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21 septembre 2016

Olympe : interview pour son EP

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Olympe vient d’une émission de télé-crochet. Il y a fait un beau parcours. Puis il est parti en tournée avec ses collègues de l’émission de TF1. Un album de reprises et un album formaté à la « Universal » plus tard, le revoilà enfin avec des chansons qui lui ressemblent vraiment. Son EP (à découvrir ici) touche au cœur et à l’âme. Seul au piano (et quelques violoncelles de-ci de-là), avec une voix exceptionnelle, il nous transporte dans ses histoires (romantiques mais pas neuneus) aussi émouvantes qu’intenses. Emotionnellement parlant, Olympe ne fait pas dans la demi-mesure. Le jeune homme présentera pour la première fois ses titres en solo, le samedi 8 octobre aux Trois Baudets à Paris. Vous seriez bien inspirés d’aller y jeter une oreille.

En attendant, je l’ai mandorisé pour la seconde fois  le 13 septembre dernier (voir la première mandorisation là). Je voulais notamment savoir qui se cachait derrière cette boule d’émotion…

(Merci à son manager Thierry Lecamp)

Bolympe,ep,thierry lecamp,interview,mandoriographie officielle :

L’ancien finaliste de The Voice, saison 2 a grandi depuis l’émission de télévision qui l’a révélé. Après le tourbillon médiatique et des débuts discographiques prometteurs, Olympe a  choisi une nouvelle voie, où plutôt la voie qu’il a toujours voulu prendre, afin de donner à son public ce qu’il lui a offert ces dernières années : une relation à cœur ouvert.

Cet EP sonne donc comme un premier épisode, car désormais Olympe se raconte, sans détour. Marqué par un parcours émotionnel chaotique, il a choisi de livrer derrière son sourire et sa nature enjouée, ses fêlures et ses tourments, comme pour tenter de faire disparaître certaines cicatrices qui restent sensibles… Chanter, pour tourner une page. Avancer pour passer à autre chose.

C’est assis à son piano qu’il a composé les mélodies qui traduisent qui il est réellement. C’est avec Julien Maillet, désormais son auteur, qu’il a choisi les thèmes, lui laissant le choix des mots le plus souvent, précisant parfois de sa plume certaines situations…

Il a invité Yseult sur le titre « Je Cours » comme on partage une quête, retrouvé le pianiste Vincent Lanty (Florent Pagny, Garou, Chef D’Orchestre du spectacle musical Résiste) qui l’avait déjà accompagné sur scène, et rencontré une violoncelliste de rêve : Christelle Heinen (William Sheller). Ensemble, ils ont cherché comment traduire cette sensibilité qui l’habite, souhaité s’inscrire dans le sillon d’une variété élégante, qui va chercher dans le chant et les instruments l’essence même de la sincérité…

Et puis une chanson est arrivée in extremis, après le massacre qui a touché la population homosexuelle d’Orlando ces dernières semaines. Alors, Olympe s’est installé face à un clavier et la livre aujourd’hui dans une première version, à fleur de peau : « Aimer n’est pas un crime. »

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olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus la première fois il y a trois ans, alors que tu étais en plein maelstrom professionnel. Tu sortais de The Voice et on avait l’impression que le monde était à tes pieds. Comment as-tu vécu la période où le succès s’est soudainement calmé ?

J’ai toujours été très lucide. Je savais que ça allait redescendre parce que lorsque l’on passe devant 9 millions de téléspecteurs toutes les semaines et qu’après on est moins médiatisés, l’intérêt s’émousse forcément. Je l’ai bien vécu et pas bien en même temps. Je me disais que j’allais redevenir ce que j’étais et que j’allais retrouver un peu de liberté dans la vie de tous les jours. Et puis parfois, comme on parlait beaucoup moins de moi, je me demandais si j’allais pouvoir continuer à faire de la musique toute ma vie. Le doute prend le pas.

Pendant la période de calme, tu t’es mis à la composition.

Oui, et du coup, je pouvais aussi évoquer des choses qui m’avaient touché pendant mon enfance, mon adolescence et ma vie aujourd’hui. Dans les périodes de doutes, on est plus dans un état d’esprit propice à l’écriture et à la composition.

Tu as eu une enfance, disons compliquée. La musique a tenu un rôle important à ce moment-là, je crois.

A l’âge de cinq ans, j’ai été placé chez mon grand-père avec mon petit frère et ma petite sœur parce que ma mère faisait une dépression quand mon père s’est séparé d’elle. Il était militaire et il a dû partir en Nouvelle Calédonie. Du coup, je n’avais pas trop les repères paternels et maternels. J’étais assez timide et c’est vrai que je n’ai pas très bien vécu mon enfance et mon adolescence. Le collège était une période que je détestais. Je chantais tout le temps. C’était le seul moyen que j’avais pour extérioriser ce que je traversais. Je ne me confiais à personne. C’était la bulle dans laquelle je me sentais bien et où j’aimais me réfugier.

Ton grand-père t’a aidé à faire de la musique.

Un jour, je lui ai dit que j’aimerais bien faire du piano. Il m’a acheté un piano. Ensuite, il m’a inscrit à des cours. Lors du premier cours, ma prof m’a suggéré d’arrêter cet instrument parce que, selon elle, je n’étais pas fait pour ça. Du coup, j’ai appris le piano tout seul. A onze ans, mon grand-père m’a inscrit à un concours de chant sans me prévenir. J’ai accepté d’y participer et j’ai gagné en chantant « D’amour ou d’amitié » de Céline Dion. Après, j’ai été intégré dans une troupe de chanteurs vers Amiens. Je faisais des petits concerts, des cabarets… c’était bien, même si on ne chantait pas ce que l’on voulait. Je suis ensuite parti dans le sud pour participer à un projet musical qui n’a pas eu lieu, du coup, après, je suis revenu à Amiens. Je voulais reprendre des études d’audiovisuel pour créer une boite de montage de clips vidéo. Comme je n’avais pas de contact pour l’alternance, j’ai trouvé un petit job en attendant.

Clip officiel de "Si demain".

C’est à ce moment que tu décides de poser des vidéos sur YouTube.olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandor

Oui et un soir, on m’a contacté pour me demander si je voulais passer une audition. Au début, on ne m’avait pas dit que c’était pour The Voice. Ensuite, tout s’est enchaîné à une vitesse folle.

Tu as enfin vu les paillettes…

Quand tu arrives sur le plateau de The Voice, tu ne comprends pas ce qu’il t’arrive.

Ensuite, tu as sorti un disque de reprises et un disque « original » mais marketé Universal.

J’écrivais et composais déjà, mais on ne m’a pas laissé la possibilité de placer au moins une de mes chansons.

Ce qui est le comble. Là, enfin, tu reviens avec tes propres chansons, entièrement composées par toi et écrites par Julien Maillet.

Ça fait du bien. J’avais des mélodies depuis très longtemps et j’avais l’impression qu’elles n’existaient pour rien. Enfin, j’ai pu les utiliser. Cela dit, c’est aussi stressant. Quand j’ai commencé à faire écouter à mon agent, Thierry Lecamp, et à Julien Maillet mes musiques, j’avais peur qu’ils trouvent cela méga nul. Quand l’EP est sorti, ma deuxième appréhension était les commentaires du public. Pour moi, ce disque est la liberté de pouvoir chanter ce que l’on a envie de chanter, de pouvoir mettre en avant ce qui sort des tripes. C’était salvateur de pouvoir sortir tout ce que je raconte dans ces nouvelles chansons.

Live France Bleu de "Aimer n'est pas un crime". Une chanson écrite à la suite de l'attentat qui a touché la communauté homosexuelle à Orlando.

olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorTu évoques la séparation de tes parents, la disparition de ta grand-mère, tes histoires d’amour… des histoires très personnelles. J’imagine que tu as beaucoup raconté ta vie à Julien Maillet pour qu’il écrive des textes qui te correspondent parfaitement.

Il est venu chez moi à Paris avec une bouteille de vin rouge. Nous nous sommes mis à table, puis nous nous sommes servis un verre et j’ai commencé à lui raconter ma vie. Quand je me livre, je me livre à fond. Je ne fais pas les choses à moitié. Pendant ce temps, il a pris des notes. C’était particulier parce que je ne connaissais pas Julien depuis longtemps. J’espérais qu’il ne me prenne pas pour un taré et que ce que je lui racontais l’inspire. Ça l’a inspiré. Il s’est beaucoup rapproché de ce que je voulais dire. Moi, quand quelque chose me touche trop, je suis incapable de trouver les mots. J’ai toujours peur de ne pas être assez juste.

Ce sont des thèmes qui peuvent toucher beaucoup de personnes.

Si ce ne sont pas leurs histoires personnelles, je m’arrange pour que tout le monde puisse plus ou moins se retrouver dans mes chansons.

Ce sont des textes d’un homme torturé aux multiples blessures. La chanson te permet de tenter de cicatriser?

Pour que j’avance dans la vie, j’ai besoin de tourner les pages. Pour moi, une chanson, c’est une page qui se tourne. De mettre des mots sur mes maux me fait du bien.

Ta musique est très dépouillée. Piano, voix et parfois violoncelle.

Je voulais que l’on soit à l’essence même des mots, que l’on entende bien la mélodie, que mes refrains soient entêtants. Je ne voulais pas surproduire et que l’on entende 50 000 instruments. Ce que j’ai fait est un peu culotté parce que si on part dans l’optique de passer en radio, ce n’est pas la meilleure formule musicale (rires). Je ne voulais pas faire de la musique pour la radio, mais parce que j’aime la musique.

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Toute proportion gardée, si je dis qu’il y a du Sheller en toi, tu en penses quoi ?olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandor

Que c’est un compliment. Il fait partie des artistes français que j’apprécie vraiment. Il y en a peu. J’ajoute Polnareff, Calogero et Zazie et c’est à peu près tout.

Et dans les internationaux ?

J’aime beaucoup Kate Bush, Tori Amos, Adele. Elles ont toutes des voix et des mélodies exceptionnelles. Musicalement et vocalement, il y a toujours des rebondissements dans leurs chansons. Elles n’interprètent pas, elles vivent ce qu’elles chantent.

Tu as une fanbase importante depuis The Voice. Elle te suit sur ce projet ?

Étonnamment, elle préfère même ce que je fais actuellement. Les gens qui m’aimaient depuis le début comprennent que cet EP représente le vrai Olympe. Ils décèlent la sincérité qui émane de toutes ses chansons. Ils disent qu’ils apprécient que je me confie et que je sois dans l’émotion.

Je pense que cet EP te rendra ta légitimité et qu’on arrêtera de te parler de The Voice.

Que Dieu t’entende (rires). The Voice, c’est une super vitrine, ça t’ouvre plein de portes et je ne serais sans doute pas là pour parler avec toi si je n’étais pas passé par cette émission. Le souci est que, quand tu es estampillé The Voice, tout le monde considère que tu n’es qu’une voix et que tu ne peux pas être également auteur et compositeur.

Tu repars donc à zéro.

Oui et c’est très bien. Je redéfinis mon univers.

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Pendant l'interview.

olympe,ep,thierry lecamp,interview,mandorÇa doit être le bon moment pour que les gens te découvrent tel que tu es.

En effet. Peut-être que je n’avais pas encore assez de maturité à l’époque pour sortir les chansons qui figurent sur mon EP.

Tu es toujours dans le doute ?

Oui et heureusement. Si je n’ai pas le doute en moi, je n’arriverais pas à me surpasser.

Continues-tu à écrire et composer, même en période de promo ?

Je suis toujours à fond. J’ai plein d’idées en permanence. J’ai déjà 35 compositions et nous avons le projet de faire un album. Dans le même style que l’EP, avec peut-être un peu plus de cordes.

Pour conclure, qu’as-tu envie de dire ?

Il faut toujours suivre la petite voix qui nous guide à l’intérieur de nous. Il faut s’accrocher et ne jamais baisser les bras.

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Après l'interview, le 13 septembre 2016.

17 septembre 2016

Sophie Adriansen : interview pour Le syndrome de la vitre étoilée

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Sophie Adriansen est une auteure que je suis depuis un moment (comme en témoigne ses nombreuses mandorisations). Elle écrit des romans, des livres pour enfants, des nouvelles, des biographies, des essais. Bref, elle a la plume dans la peau.

Je ne la mandorise pas à chaque livre, elle publie beaucoup. Mais soudain, je vois passer une pépite et je m’arrête. C’est le cas avec ce livre, Le syndrome de la vitre étoilée, sur un sujet absolument pas évoqué dans la littérature. Le syndrome de la vitre étoilée raconte l'histoire  d'un couple qui tente d’avoir un enfant par PMA (voir plus bas). Mais ce livre est bien plus que cela. C’est surtout un roman sur la place de la femme dans la société. Et le constat n’est pas beau à voir.

Sophie Adriansen est passée me voir une nouvelle fois à l’agence, le 7 septembre dernier.

sophie adriansen,le syndrome de la vitre étoilée,interview,mandor4e de couverture :

Un garçon, une fille, dix ans de vie commune. De cette équation parfaite naît le désir d’enfant. Puis les difficultés arrivent. Le désir se transforme. Le garçon et la fille aussi. Un couple sur cinq connaît des difficultés pour avoir un enfant.

Derrière cette proportion, combien d’autres statistiques ? De formules intrusives ? De conseils « bienveillants » ? De boîtes de tampons ? De pieds dans les étriers ? D’amis auxquels on ment ? De bouteilles éclusées ? Combien de pensées magiques pour conjurer le sort et cette foutue proportion ?

Voilà des questions – des obsessions – que la narratrice de ce roman tente d’éclairer sous un jour nouveau en découpant sa pensée comme on range la commode de son adolescence.

Ce qui démarrait comme un chemin de croix frappe par sa lucidité, sa drôlerie,
sa cruauté et prend la forme du journal rétroéclairé d’une jeune femme qui découvre le pouvoir d’être libre

L’auteure (biographie du site Babelio) :

Sophie Adriansen est l’auteur d'une quinzaine d'ouvrages en littérature générale et jeunesse ainsi qu'en non-fiction. Elle a signé deux biographies, cosigné des témoignages et été formée à l’écriture de scénario à la Fémis.
Elle anime des ateliers d'écriture en milieu scolaire.

Elle tient depuis 2009 le blog Sophielit, finaliste du Prix ELLE 2011, anime des discussions autour des livres et collabore à plusieurs sites littéraires.

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(Photo : Mélania Avanzato)

Interview :

Dois-je t’appeler la nouvelle Christine Angot ? (A lire avec un ton taquin.)

Pourquoi dis-tu cela ?

Ce n’est pas un livre dans lequel tu racontes ta vie ?

Il y a la mention « roman » sur la couverture, ça n’a pas dû t’échapper. Par contre, je ne cache pas le fait que je ne serais jamais partie dans cette direction-là si je n’avais pas fait de la PMA (procréation médicalement assistée). Il y a quelques années, j’ai fait un début de parcours médical pour essayer d’avoir un enfant. A ce moment-là, j’ai noté plein de choses pour, à la fois me prouver que je l’avais fait et aussi pour m’en débarrasser une bonne fois. Ce n’était pas dans l’idée d’en faire quelque chose de littéraire ou romanesque, c’était juste pour évacuer les choses et en conserver une trace. Mais il fallait que la trace soit extérieure à moi afin que ça ne m’alourdisse pas, ni ne me pèse.

Mais à partir de ce matériau, tu as fini par construire un roman.

Oui, sur une base autofictive. Je n’ai aucun problème avec ça.

Tu évoques la pression sociale sur le fait d’avoir un enfant passé l’âge de 20 ans.

Moi, en tant que jeune femme dans la trentaine, cela fait des années que je reçois cette injonction à me reproduire. Je la reçois directement par des personnes physiques et indirectement par la presse et la société… J’avais envie de parler de ça parce que, pour moi, faire un enfant doit être un choix et une envie. Il y a des femmes qui sont en capacité physique de faire un enfant, qui ont le partenaire avec lequel elle pourrait le faire et qui font le choix de ne pas en faire. Et ces femmes sont jugées.

Ça arrive aux femmes en couple et aux femmes seules ?

Encore plus aux femmes en couple parce que l’on considère qu’elles n’ont aucune excuse pour ne pas faire d’enfant. Il faut se justifier et avoir une bonne raison. La carrière est une des réponses les plus souvent données. Il y a une phrase ultra banale qui me rend dingue : « Et toi, c’est pour quand ? »

Il est vrai qu’on ne pense pas à mal quand on demande cela, mais c’est très maladroit.

Ça pose un peu la question : « comment va ta vie sexuelle ? » Cette question touche au plus intime et personne ne s’en rend compte. Cette question évoque aussi ton projet de vie, ton projet professionnel, les perspectives que tu envisages avec ton partenaire. Bref c’est une question très personnelle, la réponse ne regarde que la personne concernée, pourtant n’importe qui la pose à n’importe qui.

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(Photo : Mélania Avanzato)

Tu parles de la bible dans ton livre. Tu expliques que tout vient de là.

S’il y a cette injonction, c’est parce que, dans les textes fondateurs, on dit aux femmes qu’elles seront des ventres pour procréer. Puisque la vocation de la femme, c’est faire un ou des enfants, si tu n’en fais pas, cela insinue que tu es inutile. C’est le message que la société renvoie beaucoup. Il y a pourtant un couple sur cinq qui a des difficultés à faire un enfant. 20%, c’est quand même beaucoup. Il n’y a donc aucune culpabilité à avoir.

C’est un livre qui peut aider ceux qui passent par ce que tu as vécu.

Quand la narratrice, Stéphanie, fait ce parcours, elle n’arrive presque plus à en parler à son conjoint. Je me dis que si des personnes lisent ce livre en étant dans cette situation, ça peut, peut-être, leur faire du bien de savoir qu’ils ne sont pas seuls. Ce qu’ils sont en train de ressentir et vivre, d’autres sont passés par là. Stéphanie se sent super seule parce que personne ne lui a jamais dit que ça allait être si compliqué.

Comment ont réagi tes proches à la lecture de ton livre ?

Il y a ceux qui savent ce qu’est l’autofiction et les autres. Ceux qui connaissent l’autofiction savent que l’on peut écrire une œuvre à partir de quelque chose de personnel sans que tout soit forcément vrai. Les autres considèrent que c’est un témoignage, un récit dans lequel simplement les prénoms ont été modifiés. Parce qu’ils ont repéré un truc dont ils savent que ça correspond à la réalité, tout le reste est forcément véridique. Pourtant, j’aurais publié un témoignage si j’avais voulu raconter mon parcours à moi. J’ai choisi de publier un roman parce que ce livre est malgré tout une fiction.

Le lecteur ne doit donc pas se poser la question de savoir si l’héroïne est l’auteure ?

Le lecteur fait ce qu’il veut. Toi, je sais que tu n’as pas pu t’empêcher de voir en moi l’héroïne du livre, mais d’autres, par exemple notre ami commun Bertrand Guillot (voir sa chronique sur Le syndrome de la vitre étoilée), ont lu l’histoire de Stéphanie et Guillaume sans penser à Sophie Adriansen. Je n’ai pas à donner un mode d’emploi pour lire ce livre.

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(Photo : Mélania Avanzato)

J’aime la construction de ton livre. Ce sont des chapitres courts et variés. On ne s’ennuie jamais.

En fait, ma narratrice est complètement perdue. Elle essaie de récupérer son moi en morceau. J’avais envie de rendre compte de ce bordel là. J’ai voulu que le livre soit à l’image de la narratrice, donc je ne suis pas allée sur quelque chose de linéaire. Le cerveau est toujours traversé par plein de choses, j’ai voulu transposer cela littérairement.

En tant qu’homme, j’ai beaucoup apprécié ce livre. Il m’a aidé à mieux comprendre les femmes… et toi, tu es très bienveillante envers le compagnon de ta narratrice.

Il n’y a aucune mauvaise intention de la part de la narratrice. Elle est amoureuse de son homme. Il se trouve que dans l’histoire il est hypofertile, mais ça aurait pu être elle.

Il y a une sacrée injustice. Dans ce genre de souci médical, on ne s’intéresse qu’à la femme, très peu à l’homme.

Je suis heureuse de te l’entendre dire. Quoiqu’il se passe chez l’homme, c’est de toute façon la femme que l’on scrute, que l’on observe. La narratrice se retrouve dépossédée de son corps. Ça n’arrive pas à un homme. Guillaume ne fait qu’un examen et il donne son sperme. C’est tout. Elle, en permanence, elle doit se déshabiller et montrer son intimité à des gens qu’elle ne connait pas. En plus, il n’est pas question qu’elle se plaigne. Pour couronner le tout, souvent, les médecins sont des hommes qui lui affirment qu’elle ne va rien ressentir, que l’examen n’est pas douloureux, alors qu’ils n’en savent rien car ils ne sont pas constitués comme une femme.

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Pendant l'interview...

Tu évoques beaucoup l’aspect psychologique qui n’est jamais pris en compte.

La sécurité sociale te rembourse tous les examens, mais il n’y a pas d’accompagnement psychologique, alors que cela me paraît indispensable. La gynéco dit à Stéphanie « n’y pensez pas ! » ; mais quand tu as envie d’avoir un enfant, que cela devient ton obsession, comment veux-tu ne pas y penser ? A aucun moment tu ne peux déverser ton trop plein.

Stéphanie reviendra dans un prochain « roman » ?

Oui. Mon héroïne me permet de dire ce que j’ai sur le cœur. J’ai envie de lui faire vivre d’autres choses et de me servir d’elle pour raconter ce qui m’agace dans la société. Je suis partie sur quelque chose d’un peu militant autour du corps de la femme. Je suis fasciné par le rapport entre le corps et l’esprit et le pouvoir de l’esprit sur le corps. Je raconterai une autre pression sociale.

Je n’aime pas ce mot, mais en t’écoutant, je trouve qu’il y a quelque chose de féministe en toi.

Je te dirai oui très volontiers si on ne faisait pas n’importe quoi du mot « féministe ». Tout de suite, on pense aux chiennes de garde. Moi, j’aime le féminisme de Martin Winckler, l’auteur de « Le cœur des femmes ». Il a été un médecin féministe, il est maintenant un auteur féministe. Ce féminisme-là je le chéris, je m’en réclame. Si je peux écrire dans cette veine-là, je serais très satisfaite.

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Après l'interview, le 7 septembre 2016.

06 septembre 2016

Dani Terreur : interview pour l'EP Gri-Gri

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(Photo : Severin)

La nouvelle idole des jeunes pourrait bien s’appeler Dani Terreur. Le Parisien joue de la pop à l’aide de synthétiseurs analogiques, guitares cristallines et quelques boîtes à rythme. Après avoir joué au sein (notamment) de la formation parisienne Yucca Veluxil s’émancipe en solo dans un premier EP, Gri-Gri. Ce jeune homme mélange habilement pop anglo-saxonne, musique électronique et chanson française, le tout sur des textes caustico-poétiques.

Le 5 septembre dernier, il est venu à l’agence (merci à son manager, Thierry Lecamp) pour une première mandorisation (qui ne sera sans doute pas la dernière).


dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandorBiographie officielle 
(un peu écourtée):

Magnétique et passionné sur scène, Dani Terreur se transforme en chasseur de sons en studio, traquant les mélodies fortes, les harmonies chaudes et électriques, en quête d’un groove qui oscille entre turbulences synthétiques et cristallines. Pour en arriver là, il s’est nourri dès l’enfance de mélodies pop anglo-saxonnes et de musique électronique. Pour les textes, Dani Terreur observe la vie, s’abreuve de littérature et de cinéma pour satisfaire son esprit assoiffé. C’est ainsi qu’il peint un monde qui déborde de sentiments exacerbés, de passion, de lutte intérieure entre le bien et le mal… On retrouve la vengeance dans « A bout de souffle », le plongeon vers l’inconnu dans « Fleuve », l’errance d’une génération dans « Paris », l’instinct animal dans « Amour Chienne » ou le vernis social qui explose définitivement dans « La Nuit du chasseur »…  Le résultat est à découvrir dans cet EP baptisé Gri-Gri : une première série de chansons talismans dans lesquelles Dani Terreur enferme une histoire, l’esprit d’un instant, à la recherche de l’étincelle pour atteindre le « sacré ». Des titres tendus sur le fil, habités par le spleen urbain, les tourbillons de l’âme, les rêves éveillés et le voyage introspectif.  Tapi dans la pénombre, il attrape tout ce qui passe à sa portée de jour comme de nuit, afin d’aller chercher dans des mélodies accrocheuses, habillées de sons électroniques et d’énergie électrique, cette magie qui vous attrape et ne nous quitte plus.

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dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandorInterview :

J’ai lu plusieurs fois que tu as un papa musicien. Il faisait quoi exactement ?

Il était compositeur pour un metteur en scène qui, par ailleurs, est mon oncle, Jérôme Savary. Parallèlement, il faisait de la variété. Il était musicien de studio pour des gens comme Jimmy Cliff ou Véronique Sanson. Comme il a plus de 60 ans, il est désormais à la retraite. Il continue à jouer pour lui parce que l’amour qu’il a pour la musique ne le quitte pas.

Ton père te soutient ?

Oui, ma mère aussi. Je ne fais pas écouter à mon père ce que je fais avant que ce soit terminé. Quand ça lui plait, je suis hyper content. Bon, cela dit, est-ce qu’un père est le plus objectif pour critiquer son fils ? Il apprécie et il est derrière moi, c’est le principal.

Tu as écouté beaucoup de pop, puis de la musique groovy et de la chanson française. Cela t’a influencé ?

J’essaie en tout cas de ne pas copier ceux que j’ai beaucoup écoutés. J’ai l’impression que je les intègre, mais que je les ressors après les avoir passé dans mon filtre, mon style personnel.

Clip de "A bout de souffle".

Si je dis que tu fais de la pop electro, j’ai bon ?dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandor

Oui, mais tout le monde fait de la pop électro maintenant, même dans la très grosse variété. Disons que je fais des chansons pop que l’on peut retenir et chanter, avec des arrangements electro.

J’ai lu que tu t’inspirais de certains livres et films lus ou vus pour écrire. C’est vrai ?

Je m’en sers comme un tremplin pour commencer la chanson. Il y a des films qui m’ont tellement marqué que quand je me mets à écrire, l’histoire me hante et j’ai envie de l’utiliser comme base. Ce n’est pas systématique, mais ça me rend souvent service. Recréer de la matière par rapport à un film ou à un livre est exaltant.

Tu y ajoutes des choses personnelles ?

« Paris » et « A bout de souffle » sont des moments de ma vie, en un peu plus romancés, sinon, ma vie serait bizarre.

Tu as fait partie de quelques groupes. Tu les as quittés car tu souhaitais chanter en français ?

Avec le groupe Canyon Cosmos, je chantais en anglais parce que j’avais peur de chanter vraiment. Ne pas chanter dans sa langue, c’est se planquer. A un moment, je ne pouvais plus le faire, j’avais l’impression d’être un charlatan. Pour faire ce métier, ça devenait essentiel de montrer comment je pouvais écrire, de montrer que je pouvais appuyer le texte sur la mélodie pour que tout soit bien intelligible. Je ne vois pas comment on peut chanter des choses si on n’y croit pas, s’il n’y a aucune incarnation.

Il faut impérativement croire en ce que l’on chante ?

Il faut un minimum d’implication et être touché par ce que l’on raconte, d’une manière ou d’une autre. Une chanson n’est pas une récitation. Il faut capter celui qui t’écoute.

dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandorA quelle famille te sens-tu le plus proche dans le milieu de la chanson ?

Quelqu’un comme Christophe me plait beaucoup. Je sens des points communs, même si je n’ai pas son talent et que nous ne sommes pas de la même époque. Chez les jeunes, il y a pas mal d’artistes qui recommencent à chanter en français. On est tous plus ou moins dans la même veine, avec un discours similaire.

Tu penses à des groupes comme Feu ! Chatterton ou Radio Elvis ?

Oui, j’aime bien ces deux groupes. Mais plus récemment encore, des types comme Adrien Soleiman ou Flavien Berger. On ne fait pas la même musique, mais je me sens proche de ces artistes-là.

Ton EP est très bien accueilli. Tu le ressens comment ?

Il y a du frémissement. J’espère que ça va continuer et s’amplifier. J’aimerais surtout que cela frétille au niveau du public.

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Je parle très peu des pochettes habituellement, mais celle-ci mérite quelques explications.dani terreur,gri-gri,interview,thierry lecamp,mandor

Elle est surtout esthétique. Chez une amie, j’ai vu des images de bondieuseries avec la Vierge ainsi représentée. Elle avait le même genre d’image avec Elvis Presley et j’ai trouvé ça amusant. Comme mon EP s’appelle Gri-Gri, comme quelque chose de sacré et de superstitieux, je me suis dit qu’il y avait un sens avec les propos du disque.

Et toi, tu es superstitieux ?

Oui. Je ne suis pas croyant, mais il y a des trucs qui me font flipper, comme la magie ou des trucs qui nous dépassent.

Tu fais un métier où il y a un gros mystère. Celui de  la création.

Moi, je m’exerce à écrire des chansons. Je me force souvent. Je jette 70% de ce que je fais. Dans l’écriture, il y a toujours cette part de magie et de sacrée. J'ai remarqué que mes meilleures chansons naissent quand elles me tombent dessus... et là, il y a une part de mystère. C’est à la fois insaisissable et très agréable.

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Est-ce qu’il t’arrive de ne pas comprendre parfaitement ce que tu as écrit ?

Ça m’est arrivé, mais après, je peux toujours y trouver un sens. Dans la chanson « Paris », il y a des images que je n’ai pas comprises directement. La journaliste des Inrocks qui m’a interviewé (lire là) était persuadée qu’elle avait été écrite après les attentats, ce qui n’était pas le cas. Après coup, en réécoutant la chanson, effectivement, on pourrait croire que cela  raconte ce qu’il s’est passé.

Tu aimes préciser ce que tu as voulu dire dans tes textes ?

Je préfère garder un halo de mystère autour de mes chansons.

Comment vis-tu ta vie d’artiste ?

C’est un combat et une lutte, mais j’essaie de ne pas le ressentir ainsi. Il faut faire ce métier sans se dire que c’est difficile, sinon on commence à se plaindre et c’est là le danger. Je sais qu’il y a des gens qui sont fait pour ça, mais qui abandonnent parce qu’ils sont découragés. Je me concentre sur le positif de ce métier. Ce sont surtout les professionnels de la musique qui souffrent, du coup, ça déteint sur les artistes.

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Tu as fait ce disque seul. C’était par souci économique ou parce que tu préfères la solitude dans la création ?

Il y a quelque chose qui me fascine chez les gens qui font tout tout seul. Je suis admiratif de Prince, mais aussi de Daft Punk, Air, par exemple… j’aime transposer cette manière de travailler au monde de la pop.

L’idéale d’une carrière pour toi, c’est quoi ?

C’est qu’elle soit longue et très diversifiée. Le renouvellement permanent est essentiel. Un peu comme Christophe. Il a traversé les années en se renouvelant, en accumulant les tubes et sans céder à aucun diktat du métier. Ces derniers albums sont carrément sans concession. Chez les anglo-saxons, Prince a eu la carrière idéale.

Es-tu confiant en l’avenir ?

Oui, ça va. Il ne faut pas trop y réfléchir, mais je me dis que tant que je fais de la musique et que j’ai de l’inspiration, tout va bien.

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Après l'interview, le 5 septembre 2016 (guest star : Thierry Lecamp, son manager).

04 septembre 2016

Vincent Niclo : interview pour 5.0

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Ce n’est pas parce que je ne suis pas particulièrement fan du répertoire de cet artiste que je ne le respecte pas. Au contraire, comme vous le lirez ci-dessous, Vincent Niclo, chanteur lyrique d’abord, de variété ensuite tente de multiples expériences musicales. Et il parvient à convaincre à chaque fois. De plus, humainement, l’homme est charmant. Cela fait deux fois que je l’interviewe (voir la première mandorisation ) et j’ai ressenti un type humble et étonné de ce qui lui arrive. Pour la sortie de son 5e album, 5.0, je lui ai posé quelques questions pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté des mois de septembre et octobre 2016).

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Clip de "Je ne sais pas" tiré de 5.0.

02 septembre 2016

Louis-Jean Cormier : interview pour Les grandes artères

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Les Grandes Artères est le deuxième album solo de Louis-Jean Cormier. Il est disponible en France depuis le 26 août. S'il peut encore se promener incognito en France, ce n'est absolument pas le cas au Québec où il est une véritable star. Avant de lancer en 2012 sa carrière en solo, il était le chanteur du groupe Karkwa, méga populaire de l'autre côté de l'Atlantique. L’homme collectionne une impressionnante série de prix et de distinctions, comme par exemple les Felix (qui ne sont autre que les équivalents canadiens des Victoires de la Musique). En tout, avec son groupe et son dernier album, il en compte déjà 17. Dans son nouveau disque, le trentenaire nous fait vibrer avec des textes magnifiques sur la séparation, l'amour ou encore l'engagement citoyen.

Du 13 au 22 octobre, Louis-Jean Cormier se produira avec son groupe dans six villes, dont Paris, Bruxelles, Nantes et Lyon. Une deuxième tournée sur "le Vieux Continent" est également en chantier et devrait avoir lieu au printemps.

Le 24 août dernier, rencontre dans un petit studio parisien avec celui qui devient peu à peu un monument de la chanson francophone. Mine de rien, il marque toute une génération québécoise depuis une décennie.

Biographie officielle :louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

De ses années d'études dans une école musicale de Sept-Îles à ses premiers pas comme chanteur à l'adolescence sans oublier les étés passés au Festival en chanson de Petite-Vallée, la vocation d'auteur-compositeur-interprète de Louis-Jean Cormier remonte à loin. Arrivé à Montréal à 17 ans pour étudier la musique au cégep, il se lie d'amitié avec quatre musiciens qui formeront avec lui Karkwa, un groupe qui se fait vite remarquer. En l'espace de quatre albums qui rallient la critique et les foules, Karkwa devient l'un des groupes phare du rock indépendant québécois et la première formation francophone à remporter le Prix Polaris pour Les chemins de verre (2010). Parallèlement à son rôle de chanteur-guitariste, Louis-Jean devient l'un des 12 hommes rapaillés, un projet d'envergure inspiré par la poésie de Gaston Miron dont il signe la réalisation et les arrangements. Il réalise les premiers albums de Marie-Pierre Arthur (mandorisée là), David Marin, Lisa LeBlanc et accepte la chaise de coach à La voix le temps d'une saison. Auteur-compositeur prolifique, il écrit dans ses temps libres des chansons plus personnelles. Une voix et une sensibilité s'affirment; un premier album à son nom paraît en 2012, Le treizième étage (Félix de l'Auteur ou Compositeur, Album rock et Choix de la critique) suivi en 2015 (au Québec) d'un deuxième intitulé Les grandes artères.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaLes Grandes Artères vu par:

Longueurs d’Ondes.

La poésie de Miron n’aurait pas à rougir de celle déployée avec panache et simplicité sur cet album. On retrouve un auteur sensible qui construit des moments d’intensité et de rêveries sombres, mais toujours en partant du cœur. Musicalement, il nous berce dans un mouvement orchestral, côtoyant le folk, le rock sauce Karkwa ou psychédélique, les moments symphoniques et des ambiances plus douces, parfois même pop. Une grande légèreté se déploie sous la voix douce de Louis-Jean Cormier qui berce l’auditeur dans un tableau onirique poignant, à la fois subtil et sublime.

Télérama (TTT):

Voilà belle lurette que la chanson québécoise francophone ne se résume plus à un concours de décibels vocaux et qu'elle marie, souvent plus que les Français, sonorités américaines et souci du texte. Karkwa, par exemple. C'est justement son chanteur qui le prouve ici, dans un deuxième album solo - le premier avait été couvert de prix chez lui. Soyons francs : son atout majeur reste sa musicalité, pop-rock mélodique aux sons clairs, aux lignes fluides soutenues à la fois par des guitares old school et des programmations très tendance. Quant aux textes, s'ils sont naïfs quand ils sont amoureux – malheureux -, ils attirent l'attention lorsqu'ils évoquent les aspirations d'une génération qui réclame son droit au rêve (« La Fanfare ») ou ses envies d'échappées belles : « Tête première », au fort parfum d'évasion ; « Complot d'enfants », linéaire et entraînant comme un chant d'espoir ; « Deux saisons trois quarts », à l'esprit road movie. Jolies chansons, qui prennent le large et nous invitent à les suivre.

Valérie Lehoux

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(Photo : Longueur d'Ondes)

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaInterview :

Qu’elle est ta culture musicale ?

Je viens d’une famille de musiciens, de chefs de cœur, de mélomanes, mon frère est premier violon à l’orchestre symphonique du Québec. J’ai passé ma jeunesse à écouter de la musique classique. Le rock n’roll est entré dans ma vie alors que j’étais ado par le biais des Beatles. D’ailleurs, on dit souvent que je suis un mélange de Gilles Vigneault et des Beatles. Ensuite, j’ai été happé par le jazz, j’ai même fait des études de jazz à Montréal. J’ai fini par créer le groupe Karkwa avec lequel je suis resté quinze années complètement folles. Aujourd’hui, je continue à peaufiner mon métier d’auteur compositeur, de songwriter. Je suis arrivé à un moment de ma vie où je m’amuse vraiment. J’ai l’impression d’avoir enfin trouvé mon identité.

Karkwa : clip de "Pyromane" (2010).

Quand tu as quitté Kwarka, ton premier album solo a cartonné immédiatement.louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

Les planètes ne pouvaient pas être plus alignées que cela. S’affranchir de Karkwa a été essentiel. J’ai voulu être seul pour entamer une nouvelle démarche artistique et retrouver mon identité musicale. Peu importe ce que l’artiste peut avoir comme vision de son art, de sa création, il a toujours besoin de se définir pour que les gens puissent l’identifier facilement. Il est beau de se renouveler et aller ailleurs tout en restant reconnaissable, comme l’a fait David Bowie tout au long de sa carrière.

T’es-tu trouvé alors ?

Oui. J’ai réussi à sortir ce qui devait sortir de moi.

Tu sens l’enthousiasme du public français et des gens du métier envers toi ?

J’ai toujours été sous une bonne étoile. Au Québec, les gens du métier ont toujours été magnanimes et gentils envers mon travail et envers moi. J’ai l’impression qu’ici, c’est la même chose.

Tu viens en France pour quoi ?

J’ai une carrière qui marche très bien chez moi. J’entrevois la commercialisation à l’étranger avec amusement et comme un défi. J’ai l’impression que ceux qui connaissent mes chansons ici les aiment bien, ce qui m’encourage à espérer.

Clip de "Traverser les travaux", chanson tirée de Les Grandes Artères.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaTu es une vraie star au Québec. Ici, tu peux marcher tranquillement dans la rue, personne ne te reconnait… c’est déroutant ?

C’est plaisant. On dirait un retour à la case départ avec un rictus en coin. L’expérience que j’ai me permet d’éviter les erreurs que j’ai faites dans le passé. J’ai essuyé des revers et j’ai souvent donné des coups d’épée dans l’eau. Aujourd’hui, je suis dans une démarche zen et relax. Je pense que c’est dans cette attitude-là que finalement les choses se passent au mieux.

Ta machine est huilée de toute façon.

En France, en octobre, je vais jouer avec des musiciens avec lesquels j’ai fait plus de 500 spectacles. Je repars à zéro, mais avec un aplomb que je n’avais pas au départ.

Tout est pensé dans ton disque Les grandes artères ?

Oui, je voulais embarquer les gens comme dans un bon livre ou un bon film. J’aime les arrangements qui ont de l’amplitude, parfois escarpés. J’aime les cassures. Je passe d’une chanson très rock, avec parfois des cuivres, et ensuite, il y a une chanson guitare-voix. Ça donne du mouvement, mais je fais en sorte qu’il y ait un fil conducteur.

Clip de "Si tu reviens", chanson tirée de Les Grandes Artères.

En France, il y a beaucoup de chanteurs talentueux, mais peu apportent un son nouveau, un stylelouis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa original, comme l'apportent des gens comme Ariane Moffatt, Pierre Lapointe ou toi, tous québécois.

Je ne sais pas pourquoi. J’ai la sensation que ce qui impressionne ici, c’est la façon dont on chante en français dans un habitacle plutôt américain ou anglo-saxon. Ce que j’aime de la France, c’est la vague gainsbourienne, représentée par des gens comme Benjamin Biolay ou Bertrand Belin. J’ai longtemps déploré qu’il y ait au Québec comme en France des gens qui chantaient en anglais avec des textes qui n’étaient pas élaborés comme s’ils les avaient écrits en français.

Pourquoi chantes-tu en français ?

Parce que c’est la langue que je maîtrise le mieux. J’aime la poésie d’un texte, ses jeux de mots, ses doubles sens, sa complexité.

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louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaPasses-tu du temps à écrire un texte ?

Pas tant que ça. Des images poétiques me viennent de manière fulgurante. J’écris instinctivement. J’aime beaucoup voir un disque comme étant une œuvre en soi, passée au peigne fin. Il n’y a rien qui est laissé à la légère. Un disque, c’est un casse-tête qu’il faut résoudre le plus poétiquement possible.

Parfois, te demandes-tu d’où te vient ton inspiration ?

Le meilleur de ce que je sors me donne l’impression que c’est sorti de quelqu’un d’autre. C’est une question de pulsion créative. Parfois, j’ai l’impression d’être un charlatan devant les journalistes quand je dis que cette chanson-là veut dire telle ou telle chose. Je colle une explication après coup, parce que quand c’est sorti, c’était très abstrait.

Psychologiquement, tu règles tes problèmes par le biais de tes chansons ?

Mais tu as raison. Quand je faisais la campagne promo pour ce disque au Québec, je disais haut et fort que ce n’était pas tant que ça autobiographique, que c’était aussi la vie des autres. Aujourd’hui, je me rends compte, en analysant tout ce qui est arrivé dans ma vie pendant et par la suite, que c’était vraiment autobiographique. Il est difficile de s’extirper de son œuvre.

Clip de "Saint-Michel", chanson tirée de Les Grandes Artères.

Je suis fou de ta chanson "Saint-Michel".louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwa

C’est la chanson qui était censé donner le ton au disque. Quand je suis arrivé au studio, j’avais vraiment envie de faire un disque de rock progressif. Saint-Michel collait parfaitement à ce que je voulais faire. Puis me sont venues des chansons de réflexions amoureuses, de questionnements sur la liberté, du coup, je ne pouvais pas leur mettre ce genre de musique. Le banjo est sorti tout seul de son coffre, Ennio Morricone est arrivé, Debussy est passé nous voir… (rires). Inconsciemment, j’ai fait du folk orchestral cinématographique. C’est la première fois de ma vie qu’une direction artistique s’impose d’elle-même. Les chansons ont décidé de la direction musicale, ce n’est pas moi, ni le réalisateur.

Fais-tu partie d’une « école » musicale ?

Je fais partie d’une communauté. Je croyais que c’était un truc générationnel, finalement en faisant des projets collectifs, ils se sont avérés intergénérationnels. J’ai l’impression de faire partie d’une communauté d’artistes qui vivent de leur musique malgré la métamorphose du marché et la descente aux enfers de l’industrie de la musique.

Qui fait partie de cette communauté d’artistes dont tu me parles?

Galaxie, Ariane Mofatt, Marie-Pierre Arthur, avec lesquels j’étais à l’école. Il y a aussi Martin Léon, Patrice Michaud, Klo Pelgag, Philippe Brach, Pierre Lapointe… ce sont des gens que je croise souvent, étant donné la petitesse du marché. On sent qu’il y a l’esprit de communion entre nous. Les uns invitent les autres dans leurs spectacles respectifs et nous avons beaucoup de respects les uns envers les autres.

Des artistes come Félix Leclerc ou Gilles Vigneault ont compté pour toi ?

Ce n’est pas qu’ils ont compté, c’est qu’ils sont à l’intérieur de moi, de par mon foyer familial et de par la vision de la chanson.

Extraits des Francofolies de Montréal, cet été.

louis-jean cormier,les grandes artères,mandor,interview,karkwaToi-même, tu deviens une référence.

Parfois, des jeunes sortent des disques au Québec et j’entends qu’on les compare à Karkwa ou à moi, en cela je deviens une référence. J’ai le sentiment d’être accepté autant par mes compatriotes que par la presse et les médias. Quand j’étais coach à The Voice (La Voix au Québec), ça a été comme une explosion de notoriété. Je me suis retrouvé à faire tous les talk-shows qui ne m’avaient jamais invités avant. Je suis arrivé avec mon discours de petit créateur et ça a secoué les gens. J’aime aller dans le moule et le casser de l’intérieur.

En écoutant ton album, j’ai ressenti un homme tourmenté. Dans la vie, tu es toujours souriant et volubile. Qui est le vrai Louis-Jean Cormier ?

Je ne le sais pas moi-même. En tout cas, j’aime beaucoup la notion de mélancolie dans la vie. Victor Hugo disait de la mélancolie que c’était « le bonheur d’être triste ».

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Le 24 août 2016, après l'interview.

01 septembre 2016

Jonathan Franzen : interview pour Purity

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forum-fnac-livre.jpgLa rentrée littéraire 2016 a un petit goût de salon du livre puisque la FNAC lance son premier forum du livre du 2 au 4 septembre 216 au Carreau du Temple à Paris

Cette manifestation gratuite et ouverte à tous, invite les lecteurs à venir à la rencontre des livres de cette rentrée.
Débats, dialogues croisés, questionnaires mystères, rencontres, et séances de dédicaces… seront également proposées, en partenariat avec la RATP, des balades littéraires à bord d’un bus des années 1930 qui sillonnera la capitale le 3 septembre, en compagnie de quatre auteurs : Sorj Chalandon, Timothée de Fombelle, Olivier Bourdeaut et Benoît Duteurtre.

A côté de l’invité d’honneur Jonathan Franzen, dont le roman a paru avant l'été, sont attendus, entre autres, Andreï Makine, Laurent Mauvigner, Karine Tuil ou encore Valentine Gobi.

L’inauguration du Forum, ce soir, sera également l’occasion pour l’enseigne de remettre son Prix  du roman Fnac qui, depuis 15 ans, couronne un auteur de la rentrée littéraire. En l'occurrence, cette année, Gaël Faye pour son premier roman Petit pays chez Grasset (mandorisé là en 2013)

Pour en savoir plus sur le Forum Fnac Livres, vous pouvez cliquer ici !

Pour le journal Contact (le gratuit envoyé aux adhérents de la FNAC), j’ai interviewé l'invité d'honneur Jonathan Franzen. Je mesure ma chance. Son nouveau livre Purity est un monument littéraire.

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31 août 2016

Leïla Ssina : interview pour l'album Sympa

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Voilà déjà dix ans que Leïla Ssina, née de parents algériens, sillonne la France avec son groupe. Elle vient de sortir son tout premier album Sympa. Elle y évoque à travers des textes poignants, bourrés d’ironie et d’humour, les travers de notre société actuelle de consommation, où l’argent est roi, mais aussi les rapports hommes/femmes. Sa musique pop entraînante se mêle aisément à sa voix pleine de charme, douce et jazzy. Je mandorise une deuxième fois Leïla Ssina (la première mandorisation est ici), car je lui trouve un talent conséquent et une forte originalité (pour découvrir un peu de sa musique). J’ai du mal à comprendre le silence de mes confrères…

Dans ce milieu de la chanson française, le soleil, le groove, la funk, n’a pas bonne presse. Mettons là à l’honneur.

Sa page sur ITunes.

Le 12 août dernier, la chanteuse est venue à l’agence…

Bleïla ssina,sympa,interview,mandoriographie officielle :

Cette auteure, mélodiste et interprète a suivi un cursus professionnalisant de deux ans aux ACP-Manufacture Chanson où lui seront dispensés des cours de technique vocale, d’expression scénique, d’écriture, etc...Mais, au-delà de la formation, cette école lui apportera un élément essentiel : les rencontres, avec des artistes venus d’horizons musicaux divers, qui vont lui permettre d’enrichir son propre univers.

Dans ce domaine, LA rencontre déterminante est celle avec Edouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, avec qui elle collabore depuis, sur scène comme sur disque (EP éponyme paru le 27 février 2014 et l'album Sympa dont la sortie est prévue pour le 27 mai 2016).

De coups de griffes en coups du sort, de coups de gueule en coups de soleil, Leïla Ssina nous croque le tableau sans fards de sa vie et de son univers, avec ses beautés et ses travers. Ses textes, faits d’ironie et d’optimisme mêlés, montrent la seule posture possible face à ce monde perturbé : rester soi-même, avec sa musique pop-groove acide mais nécessaire, et en français dans le texte. Entourée de ses trois musiciens complices (Edouard Coquard à la batterie, Laurent Avenard-Kohler à la guitare et Jalil Kherbachy à la basse) qui posent le cadre mouvant de cet univers de travers, Leïla Ssina joue franc jeu avec une énergie brute et magnétique.

Le jury du Pic d’Or ne s’y est pas trompé, et lui a décerné en 2013 le prix d’interprétation et le prix ACP-Manufacture Chanson. Quant à celui du Grand Zebrock, il l’a sélectionnée pour participer au tremplin en 2014 et lui a décerné le Prix spécial du jury ainsi que le prix France Bleu 107.1 ce qui l’a propulsé sur la scène Zebrock pour la dernière édition de la fête de l’Humanité. Les titres « A payer » et « L’hiver en été » extraits du premier EP de Leïla Ssina ont été respectivement classé « coup de cœur Francophone » de la radio nationale Suisse Canal 3.

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leïla ssina,sympa,interview,mandorInterview :

Depuis notre première rencontre il y a trois ans, que s’est-il passé pour toi, professionnellement ?

J’ai beaucoup travaillé pour cet album qui vient de sortir et j’ai fait beaucoup de tremplins pour continuer à me faire connaître.

A ce propos, tu as remporté notamment le prix France Bleu lors du tremplin le Grand Zebrock. Tu aurais dû, grâce à ce prix, être diffusée sur le réseau France Bleu… il n’en a rien été.

J’ai fait quelques interviews, des émissions live, mais au moment de la sortie de l’album, plus rien. Je leur ai donc demandé en quoi consistait notre partenariat. Je n’ai pas eu de réponse claire, ils m’ont juste demandé d’estampiller leur logo sur mon album.

Ce que tu as fait ?

Oui. Mais ça n’a rien changé. On m’a expliqué que comme France Bleu est connecté à 143 réseaux dans toute la France, c’était un peu compliqué. J’ai répondu que justement, cela aurait été pour moi une belle opportunité de me faire entendre. On parle de problèmes dans les radios avec le quota français, je suis donc étonnée.

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Ce que j’aime chez toi, c’est que tu ne fais pas la même musique que la plupart de tes consœurs. C’est groove, funky, soul à fond. Peut-être que cette radio est frileuse pour tenter la différence.

Ce n’est pas uniquement cette radio, c’est vraiment un état d’esprit général. Avant je me cachais derrière l’excuse que je n’avais qu’un EP et que les radios ne diffusaient pas d’EP. Là, je me suis donné les moyens de sortir un album et il y a eu zéro prise de risque des médias. Je ne corresponds pas aux critères et à la mode musicale actuelle, j’en ai conscience. Je veux me démarquer, mais cela me joue des tours puisque aucun média ne tente de sortir du carcan habituel. Je considère que c’est anti artistique de faire quelque chose pour plaire. Je ne me préoccupe donc plus de ça.

Tu parviens à vivre de ta musique ?

Non, toujours pas, mais j’ai réussi à sortir ce disque sans avoir dépensé un centime de ma poche. Pour moi, c’est déjà franchir une belle étape.

Comment as-tu fait pour financer ton disque alors ?

J’ai eu une très belle subvention de la SCPP (la Société civile des Producteurs Phonographiques) et j’ai gagné pas mal de tremplins. Ça m’a permis de sortir cet album et de me payer une attachée de presse et de louer les Trois Baudets pour mon concert de lancement du disque.

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C’est compliqué la vie d’artiste aujourd’hui. Quelles armes on prend pour se battre ?

On prend l’amour qu’on a pour la musique. Et aujourd’hui, j’ai une manageuse, alors quand je n’y crois plus, elle y croit encore. Ce métier, c’est une sorte de montagne russe permanente. Un jour, tu es au fond du trou, tu ne vois plus d’issue, tu te dis que tu vas faire autre chose parce que tu sais que ça te grise beaucoup trop. Un autre jour, quelque chose te tombe du ciel et cette chose te dit que tu es sur la bonne voie. Il faut juste s’accrocher. On est dans une époque très compliquée pour développer des projets musicaux, parce que les maisons de disque ne jouent plus le jeu et que certains médias jouent le jeu des maisons de disques. C’est le serpent qui se mord la queue. Soit tu laisses faire les choses comme ça, soit tu t’enveloppes dans une sorte de militantisme qui t’incite à continuer à exister malgré cela… et advienne que pourra. Il faut savoir déceler les signaux qui te prouvent que tu ne t’es pas trompé.

Tu as un problème avec l’image ?

Non. Pourquoi me demandes-tu cela ?

Parce que tu ne fais pas beaucoup de clips.

C’est parce que je n’ai pas trouvé le partenaire idéal pour transposer ma musique en images. Je vois beaucoup de camarades artistes qui sortent des clips à la pelle, mais sans intérêt. Sortir un clip pour sortir un clip, ça ne m’intéresse pas. Je vais en faire un, mais je vais prendre le temps pour le faire bien. Tout le monde te met une pression insupportable pour que tout aille très vite et que l’emballage soit plus important que le contenu. Moi, j’ai l’impression de me trahir si je pars dans cet esprit-là et si je participe à cette dictature-là. Pour moi, le contenu est le plus important. Une fois que le contenu me satisfait, je peux passer à autre chose.

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Il y a deux ans, à la Fête de l'Humanité (Marylène Eytier).

Tu as testé certaines chansons de ton album sur scène ?

Oui. Le public sert à m’influencer, mais pas à me guider. Par exemple, j’avais hésité à mettre ma chanson « Touché coulé » parce que j’estimais qu’elle était un peu trop personnelle, mais le public l’a tant apprécié que, du coup, il n’était pas question que je ne la mette pas.

Tu es insolente, irrévérencieuse sur certaines chansons. Tu pointes du doigt les travers de la société et déglingues parfois les relations hommes/femmes.

Je me moque de tout le monde et des choses graves, mais avec le sourire. Et puis, j’ai un côté « j’vais te casser la gueule avec mon stylo ».

Ta musique te ressemble-t-elle ?

Je ne vois pas comment on peut faire de la musique autrement. Je fais celle qui me correspond, qui me ressemble, que j’ai envie d’entendre, le tout en langue française. Je me fiche si elle plaira aux Inrocks ou à Télérama, contrairement à certains de mes confrères chanteurs.

Si on écoute cet album, connaît-on mieux Leïla Ssina ?

Oui, je peux dire que c’est une belle biographie chantée. Contrairement à l’EP, dans cet album, il y a beaucoup de textes personnels. Je parle un peu plus de moi.

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leïla ssina,sympa,interview,mandorTu n’es pas la même dans la vie que sur scène, je présume ?

Les trois quarts des artistes que je connais sont des gens soit timides, soit réservés, mais quand tu les vois sur scène, ils sont transcendés. Je pense que chaque artiste à des choses à régler avec lui-même. J’avais lu une interview de Vincent Baguian dans laquelle il disait que depuis 10 ans qu’il travaille avec gens sur des cours d’écriture, il n’avait jamais vu un élève qui allait bien dans sa tête. Il a conclu à la fin de l’interview que quand tu vas bien, tu n’as pas besoin de te faire applaudir.

Tu es d’accord avec ça ?

Oui, je me sens appartenir à cette catégorie-là.

Chanter, c’est un médicament ?

C’est une thérapie. Je pense qu’on ne chante pas tous pour les mêmes raisons, mais qu’au final, c’est un besoin de reconnaissance et un besoin de partager quelque chose.

Te sens-tu artiste ?

Je me sens plus artiste qu’autre chose. Aujourd’hui, on est obligé de tout faire plus ou moins: artiste, manager, attachée de presse… je me sens plus artiste que tout ce que l’on me demande d’être.

Et qu’est-ce qui détermine qu’on est artiste ou pas ?

C’est d’avoir des choses à dire et d’arriver à en faire des œuvres. Ça peut être des livres, des films, ou dans mon cas, des chansons. Tout le monde à une histoire et des choses à dire, mais tout le monde n’a pas les armes pour en faire quelque chose.

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Pendant l'interview...

As-tu toujours voulu être chanteuse ?

Oui, depuis que je suis toute petite. Je n’ai jamais voulu faire autre chose. Il m’est arrivé de travailler pour gagner ma vie, mais je ne me sentais pas à ma place. Un jour, j’ai quitté mon boulot pour sauter dans le vide et sans filet. Aujourd’hui, je ne le regrette et je suis persuadée que j’ai bien fait de tout arrêter pour la musique. J’ai eu le déclic quand mon frère est décédé à 37 ans. J’ai compris que la vie passait beaucoup trop vite et qu’il ne fallait pas passer à côté de ses envies et de ses rêves.

Tu écris parfois pour les autres il me semble.

Je travaille pour des artistes groove qui chantent en anglais et qui souhaitent chanter en français, mais qui ne savent pas écrire dans cette langue.

C’est difficile de coller des mots français sur du groove ?

Je ne trouve pas. Véronique Sanson le fait parfaitement. Les titres de France Gall des années 70 et 80, ça groove à mort. Je ne sais pas pourquoi, après Michel Berger, plus personne n’a groové dans la chanson française. Moi, j’essaie et j’y mets tout mon cœur.

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Après l'interview, le 12 août 2016.

 

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29 août 2016

Lise Martin : interview pour son double album Déments songes

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(Photo : Lucille Chauchat)

Lise Martin occupe une place à part dans la scène française actuelle. Elle écrit, compose et interprète des chansons graves, intelligentes, justes, parfois sombres… et exigeantes. Paradoxalement, elles sont toutes abordables tant les sujets traités concernent tout le monde. « Dans ses chansons », comme l’explique le site Hexagone (qui a fait un sacré dossier sur elle), « elle traque les illusions sur l’amour naissant et qui vont se briser au fur et à mesure… La voix de Lise résonne comme un appel à la liberté, à une libération d’une parole trop longtemps murée dans le silence. Le propos n’est pas d’une gaieté absolue mais le bonheur sied-il à la chanson ? »

lise maartin,déments songes,interview,mandorJudicieuse question.

J’ai rencontré Lise Martin pour la première fois, un beau soir de l’année dernière. J’étais avec mon ami Fabien Martin (je souligne la coïncidence patronymique) aux Trois Baudets,  quand elle s’est présentée à nous. Je suis reparti avec son double album dans les mains. J’ai attendu quelques mois pour la mandoriser. Pourquoi ? Je ne sais pas. Acte manqué.

Le 22 juillet dernier, elle est passée à l’agence et nous avons longuement discuté.

Biographie officielle :

Lise Martin est une jeune auteur-compositeur-interprète, accompagnée de quatre talentueux musiciens.lise maartin,déments songes,interview,mandor

Dans un style folk "à la française", la voix vibrante et singulière de la chanteuse, soutenue par la puissance et la subtilité des instruments à cordes (guitare, violon, violoncelle) et de la percussion, porte des textes particulièrement profonds et poétiques.

Lauréate de la Finale Nationale de la Chanson Francophone 2011 organisée par la CSO, elle fut sélectionnée au Grand Zebrock 2012, puis reçut ex-æquo le Prix spécial du Jury au Tremplin Chanson Reims-Oreille 2013. En juin, elle s’est vu remettre le 1er prix de la catégorie Auteur-Compositeur-Interprète du concours Love Music 2013, et a remporté, lors de la 19e édition du Tremplin Vive la reprise, le Grand Prix du Centre de la Chanson, le Prix du Public, ainsi que les prix Ecoutez-voir (Belgique) et Chanson de Parole (Barjac).

Après un premier EP, Gare des Silences, Lise Martin a sorti son premier album (un double), Déments Songes, en 2014.

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(Photo : Lucille Chauchat)

lise maartin,déments songes,interview,mandorInterview :

Tu as évolué, grâce à tes parents dans un univers très chanson française. Ils écoutaient les grands classiques.

J’ai su parler assez tôt. Les mots et le langage me plaisaient. Les chansons m’intéressaient donc, car je comprenais les paroles. Dès que j’ai su lire, j’ai lu les textes de chansons dans les disques. Moustaki, Le Forestier par exemple.

Tu essayais de comprendre ce qu’ils chantaient ?

Oui, et c’est quelque chose que je continue toujours aujourd’hui. Quand j’écoute une chanson pour la première fois, je prends toujours le temps d’en comprendre le sens. Je me pose du début à la fin pour saisir le sens précis. Quand je m’aperçois au final qu’une chanson à des beaux mots, mais qu’elle ne veut rien dire, je suis très triste (rires). Pour moi, c’est important d’analyser ce qui est en train d’entrer dans mon cerveau.

Quand tu écoutes une chanson, tu ne peux donc pas t’abandonner directement ?

Je peux m’abandonner à la musique parce que je suis en train de faire autre chose, du coup mon attention ne peut pas se fixer sur les paroles, mais à un moment, je sais que je vais réécouter la chanson ou chercher les paroles sur Internet.

Mais chez quelqu’un comme Bashung, tu n’as pas toujours une compréhension directe du texte…

Bashung, j’ai lu, relu, rerelu, réécouté… il fait partie des rares artistes qui m’incitent à tirer des histoires personnelles de ses textes. Donc, j’y trouve un sens. Ferré avec « La mémoire et la mer » me procure la même chose. Comme il y a plusieurs lectures possibles, il y a de nombreuses possibilités de s’approprier ces textes-là.

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(Photo : Lucille Chauchat)

Quand j’interviewe un artiste, je n’aime pas trop parler de ses textes, même si je le fais parfois… J’aime bien l’idée que les gens découvrent et se les approprient de manière « vierge ».

Moi, je n’aime pas trop parler de mes chansons. Ça me gêne parce que j’ai envie de laisser de l’espace à chaque personne pour qu’il se l’approprie. Une chanson sublime un événement plus ou moins douloureux ou violent qui s’est inscrit dans le quotidien. Je n’ai pas envie de raconter le pourquoi du comment de sa création. J’ai peur que cela la « désacralise », terme que j’emploie avec des gros guillemets.

Certaines de tes chansons parlent clairement de toi. Fais-tu en sorte de « généraliser » l’histoire pour que tout le monde se sente concerné ?

Il y a absolument cette volonté. Je ne veux pas que mes chansons soient marquées dans le temps, parce que les œuvres phares de ma vie sont souvent intemporelles. Mes chansons partent toujours de quelque chose que j’ai vécue, mais je pousse toujours plus loin. Par exemple, après une rupture, je souffre. Je retranscris donc ce que je traverse comme état émotionnel. J’adore décortiquer les sentiments et les émotions. La meilleure manière de le faire est d’écrire une chanson. Mes chansons sont des investigations, donc je peux les partager avec les autres. Il n’y aucune solution dedans, juste des pistes de réflexions. Cela dit, ce n’est jamais complètement ma vie, jamais complètement ce que j’ai vécue. Ce que je vis donne juste le départ, une phrase ou deux. Après, l’idée se déroule jusqu’à la chute. Parfois, une chanson me dépasse, elle peut aller là où je ne m’attendais pas. Les mystères de la création…

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(Photo : Lucille Chauchat)

Tu dis à Hexagone que tu chantes « pour faire taire le silence car tu ne l’interprètes pas favorablement ». C’est un tel chaos en toi qu’il faut l’expulser ? 

Je chante pour faire taire le silence, c’est vrai, mais c’est aussi pour attendrir le cri. Je n’aime pas les cris, ni la violence, ni le silence. Quand les mots sont chantés, c’est plus doux que les cris et pourtant, ça sort quand même…

C’est vital pour toi d’écrire alors ?

Si je n’avais pas ça, peut-être que je hurlerais, peut-être que je me tairais, mais aucune de ces deux solutions ne me convient… donc j’écris et je chante ce que j’écris.

C’est une façon de ne pas craquer ?

Il y a tellement de choses que je ne comprends pas dans ce monde. Du coup, je cherche des solutions pour vivre ici et maintenant le mieux possible. J’aime profondément la vie, donc je veux trouver comment je peux faire le plus de bien possible… ou le moins de mal possible.

Tu fais du bien puisque c’est le rôle d’un artiste : divertir l’âme et le cœur des autres.

J’en ai conscience parce que moi aussi je suis auditrice et qu’il y a des chansons qui m’accompagnent, me soignent, me font du bien. La musique des autres à une place prépondérante dans ma vie.

lise maartin,déments songes,interview,mandorNous nous sommes croisés au Festival Pause Guitare d’Albi. Tu es allée voir Joan Baez. Elle fait partie des socles de ta culture musicale ?

Ma mère écoutait aussi Joan Baez, Cat Stevens et léonard Cohen. Ce sont des immenses sources d’inspiration. Musicalement, je pense que je m’inspire plus de la folk anglo-américaine que de la chanson française, dont le point fort est plus souvent le texte que la musique.

Tu tentes de te situer où dans la musique ?

C’est compliqué. J’observe ce qu’il y a autour de moi pour voir où je veux aller. Il y en a qui se compose un personnage et d’autres qui sont comme dans la vie. J’essaie de faire partie de la deuxième catégorie. En voyant Joan Baez sur scène, j’ai pu constater à quel point elle est sincère et elle-même. Une guitare, sa voix… et elle te transporte avec des chansons qui disent des choses importantes.

Il y a eu Sanseverino après Joan Baez. Lui aussi est quelqu’un de sincère.

Je suis d’accord avec toi. Il est dans l’instant. Son spectacle est travaillé, mais tout n’est pas écrit de A à Z. Il y a de la place pour de l’improvisation, pour être dans le présent. C’est un peu ça ma quête : être dans le présent le plus possible dans la vie et sur scène.

Avec le genre de chanson que tu fais, tu sais que tu n’es pas prête de passer à la radio ou à la télé.

Je décèle l’ironie dans ta question… Pour moi, actuellement, il y a un lien qui n’est pas fait entre les artistes et le public. Les médias, notamment la télévision, devrait remplir ce trou, mais ils ne le font pas. Comme nous, à priori, nous ne sommes pas censés rapporter beaucoup d’argent, ça n’a pas d’intérêt de faire de la pub pour notre travail.

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(Photo : Lucille Chauchat)

La chanson fait pourtant partie de la vie de tout le monde.

Oui, même si les gens ne s’en rendent pas compte. Si un soir, par hasard, ils se retrouvent à un concert, souvent, ils vont être troublés et ça va provoquer chez eux des émotions qu’à mon avis, Christophe Maé ne provoque pas. Je ne sais pas quel degré de sincérité à ce garçon, mais je ne suis pas du tout touchée par ce qu’il fait.

Je comprends ce que tu me dis, mais Maé, que je connais un peu, est le chanteur le plus lucide et gentil de ce milieu.

Je le cite lui, mais je ne le connais pas. Mais « Il est où le bonheur », vraiment, je ne peux pas. 

Pourtant ça marche et ça touche beaucoup de personnes. Comment peux-tu l’expliquer ?

Il a des mélodies efficaces et on retient facilement ses refrains, qui sont d’ailleurs fait pour ça. Mais en plus, on l’entend à la télé et à la radio toute la journée. Si on proposait aussi d’autres artistes, je suis sûr que les gens aimeraient aussi. Là, je pense à ma copine Garance par exemple. Je suis sûr que si elle était diffusée de temps en temps, ses albums se vendraient beaucoup.

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Garance et Lise Martin au Limonaire, le soir de l'entretien.

La façon dont tu vis ton métier actuellement te convient-elle ?

Je souhaite faire plus de concerts. J’ai vraiment envie de voyager avec la musique. J’ai d’ailleurs un projet avec Garance. Au mois de septembre 2017, nous aimerions partir sur les routes de France pendant un an. On a envie de faire des concerts dans les milieux associatifs, des concerts à domicile aussi. Puisque le relais n’est pas fait entre les artistes et le public, on a décidé d’aller vers les gens nous-mêmes. Après, j’aurais une idée plus précise de pourquoi les choses sont compliquées pour des artistes comme nous.

Quand tu as commencé la chanson, il n’y avait pas beaucoup de chanteuses dans le circuit. Aujourd’hui, vous êtes très nombreuses.  

Dans mes moments de désespoirs (rires), ça pourrait m’embêter, mais quand je suis lucide, je sais bien qu’il y a de la place pour tout le monde. Si on était moins, ça ne marcherait pas forcément plus pour moi.

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Pendant l'interview...

lise maartin,déments songes,interview,mandorTu as fait la une d’Hexagone, tu as de nombreux papiers hyper positifs dans la presse spécialisée… ça t’encourage ?

Ça m’incite à pener que je ne me suis pas trompée de métier et ça me donne du courage pour continuer à me battre. J’ai l’impression que je fais tout ça pour quelque chose. Je détesterais faire quelque chose d’inutile. Quand j’ai des retours de gens qui sont touchés, ça me donne envie de continuer. Si je me retourne en arrière, je vois que je suis dans la progression, même si elle est lente.

As-tu peur de basculer dans l’aigreur si ça ne fonctionne pas plus que cela ?

Aujourd’hui, ça ne pourrait plus m’arriver. J’ai muri et je suis beaucoup plus détendue sur plein de choses, notamment sur la notion d’échec et de réussite. Parfois, je croise des artistes qui sont amers, mais je peux les comprendre. Moi, j’aimerais arrêter avant de le devenir. Il y a tellement de choses qui me passionnent que je pense que cela se ferait tout seul. Je n’ai pas envie de m’accrocher éternellement.

Tu prépares un album que tu espères sortir au printemps 2017.

Depuis mon précédent double album en 2014, j’ai beaucoup évolué et beaucoup de choses se sont passées dans ma vie. Je veux raconter d’autres histoires. Les chansons sont quasiment toutes finies, mais sortir un album est long à mettre en place.

Ce sera un album simple ?

Oui, et il y aura moins de cordes qu’auparavant. Je vais me recentrer sur un disque plus guitare-voix avec un son très travaillé et des chansons plus légères. Je reviens vers quelque chose de sobre et essentiel… et je l’espère, qui devrait toucher.

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Après l'interview, le 22 juillet 2016.

22 août 2016

Festival Pause Guitare 2016 : Bilan, interviews, photos...

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pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorPause Guitare a fêté cette année sa 20e édition, à Albi. C'est le premier événement du Tarn et certainement un des festivals les plus fédérateurs dans le grand sud (ici, vous pourrez lire les valeurs de Pause Guitare). C'est un événement unique de par le nombre de personnes reçues, sa qualité artistique et ses conditions d'accueil, tout public confondu. La ville se retrouve aux couleurs du festival, le temps d'une semaine. Précisons que c'est l'association Arpèges et Trémolos, dirigé par Alain Navarro, qui organise cet événement.

Artistes nationaux et internationaux de qualité incontestable, accueil comme j'en ai rarement vu, organisation sans faille, passion et positivisme à tous les coins. Impressionnant!

Elton John, John Baez, Francis Cabrel, Mika, Dionysos, The Avener, Michel Fugain, Dionysos, Louane.... Ils ont été plus de 70 artistes en 2016 à venir à Pause Guitare pour plus de 80 concerts, répartis sur les 7 scènes de l'événement (dont 4 gratuites). Avec 4 artistes par soir sur la grande scène, la programmation a été éclectique et pointue, proposant tantôt des artistes ayant marqué l'Histoire de la musique, tantôt de jeunes pousses prometteuses. Le festival, c'est du rock, de la pop... mais aussi de la chanson, car Pause Guitare, c'est aussi des scènes découvertes avec des artistes internationaux, où le Canada francophone tient la dragée haute ! Accélérateur de talents, le festival albigeois travaille activement à l'émergence et à l'accompagnement de nouveaux artistes. Enfin, avec ses 4 scènes gratuites, dont 1 soirée dans les bars d'Albi, Pause Guitare se voulait être un événement populaire et accessible, avec une programmation néanmoins hypra-qualitative !

Cette année (et ce pour la deuxième fois consécutive, la première est là) je vous raconte "mon" Pause Guitare avec "mon"regard personnel... très subjectif. Ce que j'ai vu, ce que j'ai fait, ceux que j'ai interviewés... le tout enrichi de photos des concerts (merci aux photographes du festival). 

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(Sinon, voilà le compte rendu de Longueur d'Ondes, celui d'Hexagone et tous les articles de La Dépêche sur Pause Guitare 2016)

Zapping du mercredi :

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A peine arrivé, le jeudi 7 juillet, je déjeune notamment avec Barcella, le musicien des mots, le comédien des notes, pour lequel j’ai une grande admiration. La veille, il présentait son premier conte musical pour enfant à l’Athanor, Tournepouce. L’occasion pour moi de lui poser des questions à la fin de nos agapes.

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview :

Pourquoi te lances-tu dans le spectacle pour enfant ?

Il m’a fallu une pause dans mes différentes tournées pour m’octroyer cette jolie parenthèse. J’ai monté beaucoup d’ateliers « chansons » dans ma ville de Reims. Je fabrique des chansons avec des écoles, des collèges, des lycées, parfois avec des prisons, des maisons de retraites… mais les petits ont un imaginaire très fécond, une espèce d’innocence qui me plait par-dessus tout. Avec leur insouciance, ils verront toujours une fabrique à nuages plutôt qu’une centrale nucléaire. La poésie qui est en eux m’a donné envie d’écrire un spectacle qui leur est destiné.

Le thème principal de cette fresque enchanteresse poétique est  la solitude.

Oui, quand on est petit, on a tendance inconsciemment à se refermer sur soi-même. Je raconte l’histoire d’un jeune orphelin qui vit en haut d’une montagne, sur les nuages, et qui fabrique des chapeaux pour protéger ses rêves. Son premier réconfort, son premier refuge puisqu’il est seul, c’est de rêver en se tournant les pouces. Il passe ses journées à somnoler, nourrissant son imaginaire d’épopées fantaisistes pour lutter contre l’ennui. Un jour, sur les conseils du vent (qui fait office de voix intérieure), il va redescendre sous les nuages pour retrouver sa communauté. La communauté des enfants réels. Tout le chemin de ce conte, c’est finalement d’expliquer aux plus petits qu’on ne peut pas vivre seul. Le rêve, cette capacité à inventer le monde dans sa tête, se doit d’être au service de l’humanité. Il va donc franchir la mystérieuse barrière de nuages, et donc s’affranchir de cette seconde peau qui l’étouffe un peu.

Je comprends l’image. Les nuages nous empêchent de voir ce qu’’il y a devant nous.

Exactement ! Devant nous, c’est l’ouverture vers les autres. Tournepouce va donc s’ouvrir et découvrir que ses parents ne l’ont peut-être pas laissé là-haut par hasard. Sortir de son nuage, c’est accepter de grandir, c’est comprendre qu’on ne peut pas avancer seul. Tout ce qu’un enfant sait au fond de lui, mais ne sait pas dire. Les adultes aussi oublient un peu cela. Parce que la société, les rythmes que l’on a nous obligent à construire des couches. On s’éloigne et nous devenons durs avec le temps. En voyant ce spectacle, l’adulte comprend très bien que c’est un chemin que l’on doit réapprendre.

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Ecrit-on différemment pour les enfants que pour les adultes ?

Personnellement, je n’ai pas eu envie d’adapter mon langage. Il y a une adaptation simplement dans la densité du texte. Je ne donne pas trop d’informations. J’ai choisi de faire un spectacle pour les petits qui reste exigeant. J’emploie des mots un peu surannés comme « tarabiscoté », « capilotracté »… J’aime faire vivre ce genre de mots qui sont agréables à la prononciation. L’inconscient des enfants comprend. Même s’ils passent à côté d’une phrase ou deux, entre l’image, les dessins qui viennent servir l’image, ils finissent par saisir le propos. Si un mot les a heurtés, ils arriveront en classe et demanderont à leur professeur ce qu’il veut dire. Plus tard, ils auront une seconde lecture de ce conte, un peu comme on peut nous en avoir de Peter Pan aujourd’hui.

As-tu gardé ton âme d’enfant ?

Je pense que je me nourris encore énormément de mon âme d’enfant, mais je suis complètement adulte. Je ne me sens pas du tout enfant au sens « infantilisé ». Je suis absolument autonome. Mon projet emploie huit personnes, j’ai monté un festival… je suis tout à fait terre à terre par rapport à la vie. Je valorise l’idée de l’entreprise, je suis pour la solidarité et l’entraide, mais l’assistanat systématique est quelque chose qui n’encourage pas l’entreprise. Il faut se lever le matin et se donner les moyens de réaliser ses rêves. Par contre, je me bats pour conserver mon regard d’enfant  sur le monde qui m’entoure, c’est-à-dire à m’émerveiller des choses, parce que c’est là que l’on trouve la poésie. Il faut rester attentif au monde qui nous entoure et l’écouter.

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Comment fais-tu, toi, pour rester attentif au monde ?

Pour moi, ça a commencé avec des choses très simples. Ça fait 10 ans que je n’ai plus de télé. Je marche très souvent en montagne, de ce fait, je rencontre spontanément des gens à qui j’ai envie de parler. Par mon métier aussi, beaucoup de gens viennent vers moi et j’adore les écouter. C’est vrai que les yeux ne voient pas, c’est le cœur qui sent les choses. Pour en revenir à Peter Pan, l’histoire explique qu’il faut accepter de grandir. Il ne s’agit pas du tout d’enterrer l’enfant, mais d’avancer avec en le regardant comme ce qu’il a été et ce qu’il nous aide à être aujourd’hui.

Ta carrière a démarré en 2004. Es-tu content de sa progression et de son cheminement ?

Je sens bien que j’ai la satisfaction de mes pairs. J’ai reçu le 3e prix Barbara du ministère de la Culture et de la Communication, j’ai été récompensé trois fois par l’Académie Charles Cros, mon album La boite à musique a été décerné « album de l’année » par FrancoFans en 2010, le Prix Jacques Brel de Vesoul en 2009… Faire partie de ce paysage de la chanson française et des amoureux des mots, oui, ça me fait très plaisir. La chanson a encore parfois, malheureusement, une image poussiéreuse. On a de moins en moins de créneau pour parler de notre travail. L’émission de Thierry Lecamp sur Europe 1 n’existe plus, sur France Inter n’en parlons pas. Tout se réduit pour nous. La culture anglophone a pris une place très forte.

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De quoi es-tu le plus fier ?

Ma première fierté et d’avoir un public sur quatre générations. Avoir majoritairement des gens de mon âge à mes concerts fait qu’ils viennent avec leurs enfants, voire avec leurs parents. Ca me touche beaucoup. Et je suis fier de rencontrer différentes familles de chansons. Très souvent, on nous classe dans une catégorie de chansons. Moi, je ne suis pas d’une famille, je suis de l’humanité. Aujourd’hui, je vis une aventure avec le collectif 13 comprenant des membres de Tryo, la Rue Kétanou, Le pied de pompe… cette famille de chansons alternatives, je suis ravi d’y appartenir, moi qui vient de la famille de la chanson un peu théâtralisée, comme Emily Loizeau. Parfois, je fais un détour par ma famille pop, urbaine, et par ma famille festive, comme Aldebert, Debout sur le Zinc…  Je croise tous ses artistes assez souvent et j’ai le sentiment d’être de tous ces horizons-là. Pour moi, ça n’a jamais posé de problème, par contre, ça peut en poser à un journaliste spécialisé. On s’abreuve de ce qu’il y a autour de nous, ensuite, il faut construire son chemin. Les médias m’identifie, non pas comme un ovni, mais comme un artiste singulier. Cela me convient totalement.

Rougis-tu en écoutant tes vieux albums ?

Oui. J’ai commencé avec une voix qui n’était pas la mienne, j’avais des costumes en queue de pie… on va dire que je cachais ma pudeur derrière des artifices, mais tant mieux, c’est mon chemin. Aujourd’hui, je commence à trouver ma voix. Elle est beaucoup plus naturelle. Ma voix restera toujours mon complexe. J’écris, je compose, mais j’interprète par défaut. Ma voix ne me fait rien, elle est très commune. Mais ce que je raconte, je sais que cela peut rencontrer la sensibilité des gens au-delà de mon complexe.

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Ce que tu racontes et la façon de raconter sont pour beaucoup dans ton originalité.

Ça vient de ma maman, prof de Lettres. Elle m’a appris à savourer les mots et à ne pas les dire par hasard. Le mot a évidemment une vibration, mais aussi un gout. Je m’emploie à révéler le gout des mots.

Tu travailles beaucoup, à tel point que tu viens de faire un burn-out.

J’écris pour d’autres, je travaille pour des collectifs, j’ai la chanson pour enfants, j’ai mon projet personnel assez piquant et introspectif, j’avais une émission sur France Bleue, j’ai monté mon premier festival L’estival du Charabia à Reims, j’ai une vie de famille … tout cela m’épanouit, mais a fini par me terrasser. Il y a un mois, comme tu viens de le dire, j’ai fait un burn-out. Un burn-out pas moral, mais physique. Mon corps m’a dit « stop ». Je suis en train de m’en remettre doucement, c’est pour cela que je ne bois plus. Au final, je considère que c’était un très bon signal. Ça me dit : « si tu veux continuer à bien voyager, ménage ta monture ». Aujourd’hui, je me recentre.

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Coffee time with Barcella.

Allez, on démarre l'aventure Pause Guitare 2016...

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Soyons franc, je n'ai assisté quasiment qu'aux concert qui se sont tenus sur la Grande Scène de Pratgraussals (à quelques exceptions près que j'évoquerai plus bas).

JainCette graphiste, chanteuse, auteur, compositeur  a sorti son premier album, Zanaka (enfant en malgache) qui contient 10 titres éclectiques qui oscillent entre world music, electro, reggae, soul, hip-hop, indie et pop... Elle a passé son enfance à sillonner l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient pour suivre son père, ses influences musicales s’en ressentent et rendent son style unique. Seule sur scène (mais accompagnée de quelques machines), elle occupe parfaitement l'espace et est très à l'aise avec le public. Franchement, on aimerait la voir avec des musiciens, mais elle a tout de même assuré le show. 

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Louane : Que dire de cette demoiselle? (Personnellement, j'ai déjà tellement tout dit sur elle, que je n'ai plus rien à ajouter). La chanteuse comédienne la plus populaire du moment a fait une prestation quelconque. On sentait qu'elle était fatiguée, il faut dire qu'elle était quasiment à la fin de sa tournée. Les 8-12 ans ont visiblement apprécié. Quant aux autres, je n'ai pas décelé chez eux une ferveur incommensurable. 

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Louise Attaque : Formé en 1994, ce groupe de rock a vendu près de 3 millions de copies de son premier album éponyme. Le 4e album met fin à une pause démarrée en 2007. Gaëtan Roussel (chant, guitare), accompagné d’Arnaud Samuel et Robin Feix ont repris à trois le chemin de la création pour ce disque enregistré entre le sud de la France, Londres et Berlin. Louise Attaque a interprété sur scène quelques morceaux de ce dernier opus, sans oublier tous leurs tubes (nombreux). Prestation exceptionnelle qui m'a fait prendre conscience que j'aimais  vraiment beaucoup l'oeuvre de ce groupe. 

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Il y avait du monde...

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Beaucoup de monde même!

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The AvenerCe DJ compose, mais il déambule aussi dans les allées secrètes de sa mémoire : il reprend Sixto Rodriguez, John Lee Hooker, Mazzy Star, The Be Good Tanyas, Andy Bey, Adam Cohen. Nous sommes ici dans le blues séminal, le folk underground, la pop nocturne, le rock iconique et il rend hommage à quelques artistes oubliés des années 70 et 80… The Avener est le chaînon manquant entre l’émotion harmonique et la pulsion de danse. Voilà pour les compliments. Passons à sa prestation. Je n'ai rien contre l'artiste (comme vous venez certainement de le comprendre), mais voir un type derrière une console gigoter en faisant semblant de pousser ou baisser des cursers, lever les bras, haranguer la foule, alors que tout est préenregistré... j'ai un peu de mal. Le cinéma des DJs me gonfle au plus haut point. A mon avis, ce genre d'artiste n'a rien à faire dans un festival de ce genre. Place aux vrais musiciens qui jouent en live. 

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(Photo : Marylène Eytier)

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(Photo : La Dépêche)

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(Photo : Sylvie Bosc)

Zapping du jeudi.

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Boulevard des Airs:  Avec déjà plus de 60 000 albums vendus, le dernier album de la formation tarbaise est certifié disque d’or depuis déjà un bout de temps. Pour fêter l’événement, il est même ressorti dans une nouvelle édition comprenant 7 titres bonus dont « Emmène-moi » feat. L.E.J, quelques morceaux en live (« Demain de bon matin », « Tu danses et puis tout va »), des remix (« Ce gamin-là » et « Bruxelles ») et deux versions acoustiques (« Bruxelles » et « Cielo ciego »). Le groupe interprète des mélodies solaires, imparables avec une touche de modernité. Boulevard des Airs, parcourt les routes depuis 10 ans, c'est dire s'ils savent maîtriser la scène. Je ne les avais encore jamais vu sur scène, mais alors, ils m'ont bluffé. Quelle pêche! Ces transmetteurs de bonne humeur mettent une ambiance de feu de Dieu!

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Après le concert, je suis allé leur faire un petit coucou dans les coulisses. Mais pas seul. Le maire de Tarbes, Gérard Trémège et son directeur de cabinet, Michel Garnier (dont l'un de ses enfants est membre de Boulevard des Airs), avaient fait le déplacement pour soutenir une nouvelle fois ce groupe tarbais qui devient de plus en plus populaire dans l'Europe entière. Accompagné par la directrice du Pic d'Or, Corinne Labat, nous avons fait une photo souvenir.  

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Bigflo & Oli Florian 23 et Olivier 19 ans, d’origine argentine et algérienne, ont sorti leur premier album l'année dernière. Il en dit long sur le chemin parcouru par ces deux frères toulousains, adeptes d’un rap qui ne se la pète pas. Ce premier opus, enregistré entre Toulouse, Paris et New York, alterne titres sombres et plus légers. Ils ont entièrement écrits les textes des 18 titres et composé tous les instrumentaux. Ils ont ensuite été retravaillés avec Animalsons, un "beatmaker" qui a notamment collaboré avec le rappeur Booba. Drôles et humains, techniques et dotés d’une sacrée écriture, Big Flo & Oli créent la bonne surprise du moment. Leur prestation nous l'ont prouvé, ils ont déjà la force et la puissance des plus grands, et du talent à revendre. Pas de doute, Big Flo & Oli font leur entrée par la grande porte.

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Alain Navarro, le boss de Pause Guitare, m'a permis de jeter un coup d’œil sur le concert directement d'un côté de la scène.  

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Kendji GiracFort du million de ventes de son premier album, Kendji est revenu sans perdre trop de temps avec un second disque bien produit et accrocheur.  L’artiste, qui a conservé son âme gipsy, a une seconde fois cartonné, grâce à ses chansons dans lesquelles ont été intégrées des titres pop et variétés, voire funk et R'n'B​​LE phénomène de l'année 2015 a lui aussi rempli son contrat à Albi. Il n'économise pas son énergie et  joue de la guitare comme personne. Ses musiciens ne sont pas manchots eux non plus. Bref, pas pour moi, mais efficace pour son public, hyper nombreux ce soir-là.

(Je vous invite à lire l'excellent et drôle compte-rendu de Patrice Demailly sur ce concert pour le site d'RFI.)

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Toujours sur la scène, je constate qu'avec Kendji, le festival porte bien son nom : Pause Guitare.

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Mika : Avec des millions d'albums vendus dans le monde, Mika est une star internationale applaudie par des foules de fans pour ses chansons pop, parfois très acidulées. Il est aussi l'un des jurys de The Voice depuis 4 ans, rôle qu'il tient à merveille et qui lui a donné en France un regain de notoriété. Son show est d'une redoutable efficacité. Là encore, en regardant sa prestation, je me suis rendu compte que ce showman emmagasinait des tubes par dizaines et qu'il savait les mettre en valeur. C'est parfois kitsch et excessif, mais force est de constater que le kitsch et l'excessif, en ces temps perturbés, on aime s'y plonger. Plouf!

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Coulisses au clando (lieu tenu secret, hum hum, dans l'espace VIP, par les bénévoles pour les bénévoles, où l'on peut boire pour pas cher et surtout s'amuser avec des jeunes positifs et enthousiastes). Ce soir-là, après les concerts, nous avons formé une équipe d'amis pour participer à un blind test. Le prix : une bouteille de Mojito. Qui a gagné, selon vous?

(Nous étions plus nombreux, mais seuls figurent sur cette photo de gauche à droite, Corinne Labat (présidente du Pic d'Or), Dominique Janin (présidente d'Alors Chante!), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), Florence Cortes (cabinet Vox Scriba et Pic d'Or), moi (Mandor) et notre "trophée".)

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Zapping du vendredi.

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Le samedi 9 juillet, dans l'après-midi, Emilie Marsh a remporté le tremplin de Pause Guitare, les « Découvertes Chanson » dont le principe est simple : cinq artistes issus de toute la francophonie, choisis pour leur talent, jouent durant 25 minutes chacun. L’ordre de passage est effectué par tirage au sort. 3 jurys votent ensuite : les professionnels, le public et le jury La Dépêche du Midi. A l’issue des délibérations, chaque jury délivrera sa propre récompense : un accompagnement d’Arpèges et Trémolos de la part des professionnels, un soutien en communication de la Dépêche du Midi et un prix de 1000 euros offert par La Poste pour le vote du public.

Voici les différents concurrents :

Léon : Issu de l’école rock indé Leon nous propose une musique entre Mathias Malzieu et -M-, une alchimie bien dosée de pop à l’anglaise et de textes en français, et nous offre des compositions typées, riches et touchantes, fédératrices et intimes à la fois.

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Simon Daniel : Simon Daniel, auteur-compositeur-interprète, fraye son chemin dans la relève musicale acadienne. Originaire de Dieppe au Nouveau-Brunswick, ce jeune autodidacte se démarque par sa voix puissante et son timbre unique. Son style d’écriture original et éclectique s’inspire du folk, du jazz et du rock progressif.

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Zob : Ne vous y trompez pas : l’univers de zoB’ ne se réduit pas à son pseudonyme. Il y a dans l’apparente provocation une élégante manière de lutter contre le désenchantement, la léthargie et autre politesse totalitaire dont joue ce poète invertébré version Cyrano : «toujours avec panache».

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Sages comme des Sauvages : Ava Carrère et Ismaël Colombani sont Sages Comme des Sauvages, un duo franco-américano-greco-corso-bruxellois. De l’Île de la Réunion à celle de Cythère, ils récoltent des chansons et des instruments qu’ils mêlent à leurs propres compositions. Sages Comme Des Sauvages est lauréat de la biennale de la chanson française de Belgique 2014.

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Emilie Marsh : Poésie dans les mots, rock n’roll dans l’attitude. Sensible et sauvage. Emilie Marsh c’est la douceur d’une voix mêlée à l’énergie scénique d’une GuitarHeroin. Une chanson qui parcourt l’échine comme une décharge électrique et qui sait rendre hommage à ses icônes féminines (Virginia Woolf, Patti Smith...).

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(Photo : Marylène Eytier)

A l'issue de la prestation des artistes, Alain Navarro et Lilian Goldstein (de la Sacem) annoncent les résultats.

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(Photo: Marylène Eytier)

Photo de famille avec la lauréate, Emilie Marsh et aussi Annie Navarro, Alain Navarro, Zob et Dominique Janin (Alors Chante!)

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(Photo : Hexagone)

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview d’Emilie Marsh (au Clando):

Tu viens de gagner le concours « Découverte Chanson ». Bravo !

Je suis toujours surprise de gagner. Pour moi, ce sont surtout des prestations scéniques. Bien sûr que l’on pense à l’enjeu. Je prends cela comme une bonne récompense pour beaucoup de travail. Ce qui est important pour moi quand je fais un tremplin, c’est de montrer ce que je fais aujourd’hui. Je veux montrer mon évolution, car la musique que je joue aujourd’hui n’a rien à voir avec celle que je faisais quand j’ai commencé.

On sait que les artistes doutent beaucoup. Les tremplins, ça sert aussi à se rassurer ?

Je le répète, c’est surtout une reconnaissance du travail effectué, mais c’est aussi une visibilité supplémentaire. Les pros et le public saluent l’évolution de mon projet et j’en suis ravie. Mon principe c’est qu’un artiste doit être toujours en mouvement, alors le fait qu’on me dise que j’évolue fait plaisir à entendre. Je  ne veux surtout pas rester figée.

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Avant tu étais plus dans la chanson française traditionnelle, ces dernières années, tu as pris un virage rock. Pourquoi ?

Parce que c’est ce qui me plait aujourd’hui. Je me sens bien dans ce répertoire-là. Tous les artistes commencent par se chercher et, à un moment donné, ils finissent par se trouver. Moi, j’ai mis un peu de temps à trouver mon chemin, mais là, j’ai vraiment trouvé la couleur et le style de ce que je veux jouer. Il n’en reste pas moins que, pour moi, un artiste est toujours en évolution. C’est du temps, du travail et de la recherche.

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Pourquoi prends-tu autant de temps à sortir ton deuxième album.

Je cherchais l’équipe idéale avec laquelle j’avais envie de faire mon disque. Je l’ai enfin trouvé et donc, la machine est en route. Par contre, comme ce n’est pas signé, je préfère ne pas te donner encore les noms de mes trois réalisateurs. En tout cas, tous les albums qu’ils ont faits m’ont plu. Ils ont un côté efficace, trip-hop et très subtil. Avec eux, je sais que je suis dans la bonne direction. J’ai commencé et je pense qu’il sera terminé à l’automne.

Tu as hâte de l’avoir en main ?

J’ai super hâte. J’ai hâte aussi de continuer les enregistrements. Maintenant je suis prête.

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Après l'interview.

Emilie Marsh (Pic d'Or 2015) en compagnie de K! (Pic d'Argent au Pic d'Or 2014) qui avait été récompensée l'année dernière lors du tremplin 2015, ce qui lui a permis de venir jouer cette année en tant qu'artiste invité. A noter que, visiblement, le Pic d'Or porte chance à ses artistes récompensés car Jesers (présent cette année, mais en tant que spectateur privilégié), le Pic d'Argent et Prix du public 2013 a été, lui aussi, le vainqueur du tremplin "Découverte Chanson" Pause Guitare 2014. Le contraire est aussi exact. Pause Guitare porte chance aux artistes puisque la lauréate de l'année dernière, Barbara Weldens, est la gagnante du Pic d'Or de cette année. Comme quoi!

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Les mêmes avec Corinne Labat (présidente du Pic d'Or).

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Moment de détente avant les premiers concert. De gauche à droite, Éric Kieser (Pic d'Or), Stéphanie Berrebi (FrancoFans), JB Bullet (chanteur) et Caroline Guaine (Mégaphone Tour).

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Plus tard, dans la soirée, toujours au Clando, Corinne Labat a tenté de réunir les membres du jury du Pic d'Or ainsi que des bénévoles et quelques artistes ayant participé à ce tremplin (en guest, Dominique Janin, la grande prêtresse d'Alors Chante!)

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Vianney : Mélodiste subtil autant que fin styliste, il pratique, comme une seconde nature, l’art du gimmick musical. Ses textes empreints de fausse simplicité frappent aussi par leur naturelle bienveillance et une constante acuité portée sur l’autre. Au carrefour de la pop et d’une folk vivace, au gré parfois aussi de méandres électro, le résultat de ces sessions studio est organique et très rond. Par contre, sur scène, l'homme est seul avec sa guitare. Et ça marche. Le public aime, applaudit et en redemande. Vianney parle à son public, le titille gentiment... et surtout le transporte dans son monde. Vianney est là pour longtemps. (Lire sa mandorisation).

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Francis Cabrel : Après 7 longues années d'absence, la figure incontournable de la chanson française retrouve son fidèle public. "L'encre de tes yeux", "Je l'aime à mourir", "La dame de Haute-Savoie", "Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai", "La corrida", "La cabane du pêcheur"... autant de mélodies et de refrains qui font partie désormais du patrimoine musical hexagonal. D'album en album, Francis Cabrel inspire, enchante et dénonce avec intelligence et finesse les injustices. Ce soir-là, il a chanté quelques chansons de son dernier album In Extremis (lire sa mandorisation ici à propos de ce disque) et ses plus grands tubes (sus cités).

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Joan Baez : Cette artiste légendaire symbolise à elle toute seule une génération d'artistes politiquement engagés. Elle est une icône de la contestation et de la protestation. Joan Baez trouve dans la folk un moyen d'exprimer sa critique sociale. Pendant cinq décennies, en tant que chanteuse, activiste, et ambassadrice de bonne volonté, Joan Baez a chanté avec le même état d'esprit. Sur scène, elle a été lumineuse, généreuse, émouvante. Une vraie claque émotionnelle! Chapeau madame!

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SanseverinoL'année dernière, Sanseverino a dévoilé Papillon sur lequel il revisite en chansons le roman du même nom d’Henri Charrière, vendu à plus d’1 million d’exemplaires. Depuis la sortie de son album Les Sénégalaises en février 2004, l'artiste est sur scène sans discontinuer. Aujourd'hui, le swing est toujours présent, même si les guitares ont laissé place à d’autres instruments : piano, cuivres, xylophone... Une formation de jazz qui illustre l’évolution de l’artiste, vers davantage de musique improvisée. Entouré de musiciens de talent, le guitariste chanteur continue de jouer avec le public, n’hésitant pas à reprendre certains standards de la chanson française.

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Le zapping du samedi (qui n'est pas visible sur YouTube).

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Le dimanche 10 juillet, Zaza Fournier et La Maison Tellier étaient programmés au Grand Théâtre d’Albi. Ayant interviewé récemment Zaza Fournier lors du festival Alors Chante, j’ai préféré aller à la rencontre de La Maison Tellier dont je suis très amateur (et que j’ai déjà mandorisé là en 2014 et ici en avril 2016).

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(Photo : Marylène Eytier)

La Maison Tellier : Dès le premier titre La Maison Tellier donne le ton de ce nouvel album : « Cinq est le numéro parfait ». Cinq musiciens à l’heure de leur cinquième album. Le précédent glorifiait le combat pour la beauté. Celui-ci témoigne d’une quête. Une quête vers la joie. Comme certains sont en quête de la foi. Une quête semée d’embûches, de doutes et d’angoisses

Rendez-vous, tôt le matin, au Grand Théâtre avec Yannick Marais dit Helmut Tellier (chant et guitare) et Sébastien Miel dit Raoul Tellier (guitare, clavier et banjo).

pause guitare 2016,20e anniversaire,alain navarro,interviews,bilan,mandorInterview :

Le public et les médias ont été beaucoup plus nombreux à vous découvrir grâce à vos deux derniers albums. Vous vous rendez compte que quelque chose a changé depuis Beauté pour tous ?

Raoul Tellier : Oui, bien sûr. Ça a même été assez radical. C’était notre espoir. Chaque nouvel album est le plus important, mais celui-ci était un disque où on s’est révélés, frottés à nous-mêmes. Le disque qui nous intéressait, pas celui qu’on pouvait attendre de nous. On a désormais une image plus positive dans les médias et le public nous perçoit autrement. Je crois que les gens aiment l’idée de cinq mecs qui font de la musique ensemble et qui ne vendent jamais autre chose que cela.

Dans Avalanche, votre dernier album, il y a une chanson, « Cinq est le numéro parfait »  qui vous présente comme cinq chevaliers qui partent à la conquête. Mais à la conquête de quoi ?

Helmut Tellier : A la conquête de la beauté et du futile.

Raoul Tellier : C’est une manière comme une autre de donner un sens à une vie. Il y a des gens à qui ça fait plaisir d’écouter notre musique, et c’est ultra touchant de les entendre nous le dire.

Helmut Tellier : C’est un peu un moyen d’assouvir notre envie d’exister.

Raoul Tellier : Quand on a enregistré Beauté pour tous, c’était aussi un moyen de laver tout un tas de péchés originels.

Helmut Tellier : On a donné à entendre plus clairement ce que des gens percevaient déjà en nous dans nos embryons précédents. On a resserré les boulons et pris des directions plus claires.

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Vous aviez l’impression d’aller dans toutes les directions ?

Helmut Tellier : Au début oui. Sur L’art de la fugue, ça partait vraiment dans tous les sens. Ça manquait d’un gouvernail sérieux.

Raoul Tellier : Ce n’était pas forcément intelligible alors que sur Beauté pour tous, vraiment on a tout fait pour se faire comprendre enfin. Ça s’est traduit par plus de reconnaissances, de notoriétés ou de côtes de sympathie.

La formule que vous avez trouvée pour Beauté pour tous, vous l’avez appliqué pour le suivant, Avalanche ?

Helmut Tellier : Le champ du possible est gigantesque, si on a choisi  un chemin, autant l’emprunter le mieux possible.

Si vous n’êtes pas populaires, au sens large du terme, je trouve que vous avancez lentement, mais sûrement.

Helmut Tellier : Ce projet de vie ne cesse d’avancer à son rythme. La force tranquille que nous avons à un côté rassurant pour nous. C’est limite à contre-courant de l’air du temps.

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Cet après-midi, ce sera la première fois que je vous verrai en concert. J’imagine que les chansons de vos deux derniers albums seront un peu plus rocks sur scène…

Raoul Tellier : Oui. C’est un peu comme quand tu achètes de nouveaux habits. Tu les admires dans la vitrine. Après, tu les portes. Ton habit va s’adapter à ton corps. On a enregistré nos nouvelles chansons il y a pile un an. Il y en avait plein que l’on n’avait jamais joué. Là, on en est à notre quarantième concert et j’ai l’impression que l’on est bien dans nos chaussons. Nos chansons sont différentes puisque maintenant elles sont bien portées.

Vous faites des disques pour faire de la scène ?

Raoul Tellier : Je ne vois pas les choses ainsi. Nous, on a la culture de l’album. On a aimé la musique en écoutant des albums. Personnellement, j’ai le format album inscrit dans mon ADN. Je pense que l’on fait des disques surtout pour exister en tant qu’artiste. Après, pour pouvoir vivre en tant qu’artiste, il faut faire de la scène.

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Qu’est-ce qu’il faudrait pour que tout soit parfait dans votre carrière ?

Raoul Tellier : Moi, ce que j’aimerais, c’est collaborer avec d’autres artistes. J’ai atteint un stade où j’en ai un réel besoin.

Helmut Tellier : On se rend compte que c’est ultra cloisonné de travailler pour les autres. C’est un monde timoré qui a du mal à accepter de changer des règles, un monde qui avance très prudemment. La musique devrait être un champ d’expérimentation musical. Nous, on est à la croisée des chemins du commercial et de l’éthique. On a la réputation d’avoir un son très typé. On ne veut pas non plus se tirer une balle dans le pied. C’est un juste équilibre à trouver.

Raoul, tu as pourtant composé une grande partie des chansons du nouvel album de Clarika.

Raoul Tellier : J’ai adoré faire ça. Je suis allé chercher des trucs que je n’exploite pas dans La Maison Tellier. C’était libérateur et j’ai fortement envie de recommencer.

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Après l'interview dans les loges du Grand Théâtre, avec Raoul et Helmut Tellier. 

Vers midi, je suis allé à la conférence de presse « bilan » de cette 20e édition.

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Voici quelques morceaux choisis du directeur de Pause Guitare d’Alain Navarro :

« La 20e édition est allée bien au-delà de nos espérances et de nos prévisionnelles. C’est le record absolu. On sait que l’équilibre financier est atteint depuis trois semaines. On est autour de 50 000 entrées pour les sites payants. On était à 38 000 l’année dernière.  Concernant le off, il y aurait à peu près 25 000 personnes qui y auraient participé. C’est bien d’être dans cette situation pour l’avenir du festival. Il y aura forcément une 21e et une 22e édition. » 

« Les français ont subi une forme de maltraitance psychique. Je n’ai jamais autant ressenti leur besoin de vivre des moments de soleil autour d’une manifestation comme notre festival. Nous avons vérifié que les gens ont besoin d’être bien dans leur peau. La politique et les médias doivent entendre qu’il y a un ras le bol des français. »

« Il n’y a aucun mépris dans la manière d’aborder la programmation. J’ai vu quelques professionnels qui avaient quelque doutes par rapport à des choix artistiques me dire, une fois qu’ils sont dans le vécu sur le site, « je comprends mieux ta démarche ». C’est presque un acte militant que de faire en sorte que cette magie de rencontres entre tous les publics se fasse. Ça donne envie aux individus d’être dans le partage et la tolérance. »

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Pendant la conférence de presse.

« Ce que je programme n’est pas du tout ce que j’écoute. L’idée n’est pas de me retrouver avec moi-même. Je n’en ai rien à foutre. Si je veux un peu m’enrichir dans la vie, c’est en allant vers les autres, pas en allant vers moi. »

 « Les bénévoles sont l’âme du festival. Quand j’arrive sur le site, j’essaie de faire le maximum de bises tous les jours parce que je ne sais jamais comment remercier toutes ces personnes qui sont là. Sans elles, l’histoire n’existerait pas. On voit bien que le moindre espace est travaillé, le moindre espace est pensé. Il n’est pas pensé par moi. Mon boulot à moi est une somme d’incompétences. Je n’ai pas 20% des qualités de mes collaborateurs. Je ne sais pas faire leur boulot. Je suis admiratif d’eux. »

« On est chaque année selon un sondage du public à 95% de satisfaction et 5% d’insatisfaction. Il faut continuer à travailler pour rester au moins à ce niveau. »

« On s’intègre complètement dans les futurs projets de la ville. Ils vont nous emmener quelques belles perspectives de développement sur les deux ans à venir. 

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Avec mon ami et collègue, Patrice Demailly (Libération, RFI...), on a été sage et attentif (photo : Patricia Téglia).

Jeanne AddedBe Sensational, son premier album a imposé la jeune femme parmi les plus belles révélations musicales de l'année 2015. Auteure, compositrice et interprète, cette native de Reims est passée habilement du jazz, dans lequel elle s'est illustrée pendant quelques années, à un rock électro érudit et excitant à la fois. Sous une chaleur infernale, la chanteuse musicienne n'a rien perdu de sa superbe. 

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Feu! ChattertonLes cinq musiciens parisiens se sont exilés en Suède pour accoucher d’un album riche, envoûtant, complexe, alliant post-rock et musiques électroniques sur des textes littéraires évoquant la poésie française comme le romain noir américain. Feu! Chatterton s’impose aujourd’hui comme la relève moderne et élégante du rock français. Au programme : électricité, romantisme et vertige. 

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Elton John : Figure emblé­ma­tique de la pop inter­na­tio­nale, le chanteur, pianiste et compositeur britannique de génie, Elton John, est un faiseur de tubes depuis près de 50 ans. "Your Song", "I’m Still Standing", "Don’t Go Breaking My Heart", "Sorry Seems To Be The Hardest Word"... Aujourd'hui, il continue ses concerts dans le monde entier et reste une référence et une inspiration pour toute une nouvelle génération d’artistes. Un chouia énervé par son piano, selon lui pas parfaitement accordé, il a eu quelques accès d'humeur. Il a joué beaucoup de titres que le public ne connaissaient pas, du coup, beaucoup ont été déçu. C'est lors du dernier quart du concert qu'il a enfin aligné les tubes. Dommage. Personnellement, j'ai quand même beaucoup apprécié sir Elton John, remarquable musicien, entouré d'autres remarquables musiciens.

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Pour finir, je voudrais remercier tous les bénévoles pour leur gentillesse et leur efficacité, Patricia Téglia et Julie Papaye, les deux attachées de presse du festival, et surtout Alain et Annie Navarro, qui ont œuvré une nouvelle fois pour que cette nouvelle édition de leur festival soit une parfaite réussite humaine et musicale. Annie et Alain, vous êtes formidables (ce ne sont pas vos bénévoles qui diront le contraire).

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09 août 2016

Radio Elvis : interview pour leur premier album

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Un des plaisirs de ce métier est de suivre un artiste que l’on a connu aux prémices de sa carrière et de le voir s’envoler. Il y a deux ans, Pierre Guénard, le leader de Radio Elvis, était venu me voir à l’agence pour une première mandorisation (il y en a eu une seconde l’année dernière). Il avait à l’époque une notoriété toute relative. Très peu de temps après, avec ses deux acolytes Colin Russeil et Manu Ralambo, il a explosé. Deux EP et un album plus tard, Radio Elvis (Pic d'Or 2014) est le groupe pop rock dont tout le monde parle. Le 27 juin dernier, je suis allé à leur rencontre dans un bar parisien. Juste comme ça, pour prendre de leurs nouvelles.

radio elvis,album,interview,pierre guénard,colin russeil,manu ralambo,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Pierre Guénard, auteur chanteur, slameur par le passé, Colin Russeil, batteur et clavier, rencontré au lycée, et Manu Ralambo, guitariste embarqué plus tard, se sont soudés il y a trois ans autour de leur projet Radio Elvis. Après deux EP, ils sortent leur premier album Les Conquêtes, réalisé par Antoine Gaillet (Arman Méliès, Julien Doré). Une bonne centaine de concerts à leur actif, repérés par le FAIR et le printemps de Bourges en 2015. Ils ont composé ensemble, arrangé sur scène, et peaufiné leurs chansons en studio, et ils voient avec émotion ce premier opus arriver dans les bacs. Des sons de guitare puissants et variés qui sont venus à Manu naturellement au gré des mots écrits par Pierre. Une logique pour affirmer une envie frénétique de partir ailleurs. Des guitares pleines de force, de mélodies et d’aspérités. Les tempos ne sont jamais les mêmes. Colin, à la batterie et aux claviers, propose une multitude de contraste comme les lumières changeantes de leurs pays imaginaires. Cet album tient en éveil. Nul repos possible au cours du voyage, mais l’envie perpétuelle de l’écouter sans arrêt. Toutes les chansons sont essentielles. Les conquêtes sont des aventures qui entrainent sur les chemins de l’errance, les sens en alerte, au gré du vent, du sable, du soleil… Métaphores amoureuses, aventureuses, exploration de soi ou quête spirituelle, chacun y trouvera sa propre conquête.

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Interview :

C’est notre premier rendez-vous fixé par une attachée de presse. C’est anecdotique, mais c’est aussi la preuve que le groupe évolue et que vous ne pouvez plus gérer tout seul quoi que ce soit.

Pierre : Nous ne sommes plus maîtres de nos emplois du temps et c’est plutôt agréable. Si nous nous occupions du planning promo, ce serait un sacré bazar, je t’assure.

Colin : Cela dit, nous restons maîtres de ce qui nous intéresse et c’est le principal. A part nous, personne ne touche aux textes et à la musique. Les histoires de planning ne nous passionnent pas forcément, alors il y a désormais des personnes qui s’occupent de ça.

Vous revenez d’une tournée récente aux Etats-Unis et au Canada. Racontez-moi comment cela s’est passé.

Pierre : On a fait une date à New York et après, nous sommes allés au Canada dans la cadre du Festival Franco Ontarien. Nous nous sommes produits à Québec, à Montréal, à Toronto et à Ottawa devant des publics anglophones et francophones selon les régions. C’était une superbe expérience parce que, la plupart du temps, c’était sur de grosses scènes. Nous étions contents car notre musique a bien été accueillie bien que nous chantions en français. Ça nous rassure de constater que nous ne sommes pas qu’un groupe de chansons à textes.

Clip de "Au loin les pyramides".

Je me suis laissé dire qu’il y avait au Québec, un public différent de celui d’ici.

Manu : J’ai l’impression qu’il y a une autre manière de consommer la musique. Le public est plus en mode Entertainment, plus dans le divertissement. Il danse plus facilement par exemple. On a fait la première partie de Louise Attaque. Pendant notre session, il y avait des barmans qui passaient dans le public pour servir des bières. Le public est très vivant, il n’est pas seulement dans l’écoute.

Pierre : A New York, c’était aussi un peu ça. L’ambiance est moins cérémonieuse qu’en France.

Je vous ai vu sur scène plusieurs fois et à chaque concert, j’ai vu dans gens danser.

Pierre : Je persiste à dire qu’en France, le public est plus souvent assis. Les gens sont beaucoup plus dans le silence parce que dans l’écoute. Au Canada, le public est plus dans l’instant, dans le rock. Ils ne sont pas forcément attentifs aux textes. Ils viennent voir un groupe et pas un chanteur qui chantent des textes.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de La Rochelle (photo : Loll Willems).

Au Canada, les journalistes qui vous interviewent vous parlent de quoi ?

Pierre : Dans le métier, j’ai remarqué qu’il ne faut jamais foirer la première interview du pays dans lequel tu vas, car elle est reprise par tout le monde (rires). Les journalistes ont répété tout ce que j’ai raconté lors de mon premier phoner au Québec. J’ai dit qu’on était un groupe de rock symboliste, ils nous l’ont tous ressorti. En revanche, j’ai trouvé qu’ils s’adressaient plus à Colin et Manu pour parler aussi musique, ce qui est moins fréquent chez les journalistes français. Les journalistes québécois sont plus dans la globalité. Ils ne séparent pas le chanteur des musiciens.

Colin et Manu, vous vivez comment le fait d’être mis un peu de côté en France ?

Colin : Je le vis très bien.

Manu : D’abord, je ne trouve pas qu’il y ait un écart si important entre nous, mais c’est le projet de Pierre, je trouve normal qu’il en parle plus que nous. De plus, on n’a pas tous le même répondant en interview. Pierre est le plus doué.

Clip de "Les moissons".

Tu aimes bien les interviews Pierre ?

Pierre : Oui, ça me permet de réfléchir à ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on joue. Cela force la réflexion.

Et si on te demande d’expliquer tel ou tel texte ?

Pierre : Je ne le fais pas. Je peux en parler sans les démystifier. Je parle des textes comme Colin et Manu pourraient parler de la musique. Ce qui me pose problème, c’est que l’on met toujours l’écriture en avant, comme si la musique était un art un peu plus évident. On a l’impression que c’est plus noble d’écrire des textes.  Tu sais, je n’écris que pour Radio Elvis. Sans Radio Elvis, je n’écrirais pas ce que j’écris là. Sans le groupe, mes textes n’auraient rien à voir. La musique que jouent Colin et Manu m’inspirent des mots. C’est une question de rythme, de structure, d’ambiance… C’est vraiment un travail collectif et complémentaire.

Manu : Je crois que pour les journalistes, c’est plus simple de se référer au mot qu’au ressenti de la musique. Une musique c’est hyper personnelle. On ne peut pas dire « vous avez écrit celle mélodie-là en mineur qui monte vers le sol pour exprimer le voyage… » Personne ne va te raconter ça. C’est compliqué d’expliquer ou d’analyser la technique musicale.

Pierre : Je dis toujours que mon texte, c’est mon instrument. Ce n’est pas supérieur à la batterie ou à la guitare. C’est juste ma partie.

Ta voix est aussi un instrument.

Pierre : Quand dans la voix il y a les mots.

Radio Elvis, c’est une fusion de trois personnes ?

Pierre : L’histoire de notre groupe s’écrit en avançant. Plus le temps passe, plus on sent que l’on devient une hydre à trois têtes.

Radio Elvis prend « La Route » en exclusivité pour Figaro TV.

Cet album a été accueilli de manière dithyrambique.

Colin : En tout cas, ceux qui n’aiment pas ne se sont pas exprimés.

Pierre : On ne s’est pas fait tirer dessus, c’est vrai. Nous sommes un groupe dont on parle, mais discrètement, ce qui nous permet d’avancer tranquillement, sûrement et très sereinement. On aimerait parfois que cela aille un peu plus vite, mais en même temps, tout se fait sur des bases saines.

Moi, j’ai l’impression  que les choses vont vite, que vous êtes plutôt bien médiatisés.

Pierre : Nous n’en sommes qu’au début. Il fallait confirmer quelque chose. Non, il fallait affirmer quelque chose plutôt. Après nos EP, tout le monde attendait d’écouter la suite. Entre le premier et le deuxième, il y a une direction inattendue en termes de productions et de compositions. On a bien senti que les gens étaient curieux de voir la tournure qu’allait prendre notre premier album.

Vous vous êtes complètement trouvés ?

Pierre : Non, on se cherche encore beaucoup… et heureusement.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de la Rochelle (photo : Loll Willems)

Vous avez un caractère similaire tous les trois ? Faut-il se ressembler pour s’assembler ?

Manu : On est très différents dans nos vies, dans nos références et dans nos façons de composer, mais à mon avis, c’est pour cela que ça marche.

Pierre : On se complète tous beaucoup. On a tous un rôle que l’on tient, que l’on a plus ou moins compris.

Ce triangle équilatéral permet-il de vivre les événements de manière sereine et de rester raisonnable ?

Les trois, de concert : Faut-il rester raisonnable ?

Manu : Ce serait d‘un ennui terrible.

"Les Moissons", le 17 juillet 2016 aux Francofolies de La Rochelle.

Cet été, lors d'un festival de chanson française, je vous ai vu jouer devant 80 personnes, tandis qu'aux Francofolies de La Rochelle, vous avez joué devant 16 000 personnes C’est curieux de passer de l’un à l’autre ?

Colin: C’est essentiel de ne jamais s’installer dans un confort ou dans la routine. Je détesterais ne faire que des Zéniths dans ma vie.

La notion de danger est-elle essentielle dans une carrière ?

Pierre : Un concert sans danger, c’est souvent un concert chiant. L’année dernière, on a fait 98 dates et on avait toujours l’impression de faire la même setlist, alors que ce n’était pas le cas. On savait que nous devions passer un cap parce que nous étions arrivés au bout d’un truc. On avait l’impression d’être un peu des fonctionnaires.

Comment chasse-t-on la routine ?

Pierre : Nous réfléchissons à changer notre attitude scénique, à modifier notre façon d’aborder la scène… bref, justement, nous prenons des risques. On essaie des choses. On a envie de donner des concerts subversifs, des concerts un peu durs, un peu brutes.

Je comprends le subversif dans le texte, mais pas dans la musique.

Manu : Faire de la musique plus « sale ».

Pierre : Je trouve que la guitare de Manu est transgressive, inédite, osée et inattendue. On essaie de faire en sorte que Radio Elvis soit également tout cela.

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Après l'interview, le 27 juin 2016.

29 juillet 2016

Maissiat : interview pour Grand Amour

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(Photo : Frank Loriou)

Avec ce deuxième album Maissiat devient une artiste incontournable de la grande et belle chanson française. En signant Grand Amour, elle nous propose une pop intelligente et soignée. Maissiat, au remarquable sens de la mélodie, souhaite « parvenir à allier un certain respect du patrimoine de la grande chanson française mais y faire intégrer par petites touches subtiles de vrais traits d'innovation ». Elle y réussit parfaitement.

Le 30 juin dernier, je suis allé la retrouver dans un salon de son label pour une deuxième mandorisation (la première est là).

Biographie officielle (mais très écourtée) :
Il y a trois ans apparaissait sur le devant de la scène la silhouette longiligne d’une jeune femme portant un chapeau, dont la présence magnétique, on l’avait aussitôt compris, allait nous accompagner pour longtemps. Maissiat qui évoquait dès son premier essai les artistes majeurs d’hier était accueillie à bras ouverts par ceux d’aujourd’hui : une véritable révélation.
Depuis elle a ouvert son horizon en grand pour livrer un nouveau disque éblouissant, qui la rend désormais incomparable.

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorGrand Amour est une déclaration poignante livrée du plus profond d’elle-même, un splendide hommage qui l’impose comme une artiste essentielle, chef de file d’une nouvelle pop française. Livré en dix chapitres d'une histoire bouleversante, tous ceux qui connaissent l’amour pourront s'y reconnaître, tous ceux qui ne le connaissent pas encore en guetteront les signes.

Et la musique des origines revient : celle de la grande pop française ambitieuse, de Daho, Sheller, Sanson, celle des Auteurs-Compositeurs-Interprètes, qui font de leurs chansons le journal de bord de leur vie. 

Ces dix portraits de l’amour, ces dix études intimes nées sur le grand piano blanc sont devenues un disque de la main même de Maissiat qui en signe la presque totalité des arrangements et de la production.
Après ce long travail en solitaire, elle s’entoure de compagnons précieux. Au générique : Jean-Louis Piérot, architecte de la Pop française auprès des maîtres Daho ou Bashung pour des sessions instrumentales, Katel (mandorisée récemment là) partenaire inséparable et guide vocal idéal pour donner tout le temps à l’essentiel, le chant, encore une fois sublime, Yann Arnaud, pour sa science du mixage.

Et nos oreilles sont ravies de redevenir, à l’écoute de ces dix nouvelles pépites, le plus sûr chemin vers notre cœur amoureux.

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(Photo : Frank Loriou)

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorInterview :

Il est de notoriété publique que le deuxième album est le plus attendu/difficile d’une carrière naissante. Je trouve que vous avez pris un virage, mais en douceur.

Hier soir, je suis allée chez une fleuriste pour offrir une plante à quelqu’un. Je lui dis : « j’aurais dû prendre un cache pot ». La fleuriste me répond  que,  par contre, elle n’a pas la taille qui correspond à la plante que j’ai choisie. Elle me dit : « Sachez juste que lorsque vous rempotez une plante, il ne faut pas la mettre dans une surface trop grande d’un coup, elle risque d’être déstabilisée. Il faut y aller doucement, étape par étape. » Je la regarde et lui réponds : « comme dans la vie ! »

Je comprends l’image.

Oui, j’ai pris un virage en douceur, parce que j’en étais capable à ce moment-là. J’avais envie de ça. Quand je compose et que j’écris, tout me vient naturellement. Bien sûr, je retravaille les chansons, mais leur arrivée est spontanée. Je touche du bois parce que j’aimerais que cela continue à se passer ainsi.

Vous êtes en train de me dire qu’il n’y a pas de calcul.

Exactement, mes chansons sortent comme ça. Quand j’ai commencé à en maquetter quatre ou cinq, j’ai réécouté et je me suis dit que j’avais presque la moitié de mon disque et que ça parlait beaucoup d’amour. J’ai continué sur cette voie.

Clip de "Avril". Réalisation : wxy (Yann Orhan/ Jérôme Witz). Production : Slo Slo.

Le premier album parlait beaucoup d’amour également.

Oui, on aurait déjà pu l’appeler Grand Amour. Dans ce deuxième album, je suis allée un peu plus loin. Je me suis amusée à aller au bout du geste. J’ai pris un microscope et j’en ai fait un sujet d’étude.

L’amour sous toutes ses formes, mais en changeant d’angle à chaque chanson.

Oui, et des états d’amours différents. Je crois pouvoir dire que chacun peut se reconnaître dans au moins une petite facette de chaque prisme.

Vous n’avez pas travaillé de la même façon pour Grand Amour et Tropiques ?

Pour ce deuxième disque, je suis allée plus loin dans les maquettes. Pour Tropiques, quand j’ai fait écouter les titres à Katel, il y avait eu une étape réelle d’épure des arrangements, de travail sur la voix. Quand nous écoutions des maquettes, nous écoutions des maquettes. Là, quand j’ai fini les 14 chansons et que j’ai fait écouter ça à mon équipe, on entendait un disque presque terminé. Je le répète, cette fois-ci, mes chansons sont venues naturellement et en douceur.

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorSur le premier album, c’est Katel qui vous a fait travailler l’épure. Même si vous n’avez pas travaillé de la même façon sur le deuxième, vous êtes-vous servie de ce qu’elle vous avait appris ?

Oui, bien sûr. Ça s’appelle l’échange avec quelqu’un, l’apprentissage et l’expérience. Je peux avoir les mêmes difficultés pendant des années, par contre, une fois que je pointe l’endroit et que l’on m’apprend comment faire, j’apprends très vite. J’essaie toujours d’évoluer, de passer des étapes, alors je fais très attention à ce que l’on m’inculque. Pour revenir à Katel, c’est quelqu’un avec qui j’échange en permanence. Pour ce deuxième disque, elle a enregistré les voix, beaucoup de chœurs, mais elle a été là tout le temps. Même quand j’étais avec Jean-Louis Piérot, Yann Arnaud et mon éditeur au mix, elle était là.

Chacun donne son avis ?

Pas tout le monde. Pas trop de monde. Mais j’aime bien que l’on me dise ce qui ne va pas. Je choisi les gens avec qui je travaille. Ce sont des gens qui vont pouvoir me faire violence à tel ou tel endroit.

Clip de "La traque". Réalisation : Robi.

Vous avez l’envie d’avoir un peu plus la main mise sur tout ?

Ce n’est pas une envie, je l’ai fait. C’est spontané.  Que les choses se fassent naturellement laissent beaucoup de place à ce qui est important, c’est-à-dire à la musique, aux textes, aux mélodies et aux arrangements.

En le préparant, vous saviez que cet album était très attendu ?

Un peu, parce qu’on n’est pas aveugle. Je travaille avec une équipe, je suis dans une maison de disque. J’ai une manageuse, un tourneur, un éditeur, je sais pourquoi j’ai autant de gens autour de moi et je sais qu’on est tous là à travailler à la construction d’un projet. Mais moi aussi je l’ai attendu ce disque. J’avais même un gros appétit de ce disque. L’appétit est une notion que j’aime à développer en parlant de musique. Ce n’est pas l’urgence d’écrire, même s’il y en a beaucoup (et surtout dans ce disque), mais c’est appétissant. Quand on dit qu’on attend quelqu’un, on a faim, on est en désir de ça.

Vous « pensez » beaucoup un disque avant de le commencer ?

Oui,  mais quand je dis, je le pense, ça ne veut pas dire « je pense à moi en train de faire un disque ».

Il y a une grande nuance.

Pour échanger beaucoup avec des personnes qui font le même métier que moi, ou des dérivés de ce métier, je peux vous dire qu’il y a une grande nuance. Parfois, sur scène on voit des artistes se regarder chanter ou qui chante tout court. Je trouve que le détachement de soi ou se remettre à la bonne place est primordial. Quand on parle de se recentrer, ça ne veut pas dire se regarder le nombril. C’est retrouver un axe, une colonne qui permet que ça circule, que ce soit fluide, qui permet des variations, des mouvements, mais pas de sursoi.

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Maissiat, invité dans une émission de radio par Françoise Hardy, à qui elle est souvent comparée.

Je suis sûr que ce disque deviendra un classique de la chanson française et qu’un jour, on dira La Maissiat comme on disait La Barbara.

C’est gentil. Si je pouvais, j’aimerais faire ce métier toute ma vie. J’aimerais être toujours aussi bien entourée et pouvoir en vivre le plus longtemps possible.

Et devenir une référence ? Non, parce qu’on parle toujours de Brel, Brassens, Ferré, Barbara…

J’ai un immense respect pour tous ces gens, mais il est temps qu’on renouvelle le cheptel (rires). J’ai eu une conversation récente sur ce sujet avec les chanteuses, Robi, Céline Ollivier et Emilie Marsh. C’était une fin de soirée et nous nous demandions pourquoi, en 2016, on ne passe pas à autre chose, pourquoi il n’y a pas de nouveaux référents.

Il y en a chez les hommes par exemple. De jeunes artistes me citent souvent Dominique A comme référence, par exemple.

Toutes les trois, nous nous disions que dès qu’on est en opposition, en position de pouvoir ou de domination, on est dans une virilité. Il n’y a pas d’autre mot pour le dire. Et la virilité nous fait penser au masculin.

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Pendant l'interview...

Dans Grand Amour, il y a des chansons que l’on peut prendre de différentes manières. « Hypnos » maissiat,grand amour,interview,katel,mandorparle de votre grand-mère qui a eu la maladie d’Alzheimer pendant dix ans, alors que je n’avais pas du tout compris cela.

Je suis surpris par les sens que peuvent prendre une expression. On projette sa propre projection dans les mots et dans la personne qui l’interprète. Concernant cette chanson, plusieurs personnes m’ont parlé du mariage pour tous à cause de la phrase « je rêve d’une femme dont je porte le nom ». Cette phrase est liée au fait que je porte le nom de ma grand-mère… mais j’ai bien aimé qu’il y ait cet autre sens-là.

Les artistes sont des machines à rêver. Etes-vous d’accord ?

Je passe beaucoup de mon temps à observer, à être dans un métier de spectatrice. J’observe les gens seuls ou en groupe, les situations. Je note ce que je vois et j’emmagasine tout un tas de scènes. Un des rôles des artistes c’est d’avoir un temps imparti pour cela et de s’en servir de la meilleure façon possible. Je considère qu’une bonne partie de mon temps doit être consacré à cette observation et que ce n’est pas donné à tout le monde. J’essaie d’arriver à dire en musique et en mots, de manière concise, des émotions, souvent fortes, des états d’âmes, des constats. J’essaie de trouver le chemin le plus juste pour viser au plus juste.

Qu’est-ce qui vous touche dans le fait d’être une artiste ?

Au-delà de faire du bien et de procurer des sensations quand les gens viennent me voir sur scène ou quand ils écoutent mes disques, c’est de sentir qu’à un moment, j’ai accompli un geste ou un acte qui m’est propre et d’être au service, d’être dans le don et enfin… d’être d’utilité public.

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A la l'issue de l'interview, le 30 juin 2016.

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27 juillet 2016

Makja : interview pour son premier EP

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(Photo : Philippe Prevost)

12311031_544931389009220_5688007632063953473_n.jpgMakja a eu sa première révélation musicale à l'âge de dix ans en écoutant une cassette de chants grégoriens. Mais un peu plus tard, c'est vers les mots qu'il se tourne. En plein boom du hip-hop, il se lance à quinze ans dans l'écriture de ses premiers textes. Après l'EP Un Camp aux textes forts et aux magnifiques arrangements (sorti en mars), Makja prévoit la sortie de deux autres EP, en parallèle de sa tournée.

J’ai découvert Makja au Pic d’Or de cette année. Avec Thierry Lecamp, je lui ai remis le prix du texte. Il aurait pu tout aussi bien recevoir le prix de l’interprétation. Cet artiste nous tient en équilibre sur un fil. L’intention est forte et les émotions fragiles. Sa musique prend aux tripes et ses textes touchent l’âme. 

La devise de Makja est : « Si tu ne viens pas au maquis, Makja viendra à toi… »  C’est ce qu’il a fait le 29 juillet dernier, à l’agence.

Présentation officielle de Makja :MAKJA_300.jpg

En ces terres arrière, royaume des ronces tenaces où les arômes errent, la plume et la voix de MAKJA se jouent des lois de la gravité.

Pas d’artifice, juste une présence, une parole singulière portée dans la tradition des plus grands interprètes.

Dès la première écoute, tout s’impose comme une invitation incontournable,
comme un appel à l’émotion. MAKJA a tout du buisson ardent : La densité et la révélation.

Dans un kaléidoscope de tableaux sauvages de paysages musicaux aux influences variées, MAKJA nous laisse entrevoir sa soif de multiplicité. Il est de ces rencontres qui nous marquent ; Ses mots touchent et laissent place à l’effet papillon ; d’oreilles à bouches, de rues à places, de caves à pavillons.

Récompenses :

- Prix SACEM du texte au Pic d'or 2016
- Prix Centre des écritures de la chanson 2016
- Médaille de Bronze de la chanson 2016 de Saignelégier (Suisse)

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makja par pierre wetzel.jpgInterview :

Avant cet EP, Makja en tant qu’artiste n’existait pas.

Pour beaucoup, les premiers concerts autour de la sortie de l’EP, c’était la première fois où les gens rencontraient Makja. Avant, mon nom d’artiste était Kalam. Je me suis dit un jour que j’allais travailler avec des musiciens et que l’interprétation de Kalam avec des musiciens deviendrait Kalam Makja.

D’où vient l’artiste que tu es ?

Je viens de l’écriture. J’ai fait 15 ans d’ « action culturelle ». J’accompagnais les prises de paroles artistiques d’enfants, de parents de grands-parents. Je travaillais dans les prisons, avec des traumatisés crâniens, avec des sourds, bref, avec tous types de personnes. J’aime travailler avec des humains qui sont composés de sensibles. Dans l’action culturelle, je stimulais leur sensible pour qu’ils puissent donner vie à une chanson, pour qu’ils puissent être vus dans l’espace public par leur création et non par leur statut d’handicapé ou de prisonnier. J’ai fait ça pendant 15 ans, de 1999 jusqu’à aujourd’hui. J’étais un acteur de la mise en mouvement du potentiel artistique de chacun.

Cette mise en mouvement prenait forme sous un acte artistique ?

L’idée, c’était de permettre à chacun d’être vu sous l’angle de la création et derrière, d’ouvrir une matrice de dialogue. Avec la personne elle-même déjà. Il fallait qu’elle écrive sur une feuille ce qu’elle pense, son point de vue, son doute, ses certitudes et ensuite confronter ce point de vue-là à un tiers. Ça peut être sa famille, son voisin, son éducateur. Le but était aussi de créer des passerelles entre les gens par la création. Reprendre confiance dans sa plume, dans ses mots c’est aussi reprendre confiance dans son corps, dans son image, dans le regard de l’autre.

Ce que tu viens de me raconter me donne une nouvelle approche de ce que tu racontes dans tes textes et m’explique pourquoi je ressentais une telle sensibilité en toi.

J’aime les gens. J’ai eu la chance d’avoir eu des parents qui m’ont fait découvrir la signification du  mot amour. J’ai été élevé dans l’amour, j’ai été bien éduqué, je me suis fait mes propres armes avec le temps pour pouvoir essayer d’exister dans ce monde-là. Gamin, j’ai vu très tôt que les mots avaient un pouvoir. Les mots étaient une clé et plus on avait de clefs  plus on pouvait ouvrir des portes pour se faire comprendre et pour comprendre les autres. Parce que méditerranéen à la base, j’avais un peu de fierté, je voulais écrire mes propres textes pour ne pas que l’on parle à ma place. J’ai écrit mes premières chansons et quand j’ai vu que je pouvais dire ce que je pensais sur feuille, c’était important que chacun puisse dire aussi. Se permettre de faire tomber la carapace le temps d’un rapport avec la feuille, je trouvais cela essentiel. J’ai développé des ateliers d’expression où j’ai appris aussi à accepter l’autre, à découvrir ses angles de vue, comment l’autre va regarder une certaine réalité et va la regarder différemment de mon point de vue.

"Un camp" (live).

Tu t’es nourri de cette richesse et de cette diversité-là ?

Oui. Dans les champs lexicaux, dans les sensibilités, dans les façons d’exprimer les choses, dans la temporalité pour passer aux mots, pour passer du ressenti aux mots. Me nourrissant de cela depuis des années, j’avais besoin artistiquement de réinvestir ces acquis.

C’est-à-dire d’expulser ce que tu emmagasinais depuis des années ?

Je ne dirais pas les choses comme ceci. L’action culturelle en elle-même est nécessaire dans une société et elle est nécessaire pour moi, mais le fait de recevoir toutes ses paroles, artistiquement, j’ai eu un besoin individuel de dire, d’amener ce kaléidoscope de visions, de pensées, dans la société. Au travers de la langue française, c’est mon devoir de donner à voir des tableaux différents.

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Makja continue aujourd'hui les ateliers d'écriture.

C’est presque une mission ?

Oui, je le pense ainsi. C’est peut-être un peu dingue, mais en tout cas, j’ai pris ce chemin-là  pendant ces années. C’est un besoin et un devoir, on peut donc parler de mission.

Abandonner ton statut de directeur de ta structure d’Action Culturelle pour te lancer à fond dans l’aventure Makja, ce  n’est pas un peu risqué ?

Je ne peux pas faire les choses à moitié. Je n’avais pas envie de m’inscrire dans une direction de ressources humaines pour les prochaines années et ma fonction de directeur commençaient à m’y obliger. J’ai envie de secouer les pesanteurs, j’ai envie d’être la caresse et l’épingle, j’ai envie, au sein de la société, de capter l’attention, de livrer des œuvres et de stimuler le sensible chez celui qui le reçoit en disant « vous avez un pouvoir d’agir ». Ouvrir des prismes, des champs de vision qui sont autres.

Clip de "Seule".

Tes premiers textes datent de 1996 et nous sommes en 2016. Tu n’apparais au public que 20 ans après…

Quand j’étais tout gamin, je savais que j’avais un monde intérieur dense et j’avais du mal à connecter ce monde intérieur avec l’extérieur.

Une forme d’autisme ?

Je n’emploierais pas ce mot parce que je l’ai bien vécu. J’étais bien dans cet intérieur, une sorte de bulle dans laquelle je pouvais rester des heures.

Comment arrivent en toi tes premiers textes ?

Adolescent, je déménage. Je pars de la banlieue toulonnaise pour Bordeaux. J’arrive là-bas en pleine culture hip hop, dans les années 95, 96, 97 et là, j’écris mes premiers textes. Je trouvais ça hyper stimulant de se réapproprier la langue française et de dire les choses. Il y avait une certaine minorité qui prenait le micro et donc, il y a avait un rôle entre le mot et la société. J’ai rappé de 1996 jusqu’à 1999.

C’est à ce moment que tu animes tes premiers ateliers d’écritures en tant  qu’animateur de centre social.

J’ai travaillé avec des jeunes de 1999 à 2003. En 2002, j’ai monté une association et en 2003, j’ai monté la structure d’Action Culturelle.

Tu as toujours pratiqué, toujours écrit, dans une culture hip hop jusqu’en 2010.

Ensuite, j’ai commencé à travailler avec des cordes, un violoncelle, ça m’a touché et très ému. J’ai donc décidé de travailler avec des instruments « vivants » et, en 2012, est né Makja.

Tu as pas mal rappé dans des groupes, le solo, ce n’était pas ton truc.

J’ai appris de mes erreurs. Des erreurs de gestion de groupes. J’ai pris la décision de monter mon propre projet. J’ai décidé de m’entourer de celui qui voudra m’accompagner à la musique. J’écris des propos sur feuille et j’ai besoin de les habiller avec des couturiers qui vont essayer de dessiner la tenue. A chaque fois, ce sera une tenue singulière en fonction du morceau. Je n’arrivais pas avec une logique d’esthétique, je venais avec la réflexion de ce qu’il se dit dans une chanson, de quel allait être le propos et comment on allait pouvoir habiller tout ça.

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Makja reçoit le Grand Prix des Voix du Sud 2016 par Francis Cabrel et Elodie Suego.

La confrontation avec le public quand on est seul, c’est dur ?

On aime rencontrer un public accueillant et bienveillant, mais quand on crée, la bienveillance du public, il faut la mériter, elle n’est pas acquise. Je dis les choses parce que  je considère que c’est important que je les dise, mais un morceau peut ne pas passer. Quand on livre une œuvre, on n’est pas dans l’adhésion de fait. On est dans quelque chose qui est exposé. Ça peut questionner, ça peut mettre mal à l’aise. On n’est pas toujours là pour être la caresse.

Tu ne cherche pas à te demander si le public a aimé ou pas.

Quand on joue un jour en collège et le lendemain en prison et après en concert en appartement, on ne va pas avoir le même public et les résonnances ne vont pas être les mêmes. Peut-être que dans un lieu, la rencontre sera belle et que dans un autre, ça ne va pas le faire. On est dans une société qui est morcelé. Doit-on penser ses œuvres en fonction des lieux ? Non. On doit créer.

Il y a des latitudes différentes dans tes chansons.

Oui, c’est pour ça que j’emploie le terme « secouer les pesanteurs ». Il y a parfois des gravités, parfois de la légèreté. Il faut créer des contres points de vue dans cette société. Je n’aime pas la lisibilité immédiate dans une œuvre. J’ai fait le choix de venir sur scène défendre un texte et je viens avec tout ce que je suis. On a besoin des arts pour nous permettre de voir différemment.

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Pendant l'interview...

Depuis que tu te consacres entièrement à ton projet artistique, en apprends-tu plus sur Makja l’artiste ?

Pour moi, je suis un jeune qui vient juste d’arriver. Je braque le présent pour le faire mien, je veux qu’il soit en ma possession. J’en découvre tous les jours un peu plus. Je travaille la voix, le corps, pour ne pas tous les jours ressortir la même chose.

Tu pourrais être un gourou, dis donc !

C’est pour cela que je veux travailler le contre point de vue. Il n’y a pas de parole d’évangile. J’arrive et je dis que moi-même je suis dans les questionnements, dans les errances.

Pour quelle raison participes-tu à des tremplins, comme tu l’as fait au Pic d’Or?

C’est pour braquer. Se montrer. Dire « Makja est là ». Je me considère un peu comme un compagnon du devoir, parce que je fais de l’artisanat. Avec mes musiciens, nous sommes des artisans du sensible et on travaille la matière. Alors, partout où je peux montrer notre travail, j’essaie. J’ai bien prévenu mes musiciens que nous pouvions venir que pour un morceau. Je leur ai dit : « est-ce qu’on y va ou pas ? Moi, j’ai envie d’y aller ! » On est venu et on vous a rencontré pendant un morceau.

Puis pour d’autres morceaux.

J’ai vu beaucoup d’artistes sensationnels, des artistes à voix, à texte, le niveau était très haut. Tu sais que mon slogan est « Si tu ne vas pas au maquis, Makja viendra à toi », le Pic d’Or a été une très bonne opportunité de rencontres.

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Makja reçoit le Prix du texte lors du Pic d'Or 2016.

Tu as reçu le Prix du texte, mais tu aurais mérité aussi celui de l’interprétation. Tu préfères quel prix ?

C’est une histoire de regard. Je vis avec ces deux facettes, l’interprète et l’auteur. Le regard s’est posé sur le prix du texte.

Il y a avait plusieurs regards.

Oui, c’est en tout cas un curseur qui s’est arrêté sur moi et qui aurait pu s’arrêter sur quelqu’un d’autre. Je sais que je suis interprète, mais c’est Flow qui a reçu le prix. Elle me touche beaucoup et c’était plus que mérité. Moi, je veux être reconnu par mon interprétation, mais ce qu’il se passe derrière un tremplin, ça ne me m’appartient plus. Je ne m’arrête plus sur des choses qui ne sont pas dans mes cordes.

recto.jpgSi je te dis que lorsque l’on écoute ton EP, on ressent moins la force de ton interprétation et de tes textes que lorsque l’on te voit sur scène, ça t’embête ?

Non, parce que tu as raison. Makja ça se vit. On est touché ou non, mais sur scène, ça ne laisse personne insensible. Moi, en studio, je suis une petite graine. En  concert, je suis stimulé par ce qu’il s’opère autour. On a réalisé cet EP il y a déjà un an et demi, j’ai déjà beaucoup évolué depuis. J’ai de plus en plus de mélodies, la voix prend de plus en plus de place par rapport aux arrangements. Cet EP, c’est une photographie d’un instant, d’une période de création. Je pense que le deuxième sera très fortement différent. Mon boulot sera de faire vivre ses interprétations aussi en studio. Je pense que ce qui arrive est assez prometteur.

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Après l'interview, le 29 juillet 2016.

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26 juillet 2016

Pauline Croze : interview pour Bossa Nova

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Pauline Croze, Claire Pathé (9).jpgPauline Croze signe son grand retour musical quatre ans après Le Prix de l'Eden. La chanteuse bouleverse ses habitudes dans les onze titres de Bossa Nova. Entourée d'artistes de jazz du monde tels que Flavia Coelho, Marie Navarro, Manda Sissoko et Vinicius Cantuaria, elle s'illustre dans des reprises douces et mélodieuses des chansons les plus mythiques du répertoire brésilien.
On découvre « Voce Abusou », remix franco-portugais de « Fais comme l'oiseau », la réinterprétation de « La Rua Madureira » de Nino Ferrer et celle de « Jardin d'Hiver » signée Henri Salvador, teintée de sonorités reggae. 

Le pari est donc parfaitement réussi : le voile suave de sa voix accompagnée des guitares sèches nous fait traverser l'Atlantique, direction Rio.

Je suis allé prendre un café le 11 mai dernier avec elle. Même si nous n’étions pas à Rio (mais à Paris), c’est toujours très agréable de converser avec Pauline Croze que je suis et interviewe depuis son premier album (première mandorisation , la seconde ici).

Voici le fruit de notre entretien, publié dans Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du juillet-août 2016).

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Quelques vidéos tirées de Bossa Nova :

"Voce Abusou".

"Tu verras".

"Les eaux de Mars", session acoustique.

"La Rua Madureira", session acoustique.

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Après l'interview, le 11 mai 2016.

25 juillet 2016

Quentin Mouron : interview pour L'âge de l'héroïne

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(Photos : Daniella Carbunova)

quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorAmateurs de polars "classiques", de romans noirs ou de thrillers, il est possible que vous soyez un peu déroutés par le style de Quentin Mouron. Dans L’âge de l’héroïne, il y a tout de même un trafic de drogue ayant mal tourné et des rancœurs supposant une vengeance. L'ambiance générale correspond aux critères du bon petit polar dans un décor américain.

Mais, le véritable moteur de l'histoire, c'est le héros, Franck. Un homme hors du temps, ne dédaignant ni une partie de jambes en l’air improvisée (et pas très romantique), ni l'alcool, ni une ligne de coke de temps à autre.

Franck est autant une tête à claque qu’attachant.
Pas de romantisme dans ce pastiche noir. Pas de tendresse gratuite dans ces bas-fonds. Il n’en reste pas moins un roman sulfureux et décapants.

Ceci est ma troisième mandorisation de Quentin Mouron (la première ici et la seconde là), vous vous imaginez donc tout le bien que je pense de cet écrivain suisse, peut-être le plus insolent/turbulent/innovant de sa génération.

Je l’ai reçu à l'agence le jour de mes 49 ans, le 20 juin dernier. Alors que je déprimais d’être sur la pente descendante de ma vie, pourquoi me suis-je infligé le fait de recevoir ce jeune homme fringant, au talent fou, qui a encore toute la vie devant lui ? Je ne sais pas (l’homme ne serait-il pas paradoxal ?) Au fond, peut-être que c’est parce que je l’aime bien. Tout simplement. Et que chacune de nos rencontres me font du bien, voire m’élève.

4e de couverture :quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandor

Franck, dandy sur le retour, détective à ses heures, bibliophile, collectionneur de livres anciens, est chargé de retrouver une cargaison de drogue volée. Son enquête le mène jusqu’à Toponah, petite ville américaine située dans l’État du Nevada. Sur sa route se dresse Léah, adolescente mystérieuse tenant autant de la gueule cassée que de l’héroïne cornélienne. Parmi les existences ployées et amoindries, la jeune femme scintille, détonne ; elle incarne quelque chose que Franck ose enfin nommer la vie.

L’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier naît en 1989 à Lausanne. Il possède la double nationalité suisse et canadienne. Il est très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2013). L’Âge de l’héroïne est son deuxième roman publié en France après Trois gouttes de sang et un nuage de coke (2015) qui vient de sortir en poche chez 10/18.

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quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorInterview:

Ça y est, tu as un héros récurrent. Franck revient dans un second livre.

Je ne sais pas s’il va tenir très longtemps à ce rythme-là (rires). Je précise que Trois gouttes de sang et un nuage de coke et L’âge de l’héroïne se lisent indépendamment et que l’on peut commencer par celui que l’on veut. Je conseillerais presque de commencer par le second, L’âge de l’héroïne. Il est plus direct et va plus à l’essentiel. Il ouvre une belle porte pour découvrir mes livres.

Es-tu plus fier de ce livre, stylistiquement parlant, parce que tu t’améliores de livre en livre?

Oui. J’ai toujours l’impression que le dernier livre est le meilleur. Je crois que dans celui-ci, il y a moins de fioritures.

Pas de phrases, pas de mots inutiles. C’est épuré au maximum.

Ca vient de ma fréquentation avec certains auteurs américains. Souvent, je me dis: “est-ce qu’on a vraiment besoin d’avoir cette scène?” Je trouve qu’il y a dans leurs polars des descriptions dont on pourrait se passer.

En lisant des gens que tu aimes bien, tu te dis qu’il y a quand même des longueurs ?

Il m’arrive de passer des pages et de trouver que le livre redevient brillant. Les descriptions physiques des gens sont toujours trop détaillées. Moi, j’en fais le minimum. Plus généralement, pour ce livre, j’ai suivi le chemin des ellipses.

Léa, ton héroïne, est elle aussi particulière. Elle est serveuse dans un bar au bord d’une route. Il lui quentin mouron,l'âge de l'héroïne,interview,mandorarrive de donner son corps pour de l’argent. Mais elle ne veut sucer que les cas sociaux, pas les hommes normaux.

Il y a chez elle, un esprit du renoncement que l’on peut trouver encore au 17e siècle, chez certaines héroïnes cornéliennes. Léa, elle nie le monde, elle nie la vie. Pour Franck qui l’observe sous son regard à lui, c’est le contraire. Il l’a perçoit comme une affirmation.

Léa amène quand même une certaine lumière, je trouve.

Quand elle fait irruption dans l’histoire, ça modifie les choses. Franck, personnage toujours désabusé, arrive enfin à voir quelque chose de positif dans le monde dans lequel il évolue.

Ce livre est un western moderne.

Je n’y ai pas du tout pensé en l’écrivant. Mes premiers lecteurs m’ont fait remarquer qu’il y avait un côté western déglingué, un peu bizarre. J’ai pourtant tenté de ne pas trop incarner le lieu et le temps.

Pourquoi te sers-tu du polar pour aborder des sujets profonds ?

Ce n’est pas une stratégie commerciale pour donner envie d’acheter. Le prétexte du polar rassure le lecteur et rassure aussi l’auteur. Il y a un cadre, des actions qui sont assez traditionnelles. Il y a un trafic de drogues, ça va vite. Ça permet un point de repère et une mobilité. Dans le polar, les personnages et les situations circulent. On peut aborder des thèmes qui ne sont pas ceux habituellement abordés dans le polar, sans que les lecteurs ne soient perturbés. 

L’intrigue est minimale, pourtant, on ne peut pas lâcher ce livre une fois commencé.

Merci. Ne pas m’étendre sur l’intrigue me permet surtout de mettre mes angoisses d’écrivains ailleurs. Dans le style par exemple, dans les propos, dans la qualité des dialogues…

Il y a deux parties dans ton livre. Une « ouverture baroque » et la « suite classique ».

Mon héroïne appartient presque au théâtre classique. Il y a une unité, pas tout à fait de lieu, pas tout à fait de temps, mais presque. Dans la deuxième partie, l’écriture est moins explosive que dans la première où tout est baroque, mélangé et ou s’imbrique toutes sortes d’informations et d’éléments.

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(Photo : Blaise Kormann pour #L'illustré).

Pour les besoins de la photo, Quentin Mouron a adoré se faire décapiter. Un clin d’œil à son roman.

Est-ce que ton héros récurrent, Franck, a du cœur ?

C’est difficile à dire. Il a beaucoup de choses qui remplacent et qui masquent  le cœur.

Quand il voit la libraire décapitée peu de temps après l’avoir troussé, il n’a pas l’air plus ému que cela.

Oui, tu as raison, il s’en fout un peu. C’est sa rencontre avec Léa qui va le rendre plus humain, qui va lui faire sortir des sentiments. Dans toute la première partie, Franck est un personnage très froid.

Tu en es à ton cinquième livre et les journalistes continuent à te comparer à d’autres auteurs. Pour ce livre, on te situe entre Flaubert et Céline.

Je suis bien calé là.

J’ai lu aussi : « le cynisme d’Oscar Wilde, la beauté de Marlène Dietrich et la violence de Tarantino ».

Il y a pire comme référence. Je suis plus d’accord avec ce triplé qu’avec le premier binôme.

Tu comprends pourquoi on te compare à Céline ?

J’espère que c’est pour le style. Dans mon premier livre, il y avait pas mal d’argots. On retrouve des volumes de textes explosifs dans certains de mes dialogues. Mon côté apocalyptique de certaines visions doit également y être pour quelque chose.

Céline, idéologiquement, ça te convient aussi ?

Ah oui, tout à fait ! (Rires). Evidemment, je m’en éloigne sur certains points.

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Franck, tu vas le garder ou l’abandonner ?

Je me pose la question. Je suis en train de réfléchir dans quelle mesure il peut revenir. Comme j’ai décidé de mettre l’intrigue au second plan, il faut que Franck trouve sa place quelque part.

Un héros récurrent, ça sécurise et donc fidélise le lecteur.

Si je peux explorer une nouvelle dimension à son personnage, s’il apporte quelque chose à l’histoire, si certains thèmes peuvent se greffer par rapport à ce personnage, je pense que je peux le faire revenir. Je l’aime bien.

Tu n’écris jamais le même livre. Je vais plus loin. Tu aimes aller là où on ne t’attend pas.

En Suisse, en ce moment, il y a beaucoup de très bons polars qui fleurissent. Du coup, ça m’incite à aller vers autre chose. Avec L’âge de l’héroïne, j’ai essayé d’écrire autre chose que Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Si on retrouve Franck, ce n’est pas du tout le même ivre, j’insiste sur ce point.

Tu énerves un peu le milieu littéraire, il me semble.

Oui, je crois. Il y a toujours quelques petits agacements.

Il y a chez toi un côté, « je suis sûr de moi ».

Mon meilleur ami m’a fait remarquer que j’étais beaucoup plus sûr de moi devant un micro que dans la vie. C’est une forme d’aliénation.

Ne rentres-tu pas dans le personnage de « l’auteur » ?

Peut-être. Le micro s’est rassurant je trouve. Vous dites ce que vous voulez sans que l’on vous interrompe beaucoup. Un studio, c’est feutré, c’est plus rassurant qu’une table de bistrot où je pourrais boire un café avec une fille.

Quentin Mouron parle de L'âge de l'héroïne pour la librairie Mollat.

A la télé, tu faisais des chroniques dans lesquelles tu cassais le pouvoir en place.

Oui, c’est un bon exercice la chronique. Ça me permet de sortir de mon territoire.

En France, tu n’es pas encore très connu, mais je suis sûr que ça ne va pas pas tarder.

Le précédent livre, Trois gouttes de sang et un nuage de coke avait reçu un bon accueil et avait provoqué pas mal de choses. Il vient de sortir en poche chez 10/18 et il va être traduit dans certains pays. Mon éditeur, La Grande Ourse, fait bien son boulot. Il me pousse le plus loin et le mieux possible. Si j’espère un jour avoir la même notoriété en France qu’en Suisse, pour l’instant, je n’ai pas à me plaindre, ni des ventes, ni de la presse française.

Aimes-tu la notoriété ?

Oui, assez. Ce n’est pas désagréable en tout cas. Cela permet de survivre mieux, car cela permet de créer des opportunités de boulots. Tout est lié.

Tu es un « bon client » dans les médias.

Il parait. Mais tout dépend quel journaliste est en face de moi. Les journalistes ne sont pas les plus cons de la chaîne du livre (merci Quentin !) Je passe souvent de bons moments sur les plateaux.

Est-ce que discuter avec un journaliste te permet de mieux appréhender ton œuvre ?

On produit un discours que l’on ne s’attend pas à produire. Parfois, je sens que j’ai tenu un discours pertinent sur mon propre livre, parfois, au contraire, je me rends compte que j’ai dit d’énormes conneries.

Tu n’es pas un écrivain maudit en tout cas.

Non. Bon, il est vrai qu’en Suisse, au niveau prix, bourses, subventions, je ne suis jamais le grand gagnant.

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Pendant l'interview...

Tu écris tout le temps ?

J’écris souvent, à part quand je suis en promotion.

Ecrire cela n’a d’intérêt que si c’est pour dire des choses importantes ?

On peut écrire aussi des choses belles, des choses amusantes. Cela dit les choses belles et les choses amusantes peuvent être des choses importantes. Il y a un peu d’ironie dans mes livres, mais pas trop de second degré, ni d’humour douteux. On a suffisamment l’occasion d’être futile dans une conversion que nous ne sommes pas obligés de l’être aussi dans les bouquins. Quand j’ouvre un livre, j’aime bien avoir quelque chose de consistant, de profond. Le lecteur, qui a acheté ton livre a le droit à ce qu’on ne se foute pas de sa gueule.

Dans tes livres, quels sont les sujets de prédilections ?

Il y a un thème qui est revenu souvent et qui est  juste en clin d’œil  dans L’âge de l’héroïne, c’est la question du masque, de la manière dont on se ment soi-même et dont on ment aux autres. Dans mon dernier roman, je traite de la notion d’héroïsme, de la notion du langage aussi. A partir de quel moment sa propre langue, sa propre voix, ne porte plus parce qu’il y a trop de parasitages ou personne pour l’entendre. Je n’avais jamais problématisé la question de la parole. Que signifie une parole et à quelle condition elle peut signifier quelque chose ? Ce n’est pas une thèse que je défends, mais par me personnages, j’essaie d’amener une discussion. Le livre sert à provoquer les discussions.

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Après l'interview, le 20 juin 2016.

24 juillet 2016

Lucas Gabriel : interview pour son premier EP

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Lucas Gabriel interprète des textes d’une beauté stupéfiante, enveloppée par le son aérien de sa guitare électrique. Ils nous bercent dans un univers mélancolique, où se mêlent mélodies aux influences anglo-saxonnes et aux paroles en langue française. Il vient de publier un premier EP chic et poignant.

Lucas Gabriel a tout pour réussir. Talentueux, sens évident de la mélodie, voix profonde qui touche au cœur, charismatique et beau garçon. Ce n’est pas cet EP (malgré ses nombreuses qualités) qui le fera exploser et le rendra populaire, mais l’album qui suivra. J’en fais le pari.

Après un premier rendez-vous manqué (à cause de ma légendaire étourderie, qu’il veuille bien me pardonner), le 29 juin dernier, ce jeune artiste parisien de 24 ans est venu à l’agence pour une première mandorisation… qui ne sera pas la dernière.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorBiographie officielle (un chouilla modifié) :

Spleen contemporain. C’est peut-être ce qui caractérise le plus la musique de Lucas Gabriel.
A l’écoute de son premier EP, on situe tout l’intérêt de l’artiste : les arrangements épurés font la part belle au timbre, et à une plume qui ose un lyrisme littéraire. «Comment fait-on pour vivre lorsqu’on se sait moyen ? » scande-t-il, insufflant un souffle singulier avec une verve désabusée. Lucas Gabriel a appris la musique en autodidacte.
Rapidement, il se met à écrire ses propres compositions, sans pour autant avoir l’ambition de faire sortir ses chansons de sa chambre. Néanmoins, presque par accident, il se voit du jour au lendemain propulsé sur le devant de la scène par Benjamin Clementine.

C’est en 2013, lorsqu’ils se retrouvent fortuitement dans le même hôtel pendant des vacances en Italie, que la route des deux hommes se croise pour la première fois. Lucas Gabriel est au piano quand Benjamin Clementine vient lui parler, avant qu’ils ne partent tous les deux dans un jam improvisé. Une amitié était née.

C’est près d’un an après leur rencontre que Benjamin Clémentine écoute pour la première fois les compositions de Lucas. Très vite, il lui a proposé de faire ses premières parties. Un coup de pouce, qui permet à Lucas Gabriel de monter seulement trois mois plus tard sur la scène du Transbordeur pour son premier concert, qu’il enchaîne avec deux Trianon.

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Seul sur scène, accompagné par une voix riche et trainante à la Bashung et une guitare claire façon Jeff Buckley, la réponse du public est immédiate.
Lucas Gabriel s’entoure désormais de deux musiciens, un bassiste et un batteur, venus enrichir le projet, sans rien enlever à l’intensité et à l’intimité avec la salle. Il décide alors d’enregistrer son premier EP, entièrement autoproduit et masterisé par les soins de Chab.
On est saisi par ses ballades intimes, perdues dans l’écho d’une guitare douce. 
Après avoir été sélectionné pour les auditions parisiennes des Inouïs du Printemps de Bourges, Lucas Gabriel a récemment remporté le prix du jury et le prix Beside Label au tremplin Sorbonne Live.

lucas gabriel,ep,interview,mandorL’EP :

Avec « Seul dans le Noir » et « Ni Anges Ni Dieux », Lucas Gabriel affectionne les ambiances de fin de nuit, les mélancolies de derniers verres. « Drifting Away » est une promenade dans un Paris spleenétique, pleine de fulgurances poétiques. Dans « Sentiments En Soute », Lucas Gabriel chante les affres désordonnées des jeunes amours. Çà et là, on entend quelque chose de Léo Ferré, dans son lyrisme à fleur de peau, sa fragilité vocale quasi-exubérante. Bien qu’ayant fait le choix d’écrire et de chanter en français, Lucas Gabriel opère un joli mélange des genres, citant à l’envie aussi bien King Krule ou Ry X que Benjamin Biolay parmi ses influences.
Tout au long de l’enregistrement, c’est une image un rien romantique qu’il dessine, celle d’une jeunesse qui « ne croit plus à son destin » et qui, à défaut de spiritualité, retrouve un peu de mysticisme dans la musique.

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lucas gabriel,ep,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la musique ?

J’ai commencé par jouer de la guitare et, assez rapidement, mes propres compositions. C’était à l’époque où il y avait les « baby rockers », comme les BB Brunes. C’est plus tard que j’ai commencé à écrire de vraies chansons.

Tout a commencé en première année de Sciences-Po Lyon, je crois ?

Oui, j’ai rencontré un garçon qui était à fond dans l’espoir de gagner sa vie avec la musique. Il avait trouvé un manager qui lui avait demandé d’écrire des chansons en français et, comme on partageait les mêmes goûts en matière de littérature, il m’a demandé de l’aide. J’ai accepté et je me suis rendu compte qu’écrire commençait à me plaire sérieusement. Comme je lui envoyais les chansons interprétées par moi, il m’a fait remarquer que je chantais bien et il m’a conseillé de persister dans cette voie. Ca été mon déclic pour me lancer sérieusement dans cet art-là.

Tu n’échapperas pas à la question sur ta rencontre avec Benjamin Clementine.

Il y a trois ans, je l’ai vu par hasard en concert en première partie de Sébastien Tellier et j’ai commencé à le suivre sur les réseaux sociaux. Quelques temps plus tard, je suis parti en vacances avec mes parents et mon frère et, coïncidence, Benjamin était au même endroit et dans le même hôtel. Il y avait un piano, avec mon frère ou s’amusait à jouer un peu n’importe quoi. Puis nous nous sommes assis pas très loin. Après nous, Benjamin s’est mis au piano puis il s’est retourné pour me demander si c’était bien moi qui jouais au piano précédemment. Aujourd’hui, nous sommes devenus potes.

Mais, quand tu étais dans cet hôtel lui as-tu dit que tu faisais des chansons ?

Non, je préférais avoir une relation amicale et désintéressée. Mais, un peu plus tard, sous l’insistance de mon frère, j’ai fini par lui dire. C’est là qu’il m’a proposé direct de faire ses premières parties.

La première fois, c’était au Transbordeur de Lyon.

Oui, la scène est immense. J’ai mis un tabouret au milieu, j’ai pris ma guitare et je me suis lancé. C’était super impressionnant, mais je ne me suis pas senti mal à l’aise. J’ai ressenti des sensations extraordinaires et inconnues de moi jusqu’à présent. De plus, les retours du public étaient sympas. J’y suis allé sans savoir à quoi m’attendre. Le but était juste de ne pas faire n’importe quoi pour ne pas décevoir Benjamin.

Clip de "Drifting Away".

Tu as enregistré un EP assez rapidement, je trouve.

J’étais frustré que les gens qui venaient me voir en concert ou qui me découvraient un peu par hasard, au grès de premières parties, ne puissent pas acheter un disque en sortant. Et pire, encore, l’idée qu’ils ne trouvent rien en tapant mon nom sur Google me dérangeait franchement. D’où la décision d’enregistrer très vite 5 chansons. C’est une carte de visite, une trace.

Si tu n’as pas encore beaucoup de presse, ce que je lis sur toi est fort élogieux.

Je me dis que les gens n’écrivent sur quelqu’un que s’ils aiment bien. En tout cas, il faut être indulgent. C’est un premier disque, fait tout seul.

Je le trouve très joli et bien produit. Il n’y a pas de fioritures, tu vas à l’essentiel. De plus je te félicite de chanter en français. Habituellement, ceux qui jouent le genre de musique que tu fais chantent en anglais.

Je veux mettre en avant, la voix, le texte et la musique. C’est important que je puisse être compris à ces trois niveaux. Quitte à écrire en français autant faire un effort sur le style et sur le propos. Je chante en français pour faire vivre la langue française. Je trouve que c’est important.

"Sentiments en soute", live à la Maroquinerie, en janvier 2016 dans le cadre des Inouïs du Printemps de Bourges.

En France, on a tendance à juger un morceau d’abord sur le texte, ensuite sur la musique.

Sans être condescendant, je n’aime pas que l’on me dise que je fais de la chanson française. Je préfère dire que je fais de la chanson en français, parce que le texte n’est pas ce qui définit ma musique.

On te compare à juste titre à Jeff Buckley, il y a pire comme référence.

Je sais que ça permet de situer le genre, mais je ne peux pas décemment dire : « vous avez raison, ma musique rappelle Jeff Buckley ! ». Ce serait prétentieux.

Vocalement, j’ai lu que ta voix se rapprochait de celle de Biolay, moi, elle m’a rappelé parfois celle de Bashung. Pourtant, tu as ta propre identité vocale, je te rassure.

Cela dit, tous ces artistes cités, sont des gens qui font partie de ma culture musicale, même si j’écoute beaucoup de choses. Le seul dont je connais toute l’œuvre par cœur, même les chansons rares, c’est Gainsbourg. Bashung, je ne connais pas plus que ça.

"Comment Fait-on ?" (Live Session)

Penses-tu avoir trouvé ta voix ?

Un peu plus, grâce aux concerts. Chanter, c’est se mettre à nu. Au début, j’avais une voix monocorde, je n’osais pas trop la mettre en avant. Je ne m‘étais jamais défini comme chanteur, aujourd’hui, je commence à comprendre ce que je peux faire avec ma voix !

Es-tu pudique, timide dans la vie ?

Disons que je suis assez réservé. Dans un premier temps, je ne parle pas trop. J’observe. Ensuite, je me décoince petit à petit. Pour ne rien te cacher, en ce moment, je fais des efforts de sociabilité. C’est paradoxale avec ce que nous sommes en train de faire tous les deux, mais par exemple, parler de moi, ce n’est pas quelque chose que j’aime et que je fais facilement. Ca me met mal à l’aise.

Ce métier te permet-il de sortir des choses qui sont en toi ?

Ce qui permet d’exorciser pas mal de trucs, c’est l’écriture. C’est un sacré exutoire. En plus, recevoir des retours de gens que je n’ai jamais vu, qui me disent qu’ils ont été touchés, m’encourage à continuer.

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Pendant l'interview...

Que t’as apporté cet EP ?

Cela m’a permis de rencontrer des gens du métier. D’ailleurs, des choses se précisent… mais je ne peux pas t’en parler.

(En fait si, mais il m’a demandé de garder ça en off. Mais si cela se concrétise, c’est du lourd !)

Dans la génération actuelle d’artistes français, il y a des gens que tu aimes bien ?

Fauve, par exemple. Ils ont eu beaucoup de succès, mais ils ont pris pas mal de coups, de critiques, alors que leur projet était canon. Je les trouve sincère et ils ont décomplexé pas mal d’artistes par rapport à la langue française. J’aime aussi beaucoup Feu ! Chatterton, Radio Elvis ou encore Grand Blanc. Comme moi, ils ont une culture très anglo-saxonne, mais gardent leur culture française.

Pas de femmes ?

Si, j’aime beaucoup Alma Forrer. Clara Luciani aussi. Cette dernière n’est pas encore très connue, mais je suis sûr que dans moins d’un an, tout le monde parlera d’elle. Je fuis les artistes qui sont dans le revival. J’aime ceux qui renouvellent la chanson et qui propose des choses qui n’existent pas encore dans le paysage musical français.

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Après l'interview, le 29 juin 2016, à l'agence.