans la compréhension de l’autre et de ses actes. Je n’ai jamais été raciste, c’est une chose étrangère au mode de pensée de ma famille. On a toujours prôné la tolérance, par contre, je peux juger très facilement et devenir con. Le gros con dont je parle dans ma chanson, lui, est raciste, homophobe, antisémite, très extrême. Je sais qu’en interprétant une chanson comme ça, chacun peut se reconnaître quelque part. Dans nos cerveaux reptiliens, tout le monde peut avoir un jugement très à l’emporte-pièce.

L'instant, extrait de l 'album "le bal des fous". Clip réalisé par Yannick Delhaye, sur une idée d'Yvanna Zoia. Toile de fond, Lepolsk Matuszewski.

Tu travailles beaucoup l’imagerie dans les chansons. Pourquoi ?

Je travaille l’imagerie simple d’accès pour servir mon propos. J’aime quand c’est gouleyant, quand il n’y a pas d’obstacle dans la narration, quand on peut se faire un film.

Estimes-tu que tu progresses d’année en année et d’album en album ?

Je ne parlerai plus de progression, mais de changement de direction. J’essaie de sortir de mes thématiques récurrentes, mais quand on décrit l’humain, on décrit l’humain. Sur le plan musical, j’aime bien me mettre en danger. Dans cet album, le violoncelle, la contrebasse et le guitare-chant, je trouvais ça périlleux parce que ce n’était pas dans l’air du temps, mais je trouve le rendu très intéressant. J’aime l’idée de se mettre en équilibre, de se mettre en danger.

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Pendant l'interview...

Parfois es-tu surpris par tes textes ?

Oui, quand il y a des fulgurances. La fameuse écriture automatique peut me traverser. Il m‘est arrivé de pondre un texte en 4 minutes. C’est le cas dans Le bal des fous avec la chanson « La nuit j’ose ». Il manquait un titre pour l’album, les musiciens arrivaient le lendemain et puis voilà, ce texte m’est tombé dessus.

Comment on fait quand on n’est pas reconnu à sa juste valeur ?

C’est un peu usant parfois, mais ce n’est pas décourageant. Je n’ai pas à rougir de mon travail. J’ai toujours été mû par quelque chose, peut-être de l’aveuglement, mais je n’ai jamais voulu faire de concession pour autant.

Sans être la compagnie créole, cet album est plus positif que d’habitude, non ?

(Rires). Il y a un peu plus de légèreté. La conscience ne s’apaise pas mais les révoltes si. On ne baisse pas la garde, mais on se rend compte qu’on est impuissant, alors on décide d’être un peu plus léger.

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Après l'interview, le 3 juillet 2017.

29 août 2017

NiLem : interview pour l'EP Un abri dans l'incendie

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(Photo : Emilie Arfeuil)

Après une vie de réalisateur, d’arrangeur, de multi-instrumentiste sous son vrai patronyme, Clément Simounet, pour de très (beaux) projets (voir dans la biographie ci-dessous) et après une campagne de financement sur la plateforme de Crowfunding Kiss Kiss Bank Bank en avril 2016, NiLem a sorti au début de l’été un nouvel EP 6 titres (enregistré dans le Studio Garage - Paris Ménilmontant et le studio Mahel), Un abri dans l'incendie (publié chez Shamone Productions / Hedwige Denain & Clément Simounet et que vous pouvez écouter en intégralité ). Comme l’indique très justement le blog AIETV, il s’agit là d’« un instantané sur les turpitudes de l’âme humaine et du monde moderne, le temps qui passe inexorablement, et aussi une invitation à une réflexion nécessaire sur la condition humaine, sur les doutes et les tourments irraisonnés de l’homme sur son propre futur ».  Excellente analyse ! AIETV étaye encore plus ici.

J’ai déjà reçu NiLem, il y a 4 ans, à l’occasion de la sortie de son premier EP, Planter le décor. Cette fois-ci, je suis allé à sa rencontre, le 5 juillet dernier, par un bel après-midi ensoleillé, sur une terrasse d’un bar de Belleville.

clément simounet,nilem,un abri dans l'incendie,interview,mandorBiographie officielle : 

NiLem est un trio puissant dans lequel dialoguent guitare, violoncelle et batterie, hissés par une voix profonde et rocailleuse invitant à des réflexions sur la condition humaine. Entre douceur et intensité, la musique de NiLem démontre que la pop folk en français a trouvé ses grands espaces.

Dans la vie ou sur scène, Nilem a donné à sa guitare la dimension d'un véritable compagnon de route. Elle est l'arbre à six cordes qui cache une forêt de savoir-faire car ce guitariste talentueux est également un compositeur, arrangeur, réalisateur, multi-instrumentiste qui a su placer tous ses talents au service de nombreuses collaborations : Ben Mazué, Carmen Maria Vega, Luciole, NeeskensMadjo, Duberman, You & You, Kid with no eyes (Clément Verzi), Gaby Moreno, Jeff Brodnax, Lisa Portelli, Garance...

NiLem c’est une voix puissante, rugueuse, veloutée, pudique et tout en nuance qui convoque tout le continent Nord-Américain, qui peut nous surprendre à penser à Peter Gabriel, Cat Stevens, Ray LaMontagne ou Eddy Vedder. Un univers musical généreux, qu’il façonne avec tous les courants qui l’ont traversé depuis des années, nous transportant d’un climat Pop Folk Rock à une ambiance cinématographique qui nous rappelle aussi Fink ou Ben Howard.
NiLem aime jouer avec nos émotions, il nous caresse tout autant qu’il nous bouscule.

Depuis 2012 NiLem c'est près de 80 concerts en solo, duo ou trio de la France au Québec.

En 2014, après avoir parcouru les routes seul avec sa guitare et son Iooper, NiLem fait naitre le duo clément simounet,nilem,un abri dans l'incendie,interview,mandoravec Octavio Angarita (Babet, Hugh Coltman, Namasté) au violoncelle. En 2016 la batterie de Gaëtan Allard (Souleyman Diamanka, Perfect Line, Ulrich Forman, Alex Hepburn, Balinger) rejoint le projet. Un trio qui ne laisse pas insensible, où la voix se faufile entre les peaux et cordes tendues et nous plonge dans des émotions aussi riches les unes que les autres, tantôt lyrique tantôt énergique. Le frisson devient notre meilleur ami lors de ces moments suspendus.

Argumentaire officiel d’Un abri dans l’incendie :

Après 4 ans de tournée dans toutes la France, NiLem (Clément Simounet) décide enfin d’enregistrer un nouvel EP intitulé Un abri dans l’incendie. Six titres portés par une voix puissante, profonde, rugueuse, veloutée, tout en nuances invitant à des réflexions sur la condition humain.

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clément simounet,nilem,un abri dans l'incendie,interview,mandorInterview :

Pourquoi autant de temps entre ton EP Planter le décor et celui-ci ?

Parce que j’accompagne beaucoup d’artistes. Mais j’ai bien conscience que ça étire dans le temps mon projet NiLem. Il est pourtant très important pour moi car il m’oblige à me laisser du temps afin de proposer et défendre mon univers, d’écrire et composer mon propre répertoire, de chanter et d’être un peu plus sur le devant de la scène. C’est devenu un besoin vital. Aujourd’hui, je crois avoir trouvé un certain équilibre entre ma vie d’accompagnateur et le temps passé pour NiLem.

Quand on travaille pour quelqu’un, on se met à 100% à son service.

C’est aussi pour cela que l’on fait appel à moi. Je m’adapte le mieux possible aux gens. Je sais m’immiscer dans un projet en apportant mon savoir-faire et mes connaissances. Je me mets entièrement au service de l’artiste qui fait appel à moi en me demandant ce que je peux lui apporter et de quelle manière on peut y arriver. C’est le contraire de mon projet. Là, ce sont les gens qui bossent pour moi et qui vont dans la direction que je souhaite. 

NiLem fait quoi comme musique ?

J’ai du mal à te le décrire. Il y a forcément du folk, de la pop aussi, parfois un peu post rock et même rock. Il y a de la douceur, mais il y a aussi de la colère. J’aime quand les choses explosent. En tout cas, je sais que je ne fais pas de la musique à la mode et que je ne suis pas « mainstream ». Par contre, j’ai travaillé avec des gens qui le sont plus que moi.

Comment on fait pour durer dans ce métier alors ?

C’est une question que je ne me pose pas. Avoir beaucoup d’activités musicales me permet de ne pas avoir de la pression par rapport à NiLem et de poursuivre ce projet sereinement. Je vis de la musique, ça me permet de rester moi-même sans concession. Je n’ai pas besoin de mentir et de faire ce que je n’aime pas. Je sais très bien où je n’irai pas et où je n’ai pas du tout envie d’aller.

"La discorde" (audio).

Quand j’écoute tes chansons, je trouve que ta musique parle d’elle-même.

Ça vient de mes influences. J’écoute beaucoup de musiques instrumentales et de musiques de films. J’en compose d’ailleurs moi-même. Les notes procurent des émotions. On n’a pas toujours besoin des mots pour raconter une histoire. Je considère que la musique a un langage plus universel que le texte. Les mots sont là pour ajouter du sens et pour appuyer un peu plus une émotion.

Quand je te vois sur scène avec Lisa Portelli (à droite) ou avec Garance, qui ne font pas la même chanson clément simounet,nilem,un abri dans l'incendie,interview,mandorfrançaise, tu as l’air de prendre autant de plaisir avec l’une qu’avec l’autre.

J’ai du plaisir à faire de la musique tout court. Tu sais, j’ai fait du dub, de l’electro, du jazz, de la world music… je suis passé par plein de styles différents. Tant que j’ai un instrument, je créé des notes et de la musique. Même quand je joue pour des styles qui ne sont pas forcément ma tasse de thé initiale, je peux prendre beaucoup de plaisir sur scène. J’ai la chance de travailler avec des artistes talentueux, chacun dans leur style, et qui sont merveilleux humainement.

NiLem sur scène, c’est extrêmement varié.

Je n’ai pas envie de proposer mes chansons banalement. Je veux aller plus loin et bousculer le spectateur. Mes concerts ne sont pas linéaires. C’est un peu une machine à laver émotionnelle. Avec ce que l’on fait sur scène, soit les gens  m’écoutent religieusement, soit ils bougent et dansent. Je passe de la douceur aux rythmes plus électrisants.

Tu te considères comme un chanteur à textes ?

C’est un sujet épineux que tu veux aborder (rires). Je ne viens pas du tout de la chanson francophone, j’ai plus une culture nord-américaine, soul, anglo-saxonne. Je n’ai pas la prétention de dire que je fais de la chanson à textes parce que, pour moi, le texte n’est pas prédominant. Je mets la mélodie, l’arrangement et le son avant lui. Je dis souvent que je fais de la pop folk francophone. C’est chanté en français, mais ma musique est hors frontière.

Comme tu viens du rock, pourquoi ne fais-tu pas des chansons plus rock dans tes EP ?

Parce que peut-être que la musique que je joue en tant que NiLem est la mienne. Quand j’enregistre une chanson, c’est le fruit de ce que je suis et ce que je ressens. Le NiLem rock, comme je te le disais tout à l’heure, tu peux l’entendre un peu plus sur scène. Mais je ne suis pas à  l’abri de changer aussi les choses sur disque, de prendre de nouvelles directions.

Session acoustique de "Retour à l'envoyeur".

Es-tu heureux de comment les choses se passent pour toi professionnellement ?

J’aimerais bien accélérer ma vitesse de croisière. Mais je m’estime déjà heureux de vivre de ma passion. Je passe beaucoup de temps à imaginer la suite, ce qui permet de continuer à avancer d’année en année.

Tu es un artiste plein de surprises et je sais que tu as beaucoup de capacités. Je reste persuadé que tu ne nous as pas tout montré.

Il ne faut pas tout montrer et  utiliser toutes ses cartouches d’un coup (rires). Il faut toujours créer, ne pas s’arrêter, aller dans des directions qu’on n’a pas encore exploré, voire essayer d’aller dans des directions que personne n’a exploré. C’est une gageure extrêmement difficile à relever.

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Après l'interview, le 5 juillet 2017.

27 août 2017

La Truffe de Périgueux - Trophée France Bleu : bilan et photos de la finale

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truffe de périgueux,finale,ours,tibz,pic d'orChaque été à Périgueux, se tient le concours de chanson française La Truffe. Cette année, elle a signé sa 33e édition.

La Truffe d’argent de Périgueux est un concours co-organisé par la ville de Périgueux et  l’association CLAP en partenariat avec France Bleu Périgord. Ce concours souhaite favoriser l’émergence de nouveaux artistes interprètes et Auteurs compositeurs interprètes.

Il propose trois catégories ouvertes à tous les artistes s’exprimant à travers deux chansons. La première en langue française, la seconde dans la langue de leurs choix (ne rentrent dans le cadre du concours uniquement les chansons chantées en français) : CATEGORIE JEUNES ESPOIRS, CATEGORIE INTERPRETES, CATEGORIE AUTEURS-COMPOSITEURS-INTERPRETES (ACI). C'est évidemment cette dernière catégorie qui m’intéressait. Voici les forces en présence :

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J’ai été invité pour être membre du jury pour la soirée de la finale, le 25 août dernier. Franchement ravi d'être présent, car cela faisait des années que j'entendais parler de ce tremplin. Y mettre un pied (version coulisse) n'était pas pour me déplaire. Voici mes collègues jurés.

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Je tiens à remercier l'organisation (avec ses formidables bénévoles) pour l'efficacité de cette manifestation et aussi pour l'accueil irréprochable.

Je suis arrivé vers 16h... le pop-rockeur Marengaux (mandorisé là) était en pleine répétition. Et je découvre ce décor naturel magnifique. Il fait beau, les gens sont agréables, l'expérience Truffe commence à sentir bon (pardon, pas pu m'empêcher).

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Un peu plus tard, c'est autour du président du jury (et actuellement un peu chanteur à succès), Tibz, de répéter. 

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Dans les coulisses, debout et de face, trois demi-finaliste dans la catégorie ACI : Axel, chanteur du groupe For The Hackers, Alysce et Marengaux. (For The Hacker et Alysce seront finalistes).

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Asseyez-vous à vos places messieurs et mesdames les jurés, le tremplin va bientôt commencer...  tout est expliqué dans ce dossier.

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Effectivement, tout y est. A nous d'assurer le mieux possible avec le maximum d'objectivité. 

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Le jury est fin prêt. 

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Il est composé donc (de droite à gauche) : Yvan Vanouche (producteur V-Music), Thomas Demol (responsable des programmes de France Bleu Périgord), le président du jury, Tibz (auteur-compositeur-interprète), Gabriel Valdisserri (directeur de France Bleu Gironde), Sandrine Formantin (déléguée régionale de la SACEM), Francis Célérier (actuel directeur du Conservatoire de Musique et de Danse en Haute Vienne et musicien de jazz), bibi, Corinne Labat (présidente du Pic d'Or) et Maître Estrade (huissier de justice à Périgueux chargé de veiller au bon déroulement des votes).

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(Photo : Radio France)

C'est parti, donc!

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Les For The Hackers en action. Le pop rock electro à la française. Très efficace. 

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Les mêmes.

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Ryadh, entre chanson/groove/hip-hop. Un artiste très doué.

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Voici la lauréate de la catégorie interprète, Emma Djelil (foin de suspens).

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(Photo : Radio France)

Elle a chanté "Je suis un homme" de Zazie admirablement. Victoire méritée. 

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(Photo : Arnaud Loth - Sud-Ouest)

Le public du parc Gamenson est venu nombreux.

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(Photo : Radio France)

La lauréate de la catégorie ACI (auteur-compositeur-interprète), Alysce. Cœur sans filtre et voix de velours (exceptionnelle), elle nous a proposé des morceaux de vie avec révolte, ironie et beaucoup de tendresse. Elle mêle la voix à la guitare, inspirée par le répertoire classique. Son jeu de guitare est impressionnant. Bien sur, du coup, elle sera bientôt mandorisée car elle sort un EP prochainement. 

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(Photo : Radio France)

Victoire méritée (bis)!

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(Photo : Arnaud Loth - Sud-Ouest)

Je viens de vous donner les résultats, mais avant de les connaitre, il a fallu que le jury se réunisse (dans une salle secrète gardée par 25 gardes du corps (quoi j'en fait trop?)) Je dois dire qu'il n'a pas fallu longtemps pour que l'on se mette d'accord. Nous étions presque tous sur la même longueur d'ondes. Ici de gauche à droite, Tibz (bonjour président!), Maître Estrade (notre surveillant général en chef) et Corinne Labat (madame Pic d'Or).

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De gauche à droite : Un type qui monopolise la conversation (il y a toujours des lourdingues partout), Gabriel Valdisserri (le grand manitou de France Bleu Gironde), David Théodorides (le grand manitou de la Truffe de Périgueux puisque directeur de l'association CLAP) et Tibz (chanteur en état de marche).

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Et oui, on est sérieux et ça ne rigole pas. 

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D'ailleurs, Tibz, c'est qui, il chante quoi? 

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Le tube de l'été, répondit l'écho!

Sinon, il s'est fait repérer avec cette chanson.

Bref, pendant que nous délibérions, le talentueux Ours (Charles  Souchon, fils d'une de mes idoles) a fait patienter le public. Ici avec Nicolas Voulzy (connu sous le nom d'artiste de Lieutenant Nicholson et fils d'un chanteur qui bosse pas mal avec une de mes idoles).

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(Photo : Arnaud Loth - Sud-Ouest)

Placement de produit hyper discret (faut bien vivre ma bonne dame) : Ours sort un nouvel album le 6 octobre prochain, Pops (6 jours avant la sortie du livre de l'excellent François Alquier, L'aventure Starmania chez Hors Collection, 24 euros 90, en vente partout). Hum... ça va sinon?

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(Photo : Radio France)

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(Photo : Radio France)

Après la délibération, Tibz a rejoint Ours pour chanter une chanson de Bashung (qui se passe dans le Vercors et où il est question de saut à l'élastique,  je ne sais pas trop, j'ai pas bien compris. C'est un peu n'importe quoi la chanson française parfois!)

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(Photo : Radio France)

Pour presque conclure la soirée, Tibz a chanté son tube "Nation" (voir plus haut).

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(Photo : Radio France)

Revenons à Ours (ici lors du pot de l'amitié, qui est aussi le pot de départ...) Sans rire, son nouvel album semble très prometteur, si j'en juge le premier single.

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Premier single, déjà clippé que voici : 

A l'issue des résultats, tout le monde (artistes, présentateurs, organisateurs) rejoint la scène. 

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(Photo : Radio France)

J'ai fait poser Alysce devant sa moisson du jour : prix du jury, de la SACEM et du public... excusez du peu! (J'aime quand  les gens sont pétris de talent et qu'ils sont d'une gentillesse confondante).

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Photo finale : la plupart des artistes (finalistes et demi-finalistes).

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Je ne terminerai pas sans remercier toute l'équipe de l'association CLAP qui ne font pas qu'organiser ce tremplin (cliquez sur CLAP, vous comprendrez!) Merci à tous, donc.

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Un salut tout particulier à celui qui m'a emmené dans cette nouvelle aventure, l'animateur Eric Casabonne.

24 août 2017

Camille Hardouin : interview pour son album Mille Bouches

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(Photo : Maya Minhidou)

Camille Hardouin, anciennement la Demoiselle Inconnue, vient de sortir son premier album, Mille Bouches, sur le label « Mon slip » (Christian Olivier) et L’Autre Distribution. Cette brillante artiste, toute en émotion, écrit des textes élégants entre romantisme et malice. La chanteuse interprète des histoires intimes, sincères et drôles, accompagnée par une guitare parfaitement maîtrisée. Elle manie le verbe et l’art musical avec un sens de la mise en scène savoureux et subtil. L’amour encore et toujours, la rencontre et la fragilité, le bonheur de la vie à vivre pleinement sont au cœur des 10 chansons. Une œuvre imprévisible dans la chanson française actuelle, réalisée par Seb Martel qui sait ce qu’économie de moyens et mystère des sons feutrés veulent dire.

Le 1er juillet dernier, elle est venue me rendre visite à l’agence pour une première mandorisation.

17309624_10154476762326239_4785469293311688927_n.jpgArgumentaire de l’album (signé Gaspar Claus) :

Le monde ne fournira jamais assez de bras pour porter toutes les histoires qui dansent dans la vie de Camille Hardouin. Et pourtant, c’est là, sur ces bras comme le fleuve devant lequel on s’assoit pour contempler son eau toujours renouvelée, sur ces bras toujours les deux mêmes, que Camille inscrit et efface et puis retrace les textes de ses chansons.

Et heureusement, heureusement que les deux bras de Camille durent tant de kilomètres. Ils font de ce disque une étape, un moment de pause sur la Grand Route, un récif d’où nous déployons la carte d’un territoire immense et parcourons les pays traversés des longs doigts d’une demoiselle qu’on aimerait tant connaître, avant d’égarer nos yeux vers l’horizon aux mille promesses offertes par ses mots, par sa voix et par ses gestes de rires, de soucis, de révoltes, d’amour et d’espoirs.

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(Photo : Maya Minhidou)

IMG_4112.JPGInterview :

Je t’ai connu La Demoiselle Inconnue. Raconte-moi comment tu en es arrivée à créer ce personnage ?

C’est une envie de raconter des histoires qui s’est transformée en une envie de raconter des histoires avec de la musique. Ce qui s’appelle donc des chansons. J’écrivais depuis toute petite. Des histoires, des poèmes…

Qu’est-ce que tu pouvais raconter à 12 ans ? A cet âge, on n’a pas vécu grand-chose.

En fait, tu racontes quelque chose que tu t’imagines vivre ou ressentir. Rétrospectivement, quand tu relis tout ça, c’est à la fois ridicule et touchant. J’adorais les livres et je n’arrivais pas à dormir, donc j’en ai « mangé » beaucoup. Au bout d’un moment, il n’y en avait plus. J’étais absolument démunie quand j’ai terminé la bibliothèque. Du coup, comme j’avais appris à écrire, je me suis dit que, peut-être, je pouvais écrire moi-même des histoires que je mettrais dans la bibliothèque afin de pouvoir les lire après (rires). J’ai fait ça, mais, évidemment, ça n’a pas du tout marché parce que je connaissais déjà les histoires. La finalité, c’est que j’ai découvert que j’adorais écrire.

Quand ta première guitare arrive dans tes bras, il y a un déclic ?

Par le même mécanisme, dès que l’on m’a appris des chansons, je me suis dit qu’avec les accords que je connaissais, je pouvais moi aussi en faire. Cela s’est fait très naturellement.

Clip de "Ma retenue".

Il y a eu un moment où tu as envisagé sérieusement de faire ce métier ?IMG_4114.JPG

Non. Il y avait simplement des choses que je voulais dire et la nécessité de partager cognait à la porte depuis longtemps. Après, il faut trouver la route et démêler les peurs que l’on peut ressentir. Quand je dis « les peurs », ce n’est pas forcément conscient, c’est plutôt intérieur. S’autoriser à se mettre à nu n’est pas une évidence.

Tes chansons sont aussi pudiques que sensuelles. Quand tu chantes, j’ai l’impression que tu te confies à moi, que tu me chuchotes même parfois ce que tu racontes.

Je chante pour une personne fois autant que l’on veut. J’avais envie qu’avec ce disque, on retrouve l’intention qu’il y a, pour moi, en concert. Je chante depuis un ventre jusqu’à un autre ventre. Si c’est d’une bouche à une oreille, alors c’est avec le moins de millimètre possible entre les deux. Je trouve qu’il y a des choses que l’on ne peut dire que quand on est perdu à deux au milieu de la nuit. Je fais donc en sorte que l’on soit perdu au milieu de la nuit avec mes chansons.

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IMG_4148.JPGTu travailles sur la fragilité, non ?

C’est tout à fait ça. Tu me parlais de pudeur et d’impudeur, c’est un travail sur l’intimité aussi. C’est comme quand tu as une relation de confiance avec une personne, que ce soit dans l’amitié ou dans l’amour, c’est un mélange de mystère et d’intimité révélés qui fait que tu te sens très proche de l’autre.

Ce disque a été enregistré avec des musiciens de confiance, des amis.

C’était essentiel. Ce sont des êtres merveilleux. Il y a eu un long travail préparatoire pour parvenir à avoir complètement confiance les uns envers les autres. Ce n’est qu’ainsi que j’ai pu faire un disque si intimiste et sincère.

La demoiselle inconnue, c’est le départ de toi qui se met en avant ?

Je vais t’expliquer pourquoi je m’appelais La Demoiselle Inconnue. Longtemps avant de vouloir faire de la musique comme un projet, en 2005, je vais voir à l’Olympia, le concert d’un artiste que j’aime beaucoup, Devenda Banhart, dans le cadre du festival des Inroks. Avec une amie, on est au deuxième rang à regarder le spectacle. Je lui parle entre les chansons au lieu d’écouter religieusement ce qu’il se passe. A un moment donné, je me retourne et je m’aperçois que Devendra Banhart à proposé quelque chose puisque le concert s’est arrêté et que quelqu’un à ma droite lève le bras pour se désigner. Je me maudis parce que j’ai moi aussi envie d’interagir. Mais la personne se dégonfle alors je lève le bras sans savoir de quoi il en retourne. Je me retrouve sur scène et Devandra Banhart me tend sa guitare. Je comprends qu’il souhaite que je joue une chanson. Des années plus tard, je cherche un nom pour mettre en avant mon projet musical. J’avais l’habitude d’aller voir de temps en temps les comptes rendus du concert des Inroks auquel j’ai participé sur différents blogs. Je savais que certains faisaient état de mon passage. Beaucoup me désignaient comme « la demoiselle inconnue ». Je suis hyper touchée par ça parce que je trouve ce nom merveilleux, plein de mystère et d’intimité déjà. Voilà pourquoi, je me suis appelée La Demoiselle Inconnue pour présenter les chansons que je portais.

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Pourquoi as-tu abandonné La Demoiselle Inconnue ?IMG_4159.JPG

C’est un nom que j’ai porté avec plaisir jusqu’au moment où il est tombé tout seul. Ce nom portait autre chose. A un moment, la sincérité que je voulais obtenir a fait tomber ce que je n’estimais pas être un masque, mais qui, au fond, en était un quand même. Bizarrement, depuis que j’ai repris mon nom, j’ai fait beaucoup plus de choses et je me suis mise beaucoup plus à nu. C’est comme s’il y avait eu un rite initiatique invisible (rires).

camille hardouin,la demoiselle inconnue,interview,mille bouches,mandorTu as sorti un EP en 2013, Dormir seul. Puis, plus rien jusqu’à cet album…

Ca a pris longtemps parce que je fais les choses assez lentement. Comme je te l’ai dit, il a fallu trouver des gens avec qui tisser une confiance. Il faut savoir aussi que l’album a été enregistré il y a plus de deux ans. Il y a eu ensuite plein de péripéties pour réussir à le sortir.

Puisque tes chansons ont deux ans, elles ne sont pas déjà vieilles pour toi ?

Non. Une chanson, c’est toujours une nouvelle couleur d’un grand kaléidoscope. Le kaléidoscope existe et il grandit avec de nouvelles couleurs de nouvelles chansons, mais la couleur d’avant ne devient pas moins colorée. Ca ne devient pas fade avec le temps. Sur l’album, il y a des chansons que j’ai écrite il y a dix ou quinze ans, comme « La vagabonde » et d’autres que je venais d’écrire juste avant l’enregistrement. La question, c’est « comment ça s’imbrique ensemble ? » et pas « quand vais-je écrire une nouvelle chanson ? »

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Fou rire...

IMG_4166.JPGIl y a une magie de la création ?

J’emploierais bien le mot magie, mais dans un sens presque quotidien, des petites sorcelleries que tu fais. Comme faire un enfant. Tu l’as fait toi-même, mais cela te dépassera toujours.

Est-ce qu’un album légitime le fait d’être chanteuse ?

En tout cas, ça m’a calmé.

Pourquoi ?

Pour moi, l’objet est important. Faire un disque, c’est un peu comme écrire un  livre. Raconter une histoire au travers d’un objet, ça aussi, c’est aussi une petite sorcellerie. Un disque, ça veut dire aussi que le chemin est un petit peu commencé. Ça rassure. Et puis, faire un disque, c’était un rêve… mais il m’en reste encore plein. Ça m’a calmé parce que j’ai tendance à me demander combien de temps je vais vivre et est-ce que je vais avoir le temps de dire tout ce que j’ai à dire pendant que je suis vivante.

Je sais que tu as pris soin de ta pochette avec ces merveilleux dessins. Le visuel est important chez toi ?

Il y a du visuel dans les mots et il y a des mots dans les images. Tout parle à tout.

Quand on écoute ton album, on connait parfaitement Camille Hardouin ?IMG_4175.JPG

(Grand éclat de rires) Oh non ! Je ne prétends déjà pas me connaître. Mes chansons me connaissent sans doute mieux que moi. Dans l’album, il y a dix chansons et des chansons, j’en ai vraiment beaucoup. Sur scène, quand je peux, je fais des concerts de deux heures et quart et je n’ai pas tout joué.

Il y a des parties chantées en anglais. Quand tu chantes dans cette langue, tu ne chantes pas du tout de la même façon qu’en français.

Tu n’es pas le premier à me le dire, moi, je ne l’avais pas conscientisé. Aujourd’hui, mon écriture s’est sans doute mélangée dans cette manière de venir étendre et raconter des choses qui sont peut-être un peu plus abstraites et plus métaphoriques en français, alors qu’avant, c’était plus mon écriture en anglais qui était comme ça… des espèces de juxtapositions d’impressions. Dans mes nouvelles chansons, je chante plus que je ne raconte.

Tu explores beaucoup le sujet de l’amour.

C’est vrai aussi bien dans mes chansons que dans ma vie. J’essaie d’en parler sans jugement. Souvent on évoque l’amour comme quelque chose qui serait merveilleux ou évident, mais ce n’est pas seulement ça. C’est aussi une chose lourde, effrayante, intense dans beaucoup de sens à la fois.

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Tu as fait la couverture d’Hexagone. La classe !

Ca fait extrêmement plaisir. Nous nous sommes beaucoup amusés à faire cette séance photo. Hexagone fait un travail vraiment fantastique, donc je suis honorée et joyeuse de ça.

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product_9782070751563_195x320.jpgUn artiste, c’est  le roi du monde ?

C’est le roi d’un monde, ce qui est très différent. Je ne sais pas si c’est le roi ou le fou la place juste de ce monde-là qu’on invente. Mais peut-être est-ce la même place que celle du dehors, celle du funambule, le funambule de Jean Genet. Le funambule fait un truc merveilleux que personne ne va remarquer. Mais peut-être qu’il n’est merveilleux que pour lui… Il a  un espèce d’habit de lumière qui parait un outrage et une chose sale si on le voit de trop près. C’est le voir d’un peu loin qui permet à la magie de se mettre en place. Genet parle avec beaucoup de justesse de cet équilibre sur le fil qui devint une impossibilité à marcher dans la vie. Je pense qu’un artiste à cette place-là. Le roi est assis sur un grand fauteuil massif et lourd dans un palais froid et le funambule a une couronne invisible et c’est celui qui apprend à voler et qui peut-être va mourir à chaque instant.

Cette dernière phrase de l’interview résonne curieusement, quand, quelques semaines plus tard, Barbara Weldens, ex circassienne et chanteuse extraordinaire a trouvé la mort tragiquement (voir là, mon hommage).

Dans le cadre de Festiv’Allier, Camille Hardouin lui a rendu hommage dans l’église de Langogne, le 4 août dernier.

Le 10 août, voilà le texte qu’a publié Camille sur son site :

UN MOMENT POUR BARBARA / TERRE D'OUBLI


Le festival m'avait appelée pour venir jouer
jouer parce qu'ils étaient bouleversés et qu'ils avaient réfléchi
qu'il fallait de la musique, que pour Barbara, c'était ce qui était juste,
surtout pas d'absence de la musique
expliqué qu'elle devait jouer, qu'elle n'était plus là, est ce que je pouvais venir
pour qu'il y ait de la musique quand même,
qu'ils avaient pensé qu'il fallait de la musique quand même.
j'avais dit oui.

On réfléchissait à faire ou dire quelque chose
on m'avait demandé de venir chanter et c'était une place particulière
venir mettre de la musique parce qu'il n'y en avait plus
ça disait l'absence
mes notes dans un endroit d'absence de notes

alors on cherchait ce qui sonnait juste - des mots ou du silence, quelque chose

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(Photo : Marylène Eytier -Aubondeclic.com)


là bas, j'étais toute seule les premières heures,
j'ai trainé dans la ville, marché jusqu'au lac
et puis je suis revenue dans la ville, près de la scène
il y avait une très vieille église, juste à côté
je suis entrée à l'intérieur
elle était très belle et très sombre
il y a des lieux de culte où je me sens très mal, pas bienvenue
là, ce n'était pas comme ça

alors j'ai proposé de chanter quelque chose
dans la vieille église, avant les concerts
un moment pour Barbara
un moment pour traverser
un moment pour le chagrin
pour ensuite écouter les concerts ou chanter sur la scène sans forcément parler du chagrin mais en ayant traversé ça
un moment pour que ce soit l'inverse d'être là à la place de quelqu'un
pour dire la place de quelqu'un
pour dire sa place, et son nom, Barbara.

Terre d'Oubli c'est un chant
un chant inventé, un chant venu tout seul
un chant comme une cérémonie et comme un cadeau
pour les morts et ce qui reste des morts dans les vivants
et pour les vivants qui vont mourir aussi, mettre le chant à l'intérieur d'eux,
pour plus tard

c'est beaucoup de choses à la fois que je ne sais pas très bien dire.

ce jour là c'était chanter pour Barbara
Barbara Weldens son nom dans nos têtes et sur les affiches
son grand sourire et son cri dans les programmes
moi je ne la connaissais pas on ne s'était pas rencontrées, j'allais dire pas encore.
chanter pour elle et pour ceux qui la connaissaient
et chanter pour dire la mort qui est venue
le dire, oui

j'avais gardé la même tenue colorée et légère que pour la scène
parce que tout le monde parlait de la joie et de la tornade de Barbara
alors je ne voulais pas me déguiser autrement - je suis restée comme ça, avec les fleurs, avec tout

On avait coupé la musique de l'église mais on entendait un concert au loin
une trentaine de personnes étaient assises dans le noir

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(Photo : Dominique Condou)

j'avais cette chanson de deuil dans les mains
cette chanson pour les morts
j'ai expliqué un peu, je n'avais rien pu préparer, j'ai bafouillé
j'ai expliqué que j'allais chanter et puis me taire
j'aurais aimé dire des choses plus justes, avec encore moins de mots.
mais finalement la seule chose que je voulais dire c'était ce qu'il y avait dans la chanson
c'était ce qui était dit avec cet endroit très ancien
avec les gens dans le noir rassemblés
et ce moment voilà rien que pour dire ça pour penser à ça
pour peut-être même pas penser, pas traverser non plus mais
être avec cette chose là, la mort de Barbara.

j'ai chanté

ensuite je me souviens de gens que je ne connaissais pas,
ils étaient dans mes bras et ils pleuraient
quand tout le monde est parti
j'ai allumé une bougie
et j'ai mis l'argent de la bougie dans le tronc des fleurs
seulement toute seule dans l'église j'ai pleuré moi aussi

c'était la chanson et ces gestes là
tout ce que je pouvais dire

Avant de quitter l'agence, Camille Hardouin a tenu à me faire un dessin... il pleurait à torrent ce jour-là. Merci à elle!

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12 août 2017

Thomas Gunzig : interview pour La vie sauvage

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(Photo : Colerebelge Branden)

Thomas Gunzig est depuis quelques années une figure littéraire et médiatique majeure en Belgique. Après l’excellent Manuel de survie à l’usage des incapables (pour lequel je l’avais mandorisé, ) le voici de retour  avec un livre formidable, La vie sauvage. Un magnifique roman d’amour, drôle, lyrique, cruel, sombre et optimiste (oui, oui, aussi) qui revisite le mythe du bon sauvage qui découvre la civilisation. Une réflexion profonde sur la sauvagerie de notre époque qui ne laissera personne indifférent.

Le 15 juin 2017, je suis allé à la rencontre de Thomas Gunzig, dans les locaux de ses attachées de presse. Rencontre avec un homme toujours en colère… mais un peu apaisé.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor4e de couverture :

Seul survivant d’un accident d’avion recueilli par des mercenaires, Charles vit durant quinze ans dans la jungle d’Afrique centrale. Lorsqu’il est retrouvé grâce à – ou à cause de – la toute-puissance de Google Maps et des réseaux sociaux, il part retrouver ce qu’il reste de sa famille en Belgique.

Là-bas, il découvre une autre sorte de vie sauvage, urbaine et polluée à laquelle il doit s’acclimater mais également une nouvelle famille qu’il doit apprivoiser. Entre sa tante obsédée par son corps et la consommation, son oncle petit politicien suffisant et véreux, son cousin ado perdu dans les tréfonds d’internet et sa cousine boudeuse et disgracieuse, il tente de comprendre ce nouveau monde.

Mais alors qu’il s’intègre doucement à la société́ civilisée grâce à ses camarades de classe et une équipe pédagogique qui rivalise d’attention pour l’aider, il met en place son plan pour retourner en Afrique retrouver Septembre, son grand amour.

L’auteur :

Thomas Gunzig est né en 1970 à Bruxelles où il vit. Nouvelliste et romancier traduit dans le monde entier, lauréat du Prix Victor Rossel, du Prix des Éditeurs et du Prix triennal du roman, il est chroniqueur à la radio RTBF et écrit pour la scène. Coscénariste du Tout Nouveau Testament récompensé par le Magritte du meilleur scénario, il travaille également pour le cinéma.

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thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandorInterview :

Comment est venue l’idée de Charles, ce personnage atypique ?

Mon précédent livre « Manuel de survie à l’usage des incapables » était une sorte de road movie qui bougeait beaucoup, là, j’ai eu envie d’un livre plus confiné avec des situations plus fermées. En lisant Le journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, j’ai été bluffé par la façon qu’il a eu de relater un milieu, un univers clôt et étouffant. J’ai ressenti le besoin d’essayer de faire quelque chose de similaire.

Pourtant, tu as toujours été fasciné par les super-héros qui ont des supers pouvoirs.

J’adore ces gens qui n’ont l’air de rien, dont on ne se méfie pas, mais qui ont une double identité. J’ai eu l’idée de cet accident d’avion, de ce bébé élevé par des militaires locaux en Afrique centrale en pleine guerre et qui finit par posséder un super pouvoir original : une super culture, une connaissance presque surnaturelle de la littérature et des sciences humaines.

Charles est aussi un adolescent qui est en proie à tous les tourments et les émotions liés à son âge.

Même s’il a été entrainé à faire la guerre, s’il a vécu beaucoup de violence, il reste un ado « normal ». Toutes ses opinions, il va les puiser dans cette culture insensée qu’il possède.

Son rapport avec les psys n’est pas brillant.

Tous les personnages du roman pensent que ce garçon est malheureux, traumatisé parce qu’il a vécu des choses terribles. J’ai l’impression un peu intuitive qu’en règle générale les gens ne réagissent jamais comme on l’imagine. Lui a traversé tout ça, mais n’a pas plus de raison d’être traumatisé par ce qu’il a vécu par rapport à ce qu’a vécu un élève du lycée.

Charles pense même que la civilisation est beaucoup plus dure que ce que lui a vécu.

Il considère que le monde et la violence qu’il a connu ne sont pas pires que celle sourde, insidieuse et quotidienne de notre monde à nous. Ici, la violence ne dit jamais véritablement son nom : la violence sociale. La violence du patron envers son employé, celle du prof envers l’élève, du psy envers son patient qui ne va pas très bien. Je trouve que toutes ces violences-là sont aussi abominables et difficiles à vivre que la violence claire et  nette de la guerre. Notre civilisation nous fait une guerre permanente et je pense que l’on peut plus ou moins essayer de résister.

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Un auteur, des livres et des chouquettes!

Charles arrive à s’adapter à n’importe quelle situation. Il est apprécié par tous.

Il a effectivement un talent d’adaptation important. Le fait qu’il dégage une impression de liberté par rapport au monde dans lequel il est le rend assez fascinant par rapport aux autres ados. Il devient vite le centre d’intérêt des garçons de la classe et objet de convoitises des filles.

Il lui faut de l’argent et il est prêt à tout pour en avoir.

Il est terriblement déterminé par rapport à sa volonté de retourner en Afrique et de mener à bien le plan qu’il a fomenter. Il doit gagner de l’argent, même si ce n’est pas de manière très noble.

Une de ses méthodes pour endormir tout le monde, c’est de faire semblant d’être naïf.

Disons qu’il ne dévoile pas son jeu immédiatement. Il en sait plus que tout le monde, mais ne dit rien en conséquence. Du coup, personne ne se méfie de lui. Aucun super héros n’arrive à un rendez-vous en disant « Batman, c’est moi ! »

C’est aussi un sacré manipulateur !

Il l’est, mais n’aime pas l’être. C’est un personnage qui a une notion très profonde de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il sait parfaitement quand il transgresse, quand il passe la frontière du bien, mais il le fait sans hésiter si c’est pour atteindre son but.

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Pendant l'interview...

Quand son « nouveau » frère lui monte le Dark Web et ce que l’on y voit, Charles est presque choqué alors que lui a connu la vraie violence.

Il a connu la violence guerrière, une violence qui a un but. Sur le Dark Web, c’est du voyeurisme malsain. On est dans quelque chose de pathologique qui dégoute profondément Charles. On devient le spectateur des monstruosités et des perversions du monde pour des petits plaisirs pervers personnels.

Tu en as vu ?

Oui, mais j’ai très vite arrêté tant cela était écœurant et insoutenable.

Selon toi, la société devient-elle complètement tarée?

La civilisation est comme un vernis. Sous ce vernis, il y aura toujours un grouillement bizarre de phantasmes, d’égoïsme et de la noirceur de l’âme humaine. Sous ses dehors reluisants, il se passe des choses sombres et terrifiantes.

Charles a-t-il de la morale ?

Il a en a beaucoup, mais il n’est pas coincé dessus. Il peut la transgresser s’il n’a pas le choix.

Y a-t-il un point commun entre ton jeune héros, Charles, et toi ?

Quand j’étais petit on m’avait diagnostiqué dyslexique. On m’avait dit que je ne pourrais pas faire des études normales. Des psys me regardaient en me disant « mon pauvre enfant ! » Je garde contre les psys une certaine rancœur parce qu’ils m’ont mis dans un enseignement spécial. Ils ont eu tort. J’aurais été très heureux de faire des études normales. Ce qui est terrible quand on est enfant, c’est de se prendre dans la figure toute cette assurance théorique et bienveillante de quelqu’un qui sait mieux que toi ce qui est bon pour toi. Cette bienveillance douce, à l’image de cette société, va t’expliquer ce qui est bien, ce qui n’est pas bien, ce que l’on fait, ce que l’on ne fait pas. C’est d’une violence incroyable, un écrasement psychique complet. Quand tu es jeune, tu ne t’en rends pas compte, mais ça te met dans une rage terrible. Tu te sens mal, tu te sens triste, tu te sens minable, tu te sens comme une petite merde.

Je comprends mieux certains passages de ton livre. L’écriture te permet d’exorciser pas mal de choses négatives alors ?

Toute émotion est intéressante si elle sert ton travail. Même les émotions négatives. La jalousie, la vengeance, la colère, l’avidité sont des émotions qui te mobilisent intérieurement et qui peuvent être un bon moteur créatif.

Paradoxalement à ce que l’on vient d’évoquer, ton livre est finalement un formidable roman d’amour.

C’est ce que j’avais envie de faire. Ça fait un quart de siècle que j’écris des bouquins et je n’ai jamais écrit d’histoire d’amour. Cela me démangeait.

La vie sauvage sort un peu du lot. Il est plus « classique », même s’il ne l’est pas totalement. As-tu eu l’impression de tourner en rond ?

Non, mais j’en ai eu assez d’écrire des livres à l’imaginaire très barrés, avec de la science-fiction, beaucoup de cynisme et d’ironie noire. J’ai eu envie de creuser un peu plus loin et de me tester à une écriture plus « classique ».

Il y a tout de même une toute petite goutte de magie et de mystère…

Je ne peux pas m’en empêcher parce que j’y crois un peu. Je suis même allé voir un sorcier qui habite à Bruxelles avec mon manuscrit Je lui ai dit qu’il fallait que ce bouquin fonctionne bien et que je passe au niveau supérieur pour que je puisse m’acheter ma maison. Le professeur Malik a fait une petite cérémonie.

Tu te moques de moi, là ?

Non, je te jure que c’est vrai. Ça m’a coûté 20 euros (rires).

La première fois que l’on s’est vu, il y a quatre ans, tu me parlais déjà de la volonté que tes livres se vendent.

Grace au cinéma, aujourd’hui, je vis mieux. Je suis moins angoissé.  Quand mon ordinateur tombe en panne, je peux m’en acheter un autre, ce qui est pour moi le luxe suprême. Maintenant, je n’ai pas encore le luxe formidable d’avoir de l’argent de côté pour me dire que si je ne gagne pas d’argent pendant trois mois, ce n’est pas grave. L’angoisse du manque d’argent est encore en moi.

Tu as donc co-scénarisé le film Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael qui est allé au Golden Globe.

Nous étions contents parce qu’avec Jaco, on a beaucoup bossé dessus. On a eu de nombreux prix et le film a eu un succès public et critique. Cela m’a permis de travailler sur d’autres scénarios.

Bande annonce de Le Tout Nouveau Testament.

Scénariste, ce n’est pas frustrant ?

Terriblement. Un scénario n’est jamais qu’une étape de travail, tandis qu’un roman se suffit à lui-même. C’est gai à imaginer, à rêver, mais ce n’est pas gai à écrire. C’est même ennuyeux.

Tu écris aussi pour le théâtre. Quel est le point commun entre toutes ses formes d’écriture ?

Le grand point commun, c’est qu’il y a toujours un spectateur ou un lecteur. J’essaie d’employer toutes les stratégies pour qu’il ne s’ennuie pas et que je le fasse voyager. Robert Louis Stevenson disait : « Tout auteur digne de ce nom doit vous arracher à vous-même ».

Il parait que tu écris pendant les heures de bureau. C’est vrai ?

Absolument. De 10 heures à 18 heures avec une pause à midi. Et je bosse aussi le week-end.

Ton cerveau a du mal à s’arrêter, à ne plus être productif.

Parfois, il a envie de s’arrêter. Depuis quelques temps, je fais beaucoup de sport. C’est ce que je fais pendant ma pause.

Intellectuellement, ça change quelque chose ?

C’est un gros shoot de bonheur intellectuel. Sur le moment, c’est un vide total mais après, sous la douche, toutes les idées se mettent en place. Mon heure de sport intense réinitialise mon cerveau.

L’hygiène de vie est importante pour écrire ?

Oui, je m’en rends compte aujourd’hui. Je fais très attention à ce que je mange. Le vin, par contre, je me dis que c’est bon pour la santé. La vie sans vin ne serait pas une vie.

Quel le but que tu veux atteindre quand tu écris une histoire ?

Je veux juste que les gens aient envie de tourner la page pour connaitre la suite de mon histoire. Rien de plus.

Tu travailles sur quoi actuellement ?

Sur une BD. Ce sera un manga « comics » dessiné par l’excellent Andréa Mutti. Je devrais avoir fini le premier tome à la fin de l’été.

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Avec Thomas Gunzig, pendant l'entretien, le 15 juin 2017.

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08 août 2017

Soan : interview pour Celui qui aboie

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(Photo : Vanessa Filho)

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorSoan nous est familier depuis 2009. Sa victoire à La Nouvelle Star en avait agacé plus d’un. Il n’est pas exagéré d’affirmer que c’est un artiste segmentant. On l’adore ou on le déteste. Je fais partie de la première catégorie. Sa voix cassée et rock qui déclame des bouts de vie, des bouts de lui… et finalement des bouts de nous, me touche. Beaucoup.

Son 5e album, Celui qui aboie, entre poésie, conscience, colère, tristesse et sourires, est un grand cru soanien. Des mots justes, tout le temps. Ça sent le tabac et l’alcool, c’est sûr, mais ça sent surtout l’authenticité, ce qui ne nuit nullement à la santé.

On a besoin d’artistes comme Soan dans ce monde musical et médiatique souvent aseptisé. Le 14 juin dernier, il est venu à ma rencontre à l’agence pour une interview, comme d’habitude, sans concession. Ça fait du bien.

Argumentaire officiel :soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

«La bêtise, c'est un type qui vit et qui dit «Ça me suffit», disait Jacques Brel. Il faut croire que Soan a su s'en inspirer. Même si cette rage de vivre l'a poussé par le passé à se brûler les ailes, c'est vers la quiétude et la création qu'elle l'emmène à présent à travers son nouvel album, Celui qui Aboie. Avec cet album, Soan s'offre un second souffle, un souffle brut, sans concession ni effets spéciaux, un retour à l'essentiel. Se plonger dans son univers, c'est découvrir un monde d'intense poésie qui prend racine à la fois dans l'interprétation emphatique de Jacques Brel et dans l'énergie du désespoir soufflée par le grunge des années 90. Dans Celui qui Aboie, Soan emprunte au grand Jacques ses histoires espiègles emportées par des musiques ourlées d'influences folkloriques. Mais Soan a aussi eu l'idée d'inviter à leur côtes Eddie Vebber (Pearl Jam) et Kurt Cobain (Nirvana) pour composer des textes introspectifs, qui reconstruisent mot à mot son monde intérieur, éclaboussé par ses trop pleins d'émotions, et qu'il chante en torturant les phrases pour en faire sortir la sincérité jusqu'à la dernière goutte. Dans ses paroles, dans ses gestes, la chanson française se réinvente et s'époumone avec la rage d'un groupe de grunge.

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soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorInterview :

Ce que j’aime bien chez toi, c’est que tu dis ce que tu penses.

Oui, je suis déjà cramé depuis un bout de temps. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais me restreindre (rires). Je suis l’oncle relou dans un diner de famille.

Tu as la même franchise que Brel. Il disait des choses géniales… et parfois choquantes.

Justement, je n’ai pas envie que mes gamins regardent des images en noir et blanc pour savoir ce qu’était le franc parler. Parfois on me dit que ce n’est plus de notre époque de parler comme ça. Mais l’époque est constituée des gens qui habitent dedans. Si je maintiens la franchise d’antan, ça reste l’époque que je veux.

Dans les médias, les gens sans filtre, c’est rare.

Ce qui me gonfle, c’est quand on me dit que je suis dans la provocation. La provocation, c’est un acte sans fond. C’est creux. Il y a toujours une raison quand je lance un missile.

Tu ne t’interdis rien en interview et dans la vie. Il en est de même dans les chansons ?

J’écris sur ce qui déborde, ce n’est surtout pas un choix. Parfois, je ressens l’envie d’écrire quelque chose, mais je ne comprends le texte que plus tard. J’essaie de faire un truc entre le conscient et l’inconscient, le rêve et le surréaliste, du coup, ça laisse un certain champ des possibles. Le tri se fait de lui-même, mais par contre je ne mets aucun filtre.

"Je suis Charlie" (maquette). Titre sur aucun support discographique.

La chanson sur Charlie Hebdo, « Je suis Charlie », ça en a titillé plus d’un par exemple.soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

Je le savais. Je m’en fous, c’est de l’art. Ça doit être libre au maximum.

On peut donc tout dire sous le prétexte que c’est de l’art, alors !

Pour moi, oui. On  devrait pouvoir tout dire, mais je ne pense pas que l’on puisse vraiment le faire.

Il est clair, qu’aujourd’hui, il y a une bien-pensance en France qu’il n’y avait pas avant. Le sketch de Desproges sur les juifs serait immédiatement interdit.

Ça a même fait marrer Anne Sinclair qui était son amie. Il lui a envoyé le texte original pour lui faire valider, parce qu’il avait un petit doute quand même.

Ton public t’aime tel que tu es. Vrai.

Si je n’étais plus vrai, si je me mettais à jouer le jeu, je perdrais mon public. La plupart des gens qui m’apprécient, c’est aussi pour ça. Comme Renaud à l’époque. Tu sais, le chanteur énervant.

Tu vas sur RTL dans les Grosses Têtes. Ce n’est pas très rock ça !

Ruquier m’a toujours soutenu, je lui devais bien cette venue. C’est une raison humaine.

C’est toujours la personne que tu as en face de toi qui prime.

Je suis en permanence en recherche de chaleur et de sensibilité intellectuelles.

Clip officiel de "Celui qui aboie" extrait de l'album Celui qui aboie.

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorParlons de ton album. Tu l’as enregistré très rapidement. Pourquoi dis-tu que c’est un album « parenthèse » ?

Je n’ai pas écrit cet album d’un trait. J’ai récupéré des anciennes chansons que les gens me réclamaient parce que je les chantais sur scène, mais elles n’étaient pas enregistrées. Il y a aussi trois nouvelles chansons. C’est un album « parenthèse » parce que je n’en attendais pas de moi à moi-même autant que d’un album normal. C’est plus un cadeau pour mon public.

Excuse-moi de te poser cette question, mais tu étais malade lors de l’enregistrement. Ça a changé quelque chose ?

Non, à part que ma voix était encore plus éraillé que d’habitude. Comme c’était un album un peu « entre nous », ce n’était pas gênant. Quand je monte sur scène et que je suis triste, je dis que je suis triste. Quand j’ai la pêche, je monte sur scène avec la pêche. Je n’ai jamais pris les gens pour des cons. Là, je crois pouvoir dire que c’est l’album le plus sincère que j’ai fait. C’est comme si je jouais dans le salon des gens.

La spontanéité équivaut à l’authenticité et à la sincérité ?

Parfois, je me suis un peu perdu. Le troisième album, Sens interdits, par exemple, est complètement foutraque. Pour ce nouveau disque, on a posé le cerveau à l’entrée du studio et on a fait de la musique.

"Wendy" extrait de l'album Le chien qui aboie en live pour l'émission Le pont des artistes (juillet 2017).

Je vais te poser une question de journaliste débutant. Celui qui aboie est l’album qui te ressemble le plus ?

Non, c’est celui d’avant qui me ressemblait le plus. Retourner vivre était un joyeux merdier. Il y avait du punk, du piano-voix, des trucs un peu cubains… Moi, dans ma tête, c’est très bordélique. Celui-là est juste une partie de moi. Ca ressemble à ce qui m’a forgé : les petits bars.

Là, effectivement, c’est guitare, harmonica, voix… ce n’est pas la grosse production.

J’ai la chance que mon public me suive. On donne toujours des rendez-vous à l’aveugle quand on fait ce métier. Quand tu sors un disque, c’est comme tu donnes rencard à une gonzesse. Elle viendra ou elle ne viendra pas. J’évite de réfléchir à ça, sinon, tu écris sous l’œil de l’autre… et ça, ça me fait trop peur.

Il ne faut rien s’imposer ?

Il faut s’imposer des choses de soi à soi-même, pas en fonction de. J’ai mes exigences envers moi-même, ça s’arrête là. Ce qu’en pensent les autres, je n’y peux rien.

Tu t’en fous réellement de ce que pensent les autres de toi ?

Le plus possible.

Sinon, ça parasite la création ?

Oui. C’est ça qui a fait que je me suis perdu au troisième album. J’ai essayé de prouver des trucs. Ça ne me réussit pas. Ce n’est pas mon meilleur disque, ça c’est sûr. Ne l’achetez pas !

"L'inattendue", extrait de l'album Le chien qui aboie en live pour l'émission Le pont des artistes (juillet 2017).

As-tu l’impression d’être incompris ?

Non, j’ai l’impression qu’il y a du nivelage vers le bas qui fait que quand il y a plus de huit mots dans une chanson et qu’il n’y a pas de vocoder, on présume que les gens ne comprennent pas. Il y a un public pour la poésie, c’est juste qu’on ne laisse pas la place aux artistes qui en font. Un projet comme le mien n’est pas une évidence, mais je reste persuadé que si certaines de mes chansons passaient à la radio, elles marcheraient. Louise Attaque, ça a bien marché et c’était quand même du texte.

Pourquoi es-tu parti t’installer à Narbonne ?

J’en avais marre de Paris. De ne pas voir loin, de ne pas avoir de perspective, ça m’angoissait un peu.

Depuis que tu vis au soleil, est-ce que cela a modifié ton état d’esprit et donc ta façon d’écrire et de composer ?

La seule modification, c’est la lenteur. Je prends beaucoup plus de temps. Je me laisse un peu vivre, du coup, les idées viennent mieux. C’est moins chaotique, moins laborieux. Je ne me sens plus dans une urgence absolue. Désormais, l’urgence se fait quand j’acte, c’est-à-dire quand je suis en studio ou sur scène.

Et quand tu reviens à Paris, tu le vis comment ?

C’est un supplice. Je suis dégouté. En plus, je ne viens pas pour chanter, mais pour faire la promo.

Ça t’emmerde vraiment la promo ?

Complètement.

Merci d’être là alors !

(Rires). Dans une interview en Suisse, il y a une meuf qui me demande ce qui me fait chier dans la promo. J’ai répondu « y être ! »

J’avoue, moi-même, ça m’emmerde de poser des questions sur les chansons des artistes que je reçois, partant du principe que tout devrait être dit dedans.

C’est ça ! Trop expliquer les choses, c’est comme expliquer une vanne, c’est le meilleur moyen de ne pas être drôle. C’est un exercice compliqué. Et puis, avec tout ce qu’il se passe en ce moment, tu as l’impression de prendre du temps de parole pour un peu t’autobranler. Parfois, je me demande si tout cela est  bien légitime.

Le fameux problème de légitimité !

J’essaie de ne pas y penser, ça me terrorise.

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(Photo : Vanessa Filho)

J’ai relevé cette phrase dans une de tes chansons : « C’est affligeant les imbéciles qui se mettent à penser haut ». Tu parles des réseaux sociaux évidemment.

C’est la phrase préférée de ma petite sœur. Je ne parle pas des réseaux sociaux, j’ai pensé ça au coin d’un bar. Cela dit, un bar, c’est un réseau social. Il y avait un mec raciste avec une super grande gueule et il ne disait que de la merde. C’est à ce moment que j’ai pensé à la phrase que tu viens de citer.

C’est notre époque.

En effet, aujourd’hui, il n’y a plus que des imbéciles qui pensent super haut.

Qu’est-ce que c’est un imbécile pour toi ?

C’est quelqu’un qui ne cherche pas à être plus que ce qu’il est, qui n’a pas cette exigence envers lui-même de faire mieux que la veille. C’est affligeant et flippant. C’est ça qui nivelle tout vers le bas. Je suis peut-être paranoïaque, mais je ne pense pas que tout cela soit le fruit du hasard. On essaie de faire en sorte que les gens réfléchissent de moins en moins, qu’ils consomment de plus en plus et que, si possible, ils se taisent. Un mec comme Hanouna est fait pour vendre de la pub et c’est tout. Tout ce qui lui arrive actuellement, c’est bien fait pour sa gueule. En politique, c’est pareil. Quand on a eu Chirac, on pensait avoir touché le fond, le mec a rien branlé, après on a eu Sarko, on s’est surpris à regretter Chirac, et après on a eu Hollande,soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor on a presque regretté Sarko et là… on va trouver du pétrole.

J’ai cru comprendre en effet que Macron n’était pas ta tasse de thé. Tu as défendu officiellement Mélanchon à fond lors de la campagne présidentielle. Tu as chanté lors de ses meetings. Dans tes chansons, tu ne parles pas de la société comme Renaud le faisait, genre « société, tu m’auras pas ! »

Je n’aime pas bien livrer le truc clé en main. J’aime mieux que chacun en fasse ce qu’il veut. Les trucs politiques, c’est très contextuel, donc si tu te mets à écrire sur telle ou telle personne, dans cinq ans, ça n’a plus lieu d’être. J’essaie d’être un peu plus vague. De toute manière, les textes très concrets engagés, je ne sais pas faire. Parfois, quand on me dit que ce que je fais ressemble à du Mano Solo, ça me fait marrer. Lui aussi, ça le faisait marrer. J’écris comme un parfumeur fait son parfum. J’aime quand mes chansons sont comprises par les sens et pas par le cerveau.

Set de 3 titres (La chute-De mémoire d'enfant-Fakir) en soutien à la Marche de la France Insoumise pour la VIeme République le 18 Mars 2017, Place de la République à Paris.

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorY a-t-il des artistes français d’aujourd’hui qui te plaisent ?

Fauve, je trouvais qu’il y avait un truc. Ils étaient bien dans l’époque. Autrement, ceux que j’aime en France, ce ne sont pas des gens qui font références. Je n’écoute d’ailleurs pas beaucoup de Français. Je reviens vite à Jacques Brel.

Il n’y a pas grand-chose de mieux qui s’est fait depuis ?

Niveau exigence d’écriture, personne ne lui arrive à la cheville. Je me mets évidemment dans le lot. Christian Olivier des Têtes Raides fait partie des meilleurs, je tiens à le dire. Un mec de ma génération ? Dorémus m’a parfois mis sur le cul. Il a une plume de ouf, mais sur le fond, ça ne raconte pas grand-chose. Ce qu’il se passe dans la cuisine des gens, ça ne m’intéresse pas.

Quelqu’un comme Stromae t’intéresse ?

J’ai un problème avec le support musical. C’est un peu trop clubbing pour moi. Ce qui est bien dans ce qu’il fait, c’est que ce n’est jamais du rien, alors que le format sur lequel il se pose est un truc qui trimballe du vide habituellement.

Comment sait-on que l’on a fait un bon texte ?

Si tu fais rimer amour avec toujours, il faut arrêter la musique (rires). C’est tellement souvent le cas. Plus que jamais, je me laisse aller à ma folie littéraire. Personnellement, si une chanson que j’écris ne me met pas la chair de poule la première fois que je me la chante, c’est que c’est de la merde. Du coup, poubelle. Je suis sans pitié. Sur ce que j’écris, il y a seulement 5% que je garde.

Il y a pas mal de déchets alors ?

Moins maintenant parce que je connais mon domaine de compétence, donc, je ne m’aventure plus là où je ne sers à rien. Il y a un vrai tri dans ma tête avant que je prenne le stylo en main. S’il n’y pas l’étincelle qui me donne la nécessité d’écrire la suite, en général, j’abandonne.

Tu doutes de toi ?

Tout le temps, mais c’est moteur. Ca force à aller plus loin que soi-même tellement c’est paralysant. Ma pire angoisse, c’est de ne plus écrire. A chaque chanson finie, je me demande s’il y en aura une suivante.

Tu me parles de la perte d’inspiration ?

Ou de trop savoir faire la même chose. A un moment donné, Renaud avait arrêté de faire ses musiques parce qu’il ne faisait que du Renaud. Il avait l’impression de tourner en rond. Moi, je me demande si je verrai venir le jour où ça arrivera. Je ne veux pas faire du Soan bis repetita.

Tu fais du Soan parce que tu es Soan. On appelle ça une patte.

Je ne veux pas me caricaturer. Je veux me mettre en péril à chaque fois. Pour y parvenir, ça revient à te foutre de ce que vont penser les gens. Si tu fais en fonction de, en tenant compte du fait qu’il ne faut pas faire la même chose qu’avant, ça devient insupportable.

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soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorJean Corti participe à ton album. C’est symbolique, il est là parce qu’il a été accompagnateur de Brel ?

Je le connais bien, on s’entend à merveille. Pour moi, c’est le grand-père idéal. Se dire, «  j’ai le même accordéoniste que Jacques Brel », au niveau ego artistique, ça le fait, mais il n’aurait pas eu cela dans son cursus, j’aurais quand même joué avec lui. J’adore les symboles et le sacré de manière générale.

Tu acceptes les critiques ?

Si, c’est Christian Olivier qui rentre dans un studio pour me dire que c’est de la merde… et vice versa.

Tu l’acceptes de tout le monde ?

Evidemment non. Ca dépend de l’intention. Il faut voir pourquoi on me dit ça. S’il y a un fond derrière ou si c’est juste pour me balancer une crotte de nez. Dans ce dernier cas, ça peut être ma main dans la gueule. Un minimum de bienveillance ne fait de mal à personne.

Ecrire, c’est une forme d’engagement ?

Oui, c’est défendre une forme de beau au milieu du chaos.

Questionne conne. Est-ce que si des extra-terrestres tombaient sur ton disque, ils connaitraient le monde et son état ?

Peut-être. Ils se diront au moins : « le mec a besoin d’aller si loin dans le surréalisme tellement le réel est anxiogène de nos jours ».  En tout cas, ils n’auront pas toutes les clés en écoutant ce que je fais.

Tu es heureux dans ce métier ?soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

Non, mais pas plus qu’ailleurs. J’ai toujours une partie de moi qui est suicidaire et une autre qui est super utopiste. Je suis moitié complètement dépressif et moitié en attente du lendemain et des jours meilleurs.

Heureusement, tu es toujours là.

C’est quand même assez tentant de se foutre en l’air dans le monde dans lequel on vit. Au moins, tu règles le problème par le vide.

Tu n’as pas peur de la mort ?

Non. Vivre est bien plus dur. Vieillir c’est plus dur que mourir.

L’inconnu ne te fait pas peur ?

Non, au contraire. C’est le connu qui me fait peur. Chaque jour se ressemble, le train-train quotidien, c’est mon angoisse principale.

Quel est ton rapport à la liberté ?

Quand on parvient à être libre, malgré tout, on est libre dans un carré. La liberté absolue n’existe pas.

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Pendant l'interview...

Ton grand-père était un grand résistant à Lyon. Il a côtoyé Jean Moulin et ses amis. Pour toi, aujourd’hui, c’est quoi résister ?

Aujourd’hui, j’ai une maladie de merde, la fibromyalgie, une maladie de merde qui nique mon énergie et mes muscles, c’est encore une raison de plus de me battre. Résister, pour  moi, c’est aussi être bien dans mes pompes, pouvoir me regarder dans une glace, ce n’est plus forcément monter des barricades. Résister, c’est faire face à l’adversité avec un gros doigt d’honneur. J’ai arrêté les grandes ambitions mondialistes, aimons nous les uns les autres et tenons-nous la main, faisons une grande chaîne autour de la Terre, c’est fini pour moi… c’est un peu enfantin.

Chanter, c’est résister ?

Oui. C’est être le témoin que la poésie compte. Remplir une salle avec des personnes qui attendent que je leur chante des textes poétiques est la preuve pour moi que tout n’est pas fini.

Ton métier n’est pas le plus beau du monde ?

Ça devrait l’être. Quand je suis sur scène, quand je suis en studio avec mes potes, mais franchement, tout ce qu’il y a autour, je m’en passe. La musique rapporte de plus en plus de pognons, mais les artistes en touchent de moins en moins. Tu es toujours sur la brèche, tu ne t’arrêtes jamais pour pouvoir  maintenir le petit truc que tu as. Ou alors, tu es dans le consensus et tu fais ce que l’on te demande.

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Après l'interview, le 14 juin 2017.

02 août 2017

Dimoné : interview pour l'EP Épris dans la glace

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(Photos : en haut, Marc Gaillet. En dessous, Emmanuel Crombez)

dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorAprès avoir été le coup de cœur de l'Académie Charles Cros pour son album Bien Hommé, Mal Femmé en 2015, Dimoné a sorti l’EP Épris dans la glace. Il porte le sceau du Québec, de ses hivers, de la neige et de la solitude des nuits glacées. Le disque a été entièrement enregistré au Studio le Nid du réalisateur Pilou situé à Saint-Adrien. Les deux se sont rencontrés lors de l’un des passages de Dimoné au Québec où sa carrière décolle peu à peu et où il va régulièrement en tournée.

Audacieux sur la forme et le fond, il est habité par sa voix inoubliable qui raconte les tumultes obsessionnels de psychés égarées entre schizophrénie et introspection.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Dimoné, déjà mandorisé au  mois de juillet 2015 (à lire ici), mais j’ai souhaité une deuxième rencontre. Ce 9 juin 2017, une heure avant son concert Je et je fondent au 104 à Paris, je n’ai évidemment pas rencontré le même artiste, puisque celui-ci est multiple. J’ai essayé d’aller encore plus loin pour tenter de comprendre qui est caché derrière ce « démon » de la musique française.  De là à dire que j’y suis parvenu…

Biographie officielle:

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. À rebours des chroniques du quotidien, son écriture affutée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

Argumentaire officiel de l’EP  Epris dans la glace :dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandor

« Le Québec m’oxygène l’imaginaire, en plus d’aller y jouer régulièrement à toutes les périodes, comme prochainement où les frimas sont au climax, j’ai la chance d’y avoir enregistré le 5 titres « Epris dans la glace ». »

Un 5 titres en guise de visa vers là où tout recommence, où tout s’abolit. Une remise à zéro Celsius des compteurs pour un disque inspiré et enregistré sous des latitudes boréales.

Une poignée de chansons aux reflets blancs qui sont autant de spectres que de silences, cheminant par les vaisseaux de notre corps sur un territoire sans traces.

Un prisme par lequel se cristallisent nos ailleurs bariolés, en de probables provenances s’ils ne sont pas présages.

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dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorInterview :

En quelle année es-tu allé au Québec la première fois?

Il y a très longtemps, en 1991, mais c’était un voyage familial. J’aime cet endroit pour toutes sortes de raisons. J’ai perçu une sensation de ce qu’étaient les colonies. Ce n’est pas parce que je suis en France que je ne suis pas un descendant colon. Je suis un descendant de ces gens qui ont parcouru le monde et qui ont fait des colonies quelquefois.

Soyons franc, les chansons de l’EP ont été conçues ailleurs qu’au Québec.

C’est vrai, quand je suis arrivé là-bas, j’avais les chansons, certaines étaient même déjà maquettées.

Le lieu influence-t-il la façon de travailler ?

Oui. Surtout que j’ai enregistré avec Pilou. Il a une carrière musicale dans son pays (Ariane Moffat et d’autres artistes québécois). Il a non seulement un studio magnifique, chez lui, dans les bois, mais surtout une manière de composer qui privilégie le sensitif par rapport à cette satanée langue française qui est un fer de lance là-bas et qui fait partie du paysage émotionnel.

Au Québec, on parle beaucoup musique, pas seulement des textes.

Tu as raison. A la fin d’un concert, on va aussi bien me parler des paroles que d’un son de guitare. Chose qu’en France, on ne fait pas. Ici on dit : « Oui, la musique était trop forte par rapport aux paroles ! »

Teaser de l'EP Épris dans la glace.

Pierre Guénard, le chanteur de Radio Elvis, me disait qu’en interview, les journalistes québécois dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorleur parlaient beaucoup musique, ce qui n’est peu le cas en France.

Je n’ai pas de pitch tout fait quand je parle de mes chansons. Je prends ça sous l’égide d’une conversation. Parfois, en France je dis des choses absconses, je me la raconte poète, chanteur… Au Québec, ils s’en branlent. Ils veulent savoir comment je fabrique mes chansons et que j’explique ma musique. J’ai l’impression que les québécois me disent : « me la raconte pas, on t’as vu arriver ! » (rires)

Tu aimes beaucoup le Québec ?

J’adore.

Tu t’exilerais bien là-bas ?

Non, je suis un mec de soleil.

Que pensent-ils de toi au Québec ?

Je ne sais, je suis juste repéré comme un renard argenté, mais pas comme le loup blanc.

Pourquoi simplement un EP ? Tu ne nous as pas habitués à ça.

C’est sûr qu’habituellement un mec de ma génération ne sort pas un EP. Cela est réservé aux primo-arrivants. Justement, au Québec, je me suis senti un primo-arrivant. Il y avait aussi une histoire de rapidité. Je n’avais pas encore assez de chansons pour faire un album.

"La grande allée", extrait de l'EP Épris dans la glace.

dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorComment l’EP a-t-il été accueilli au Québec ?

D’abord, il y a eu la pochette. Certains l’ont trouvé trop caricaturale. Ils ont eu peur que ce soit trop folklorique. En m’interviewant, une journaliste est rentrée par cet angle-là. J’ai senti qu’elle se disait : « qu’est-ce qu’il va nous faire ce français-là. Il va se mettre à cheval sur un caribou tenu en laisse avec la carte du Québec en guise de selle… Il nous prend pour qui ? »

Et au niveau de ce que tu racontes dans tes chansons ?

On m’a affilié à une certaine poésie. Pas vraiment surréaliste, mais quelque chose de plus sensorielle que descriptive. A la française, quoi ! Je me suis senti perçu dans quelques regards et réflexions, ça m’a flatté.

Tu as fait une tournée québécoise cet hiver. Comment cela s’est passé ?

Sans se la raconter, on a eu plein de fois des standings ovation. Je me suis demandé si c’était dans les habitudes des québécois de se lever pour applaudir lors de la dernière chanson avant de rentrer chez eux  ou si c’était parce qu’ils appréciaient. J’ai trouvé ce public plus participatif. J’ai trouvé que le québécois avait beaucoup de pudeur mélangé à du pragmatisme et du mysticisme. C’est d’une richesse folle pour nous, artistes français.

Clip de "Indigo", extrait de l'EP "Épris dans la glace".

Tu as eu l’impression de repartir à zéro ?dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandor

Je suis allé là-bas comme un piège. Prudemment. Encore une fois, au Québec, on parle français, mais c’est tout. Je suis venu comme un étranger qui a envie que la rencontre se fasse.

Tu aimes te renouveler régulièrement… en participant à un groupe comme Bancal Chéri par exemple.

Je ne cherche pas à être découvert. Je ne vais pas te faire une fausse coquetterie, mais j’ai 50 ans. On ne va pas découvrir un vieux quand même ! Si je ne prends pas les choses à rebrousse-poil ou avec mes potes Nicolas Jules, Imbert Imbert et Roland Bourbon de  Bancal Chéri, je n’existe pas.

Dans la profession, on est tous d’accord pour dire que Dimoné est le haut du panier.

Ça me fait plaisir si c’est le cas, mais ce n’est pas quelque chose qui berce mes soirées.

Je crois savoir que tu vas faire évoluer Dimoné…

Il y a des choses qui vont changer. Le chiffre rond de 50 ans m’appelle, m’interpelle. J’ai déjà initié la suite, mais il est trop tôt pour que je t’en parle.

Bref, tu vas jouer en groupe.

Voilà, avec des garçons de tempéraments.

Déjà avec Jean-Christophe Sirven, c’est hyper rock.

Oui et j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui. Ça va me faire drôle de ne pas l’avoir à mes côtés. Je sais qu’avec le changement que je vais proposer, le regard et l’intérêt sur moi ne serons pas les mêmes.

Tu vas abandonner ton ancien répertoire ?

Pas du tout, il y aura aussi des nouvelles chansons, mais on accueillera des anciennes dans le set.

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Pendant l'interview... 

Tu as tout fait dans ce métier avant d’accéder au statut de chanteur.

Je suis intermittent du spectacle depuis très longtemps, à différents postes en effet. J’ai fait les éclairages d’une troupe de théâtre, mis des micros à Annie Fratellini, fait de la régie plateau, monté des gradins, monté des scènes pour des artistes dont je n’appréciais pas vraiment le travail. J’ai réussi à dissocier les artistes de l’humain. Je sais ce que c’est de monter une scène et, d’un coup, accéder à l’allégorie pour y monter. Il a fallu que j’identifie le périmètre pour y accéder sans que plus rien n’ait de secret pour moi. Ça m’a préservé du danger.

Le danger de se prendre au sérieux ?

C’est exactement ça.

Si on fait le bilan de ta vie professionnelle, tout va bien ?

Je suis très heureux de la manière dont elle est menée parce que je fais ce que j’aime. C’est important. J’ai eu des moments plus nécessiteux dans mon existence. Artistiquement, je suis en accord avec ce que je produis et ce que je désire. La part de rêverie que je m’autorise à avoir, je l’ai cimenté. Et puis, je suis bien entouré.

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Après l'interview le 9 juin 2017 au 104.

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31 juillet 2017

Cyril Adda : interview pour l'EP Épreuves

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(Photo : Benjamin Chauvet - Artwork :Florie Adda)

cyril adda,épreuves,interview,mandorLongtemps, le parcours de Cyril Adda a été marqué par le piano-jazz, aujourd’hui, sa musique (plus moderne) s’est métamorphosé en pop, teintée de soft-rock. Ce nouvel EP, Epreuves, à pour point de départ sa rencontre avec Etienne Champollion et l’ensemble qu’il dirige, DécOUVRIR (orchestre de chambre de 5 musiciens). C’était il y a deux ans, lors d’un concert commun qu’ils donnaient au Studio Raspail à Paris. De cette collaboration, ce projet discographique est né. Cet EP reprend d’anciens morceaux joués sur scène depuis des années, mais quelques nouvelles complètent le tableau. Mine de rien, Cyril Adda est un chanteur subversif. Il interprète des paroles justes, sensibles, intimes et qui souvent bousculent… ceux qui l’écoutent et parfois l’ordre établi. Méfiez-vous de lui !

Vous pouvez écouter ces chansons .

Toutes les photos (sauf celles à l'agence) sont signées Benjamin Chauvet et l'Artwork, Florie Adda.

Le 14 juin dernier, Cyril Adda, que je connais pourtant depuis longtemps, est venu à l’agence pour une première mandorisation.

Biographie officielle :

Musicien autodidacte qui fréquentait peu les conservatoires et les écoles de musique, Cyril Adda a surtout pris goût au travail en s’amusant. Après une première tentative en tant qu’auteur, compositeur et chanteur au sein du groupe Les Rats de Marée, c’est finalement vers un projet plus personnel qu’il s’oriente en 2010, d’abord en solo, puis en trio.

Il sort un premier EP, 5 titres, A l’Etroit, en octobre 2014, recueil de chansons swing qui lui a permis d’enchaîner plusieurs séries de concerts dans les bars, théâtres, salles de concert et festival de la France entière.

Argumentaire officiel (très écourté) d’Epreuves:cyril adda,épreuves,interview,mandor

Cet EP enregistré entre novembre 2015 et juillet 2016 met en scène des personnages, raconte des histoires, des épreuves aussi, des bout de chemin de vie dont les protagonistes, témoins de notre époque, expriment une certaine réalité  sociale. Tour à tour, il y est question d’engagement, de résignation, de révolte, de douce poésie contemplative. Cyril Adda est accompagné de Xavier Roumagnac à la batterie et Bertrand Beruard à la contrebasse, la guitare et à la basse. Epreuves, qui se veut définitivement plus chanson, plus pop (l’apparition d’une guitare et d’une basse électrique a ouvert le champ des possibles), plus intime que le précédent, a reçu le soutien de la SACEM (programme d’aide à l’auto production 2017). Le projet scénique Cyril Adda Trio est accompagné par la ville de Créteil pour la saison 2016-2017 (Créteil en Scène).

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cyril adda,épreuves,interview,mandorInterview :

J’aime beaucoup la tournure que prennent tes chansons. Ce mélange de chansons de facture classiques avec des chansons plus « modernes » est très réussi.

Je sais qu’avec un titre comme « L’héritage », que j’avais d’ailleurs joué au Pic d’Or, très cool, avec des violons, je ne vais pas faire des concerts dans toutes les SMAC (Scènes de Musiques Actuelles) de France. J’avais un répertoire plus jazzy, donc j’ai fait un EP de transition. J’ai des envies de « programming » (beats, basses, synthés…), de choses plus electro. J’ai fait des tentatives encore un peu timides.

Oui, dans « La dem », « Les nuits blanches » et « Les actualités » par exemple.

Les titres pairs sont les chansons plus classiques, « Le manque », « Oreste » et « L’héritage », toutes arrangées par Etienne Champollion et les titres impairs sont mes tentatives de chansons plus actuelles. Je les ai intercalées et il me semble que c’était le bon choix pour l’écoute. J’essaie d’avancer et j’ai la ferme intention de sortir un prochain disque assez rapidement. Entre mon premier EP et celui-ci, il s’est passé 3 ans. C’est trop.

Teaser de l'EP Épreuves.

Pour la suite, tu n’as pas peur de changer de style trop radicalement ?cyril adda,épreuves,interview,mandor

Si. Ce changement est aussi la migration d’un réseau vers un autre, d’un microcosme professionnel à un autre. Passer de la chanson aux musiques actuelles n’est pas une sinécure. J’essaie d’opérer ce changement de manière pas trop violente. Les artistes comme moi, on a peur du vide, on a peur de disparaitre. On veut exister à tout prix. On annonce sur nos réseaux le moindre concert dans des salles, la moindre interview… Il faut qu’on arrête de se mettre une telle pression. Désormais, je suis prêt à tout perdre pour avancer. Les professionnels du secteur ont deux définitions du métier : la chanson de parole et la chanson de divertissement. J’en ai un peu marre de ce clivage.

Dans ta chanson « Les nuits blanches », tu évoques les personnes qui travaillent la nuit. C’est une chanson contestataire que j’adore.

Je raconte la vie de personnes qui souhaitent ardemment faire la révolution, mais qui ne la font pas quand ils reçoivent leur salaire. Nous sommes nombreux à courber l’échine et à dire merci.

"Les actualités", enregistré en live à la Scène du Canal le 9 novembre 2016.

cyril adda,épreuves,interview,mandorTu n’es pas un chanteur engagé, mais tu dis beaucoup de choses sur la société, un peu comme Souchon.

Tu parles bien de moi là. Je ne suis pas habitué à ce que l’on comprenne du premier coup ce que je veux dire et ce que je veux insinuer. Je ne m’assume pas comme un chanteur engagé parce que c’est trop compliqué aujourd’hui. Le monde, l’économie… tout est trop compliqué. On ne peut pas faire la morale aux gens frontalement, j’essaie de trouver un moyen détourné.

Comme dans « Les actualités » ?

Oui, le mec dont je parle à plein de bonnes attentions, il souhaiterait s’investir pleinement dans de grandes et nobles causes, mais il ne fait rien au final parce que sa condition l’en empêche. Il ne parvient pas à franchir le cap du risque à prendre. La peur de la perte de confort et le manque de temps sont les deux principales raisons de ne pas aller jusqu’au bout des choses.

Et toi, tu y parviens ?

Si je touchais un gros héritage par exemple, j’arrêterais probablement de tout cumuler. Je travaille dans le milieu culturel, mais j’aimerais me consacrer à 100% à mon travail artistique. C’est un luxe que j’aimerais atteindre à terme. En tant qu’artiste qui essaie d’émerger, je suis pris dans une spirale infernale. Je suis tout seul, sans aucune autre structure que la mienne. Je dois tout faire du matin au soir, la musique, les concerts, la promo, les interviews, l’administration, la comptabilité donc, je suis malheureusement un peu séché pour m’investir pour les autres et notamment pour donner de l’énergie dans certaines causes humanitaires. Il faudrait que j’arrête de vouloir tout faire. Au début, c’était une fierté de dire aux autres : « regardez, j’y arrive tout seul », mais avec le temps j’ai compris que cela pouvait être un handicap à terme.

J’ai l’impression que toutes tes  chansons évoquent la faiblesse de l’homme.cyril adda,épreuves,interview,mandor

Je suis inspiré par des sujets qui sont de l’ordre du sensible et du social, alors on retrouve dans mes chansons du fatalisme, de l’injustice, de l’impuissance face à la mort et la détresse.

Tu es un très bon mélodiste.

Je conçois systématiquement une chanson à partir de l’harmonie et de la mélodie.

Tes chansons sont fournies en texte.

Quand je trouve un thème, j’essaie de le développer de manière complète presque comme une dissertation (rires), mais après tout, je revendique faire de la chanson à texte. Il y a donc beaucoup de contenus : détails et images. Mon travail est fait avec honnêteté et amour, cet EP est donc un objet sincère.

Cet EP est plus personnel que le premier, non ?

Oui, dans le premier, il y avait beaucoup plus de rôles de composition. Avec Epreuves, je me livre plus.

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Le 14 juin 2017, après l''interview.

27 juillet 2017

Marengaux : interview pour son EP L'écorce ou les racines

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19553253_883539851795125_1125901900_n.jpgVainqueur du tremplin C’est leur tour de la ville des Herbiers et sélectionné au Pic d’Or en mai dernier, Marengaux est un nouveau venu sur la scène pop-rock française. C’est d’ailleurs lors du tremplin tarbais que je l’ai vu pour la première fois. Il m’a tapé dans l’œil. J’ai trouvé sa pop très efficace et sa voix excellente. Je suis très sensible aux voix. C’est la première chose qui me touche dans une chanson. À l’occasion de la sortie de son premier EP, L’Écorce ou la Racine, et avant sa participation à La Truffe d’argent de Périgueux (concours co-organisé par la ville de Périgueux et l’association CLAP en partenariat avec France Bleu Périgord) le 25 août prochain, je lui ai demandé de me rejoindre chez moi le 13 juin dernier pour faire plus amples connaissances.

Vous pouvez écouter les 4 titres de l’EP + trois versions remixées ici. Ecrit, composé et arrangé par Marengaux, réalisé par Tedi Nano, mixé par Mr Goazman et masterisé par Raphaël Jonin.

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artworks-000191017623-nqvsew-t500x500.jpgInterview :

Tu as 37 ans, le grand public ne te connait pas, mais tu es musicien depuis 25 ans.

J’ai démarré à la guitare et j’ai joué dans pas mal de groupes dès mon plus jeune âgee. Je jouais sans cesse. Au début, j’étais dans un trip guitar hero, du type Van Halen, Joe Satriani et compagnie. Pendant plusieurs années, j’étais à fond sur la technique guitaristique. Malgré mon amour pour le rock, j’ai pris des cours de classique et de jazz. Je voulais avoir de solides bases pour ensuite faire ce que je voulais de mon instrument. Très vite, j’ai composé des morceaux, mais vers 18 ans, je me suis focalisé vers les reprises Avec un copain batteur, on se spécialisait sur tel ou tel groupe et on reprenait tout son répertoire. Pour gagner un peu d’argent, on jouait au Guiness Tavern, rue des Lombards. On avait un répertoire qui allait de Francis Cabrel à Korn. C’était mon job étudiant.

Et ensuite ?

Avec ce copain batteur, on voulait continuer à jouer ensemble. Nous avons monté un groupe de rock en français avec un bon chanteur. Moi, j’étais compositeur et guitariste. Ça a duré près de 8 ans. Nous avions l’accréditation pour jouer dans les couloirs du métro. On a fait pas mal de scènes dans des conditions ubuesques jusqu’à des premières parties pour des groupes comme Blankass ou Aston Villa. On a joué aussi dans des festivals sur des deuxièmes scènes, entre Raphael et Bénabar.

Clip de "Marilyn"

Comment as-tu pris la décision de devenir chanteur ?

Le groupe s’est cassé la gueule, même si nous sommes restés très copain. Je remonte un groupe avec le chanteur et un troisième musicien. Je prends en charge la composition des lignes de chant. J’ai un home studio chez moi, je me mets donc à chantonner pour les maquettes. De fil en aiguille, je décide de faire des chansons pour d’autres artistes. Je pensais à Ridan ou à Hubert-Félix Thiéfaine. Les réactions que j’ai eues de Ridan et du manager de Thiéfaine m’ont surpris. Ils trouvaient ma voix intéressante et ils me conseillaient d’interpréter ces chansons moi-même. Je ne me projetais pas du tout ainsi et n’avais pas l’intention initiale de me mettre en avant. Je n’ai pas l’âme d’un leader. Assumer un projet musical complètement, le porter seul sur mes épaules n’était pas dans mes prévisions.

Y a-t-il eu un déclic te permettant de comprendre le chemin musical à emprunter ?

Oui, quand je suis sorti de mon trip guitar hero. Quelqu’un m’a conseillé d’écouter Jeff Buckley et Nine Inch Nails. Nine Inch Nails, j’ai adoré les mélodies et les arrangements. J’ai pris gout à l’aspect composition de chansons par ces deux artistes. Ça reste aujourd’hui encore deux influences majeures.

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Tu as des influences françaises ?

Oui, des artistes comme Daran, Thiéfaine, Bashung, Biolay, Les Innocents ou Aston Villa. Les quatre morceaux de l’EP sont variés car ils font le lien avec toutes ses influences.

Justement, raconte-moi l’histoire de cet EP.

En 2014, un copain qui avait un studio m’a incité à arrêter de maquetter mes morceaux, mais de les enregistrer enfin  pour en faire un EP. J’ai un gout prononcé pour les arrangements, alors il a fallu que j’allège un peu ce que j’avais fait. On a pas mal bossé pour que l’on retrouve l’émotion qu’il y avait sur les maquettes. C’était difficile, mais nous y sommes parvenus.

Ecrire, ça a été facile pour toi ?

Je suis beaucoup plus rapide pour composer que pour écrire. J’ai bossé des années avant de trouver convenable un de mes textes. Et puis, il n’y a pas de règles. Le texte des « Grands Espaces » m’a pris deux ans, tandis que ceux de « Marylin » et de « Mauvaise pioche » me sont tombés dessus quasiment sans effort.

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Ecrire en français est compliqué ?

En français, la difficulté, c’est que les mots prennent le pas sur la musique. Du coup, ça peut vite sonner un peu maladroit, un peu trop direct, en même temps, il ne faut pas que ce soit trop alambiqué. Il faut un dosage que je trouve complexe.

L’automne dernier, tu as eu envie de te tester sur scène.

C’est tout  à fait ça. J’ai donc participé à un tremplin en Vendée, organisé par la Ville des Herbiers. J’ai envoyé deux morceaux, j’ai été sélectionné et après trois étapes, j’ai remporté le tremplin dans la catégorie auteur-compositeur-interprète.

Ça a dû être un sacré encouragement !

Enormément. En plus, j’ai pris plaisir à le faire. Chanter des reprises des Beatles, ça je savais faire, mais chanter des chansons à moi devant un public et un jury, c’était la première fois.

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Pendant linterview...

Ce que j’aime le plus dans tes chansons, ce sont les mélodies.

Depuis que je commence à faire écouter mon travail, on me compare avec tel ou tel chanteur ou groupe, on me parle de mes textes, mais jamais de mes mélodies. Pour moi, c’est pourtant très important, donc ce que tu me dis me touche. Je me considère plus comme un mélodiste que comme un auteur.

Que souhaites-tu maintenant que cet EP est sorti?

Faire de la scène le plus vite et le plus souvent possible. Je veux être seul, mais en sortant du traditionnel guitare-voix, en utilisant des samples par exemple. Je souhaiterais ne pas être aux antipodes de ce que j’ai fait sur l’EP. Je vais continuer à m’inscrire à des tremplins. Je trouve que cela apporte beaucoup. J’observe les autres, j’écoute les remarques, comme au Pic d’Or, j’apprends beaucoup de choses. Enfin, j’aimerai exister pour le public et faire un deuxième EP rapidement. Les chansons sont déjà prêtes.

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Après l'interview le 13 juin 2017.

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26 juillet 2017

Daniel Zanzara : interview pour le premier anniversaire de La passerelle.2

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17861912_646693478848482_6971052166748402952_n.jpgLa passerelle.2 est un lieu de découvertes et de rencontres qui a pour ambition de promouvoir avant tout les bons artistes qui n’ont pas une grande visibilité médiatique. Ce disquaire-café installé au 52, rue Popincourt  dans le 11e à Paris vous permet de découvrir les artistes de la scène indépendante française dans un lieu unique et chaleureux.

Ce lieu vous propose une sélection de CD, de vinyles et de livres et de nombreux événements. Vous pouvez également y déguster des thés aux saveurs délicates, des bières brassées à Paris, des glaces issues de l'agriculture biologique...

J’aime beaucoup La Passerelle.2. Il m’arrive de m’y rendre pour voir des concerts. Et si j’aime beaucoup l'endroit, c’est parce qu’il est tenu par son créateur, Daniel Zanzara, avec la complicité de Mathilde Duhamel, tous deux éminemment sympathiques et accueillants.

La Passerelle.2 célèbre sa première année ce samedi. L'occasion de faire la fête avec les artistes disponibles qui ont enchanté le lieu au cours de l'année écoulée. Ils vont se succéder dès 15 h jusqu’à 23 heures (liste des participants à cet après-midi exceptionnel, plus bas).

Hier, mardi 25 juillet, s’est tenu une après-midi de rencontres avec des artistes pour préparer cet anniversaire. Je m'y suis rendu. J'en ai profité pour interroger le maître de céans, Daniel Zanzara et de dresser un bilan d’une année d’activité.

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Pourquoi avoir ouvert ce lieu ?

Pour mettre un sens à mon soutien aux artistes indépendants. Avant, j’allais les voir en concert. J’étais un simple spectateur, mais à force d’établir des relations avec certains, j’ai eu envie de passer à une étape supérieure. Dans ma vie, j’ai eu des circonstances qui m’ont permis de le faire. J’ai décidé d’ouvrir La Passerelle.2.

En une phrase, qu’est-ce que c’est La Passerelle.2 ?

C’est une maison commune pour les artistes indépendants.

Il n’y a que de la musique à l’honneur chez toi ?

Non. Je voulais ouvrir un champ nouveau sur la culture. Ici, il y a aussi des dédicaces de livres, des conférences, des ateliers d’écriture par Jérome Ignatus, des lectures musicales, des réunions à travers lesquelles nous réfléchissons au développement des artistes. C’est un endroit hybride.

Une passerelle, quoi !

Une passerelle.2. Le .2 est très important parce que c’est un  point de rencontres d’artistes. Deux, ça peut-être aussi « d’eux ». .2 parce que c’est un double espace : un café et un disquaire.

C’est un risque financier, non ?

C’est un acte militant. J’ai toujours été un militant dans ma vie. Comme je viens de la comptabilité et de la gestion d’entreprise, j’ai des notions sur la pérennité d’un lieu. J’ai les bases pour réfléchir au développement d’un endroit comme celui-ci. Je n’ai pas fait n’importe quoi. Je reste prudent dans le développement de l’activité.

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Quelques artistes écoutant Daniel Zanzara, le 24 juillet 2017, à La Passerelle.2

Depuis un an que La Passerelle.2 existe, quel est ton bilan ?

C’est une activité privée, elle est donc fragile. L’équilibre financier est difficile à obtenir. Il faut que je passe à la vitesse supérieure pour améliorer la pérennité du lieu. Je suis content, car j’ai voulu mettre un sens à La Passerelle.2 et j’ai des retours fantastiques des artistes et du public. Ils ont toujours envie de revenir parce qu’ils me disent avoir vécu une expérience particulière.

Ici, on peut boire, manger et écouter des artistes. C’est un bon résumé ?

Oui, mais incomplet. On peut manger et on peut boire, mais avant les concerts. Je fais attention à ce que le public soit attentif aux concerts avec la meilleure écoute possible. Le lieu est petit, alors s’il y avait trop d’interférences, ce serait dommageable à la création artistique.

A l’heure ou le Limonaire et bien d’autres petites salles ont fermé leur porte, toi, tu ouvres un espace dédié à la culture. C’est ça ton acte militant ?

Je dis juste : « même pas peur ! » Je m’inscris dans la filiation de tous ces beaux lieux qui ont fermé. Ça me questionne sur l’existence dans le temps d’une activité. Tout est très éphémères donc, il faut aller vite. Il faut y aller sans réfléchir, il faut faire.

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Quelques artistes écoutant Daniel Zanzara, le 24 juillet 2017, à La Passerelle.2

Comment sélectionnes-tu les artistes qui se produisent chez toi ?

Je reçois beaucoup de mail d’artistes qui veulent venir jouer à la Passerelle.2. Je demande aux artistes de venir ici. Je veux d’abord qu’ils s’approprient le lieu et ensuite, en discutant, j’essaie de comprendre leur exigence et leur originalité. Je ne programme pas tout le temps la musique que j’aime. Je suis un passeur. Ici, ce n’est pas mon appartement. Cela dit, il y a des artistes que j’adore, qui sont les piliers du lieu et qui m’ont donné envie d’ouvrir cet endroit.

Des noms ?

Le groupe La Bestiole, Karina Duhamel, connue sous le nom de K !, Nathalie Réaux alias Pagan Poetry, Karen Lano, Lou et Lizzy Ling sont vraiment à la base du projet. Après, j’ai découvert d’autres artistes qui sont devenus des grands coups de cœur.

Quand tu refuses quelqu’un, tu n’as pas peur de le blesser ?

Non, parce que refuser un artiste ce n’est pas le nuire. Je lui dis que le projet n’est pas encore prêt et lui propose de revenir dans quelques mois. Je ne ferme jamais la porte.

Les artistes ont l’air d’être heureux de l’existence de La Passerelle.2.

Les artistes ont compris que je n’étais pas là pour ramener la couverture à moi, mais offrir un lieu pour tous. On dit que les artistes sont égocentrés. Moi, je pense qu’ils souffrent surtout d’isolement. Ici, ils peuvent se réunir. La quintessence de leur création, c’est de faire quelque chose pour donner à l’autre. Je tente de faire la même chose.

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Daniel Zanzara et moi, le 24 juillet 2017.

Pour finir, voici les artistes qui vont se produire ce samedi 29 juillet de 15h à 23h (mais on n’est pas à l’abri que d’autres les rejoignent) :

Aynoa Chris
FERGUS
Magou Samb,
Anne Millioud-Gouverneur
Evie Aurélie Viteau
Marine Williamson
Karen Lano
Patrick Abrial & Jye
Camille Feist
Bénédicte Giordani
Claudio Zaretti
Frédérique Labussiere
Karina Duhamel
Pauline Drand
Pagan Poetry
Marie Lsk
Sébastien Kunz
Rosie Marie
Lembe Lokk
Débora
Jean Peyrelade
Paul Galiana
Yas Yanne Abbad
Caroline Tudyka
Clément NiLem Simounet
Jean Lapierre
Anaïs Mourot
Albert Sellem
La Bestiole (le groupe)
Cat Loris
Laurent Valero

La Passerelle.2

52 rue Popincourt
75011 Paris

Tel : 06 16 35 26 14

Horaires : du mardi au samedi de 10h à 20h

24 juillet 2017

Roberdam : interview pour l'album Je rêve donc je suis

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(Photo : Yann Orhan)

La vie est difficile mais il faut garder espoir. Il faut lutter contre la douleur et la peine, et réagir.  Ne pas se laisser aller à un quelconque abattement. Rester vivant en restant soi-même… telle est la philosophie de vie de Roberdam et le leitmotiv des 12 titres « pop » de l’album Je rêve donc je suis. Dynamiques et débordantes de vie, ses chansons racontant le désir, l’amour, les petits soucis ou bonheurs du quotidien, sont enthousiasmantes. Elles font du bien, même. Mélancolique, mais optimiste, Roberdam nous propose de la bonne chanson française, moderne et efficace. De la chanson qu’on aimerait entendre plus souvent en 2017.

Le 9 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous en terrasse d’un bar parisien pour une première mandorisation.

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeArgumentaire officiel :

Il rêvait d’être acteur. Mais le sort en a décidé autrement.  Roberdam a choisi de jouer différemment, en passant par la  musique. À la sortie de son Ecole de musique (la M.A.I. à  Nancy), il fonde son premier groupe Ravid’Vour’Voir pour sept  années et trois disques de chanson française à tendance festive ; ensuite ce sera Les Garçons Trottoirs : un groupe de rue  avec lequel il va taquiner une folk sauvage, sur trois albums  et dans les Caf’Conc’ même les plus reculés de France. Puis en 2010, il s’est concentré sur ses affaires personnelles, menant  un projet improbable : la co-écriture d’un polar musical de 53 minutes mêlant ses chansons aux images de Frédéric Arnould. Roberdam est têtu. Il va aboutir son concept pour le  faire tourner sur les planches de France, pendant un an, dans  une folle aventure de projections-concerts…  Voilà pour ses années de jeunesse menées tambour  battant. En 2014, Roberdam a décidé d’arrêter de courir. Ou alors il courra tout seul, à son rythme. C’est dans  l’introspection qu’est née l’idée de ce premier recueil en  solo. Lentement, doucement, en structurant des textes et  des mélodies directrices au fil des humeurs et des rêveries. Il lui a fallu trois ans dans sa maison-bateau amarrée au  bassin de La Villette à Paris, pour composer quatre titres  d’abord, enregistrés et arrangés en tandem dans le « home  boat » de son voisin de péniche, le multi-instrumentiste  Quentin Bécognée. Un autre doux dingue. Tout est né là, sur l’eau, le regard pointé « Vers l’avant ». Tout ira très vite, dans l’action, de nouveau. Aux quatre  titres posés sur bande, s’en ajoutera une petite dizaine au  fil de la réflexion, puis mis en musique à l’instinct et dans  l’énergie au Studio Besco (dont il a essuyé les plâtres) avec le  batteur et claviériste Alexis Campet. Les voilà donc, regroupés  dans ce nouvel album solo, Je rêve donc je suis.

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(Photo  : Yann Orhan)

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeInterview :

Tu es parti à 23 ans de Paris pour faire une école de musique à Nancy, mais avant cela, tu jouais déjà de la musique ?

J’avais monté des petits groupes dans la région parisienne. A partir de la terminale, je passais plus de temps à écrire des textes qu’à bosser mes cours. Très vite, j’ai eu des idées précises en tête.

Revenons à Nancy.

Je ne comptais pas y faire de vieux os, sauf que j’ai rencontré quelques musiciens et on a monté un premier groupe qui s’appelait Ravid’Vour’Voir. Très vite, on est parti sur les routes de France. C’était le début d’un métier. Comme on tournait énormément, nous sommes vite devenus intermittents du spectacle. Mine de rien, c’était il y a 17 ans et à ce moment-là, dans toutes les villes de France, il y avait au moins trois ou quatre bars où des jeunes groupes pouvaient jouer. Nous nous sommes retrouvés dans des cafés concerts au fin fond de l’Ardèche et c’était toujours blindé. On ne comprenait pas d’où venaient les gens. Ce qui était génial, c’est que l’on a joué dans des campings où il y avait cinq pelés comme dans un festival au Maroc où on a joué devant 12 000 personnes, dont la famille royale. Nous faisions souvent le grand écart, mais c’était hyper formateur. Pendant cette période, j’ai vraiment appris mon boulot de chanteur.

C’était un groupe comme Les hurlements de Léo, c’est ça ?

Voilà. C’était festif dans la réalisation musicale, dans l’énergie dégagée sur scène,  mais pas du tout dans les textes. C’était plutôt dans le genre « réaliste ».

Le nouveau clip de Roberdam, "Un été sous la pluie", extrait de l'album Je rêve donc je suis.

Tu es passé aussi par le groupe Les Garçons Trottoirs.roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athome

C’est un groupe qu’on avait monté avec Bruno, le bassiste de Ravid’Vour’Voir. On en avait marre de  notre  groupe dans le sens où c’était devenu un projet assez lourd avec des amplis, guitares, machins et tout… Nous étions fatigués de tourner énormément. On a contacté un pote à nous, Paul, qui était jeune et talentueux à la guitare et au chant et on a décidé de monter un groupe, le plus simple et acoustique possible. C’est parti comme ça. A cela, s’est greffé le frère de Bruno, le premier accordéoniste, Marco… de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés à 6. Les deux premières années, on a joué dans la rue et dans les festivals en plein air. Il y avait une énergie humaine incroyable. Ca a bien fonctionné. On a fait un premier disque super roots, mais super authentique, à la La Rue Ketanou.

Au bout de 4 ans, tu es parti. Pourquoi ?

Le système de groupe me lassait. Je ne m’y retrouvais plus et j’ai eu besoin de faire quelque chose tout seul.

Tu as co-écrit un polar musical, Je voudrais être une star,  avec lequel tu as fait des scènes.

C’était mon premier projet solo, mais accompagné de musiciens, sous le nom Roberdam. Ça m’a fait du bien de ne pas partager avec les autres. Ne plus se justifier sur chaque décision que je prenais devenait primordial. J’avais une soif incommensurable de liberté. J’ai rencontré un réalisateur de clip, Frédéric Arnould, et j’ai flashé immédiatement sur lui. Un jour, il vient me voir dans  mon camping-car pour me dire qu’il a écouté mes maquettes et qu’il est bien embêté parce qu’il voulait faire un clip d’une chanson précise, mais que finalement, il souhaite faire des clips pour chacune. De fil en aiguille nous avons décidé de toutes les cliper. Du coup, il a fallu inventer un lien entre elles. Ca a donné naissance à un vrai scénario et un polar musical de 53 mn. Nous sommes partis 3 semaines en tournage dans la campagne nancéenne avec 35 comédiens. Il y avait aussi le cirque Gones avec nous.

Le premier clip de l'album Je rêve donc je suis, "Vers l'avant".

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeTu réalisais un de tes rêves de gamin ?

J’ai toujours rêvé d’être comédien. Frédéric Arnould m’a offert ce rêve. Un album est né de cette aventure. Pour les maisons de disques, le projet était trop compliqué, un disque et un film, ça faisait peur, donc, je n’ai pu le développer nulle part. On a pu montrer le film dans certains cinémas de l’est et j’ai pu ensuite faire une tournée de projections-concerts.

Mais ce n’était pas fatiguant ?

Si, énormément. C’était de l’autoproduction pure et dure. Il fallait que je fasse tout et, en plus, je ne gagnais pas bien ma vie. A un moment, j’en ai eu marre, alors j’ai voulu revenir à des choses plus simples. J’ai pris la décision de tourner seul en guitare-chant. Je me suis aussi promis que je ne sortirais pas de disque sans une prod derrière. Les groupes et l’autoproduction… ras le bol !

"Est-ce que tu m'aimes quand même?" (audio)

Tu as écris les premières chansons de cet album sur ton voilier.roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athome

J’étais heureux comme un pape lors de la conception de ce disque. Un soir, je faisais la fête avec des potes sur mon bateau. Un autre vient s’installer sur la place libre d’à côté. Un de mes potes reconnait un copain à lui, Quentin. Il nous apprend qu’il vient s’installer là, du coup, il est venu faire la fête avec nous. La rencontre avec Quentin Bécognée s’est faite ainsi. C’est aujourd’hui la plus belle rencontre musicale de ma vie.

Il avait son studio dans son bateau ?

Oui, c’est dingue !  On est resté trois jours dans ce studio pour enregistrer une vingtaine de titres en guitare-chant. De fil en aiguille, on a fait un premier EP 4 titres. On en était hyper content.

Tu travailles comment ?

Les textes viennent d’abord. Les mots donnent l’ossature  de la musique, le rythme, le relief, une ligne de chant. Le travail d’arrangements est plus difficile pour moi. J’ai eu  besoin de partager et d’échanger avec Quentin sur les musiques et leurs couleurs.

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(Photo  : Yann Orhan)

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeTu crois au destin ?

La vie est comme ça. Moi, j’ai appris à regarder.

Les signes ?

Oui.

Ta musique, c’est quoi ?

C’est de la pop à la française. Le fait de jouer de la musique plutôt enjouée sur des textes pas très légers, c’est le reflet de ce que je suis. J’ai appris à tout prendre bien. J’ai été élevé ainsi. Quand j’ai un coup de mou, très très vite, je rebondis. J’ai eu un père qui a été malade assez tôt dans ma vie, il en est décédé. Je me suis construit avec ça, mais du coup, je relativise tout. Je peux tout voir avec des lunettes roses. Ça ne veut pas dire que je ne vois pas les choses mauvaises qui existent.

Dans ton disque, tu parles de séparation, du bouleversement du schéma familial qui est compliqué à mettre en place…

Parce que j’ai bien connu tout ça. Mais je retire les avantages de ce genre de situations. J’ai décidé de vivre, alors j’avance et je mène ma vie en essayant d’être le plus libre possible. On n’est pas sur terre pour se prendre la tête. C’est aussi ce que je raconte dans mes chansons.

"Tes dessous" (audio)

Quand je t’ai vu sur scène, la première chose que j’ai remarqué c’est que tu dégages du positif et une aura de sympathie.

La scène, c’est le reflet de la vie et des relations humaines puissance 20. Si tu arrives avec le « smile » sur scène, évidemment, les gens vont avoir le sourire et il y a une forte probabilité que l’on passe un bon moment ensemble, qu’ils adhèrent ou pas à ma musique. Cela dit, je fais tout pour qu’ils adhèrent aussi à ma musique.

Comment fait-on pour voir la vie du  bon côté ?

Personnellement, j’ai vu pas mal de psychiatres et psychologues (rires). Depuis 6 ans, je me suis retourné vers les thérapies brèves.

C’est à dire la sophrologie, l’hypnose ?

Voilà, tout ça. La programmation neurolinguistique m’intéresse aussi beaucoup. La pensée positive, c’est absolument génial. On dégage tous quelque chose, donc on interagit directement sur l’autre.

A travers ton métier, c’est une mission de donner du bonheur aux gens ?

Complètement. En ce moment, ça va même encore plus loin dans ma vie. Je commence en septembre une formation de sophrologue. En parallèle de la musique, j’aimerais être sophrologue ou hypnothérapeuthe. En musique, s’il y a bien un message que j’ai envie de faire passer, c’est : « soyons heureux et respectueux tous ensemble quoi qu’il arrive ». J’ai une vie jonchée de pas mal de galères, que j’ai moi-même créé parfois. Je ne me facilite pas toujours la vie, mais ça ne m’empêche pas d’être heureux coûte que coûte.

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Pendant l'interview...

Tu espères quoi en musique ?

J’aimerais que quelques chansons passent en radio et que la réussite de mon disque soit suffisamment importante pour ne pas avoir besoin de faire 100 concerts par an.

C’est-à-dire ?

J’aime le fait d’avoir du temps pour moi, pour mes enfants, pour vivre, pour développer une deuxième activité professionnelle, celle dont je viens de te parler. Quand ça fonctionne moyennement en musique, tu es obligé d’aller sur la route pour avoir plus d’heures qu’il n’en faut pour réussir à dégager un petite 1450 euros par mois, tout compris. Du coup, c’est fatiguant. J’aimerais que cela fonctionne assez pour faire des concerts qui remplissent et pouvoir faire la fine gueule. Pouvoir choisir les dates. Je veux avoir le confort de vie pour tourner moins que d’habitude.

Tu es optimiste ?

Oui. Je crois que c’est un bel album, que je fais de la musique « grand public » et que je suis bien accompagné. J’ai un bon tourneur et de supers manageurs… Je ne suis pas dans une niche, mes chansons peuvent plaire à tout le monde. Après, je ne suis plus maître de grand-chose. Aujourd’hui, j’avance marche après marche.

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Après l'interview, le 9 juin 2017.