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01 décembre 2021

Martin Luminet : Interview pour l'EP Monstre

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(Photo : Chloé Nicosia)

martin luminet,mandor,interview,monstreMartin Luminet a sorti un premier vrai EP, Monstre.

Parfois, au début d’une carrière, on se cherche. Il arrive donc que des artistes enregistrent des disques qui ne représentent pas exactement qui ils sont. Donc, on les oublie.

Pour des raisons qui lui sont propres, Martin Luminet est désormais incapable d’écrire des choses fictives. Il explique ne pas avoir assez confiance en lui pour inventer des histoires de toutes pièces. Besoin de régler pas mal de choses. Tout déballer, même les choses les moins reluisantes de sa personne. Il raconte tout ce qu’il n’arrive pas vraiment à dire dans la vie et, curieusement, je m’y suis retrouvé. Et beaucoup vont s’y retrouver. Quand le très personnel peut devenir universel.

Pour être honnête, j’ai une grande affection humaine pour ce garçon que je suis depuis quelques années maintenant (lire les deux premières mandorisations ici et là). Mais ses chansons me touchent au cœur, comme rarement. Une écriture tranchante et touchante. Mélange rare. Artiste rare.

Sa page Facebook.

Pour écouter son EP, Monstre, c'est notamment ou là.

(Paroles & Musiques : MARTIN LUMINET
Producer / Réalisation : BENJAMIN GEFFEN
Prises de Son / Mix : TONY BAKK
Master : CHAB
Direction Artistique : MARION RICHEUX
(c) LA PERCÉE)

Argumentaire de presse :martin luminet,mandor,interview,monstre

Sensation de la dernière édition (réinventée) des Francofolies de la Rochelle, Martin Luminet a mis longtemps à s'autoriser le droit d'être en colère. L'éducation, certainement. Attiré par le décloisonnement des arts, le lyonnais n’endossera finalement ni le rôle du héros séducteur ni celui de l’ami irréprochable auquel certains le destinaient.

Ne pas se réfugier derrière un « best of » de lui-même, ne plus chercher à se donner le beau rôle. Le bain a débordé, c'est maintenant un déluge. Violence sensible et lucidité couperet surgissent de son spoken word. Il assume pleinement sa face sombre. Cru parfois, cash souvent, percutant toujours. A l'évidence, il se joue chez Martin Luminet quelque chose d'important, de viscéral et de vital. Il suffit d'écouter « Cœur », envoyé en éclaireur et balancé comme quatre vérités, pour recevoir un pur shoot d'adrénaline. Il y a là une confrontation belliqueuse et sans merci avec cet organe de trahison. Il y a là encore une électro cinématographique et cinglante, une tension, un télescopage entre le Biolay d'À l'origine et la noirceur viciée d'Odezenne. Il y a là surtout une urgence à sauver sa peau.

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(Photo : Chloé Nicosia)

martin luminet,mandor,interview,monstreInterview :

Dans ce disque, est-ce que l’on connait enfin le vrai Martin Luminet ?

Il y a en tout cas, un côté de moi que je ne voulais pas montrer pour plaire au plus grand nombre. Avec cet EP, j’ai ressenti le besoin de tout déconstruire. Toutes mes chansons parlent de ça : déconstruire l’amour, déconstruire le couple, déconstruire les parents, déconstruire le modèle que l’on a sous les yeux. Du coup, je me suis déconstruit aussi, ainsi que le chanteur que l’on attendait de moi. Comme je suis un peu branlant dans la vie, j’ai essayé de montrer une image de moi plus belle que la réalité. Je me suis donné le bon rôle alors qu’il ne fallait pas du tout faire ça.

C’est vrai que tu as commencé un peu en chanteur de charme. J’exagère, mais on sentait que tu avais la volonté de séduire.

J’avais envie de réparer un truc que je n’arrivais à faire dans la vie. Aujourd’hui, je ne suis plus dans la posture du chanteur. Je veux être le plus sincère possible.

Mais est-ce que tu n’exagères pas ton côté sombre ?

Exagérer son côté sombre, c’est juste le remettre à sa juste place. On nous pousse beaucoup à ne parler que de nos qualités, nos forces, de ce que l’on réussit. Maintenant, je me dézingue. Je suis intraitable avec les autres, il faut que je le sois aussi avec moi.

Clip de "Cœur". 

Depuis que tu te montres avec un regard dur envers toi dans tes chansons, ton entourage te voit-il différemment ? 

C’est un risque de se montrer tel que l’on est parce qu’il y a un risque de se faire rejeter. Là ce serait se faire rejeter pour ce qu’on est vraiment. Cela dit, se faire accepter pour les mauvaises raisons, ce n’est pas honnête. Au final, parce que j’ai déjà des relations déjà intenses avec mon cercle d’amis et mes proches, ils connaissent déjà un peu celui que je raconte.

Dans tes chansons, désormais, tu lâches le monstre !

Je le lâche parce que je ne peux plus le retenir. Dans la vie, je l’ai retenu longtemps, même si personne n’était dupe. Si les gens que j’aime restent après tout ce que je raconte, c’est qu’ils m’aiment vraiment.

Le fait que tu te racontes, même cruellement, avec de la musique, ce n’est pas comme si tu racontais ça dans une conversation.

Tu as raison. La musique rajoute de la saveur au discours.

Clip de "Monde".

Tu as chassé le côté superficiel de ta vie ?

Oui, j’ai besoin d’intensité. D’ailleurs, je suis comme ça dans la vie. Quand je suis avec des potes, je peux être chiant. Je parle de choses graves et profondes. Plutôt que m’adapter et d’essayer de vivre moins intensément, je vais décréter que je ne vivrai les choses qu’intensément parce que c’est mon langage. Je ne veux plus m’adapter à un monde qui refuse les émotions fortes, les fragilités et les aveux de faiblesse.

Il faut être courageux pour se raconter sans filtre ?

Oui. C’est une forme d’abandon et parfois l’abandon, c’est du courage. J’essaie de compenser des années de lâcheté, à ne pas chercher le fond des choses alors qu’il n’y avait que ça qui m’intéressait. J’ai passé beaucoup d’années à me censurer et à me nier.

Finalement, nous sommes tous un peu comme ça.

Tu as raison. C’est pour ça que je ne me sens pas différent des gens. Nous avons tous cette dualité en nous. Ce que l’on montre et ce que l’on ne montre pas (ou ce que l’on ne monstre pas). Il faut arrêter de voir le monde uniquement du bon côté, c’est vivre avec un œil crevé.

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(Photo : Chloé Nicosia)

Quel est son nom ?

A qui ?

A ton psy.

(Rires) J’ai longtemps milité pour ne pas avoir de psy pensant que je faisais un gros travail sur moi grâce à la musique. Finalement, ce n’est pas vrai, j’étais plutôt dans une quête.

Tu vois donc un psy aujourd’hui ?

Oui, mais pas parce que j’avais des soucis ou des blocages. J’en avais sans doute, mais je faisais en sorte de ne pas les voir. J’ai voulu rencontrer quelqu’un pour m’accompagner au moment où je sais où je veux aller. J’ai tellement eu autour de moi des gens qui m’ont dit ce que je devais faire de ma vie professionnelle ou amoureuse que je ne voulais pas d’un psy qui, lui aussi, m’explique comment je dois gérer mon existence.

Clip de "Magnifique".

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu es très fort en punchline.

Je n’essaie pas de faire de la punchline pour la punchline. Je m’inspire beaucoup de comment procède Souchon. Il te pose une phrase et tu as le décor, la personne et dans quel état elle est. J’ai envie d’écrire en très peu de mot ce à quoi on a affaire.

Tu fais partie d’une génération d’artistes français qui ont l’amour du mot.

La chanson évolue et c’est une bonne chose. Dans les années 90 et 2000, la tendance était aux chanteurs bien sages et aux rappeurs bien engagés. A part des gens comme IAM ou Oxmo Puccino, il y en avait très peu qui réunissaient les deux. C’est bien qu’aujourd’hui nous assumions que le rap et la chanson ciselée se retrouvent.

Tu as trouvé ta voie avec cet EP ?

Je me présente sous un jour le plus honnête possible. Et je compte rester dans cette direction. Je pense que mon écriture ne pourra pas trop s’éloigner de ce côté viscéral. Je veux que mes chansons prennent aux tripes, au corps et au cœur. Je veux qu’on pleure en dansant (rires).

J’ai l’impression que tu as tout dit dans ces chansons. Que peux-tu dire de plus monstrueux sur toi ?

Je me sens tellement encore en mouvement et heurté par plein de choses que je trouverai encore quoi dire sur moi. Mais après avoir déconstruit, peut-être que je vais me décider à écrire sur le fait de construire.

Tu te sens un bad boy ?

Non, je me sens boiteux, comme tout le monde. Par contre, je mets un point d’honneur à ne pas vouloir être parfait et à chasser le faux-semblant. Je vois les choses en face sans être tendre avec moi et je l’exprime. J’essaie de devenir un meilleur humain, mais pas un meilleur humain selon un schéma ou selon que l’on nous demande d’être.

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Le 3 juin 2021, après l'interview.

09 novembre 2021

Jean-Michel Fontaine : interview pour Le dictionnaire illustré des chansons de Jean-Jacques Goldman

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Le dictionnaire illustré des chansons de Jean-Jacques Goldman vient de sortir. En le lisant, un constat s’impose. Qui peut raconter au mieux les chansons de Goldman que le principal intéressé ? Ainsi, deux passionnés du chanteur (toujours numéro un dans le cœur des français), Alexandre Fievée et Jean-Michel Fontaine ont rassemblé une somme d’informations passionnantes et la plupart du temps, rares.

Pour en parler, j’ai rencontré l’un des deux auteurs, Jean-Michel Fontaine, le 11 octobre dernier (jour des 70 ans de Jean-Jacques Goldman), en terrasse d’un bar parisien.

Argumentaire de presse :

Pour fêter les 40 ans du premier succès de Jean-Jacques Goldman – Il suffira d’un signe – les auteurs ont choisi de rendre hommage à l’œuvre de l’artiste en racontant l’histoire de ses chansons.
Cette histoire est racontée par Jean-Jacques Goldman à travers 700 citations issues de plus de 400 archives papier, radio et télé.

103 chansons interprétées par l’artiste sont traitées dans cet ouvrage:

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Chaque chanson est illustrée par une photographie de Claude Gassian, qui collabore avec Jean-Jacques Goldman depuis 1985.
 
Marc Lumbroso (éditeur) et Erick Benzi (arrangeur), personnalités incontournables de la « famille » musicale de Jean-Jacques Goldman, apportent leur éclairage à travers des anecdotes liées à la naissance des chansons.

Les auteurs :

jean-michel fontaine,alexandre fievée,le dictionnaire illustré des chansons de jean-jacques goldman,gründ,interview,mandorAlexandre Fievée est avocat.
Le dictionnaire illustré des chansons de Jean-Jacques Goldman est le troisième livre consacré à l’artiste, après Fredericks Goldman Jones – De l’intérieur (Gründ, 2018) et Sur ses traces (Gründ, 2016).jean-michel fontaine,alexandre fievée,le dictionnaire illustré des chansons de jean-jacques goldman,gründ,interview,mandor
Il est également l’auteur du livre Coluche – Agitateur social (Gründ, 2020).

Jean-Michel Fontaine est directeur marketing d’une grande agence de marketing digital en Suisse.
Depuis 1997, il se consacre à Parler d’sa vie, le site web le plus complet consacré à Jean‑Jacques Goldman.
Ce dictionnaire est son premier livre.

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jean-michel fontaine,alexandre fievée,le dictionnaire illustré des chansons de jean-jacques goldman,gründ,interview,mandorInterview :

Pour moi tu es la référence sur tout ce qui concerne Jean-Jacques Goldman et ce, grâce à ton site Parler d’sa vie, dont tu t’occupes depuis 1997.

A 13 ans, lorsque j’ai découvert le clip de « Je marche seul » (juin 1985), ça a été un révélateur. Cette chanson a fait résonner en moi une situation de solitude que je ressentais. Ensuite, je me suis intéressé aux chansons antécédentes de Goldman et j’y ai entendu mon intimité. Il y a une phrase d’« Envole-moi » qui a changé ma vie c’est « à coup de livres, je franchirai tous ces murs ». Pour moi, fils d’ouvrier, c’était un signe… sans faire de jeu de mot avec un autre titre. Quand j’ai découvert Internet en décembre 1995, j’ai cherché ce qu’il y avait sur Goldman et je me suis aperçu qu’il n’y avait rien. Pendant 6 mois, je suis allé voir tous les sites de chanteurs, j’ai noté ce que j’aimais, ce que je n’aimais pas et surtout ce que j’aurais aimé trouver. Finalement, Parler d’sa vie est le site sur Jean-Jacques Goldman que j’aurais rêvé consulter à l’époque.

Ce qui était important pour toi, c’était le sens des chansons.

Très rapidement, j’ai mis en ligne ce qui a servi de base à ce livre. J’ai expliqué ce qu’a voulu dire Goldman dans ses chansons à travers ses propos dans la presse, à la radio ou à la télé.

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Jean-Jacques Goldman et Jean-Michel Fontaine (Summum de Grenoble, 24 avril 1998).

Les citations du livre sont donc tirées en majorité de ton site.

Oui, mais Alexandre Fievée en avait aussi quelques-unes. Et j’ai aussi relu le livre de Fred Hidalgo sur Goldman, Confidentiel. C’est une des sources principales du livre. Avec Alexandre Fievée, on a fait une partie de ping-pong. S’il n’avait pas été là, il y aurait eu le double de citations. Il a su me convaincre du non intérêt de certaines, mais pas toujours car, pour moi, il y en avait des essentielles. Et pour lui, c’était la même chose. Nous avons lutté tous les deux pour imposer nos points de vue. Au final, je crois que nous avons trouvé le bon équilibre.

Je crois savoir que les deux pages sur « Tu manques » sont les plus importantes de ce livre. Pourquoi ?

Jean-Jacques a dit à deux reprises pour qui cette chanson était destinée. Ça a été l’occasion de traiter l’importance de son père. C’était essentiel d’évoquer cela.

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Il y a 15 chansons où vous n’avez rien trouvé.

Sur 118 chansons, ce n’est pas beaucoup.

Qui a eu l’idée de ce livre ?

Alexandre Fievée. Il voulait faire ce livre avec moi, mais au début je n’étais pas très chaud. Je m’étais dit que si je devais écrire un livre sur Goldman, ce serait en mon nom propre. Et puis, j’ai fini par accepter parce que je connaissais le travail qu’il avait fait pour ses deux livres précédents sur ce même artiste. Nous avons convenu qu’il n’y aurait que des citations de Goldman, agrémentées de photos de Claude Gassian.

Gassian, la classe !

J’ai été super fier qu’il accepte rapidement. Quand on a fait notre première séance de travail avec lui, Alexandre et les gens de chez Gründ, il a été très à l’écoute. Il se demandait ce qu’il pouvait apporter comme photos que l’on ne connaissent pas déjà. Je lui ai répondu que nous ne voulions pas uniquement des clichés de Jean-Jacques, mais d’autres qui pourraient illustrer ses chansons. Pour « Des vies », la photo de l’immeuble prise dans je ne sais pas quel pays, est hyper parlante. Et derrière cela, j’espère que l’immeuble est encore debout et la femme que l’on voit, encore vivante. En règle générale, je trouve incroyable le pouvoir de suggestion de Claude Gassian, à travers ses photos.

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Quand tu as eu le livre entre les mains, il y a eu de l’émotion ?

Déjà quand je l’ai eu en PDF pour les dernières corrections, c’était émouvant, mais quand je suis allé à Paris signer les premiers exemplaires pour les journalistes, ça m’a fait quelque chose. C’est un livre massif de 1 kilo 600 grammes sur du très beau papier. C’est un très bel objet dont je suis fier. Ça rend tangible tout ce que je fais depuis 36 ans. Il y a désormais une trace réelle et concrète de tout ce que j’ai écrit et archivé concernant Jean-Jacques Goldman pendant toutes ces années.

Avec Alexandre, vous rétablissez aussi certaines vérités.

Tu as raison. Par exemple, j’en avais marre d’entendre que « Tu manques », « Puisque tu pars » ou « Ton autre chemin » parlent du demi-frère de Jean-Jacques, Pierre Goldman. Non, il n’a jamais écrit sur lui. Parfois même, quand je cite Jean-Jacques Goldman, certains persistent à trouver des ambiguïtés. Non, il n’y a pas d’ambigüités !

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Goldman connait l’existence de cet ouvrage ?

Je pense. S’il pouvait me donner un retour sur ce livre, je conserverais cela très précieusement pour moi.

Tu regrettes qu’il ait arrêté sa carrière si tôt ?

Je suis partagé. Bien sûr, j’aurais aimé entendre de nouvelles chansons, mais au fond, il est préférable qu’il ait arrêté avant l’album de trop. 

Comment expliques-tu qu’il soit toujours le chanteur numéro 1 des français.

Je pense que c’est justement parce qu’il est absent. Ce qu’il a fait pour les Enfoirés y est aussi pour beaucoup. Les gens ont de la sympathie pour lui parce qu’il a écrit des chansons qui parlent à tout le monde. En fait, je connais très peu de personnes qui ne l’aiment pas.

Quels sont tes projets « livresques » ?

Dans mon idéal absolu, j’aimerais écrire 6 livres qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Chacun consacré à un sujet qui est important dans ma vie… mais je ne t’en parlerai pas aujourd’hui.

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Pendant l'interview... (photo : Alexandre Fievée)

Avec ce livre, ta crédibilité « goldmanienne » va te permettre d’écrire un tome 2.

Effectivement, j’aimerais sortir un livre sur les 178 chansons qu’il a écrit pour une soixantaine d’interprètes. La boucle serait ainsi bouclée.

Tu interviewerais les artistes tels que Patrick Fiori, Patricia Kaas, Céline Dion ou autre Julie Zenatti ?

J’ai deux axes. Soit refaire un travail d’archiviste, soit rencontrer ceux qui ont eu la chance d’avoir des chansons de Goldman dans leur répertoire. Je pense que le deuxième axe serait le plus intéressant.

Tu es très BCBG comme garçon.

(Rires). C’est une formule que j’ai inventée. Je suis très Balavoine, Cabrel, Berger, Goldman.

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Le 11 octobre 2021 (photo : Alexandre Fievée).

05 novembre 2021

Stéphane Mondino : interview pour Sous les abat-jours du soleil

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stéphane mondino,sous les abat-jours du soleil,album,mandor,interviewStéphane Mondino sort son sixième album, Sous les abat-jours du soleil. Tout simplement de la bonne variété comme on en fait beaucoup moins. Cet artiste est l’un de mes préférés. Je le suis et le soutiens depuis son premier album en 2004 (lire ses deux dernières mandorisations : En 2017 et en 2012).

J’ai rencontré une nouvelle fois Stéphane Mondino le 2 novembre 2021, quelques jours avant son concert aux Trois Baudets.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter l’album Sous les abat-jours du soleil.

Mini biographie officielle :

Né le 6 juin 1975 à Aubervilliers (93). Originaire d'une famille Italienne et Picarde. Fan de Daniel Balavoine, quitte les cours à 16 ans pour se consacrer à la musique.

Il participe aux Rencontres d'Astaffort en mars 2002 et se fait repérer par Francis Cabrel qui le signe sur son label Cargo. Deux albums naitront de cette collaboration : St-Lazare (2004) et Roll over (2007).

Mondino trace sa route avec plusieurs albums entre labels indépendants et autoproduction. Il reçoit de l'UNAC et la SACEM le prix du meilleur album autoproduit en 2013 pour l'album 1975 réalisé par Michel Françoise.

Il réalise également plusieurs clips pour divers artistes.

Son dernier album Sous les abat-jours du soleil, réalisé par Romain Roussoulière, est sorti le 1 octobre 2021.

Argumentaire de presse :stéphane mondino,sous les abat-jours du soleil,album,mandor,interview

D’amour, il en est profondément question dans le nouvel album de Stéphane Mondino, tant le thème s’écrit en fil rouge de sous les abat-jours du soleil. Avec ce titre, le chanteur appuie d’ailleurs l’interrupteur d’une lumière tamisée qui va éclairer une exploration aussi intime que protéiforme. Déclaration d’amour limpide, la chanson d’ouverture éponyme ouvre ainsi les voies d’un registre beaucoup plus large : la violence dans le couple, la paternité, les rencontres virtuelles, la trace du temps, une histoire d’amour dans l’Histoire de la déportation, la fausse couche aussi... Même Uma Thurman, petit ovni au milieu de tout ça, parvient finalement à se raccrocher au fil conducteur sous les contours fantasmés de l’image de l’actrice américaine.

Album proche du cœur, sous les abat-jours du soleil marque aussi le souhait de Stéphane Mondino de « revenir à la chanson ».

Couleur bleu électrique, les chansons flottent comme les méduses, symbole gracieux des tentacules de l’amour, qui se baladent sur la pochette de l’album. Prêt pour la piqure ?

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stéphane mondino,sous les abat-jours du soleil,album,mandor,interviewInterview :

A l’inverse de tes albums précédents, c’est au piano plutôt qu’à la guitare que tu as composé la majorité des morceaux.

C’est en effet assez nouveau pour moi. L’objectif était d’abord que les chansons puissent fonctionner autour d’un piano-voix.

Dans ce 6e album, tu retournes aux fondamentaux : la chanson.

Tout est parti d'une soirée en tournée sur le dernier album (Les rêves de Babylone). J'ai fait écouter à Romain Roussoulière une maquette, c'était la chanson « Sous les abat-jours du soleil ». Il a complètement craqué sur elle. J'ai enchainé en lui disant que j'aurais beaucoup aimé qu'il réalise l'album suivant, avec ce titre comme phare. Je n'avais pas de volonté pop, rock, folk mais l'envie de retrouver mes racines : la chanson française, avec la réalisation d'un jeune musicien de 27 ans. L'album est un voyage parfois mélancolique, dans l'intimité humaine. 

Je sais que lorsque tu commences un album, il faut que tu aies d’abord le titre, en l’occurrence, cette fois-ci, Sous les abat-jours du soleil.

Avoir un titre me met une ambiance et un concept qui peuvent parfois dévier. Mais, j’ai vraiment besoin d’avoir une base. Après il y a parfois des chansons qui s’imposent et qui n’ont rien à voir avec la direction que je comptais prendre. C’est la magie de la création.

Toutes les chansons qui composent ce nouveau disque sont-elles récentes ?

Cet album a été écrit sur plusieurs décennies. J’ai toujours 300 chansons d’avance. Si je pouvais, je ferais bien deux albums par an.

Je sais que dans tes textes, tu fais attention autant au sens qu’au son des mots.

Parfois le son me donne le sens. Je me dis rarement : « Tiens, je vais écrire une chanson sur tel thème ». C’est souvent l’inconscient qui parle. Je ne maîtrise pas toujours tout.

Dans « Orages », tu évoques la déportation, mais on ne le comprend pas forcément si on n’a pas lu le dossier de presse. En règle générale, il y a dans tes chansons plusieurs niveaux de lecture.

Parfois, les gens passent à côté de l’histoire que j’ai voulu raconter, mais finalement, ça me va. S’il y a un sens pour eux, je prends. Je n’aime pas les chansons trop frontales, celles qui expriment une histoire au premier degré.

En 2017, tu as eu une petite fille. Tu parles d’elle dans « Petit royaume ».

La chanson dit : « Neuf mois avant toi, j’étais roi d’un petit royaume, mon ego ». Je ne suis plus autocentré. Il y a plus important que moi et mes angoisses sont démultipliées. Tu ne dors plus de la même façon quand tu as un enfant.

Il y a aussi « Baby Blues ».

C’est une chanson miroir à « Petit royaume ». C’est une histoire de fausse-couche. Là encore, je ne peux pas en parler en utilisant le terme « fausse-couche ». C’est laid comme mot dans une chanson. De plus, quand un sujet me touche, je n’ai pas envie de l’aborder de manière pathos, je préfère poétiser le sujet.

Tu acceptes désormais d’être considéré comme un chanteur de variété.

A 45 ans, j’assume plus mes goûts qu’à 25. Mes potes de jeunesse écoutaient Nirvana, je ne pouvais pas dire que j’écoutais Berger et Balavoine. Pourtant un mec comme Balavoine s’est beaucoup battu pour ne pas avoir l’image d’un chanteur de « variétoche ». Il disait qu’il ne faisait pas du Sardou et c’était vrai. Il sortait de scène en sueur, comme un chanteur de rock.

A chaque fois que tu sors un album, je ne cesse de te dire que je ne comprends pas que tu ne fasses pas partie des chanteurs populaires d’aujourd’hui.

Ce que tu me dis là, je l’ai entendu une centaine de fois. Aujourd’hui, je me fais une raison, mais des gens comme Charles Talar m’ont fait beaucoup de mal pour des raisons que je ne vais pas expliquer. Pour résumer, certains ont cru en moi, mais ceux qui auraient dû m’élever m’ont plutôt descendu.

Je pense que tu n’as pas fait beaucoup de concessions.

Si des gens intelligents m’avaient parlé avec bienveillance, j’aurais suivi leurs conseils.

Tu as produit et financé ton nouveau disque et ton concert aux Trois Baudets toi-même.

Oui, mais je ne le ferai plus seul. Si personne ne s’intéresse à mon projet, je vais certainement arrêter de m’investir de cette manière. Je ne pourrai jamais arrêter de chanter, mais si les choses n'évoluent pas comme je le souhaite, je continuerai mes concerts de reprises et mes hommages à Daniel Balavoine. Je vis pour la musique. 

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Avec Stéphane Mondino, le 2 novembre 2021, après l'interview. 

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05 octobre 2021

Eric Fouassier : interview pour Le bureau des affaires occultes

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Éric Fouassier est le frère d’un ami, lui aussi auteur, Luc-Michel Fouassier (je les avais d’ailleurs réunis tous les deux pour une mandorisation commune). J’ai appris à connaître Éric de salon du livre en salon du livre et d’interview en interview… Il a sorti juste avant l’été un roman historique mêlant politique, science, ésotérisme, le tout dans un Paris remarquablement décrit. Dans Le bureau des affaires occultes, Éric Fouassier nous embarque dans les grandes découvertes de la science et de la médecine. On peut même affirmer que ce roman est une source riche d’information sur les avancées médicales du XIXe siècle.

Pour évoquer ce livre en passe de devenir best-seller, Éric Fouassier m’a donné rendez-vous sur la terrasse d’une brasserie parisienne.

eric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandor4e de couverture :

Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.eric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandor
Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Dans la lignée des grands détectives de l’Histoire, de Vidocq à Lecoq en passant par Nicolas le Floch, un nouveau héros est né.

Prix Maison de la Presse 2021

"LE roman historique de l'année. Vous ne le lâcherez pas.Gérard Collard - Le magazine de la santé

L’auteur : 

Après un doctorat en pharmacie puis un autre en droit, Éric Fouassier s’est spécialisé dans l’histoire de la médecine, qu’il enseigne à l’université. Passionné d’énigmes et de codes secrets, il est l’auteur de romans historiques. Le bureau des affaires occultes est le premier opus d’une série policière au héros récurrent : Valentin Verne.

Son site officiel.

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eric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandorInterview :

Tu as changé de maison d’édition. Tu es désormais chez Albin Michel. Ça change beaucoup de choses pour toi ?

Albin Michel a une sacrée force de frappe promotionnelle, ce n’est pas négligeable. Et puis, dès que je suis arrivé dans cette maison, j’ai senti un grand enthousiasme autour de mon livre. De plus, j’ai désormais une agente littéraire, Isabelle Laffont. Je l’ai connue quand elle était éditeur conseil chez JC Lattès, ma précédente maison (voir mandorisation là).

Je verrais bien ton nouveau livre, Le bureau des affaires occultes, en série sur Netflix ou sur une autre plateforme.

C’est marrant que tu dises ça parce que mes fils et leurs copains m’ont fait la réflexion suivante : « Génial ! On dirait une série Netflix ! » Moi, je t’avoue que je n’étais pas trop consommateur de séries sur les plateformes, mais du coup, je me suis mis à en regarder quelques-unes. Pas de séries policières, plutôt du fantastique. Ça m’a influencé dans mes écrits sur l’ambiance d’une grande ville du 19e siècle. Je voulais que dans mon roman, le Paris de 1930 devienne un personnage.

Tu es très fort pour captiver le lecteur. Un véritable « page turner ».

Par rapport à mes précédents polars historiques qui étaient plus « classiques », là, j’ai voulu greffer une intrigue qui soit beaucoup plus moderne, beaucoup plus en rapport avec celles des séries actuelles. Pour moi, Le bureau des affaires occultes n’est pas un roman policier historique, c’est plus un thriller historique.

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Photo par un lecteur d'Eric Fouassier.

Pourquoi as-tu commencé à écrire des polars historiques ?

D’abord parce qu’à partir du moment où j’ai écrit ce genre littéraire, j’ai pu accéder à des maisons d’édition plus importantes. J’ai toujours aimé l’histoire et je me suis dit que ça allait me permettre de capitaliser sur mes compétences. A la fois l’histoire de la médecine et de la pharmacie. Je rappelle qu’au 19e siècle, un pharmacien est un homme de science. C’est dans les arrière-boutiques des officines que se sont faites les grandes découvertes en chimie. Mais ils ne se contentaient pas de cela. Par exemple, à la campagne, ce sont eux qui s’occupaient des feux d’artifice. Ce sont eux aussi qui sont intervenus au début de la photographie parce que c’était des problèmes de chimie. Ils étaient vraiment des touches à tout. Pour moi, écrire sur eux était une façon d’avoir une certaine légitimité puisque je suis spécialiste en la question (note de Mandor : Éric Fouassier donne notamment des cours de droit pharmaceutique à l’Université). J’ai remarqué qu’habituellement, lorsqu’il y a des personnages d’apothicaire dans des romans historiques, il y a des approximations. 

Même si tu es spécialiste de l’histoire de la médecine et de la pharmacie, as-tu tout de même appris des choses en écrivant cet ouvrage ?

Bien sûr ! En tant qu’auteur, j’apprends toujours pendant l’écriture d’un livre. Je passe au moins six mois à me documenter sur la période que je vais traiter. Egalement quand certains de mes personnages ont vraiment existé. Je fais en sorte qu’ils soient le plus proche de la réalité et je ne vais pas leur faire faire des choses qu’ils n’auraient jamais réalisé en leur temps.

C’est pour ça que ton public est très fidèle ? Ils savent la véracité systématique de ce que tu racontes ?

Sans doute. Certains lecteurs de polars historiques veulent apprendre l’histoire de manière ludique. Apprendre des choses sur le passé en se distrayant, quoi de plus agréable ?

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eric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandorTu t’es inspiré de quoi pour créer ton bureau des affaires occultes ?

D’une série assez désuète sortie en 1970 sur la deuxième chaîne de l’ORTF, La brigade des maléfices. Elle m’avait marqué quand j’étais petit. Ça racontait l’histoire de l'inspecteur Paumier, chef de la brigade des maléfices chargé à la préfecture de police de Paris d'enquêter sur les affaires les plus insolites que la science policière échouait à résoudre. Avec Albert, son fidèle second, il poursuivait les malfaiteurs les plus inattendus : vampires, fées, fantômes et même une incarnation du diable. 

Qui est ton premier lecteur ?

Une première lectrice. Mon épouse. Elle ne s’attarde pas à la construction de l’intrigue, mais va corriger de petits détails.

Tu as écrit ce roman en combien de temps ?

Huit mois, sans compter le travail préparatoire.

Tu as reçu pour ce thriller historique le prix de La Maison de la Presse. J’imagine que tu es heureux…

Comme tu ne peux pas t’imaginer. Au début, le jury composé d’une trentaine de libraires de La Maison de la Presse avait sélectionné quatre-vingt-dix livres. Ensuite, il y a eu un écrémage pour n’en retenir que treize, puis six. Mon éditeur savait que mon roman avait soulevé beaucoup d’enthousiasme, mais rien n’était joué.

Ce qui est bien avec ce prix, c’est qu’il ne peut pas y avoir de triche. Pas d’accointances possibles avec les uns ou les autres puisque le jury est composé de beaucoup de libraires de toute la France.

Oui, ce sont de vrais lecteurs incorruptibles. Du coup, quand on gagne, on est fier.

Où étais-tu l’après-midi de la délibération ?

Comme je suis professeur d’université, j’y donnais des cours avec mon téléphone coupé parce que je présidais un jury de sélection pour un concours de Maître de conférences. Au milieu de l’après-midi, je constate que mon portable vibre sans cesse, mais je ne peux toujours pas décrocher. Je me disais que si j’avais perdu, ça ne se bousculerait pas pour m’appeler. Quand j’ai fini ce que j’avais à faire, j’ai vérifié les messages et c’était donc la bonne nouvelle.

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Quand on a déjà quatorze livres à son actif, on doit être content d’avoir enfin un encouragement des professionnels, non ?

Je suis content pour moi, mais aussi pour les gens qui m’ont fait confiance, comme Isabelle Laffont et les gens de chez Albin Michel. Plus intimement, je suis aussi content pour mon frère, Luc-Michel, que tueric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandor connais bien. Quand on avait 18-20 ans, on écrivait déjà. Je nous revois faire un petit film avec nos manuscrits pour essayer d’envoyer ça aux éditeurs afin de potentialiser le fait que deux jeunes frères écrivent… Luc-Michel est un super auteur. Il écrit des choses très différentes de moi et moins populaires, mais j’espère que je pourrai lui ouvrir des portes. Il mérite. Pour moi, il est un vrai écrivain. Pour Luc, l’histoire est un prétexte au style. J’ai adoré et j’ai été impressionné par son dernier roman Les pantoufles (mandorisation ici), mais l’histoire tient sur un timbre-poste. Moi, je suis plus romancier. Je mets le style au service de l’histoire. Quand on en parle entre nous, on aime bien cette différence écrivain/romancier. Finalement, tout cela est sans importance pour le lecteur.

Je sais qu’à la maison, les livres chez vous, c’était sacré.

C’était génial ! Nos parents, de très grands lecteurs, nous ont fait un cadeau exceptionnel en nous initiant très tôt à la lecture. Nous savions que si nous avions envie d’un livre, ils nous l’achèteraient.

Le nom de ton héros, Valentin Verne, n’est pas choisi au hasard, je présume.

Valentin, en référence au commissaire Paul Valentin dans les Brigades du Tigre et Verne, pour rendre hommage à Jules Verne. 

S’il n’y avait pas une obligation de fidéliser ton lectorat et de rassurer les professionnels, idéalement, tu aimerais écrire quoi d’autres ?

Je vais te répondre clairement. Ce serait un cycle de quatre ans : Un thriller historique, un polar contemporain, un roman littéraire catégorie « blanche » comme Luc-Michel et un recueil de nouvelles. Là, je serais le plus heureux des hommes.

Là, tu es plutôt parti pour sortir un Valentin Verne par an pendant un moment ?

Ça peut s’envisager ainsi, en effet, mais si le deuxième fonctionne aussi bien que le premier.

Aujourd’hui, tu te sens plus professeur d’université ou romancier ?

Honnêtement, ça commence à pencher vers romancier, même si j’ai encore six ans à donner des cours à l’Université.

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Après l'interview, avec Eric Fouassier le 26 mai 2021 au café Le Rostand.

18 septembre 2021

Gilbert Montagné : interview pour la réédition de The fool

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CT-014710.jpgPhoto de gauche © Gianni Candido

Gilbert Montagné démarre véritablement sa carrière musicale en 1968, alors qu’il n’a que 16 ans, en passant quelques auditions et en enregistrant deux 45 tours « Le phénomène » et « Quand on ferme les yeux ». Les deux sont des échecs. Dépité, il part rejoindre sa sœur aux Etats-Unis. Il ne tarde pas à intégrer l'université où il suit des études musicales classiques. Passionné par la soul music et le jazz, il se produit rapidement dans des clubs de Miami et de New-York.

C’est Salvatore Adamo qui va bouleverser son destin lorsqu’il lui demande en 1971 de rentrer en Europe. Retour gagnant car il va enregistrer deux titres. « Hide away » et un certain... "The fool" qui fait un véritable carton planétaire.

Dès lors, interviews et tournées s'enchaînent. Un court métrage lui est même consacré... il n'a que 20 ans. Entre 1973 et 1976, l'artiste sort deux albums qui connaissent un succès mitigé.
Dans les années 80, une série de tubes lancent Gilbert Montagné prince de la variété : « On va s’aimer » (1983), « Les sunlight des tropiques » (1984), « J’ai le blues de toi » (1984)…

A la fin du mois de juin dernier, le chanteur m'a accordé quelques minutes pour évoquer la réédition de l'album The fool.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

MONTAGNE-THE-FOOL-768x768.jpegArgumentaire de presse :

Tube de l’année 1971, « The fool » a révélé Gilbert Montagné et s’est imposé dans le monde entier.

Gilbert Montagné publie le 11 juin une version remasterisée de son premier album ainsi qu’une nouvelle version « The fool in love » disponible depuis le 5 juin, à l’occasion du 50ème anniversaire de ce standard international.

Réalisé à Londres au studio Trident, avec les musiciens de Joe Cocker et les cordes d'Elton John puis au château d’Hérouville par Dominique Blanc-Francard, cet album de Soul Music franco-anglais reste d’une modernité incroyable.

Le groove de Montagné est unique sur ses propres compositions, celles du jeune Michel Jonasz, de son mentor André Georget ou de son producteur qui n’est autre qu’un certain Salvatore Adamo !

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Photo à gauche : © Fonds Sacem

Interview :

Vous avez conçu la mélodie de « The fool » sur un chemin de campagne dans l’Allier.

Ce qui est magique avec la création, c’est qu’on ne sait jamais comment l’inspiration va arriver. C’est parti de quelques notes d’un chant d’oiseau. La mélodie m’est tombée dessus. Couplet, refrain… tout était fait.

Comment avez-vous pu la garder, le temps de l’enregistrer ?

Effectivement, je n’avais pas d’appareil pour immortaliser tout ça. Et pourtant, je m’en suis souvenu. Aujourd’hui, c’est plus simple. On prend le dictaphone de son iPhone et c’est bon.

En règle générale, vos mélodies arrivent sans que vous ne cherchiez à en créer ?

Ça peut arriver n’importe quand. Et paradoxalement, il m’arrive de me mettre au piano et rien ne vient. Il faut savoir répondre au toc toc sur la porte de votre esprit.

Vous aviez quel âge lors que vous avez composé « The fool » ?

J’avais 16 ans et je ne me doutais pas que trois ans plus tard, ce titre serait numéro 1 dans 11 pays.

Avant « The fool », vous aviez sorti deux singles qui n’avaient pas du tout marché. Si ce morceau n’avait pas trouvé son public, vous auriez arrêté ?

Pas du tout. A la base, je suis musicien et chanteur, je n’aurais pas arrêté à cause d’un nouvel échec. Je suis quelqu’un de persévérant. J’aurais pu aussi devenir un simple musicien derrière un chanteur. Mon obsession n’était pas d’être en avant, mais ça m’a toujours paru naturel de l’être. Les choses se sont faites simplement.

J’ai l’impression que rien ne vous a surpris dans votre parcours.

En tout cas, je suis toujours émerveillé de plaire au public et d’avoir un certain succès. Je ne me suis jamais senti blasé de cela, bien au contraire.

Que gardez-vous de l’enregistrement de ce premier album The fool ?

Je garde le bonheur d’avoir un titre qui est passé beaucoup à la radio et qui s’est vendu à la pelle. Mais j’avais aussi une certaine frustration car, à l’époque, je n’étais pas assez mature pour avoir plus de contrôle sur tout ce que je faisais. Quand vous avez une équipe, il est important d’imprimer le fait que c’est vous la locomotive. A 19 ans, je me pensais simplement en tant que wagon. Dès le premier disque, il est très important d’avoir la force de caractère pour diriger.

Vous n’étiez donc pas entièrement satisfait ?

Je considérais qu’en France, on ne jouait pas la musique que j’aimais, mais je garde une reconnaissance sans faille à celui qui a produit ce premier album, Salvatore Adamo. Il a cru en moi sans réserve, je ne l’oublie pas.

Dans cette réédition, il y a un titre inédit, une nouvelle version de « The fool », « The fool in love ».

Oui, c’est une version plus rythmée et complètement réarrangée. Je me suis vraiment éclaté à la faire. Je n’ai rien changé dans la structure mélodique, ni dans le texte, mais je suis parti vers d’autres harmonies. Il faut comprendre que l’on fait un métier de plaisir et qu’il est important d’en prendre.

Dans ce disque, il n’y a pas que des titres en anglais. On retrouve, « Raconte-moi » et « Il me reste très peu de temps ».

Nous nous étions demandés si tout l’album devait être en anglais. Considérant que les français ne parlant pas cette langue seraient contents de comprendre certaines paroles, on a décidé d’en sortir deux. « Il me reste très peu de temps » a été composée par Michel Jonasz. J’ai beaucoup d’affection pour celle-ci car mes parents, qui ne sont plus de ce monde, l’adoraient. Je pense donc à eux quand je la chante.

Depuis ce disque, vous n’avez plus jamais chanté en anglais sur un disque.

C’est marrant que vous me disiez cela, car il est possible que le prochain soit tout en anglais. On y réfléchit en tout cas.

19 juin 2021

Massilia Sound System : interview de Moussu T et Gari Grèu pour Sale caractère

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(Photos : Marcel Tessier-Caune)

massilia sound system,moussu t,gari grèu,sale caractèreVers la fin des années 80, Massilia Sound System implante à Marseille le sound system jamaïcain : des instrus de reggae, de grosses enceintes et des micros pour tchatcher. Le principe est simple : l’envie d’être ensemble, de passer un bon moment, de se regarder au miroir d’une musique qui unit minots et mamies, de jeter à la fois cris d’indignation et encouragements à la résistance. Des débuts du hip-hop et du reggae en France, en passant par la scène punk alternative et traditionnelle occitane, Massilia Sound System a tout essayé avec succès. La formation sort un 9e disque, Sale caractère.

Présentons les membres du groupe. Il y a Moussu T, Papet J et Gari Grèu aux micros, Janvié aux claviers, Blu à la guitare et DJ Kayalik aux platines.

C’est Moussu T et Gari Grèu (déjà mandorisé là avec Collectif 13) que j’ai rencontrés lors d’un rapide passage parisien, le 17 mai dernier chez un disquaire.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Sale caractère.

Argumentaire de presse (en version raccourcie) :

Ils nous avaient tellement manqué que l'on n'osait plus vraiment y croire. Réentendrait-on le staccato têtu des rythmiques électroniques sous ces voix charnues et rocailleuses ? Retrouverait-on les textes tout sourire et poil à gratter de Papet J, Moussu T et Gari Grèu ? Eh bien oui. Ainsi que le plus long hiver n'empêchera jamais le printemps d’arriver, Massilia Sound System a fini par revenir en studio, sept ans après Massilia Oui, combatifs et souriants, engagés et déconneurs, c’est bien eux. On n’a pas souvent l'occasion de croiser des groupes comme Massilia Sound System, qui savent autant parler à l'intelligence que parler au cœur, convoquer l'imaginaire qui unit et le réel qui soude, faire danser les pieds et inviter les mains à fabriquer.

Année après année, album après album, tournée après tournée, ils ont donné à Marseille une part de sa légende – les concerts où l’on distribue le pastis, l’alliance du green-gold-red et du bleu ciel de l'OM, les extraits de chansons qu’on lance comme des proverbes au comptoir ou sur le trottoir… On les remercierait presque d’avoir tant tardé. Depuis le dernier album de Massilia Sound System, Papet J faisait vivre son raggamuffin vagabond, Moussu T tournait avec Lei Jovents, Gari Grèu circulait avec Oai Star et Collectif 13… Et cette liberté est la preuve en actes de l’idée fondatrice de la Linha Imaginot, cette confrérie informelle de groupes de la large Occitanie – les Fabulous Trobadors à Toulouse, Nux Vomica à Nice… Vivre et créer en français comme en occitan, s’emparer d’outils musicaux venus de partout pour mieux plonger dans la culture locale, accueillir l’autre pour être plus soi-même…

L’album :massilia sound system,moussu t,gari grèu,sale caractère

L’album Sale caractère le confirme : rub a dub classique, accélérations drum and bass, effluves orientales, autotune de la musique urbaine contemporaine, c’est toujours Massilia Sound System, voisin du monde entier et fièrement enraciné… L’actualité est là, brutale et insupportable (« Drôles de poissons », chanson à pleurer de pitié et de colère au bord du grand cimetière de la Méditerranée), les artistes s’interrogent sainement sur leur rôle (« Vas-tu prendre la barre / Affronter la tempête (…) Avec dans l’oreillette / Un reggae du siècle dernier », se demande Moussu T) ou se questionnent sur la dilution des solidarités dans leur ville (« À la rue », cri d’alarme radical), partout ils galopent, dansent et enivrent leur reggae … À Saint-Germain-des-Prés, ils vous diront que ces Marseillais sont visités par les épiphanies foudroyantes de Raymond Queneau ou de Jacques Prévert (« La vie est cruelle / Elle a sûrement ses raisons », distique génial dans « Nine »). Et, la sono à fond, on apprendra le dernier vers de l’album, en occitan : « Vaquí lo grand ser, nos fau prendre lo vam ». En français, cela dit : « Voilà le grand soir, il faut prendre notre élan ». Allons-y...

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massilia sound system,moussu t,gari grèu,sale caractèreInterview :

Ce nouveau disque existe grâce au Covid. Expliquez-moi pourquoi.

Moussu T : On a fait le disque parce que l’on s’ennuyait, voire on déprimait. Nous avons enregistré cet album par auto-solidarité et pour se remonter le moral.

Gari Grèu : Chacun avait enclenché ses projets solos. Pour bloquer quatre mois et tous se retrouver, sans le Covid, c’était compliqué. Ces quatre mois m’ont sauvé la mise psychologiquement. Quel plaisir de retrouver les copains et de rebosser ensemble.

Moussu T : Le manque provoque l’envie.

Gari Grèu : Paradoxalement, il y a deux ans, nous avions essayé de nous y mettre. Nous sommes allés au studio, mais nous n’y sommes pas arrivés.

Moussu T : Du coup, on s’est dit qu’il fallait une pandémie pour nous motiver (rires).

Sale caractère sonne votre entrée dans une cinquième décennie de création et de production. Quelle longévité !

Moussu T : On est un vieux groupe, alors à chaque fois que l’on fait un disque, c’est assez pesant parce qu’il y a tout le poids du passé sur nos épaules. On se dit toujours que l’on doit faire un disque meilleur que les précédents. C’est idiot, parce que se dire cela paralyse la création. Pour cet album, curieusement, on n’a pas eu trop de pressions de cette nature.

Gari Grèu : L’air de rien, le moment met en exergue la fonction de l’artiste. On a essayé de faire des chansons qui font du bien et qui peuvent accompagner ceux qui les écoute dans ce moment si particulier que nous vivons.

C’est vrai que c’est un album qui donne la pèche.

Gari Grèu : Oui, et il nous a fait du bien aussi. Il y a les deux variables et l’une ne va pas sans l’autre.

Moussu T : Ce n’est pas un disque plombant. On ne dit pas : « Hou là là, la situation est catastrophique ! » Au contraire, on était en plein lâchage. On a fait un retour aux sources de Massilia, un retour au sound system avec une musique simple et efficace : les riddims électroniques avec du reggae des années 90, un peu remis au goût du jour. Les textes sont tartinés sur la musique. 

Gari Grèu : Instantanéité, immédiateté du propos, simplicité de la base musicale. C’est ce que fait Massilia depuis toujours.

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(Photo : Manivette)

Les quatre précédents disques étaient plus « musicaux ».

Moussu T : Tu as raison. Ils étaient plus arrangés et plus « chansons ». En 40 ans de carrière, on a essayé des tas de musiques et au final, parce qu’on a fait une croix sur notre passé, on revient à nos débuts.

Ce qui est bien, c’est que vous êtes indépendants, donc complètement libres de faire ce que bon vous semble.

Moussu T : C’est vrai que personne ne nous dit quoi faire. Si on a quelque chose à prouver, c’est à nous-mêmes.

Gari Grèu : On n’est pas dans le « game », mais on existe et on ne se porte pas trop mal. On ne court après rien du tout. On reste dans un rapport folklorique de notre fonction de musicien et de chanteur.

Moussu T : Quand tu es à Marseille, tu es loin des modes. Tu ne te sens pas obligé de suivre le mouvement des autres.

Vous êtes toujours dans la lutte ?

Moussu T : Oui. Le fait de lutter te nourrit. La lutte te rend plein et entier. Bien sûr le monde n’est pas cool, mais tentons de changer cela en étant solidaire et joyeux.

Quand vos chansons sont graves, la musique ne l’est pas, alors vos messages passent parfaitement.

Moussu T : C’est notre procédé depuis que l’on fait de la musique.

Clip de "Sale caractère".

Je pose rarement la question sur le pourquoi du comment d’un titre, mais là, Sale caractère, ça m’interpelle.

Moussu T : Il ne faut pas prendre ce titre au pied de la lettre. C’est en réaction au pouvoir qui parle des français comme des gueulards, comme des gaulois réfractaires… Eh bien, oui ! La vie c’est aussi d’ouvrir sa gueule, de parler fort, de réagir, de ne pas se laisser faire quand on n’est pas content. Nous les Massilia, comme les français, nous sommes entiers parce qu’on veut être libre.

Gari Grèu : Sale caractère, ça rime avec liberté. Ça rime avec volonté de s’en sortir soi-même, avec tes propres moyens, avec ta communauté, sans attendre que cela vienne d’en haut. C’est la fonction que l’on octroie avec Massilia depuis le début. On n’a jamais fait un truc larmoyant. On est toujours allés vers le côté positif et rassembleur de la chose.

C’est un album qui s’est fait dans la joie ?

Gari Grèu : On se met toujours dans de bonnes conditions pour travailler. Quand on est en studio, on dirait un atelier de maçonnerie. C’est très artisanal et tout le monde est à sa place. On se connait par cœur.

Moussu T : On connait nos limites et celles des autres, donc, chacun sait ce qu’il a à faire. Nous créons nos textes en « ping-pong ». L’un commence une phrase, l’autre l’arrange ou la finit… on se tire vers le haut. A tel ou tel moment du disque, il y a un chef de file différent.  

Et vous vous engueulez parfois ?

Gari Grèu : Evidemment. On est différents et on a avancé dans le débat. Entre nous, il n’y a jamais eu de consensus mou. On est tous des soldats de Massilia. On avance ensemble pour le meilleur du groupe.

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Pendant l'interview...

Au bout de neuf albums, est-ce que l’on se demande ce que l’on va bien pouvoir raconter ?

Gari Grèu : Notre genre musical et notre fonction de MC nous sort de ce truc-là. Comme disait Public Enemy, le MC, c’est le CNN du quartier, l’amplificateur de murmures…

Moussu T : On façonne nos chansons en pensant à l’utilité qu’elles peuvent avoir.

Est-ce que l’on peut comparer la création d’une chanson à une recette de cuisine ?

Moussu T : Oui, parce que quand on fait notre cuisine, il faut trouver l’équilibre des ingrédients. Cela dit, nos albums, nous avons tendance à plus les comparer à des films. Chaque album, un nouveau film.

massilia sound system,moussu t,gari grèu,sale caractèreVous êtes considérés aujourd’hui comme un groupe culte. Ça vous gêne comme appellation ?

Moussu T : Ce n’est pas culte, c’est juste une sorte de référence. Culte, ça sent trop l’église. Quand on tient une ligne aussi longtemps que nous, les gens nous repèrent. Nous sommes devenus intergénérationnels. On a remarqué que dans les familles, nous sommes les seuls disques traits d’union entre tous les membres.  

Il y a un livre sur vous réédité et augmenté, Massilia Sound System, la façon de Marseille.

Moussu T : La première version date de 2014. Le journaliste nous a interviewé pour évoquer les années qui manquent. C’est bien de laisser une trace par le biais de quelqu’un d’extérieur au groupe. Camille Martel a 35 ans, il est musicien et engagé dans l’Occitanie. Parfois, je me replonge dans le livre pour me rappeler un évènement, une date, un lieu. Il a tout référencé. Son regard sur nous et notre parcours était intéressant parce qu’il fait parti de la génération Massilia.

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Le 17 mai 2021, après l'interview.

14 juin 2021

Jules et le vilain orchestra : interview pour Nos vrais visages

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(Photo : David Desreumaux)

JULES & LE VO - mars 02 2021 - LA LUCIOLE MERY- DSCF3816 - david-desreumaux-David Desreumaux - 02-03-21.jpgJules et le Vilain Orchestra (photo à gauche : David Desreumaux) est un « groupe » que j’aime depuis près d’une décennie. La tête pensante de cette formation est le fameux Jules. Un chanteur de variété qui n’a pas la notoriété qu’il mérite. Qui n’a pas vu Jules sur scène ne peut pas comprendre. Un charisme débordant, une voix goldmanesque, un roi de la punchline, jamais dans la démagogie, le pathos ou la morale… et pourtant, la société est racontée comme personne. Un homme très pudique, mine de rien. Bizarre pour un chanteur qui n’a peur de rien en concert. Bref, Nos vrais visages vient de sortir et c’est de la bombe.

Voici la 4e mandorisation de Jules, après la première en 2013, la seconde en 2016 et la troisième en 2019. Elle s’est tenue le 4 mai dernier chez lui, dans le Val d’Oise…

Le site officiel.

La page Facebook officielle.

Le nouvel album de Jules et le Vilain Orchestra est disponible UNIQUEMENT en commande sur : nosvraisvisages@gmail.com

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(Photo : David Desreumaux)

201295652_10159238153438674_7117247957160611085_n.jpgL’album par Jules :

Jules et le Vilain Orchestra reviennent avec un 5ème album Nos vrais visages.

Album enregistré dans la tempête d’une année 2020 déconfite, on y retrouve 14 portraits de celles et ceux qui se fondent dans la masse, qui ne cherchent ni buzz, ni quart d’heure de gloire déjà obsolète. Ces autres qui fuient la violence des caméras et le dictat de la perche à selfie.

Jules et ses vilains racontent ces vies qui n’ont pas besoin que la lumière s’allume pour sourire.

Tant d’existences précieuses, de trèfles à 3 feuilles qui rejoindront les habitués de la maison comme « Tony » « Thérèse » et « Roméo ». On retrouve la folle variété alternative et la plume incisive, émouvante, jubilatoire de Jules d’avant le drame. 

Hommages donc à celles et ceux qui font, non pas ce que notre monde parait, mais ce qu’il est.

Distribution du disque :photo Francois.jpg

Yvan Descamps : Batterie

Sébastien Leonet : Basse

Pascal Lajoye : Guitare

Alexis Marechal : Guitare

Mathieu Debordes : Claviers

Jules : Guitare/Chant

Vincent Thermidor : Régie générale

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(Photo : David Desreumaux)

181634144_10159142020083674_3444322880710540446_n.jpgInterview :

Tu racontes dans une chanson l’histoire de Géraldine, une femme qui est dans une guérite à un péage. Il y a un message fort…

C’est une situation assez symbolique du manque de rapport humain total. C’est un échange de service qui fait figure de machine. Ça me bouleverse parce que c’est l’archétype d’une vie sans humanité. Le fait d’être enfermé et de voir toute la journée des gens partir, c’est incroyable comme situation. Il y a aussi le paradoxe de voir autant de gens en étant seule. Quand je croise une Géraldine, je me demande ce qu’est sa vie après, le soir, en rentrant chez elle. Qu’est-ce qu’elle peut bien raconter à son mari et à ses enfants ? Je me suis mis à sa place en me disant qu’elle devait s’imaginer nous.

Dans « Le filtre », tu expliques que nous sommes tous obligés de faire semblant dans la vie.

J’aurais aimé être une journée un Kersauson ou un Lino Ventura dans un film d’Audiard et dire à certaines personnes « qu’est-ce que tu me fais chier ? » Ce doit être jubilatoire. Moi, je ne peux pas. Je suis soit trop bien élevé, soit trop bienveillant, soit pas assez bien gaulé (rires). Dans la chanson, je dis que ça ne sert à rien de dire à un con qu’il est con, mais dans la réalité, paradoxalement, je le dis de plus en plus. Je préfère avoir des remords que des regrets.

Clip officiel de "Le trèfle à trois feuilles".

120532284_3077037432419339_4122967785774804531_n.jpgJe trouve cet album plus sensible et un chouia moins corrosif que les précédents ? As-tu l’impression d’avoir radouci avec l’âge.

J’ai l’impression d’être plus calme, plus réfléchi. Aujourd’hui, je suis plus serein, mais ça ne m’empêche pas de dire des choses dans mes chansons…

En écoutant « Doucement », la chanson dédiée à ta fille, j’en ai eu presque les larmes aux yeux. Notamment grâce à cette phrase : « Chez toi n’est plus chez moi ».

Et chez elle, ça ne sera jamais chez moi. Bref, il n’y aura plus de chez nous. Ma fille a 15 ans, elle n’est pas encore en ménage et elle n’est pas encore partie de la maison, mais je sais qu’un jour, ça va arriver. J’ai tenu tout de même à ce qu’il n’y ait pas de pathos dans cette chanson.

Je peux demander à ta fille, Prune, ce qu’elle a pensé de ta chanson ?

Oui. (Il part la chercher dans sa chambre).

Qu’as-tu pensé de « Doucement » ?

La première fois que je l’ai entendue, c’était dans un concert de papa. Je ne savais pas que cette chanson existait. Mon père a commencé à raconter dans une intro : « oui, je ne croyais plus au véritable coup de foudre, bla bla bla »… moi, je pensais qu’il allait faire le lover en interprétant « Friandises ». Mais à un moment, il a dit : « jusqu’au jour où est née une certaine petite prune »… du coup, j’ai compris dès les deux premières phrases très significatives que ça parlait de moi et je n’ai pas arrêté de pleurer. Dans cette chanson, il ne m’a mis aucune pression. Ce n’était pas : « ne pars pas du domicile », mais plutôt, « je sens que ça avance positivement petit à petit ».  Je sais que quand je partirai, mon père sera fier de moi. Aujourd’hui, je peux écouter cette chanson sans pleurer, mais il m’a fallu du temps.

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Jules et ses enfants, Prune et Nino.

Jules, ça fait du bien d’écrire ce genre de chanson ?

Je ne sais pas trop, mais en tout cas, c’est une des rares chansons que j’ai du mal à chanter sur scène. Une fois que l’auteur compositeur a fait son boulot, je ne pense plus qu’à interpréter la chanson. La création et l’interprétation sont deux identités très distinctes. J’ai l’impression que le public attend l’interprète. L’auteur compositeur, il n’en a rien à faire. Ma personne civile est beaucoup moins intéressante que le chanteur que je suis. Sur scène, j’ai besoin d’expirer ce que j’ai inspiré.

« Tu m’agaces » est une chanson sur ton fils, Nino, que tu chantes avec lui. Tu ne voulais pas qu’un de tes enfants soit jaloux ?

Ce n’est pas tout à fait ça. Je n’avais jamais écrit sur mes enfants. Je voulais faire un duo avec mon fils car c’est un chanteur incroyable. Cette chanson est une chanson d’amour ultime. Le summum de l’amour, c’est quand il devient viscéral et violent, dans le joli sens du terme.

Dans « Friandises », tu affirmes qu’il faut être un escroc en tragédie pour écrire des chansons d’amour magnifiques.

J’ai la malchance, dans mon métier, d’être hyper heureux en amour et comme tous les chanteurs de mon espèce, on aurait aimé écrire des « Ne me quitte pas ». A un moment donné, je me suis demandé pourquoi je n’arrivais pas à écrire ce genre de chanson. Je pense que c’est parce que je n’ai pas assez souffert en amour. En effet, je suis avec ma femme depuis que j’ai 18 ans et ça va très bien. Le bonheur, ce n’est pas vendeur. « Le bonheur rime avec ennui ».

Dans « Putain », tu évoques un type pas très beau que l’on ne remarque pas.

Il y a un thème assez récurrent dans mes chansons : la sélection naturelle. La beauté intérieure c’est gentil, mais le premier rapport que tu as avec quelqu’un, c’est avec son faciès. Tu vois la beauté intérieure quand la beauté extérieure te plait un minimum. C’est une injustice primaire qui me bouleverse. C’est intéressant de se mettre dans la peau de quelqu’un. C’est l’essence même de notre travail et de notre art.

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(Photo: Dominique Chauvin)

« Johnny Canaille », c’est la caricature des gens qui imitent Johnny Hallyday, Dick Rivers, Eddy Mitchell… tu as de l’empathie pour ces gens-là ou de la pitié ?

Aucune pitié. J’ai surtout de la sympathie. La sympathie c’est quand tu partages l’émotion de l’autre. Après, comme tous les jobs, il y en a qui font ça avec le cœur et d’autres par opportunisme. Ceux que j’ai croisés le faisaient avec le cœur. J’ai une admiration sans borne pour ces gens qui viennent juste par amour de la musique, pour faire danser les gens ou pour leur faire passer un bon moment. Le rôle d’un artiste c’est de faire oublier les problèmes aux gens le temps d’un concert. Le « Johnny Canaille » de ma chanson donne sa vie, qu’il soit dans un camping de Palavas-les-Flots ou au Zénith. Au Zénith, il ne ferait pas plus. C’est un mec amoureux de son métier et il fait du bien aux gens.

Dans « Issu », tu dis que les frontières n’ont aucune raison d’être.

Les frontières, les religions, les nationalités… Je m’engueule souvent avec des copains et avec mon fils parce que je suis issu d’une famille et d’une école un peu anarchiste, mais tout ceci me perturbe beaucoup. Je ne suis pas un chanteur engagé parce que je n’ai pas la prétention d’avoir le savoir et la connaissance pour donner mon avis sur tout. Mais ce qui me fait peur c’est le clanisme, alors je tente d’écrire des chansons évocatrices de cela.

« Mon ainsi soit-il » me fait penser à la chanson de Souchon, « Et si en plus y a personne ». Est-ce une chanson anti religion ?

Pas du tout anti. Si la religion fait du bien aux gens, grand bien leur fasse. Maintenant, que cela devienne des lois, je ne suis pas d’accord. Nous nous sommes battus pour séparer l’état et l’église, il serait bon que cela reprenne le dessus. Que l’on soit bien clair, ceci est valable quel que soit les religions. Il n’y en a pas de plus respectables que d’autres. Moi, je crois en l’Homme et en la nature. Je suis un athée convaincu. Si Dieu existe, j’espère que c’est léger et que ce n’est pas se fouetter avec des orties fraîches. Pour moi, tu es asservi dès que tu te mets à pratiquer, mais c’est juste mon point de vue.

« Mon ainsi soit-il » est la chanson la plus rock de l’album.

Musicalement, du coup, j’ai hésité à la mettre pour la cohérence de l’album.

Dans « La libre antenne », tu dénonces les radios qui naviguent « entre populisme et populaire »…

Je ne suis pas sûr que cela serve le média de mettre un micro au Café des Sports. Dans un café, tu peux contrargumenter. Donner la parole aux auditeurs, c’est risqué. Donner la parole sur l’Islam… ça fait plaisir à une frange de la population qui n’attend que ça pour nourrir sa haine. Il est où l’esprit Canal sur CNews ? Avant Canal, c’était de Caunes et Les Nuls, aujourd’hui c’est Éric Zemmour et Pascal Praud.

A qui t’adresses-tu dans « Nous nous attendions » ?

Peu importe. C’est peut-être au public, à une fille, aux copains ou à un chien. C’est très universel. Nous, quand on s’est vus la première fois dans ton bureau, ça a bien matché. C’est une espèce d’évidence. Quand on apprécie quelqu’un, humain ou animal, directement, c’est un moment magique et précieux.

"Quand tu rougis" en live. 

Dans « Quand tu rougis », tu parles de la femme que tu aimes.

Ce n’est pas sur ma femme qui s’appelle Julie et que j’aime de tout mon amour. Je m’appuie sur elle pour écrire des chansons et vivre ma vie. C’est mon socle, mais ce n’est pas une femme qui rougit forcément. Par contre, j’aime ça chez les gens. Je veux universaliser ça.

Quand tu écris des chansons, comment es-tu ?

Imbuvable. Quand tu écris, tu ne penses qu’a ta petite gueule et tu te regardes le nombril. Quand ma femme, une formidable institutrice, me parle de sa journée, j’ai honte, mais je l’écoute à moitié. Elle le sait très bien et me dit : « finis ta chanson, je t’expliquerai après ». Elle m’accepte comme ça.

Tu es quelqu’un qui doute ?

Le seul moment où je ne doute pas, c’est sur scène. Pendant une heure et demi, je ne doute pas. J’expose mes choix. Pour écrire une chanson, effectivement, il faut douter, poser des questions, sur les rapports avec les gens… la scène c’est ma vie. C’est là où je suis le plus fort du monde. Il n’y a pas plus fort que moi sur scène, j’en suis persuadé.

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Après l'interview le 4 mars 2021.

05 juin 2021

Patxi: interview pour Patxi en basque

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DSC_3447.JPGPatxi Garat, 39 ans, est de retour, plus de dix ans après son dernier album solo. Il a sorti le 28 mai dernier, un nouvel album, En basque pour lequel il a retravaillé et traduit des textes de célèbres chansons françaises et de toutes les générations comme « Ne me quitte pas » de Brel, « Allo Maman Bobo » de Souchon ou encore « la Grenade » de Clara Luciani. Il s'agissait pour Patxi de trouver le bon dosage pour séduire un public connaisseur de musique basque mais aussi permettre de faire découvrir cette langue à la France entière. Pari gagné!

Mais qui est Patxi? On le connait surtout pour sa participation à la Star Academy 3 et pour la moitié du premier album de Louane en tant qu’auteur compositeur. N'oublions pas « Tout me ramène à toi » de Roch Voisine ou encore le titre « De l’amour » pour le collectif Urgence Homophobie qui rassemble plus de 70 stars. 

Le 6 mai dernier, je l’ai mandorisé pour la 3e fois (là en 2006 ici, la seconde fois en 2010).

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

Mini biographie officielle :

Patxi Garat est un auteur, compositeur et interprète français né au Pays Basque en 1981.

Après un passage remarqué dans l’émission Star Academy en 2003, il signe sur le label indépendant Atmosphériques. Patxi y publiera deux albums S’embrasser et Amour Carabine ainsi qu’un EP Quitter la France. En 2013 il intègre la « Troupe à Palmade » en tant que comédien, et joue dans de nombreuses pièces de théâtre issues de cette compagnie ( L’entreprise en 2013, ou Le Miracle en 2017).

A partir de 2014, Patxi se met à écrire pour de nombreux artistes, notamment Louane pour laquelle il signe plusieurs chansons (dont Jour 1).

En 2021, il enregistre un album de reprises de chansons françaises en basque.

L’album par Patxi (photo: Suzanne):suzanne-patxi-jour2-026.jpeg

« Enfant, nous ne parlions que basque à la maison, à l’école, au village. Les seuls mots de français que j’entendais jaillissaient de la télévision ou de la radio. La langue française était une langue étrangère pour moi, la langue de la ville, du dehors. C’est la littérature, la poésie et la chanson qui me l’ont faite aimer et qui m’ont donné envie de devenir auteur et chanteur.

En quelque sorte, Gainsbourg, Souchon, Christophe, Brel, Brassens et tant d’autres, sont devenus mes professeurs. J’ai passé des heures et des heures dans ma chambre, des nuits entières même, à déchiffrer les partitions de guitare, à recopier consciencieusement les textes des chansons dans des cahiers, et à les chanter, à les chanter toujours.

C’est pendant le confinement, dans ce retour à soi, que j’ai commencé inconsciemment à chanter ces chansons -que j’ai toujours aimées, toujours chantées- à les chanter dans ma langue maternelle. Et c’est devenu une évidence. Cet album est un hommage aux chansons qui rythment ma vie, et les chanter en basque est une manière pour moi de les raccrocher à mes racines. »

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(Photo : Suzanne)

Interview :

Tu as appris la langue française sur le tard, je crois.

Je viens d’un petit village qui s’appelle Sare, à un quart d’heure de Saint-Jean-de-Luz. Jusqu’à 7 ans, nous parlions tous qu’en basque dans la famille et entre copains. A 10 ans, je suis allé dans une école basque, mais nous avions des cours de français. C’est ainsi que j’ai appris la langue.

Ta culture était uniquement basque à l’adolescence ?

Oui, on écoutait du rock basque. A l’époque, il n’y avait pas Internet, ni aucune radio qui ne soit pas basque. La culture populaire française, nous ne l’avions pas à portée. Bien sûr, les Brel, les Gainsbourg et les Souchon arrivaient jusqu’à nous. Mais Biolay et d’autres, je les ai connus bien après, en cherchant à faire ma propre culture.

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(Photo : Suzanne)

Tu as commencé à lire de la littérature générale vers 8 ans.

J’ai beaucoup lu. C’était une passion absolue. Je voulais devenir écrivain, mais ça ne s’est pas passé comme ça. J’ai pourtant essayé plein de fois sans jamais tenter d’être publié. J’ai un problème avec ça, mais je suis encore jeune, il n’est pas exclu que j’y parvienne un jour. En tout cas, j’ai toujours eu l’amour des mots et de la langue.

C’est vers 15 ans que tu as décidé d’écrire des chansons.

Ecrire et chanter également. Je crois que ma fibre musicale vient des voyages en voiture avec ma famille. Nous écoutions des cassettes de chansons basques et on chantait tous ensemble. Au pays basque, c’est une tradition de chanter. A chaque repas, à l’église, partout, on n’y coupe pas.

Tu expliques dans ton dossier de presse que c’est pendant le premier confinement que tu as décidé de traduire des standards de la chanson française, d’hier et d’aujourd’hui, en langue basque.

C’est la mort de Christophe qui a tout déclenché. J’ai eu la chance de le côtoyer un peu, d’aller chez lui et de dîner avec lui. Mon acolyte, Benjamin Dantès, (c’est lui qui a enregistré et réalisé dans l’album « Egun 1 » (Jour 1)), était très intime de Christophe. Son départ m’a beaucoup touché. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais naturellement, j’ai pris ma guitare et j’ai chanté « Aline » en basque. C’était un peu comme si ma peine allait rechercher dans mes origines.

Du coup, j’imagine qu’une fois l’idée de faire un album conceptuel de cette nature, le choix des chansons a dû être compliqué.

J’ai choisi les chansons qui ont marqué mon enfance comme celle de Jacques Brel, « Ne me quitte pas » et celle de Gainsbourg qui m’a bouleversé, « Je suis venu te dire que je m’en vais ». Il y en a aussi des plus récentes que j’ai adorées comme « Comment est ta peine » de Benjamin Biolay, « La grenade » de Clara Luciani ou encore « Tout oublier » d’Angèle. Mais c’est « Caravane » de Raphael qui m’a incité à faire de la chanson. J’ai compris que je pouvais aller dans ce terrain-là et chanter moi aussi.

Tu as repris aussi « Jour 1 », l’une des chansons que tu as écrite et composée pour Louane. C’est un clin d’œil ?

Comme c’est un disque qui contient les chansons qui ont marqué ma vie, je ne pouvais pas faire l’impasse sur celle-là. Elle est importante pour ma construction d’auteur compositeur. Pour moi, professionnellement, il y a eu deux moments importants, la Star Ac 3 et le premier album de Louane.

Le 5 juin 2021, en live dans l'émission de Laurent Ruquier, On est en direct.

Avec ce disque, tu penses toucher qui ?

J’espère toucher les basques, mais pas seulement. C’est pour moi une porte d’entrée à la culture basque grâce à des mélodies que tout le monde connait. J’espère que même au fin fond de l’alsace, les gens vont se laisser guider par ma voix et par les paroles dont ils connaissent le sens. Je n’ai pas écrit cet album, mais pourtant, il me ressemble tellement. Je me reconnais dans toutes ces chansons.

Quand tu entends « Jour 1 » quelque part, tu ressens quoi ?

Je ressens un boomerang d’amour. Quand cette chanson passe au supermarché ou à la radio, c’est jubilatoire. Louane a sublimé cette chanson.

La réalisation de ton disque est signé Jean-Christophe Urbain, l’un des deux Innocents. Elle est très épurée.

L’idée était d’enregistrer un album en live. J’ai fait toutes mes voix en une prise. Je voulais un disque très acoustique qui nous ramenait à l’essence des chansons, tout en posant délicatement, avec élégance, la langue basque. Les arrangements de Jean-Christophe sont complexes, mais en fait, elles paraissent simples. Il n’y a pas plus compliqué que de faire simple…

Je sais que cet album est un disque intermédiaire. Le prochain est déjà en gestation ?

Oui, il va s’appeler Biarritz. J’ai hâte de le sortir en 2022.

Tu n’en as pas marre que l’on te parle de la Star Ac’ ?

Non, parce que ça devient culte. Nous ne sommes plus marqués au fer rouge parce que nous avons chacun nos expériences. Les dix premières années, c’était un peu plus lourd à porter, mais aujourd’hui, j’assume totalement parce que j’ai prouvé que j’étais capable d’évoluer positivement dans ce métier.

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Après l'interview, le 6 mai 2021.

21 mai 2021

Katel : interview pour Mutants Merveilles

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(Photo : Muriel Thibault)

katel,mutants et merveilles,mandor,interviewJ’ai un profond respect pour Katel. Une artiste à part qui propose des albums hors du commun (au sens littéral du terme). Une musique à la fois accessible, mais qui emprunte souvent des chemins de traverse inédits. Ecouter Katel est une expérience.

Comme l’indique sa biographie : De Raides à la ville (2008), album tendu, rock dans l’âme mais déjà relevé un travail vocal central, à la plume très littéraire et au chant scandé, à Elégie (2016), pièce musicale et chorale écrite au piano tel un chant des morts qui appelle à la vie, en passant par le très hybride et pop Decorum (2010), rien ne se ressemble, tout surprend, mais tout se tient avec une force d’expression claire et radicale."

Dans son quatrième album, Mutants Merveilles, c’est le groove qui prime. Les rythmes brassent nombre d’influences allant du trip-hop hypnotique à la pop sixties sautillante. « Une première face accueillante et fluide, et puis une face plus trouble, une face d’ombre aux constructions déstructurées » précise le site de France Bleu. Comme chantait Balavoine, « face amour, face amère ».

Voici donc ma seconde mandorisation (la première, très originale elle aussi, est là) de Katel. Rendez-vous est pris dans son studio « Mutterville », le 6 mai dernier.

Son site internet.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter Mutants et Merveilles.

Mini biographie officielle :

Artiste et figure à part de la scène Française, Katel explore sur chaque album de nouvelles formes esthétiques autant audacieuses qu'accessibles. Mais elle est également une des rares productrices femme en France, dans son propre Studio Mutterville monté à Paris en 2019. Elle y réalise des albums aussi différents que ceux de Franky Gogo, Superbravo ou Maissiat, et écrit aussi de la musique instrumentale à destination de podcasts. En 2018 elle fonde le label FRACA !!! avec deux autres artistes, Robi et Emilie Marsh, et monte ses éditions Rospiko publishing. Par ailleurs, Katel défend la place des femmes dans la musique en s'engageant dans des programmes de mentorat comme Mewem, en intégrant la nouvelle commission à l'Egalité Femme-Hommes de la Sacem, ou encore en donnant des conférences et ateliers pour que les jeunes femmes puissent plus facilement se référer à des modèles. Enfin elle s'engage en tant que militante des droits LGBTQIA+.

L’album (argumentaire officielle) :katel,mutants et merveilles,mandor,interview

Mutants Merveilles. Ce que le titre promet, l'album l’offre. Ce nouvel album est une ode à la liberté et Katel en est plus que jamais l’héroïne, montrant une fois de plus avec évidence sa maîtrise du songwriting. De ballades déchirantes en tubes addictifs, les 11 chansons du disque proposent un voyage haletant et sans arrêt en deux parties, comme autant de facettes magiques de l’âme. L’immédiateté de ce que l’on ressent vient assurément du groove, pièce centrale de l’album et autour duquel s’articulent les titres, quel que soit leur pédigrée, calme ou enragé, joyeux ou sombre. Le groove donc, mis à l’honneur et dont les productions toujours visionnaires de Katel nous font tomber amoureux, danser et faire le grand écart tant espéré, entre Kate Bush et Steve Reich, entre France Gall et Prince. Les textes nous montrent une fois de plus que Katel est une des grandes poétesses du moment, libre de ton, radicale de forme, et qui toujours affirme son appartenance au monde qui l’entoure. Les mutants, les merveilles du disque sont des personnages qui s’incarnent, vivent et aiment, qui interrogent et se rêvent dans un monde juste, fort, un monde nouveau, à créer ensemble. Mutants Merveilles. Ou l’art de se laisser emporter par le rythme premier, le souffle, puis la danse, enfin les mots. Les 11 chansons que vous allez écouter s’adressent à celles et ceux qui, le cœur grand ouvert, arpentent le monde en quête des autres. Un album pop par excellence, qui s'écoute sans fin.

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katel,mutants et merveilles,mandor,interviewInterview :

Dès ton premier EP 8 titres, Raide à la ville, tu as fait ce que tu as voulu artistiquement.

Dès le départ, c’était mon positionnement. Il fallait que l’indicateur artistique soit suffisamment marqué pour que l’on me laisse toute ma liberté créatrice.

Cet EP semblait rock, mais déjà, il y avait des musiques peu communes.

Si on écoute attentivement Raide à la ville, à part deux titres très rock, le reste est joué à la guitare acoustique, très déstructurée et retravaillée. Il y avait beaucoup de travail sur les effets et déjà plein de voix.

Ce qui est ta marque de fabrique.

Tout était déjà en moi, même si ce travail de voix, je l’ai vraiment mis en avant dans mon précédent disque, Elégie. Vraiment, avec Raide la ville, je sentais que je partais dans cette direction. Déjà il y avait des chœurs bizarres, des dissonances. Ce n’étaient pas des chansons brutes.

Clip réalisé par Clifto Cream.

"Entre légèreté façon sixties et manifeste queer en colère contre le « vieux monde tout mort » qui « continue à se faire plaisir », Rosechou a tout pour devenir un hymne irrésistiblement dansant. « Dans toutes mes chansons depuis le début, ce qui traverse c'est la question de savoir comment rester en mouvement dans un monde, une vie, qui imposent en permanence un discours normatif. Tout est fait pour nous fixer quelque part. La résistance c'est la fluidité, le mouvement. « Rosechou » est une figure solaire, un corps qui résiste, un corps qui danse, et qui oppose à tous les discours de conservatisme et de peur une joie militante et salutaire. Ici on chante à tue-tête la fin du patriarcat et on raille l'indifférence totale de celui-ci par rapport au monde qui change. Car oui, décidément, « On veut tout autre chose ! »"

Les mots que tu prononces doivent-ils se fondre dans la résonnance des instruments ?

J’adore chanter comme un instrument. J’essaie d’écouter les paroles qu’il y a dans la musique. Dans « En chasse » par exemple, c’était évident qu’il y avait une violence dans cette déstructuration, que c’était un moment de malaise et d’insécurité.

L’harmonie, les mélodies, l’aspect vocal, c'est vraiment la patte Katel.

Quand on a une esthétique harmonique, mélodique et une voix, on peut se permettre de jouer avec les formes. C’est tout l’intérêt de la pop. S’amuser avec les formes et les styles comme on le souhaite.

Mutants Merveilles est en deux parties. La première, très accessible, et la deuxième (les trois avant derniers titres, « Géographie », « En chasse » et « Jamais d’œil »), un peu plus expérimentale.

Tout me vient de manière très spontanée. Je vais me réveiller un matin avec la rythmique de « En chasse » qui est complètement déstructurée. C’est à partir de ça que je vais construire le titre et avoir quelque chose à dire. Mais attention, une chanson comme « Ni mal d’amour », qui a l’air d'être une simple chanson pop, quelque part, mélodiquement et harmoniquement, elle est plus barrée et singulière que « Géographie ». C’est juste qu’il y a des formes et un instrumentarium qui paraissent plus familiers.

Filmé en résidence au Forum Léo Ferré et monté par Oursicate.

Katel : Chant, Casio. Claire Joseph: Claviers. Skye: Drums + basse drum. Christophe Rodomisto: guitare.

""Sauf qu'on l'arrête" est le titre qui ouvre Mutants Merveilles. Je l'ai écrit il y a un an pile, quand tous les corps qui depuis des mois descendaient dans la rue pour crier leur désespoir et recevaient pour toute réponse la violence de la police se sont soudain tous retrouvés enfermés . Un élan de solidarité impératif qui a semblé couper court à toutes les autres luttes. Mais ces "coups perdus" ces "gestes maladroits" qui ont mutilé, on ne les oublie pas, pas plus que "la langue dans le bois" de ceux qui donnent les ordres puis se défendent d'en être responsable. Les croyances les plus obscures, jusqu'au retour de la Terre plate sont en marche. Une certaine marche du monde qui triomphera "Sauf qu'on l'arrête". Dans un son trip hop et un groove bien tendu, ici en live."

La musique se rapproche-t-elle des mathématiques ?

Il y a des formes d’approches de la musique qui sont mathématiques. Moi, je me considère plus comme une architecte de la musique. Je la conçois dans un espace. J’aime construire des figures impossibles et architecturales.

Tu as un rapport ludique avec la musique ?

Oui, et je crois que ça s’entend particulièrement dans Mutants Merveilles. Cet album a été conçu de façon très rapide et ramassée dans son écriture. Je me suis beaucoup amusée en effet.

En studio, te demandes-tu si ta musique sera assez accessible aux gens qui l’écoutent ?

On ne peut pas évacuer cette question parce qu’à partir du moment où on rentre dans le processus de produire un album, de l’envoyer, on est forcément turlupiné par la réception. J’essaie pourtant de me détacher le plus possible de ce genre de pensée. Par contre, la réception du public est importante, alors je crains toujours que ma démarche ne soit pas comprise. Plus je fais des albums plus j’espère que l’on va saisir que je sais ce que je fais dans mon « œuvre » globale.

 Julie Gasnier : Réalisation clip, dessins, encres, conception fresque. Zoé Véricel: After Effect.

« Je t'aime déjà » est à la fois une chanson de rencontre et de rupture amoureuse. Une chanson qui parle de ce moment où l'on quitte un monde pour entrer dans un nouveau. Ce moment où un sentiment très fort arrive, sentiment pour lequel on n’est pas encore tout à fait prêt. C'est aussi un portrait de l'Amour au sens large : quand nous n'avons qu'un seul mot pour nommer tant de réalités différentes, les Grecs, eux, en ont huit. Chaque couplet de « Je t'aime déjà » traverse une ou deux de ces huit définitions : Mania, ou l'amour obsessionnel, Storge ou l'amour familial, Eros ou l'amour érotique, Pragma ou l'amour durable, Philia ou l'amour affectueux, amical, dans le même couplet que Philautia ou l'amour de soi. Puis sur le pont en Créole, Agape, ou l’amour désintéressé, spirituel, qui est ici la sublimation par le chant comme possible transformation de la joie et de la douleur personnelles en quelque chose de plus grand. Et enfin, sur le dernier couplet, en note d'espoir, Ludus, ou l'amour espiègle. L'amour du jeu, qui appartient aux premiers émois et ne demande qu'à durer tant que la légèreté, la vraie, la profonde légèreté, continue de s'inviter dans le rapport amoureux. Si le texte traverse ces visions de l'amour dans une histoire intime, les voix mêlées de Katel et d'Oriane Lacaille, qui chante aussi le pont en Créole, lui donnent une résonance universelle et intemporelle. Sa forme atonale et son rythme imperturbable pourraient appartenir à tous les folks ou aux musiques premières, tout comme les instruments qui donnent au titre sa couleur : le Kayanm d'Oriane, grand shaker plat réunionnais typique du Maloya, ou le Cigar Box de JereM, instrument fabriqué à la main partout dans le monde en utilisant un bidon, des cordes et un résonateur. Le clip réalisé par Julie Gasnier a été pensé comme une fresque constituée de ses encres et de ses dessins, une timeline qui avance au rythme cyclique de la chanson. Les esthétiques de son univers rejoignent la richesse des différentes définitions de l’amour. Multiples, évolutives, elles sont reliées entre elles par un motif de cœurs, symbole de la trame amoureuse, et par le leitmotiv du chat errant, figure libre qui semble poser sur chaque scène un regard interrogateur.

Ce qui est certain, c’est que tu ne fais jamais le même album, ni ne creuse le même sillon.

J’ai besoin d’être en danger, de me retrouver dans une situation inconnue, ainsi, ça excite mon cerveau et ma créativité. Ceci est valable pour la musique, mais aussi pour les textes. D’album en album, je n’ai pas la même façon d’aborder la plastique de la langue. C’est relié à ce que je suis dans la vie et les évènements que je traverse.

Quelle est ta démarche dans la création?

Elle est de continuer à vivre dans une forme d’étonnement et de le provoquer aux autres. Je me rends dans un état de réception maximale à ce qui peut me traverser. Je cherche à agrandir mon espace mental.

Ce disque sera facile à jouer en concert ?

Il est déjà monté sur scène avec une équipe. J’ai la chance d’avoir des super musiciennes et musiciens. Il y a Skye à la batterie, au chant et aux claviers, Claire Joseph aux claviers et au chant, Christophe Rodomisto à la guitare et moi à la basse.

Ce que tu fais est parfois free jazz.

J’en ai beaucoup écouté. Dans certains arrangements de l’album, j’ai demandé des choses dissonantes.

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katel,mutants et merveilles,mandor,interviewTu reprends « Attends ou va-t’en », initialement interprété par France Gall, à la voix et au vibraphone. Pourquoi ?

Ce texte est incroyable. C’est une chanson de Gainsbourg très féministe. C’est l'histoire d'une femme qui borde son histoire d’amour selon ses propres envies. C’est fort.

Tu aimes la variété ?

C’est ce que les français font le mieux. Dans ce domaine, ils sont très créatifs. Je ne suis pas du tout fan de ce qu’on appelait « la nouvelle chanson française », à l’accompagnement très épuré. Ce que j’aime, c’est la recherche sonore. En fait, ce que j’appelle variété, c’est de la pop. C'est ce que font Manset, Bashung, Balavoine et aussi Berger, dont je suis une grande fan.

Il y a très peu de femmes réalisatrices.

A part Edith Fambuena, Bénédicte Schmitt et moi, c’est le désert. Je pense que les choses vont évoluer, grâce aux programmes de mentorat comme Mewem (pour en savoir plus, c'est là), que j’ai rejoint récemment. On est enfin sorti de ce phénomène qu’on appelait la Queen Bee.

C’est quoi la Queen Be ?

A partir du moment où une femme atteint une place, elle ferme la porte derrière elle.

Le contraire de toi.

Oui. Dès que j’apprends quelque chose de nouveau, j’ai envie de le partager afin que tout le monde en profite. Je crois que c’est la peur qui fait que l’on ne partage pas. La peur d’être destitué de la petite place que l’on a ou de la marche que l’on a su grimper. Moi, je pars du principe que c’est tant mieux si quelqu’un est meilleur que moi. L’art est là pour enrichir le monde de voies différentes.

Tu n’arrêtes jamais. Tu produis et réalises d’autres artistes, tu fais des musiques et des génériques de podcasts…

J’ai toujours du boulot, mais c’est très chronophage. En ce moment, à 46 ans, j’ai envie de faire des albums pour moi plus souvent. Je sors un album tous les cinq ou six ans, mais ça ne me suffit plus. J’ai vraiment envie de changer de rythme.

En tout cas, je sais que tu n’es pas prête à faire des choses que tu n’aimes pas pour l’argent ou pour la notoriété.

Non, je suis contente de mon sort. Je ne suis pas connue du grand public, mais j’ai la reconnaissance du métier. Ce que j’ai, je l’ai eu sans faire de concessions. Mais, je te le répète, là, j’ai envie d’avoir plus de temps et de moments de vide. J’en manque vraiment.

Comment va FRACA !!!, le label que tu diriges avec Emilie Marsh et Robi ?

C’est compliqué de tenir un label comme celui-ci après la période que l'on vient de traverser. Il faudrait qu’il y ait beaucoup de médiatisations, beaucoup de passages à la radio pour récupérer des droits voisins et que le label soit viable. Ce n’est pas le cas aussi par les choix artistiques que nous avons fait (qui ne sont pas « mainstream »). Nous existons toujours et nous tenons la barre (sourire).

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Après l'interview au studio Mutterville, le 6 mai 2021.

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19 mai 2021

Frédéric Zeitoun : interview pour J'aimerais

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(Photos : Bruno Tocaben)

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorDeux ans après Duos en solitaire, Frédéric Zeitoun présente J’aimerais. Treize nouvelles chansons (réalisées et arrangées par Gérard Capaldi). Des instants de vie, des textes qui lui tiennent à cœur mis en musique par des talents et amis tels Yves Duteil, Michel Fugain, Gérard Capaldi, Erik Berchot, Jean Claude Ghrenassia, Gérard Salmieri, Marc Berthoumieux, Johan Czerneski

Sait-on que Frédéric Zeitoun (déjà mandorisé ici en 2019 et là en 2018), est un grand parolier ? Il a écrit des textes magnifiques pour notamment Richard DewitteEnrico MaciasCarlosMichelle TorrHugues AufrayCharles DumontLorieFrédéric FrançoisSmaïnLena KaAudrey Sara, Antoine, Annie Cordy, Louis Bertignac, Daniel Levy, Mister Mat et Laurent Gerra. En écoutant ce nouvel album, on rit, on pleure, on est sacrément touché par cette plume à la fois sensible, taquine et souvent subversive. L’air de ne pas y toucher, l’auteur dit beaucoup de notre société, de l’état du monde et du genre humain en général. Evidemment, il chante aussi l’amour… qu’il fait rimer parfois avec humour. Zeitoun n’est pas un donneur de leçon, c’est un donneur de bonheur.

Avant son passage chez Michel Drucker ce dimanche 23 mai, Frédéric Zeitoun est ici pour évoquer ce nouveau disque... mais pas seulement. C'était le 22 mars dernier, dans l'antre où l'artiste travaille.

Serge Lama a écrit ce mot à Frédéric Zeitoun pour annoncer l’album :frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor

« Merveilleuses chansons Frédéric, tu y développes ton univers faussement gai avec maestria. Avec la joie des fêtes juives dans "J’aime tout le monde". Tu dis des choses tellement vraies. Dans ce monde de juges, Coluche, Brassens et le très regretté Desproges, tous seraient bannis. Ce dernier peut-être en tête pour cet humour décalé mais sans vulgarité. Et toi, ton style d’écriture, d’écrivain de chansons que Nougaro se flattait d’être - une bonhommie qui cache ton mal de vivre, mais aussi cette joie nécessaire. Donnez-nous s’il vous plaît notre rire quotidien. Bref j’ai plus qu’aimé. Ton antique Lama. »

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(Photos : Bruno Tocaben)

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorInterview :

Je suis d’accord avec Serge Lama, ton album est faussement gai.

Je me suis senti complètement compris quand j’ai lu ce mot. Serge Lama, c’est un des derniers des mohicans. Quand mon éditeur, Gérard Davoust, lui a donné mon disque, je ne peux pas te dire que je n’avais pas peur de son retour. Lama, c’est un maître qui a écrit et interprété tellement de chef-d’œuvres. Et quand il dit que mes textes sont faussement gais, il sait de quoi il parle. C’est un artiste qui a le rire aussi fort que ses blessures sont profondes. Vraiment, j’ai apprécié qu’il comprenne que sous mon nez rouge, il y a des choses moins joyeuses.

Ton album fait du bien. On traverse toutes les émotions. Tu te rends compte du pouvoir d’une chanson ?

Par rapport à des gens qui sauvent des vies à longueur de journée, ce n’est rien.

Je ne suis tellement pas d’accord. Une chanson peut sauver des âmes.

On ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable. Dans le meilleur des cas, nous sommes des décorateurs de vie, et eux, ce sont des sauveurs de vie. Bien sûr, je suis ravi de faire des chansons et je ne vais pas bouder mon plaisir quand elles font du bien à des gens.

Depuis que je te connais, tu as toujours été humble par rapport à ton activité d’auteur de chansons.frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor Comme si tu te détachais de ton talent que je trouve énorme. Par exemple, tu as écrit tout le dernier album de Frédéric François, La liberté d'aimer, et il est devenu numéro un des ventes la première semaine. Ce n’est quand même pas rien. Pourquoi ce recul ?

J’ai un autre ami qui fait ça. Un jour, je l’appelle pour lui dire que j’ai rarement lu une biographie qui m’apprenait autant sur un artiste, en l’occurrence, dans le cas présent, sur Daniel Balavoine. Il m’a dit : « oui, merci c’est sympa », très gêné. Avec cet ami, on se ressemble là-dessus. Ce n’est pas une posture. La fausse modestie me casse les couilles. On a juste vécu des trucs pas toujours simples dans la vie, alors, nous savons remettre les choses à leur place.

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorIl y a des artistes qui t’ont aidé à traverser ta vie ?

Je te réponds direct. En 1977, l’écrivain Patrick Segal a sorti L’homme qui marchait avec la tête. Je précise pour les gens qui ne le savent pas, je suis en fauteuil roulant. Quand j’avais 20 ans, mes parents ne voulaient pas que je parte seul aux Etats-Unis. Parce que j’avais lu ce récit, j’ai montré à ma mère la couverture et je lui ai dit : « Tu vois, lui, il l’a fait. Donc, moi, maintenant, je vais pouvoir le faire. » Ce livre est devenu mon livre de chevet et aujourd’hui, Patrick et moi sommes devenus vraiment potes. Il y a deux ans, il s’est fait hospitaliser. Il m’a dit : « En ce moment, il y a une chanson de toi qui me fait du bien et que j’écoute en boucle c’est « J’ai appris ». Ça m’a ému aux larmes. Et rassurez-vous, il va bien.

Tu m’as raconté un jour que Frédéric François aussi t’a aidé à vivre.frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor 

Je sais que ça peut faire rire, mais quand j’entendais Frédéric François à la radio à 6 ans, je me disais qu’un jour, je serai lui. J’écrirai pour lui ou je serai dans son entourage. Je connaissais ses chansons par cœur et j’avais son poster dans ma chambre. Ça m’a passé (rires). Je me suis ensuite intéressé à la pop music, au rock’n roll et à la chanson française « classique ». Frédéric incarnait une forme de réussite malgré tout. Lui et moi venions de familles plutôt modestes. Quand je l’écoutais, je me disais qu’il y avait un soleil au bout du tunnel. Aujourd’hui, je bosse avec lui et nous sommes vraiment amis. C’est un mec que j’adore.

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorEt Aznavour ?

Ses mots aussi m’ont aidé à vivre, tu as raison. Le peu de fois où je l’ai rencontré grâce à Gérard Davoust, c’était pour moi des moments exceptionnels. On a fait deux chansons ensemble et il en chante une avec moi dans mon disque de duos. Rien que pour ça, le chemin vaut le coup.

Tu viens d’évoquer ton éditeur, Gérard Davoust. Un immense professionnel pour lequel tu as d’ailleurs dédié ta chanson « La vie sur son visage ».

J’aime cet homme. Je ne parle pas uniquement de l’éditeur, mais de l’homme. Dans la chanson je dis quefrédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor je n’envisage pas un jour sans lui parler. Gérard, pour moi, c’est un tonton. C’est aussi un papa de métier.

A chaque fois que je viens te voir en concert, il est toujours là. (Photo : Avec Frédéric Zeitoun et Gérard Davoust aux Francofolies de la Rochelle).

Quand il signe des artistes, quand il aime les gens, c’est sans condition. Il fait la même chose avec Linda Lemay et avec tous les autres artistes dont il s’occupe. Il n’y en a plus beaucoup des comme ça dans le métier. Pour moi, ce monsieur est un vrai cadeau de la vie.

Revenons à ton disque. Je trouve que « La chanson sans chanteur » est une excellente idée.

C’est la pauvrette. Elle est dans un tiroir, un peu aigrie. Elle est jalouse des autres chansons qui ont été choisies.

Le premier single de l'album J'aimerais, "J'aime tout le monde" en version live avec Claire Salesse, Gérard Salmieri, Marc Berthoumieux, Fred Damon au studio Hauts de Gammes.

Tu as écrit une chanson pour ton fils : « Apprends à désobéir ». Je trouve qu’elle est subversive. En gros tu dis : « Mon fils, je ne dois pas te dire des choses, mais je te les dis. »

A 13 ans, je commençais à me dire que mon fils, Simon, devrait apprendre à ne pas être sage. Quand il a entendu la chanson, je lui ai tout de même précisé qu’il ne fallait pas tout prendre au premier degré (rires).

« Tant que tu es là » explique que malgré les emmerdes dans la vie, tant que les gens qu’on aime sont là, il faut relativiser.

C’est tout à fait ça. Quand tu te lèves le matin, tu penses à tes soucis financiers, de boulot, tes blessures d’enfance, tu te dis que tant que ta femme et ton fils sont là, ça va. Le reste devient broutille de la vie.

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(Photos : Bruno Tocaben)

Il y aussi « Rire de tout ». Tu déplores le fait qu’on ne peut plus rire de tout.

Je trouve ça très malheureux. Aujourd’hui, les Desproges, Coluche et autres les Nuls n’auraient plus le droit de citer. À l’ère du politiquement correct et du consensuel hypocrite, c’est une chanson hommage à ces chers disparus que sont l’humour iconoclaste et l’impertinence assumée.

Au fond, pourquoi écris-tu et chantes-tu ?

Parce que c’est mon oxygène. C’est comme si tu me demandais pourquoi je continue à vivre.

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Pendant l'interview...

Changeons de sujet. Tu écris un livre sur ta vie et de ton expérience quant à la place du handicap dans la société.

Ce ne sera pas un livre politiquement correct. On vit quand même dans un pays qui est très en retard par rapport aux personnes en position de handicap. Ici, la vie et la société dans son inadaptation et son inaccessibilité me rappellent que je suis dans un fauteuil roulant. Il y a des pays comme le Canada ou les Etats-Unis où je l’oublie. Tout est accessible.

Je te sens en colère.

Parce qu’il y a des choses scandaleuses qui se sont passées qui nous fait ressentir beaucoup de mépris. J’ai quelques amis en fauteuil qui ne sortent pas parce qu’ils ont peur de se retrouver dans une position d’être mis en face de leur handicap. Ce que je ne supporte pas, c’est quand on demande aux gens d’avoir les mêmes devoirs, mais qu’on n’a pas les mêmes droits. Il y aura beaucoup à dire, mais je le ferai dans ce livre.

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Après l'interview, le 22 mars 2021.

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30 avril 2021

MontparnassE: Interview pour La vie Revolver

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montparnasse,a vie revolver,interview,mandorIl y a des artistes talentueux qui sont reconnus à leur juste valeur. Et il y a ceux qui n’ont pas moins de talent, mais que l’on ne connait pas… ou peu. Et c’est injuste. MontparnassE fait partie de cette deuxième catégorie. Incompréhensible. Musique et mélodies d’une redoutable efficacité et textes souchoniens. Alors, que manque-t-il à Philippe MontparnassE ? Je n’en sais rien. Ce sont les mystères de la notoriété. Nous avons pourtant affaire-là à un auteur compositeur interprète qui sait y faire. Le quatrième album de MontparnassE, La vie revolver, a franchement  de quoi épater la foule. En tout cas, moi, il m’épate.

Voici donc la deuxième mandorisation du bonhomme (la première est là), en espérant que vous aurez la curiosité de jeter une oreille attentive à l’œuvre de ce chanteur en état de marche. C'était le 14 avril dans les locaux de Music Media Consulting.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

Biographie officielle (mais écourtée) :montparnasse,a vie revolver,interview,mandor

C’est en 2007 que Jean-Patrick Capdevielle produit les premiers titres de Philippe Deyrieu, un voisin autodidacte, qui se produira désormais sous le nom d’emprunt de MontparnassE, en hommage au quartier de leur rencontre. Philippe joue beaucoup sur scène et rôde déjà les chansons qui constitueront son premier album : « Anachronique » réalisé par Ken Ploquin (Bashung, Daho, Hugh Coltman). Les titres « M’enfermer dehors » et le duo avec Sylvie Hoarau (Brigitte) « Ce n’sont pas des anges » connaitront de prometteurs succès d’estime. MontparnassE emmène cet album aux 4 coins de la France et bien au-delà, pour enfin s’arrêter à Londres où démarre la production de son second album, Studio d’Eux. C’est à Abbey Road que ce 2ème opus prendra racine, réalisé par Chris Bolster (Coldplay, Paul McCartney, Oasis). De retour d’Angleterre, il répond à l’invitation du célèbre canapé rouge de Michel Drucker à l’occasion de l’anniversaire de Jean-Paul Belmondo. Ce dernier sera ému de l’hommage que lui rend Philippe en lui chantant sa chanson fraichement enregistrée : « Quand j’étais Jean-Paul Belmondo ». En 2013 MontparnassE signe la BO du film « Le Cœur des Hommes 3 » de Marc Esposito et démarre une tournée d’où sera tiré l’album : Détours Live. L’unique album live de l’artiste à ce jour, et considéré par bon nombre d’observateurs comme l’un des tous meilleurs ‘one shot’ des productions de l’année 2014.

3 ans plus tard sort le très remarqué 3ème album studio intitulé : (des) Couleurs manifestes, source d’illustres rencontres…Avec Cali d’abord, avec qui il co-signe et chante en duo l’émouvant « Ecoute moi jusqu’au bout ». Rencontre avec l’immense Bernard Lavilliers lors d’un « Grand studio RTL » où le poète, bienveillant, lui confiera les clefs d’une de ses premières parties. Rencontre, enfin, avec la poésie de son enfance puisqu’en clôture de l’album, Philippe reprend avec beaucoup de modernité et d’humilité le titre « Ma France » de Jean Ferrat. C’est Vincent Perrot, architecte de ces évolutions, qui avait admirablement réalisé et arrangé « (des) Couleurs manifestes, qui est à nouveau le complice de Philippe pour ce nouvel opus intitulé La vie revolverPhilippe veut aller de l’avant, positiver, crier au monde cette urgence de vivre ce qu’on a à vivre, ici et maintenant sur un air qui donne envie de danser d’oublier et de profiter… Loin de la « branchitude » ambiante, il creuse son sillon en affirmant son style, en se souciant de faire évoluer sa musique au grès des sujets abordés, quitte à flirter avec différents environnements d’un morceau à un autre.

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montparnasse,a vie revolver,interview,mandorInterview :

La vie est-elle si dure que tu as décidé d’intituler ton disque La vie revolver ?

Ce disque est un peu plus « down » que les trois précédents, en effet. Toutes les chansons de cet album sont empreintes de nostalgie et de mélancolie. C’est la chanson « La vie revolver » qui a donné son nom à l’album parce que j’ai estimé que ça représentait bien l’époque que nous vivons. Même si j’écris des textes avec de l’espoir, on est malheureusement toujours rattrapé par la réalité des choses. On est obligé de constater que la vie est une roulette russe. Aujourd’hui tout va bien et demain, on ne sait pas ce qui va se passer… voire dans l’heure d’après. Rien n’est figé. La vie revolver, c’est un sens générique pour expliquer tout ça.

Pour en revenir à ce titre « La vie revolver », tu nous proposes une musique tendance western à la Ennio Morricone.

C’était complètement voulu et le maestro était encore en vie quand j’ai voulu faire ça. Pour être clair, « La vie revolver » est née des gilets jaunes. Je voyais de manière très perceptible le mal-être de certaines personnes, j’ai donc imaginé l’histoire d’un couple qui n’était plus en phase avec la société et qui a décidé à un moment de rentrer en conflit avec elle. Il y a un passage à l’acte fort qui est traduit par ces notes de musique Morriconiennes. Jeanne Rochette  y chante dans cette chanson de manière lyrique et les contributeurs de mon album font les choristes.

Clip de "Aime la vie".

La chanson « Je n’partirai jamais » m’a presque fait pleurer.

Sur les trois précédents albums, il y avait une chanson par enfant. Je ne savais pas comment boucler la boucle. Au moment où mon grand m’a annoncé qu’il allait quitter la maison, ma fille, la petite dernière, a voulu me rassurer et m’a dit : « Moi, papa, je ne partirai jamais ! » Enfin mon autre fils, celui du milieu, m’a dit la même chose, tout en sachant que c’était faux. Bref, je me retrouve à un carrefour unique de ma vie. J’ai ressenti le besoin d’écrire une chanson avec la participation de mes trois enfants pour boucler la boucle. J’ai trouvé que leur faire dire eux-mêmes ces phrases-là aurait un impact beaucoup plus fort.

Chacune de tes chansons a des atmosphères différentes.

Je pars du principe que comme je  n’ai pas de maison de disque, je suis très libre. J’ai la totale liberté de faire les chansons que je veux avec les ambiances que je souhaite. Je ne veux pas faire le même disque à chaque fois. Sur deux-trois chansons, je me suis amusé à m’aventurer sur des terres inconnues.

Clip de "Sait-elle que c'est elle" en duo avec Ana Girardot.

« Sait-elle que c’est elle » est un duo avec Ana Girardot.

Pour moi, c’est une chanson qui devait être chantée par une comédienne. Il fallait qu’elle ne soit pas sur-interprétée. Je voulais une sensibilité réelle. J’aimais beaucoup le jeu de cette fille que je considérais comme une des plus prometteuses du cinéma français. Je ne savais pas si elle savait chanter, mais je lui ai fait cette proposition au culot. Elle a mis un peu de temps à répondre, mais un jour elle m’a écrit qu’elle avait été très touchée par le texte, qu’elle n’avait jamais chanté, mais qu’elle adorerait essayer. Elle a décidé que l’on se voit très vite. Au bout d’un quart d’heure on a décidé de se revoir en studio. Dès ses premières phrases, j’ai compris que c’était exactement ce que je voulais.

Clip officiel de "Il y aura". 

Cali participe de nouveau à ton disque. Mais pas dans un duo. Il a écrit « Il y aura » et il en a fait les chœurs.

Cali, c’est la famille maintenant. Il est « invitant ». Quand tu as travaillé et fait de la scène avec lui, tu as envie de récidiver. Il dégage la même impression. Un jour, il m’a dit : « Si tu as besoin d’un texte,  j’en suis. » Je voulais une chanson  très avenante, avec une sorte d’élan. Il a complètement répondu à mon attente. Quand j’interprète cette chanson, j’ai l’impression de répandre la bonne parole du bonheur simple.

Ton nouveau single, c’est « Touriste ».  Une chanson un peu critique sur les touristes.

C’est un peu moi, c’est un peu toi, c’est complètement nous. On peut tous se retrouver dans cette chanson. Quand on est dans un pays qui n’est pas le sien, on est maladroit, égoïste, un peu à fleur de peau, on se sent presque plus fort que les habitants… Cette chanson m’est venue quand j’étais en Egypte en voyage avec ma femme et mon père. A un moment, j’étais au musée du Caire et une personne n’arrêtait pas de me passer devant, me bousculer pour faire des photos sans vraiment regarder les trésors proposés. Je retrouvais cette personne dans chaque pièce avec le même comportement. A un moment, je suis sorti et j’ai écrit le refrain et j’ai fredonné la mélodie dans mon dictaphone. Je pense que nous sommes toujours le touriste de quelqu’un.

Clip officiel de "Touriste".

Dans « La belle route », tu rends un hommage discret à Alain Souchon.

J’exprime mon admiration pour lui. Comme mon nom ne l’indique pas, je suis souvent à Montparnasse pour plein de raisons. C’est un quartier que j’aime beaucoup, les bars que je fréquente sont là-bas. J’ai une vraie vie dans ce quartier. Il m’est arrivé cinquante fois de voir Souchon s’y balader. Je me suis permis de lui parler une fois ou deux pour lui dire bonjour. Il est toujours avec une casquette et des lunettes noires. Il croit que l’on ne le reconnait pas. Moi, c’est comme ça que je le repère de loin (rires). J’adore le voir évoluer dans son périmètre. Cette chanson raconte le regard que j’ai sur les gens qui le regardent. Ce n’est jamais qu’un citoyen dans son quartier… certes, un citoyen pas tout à fait comme les autres.

Curieusement, on n’entend pas d’influences de Souchon dans tes disques, je trouve.

J’ai plutôt écouté de la musique anglo-saxonne dans ma vie, même si Souchon est mon auteur français préféré. Il y avait le carré magique au football : Tigana, Giresse, Fernandez, Platini. Moi j’avais le carré magique : Renaud, Goldman, Cabrel, Souchon.

Dans « Si tu restais », tu dis que tu te montres plus fort et sûr de toi que tu ne l’es. C’est vrai ?

Bien sûr. Je chante et j’écris pour ça. Enfant, j’étais extrêmement timide. La musique m’a aidé à passer des caps, à me comporter autrement en public, à savoir prendre la parole… Sur scène, il faut toujours avoir l’air sûr de soi, mais en fait, il y a beaucoup de failles en moi. Ce disque, comme les autres, raconte mes failles.

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Pendant l'interview...

Ecrire et chanter t’aide à supporter la vie ?

C’est l’essence même de la vie d’artiste. On porte un masque derrière lequel on ose se comporter différemment et dire des choses  parfois enfouies. Je ne sais pas comment je me serais dépatouillé de ma vie sans ce moyen pour exprimer mes mots/maux. 

Ce qui m’impressionne chez toi, c’est ton sens de la mélodie.

Merci. Ça me touche. Ca tu le gardes dans ton article, hein ? (rires).

Dans chaque album, tu as des chansons tubesques comme « Au presque parfait » et « Si tu restais », un titre très Coldplayien.

C’est le reflet de ce que j’écoute, de ce que j’aime. Ce sont des chansons de scène. J’ai hâte de pouvoir les jouer devant un public.

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Après l'interview, le 14 avril 2021.

Bonus :

Concert enregistré au Réacteur le 22 janvier 2021 à l'occasion de la sortie du nouvel album de MontparnassE, avec la participation de Jeanne Rochette, Natacha Régnier et Cali. Réalisation: Ulysse Thevenon.

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23 avril 2021

Clio: interview pour L'amour hélas

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(Photos : Mélanie Elbaz)

clio,l'amour hélas,interview,mandorClio est de Besançon. Elle a beaucoup écouté Alain Souchon et Barbara, puis plus tard Vincent Delerm et Alex Beaupain. On le savait depuis son premier album éponyme en 2016 (mandorisation ici à cette occasion), et Déjà Venise l’avait confirmé en 2019 : Clio dessine une carte du Tendre contemporaine et post-romantique à la fois (dixit Bertrand Dicale).

Ses complices Florian Monchatre, Augustin Parsy et Paul Roman ont arrangé les dix nouvelles chansons de l’album L’amour hélas, avec des claviers vintage, des nappes faussement rêveuses. Et puis il y a le miracle de "L’Appartement", chanson qu’elle rêvait en duo, et pour laquelle a craqué Iggy Pop. On en reparle plus bas avec elle.

Le 15 avril dernier, de passage à Paris, nous avons devisé sur ce troisième album.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

Biographie officielle par Betrand Dicale (extraits) :clio,l'amour hélas,interview,mandor

Navrée et mutine à la fois, Clio a quelque chose d’une Barbara rewritée par Marguerite Duras ou d’une Lio revue par Nick Cave. La ville est endormie, le mec n’a rien compris, l’automne dure toute l’année et elle prend des notes sur un ton calme et cinglant, qu’elle dépose sur la houle de claviers et de boîtes à rythmes flegmatiques. 

L’Amour hélas, le troisième album de Clio, parle de couples qui se séparent, qui se sépareront ou qui se sont séparés. On a quitté Paris, on part en voyage à Berlin, on revient à Paris puis finalement non. Il pleut, on devrait être malheureux mais il n’y a pas de quoi, puisque de toute façon ça finit toujours comme ça...Et ces chansons désolées sont très douces. Il y flotte un sourire opiniâtre derrière les constats de faillite, une ironie obstinée derrière les larmes…

clio,l'amour hélas,interview,mandorClio dessine une carte du Tendre contemporaine et post-romantique à la fois. Elle croit en l’amour tout en sachant qu’il n’y faut pas croire, un peu comme jadis des personnages de Truffaut ou de Rohmer (d’ailleurs, beaucoup l’ont découverte avec sa chanson « Éric Rohmer est mort » en 2016).

Certes, elle habite bien ses textes mais elle n’a pas autant de chagrins d’amour qu’elle en chante. Tout vient de l’écriture, plaisir ancien et métier récent. Entre spleen tendre et tendresse amère, entre ivresses abandonnées et abandons amoureux, Clio navigue avec une douceur à la fois triste et vaillante.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Interview :

Ce disque est la continuité du précédent Déjà Venise.

C’est dans mon deuxième album que je suis allée vers mes goûts. J’ai donc gardé la même équipe pour faire ce troisième disque. J’ai l’impression de jouer de la musique qui me ressemble et je fais tout pour ne pas me perdre en route.

Tu chantes toujours des chansons d’amour un peu désillusionnées, mais tu as l’art de trouver des angles inédits.

Même quand j’essaye d’écrire quelque chose qui n’a rien à voir, j’en reviens toujours à des histoires entre deux personnes et aux sentiments. J’ai du mal à aller dans une autre direction.

Clip de "Elle voudrait".

Souvent, pour ne pas dire toujours, les héroïnes de tes chansons ne se sentent pas à leur place et elles veulent toujours ce qu’elles n’ont pas.

Tu as peut-être raison, je ne m’en suis pas vraiment aperçue. Je pense que c’est parce que j’ai souvent cette impression : ne pas être exactement à l’endroit où je dois être. Par exemple, avant de me diriger vers la musique, je ne savais pas comment je pouvais utiliser mes écrits. J’écrivais tout le temps, mais je ne voyais pas sous quelle forme mettre en avant mes textes. Je crois que j’ai pris le bon chemin.

Le bon chemin musical ou personnel ?

A tout point de vue. C’est pour ça que j’écris souvent à la troisième personne. Parce que ce que je raconte, c’est derrière moi. Ce sont des choses que j’ai vécues dans le passé et qui m’ont beaucoup préoccupées. Je pense que l’on parle mieux des choses quand on n’est pas en plein dedans. Aujourd’hui, je me sens à ma place.

Tu n’as pas besoin de souffrir pour écrire, comme beaucoup d’artistes ?

Si on considère qu’un artiste doit souffrir pour créer, je ne dois pas être artiste (rires). J’ai une vie très tranquille depuis que j’existe. Je n’ai jamais traversé de grands tourments. Parfois, quelques petites mélancolies passagères me traversent, mais ce n’est pas ce qui me pousse à écrire.

Tes chansons sont effectivement très mélancoliques.

C’est un état que je reconnais tout à fait. La mélancolie, ce n’est pas de la tristesse. Je l’accepte tout à fait.

Clip de "L'appartement" avec Iggy Pop.

clio,l'amour hélas,interview,mandorParlons du duo avec la légende du rock Iggy Pop dans « L’appartement ». Comment on le « décroche » pour un duo ?

Si tu savais comme l’histoire est simple. La réponse est minuscule par rapport à Iggy Pop (rires). On lui a envoyé la chanson par le biais de son agent en France. Il y a eu quelques petits intermédiaires qui ont été très efficaces et rapides. Il a répondu qu’il aimait beaucoup ce texte et qu’il était d’accord pour la chanter. Ça a été d’une simplicité incroyable.

Tu étais fan de lui ?

Pas vraiment, mais je le suis devenue. Il a été merveilleux dans les échanges que nous avons eus. Quand j’ai écrit ma chanson, j’avais dans la tête l’idée d’un duo avec un homme avec une voix grave et un accent anglais. En disant ça à Hugo, mon agent/manager, je ne sais pas trop comment l’appeler, il s’est souvenu d’une chanson qu’Iggy Pop chantait en anglais, du coup on a écouté le disque qu’il a sorti où il chante des classiques en  français. J’ai adoré et ça correspondait exactement à mes rêves pour « L’appartement ». Du coup on a tenté et ça a marché. Aujourd’hui, j’ai encore du mal à réaliser. Je n’ai pas encore fait le lien entre lui et moi.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Tu es contente de comment les choses tournent pour toi ?

Je suis ravie. Je sais bien que je n’ai pas encore une grosse notoriété, mais j’ai l’impression de construire tranquillement les choses. Je n’ai pas du tout envie que ma carrière aille plus vite. J’aime le rythme que j’ai pris. Je n’ai pas de rêves de tourbillons. Mon rêve autour de ce métier, c’est de pouvoir écrire des chansons et de fabriquer une œuvre. Je veux juste vivre de mon art, mais si en plus la notoriété arrive, je ne m’en ficherai pas. Je fais ce métier avec passion.

Je trouve que ce que tu fais dans la musique est assez unique en 2021. Je ne parviens pas à te comparer à d’autres artistes.

Ça me fait plaisir, mais j’ai l’impression que personne n’invente rien. Quand j’entends ce qui sort aujourd’hui, je n’ai pas envie de m’accrocher aux wagons, j’ai même plutôt le réflexe inverse.

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Pendant l'interview...

Tu écris tout le temps ?

Oui. J’ai toujours plein de textes en construction. Ce disque est sorti un peu vite par rapport au précédent, parce qu’il y a eu le confinement qui a correspondu au moment où je me suis acheté un piano. Du coup j’avais un piano, une maison sans voisin et du temps. Pendant ces mois enfermés, j’ai aussi écrit frénétiquement.    

C’est plus simple aujourd’hui pour toi d’écrire ?

Non, parce que je suis plus exigeante qu’avant.

Clip de "Ai-je perdu le nord".

 Dans « Ai-je perdu le nord », tu te demandes où sont passés les gens, « est-ce que tout le monde est mort ». Il n’y a plus personne à Paris… tu as écrit cette chanson pendant le confinement ?

Cette chanson a été écrite avant. Quand le confinement est arrivé, nous étions en train de faire les arrangements. Du coup, le refrain raisonne de manière spéciale.

Je sais que tu vas écrire des chansons pour la réalisatrice Isabelle Maurel.

Oui, du coup, pour cet album, elle réalise tous mes clips.

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(Photo : Mélanie Elbaz)

Pour elle, tu vas devenir l’Alex Beaupain de Christophe Honoré ?

J’ai toujours trouvé géniale leur complicité. Je serai très heureuse de faire le même genre de collaboration.

Ce nouvel album, c’est celui que tu préfères ?

Oui, je pense. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de pas en dehors de la route que je veux suivre.

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Après l'interview, le 15 avril 2021.

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16 avril 2021

Icare Vertigo : interview pour leur premier album

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(Identité et conception graphique : Sylvain Deffaix)

Icare Vertigo donne dans une pop rock qui combine parfaitement textes poétiques avec du sens et des mélodies diablement efficaces. « Le seuil », le titre qui ouvre l’album, véritable hymne à la fraternité (« Et puis les bras qui s’ouvrent, et la main sur l’épaule »), met immédiatement tout le monde d’accord. Personnellement, j’ai compris que j’écoutais un album qui méritait que je m’y attarde. Les autres morceaux n’ont pas démenti mon vif intérêt.

De passage à Paris le 9 mars dernier, j’ai rencontré le meneur de jeu et chanteur de cette toute jeune formation, Jean-Marie Le Goff, un rennais extrêmement sympathique doublé d’un auteur et chanteur fort doué.

Leur site internet.

Leur page Facebook officiel.

Pour écouter l’album.

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(Photo : Yannick Le Duc)

Biographie officielle :icare vertigo,interview,mandor

Le groupe s’élance depuis Rennes avec au micro et à la plume, Jean-Marie Le Goff ; à la guitare électrique, Mikaël Le Mûr et Alexis Wolff, qui signe aussi les arrangements ; à la basse et à la batterie, Vincent Normand et Gildas Le Goff ; et au clavier, Hervé Le Goff.

Il s'agit là d'une histoire de famille et d'amitié dans laquelle les six musiciens, qui ont l'habitude de se retrouver au sein d'autres formations, font de leur complicité une corde sensible et de leurs longues expériences scéniques un bloc solide.

Avec le texte au cœur, les bretons livrent des titres qui ne craignent ni la chute ni l'ascension. La légèreté s'y trouve sans opposition avec la profondeur, la retenue avec l'élan, le mouvement avec la contemplation. Vibrants. Vivants.

icare vertigo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Palpitant et lumineux, Icare Vertigo nous entraîne pour un voyage résolument rock, à la fois orageux et rayonnant. Un clair-obscur qui nous ferait presque nous interroger : Icare s'est-il vraiment brûlé les ailes ? Et si tomber, après tout, faisait partie du voyage pour se relever dans la lumière ? Les mélodies faites de plumes d'Icare Vertigo sont sûrement la preuve que oui.

Les six musiciens bretons qui font de leur complicité et de leurs longues expériences scéniques un bloc solide signent un premier album résolument optimiste.

Avec le texte au cœur, il est question de retrouvailles, de mains sur l'épaule, de ne pas avoir le temps de se voir vieillir, de combat ordinaire, de merci, de pieds ancrés dans le sol, de bises, de renouveau ... renouveau qu'il ont mis entre les mains de Bruno Green (Miossec, Détroit, Matmatah), à la réalisation.

Icare Vertigo affirme son goût pour l’éphémère et son refus du mercantile : une fusée pop-rock sautillante en guise de vaisseau, le groupe explore ce qu’il veut transmettre aux générations futures plutôt que viser la lune.

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(Identité et conception graphique : Sylvain Deffaix)

Interview :
Explique-moi le passage de ton premier groupe, Calico, à l’aventure Icare Vertigo.

En 2013, on a fait le dernier album de Calico, La mue. Il y avait quatre membres qui font désormais partie d’Icare Vertigo : mes deux frangins, Gildas et Hervé, Vincent Normand, avec qui je fais de la musique depuis longtemps, et moi. On avait beaucoup investi sur ce projet, mais ça n’a pas décollé comme on voulait. On a un peu tourné et obtenu quelques beaux articles, mais pas suffisamment pour perdurer. J’ai décidé de m’occuper en priorité de ma famille tout en continuant à écrire des chansons. J’ai eu quelques autres projets, mais plus en dilettante. Puis, j'ai entrepris de trouver quelqu'un pour arranger les chansons qui s'étaient accumulées. 

L’arrangeur Alexis Wolff a rejoint le groupe. C’est lui qui a emmené un peu de fraicheur dans le groupe ?

Oui. Je l’ai rencontré via le groupe Goudron plumé dont le leader est Vincent Normand. Je l’ai tout de suite bien senti professionnellement et humainement. Je suis ambitieux dans ce que j’ai envie de faire. Je veux que mes chansons passent vraiment le cap. Et lui m’a aidé à franchir celui souhaité. Les musiciens et moi nous sommes rendus dans notre lieu de répétition à Rennes. Quand nous avons commencé à jouer les titres arrangés par Alexis, nous nous sommes rendus compte que nous avions besoin d'un autre guitariste. Nous avons fait appel à Mikaël Le Mûr que nous connaissions par ailleurs. J'étais content qu'il accepte d'embarquer dans notre histoire car il vient plutôt du milieu indé. 

Bruno Green, qui a bossé notamment pour Miossec, Détroit et Matmatah, a réalisé le disque.

Il avait arrêté la musique depuis pas mal de temps. Il était au Québec en voie de reconversion. Alexis m’a demandé de lui envoyer les chansons pour voir ce qu’il en pensait. Il a apprécié mais il voulait discuter. On a fait une visio avec lui et je lui ai expliqué ma vision des choses artistiquement. Je voulais des prises « live », que l’on soit tous ensemble, que l’on se regarde. J’avais envie qu’il soit à l’aise dans cette configuration-là. Il m’a répondu : « C’est ça que tu veux, on fait ça ! » J’ai trouvé ça génial. On a calé les séances en février de l’année dernière. Il est venu. C’était juste la meilleure session de studio que j’ai faite.

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(Photo : Lionel Hamayon)

Tu viens de me parler de variété. C’est ce que tu fais ?

C’est marrant que faire de la variété, pour certains, soit péjoratif. Pas pour moi. La variété est dans l’univers et dans la tête des gens en permanence. 

J’ai l’impression qu’Icare Vertigo est plus pop que Calico. Qu’en penses-tu ?

Tu as raison. C’est grâce à Alexis.

Certaines de tes nouvelles chansons ne sont pas frontales. Il faut deviner de quoi tu parles.

J’aime bien quand les chansons ne sont pas mâchées, mais paradoxalement, je sais parfaitement ce que j’ai voulu dire dedans. Je préfère suggérer que surligner.

Clip de "Ma place pour Mars". 

« Ma place pour Mars », est-ce une allégorie sur la mort ?

Pas du tout. J’ai juste voulu dire que j’ai beaucoup de choses à faire sur Terre pour les gens qui m’entourent. Il me semble assez facile d'avoir un avis tranché sur un sujet lointain mais plus difficile d'avoir une action concrète sur le quotidien. Cette chanson est le fruit de mon étonnement sur le fait que des gens réfléchissent à comment on va envoyer d’autres personnes tourner autour de  la lune et aller sur Mars. C’est complétement hallucinant pour moi. On peut chialer tous les jours quand on regarde autour de nous ce qu’il se passe dans notre monde à nous. Je te le répète, dans cette chanson,  je dis à mes enfants : « Concentrons-nous sur ce qu’il y a à faire ici ». C’est une chanson de transmission. Dans le clip, ce sont mes enfants.

Dans « La chaise », tu parles bien d’un pote ?

Cela faisait des années que je voulais écrire cette chanson. Je n’arrivais pas à trouver l’angle. Elle raconte les potes que l’on a pour lesquels on a pas besoin de quotidien pour se reconnecter avec eux. Ça fait cinq ans que tu n’as pas vu un pote, hop ! Une chaise, une bouteille et c’est reparti. Dans le clip qui arrive bientôt, j’ai twisté l’histoire. Je ne te dis pas comment. (En vrai, il me l’a dit.)

"Le combat ordinaire", audio officiel.

Dans « Le combat ordinaire », un titre emprunté à Manu Larcenet, les choses ne sont pas très claires.

J’écris comme ça depuis toujours. Parfois, on me dit d’être plus explicite pour que les gens se sentent plus concernés. Je pars toujours de ce que je vis et je m’appuie tout le temps sur les gens qui sont autour de moi. C’est la base, ensuite je bifurque. En tout cas, je m’appuie sur des ressentis qui sont liés à l’humain.

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Pendant l'interview...

Dans « Nous ne vieillirons pas ensemble », tu chantes avec Clarisse Lavanant.

J’adore cette chanteuse de Morlaix. Elle a joué dans Les 10 commandements, fait les Francofolies de la Rochelle…etc. Elle est connue en Bretagne parce qu’elle interprète des chansons en breton qu'elle a appris après avoir beaucoup tourné. Cette chanson parle de ma compagne. Je dis que l’on ne va pas avoir le temps de se voir vieillir parce que l’on va faire en sorte de tenter de rester toujours jeunes en tordant le cou au quotidien.

Tu donnes plus d’importance à la musique ou au texte ?

Le texte est au cœur, mais c'est la musique qui embarque. Les chansons marchent parce qu’il y a la musique, sinon, tu fais de la poésie ou tu écris des recueils.

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Après l'interview, le 9 mars 2021.

08 avril 2021

Joseph d'Anvers : interview pour Doppelgänger

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“En dépit des doutes, des errances, des occasions manquées, des détours, de la pandémie, de la vie rude et de ses affres, des difficultés rencontrées, du temps qui passe si vite, des montagnes à soulever et des mers à boire, j’ai le plaisir infini de vous présenter enfin « Doppelgänger ». J’y ai mis énormément de moi, de mes forces restantes, de mon amour, de mes failles, de ma vie, de mes questionnements et de mes espérances, de mes tripes, de ma sueur, de mes larmes et de mes joies, aussi, un peu quand même.” C’est ainsi que Joseph d’Anvers annonce la sortie de son 5e album dans lequel il représente les différentes facettes de ce qu’il est.

Un petit retour en arrière s’impose. Joseph d’Anvers a subi un coup d’arrêt dans sa vie familialo-amoureuse, associé à des soucis de santé. Break total. Au bout de 8 mois, il a eu envie d’écrire un roman. Ce qu’il a fait (sorti chez Rivages) avec succès, Juste une balle perdue. Ensuite, il a accepté une proposition de Loo Hui Phang pour composer la B.O. de sa pièce de théâtre Jellyfish. Et puis enfin, la sortie de Doppelgänger. Cet artiste, décidément plein de ressources, a déjà été mandorisé deux fois (là il y a pile dix ans, en 2011, et en 2015).

Pour évoquer l’album, (mais pas que), le 12 mars dernier, nous nous sommes retrouvés sur un banc du parc de Belleville.

Sa page Facebook officiel.

Pour écouter l’album.

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Biographie officielle (version courte par Loo Hui Phang :

Joseph d’Anvers, ancien boxeur et chef opérateur formé à la Femis, est l’auteur de 4 albums parus depuis 2006, sur le label Atmosphériques.  On y a vu défiler Darrell Thorp (Radiohead, Mc Cartney, Air..), Mario Caldato Jr (Beastie Boys, Beck…), Dominique A, Miossec, Vanessa Da Mata, Money Mark, Troy Von Balthazar, Lescop et bien d’autres.

En parallèle, il a écrit pour de nombreux chanteurs et groupes (« Tant de nuits » sur l’album Bleu Pétrole d’Alain Bashung ou « Ma peau va te plaire » sur En amont, l’intégralité de l’album L’homme sans âge pour Dick Rivers, Day One, Amandine Bourgeois etc…) et collaboré avec des compagnies de théâtre et des productions de films afin de composer des bandes originales.

Joseph d’Anvers a également publié deux romans (dont Juste une balle perdue, sorti en janvier 2020 aux éditions Rivages/Actes Sud, succès de librairie) et un roman graphique.

En 2019, il créé la société Doppelgänger et produit désormais ses différents projets.

L’album DOPPELGÄNGER (par Loo Hui Phang) :joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandor

Puisque Doppelgänger évoque "le double" dans la mythologie nordique, la trajectoire de ce nouvel album traverse des territoires multiples, électriques et sensuels : paysages synthétiques, mélancolie contemporaine, sunset californien, iridescences urbaines... Les sons et les mots génèrent des images, des séquences, autant d'univers qui se déploient au-delà de l'espace des chansons.

Joseph d'Anvers, chef opérateur, crée des lumières sonores, installe des climats mélodiques, entre stridences rock et horizons hédonistes, une palette aussi éclectique que cohérente.

Joseph d'Anvers boxeur insuffle ses pulsations électro, ses arythmies étonnantes, ses accélérations vertigineuses.

Joseph d'Anvers romancier nous délivre mille et une histoires teintées de romantisme, de noirceur, d'innocence. Autant de récits échappés de ses fictions intimes, intarissables. Car les doubles, les revers cachés, les visions multiples sont les thèmes déclinés dans ce nouvel opus, telle une constellation de fictions musicales.

Doppelgänger est une traversée des mondes, un kaléidoscope doux et fulgurant, riche de ses multiples vies, où Joseph d'Anvers nous guide dans une maîtrise virtuose des sonorités.

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joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorInterview :

Ton roman noir, Juste une balle perdue a-t-il influencé l’écriture de ce nouvel album.

Ce roman était une extension de pas mal de chansons à moi. Il nous emmène sur les mêmes territoires : la nuit, la post adolescence, la drogue, l’alcool… tout ce qui me touche dans les films et les livres. Avec Juste une balle perdue, j’ai pu aller plus loin en y passant plus de temps, en fouillant plus en profondeur ce que je voulais dire. Quand j’ai commencé l’écriture de Doppelgänger, j’ai continué sur ce même terreau en m’inspirant de quelques pastilles de mon livre. Il y a évidemment des passerelles entre ce disque et mon roman.

Est-ce que ton roman, au final, était celui que tu souhaitais écrire ?joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandor 

A la base, j’étais parti pour raconter ma vie, mais finalement, j’ai considéré que c’était trop frontal. J’ai eu quatre faux départs. Au cinquième, je me suis dit que je n’écrivais plus du tout ce que je voulais raconter initialement. A l’époque, j’avais entamé  une analyse. Je parle de mon livre à mon psy. Il me demande ce que je raconte. Je m'exécute… et il sourit. Je comprends que je parle énormément de moi, mine de rien, mais dans un prisme fictionnel total.

Dans tes précédents albums, tes textes sont plus frontaux. Dans Doppelgänger, j’ai l’impression que c’est comme dans ton roman. Il y a un écran, un filtre entre la réalité et le fictionnel.

En effet, j’ai eu besoin que dans chaque chanson, il y ait un héros différend. Un gars sur la corniche d’or d’Esterel, un combattant pendant la guerre, un mec qui cherche son père et qui ne le trouvera pas… à travers ses personnages, il y a un peu de moi.

Tu as été chef opérateur formé à la Femis. Je trouve que c’est dans ce nouveau disque que l’on sent le plus tes influences cinématographiques.

Je voulais que mes compositions sonnent comme des musiques de films à la « Nightcall » de Kavinsky dans Drive. Mes personnages ajoutés à ce genre musical, ça devient comme une sorte de court-métrage.

Clip de "Esterel".

joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorIl y a quatre interludes dans ce disque. Ce sont des extraits de films. A quoi servent-ils ?

C’est d’abord pour faire mieux comprendre la chanson qui suit et c’est également pour faire des cassures dans le rythme de l’album que j’ai conçu comme une playlist.

Il y a des chansons qui datent d’il y a 10 ans, comme « Les palaces » et « Los Angeles » (deux chansons destinées initialement à Julien Doré) et des chansons écrites lors du premier confinement, comme « L’inconséquence ». C’est la première fois que tu mélanges des anciens textes à des récents ?

J’ai plein de chansons que j’ai mises sur le côté parce que les labels n’étaient pas motivés pour les sortir. J’en trouvais certaines bonnes, je ne voulais donc pas les laisser sur le carreau. Habituellement, quand j’écris un album, je ne veux que des nouvelles chansons, je ne regarde pas mes anciens carnets. Doppelgänger est un disque dans lequel je ne voulais rien m’interdire et où il n’y a aucun concept, j’ai décidé d’en réadapter deux anciennes. Elles s’intégraient parfaitement avec les autres.

Clip de "Les terres sacrées".

J’ai lu que tu considérais ce disque comme un premier album.

C’est vrai. Comme j’ai revu la manière de faire, que j’ai monté mon label, Doppelgänger, que cela fait six ans que je n’avais pas sorti de disque, que j’étais dans un bordel de vie privée… je n’avais plus aucun repère. Je me suis retrouvé dans la posture d’un mec qui s’autoproduit. Je savoure de nouveau  une espèce de joie toute bête de se dire « j’aime ce que je suis en train de faire ». Comme pour mon livre, je sais que j’ai eu raison d’être allé au bout de ce que je voulais faire, seul, sans me soucier des qu’en-dira-t-on.

Est-ce que cet album est la somme des quatre premiers ?

C’est exactement ça. Il y a le côté métissé de Les jours sauvages,  le côté très intime de Les choses en face, le côté très produit de Rouge fer et de Les matins blancs et les synthés de Rouge fer.

Ta célébrité, elle est idéale, non ? On ne te reconnait pas forcément dans la rue, mais tu as un public et une énorme crédibilité dans les médias.

Comme toi, il y a des jours ou tu es satisfait de ta vie et d’autres ou tu ne l’es pas. J’ai côtoyé des artistes qui ont une grosse médiatisation, à chaque fois, le revers de la médaille est compliqué. Cela dit, plus tu es médiatisé, mieux tu peux faire ton métier parce que tu as plus de moyens.

Pourquoi as-tu créé ton label ?

Pour aller où je veux sans rendre de compte à quiconque. Si l'envie me prend d'écrire un film, d'écrire un deuxième livre, je peux m’y adonner. Je ne m’interdis plus rien. Avant, mon précédent label n’aimait pas beaucoup que je brouille les pistes.

joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorCe que disent les journaux de ton nouveau disque, ça doit te faire du bien…

(Il commence à chanter : Faut pas croire ce que disent les journaux...). En fait, j’ai le syndrome de manque de confiance. Ca vient de l’enfance. J’ai été élevé dans le milieu du sport et ça ne m’a pas aidé dans mon éducation pour la musique. J’ai toujours pratiqué beaucoup de sports. Dans cette activité, tu peux toujours faire mieux. J’ai fait de la boxe et du foot à haut niveau.

Du foot ? Je ne le savais pas.

C’est bizarre, personne n’en parle jamais. Entre 14 et 17 ans, j’étais en catégorie jeune en championnat national. J’ai fait des tournois internationaux contre Liverpool, La Juve etc… A 14 ans, j’ai été demandé par le centre de formation de l’AJ Auxerre. Ils m’ont envoyé une lettre demandant d’intégrer ce centre de formation qui était le plus important d’Europe. Mon père a dit non. Il était prof de sport et il s’était rencardé là-bas et des personnes lui ont dit « ce n’est pas sport études, c’est sport et sport ». Il a voulu que je passe le bac d’abord. J’ai toujours eu une espèce de regret en me disant « et si… »

Tu envisages la musique comme le sport ?

Je suis un teigneux. Quand j’avais un mec plus fort que moi en boxe, je ne me laissais pas faire. Pareil en foot. Je me battais et parfois je gagnais. En musique, si tu as quelqu’un en face que tu considères moins fort, qui fait des chansons que tu juges qualitativement moins bonnes, ça peut être quand même lui qui gagne. Pour moi, c’est dur à admettre parce que je suis un compétiteur. Quand j’entends des choses indigentes, je me dis que ce n’est pas possible de sortir ça. Mais en réalité si, parce que derrière, tu as une maison de disque qui met 500 000 euros sur la table pour le marketing. Moi, je ne peux en mettre que 10 000. J’ai en permanence quelque chose d’insatisfait par cette injustice.

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Après l'interview, le 12 mars 2021, au Parc des Buttes-Chaumont.

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06 avril 2021

Didier Sustrac : interview pour l'album Marcher derrière

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(Photos : Aubane Despres) 

Didier Sustrac, depuis toujours, joue une guitare Brésilienne très acoustique sur des chansons à double sens (et moins futiles qu’elles n’y paraissent). C’est en 1993 que parait son premier album, Zanzibar. Le titre « Tout seul » devient un gros succès lors de l’été de cette même année. Sept  autres albums suivront avec un succès inégalé, mais toujours d’une créativité et d’une qualité irréprochables.

J’ai rencontré cet artiste à part (il était temps), pour la sortie de Marcher derrière (que mon ami Louis Ville a mixé). Interview à la Gare de Lyon, sur les marches du restaurant Le train bleu (pas de bar ouvert, alors, on fait comme on peut), le 14 mars 2021.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Marcher derrière.

didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editionsBiographie officielle :

Né à Grasse, Didier Sustrac s’empare de la guitare familiale dès sa huitième année. Dix ans plus tard, nourri des récits de sa grand-mère poétesse et peintre, il part explorer le Venezuela une paire d’années... Puis le Brésil, et le choc de la bossa nova « j’ai toujours l’impression d’en avoir été́ orphelin », il en sera le fils prodigue. Il s’immerge dans la mouvance de Joao Gilberto, Caetano Veloso et cisèle son écriture, pour laquelle le français s’impose. Il trouvera le succès qu’il cherchait quelques années plus tard avec un premier album nommé Zanzibar, qui lui vaut un joli succès en France et au Japon, occasions rêvées de repartir sur la route et d’invoquer les rencontres : des poèmes pour Madagascar, un duo avec Chico Buarque, ou Claude Nougaro, écrire pour les autres aussi...pour lui, sept albums, autant de regards sur le monde. Et l’envie profonde de chanter pour nous. 2021 marque l’année de son retour au premier plan avec un album magnifique, Marcher derrière, qui vient de paraître chez Balandras Editions/EPM/Universal.

Notes d’intentions pour l’album Marcher derrière:didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editions

C’est un temps d’arrêt, celui du marcheur qui reprend son souffle, quand surpris, touché par la grâce du paysage, il s’arrête pour regarder. Il est seul, pourtant tout est vivant autour de lui. L’immense comme la minuscule. Le vent dans les arbres, l’oiseau dans son nid, là sous la pierre les fourmis. Il sent les parfums, il sent la vie. L’horizon est trop beau pour ne pas s’y perdre. Il médite déjà, observe ses humeurs ̀ à travers le ciel changeant, comme un miroir. Lui reviennent ses amours, son cœur si souvent mal nourri et la beauté́ de ses doutes. Du haut de son petit sentier, soudain, il y voit plus clair. La marche forcée de la modernité, le mirage de la ́beauté́ plastique, la gratuité pour bonheur, la peur du vide, la boulimie des hommes et ses tentations aux raccourcis. Maintenant il n’a plus mal au cœur. Il a retrouvé́ son souffle. Il s’est rempli de cette vallée, de ce ciel, de cet infini. La nature lui a souri. À son tour il lui sourit. Il n’est plus pressé, il se dit que les autres peuvent bien se dépêcher, lui, ce qu’il préfère, c’est marcher derrière... Il reprend son pas et s’en va sur son chemin, marcher derrière, vivant...

didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editionsInterview :

Tu restes avec ce nouvel album dans les mêmes références musicales que depuis le début de ta carrière.

C’est mon expression naturelle. C’est comme ça que je compose à la guitare. Ma technique est bossa, samba, parfois je peux être inspiré par la musique créole ou parfois la musique africaine. L’inspiration que j’ai n’est pas décidée, elle est instinctive.

Du coup, ta patte est reconnaissable entre mille.

J’aimerais pouvoir, à la fin de ma vie, dire que j’ai construit une œuvre qui se tient. J’essaie de chercher une honnêteté de propos et une sincérité de travail.

Clip de "Marcher derrière" réalisé par Julien Walissimé Ehrhardt & Lucille Campagna.

Ta chanson « Marcher derrière » donne envie de prendre la vie avec légèreté.

Au Brésil, il y avait un maitre de la chanson subversive, c’est Chico Buarque. Il contestait le fascisme et la dictature militaire en faisant des chansons subversives que le peuple brésilien savait  comprendre. Seuls les militaires ne les pigeaient pas. Moi aussi, j’aime la chanson subversive. Dans les miennes, il y a souvent plusieurs couches, plusieurs sens à découvrir dans ce que je raconte. Il n’y a jamais qu’une réalité. Je préfère dire les choses de manière subtile que frontalement. Je retiendrai toujours cette phrase de Primo Levi dans Si c’est un homme : « L’homme  n’est pas noir, il n’est pas blanc, il est gris ». Cette mélasse inconsciente dans laquelle nous sommes actuellement fait que nous sommes tous bourreaux, tous victimes… la réalité n’est pas aussi franche que cela. J’aime bien dénoncer quelque chose sans affirmer détenir la vérité. Je détiens une vérité. Pour en revenir à  « Marcher derrière », c’est prendre la vie à la légère, mais pas avec une légèreté inconsciente, plutôt avec recul et une notion politique. Cette marche à tout prix de la technologie, ce souci d’aller toujours en avant, vite, cette marche avec le temps, est-ce vraiment sain pour l’homme ? Est-ce que ça rend heureux ? Dans beaucoup de mes chansons, je m’interroge aussi sur qui nous sommes dans cet univers.

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Princess Erika et Didier Sustrac (photo  Aubane Despres).

Il y a une chanson qui s’intitule « Démodé ». T’es tu senti démodé artistiquement à un moment ?

On est toujours in ou out, dedans ou à côté. Effectivement, j’ai été à la mode à un moment et j’ai très vite été démodé. Mais qu’est-ce que que la mode ? Etre démodé, ne serait-ce pas une manière un peu cynique ou peut-être décalée de parler du désamour.

Au final, l’important c’est de durer. En 2021, tu es toujours-là avec des albums de qualité qui font voyager.

Je suis encore là parce que je suis tenace. Je ne peux pas me passer d’écrire et de faire des chansons quelle que soit la conjoncture.

Clip officiel de "Langue de bois", réalisé par Sylvain Pierrel.

Dans ton album il y a un duo avec Princess Erika, « Langue de bois ».

On se connait depuis longtemps. Nous avons été à l’école du showbiz ensemble. On a sorti nos premiers albums en même temps. Nous avons fait beaucoup de promo en commun. Ce duo, c’est une sorte de retrouvaille. Princess Erika n’a pas changé de ligne artistique et de tempérament. Elle n’a toujours pas la langue dans sa poche, alors, pour une chanson comme « Langue de bois » qui dénonce la langue de bois générale, à la fois politique et à la fois de chacun, c’était logique. Comme elle chantait « trop de bla bla », je lui fais chanter bla bla bla encore une fois. C’est anecdotique, mais j’ai trouvé ça rigolo.

didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editionsAutre duo, « Mouchoir » avec Marianne James.

Pareil, c’est une ancienne connaissance. Nous nous sommes retrouvés sur un festival à Avignon. A un moment, elle m’a lancé, un peu en blaguant : « Sur ton prochain album, je reviens chanter avec toi. Tu m’invites ? » Pour déconner, j’ai dit oui. Et finalement, quand j’avais fini l’album, nous en étions au  mixage, j’ai décidé d’appeler Marianne pour qu’elle vienne chanter avec moi « Mouchoir » ». Elle a emmené quelque chose de très fort dans cette chanson.

Dans ce monde un peu terrifiant, ton album fait du bien. On voyage et on oublie presque la réalité.

J’ai une nature douce. Je suis pour la paix et l’harmonie. Ce n’est pas pour rien que je vais chercher cette musique à laquelle je suis sensible. Derrière son côté relax, on peut, si on le souhaite, entendre aussi une colère.

Il y a de l’inconscient dans ce que tu écris ?

Oui, beaucoup. C’est ça la magie de l’écriture et, plus généralement, de l’art. On projette son conscient, mais il y a une partie de soi-même qui nous échappe. Parfois, quand je relis un de mes anciens textes, je vois autre chose que ce que j’ai voulu dire à l’époque.

Tu sors parallèlement un deuxième disque qui est un best of. Il était temps, non ?

Mes trois premiers albums sont sortis dans des majors. Quand le numérique est arrivé, dans les grandes maisons de disque il y a eu un grand balayage.  Ça a été un véritable massacre pour beaucoup d’artistes dont j’ai fait partie. On a été virés pratiquement du jour au lendemain. Après, j’ai continué ma route en enregistrant trois albums tout seul. Laurent Balandras a racheté mes trois premiers albums, moi j’en avais quatre. J’ai trouvé que ça avait du sens de sortir une compilation (note de mandor : son label lui avait proposé, avant de le virer, de sortir un best of, Didier Sustrac a refusé, jugeant que c’était trop tôt.)

Tu as écrit un roman, Je hais les DJ’s. C’est une autre sorte d’écriture par rapport à la chanson.didier sustrac,marcher derrière,interview mandor,balandras editions 

Le rythme est très différent. J’ai du mal à me prétendre écrivain. Je ne me sens pas comme tel. Je hais les DJ’s  a été une écriture jubilatoire. Je me suis vraiment amusé à le faire, mais c’est juste une sortie de route dans ma carrière.

A quoi ça sert de chanter ?

A adoucir le monde et les hommes. Je ne parle pas de mes chansons, mais il y en a certaines qui ont réveillé des consciences et des pays. Comme l’image de Pierre Rabhi avec le colibri, je fais ma part. (Petit rappel sur cette histoire que raconte Pierre Rabhi : un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! " Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part." »)

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Avec Didier Sustrac, après l'interview, le 14 mars 2021.

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