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18 février 2021

Jeanne Rochette : interview pour La malhonnête

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(Photo : Frank Loriou)

Après 10 ans au Québec et un 1er album, Elle sort, paru en 2010, Jeanne Rochette est de retour à Paris, sa ville natale, depuis quelques années. Je l’avais mandorisée une première fois pour son 2e album, Cachée, en 2016. Son 3e album, La Malhonnête, vient de sortir.

La Rochette cru 2021 est plus ancrée dans le présent, plus rock, plus frontale, en adéquation avec son énergie sur scène. Si la révolte est en elle, on sent tout de même une sérénité que je lui connaissais peu.

Le 10 février dernier, je me suis rendu chez la chanteuse comédienne pour en savoir plus sur son évolution artistique…

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l’album.

jeanne rochette,la malhonnête,interview,mandorArgumentaire de presse (par Alex Jaffray) :

Jeanne Rochette n’est pas ce petit bout de femme qu’elle veut bien nous donner en pâture.
Cette distorsion de la réalité est encore plus saisissante à l’écoute de ce nouvel album.
La « malhonnête » aurait-elle « cachée » son jeu ?
De « Cachée » à « Malhonnête », il y a un album, il y a surtout un voyage.
La robe à fleur a laissé place au cuir, et les histoires qu’elle égrène depuis 10 ans sont plus cinglantes.
« Pas dupe », « Pathétique », « Quand je m’aime pas ». Effeuiller les titres de ce disque nous donne le sentiment d’une introspection sur sa part d’ombre, alors qu’en fait ce sont des chansons lumineuses.
« Malhonnête » mais sincère, c’est toute la dualité de cet album.
Ce n’est pas un album autocentré, c’est un album miroir, on s’y retrouve, on s’y perd avec plaisir. Les paroles sont précises, les guitares plus saturées, la basse pose les fondations et le piano sert de socle à l’écriture. Et quand le sujet est plus sensible, les cordes viennent nous envelopper.
Une forme d’urgence ressort dès la première écoute, l’énergie que Jeanne Rochette réservait habituellement à la scène est insufflée dans ces 12 chansons.
Tour de force pour celle qui déployait une onde radieuse et séductrice pour un public captif, signe des temps d’une année amputée de concert, ce disque contient cette énergie pour un public sans salle.
Disque intemporel et ancré dans une réalité de jeune femme aux deux pays.

« Un mélange de fils en bordel » comme dans sa chanson, c’est aussi ça un disque de grande personne.

L'équipe du  disque :

Jeanne Rochette : piano et chant

François Puyalto : basse électrique et choeurs
Côme Huveline : batterie et guitare électrique 

François Bourassa : piano additionnel

Csaba Palotaï : guitare électrique

Olivier Koundouno : violoncelle 
Gaspard Bourassa : chœurs 

Réalisé par Kim Giani
Enregistré par Nicolas Garnaud au studio Spectral, Paris

Mixé par JB Brunhes au studio Le Chantier, Montreuil 

Editing : JB Brunhes et Guillaume Léglise
Masterisé par Alexis Bardinet à Globe Audio Mastering, Bordeaux

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(Photo : Frank Loriou)

jeanne rochette,la malhonnête,interview,mandorInterview :

Dans ce disque, tu retrouves l’énergie du live.

C’est beaucoup grâce à mes premières parties de Cali. Ma rencontre avec Bruno (Cali) a été hyper instinctive et forte. Son énergie sur scène m’a fascinée. Ça m’a donné envie de donner la même, mais mes chansons ne me le permettaient pas. Je ne suis pas une chanteuse de rock, mais je me sens tout de même dans cette veine-là. C’est la raison pour laquelle j’ai évolué musicalement dans cet album. Il me permet d’être plus alignée sur les artistes que j’apprécie, comme Catherine Ringer, Jacques Higelin ou Serge Gainsbourg. Pour moi, ce disque est cohérent avec ce que j’ai envie de donner et de montrer. Il est le reflet de ce que je suis aujourd’hui.

Ce disque a été enregistré rapidement.

En cinq jours. On l’a enregistré avec le groupe comme un disque de jazz. J’ai fait les voix en deux jours. Il y a vraiment une énergie « live ». Maintenant, j’ai envie de le défendre sur scène. Il faut qu’il existe devant un public.

« Chacha décomplexé » n’a pas de musique. Pourquoi ?

A l’origine, nous devions faire cette chanson batterie/voix. J’ai changé d’avis parce que l'ajout de la batterie ne me semblait finalement pas essentielle. Du coup, le texte, parfois susurré, est plus mis en avant. Comme dans les disques de Camille, j’aime bien qu’il y ait des surprises. J’aime l’idée de passer d’une chanson acoustique calme à une autre qui envoie le bois.

Clip de "Quand je m'aime pas". Réalisation et montage : Xavier Curnillon. Direction de la photographie : Yann Manuel Hernandez. Assistante à la réalisation : Maïa Bonpunt. Maquillage/coiffure : Martine Lheureux. Chorégraphie : Jeanne Rochette et Louise Bédard. Tournage au Lion d’or Montréal 2020.

Cet album te montre sous ton vrai jour ?

A l’image de la pochette de Frank Loriou, ce disque est plein de facettes de moi-même, celles en tant que femme et celles en tant qu’artiste. C’était intéressant de creuser dans plein d’endroits de la complexité humaine. J’ai voulu faire comprendre qu’il faut s’accepter dans son entièreté. Dans ce disque, j’assume qui je suis, mes envies et mes désirs, mes défauts et mes qualités.

Quand on est artiste, il faut aussi séduire. Est-ce un disque d’une femme en quête de séduction ?

Non; Aujourd'hui, je me sens plus en paix avec une certaine séduction. J'aime séduire. C'est un métier avec lequel on joue avec ça en permanence. Mais avec le temps, je de moins en moins la crainte de déplaire. Ca va avec l'acceptation de soi. De sa part d'ombre et de lumière. Reconnaitre la faille permet de laisser jaillir la lumière C'est un peu ce que  j'évoque dans le titre "Quand je m'aime pas".

J’ai l’impression que tu es plus irrévérencieuse qu’avant ?

Tu as raison. Je vais oser aller plus loin, je suis plus "punk". J’aime bien ce mot là parce qu’il a un rapport avec l’attitude. J’assume un côté plus brut, plus sale dans le bon sens du terme. Je veux que les choses soient moins lisses, moins parfaites… bref que ça gratte un peu. Je crois que Cali y est encore pour beaucoup dans ces envies-là. Avant, dans mes disques et dans mon comportement, il y avait peut-être plus de détours, désormais, je suis plus frontale à tous les niveaux.

Audio de "La malhonnête".

Ton album s’intitule La malhonnête. Il faut oser se présenter sous ce jour-là !

Comme d'habitude, je voulais trouver parmi les titres de l'album. Au départ, je voulais appeler ça, Le cri. C’est François Puyalto qui m’a fait changer d’avis. Quand il m'a suggéré La Malhonnête, ça nous a paru comme une évidence. J’adore le côté pas "glamour" de ce titre, un peu provocateur dans son ambiguïté. Je voulais faire comprendre que cette « malhonnête » était aussi une femme libre. Dans la chanson qui porte ce titre, la Malhonnête, c'est la peur. La peur peut te faire croire qu’il y a un danger, alors qu’il n’y en a pas vraiment. J’explique qu’il faut prendre le risque d’aller vers sa peur.

C’est ce que tu fais ?

C’est ce que j’ai toujours essayé de faire, mais aujourd’hui, je le réalise le plus possible au quotidien. J’ai vu une conférence de la chercheuse en sciences-humaines Brenée Brown. Elle parlait du rapport entre le courage et la vulnérabilité. Elle disait qu’en se levant le matin, elle choisissait toujours le risque au confort. Je trouve l'idée belle?

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(Photo : Frank Loriou)

Tous les jours, c’est fatiguant, non ?

Oui, mais c’est aussi palpitant. Artistiquement, en tout cas, j’ai envie de me confronter à mes peurs et de les dépasser ou pas. Parce que se confronter à ses peurs, c'est aussi se confronter à ses limites. C’est comme une honnêteté vis à vis de soi. Le disque s’appelle La malhonnête, mais paradoxalement, c’est peut-être le plus honnête de mes trois albums.

Ces chansons parlent donc de toi ?

Ce qui est certain, c’est que dans l’écriture, il y a une intimité. C’est forcément moi et ce n’est évidemment jamais moi. C’est magnifique la liberté que cela donne. Je me planque souvent derrière ce que j’écris, mais pas tout le temps (rires).

Audio de "La sauterelle".

Dans « La sauterelle », tu parles d’une femme qui s’assume totalement.

C’est parti d’un texte déjà existant affirmant que l’apparition de la sauterelle était un bon présage dans la vie. Dans ma chanson, la sauterelle c’est la messagère qui a le pouvoir de rendre heureux et libre par l’Amour avec un grand A. Physique ou pas d’ailleurs, mais je joue l’ambiguïté sexuelle avec humour. Je trouve ça chouette que les filles puissent aussi faire des blagues de cul (rires) en disant des choses tout de même avec un arrière fond sérieux. Parce que finalement c’est encore la même idée « Libérez-vous et n’ayez pas peur de sauter… »

Quand tu commences à écrire, sais-tu où tu vas ?

Pas vraiment. Je ne décide jamais de quoi je vais parler. Je pars souvent d'une émotion, d'un mot et, à partir de là je tire le fil musical. Souvent je découvre un angle inattendu sur l’histoire que je raconte.

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Jeanne Rochette, chez elle, au piano, le 10 février 2021.

Dans « Coup de bol », tu parles du destin.

C’est une chanson sur le lâché prise. Il ne faut pas lutter contre son destin puisque tout est écrit, donc profitons de la vie. Il faut sauter de l’avion en vol, sans parachute… il faut trouver le courage en tout et en nous. C’est une chanson d’émancipation.

C’est donc l’album de l’émancipation ?

J’aime bien cette idée-là. J’espère qu’en écoutant cet album, les gens vont saisir qui je suis en tant qu’artiste. Plus je suis en phase avec moi artistiquement, plus il y a des choses qui se placent dans ma vie. Avec cet album ça me plaisait de brouiller les pistes par rapport à mon image. M’amuser à troquer mon sourire et mes robes à fleurs pour quelque chose de plus brut, plus irrévérencieux effectivement avec mes docs et mon cuir. Avoir la liberté de changer, de surprendre, de se surprendre soi-même, c’est jouissif ! Aujourd’hui, je n’ai plus envie de m’enfermer dans une case, au contraire, j’ai envie d’éclater les frontières.

Bonus: 

Parfois Jeanne Rochette chante en duo avec certains de ses amis artistes. Ce fut le cas le 22 janvier 2021, à l'occasion de la sortie du nouvel album de MontparnassELa vie revolver. D'ailleurs MontparnassE sera l'un des prochains mandorisés.

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Après l'interview...

15 février 2021

Louis Arti : interview pour l'album C'est une parole

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(Photo  : Claude Billon)

louis arti,c'est une parole,mandor,interviewLouis Arti est auteur, chanteur, compositeur, et poète. Du drame de son enfance, il en fera une œuvre complète. Considéré par certains comme l’héritier de Léo Ferré (je sais, comparaison n'est pas raison), l'auteur de « C'est extra » en personne le recommanda auprès de Barclay, et Louis Arti eut le bonheur de se produire en première partie du grand Léo.

Dans le nouvel album de Louis Arti, C'est une parole, le répertoire est, certes, celui d'un poète de la chanson mais aussi celui d'un compositeur qui sait non seulement parfaitement se mettre en musique mais à, aussi, l'art de servir d'une manière originale les poètes du patrimoine ou les contemporains, sous les formes musicales très variées qu'il pratique depuis ses débuts en 1970 : rock, funk, chanson classique, tzigane, africaine, folk américain, cubaine et blues jusqu'au rap.

Louis Arti, C'est une parole. Et aussi une voix, celle de l’Homme, forte, fragile, tendre, engagée. La mémoire du mal pour en faire naître le bien. La singularité des mots, le cri qui caresse, dixit Catherine Laugier dans le site Nos Enchanteurs.

Voici la première mandorisation de ce grand (et trop méconnu) de la chanson française. Elle a été enregistré le 20 janvier 2021.

Son site officiel.

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Pour écouter l'album : ici ou .

Argumentaire de presse: 

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louis arti,c'est une parole,mandor,interview

louis arti,c'est une parole,mandor,interviewInterview :

Chaque chanson de cet album est dédiée à de nombreuses personnes différentes. Pourquoi ?

J’estime que les chansons ne nous appartiennent pas. Elles appartiennent au public, voire au peuple. Et comme je trouve que la vie passe trop vite, je pense qu’il est essentiel de rendre hommage aux gens que l’on aime. Alors, j’en ai choisi une infime partie.

Vous venez d’un milieu ouvrier où il n’y avait qu’un livre, le Larousse.

C’est la bible du monde ouvrier. Pour moi, ce dictionnaire transformait quelque chose d’abstrait en quelque chose de compréhensible. J’ai appris énormément grâce au Larousse.

Vous écrivez des chansons, mais aussi des pièces de théâtre et des poèmes. L’écriture est la façon louis arti,c'est une parole,mandor,interviewidéale de vous exprimer ?

A partir du moment où je suis parti d’un monde manuel, j’ai commencé à écrire. Ça a été un grand saut de passer du monde ouvrier à un monde intellectuel… comme quelqu’un qui va sur la lune.

Il y a une chanson qui évoque le cinéma, « Ecoute la vieille chanson ». C’est aussi cet art qui vous a poussé vers l’écriture.

J’y allais tous les samedis étant jeune. Quand je regardais les films, je me disais bien qu’il fallait que quelqu’un soit derrière pour écrire les dialogues et l’histoire. Au début,  le cinéma m’a habité beaucoup plus que la chanson. Ce que j’aime dans le cinéma, ce sont les comédiens et les images. Au fond, je suis primaire… un peu comme mon écriture.

Audio de "Le jour de l'heure où je ne t'aim'rai plus". 

Il  y a une chanson d’amour dédiée à Jacqueline, celle qui partage votre vie,  « Le jour de l’heure où je ne t’aim’rai plus ».

C’est l’ange de ma vie, c’est normal que je lui rende hommage. Elle m’est essentielle.

Et vous rendez hommage aux femmes en général dans « Je vous salue madame ».

Dans ma vie, il y a deux femmes qui ont fait de moi un homme. Je dois tout à ma mère et à l’ange de ma vie. Ça ne veut pas dire que les hommes ne m’ont rien appris, mais elles, elles m’ont aidé à me réaliser. En Algérie, quand j’avais dix ans, j’entendais ce que disaient les hommes sur les femmes. A la longue ça formate quelqu’un dans le machisme… je voulu sortir de ce schéma.

Audio de "Les maillots de Fernand".

Etes-vous un chanteur politisé ? Je vous demande ça parce que la chanson « Les maillots de Fernand » est dédiée à François Ruffin.

Pour moi, un poète qui n’est pas politisé n’est pas un poète. Shakespeare et Molière étaient politisés, sinon ils n’auraient aucune valeur. Quand je suis sorti des milieux miniers, les premières personnes qui m’ont fait lire des ouvrages étaient des anarchistes. Ils m’ont fait découvrir des gens comme Nestor Makhno (note de Mandor : communiste libertaire fondateur de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne qui, après la révolution d'Octobre et jusqu'en 1921, combat à la fois les Armées blanches tsaristes et l'Armée rouge bolchévique) et Léo Ferré.

Dans « Je vieillis en t’attendant », vous évoquez le temps qui passe. Ça vous travaille ?

J’ai un rapport avec le temps qui est particulier. Est-ce que ça me vient de l’Algérie, de l’orient ?  Parfois, quand j’étais jeune, des copains arabes ne savaient quel âge ils avaient. Aujourd’hui, quand on  me demande le mien, je réponds : « j’ai 10 ans et 66 » (rires). Sérieusement, pour moi un créateur, tout comme la poésie, n’a pas d’âge. Pour moi, le temps c’est le temps de la création, le temps où je fais et j’attends quelque chose. La vie, c’est comme un grand immeuble. Soit vous prenez l’ascenseur pour aller au dernier étage, soit vous prenez les escaliers. Moi, j’ai pris les escaliers. C’était plus dur et plus long parce qu’il y a beaucoup de marches et on peut faire de bonnes ou de mauvaises rencontres sur les paliers, mais c’est la seule façon de comprendre ce qu’il se passe dans l’immeuble…

Audio de "Ca ne peut pas être vous".

Vous maniez l’ironie et le second degré à la perfection, notamment dans « Ça ne peut pas être vous ».

Là, je m’attaque aux gens de mon quartier. Je ne suis pas sociologue, je suis un gars du peuple. Tous les problèmes de la société ne viennent pas uniquement des gens qui nous gouvernent, des puissants et des riches. Ça peut venir aussi de nous tous. Il faut que nous soyons tous responsables. C’est ce que j’explique avec dérision dans  cette chanson.

Vous n’aimez pas que l’on dise que vous êtes un chanteur engagé.

Parce que je ne le suis pas. Je suis juste engagé avec moi-même. On a tous une mine en nous, il faut simplement l’explorer, et dans le cas d’un créateur, la dévoiler.

Pour vous, il y a deux catégories de chanteurs : les berceurs et les réveilleurs. Expliquez-moi ça.

Les berceurs sont ceux qui m’ont bercé : Tino Rossi, Charles Aznavour en passant par Johnny Hallyday. Les réveilleurs sont ceux qui m’ont réveillé : Brassens et Ferré en tête de lice. Quand on berce, on s’endort et on endort les gens. Les réveilleurs qui m’ont réveillé m’ont permis de sortir de la cité. Ils m’ont dit : « tu vas aller dans le désert, tu vas certainement en  baver, mais tu vas trouver une fleur unique, que tu ne trouveras nulle part dans la ville et dans ta vie ordinaire ». A partir de là, j’ai creusé dans moi-même et j’ai enfin trouvé ce que j’étais.

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A quoi bon sortir un album en 2021 ?

Je vais vous dire quelque chose que vous pourriez trouvez prétentieux. Je ne fais pas de la chanson, je fais du Louis Arti. Quant à 2021, je ne sais pas ce que cela veut dire. Tant que je serai vivant, je continuerai à explorer ce que je trouverai dans le corps de Louis Arti et je continuerai peut-être à en faire des disques.

Vous  avez une façon d’interpréter vos textes sans nulle autre pareille.

J’écris des textes qui n’ont pas spécialement rapport avec la musique. Parfois même, ils n’ont strictement rien à voir. Les deux font leur vie indépendamment. Je suis donc obligé de les interpréter d’une manière obligatoirement personnelle. Ce ne sont pas des chansons de métier.  J’ai cultivé mon infirmité. Je n’ai jamais été comme les autres, j’ai donc décidé d’être comme moi-même. Je précise tout de même que j’ai beaucoup travaillé ma voix ces dernières années afin de faire chanter les mélodies le mieux que je puisse…

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09 février 2021

Sylvain Cazalbou : argumentaire de presse de son album Bel Avril

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Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. C'est la deuxième fois que Sylvain Cazalbou fait appel à moi pour évoquer officiellement un album (la première fois, à lire ici). Ce second disque est une pépite d'inspiration brésilienne (et un peu plus que ça).

Pour écouter l'album Bel Avril, cliquez là!

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Clip issu d’un titre de l’album de Sylvain Cazalbou, Bel Avril. Tu feras l’affaire: Auteur/Compositeur/interprête Sylvain Cazalbou. Réalisé par Julien Bresson. Mixage/Mastering Sebastien Bramardi. Prise son Pascal Rollando. Tourné au café culturel La Grande Famille ( Pinsaguel 31). Scénario Sylvain Cazalbou & Julien Bresson. Personnages apparaissant dans la video Christian Alazard, Maurice, Florian Muller, Isabelle Dniezenstky, Jeremy Rollando, Alexandre Sauvion, Sylvain Cazalbou.

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03 février 2021

Karimouche : interview pour Folies Berbères

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© Photos : Tijana Pakic

Six ans après son précédent album, Action, et onze ans après son premier disque, Emballage d’origine, Karimouche revient enfin avec Folies Berbères. Réalisé par Tom Fire, elle y chante le bonheur, ses racines, l'amour et les désillusions sous une production musclée et des instruments comme résonnance de ses origines berbères.

J’aime beaucoup cette artiste pluridisciplinaire qui, en plus, fait bouger les curseurs du féminisme avec l’art et la manière (comme vous le comprendrez dans l’interview).

Après une rapide première rencontre au Festival Pause Guitare (Albi) en 2015, voici une première vraie mandorisation de Karimouche. C’était chez son attachée de presse à Paris, entre deux confinements, le 7 janvier 2021.

Son site officiel.

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Pour écouter l’album.

karimouche,folies berbères,interview,mandorArgumentaire de presse (par Alexandre Kauffmann) :

Folies Berbères prouve la capacité de Karimouche à se renouveler en affirmant ses fondamentaux : la force poétique, la minutie de la chronique sociale, sans oublier l’humour ravageur.
Chanson française, musique orientale, trap, électro... les influences sont multiples, le style, lui, s’impose comme résolument novateur et épuré. Si l’artiste parvient à danser sur les crêtes en funambule, c’est en vertu d’une expérience unique : rompue au stand-up, actrice pleine d’énergie et de justesse dans des séries à succès telles que Les Sauvages ou Cannabis, elle connaît le mystère des apparences ; après des centaines de concerts à travers le monde, elle investit les scènes comme une boule de feu. Dans sa « folie franco-berbère », où l’autodérision tutoie l’Auto-Tune, Karimouche accomplit un tour de force : rendre sa sincérité au chant du caméléon !

L’album (par Alexandre Kauffmann) :karimouche,folies berbères,interview,mandor

Dans son troisième opus Folies Berbères, Karimouche aborde frontalement le sujet de ses origines. En témoignent le titre de l’album, mais aussi celui de certains morceaux comme « Buñul » ou « Princesses ». Carima Amarouche, alias Karimouche, née à Angoulême dans une famille berbère, balaie les fausses contradictions et les dualités stériles pour célébrer une nouvelle façon d’habiter l’Hexagone et le monde. La chanteuse féline abolit les barbelés entre les cultures. Sous l’empire des Folies Berbères, il n’est qu’une pluralité de goûts, de beats hypnotiques et d’accents vibrants sous une voix chaude et frondeuse. L’album réalisé par Camille Ballon, alias Tom Fire, trouve sa modernité dans ces rapprochements inattendus. Que de souffle, d’acuité, de cordes à ce cri !

L’opus emprunte aussi bien à Edith Piaf qu’à Missy Elliott comme à la musique gnaoua. À Jacques Brel comme à Nass El Ghiwane, groupe marocain légendaire des années 70. Quant aux featurings, ils illustrent à eux seuls l’amplitude des influences : sur une piste, l’irrésistible cariocaise Flavia Coelho ; sur l’autre, R.Wan, parrain du rap-musette, l’un des plus talentueux paroliers de sa génération.

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© Photos : Tijana Pakic

karimouche,folies berbères,interview,mandorInterview :

Vous avez plusieurs vies artistiques, notamment chanteuse et comédienne. C’est une vie idéale pour vous ?

C’est surtout un choix. J’ai commencé en tant que comédienne. Quand j’ai fait mon premier album, c’était écrit comme des courts-métrages et très interprété. Ma première activité a nourri la seconde. C’est vraiment la comédienne qui a impulsé la musique.

La musique est venue comment dans votre vie ?

Si j’ai baigné dans la musique depuis toute petite, mes parents ne jouaient pas d’instrument. Mon père était maçon et ma maman était mère au foyer, ensuite elle a travaillé à l’usine…etc. mais ils écoutaient beaucoup de  musique. J’ai vu ma mère et mes grands-mères chanter et danser toute ma vie. Moi aussi j’adorais ça !

Pourquoi le théâtre d’abord alors ?

J’ai commencé dans un atelier théâtre, j’ai fait du stand up, ensuite j’ai commencé à poser des textes de Brel et de Piaf sur des instrus hip hop avec des gamins de mon quartier. Tout s’est fait naturellement. Quand j’ai commencé à faire mes premiers concerts, ça m’a aidé, parce qu’entre les morceaux, je pouvais tchatcher.

Vous avez été aussi humoriste.

Oui,  j’ai fait aussi un peu de stand up. D’ailleurs, je pensais que j’allais finir humoriste.

Rien n’est perdu !

Je crois que je deviens moins drôle avec l’âge (rires).

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© Photos : Tijana Pakic

Artistiquement, vous avez d’autres cordes à votre arc.

Il y a 15 ans de cela, je faisais des costumes, je jouais dans un Café-Théâtre à Lyon, je faisais des doublages… mais tout cela est cohérent. Il y a un lien entre toutes ces activités, mais malgré tout, on me disait qu’il fallait que je choisisse parce que sinon j’allais perdre en crédibilité. Je m’en moquais, parce que j’avais un fort besoin de m’exprimer de toutes ces manières. Le tissu, la matière, le dessin, la musique, la comédie, la danse étaient vitales pour moi. Tout ceci est ce que je suis. D’ailleurs, j’avais besoin de ça, petite fille, pour m’échapper d’une enfance qui n’était pas très drôle. C’était ma niche où je pouvais créer et m’évader.

Karimouche est la petite fille Carima Amarouche qui a envie de s’amuser ?

Oui, mais surtout la petite fille Carima qui a envie de s’échapper de la réalité dans laquelle elle vivait.

C’est un peu une fuite ?

Ce que je peux dire c’est que ça a été positif pour moi. En y réfléchissant bien, tout ceci a sauvé l’enfant que j’étais.

Aujourd’hui, vous avez le syndrome de Peter Pan ?

Parfaitement. Parfois je me compare à des femmes un peu plus jeunes que moi ou de mon âge et je les trouve très « femmes ». Je me demande pourquoi je ne suis pas comme elles. Et je finis par comprendre qu’il y a un côté chez moi qui n’a pas envie de grandir.

Princesses (Clip officiel) ft. Flavia Coelho

Clip de "Princesses" ft. Flavia Coelho, réalisé par Lucie Borleteau avec la participation de Lyna Khoudri, Aïssa Maïga, Farida Rahouadj, Souheila Yacoub Duarte, Awa Ly, Nawel Ben Kraïem, Carmen Maria Vega, Zaza Fournier, Nabila Mokeddem, Alejandra Roni Gatica, Annie Melza Tiburce, Christophe Paou, Laure Giappiconi, Romy Alizée, Chloé Mazlo, Camille Ballon, Erwan Seguillon (R. Wan), Loundja Roux, Maïa Barouh, Alie Andreani, Samia Tahri, Leila Baptista, Chloé Jauffrineau, Patricia Badin, Shanti Masud, Christine Bourgaut, Naïma Bourgaut, Nora Amarouche, Marie-Julie Dhaou, Marie Britsch, Valentine Gauthier, Brigitte Borleteau, Victoire Boissont, Isabelle Tillou, Brice Pancot, Marine Arrighi de Casanova, Ninotchka Peretjatko, Nassima Aïchouche, Malika Mahha, Mimouth Mohand, Yamina Mohand, Souad-Leela Merabet Narsimulu, Ninotchka Boukrafla Kheira, Ines El Hajjami, Humblot Nour Telor, Victor Delfim, Emma Franco, Rodrigo Martinez, Carine Cabral, Lamine Kouyaté. 

J’ai écouté un album de femme, mais pas féministe dure. Vous en pensez quoi ?

Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on est obligé de faire des chansons engagées féministes. De toute manière, quand on est femme, on est féministe. L’inégalité entre un homme et une femme est frappante dans le monde entier. Je ne parle pas seulement du salaire des femmes nettement en dessous, mais du harcèlement sur elles, des violences sexuelles… il y a un non-dit depuis toujours.

Ça bouge un peu quand même, non ?

Encore heureux. Et ça dépend des pays. Je suis ravie du mouvement #metoo, des femmes qui témoignent de leur viol, des langues qui se délient enfin. J’espère que ça n’a pas fini de bouger. Il faut que l’on balance ces gros porcs. Il y a du chemin encore, mais on va pédaler encore. On a de l’endurance. J’ai un fils et je fais tout pour l’élever de manière à ce qu’il respecte les femmes. Tout part de l’éducation.

Ce combat pour l’égalité ne fait que commencer.

Après, il y a des femmes qui se battent pour nos droits depuis des années.

Comme Gisèle Halimi ou Simone Veil, par exemple.

Ou la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum et bien d’autres. Mais il n’y a pas que des gens connus, je suis bien placée pour le savoir, car je pense à ma mère et mes grands-mères qui sont des battantes. Elles se sont toujours battues pour leur droit.

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© Photos : Tijana Pakic

Vous êtes issue d’une famille matriarcale.

Il y a beaucoup de femmes et peu d’hommes en effet. Et je peux vous dire qu’ils ne mouftent pas. Ils ne font pas leur loi (rires).

C’est cette ambiance familiale qui fait que vous chantez des chansons comme ça.

Bien sûr. C’est ce qui m’a construit. Si j’ai été élevée par des femmes, mon père aussi m’a élevée quelques années. J’ai aussi mes deux oncles, du coté de ma mère et du côté de mon père, que j’aime éperdument. Ce sont des hommes extrêmement ouverts. Par exemple, le petit frère de mon père n’a jamais travaillé. Sa femme est docteur en droit. Elle n’aime pas cuisiner ou s’occuper de la maison, mon oncle fait tout dans de la ferme, et il gère leurs enfants. C’est génial ! Un peu comme Tony Micelli dans Madame est servie (rires). Pour l’anecdote, c’est cet oncle qui m’a transmis l’amour pour Léo Ferré. Celui du côté de ma mère, pour Jacques Brel. Vraiment, ils sont importants dans ma vie. Je ne suis pas une féministe anti homme. Ça n’aurait aucun sens.

Votre disque n’est absolument pas anti homme.

Pas du tout. Par exemple la chanson « Princesses » parle du sexisme, mais surtout du racisme.

Clip de "Apocalyspe Now" réalisé par Jessie Nottola.

Dans « Apocalypse Now », vous parlez de la société française d’aujourd’hui.

Cette chanson évoque toutes les manifestations qu’il y a eu en France. Les soignants, les violences policières, les salaires, l’écologie… il faut continuer de se battre. Cette chanson n’est ni démagogique, ni moraliste, je fais juste un constat.

J’ai appris qu’elle est dans la BO d’un film.

Je suis très fière qu’« Apocalypse Now » soit sur le générique d’un court-métrage de Salim Kechiouche, « Nos gènes ». Ce film avec Bellamine Abdelmalek, Sara Forestier, Benjamin Siksou et Hicham Yacoubi a eu quelques prix sur des festivals, notamment à Angoulême.

La musique de cette chanson est entrainante. Vous avez toujours aimé chanter des chansons graves sur de la musique qui fait bouger.

Généralement, j’aime bien prendre le contre-pied.

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© Photos : Tijana Pakic

Parlez-moi de « La promesse de Marianne ».

Ca évoque le destin des immigrés, de leurs enfants et des migrants qui ont cru au mirage de la France universelle et qui se sont brûlés les ailes. C’est ma mère qui m’a inspirée puisque quand elle est arrivée d’Algérie vers 10 ans, ça n’a pas toujours été facile. De toute manière, l’intégration, ce n’est pas une affaire simple. Quand, encore maintenant, on me demande à moi qui suis née en France, si faire de la musique m’a aidé à m’intégrer, je réponds : « C’est ta question qui m’a désintégrée ! A toi d’intégrer que je n’ai pas à m’intégrer ». Je ne vous parle même pas de comment on est perçus depuis la série d’attentats que  nous avons vécus en France. Dès qu’il y a un attentat, j’ai l’impression que l’on accuse directement mon cousin. Les terrorismes pratiquent un islam qui n’est pas le mien, ni celui de ma mère. On ne tue pas des gens nous. Même le mot islamiste me choque. Islam, ça veut dire « la paix ». Beaucoup vivent leur religion en paix et dans le respect. Ceux qui tuent, ce sont des terroristes fanatiques, pas des islamistes simples. 

Sur scène, vous avez un côté gentiment provocateur.

C’est vital d’être dans la provocation, mais surtout pas dans la provocation haineuse. Il est nécessaire de secouer, de remuer les mentalités, sinon, rien ne bouge. Si on ne met pas de coup de pied dans la fourmilière, les choses n’avanceront pas.

Parlons du réalisateur de ce nouveau disque, Camille Ballon (alias Tom Fire). Pourquoi lui ?

J’ai toujours aimé son travail dans ses albums. Je suis fan, même. Il y a quelque chose de très naturel entre nous. On se comprend très rapidement. Notre façon de travailler était assez simple puisque nous n’étions que deux en studio. La particularité de Camille, c’est que c’est vraiment un homme-orchestre. C’est un virtuose, un génie pour moi. Il travaille avec beaucoup de monde, dont Suzane il y a deux ans. C’est une grande rencontre dans ma vie artistique et humaine. Je veux continuer à travailler avec lui.

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Pendant l'interview...

R.Wan est aussi de l’aventure.

On se connait depuis une dizaine d’années. Dans mon deuxième album, Action, il m’a écrit une superbe chanson d’amour, « Des mots démodés ». Dans ce nouveau disque nous avons collaboré au niveau de l’écriture. Je lui parlais des sujets que je voulais traiter et nous avons vraiment fait un travail de ping-pong. Nous nous sommes partagés des petits bouts de textes, des mots, des punchlines. Pour moi, c’était une évidence de travailler avec lui.

Tu as un public fidèle, je trouve.

Il y a des gens qui me suivent depuis le début et j’ai aussi, à chaque album, de nouvelles personnes qui s’intéressent à ce que je fais, mais j’ai conscience de ne pas être Lady Gaga, ni Aya Nakamura. Je ne demande qu’à être découverte. Ce qui est vital pour moi, c’est de jouer sur scène. Avant la pandémie, j’ai eu la chance de chanter souvent. Aujourd’hui, on patiente tous…

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Après l'interview, le 7 janvier 2021...

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01 février 2021

Thibaud Defever : Interview pour Le temps qu'il faut

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(Photo d'introduction et ci-dessous : Maïwenn Le Guhennec)

Portrait Thibaud 1.jpgDepuis des années, Thibaud Defever creuse le sillon d'une chanson associant avec talent les contraires : elle est complexe et lisible, virtuose et simple, nette et fouillée, fragile et solide (dixit le dossier de presse). On entend dans son travail la fusion d’influences aussi diverses que Dick Annegarn (mandorisé là), Joao Gilberto, William Sheller mais il est une voix singulière et importante dans le paysage de la chanson contemporaine, qui donne sa pleine expression dans son nouvel album Le temps qu'il faut.

Tout simplement, du grand art!

Voici la deuxième mandorisation de Thibaud Defever (la première datant de 2015, du temps où nous le connaissions sous le pseudonyme de Presque Oui). Elle a été réalisée lors du deuxième confinement.

L'album Le temps qu'il faut, à écouter ici.

Son site officiel.

Sa page artiste sur Facebook.

Argumentaire de presse :136673911_3753293484738205_7815914300820113680_n.jpg

La flânerie et le temps qui passe sont des préoccupations récurrentes de la chanson, intimement liées à cette forme d'expression. 

L'un et l'autre se retrouvent mêlés d'une façon renouvelée, brillante et originale dans Le Temps qu'il faut, nouvel album de Thibaud Defever (et premier signé sous son nom). 
Un album traversé par le goût de l'errance, de l'aventure et par l'envie de se perdre. Qu'il s'agisse du désir rimbaldien de tout quitter (« Fugue », « Je dérive »), de celui plus apaisé d'aller s'échouer sur une île déserte (« Île »), de la tentation de la forêt (« Dans la forêt »), du passé qui se consume pour nous libérer (« Brûle » – « La maison d'enfance »), Thibaud Defever nous invite, doucement, tendrement, à nous arracher au réel. 
Et nous promet, au bout d'une quête qui prendra le temps qu'il faut, et nécessitera d'affronter des vents contraires, la consolation fraternelle de la rencontre (Des oiseaux, Nous). 

10 chansons qui constituent un album cohérent, tissé comme un nid et solide comme un refuge.

L’équipe :
Une cohérence thématique mais aussi musicale, qui réside dans la singularité de la formule : guitare-voix et quatuor à cordes. Les arrangements ciselés et évocateurs (Jean-Christophe Cheneval et Thibaud Defever) donnent à chaque titre une identité forte et font le pari de la sobriété, de la retenue. La direction artistique (Antoine Sahler) accompagne tout en finesse l’épanouissement de cette « chanson-musique de chambre », dans ce qu’elle a d’intime et de puissant. Le Well Quartet offre un écrin somptueux à la voix et au jeu de guitare brillant, volubile, d'une extrême musicalité de Thibaud Defever. Sur certains titres, ce dernier s'autorise même à abandonner la guitare pour ne s'appuyer que sur le quatuor (« L'artillerie lourde » par exemple), à l'instar du mémorable « Juliet Letters » d'Elvis Costello.

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(Photo : Frank Loriou)

tb.jpgInterview : (Photo de gauche : Maïwenn Le Guhennec)

Pourquoi as-tu abandonné ton pseudo Presque Oui pour prendre ton vrai patronyme ?

Alexis HK me disait régulièrement que je devrais chanter sous mon propre nom. D’autres me disaient qu’en plus, j’avais un joli nom qui sonne bien. C’était des raisons extérieures, mais je crois que la vraie raison, c’est qu’il était associé à une ancienne vie, un duo et une vie personnelle mélangée, qui s’était terminée dramatiquement.  Elle m’obligeait à porter le deuil perpétuellement. Mais l’ultime raison finalement, c’est le fait de ne plus vouloir être dans l’approximation et l’hésitation. J’avais besoin pour des raisons personnelles d’enlever du Presque pour être un peu plus dans le Oui.

Du coup, en reprenant ton vrai nom, tu te montres plus clairement tel que tu es ?

J’avais déjà amorcé la chose dans l’album De toute évidence. J’aurais déjà pu chanter sous mon vrai nom. Ce n’était juste pas le moment parce qu’il fallait encore rester identifiable. Depuis ces deux derniers albums, il y a plusieurs choses que j’ai acceptées : ne pas faire forcément rire et ne pas alterner systématiquement des moments de gravité avec des moments de rigolade. Dans ce nouveau disque, ce qui est venu, ce sont uniquement des choses douces, plus graves et plutôt intimes. Je constate que l’intime m’intéresse par-dessus tout. Ce qu’il se passe à l’intérieur des gens pour le meilleur et pour le pire me fascine. La meilleure façon de voir ce qu’il se passe à l’intérieur des gens, c’est de voir ce qu’il se passe en soi-même. Du coup, cela fait un disque plus monochrome, mais aussi plus cohérent.

Clip de "Ces vents contraires", réalisé par Maïwenn Le Guhennec, dans le Morbihan (Étel et île de Groix) en septembre 2020.

Dans « Ces vents contraires », tu t’interroges sur toi-même. C’est une chanson confession.

Je raconte l’histoire d’un velléitaire qui n’y arrive pas, mais qui aimerait bien… tandis que la musique trace sa route. Je confesse une impuissance, mais la musique me donne la puissance. Souvent dans mes chansons, la musique dit l’inverse du texte. Quand je chante « Ces vents contraires », j’ai l’impression d’être un marin qui n’a pas peur des flots. Pour résumer, c’est la chanson d’une trouille.

Ta pochette est magnifique. Sobre, mais poétique.

Toutes les illustrations qui figurent sur et dans l’album sont signées de ma compagne, Maïwenn Le Guhennec. Toute compagne qu’elle est, je n’aurais pas choisi son travail si je n’avais pas été convaincu. L’artwork (conception graphique) a été fait par Samuel Rozenbaum.

Au début, il n’était pas question d’un album avec le Well Quartet.

Ça ne devait être qu’un spectacle avec un quatuor. Je ne croyais plus trop à un nouvel album, alors, je n’étais pas motivé pour en faire un. C’est parce que Maïwenn a développé son activité d’illustratrice que j’ai changé d’avis. Je me suis dit que ses dessins seraient idéaux dans un disque et que cela en ferait un bel objet en plus du contenu.

« Je dérive », une chanson-illustration-méditation, un voyage (presque) immobile… 

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Thibaud Defever et les Well Quartet (photo : Frank Loriou)

Raconte-moi la rencontre avec les Well Quartet ?

Je les ai rencontrés après avoir lancé un petit appel sur Facebook. Plusieurs quartets m’ont répondu et j’ai choisi celui de Wihad Abdessemed, Luce Goffi, Anne Berry et Chloé Girodon. Je me suis immédiatement parfaitement entendu avec elles. Avant que l’on se rencontre, elles avaient écouté mes chansons et elles semblaient être émues par certaines. Je sentais qu’il y avait quelque chose d’intime qui se jouait entre nous.

Tu avais déjà joué avec elles dans un disque d’Antoine Sahler.

Elles avaient fait quelques cordes et moi les guitares, mais on ne s’était pas rencontrés en chair et en os.

"Fugue".

Le quatuor à cordes, c’est quelque chose dont tu  rêvais depuis longtemps ?

Oui. Quand j’étais au Conservatoire de musique à Lille et que je jouais de la guitare classique, j’avais des amis qui  jouaient de l’alto, du violon et du violoncelle. Je les enviais beaucoup parce qu’ils pouvaient jouer le répertoire du quatuor à cordes et c’est un répertoire de malade. J’ai toujours été frustré de ne pas rentrer  dans cette musique.

Faire un album de chanson avec un quatuor, d’une certaine façon, c’est pour toi une petite revanche ?

C’était un lointain plaisir qui a été retardé. Evidemment, ce n’est pas du Chostakovitch, ce sont juste mes chansons, mais les arranger avec le grand Jean-Christophe Cheneval a permi qu’elles sonnent un peu comme du Ravel.

"Île".

Qu’est-ce qui t’intéresse dans la chanson ?

C’est la chanson, mais aussi ce qui déborde d’elle. Les arrangements, les textures, la finesse et la nourriture musicale en deçà des mots.

Tu coécris tes chansons avec Isabelle Haas.

Ça dépend des chansons. Les trois dernières de l’album, « Îles », « « Dans la forêt » et « Nous », je les ai écrites seul. Cela fait maintenant plus de 20 ans que nous collaborons. Au fil du temps, nous avons écrit de différentes façons. Parfois ensemble et simultanément. On a vécu la configuration ou j’écris quelque chose et Isabelle, à distance, me fait des retours. Dans cet album, pour « Brûle (la maison d’enfance) », on a passé une semaine ensemble en Normandie. On a tourné autour du sujet avant de trouver le bon angle et le point de vue. Cela dit, par le passé, il nous est arrivé de mettre six mois pour finir une chanson.

"Le temps qu'il faut". Cette vidéo a été réalisée lors de l'enregistrement de l'album "Le temps qu'il faut", par Timothée Raymond, au Durango Studio.

Quand tu écoutes ce disque, tu l’aimes ?

J’aime ce que l’on m’en renvoie. Beaucoup d’émotions. Les mots qui reviennent le plus sont repos et apaisement. Ça me fait vraiment plaisir parce que c’est comme ça que j’ai conçu cet album. Au lieu de Le temps qu’il faut, il aurait pu aussi s’appeler Convalescence.

Pourquoi ?

Parce que je suis très attaché à cette idée de moments où tu te reposes, où tu te rassembles. J’ai l’impression parfois que la vie entière est une convalescence. On passe son temps à se remettre de quelque chose. Finalement quand je me retrouve dans des moments où je suis obligé de m’arrêter, comme le confinement, je suis obligé de me calmer et d’arrêter la fuite en avant… Pour moi, cet album évoque tout cela et principalement la chanson titre, « Le temps qu’il faut ».

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(Photo :  Maïwenn Le Guhennec)

Je sais que pendant le premier confinement, tu as écrit des chansons sans paroles. Sais-tu que dans le milieu de la scène française, on te considère comme l’un des meilleurs guitaristes ?

J’ai déjà entendu ça et j’en suis très touché. Ce qui fait la particularité de mon jeu et de cette petite réputation dont tu parles, c’est parce que je chante en même temps. C’est assez rare de voir des gens s’accompagner à la guitare de façon sophistiquée. Dick Annegarn m’a beaucoup inspiré. C’est lui qui m’a donné envie de reprendre la chanson après mon cursus classique. J’avais envie d’avoir un petit orchestre sous les doigts, j’ai donc bossé pour cela.

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Toute la discographie de Thibaud Defever (anciennement Presque Oui).  A écouter ici.

27 janvier 2021

Emma Daumas : interview pour L'art des naufrages

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(Photos : Frank Loriou)

emma daumas,l'art des naufrages,interview,mandorDix ans après son dernier album, Emma Daumas, devenue femme et mère, nous revient avec un regard vif sur le monde, des textes et une voix enrichis de ses expériences, polis par les voyages. Elle fait partie de ces artistes que l’on a vu grandir et s’ancre aujourd’hui dans une chanson pop très personnelle. Et comme l’indique Éric Jean Jean dans sa biographie officielle : « De la pop en français avec des textes, des vrais. L’album d’un long chemin, une drôle d’odyssée certes, mais un album de dix chansons ; dix entités qui, découvertes séparément prendraient aisément place dans la programmation des radios, mais qui, envisagées comme un ensemble, vous diront dix ans de la vie d’une femme. Une femme qui, contre vents, sirènes, dangers, malheurs et grands bonheurs n’eut de cesse de vouloir partager avec son public sa liberté assumée. »

Voici donc la deuxième mandorisation d’Emma Daumas (après la première, ici et une rencontre quelques semaines plus tôt au salon du livre de Randan, ), enregistrée le 8 décembre 2020 à l’hôtel Idol, à Paris.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter son disque, L'art des naufrages.

Un article dans Paris Match (par Benjamin Locoge).

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(Photo : Frank Loriou)

emma daumas,l'art des naufrages,interview,mandorInterview :

La dernière fois que nous nous sommes vus, en 2016, tu venais de sortir ton EP Vivante avec l’éditrice et productrice Danièle Molko.

Nous devions sortir ensuite un album, mais comme tu le sais, elle est décédée. Evidemment, il n’était plus question de continuer ce projet sans elle. Au départ, L’art des naufrages était juste un texte de chanson que j’ai envoyé à Danièle quelques jours avant son départ. Je l’avais écrit pour elle parce qu’elle traversait plein d’épreuves à ce moment-là. Je voulais lui signifier que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Je me le suis finalement appliqué à moi-même.

Et ce texte a été le point de départ d’un nouveau projet pluridisciplinaire.

Au tout début, dans la cadre d’un festival d’art contemporain, j’ai été invitée dans une cabine de plage à investir cet espace. J’ai proposé de faire un concert pour une personne avec un accordéoniste, Laurent Derobert. C’était aussi émouvant pour nous deux que pour le spectateur parce que c’était un échange complètement inédit et très intime. Nous partagions nos émotions en direct live et c’était très fort, très vibrant. A ce moment-là, j’avais besoin de quelque chose de très organique, de très « dans le corps ». J’avais besoin de ça pour me reconstruire et ça m’a fait beaucoup de bien.

Il faut vaincre sa pudeur pour mener à bien ce genre d’expérience.

Nous étions  de personne à personne, de sensibilité à sensibilité. Tu as raison de parler de pudeur, parce que l’on se dévoile complètement. Ce qui m’a décomplexé, c’est que la personne en face était dans la même situation que moi. En plus, elle était assise et nous debout. Du coup, il me semblait qu’elle se sentait vulnérable. D’habitude, c’est l’inverse. C’est la personne sur scène qui est censée être vulnérable. C’était intéressant de vivre ce changement de rapport. Ensuite, il y a eu un spectacle joué au Théâtre du Chêne Noir lors du Festival Off 2019 à Avignon où je chantais déjà les chansons de cet album, mais pas de la même façon. Chaque facette du projet L’art des naufrages a sa propre autonomie.

C’est grâce à ce genre d’expérience artistique que tu te renouvelles constamment dans tes disques ?

Je n’ai jamais eu l’intention de faire deux fois le même album parce que, sinon, je m’emmerde très vite (rires). Un  artiste se doit de faire des propositions différentes, de creuser, d’explorer de nouveaux territoires. La musique est une matière mouvante. Dèjà, nous, nous sommes des matières mouvantes. Nous ne sommes jamais deux fois la même personne entre deux albums parce qu’il se passe du temps, des expériences de vie, la société qui change… Les artistes sont souvent des buvards du monde extérieur.

Il me semble tout de même que je repère désormais une patte, un style Emma Daumas.

Je commence effectivement à avoir certaines récurrences mécaniques dans ma création. Je pense commencer à trouver mon empreinte et mon ancrage.

Il y a une chanson de ton nouveau disque qui s’appelle « Saltimbranques ».

J’aimais bien cette idée de se voir presque comme une artiste de cirque, itinérante. Je me sens proche de cette forme d’artisanat-là. J’ai mon petit chapiteau sur le dos et je peux donc proposer différentes formes d’arts et de mise en scène. Le personnage de « Saltimbranques », lui, n’a pas de chance et il est très maladroit. Il en devient très touchant. J’ai une véritable empathie face à quelqu’un qui trébuche, mais qui essaie de nouveau.

Clip de "Les jeunes filles en fleurs".

emma daumas,l'art des naufrages,interview,mandorJ’aime beaucoup ton premier single, « Les jeunes filles en fleurs ». C’est une chanson très subversive sur l’adolescence.

Dans l’album, c’est la chanson dont la grille d’accords est la plus simple. Je trouvais que c’était une entrée en matière assez directe. Le réalisateur du disque, Alex Finkin, lui a donné une efficacité redoutable. Ce texte est un peu mystérieux car à double lecture. Il y a de la subtilité et de la profondeur dans les propos. En règle générale, je voulais qu’il y ait un décor dans chaque réalisation de chaque chanson et que l’on voyage de paysage en paysage. Alex a parfaitement rempli sa mission. Il a trouvé cet alliage que je souhaitais entre la pop musique et la chanson française, avec le texte et la voix au centre de tout ça.

A propos de ta voix, tu as explosé tes cadres vocaux habituels.

Oui, par exemple dans « A la folie ». J’ai chanté dans un effet. J’ai tenté de m’approcher de la tessiture vocale de Björk. Cette artiste m’impressionne, car elle va toujours loin dans ses recherches sur la voix. Pour elle, chaque chanson est un champ d’exploration vocale.

Paradoxalement, dans « A la place du silence », tu susurres presque.

Il y a pas mal de ce genre de décrochages dans ce disque, notamment dans « Nouveau monde » et « Léthé ». La première chanson parle de la maternité et la seconde de la mort. On ne peut pas chanter des thèmes aussi différents de la même façon. « Le nouveau monde », je l’ai écrit à la naissance de ma fille. J’ai commencé à interpréter cette chanson sur scène alors que je portais mon fils.

Tes chansons sont toutes autobiographiques ?

Elles sont toutes personnelles.

Dans « Amor, l’amour », tu emploies des mots comme : pisse, branle, mycose…

(Rires) Tu me parles de la seule chanson que je n’ai pas écrite. C’est un texte de Valérian Renault. Je pense que je n’aurais jamais osé écrire ainsi. Pour moi,  Valérian est un des meilleurs auteurs que l’on ait actuellement. Il est trop méconnu par rapport à l’immense talent qu’il possède. C’est une chanson qui parle à tout le monde… on s’est tous cassé la gueule en amour. C’est amusant parce qu’elle va à contre-courant de mon mood actuel, parce qu’en amour, ça va plutôt bien pour moi.

Tiens, une question naïve. C’est quoi, pour toi, l’amour ?

L’amour est un miroir. Il nous pousse sans arrêt à nous connaitre mieux nous-mêmes et à nous remettre en question… ou pas.

Tu as autoproduit ce disque.

J’ai trouvé des nouvelles façons de travailler qui sont laborieuses et éprouvantes. Avec mes collaborateurs, nous faisons tout, de la stratégie au financement. Du coup, cela procure une solidité absolue dans mes propositions artistiques. La structure a été créée pour moi, je n’ai donc à me calquer sur aucun autre fonctionnement. Tout est pleinement assumé et réfléchi. Tout a du sens… enfin, pour résumer, tout est naturel.

Tu es fière de cet album ?

Il a quelque chose de particulier parce que c’est le premier que je fais seule. En prenant des risques, en travaillant comme jamais. C’est l’aboutissement de 10 ans de travail, de cheminement, d’écriture, de rencontres, de structurations professionnelles…

Crois-tu que désormais, le public et le métier te jugent à ta juste valeur ?

J’attends de voir. Il faut que les gens sortent de l’image qu’ils ont de moi. Dans ce disque, on a accès à plusieurs couches de chansons. On n’est pas obligé de creuser les couches parce qu’écouter de la musique reste aussi du divertissement, mais il serait bon que l’on comprenne que je ne suis pas que la fille qui a fait la Star Academy.

On t’en parle encore ?

Bien sûr. Tout le temps depuis 20 ans.

Tu casses un peu les codes du métier.

Je suis quelqu’un qui veut toujours aller à contre-courant et je me demande si je n'ai pas l’esprit de contradiction (rires).

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Après l'interview, le 8 décembre 2020.

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29 décembre 2020

Lo'Jo: interview de Denis Péan pour Transe de Papier

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(Photo : Christophe Martin)

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandorLo’Jo, c’est toujours une rencontre de sons, de rythmes et d’esprits venus d’un peu partout. Dans ce nouvel album, Transe de papier, ils viennent de l’Océan Indien, de la chanson française, d’Europe Centrale, du jazz, d’Afrique du Nord, de la musique de chambre et d’où vous voulez. Lo’Jo, les puristes le savent, c’est une science de l’arrangement des cordes, des instruments acoustiques et quelques effets électroniques, des voix humaines et des rythmes que traverse une vibration chamanique intime, poétique.

« Sans disséquer l’album et ses mystères, on peut dire que souvent, il serre la gorge, fait monter les larmes et puis console et donne de la force. Un album de mondes chamboulés, à commencer par l’intérieur » indique à juste titre le dossier de presse.

Pour la troisième fois (voir les deux premières mandorisations ici en 2014 et là en 2017), j’ai interviewé le leader et tête pensante du groupe, Denis Péan. La rencontre s’est tenue le 23 novembre dernier (entre les deux premiers confinements) dans un appartement de la capitale.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Transe de papier, c’est là !

Argumentaire de presse :lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandor

Entré dans un nouveau chapitre de son existence, le groupe angevin Lo’Jo a enregistré son nouvel album, Transe de papier, en y insufflant la chaleur, la chair et la magie de ses concerts. C’est l’album refuge et miroir d’un monde de bouleversements intimes et universels. Et un nouveau départ pour le groupe et ses invités précieux – Tony Allen et Robert Wyatt.

Le refrain du premier morceau de Transe de papier annonçait l’air du temps et l’espérance de l’année 2020. « Je ne reviens pas pareil » de ce moment où le ciel soudain tout bleu nous est tombé sur la tête. « Je ne reviens pas pareil » de l’écoute de « Jeudi d’octobre » et « La Rue passe », les deux chansons de l’album qui accueillent le batteur Tony Allen, sans doute pour un de ses derniers enregistrements. « Je ne reviens pas pareil » de ces souvenirs de voyages, de lieux et de parfums. « Je ne reviens pas pareil » de ce disque qui fait affleurer et danser tellement de sensations et d’émotions enlacées : de l’anxiété et de l’espoir, de la colère déterminée et de la tendresse, de l’introspection et des visions hallucinées, des certitudes ébranlées et de la confiance. Mais si cet album résonne comme celui d’un monde chamboulé, c’est d’abord parce qu’il raconte celui de Lo’Jo – de l’universel à l’intime, et inversement. Pendant quelques longues lunes, Lo’Jo a fonctionné à la façon d’une petite communauté semi-nomade et furtive (comme chez Alain Damasio), qui avait jeté l’ancre dans une ancienne ferme de la campagne angevine. Là, Denis Péan façonnait et enregistrait sa musique entre deux voyages, mais aussi accueillait les enfants des écoles et des artistes du monde entier. Plus qu’un groupe, Lo’Jo était devenu une micro-société alternative, une utopie au coin du chemin. Et puis, après 17 ans de résidence, Lo’Jo a dû quitter son nid. Ils s’en sont remis. Comme, dans l’importante chanson « Blackbird », l’esclave qui saute d’une falaise et se transforme en oiseau, en puissant moineau peut-être.

Transe de papier est le premier album de leur monde d’après. Leur nouveau monde n’a plus de murs, ou seulement des murs en papier. Denis Péan le reconnaît, la musique est revenue au centre de sa vie. L’imaginer, la façonner, la sublimer. L’offrir comme le groupe le fait si bien et depuis si longtemps sur scène, une nourriture pour le cœur et l’âme.

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(Photo : Christophe Martin)

Les intervenants :

C’est leur ami Justin Adams, réalisateur de l’album et plus encore, qui a eu envie d’entendre Lo’Jo en studio comme sur scène : avec les voix puissantes et bouleversantes de Nadia et Yamina Nid El Mourid en devant de scène, avec cette matière musicale qui prend forme comme de la glaise sculptée en direct, avec les cordes attrapées au vent par Richard Bourreau, puis ces moments où Denis Péan chante et se retrouve seul au piano. Transe de papier a été enregistré entre l’Anjou et le mythique et magique studio Real World en Angleterre. Justin Adams a suivi le processus depuis les premières démos. Karl Hyde, fondateur du groupe Underworld et alchimiste du son, a jeté quelques sorts à cinq chansons. Un nouveau bassiste a rejoint le groupe, Alex Cochennec. Mais Transe de papier est d’abord, plus que jamais et au moins autant qu’aux débuts du groupe, un album de Lo’Jo.

A distance, l’album accueille un ami rare et fidèle, Robert Wyatt. Il a officiellement arrêté la musique, mais a enregistré le texte de « Kiosco ». Sa voix douce est une des petites flammes qui rendent cet album précieux. Comme d’habitude, oui, mais encore plus haut, sur une crête qui permet de redessiner la ligne d’horizon.

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(Photo : Christophe Martin)

lo'jo,denis péan,transe papier,interview,mandorInterview :

Vous viviez dans une maison communautaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pourquoi ?

C’était un lieu de résidence où on a accueilli pendant 17 ans de nombreux musiciens, notamment africains ou de l’Océan Indien. Nous avons été virés par la municipalité qui ne nous avait pas à la bonne. On a vécu la fermeture de notre maison accueillante comme un déracinement. Ça n’a pas changé le cours de la musique pour autant, mais ça a changé notre vie et notre humeur.

Dans votre nouvel album, il me semble qu’il y a plus de place pour la musique que d’habitude.

Il est possible que je sois un peu plus discret. Je chante moins. Par contre, les filles ont plus de champs d’expression. Au départ, mon goût va plus à la musique qu’au chant.

Le batteur Tony Allen (un des pionniers de l'afrobeat avec son maître et ami Fela Kuti dont il était le batteur et directeur artistique de 1968 à 1979) a disparu peu de temps après avoir joué pour ce dernier album de Lo’Jo.

Ça, c’est quelque chose de très touchant... triste plutôt. Je l’ai rencontré les derniers mois de sa vie. Il avait été un mentor pour moi depuis mon adolescence quand j’écoutais l’impressionnant et révolté Fela Kuti. Un jour, j’ai vu Tony Allen à la Maison de la Radio. J’ai constaté à quel point son bras ne bougeait pas. Son poignet ne faisait pratiquement aucun mouvement par rapport à la dynamique du son et de la vibration qui sortaient. J’avais l’impression qu’il faisait tourner l’orchestre autour de son poignet. Je me suis dit qu’il fallait qu’il joue pour un album de Lo’Jo. Je l’ai rêvé et ça s’est fait. Quand je l’ai rencontré, il m’a impressionné notamment par sa façon de jouer, mais aussi pour son acuité humaine. Il avait une façon de regarder quelqu’un en face, de transpercer son âme avec bienveillance. Il était pétillant et plein de savoir. J’ai aimé cet homme cosmique.

"Pas pareil", un film de Thomas Rabillon. Paroles : Denis Péan. Musique : Lo'Jo - Yamina Nid El Mourid, Nadia Nid El Mourid, Denis Péan, Richard Bourreau, Alexandre Cohennec, Stéphane Coutable, Jacques Coursil, Karl Hyde.

Robert Wyatt a écrit le texte de « Kiosco » et prête sa voix pour cette chanson.

Robert avait déjà participé à l’album Cinéma El Mundo en 2012. On m’a raconté que c’était un fan de Lo’Jo, ce que je ne savais pas. Un jour, il a été mandaté par David Byrne pour une compilation de musique française. Robert est un peu francophone, il parle notre langue et aime beaucoup la poésie française. Il avait intercédé pour que Lo’Jo fasse partie de cette compilation. Cela nous a ouvert beaucoup de portes en Angleterre. Robert Wyatt est d’une gentillesse et d’une tendresse irracontable, inouïe. J’affirme que c’est le chanteur le plus émouvant que je connaisse.

Ce que j’apprécie chez vous, c’est que Lo’Jo ne fait pas des disques pour vendre. Vous ne faites aucune concession.

Ce n’est pas ma préoccupation. Je ne formate pas ma musique pour vendre ou pour plaire.

En 2020, est-il toujours utile de sortir des albums physiques ?

Oui, parce que c’est une clé, un cycle, une phase qui marquent un tournant dans notre histoire. C’est la fin d’une histoire et c’est le début d’une autre… c’est notre survie aussi.

"Permettez majesté", un film de Jean Guillaud. Paroles : Denis Péan. Musique : Lo'Jo - Yamina Nid El Mourid, Nadia Nid El Mourid, Denis Péan, Richard Bourreau, Alexandre Cohennec.

Cet album est différent des autres, comme à chaque fois.

Effectivement, aucun album n’a la même couleur. Celui-ci est rustique et sensible. Sa sensibilité est évidente, car il est moins noyé dans les arrangements grandiloquents ou chargés. On ressent la personnalité des gens qui occupent ce son-là.

Pourquoi le disque s’intitule Transe de papier ? C’est un curieux titre.

J’aime les titres étranges. Je pense qu’une fois qu’on a trouvé le titre, ça conditionne le reste et ça réunit les forces. Ma transe de papier à moi, c’est d’écrire des textes et de les calligraphier à l’encre de Chine et à la peinture sur des papiers de récupération. La transe est propre à la musique. La musique fait palpiter et elle palpite. Le papier est une matière qui est noble, belle, fragile et pacifique.

 "Transe de papier", un film de Jean Guillaud. Paroles : Denis Péan. Danse : Margaux Marielle-Tréhouart.

Vous rentrez en transe quand vous êtes sur scène ?

C’est un moment qui n’est pas ordinaire. Je ne sais pas si je ne suis plus le même ou complètement moi-même. En y réfléchissant, je pense que c’est le seul moment où je suis complètement moi-même. Sur scène, nous sommes livrés à l’instant, au fugace… et ça va très vite.

Dans la vie normale, vous êtes moins bien dans votre peau?

Je suis bien, mais je ne suis pas dans un état aussi important, aussi vibrant.

C’est le public qui vous fait vibrer ?

Oui. Une musique sans oreille pour l’écouter serait vaine.

La pochette de cet album est comme la musique, épurée.

C’est le réalisateur Justin Adams qui a conditionné ça. Il a déterminé la mise en scène de chacun de nous, de la musique et des différents sons de cette dramaturgie sonore.

Peut-on vous classer dans la catégorie « musique du monde » ?

« Musique du monde », déjà, ça ne me dit pas grand-chose. Je ne vois pas quelle musique ne serait pas du monde. Ce que l’on peut dire, c’est que notre musique n’est pas traditionnelle. Elle ne descend pas d’un folklore quelconque. Si on ne peut pas dire qu’elle soit de tradition particulièrement française, il y a cependant quelque chose qui m’interpelle. En Chine, certains chinois m’ont dit que ce que nous faisions étaient « si romantique ». Comme si « romantique » voulait dire « Français ». Aux Etats-Unis, ils disent que notre musique est « so frenchy », alors que je ne vois pas quel code de musique française il y a là-dedans (rires). Peut-être que dans l’imaginaire mondial, la France reste un pays de fantaisie, de liberté et de création...

Lo'Jo revient aux sources pour un concert événement de 56 minutes au Chabada à Angers, le 12 décembre 2020. L'occasion pour eux de jouer les morceaux de leur nouvel album "Transe de papier".

Comment expliquez-vous que vous ayez autant d’admirateurs et autant de personnes qui attendent vos nouveaux albums ?

Pour l’instant, je n’ai pas encore profité du bénéfice du succès (rires). Nous sommes les seuls à occuper cette place un peu ésotérique en France…  et dans la durée.

Esotérique ?

Un peu, avec un fond politique. Ce qui est certain, c’est que nous ne sommes pas dans la tendance, mais jamais hors de l’époque.

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(Photo : Christophe Martin)

L’album Transe de papier est-il le plus proche de vous ?

Je l’ai conçu/fondé comme ça. Comme un acte de vérité, d’authenticité, d’humanité, de vérité avec soi-même. Nos disques, c’est ma protection, mon lieu de prédilection poétique et c’est là que j’ai quelque chose à faire plus qu’ailleurs.

C’est votre meilleur album ?

(Rires) Je ne sais, mais j’ai toujours envie d’en faire un autre. Pour mes compères et moi, ce n’est jamais assez bien, assez abouti, assez satisfaisant.

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Le 23 novembre 2020, à l'issue de l'interview...

Je sais que vous n’aimez pas le terme de « leader de Lo’Jo ». Pourquoi ?

Je suis juste quelqu’un qui veille au collectif. L’énergie passe par le collectif et je fais attention à ce que chacun trouve sa place. Quand le réalisateur, qui est nouveau chez nous, est ferme dans sa vision, nous le suivons. Il peut y avoir débat, mais si on fait venir quelqu’un c’est parce qu’on a confiance en lui. On a besoin de quelqu’un avec de fortes convictions. Justin a vraiment été précieux pour nous.

Vous tenez toujours à rendre hommage à tous les membres de Lo’Jo.

Ce sont tous des gens épatants, musicalement et humainement. Ils sont tous humbles. Et quand je vois l’engagement, l’affection profonde, la sincérité qu’ils mettent dans ce projet à chaque fois, ça m’émeut profondément. Lo’Jo, je le répète, c’est une équipe. Il n’y a pas de chanteur vedette et son orchestre. Je ne suis pas l’âme du groupe. J’insiste, ils sont une âme autant que moi. J’ai donné beaucoup de ma vie pour rendre possible un groupe et dans ce groupe, il y a moi… au même titre que les autres.

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Le 23 novembre 2020 à Paris.

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28 décembre 2020

Yvan Dautin : interview pour ses 50 ans de carrière et le coffret La plume au cœur

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(Photo : David Desreumaux/Hexagone)

yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandorEn 2019, Yvan Dautin sortait son premier album depuis sept ans, Le cœur à l’encan. « Textes poétiques d'une grande sensibilité pour parler de l'amour (« Le cœur à l'encan », « Je ne vois qu'elle... », de la vie de maintenant (« Pourquoi faut-il encore? ») ou du désastre écologique (« Plus d'abeilles »...)... Le tout servi par une émotion et une rare sensibilité », dixit Michel Kemper du site Nos enchanteurs.

En cette fin d’année 2020, c’est un coffret de plus de 100 chansons, La plume au cœur, qui vient de sortir pour fêter ses 50 ans de carrière. Pour en parler, c’est un Yvan Dautin, malicieux et rieur, mais toujours franc du collier, qui m’a répondu (par téléphone parce qu’en plein deuxième confinement, le 11  novembre dernier).

Argumentaire de presse officiel :yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandor

Pour ses 50 ans de carrière, Yvan Dautin s’est (enfin !) fait coffret … Si ce n’est pas un comble pour ce pur esprit libertaire !

Quand on s’apprête à biographer l’homme aussi sûrement qu’on anthologie son œuvre, faut-il commencer par le début ou par la faim ? Qu’importe, le voici, en crooner un tantinet suranné, classique et classieux, à faire le pitre entre deux graves, des œillades énamourées aux dames du premier rang, des bisous déposés à la commissure de leurs lèvres. De langoureuses grimaces aussi. Il bécote tant qu’il pleut, il cabotine. Fait le singe, le clown, le zouave, fait son Bourvil, son baba, son Boby à la pointe des mots, au bout des rimes. Fait rire et l’instant d’après pleurer, explorant d’autres dimensions d’un monde à part : l’huissier qui n’a pas tout saisi, la femme battue qui n’a pas tout compris, ou la dame Cendrillon des bas-fonds qui dort dans ses cartons. Dautin ne donne ni sa langue au chat ni sa part au chien. Sans renier le rire, sans nullement dissoudre l’émotion, il chante ses quatre vérités, fait rimer ses indignations, musiquer ses colères.

Car, ne vous déplaise, Yvan Dautin est arrimé au temps présent, celui de nos vies, des angoisses du quotidien, des mille difficultés, mille embûches, de ce monde qui ne fait plus miel de ses abeilles, qui scie la branche sur laquelle il a posé son cul. 102 titres enregistrés entre 1968 et 2020…

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(David Desreumaux/Hexagone)

yvan dautin,la plume au coeur,epm,interview,mandorInterview :

A l’écoute de ce coffret de plus de 100 chansons, on se dit que vous avez une sacrée carrière !

Je n’aime pas trop la touche « rewind », car je déteste me pencher sur mon passé. Ça me donne l’impression d’être au bord du vide. Vous savez, j’ai traversé aussi un peu le désert à une époque pas si lointaine. Un copain m’a envoyé tous les vinyles de moi que je n’avais pas. Je les ai écoutés et ça m’a mis dans un cafard absolu. Un vrai blues. Si Christian De Tarlé, le directeur du label EPM, ne m’avait pas convaincu de l’intérêt de la chose et de la possibilité de réunir ces chansons (parce que j’ai des disques chez AZ, chez Pathé, chez RCA…etc.), je n’aurais jamais entrepris une telle gageure. J’étais bloqué là-dessus, mais il m’a parlé si gentiment, que j’ai accepté (rires).

D’avoir un coffret comme celui-ci, c’est quand même une reconnaissance, non ?

Bien sûr. Aujourd’hui, en fait, je suis très content que cette anthologie existe. Ça me rappelle que j’ai eu 16 ans de ma vie, où ça marchait bien. J’enregistrais un album tous les deux ans. J’ai pu vivre de mon métier suffisamment correctement pour que ce soit agréable. J’avais une vraie vie de chanteur. Je chantais partout et le public était là. C’était une période où tous les journaux nationaux avaient un chroniqueur « chansons », ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

"La méduse" (1969) en version audio.

La chanson n’intéresse plus grand monde selon vous ?

Ce sont les médias que cela n’intéressent plus. Le public, lui, continue à aimer mais il n’est plus informé de ce qu’il sort en la matière.

Je sais que vous n’aimez pas le terme « chansons à texte », ce que vous faites pourtant.

Je trouve cette expression désastreuse. Avec elle, on est de nouveau en plein Rive Gauche, ce qui reviendrait à penser qu’il n’y a pas beaucoup d’ambitions musicales. Je considère qu’une chanson doit être bien écrite, mais la musique ne doit pas être remise au second plan.

"Boulevard des Batignolles" (1982-texte d'Etienne Roda-Gil).

C’est vrai que le terme Rive Gauche ne vous convient pas. Vous avez fait très peu de cabarets finalement.

J’ai commencé ma carrière quand les cabarets fermaient les uns après les autres. Je l’ai regretté parce qu’à L’Ecluse, par exemple, quand on y chantait, nous étions payés. Maintenant, c’est le contraire. Il faut payer pour chanter à Paris.

En réécoutant votre œuvre, j’ai plongé dans plein d’émotions. Je suis passé du rire au sourire… et parfois aux larmes.

Je fais de la variété variée. Sur scène, j’aime transmettre toutes les facettes des émotions. Je peux passer à des moments où je fais le pitre à des chansons tragiques. Dans mes tours de chant je passe constamment de l’un à l’autre.

"Monsieur, monsieur" (1981).

Vous aimez faire rire ?

Oui, parce que quand on sait faire ça, on a une récompense énorme. Le public est heureux. Quand ça ne marche pas, on pénètre indéniablement dans une grande solitude.

C’est plus facile de faire rire ou de faire pleurer ?

C’est aussi difficile l’un que l’autre, mais il me semble que les gens sont plus indulgents envers les pleureurs qu’envers les comiques (rires).

Sur scène, vous parlez beaucoup entre les chansons et c’est souvent drôle…

Je suis un chanteur à voir sur scène. Je ne suis pas qu’un auteur-compositeur-interprète, j’ai un côté showman.

"La mal mariée" (1975).

Vous avez été aussi comédien, ça a dû vous servir pour être à l’aise avec le public.

Quand j’étais interne au lycée Clémenceau, en 1965, à Nantes, je m’emmerdais beaucoup. Je me suis donc intéressé à plein de choses : la politique, les filles, les livres… j’ai commencé à en lire qui n’étaient pas au programme de la faculté des Lettres : le surréalisme, Brecht… Et j’avais aussi envie de faire du théâtre. Je suis donc allé au Conservatoire en auditeur libre. Comme on ne m’a pas poussé, j’ai vite arrêté. Ma mère était couturière, mon père était déjà parti depuis longtemps, nous n’avions pas beaucoup d’argent. Du coup, j’ai fait du théâtre mais dans une troupe d’amateurs.

"Qu'elle est jolie la fille d'en bas" (1977).

Vous n’avez pas un ego surdimensionné, ni un esprit de compétition comme certains de vos collègues.

C’est pour ça que ma carrière est là où elle en est (rires).

Il paraît que vous aimez bien être haïssable ?

Disons que l’on m’a toujours considéré comme quelqu’un d’atypique. J’ai remarqué que les artistes qui marchent bien font toujours la même chanson, comme un pâtissier qui saurait faire parfaitement le baba au rhum ne ferait que du baba au rhum. Moi, il est difficile de me mettre une étiquette, car je fais rarement la même recette. J’ai commencé avec « La méduse » qui était une chanson rigolote, puis le disque d’après, j’ai chanté « La mal mariée », une chanson triste. Au fond, j’ai cette dualité en moi depuis toujours.

Cette dualité vous a-t-elle porté préjudice ?

Je ne pense pas. C’est moi qui me suis porté préjudice. Je n’ai pas accepté le contrat Faustien avec le showbiz. S’il n’y a pas Lederman, il n’y a pas Coluche, s’il n’y a pas Talar, il n’y a pas Cabrel...etc.

Vous me dites que pour réussir, il faut vendre son âme au diable ?

Un peu… Je suis de gauche et donc un peu con. J’ai des valeurs (rires).

8 octobre 1976. Rencontre du chanteur Yvan Dautin. Il parle de ses voyages, de la folie. "La vie est formidable, dit-il, mais pas celle que l'on nous impose". Il chante quelques unes de ses chansons. Il parle du show business, du spectacle et de la communication dans le spectacle. Images d'archive INA Institut National de l'Audiovisuel.

Vous regrettez de ne pas avoir cédé à quelques sirènes ?

Pas du tout parce que je peux me regarder dans la glace. Le seul jeu auquel j’ai joué, c’est le mien. L’envie de réussir n’était pas assez grand pour que je devienne arriviste et pour que j’emploie tous les moyens pour parvenir à me hisser aux plus hautes marches. Il faut dire que j’ai un côté nonchalant qui ne croit pas en moi. Je suis même surpris que certaines personnes se souviennent de ma pomme. Je me ramène à Cyrano : « ne pas monter très haut, mais tout seul ».

Pourquoi ne croyiez-vous pas en vous ?

Ma mère disait souvent, en ma présence : « celui-là, il n’est pas comme les autres, je ne sais pas ce que je vais en faire ». C’est drôle, les adultes parlent comme si les enfants n’étaient pas là. J’ai entendu beaucoup cette phrase, ça m’a marqué au fer rouge…  ce qui est certain, c’est que ça ne donne pas confiance.

Votre enfance est aussi ce qui vous a construit.

Ca m’a construit tout en me détruisant. On a tous nos blessures, nos fêlures… je ne suis pas un cas unique, je sais bien. En tout cas, écrire m’a libéré et m’a permis de me tirer vers le haut. Verbaliser les choses, c’est pas mal.

Yvan Dautin chante "Monsieur William" (texte de Jean-Roger Caussimon) au Forum Léo Ferré, à Ivry, le 14 janvier 2017. Filmé par David Desreumaux/Hexagone.

Vous écrivez encore ?

Bien sûr. J’écris pour ne pas mourir. J’ai encore 200 textes de chansons possibles ou impossibles, je ne sais pas.

Etes-vous un chanteur romantique ?

Quand j’étais en 4e, un prof d’allemand m’avait dit que j’étais un romantique refoulé. Au fond, ce n’est pas totalement faux.  Ce qui est certain, c’est que j’ai un côté désenchanté. Je me suis toujours trouvé moche, alors pour séduire, j’ai utilisé mon sens comique… ça marchait mieux avec les filles.

Yvan Dautin chante "Elle est comme elle est belle" au Forum Léo Ferré, à Ivry, le 14 janvier 2017. Filmé par David Desreumaux/Hexagone.

Vous étiez considéré comme un contestataire, voire un libertaire, est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Evidemment. On vit depuis des années dans l’impasse suicidaire du capitalisme ou du mondialisme, appelons ça comme on veut. C’est la croissance à tout prix. Ce n’est plus possible qu’il y ait un pour cent de la population mondiale qui détient 99% des richesses. Et les pauvres que nous sommes, nous nous battons entre nous. On voit bien que l’on vit dans un monde absurde qui ne tient pas debout. Et je ne parle pas du réchauffement climatique... Les hommes politiques sont à la solde des financiers, les maîtres du monde. On vit dans une société de comptables. Je trouve que le monde dans lequel on vit est assez inacceptable.

20 décembre 2020

Noé Preszow : interview pour l'EP Ca ne saurait tarder

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(Photo : Pierre Cattoni)

Noé Preszow-1084-04(c)pierre cattoni (2).jpgNoé Preszow est un artiste bruxellois de 25 ans. Je l’ai découvert il y a quelques mois (après beaucoup de monde visiblement… Mandor a un sacré flair, dites donc). La première fois que j’ai écouté « A nous », je suis resté scotché. Je me suis demandé ce qu’était cet ovni incompréhensible, mais qui me filait les poils. Je dis incompréhensible parce que je ne comprenais rien à ses propos. Il disait tout et son contraire, mais cette chanson me fascinait. Je n’arrêtais pas de l’écouter. Au bout d’un  moment, je me suis dit qu’une mandorisation s’imposait. Le 26 octobre dernier, cela fut fait dans les locaux de son label tôt Ou tard. Et enfin, j’ai compris « A nous ». Je parle de cette première chanson, mais les trois autres de son EP, Ca ne saurait tarder, m’ont plu tout autant. Vraiment beaucoup. Cet artiste est impressionnant textuellement, dans le flow et son sens de la mélodie évidente.

Petit plus : 

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l'EP.

Un article dans Libération signé  Patrice Barbot.

Argumentaire de presse officiel :NOEPRESZOW_CANESAURAITTARDER_1440x1440.jpg

Il y quelques mois, Noé Preszow sortait «À nous», comme une carte de visite. À nous qui, comme lui, avons du mal à trouver notre place, à nous positionner. Noé Preszow (prononcer Prèchof), envisage un monde où solitude et solidarité cohabitent, se complètent, et ou le « nous » prend la place du « je ». Il était temps. Plusieurs millions de streams, des passages radio nombreux et toujours en croissance, des invitations sur les plateaux des médias belges et français. Une place qui se dessine pour cet artiste qui détonne. En  septembre dernier, Noé Preszow a sorti son premier EP, Ça ne saurait tarder. Il y est question d’amitié, qu’il s’agisse de l’impossibilité d’une fête («Que tout s’danse») ou que le dialogue soit rompu («Je te parle encore»). Quatre titres urgents et intenses, aussi impudiques que généreux. Quatre titres et déjà un appel d’air. Cela faisait longtemps que l’on n’avait entendu de tels mots dans un hymne pop.

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(Photo : Pierre Cattoni)

IMG_8895.jpgInterview :

Avant de signer chez tôt Ou tard, tu avais déjà quelques « petites » expériences dans la musique. Lesquelles ?

J’ai joué dans quelques groupes. Ma passion, c’est d’enregistrer. Je n’ai pas attendu une maison de disque pour commencer à m’adonner à cette activité. Dès que j’avais un peu d’argent de côté, j’allais le dépenser en studio avec des musiciens. C’est ainsi que j’ai avancé petit à petit. Peu importe comment ça allait finir, j’ai considéré qu’agir comme ça faisait partie de mon chemin.

Dans tes quatre chansons, il  n’y a pas d’économie de mots. Disons-le, il y a beaucoup de textes.

Je dis souvent que j’ai commencé à écrire vers 12 ans, quand j’ai reçu mon premier enregistreur, mais en fait il me semble que j’ai toujours écrit. J’ai appris à écrire en même temps que j’apprenais à taper à l’ordinateur. Mes premiers textes évoquaient les chanteurs que j’écoutais à l’époque. Le tout premier s’appelait « Ce que j’aime dans la musique de Renaud ». J’ai toujours fait les choses avant de me demander ce que je faisais. J’imaginais que mes textes ressemblaient à des chansons.

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(Photo : Pierre Cattoni)

J’ai l’impression que votre vie, même d’aujourd’hui, est construite autour de la chanson.

En effet, c’est comme ça que je suis en relation avec le monde qui m’entoure. Si j’écoute beaucoup de musiques contemporaines, c’est parce que ça me raconte l’époque dans laquelle je suis.

Vous écoutez beaucoup de chansons françaises, je crois.

Il y a des chansons de Beyonce que j’aime beaucoup, mais cette artiste ne me bouleverse pas comme Brigitte Fontaine, par exemple.

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(Photo : Pierre Cattoni)

Il n’y a que les chansons françaises qui vous bouleversent ?

Non. Bob Dylan et Leonard Cohen sont très importants dans ma vie. En règle générale, les chansons qui me bouleversent le plus peuvent être liées à des histoires familiales.

Ce que j’aime chez vous, c’est que ce que vous faites est original. Ça ne ressemble à aucune œuvre d'un autre artiste.

J'aime les chansons à texte, mais en même temps, j’ai une culture pop. J’ai beaucoup écouté les Waterboys par exemple. Je considère que c’est un des plus grands groupes au monde. Pour en revenir à votre constatation, il faut que je vous sachiez que je me sens libéré de mes influences parce que musicalement, dans mes goûts, c’est un peu le bordel.

Clip de "A nous".

Noé Preszow-1094-10(c)pierre cattoni.jpgParlons de « A nous ». Je n’ai pas compris le sens de cette chanson qui s’envole dans toutes les directions. C’est beaucoup pour avoir des explications que je voulais vous rencontrer. J’ai l’impression que vous êtes multiple dans la tête.

Quand on dit « vous dites tout est son contraire », ce n’est pas vrai. En disant  « on peut dire tout et son contraire », c’est dire quelque chose. Je suis toujours dans ce mélange là (rires). La vérité, c’est que cette chanson part d’une certaine souffrance. Cette multiplicité dont vous parlez me fait beaucoup souffrir parce qu’elle est réelle.

Comme la bipolarité ?

Totalement. Je suis quelqu’un de très nerveux et c’est la guerre tout le temps dans ma tête. Cela a contribué à faire « A nous ». J’ai un refus du positionnement, mais en même temps, c’est comme si je levais mon verre à ces mille personnes qui sont dans ma tête et à toutes ces voix que j’entends. Jeanne d’Arc est une figure qui m’a beaucoup marqué quand j’étais enfant. Je demandais tout le temps que l’on me raconte l’histoire de Jeanne d’Arc. Plusieurs années plus tard j’ai compris que c’était parce qu’elle entendait des voix que j’aimais cette histoire. Parler seul et entendre des voix font partie de ma vie.

Clip de "Tout s'danse".

Ce que vous venez de me dire explique quasiment toutes les chansons qui ont toutes de nombreuses contradictions. Vous êtes comment dans la vie ?

Je suis dans l’excès tout le temps dans la vie, mais un excès intériorisé, plus ou moins bien canalisé. Je ne suis pas quelqu’un de scandaleux. Camus disait « un homme, ça s’empêche ». Je souffre un peu de ça. Du coup, cet empêchement génère chez moi des crises de rire absolument abominables ou des crises de colère…etc. C’est par la musique que je peux tout exprimer et trouver mon propre centre.

La musique est-elle chez vous, une façon de vous soigner ? Ca remplace un psy ?

Je me soigne avec les deux.

Dans les chansons, avez-vous peur de trop en dire ?

Non, je pense vraiment que les chansons servent à ça. J’en dis très peu par rapport à ce que je disais quand j’étais très jeune (sourire). Mais, c’est important que les choses nous échappent.

Audio que "J'ai les armes que j'ai". 

Autre chanson, « Les armes que j’ai ».

Une partie de moi se demandait si j’allais vraiment sortir cette chanson parce que je ne suis pas un spécialiste de l’ego trip et de la plainte.

Vous n’avez pas peur d’être parfois négatif ?

Ce qui accompagne le capitalisme que l’on vit, c’est une sorte de dictature du positivisme.

Vous êtes plein de doutes ?

Oui et non. Non, parce qu’ils font partie de ma façon de vivre. Ce ne sont plus des doutes, ils font partie du chemin, je les ai intégrés. Par contre, je suis incapable d’acheter mon pain avant de répéter la phrase dix fois. Quand je suis tout seul, par contre, là, je n’ai aucun doute.

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Pendant l'interview...

Je suis surpris parce que là, nous sommes en interview, on ne se connait pas et pourtant vous me parlez brillement, sans aucune hésitation. Je trouve cela hyper paradoxal.

Par chance, mes parents ne m’ont jamais préservé de rien. De leurs conversations, de leurs amis….. J’ai vécu dans un milieu de conversations, alors je sens très vite à qui je peux parler. Je ne parle pas avec vous comme avec tout le monde. Ca dépend quelles sont les questions et qui j’ai en face de moi.

Vous êtes aux balbutiements de votre carrière, mais tout de même, vous vous êtes bien fait remarquer par les professionnels et déjà par un certain public. Ça vous rassure ?

Ce qui a changé, c’est mon rapport à ma ville natale, Bruxelles. On a toujours un rapport conflictuel avec sa ville natale. Pour le reste, je suis hyper paniqué pour la suite de ma débutante carrière, mais le fait que les quatre premières chansons ont trouvé un public, ça me libère l’esprit pour écrire la suite.

Vous êtes sûr de ne pas regretter de m'avoir parlé si sincèrement?

Si, évidemment (rires). Mais si je vous en ai parlé, vous pouvez l'écrire.

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                      Le 26 octobre 2020 chez Tôt Ou Tard.

20 novembre 2020

Lombre : interview pour l'EP La lumière du noir

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(Photo : Gabrielle Aybram)

lombre, andrèas touzet, la lumière du noir, interview, mandor« Entre Rock et Spoken Word, Rap et Pop, Chanson Française et Exutoire Poétique, Lombre déroule ses textes comme on part en guerre contre ses propres démons. Sans tomber dans le piège du pathos, il transforme l’essai grâce à une retenue dans les envolées et un flow maîtrisé, laissant les guitares et les lignes synthétiques parler pour lui une fois que les textes ont tout dit », dixit son site internet. Il est clair qu’on peut difficilement rester insensible aux propos tenus par Lombre et à sa façon de clamer ses textes souvent fulgurante. Il vient de sortir son deuxième EP, La lumière du noir. J’ai connu cet artiste lors du Pic d’Or 2018. Tant il a fait l’unanimité, il a été décerné lauréat haut la main. Depuis, je le suis. Et ne le lâche pas. Lors de sa dernière venue parisienne, aux Trois Baudets,  le 15 octobre dernier,  nous avons passé un  moment pour évoquer son deuxième disque et faire le point sur sa jeune, mais déjà bien remplie, carrière.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l’EP.

Ce qu'en pense Patrice Demailly dans Libération.

Mini biographie officielle :lombre, andrèas touzet, la lumière du noir, interview, mandor

Enfant du rap, c’est la sincérité de #Fauve qui déclencha l’envie d’aller plus loin. L’avatar Lombre pouvait vivre avec la rage de son modèle Georgio qui l’anime toujours, la sagesse d’un Ben Mazué ou d’un Gaël Faye et les valeurs – l’honnêteté et l’humilité – de Bigflo et Oli qui sont siennes. Né comme lui à Rodez, Lombre se rapproche de Pierre Soulages ainsi son noir devient lumineux et l’écriture de son parlé-chanté tend de plus en plus vers la notion de beau.

Précis et touchant, cet artiste a rejoint la lumière récemment. Il n’hésite pas à confronter son style empreint de fraîcheur à des mélodies percutantes. Une instrumentation corrosive pour englober ce flot de paroles singulières. De tous ces ingrédients, il en sort une belle mixture. La noirceur saisissante de ses textes débouche sur une lueur et une note positive. Tout cela réuni fait de lui un authentique espoir du genre.

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(Photo : Gabrielle Aybram)

Interview :

La lumière du noir est ton deuxième EP. Je crois que tu assumes moyennement le premier.

Il s’est fait dans la précipitation. Très rapidement, sur scène, je me suis rendu compte que je ne l’assumais effectivement pas beaucoup. Je n’avais pas encore trouvé l’équilibre entre mes textes qui sont hyper denses et la prod. Plus clairement, je n’avais pas trouvé une prod qui entourait convenablement le texte. Cela dit, il m’a permis de belles choses, notamment d’avoir été lauréat du Pic d’Or en 2018, du Prix Jacques Brel l’année dernière et de participer au Mégaphone Tour. Pour ce deuxième EP, j’ai voulu prendre mon temps pour trouver exactement ce qui me correspondait. Je voulais être sûr que je pouvais l’entendre et l’assumer à fond pendant  longtemps sur scène.

Clip de "Quand la ville dort encore".

La plupart des chansons de La lumière noire sont nées dans ta chambre d’étudiant à Castres, il y a plus de deux ans.

Oui, mais je voulais trouver le bon réalisateur. J’ai commencé avec deux  premiers, mais on ne s’est pas compris artistiquement. Parce que je l’ai presque harcelé, j’ai fini par avoir Clément Libes (ex Kid Wise) qui a réalisé les deux derniers albums de Big Flo et Oli. C’est un réalisateur en vogue actuellement.  Je savais au fond de moi que ça allait coller entre nous et qu’il allait comprendre mon projet. Ça n’a pas loupé. Le premier morceau qu’il a réalisé pour « essayer », c’est sur le titre « Quand la ville dort encore ». J’ai été ébloui par ce qu’il en avait fait. Les cordes et le côté cinématographique m’ont tout de suite parlé. Ça m’a tellement plu qu’on a décidé de faire l’EP ensemble.  

Clip de "Lombre".

Le premier morceau s’intitule sobrement « Lombre ». C’est la présentation de qui tu es ?

C’est le premier texte que j’ai écrit de manière évidente au début du projet en 2016. Ca expliquait qui était Lombre.

Lombre est-il un double de toi-même ?

Oui, dans le côté sombre, mélancolique et introspectif. Je vais m’appliquer désormais a montrer le côté plus positif du personnage. J’ai deux nouvelles chansons qui vont dans ce sens. J’ai 23 ans, j’ai envie d’explorer beaucoup de territoires.

Clip de "Espoir noir".

Dans « Espoir noir », tu dis qu’il y a de l’espoir en toi et que la lumière brille encore. L’espoir est noir, mais l’espoir n’est pas mort. Tu ne trouves pas cela paradoxal ?

J’adore jouer avec mes paradoxes. Faire affronter la douleur à la douceur, la noirceur à la lumière. Pour moi, conjuguer les opposés a du sens. Dans nos existences, c’est important de connaitre toutes nos extrémités.

A l’époque dans laquelle on vit, je trouve que ton disque devient générationnel.

Ces morceaux, effectivement, riment bien avec le présent. Dans notre société, ou même dans la musique, on est beaucoup sur le paraitre, sur la consommation, sur la vitesse, le zapping. J’avais envie de prendre le contre-sens de tout ça. J’ai été très influencé par le côté très brut et même parfois violent du groupe #Fauve. Leurs textes m’ont beaucoup aidé. J’essaie d’en faire de même avec des messages similaires.

Qu’as-tu voulu dire dans « Crypté » ?

L’idée de départ est venue de l’image que j’ai eue d’un coffre bloqué dans le grenier de mes grands-parents.  Je ne sais pas pourquoi ça m’a inspiré ce texte. Les messages cryptés sont ceux que l’on garde en nous. C’est important pour notre équilibre mental d’avoir notre jardin secret. J’ai évoqué les choses que l’on n’ose pas forcément dire…

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(Lombre au musée Soulages à Rodez. Photo : France 3 Occitanie)

Dans « La lumière du noir », on entend le peintre de ta ville, Rodez, Pierre Soulages.

A la base, je ne suis pas du tout amateur de peinture. Mais quand j’ai sorti mon premier EP, j’ai fait beaucoup de scène. Pas mal de personnes, à l’issue de ma prestation, m’ont dit : « C’est fou, tu viens de Rodez et dans tes textes, tu fais effectivement ressortir la lumière du noir et jaillir tes noirceurs intérieures, un peu comme le fait Pierre Soulages. » Je pense que ce peintre a été une inspiration involontaire… qui était peut-être dans mes gènes.

Tu es jeune, tu as remporté plein de prix, tu as des articles dans Libération, Rock & Folk, L’Obs, tu es accueilli sur France Inter, RFI, France Info… Aujourd’hui, te sens-tu légitime dans le monde de la musique ?

Quand je fais le constat de ce qu’il m’est arrivé, je suis bien obligé de reconnaitre qu’en quatre ans, il s’est passé beaucoup de choses. J’ai conscience d’être chanceux. Même si je reste encore un artiste de première partie (rires), effectivement, ça me donne l’impression d’avoir moins à prouver. J’aime bien ce jeu, même s’il est cruel. Il permet de se forger.

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Lombre, consacré au Pic d'Or 2018 (prix remis par Cali et Arnold Turboust). Photo : Cedrick Nöt.

Estimes-tu que cet EP est « grand public » ?

Quand je fais les premières parties de Big Flo et Oli, je signe des autographes sur des chaussures et dans les salles qui aiment les textes, des gens de 70 ans me disent merci parce que, grâce à mes morceaux, ils ont appris des choses. J’aime que ma musique me fasse faire le grand écart de public. Je ne veux pas être prétentieux, mais je veux continuer à toucher et concerner tout le monde en gardant l’esthétique de ma musique. C’est magnifique de rassembler plusieurs générations.

Ca ne t’ennuie pas de devoir expliquer tes chansons ?

Absolument pas. J’explique toujours l’idée générale d’un morceau, mais je sais qu’il y a plein de gens qui la recevront différemment. Selon le public que j’ai, les retours et les perceptions ne sont jamais les mêmes. C’est génial d’avoir des avis différents selon l’âge. La seule chose que je ne veux pas, c’est que mon explication d’un texte bloque une vision personnelle. Chacun doit percevoir comme il l’entend. C’est le propre de l’art.

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Pendant l'interview...

Tu écris dans quel état d’esprit ?

Pour moi ce n’est pas toujours une joie et un plaisir d’écrire. J’essaie d’être au plus proche de moi-même, ça me rend parfois triste.

Je finis souvent avec une question conne. Tu préfères Lombre ou Andréas Touzet ?

Elle n’est pas conne, elle est surtout très dure. J’adore les deux et les deux me font vivre. Lombre devrait être celui que je devrais détester parce que c’est celui qui me fait vivre les choses pas forcément agréables à vivre, mais en même temps, c’est celui qui me permet d’avoir cette interview, de faire des concerts, de rencontrer des gens, de me faire vivre ma passion… je ne peux pas lui en vouloir car je suis ultra heureux grâce à lui. Andréas Touzet n’est pas du tout jaloux. Lombre est une partie d’Andréas, alors quand on l’applaudit lui, on m’applaudit moi. Lombre est moi-même accentué.

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Après l'interview, le 15 octobre 2020, entre deux confinements, aux Trois Baudets.

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19 novembre 2020

Promo pour "Daniel Balavoine, un homme vrai".

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Sur cette page consacrée à mon livre, Daniel Balavoine, un homme vrai (que vous pouvez acheter sur tous les sites que vous connaissez ou en click & collect ici), j'ajoute au fur et à mesure et chronologiquement toute la promo et les articles qui sortent...

Sur le site musical Fan Muzik, le 17 septembre 2020. A lire ici.

Sur la page Facebook du magazine FrancoFans, le 23 septembre 2020. A lire ici.

Interview par Eric Bentahar pour France Bleu Béarn Bigorre, le 2 octobre 2020.

Dans le journal FrancoFans n°85 daté d'octobre/novembre 2020: La pré-annonce du livre.

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L'émission Douceur et confidences animé par Valérie Motté pour Mouvement Up, le 18 octobre 2020. 

A écouter ici.

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Article dans Le Figaro du 20 octobre 2020.

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Pour le site culturel Fenêtre sur blog, interrogé par Gérard Quentin, le 21 octobre 2020. L'interview sur YouTube est à voir ici. 

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Pour l'émission de Seb Dihl, Chansomania, diffusée dans 50 radios françaises. Interview réalisée le 26 octobre 2020. A écouter ici.

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Interview de Jacky sur IDF1 dans son émission Jacky lave plus propre, le 5 novembre 2020. Dans ce lien, aller directement à 29'20'' pour l'interview sur le livre (avant ce sont des jeux un peu infantiles, mais c'est amusant tout de même.)

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Interview sur Radio Lac (radio leader de Genève, Suisse) par Sophie Gaillard et Fabien Brizard. A écouter ici.

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Interview par Alain Bernard sur Horizon (première radio associative de Normandie), le 12 novembre 2020. A écouter ici.

daniel balavoine,un homme vrai,pygmalion,flammarion,promoDu Gala en veux tu en voilà (toujours dans la finesse et dans le hors contexte d'un livre qui fait 342 pages), le 11 novembre 2020:

Daniel Balavoine et France Gall, retour sur leur relation complice et très complice.

Daniel Balavoine, retour sur son histoire magique et tragique avec Catherine Ferry.

Daniel Balavoine, ce complexe physique contre lequel il lutte. 

Daniel Balavoine, bourreau des cœurs. Comment il rendait folles ses compagnes.

Et le 3 décembre 2020, Daniel Balavoine coureur de jupons. Le chanteur n'était pas un ange.

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Sur Dynamic Radio, dans le Coktail Chaud animé par Arno Koby, le 12 novembre 2020. A écouter ici.

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Sur le réseau RCF (Radios Chrétiennes de France), dans l'émission Tout doux, animé par Vincent Belloti, le vendredi 13 novembre. A écouter ici.

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Chez Babelio, de bonnes critiques...

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Dans le quotidien La Provence, daté du 22 novembre 2020.

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Longue et brillante enquête sur le livre sur le site culturel Forty-five weeks, publié le 22 novembre 2020. J'adore! A lire ici.

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Dans le Loft Music d'Yvan Cujious, le 23 novembre 2020, (en compagnie d'Ibrahim Maalouf). A écouter ici, à partir de 52'42''.

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Interview dans la matinale d'IDFM (Radio Enghien), animée par Christophe Caron le 24 novembre 2020. A écouter ici.

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Dans FrancoFans, daté de décembre 2020/janvier 2021.

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Sur le site culturel Tapage Culture. Particularité de cet article paru le 27 novembre 2020, il est écrit par une personne qui a connu Daniel Balavoine, l'attaché de presse de France Gall et de Michel Berger, Gérard Colard. A lire ici.

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Article dans Femme Actuelle n°1888 daté du 30 novembre au 6 décembre 2020.

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Un mois plus tard, le 30 décembre 2020, article sorti de son contexte avec des approximations sur le site Internet de Femme Actuelle... dommage!

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Enquête d'Olivier Nuc sur Daniel Balavoine dans Le Figaro n°23731, daté du 3 décembre 2020.

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Du lundi 30 novembre au vendredi 4 décembre 2020, chaque soir dans l'émission de Guillaume Aubert, Nostalgie Génération 80, j'ai raconté Balavoine et l'intégrale du chanteur, ainsi que mon livre, était à gagner. Là, une vidéo promo et ici, le podcast récapitulatif de la semaine.

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Article dans FanMuzik, publié le 6 décembre 2020.

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Article dans le Tribu Move daté du mois de décembre 2020.

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Conseils de livres dans le journal La Montagne, daté du 4 décembre 2020. A lire ici.

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Dans le 12-13 de France 3 du 18 décembre 2020 présenté par Emilie Tran Nguyen. Reportage sur la sortie de l'intégrale de Daniel Balavoine (à partir de 22'50'').

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Dans le quotidien L'Alsace daté du 4 janvier 2021.

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Dans Télé 7 Jours daté du 9 au 15 janvier 2021.

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Dans Pleine Vie daté de février 2021.

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Dans l'émission animée par Jérôme Colin, sur La 1ère (RTBF en Belgique), Entrez sans frapper. 20 très bonnes minutes à écouter ici.

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Une page entière dans La Montagne daté du 14 janvier 2021.

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Et ici, la version du site internet de La Montagne.

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Dans l'info du vrai, le 14 janvier 2021, date du 35e anniversaire de la mort de Daniel Balavoine, Emilie Mazoyer (avant de m'accueillir le soir même dans son émission sur Europe 1) présente mon livre à la fin de sa chronique. Le lien YouTube pour voir la chronique, c'est ici.

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Toujours le 14 janvier 2021, donc, Emilie Mazoyer me reçoit de 20h30 à 21h00. Très belle et pétillante émission à écouter ici (à partir de 29 minutes).

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Après l'émission...

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Dans Télé Matin, le samedi 16 janvier, sur France 2. Dans la chronique Musique de Frédéric Zeitoun, interview de Marc Jolivet (chez lui, à Aix-en-Provence) et de moi. Très beau reportage à voir ici!

Quelques photos du reportage...

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Et quelques photos du tournage, un peu avant, pendant et après. 

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A la suite de cette semaine de promo, je suis devenu numéro des ventes sur Amazon (genre musicaux) pendant une semaine. 

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Dans le quotidien numéro 1 du Québec, Le Devoir, un article sur le 35e anniversaire de la mort de Daniel Balavoine, à lire ici

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Le Journal de François, est le journal de proximité de la Vallée de Montmorency où la culture, les initiatives solidaires, l'histoire locale, le patrimoine sont à l'honneur. J'ai reçu à mon domicile le fameux François pour répondre à ses questions...

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La suite ici...

27 octobre 2020

Thomas Chaline : interview pour Francis Cabrel, une vie en chansons.

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francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie« Thomas  Chaline, au lieu de compiler les interviews et les témoignages douteux dont sont faites la plupart des biographies, a eu la bonne idée d’aller chercher directement dans les textes de Francis Cabrel pour raconter son histoire, et faire apparaître cette part de lui-même qui se dérobe d’ordinaire aux regards trop curieux. C’est une bonne idée, car Francis Cabrel ne se confit jamais autant que dans ses chansons, souvent à demi-mot, par allusion. Ce sont des fonds de décor qui apparaissent à l’angle d’une phrase, des instants voilés par la brume du souvenir, des personnages, fugaces, qui passent et disparaissent déjà…

Thomas Chaline, comme un détective subtil, a choisi les textes de l’auteur, les a étudiés à la loupe en les remettant dans leur contexte pour essayer de reconstituer les faits à partir d’indices qu’il faut parfois chercher entre les lignes […] Et  puis, ce qui est intéressant dans ce livre quand on parcourt plus de quarante ans de carrière, c’est de voir le temps laisser son empreinte, de retrouver à travers ses textes le jeune homme, l’artiste accompli, le père et, maintenant, l’homme de la maturité […]

Au fil des pages, des thèmes de chansons, des anecdotes, l’auteur nous fait partager un peu de la vie de cet artiste exceptionnel. Je dis un peu car il reste toujours une part d’ombre, et c’est tant mieux. C’est l’ombre qui donne des reliefs aux choses. Francis Cabrel le sait bien quand il écrit « L’ombre au tableau ».

Thomas Chaline tire avec délicatesse les fils des mots avec lesquels le poète tisse ses textes pour reconstituer son histoire, morceau par morceau. Qu’est-ce que la vie sinon l’histoire qu’on en raconte ? Car l’homme est autant fait de mots que de chair et d’os. »

Extrait de la préface du livre Francis Cabrel, une vie en chansons (Hugo Doc) par Richard Seff.

Ecrire un livre sur Cabrel et obtenir la préface de Richard Seff… Respect !francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnie

Rappelons qu’en 1974, ce dernier rencontre Francis Cabrel dans un concours organisé par Sud Radio. Conquis par l’originalité des chansons et par la voix du jeune chanteur, Richard Seff décide de le produire. Pendant plusieurs mois, Francis Cabrel passe les week-ends et ses jours de congé au studio Condorcet de Toulouse pour enregistrer les chansons de son premier album dans lequel figure « Petite Marie » qui sortira en 1977 chez CBS. Bref, que Richard Seff, premier artisan du succès de Francis Cabrel, accepte d’écrire la préface d’un livre sur le dernier des troubadours français, c’est une preuve de confiance envers l’auteur et une validation envers les propos tenus.

J’ai rencontré Thomas Chaline (plusieurs fois mandorisés), le 8 octobre dernier, une heure avant qu’il ne se rende à une écoute du nouvel album de Francis Cabrel, A l’aube revenant, en présence de l’artiste (qui, me racontera Thomas le lendemain, est venu le saluer et le remercier pour la précision et l’honnêteté de son livre…) Son livre est conceptuel. Il dévoile les secrets de création de Cabrel et propose de découvrir, à l’aide de nombreuses anecdotes, l’histoire d’une cinquantaine de ses chansons.

Le site officiel de Francis Cabrel. 

Pour écouter le nouveau disque, A l'aube revenant. 

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francis cabrel,une vie en chansons,interview,hugo et compagnieInterview :

Pourquoi un livre sur Francis Cabrel ?

J’ai toujours voulu écrire sur lui parce que c’est mon artiste préféré. Je suis un vrai admirateur depuis l’âge de 7 ans. A cause d’une biographie précédente, largement sujet à caution, les éditeurs étaient plus que frileux. Quatre ans plus tard, enfin, Clément Ronin des éditions Hugo & Cie, a accepté. Comme Cabrel devait sortir un disque le 16 octobre 2020, mon éditeur et moi avons joué sur cette synchronicité qui tombait à pic.

Comment expliques-tu la longévité de la carrière de Cabrel ?

D’abord, il laisse du temps entre chaque album. Il en sort tous les quatre ou cinq ans, se fait le plus discret entre deux disques hormis quand il fait une tournée. C’est quelqu’un qui joue le jeu de la promo, mais au tout début de la sortie d’un disque. Ça ne dure jamais longtemps. Cela dit, pour ce disque, il a fait exception à cette règle. En règle générale, c’est vraiment quelqu’un qui maîtrise parfaitement l’art de se faire désirer. Il part du principe que si on voit trop quelqu’un à la télé, on n’a plus envie d’aller le voir en concert.

Je sais que tu l’as déjà rencontré puisque tu le racontes dans le livre.

C’était à l’été 1998 au Tennis Club d’Hossegor. On m’avait appris qu’il participait à un tournoi. Le matin, avant d’aller le voir, j’avais quelques appréhensions. En fait, j’ai eu avec lui un échange personnel et privilégié, comme on en a rarement la chance d’en vivre à 14 ans. Je lui ai expliqué que je jouais de la guitare et que je composais. Il m’a écouté et semblait intéressé. Ça prouve bien que les Rencontres d’Astaffort existent parce que Cabrel aime et s’intéresse aux jeunes auteurs-compositeurs-interprètes. Je me souviens qu’il avait été simple, accessible, sympathique et discret avec moi. Parfaitement à l’image de ce que l’on peut penser de lui.

"Le philosophe, poète et naturaliste Henry David Thoreau écrivait : "La nature à chaque instant s'occupe de votre bien-être. Elle n'a pas d'autre fin. Ne lui résistez pas." Une philosophie que l'on retrouve dans "Le reste du temps" et dont Francis Cabrel a fait un principe de vie essentiel à son équilibre."

Thomas Chaline. 

Pourquoi le concept d’écrire l’histoire des chansons ?

Je savais que j’allais écrire sur Cabrel, mais je n’imaginais pas forcément une biographie. Mon éditeur n’était pas très chaud pour cela non plus, parce qu’il y en a déjà eues, notamment, celle qui a été décriée par Cabrel lui-même. Nous avons cherché une idée originale et très vite, nous sommes tombés d’accord sur l’histoire des chansons. Ca correspondait tellement à Francis Cabrel. Il a toujours mis sa vie en chansons. Finalement, c’est devenu une biographie en chansons.

Cabrel est certainement l’artiste français qui a le moins de pression.

Tu as raison. Il s’est créé un cocon affectif avec ses enfants, ses petits-enfants, ses amis de toujours, ce qui fait qu’il n’a pas la dépendance affective avec son public. Il semble heureux.

La chanson "In extremis", extrait de l'album éponyme - le treizième de Francis Cabrel - sorti en 2015, est une prouesse représentative de l'œuvre de l'artiste. Ce dernier y raconte à sa manière l'extinction de la langue occitane.

Thomas Chaline.

Il m’est arrivé d’interviewer Cabrel à Paris pour des journaux pour lesquels je travaillais, puis je l’ai rencontré plusieurs fois à Astaffort. J’ai trouvé que ce n’est pas tout à fait le même homme. Il a toujours été très gentil avec moi, mais chez lui, il est vraiment naturel et hyper convivial.

A Astaffort, tout  le monde le connait, il va à la boulangerie comme n’importe qui. Il n’est absolument pas dérangé. Là-bas, il est connu depuis toujours. C’est juste Francis, le fils de son père… Astaffort est le seul endroit au monde où on le laisse tranquille. Il est chez lui, donc il se comporte sans filtre. Enfin, Cabrel reste tout de même un homme secret qui, d’après ce que l’on m’a dit,  ne s’épanche pas beaucoup… même auprès de ses amis.

Je trouve tout de même qu’il s’est « détendu » ses dernières années, non ?

Oui, tu as raison. Il se lâche un peu plus. Pour la promo, en général, il choisit les journalistes qu’il connait depuis très longtemps et en qui il a confiance. En tout cas, ils sont triés sur le volet. Et puis, tu sais, il a 66 ans, la sérénité est venue avec l’âge. Là, je parle à sa place et je n’aime pas trop ça.

Tout le monde s’accorde à dire que la couverture du livre signée Maxime Ruiz est fabuleuse.

C’est une photo qu’il a prise à la fin de l’enregistrement de l’album Hors saison. Je te passe les détails, mais nous nous sommes vus trois heures à Bruxelles. Il a apprécié le concept de mon livre et m’a donc proposé quelques photos. Nous avons choisi celle que nous avons considéré la meilleure pour cet ouvrage.

Clip de "Te ressembler" réalisé par l'auteur de la couverture du livre de Thomas Chaline, Maxime Ruiz, extrait de son nouvel album, "A l'aube revenant". 

Tu révèles aussi sa part d’ombre, mais avec tact et sans indiscrétion.

Moi, pas du tout. C’est Richard Seff qui en parle dans la préface. C’est honnête de sa part parce qu’il le démystifie un peu. Il y a l’artiste adulé, le poète, mais Cabrel reste un homme avec ses failles et ses faiblesses. On est tous pareils.

Comment as-tu choisi les chansons ?

Clément Ronin, mon éditeur, très amateur de chansons françaises, m’a envoyé une liste de chansons essentielles pour lui. Sa sélection était intéressante parce que je savais qu’il y avait des choses à dire sur chacune d’entre elles. Et ensuite, j’ai choisi des chansons qui me plaisaient personnellement. Ce ne sont pas les plus commerciales. J’aime l’idée que le lecteur lise l’histoire et que ça lui donne envie d’écouter la chanson en question.

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Pendant l'interview...

Je te pose la question gênante. Te considères-tu comme le spécialiste de Cabrel ?

Si je te réponds oui, n’as-tu pas l’impression que je passerais pour un prétentieux ? Je suis admirateur, j’en connais un rayon sur lui, de là à dire que je suis le spécialiste, je ne franchis pas le cap. Par contre, pas un seul fan ne m’a reproché d’avoir oublié telle ou telle chose. Tu sais, il y a des gens qui se considèrent toujours comme les gardiens du temple. Même ceux-là n’ont pas émis de critiques.

Je vais te dire ce que je pense. Pour moi, ce livre est le livre référence sur Cabrel. Ni plus ni moins.

Merci, ça me touche. Je suis fier de ce livre parce qu’il a eu la validation et le soutien de ses proches. Maxime Ruiz m’a expliqué que Cabrel ne dira jamais ce qu’il pense du livre, mais ça l’a intéressé de savoir ce que j’avais dans le ventre.

Il l’a lu ?

Oui. J’en suis certain. Un pote à moi lui a transmis pendant le confinement. Un peu plus tard, ce pote a été en relation avec lui et il a tenu à préciser des choses. Par exemple, sur les pages concernant « Petite Marie », il a dit qu’il n’avait jamais été en scooter à Toulouse, mais en 4L 3 vitesses. Il a dit à mon pote : « Dis-lui, je veux qu’il rectifie cette petite erreur ! ».

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Le 8 octobre 2020, après l'interview.

Bon, comme vous le savez, si vous me suivez ici depuis 2006, Mandor est un sacré vantard. Il n'hésite pas à se mettre en avant en publiant des photos de lui avec le sujet du livre de Thomas Chaline. Honte à lui.

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Le 18 mars 1986 à Montpellier, après une interview pour Nostalgie Montpellier.

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Le 10 septembre 2012, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc.

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Le 18 mars 2015, à Paris, après une interview pour le magazine des Espaces Culturels Leclerc. 

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Le 21 avril 2015, à Paris, après la cérémonie du 8e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

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Le 25 avril 2017, à Paris, après la cérémonie du 10e prix Centre des Ecritures de la chanson Voix du Sud-Fondation La Poste.

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Le 25 septembre 2018, à Astaffort, lors des Rencontres, dans la cour de Création. 

19 octobre 2020

Jonathan Dassin : interview pour A toi Joe Dassin

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jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandor« Joe Dassin n’est pas mort il y a 40 ans. Il s’est seulement absenté, laissant un extraordinaire répertoire qui, à jamais, porte les couleurs de l’été, de l’amour et du partage. Tout naturellement, les artistes pop français de 2020 le connaissent par cœur et reprennent les chansons avec lesquelles ils ont grandi. Tous enfants de Dassin, ils rouvrent aujourd’hui le songbook le plus radieux de la chanson française. » Bertrand Dicale.

Pas étonnant donc qu'au 40ème anniversaire de sa disparition (le 20 août 1980), un hommage en musique lui soit rendu, lui qui a illuminé de sa voix chaude la chanson française. La nouvelle génération de chanteurs et chanteuses (Ycare et Axelle Red, Les Frangines, Trois Cafés Gourmands, Patrick Fiori, Lola Dubini, AldebertCamélia JordanaTibz et Jérémy Frérot, Kids United Nouvelle Génération, Madame Monsieur, 21 Juin le duo et La Deryves, Julien Dassin et Jonathan Dassin) s'attaque à quelques-uns des monuments du répertoire de Joe Dassin dans l’album A toi, le 23 octobre prochain. Il propose une relecture moderne du répertoire de l'américain. Joe Dassin fait partie de ces artistes qui savent réunir les générations, ce qui est rare aujourd'hui.

Clip de "A toi" par Axelle Red et Ycare.

Le 28 septembre 2020, j’ai mandorisé pour la troisième fois le fils du chanteur, Jonathan Dassin, qui exerce lui aussi le même métier (les deux autres (et un peu plus) à lire ici). C‘est dans une brasserie de la Gare du Nord qu’il m’a expliqué le pourquoi du comment de ce projet discographique.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'album.

La bande annonce de l'album Joe dassin, A toi.

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorInterview :

Tu es content de cet album hommage à ton père ?

Ça fait longtemps que je le souhaitais. Il y a eu des discussions à ce sujet avec Sony. Au départ, ils n’étaient pas intéressés, puis ça s’est décanté. L’intérêt est arrivé. A titre personnel, c’est vraiment un hommage comme celui-ci que je voulais rendre à mon père. Tous ces jeunes qui chantent ses chansons, ça me touche profondément. Il y a des artistes en devenir dans la nouvelle scène française et des plus confirmés comme Axelle Red et Patrick Fiori. Le casting de Sony est vraiment bon. Je suis très satisfait du résultat. En plus, mon frère Julien et moi en faisons partie.

Teaser Julien Dassin.

Symboliquement, que vous soyez tous les deux sur ce projet, c’est évidemment important.

Oui. Mais vraiment, l’idée principale de ce disque est de transmettre l’œuvre de mon père à la nouvelle génération, même si je sais que l’on apprend, déjà, ses chansons à l’école. Ce projet a le mérite de pouvoir plaire à ceux qui l’ont aimé à l’époque, mais aussi aux jeunes d’aujourd’hui. Mon père fait partie du patrimoine de la chanson française, voire de l’histoire de la musique. J’en suis très fier.

Les arrangements sont un peu différents que ceux originaux. En écoutant les chansons, on s’aperçoit de leur modernité.

Je trouve que la réalisation de ses chansons a tout à fait respectée l’esprit original, en effet. Même si chaque artiste a mis un peu de sa personnalité, là encore, ce n’est pas aux antipodes de ce que voulait transmettre mon père.

Teaser Trois Cafés Gourmands.

Teaser 21 Juin le duo et La Deryves

Je me souviens que dans nos précédentes interviews, tu me disais que tu ne souhaitais pas particulièrement chanter le répertoire de Joe Dassin. As-tu changé d’avis ?

J’ai traversé une période où j’avais besoin de prendre du recul par rapport à lui. Je l’assume plus depuis plusieurs mois. Cette année, le chanter devenait même indispensable. Je voulais ardemment lui rendre hommage.

Tu chantes dans ce disque « Siffler sur la colline » avec la jeune Carla et « Marie-Jeanne ».

Il m’est arrivé de chanter « Marie-Jeanne » ces derniers temps et j’y prenais beaucoup de plaisir, quant à Carla, j’aime beaucoup sa voix et « Siffler sur la colline » lui va bien. Tous les deux, nous nous sommes immédiatement entendus. Par sa famille, elle a été élevée avec les chansons de mon père. Elle était donc, m’a-t-elle dit, ravie de participer à ce disque.

Teaser Carla et Jonathan Dassin.

Teaser Patrick Fiori et Lolo Dubini. 

jonathan dassin,joe dassin,à toi,interview mandorÇa t’émeut d’entendre ces artistes chanter les titres de ton père ?

Beaucoup. C’est très émouvant pour moi un tel respect des artistes pour lui. Je tiens aussi à dire qu’il y a beaucoup de succès de mon père qui n’y sont pas. Il y en a trop. Les autres seront peut-être dans un volume 2… Moi, en tout cas, les chansons de mon père que je préfère sont les moins connues.

Dans ta carrière perso, où en es-tu ?

Pour le moment, je privilégie ce projet sur mon père, mais j’ai plein de chansons qui sont prêtes pour mon deuxième disque. J’enregistre aussi les chansons de mon premier album en allemand. J’ai également un nouveau groupe, très rock, avec lequel j’ai fait quelques concerts en Belgique il n’y a pas longtemps et on espère en faire d’autres malgré les contraintes du Covid 19.

Ton deuxième album, tu comptes le sortir quand ?

On va sortir un premier titre à la fin de cette année ou au début de l’année 2021. Après, sortirais-je les titres un par un ou ferais-je un album ? Je ne le sais pas encore. Il y a plein de chansons de prêtes et je piétine d’impatience de les présenter. Ces chansons seront plus electro et plus rock que le premier. Elles auront un caractère nettement plus marqué.

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Le 28 septembre 2020, après l'interview.

16 octobre 2020

Luc-Michel Fouassier : interview pour Les pantoufles

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les pantoufles,interview,mandorCela fait 12 ans que je connais Luc-Michel Fouassier. Je l’ai mandorisé maintes fois pour la plupart de ses ouvrages et vécu des salons du livre et des débats avec lui (voir tout ceci ici). Bref, j’aime l’homme autant que l’écrivain. Mais à la lecture de son dernier livre, Les pantoufles (Editions de l'arbre Vengeur), j’ai tout à fait oublié que c’était le livre d’un pote. Dans ce doux brûlot, le héros, parce qu’il sort de chez lui en pantoufles (clés évidemment oubliées à l’intérieur de son appartement), va affronter les diktats sociaux et bousculer les non-dits.

« Je n'étais pas devenu l'homme invisible, mais l'homme silencieux. Je ne foulais plus le même sol que mes congénères, j'avançais en marge. A côté de mes pompes, en quelque sorte. » 

Vous l’avez compris, Luc-Michel Fouassier fait la part belle à l'anticonformisme et au pas de côté qui permet de regarder les choses différemment. Drôle et sarcastique et parfaitement jubilatoire.

J’ai donné rendez-vous à Luc-Michel Fouassier le 23 septembre dernier dans une brasserie de la gare du nord.

4e de couverture :les pantoufles,interview,mandor

Ne jamais sortir de chez soi en pantoufles avec ses clefs à l’intérieur ! Ou alors être prêt à l’aventure urbaine et sociale. Le héros de cette épopée urbaine va éprouver le pouvoir de ses charentaises et de quelle manière sa vie, pourtant si banale, peut en être changée. Face à ses collègues de travail, sa famille, ses amis, les forces de l’ordre, voire la confrérie des farfelus, il se lance pendant plusieurs jours dans un combat inattendu pour imposer sa si tranquille façon de marcher et de regarder les gens, à hauteur de chaussettes. Ce numéro de funambule s’achèvera devant un spectacle de Guignol, joliment.

L’auteur :

Luc-Michel Fouassier est né en mai 68, non loin des pavés, en région parisienne. Ses premiers livres ont paru en Belgique. Au contact de nos amis wallons, il a acquis la conviction que l’humour bien troussé et bien chaussé reste le moyen de lutter le plus efficace contre les fâcheux de tous poils. Il a publié chez Quadrature et Luce Wilquin, notamment Le Zilien, préfacé par Jean-Philippe Toussaint.

Sa page Facebook.

Présentation de "les pantoufles" de Luc-Michel Fouassier par les éditions de l'arbre Vengeur.

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les pantoufles,interview,mandorInterview :

Comment t’es venu l’idée de cette histoire ?

Ce sont principalement mes lectures qui m’ont inspiré. Je voulais un bouquin court et efficace comme Bartleby d’Herman Melville, avec un personnage en marge face à la société. Je souhaitais aussi un minimum de moyen pour le mettre en marge, un peu à la façon du héros de Jean-Philippe Toussaint dans son roman La salle de bain. Comme j’adore aussi Albert Cossery, un pourfendeur des choses établies, je voulais que ce personnage égratigne un peu ses contemporains.

Le minimum de moyen, c’est donc les pantoufles.

Un jour mon épouse m’a acheté des charentaises. Je ne les ai jamais mises parce qu’elles étaient trop chaudes. A force de les voir traîner chez moi, inconsciemment, ça a dû m’influencer. Quand c’est venu à mon esprit, je savais que je tenais mon sujet. Choquer à cause de pantoufles, alors qu’il n’y pas plus mignons et doux, ça m’a amusé.

Contrairement au héros de Bartleby qui reste dans l’étude du notaire, le tien est confronté à plusieurs situations.

Oui, par exemple, le monde du travail. L’entreprise, la performance à tout prix, les brainstormings… tout ceci permet à mon personnage en pantoufles de vivre quelques situations truculentes. J’évoque aussi la société marchande, le monde de l’art, les amis, la famille… et pour poétiser mon histoire, pour l’ouvrir sur d’autres dimensions, j’ai créé la confrérie des farfelus. Dans la réalité, je suis pour une société humaniste où nous avons nos faiblesses, nos joies… Par les mots, je me bats contre cette société qui devient plate et hypocrite. On arrive à un point où il va falloir faire demi-tour.

Merci de ne pas en dire plus sur cette confrérie. Il faut que les lecteurs la découvrent. Ce que j’aime dans ton livre, c’est que malgré une certaine critique sociétale, la bienveillance est là.

Je ne sais pas si mon livre est bienveillant, mais j’ai voulu qu’il y ait beaucoup d’humour et de dérision. Je ne voulais pas traiter ce sujet de manière agressive. Les messages passent mieux par l’humour…

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Pendant l'interview...

En lisant ce livre-là, alors que j’ai tout lu de toi, je n’ai pas retrouvé ton écriture habituelle. J’ai eu l’impression de lire un autre auteur. Ça te choque que je te dise cela ?

Non. J’écris depuis plus de 30 ans, mais je ne suis publié que depuis 2008. Les livres se suivent et je commence à voir où je veux aller et où je peux amener une pierre supplémentaire à la littérature anti bien-pensance.

Est-ce que le personnage de ton roman te ressemble ?

Ce personnage est juste ma soupape. Tu accumules, tu accumules et à un moment donné, tu lâches les vannes. Ça fait du bien de ne pas être « comme il faut ». Je vais t’avouer une chose. Je suis en train de changer. Il y a une usure qui s’installe en moi.

Je sais que tu as été déçu par certaines personnes à qui tu avais donné toute ma confiance et ton amitié… cette usure vient aussi de là ?

Oui, beaucoup. Je suis attaché à des personnes, à des objets, je ne veux jamais m’en séparer. Le cœur est là pour vibrer, pas pour faire les choses à moitié, sinon, tu vis à moitié.

Peut-on dire que c’est un livre philosophico-sociétal ?

(Rires). Tu as un peu raison. Mon personnage a une façon de vivre tel un philosophe et moi-même, j’aime observer la marche du monde et ses occupants. Éric Holder disait : « L’écriture, c’est se mettre plus bas et observer ».

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Pendant l'interview (bis).

Je tiens à préciser que tu n’es pas un donneur de leçon dans ce livre. Tu te contentes d’observer et raconter à ta façon.

Tu as raison, je ne veux surtout pas être moralisateur. Je le répète, dans ce roman, je voulais juste signifier que l’on est pas obligé d’être dans la bien-pensance et que l’on peut être en marge.

Les critiques sont dithyrambiques sur ton livre.

Oui. Les libraires sont avec moi et me défendent tellement bien qu’il est déjà en réimpression. Au niveau des médias, par contre, je ne suis pas très soutenu, mais ce n’est pas grave. Je pense que ce livre va s’installer dans la longueur.

Tu fais la promo en pantoufles, comme aujourd’hui.

Partout où  j’irai défendre ce livre, je viendrai en pantoufles. Je me vois très bien sur le canapé de François Busnel avec mes pantoufles (rires). Regarde-les ! Ce sont de belles charentaises made in France.

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Heureusement que le titre de ton livre n’est pas Le string !

(Eclat de rire). J’aurais fait le tour des plages de France, une tournée d’été. Très bonne idée !

Je conseille ton livre à tout le monde tellement je l’aime, parce qu’il est essentiel pour comprendre l’âme humaine… et de manière si drôle.

Tu me diras combien je te dois après. En vrai, ça me fait plaisir parce que tu me connais et que tu lis beaucoup de bouquins. Ce qui est terrible pour un auteur, c’est de faire du sur place. Tes propos me touchent, car ils me prouvent que ce n’est pas un livre inutile.

Je verrais bien une adaptation cinématographique.

Moi aussi. Il est peut-être un peu âgé aujourd’hui, mais il y a 20 ans, Jean-Pierre Darroussin aurait été parfait pour jouer le rôle de mon héros. Mon livre est suivi par l’agence Trames. Ils sont chargés de céder les droits. On ne sait jamais…

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Le 23 septembre 2020, à Paris.

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11 octobre 2020

Illustre : interview pour l'album Ille

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayIl y a eu Diam’s, il y a désormais Illustre. Cette nouvelle rappeuse frappe textuellement encore plus fort. « Elle se déplace avec une aisance déconcertante sur la fine ligne de crête entre poésie et engagement. Portée par un élan inaltérable, riche d'un regard neuf, elle avance à grande vitesse et s'attache à transmettre cette énergie débordante » explique  l’argumentaire  de presse.

Après un premier EP en auto production l’année dernière, Les mains bleues, elle arrive pour casser la baraque avec un premier album qui risque de faire date, Ille. Le 22 septembre dernier, en terrasse d''une brasserie de la gare du nord, j’ai rencontré ce phénomène venu de Clermont-Ferrand pour une première mandorisation.

Pour écouter l'album,  c'est là.

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Mini biographie officielle :illustre,ille,interview,mandor,xray

Comme les deux pôles d'un iceberg, Illustre cherche à assembler les différences. Créer une cohésion, une alchimie, dans une société en plein bouleversements. Hors des codes et non-binaire, remettant en question les clichés sur le genre, elle aime rendre complémentaire ce qui tend à s’éloigner. Et s'adresse à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même.

Cette identité singulière se retrouve dans son premier album, ILLE, une ode musicale rap soutenue par des productions modernes entre chill trap et turn up hip hop. A travers un jeu de miroirs entre féminin et masculin, elle parle de notre monde, de notre identité, du lâcher prise, de la place de la femme, elle parle de persévérance, d'émotion...

Illustre a mis un peu de son histoire, de son chemin personnel, dans une robe soyeuse, classe et accessible. Car elle fait du rap pour les gens. L'art pour rassembler, connecter les énergies, raconter un possible, élargir les frontières et oublier les limites. L’album ILLE sera la première pierre de ce puissant édifice. La scène sera son terrain de jeu.

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayInterview :

Tu as commencé en faisant tes maquettes dans ton home studio.

Avec ces maquettes, j’ai rencontré des gens dans ma ville qui m’ont permis d’aller plus loin que ça. J’ai fait beaucoup de scènes ouvertes, des open mic (micros ouverts) pour les performances qu’il y avait à faire. Avec ces expériences, j’ai commencé à comprendre l’idée d’esprit de groupe propre au hip-hop. Avant cela, j’étais toute seule à tout faire jusqu’au jour où  j’ai  rencontré mon meilleur ami aux Beaux-Arts. Il faisait de la musique sur des scènes locales, ça m’a donné envie de faire évoluer les choses. En tout cas, je ne voulais plus rester seule dans mon coin. De fil en aiguille, ça m’a permis de sortir mon premier album sous le label XRay. Grace au gros soutien de Clermont-Ferrand les choses sont allées assez vite. J’ai pu jouer dans certains lieux qui, indéniablement, nous ont aidés à sacrément évoluer.

Tes chansons délivrent des messages sur le « genre ».

Mon album est constitué de deux parties. J’ai essayé d’enlever cette binarité (concept utilisé en sciences sociales pour désigner la catégorisation de l'identité de genre en deux et uniquement deux formes distinctes et complémentaires : masculin et féminin) tout en l’exprimant. Il y a parfois des textes assez virulents dans le propos et la manière de l’énoncer, mais il y a aussi des textes plus introspectifs qui ramènent plus à mes histoires personnelles.

C’est quoi ton propos exact, finalement?

Il y a énormément d’affirmation de soi. Dans cet album, j’ai été portée par une année de développement personnel assez poussée. C'était une manière introspective de prendre du recul sur tout cela. Très sincèrement, les sujets que je traite ne sont pas abordés dans le rap : s’affranchir des codes sociaux, des lois morales, parler de la maladie, de l’intelligence émotionnelle… ce sont vraiment des thématiques qui me concernent et qu’on n’entend pas dans le rap. J’avais envie d’amener un peu de fraîcheur là-dedans, avec un côté hybride. J’en ai profité pour rendre complémentaire les deux facettes de ma personnalité, entre la poésie et mon côté écorché. Je suis aussi lucide de la réalité qui est la nôtre.

"Dans « Type Chelou », Illustre aborde sans faux-semblants les questions du genre, de l’identité et de la diversité, qui lui sont chères, en s'adressant à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même. Véritable ode à l’émancipation, Illustre y exprime sa non-binarité assumée et traite du conflit générationnel dans lequel elle vise à déconstruire les codes prédéfinis pour en créer une vision libre et nouvelle."

Tu n’as pas peur de devenir porte-parole des personnes qui épousent ta cause ?

Je  n’ai pas envie d’être  l’étendard de quoi que ce soit parce que je ne suis personne pour l’être. Je n’estime pas avoir toutes les questions et toutes les réponses sur le sujet. Je cherche encore. Je fais mon truc, je me présente comme je suis, c’est tout.

Tu te sens différente des autres rappeurs ?

Disons que je n’ai jamais voulu me fondre dans la masse. Depuis ma jeunesse, je n’ai jamais aimé cela. On ne peut pas espérer quelque chose de différent en faisant la même chose que tout le monde. Il y a de la singularité dans toute performance artistique, mais je trouve dommage que les jeunes qui démarrent essayent de faire ce qui a déjà été fait sans chercher en eux ce qu’il a d’unique. Tout le monde a des choses personnelles à raconter parce qu’on a tous des parcours et des identités différentes.

Je formule ma question différemment. Te sens-tu à part ?

J’ai plus l’impression d’être une intruse. C’est une relation personnelle de moi à moi-même. Tout l’enjeu de la dimension artistique, c’est d’arriver à s’accepter soi-même et à s’affirmer…  

"Vautour" : morceau égo-trip dans lequel Illustre mêle punchlines, technique et flow. Premier extrait de son premier album, c'est une manière de nous dire qu’elle est possédée par la passion du rap, qu’elle arrive, avec un peu de clash, de classe et surtout beaucoup de détermination.

Ça te fait du bien de livrer tout ce qu’il y a en toi ?

Oui. C’est réellement une thérapie. Au début inconsciemment, aujourd’hui consciemment. J’écrivais pour exprimer et relâcher un peu toutes les émotions que j’avais, au bout d’un moment, c’est devenu un style de vie, j’écrivais tous les jours. J’écrirai toute la vie, que j’ai de la notoriété ou pas, parce qu’écrire me rend vivante. C’est une manière de laisser une trace en moi-même.

Ça t’a sauvé d’écrire ?

C’est une belle question, mais j’ai besoin de réfléchir avant de te répondre. Ça m’a sauvé dans le sens où ça m’a donné une ligne de conduite et créé un chemin… là où je ne voyais pas d’issue.

Dans "Mémoire", Illustre expose sa vision de la France et de notre démocratie. Son ambition est de nous rappeler que les droits que nous avons acquis ne sont pas dus pour autant et que c’est une chance de les avoir. Elle fait le parallèle entre une génération passée qui s'est battue pour obtenir ces droits, et une génération actuelle qui oublie le confort dans laquelle elle se trouve. Avec « Mémoire », Illustre prône ainsi le fait de continuer à se battre pour préserver nos droits, et potentiellement en obtenir de nouveaux.

Tu as beaucoup de tatouages bien visibles. C’est pour un peu choquer, interpeller.

On n’a pas besoin de choquer pour choquer. J’aimerais juste que les gens se posent des questions et qu’ils tentent d’aller chercher autre chose que dans l’apparence. Je veux plus bousculer les consciences que choquer.

Sur ton visage, tu as un tatouage du mot amour, tu veux bien m’en parler ?

Cela faisait deux ans que je réfléchissais à un tatouage sur le visage, il ne fallait donc pas que je le regrette. Je voulais choisir un mot. Amour concerne tout le monde. Cela peut être l’amour d’une personne, d’un projet, d’une sensation. Il est partout et c’est la seule chose que tout le monde possède. Amour, c’est aussi pour me regarder avec amour. Là où certaines personnes pourraient trouver cela niais, moi je trouve ça très frontal et authentique.

Illustre nous dévoile sa facette émotionnelle et poétique avec « Maladif », un morceau intimiste dans lequel elle aborde la maladie de son père : « C’est comme si un vent violent venait vous frapper sans que vous n'ayez le contrôle. Je ressens et je chante le refrain de manière très spirituelle, comme s'il y avait un déploiement d'énergie qui se manifestait, dans lequel j'essayais de répondre aux questions existentielles. J'y exprime un quotidien désorienté et un inversement des rôles. Mon pilier identitaire est absent, je dois grandir plus vite, comprendre le comportement des gens, et m'adapter. » Pour réaliser le clip qui illustre ce nouveau morceau, l’artiste est allée puiser dans les archives VHS des vidéos familiales.

Dans ta façon de chanter, je décèle une niaque très rare.

Ce sont des textes assez conscients et violents qui m’ont amenée au rap. J’ai donc cette partie-là en moi dans ce que je fais, mais je ne me contente pas uniquement de cette manière d’exprimer les choses. Je ne me cantonne pas à une forme de rap parce qu’il en existe une multitude.

Soudain, un homme même pas éméché s’approche de nous et lance à Illustre : « Toi tu es une rock star, ça se voit direct. »

C’est très intéressant cette scène que nous venons de vivre. Il n’y a ni micro visible ni camera et un homme vient pour te dire ça. C’est qu’il y a indéniablement quelque chose qui se dégage de toi.

(Rires un peu gêné).

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(Photo : Julien Mignot)

Tu as un flow hyper rapide. Il faut beaucoup de pratique pour y parvenir ?

Ah oui ! Je t’assure que ça ne vient pas du jour au lendemain. Ça demande beaucoup de travail. Ça fait dix ans que j’écris et cinq ans que je slame/rappe/chante. Aujourd’hui, j’aime sortir de ma zone de confort. Je cherche des nouvelles productions, des nouveaux rythmes et je change les structures habituelles. A force, cela crée une technique assez unique. J’essaie aussi d’élargir mon panel de capacités vocales.

Quel artiste t’a donné envie de prendre ce chemin-là ?

Sans hésiter Diam’s. Au début, ce qui m’a intéressée dans le rap, c’était l’amour des mots. Diam’s maniait les mots parfaitement. Il faut comprendre que je viens de la poésie. J’en écrivais sans musique. Puis, j’ai découvert le rap, alors je me suis lancée là-dedans pour que mes textes à messages puissent être intégrés par un plus large public. Dans le rap, il y a une réflexion sur des sujets qu’il n’y a pas forcément dans les autres styles musicaux. Ce n’est pas mieux ou moins bien, je ne porte aucun jugement.

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Pendant l'interview...

Tu me sembles quelqu’un que le métier ne va pas pouvoir diriger.

C’est viscéral pour moi. Je ne pourrai jamais faire semblant. Je ne serais tout simplement pas capable de faire ce que je ne souhaite pas. Je me sens incapable de monter sur scène avec le sourire si je me sens étriquée.

As-tu le souci d’être comprise par tous où tu t’en fous ?

Intéressante question. J’aimerais l’être… de manière différente. Dans le plus profond, pas juste en surface. En y réfléchissant je me demande si en voulant être comprise, ce n’est pas pour que je me comprenne moi-même. J’ai l’impression que ce sont les autres qui nous font comprendre ce qu’on est. C’est la question de l’ego.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup d’ego ?

Oui, beaucoup. Trop. Il en faut quand tu fais du rap, mais à juste dose.

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Le 22 septembre 2020.

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(Photo : Julien Mignot)